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Full text of "Encyclopédie méthodique : Antiquités, Mythologie, Diplomatique des chartres et Chronologie ; tome second"

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IjNCYCLOPÉDIE 

%MÊTHODIQU  E. 


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oo  = 

A.NTIQUITÉS,  MYTHOLOGIE, 
PLOMATIQUE  DES  CHARTRES , 
ET  CHRONOLOGIE. 

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CO  ~ 

- 

TOME  SECOND. 


CT)  = 

-ï  A P A R I S , 

-J  — 

PANCKOUCKE  , Libraire,  hôtel  de  Thou,  rue  des  Poitevins  ; 

A L I É G E . 

CO  := 

j^-=:  Plomteux  , Imprimeur  des  États. 

O = ' 

M.  DCC.  LXXXVIII. 

Avec  Approbation  et  Prifilége  du  Roi, 


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.f». 


ENCYCLOPÉDIE 

MÉTHODIQUE. 

O U 

PAR  ORDRE  DE  MATIERES; 

PAR  UNE  SOCIÉTÉ  DE  G E N S- D E - L E T T RE  S , 

DE  SAVANS  ET  D’ARTISTES; 

Pricedee  d’wi  Vocabulaire  , fervant  de  Tahle  pour  tout 

V Ouvrage;  ornee  des  Portraits  de  MM.  Diderot  & 
D’Azembert^  premiers  Éditeurs  de  /"Encyclopédie. 


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EXPLICATION 

Des  Ahréviations  qui  expriment  la  rareté  des  Médailles. 


Le  Zéro  fignihe  que  la  tète  , ou  la 
Médaille  dont  on  parle  , ne  fe  trouve  point 
en  te!  métal , ou  en  tel  module. 

C , que  laAlédaille  eft  commune  , ^ n’a 
devaient  ;furtout  en  bronze)  qu’à  proportion 
de  fa  confervation. 


P- , que  la  Médaille  eft  rare  , & qu’elle 
eft  d’un  plus  grand  prix  qu’une  Médaille 
c*nimune. 


RR,  que  c’eft  une  ^lédaille  précieufe  \ 
QU  elle  vaut  le  double  , & fouvent  davantage, 
d’une  Médaille  délîgnéc  par  une  feule  R. 

R R R , que  cette  Médaille  eft  d’une  grande 
rareté , & qu’elle  manque  fouvent  dans  des 
collections  nombreufes. 


RRRR  , que  cette  Médaille  eft  unique  , 
ou  d’une  rareté  extrême. 

GB  , défigne  le  grand  bronze. 

MB,  le  moyen  bronze. 

PB  , le  petit  bronze. 

On  obfervera  que  la  collection  entière 
des  Médailles  de  Pellerin  eft  réunie  au  cabi- 
net du  Roi,  la  fuite  des  impériales  d’argent 
de  l’a'obé  Rotheîiii,  à celui  du  roi  d’Efpagne; 
que  les  pierres  gravées  du  baron  de  Sto'cà 
appartiennent  aujourd’hui  au  roi  de  Prufte, 
(5c  que  le  roi  de  Maples  vient  de  réunir  à fa 
collection  des  antiques  de  Pompeia  & d’Her- 
culanum_,  toutcequi  étoit  renfermé  à Rome 
dans  les  palais  Farnèfe  & FarneJIna  , &c  dans 
la  Villa-Farnèfe. 


C H L C H L 

Les  etrtlcles  Chlæxa,  Cmlæxula  , Chlatka  , XAaina,  Læka^  Chlaixz  , trouvent  à la  ûr. 

du  prernier  Folume. 


C 

C’étoit  un  manteau  que 
les  militaires  portoient  fur  leur  cuiraffe  ou  fur 
leur  runi(3ue.  ils  l’attachoicnt  lu  l épaule  , & 
çtie'quefois  fur  I eftomac  avec  un  bouton.  Suidas 
que  iN'uma-Pompiiius  en  fut  l’inventeur.  Mais 
û lero:t  plus  exa(5t  de  dire  qu’il  en  introduific 
1 afaye  chez  les  Romains  ; car  on  voit  par  les 
Grecs  en  porro'ent  de  fem- 
blab.es  par-delTus  leur  armure.  Les  Romains  1 ap- 
pelèrent paludamentum  , pour  l'ordre  équeftre  , 
pour  les  généraux  . pour  les  empereurs  ; & faeum 
pour  iSS  roîii^cs,  lîeiyc.iius  le  d:t  exprciTénieat 

■ XA.-'t'if rü  £S  troJK^da 

Quant  au  paludrmeraum  , les  Grecs  qui 
onr  écrit  l’iiiitone  romai.ie,  le  déCgnent  ordi- 
nairerr.cnr  par  le  mot 

« Au  rapport  de.  Strabon  , dit  ’vs’'infke!'nann , 
la  cklatnyae  étoit  p’utôt  oval.'-  rjtie  ronde  : c’étoit 
en  général  un  'ytemeiitdes  gens  de  guerre  {Strah. 
l-  Z.  1 19-}  ■ Elle  couvrobrép.  nie  gauche;  pour 
r.  ei!  ■ -e  pas  emba-  raCe  en  marchant  , on  la 
pcrtoit  courte  , & on  ’ attachoit  fur  i'épaule  gau- 
■Ar.tiquiiis  ^ Tome 


che.  Plus  d’une  ftatue  nous  prouve  que  ce  man- 
teau étoit  de,  forme  ovale  ou  ronde  ; mais  celle 
qui  nous  le  montre  le  plus  clairement  , eft  une 
figure  plus  grande  que  nature,  placée  dans  le 
jardin  du  pape  au  mont  Quirinal.  Ce  manteau  a 
été  donné  communément  aux  figures  héroïques  ; 
il  eft  même  lingulièrement  affeâé  à Caftor  Sc  i 
Pollux  , qui  le  portent  déployé  fur  les  épaules, 
&c  attache  avec  un  nœud  fur  la  poitrine  : cof- 
tume  qu  Elien  , dans  Suidas  , dit  erre  un  trait 
caraftériftique  des  Diofeures , ainfi  que  je  l’ai 
expliqué  dans  mes  monumer.s  d’antiquiré.  C’f  ft 
dans  cette  vue  que  Platon  dit  à Arinippe  : Il 
” n’appaqient  qu’à  toi  de  porter  la  ckLmyde  & 
«les  hatllons,»  pour  défigner  fon  indifférence 
dans  l’élévation  & dans  l'abai.Tenient.  C.hez  les 
Athéniens , la-  cklamydc  étoit  auflî  un  vêtement 
des  jeunes  gens  ( Luteian  Amor.  p.  ç/Cy  ) , c’eft-à- 
d:re  , de  ceux  cui,  depuis  l’âge  de  oix-huît  jufcu’à 
celui  de  vingt  ans  , étoient  prépofés  à la  garde 
de  !a^  VI. le  , & qui  fe  formoient  par  ce  fervice  à 
1 art  ae  la  guerre  {Artemidor.Ofairocrit.  /.  i.  c.  y 6.). 

A 


2 C H L 

Le  manteau  que  ces  jeunes  zens  portoient  é-Oiu 
anciennement  noir,  &:  i‘  relia  tel  jufqu  au  ‘ 

aH.drien,  où  le  célèbre  Herode-  Atucus  .eur 
donna  une -'.è/jzrvic  blanche  o 

l.  a.  r.  f ÎC.  : - J'obferverai  auiîi  que  dans  les  pe,o-  | 
tures  du  Térence  du  Vatican  , la  chiamjae  e 
donnée  génc'ralement  à preique  tous  les  ]x,une 
gens  de  condition  libre-  Les  manteaux  des  guer- 
tiers  avoient  coutume  d’êcre  tourtes  cc  irangcs 
en  dedans  , Ksa-^«j-=<,  pour  tenir  chaud  ^F.titarcn. 

Lati/. 95a-  A 34- )•  ” . , . 

Cette  fourrure  & ces  longs  poils  etoient  1 at- 
tribue caraccériftique  de  la  cklaina  , & fervoient 
à la  faire  diilingaer  de  la  cklamyde  , qui  croît 
d’une  étoffe  légère  & fouvent  de  pourpre.  La 
chlamyde  d’ailleurs  étoit  ouverte  , & la  pcenula 
fermée  de  tour  côté  coinme  un  fac-  La  lacerna 
embrafioit  étroitement  tout  le  corps  , ce  qui  la 
diftinguoit  totalement  de  la  Mamyde. 

On  en  attribuoit  l’invention  aux  Macédoniens , 
qui  la  communiquèrent  aux  TheiTaliens  & aux 
Arcadiens  , c’ell-à- dire  , aux  habitans  des  pzys 
montueux.  Les  autres  Grecs  & les  Romains  adop- 
tèrent cet  habillement  ; mais  ils  le  portèrent  plus 
court  que  les  Macédoniens  , à qui  la  chlamyde 
fervoit  à les  garantir  du  froid.  La  longueur  de 
}a  chlamyde  macédonienne  en  faifoit  fans  doute 
le  caraCl^e  diftinélif.  C’eft  aînfi  que  la  por«cîent 
les  Babyloniens  & les  autres  barbares- 

Les  deux  rois  captifs  du  Capitoie  portent  des 
chlamydes  d’un  travail  fort  recherché.  Les  Thef- 
vanens  , habitant  le  pays  froid  de  la  Grece  ^ en 
portoient  aufli  de  très-longues , ce  qui  les  fit 
appeler  par  Strabon  On  en  voit 

fembîable  au  Lheffalien  Protefilas  , qui  le 
diftmgue  des  autres  perfonnages  d’un  bas-relief, 
publié  & expliqué  par  Wtnckelmann  , n°.  1^5  des 
lyloniimenti  inediti-. 

Un  bas-relief  de  la  Villa- Alb-ani  , publie  par 
Winckelmann  fous  le  n'-'.  174  de  fes  Monum^enti 
inediti , Qui  repréfente  Alexandre  & Diogène ,, 
nous  a fait  diftinauer  le  caraftère  propre  de  la 
chlamyde  Macédonienne  , fa  longueur.  _ Celle 
d’ -Alexandre  defeend  plus  bas  oue  la  cheville  du 
pied  , tandis  que  celle  de  Diogène,  & des 
Saïues  héroïques,  touche  à peine  le  gras  de  la 
jambe. 

La  chlamyde  étok  Thabk  des  ehafleurs  , & le 
pins  Couvent  ils  ne  portoient  que  celui-là.  Us  la 
Kjetoient  fur  le  bras  gauche  , comme  on  le 
voit  à l’Apollon  du  Belvédère  ; ils  l’entortilloient 
auflî  autour  de  ce  bras  ,pour  en  faire  une  efpèce 
de  boucher  , cklam.yde  clapeant  hrachium  ,,  dit 
îfonius.  Sur  plüfîeurs  bas- reliefs  antiques  , & 
principalement  fur  ceux  qui  repréfentent  la  fa- 
uneufe  chalfe  du  fanglier  de  Calydon  , on  voit 
des  héros  nuds  , avec  le  bras  gauche  ertonilié 
dans-  une  draperie.,  qui,  eü  certainement  leur 
iMamyde^ 

Oa  a.  donné  quefe^efois.  au.  naantean  des  fssi' 


C H L 

mes  le  nom  de  chlamyde.  Virgüe  appeüe^de  cî 
nom  le  ma.meau  de  Didon  (Æ.e.  x.-.  1,7- ^ ■ 

I Sld:>niam  piSio  ckhmydem  cîreumdata  limho. 

! Tacite  s’ell  exprimé  de  même  en  parlant  d.A- 
1 c^rinoine,  mère  de  A'êron  x/:._  50-  4-^  - 

' \ï:u.c  procal  Jgrippina  aurata  chlamyae.  Le  man- 
teau qui  étoit  l’unique  habrliement  des  petus 
enfans  d’une  naiffance  dillinguee  , P' ““ 
nom  relatif  à la  chl  :m.yae  t on  Lappdoit 
du. a ( mot.}-. 

Quoique  les  manteaux  des  femmes  ffe  des  etï- 
far^  fuitenr  aflimilés  à la  chlamyae  , ce  'fo'- ^ 
toujours  employé  par  les  Grecs  pour  e g^  ^ 
l’habillement  des  gens  de  guerre.  11  dl  <^7 

Philoftrace  ( Ub.  y.  c.  4>-  * f S'iî 

eu  de  l’inclination  pour  la  guerre,  qaU  aima, 
la  c-^tLAMToe  & la  vie  militaire. 

ordinairement  la  chlamyde  = ,,  rnUat 

mération  des  parties  de  l’habillement  d un  foldat 

(^PfeudoL  il.  4-  4^'  '*  ' 


Etiam  (kpas  efi  chlamyde  ,&  mach&ra  & petafo. 

On  fait  que  ce  poète  a traduit 
ques  grecs  3 c’eil  pourquoi  auffi  il  deiigne  fon- 
vent  les  gens  de  guerre  par  le  mot  ttilamydams 
( îLid..  il.  2.  9.  ) X 

Duceret  chlamydatos  cum  macharis^ 

3c  { ibid.  I V.  1-.  8.)  ■* 

i . . - • Qais  hic  komo  chlamydàtiis  efl. 

Les  écrivains  latins  fe  font  fervi  plus  rarement 
du  mot  chlamyde,  pour  dtfigner  les  perUinneS- 
oules  chofes  qui  dépendoient  de  l’art  militaire, 
parce  qu’ils  employoient  ordinairement  les  mots 
fdffum  8c  valudamentum  , qui  croient  fes  lynony- 

mes  dans  leur  langue  , comme  l’atreile  Fonius. 

( XIV  il.')  : Paladamentum  ejî  vefiis  que.  nunC- 
chlamys  dicitar.  Cependant  CAcéton  {pro  Rabir.. 
c.  10  ) reprochoit  à S.i  lla  de  paroitre  avec  la 
chlamyde  & la  chauiTure  militaire  dans  .es  vules 
où  les  autres  generaux  rr  avoient  jamais  pa.it 
que  revêtus  de  la  toee  C’étoit  avec  la  toge  que- 
les  premiers  Romains  étoient  repréfentes  dans, 
les  peintures  , fur  le  marbre  &r  le  bronze,  parce 
que  la  toge  étoit  l’habiüement  des  triompnateurs- 
C’eft  pourquoi  Valère-Maxime  x 1.  G.  2.  ) a repris 
Seipion  l’Afiattque  , de  ce  ou’îl  avoir  fait  p.aeer 
dans  le  '"aqitole  fi  ftatue  revêtue  de  \i..chlamydc: 
& claaufTée  avec-  la  crepida  : L-  Scipionis  fiatuami 
chlamydataatv  & crepidatam  1 1 Capitolio  cernirrits^ 
quo  habita  videlitet  , qai'a  aliquanda  ufas  erat  ^ 
giem  Juamfôrmamm  ponivalidî^ 


C H L 

Les  chh-rr.ydes  étoient  orJinairemînt  faites  de 
Line,  comme  les  autres  habilletnens } ce'îesdcs 
nibans  Sc  des  centunons  étaient  diitinguées  de 
la  ckls-r.wdi  du  foldat  , en  ce  eu' elles  étoient 
plus  légères  Sc  moins  vc'ces.  Les  Grecs  les  por- 
toient  blanches  [Pollux  vu.  13. )•  Pl'-itarque  dit 
cependant  dans  la  vie  de  Philopcmen  , que  les 
foldats  de  ce  général  avoient  des  chlamydts  à 
fleurs  Se  diverfement  colorées.  Chez  les  Romains 
on  les  portoit  de  la  couleur  naturelle  de  la  laine  ; 
mais  celles  des  généraux  & des  empereurs  étoient 
teintes  en  pourpre.  Caîigaia  tras^erfant  en  triom- 
phateur le  pont  qu'il  avoir  fait  conftriiire  de 
Baies  à Pouzzole  , porta  la  première  chlamyde 
de  f de  que  l'on  eût  vue  à Rome.  Elle  étoit 
rouge  (jDzo.  zrjr.  p.  6^^.),  ornée  d’or  & de 
pierres  précieufes  des  Indes.  Commode  allant 
au  théâtre,  imitoit  cet  empereur  infenfé  , & éta- 
loit  aux  yeux  des  Romains  indignés  une  chlamyde  j 
tuTue  d’or  & de  foie,  telles  que  les  portoient  ■ 
les  rois  barbares. 


C H O 3 

I frayeur  que  lui  avoir  caufé  la  mort  fubire  de  Tes 
i frères  & foeurs,  elle  demeura  toute  fa  vie  ex- 
j tnordinairement  pâle.  Elle  époufa  Nélëe  , qui 
I la  rendit  mère  de  douze  fils.  Hercule  en  tua  dix 
I â la  prife  de  Pylos  ; le  onzièm.e  fut  changé  en 
; aigle  , 6c  le  dernier  fut  le  célèbre  èseflor.  Voyc^ 
ÎS'elef.  , Nestor  , Niobé. 

Son  nom  vient  de  ve’-dâtre. 

Cheoris  , jeune  nymphe , époufa  Zéphyre  , 
qui  lui  donna  l'intendance  fur  toutes  les  fleurs. 
V oye-^  Flore.  Les  Romains  fubitituèrent  cette 
divinité  à Chlorés , & la  reconnurent  pour  la 
déelTe  des  fleurs  v.  195-.)  .• 

Chloris  eram,  que.  Flora  vocor.  Corrupta  latïno 
Nominis  eft  rwfiri  llttera  Grsca  fono. 

Chloris  étoit  fille  du  fleuve  Arélurus , Sr 
fut  enlevée  par  Borée  , dont  elle  eut  un  flls 
nommé  Harpax.  Foye^  Arcturus,  Borés. 


CHLAMYDULA , petite  chlamyde.  C’étoit 
Punique  vêtement  des  enfaiis  d’une  nailTance  dif- 
tinguée  en  Grèce  & à Rome.  Ils  étoient  ordi- 
nairement nuds  , 3c  couverts  feulement  d’une 
petite  chlamyde  flottante.  Les  grands  habilloient 
ce  la  même  manière  de  petits  enfans  qui  leur 
fervoient  de  jouet  3c  d'amufement  (^Herodian.  i. 
17.  5-). 

X ^ légère  8c  courte.  Dion 

rapporte  {xlvi.  p.  166.)  que  Calenus  reprochoit 
à Cicéron  de  porter  un  vêtement  aufli  volup- 
tueux. Démefthènes  avoir  elfuyé  le  même  repro- 
che ( Gell.  I.  y.).  Cette  conformité  de  goût 
entre  les  deux  plus  célèbres  orateurs , eft  très- 
rcmarq^ble. 

CH  LO  ILS  s hxieme  jour  du  mois  Thar- 
gelion  l^îlefychias  Sc  Eufljth.  Iliad.  I.  & Paufan. 
in  Att:cis,')  on  célébroit  à .Athènes  des  jeux,  des 
fêtes  appelées  chloies  , , 8c  l’on  immoloit 

un  bélier  dans  le  temple  de  Cérè^-Chloie  , qui 
étoit  piacé  dans  l’Acropole  ou  dans  fes  envi- 
rofis.  Pau'.anias  n’explique  pas  ce  fur-nom  de 
Céres  , qu  il  croit  cepe.ndant  renfermer  quelque 
myftêre  connu  des  prêtres  feuls  j cependant  Por- 
ter le  dérive  avec  vraifemblance  de  gramen, 
furnom  très-analogue  aux  fruits  de  la  terre , aux- 
quels préfidoit  Cérès.  Ce  furnom  eft  analogue 
a celui  d’su-^Aoo»,  que  lui  donne  Sophocle  ( (Sdrp. 
Colon.  167;  ),  8c  que  le  fchoüjfte  de  ce  poète 
dit  etre  celui  fous  lequel  on  adoroit  Cérès  dans 
fon  temple  bâti  auprès  de  l'Acropole. 

CHLORIS  , fi'.'e  d’.Amphion  8c  de  Niobé  . 
échappa  à la  vensea.ice  de  Latone.  Son  premier  \ 
nom  étoir  .Melibée  : elle  eut  le  furnom  de  Chlo-  ; 
rr>j  parce  que  ne  s’étant  jamais  remife  de  la 


CHOCHÆUS , furnom  d’Apollon,  qui  lui  fut 
donné  à caufé  du  culte  particulier  que  lui  ren- 
doient  les  habitans  de  Chocke , t autrement 
appelée  Séleucie.  Jules  Capitolin  lin  Vero,  c.  8.) 
& Ammien  (/.  zj.)  difent  que  la  pefte  qui  rava- 
gea l'univers  du  tems  de  Lucius- Vérus  , com- 
mença dans  la  Babylonie  , 8c  fortit  d’un  coffre 
d'or  brifé  par  an  foldat  romain  dans  le  temple 
d’Apollon  Ckochétus. 

CHODACES  ou  Cjxod^css.  Vitruve  (^x.  C.) 
délîgne  par  ce  mot  des  gonds  qui  roulent  dans 
des  crapaudines. 


CHŒNICE 

CKCENIX. 


Chénice. 


CHŒ'XISQUE.  Pftjyep  Chénisque. 

CHOES  ou  Chous  , fécond  jour  de  la  fête 
des  .Antheftéries  , dans  laquelle  chacun  buvoic 
dans  un  vafe  particulier.  E oyc^  Anthesté- 

RIES. 


CHŒUR.  Cet  article  eft  placé  dans  le  dicélion- 
naire  de  grammaire  & de  littérature. 

xOAAS,  fête  de  Bacchus,  félon  Héfychius. 

CHOM.  Eoyei  Chon. 

CHOMER,  meftire  de  capacité  employée  dans 
l’Afie  Sc  dans  l'Egypte.  Eoyci  CoR. 

CHON.  ) 

CHOM.  f 

SOM.  V Le  grand  étymologifte  dit  qu’Her- 

SOAfî/5.  ( cule  portoit  dans  h langue  égyp- 

DSOM.  J tienne  le  nom  de  chon  y Sc  Héfy- 
chius affûte  que  pluSeurs  perfonnes  reconnoif- 
foient  l’Hercule  égyptien  dans  le  dieu  Pataique 
appelé  Gignon  OU  Gigon.  Jablonskî  croit  que  ces 
trois  mots  grecs  font  un  corruption  du  mot 

•Aij 


4 r H O 

cr rht:-!-:  : ' - ■ .!  .cu:  t.ire  force,  courage  ou 

, Qui  j\oii  ju  fc  les  cor.nou- 
. ;cs  . c.res  de  i'igypce  ^ apr^îoit 
: . L.  Vit.  r'j  ' - g-  2.8  ealz.  JCy.T.  ) 

Ce  de  la  "ei’er-,  -r.i  t-;î 

.:e  exp'ica;.‘.;i:  du  nom  a Hercu  e eg-  ptien  ell 
c.  par  ji  cr.ir-e , 'ui  érok  rrès-verlé  dans 

Jes  an.iqa.tes  ce  I’*  gyp:e  ( oarai'Vi.  lib.  i.  c.  2.0.)  : 
S.:cra:i Ce  aug  jiijtma  .ig-yp.z;  lierc..iern  rcLi 
-glcnc  ve.ie-ar^îiii- , ..Itraojc  n-.imo‘'i.^7n  , qss.  apud 
il  os  rétro  lungtjfsma  if , ut  care.rtim  i.iitic  cc- 
luut.  Z;  f creaitur  & glgtates  i.it<.rtmi(fe  , cum  cœlo 
propug.’iuret , qujji  vjetTOS  DEORC.sf. 

CKONIDAS  , gouverneur  du  jeune  Théfè'e, 
mérita,  par  fes  ta!ens  & Ton  appiication  à former 
ce  jeune  prince , que  les  Athcniens  rhonoraffcnt 
comme  un  demi  - dieu.  Us  lui  immoioient  tous 
les  ans  un  bélier,  le  jour  qui  précédoit  la  fête 
de  1 héfée  } honorant  , avec  raifon  , dit  rlutar- 
que  J la  mémo're  de  celui  qui  avoit  formé  leur 
héros. 


C H O 

CHORÈGE.  7 . , V,  , 

CliOii.tGUS.  y Si  Ton  en  croît  Athenee^, 

xoptros.  J 

(/G.  xjr.)  les  chor'ges  nétoient  pas  ceux  qui 
f-dfoient  la  déperiie  des  fpectades  & de  la  ir.ii- 
fitue , triais  ceux  cui  conduifoient  les  chœiirs  , qui 
dirigeoièiiî  la  mafîque  , de  qui  veilloient  y i ob- 
ferv^ation  des  anciens  principes  de  la  muiiajae  ; 
en  un  mot  , leurs  fonétious  autoient  éie^ies 
memes  que  celles  du  muîicien  qui  oat  la  metme 
dans  nos  orebeilres  J ge  qui  les  conduit-  On  trouve 
cependant  le  nom  de  chor'rge^  donné  le  plus  feu- 
vent  à celui  qui  prélidoit  à la  dépenfe  des  fpec- 
tacies , foie  qubl  la  fit  de  fon  propre  b’en_,  foit 
qudleût  reçu  des  magiltrats  les  fommes  nécellaires,. 
Fiaute  a employé  deux  fois  le  mot  ckaragus  dans 
ce  fens.  i°.  {in  Perfa.  1.3.  78.)  •• 

PO,  Ornatam  addu.ee  lepide.  ttu  peregritiuTH 
madum, 

SÀ.  Tlihy  ornamenta?  PO.  ahs  chorago  fumito ^ 


CHORAGÎüM.  Ce  mot  avoft  chez  les  Ro- 
mai.ns  trois  acceptions , relatives  au  théâtre  & 
aux  chœurs, 

A itruve  appelle  cKoragtum  un.  lieu  placé  près 
du  théâtre,  où  l’on  renfermojt  les  û bits,  les 
décorations  , les  inftriimens.  de  mulîque,  & où 
Ton  difpofoit  quelquefois  des.  chœurs  de  œufi- 
ciens  (Z/i.  v.  9.  ). 

Dans  ce  paffage  de  Pline  ( 36.  i p.  ) Sed.  & 
reiiquus  apparatus  Attalica  vefie  tahulis  piciis. , 
ceteroque  ckoragio  fuit  , on  voit  que  ckoragium 
expriiTie  b pompe  des.  habits  & des  décorations 
fournis  par  le  choragus. 

Apulée  a employé  plufieurs  fois  le  mot  cko~ 
ragium  , pour  défigner  les  funérailles  d’une  jeune 
fille  138.)  -•  Jnm  fera  Hum  nuptiarum  mi- 

ferritna  virgini  ckoragium  firuitur  ; Se  Fukence 
lui  donne  exprefîement  ce  fens.  (Ex-pof.  Prife. 
Serm.  §.  36.)  Ckoragium  virginale  funus  vocatur. 
Cette  acception  ert  venue  fans  doute  du  chœur 
de  filles,  qui  fiiivoient,  en  pleurant,  le  corps  de 
leur  jeune  compagne. 


Dare  dehet  prstbetida  Jttdiles  locavemne^ 

2®'.  {Pi  inummus  , iv.  Z.  I-é.) 

Jpfe  ornamenta  a ckorago  hac  fumpfti  fuo  pers» 
cu.lo„ 


Dans  ce  fens  les  fonélîons  du  chorege  répondoient 
à celles  d’un  d reéteur  d’opéra. 

On  trouvée  dans  une  infeription , rapportée  par 
Muratori,  ces  mots:  choragüs  pyrrh'.chÆ. 
Ils  défi.anent  un  chorege  de  la  première  efpece  , 
c’eft-à- dire  , celui  qui  conduifoit  les  danfeitrs  de 
b pyrfaique, 

CHORÉGR-APHIE  , art  décrire  , notet: 

la  danfe.  On  n’cn  trouve  aucune  trace  dans  les 
écrivains  anciens.  Thoinet  Arbeau  elt  le  pre- 
mier qui  en,  ait  traité  , dans  un  ouvrage  impri- 


mé à Langres,  en.  1588,  intitulé  Qrckéfegra- 


phie. 

CHOREION  , air  de  danfe  des  anciens , cité 
par  Meurfius. 


CHORAGUS.  Voye'p  ChorÈge, 

CHORAULE  , , choraula  , Gelui  qui 

jouoit  de  b flûte  avec  les  chœurs.  Diomède  le 
Grammairien,  {ni,  p,  489.  Edit.  Putfek.')  dit 
que  dans  Pprigine  de  b comédie  , les  choraules 
jouoient  dans  b comédie  j mais  que  par  b fuite 
ils  jouèrent  feuls,  comme  faifoient  les  pythau- 
îes  & les  pantomimes.  Ce  fut  alors  que  le  cko- 
raule  fut  acco.mpagné  d’un  chœur  auouel  il  pré- 
fidoit,  & GUI  étoit  compofé  de  fept  chanteurs 
félon  Hvgm  iFab.  273.)  , Pyekaules , qui pytia 
cantaverat , feptem  habuh  palHatos  , qui  voce 
caraavemnt  ^ unde  pofieà  appellatus  efi  ckoraur 

tep. 


CHORION  ,.  nom  de  b mufîque  grecque  ». 
qui  fe  chantok  en  l’honneur  de  b mère  des 
dieux,  & qui  ,.difoit-on,  fut  inventé  pat  Olympe 
Phrygien. 

CHORTQUE , efpèce  de  flûte  dont  on  accom-- 
pagneie  les  dithyratabes- 

CHOROBATIE.  F'üye^le.diûlionnaire  des  ma» 
thématiques. 

CHOROCIPHARISPÆ  , f/mphoniSes  qui: 
jouoient  de  la  Ivre  plufieurs  enfemble  ( Suet. 
Domit.  4.  ic.  ) : Certabant  etîam  prêter  citharædçrs 
chorocitharijîe. 

CliCSODÎD.ASCALEi  maître  du.  çbceuïv 


C H O 

qui  ba:  !a  meûire  , qui  conduit  !a  danfe  & le  ’ 
chant  5 l;s  L.tins  rappeioier.r  prdce7z.'o-.  Scs 
fonctî^.'.s  ionr  expriiiiecs  uans  îe  poeme  fécu- 
Lire  d Horace  : 

Virgtnj.m  prims,  , pucrique  Claris 
Patrijus  orti  , 


C F O < 

fvmboîe  d’Athèuis  Sc  de  Tes  colonies.  On  !x  voit 
au;îi  fur  les  médaiües'  de  Lacdkée  de  Svrie  , 
^Azetiid  , de  Caiaûa  , d'H ierapvtna de 
Lacédénacne  , de  Peira  ^Hanter],  , de  Fe-'are- 
thiis  de  Tarer.rSj  de  Tauroreenium  ^ de  Tiatr, 
de  \aîer.t!a  en  Iraiie  , de  ^ elia  , de  Melos,  de 
SliietopodiSj  de  .Nea,  de  Tégea  en  Crète. 


Lesaium  fcrvcre  pedcm  j meique 
Po  -licis  iS'dm. 

. > hrajpxa.  Les  égj’ptiens  commençoient 

leurs  repas  par  les  choux  j & :1s  furent  imites 
en  ceu  par  .es  Grecs  & les  riomains  , qui  artri- 
buoient  à cette  plante  !a  propriété  de  prévenir 
livrefTe.  De  là  vint  fans  doute  que  Fon  regarda 
les  choux  comme  les  ennemis  de  la  viene.  Pline 
rions  apprend  que  Chrvfippe , Dieuchès  , Pytha- 

pre  & Caton  avoient  compote  des  traités  fur 
le  chou. 

CHOUETTE.  PhifodrateCv/r.  Apollon.  :I.  53.'' 
û r que  les  Egyptiens  repréfentoient  Minerve  fous 
la  forme  d'une  ckoustu  ; auiTi  cet  oifeau  étoit-il 
reyere  a Sais  , où  Minerve  ctoit  honorée  d'un 
cuite  particuîtcr  , fous  le  nom  de  isiiith.  11  n ell 
pas  etor.nant  d'après  cela  que  les  Athéniens  , 
dévoues  au  culte  de  Minette,  aient  eu  du  ref- 
pcct  pour  la  chouette.  C'eil  pourquoi  les  augure; 
que  1 on  tircit  de  l'apparition  de  cet  oi!eau  Ocré  ï 
Atnenes,  etoient  toujours  favorables,  i hé-niilo- 
eJe  tenant  confeil  fur  le  pont  de  fon  vaifléau , 

trouvant  tous  les  chefs  , fes  collègues,  d'un 
avis  oppofé  au  lien  , vit  une  chouette  voler  à la 
droite  du  navire  & fe  pofer  fur  le  mat.  II  en 
prit  occaiion  d'exhorter  les  chefs  à fuivre 
ion  avis  & à livrer  Je  combat  ; ils  Je  firent  & 
Tcmportereut  la  vicToire  {Plutarck.  ia  Thcmif. 
tocU.  * 

Dans  d'autres  contrées  l’apparraon  de  la 
tAoyerre  etoïc  regardée  coinme  un  mauvais  augure 
{.A.ian.  Hifi.Anim.  xr.  c yp.).  Le  roi  Pyrrhus 
ayant  vu  une  chouette  fe  poier  fur  la  lance  qu'il 
tenoit , prédit,  à ce  que  I on  dilott,  la  mort  hon- 
teuie  cjui  1 ateendoit  à Argos, 

Hiéron  prêtant  ferment  dans  la  mince  de 
Syraeufe  , un  aigle  fe  pofa  fur  fon  bouclier,  & 
une  chouette  fur  fa  lance.  On  conjectura  qu'il 
feroit  un  jour  célébré  pour  fa  bravoure  , pour 
la  prudence,  &quilmonteroitfurre  trône 

‘chouette  étoit  donc  d'un  bon  augure 
en  mcile.  Elle  l'étoit  néjâ  du  tems  de  la  guerre 
de  Iroye,  félon  Eullathe  {inlliad.  K.  v.  274.1 
pour  ceux  qui  tendoient  des  embûches  aux^au^ 
t.es;  car  Homère  dit  que  Minerve  envoya  une 

juT'm  ’ ^ Diomède  & 

d L lylfe  , Jorfou'ils  entrèrent  de  nuit  dans  le 
camp  des  Troyens,  pour  reconnoitre  leurs  for- 
ces. 

,eHoü£TTi  fur  les  médailles  ( une  ) eH  le  1 


On  avoir  confacré  à Minerve  la  chouette  , 
parce  qu'elle  voit  dans  les  ténèbres,  Sc  que  l'o.n 
en  avoir  fait,  à came  de  cette  prooriéré  , le  fvm- 
. boîe  de  la  fageîTe  & de  la  prudence.  C'eiî  pour- 
quoi on  la  voit  placée  fur  les  monumens  aux  pieds 
^ de  l'ûinetve,  quelquefois  fur  fa  lance,  & le  plus 
: fouver.t  fur  fon  cafque. 

L^  chouette  pofée  fur  un  autel  défignoit  , 
félon  le  P.  Jofaert,  que  Néron,  à qui  appartie.nt 
cette  médaü.'e,  avoir  célébré  les  jeux  de'Minerve 
appelés  Quinquatria.  Mais  il  paroit  finguüer  que 
I on  ait  voulu  conferver  fur  une  médaille  Ix 
mémoire  d'une  célébration  de  fêtes  , qui  reve- 
noient  à Rome  deux  fois  chaque  année.  Le  baron 
de  la  BafHe  aimort  mieux  y reconnoitre  un  facri- 
fice  particulier  offert  par  Néron  à Minerve,  pour 
s acquitter  d un  vœu  dont  rhiiicire  ne  nous  a 
pas  confervé  le  fouvenir.  Nous  croyons  donner 
de  ce  type  une  explication  plus  naturelle,  en  y 
recqnnoiffant  un  fvmbole  de  la  fagelTe  , que  la 
balle  flatterie  accordoit  à cet  empereur.  C'efi 
ainli  que  fur  une  médaille  de  Conftantin,  le  même 
type  eft  accompagné  de  la  légende  : sapientia 
PRiNCiPis  PROVIDENTISSIMI  ; & que  Ton  voir 
fur  une  médaille  de  Trajan,  publiée  par  Seguin, 
une-chouette  püaeée  fur  la  colonne  de  ce  prince. 

Quant  aux  chouettes  des  médailles  d’.Athènes, 
elles  y font  le  fymbole  de  fa  protedfrice  Minerve i 
& les  vafes  fur  Jefquels  elles  y font  pofées  , 
défignent,^  à ce  que  l'on  prétend,  l'inventio» 
des  vafes  ce  terre  dont-  les  Athéniens  fe  glori- 
fioient. 

On  n’a  formé  encore  que  des  conjeéfares  peu 
Qtisfaifantes  lur  la  chouette  à deux  co  ps,  réunis 
à une  feule  tête  , qui  le  trouve  fur  quelques  mé- 
dailles grecques. 

UHOUS,  mefiire  grecque  de  capacité.  Elfe 
valoir  en  mefure  de  France  2 pintes  & , fdon. 

M.  Paufton. 

Elle  valoir  en  mefîires  grecques 
6 xeftés , 

Ou  12  co tries. 

Ou  48  o.xv  baphon  , 

Ou  72  cyathes. 

Chou  s.  Voye-^  Cous- 
CHRESES,^ 

CHRESIS , > une  des  parties  de  F ancfetinc 
XPH2HX ,,  3 

Mélopée.  Elle  apprend  au  compofîteur  à mettre' 
an  tel  arranseirent  dans  la  ■'uite  des  fons,  ou'îî- 
cü  relulîc  'uüc  bonne  naoduUdon  & une  méiôdi* 


C C H R 

agréable.  Certe  partie  «'applique  à dr.^érentes  Tue- 
ce!l:c;is  de  ions , appelées  par  les  anciens  ^gog^ , 
eer.éja  , a^-icu-?zp:oJ:s  , &c. 

CHRISIPPE  étoit  fils  nature!  de  Féiops  & 
de  la  nymphe  Danais  i oiij  feîon  d'autres  , fa 
mère  fe  nommoit  Axioché  ou  Alryoche.  il  ctojt 
d'une  grande  beauté,  8c  fut  enlevé  par  LaiiiS  ; 
mais  on  pourfuivit  Laias  avec  tant  de  prompti- 
tude ca’on  lui  arracha  fa  proie  , & on  l'amena  pri- 
fonnier  à Pé'ops , qui  lui  pardonna.  Hippodarrde  , 
femme  de  Péiops  ^ fâchée  de  ce  que  fon  mari 
préféroit  ce  bâtard  à fes  enfans  iégicimes,  exhorta 
Atrée  & Thyefte , deux  de  fes  fils , à le  faire 
mourir  ; ils  refufèrent  de  fe  prêter  à ce  crime. 
Alors  elle  l'exécuta  elle -même  avec  l'cpée  de 
Laius  , qu’elle  prit  pendant  qu'il  dormoit.  Cette 
circonltancc  fit  foupçonner  Laïus  ; mais  Hip- 
poJamie  le  difcu'pa  avant  de  mourir.  Les  uns 
ont  dit  que  Péiops  fe  contenta  de  ban.nir  fa 
femme  ; d'autres  qu'elle  évita  la  mort  en  fe 
fauvant  à Midée.  D'autres  alTurent  qu'Atrée  £c 
Thyeite  commirent  réellement  ce  meurtre  , qu’ils 
jetèrent  le  cadavre  dans  un  puits,  & qu'ils  fe 
fauvèrent  à Thiphylie.  On  feupçonna  auiTi  Alcha- 
toüs  de  ce  meurtre.  Vove^  Alchatoüs. 

CHRISTOPHE  , fils  aîné  de  Romain  Léca- 
pène. 

Christophob-US  Aügustus. 

Ses  médailles  font  : 

RRR.  en  or,  où  il  eft  avec  fon  père. 

On  eft  incertain  fi  l'on  en  a en  argent , en 
bronze.  Ducange  en  rapporte  une  fur  laquelle 
on  lit  les  noms  de  Rom.ain,  de  Chriftonhe  & de 
Conftantin  X , mais  fans  dire  de  quel  métal 
elle  eft. 

Christophe  (S.).  F'oyer  Chien. 

CHRODOR , dieu  des  anciens  Germains , qu’on 
croit  être  Saturne.  On  le  repréfentoit  fous  la 
forme  d’un  vieillard  avec  la  tête  nue,  appuyant 
les  pieds  fur  un  grand  poiîfon.  Il  étoit  couvert 
d’une  robe  qui  ne  laiabit  voir  que  les  pieds  , & 
ceint  d'une  écharpe  , tenant  de  la  main  gauche 
une  roue,  & de  la  droite  un  panier  plein  de  fleurs 
& de  fruits. 

CHROMATIQUE,  f mufique  qui 

procède  par  plufieurs  femi-tons  de  fuite.  Ce  mot 
vient  du  grec  zçiua  , qui  figrdfie  couleur  , foit 
parce  que  les  Grecs  marquoient  ce  genre  par  des 
caraâères  rouges  ou  diverfement  colorés  , foit 
parce  que  le  genre  chromatique  eft  moyen  entre 
les  deux  autres  , comme  les  couleurs  entre  le 
blanc  & le  noir  ; ou  , félon  d’autres  , parce  que 
le  genre  chromatique  varie  & embellit  le  genre 
diatonique  pat  fes  femi-tons  , qui  font  dans  la 


C K R 

mufique  le  même  effet  que  la  variété  des  couleurs 
dans  la  peinture. 

Boece  attribue  à Timothée  de  bîilet  l'invenfion 
du  genre  chromatique  j mais  Athenee  la  don.ie  à 
Epigonus. 

Ariftoxène  divife  ce  genre  en  trois  efpèces , qu’il 
appelle  molle , ke-niolion  3c  roaicum,  qui  procède 
par  de  petits  intervalles  ; & intenfum  , dont  les 
intervalles  font  plus  grands.  Mous  expliquerons 
au  mot  GENRE  le  chromatique  des  Grecs;  quant 
aux  modifications  que  ce  même  genre  recevoir 
dans  fes  efpèces  , c’eft  un  détail  qu'il  faut  cher- 
cher dans  les  auteurs  mêmes. 

CKROMIUS  , fils  de  Priam  & d’Hercule  , ’ fut 
tué  par  Diomède  fous  les  murs  de  Troye. 

CHRONIES , fêtes  célébrées  à Athènes  en 
l’honneur  de  Saturne.  C'étoient  les  mêmes  que  les 
Saturnales  des  Romains. 

CHRONOLOGIE.  La  chronologie  en  general 
eft  propreitient  Yhifloire  des  tems.  Ce  mot  eft 
dérivé  de  deux  mots  grecs  , yje'.os , tems  , & 
y.oyes , difeours.  la  tempore  , dit  Newton,  quoad 
orainem  fuccejjioais  , ia  fpatio  quoad  ordinem  fitûs 
locantur  univerfa.  Ce  magnifique  tableau  , oui 
prouve  que  les  géomètres  favent  quelquefois 
peindre,  revient  en  quelque  manière  à l'idée  de. 
Leibnitz , qui  définit  le  tems  , F ordre  des  êtres 
fuccejjîfs , 8c  Pefpace  , F ordre  des  co-exiftans-  II 
n'eft  queftion  ici  que  de  la  fcience  des  tems  paflés, 
de  l'art  de  mefurer  ces  tems,  de  fixer  les  épo- 
ques , & c’eit  cette  fc,ence  qu'on  appelle  chrono- 
logie. 

Plus  les  tems  font  reculés,  plus  auffi  la  mefure 
en  eft  incertaine  ; au/fi  eft- ce  principalement  à la 
chronologie  des  premiers  tems  que  les  plus  favans 
hommes  fe  font  appliqués.  Fontenelle  {Eloge 
de  M.  Bi  dnckini , ) compare  ces  premiers  tems 
à un  vafte  palais  ruiné  , dont  les  débris  font  en- 
taffés  pêle-mêle  , & dont  ia  plupart  même  des 
matériaux  ont  difparu.  Plus  il  manque  de  ces 
matériaux  , plus  il  eft  poftîble  d'imaginer  & de 
former  avec  les  matériaux  qui  reftent  différens 
plans , qui  n’aiiroient  rien  de  commun  entr'eux. 
Te!  eft  l'état  où  nous  trouvons  i'hiftoire  ancienne. 
Il  y a plus  : non-  feulement  les  matériaux  man- 
quent en  grand  nombre  , par  la  quantité  d’au- 
teurs qui  ont  péri,  les  auteurs  même  qui  nous 
reftent  font  fouvent  contradictoires  les  uns  aux 
autres. 

II  faut  alors  ou  les  concilier  tant  bien  que 
mal , ou  fe  réfoudre  à faire  un  choix  qu’on  peut 
touiours  foupçonner  d'être  un  peu  arbitraire. 
Toutes  les  reche  rhes  chronologiques  que  nous 
avons  eues  jufqu'ici  , ne  font  que  des  combinai- 
fons  plus  ou  moins  heureufès  de  ces  matériaux 
informes.  Et  qui  peut  nous  répondre  que  le  nom- 
bre de  ces  combinaifons  foit  epuifé  ? Auffi  vouons 
nous  preïque  tous  les  jours  paroître  de  nouveaux 


C H R 

ryltênnes  chronologie.  H y a , dit  le  diftioa- 
na:re  de  Moréri  foixante-dix  opinions  différen- 
tes fur  11  ch: O -ologie  depuis  !e  commencenrient 
eu  iri'nte  juf^u  a Jéius-Chnit.  ISious  nous  con- 
tenterons de  nommer  ici  les  auteurs  les  plus  cé- 
lèbres. l e font  Jules  Africain  , Denis  le  Petit  , 
Eu.èbe^S.  Cyrille,  dede,  Scaliger,  k P.  Petau, 
L lier  us  , Marsbam  , Vollius,  Pagi  , Pezron  , 
Defvignoles  , f réret  Se  iS'ev/con  : qm  nomina  ! Sz 
de  quehe  difEcuité  la  chronologie  ancienne  nkft- 
ehe  pas , puifque  après  les  travaux  de  tant  de 
granüs  hommes  , elle  relie  encore  fi  obfcure 
qu'on  a plutôt  vu  que  rciblu  les  difficultés  ! C'eft 
une  efpèce  de  perfpeéiive  immenl'e  à perte  de 
vue , dont  le  fond  elt  parfem.é  de  nuages  épais, 
a travers  lefqucls  on  apperçoic  de  dii'taace  en  dif- 
tance  un  peu  de  lumière. 

S’il  ne  s’agiffoit , dit  un  auteur  moderne,  que 
de  quelques  événemens  particuliers , on  ne  feroit 
pas  lurpris  de  voir  ces  grands  hommes  différer 
fi  fort  les  uns  des  autres  j mais  il  eit  queftion  des 
points  les  plus  effenticls  de  l'hiltoire  profane  , 
tels  que  le  nombre  des  années  qu;  fe  font  écou- 
lées depuis  la  création , l’origine  de  l’empire  des 
Chinois,  les  dynaliies  d’Egypte,  l’époque  du 
règne  de  béloliris  , le  con  nr.encemer.t  & la  fin 
de  1 empire  d .Aifyrie  , la  chroTiologie  des  rois  de 
Babylone  , des  rois  Mèdes,  des  fticcefiti-rs 
ffôiexandie  , fans  parler  des  cems  fabu.eux  & 
héroïques  , où  les  difficu.tés  font  encore  plus 
nombreufes.  Mém.  ae  Lite.  & d'Hifi.  par  Cahbé 
A-Anig.-iL 

L’auteur  eue  nous  venons  de  cirer,  conclad  • 
de- là  tort  judicieuiement  ou’ii  leroit  inutile  de  | 
fe  fatiguer  à concilier  les  differens  fyllêmes  , ou 
à en  imaginer  de  nouveaux.  11  fuffic  ’ dit-il , d en 
choifir  un  fie  de  le  faivre.  Ce  Cntiment  n us 
paroit  être  aufli  celui  des  favans  les  plus  illuttres 
que  nous  avons  con.ultés  fur  cetre  matière.  Pre- 
nez , par  exemple,  le  fylléme  d Llïénus  , aiïez 
fuui  aujourd'hui  , ou  celui  du  P.  Fetau  , dans 
fon  rattonartum  temporum.  La  feule  attention 
qu’on  doit  avoir,  en  éciivant  l’hiftoire  ancienne, 

C ell  de  marquer  le  guîde  que  Ton  luit  fur  Ja 
chronologie  , afin  de  ne  eau  fer  à Tes  lecteurs  au- 
cun embarras  ; car  , fe’on  certaffis  auteurs  , il  y a 
depuisle  commencement  du  monde  iufou’à  Jéfus- 
Orill  3740  ai  s,  uA-  693  félon  d’autrl , ce  “ui 
fait  une  d'ffcrence  de  3104  Cette  différence  doit 
fe  répandre  fur  rout  l’inrervalie  , prmcipa.ement 
fur  les  parties  de  cet  intervalle  les  plus  proches 
de  la  création  du  monde. 

Je  croîs  donc  ou  îl  elî"  îniitPe  d’expofer  ici 
fort  au  long  les  fentimens  des  chrortoiogiftes  , ' 
S:  les  preuves  les  plus  ou  moins  fortes  fur  lef- 
quCiles  ils  les  ont  appuyées^  L'eus  renvoyons  fur 
ce  point  a leurs  ouvrages.  Voici  feu-'emenr  les  • 
principales  opinions  fturhdurée  du  monde  depuis 

aâereauQQjufqu'à  Jéfus-Chxift, 


C H i{ 

Sel'^K.  Lz 

TT  -T  * 

i-iîenus 

Scaliger  

Petâu , 

Riccioli 


4074  ZTS. 

39S4 

4184 


Selon  les  feptantes. 

Eufèbe,  

Les  ta'PÎes  alphor.fines , . . 

Biccioli  


fico  ans. 

^954 

5^>A 


- L’^riée  de  ta  naiffance  de  Jéfus-Chffîl  eil  anfïi 
tort  diiputee  5 il  y a fepe  à huit  ans  de  différence 
lur  ce  poi.nt  entre  les  auteurs.  Mais  depuis  ce 
tems  la  chronologie  commence  à devenir  beau- 
coup plus_ certaine  par  la  quantité  de  monumens. 
Se  les  différences  qui  peuvent  le  rencontrer  entre 
les  auteurs , font  beaucoup  moins  coufidéra- 
bie.s 

Annales  Babyloniennes , Egyptiennes  etc 
Ckyddéennes  , réduites  a notre  chronologie.  C’eft  à 
Gibert  que  nous  aurons  l’obligation  de  ce  que 
nous  allons  expofer  fur  cette  matière  fi  rmpor- 
taiite  & fi  d.fficile.  V oye^  une  Lettre  qu’il  a pu- 
bliée <•«1743  , Amft.  Les  anciens  défignoient  par 
le  nom  à‘an:.ée , h révolution  d’une  planète  quel- 
conque aurotir  du  ciel.  Eoye^  Macrobe,  Eudoxe, 
Varron  , Diodore  de  Sicile  , Pline,  Flutarque  ^ 
S.  Auguftin,  & c.  Ainfi  l’année  eut  deux,  treis^ 
çuatre  , fix , douze  mois  5 8c  félon  Paiephare  8c 
Suidas  , d’autres  fois  un  feirl  jour.  Mais  queik 
forte  de  révolution  entendoient  les  Chaldéens* 
quand  ils  s’arrogeoient  quatre  cent  foixanre  & 
treize  mille  ans  d’obfervations  .=  Quelles  ? celles 
d un  jour  folaire  étoient  leur  année  alironomi- 
que  j d’eù  il  s'enfuit,  félon  cette  fiippofition 
Pue  ks  473  mille  années  des  Chaldéens  fe  ré* 
duifenr  à 473  mille  de  nos  jours,  ou  à 1297  SC 
environ  neui^  mois  de  nos  années  folaires.  Or 
c’ert-làprécifémentk  nombre  d’années  qu’Eufèbc 
compte  depuis  les  premières  découvertes  d’ i tlas 
en_  atironomie  , jufcu’au  p.îffage  d’Alexandre  eü 
Ahe , & il  place  ces  découvertes  à l’an  384  d’A- 
braham  ; mais  k pafiage  d’Alexandre  tft  de  1 an 
1582  ; l'intervalle  de  l’un  à l’autre  eti  donc  pré- 
cifément  de  1298  ans  , comme  nous  l’avons 
trouve. 


Cette  rencontre  devient  d’autant  plus  frap- 
î»nte  , qu’Arlas  paffe  pour  l’inventeur  même  de 
l’ilirologie  , 8c  par  canféquent  fes  obfervations 
comme  la  date  des  plus  anciennes.  L’hiftoire 
fournir  même  des  conjeâures  affez  fortes  de 
l’identité  des  obfervations  d’.4tlas , avec  ks  nre- 
mières  obfervations  des  Chaldéens.  Mais  voyons 
la  fuite  de  cette  firpoofition  de  Cibert. 

Berofe  ajoutqic  iVoco  ans  aux  obfen  atrans  des 
Cbaldeens.  L hiûbire  de  cet  auteur , dédiée  à 
Anttochus  Soter,  fat  vraifemblabkment  conduite 
jufeu  aux  dernières  années  de  Sekticus  kicanor,. 
predecdleuc  de  cet  -Intiochus.  Ce  kit  à pen-pïès 


§ C H R 

cî:'S  ce  tenns  q'.îe  Babyîone  perd:t  Ton  nom,  Sc 
eue  les  habitans  pillèrent  di;'i5  ia  '.—le  nouvelle 
cun'.'truite  par  SeleucuSj  c’elt-à-ciirC;,  la  -yV 
avant  Jéfas-Chrifr,  oup'-uot  la  zïj  ; car  Etüèbe 
pc’.Ts  apprend. que  Seleucus  peuolort  alors  la  ville 
cu’H  avoir  bâtie.  Or,  les  i”CPO  ans  de  berofe, 
évalués  à la  manière  de  Gibert,  donnent  46  ans 
iîs  à fept  mois  J ou  rirtervaile  précis  du  paliage 
d'Alexandre  en  Afîe,  iufqu’à  la  première  année 

de  la  cxxnie  olympiade , c'eiî-à-dire  , juiqa'au 

moment  où  Eeroie  avoir  conduit  Ton  hiîtoîre. 

Les  yzocco  années  qu'Epigène  donnoit  a'JX 
oofervations  confer'Cces  à Babylone,  ne  ronr  pas 
plus  de  dife'cuire  ; rédu'tes  à des  années  julien- 
nes, elles  font  1971  ans  & environ  trois  mois; 
ce  qui  approche  fort  des  1903  ans  eue  Caliilthène 
accordoic  au  meme  genre  d oofervations.  La  dif- 
férence de  <58  ans  vient  de  ce  que  Callifthène  finit 
fon  calcul  à la  prife  de  Babylone  par  Alexandre, 
comme  il  le  devoir,  <k  qu'Epigène  conduiîir  le 
fien  jufques  fous  Ptolémée  Philadelphe , ou  juf- 
qu'a  fon  cems. 

Autre  preuve  de  la  vérité  des  calculs  6 de  la 
furpofition  de  Gibert.  Alexandre  Polyh'itor  dit , 
d’après  Eerofe  , que  l’on  confervoit  à Babylone 
depuis  plus  de  1 50000  ans  , des  mémoires  hif- 
teriques  de  tour  ce  qui  s’étoit  pafle  pendant  un 
fl  long  intervalle.  î!  n’ed  perfonue  qui  , fur  ce 
paffage  J n’accHp  Eerofe  d’impoirure  , en  fe  rap- 
pelant que  Kabonaiiar,  qui  ne  vivoit  que  410 
à 411  ans  avant  Alexandre,  detmifit  tous  les 
monumens  hiitoricues  des  tems  qui  l'avoient  pré- 
cédé. Cependant  en  réduifant  ces  ijccco  ans  à 
autant  de  jours  , on  trouve  410  ans  8 mois  & 
3 jours;  & les  ijccco  de  Eerofe  ne  font  plus 
qu’une  aiieâaîion  puérile  de  fa  part.  Les  410  ans 
8 mois  & 3 jours  qu’on  trouve  par  la  fuppofî- 
tion  de  Gibert  ; fe  font  précifénient  écoulés  depuis 
le  z6  février  de  l’an  747  avant  Jéfus-Chriil:,  où 
commence  rèrede  NabonaiTar,  jufqu’au  premier 
novembre  de  l’an  .357,  c’cll -à-dire,  uLqu’à  l’an- 
née & au  mois  d’où  les  Babyloniens  datoient  le 
règne  d’Alexandre  , après  le  règne  de  fon  père. 
Cette  réduction  ramène  donc  to’ujours  à des’ épo- 
ques vraies  ; les  3CCG0  ans  que  les  Egyptiens 
donnoient  au  règne  du  Soleil  , le  même  que 
Jefeph  ,-  fe  réduifent  aux  80  ans  que  l'écriture 
accorde  au  miniftère  dé  ce  patriarche  ; les  i3  'o 
ans  & plus  que  quelques-uns  comptent  depuis 
Menés  jufqu’à  Ntiihocris,  ne  font  que  des  années 
de  lix  mois  , qui  fe  réduifent  à é<SS  années  ju- 
liennes , que  le  canon  des  rois  thébains  d’fra- 
torthène  met  entre  les  deux  mêmes  règnes  ; les 
2956  ans  que  Cicéarque  compte  depuis  Séfoftris 
jufqu’à  la  première  olympiade  , ne  font  que  des 
années  ce  trois  mois  , qui  fe  réduifent  aux  7^4 
ans  due  les  marbres  de  Paros  comprent  errre  Dal 
naiis,  frère  de  SéfoUris , & les  olympiades,  &c. 
uye^  la  Litf-e  de  l'A.  Gibert, 

Far.mi  tous  les  auteurs  qui  ont  écrit  fur  la 


C H R 

chronologie , il  en  eft  un  dont  nous  parlerons  us 
peu  plus  au  long  ; non  que  fon  lyliéme  foit  le 
meilleur  Se  le  plus  fuivi,  mais  à caufe  du  nom 
de  l’auteur,  de  la  fingularité  des  preuves  far  îef- 
quelles  ce  fyftême  eil  appuyé , Se  enfin  de  la 
nature  de  ces  preuves,  qn.i  étant  altronomique 
& mathématique , offre  un  appareil  de  vérités 
impofantes. 

beion  isewton  , le  monde  eft  moins  vieux  de 
500  ans  que  ne  le  croient  les  chronologiftes. 
Les  preuves  de  ce  grand  homme  font  de  deux 
efpèces. 

Les  premières  roulent  fur  l’évaluation  des  géné- 
rations. Les  Egvpiiens  en  comptoierit  341  depuis 
Menés  iufqu’à  Sethon  , 8r  évaiuoient  trois  géné- 
rations à cent  ans.  Les  anciens  Grecs  évaiuoient 
une  génération  à 40  ans.  Or , en  cela , feloa 
ÎN'ewton  , les  uns  & les  autres  fe  fromrrèrent. 
II  eft  bien  v-ai  que  trois  générations  orcinaires 
valent  environ  1 20  ans;  mais  les  générations 
font  plus  longues  que  les  règnes,  paice  qu’il 
eft  évident  qu’en  générai  les  hoix-mes  vivent 
'plus  long-rems  que  les  rois  ne  rég;'.enr.  Selon 
NeVv'tcn  , chaque  règne  eft  d’env:ron  20  ans  , 
l’un  portant  l’autre  ; ce  qui  fe  prouve  par  la 
durée  du  règne  des  rois  d’AngLterr" , depuis 
Guillaume  le  C onqaéranr  jurqu’à  Georges  ï ; des 
vingt-quatre  prerrJeFS  rois  de  France  , des  v'ngt- 
quatre  fuivans,  des  quinze  fuivans,  &'  e:.fin  des 
feixante-trois  réuids.  Donc  les  anciens  ont  fait 
un  calcul  tiop  fort  , en  évaluant  les  générations 
à 40  ans. 

La  fécondé  efpèce  de  preuves  , 'plut  fingulière 
encore,  eft  tirée  de  raftronc.Taic.  On  fait  rue 
les  poi.nts  équinoxiaux  ont  un  mouvem'nî  — iro- 
grade  & à très-  peu  près  uniforme  d’au  degré  en 
foixante-dou/.e  ans. 

Selon  Ci-ément  Alexandrin,  Chiron,  qui  étoit 
du  voyage  des  Argaunotes  , fixa  l’équinoxe  du 
printems  au  quinzième  degré  du  bélier  , & oar 
conféquent  ;e  folftice  d’été  au  quinzième  degré 
du  cancer.  Un  an  avant  ia  guerre  du  Péiopennèfe , 
Méton  fixa  le  folftice  d'éré  a’ù  hL.iiième  degsé 
du  cancer.  P'jirq.ii’un  degré  répond  à foixante- 
douze  ars  , il  y a donc  fept  fois  foixante  & 
douze  ans  de  l’expédition  des  Argonautes  au 
commei’cemenî  de  la  guerre  du  réiopennèfe  , 
c’tll  à-dire , cinq  cent  quatre  ans,  & non  pas  fept 
cent , comme  difoient  les  Grecs.  . 

F,n  ct/rrébinant  ces  deux  düTérev tes  preuves  , 
îiev.'ton  conrîu  i que  ; expédition  des  Argonau- 
tes doft  être  placée  909  ans  avant  .léfus-Chrift, 
f>  von  pas  1400  ans.  corr.nrie  on  le  croyoit  , ce 
qui  rend  ie  mo.f’de  moins  vieux  de  yco  ans. 

, Ce  f ’ftême  , il  iaut  l’avouer  , n’a  pas  fait 
ji  graridf  rc:-une.  U a été  attaqué  avec  force  par 
. F'  trct  & par  le  P.  Soucier  ; il  a cenendmt  eu 
Ana'ererre  & en  France  meme  des  défenfeurs. 

Fréret , en  conibi.n'Tit  8.  pa’coutanr  l’hiitoirc 
des  tems  connus,  croit  que  iSewton  s’eft  ciompc 

en 


C H R 

en  évaluant  chaque  génération  des  rois  à vingt 
ans  ; il  trouve , au  contraire  , par  différens  csJ- 
culs , qu'elles  doivent  être  évaluées  à trente  ans 
au  moins , ou  plutôt  entre  trente  & quarante  ans. 
li  le  prouve  par  les  vingt-quatre  générations  de- 
puis Hugues-Capet  jufqu'à  Louis  XV.  par  Robert 
de  Bourbon  J qui  donnent  en  770  ans  32  ans  de 
durée  pour  chaque  génération  ; par  les  douze 
générations  de  Hugues-Capet  jurqu'à  Charles-Ie- 
Bel;  par  les  vingt  de  Hugues-Capet  jufqu'à  Henri 
III  ; par  les  vingt-fept  de  Hugues-Capet  à Louis 
XII 5 par  les  dix-huit  de  Hugues-Capet  à Charles 
VIII.  11  eû  affez  lingulier  que  les  calculs  de 
Fréret  & ceux  de  Nev/ton  foient  julles  l'un  & 
l'autre  , & donnent  des  réfultats  fi  différens.  La 
différence  vient  de  ce  que  Newton  compte  par 
règnes  , & Fréret  compte  par  générations.  Par 
exemple,  de  Hugues-Capet  à Louis  XV  , il  n'y 
a que  vingt^juatre  générations,  mais  il  y a trente- 
deux  règnes  ; ce  qui  ne  donne  qa'environ  vingt 
ans  pour  chaque  règne  , & plus  de  trente  pour 
chaque  génération.  Ainfi  ne  leroit-il  pas  permis 
de  penfer  que  fi  le  calcul  de  Newton  eft  trop 
foible  en  m^ins , celui  de  Fréret  eft  trop  fort  en 
pliLs  ? En  général , non-feulement  les  règnes  doi- 
vent être  plus  courts  que  les  générations  des 
particuliers , mais  les  générations  des  rois  doi- 
vent être  plus  courtes  que  celles  des  particuliers, 

Earce  que  les  fils  de  rois  font  mariés  de  meilleure 
eure. 

A l'égard  des  preuves  aftronomiques  , Fréret 
obferve  que  la  pofition  des  étoiles  &r  des  points 
équinoxiaux  n'eft  nullement  exaâte  dans  les  écrits 
des  anciens;  que  les  auteurs  du  même  tems  varient 
beaucoup  fur  ce  point.  Il  eft  très-vraifeinblable  , 
félon  ce  favant  chronologifte  , que  Méton  , en 
plaçant  le  folftice  d'été  au  huitième  degré  du 
cancer , s’étoit  conformé  non  à la  vérité , mais 
à l'ufage  reçu  de  fon  tems  ; à-peu-près  comme 
c'eft  l'ufage  vulgaire  parmi  nous  de  placer  l’équi- 
noxe au  premier  degré  du  bélier  , quoiqu’elle  n’y 
foit  plus  depuis  long-tems.  Fréret  fortifie  cette 
conjeélure  par  un  grand  nombre  de  preuves  qui 
parqiffent  très  - fortes.  En  voici  les  principales. 
Achilles  Tatius  dit  que  plufieurs  aftronomes  pla- 
çoient  le  folftice  d’été  au  premier  degré  du  can- 
cer, les  autres  au  huitième,  les  autres  au  douziè- 
me , les  autres  au  quinzième.  Euclemon  avoir 
obfervé  le  lolftice  avec  Méton  , & cet  Euàemon 
avoir  placé  l’équinoxe  d’automne  au  premier  degré 
de  la. balance  ; preuve,  dit  Fréret,  que  Méton, 
en  fixant  le  folftice  d’été  au  huitième  degré  du 
cancer , fe  conformoit  à l'ufage  de  parler  de  fon 
tems  , 8c  non  à la  vérité.  Suivant  les  loix  de  la 
précèffion  des  équinoxes  , l’équinoxe  a dû  être 
au  huitième  degré  Varies  , 964  ans  avant  l’ère 
chrétienne , 8c  c’eft  à-peu-près  en  ce  tems- là  que 
le  caieedrier  fuivi  par  Méton  a dû  être  publié. 
Hypparque  place  les  points  équinoxiaux  à quinze 
oegres  d Eudoxe  ; il  s'enfuivroit  qu'il  y a eu  entre 
Antiquités  , Tome  IJ, 


C H R 5 

Ht-pparque  Sc  Eudoxe  un  intervalle  de  roSo  ans, 
ce  qui  eft  infoutenable  ; à ces  preuves  Fréret  en 
ajoute  plufieurs  autres.  On  peut  voir  ce  détail 
inftruâif  8c  curieux  dans  un  petit  ouvrage  qui 
a pour  titre  ; Abrégé  de  la  chronolcgze  de  Newton, 
fait  par  lui-nzéme  , Ci  traduit  fur  le  manuferit  an- 
glais d Paris , 17a.).  A la  fuite  de  cet  abrégé, 
on  a placé  les  obfervations  de  Fréret.  II  fera  ben 
déliré  après  ces  obfervations,  la  répon  e courte 
que  Newton  y a faite  ( Faris  172,6  ) , 8c  dans 
laquelle  ü y a quelques  articles  qui  méritent 
attention. 

La  chronologie  ne  fe  borne  pas  aux  tems  recu- 
lés , 8c  à la  fixation  des  anciennes  époques,  elie 
s’étend  aufli  à d’autres  ufages  , 8c  particuliére- 
ment aux  ufages  eccléfiaftiçues.  C’eft  par  elle  que 
nous  fixons  les  fêtes  mobiles , entr’autres  celles 
de  pâques,  8c  que  par  le  moyen  des  épacies , des 
périodes  , des  cycles  , 8rc.  nous  confiruifens  le 
calendrier  ( lAoye:^  ces  mots.).  T^oyej^  aujf  l'article 
ANNEE.  Ainfi  il  y a proprement  deux  efpèces 
de  chronologies  , l’une  pour  ainfi  dire  purement 
hiftorique , 8c  fondée  fur  les  faits  que  l’antiquité 
nous  a tranfmis  ; l’autre  mathématique  8c  aftro- 
nomique , qui  emploie  les  obfervations  8c  les 
calculs  , tant  pour  débrouiller  les  époques  , que 
pour  les  ufages  de  la  religion. 

Un  des  ouvrages  les  plus  utiles  qui  aient  para 
dans  ces  derniers  tems  fur  la  chronologie , eft  l'art 
de  vérifier  les  dates  , commencé  par  dom  Maur 
d’.4ntine  , 8c  continué  par  deux  favans  religieux 
bénédiérins  de  la  même  congrégation,  dom  Char- 
les Clément  8c  dom  Urfin  Durand.  Cet  ouvrage 
préfente  une  table  chronologique  qui  va  fui- 
vre  ; elie  renferme  toutes  les  différentes  marques 
propres  à caraâiérifer  chaque  année  depuis  Jéfus- 
Chrift  jufqu’à  nous.  Ces  marques  font  les  indic- 
tions  , les  épaétes , le  cycle  pafcal , le  cycle 
folaire  , les  éclipfes , 8cc.  Cette  table  eft  fuivic 
d’un  excellent  calendrier  perpétuel  folaire  8c 
lunaire.  V oye^  l'article  CALENDRIER. 

M.  de  Fomenelle , dans  l’éloge  de  Bianchini , dît 
que  ce  favant  avoir  imaginé  une  divifion  de  tems 
affez  commode  : quarante fi'ecles  depuis  la  création 
jufqu’à  Augufte;  Çe.\TÇ.fiécles  depuis  Augufte  jufqu’à 
Charles  V , chacun  de  ces  feize  fi'ecles  partagé  en 
cinq  vingtaines  d’années , de  forte  que  dans  les 
huit  premiers  comme  dans  les  huit  derniers  , il 
y a quarante  vingtaines  d’années , comme  qua- 
rante fiècles  dans  la  première  divifion,  régula- 
rité de  nombres  favorables  à la  mémoire  ; aa 
milieu  des  feize  fiècles  depuis  Augufte  jufqu’à 
Charles  V,  fe  trouve  juftemsnt  Charlemagne  , 
époque  des  plus  illuftres  {article  de  fi Alembert , 
dans  V Encyclopédie.  ). 

Nous  avons  cru  dans  un  ouvrage  de  cette  na- 
ture , devoir  nous  interdire  les  difcuflîons  trop 
volumineufes  , & les  fyftêmes  réfervés  pour  les 
differtations.  On  n’y  voit  paroître  que  des  mar- 
bres encore  fubfiftans  , ou  ‘des  fuites  chroaologi- 

B 


CHU 

ai::>  re!cï;''eî  far  des  nesrbres  snt'qiieSj  qui_onï  j 
c;:'  d; -ra!;s  ou  enfouis  de  nouveau.  Cette  reterve  . 
rtdu:;  à trc-‘s  fuites  les  monumens  grecs  ^ 'es 
jr.arfoes  d'.^a’cNDEt  {Kcyei  ce  mot)  > ou  de 
F.iros;  r-.  !a  fuite  des  archontes  ( /foy.'-j  ce 
mot;  d Ati.er.ess  î°-  'es  olympi-ides  ( Fdytj  ce 
mot  Se  la  table  ciiRoNOLOGiQUE.).  Les  monu- 
mens  des  Romains  font  moins  nombreux  & plus 
éte.ndüs  ; ce  font  les  marbres  du  Capitole , c’eft- 
à-dire,  les  faftes  CONSULAIRES  {Voyc^  ce  moC„ 
continués  depuis  Jéfus-Chrift  par  la  fuite  des  con~ 
fuis  feuls. 

Quoique  ces  articles  folent  difperfés  dans  les 
diJérentes  parties  de  ce  diâionnaire  d'antiquités  ^ 
on  peut  faire  ufage  de  tous  à la  fois  depuis  Jéfus- 
Chriil  jufcu'à  nos  jours  , à l’aide  de  la  table 
CHRONOLOGIQUE  qui  va  füivre.  La  table  de  rap- 
pel  ci-jointe  donne  les  époques  fimultanées  des 
ir.onumens  chronologiques  antérieurs  à Jéfus- 
Cliridj  Se  en  facilite  le  rapprochement. 

La  fondation  de  Rome  date  j félon  les  marbres 
du  Capitole,  de  la  première  année  de  la  vue 
olrrupL-de  J & félon  Varron  , de  la  quatrième 
année  de  la  viL  Voilà  les  faites  romaitis  liés  aux 
annales  grecques. 

L’archontat  de  Créon,  premier  archonte  d’A- 
thènes eft  fxé  à la  première  année  de  la  xxiv^ 
olympiade  , félon  le  caleul  cfEufèbe par  Pri- 
deaux  , qui  nous  a fourni  la  fuite  de  ces  magillrats 
annuels;  de  forte  que  la  première  année  de  la 
xsiv=  olympiade  étant  annexée  à l’année  89S 


C K R 

j des  marbres  d’Arundel , on  en  doit  conclure  que 
I la  fuite  desolvmpiades  commence  l’an  Scé  de  leur 
ère  , c’eit-à-dire  , entre  leurs  trente-up.ièrrie  Se 
trente-dfjvième  époques. 

« FiniiTons  ces  diicudlons  par  une  réflexion 
que  nous  devons  à l’intérêt  de  la  vérité  8e  à i’hoR. 
iicur  des  fameux  ckronologifies  ; c’eft  que  la  plu- 
part de  ceux  qui  leur  reprochent  les  variétés  de 
leurs  réfuitats  , ne  paroiffent  pas  aveir  fenti  l’im- 
poflibiiité  de  la  précilicn  qu'ils  en  exigent.  S’ils 
avoient  eonfidéré  mûrement  la  multitude  prodi- 
gieufe  de  faits  à combiner  ; la  variété  de  génie 
des  peuples  chez  'efquels  ces- faits  fe  fontpalfés;. 
le  peu  d’exaetitude  des  dates  , ip.évitable  dans  les 
rems  où  les  événemens  ne  fe  tranfméttoient  que- 
par  travdition  ; la  manie  de  l’ancienneté , dont 
prefqae  toutes  les  nations  ont  été  infeétées  j les 
menfonges  des  hiftoriens  leurs  erreurs  involon- 
taires , fa  reffemblance  des  noms  qu'i  a Couvent 
- diminué  le  nombre  des  perfonnages  ; leur  diffé- 
rence qui  les  a multipliés  plus  fouvent  encore 
les  fables  préfenrées  comme  des  véritésyles  véri- 
réés  métamorphofées  en  fables;  la  diverhté  des 
langues;  ce'le  desmefures  du  tems,  8c  une  infinité 
djiutres  circonftances  oui  concourent  toutes  à 
former  des  ténèbres;  s’ils  avoient,  drs-|e , con- 
fidéré  mûremenr  ces  chofes  , ils  feroient  furpris,. 
non  de  cefou’ii  s’ell:  trouvé  des  différences  entre 
les  fyfrêmes  chronologiques  qu’oîi  a inventés  , 
mais  de-  ce  qu’on  en  ait  jamais  pu  inventer 
aucun.  5= 


TABLE  CHRONOLOGIQUE 

Q^V  1 C O N T I E N T r- 


Les  olympiades,  les  années  de  Jéfus-Chrift,  les  indiétions , l’ère  d’Alexandrie  , rêré  eccIeSaftique 
d’A.nriochc,  i’ère  de  Conftaiitinople  , l’ère  des  Séieucides  ou  des  Grecs,  l’ère  Céfarienne  d’Antioche,, 
l’ève  dlEfpagne,  1 ère  de  Dioclétien  ou  des  Martyrs,  l’êre  de  l’Hégire,  le  cycle  pafeaî , le  c-.’cle  de 
d:x-neuf  ans  ou  nombre  dor,  le  cycle  lunaire,  les  réguliers  , les  clefs  des  fêtes  mobiles,  le  cycle, 
folaire  , les  concurrens,  les  lettres  d-ommicaics  , le.  terme  pafeai  & les  paques  de  l’ancien  calendrier, 
les  lettres  dominicales,  le  terme  pafeai  3c. les  piques  du  nouveau  calendrier,  avec  les  épaétes  depuis- 
la  nailTance  du  Sauveur  jufqu’en  1900. 

Nota.  On  a marqué  au  bas  des  pages  de  cette  table  les  différences  qui  fe  font  rencontrées  entre  les 
Orientaux  & les  Occidentaux  , jafqu-ts  vers  a fin  du  ■'mt.:  fièc’e,  oour  la  fixation  de  la  qâque.  Ceux 
qui  voudront  favoir  les  raifoas  de  ces  diftérences , les  trou'/rront'dans  la  deuxième  partie,  ch.  I,. 
§.  O , de  rhiftoire  des  fêtes  mobftes  de  l’Eglife  , par  Bailiet  Le  plan  eue  nous  nous  fommes  pro- 
pofé , ne  nous  a pas  permis  de  les  y faire  entrer  , parce  quelles  font  peu  importantes  pour  ce  qui 
en  fait  I-e  principal  objet. 


Utilité  de  cette  table  chronologique  , et  des  calendriers  .solaire  et  lljnaiRE» 


ce  Ces  deux  guides  ferviront  à corriger  p’ufieurs 
dates  vifiblement  fauffes,  fans  crair.te  de’fe  trom- 
per. En  voici  des  preuves  très  cla’res.  La  charte 
de  fondation  de  l’..bbaye  de  Savigni,  que  D.  Mar- 
tçne  & D.  Durand  ont  fait  imprimer  au  premier 


tome  de  leurs  anecdotes,  col.  555,  eft  ainfi  datée  t 

lis-c  do.iatio  confirmata  efi.  . . anno  ah  incarnatistiC 
do  ni  ni  irICXlI,  indiSione  epaSa  XXI.  Ü 
faut  certainement  lire  epaSa  XX,  comme  nous 
le  voyons  par  notre  table  chronologique  à l’io 


C H R 

iiiz-  I-î  preuve  en  eft  évidente,  les  anciens 
computiftes  n’avoient  point  d épaéle  XXI;  elle 
n’a  été  mile  en  ufage  qu  en  1587  pour  la  première 
fois.  ” 

a Les  mêmes  computiiles  ne  comproient  que 
fept  concurrer.s  , & ils  s'en  fervoient , comme 
nous  le  dilons  l'article  des  concurress), 
pour  marquer  les  fept  jours  de  la  femeine  : ainiî 
quand  nous  trouvons  des  chartes , comme  on  en 
voit  quelques  unes  , qui  font  datées  de  conc-^r- 
rcnie  Vlil  ou  concurrerae  failli  , ce  font  des 
fautes  manifeftes  , que  l'on  corrigera  toujours 
par  notre  table  , où  les  concurrens  de  chaque 
année  font  marqués.  Il  en  eft  de  même  des  réguliers 
annuels  , qui  ne  font  aufii  que  fept  en  tout.  S'il 
s'en  trouve  un  plus  grand  nombre  dans  plufîeurs 
chartes  mal  copiées,  ce  font  des  mépri.es  vifibles, 
qu'il  fera  aifé  de  cornger  par  notre  cable  , où  ces 
réguliers  font  encore  marqués-  11  en  eft  encore 
de  même  des  lunes  j quand  les  jours  en  font  mal 
marqués  par  une  faute  des  copiftes.  Nous  lifons  dans 
le  a=  tome  de  la  nouvelle  hiftoire  de  Languedoc  , 
col.  50 J , une  charte  , qui  eft  a nfi  datée  ; FaSa  eft 
autem  cartel  idxs  augafti , raeaiante  die  vencris  , 
iiiiza  y^ll  in  fcorpio.-ie  y foie  vero  in  leone  : anno 
vero  ab  incar.iacione  domip.i  MLXXIX , epacïa 
XF , concurrente  1 , (i  indiclione  II.  Au-lieu  de 
iuna  VII  , il  faut  lire  iuna  VllI,  & il  n'eft  pas 
difEciîc  de  le  prouver  par  notre  table  chronolo- 
gique , en  y joignant  notre  calendrier  lunaire. 
Nous  y voyons  par  le  ciiffre  16  da  .nombre  d'or, 
ou  cycle  de  19  ans  , propre  à cetre  année  , qu'en 
1079  la  nouvelle  lune  , qui  commençoit  au  mois 
d'août,  tomboit  le  z.  Le  V idus  augufti  marque 
le  neuf  du  même  mois.  Commencez:  à compter 
un  le  deux  du  mois,  comptez  jufqu'à  neuf  inc'u- 
fivement,  &;  vous  trouverez  qu'il  faut  lire  drns 
la  charte  que  nous  examinons,  luna  VllI,  au-lieu 
de  luna  Vil.  Nous  pouvons  affiirer  la  rriême  chofe 
de  toutes  les  dites  renfermées  dans  notre  table 
chronologique.  S'il  s'en  trouve  de  fauffes  dans 
des  chartes  , il  n’y  en  a aucune  qu'on  ne  puiife 
<orriger  avec  cette  table.  Donnons-en  encore  un 
exemple.  Dans  rh-ftoire  de  Languedoc,  que  nous 
venons  de  citer,  nous  trouvons, tome  a,  col-  340, 
Habitam  eft  hoc  placitum  Migalone  anno  dominiez, 
incarnationis  MXCV , ( MXCVI , en  commen- 
çant l’année  avant  piques,)  indicîior.e  7/2/,  con- 
cur.  II , epada  XXIIII.  ( Il  faut  lire  epaBa 
XX///,  comme  dans  notre  table  chronologique  à 
l’an  IC96  ; les  anciens  computiftes  ne  connoifToient 
point  dî epaBa  XXlIII.)  F feria , IlIIidus  aprilis, 
luna  XIII.  ( Il  faut  lire  luna  XII , comme  il  eft 
encore  aifé  de  le  prouver  par  le  nombre  d’or.  ) 
Era  xMXXXIlIIClifezer^  MCXXXIIIL).  La  table 
chronologique,  rapprochée  du  calendrier  lunaire, 
nous  fournit  le  moyen  de  corriger  toutes  ces 
fauftes  dates  , avec  une  pleine  aiTurance  de  ne 
nous  être  point  mépris.  » 

« Mais  fi  toutes  ces  fauITss  dates , qui  as  yisa- 


C H R la 

f nent  que  des  copiftes  qui  les  ont  mal  lues  dans 
les  originaux,  peuve.nt  fe  corriger  avec  le  fecours 
; de  cette  table  Sè  des  calendriers  qui  en  dépendent, 
i ne  s’enfuit-il  pas  qu’en  les  coniulrant  ians  le  be- 
' foin  , les  copiftes  éviteront  infailliblement  ces 
I fortes  de  méprifes  r Nu!  d’entr’eux  n'ignore  , & 

' généralement  tous  ceux  qui  hfent  les  chartes  Sr 
■ les  aftes  originaux,  favent  qu’il  n’y  a rie;’  de  pics 
épineux  eu  de  plus  difficile  à lire  que  les  dates  , 
ou  les  chiffres  qui  marquent  ces  dates  dans  les 
anciens  monumens.  On  n’y  voit  pas  bien  s'il  faut 
lire  I,  II,  III,  IV,  &c.  dn  y confond  le  V avec 
le  II,  parce  que  les  deux  jambages  du  V ne  fout 
point  affez  unis  par  le  bas , ou  que  ceux  du  nom- 
bre II  ie  font  trop.  On  y confond  de  même  le  IV 
& le  VI  avec  le  IH , & le  III  avec  l'u't  & l'autre. 
On  y confond  encore  le  VII  avec  le  IIlï,  ?e  ainfî 
de  plufîeurs  autres  chiffres.  II  y en  a quelquefois 
de  fi  mal  formés,  ou  qui  le  font  d’une  manière  fi 
équivoque,  qu'il  faut  deviner  en  les  lifant  , &r 
fouvent  le  copifte  devine  mal.  Prefque  dans  tous 
ces  cas  notre  table  & nos  calendriers  peuvent  fervir 
infiniment  : l’ufage  en  fournira  la  preuve.  » 

« lis  ferviront  encore  , com.  nous  l'avor.s 
dit,  à déterminer  Tannée  , le  mois  le  jour  de 
certaines  chartes  , dont  les  dates  paroi.lant  fi  va- 
gues , qu’il  femb'e  n'ètre  pas  po.lible  de  les 
Donnons-en  des  exemples.  Nous  lifons  parmi  les 
preuves  de  la  nouvelle  hiftoire  de  Languedoc,  t. 
II,  col.  319,  une  ch '.rte  qui  eft  ainfî  datée  : FaBa 
fuit  aute  n htc  F kal.  januarii  , die  fabbati  , luna 
XXF'II , regnarae  Pkilippo  , Francoram  Rege. 
C’eft  Philippe  I.  Ce  prince  a régné  depuis  ic6o 
jufqu’en  i loS.  Comment  connoître  en  quelle  an- 
née d un  rêane  fi  long  notre  charte  a été  donnée  ? 
La  chofe  eft  facile  avec  notre  table  chronologi- 
que & nos  calendriers.  Nous  en  allons  donner  la 
preuve,  apres  avoir  examiné  nos  dates  avec  atten 
tion.  Entre  ces  dates  , nous  trouvons  le  28  décem- 
bre marqué  par  V kal.januarii , & nous  trouvons 
encore  que  ce  28  décembre  étoit  le  27  de  la  lune, 
luna  XXVII.  Pour  que  le  28  décembre  concoure 
avec  le  27  deria  lune  , il  faut  néceffairement  que 
le  premier  de  la  lune  tombe  le  2 du  même  mois. 
Ceci  eft  fi  clair,  que  cefteroit  faire  injure  au  lec- 
teur de  vouloir  le  prouver.  Prenons  maintenant 
les  nombres  d’or  de  toutes  les  années  d 1 règne 
de  Philippe  I , & voyons  fur  notre  calendrier 
lunaire  fi  nous  trouvons  plufîeurs  de  ces  années 
où  le  premier  de  la  lune  tombe  le  fécond  de 
décembre.  En  parcourant  depuis  IC70  jufqu'en 
1108,  nous  trouvons  trois  de  ces  années,  qui 
font  loéj  , 1084  & 1 103  , où  le  premier  de  la  lune 
tombe  en  effet  le  fécond  de  décembre.  Notre  charte 
a été  donnée  certainement  en  l’une  de  ces  trois 
années.  Mais  laquelle  eft-ce  des  trois  ?Pierournons  à 
nos  dates.  Le  die  fabbati  nous  apprend  que  c'étoit 
l’année  où  le  zS  décembre  étoit  un  famedi.  Poux 
que  le  28  décembre  tombe  un  famedi,  il  faut  que 
li  leîBTÇ  dominicâie  foit  F.  Nous  le  vovons  dans 

Bij 


J i C H R 

netre  cï'sn<iner  folaire  perpétue!;,  à celui  âe  la 
îe;tr;  F.  Reprenons  notre  table  chrono.ogiCjue  ^ 
Sr  jetons  les  yeux  fur  nos  trois  années  io6y  3 i>-o4 
Sf  1 105  , St  nous  remarquerons  qu  ü n ^ 

I année  IC84  dont  !a  lettre  dotninica.e  foit  r ; & 
«e  tout  ceci  nous  concluerons,  avec  la  certituoe 
h plus  parfaite,  que  cette  charte,  dont  les  dates 
nous  paroiiToient  d’abord  fi  vagues , a ete  donnée 
en  1084-  peuvent  être  l'ufage  & 1 avantage 
de  notre  table  & de  nos  calendriers  en  bien  des 
cccafîons.  ,5 

te  Ajoutons  encore  quelques  preuves.^ Parmi 
celles  qui  fervent  à la  nouvede  hifloire  tie  Bre- 
tagne, nous  trouvons  une  charte,  1. 1,  col.  5C0, 

qui  eft  ainli  datée  : Faclum  ejî  hoc IF  hal, 

eugufii  , die  fabbati , luna  vigedma  , regriante  Carlo 
Tege , Salomont  in  Britannia.  Par  le  régné  de  Cnar- 
îes-le-Chauve  en  France,  & par  celui  de  Salomon 
en  Bretagne , nous  voyons  que  cette  charte  a été 
certainement  donnée  vers  860  ou  870  ; mais  nous 
voulons  en  favoir  Tannée  précife,  &:  nous  pou- 
vons la  favoir  par  notre  table  chronologique , aidée 
de  notre  calendrier  lunaire.  La  charte  en  quefoon 
Z été  donnée  IV  kal.  augufli:,  c’eft-à-d;re,  le  25) 
juillet.  Ce  2p  juillet  étoit  le  20  de  la  lune,  luna 
vigejlma.  Pour  que  le  20  de  la  lune  tombe  le  2^ 
juillet,  il  faut  que  la  nouvelle  lune  tombe  le  10 
du  même  mois.  Or,  nous  voyons  dans  les  nombres 
d’or  marqués  dans  notre  table  chronologique,  & 
rapportés  à notre  calendrier  lunaire,  que  depuis 
Tan  846  jufqu’en  883  , il  n’y  a que  la  feule  année 
864  dont  la  nouvelle  lune  de  iuillet  combe  le  10 
de  ce  mois  ; ainlî  la  charte  qi'.e  nous  examinons, 
a été  certainement  donnée  en  864.  Pour  le  démon- 
trer, nous  n’avons  point  ici  befoiii  du  famedi, 
qui  eft  encore  ici  une  date  de  notre  charte  ; mais 
a cette  date,  die  Jdbbati , nous  étoit  néceffaire, 
■nous  pourrions  l’ajouter  aux  deux  autres,  parce 
qu’en  8(34  le  29  juillet  étoit  un  famedi,  comme 
on  peut  le  voir  par  la  ’ettre  dominicale  A , & par 
notre  calendrier  folaire  perpétuel,  fur  lequel  il 
n’y  a qu’à  jeter  les  yeux  pour  fe  convaincre  de 
ce  que  nous  difons.  » 

“ Rapportons  un  troifîème  exemple  , encore 
tiré  des  mêmes  preuves  de  la  nouvelle  hiftoire  de 
Bretagne  , col.  302  Facia  efi  ifia  traditio  die  fab- 
iatt  ^ fit undç  nonas  manü  , luna  XII , anno  fexto 


C H R 

prîîicipatus  ejuCdini  Salomonis  in  Britannia.  5^ous 
avons  choifi  exprès  cet  exemple , où  Tannée  de  la 
principauté  de  Salomon  eft  marquée , parce  que 
les  mêmes  dates  dont  nous  nous  feivons  pour  fixer 
Tannée  d’une  chane , peuvent  auiS  fervir  pour 
fixer  k commencement  du  règne  d’un  Prince. 
Ainii  fi  nous  doutions  du  commencement  du  règne 
de  Salomon  en  Bretagne,  nous  prouverions  par 
les  dates  de  la  charte  que  nous  examinons , que 
ce  prince  a commencé  de  régner  en  857,  parce 
que  toutes  ces  dates  nous  marquent  Tan  863  , qui 
eft  la  fixième  d'un  règne  qui  commence  en  857. 
Nous  ne  prouvons  point  ici  que  toutes  ces  dates 
marquent  Tannée  863  , parce  que  nous  croyons 
le  lecteur  en  état  de  s’en  convaincre  fans  nous  , 
par  un  calcul  femblable  aux  deux  que  nous  avons 
faits,  pour  fixer  Tannée,  le  mois  & le.  jour  des 
deux  chartes  que  nous  avons  examinées  plus 
haut.  ■» 

« Nous  pourrions  rapporter  un  plus  grand 
nombre  d’exemples  de  chartes  embarralïà.ntes , 
dont  on  peut  fixer  le  tems  par  le  moyen  de  notre 
table  chronologique.  Nous  pourrions  auffi  faire 
voir  combien  il  eft  utile  pour  Thiftoire  de  fixer  le 
tems  de  ces  chartes , qui  font  prefque  toujours 
données  par  des  perfonnes  qu’il  eft  avantageux  de 
connoître  , & quelquefois  fignées  par  un  grand 
nombre  de  témoins  d’un  rang  diftingué , fur  lef- 
quels  il  y a fouvent  des  conteftations  relatives  aux 
tems  de  leur  vie  & de  leur  mort,  qu’on  ne  peut 
décider  qu’en  fixant  celui  des  chartes  qu’ils  ont 
fignées  , ou  comme  approbateurs  , ou  comme 
témoins  ; mais  nous  ne  touchons  cet  article  qu’en 
p.iftant.  Avec  des  leéleurs  inftruits,  un  mot  fiiffir, 
& il  eft  tems  de  finir.  Nous  croyons  avoir  fufii- 
famment  éclairci  lés  dates  renfermées  dans  notre 
table  chronologique  , comme  on  peut  le  voir  en 
les  cherchant  chacune  à leur  article , & avoir 
prouvé  affez  au  long  Tufage  qu’on  peut  en  faire 
pour  vérifier  toutes  ces  dates  , quand  elles  fe 
trouvent  dans  nos  chartes,  ou  dans  nos  chroni- 
ques ; pour  les  corriger  quand  elles  font  vifible- 
ment  fauffes  5 pour  empêcher  qu’on  n’y  faiTe  de 
nouvelles  fautes  en  les  copiant,  & enfin  pour 
faire  voir  Tufage  qu’on  petit  faire  de  la  connoîf- 
fance  de  ces  dates,  pour  fixer  le  tems  de  plufieurs 
chartes  qu’il  eft  bon  de  déterminer.  » 


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au  caical  des  Ègypiicns,  fiieot  Pâque.s  le  21  Avril. 


L’an  de  J.  C.  248  , Pâques  fut  célébré  îe  z Avril 
par  ceux  qui  ae  fuivoient  pas  îe  calcul  Aîexaadiia. 


Aniiqidtés  * Tome.  Il, 


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L a.-î  de  J C.  jS3  , en  qae’qt!-"  Piovi'-ces  d’O-- 
ciio'  t on  ce!cb/a  Pâques  !e  22  Mars. 

L’an  oc  J.  C 587.  e.T  d;''ers  endroits,  îe  iS  Ar-il 
-atie  jomae  laques  j & chez  quelques  Laînis  , on 


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célébra  cette  ro’en-.nité  !e  four  même  de  rÉotiiEoxe - 
cor.î  c la  dupoiîîie!:  du  Ccueüe  de  Kicée.  " 

^ ^ açues  fe  celcFra  ehez  les  O'^en- 

taux.-  ; Av.  ir.a's  chez  p!nSea;s  Occident,  le  ip  A^ars. 

£ £201  e on  afiénqia  ^ dans  l'Are  des  Martyrs,  rr.arcue 
les  cnnees  Jhraùonscintes  de  Cannée  IC^yptienne,  ji 


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a pA-art  des  Occidentaux  » 

; n:âis  cuclques-uns'aes  derniers  iirert  cc-ce  iêcè  le  T7Cu  même 
mois.  *Le  Pape  S Léon,  qui  aVoit  c:é  d*âbord  ce  leur  a-v:s,  fe 
■ rangea  enTiice  à celui  des  prenEers. 

L'an  de  J.  C.  475,  en  piuEeurs  lieux  o’Cccidcnt  on  fis  Pâques 

^ L'a’u  de  J-  C-  4S2,  îîs  Latii’is  firent  Pâques  Te  rS  Avril,  ôc 
I'  quelques-uns  même  le  2:  iiars,  tandis  eue  les  Orientaux  & 


les  Égyptiens  Ccicbrèrent  cette  fête,  comme  il  convenoit,  le 
as  Avril,  ^ - 1.  ^ 

' L'aa  de  J.  C-  49)  , on  célébra  Pâques  le  2 Avril  chez,  les  | 
Latins  , & le  26  Mars  en  Orient  & en  Egypte-  ^ 

L’an  de  J.  C-  496,  les  Orientaux  & les  Alexandrins  crent 
pàcues  le  il  Avril , & les  Latins  le  21- 

L^'ande  J-  C-i^.piufieursOccidenîauxEtentPâQuesleîSAVîîL 
L.’^ét.yile  Oü’  afzé  'ii7ii>e  ^ t dans  l^Bre  dss  ^rla  marque  ie>' . 

anr.ées  farabendantts  oi*  intercalaires  àts  Egyptiens»  [ 


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25  Mars  , &:  les  Orientaux  le  22  Avril. 

L’an  de  J.  C.  ÿi6,  Pâques  fut  célébré  le  3 Aviil  par 
les  Alexandrins  Sc  les  Orientaux  ^ Ccic  10  par  les  Occi- 
dentaux. 

L’an  de  J.  C.  520 , quelques  Latins  firent  Pâques  le 
2 Mars. 

L’an  de  J.  C.  53^,  Pâques  fe  célébra  dans  quel- 


ques EgUfes  d’Occident  le  30  Mars.  | 

L’an  de  J.  C-  545,  ou  célébra  Pâques  à C.  P. , par 
edit  de  Jufiinien , le  23  Avril.  Voyez  la  railbn  de  cet 

édit  dans  Cédréaus,  fur  l’an  15»  de  Juionien.  j 

L’an  de  J.  C-  jyo  , les  Occidentaux  firent  Pâques  le  ' 
17  Avril , & les  Orientaux  le  24  du  même  mois.  ii 

U ctoUt  ou  ajîérique*  ^ dans  l*£re  des  Martyrs  y marque  | 
les  années  furabondanxes  des  Egyptiens,  || 


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f célébrèrent  Pâques  le  6 Avnl,  & les  Latins  le  15  du 
i ir.cnre  incis. 

I L’^ndeJ.  C-: 


J . . . - a?  Avril  fut  le  iouî  de  Pâques 

V pour  les  Orientaux  de  les_ Egyptiens  ; mais  les  Occiden- 
I t?ux  célébrèrent  cette  fête  le  rS  du  même  mois,  & 
quelques-uns  le  ex  Mars. 


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Lan  de  J.  C.  590  , les  Orientaux  firent  Pâques  le  1 
2i  -Mars  , & les  Occidentaus:  le  a Avril.  ' 

y an  de  J.  C.  5P4  , Pâques  fut  célébré’  le  n Avril  en  i 
Orient,  & ie  i8  en  pccident.  I 

iVroi/e  ou  afiérique  * , dans  P Ere  des  Martyrs  , i 
raarqae  les  années  fvs abondantes  ou  iraereaiaires  des  ' 
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célébra  Pactes  e 24  Avril,  Sc  ie  17  da  nr.cme  mois  «n 
beaucoup  de  lic-ix  a'OccideEt. 

JJczoïU  ou  i^éri^iu , * dans  la  col^r.m  de  l’Ere  des 


Martyrs  , inarqu'  les  aanles  i'ie-calaires  des  Ég’vyrêens 
celle  de  la  cclc^ne  de  l* Hégire  merlus  ic'  ar.Ttées  iazcrce 
Iclres  des  Arabes  ,*  F.  déjipie  la  ferle  , 
devons  de  donnée  , fer.-r.e  le  Cycle  des 
qui  efz  ie  30  ojîJ. 


ê*  la  barre  — cu- 
le  des  années  Arabie  ues  , 


Annc-uiiés  , Tome  II. 


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34  22  Juill.  F 3 
35*11  Juill.  F 7 


36  50  Juin.  F 5 
37*19  Juin.  F 2 

38  9 Juin.  F 7 

39  29  Mai,  F 4 
40*17  Mai,  Fji_ 

41  7 Alai , F 6 

42  26  Avril  F 3 
43*15  Avril  F 7 

44  4 Avril  F 5 

45  25  Mars,  F 2 

46*13  Mars,  F 6 
47  3 Mars , F 4 
48*20  Févr.  F I 

49  9 Févr.  F 6 

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35  6 Déc.  F 4 
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57  24  Nov.  F 6 

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65*18  Août,  F 5 
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68  18  Juill.  F 5 

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70*15  Juin,  F 6 
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*■  L’an  de  J.  C.  665  , les  Egyptiens  & les  Orientaux 
l ‘célébrèrent  Pâques  le  6 Avril , & les  Occidentaux  le  1 3 de 
) ce  mois  , conformécnent  au  cycle  de  Viâorius. 

L’an  de  J.  C.  S70  , les  .Alexandrins  & les  Orientaux 
i Êreat  Pâques  le  25  Avril,  Se  les  Occidentaux  le  î8  de  ce 
I mois  qnelqaes-uns  même  !e-2i  Mars. 

I , L’an  de  J.  C.  685  , Pâques  le  fit  le  16  Mats  chez  les 
I Egyptien  Scies  Oiientaux  ,&  le  2 Avril  chez  les  Occidentr 


L’an  de  J.  C.  689  , Alexandrie  & l’Orient  célébrèrenî 
Pâques  le  ii  Avril ,.  8c  l’églifc  latine  le  i S de  ce  mois.  | 

L’étoile  ou  ajlérioue  * , àarts  l’Are  des  Jefortyrs  , marque 
les  années  intercalaires  des  Egyptiens  j celle  de  VHe^re  ] 
marque  les  armées  intercalaires  des  Arabes  ,*  A.  déftgr.e  ta-  ; 
férié  s & la  — au-dejfcus  de  Vannée  ferme  U cycle  des  an- 
nées -Arabiques  ~ qui  eji  de  30  ans,  1 


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TABLE  CHRONOLOGIQUE.  17 


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I ’ ^ p<yjr  ia  ccîc^ation  du  jour  de  Pâques* 

[•  »•/'  ‘^j  Ç.*  ^o»  en  O ic'.t,  en  Egypte,  & en  quelques 

r-  i7d?,  ’’*<’“/*  fct  ^iébré’le  X4’  Avril  le 

c.  17  S-J  nÿn»eiro:7  Sans  quelques  Ee'.ifes. 

t ^ 74?,  P-iques  fe  fir  cbea  les  Alexandrins  & les 

iH.Jjrins  qui  fuivnient  le  cycle 
I S-  V.ctorius  , reraxd erenr  cet'e  fête  j Jiiq-au  il  dq  même  n-iis. 


L'*n  de  J.  C.  7.^ , Pâques  fut  ccl>5bcc  ctex  les  Latins  le  2$ 
Mars  • & aiUcors  ic  21  ATtü. 


L*éîoil«  02  a0iri^-e  * , F^re  dis  ^îert^s  , msrrue  les 

arzics  inisreslaires  des  Eçyrt'-ens  j celle  de  la  C'io’ne  de  l'Hs^ire 
tnaT^ne  hs  années  Irsterczlsires  des  Arabes  i F.  dcjizne  ia  ■S?Tj>  t 
& la  barre  —•  au-dejToM  de  l'année  f*nee  U cycle  des  a--.nées 
Arabiques  , qni  eji  de  30  ans» 


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i5r  P OA.  F 5 
i52  28  Sepr.  F 2 
169*17  Sept.  F 5 
154  5 Sept.  F 4 


155  25  AoKt  F r 
155*15  Août  F 5 
167  5 Août  F 5 

158*24  Jitiil  F 7 
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î-’ar,  de  J- G. Paqa.es  ra:  célétru  i«  6 .a.vrS  le.s  Eo-,-'_ 
t!c;is  & lés  O '.entaux  , & le  13  du  mê^r-.î  mois  Far  ic-  LÎ'--* 
ïtrachci  Zii  cvcle  âc  VjôonR'-  * 

L’an  «îe  J-  C.  76s , Pâc^ues  rt>mba  k 3 Arrl!  r>ou^  les 

, & le  icpoar  les  Laiins,  qu:  iuiToi-eac'îe  cvc-'“  dt  \ 'c- 
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■.•-.n  de  J.  C.7S0,  les  Orienlarv  n-.ec  les  .iic-'.ar-Jvir'  ='C— 
; »à  :ueii=r«  i!ars,&  ics  0£C.de3i2C.v  qsti  luivoisr'  le  c'^iê 
de  Vlàoriu-; , le  i 
L’a^u  de  J.  , 


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, & le  30  peut  Tes  Occidenta-Jz  attachés 

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des  Alcx.2iTdrins  . & it  ;8  dans  celai  de  V.crciiBS. 

‘'JétiCHC  *,  de  U coUnr.i  de  /-Ære  des  .3.r^t:7«e 
d-'-'  Fpp!ie?:s3  cclù  de  U to-  . 
f '.es  bernes  ir.;ercata ins  des  ■ 

Jet  /er:e;  &'  i4  è.j,ve  - — de  /'ir.i.ee  ; 

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\ , marque  les  années  intercalaires  des  Egyptiens  S:  j dej^cus  de  Tannée  , fcn7i£.ii& 'cycle  des.  sutnées  Aruh'iqucSÿ,'-. 

\\  celle  de  La  calonne  de  T Hégire  marqueUs  annéesinuraar»  J quiefi  de  ^,0.  ans:^  ^ j 


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Cycle  Luuaitc. 

Réguliers. 

Clefs  (iesFêtesMob. 

Cycle  Solaire. 

Lettres  Dominicales. 

Concurrens. 

Terme  Pafc.il. 

M.  Mars,  A Avril. 

r 

Les 

Pâques 

M. 

Mars  , 
A. 

Avril. 

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L’étoile  ou  aflirique  * , i/ans  colonne  de  V Ere  des 
Mnrtyrs  , marqueCies  années  intercalaires  des  Égyp- 
tiens i Cille  del^  colonne  de  l’ Hégire , marqua  Ifs  années 


intercalaires  des  Arabes  ; F.  dèfigne  la  férié  ; & la  barre 
— au-de’fcus  de  L’ anttée  ferme  le  cycle  des  années  Arabi- 
ques , qui  eft  de  30  ans. 


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table  chronologique. 


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L ctcilz  J oïL  ajzzriqite  ^ ^ dans  la  colonne  de  V£re 
des  Martyrs  , marque  les  années  intercalaires  des  Hgvpr 
tter.s  i celle  de  la  colonne  de  L’Hégire  marque  les  années 


intercalaires  de!  Jrabes -,  F défigne  la  fèris  i & !“■ 

— au-dejpous  de  l’année  fem^e  le  rejïe  dés  années  ettc' 
biques  , qui  ejl  de  an:. 


TABLE  CHRONOLOGIQUE 


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402  4 Août  F 7 

403‘^23  Jiiiî.  F 4 
404  ï3  Juil.  F 2 
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408*50  Mai.  F 5 
409  20  Mai.  F 5 
4Ï0  9 Mai.  F 7 
4ii‘^27  Avr.  F 4 

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414*2^  Mars  F 5 


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420  20  JarîV.  F 2 
(421  9 Janv. F 5? 

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426  ï6  Nov.  F 7 
427*  5 Nov.  F 4 


428  25  Oao,  P 2 

429  14  Ooto.  F 6 
430*  5 Ocro.  P 5 
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L étOîle.  ou  ajttrique , * la  colonne  de  VRre  des 

}*farzyrs , marque  Us  années  intercalaires  des  Egyptiens  ,* 
ceUc  de  la  colonne  de  V Hégire  marque  les  années  interca- 


laires des  Arabes  ; F»  déjlgne  la  féne  ^ & la  barre 
dejjcus  de  l'année  y ferme  te  Cycle  des  ar-iiées  Arabiques  , a 
efz  de  ans» 


cu- 

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Anciquicés  , lùme  II. 


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448  II  Mars  F J 
449*10  Mars  F 2 
450  18  Fév.  F 7 
45-1  17  Fév.  F 4 
4J1*  g Fév.  F I 


45 3 2«  Jan.  F 6 
4J4  15  Janv. F 3 

5455*  4 Jan-  r 7l 
J45«  25  Déc.  F jS 
457*13  Déc.  F 2 
458  3 Déc.  F 7 


459  22  Nov.  F 4 
460*11  Nov.  F 
461  31  Oéi.  F 6 
4«2  20  Oâr.  F 3 
4«3*  9 Oéi.  F 7 


464  29  Sept.  F 5 
46;  17  Sept.  F 2 
466*  « Sept.  F 6 
4«7  27  Août  F 4 
4«8*i«  Août  F I 


469  5 Août  F « 

470  25  Jui'i.  F 3 

471*14  Juin.  F 7 

472  4 Jiul!.  F 5 

473  22  Juin  F 2 


474*11  Juin  F 6 
475  I Juin  , F 4 
476*21  Mai,  F 1 

477  I O Mai , F 6 

478  29  Avr.  F 3 


479*18  Avr.  F 7 

480  8 Avr.  F 5 

481  27  Mats  F 2 

482*16  Mars  F 6 
483  6 Mars  F 4 


484  23  Févr.  F I 
485*12  Févr.  F 5 
486  I Févr.  F 3 
487*21  Janv.  F 7 
54^3  II  Jarv  F 5" 
^489  31  Déc.  F 2 

490*19  Dec.  F 6 

491  9 Déc.  F 4 

492  28  Niov.  F I 
493*17  Nov.  F 5 
494  6 Nov.  F 3 


Cycle  Pafcal,  j 

Cycle  de  19  ans. 

Cycle  Lunaire. 

Réguliers. 

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Vézoilù  Oit  afièriquif  * dans  la  colonne  de  V Ere  des 
J^artyrs  , marque  les  années  intercalants  des  Égyptiens  ; 
celle  de  la-  colonne  de  V Htgire^  nuirque  les  années  inzerca-' 


lalres  des  Arabes  ; F.  difigne  la  férié  ; & la  barre  — au- 
dejfaus  de  V année  ferme  le  cycle  des  années  Arabiques  j qvx 
efi  de  10  ans. 


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TABLE  CHRONOLOGIQUE. 


35 


Ans  de  J.  C. 

Indiftions. 

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Ère  de  Conftantinop. 

Ère  des  Seleucides  ou 

' des  Grecs. 

Ère  Céfaden.  d’Ant. 

Ered’Efpagne. 

Ère  des  Martyrs, 

ÈRE 

D E t’HÉ  GIRE. 

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Cycle  de  19  ans. 

Cycle  Lunaire. 

Réguliers. 

Clefs  des  Fêtes  Mob. 

Cycle  Solaire. 

Lettres  Dominicales. 

Concurrens. 

5 • 

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celle  de  la  colonne  de  V Hégire  maraue  les  années  interca^ 


laites  des  Arabes  s 
dejfous  de  Vannée, 
qui  ejî  de  lo  ans. 


F défigne  la  férié  ; la  barre  — au- 
ferme  le  cycle  des  années  Arabiques  , 


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Ja.iyrSy  marque  les  armées  inzerc&l&iTts  des 
celle  ae  la  colonne  de  V Hégire  maroue. . 


les  années-  interca» 


laïres  des  Aral  es  s F dijîgne 
dejfous  de  l’année^  ferme- U 
qui  eji  de  30  ans- 


la  férié  ; & la  barre  — au-  \ 
cycle,  des  années  Arabiques  y.  ; 


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Vitodc  ou  ajttri^ue  dans  la  colonne  de  VÈre  des 
J^Iarzyrs  , marque  Us  années  intercalaires  des  Egyptiens  ; 
celle  de  la.  colonne  de  V Hégire  ^ marque  Us  années  inter^ 


calaires  des  Arabes];  F,  déjîgne  la  férié  ; & la  — • ûk* 
deffous  de  Vannée^  ferme  te  cycle  des  années  Arabiques  ^ qui 
efi  de  iQ  ans. 


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725  3 Nov,  F 7 
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733*22  Sept.  F 3 
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747  24  Avril  F 2 

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jifanyrs , mcrque  Les  années  intercalaires  des  Êfyçtiens  / 
ccüe  (ie  la  colonne  de  {‘Jdégire  marque  Us  années  iiuerca.- 


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Martyrs  , :na^çiie  Les  années  initrcalairts  des  égyptiens  ; 
celle  de  la  colonne  de  VHégire  marque  Les  années  intsrea* 


lalres  des  Arabes;  F dé, Igné  la.  férié;  & La  barre 
de  fous  de  l^cKnécyfer.ne  Le  cycle  des 
eji  de  lo  ans. 


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■ celle  de  La  colonne  de  i^ddegire  marque  Us  années  inzerca- 


Cycle  Pafcal. 

Cycle  de  19  an.s. 

Cycle  Lunaire. 

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Aijid Imités  , Tome  II. 


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celle  de  la 

o«  aftérique  *,  dans  ta  colonne  de  l‘Ère  des 
marque  les  années  imercalaires  des  Egyptiens  i 
colonne  de  F Hégire,  marque  Us  années  inter- 

calaircs  des  Arabes  i F.  déjîgne  la  férié  ; & la  — au-  1 
de  fous  de  Vannée,  ferme  U cycle  des  années  Arabiques , qui 
ejî  de  30  ans- 

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337*17  Juin.  F 7 
308  7 Juill.  F 5 
303  25  Juin  F i 
310*14  Juin  F 6 
311  4 Juin  F 4 


312  24  Mai , F I 
315*13  Mai , F J 

314  2 Mai  , F 3 

315  21  Avril  F 7 
316*10  Avril  F 4 


317  31  Mars  F 2 
318*13  Mars  F 6 
3r3  3 Mars  F 4 
320  26  Févr.  F I 
32i*if  Fcvr.  F 5 


322  î Févx.  F 3 

323  24  Janv.  F 7 
324*13  Janv.  F 4 
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^326*23  Déc.  F 65 

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318  I Déc.  F I 
323*20  Nov.  F 3 
330  10  Nov.  F 3 
33 r 23  Oft.  F 7 
33a*r8  Oft.  F 4 


33  3 8 OA.  F 2 
334  27  Sept.  F 6 
335*15  Sept.  F 3 
354  5 Sept.  F I 

337*25  Août  F 5 


453 

454 

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338  15  Août  F 3 
333  3 Août  F 7 
340*23  Jiiill.  F 4 
342  13  Juill.  F 2 
342  2 Juill.  F 6 


343*20  Juin  F 

344  10  Juin , F 

345  30  Mai  , F 


348*27  Avril  F 4 
343  17  Avril  F 2 
350  6 Avril  F 6 
351*23  Mars  F 3 
952  15  Mars  F I 


353  4 Mars  F 5 

954*21  Févr.  F 2 
355  II  Févr.  F 7 
356*30  Janv.  F 4 
357  20  Jinv.  F 2 


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VitoiU  ou  aftérique  * , dans  la  colonne  ie  A‘Ere  des 
A^  anyrs , marque  les  années  intercalaires  des  Égyptiens  i 
ceLc  de  la  colonne  de  V Hégire  marque  les  années  interca^ 


laires  des  Arabes  5 F déjîgne  la  férié  s harre 
dejjous  de  Vannée^  ferme  It  cycle  des  années  Afshiq» 
qui  efi  de  5^  ans* 


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table  chronologique. 


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Déc.  F I 
Déc.  F J 
Nov.  F 2 
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Août  F 7 
Août  F 4 
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Juin  , F 2 


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Mai,  F 7 
Mai , F 4 
Mai , F I 
Avr.  F 6 
Avr.  F 3 


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9S5 

980*10 

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Mars  F 7 
Mars  F 5 
l^'^ars  F 2 
Févr.  F 7 
Févr.  F 4 
Févr.  F I 
Janv.  F é 


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1313 

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991  15-15  Janvier  , F 3 
991*  4-14  Janvier,  F 7 
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^99413-23  Décemb.  FiS 

521 

522 

995^  2'T2  DécC'îl-  E 

99(5  12  Nov.  1 Déc.  F 4 
997’^io'2o  Nevem.  F i 

998  31  Oct.  10  No.  F 6 

999  2o-;o  Ot^ob.  F 5 

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5^4 

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1000*  9~i9  Oélob.  F 7 
loor  28  Sept.  S Oâ.  F j 
1002  17-27  Septeni.  F 2 
1003*  é-iS  Septem.  F é 
1004  2-7  Août,  é Sep.  F 4 

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fo.ut  la  première  pour  l’ancien  Calendrier  , ia  fécondé  pour  le  nouveau. 


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TABLE  CHRONOLOGIQUE. 


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7105 

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?^iarzyrs  , marque  Us  années  Intercalaires  des.  Egyptiens  i | 
celle  de  la  coUnne  de  rHégire  marque  les  anr.ees  iuerca-  j 
Il  lames  des  Arabès»  Les  deux  cki^res  Jépards  par  une  petite  | 


h^rrs  - C^ns  I Fj-c  de  l'tiSglre  , revanitnt  , le  premier  à ! 
L ancien  Laispner  , Ce  ie  fecand  au  nouveau  ; F'dip.me  la  | 
ferte  i Ce  la  barre  — aa-  defous  de  Vannée^  ferme  le  Cycle  i 
.drasiajiti,  qui  efi  de  toasts.  j 


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1068*29  Sept.  9 F 5 

1069  19-29  Septem.  F 1 

1070  S-18  Septem  F 5 
1071*27  Ao^t  6 Sep.  F 2 


1072  17-27  Août , F 7 

1075  6-16  Aout , F 4 

1 074*  1 6 Juil.  5 Août  F I 

1005  15-25  Juin.  F 6 
1076*  4-14  Juill-  F 5 


10-77  24 Juiiî,4J'i'l.F  I 
1078  15-25  Juia  F 5 
1079*  i-it  Juin,  F 2 

1080  22  Mai,  I Juin  F 7 

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1084  8-18  Avril , F 5 
1085*28  Mais, 7 Av.  F 7 
1086  18-28  Mars  F 5 


iog7*  6-16  Mars  , F 2 

1088  24  Fé.  6 Mars  F 7 

1089  15-25  Févr.  F 4 
1090*  2-12  Fevr.  F I 
1091  25  Janv.  2 Fc.  F 6 


1092  11-21  Janv.  F 3 
Çic95*5I  D.i68i,ioJ.F7? 
iic94  21-51  Décem.  F 53 
1095  10-20  Décem.  F 2 
1096*28  Nov.  8 De.  F 6 
1097  18-28  Nov.  F 4 


1098*  7-17  Nov.  F I 
1099  2SOft.  7N0V.  F 6 
iroo  16-26  Oâob.  F 5 
iioi*  5-15  Oftob.  F 7 
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1105  14-24  Sept.  F 2 
H04*  2-12  Sept.  F 6 
1105  23  Août,2Sep.F  4 
H06*ï2-22  Août  F I 
1107  2-12  Août  F 6 


1108  21-51  Juiü.  F 5 
1109*10-20  Juin.  F 7 
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L'étoile  on  ajlirique  * , La  colonne  de  l'Ere  des 

Martyrs , marque  Us  années  intercalaires  des  Egyptiens  i 
celle  de  la  colonne  de  l’Hégire  marque  'tes  années  interca- 
laire des  Arabes.  Les  deux  chiffres  feparés  par  une  petite 


harre  - dans  l’Ere  de  l'Hégire  , répondent  , le  FJfmier  à 
l'ancien  calendrier  , le  fécond  au  nouveau  ; P dejigne  . 
férié  ; & la  barre  — au-deffeus  de  l'année  , ferme  Le  eye  ~ 
des  années  Arabiques  j qui  eji  de  10  ans. 


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J des  Martyrs  y marque  les  années  intercalaires  des  Égyp- 
|ir£<fn5  5 celle  de  la  colonne  de  V Hégire  marque  les  années 
I } intercalaires  des  A.rahes  j les  deux  chifres  féparéi  par  une 

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petite  barre  y - dans  i'Ere  de  II Hégire  y répondent  le  pre- 
mier  à l* ancien  Calendrier  , le  fécond  au  nouveau  5 F déjigne 
la  ferle  \ & la  barre  — au~deJfous  de  année  y ferme  le 
cycle  des  années  Arabiques  ^ qui  eji  de  ans» 


48 


TABLE  CHRONOLOGIQUE 


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Manyrs  ^ mar^ae  les  Années  intercalaires  des  K^y^cUns  • 
celle  dé  ia  colonr^  ieVH'.gire  rnaT-^ue  Les  années  inierca- 
Uirfs  des  Arahés,  Le^  dtux  chiffres  féparés  par  une  yecitc 


barre 


dms  l' Ere  de  L* Elégire  , répondent  , le  premier  <*  ^ 
l’ancien  Calendrier  ^ U fécond  au  nou-.-eau.  ÿ t.  défigr.e  h j 
f^nc , & la  barre  — au  dejfous  Je  l'année , ferme  le  Cyc^:  j 
ies  ar4néss  Arabiques  , qui  ejî  de  30  ans.  i 


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Inzercaicp-es  des  Araoes  j les  deur:  chil-res  féparis  par  une 


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arrieTi  Calendrier  , le  fécond  au  nouveau  ; F dèiirne 
tene  -,  b U ba’-re  — aii-deffous  ce  Fannie , ferme  le 
:es  Arabiques  , qui  efi  de  jo  ans. 


zlntisi 


■liés  . Tome  II. 


cycle  des  ann 

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50 


TABLE  CHRONOLOGIQUE. 


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12^9  3-15  Ociob.  F S 
1270*22  Stpt.  4 Oct.  F 5 

1271  12-24  Septem.  F I 

1272  I'-?  Septem.  F ^ 


1275^20  Août  I Sep.  F 2 
71T4  10-22  Août,  F 7 
1275  30  Juil.  Il  Ao.  F 4 
J2;7é*ïiî-3t  Jaîil,  F I 
1177  •8-20  Juill.  F 6 


i278*27Juin,p  Jiiil.  F 3 

1279  Î7-2P  Juin  F 1 

1280  ^-18  Juin,  F 5 

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1283  4-1Ô  Mai,  F 4 

1284*23  Av.  5 Mai  F I 
1285  12-24  Avili,  F 6 
128^*  1-15  Avril,  F 3 
1287  22  Mars,  5 Av.  F i 


1288  11-23  Mars  F 5 
1289*28  Fé.  Il  MarsF  2 
1293  i7Fév.  I MarsF  7 
1291  i5-i8  Févr.  F 4 

1292*21?  Janv.  7 Fé.  F 1 

1293  ii>-28  Janv.  F 5 

1294  4-11?  Janv.  F 3 

5i29>*24D.'877,5  J.Fj? 
il  295  i4-2é  Déccm.  F 5 S 

1297*  3-')  !)écem.  F 2 
1298  22N0V.  4Dé.  F7 


1299  11-23  Nov  F 4 
1300*3 1 Otl.  12  No.  F I 

1301  21  Oci.  2 No.  F 6 

1302  9-21  Ociob.  F 3 
i303*i8Sep.  10  Oâ.  F 7 


1334  18-50  Sept.  F 5 

1305  7-1 9 Sept.  F 2 

130^*26  Aoiir,7St'p.F  6 
1307  2S  Août,  F 4 

1 568*  5-17  Août , F 1 


1309  28juîU.  7A0.  F 6 

1310  14-2^  Juiil.  F 5 
1 311*  3 13  J'.iiil.  F 7 

1312  23  Juin,  5 Juil.F  5 

1313  12-24  Juin  , F 2 


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1314*31  Mai,  izjil.  F 4 
1315  21  ^^ai,  2 Juin  F 4 
131^*10-22  Mai,  F I 
131-1  30  .Av.  ï 2 Mai  F 6 
1518  18  Av.  I Mai  F 3 


Vesoih  en.  ajlsrique  * , dans  la  colonne  de  T Ere  des 
Martyrs , marque  Us  années  Intercalaires  des  E^ymiens  5 
celUde  la  colonne  de  l'Hégire  marque  les  atnées  interca 
lalre  des  Arases.  Les  deux  chifres  ‘feparés  par  une  petite 


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barre  - dans  !‘Ere  de  l'Hè^.re 
L ancien  calcnd'ier  , le  fécond 
férié  ; & Sa  havre  — au-defous 
des  années  Pratiques , qui  efi 


, répondent  , Se  premier  a 
au  nouveau  ; A déf^ne  Sa 
de  S’année  , ferme  U cyc-e 
de  i O ans.. 


•ACr 


C H R 

Chronologie  des  Juifs.  Voyeij^  le  diâioîtnaire 
de  théologie. 

CHRONOS  J nom  que  les  Phéniciens  & _ les 
Egyptiens  donnoienc  à leur  Saturne , qu’ils  difoîent 
être  fils  d’Uranus  & de  Géj  ou  du  Ciel  & de  la 
Terre.  11  étoit  le  fécond  des  huit  grands  dieux 
qu’ils  reconnoiffoient.  JTyef  Saturne  j Ura- 
Nus.  Xfôisî  veut  dire  tems , yi  urre  , 8c 
ciel. 

CHRYSANTINS  (Jeux).  Ces  jeux  fe  célé- 
broient  avec  la  plus  grande  magnificence  dans 
Sardes  , ville  importante,  qui  prétendoit  avoir  la 
primauté  non- feulement  fur  les  villes  de  la  Lydie, 
mais  encore  fur  celles  de  la  province  Proconfuiaire 
■de  i’Afie.  Les  jeuxcAry/û/irires-prenoient  leur  nom, 
fuivant  quelques  favans  , des  fleurs  d’or  dont 
étoit  tilTlie  la  couronne  qu’on  y donnoit  au  vain- 
queur. Elle  n’étoit  formée  , fuivant  d’autres  , 
que  des  fleurs  de  la  plante  appelée  ckryfante- 
mum. 

Les  Sardiens  faifoient  quelquefois  célébrer  ces 
jeux  en  l’honneur  des  Empereurs,  comme  le  dé- 
montre une  médaille  du  cabinet  de  Pellerin  , la- 
quelle fe  trouve  maintenant  dans  celui  du  roi. 
Elle  repréfente  un  athlète,  tenant  à la  mam  un 
grand  vafe , prix  de  la  viâoire  qu’il  avoir  rem- 
portée. La  légende  cebhpeia  xpycantina  , 
indique  les  jeux  chryfantins  févériens  , en  l’hon- 
neur de  Septime-Sévère.  Pour  augmenter  la  célé- 
brité de  ces  jeux,  les  Sardiens  les  donnoient  fou- 
vent  far  le  modèle  d’un  des  quatre  jeux  facrés 
de  la  Grèce.  C’eft  ainli  que  pour  honorer  Perti- 
nax  , la  ville  de  Sardes  fit  célébrer  les  jeux  ckry- 
fantins  , qu’elle  nomma  helviens  , du  nom  de 
l’empereur  , & qu’elle  furnomma  capitolins  , 
parce  qu’ils  étoient  formés  fur  le  modèle  de  ceux 
qui  portoient  à Rome  le  même  nom.  La  collec- 
tion des  pierres  gravées  du  Palais  Royal,  en  ren- 
ferme un  monument  précieux. 

CHRYSAOR,  naquit,  fuivant  Hélîode,  du 
fang  qui  fortit,  de  la-  tête  coupée  de  Médufe  , 
ainfi  que  le  cheval  Pégafe.  Au  moment  de  fa 
nailTance , . il  tenoit,  une  épée  d’or  à la  main  , 
d’où  il  prit  le  nom  de  Ckryfaor.  Il  époafa  enfuite 
ia  belle  Callyrhoë , fille  de  l’Océan  , de  laquelle 
il  eut  Géryon  à trois  têtes , & Echid.na.  V'oye:^ 
Echidna,  Méduse,  Phorcis.  • 

CiîR  YS*dOJvEt7S.  Jupiter  prit  ce  nom  d’un 
temple  célèbre  , litué  près  de  Stratonicée  én 
Carie. 

CHRYSARGIRE , tribut  qui  fe  levoit  fur  les 
femmes  de  mauvaife  vie  , & autres  perfonnes  de 
même  forte.  Chryfargirtim  aurum  lujîrale , nego- 
tiatorium  pœ.ntfam.  Evagrip.s  en  parle  au  ck.  35). 
du  irl.  Lyre  de  fi>n  hijloi-e.  Zozime  dit  que  Conf- 
tantin  en  fut  l’auteur.  îl  y en.  a cependant  des 
velliges.d.ms  la>  vie  de  Cal-iguia , ;par  Suét-me  , & 
dans,  cejle-  d^Aifixariire-Sévère  if^iar  Lampridius. 


C H R IX 

Evagrius  dit  que  Conftantiri  le  trouva  établi , 8c 
qu’il  penfa  à i’abolir.  Il  fe  payoit  tous  les  quatre 
ans.  Quelques  écrivains  affurent  que  les-raarchands 
. & le  bas  peuple  le  payoient  auffi.  Il  paraît  même 
certain  qu’il  fe  levoit  fur  toutes  les  perfonnes 
& fur  les  animaux  , même  fur  les  chiens  qu’on 
nourriffoit.  L’empereur  Anaftafe  i’abolit.  Du- 
moins  il  ôta  une  irapofition  que  l’on  appeloit  le 
ckryfargire  , laquelle  fe  levoit  tous  les  quatre  ans, 
non-feulement  fur  la  tête  des  perfonnes  de  quel- 
que condition  qu’elles  fuffent,  foit  pauvres,  loit 
efciaves,  qui  payoient  un  denier  d’argent  ; mais 
même  fur  tous  les  animaux , & jufques  fur  les 
chiens,  pour  chacun  defquels  on  payoit  fix  follis. 
( Cedrenus'). 

CHRYSASPIDES.  Nom  qu’on  donnoit  dans  la 
m.ilice  romaine  à des  foldats , donc  les  boucliers 
étoient  enrichis  d’or.  Des  foldâts  macédoniens 
avoient  porté  aufii  le  nom  de  ckryfoafpides  oa 
chryfafpides , par  la  même  raifpn. 

CHRYSE,  fille  d’Hélcnus,  fut  aimée  du  diea 
Mars,  qui  la  rendit  mère  de  Phlégias,  père  de 
Coronis.  F'oye^  PhlÏgIAS. 

CHRYSEÎS  , étoit  fille  de  Chrysès  , grand- 
prêtre  d’Apollon,  de  la  ville  de  Lymeife  , alliée 
de  Troye.  Son  nom  propre  étoit  Aftyone;  Ckry- 
féis  n’étoit  qu’un  nom  patronimique.  Lorfque  les 
Grecs  faccagèrent  Lymeffe,  ils  emmenèrent  au 
camp  Chryféis  avec  les  autres  efciaves , & elle 
échut  en  partage  à Agamemnon. 

Le  grand-prêtre  vint  redemander  fa  fille  , en 
offrant  de  payer  une  rançon  , & menaçant  de  la 
colère  d’Apollon  fi  on  ne  la  lui  rendoit.  En  effet, 
le  refus  d' Agamemnon  fut  fiiivi  de  la  pelle  qui 
fe  mit  dans  le  camp.  Calchas,  confulté  fur  les 
moyens  de  la  faire  ceffer  , répondit  qu’ Apollon 
n’arrêteroit  le  fléau  que  lorfque  fon  minillre  feroit 
fatisfait  : tous  les  chefs  de  l’armée  conjurèrent 
alors  Agamemnon  de  renvoyer  fon  efclave.  11  jr 
confentit  avec  peine,  & chargea  Ulyfle  de  la  rame- 
ner à fon  père. -Chrysès  voyant  revenir  fa  fille  , 
invoqua  Apollon  pour  faire  cefîcr  la  pelle  , &luî 
offrit  une  hécatombe.  Agamemnon  ne  crut  pas 
Gu’il  fut  de  -fa  dignité  d’.être  fans  concubine  , 
tandis  qu’Achille  avoir  Briféis.  Il  fit  donc  enlever 
Briféis  ; d’ou  vint  la  colère  d’Achille.  Chryféis 
étoit  groffe  quand  elle  retau.rna  chez,  fon  père  : 
elle  fe  vanta  cependant  d’être  reftëe  vierge;  mais 
quand  elle  ne  put  plus  cacher  fon  état,  elle  dit 
que  l’auteur  de  fa  foibleffe  n'étoitpas  un  homme, 
mais  Apollon  lui  même.  /Csyeç  Achille  , Aga- 
memnon ,-Briséis-,  Chrysès. 

On  voit  au  Capitole  un  bas-relief  fculpté  furie 
tombeau  d’Alex.  Sévère , qui  repréfen;.e  la  difpute 
d’Achille  & d’ Agamemnon  au  fujet  dt  Ckryféis, 

CHRYSES  , prêtre  d’Apollon  , père  de  Chry- 
féis. Chryseis. 

Chrysès  , fils  d’ Agamemnon  8c  de  Chryféis. 

G ij 


ji  C H R 

]I  crut  loBg-tetns  qu’il  étoit  fils  d Apollon  ; mais 
Agamemnon  lui  apprit  fa  véritable  origine  au 
moment  où  s’offrit  une  occafion  de  rendre  fer- 
vice  a Orefte  fon  frère.  Celui-ci  s étant  fauve 
avec  Iphigénie  de  la  Cherfonèfc  Taurique , em- 
portant la  flatue  de  Diane  j il  aborda  à 1 ifle  de 
Sm'nthe.  Ckrys'es  y étoit  pretre  d Apobon;  & il 
vouloit  renvoyer  ces  deux  illuftres  fugitifs  à 
Thoas^  roi  de  la  Taurique.  Mais  Agamemnon 
( qui  vivoit  encore  félon  une  tradition  particu- 
lière j différente  delà  tradition  ordinaire)  apprit 
-à  Ckrysis  qu’il  étoit  leur  frère.  Ckrys'es  fe  joignit 
alors  à Orefte,  retourna  avec  lui  dans  la  Tauri- 
que,  y tnalTacra  Thoas.  Ils  fe  retirèrent  enfuite 
à Mycènes. 

CHRYSIS,  prêtreffe  de  Junon  à Argos,  caufa, 
par  fa  négligence  , l’incendie  du  temple  de  cette 
déeiTe.  Elle  avoir  mis  une  lampe  allumée  trop 
près  des  ornemens  facrés  5 le  feu  y prit  pendant 
la  nuit  5 elle  ne  s’éveilla  pas  affez  tôt  pour  pré- 
venir les  fuites  de  cet  accident , Sc  le  feu  con- 
fuma  tout  le  temple.  Quelques-uns  ont  dit  qu'elle 
périt  dans  l’incendie  5 mais  Thucydide , qui  étoit 
contemporain  ^ afture  qu’elle  fe  fauva  la  nuit  même 
à Phliunte.  Paufanias  raconte  cependant  qu’elle 
fe  réfugia  à Thégée,  auprès  de  l’autel  de  Minerve- 
Alea , & que  les  Argiens,  par  refpeél  pour  cet 
afvle , ne  demandèrent  pas  tju’on  la  leur  livrât. 
Elle  avait  exercé  la  prêtrife  pendant  jd  ans,  & 
avoir  confervé  fa  virginité.  Les  Argiens  après 
avoir  rebâti  le  temple , nommèrent  une  autre 
prêtreffe.  Au  refte , cette  dignité  étoit  fi  confîdé- 
rée  parmi  eux  , qu’elle  fervoit  d’époque  à leur 
chronologie  ; ainfi  l’on  a remarqué  que  la  guerre 
du  Péloponnèfe  commença  l’an  48  de  la  prêtrife 
«e  Ckryfis.  On  avoir  3 Argos  tant  de  refpect  pour 
les  filles  qui  avoient  occupé  ce  facerdoce,  que 
les  Argiens , malgré  toute  leur  indignation , laif- 
fèrent  la  ftatue  de  cette  infortunée  prêtreffe  dans 
la  place  qu’elle  occupoit  avant  l’incendie  {Paufan. 
Corlnthiac.  & Laconie.  ). 

CHRYSO.ASPIDES.  Voye:^  Chrysaspides. 

CHRYSOBERIL  des  anciens  , e’eft-à-dire  , 
î)éril  ayant  une  teinte  jaunâtre.  C’étoit  probable- 
suent  un  péridot. 


CBRYSOBULLUM^  hxxWt  d’or,  fceau  dor 
Voyei  Sceaux. 

CHRYSOCLAVUS,- 
XPÏ20KAAB0N  , 

les  écrivains  du  bas-empi?e  , pour  défîgner  u,.: 
(ornemens  d’or , appliqués  fur  les  habits,  fous  la 
forme  de  têtes  de  clous. 


’ ^ mots  employés  dan' 


CHRYSOCOLLE.  Il  eft  difficile  de  concilier 
^utes  les  propriétés  que  les  ancien^s  ont  accordé 
à leur  ckryfocolle  on  peut  cependant  en  recon- 
Eoître  plufîeurs  dans  k vitriol  de  cuivre  ou  cou- 
peroié  verre. 


C H R 


CHRYSOGRAFHES,  écrivains  en  lettres  dor 
Ce  métier  paroit  avoir  été  fort  honorable.  Siméon 
Logothête  dit  de  1 Em.pereur  Artémius , qu’arafit 
que  de  parvenir  à l’empire  il  avoir  été  chryfo- 
graphe.  L’écriture  en  lettres  d’or,  pour  les  titrps 
des  livres  & pour  les  grandes  lettres, paroit  d’un 
tems  fort  reculé.  Les  manuferits  les  plusancieas 
ont  de  ces  fortes  de  dorures.  Il  eft  fait  mer.tica 
dans  l’hiftoire  des  Empereurs  de  Confiantinople 
des  ckryfograj.kes  ou  écrivains  en  Ictties  d’or. 
L’ufage  des  lettres  d’or  étoit  très-commun  vers  le 
quatrième  &:  le  cinquicm.e  fiècles.  On  en  voit 
de  beaux  reftes  à la  bible  de  la  bibliothèque  de 
l’Empereur,  au  Virgile  du  Vatican  aux  manufaits 
de  Diofeoride,  de  l’Empereur  8c  aune  infinité  de 
livres  d’églife.  Poyej  l'antiq.  expUq^. 

CHRYSOLAMPIS.  Pline  8c  Solln  défignent 
par  ce  nom  une  pierre  précieufe,  qui  étoit  pâle 
le  jour  , miais  qui  jetoiî  du  feu  dans  les  ténè'ores. 
On  croiroit,  d’après  cette  defeription , que  les 
anciens  avoient  connu  la  propriété  phofphorique 
du  diamant  ; pierre  précieufe  qu’ils  confervoient 
brute,  & dont  le  hafard  feul  auroit  pu  dans  cet 
état  leur  révéler  les  propriétés. 


CHRYSOLITHE , 
CHRYSOPRASE, 


1 

S 


pierres  précieufes  jaunes. 


ou  d’un  jaune  mêlé  de  vert.  Ces  noms  délîgnoientdes 
topazes  foiblemenc  colorées  , ou  mieux  encore 
des  péridots. 


CHRYSOR  , dieu  des  Phéniciens  , que  l’oü 
croit  être  le  Vulcain  des  Grecs.  11  avoir  excellé 
dans  l’éloquence  , dans  la  poéfîe  lyrique  Se  dans 
la  divination  ; il  étoh  l’inventeur  de  la  pêche  à ia 
ligne  Sc  à l'hameçon , Sc  il  avoit  perfeérionné 
la  navigation.  Ces  grands  taiens  lui  firent  décer- 
ner les  honneurs  divins  après  fa  mort.  Cn  voit 
par  ce  détail  que  Chyfor  étoit  l’être  imaginaire 
que  l’on  croyoit  doué  de  toutes  les  perfections 
( Sanchoniaton.  ). 


CKRYSOS  , monnoie  de  l’Egypte  & de 
Voyei  Darique. 


Chrysos,  poids  8c  monnoie  des  Grecs.  Voye^ 
Statère  d’or. 


CHRYSOTELE  A,  J .,  . 

reus  qu’Ar.-îftafe  Dichore  exigeoit  des  diftriâs  q*î 
dévoient  fournir  un  foldat  pour  fes  armées.  Cette 
contribution  équivalente  fut  appelée  ckryJoteleM^ 
(^Socrat,  Hifi.  IV.  34.). 


' CHRYSOTHÉMIS,  fille  d’Agamemnon  8c  de 
Clytemneftre,  fœur  d'Orefte  8c  d’Eltâre.  Sopbrp- 
de  la  repréfenre  comme  une  perfonne  cui  favott 
prudemment  cacher  aux  yeux  de  fa  mère  la  dou- 
leur qu’elle  reffentoit  de  l’aifaffinat  de  fon  père  > 
8c  qui  pour  cela  en  étoit  bien  traitée  , tandis 
qu’ÉIleé'we  » ; fa-  fc^ur  ^ ne  gouvanc  stteoir 


C Pî  T 

gémifîemsns  ni  fes reproches,  ch  étoit  continuel- 
lement outragée,  f^oyei  Electre. 

CHTHONIE,  furnora  de  Cérès,  qui  veut  dire 
terrefire  , Ce  furnom  défignoit  la  vertu  pro- 

du&ve  qu^on  !m  attribuoit. 

CHTHONIES,  fêtes  que  les  Hermioniens  célé- 
broiep  en  l’honneur  de  Cérès , à laquelle  on  im- 
inoloit  piaiîeurs  vaches.  Ce  facrifice,*dit  l’anc.  En 
cyciopédie,  ne  fe  palToit  jamais  fans  un  prodige; 
c'eâ  que  du  même  coup  dont  la  première  vache 
étoît  renverfée , toutes  les  autres  tomboient  du 
même  côté.  Quant  les  quatre  géniffes , dit  Pau- 
fanias  dans  fes  corinthiaqu.es , font  auprès  du 
temple  , on  Pouvre , on  en  fait  entrer  une , & 

I on  ferme  auffitôt  la  porte;  en  même  tems  quatre 
matrones  qui  font  en  dedans,  afforament  la  vic- 
time & Pégorgent  ; elles  rouvrent  enfuite  la 
porte^pour  laîffer  entrer  la  fécondé  viciime  , & 
de  même  pour  la  troidème  & pour  la  quatrième, 
qui  font  ainli  égorgées  les  unes  après  tes  autres 
par  ces  matrones.  Si  on  les  en  croit,  les  trois 
dernières  vidtimes  tombent  toujours  du  même 
coté  que  la  première,  & celafe  raconte  comme  un 
prodige.  Paufanias  n’a  garde  de  dire  que  du  même 
coup  dont  la  pr entière  vache  étoit  renverfée  , toutes 
les  autres  tomboient  du  même  côté» 

CHTHONIl  dii  fl  . 

xeoNioi  terreftres.,  ou  m- 

fernaux.  On  défignoît  par  ce  furnom  Jupiter  des 
enfers,  ou  Pluton,  Mercure  conduéleur  des  âmes, 
Eacchus  & les  mânes.  Qtc);  ; ces  deux  mots 

tiennent  dans  les  épitaphes  grecques  la  place  des 
diis  manihus , qui  commencent  ordinaircmenî  les 
épitaphes  latines. 

CRUS.  ) 

CROCUS.  > Voyen^  CHeHS. 

3COÏS.  3 

CHYNDONAX , c^eft  le  nom  d’un  de  ces 
pontifes  apoelés  chez  les  Gaulois  grand  druide  , 
ou  chef  des  druides.  Son  tombeau  fut  découvert  ; 
auprès  de  Diyon  en  i ^pS.  On  y trouva  une  pierre 
ronde  & creufe  , qui  coatenorc  un  vafe  de  verre 
orné  de  plulîeurs  perntares.  Autour  de  cette  pierre 
on  lifoit  en  grec  Pinfcriprion  fuivante  : « Dans 
» le  bocage  de  Mithra  , ce  tombeau  couvre  lé 

corps  de  Chyndonax  , chef  des  prêtres.  Impie 

éloigne  toi,  les  (dieux)  libérateurs  veillent  au- 
» près  de  ma  cendre 

* I 

Le  bocage  de  Mithra  , dont  piarle  cette  épita- 
phe , étoit  confàcré  à Apollon  , que  les  Gaulois 
appeloient  Mithra , lorfqu’ils  le  eonfidéroient 
comme  le  Soleil  ( Supplément  à C Entyclopéaie. 

CHYPRE,  Cyprus.  L’une  des  plus  grandes  ifles 
®e  la  mer  Méditerranée,  Elle  eû  far  les  côtes 
de  l’Anatolie , dont  elle  n’eil:  éloignée  que  de 
feize  heues-  On  la  îîomrria  auîref>&.  Macarie  „ 
Mscaria  ^ e’'e$-à-di£e  j heureufei  fcïîtmêç»  Os 


C H Y 


5? 


prétend  que  ce  fut  à caufe  de  fa  fertilité,  & le 
l’abondance  des  métaux  qu’elle  prodaifoit.  Elle 
fur  ZUiii  appelée,  xîcamantis  , Cerafiis  Amatkufa  ^ 
Afpelia  J Cryptos  , Colinia  & Speckia.  Il  y avoî* 
fur-tout  des  mines  de  cuivre  , métal  qui  , dit-on  , 
a pris  fon  nom  cuprum  de  cette  ifle.  Les  princi- 
pales villes  écoienc  Salamis  & Paphos,  dont  i’una 
avoir  un  temple  de  Jupiter  l’autre  de  Vénus. 
Toute  1 jile  étoit  confacrée  à cette  déefîé,  que 
Sréfichore  & Horace  appellent  Cyprigénie,  c’elt- 
a-dire,  née  en  Chypre.  L’an  dpô  de  la  fondatioa 
de  Rome,  Caton  fat  envoyé  parles  Romains  en 
Chypre,  & il  la  réduilit  en  province  de  la  répu- 
blique. Céfaria  donna  à Cléopâtre.  Après  fa  mort 
elle  retourna  aux  Romains.  Enfin  dans  la  divifios 
de  l’empire  elle  fut  attribuée  aux  Empereurs  Grecs. 


Chypre.  KYnrmN. 

Les  habitans  de  cetre  ifîe  onr  fait  frapper , fous 
l’autoriré  de  leurs proconftils,  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  d’Augufte,  de  Tibère, 
de  Claude,  de  Galba  , deV efpafien  , de  Titus 
Trajan,  de  Septime-Sévère , de  Domna  , de  Cara- 
calla , de  Géra  , de  Macri.n. 

CHYTRES,"}  , rv  ^ ^ , 

XYTPOI  ( Cnytres  etoit  le  troî- 

lîème  jour  des  antheftéries  , où  l’on  faifoir  cuire 
-dans  des  marmites,  en  l’honneur  de  Bacchus  & de 
Mercure  , toutes  fortes  de  légumes  , qu’on  leur 
offroit  pour  les  morts.  On  dit  que  cette  fête  fus 
inftituée  par  Deucalion  après  le  fameux  délu^je 
qui  porte  fon  nom.  Ceux  qui  furvécurent  à ce 
fléau  , offrirent  à Mercure-rerreftre  toutes  fortes 
de  graines  & de  femences  , pour  le  rendre  pro- 
pice aux  mânes  des  mortels  qui  avoient  été  fnb- 
mergés.  Il  n’étoit  permis  à perfonne  de  toucher 
à cette  offrande , & aucune  prêtreffe  même  n’y 
goûtoit  ( SckoL  Ariftoph.  in  Aekarn.  & Kan. 
Ckytres  étoit  dérivé  de  , marmite. 


XYTPrNA  A.  PoIIux  (■  Onomofi.  lîb.  décrit  ce 
jeu_  d’enfant , qui  efl  le  même  que  notre  collin- 
maillard.  L’enfant  que  l’on  appeiok  , mar- 
mite ou  pot , s’affefoit  à terre  , & les  autres  en- 
fans  couîroient  autour  de  lui  en  lui  faifant  des 
niches,  jufqu’à  ce  qu’il  pût  en  faifir  unSc  le  met- 
tre à fa  place. 


CIBORIUM, \ I T-  - 

KiB£2PiON  , f Egyptiens  doa- 

noient  au  calice  qui  renfermoit  les  fleurs  de  la, 
feve  d’Egypte.  Ils  en  faifoient  des  vafes  i boire 
pour  les  enfans  iAthen.  ni.  72. -a.)  j de-Iâ 
vint  aux  vafes  à boire  ordinaire  le  nom  généri- 
que ciborium.  Horace  s’en  eft  fervi  ( Od.  7, 
il.  Je 


Oblîviofo  Tevta  mafiosi 
Ciboria  expie. 


ga-  ?&jgî^  KîS.TÆâ.Ta3gi 


5+  CIC 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

KRRR.  en  argent. 

RRRR.  en  bronze. 

O-  en  or. 

Elles  ont  quelquefois  pour  type  le  dieu  Lunus. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  riionneur  dyElius.  de  Verus  , 
de  M.  Aurèie,  de  Septime-Sévère , de  Caracalla, 
de  Diaduménien , de  Maximin , de  Gordien  Pie  , 
de  Trajan,  de  Déce,  de  Géta^  de  Diaduménien, 
de  Maxime  , de  Tranquilline. 

CIC  CAB  O S , poids  de  l’Afîe  & de  T Egypte. 
Voyei  Kikkabos. 

CICER.  « Le  pois  chiche,  cicer  des  Romains,  eft 
naturellement  falé  5 c’cR  pourquoi  il  brûle  la  terre. 
Ses  gouffes  ou  iniques  font  rondes,  fa  tige  rameufe, 
fa  racine  furculeufe  & profonde.  On  doit  le  laif- 
fer  tremper  dans  de  Peau  durant  deux'  jours  avant 
que  de  le  femer.  Le  cicer  & Yervum  font  long-tems 
en  fleurs,  mais  moins  que  la  fève.  Il  y a plulieurs 
fortes  de  pois  chiches  ; les  différences  fe  font  remar- 
quer dans  la  grolfeur,  la  figure,  la  couleur  Scie  goût. 
Ï1  y a le  cicer  arietinum  , le  pois  bélier  , qui  efl 
blanc  5c  noir,  & relfemble  à une  tête  de  bélier; 
il  y a le  cicer  punicunzy  le  pois  de  Carthage.  On 
feme  ces  efpèces  dans  le  courant  du  mois  de 
février  ou  de  mars , par  un  tems  humide , Sc 
dans  la  terre  la  plus  fertile.  Il  y a encore  le  cicer 
eolu.mbin.um , pois  colombin , pois  de  pigeon , ou 
pois  de  Vénus  ; il  eft  blanc , rond , léger  8c  moins 
gros  que  le  pois  bélier.  La  cicercula  eft  un  cicer 
d'une  efpèce  plus  petite  ; elle  relfemble  au  pifum 
ou  pois  commun , 8c  fon  grain  eft  d'une  rondeur 
inégale  de  même.  Elle  fe  femoit  en  janvier  ou 
février  (février  Sc  mars)  , dans  une  bonne  terre 
Sc  par  un  tems  humide.  Dans  la  Bétique , on 
nourrit  les  boeufs  avec  la  cicera  : on  la  concaffe 
fous  une  meule , puis  on  la  fait  tremper  dans  de 
l'eau  pour  l'adoucir  8c  la  rendre  molle;  ainli  pré- 
parée , on  la  mêle  avec  de  la  paille  broyée , & 
on  la  donne  aux  troupeaux.  La  ration  pour  deux 
bœufs  eft  de  feize  livres  (onze  livres  poids  de 
E-.arc  ).  Les  hommes  en  mangent  auffi.  Elle  a le 
même  goût  que  la  cicercula  ,•  on  ne  l'en  diftingue 
que  par  fa  couleur,  qui  eft  plus  brune,  8c  tirant 
prefque  fur  le  noir.  Les  meilleurs  pois  chiches 
font  ceux  qui  relfemblent  à Y ervum.  Les  noirs 
& les  roux  font  plus  fermes  que  les  blancs.  11  y 
a un  cicer  fauvage,  femblable  par  fes  feuilles  au 
cultivé.  Il  eft  d'une  odeur  forte  {Métrologie 
de  M.  Paucidn  , extrait  de  Caton , &c.  ). 

_ Le  poids  chiche  bouilli  ou  frit  étoit  la  nour- 
riture la  plus  ordinaire  du  peuple  de  la  Grèce  & 
de  Rome.  Ariftophane  en  parle  fouvent  dans  fes 
comédies  ; 8c  jl  en  eft  fait  mention  dans  les  écri- 
vains latins. 

Martial  dit  des  différentes  efpèces  de  pois  bouil- 
lis oij  frits  , que  ç'étoit  un  met  peu  agréable 
f.  42.  V.  75».)  ; 


C I c 

Et  fervens  cicer  , & tepens  lupinus  , 

Parva  efi  cænula , quis  poteft  negare. 

On  en  vendoit  à Rome  aux  fpeâateurs  dans  les 
théâtres  Sc  les  amphithéâtres  '(  ibidem.  ) : 

Quod  otioft 

Vendidit  qui  madidum  cicer  corom. 

Les  candidats  qui  vouloient  gagner  les  fuffrages 
du  peuple  , !ui  faifoient  diftribuer  gratuitement 
des  pois  frits  dans  les  fpeétades  {Rorat.  Sut.  il. 
3.  182.)  : 

In  cicere,  atque  faba,  bona  tu  perdafque  lupinis, 
Litus  ut  in  circo  fpatiere  , atque  xneus  ut  fies, 

Perfe  peint  cette  diftribution  avec  l'énergie  qui 
le  caractérife  {Sat.  j.  177.)  : 

Cicer  ingéré  large 

Rixanti  populo  , nofira  ut  Floralia  pojfint 
Aprici  meminijfe  fenes. 

CICERO  , furnom  de  la  famille  TULLIA. 

CICEREIA  , famille  romaine  , dont  on  n'a 
des  médailles  que  dans  Goltzius. 

CICÉRO.  On  a donné  fans  aucun  fondement 
le  nom  de  cet  orateur  célèbre  à une  ftatue  du 
Capitole , 8c  on  l'a  gravé  fur  fa  bafe.  Pour  moti- 
ver cette  fuppofition  , on  lui  a incrufté  à la  joue 
un  pois  , cicer  , qui  fait  allufîon  au  nom  de  Ci- 
céron. 

Le  palais  Mattel  renferme  une  véritable  tête 
de  Cicéron,  avec  fon  nom  gravé  au  bas  du  bulle. 
V/inckelmann  ( Rifi.  de  l'An.  lib.  6.  chap.  f ) 
croit  que  c'eft  un  ouvrage  du  dernier  ficcle  de 
la  république,  il  eft  vrai  que  la  forme  des  let- 
tres ne  parok  pas  affez  élégante  pour  cette  épo- 
que ; mais  ce  favant  antiquaire  fait  dillinguer, 
avec  raifon,  deux  fortes  d'infciiptions,  les  unes 
gravées  fur  les  monumens  par  des  ouvriers , char- 
gés uniquement  de  la  gravure  des  lettres , & les 
autres  par  les  ftatuaires  eux-mêmes  , qui  n'ayant 
pas  l'habitude  de  graver  des  lettres  , ne  pouvoient 
leur  donner  une  forme  auffi  élégante.  C'eft-j^ 
fans  doute  le  cas  du  Cicéron  du  palais  Mattel , 
dont  le  nez , les  lèvres  8c  le  menton  font  des 
reftaurations  modernes. 

On  voit  à Herculanum  un  bufte  que  l’on  croit 
être  celui  du  même  orateur.  Il  y a une  médaille 
fauffe  , qui  le  repréfente  avec  le  pois  fur  la  joue. 
Plutarque  a écrit  le  premier  ( Cicer.  ) que  le  célé- 
bré orateur  de  Rome  fut  appelé  Cicéro  , à caiife 
d’un  porreau  relfemblant  à un  pois  qui  étoit 
placé  fur  le  bout  de  fon  nez.  Mais  il  eft  facile  às 
montrer  le  ridicule  de  cette  affertion  trop  accré- 
ditée , en  obfervant  que  Varron  , écrivain  lati” 


BStérleur  à Plutarque  , avoir  dit  que  les  Tullius 
avoient  été  furnomniés  Cicéro , à caufe  des  pois 
qu'iis  culrivoienc  avec  beaucoup  de  foin  j ù cice- 
ribus  ferendis. 

CICUBJNUS  y furnom  donné  à la  famille  Ve- 
turia. , à caufe  de  la  douceur  des  mœurs  de  fes 
snersbies  (^Varr.  de  Ling.  Lat,  vr. 

CIDARIA.  Paufanias  dit  au  fuiet  d’une  image 
de  Cérès  , furnommée  Cîdaria.  le  jour  des 
grands  myftères , le  prêtre  prend  cette  image  & 
la  met  fur  fou  vifage.  S’armant  enfuite  de  petites 
baguettes,  il  en  donne  quelques  coups  aux  natu- 
rels du  pays,  en  fuiv^ant  un  certain  ordre  (^Ar- 
cadic.).  « 11  ne  s’agit  ici  que  d’un  mafque  de  la 
déeüé  , qui  étoit  coëffe  de  la  cidaris  , & qui , 
fuivant  la  forme  ordinaire  des  mafques  antiques , 
enveloppoit  toute  la  tête  jufqu’au  col.  Le  Prêtre 
frappoit  ainfi  les  Fhénéates,  pour  rappeler -l’ar- 
rivée de  Cérès  dans  leur  contrée , & la  punition 
qu'elle  infligea  à quelques  habitans  de  qui  elle 
avoit  été  mal  reçue.  Quant  à ceux  qui  accueilli- 
rent cette  m.ère  fugitive  , elle  leur  fit  connoïtre 
toutes  les  efpèces  de  légumes  , les  fèves  excep- 
tées. Telle  étoit  la  tradition  des  Arcadiens. 

CIDARIS.  Peilerin  ( Lettre  il.  fur  divtrfes  mé- 
dailles ). 

“ La  cidaris  , telle  que  nous  la  voyons  figurée 
fur  des  médailles  de  rois , étoit  de  forme  coni- 
que , & terminée  en  pointe.  La  différence  qui  fe 
trouve  entre  les  unes  & les  autres  , confifte  feu- 
lement dans  les  acceiToires.  II  y en  avoit  aux- 
quelles étoient  attachés  des  fanons,  qui  pendoienc 
fur  les  épaules,  & des  cordons' qui  fe  lioientfous 
le  menton.  On  en  voit  de  cette  forte  fur  les  mé- 
daiiles  £ Arface  & de  Tiridate , premiers  rois  des 
Parthes,  que  j’ai  rapportées,  l’une  R.  Pi.  XV., 
Laatre  Suppl.  III.  Pi.  i.,  & fur  îa  médaüle  de 
Miîhridate  Evergête , que  Béger  & Spanheim 
ont  publiée  j mais  elies  étoient  portées  auilî 
fans  fanons,  comme  il  paroït  par  des  médail- 
les d’autres  rois,  & particulièrement  par  une  des 
deux  du  roi  Samus  , que  le  P.  Frceiich  a rappor- 
tées , par  celles  de  Xerx'es  , roi  à‘ A.rfamofzt;  , 
que  ?yI.  l’abbé  Barthélérr.i  a publiée  , Se  par  la 
préfente  médaille  du  roi  Arfamus.  » 

« Sur  toutes  ces  médailles,  la  cidaris  étoit  en- 
tourée du  diadème  , qui  étoit  !a  marque  ia  plus 
dîftînciive  de  ia  fouveraineté , & de  plus  eîie  efl 
dr'oite,  parce  qu’il  n’étoit  permis  en  Perfe  qu’aux 
20!S  feuls  de  porter  la  cidaris  droite  , ainfl  que  la 
tiare.  Quoique  ces  deux  fortes  de  coeffures  diffé- 
railent  trop  l’une  de  l’autre  par  leur  forme  , & 
même  par  leur  nfage  , pour  n’avoir  pas  dû  être 
diili.nguées  chacune  par  fon  propre  nom  , les  écri- 
vains grecs  les  ont  fouvent  confondues , en  don- 
nant celui  de  tiare  à ia  cidaris  , foit  parce  que 
îe  nortï  d-e  tiare  ieur  étoit  plus  ce-.nnu,  foit  parce 
qu£  c’ étoit  îa  coëfFure  i a plus  fpiendids  dé.  toutes- 


celles  qui  étoient  portées  par  les  rois.  Quelques- 
uns  cependant  en  ont  fait  îa  difdnéiion  j Plutarque 
entr’autres  racontant  comment  Artaxcrces  avoic 
nommé  Darius  , fou  fils  aîné,  pour  fon  fuccef- 
feur , dit  que  ce  fut  en  lui  accordant  le  privilège 
de  poner  la  cidaris  droite.  Ce  fut  aufïi  la  cidaris 
que  Demaratus  , Lacédémonien  , demanda  au 
grand  Xercés  de  pouvoir  porter  droite  dans  une 
entrée  publique  à Sardes  , & non  pas  îa  tiare  , 
comme  on  a traduit  en  françois  , d’après  la  tra- 
duéiion  latine  de  Sénèque,  qui  avoit  pris  pareil- 
lement l’une  pour  l’autre.  Non -feulement  elies 
différoient  par  leur  ferme , la  tiare  étant  aufïi 
large  par  le  haut  que  par  le  bas  , tandis  que  la 
cidaris  étoit  terminée  en  pointe  ; mais  elles  dif- 
féroîent  encore  en  ce  que  la  tiare  étoit  toujours 
chargée  d'ornemens , & fouvent  de  divers  Tym- 
boies  , au-iieu  que  la  cidaris  eil  repréfentée  unis 
& fans  ornemens.  J’en  infère  que  la  cidaris  étoit 
pour  ies  rois  d’un  ufage  ordinaire  , Sc  que  celai 
de  ia  tiare  étoit  réfervé  à des  jours  de  fête  & ds 
cérémonie  , comme  je  le  remarquerai  plus  parti- 
culièrement à l’article  de  la  tiare.  ^ 

« S’il  n’appartenoit  qu’aux  rois  feuis  en  Perfe 
de  porter  !a  cidaris  droite  , il  étoit  libre  aux  prin- 
ces de  la  faraiiJe  royale,  & aux  g^rands  officiers 
dé  la  porter  inclinée.  Je  remarque  qu’il  y a des 
médailles  d’autres  rois  , fur  lefquelles  elle  n’eft 
pas  repréfentée  droite.  Celie  que  porte  Tiridate 
fur  fa  médaille  , citée  plus  haut  , paroït  avoir  la 
pointe  recourbée  par-devant , à-peu-près  comme 
le  bonnet  phrygien  ; & celle  qu*on  voit  fur  la 
tête  d’ Arfamus,  dans  la  préfente  médaille,  pe.nche 
en  arrière.  Celle  que  porte  le  même  rei,  repréfentér 
à cheval  fur  le  revers,,  préfente  au  bout  de  ia 
pointe  un  bouton  , qui  fe  voit  aufïi  aux  cidaris 
d’Epiphane  & de  Callinicus,  fils  d’Antiochus  IV, 
roi  de  Commagène  , qui  font  repréfentés  pareil- 
lement à cheval  fur  une  médaille.  ” 

“ 11  n’efl:  guère  poffibie  de  rendre  raifon  de 
ces  variétés  , qui  fe  trouvent  dans  les  accefïbires 
de  la  cidaris  ; mais  iis  ne  changent  rien  à fa 
forme  fpécifique.  On  peut  juger  cependant  que 
Arface  & Tiridate,  fon  frère,  qui  s’étoient  révol- 
tés fous  Antiochus  II  , roi  de  Syrie  , n’auronf 
fait  d’abord  ou’ajouter  le  diadème  à.  la  co.éfrure 
' qu’ils  portoient  auparavant , & qiv  Arfamus  , en 
formant  la  dvnafïie  d‘Arfamcfate , en  aura  ufé 
de  même  en  mettant  le  diad-ême  aurour  de.  la 
ciaaris  , oui  étoît  d’un  üfage  commun  en  Armé- 
nie. Si  dans  le  commencement  de  fon  règne  il  ne 
l’a  p.as  portée  droite  , c’étort  apparemment  parce 
qu’il  étoit  tributaire  des  rois  de  Syrie  , ou  parce 
qu’il  ne  fe  trouvoit  pas  alors  affez  puiiTant  pour 
fe  comparer  aux  rois  Parthes  , qui  , à Limitation 
des  ro'S  de.  Perfe , prétendoient  peut-être  avoir 
fpuls  le  privilège  de  la  porter  droite.  A l’égard 
du  bouton  attaché  aux  cidaris  ci-devant  mention- 
nées, fi  ce  n’étoit  pas  feulement  une  efpèce  d’or- 
nement ,ii  pQuvoit  avoir  fon  ufage  Se  fon  utilité 


5^ 


CIG 


pour  ceux  qui  alloient  à cheval.  « Voye^ 

"Qu£t2i;ÎSakCrrI.3.i90c^eh^ 
des  rois  de  Perfe  étoit  enrouree  d un  bandeau 
royal  ou  diadème  bleu  .&  hlanc  : Ctdartm  Perjl 
regiiim  capuls  vocahant  injigne  . hoc  c&ruleaff 
al'jû  iifiinclcL  circumibat. 

ClDRA.cn  Phrygie.  kiApahnQN. 

M.  Pabbé  le  Blond  a publie  une  médaillé  de 
cetce  ville,  frappée  en  l'honneur  de  M.  Aureie. 
CIDRE.  Voyei  SicERA. 

CWTESSUS , en  Fhrvgie.  xiayhccEic. 

On  a des  médailles  impériales  grecques  de  cette 
ville , frappées  ^en  Ihonneur  des  deux  Philippes 
cnfemble^  de  uomitien  féal. 

CIEL.  Voyei  Uranus. 

CiERZ75,  en  Bichynie.  KiEPE. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 
RRRPv.  en  bronze.  . • . f Pellerin.J 
O.  en  or. 

O.  en  argent. 

CIGALE.  Cet  infedle  étoit  confacré  à Apol- 
lon , comme  au  dieu  ne  la  voix  cc  du  chant  ; 
fans  doute  parce  qu'il  chance  contiuellement  & 

nonà  caufe  de  la  beauté  de  fon  chant.  ^ _ 

Les  Athéniennes  d'une  nailTance  relevee,  lioient 
leurs  chevelures  avec  des  poinçons , dont  la  tête 
étoit  formée  par  une  c-gale  d'or. 

CIGOGNE.  Cet  oifeau  qui  fe  nourrit  de  rep- 
tiles , d’infecdes  Sc  de  vers,  eft  utile  aux  habitans 
des  pavs  marécageux.  C'eR  à ce  titre  que  ^es 
TheiTaHens  avoîent  pour  la  cigogr.e  une  efpèce 
de  vénération.  Clément  d'Alexandrie  (_in  Protrepc.  ' 
Ta  prife  pour  un  culte.  Les  Romains  empruntè- 
rent des  Grecs  le  refped  pour  la  dgog.m , avec 
l’opinon  quelle  noarriffoit  fon  père  & fa  mère  , 
lorsqu’ils  étoient  devenus  vieux.  Ils  en  firent  l’em- 
b’éme  de  la  piété  filiale , & ils  la  placèrent  fur  les 
médailles  à côté  de  la  piété. 

Malgré  ce  refpefl , on  vit  Sempronius  Rufus, 
ancien^réteur,  faire  fervir  les  petits  de  la  cigogne 
fur  fa  table , & mettre  à la  mode  ce  mets  nou- 
veau. Horace  fait  mention  de  cette  nouveauté 
( Snt.  il-  a.  49.  ) : 

Tutus  irai  Raomhas  , tutoque  ctconia  nido  . 
Daàec  vos  aucior  docuit  pr&torius, 

Rufus  ayant  été  refufé  depuis,  lorfqu’i!  demanda 
le  conuilat,  un  poète  malin  vengea  la  cigogne  par 
répigramme  iuivante  : 


Ciconiaruni  Rufus  fe  conihor , 
Tlancls  duobus  efl  his  elcgantior  : 
$-,ifruglorum  puncl-l  fptcm  non  tuUt  , 
Çiconiiiruut  povuliis  niQfteni  uicus  efl. 


C I G 

L’amour  filial  qui  diftinguoit  les  cigognes,  eit 
avoir  fait  un  oifeau  de  bon  augure.  Artüa  {Procop. 
VarJal.  I.  ) fe  difpofant  à lever  le  fiège  d’Aqui- 
lée,  apperçut  au  point  du  jour  une  cigogne,  qui 
nichoit  fur  une  tour,  enlever  fon  nid  & s'enfuir 
à tire-d’aile.  Il  conçut  une  bonne  efpérance  à 
cetce  vue  ; & le  foir  même  la  tour  s'écroulant 
lui  ouvrit  la  ville  d’Aquilee. 

Cigogne  , ckonia.  Les  Romains  appeîoient  de 
ce  nom  une  maniéré  de  fe  moquer  de  qiielqu  un, 
en  préfenranr  denière  lui  tous  les  doigts  d’une 
main  , réunis  en  forme  de  bec  de  cigogne  {Perf. 
Sut.  I.  j8.^  : 

O jîne  , à tergo  quem.  nulla.  ciconia  pinflt. 

Cigogne  , ckonia . étoit  encore  le  nom  d’une 
longue  perche  . à l'aide  de  lacnelle  les  jardiniers 
puifoient  de  l'eau , & qui  imitoic  , en  s devant 
& s’abaiffant  alternativement,  le  mouvement  du 
bec  des  cigognes. 

Cigogne.  Fbyrç  Antigone  , fiile  de  Laomé- 
dcn. 

CIGUË.  Elle  neft  point  aufi  venimeufe  quen 
G'ice.  Prefnue  tour  le  monde  convcent  que  cette 
plante  , prife  intérieuiement  étoit  un  poifon  , & 
perfonne  n’ignore  que  c' étoit  celui  des  .Athcnier.si 
mais  quelles  que  fuffent  les  qu.-lités  mortelles  de 
la  ciguë  dont  il  fe  fervoient , il  eft  certain  que 
celle  qui  croît  dans  nos  contrées  n’a  point  ce  même 
degré  d;  malignité.  On  a vu  dans  nos  pays  des 
perfonnes  qui  ont  mangé  une  certaine  quantité 
de  fa  racine  & de  fes  tiges  fans  en  mourir.  Ray 
rapporte  dans  fon  hiflolre  des  plantes  , d après  les 
oblhrvations  de  Bo'.vle  , que  la  poudre  des  ’-acines 
de  cf  ué  , donnée  à la  dofe  de  vingt  grains  cans 
la  fièvre  quarte  , avant  le  paroxiime  , eft  au- 
deffus  de  tous  les  diaphorétiques.  M.  Reneaume  , 
médecin  de  Blois  {Obfervn-.  3 y 4.),  dit  en  avoir 
fait  prendre , avec  beaucoup  de  fuccès , une  demi- 
dragme  en  poudre  dans  du  vin , & juiqu'à  deux 
en  infufion  pour  les  skirr’nes  du  faie  & du  pan- 
créas ; mais  ce  médecin  n’a  jamais  guéri  des 
skirrhes , & fi  fon  obfervation  étoit  vraie  , en- 
prouveroit  feulement  que  la  racine  de  aguë  n eft 
pas  toujours  nuifible. 

Nous  croyons  cepen.Iant  avec  les  plus  fages 
médecins , que  le  plus  prudent  eft  de  s’abftenir 
dans  nos  climats  de  l’ufage  iirerne  de  cette  plante. 
Elle  y eft  afïéa.  venimeufe  pour  fe  garder  de^  i2. 
donner  intérieurement;  car  elle  caufe  des  nu- 
peurs,  & d'autres  accidens  fâcheux-  Son  meilleur 
antitode  eft  le  vinai  rre  en  gaife  de  vomitif,  avec 
de  l’oximel  tiède  , en  quantité  fuffifante  pour  pto- 
curer  & faciliter  le  vomiffement. 

Elle  ne  pafjit  point  pour  venimeife  a PotflC- 
Ce  qui  eft  némmoins  finaulier  , & dont  il_  Lut 
convenir,  c’eft  que  la  ciguë  ne  pafioit  noint  a 
Rome  pour  un  poifon  , tandis  qu’à  Athèiics^f^ 


B’en  pouvcît  douter  ; à Rome,  au  contraire ^ on  la 
regardoit  comme  un  remède  propre  à modérer  & 
à remperer  la  bile.  Perfe  (^Satyre  r.  vers  I4J.) 
die  jà-deffus  ; 

• • . . . . . . . BUis 

Intumuit  , quam  non  extinxerit  urna.  cicaîA. 

Horace  en  parle  auffi  comme  d’un  remède  j dans 
fa  fécondé  LpiC!  e , L.  il.  vers  53. 

Sed  quod  non  défit  hahentent 
Que  foterunt  u'.tquam  fiatis  expurgare  cicute  ? 

I^i  mehus  dormire  zutem  qudm  ficrîbere  verjiis. 

oc  Préfentement  que  j’ai  plus  de  bien  qu’il  ne  m’en 
00  faut,  ma  folie  ne  feroic-elle  pas  à l'épreuve  de 
>=  toute  la  ciguë  J li  je  n’écois  perfuadé  qu’il  vaut 
00  rmeüs  dormir  que  de  faire  des  vers  ? » 

Fiine  {iiv.  XIV.  ch.  XXII.  ) yante  les  propriétés 
de  la  ciguë  peur  prévenir  rivrelTe  , & prétend 
qu’on  peut  en  tirer  piufîeurs  remèdes.  Lefcale 
rapporte  quelque  part , que  voyageant  en  Lom- 
bardie J on  lui  fervit  de  la  falade  où  il  y avoir 
de  la  ciguë  J ce  qui  i’étonna  forts  mais  qu’il  revint  ! 
de 'fa  furprife  quand  il  fut  que  les  gens  du  pays 
en  mangeoient  ^ & qu’ils  n’en  étoienr  point  in- 
commodés. Les  chèvres  en  broutent  la  racine  ^ 
& les  cifeaux  en  mangent  la  graine  fans  incen- 
vénient;  mais  les  effets  des  plantes  fur  les  ani- 
maux ne  concluent  rien  pour  i’ho.mme  j & toutes 
les  autorités  qu’on  vient  de  citer  ne  fauroient 
contrebalancer  le  poids  de  celles  qu’on  leur  op- 
pofe.  I!  refte  toujours  certain  j d’après  le  grand 
nom'bre'  d’exemples  funeltes  rapportés  dans  les 
tranfiaciions  philofopkiques  dans  les  Mémoires 
d-e  V Académie  des  Sciences  , dans  Wepfer  & ail- 
leurs J que  toutes  les  efpèces  de  ciguës  font  veni- 
meufes. 

Obfcrvation  far  la  coupe  de  ci  aux  que  hut  So- 
crate. Lorfque  le  bourreau  d’Athènes  vint  pré- 
fenter  à Socrate  la  coupe  de  fac  de  ciguë , il 
l’avertit  de  ne  point  parler  , pour  que  le  poi- 
fon  qu’il  lui  donnoit  opérât  plus  promptement. 
On  ne  voit  pas  comment  les  effets  du  ixsifon  pou- 
-vo'ient  être  accélérés  par  le  ulence  de 'b  perfônr.e 
qui  le  prenoic  5 mais  que  ce  fût  un  fait  ou  un 
préjugé^  le  bourreau  ffagilfoit  ainS  que  par  ava- 
rice . & dans  la  crainte  d’être  obligé  , fuivant 
la  coutume,  de  fournir  à fes  dépens  une  nouvelle 
dofe  de  ce  breuvage  j car  Plutarque  remarque  dans 
la  vie  de  Fhocion  , tam.  vi.  de  Dachr  , p.  4O0  , 
que  tous  fes  amis  ayant  bu  de  la  ciguë  , & sue 
n’en  reftant  plus  pour  ce  grand  homme  , l’exé- 
cuteur dit  qu’il  n’en  broyeroit  pas  davantage  fi 
on  ne  lui  donnoit  dcaze  dragmes  (en  i /8é,  en- 
viron d uze  livres  de  notre  mennoie)  , cul  étoit 
le  prix  que  chique  defe  coûccit.  Adors  Fhooion 
voulant  éviter  tout  retard  j dt  remettee  ceîce  j 
Antiquités  J T-ame  11, 


) / 

Tomme  à rexécuteur , en  difant  ; « dans  Athènes 
» il  faut  donc  tout  acheter  , jurqu’à  la  mort?» 
Article  de  M.  le  chevalier  DE  JaUCOURT. 

Il  n’ei't  pas  pofilbie  de  découvrir  quelle  étoit 
I;  ciguë  des  anciens,  parce  que  cette  plante  n’eit 
pas  l:i  feule. venimeufe  qui  fe  trouve  dans  la  fa- 
mille de  ombeliifères.  Î!  y a quelques  efpèces 
d’eenanthe,  une  efpèce  de  berle,  nommée 
erucs,  folio  ( C.  B.)  , qu’an  a reconnaes  pour  des 
poifons  dangereux.  Cette  dernière  plante  a ’ fait 
le  -fujet  d’un  ouvrage  entier , & Vfepfer  a ent 
qu’elle  étoit  la  ciguë  aquatique. 


CILBIANI  fuperiores  , dans  la  Lydie.  kiABîA- 
NCN  rax  A-NQ. 

Ces  Ioniens  ont  fait  frapper  , fous  l’autorité 
de  leurs  archontes,  des  médailles  impériales  grec- 
ques en  l’honneur  de  Trajan,  de  Commode,  de 
Domna , de  Domitien  , de  Caracalla. 

CmsiÀtri  inferieres  , dans  i’Ionie.  KIABÎANCK 
TON  KATO. 

Ces  Ioniens  ont  fait  frapper,  fous  l’autorité 
de  leurs  feribes , des  médailles  impériales  grec- 
ques en  l’honneur  d’.AugulIe. 


CILICE  , vêtement  fait  de  poils  de  chèvre  ou 
de  bouc  , dont  i’ufage  eff  venu  des  anciens  Cili- 
ciens  , qui  portoi-ent  de  ces  fortes  3’habirie- 
mens  , particulièrement  les  foldats  & les  ma- 
telots, 

Nec  minus  inter ea  barbas  , încanaque  menta^ 
Cinypkii  tondent  hirci  , fetafque  cornantes  , 
Ufum  in  cafirorum , & miferis  velamina.  nautis, 

Géorg.  i.  iiL 


Peut-être  le  vrai  fens  de  ces  vers  eit-ll  qu’aa- 
ciennement  les  foldats  & les  matelots  fe  fervoiert 
de  ces  fiffus  de  poils  de  chèvre  pour  en  faire  des 
tentes  & des  voiles  j & c’elt  ce  que  femble  infînuer 
Afeonius  Pedianus  , dans  une  remarque  far  la 
troihème  verrine  , où  il  dit  : Cilicia  teraa  in  caf 
trorum  ufam  atque  nautarum. 

CILICIE  (Terre  de).  C’eft  fuivant  Théo- 
phrafte , une  efpèce  de  terre  qui  fe  trouvoit  en 
Cilicie.  Cet  auteur  dit  qu’en  la  faifant  bouillir 
dans  de  l’eau  , elle  devenoit  vifqueiife  & tenace: 
on  s’en  fervoit  pour  en  frotter  les  feps  de  vigne, 
8e:  les  garantir  des  vers  8e  des  autres  infeS-es. 
Bill  penfe  avec  raîfon  que  cette  terre  étoit  bitn- 
mineufe,  d’une  connûance  felide;  que  la  chaleur 
de  Teau  bouillante  la  rendoit  afiez  molle  pour 
pouvoir  s'éter.dre  , 8e  que  par  fa  qualité  tenace 
& vifeueufe  eîleiarrêtoît  les  infeâes,  ou  les  chaf 
fois  par  Ton  odeur  forte. 

CÎLIX,  fils  d’Agénor , félon  Hérodote  , 8e 
frère  de  Cadmiis  , ayant  été  envoyé,  ainfî  que 
fes  fr.res  , à la  recherche  d’Europe  , fa  fœur. 
Si  as  Payant  pas  trouvée,  n’ofa  retourner  à la 


5^  CIM 

cour  de  Ton  père.  îl  établit  dans  la  Cilicîcj  a 
laquelle  il  donna  fon  nom. 

CILLA.  Voye:^  EsAQUE. 

CILLIUS  color , étoit  la  couleur  du  poil  des 
ânes,  parce  que  les  Doriens  appcloient  ces.  ani- 
maux yjxxn. 

CILO , furnom  de  la  famille  FLAM'INIA. 

Feftus  lui  donne  pour  motif  un  front  pointu  & 
étroit  : Cilo  dicitur  ^ cul  frons  efl  eminentlor , ac 
àextra  finifiraque  velut  recifa  vldatur. 

CIMETIÈRE.  Foyei  Enterrer. 

CIMIER.  Koyei  Casque. 

ClMINA.  On,  appeloit  à Rome  de  ce  nom 
une  fource  d’eau  , qui  y étoit  amenée  du  mont 
Ciminus.  Panvini  i’a  confondue  avec  l’eau  faba- 
tine  5 mais  il  s’eâ  trompé.  On  a découvert  en 
entier  l’aquedac  de  l’eau  fabatine  , qui^alfe  loin 
du  mont  Ciminus, 

CIMMERIS  , furnom  de  la  mère  des  dieux  , 
qui  étoit  en  vénération  chez  les  Cimmériens 
^Hefychius.  ). 

CIMOLIS , ille,  KiMrîAi. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ille  font  : 

RRRR.  en  bronze.  ( PelUrin.) 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Leur  type  ell  un  trident. 

Or.  tiroir  de  cette  ifle  une  terre  argilleufe,  célè- 
bre dans  la  médecine  des  anciens.  Ovide  l’a  con- 
ib.ndue  avec  la  craie  {Métam.  i.  7.  v.  463.) 

Hinc  kumilem  Myconem  y crecofaque  rura  Cimoli. 

CINA.  Voyei  CiNNA. 

CINCINN ATUS  ( Quimzus ).  « Une  ftatue, 
dit  Winckelmann  ( Mifl.  de  V An.  liv.  6.  ch.  6.)  , 
appelée  vulgairement  Quintius  Cineïnnatus  , pla- 
cée autrefois  dans  la  Vdla  - Montalto  , enfuite 
dans  celte  de  Négroni,  & maintenant  à Verfailles, 
paffe  comrhunément  pour  être  une  des  figures 
héroïques  qu’Aiigulle  fit  ériger  dans  fon  forum. 
C’eft  une  figure  d’homme  fans  aucune  draperej 
elle  attache  une  de  fes  fandales  fur  le  pied  droit, 
tandis  que  l’autre  fandale  eft  à côté  du  pied  gau- 
che qui  eft  niid.  Derrière  la  ftatue , & à fes  pieds, 
eft  un  grand  ft  c de  charrue,  qui  paroît  avoir  été 
la  principale  caufe  de  fa  dénomination  ; car  on  fait 
que  ceux  qui  portèrent  à Quintius  Cindnnatus 
les  marques  de  la  diébture,  le  trouvèrent. occupé 
à labourer  fon  champ.  Mais  ce  foc  ne  fe  trouve 
pas  indiqué  fur  les  ftatues  publiées  par  Rodî  j &c 
Mafféi,  qui  explique  cette  antique  d’après  la  sra- 
vure  , & qui  n’y  a pas  trouvé  le  foc,  ne  hifte 
pas  de  lui  confever  fon  nom.  Au-lieu  de  nous 
parler  de  cet  Jnrtrament  de  labour,  il  nous  raconte 
Thiftoire  du  célèbre  didateur , fans  apporter  au- 


C I M 

cune  preuve  qui  juftifie  la  dénomination  de  fj 
ftatue.  « 

« Le  même  MafFéi , en  rapportant  ailleurs  une 
pierre  gravée , y trouve  , avec  tout  aufft  peu  de 
fondement  , le  portrait  de  Cincinnatus  ,•  cette 
pierre  d’ailleurs  me  paroît  de  fabrique  moderne 
( Gem.  Ant.  t.  4.  n°.  8.  ).  Quant  à notre  ftatue , 
on  peut  prouver  au  contraire  que , malgré  le  foc 
de  charrue , le  nom  de  Cincinnetus  ne  peut  nul- 
lement lui  convenir , parce  qu’étant  fans  drape- 
rie , elle  ne  fauroit  repréfenter  un  perfonnage 
confulaire.  Car  on  doit  regarder  comme  une 
maxime  fondamentale  , que  les  Romains , diffé- 
rens  des  Grecs  en  cela  , repré.fentèrent  toujours 
drapées  les  figures  de  leurs  grands  hommes , à 
l’exception  de  la  ftatue  de  Pompée.  Par  .confé- 
quent  la  figure  en  queftion  eft  héroïque.  Elle 
repréfente  , fi  je  ne  me  trompe  , Jafon  , au  mo- 
ment où  Pélias , fon  oncle  paternel,  le  fit  inviter 
avec  d’autres  perfonnes  à un  facrifice  folemnel 
qu’il  faifoit  àlN'eptune.  .Tafon,  que  Pélias  ne  con- 
noiffoit  pas,  fut  appelé  à cette  folemnité  pendant 
qci’il  labouroit  fon  champ  ’.Apfollod.  Bibl.  l.  i, 
p.  z6.  6.  Schol.  Pirtd.  Pytk.  ,3^.  v.  153.)  , ce  qui 
ell  indiqué  par  le  fcc  placé  à côté  de  la  ftatue. 
Ayant  traverfé  le  fleuve  Anaurus , il  fe  hâta  â 
fort  qu’il  oublia  de  fe  chauffer  le  pied  gauche , & 
qu’il  ne  mit  de  chauffure  qu’à  fon  pied  droit.  Peiias 
voyant  paroître  devant  lui  Jafon  dans  cet  ajufle- 
ment , comprit  le  fens  d un  crade  obfcur , cui 
l’averriffoit  de  fe  garantir  de  celui  qui  viendroit 
le  voir  chauffé  d’un  feul  foulier.  C’eft -là  , je 
crois,  la  véritable  explication  de  cette  ftatue.  L’an- 
tiquiîé  fait  aufti  mention  d’une  figure  d'Anacr-éon , 
repréfenté  avec  un  feul  foulier,  parce  qu’il  avoit 
perdu  l’autre  étant  ivre  ( Antkol.  L 4.  c.  37.  p. 
367. /.  21.  31.  p.  368. /.  é.  ).  » 

On  ne  peut  s’empêcher  de  reconnoître  Cincin- 
natus fur  une  agare-onyx  ( claf.  jr.  r.°.  i6y.)  du 
baron  de  Stofeh  , à caufe  de  l’épi  de  bled  qui 
eft  placé  à côté  de  lui , pour  défigner  le  labou- 
rage auquel  il  étoit  occupé  à l’arrivée  des  députes 
du  fénat.  Sur  cette  pierre  , Cincinnatus  attache 
à fes  jambes  les  botines  ouvertes  (Voyei'  ce 
mot  ) , &■  fon  cafquc  eft  placé  devant  lui  auprès 
d’une  colonne  avec  fon  bouclier. 

CINCTICULUM,  tunique  courte  êe  légère 
des  adolefcens.  Plaute  en  parle  ( Bacch.  ni-  3' 
28.  J: 

CinEHculo  prAcincîus  -in  ftlLa  apud  mtgiji’'un 
ajjideres 

Cum  Uhrum  legeres. 

CINCTUM , efpèce  de  tiinîque  qui  ne  s’elc' 
voit  pas  jufqu’aux  épaules  ( Porphyr.  ad  Hcrat^ 
Art.  Pet.n.  yoO  Cinîium  efl  genus  tunica  infr^ 
peSius  aptatü.  C’étoiî  une  efpèce  de  campeflrt» 
Voyeo^  ce  rt>ot. 


59 


C I N - 


CINCTURA  , taaique  ferrée  avec  !a  ceinture, 
Oainriliea  a erapiové  le  mot  cinciura  dans  cette 
acception,  lcirfqu.’ji  a dit  (xj.  5.)  de  la  toge 
agencée  avec  goût  , qii'elie  tomboit  par-devant 
juiqu'à'.  a moitié  des  jambes,  & par  derrière  un 
"peu  piushaut  que  la  chictura  ^ c’eft-à_  dire , que  le 
bord  de  la  tunique  ferrée  par  une  ceinture  : Pars 
ejus  prior  mediis  cruribus  ovtime  terminatur , pof- 
csrior  eàdem  portionc  aldus  quam  ciriBura. 


CÎNCTUS  , défigne  un  foldat  dont  le  ceintu- 
xon  , cinguLum  miiitare  , étoit  l’attribut  dif- 
tinélif. 

CixcTUS  Gahinus,  Voye‘^  Gabikus. 

CIN CTUTI,  Horace  défigne  par  furnom  les 
Cetkegus  , ces  anciens  Romains  fi  auftères  & de 
mœurs  fi  fimples  {Art.  Poet.  n.  jo.  ) .• 

Fingere  ciaButis  non  exaudha  Cethegis 

Continget. 


On  a donné  diverfes  explications  du  mot  cînc- 
tuti  , qui  font  très-recherchées  & peu  vraifem- 
blable.  11  faut  l’entendre  par  oppofition  à difcinc- 
tus  nepos  , c’eft-à-dire,  qu’il  défigne  des  hommes 
toujours  ceints  , ayant  toujours  leurs  habits  re- 
troufles  , ou  plus  exaélemenr,  des  hommes  labo- 
rieux & fans  ceffe  occupés.. 


} 


PoIIux  & Hefvchius 


CINDAL  OPÆ  CTÆ. 

XINAAAOriAIftTAI. 
appellent  de  ce  nom  de  jeunes  gens  qui  s’exer- 
-çoient  à lancer  des  pieux  ( lUvsây.ii  ) dans  un  ter- 
rein  mol , & à renverfer  ceux  de  leurs  adverfaires 
qui  y étoient  plantés  debout. 

CINDIADE  , furnom  de  Diane.  La  ftatue  de 
D lane  Cindiade , dit  Polybe , avoir  cela  de  par- 
ticulier, que  quoiqu’elle  fût  en  l’air,  il  ne  pleuvoir 
ni  ne  neigeoit  jamais  fur  elle. 


CINÉRAIRE.  Les  antiquaires  ont  adopté  ce 
mot  pour  diftinguer  les  vafes  ou  urnes  qui  ren- 
fermoient  des  cendres  , d’avec  les  vafes  delH- 
nés  à tous  les  autres  ufages.  Voyet^  Urne  ciné- 
raire. 

CINiLRARlUM.  Foye:^  Urne  cinéraire. 

CINERARÎÜS.I  J - 

CÎNIFLO  f ueux  mots  defignoient 

chez  les  Romains  des  ferviteurs  ou  efclaves  des 
deux  fexes  , chargés  de  préparer  les  poudres  de 
diverfes  couleurs,  & fur-tout  les  poudres  rouffes 
ou  blondes  que  les  femmes  répandoient  fur  leurs 
cheveux.  Leur  emploi  étoit  appelé  incinarïum 
(^Sofipater.  l.  l,\  ; Mine  muLïere  myflerium  inci- 
narium  dicitur.dsam  Cato  in  Originzbus,mulieres  y 
inquit  , noflrs,  capiilum  cinere  irMngiîabant  y ut 
rutiliLs  ejjtt  crinis. 

Par  la  futte  ces  mots  défignèrent  des  perruquiers 
8e  des  barbiers  j car  oa  lit  dans  Catulle  (lxi. 
î|8.;: 


'N une  tuum  cinerarius 
Foîidct  os. 

CINGULA.  FoyeiSAtiGLt. 

CINGULUM  milkare,  CeiNTURON. 

CirtGULUM  novs.  nuptt.  Foye^  CEINTURE. 
CINIFLO.  Foyei  Cinerarius. 

CINNAy  furnom  de  la  famille  CORNELIA. 
CINNABRE.  Les  anciens  connoiflbient  aiiifi 
bien  que  nous  les  deux  efpèces  de  cinnahre  , le 
naturel  & l’artificiel  ; par  cianabre  naturel^  ÜS 
entendoient  le  mercure  combiné  avec  le  foufre; 
ils  lui  donnoient  le  nom  de  minium.  Pline  dit  qu’on 
s’en  fervoir  dans  la  peinture  5 aux  grandes  fête* 
on  en  frortoit  le  vifage  de  la  ftatue  de  Jupiter  , 
& les  triomphateurs  s’en  frottoient  tout  le 
corps,  apparemment  pour  fe  donner. un  afpeél 
fanglant  & terrible.  Par  cinnabre  artificiel , ils 
entendoient  une  fubftance  très-différente  de  celle 
à qui  nous  donnons  actuellement  ce  nom  ; c’étoit , 
fuivant  Théophrafte , un  fable  d’un  rouge  très- 
vif  & très-brillant,  qu’on  trouvoit  dans  l’Afie  mi- 
neure, dans  le  voifinage  d’Ephèfe.  Oa  en  féparoit 
par  des  lavages  faits  avec  foin  , la  partie  la  plus 
déliée. 

Les  anciens  médecias  ont  encore  donné  le  nom 
de  cinnabre  à un  fuc  purement  végétal , connu 
parmi  nous  fous  le  nom  de  fiang-dragon  y ils  l’ap- 
peloient  x.iiya'iâ.^i  î»  cinnabre  des  Ir.des.  Ceoen- 
dant  il  paroît  par  un  paflàge  de  Diofeoride,  qu’ils 
connoiflbient  parfaitement  la  différence  qu’il  j a 
entre  cette  matière  & le  vrai  cinnabre. 

CINNAM.OMUM.  On  croit  aujourd’hui  que 
cet  aromate  , dont  les  anciens  ont  padé  fi  diver- 
fement,  étoirla  cannelle,  qu’ils  tiroient  de  Ceilan 
& de  la  côte  de  Malabar* 

CINTAR  , monnoie  ancienne  de  l’Egypte  & de 
l’Afie,  qui  valoir,  félon  M.  Pauefon,  yooo  liv. 
en  monnoie  aCIuelle  de  France. 

11  valoir  en  monnoie  des  mêmes  pays  : 

40  mines  de  MoiTe , 

Ou  97  grands  céfephs  , 

Ou  100  onces  d’or. 

Ou  200  dariques  , 

Ou  6co  tétraftarères. 

Ou  1 200  diftatères  , 

Ou  léoo  héxadrachmes , 

Ou  2400  tétradrachmes. 

CîNTAR,  ancien  poids  de  l’Afie  &de  FEgyp» 
te.  Il  valoir , félon  M.  PauClon , en  poids  dê 
France  4f  livres  8f 

U valoir  en  poids  des  marnes  pays  : 

40  mines  de  Moïfe, 

Ou  96  mines  talmudiques. 

Ou  ICO  rotules. 

Ou  éoo  tétraftarères , 

Ou  I2C.3  onces  d’or, 

Hij- 


êo  C î N 

Ou  I f?co  héxadrachmes , 

Ou  2400  tétracirachiT.es  , 

Ou  9600  drachmes. 

CINTHIEN.  f^oyei  Cynthien. 

CINXIA , furnom  de  Junon.  11  lui  fut  donné 
à Rome , parce  qu’elle  étoit  cenfée  délier  la  cein- 
ture des  nouvelles  mariées.  On  en  fit  aulfi  une 
iéefle  particulière  J qui  préfidoit  aux  noces. 

CINYRAS,  fils  de  Pygmalion  & de  fa  ftatue^ 
écoit  roi  de  Cypre.  Il  eft  connu  par  l’incefle  invo- 
lontaire QU  il  commit  avec  Myrrha  ^ fa  fille  , 
duquel  naquit  le  fameux  Adonis.  F’oyrç  Adonis, 
Byblos  j Myrrha.  On  difok  qu’il  etoit  mort 
de  chagrin  du  crime  dans  lequel  fa  fille  l’avoit 
fait  tomber.  D’autres  ont  raconté  qu’il  périt  par 
ks  mains  d’Apollon  , pour  avoir  ofé  difputer  le 
prix  de  la  mufîque  à ce  dieu. 

Les  Grecs  avoient  envoyé  Palamède  à Cinyras, 
pour  en  obternr  des  auxiliaires  ; mais  cet  ambaf 
îadcHT  J loin  de  s’acquitter  de  fa  commiffion  , 
perfuada  .à  Cinyras  de  ne  pas  fe  joindre  aux  Grecs. 
Il  revint  chargé  de  préfens  , & les  garda  tous 
pour  lui,  à l’exception  d’une  cuiraffe,  qu’il  donna 
a Agamemnon  de  la  part  de  Cinyras.  11  fit  efpé- 
rer  cependant  que  le  roi  de  Cypre  enverrok  une 
flotte  de  cent  vaiffeaux  ; mais  ceux  qu’il  envoya 
étoient  tous , excepté  un  feul , des  vaifTeaux  de 
terre-cuite,  & montés  d’hommes  de  verre.  A la  vue 
de  cette  dérifion  infultante,  Agamemnon  chargea 
Cinyras  de  malédictions  ; les  Grecs  s’emparèrent 
«nfuitc  de  l’ifle  de  Cypre,  & Ten  chafsèrent. 

" L’hiftoire  mythologique  eft  pleine  de  variétés 
touchant  le  père , les  femmes , les  fils  & les  filles 
de  Cinyras  ; mais  cet  article  eft  trop  peu  inté- 
jeffant  pour  qu’on  s’arrête  ici  à le  difcuter.  Seu- 
lement il  parok  certain  que  ia  mère  de  Myrrha 
s’appeioit  Cenchréis.  On  lui  dopjie  jiifqu’à  cin- 
quante filles  , qui  s’étant  attiré  la  colère  de  .Tu- 
non  , furent  métamorphofées  en  Alcyons , ou  , 
félon  Ovide  , en  pierres,  qui  fervoient  de  degrés 
pour  monter  au  temple  de  la  déelfe.  Cinyras , 
avant  fa  querelle  avec  Apollon  , avoit  mérité  , 
par  fa  beauté  , toute  la  tendreffe  de  ce  Dieu.  Il 
l’avoir  comblé  de  tant  de  richeffes  , qu’elles  paf- 
foient  en  proverbe  comme  celles  de  CréCus  y Sc 
il  lui  donna  de  plus  l’art  de  deviner.  Vénus  fut 
aufli  fenfible  à la  beauté  de  Cinyras  , & lui  pro- 
digua fes  faveurs  En  reconnoiffance , il  lui  con- 
facra  la  ville  de  Paphos  , qu’il  avoir  fait  bâtir, 
& lui  éleva  le  fameux  temple  où  Vénus  fe  pfai- 
Ibit  tant.  11  voulut  lui  même  être  le  prêtre  de 
lit  déeffe  ; &;  dans  la  fuite  le  facerdoce  de  Paphos 
fut  toujours  attaché  à la  famille  rovale.  Voysr 
Pàohos,  Tamiras,  Vénus.  On  parlok  d’un 
autre  temple  que  Cinyras  avoit  fait  élever  à I.a 
même  décile  fur  le  mont  Liban.  Ce  fut  lui  qui 
fonda  les  villes  de  Paphos, -de  Cinyrée  & de 
Smyrne.  On  lui  attribuok  l’invention  des  tuiles, 
des  tenailles,  du  marteau , du  léviex  & de  i’eji.- 


C î P 


clume.  D’après  cela  , il  eft  évident  que  l’on  a 
confondu  en  un  feul  pîufieurs  princes  du  nom 
de  Ci.iyras. 

CIPH03.  Voye^  M.A.CHAON. 


CIP  1.4,  'i 
CIPPJA,  1 
médailles  : 


famille  romaine  dont  on 


RR  R-  en  argent. 
R R R.  en  bronze. 
O.  en  or. 


a u£î 


CIPOLLIiS'I  ( donné  par  les  Italiens  i 

une  forte  de  marbre,  dont  la  couleur  dominante, 
qui  tire  fur  le  vert  des  ciboules,  cipolline , eft 
placée  en  grandes  veines , plus  ou  moins  fortes. 
Il  n’eft  pas  bon  pour  faire  des  ftatues,  à caufe  à% 
ce  bariolage  j mais  on  en  fait  des  colonnes , des 
tables , des  cippes , &c.  On  le  tire  de  Carrare  3c 
de  quelques  autres  endroits.  Les  anciens , au 
moins  les  Romains  du  rems  de  Gaüién  & des 
tyrans , en  ont  fait  ufage.  On  en  a déterré  dans 
une  vigne  de  lamaifon  Sforza-Céfarini , lituéeau 
bas  du  mont  Aventin,  à la  place  de  l’ancien  porc 
du  Tibre  , deux  grands  blocs  bruts , portant  cha- 
cun une  infeription , don;  la  forme  des  lettres 
annonce  cette  époque.  L’une  de  ces  inferiptions 
marque  le  confulat , & indique , à ce  qu’il  fem- 
ble,  celui  qui  a fait  venir  ces  pierres , avec  leur 
nombre.  Au  bout  du  premier  bloc  il  y avoit  ; 

RULIANO  COS 
EX  RAT 
JA  LIN  TI  V 
LXXXIII 

Au  bout  du  fécond  bloc  on  lifok  : 

SUBCERAAÎTMCIS 

PRCRESCPMLLIBN 

Ce  conful  Rulianus  n’eft  pas  connu.  Il  fe  trouve j 
à la  vérité,  pîufieurs  confuls  de  ce  nom,  tires- 
de  la  famille  des  Fabius  , qui  portoient  le  furnorrv 
de  Rullianus  j mais  ils  rernontent  au  tems  de  la 
république.  Ces  inferiptions  , qu’on  a fciées  de 
leurs  blocs , fe  trouvent  aiiiourd’hiii  dans  la  V ilia- 
Albani,  & I on  a fair  des  blocs  deux  colonnes 
qui  ont  paffé  en  .Angleterre  en  1767. 

CIPPE , portion  de  colonne  ronde  ou  quarree? 
fans  chapiteau  , pofée  fur  une  bafe.  Les  anciens 
employoient  les  cippes  à divers  ufages  : tar.tôr  on 
y gravoit  les  diftanccs , & c’étoienc  des  colonnes 
milliaires  ; tantôt  on  y gtavoit  le  nom  des  che- 
mins, & ils  f.tifoient  alors  les  mêmes  fonélionS’ 
que  les  hermès-mdicatenrs  des  routes;  tantôt  les 
cippes  étoient  des  bornes  , ou  fervoient  à confer* 
v.er  la  rusnooire  de  q^uclque  cvcneiacnt  rcmaxqnA’' 


C î P 

fele  ; tantôt  enfin , & le  plus  fom-ent , on  gravoit 
les  épitaphes  fur  les  cippes  qui  indiqaoierit  ies 
terreins  confacrés  à la  fépulture  de  certaines 
familles.  Kous  ne  parierons  dans  cet  ardcie  que 
de  la  dernière  efpèce  de  cippe. 

Les  cippes  des  fépuitures  étoient  placés  ordi- 
nairement fur  les  bords  des  chemins  fréquentés. 
On  les  plantoit  à l’extrémité  d’un  efpace  quarré  j 
ou  quarré-longj  deftiné  à la  fépulture  de  la  famille 
qui_en  avoir  fait  l’acquifition ^ ouqui  le  confacroit 
pour  cet  ufage  j de  manière  que  ni  les  héritiers , 
ni  aucune  autre  perfonne  n’avoient  le  droit  de 
s’en  emparer  & d’en  changer  la  deftination.  Cette 
défenfe  étoit  ordinairement  gravée  fur  le  cippe  , 
avec  l’étendue  du  terrein  , area , confacré  à la 
fépulture.  Horace  en  a inféré  la  formule  dans  fes 
fatyres  (t.  8.  12.  ) : 

Mille  P des  infronte , trecentos  cippus  in  agrum 

Hic  dahat  : h&redem  hoc  moruimep.tuTn  ne  feq^ue- 
retur. 

<x  Le  cippe  apprenoit  que  Varea  occupoît  mîlle 
pieds  de  longueur  fur  le  bord  du  chemin  , & 
trois  cents  de  largeur  , pris  fur  le  champ  ; il 
défendoit  au(E  aux  héritiers  de  s’emparer  de  ce 
terrein. 

Les  £gles  qui  auroient  exprimé  l’étendue  de 
cette  area  , étoient  les  fuivantes , M.  P.  I.  F. 
CCC.  I.  A.  Celles  qui  s’adreiToient  aux  héritiers 
varioient  davantage  : on  iiibit  fur  les  cippes  tantôt 
H.  M.  AD.  H.  N.  T.  hoc  monumentum  ad  k&redes 
non  tranjlt  ; tantôt  PI.  M.  H.  N.  S.  hoc  monumen- 
tum  k&redes  non  fequitur  ; tantôt  H.  M.  O.  D. 
A.  kuic  monumento  omnis  dolus  abefio , ô’c.  Êl£. 

Les  cippes  des  fépuitures  ont  fouvent  été  pris 
pour  des  autels , à caufe  de  leur  forme  & de  leurs 
ornemens  ^ fur-tout  quand  l’infcription  ne  ren- 
fermoit  pas  une  épitaphe  proprement  dite.  Cette 
méprife  n’en  eff  pas  une  ^ à proprement  parler  5 
car  les  cippes  étoient  confacrés  aux  divinités 
infernales  , & aux  mânes  en  particulier  ^ comme 
l’apprennent  ces  fgles  fi  communes  far  les  tom- 
beaux J e.  K-  êiûiç  , aux  dieux  infer- 

naux , D.  M.  diîs  manibus , aux  dieux  mânes. 
D’ailleurs  la  partie  jjopérieure  des  cippes  efi  fou- 
vent  creufée  en  forme  de  cratère  ou  de  coupé  , 
comme  les  autels , & percée  ^ comme  eux  ^ du 
haut  en  bas  ^ pour  faire  couler  dans  les  urnes  , 
fixées  fous  le  cippe  à l’embouchure  du  trou^  les 
libations  crue  Ton  faifoic  dans  le  cratère.  Fabretti 
{Tkef.  IrCfcript.  pag.  ig8.)  a cité  un  grand  nom- 
bre de  dp- es  ainfi  perforés,  & un  enrr’antres  qui 
renfenr.oit  encore  dans  Touverture  inférieure  du 
conduit,  defti.né  à procurer  fécoLiiement  des  liba- 
tions , le  col  d’une  urne  de  verre  , qui  y étoit 
introduit  fur  une  longueur  de  plus  de  quatre 
pouces. 

Le  mot  n/pf  £ J cippus  ^ feul,  défignoit  fouvenî 


€ I ? 

le  tombeau  ; & c’eît  dans  ce  fens  que  l’a  pris  Hot- 
tinger,  dans  fon  traité  des  lomoeaux  des  Hé- 
Dreux  , de  cippis  Hebrsorum. 

Cippe  étoit  auflfi  un  inilrument  de  bois , qui 
fervoÎB  à rciirmenter  & à enchaîner  les  coupables 
& les  efclaves.  C’éroient  des  efpèces  d’entraves 
ou  de  ceps  , qa’on  leur  mettoit  aux  jambes.  Il 
en  efi:  fait  fouvent  mention  dans  les  aûes  des 
Martyrs. 

Cippe  àu  pomœrium  , était  une  borne  qui  fi.xoiî 
l’enceinte  d’une  ville.  On  en  a trouvé  à Rome 
près  du  Tybre  , hors,  de  la  porte  Flamiaienne  , 
avec  cette  infeription  : 

IMP.  CæSAR.  DI VI.  E 
AUGUSTÜS 

PONTIEEX.  MAXIMUS 
TRIBüNIC.  POTEST.  XVII 
EX.  S.  e.  TERMINAVIT 
R.  R.  PROXIM.  CIP.  PED.  CLXI. 

Lorfqu’on . traçoit  avec  la  charrue  l’enceinte 
d’une  nouvelle  ville  , on  fixoit  d’efpace  en  efpace 
des  cippes  , fur  lefquels  on  oôfoit  d’abord  des 
facrifices , & on  bâtiiïbit  enfuite  des  tours. 

CIPPUS.  Céfar  appelle  de  ce  nom  (de  Bella 
Gallic.^vii.  75.)  des  pieux  très-aigus,  qui  fer- 
voient  à défendre  des  rerranchemens.  TertuHien 
appelle  cippus  un  morceau  de  bois  qui  fervoit 
à maintenir  les  plis  de  la  toge  iorfqu'on  ne  la 
portoit  pas  (de  P ail.  c.  y.  } .•  Etîam  ciim  reponi- 
tur  , nulli  cippo  in  crajiinum  demandatur. 

CIPSELüS.  Hoyei  Cypselus. 

CIRADINO  (Marti).  Gruter  { yy.  ly.)  rap- 
porte une  infeription  trouvée  en  Efpagne , dans 
laquelle  on  donne  ce  farnom  à Mars.  Si  Ciradinus 
eft  mis  ici  pour  Gradivus  , l’abus  eft  étrange. 

CIRCÉ  , fœur  de  Pafiphaé  & d’Œtès  , étoit 
fille  du  Soleil , félon  Ho.mère  , & de  la  Nymphe 
Perfa , qui  avoir  l’Océan  pour  père.  Quelques- 
uns  ont  dit  qu’elle  étoir  fille  d’Hécate.  C’eft  une 
des  plus  fameufes  enchantereiTes  ou  magiciennes 
dont  la  mythologie  ait  parlé.  Elle  faifoit  fa  demeure 
dans  rifle  d’/Ea  , fur  les  côtes  d’Italie.  C’eft-îà  , 
dit  Virgile,  que  la  fille  du  Soleil  fait  retentir  de 
fes  chants  une  forêt  inacceffible.  Là  en  entend  3 
aux  approches  de  la  nuit,  ruirir  des  lions  enchaî- 
nés, & heurler  dans  leurs  prifons  des  loups  énor- 
mes, des  ours  & des  fangliers  furieux.  Ces  bêtes 
féroces  furent  autrefois  des -hommes,  qné  la 
cruelle  transforma  ai.nfi  par  la  force  de  fes  en- 
chantemens.  Circé  changea  , dit  Homère  , les 
compagnons  d’Llyfiç  err  pourceaux  ; mais  Ulyiïe 
eut  le  talent  de  fe  préferver  de  fes  ch.armes  , en 
lui  faiTant  prendre  ce  l’amour  peur  lui  t ü en  eîiï 
riiêms  un  ÈIs-  F'ovex  Teeegcxe, 


éi  CIR 

Pour  Te  venser  des  meeris  de  Giauc'-^  j 
«Singea  la  beUe  Scylla  en  un  monilre  efFroyaoie, 
plyc7  Glaucus,  Sci'iXA.  Eileavou,  dic-on, 
le  pouvoir  de  faire  defcendre  les  etoues  du  ciel. 
CL  cé  époufa  le  roi  des  Sairr.ates , qu  elle  eir.poi- 
fonna  bientô:  après.  Le  Soleil , fon  pere  , pour 
la  retirer  d'entie  les  mains  du  peuple  irrite^  la 
prit  alors  fur  ion  char , & la  tranlporta  en  Ita- 
lie. Rien  n égaloic  la  beauté  de  fa  voix  & celle 
de  for.  vifage  , que  la  dépravation  de  fes  moeurs. 
Cependant  inalgie  les  enchantemens  , fo  cnir.es 
& fes  mœurs  corrom. :ues  , elle  ne  lailia  pas  de 
recevoir  les  honneurs  divins.  On  l’adoroit  encore  , 
dü  rems  de  Cicéron,  dans  l’ifle  d'Æa , ou  eue 
avoir  régné  , après  avoir  été  chaiîée  de  la  Sar- 


Parlcrai-jc  de  Clrcé  j die  M.  Rabaud  de  ^aint- 
Etienne  , cette  autre  magicienne  ? Si  Ion  veut 
bien  fe  rappeler  la  géographie  des  pays  fepten- 
trionaux  de  l'Europe,  on  verra  que  la  généalo- 
gie de  cetre  princeiTe , n'eft  que  la  géographie 
de  la  province  de  Circaffie.  On  l’appeloit les  champs 
de  Circé , Circsi  campi.  Apollonius  (h  iJ.)^dit 
que  le  Phafe  defeend  des  montagnes  d'Amaran- 
the,  au  pied  defquelles  font  les  champs  de  CVré; 
Sc  Dionyfîas  Ater  nous  apprend  qu'à  l'extrémité 
du  Pont-Euxin  habitent  les  ïyndarides,  & en'.uite 
ks  Colques  , qui  touchent  au  Caucafe  , & qui 
y vinrent  autrefois  d’Egypte  ; que  le  Caucafe  , 
le  long  du  détroit  d'Hircanie,  forme  une  chaîne 
de  montagnes  élevées  , d’où  defeend  le  Phale  , 
qui , coulant  dans  les  campagnes  de  Circé  vers  le 
midi,  fe  précipite  dans  l'Euxin.  11  y avoir  une 
ville  appelée  Circ&um  , lîruee  fur  le  Phafe  ; & la 
capitale  de  ce  pays  s'appelle  encore  aujourd’hui 
Terké  (on  doit  cbferver  que  le  nom  de  Circé  fe 
prononçoit  en  grec  Kirké.  ).  Cette  contrée  étoit 
autrefois  très-peuplée  5 Sc  il  paroît , par  ce  qu’en 
rapporte  Celiarius  (r.  i.  p.  110.  izi.) , que  la 
civilifation  y avoir  fait  de  grands  progrès.  Selon 
cette  géographie  , la  CircalEe  , voifme  de  la 
Ferfe  , de  la  Média  & de  la  ville  d’Æa , dévoie 
être  parente  de  Perfée  , ou  de  Perféis , ou  du 
rei  Perféus,  & de  Médée,  5e  d'Æétas.  Or  , l’hif- 
toire  le  dit  ainlî  : comme  province  orientale  pour 
les  Grecs,  Circé  étoit  fille  du  Soleil;  comme 
voifine  de  la  Perfe  , elle  étoit  fœur  de  Perféis 
ou  de  Perfée.  Sous  les  deux  rapports  de  voifine 
de  la  Perfe  Se  de  contrée  orientale  , elle  étoit 
petite-fille  de, Perféus  , père  d'Hécate  , 8e  fille 
d’Ailéropé  , qui  dévoie  le  jour  à Hypérion  ou 
le  Soleil.  Comme  voifine  de  Pille  d’Æa , elle 
étoit  fœur  d Æétas,  8e  alors  elle  étoit  née  du 
Soleil  Se  de  Perfé  ; ou  bien  elle  n’écoit  pas  la 
fœur  d’Æétas,  mais  fa  fille,  8e  alors  elle  étoit 
fœur  de  Médée  ; 5e  Hécate  , fille  de  Perféus , 
étoit  leur  mère  à toutes  deux.  Et  voilà  que  Per- 
féus , roi  de  la  Taurique , c'eft-à-dire,  le  mont 
Taurus,  8e  laCircaiîie,  8e  la  Médie,  8e  la  Perfe, 
8e  le  pays  d'Æa , fo.nt  de  uès-proches  parens , 


C T R 

alternativement  fils , pèi  es , frères  & foetus  les 
uns  des  autres.  » C ’elt  ainii  que  la  géographie  a 
ferai  à cet  élégant  écrivain  your  débrouiliet  piu- 
fieurs  tables  mythologiques. 

Laélance  U.  1 . c.  è i . ) dit  que  Circé  fut  auffi 
appelée  MaRica  (V'oyei  ce  mot)  , 8e  que  les 
habitans  de  î.iinturne  l’adoroient  fous  ce  nom. 
Mais  d'autres  aiTurent  que  c’écoit  Vénus  qu’ils 
honoroient  fous  la  dénomination  de  Marica. 

Muratori  (553.  3.  Thef.  hfer.')  rapporte  Ijin- 
feription  fuivante,  trouvée  eu  Efpagne , ot  gravée 
en  l'honneur  de  Circé  : 

AUCTORITATE.  IMP.  CAES. 

M.  AURELII.  AN'TONiNI.  PU.  FELIC. 
AUG.  PARTH.C.  MAX.  BRIT.  MAX. 

PONT.  MAX.  ET  DECRETO  OOLL 
XV.  SAC.  FA.C.  SERVIES.  CALPURNIUS 
DOMITIUS.  EEXTER.  PROMAGIST.  ARAM 
CIRCES.  SANCTISSIMAE.  RESTITUIT 
DEEICAT.  XVII.  K.  JUL.  IMP.  ANTONINO 
AUG.  mi.  BALBINO.  II.  COS 


CIRCENSES  ludi.  Voyei  Cirque  (Jeux  du). 

CIRCENSES  equi.  Voyei  Cheval. 

CJR  CITOR  defignoit , dans  la  milice , l’officier 
prépofé  aux  rondes,  8e  dans  P.ordre  civil,  un 
artifan  qui  erroit  dans  les  villes  8e  les  campagnes 
pour  offirir  fes  fervices. 


CIRCOÀ'CISION.  Nous  voyons  dans  Hérodote 

( Iii>.  2.  ) , Diodore  de  Sicile  (Hh.  2 & 4.  ) , Se 
Strabon  {Hb.  16  & 17.)  , que  les  Egyptiens  Se 
les  Ethiopiens  pratiquoient cette  cérémonie  dou- 
loureufe,  fans  que  l’on  put  favoir  lequel  de  ces 
deux  peuples  l’avoit  enfeignée  à l’autre,  lis  dileut 
aufli  que  les  Phéniciens  Se  les  Syriens  imitèrent 
en  cela  les  égyptiens  leurs  voiûr.s.  Hcroaoteajou^ 
encore  à ces  peuples  ci-co:.cis  les  Colches , K 
il  conclut  de  cetre  conforndré  de  pratique , qu  us 
étoient  une  colonie  fortie  de  l’Egypte.  Des  Coi- 
ches,  la  circoncifion  fe  répandit  parmi  ks  peuples 
qui  habitofent  les  bords  du  Thermodoon  8e  du 
Parthénius.  , 

La  circoncifion  étoit  une  des  épreuves  auxquelle* 
les  prêtres  égyptiens  foiimectoient  ceux  qui  vou- 
loient  être  initiés  à leurs  myftères  8e  à leMS 
connoilTances  phyfiques  ou  mathématiques.  C ci 
de  la  circoncifion  que  l’on  entend  le  pauage  ds 
Po^hyre  ( ita  Pytkagor.  p.  183 . ; , où  cet  e.tiy 
vain  die  : que  les  prêtres  de  Tk'ebes  prcficrivuifi  ^ 
Pytkagore  des  épreuves  très  - pén  bits  ii 
éloignées  des  principes  religieux  établis  dans 


CIRCULATOR.  Voyei  Charlatan. 
ClRCUMFORANEl.  Foye^  Charlatan. 

. ClRCl/MLATIO  , aétion  de  feeouer  queîq“® 


C I R 

Ciiofe  en  tournoyant.  Lorfque  les  Grecs  & les 
Komains  purifioient  quelque  objet  prorane  par 
le  moyen  des  flambeaux , ou  par  rafperfion 
de  l’eau  luflrale  , i’s  obfervoient  religieufement 
ce  la  jeter  en  tournant  fur  eux- mêmes.  Ils  fai- 
foient  de  plus  faire  un  tour  fur  lui^même  à l'objet 
qu’ils  vouloient  purifier  , comme  ils  le  prati- 
cuoient  en  adorant  les  fimulacres  des  divinités. 
De-là  vient  que  prefque  tous  les  mots  grecs  rela- 
tifs aux  facrifices  & aux  luftrations , font  précé- 
dés de  la  prépofition  , autour.  Servius  {in 
Æneîd.  vi.  Z25).  ) nous  fournit  cette  explication  : 
Circumtulit  , vurgavit.  An.tiqnam  verbum  efi.  P lau- 
tus  : Pro  larvato  te  circa^nferam  , id  eft  purgato. 
JNam  liifiratïo  d circumladone  dicta  efi  vei  teds.  , 
vel  falpkaris.  ADORATION. 

CIRCUMPEDES , efclaves  ou  ferviteurs  qui 
étoient  toujours  placés  auprès  de  leur  iniitre , 
ou  à fes  pieds  . pour  exécuter  plus  promptement 
fès  volontés.  Cicéron  dit  ( Verr.  i.  36. y : Senvs 
artifices  pupilli  ciim  kaberei  domi  , circumpedes 
autem  hommes  formofos  & literatos. 

CIRCUMPOT ATIO  , repas  funèbre,  tes 
Grecs  & les  Romains  avoient  coutume  de  faire 
après  les  funérailles  ^ un  repas  en  l’honneur  des 
morts.  Ils  y affiuoient  couronnés  de  rcfes^  & la 
gaieté  qui  y régnoit^  faifoit  bientôt  perdre  de 
vue  l’ami  ou  le  parent  dont  on  venoit  de  pleurer 
la  perte.  Solon  à Athènes  , & les  décemvirs  à 
Rome  , s’efforcèrent  d’abolir  cet  ufage  abfurde  5 
mais  ils  ne  purent  y réuffir.  La  loi  des  XII  tables 

UBI  SERVILlS  UNCTÜRA  , OMNISQUE  CIR- 
cvMPOTATio  TOTLATUR  , demeura  prefque 
toujours  fans  effet. 

Winckeimann  a reconnu  l’emblème  d’une  cîr- 
cumpotatio , fur  une  améthylle  de  Stgfch  {il.  claf. 
n°.  79S  ).  On  y voit  deux  génies^  dont  i’un  porte 
un  flambeau  renverfé  , emblème  de  la  mort  , 
l’autre  tient  d’une  main  un  arc  & une  flèche  ^ 
& préfenre  de  l’autre  un  bocal  au  premier  génie. 
Ce  bocal  défîgne  , félon  Winckel.mann  , le  repas 
funèbre,  appelé  chez  les  Grecs  -rrfiihs-Tivoii , ^^x.- 
, Tkcçof  , & par  les  Latins  drcumpo- 

tatio. 

CJRCUMViERTERE  in  orhem,  V^oyeq^  ADO- 
RATION, 

CIRE.  Les  anciens  ont  employé  la  cire  à un 
grand  nombre  d’ufages  différens-  Iis  s’en  fèr- 
voienr  quelquefois  , comme  nous,  pour  s’éclai- 
rer, Bougie.  Les  peintres  l’employoient 

pour  I’encaustlque,  ( P'àyei  ce  mot.).  Les 
fculpteurs  faifoient  leurs  modèles  en  .cire  , & 
c’eft  à la  dernière  main  , qu’ils  leurs  donncéent 
avec  les  ongles  , que  fait  aiieflon  Juvénai  {Sat. 
8.  ) : 

Exig'te  , ut  mores  teneros  ceu  poliice  ducat. 

Ut  fi  qais  ara  ■vulium  facit. 


€ î R ^3 

Ils  faifoient  auSî  des  bulles  e»  cïre , gui  retra- 
çoient  à chaque  famille  les  traits  de  fes  ancêtres 
iilultres  , que  l'on  plaçoit  dans  les  atrium  , & que 
l’on  portoîc  aux  fiinéraiiles.  Ces  portraits  en  dre 
étoient  défignés  fouvent  par  le  mot  ttra.  Ovide 
dit  ( Fafi.  1.  591. D : 

Perlege  difpofitas  generofa  jper  atria  ceras. 

Et  Juvénai  {Sut.  nu.  19.  ) •■ 

Tota  licet  veteres  exornent  undique  cerA 

Atria. 

Les  magiciennes  faifoient  auffi  , pour  leurs 
enchantemcMis  , des  figures  de  cire , qui  repréfen- 
toient  ceux  qu’elles  devouoient  aux  malheurs  8c 
à la  mort.  Ovide  dit  {Heroi.  vi.  91.)  : 

Devovet  abf entes  , Jïmulacraque  cerea  fingh. 

La  cire  fervoit  aux  anciens  à lier  les  tuyaux 
de  leurs  Syringes  {Voye^  ce  mot),  ou  flûtes 
ruftiques.  Martial  fait  parler  un  de  ces  inftrumens 
grolïiers  {xiv.  63.)  : 

Quid  me  compacîum  ceris  , & arundine  rides  ? 

Q_u&  primicm  exfirucla  efi  fifiula  , talls  erat. 

On  couvroit  les  œuvres-vives  des  navires  avec 
un  enduit  de  cire-,  afin  d’empêcher  l’humidité 
d’en  pénétrer  les  bordages  5 & l’on  en  peignoit 
à l’encauftique  les  œuvres- mortes.  De-là  vie.nt 
qu’Ovide  donne  aux  navires  i’épithète  cerats 
{Heroid.  v.  4a..)  : 

CAriila  ceratas  accipit  unda  rates. 

L’ufage  le  plus  ordinaire  de  la  cire  etoit  pour 
écrire  , à caufe  de  la  facilité  quelle  off;  ,it  pour 
les  ratures.  Nous  parlerons  plus  bas  des  tablet- 
tes de  cire.  Lorfqu’on  y écrivoit  des  lettres  ou 
des  teflamens  , on  les  repüoit , les  iioir  avec  u.n 
fil , &■  o.n  remettoit  de  la  dre  fur  Ce  fli  pour  re- 
cevoir l’empreinte  d’un  cachet.  Quelqu’un  dans 
Plaure  {Bacch.  iv.  4.  64.)  voiiîa'rt  écrire  une 
lettre , demande  un  Iryle , de  la  dre , des  tablettes 
& du  fil  : 

Scylum  , ceram  , & tahellas  , & linum. 

On  avoir  coutume  de  monineravec  de  la  falive 
la  pierre  qni  fervoit  à cacheter  , de  peur  que  la 
cire  ne  s’y  attachât.  De  - là  vie.nt  que  Juvénai 
appelle  gemma  uda , un  anneau  qui  fervoit  de 
cachet  ; ce  que  fon  fchoüafte  exprime  par  cette 
pbrafe  ; faliva  taBam  propter  fignaculi  imp’efio- 
nern.  Ovide  dit  de  lui  même  à ce  fuiet  quelaus 
chofe  de  très- fpiritueî  > il  fs  peint  cachetant 


<^4  CIR 

les  lettres  qu’il  envoyoit  du  lieu  de  Ton  exîl  a 
Rome , & mouillant  fon  anneau , non  pas  avec 
de  la  falive,  comme  il  failoit  autrefo:Sj  mais  avec 
fes  larmes  ^Trifi.  r.  4.  y.)  : 

tiens  quoque  me  fcnpfit  • fisc  qua  jlgnabar , ad 
' os  eji 

Ante  , fed  ad  madldas  gemma  relata  gênas. 

Dans  les  teftamens  ^ on  diftinguoit  la  première 
page  ou  tablette  à gauche  ,*  de  la  leconde  qui 
croit  à la  droite,  par  les  mQXSpima  cera  & cera 
ima  , ou  extrema.  Sur  la  première  croient  écrits 
les  noms  des  héritiers  principaux  , & ceux  des 
légataires  fur  la  fécondé-  Cette  explication  fait 
entendre  les  vers  fuivans  d’Horace  {Satir.  il. 
5-  Jv)  : 

, . . , . . . Quid  prima  fecundo 

Cera  velit  verfu  , folus  , multifne  cokétres  , 
Veloci  pcrcarre  oculo. 

On  mêloit  du  minl-im  ( le  cinnabre  naturel  ) 
avec  de  la  cire  pour  h colorer  5 & elle  fervoit 
dans  cet  état  à faire  des  deffins  dillingués  de  ceux 
du  fond,  ou  à faire  des  remarques  fur  une  tablette 
écrite.  Achille  Tatius  dit  de  la  fpkere  alxiratus  , 
qu'il  y avait  de  la  tire  colorée  avec  du.  minium. 
Cicéron  écrit  à Atticus  ( x :■/.  2.  ) .•  Noftrum  opus 
tiii  approhari  letor,  ex  quo  ai(r,  ipfa  pofuifii  , qas 
mini  fioreiitiora  funt  vifa  tuo  jucicio  ; xerulas  cnim 
tuas  mi.niatulas  illas  extimefcebam. 

cc  L’ufage  des  tablettes  de  bois  dans  les  aéles 
publics,  difent  les  auteurs  de  la  nouvelle  diplo- 
matique, efl  fi  bien  attefté  par  les  loix  & les 
auteurs  , qu’il  feroit  inutile  de  fe  mettre  en  frais 
pour  appuyer  un  fait  dont  la  vérité  ell  au-deifus 
de  tout  doute.  La  plupart  de  ces  tables  étant 
enduites  de  cire , il  ne  falloir  qu’un  ftyle  pour 
y tracer  des  caraâères.  .A  Paris,  la  bibliothèque 
du  Roi , l’abbaye  de  Saint- Germain-des-Prés  , 
celle  de  Saint-Viftor,  & le  couvent  des  Carmes 
DéchauîTés,  pofsèdent  des  tablettes  ainfi  écrites} 
niais  elles  ne  font  pas  d’un  âge  fort  reculé.  Il  fc 
trouve  aufl'i , dans  le  trefor  royal  des  chartes  , 
des  tab’es  de  bois  enduites  de  cire , du  commen- 
cement du  XIV-  fiècle  ou  environ.  Arrondies  par 
le  haut , réunifiant  la  forme  & la  réalité  d’un 
regifre  , elles  renferment  le  détail  des  charges 
ou  dettes  de  l’état , le  paiement  des  officiers  , 
les  dépenfes  de  la  cour  , les  aumônes  du  roi,  &c. 
Les  nages  de  ces  fortes  de  tablettes  font  quel- 
quefois au  nombre  de  vingt.  Des  bandes  de  nar- 
chemin  , collées  p.ar  le  dos  des  feuillets,  en  font 
de.s  livres  aCTez  proprement  reliés.  On  ne  voit 
écrit  fur  celles  du  tréfor  des  chartes , que  le  reéio 
des  feuillets,  dont  la  moitié  fupérieure  demeure 
fans  écriture.  Celles  de  Saint-Germain  forment 
un  carré  obiong.  Elles  font  écrites  à l’ordinaire 


C I R 


( 


i 


des  deux  côtés  , excepté  la  première  & la  der- 
nière page , qui  fervent  de  couverture.  « 
ce  Les  tablettes  des  RR.  fP.  Carmes  portent 
les  mêmes  caraâères;  mais  elles  font  plus  dans 
la  forme  des  livres  ordinaires , ah;fi  que  celles  de 
Saint-Méior.  Ces  dernières  renferment  les  dépen- 
fes faites  par  Philippe-le-Bel,  pendant  une  partie 
de  fes  voyages  en  1301.  Celles  de  la  bibliothè- 
que du  roi  roulent  fur  le  même  fujet , & font 
à-peu-près  du  genre  & du  caraélère  des  précé- 
dentes , ainfi  que  celles  de  Saint-Gertnain-des- 
Prés.  Tout  ce  qu’on  peut  tirer  de  plus  curieux 
de  ces  monumens,  ce  font  les  voyages  de  quel- 
ques-uns de  nos  rois,  les  villes  où  iis  ont  iejourné, 
& par  où  iis  ont  paffé}  leurs  aumônes,  les  noms 
& les  dignités  de  plufieurs  de  leurs  officiers  8e 
de  divers  feigneurs , le  prix  des  denrées  8e  k 
valeur  de  i’argenc,  ellimce  fur  celle  des  chofes 
les  plus  néceffaires  à la  vie.  On  trouve  des  tablet- 
tes femblables  dans  les  autres  royaumes.  Outre 
celles  d’Italie , Samuel  Schmid  décrit  celles  de 
Helmftad  en  Saxe.  Tobie  Eckard  en  p-arle  au® 
dans  fa  defeription  fur  les  archives,  imprimée  a 
Quidlembourg , en  1717-  ” 

ce  La  cire  de  toutes  les  tablettes  que  nous  avon» 
vues,  efi  ou  noire,  ou  d’un  verd  devenu  fi  obfcur, 
Qu’ii  eft  fouvent  difficile  de  le  diltinguer  du  noir. 
Elle  étoit  apprêtée  de  façon , qu’elle  avoir  appa- 
remment plus  de  fermeté  que  n’en  a la  cire  ordi- 
naire. Du  ihoins  feroit-il  aujourd’hui  difficile  dea 
effacer  l’écriture , fans  l’approcher  du  feu.  11  y 
eritroit  de  la  poix  & autres  matières  femblables. 
Il  falloiî  bien'même  que  cette  écriture  pût  relîf- 


ter  aux  plus  fâcheux  accidens.  .4u  rapport 
d’Eadmer  , S.  Ai.felrr.e , alors  prieur  du  Bec , 
ayant  trouvé  une  preuve  invincible  de  la  néceffite 
de  l’ex'ftence  de  dieu  , preuve  fondée  fur  la 
notion  qu’ont  tous  les  hommes , fans  en  e.xcepter 
les  athées,  de  l’être  très  parfait , il  écrivit  cet 
argument  fur  des  tablettes  de  cire  , . qu'il  remit 
à un  rèligieux  pour  être  gardées  précieufemenr. 
Celui-ci  les  cacha  dans  la  partie  la  plus  lecrete 
de  Ton  lit  5 mais  le  lendemain  il  les  trouva  fur  .e 
pavé  , & la  cire  répandue  çà  & là  par  petits 
morceaux.  Ramaffés  & chacun  rem's  à fa  place , 
ils  repréfentèrent  récriture  dans  fa  totalité.  Ce 
qui  ne  feroit  pas  arrivé  lâus  miracle  , fi 
avoir  eu  moins  de  confiilance , 8e  fi  la  cire  avoir 
été  plus  molle.  Eaudri  , abbé  de  Bourgeuil  , 
dans  la  defeription  en  vers  qu’il  a faite  de  fis 
tablettes,  dit  que  la  cire  en  tcoit  verte  , quelles 
n’en  éroient  enduites  que  d’un  côté,  8e  que  les 
32  pages  dont  elles  étoienr  compofées , les  deux 
extérieures  déduites , ne  donnoient  que  quatorze 
pages  fur  lefquelles  on  pût  écrire-  Les  auteurs 
du  moyen  âee  sppeücnt  ces  tablettes  taoun- 
Chez  les  anciens  , elles  portoisnt  ce  nom  & 
celui  de  cer.^  prefque  indiiféremment.  Elles  n e- 
toient  pas  toiiiours  de  cire.  La  craie  , le  pL^f" 

donc  ouïes  eniiili’oit , ie-s  mettaient  également 

en 


C î R 

en  état  de  recevoir  toutes  fortes  d’écritures. 

“ L uiage  des  tablettes  de  cire,  s’etl  maintenu 
^ns  les  journaux , & dans  les  livres  de  recettes 
& de  dépenfes  J jufqu’à  ce  que  le  papier  de  chiffre 
ait^prévalu.  Les  manufaçiures  établies  en  divers 
endroits  rendirent  cette  matière  lî  commune  j Sc 
ia  reduifirent  à un  û bas  prix^  que' les  tablettes 
fle  bois  enaiiites  en  cire  ne  pouvoienc  pas  coûter 
moins.  D ailleurs  les  livres  de  papier  étoient  in- 
comparablement plus  commodes.  & plus  agréables 
a la  vue.  II  n’étoit  pas  , à la  vérité , néceiraire  de 
renouveier  fort  fouvent  les  tablettes  : on  en  avoit 
un  certain  nombre  5 & quand  rien  n’obligeoit 
f.  I écriture  ^ on  l’efraçoir  pour  e.n 

*'ki  autres.  îl  eft  peu  de  ces  anciennes 

tablettes  , ou  1 on  ne  découvre  quelques  veiiiges 
Q une  écriture  encore  plus  ancienne  , échappée 
* attention^de  ceux  qui  avoient  pris  à tâche  de 
anéantir.  Nous'en  avons  remarqué  & fur  les 
tablettes  du  tréfor  des  chartes  , & fur  celles  de 
^aint-Germain-aes-Pres  , que  nous  avons  déchif^ 
très  dans  toute  leur  étendue.  Mais  il  ne  faut  pas 
^ijiondreces  traits  avec  certains  mots  oubliés^ 
& qu  on  écrit  après  coup  en  interligne.  » 

" C cft  par  la  raifon  que  de  nouvelles  écritii- 
les  le  fuccédoie.nt  les  unes  aux  autres  fur  ces 
tablettes  ^ qu’on  n’en  trouve  guères  de  plus 
anciennes  que  les  premières  années  du  xiv=llècle. 
Comme  bientôt  après  on  leur  fubftitua  des  regif- 
tres  de  parchemin  ou  de  papier,  on  ne  prit  plus 
-a  peine  de  rajeunir  les  premières.  On  les  lailla 
Q abord  dans  les  archives  comme  des  meubles 
mutiles  Elles  devinrent  avec  le  tems  des  anci- 
quail.es  on  crut  devoir  refpeéier.  On  les  garde 
aujour.  i.ui  comme  des  curiofités,  qui  tirent  leur 
principal  mente  de  leur  rareté. 


Qre  punique.  Cette  préparation  , qui  étoit  Ja 
ba.e  ael_a  peinture  encauflique  des  anciens,  avoit 
la  propriété  de  fe  diiTôudrs  dans  l’eau  comme  les 
ftvons,  & elle  fervit  à la  médecine,  félon  Pline. 
M le  chevalier  de  Lorgna  {Journal  de  Pkvf.  nov. 
lly-J  ^ '■etrouvé  cette  préparation.  Il  prend  , 
en  ^^Ltîvant  a la  lettre  le  procédé  de  Pline  , de  la 
c.r.  blanchie  par  l’eau  de  la  mer,  comme  on  le 
pratique  encore  dans  les  provinces  maritimes  à 
i exemple  des  anciens.  Il  la  jette  dans  une  lefïive 
de  natron,  qui  eft  le  nitre  de  Pline,  à la  quantité 
dune  partie  de  natron  contre  vingt  de  dre 
Cette  préparation  a très-bien  réuffi  pourl’encauf- 
-tique  & n’offre  aucun  danger  à craindre  pour 
ia  medecine. 

•î  cornmerce  n’eil  jamais  affez  pure  ; 

1 faut  la  blanchir  par  les  procédés  indiqués  dans 
Finie  , & fe  fervir  de  natron  d’Egypte. 

r ^ la  par  M.  Bachelier,  fe 

fait  avec  1 aikali  du  tartre.  Mais  ce  favon  a l’in- 
convenient  a etre  déliquefeent  & d’altérer  cér- 
ames couleurs,  & notamment  les  bleus  ou  azurs, 
r oyer  ENCAUSTIQUE.  ' 

Antiquités  , Terne  II, 


CIR  cj 

Cire  (Droit  de).  Voye^  Cerarium. 

CIRNEA,  vafe  à mettre  le  vin  {Pl-aut.  Ampkw 
I.  I.  275.}  : 

Cædus  erat  vini  : indï  implevi  cirneam. 


f.  i ce  Si 
ES.) 


les  chartes  pari- 


CÎROGRAFHE. 

C TR  O GRA  RHUM. 

^ CHARTES-PARTIES.  ^ 

des  ne  furent  jamais  totaiement  abolies  , difeat 
les  auteurs  de  la  noirv'elle  Diplomatique , du 
moins  la  mode  fembia-t-e!Ie  s’en  paffer  en  cer- 
tains fièdes,  pour  faire  place  aux  ch.^nts-pûrdes. 
Celles-ci  étoient  divifées  en  ligne  droite  par  des 
caractères  , des  images  , des  lettres  majufcules. 
La  défiance  avoit  fait  changer  les  chartes  écrites 
d’une  même  teneur , en  chartes  divifées  par  des 
lettres  capitales  ; un  furcroît  de  précaution  fit 
couper  en  zigzag  , ou  en  for.me  de  fçie  , ces 
mêmes  lettces , & conféquemment  les  pièces  fur 
lefquelies  elles  étoient  écrites.  C’efi  ce  qu’on 
appelle  indemivs. , charts,  indentats. , indentatû  lit- 
ters,  , feripta  in.den.tata.  » 

« Quand  on.faifoit  un  aéie  double  entre  deux 
33  parties  intéreffées  , dit  le  P.  Lobineau  f Hifi.  ■ 
33  de  Paris ^ tom.  ,3.  p.  lxvii.  ) dans  fon  Glofiaire-i 
33  on  écrivoit  fur  la  même  pièce  de  vélin  , en 
33  commençant  vers  le  milieu  , & continuant 
33  jufqu’au  bout  de  chaque  côté  , & entre  les 
33  deux  copies  on  écrivoit  en  groCes  lettres  ie 
33  mot  chyrograpkum , que  l’on  coupoit  enfuite  ou. 

33  en  ligne^roite,  ou  en  ligne  dentelée;  & cha- 
33  cunc  des  parties  emportoit  fon  duplicata,  àii 
33  repréfentation  duquel,  dans  la  faire  , on  ne  pou- 
33  voit  manquer  de  reconnoître  la  vérité  de  l’aile 
33  par  la  rencontre  des  lettres  coupées.  35  Cet 
ufage  a en  quelque  forte  été  renouvelé  de  nos 
jours  dans  les  billets  de  banque  du  fameux  fyf- 
tême  , & même'  dans  les  billets  de  loterie.  33 
« Le  mot  chyrograpkum  n’étoit  pas  fimplement 
le  nom  de  ces  chartes , il  y tenoit  encore  lieu 
de  fymbole  , à la  faveur  duquel  on  devoir  recon- 
noître  leur  vérité.  Nous-avons  trop  de  chofes  à 
dire  de  ces  fymboles  , i.nfcHpLions  , lettres  ou 
peintures  partagées  par  la  moitié , pour  nous 
refufer  liberté  de  créer  un  terme  d’art  qui 
nous  délivre  des  circonlocutions  perpétiielies  qu’il 
ne  fercit  pas  poffible  d’éviter  autrement.  Nous 
n’en  voyonspoint  déplus  propre  que  le  mot  même 
cirograpke , qui  fe  produit  fans  cefTe  fur  les  char- 
ts.s-parties  , & fur  les  plus  anciennes  endentures. 
Nous  nous  en  fervirons  donc  pour  ces  écritures 
ou  lettres  capitales,  coupées  par  la  moitié,  & oui 
fe  trouvent  à l’un  ou  à plufieurs  des  quatre  côtes 
des  chartes.  Et  nous  ne  nous  bornerons  pas  à 
en  ufer  ainfi  , loriqu'eiles  porteront  en  tête  ou 
ailleurs  le  mot  cyrographum ; mais  nous  étendrons 
quelquefois  cette  dénomination  aux  autres  inic.np- 
dons  qu’on  y fubllicue  de  tenjs  en  tems.  Seulemenî 

l 


66  C I R ^ 

nous  oppofcrcns  .nos  cirograpkes  à ces  autres 
infcriptions , & nous  qualifierons  les  premières 
cirograph.es  proprement  dits.  On  pourra  conti- 
nuer d’appeler  drograpkes  les  chartes  - parties. 
Nous  nommerons  drograpkes  , 5c  non  pas  ckiro- 
grapkes  , leurs  infcriptions  marginales  ; parce 
qu’elles  montrent  communément  ce  mot  écrit  fans 
h dans  fa  première  fyllabe.  “ 

« Les  infcriptions  coupées  par  moitié  des  plus 
anciennes  ch.zttcs-parties  qu’on  connoiffe , ne 
manquent  guères  de  renfermer  cyrograpkum  5 mais 
il  paroît  fouvent  accompagné  du  nom  des  con- 
tradans;,  de  celui  de  leurs  dignités,  ou  de  leurs 
églifes.  A ce  terme  , il  n’eft  pas  rare  de  joindre 
quelque  épithète,  comme  memoriale,  commune  , 
&c.  Quelquefois  il  eft  fuivi  de  pluheurs  mots  qui 
fpécifient  la  charte  , par  exemple  , cyrograpkum 
teflimoniï  ifiius  feripturs. , &c.  On  donne  ordinai- 
rement tant  d'étendue  aux  lettres  qui  compofent 
le  drographe , OU  bien  on  lailTe  entr  elles  tant 
d’intervalie  , qu’on  n’a  pas  belbin  d’y  ajouter 
d’autres  expreflions.  « 

« Chez  les  Anglo-Saxons  , les  chartes  croient 
divifées  parles  lettres  {Hickes,DiJfert.Epift.p.y6 
77.)  de  l’alphabet,  par  des  mots  que  les  plus 
habiles  nç  fauroienr  deviner  , par  le  ligne  de  la 
croix , & plus  communéuient  par  cyrograpkum  , 
auquel  on  ajoutoit  quelquefois  les  noms  & du 
donateur  & du  donataire.  » 

Depuis  la  domination  des  Normands  en  Angle- 
terre , les  cyrographes  continuèrent  de  paroitre 
aux  marges  fupérieures  , inférieures  & latérales 
de  leur  chartes-part/cj  , ou  de  leurs  endentures, 
depuis  que  la  mode  en  fut  venue.  C’étoit  quel- 
quefois une  infeription  édifiante,  comme  in  no- 
mine  domini  : Jkejus  Maria.  Jefus  : quelquefois 
Jefus  merci  : ave  Maria  , dont  la  dernière  lettre 
n’étoit  pas  toujours  marquée.  Souvent  on  fe  fer- 
voit  d’autres  paroles , lettres  ou  fentences , au 
gré  des  contradhans.  Souvent  les  lettres  de  l’al- 
phabet , ou  plutôt  un  nombre  d’entr’elles  plus 
ou  moins  grand  , étoient  rangées  tout  de  fuite 
en  guife  de  drographe.  Pour  l’ordinaire  cyrogrs- 
pkum  avoir  la  préférence  fur  les  autres  infcrip- 
tions. On  le  répétoit  même  en  tout  ou  en  partie , 
autant  de  fois  que  le  nombre  des  contradlans 
exigeoit  qu’on  tirât  d’exemplaires  d’un  ’adie  de 
la  même  teneur.  En  France , on  employoit  à peu- 
près  les  mêmes  cirographes.  L’invocation  de  la 
fainte  Trinité  : In  nomine  Patris  , & Filii  , & 
Spiritus  Sanüi , amen , s’y  trouvoit  fouvent  par- 
tagée entre  ceux  qui  avoient  un  égal  intérêt  à 
ia  pièce.  ” 

Pour  rendre  cet  article  complet , lifez  celui 
d’ENDENTURES. 

CIRQUE.  Nous  ne  parlerons  ici  des  cirques 
que  relativement  aux  antiquités  ; & ce  que  nous 
dirons  de  leur  confirudiion  , ne  fe  trouvera  dans 
*e  diélionnaire  que  pour  faciliter  l’intelligence 


C I R 

des  anciens  auteurs.  Dans  cette  vue , «oas  com- 
mencerons par  l’article  particulier  du  cirque  de 
Caracalla , dont  les  ruines  ont  été  étudiées  avec 
foin  & difeernement. 

La  defeription  du  de  Caracalla  fut  com- 
muniquée autrefois  par  M.  le  chevalier  de  Lu- 
mifden  au  P.  Jacquier , & imprimée  dans  le 
Journal  étranger  avec  des  inexadlitudes  (tome 
"VIII);  nous  l’allons  donner  d’après  l’original 
anglois  de  l’auteur. 

Prefque  vis-à-vis  de  l’églife  de  Saint-Laurent , 
près  de  la  voie  Appienne,  à environ  deux  milles 
de  Rome,  il  y a un  cirque  que  l’on  croit  être  celui 
de  Caracalla  , quoique  quelques  auteurs , & ea 
particulier  le  favant  FabrettiC^éc  Aquis.p.  166.), 
l’attribuent  à Gallien. 

De’  quinze  cirques  que  l’on  comptoir  à Rome 
& dans  fes  environs , pliifieurs  font  entièrement 
détruits;  d’autres  fubfiftent  encore  en  partie; 
mais  on  n’y  diftingue  plus  que  l’emplacement. 
Celui  de  Caracalla  eft  le  plus  entier;  il  en  relie 
même  alfez  pour  nous  donner  une  idée  diftinéle 
des  cirques.  On  y voit  les  bornes , mets , & on 
peut  fuivre  \zfpina,  au  milieu  de  laquelle  croît 
élevé  l’obélifque  , qui  eft  placé  aujourd’hui  fur 
la  fontaine  élégante  du  Bernin,  à la  place  Nayone. 
Ce  cirque  étoit  entouré  de  trois  rangs  de  lièges , 
conftruits  le  long  de  fes  deux  côtés,  fous  lefquels 
il  y avoir  des  portiques  pour  fe  retirer  en  cas 
de  pluie.  Le  liège  de  l’empereur,  ou  le  podium, 
étoit  du  côté  gauche  du  cirque  (le  plus  étroit), 
vis-à-vis  la  première  meta.  Panvini , dans  fou 
favant  traité  de  Ludis  circenfibus  , a donné  un 
plan  5c  une  élévation  de  ce  cirque , & une  vue 
de  fes  ruines.  Il  auroit  été  à fouhaiter  que  fon 
plan  eût  été  plus  exad  ; car  il  a placé  , contre  la 
vérité  J la  fpina  au  milieu  du  cirque , à diftanccs 
égales  des  lièges  5c  des  deux  côtés.  Cependant 
elle  fe  rapprcchoit  d’environ  38  pieds  anglois 
du  côté  gauche.  Cette  inégalité  n’étoit  point  l’effet 
du  hafard  ; on  l’ avoir  pratiquée  à deifein  , afin 
que  les  chars  & les  chevaux  parcourant  d’abord 
le  côté  droit  du  cirque  , eulfent  au  commence- 
ment de  la  courfe  un  cfpace  plus  large  pour 
pouvoir  plus  aifément  fe  devancer  l’iin  l’autre. 
Mais  quand  ils  avoient  paffé  la  dernière  rntta 
pour  revenir  aux  carceres  d’où  ils  étoient  partp  j 
plulieurs  des  chars  fe  trouvoient  fi  retardés,  qu  un 
moindre  efpace  fuftîfoit  à leur  paflage. 

L’extrémité  du  cirque  du  côté  de  l’eft,  fe 
mine  en'  demi-cercle.  La  meta  de  l’occident  eft 
placée  à une  diftance  confidérable  des  carceres , 
afin  que  les  chars  pulTent  tous  commencer  la 
courfe  avec  un  avantage  égal.  C’eft  auffi 
cette  raifon  que  le  côté  droit  du  cirque  eft  p'us 
long  que  le  côté  gauche  ; 5c  que  les  carceres  ne 
font  pas  en  ligne  droite  , comme  dans  le  pjau 
de  Panvini.  Ils  forment  une  portion  du  cerc.e» 
dont  le  centre  eft  le  point  du  milieu  entre  la  pj^' 
mièr.e  meta  5c  le  côté  droit  du  cirque  ; ce  qu 


C I R 

ft'it  airément  vérifier  en  examinant  les  ruines  de 
ce  cirque  dans  Piranèfe.  Par  ce  moyen  tous  les 
chars  J,  dans  quelque  rang  qu’ils  fufîent  placés, 
avoient  un  efpace  égal  à parcourir  : ce  qui  ex- 
plique TexprefÉon  d’Ovide  , aquus  carcer  : 

Alaxime  jam  vacno  pr&tor  fpeciacula  circo 
Quadrijugis  éiquo  carcere  mifit  equos. 

Amor.  lib.  3.  Eleg.  2. 

La  fpîna  était  confîdérablement  élevée  au-deffus 
du  plan  de  l’arène , afin  que  les  chariots  ne  puf- 
fent  point  heurter  les  autels  , ou  les  flatues  qui 
en  faifoient  l’ornement. 

Les  m.ets,  avoient  un  peu  plus  de  largeur  que 
la  fpitia.  L’adrefîè  des  cochers  confiftoit  à paffer 
le  plus  près  poffible  des  mets,  fans  brifer  leurs 
ch  ars.  Par  cette  manœuvre  iis  abrégeoient  leurs 
eourfes  : 

Metaque  fervldis 

Evitata  rôtis,  ....... 

Le  long  des  deux  côtés  du  cirque,  entre  les  fiéges 
& l’arène  , il  y avoir  un  fofle  plein  d’eau  appelé 
euripe  , pour  empêcher  les  chariots  d’approcher 
trop  près  des  fpeétateurs. 

■ Il  y avoir  un  efpace  d’environ  douze  pieds 
entre  Jes'^er.e  & la  fpina  , qui  fervoit  de  paffage 
pour  monter  les  degrés  de  la  fpina,  8c  pour  entrer 
dans  les  cellules  pratiquées  fous  les  mets , où  on 
croit  que  les  autels  de  Confus  étoient  cachés. 
Dans  l’arène  ou  grand  efpace,  fitué  entre  la  pre- 
mière meta  8c  les  carceres , on  donnoit  fouvent 
des  combats  de  gladiateurs  8c  de  bêtes  féroces  5 
quelquefois  même  on  y introduifoit  de  l’eau  pour 
repréfenter  des  naumachies. 

La  defcription  de  ce  cirque  particulier , fait 
connqître  la  manière  de  corriger  le  défavantage 
des  différentes  places  des  carceres.  En  les  fuppo- 
fant  droites  ( comme  .on  l’avoit  fait  jufqu’à  ce 
jour)  , tout  l’avantage  étoit  pour  les  chars  qui 
en  occupoient  la  gauche  , parce  qu’ils  avoient 
une  courfe  moins  longue  à fournir  que  les  chars 
de  la  droite.  On  a cru  détruire  un  défavantage 
auflî  marqué,  en  faifant  tirer  les  places  des  car- 
eeres  au  fort  ; mais  ce  moyen  ne  faifoit  qu’en 
varier  les  vidrimes.  Depuis  que  l’on  a vu  les  car- 
eeres  circulaires  du  cirque  de  Caracalîa , le  défa- 
vantage des  pofitionss’eft  évanoui,  8c  l’équilibre 
s’eft  parfaitement  rétabli.  Nous  allons  donc  paffer 
a la  defcription  générale  des  cirques  , devenue 
plasiimple  Sc  plus  intelligible  par  la  découverte 
de  celui  de  Caracalîa. 

ün  cirque  étoit  un  grand  bâtiment  , toujours 
plus  long  que  large  , où  l’on  donnoit  différens 
fpeâ:acles.  Un  des  bouts,  le  plus  étroir,  étoit 
termine  en  ligne  droite  , l’autre  étoit  arrondi  en 
dsnjî-csfvls  j ks  deux  côtés  qui  partoient  des 


CIR 

extrémités  de  la  face  droite , Sc  qui  alloient  ren- 
contrer les  deux  extrémités  de  la  face  circulaire  , 
étoient  les  plus  longs  5 ils  fervoierrt  de  bafe  à 
des  fiéges  ou  gradins  placés  en  amphithéâtre  pouT 
les  fpeélateurs'.  La  face  droite,  & la  plus  étroite, 
étoit  compofée  de  douze  portiques  , pour  les 
chevaux  8c  pour  les  chars  ; on  les  appeloit  car- 
ceres : là  il  y avoir  une  ligne  blanche  d’où  les 
chevaux  commençoient  leurs  eourfes.  Aux  quatre 
angles  du  cirque , furie  pourtour  des  faces,  il 
y avoir  ordinairement  quatre  corps  de  bâtimens 
quarrés  , dont  le  haut  étoit  chargé  de  trophées  ; 
quelquefois  il  y en  avoir  trois  autres  dans  Is 
milieu  de  ce  pourtour,  qu’on  appeloit  meniana. 
Le  milieu  de  l’efpace  renfermé  entre  les  quatre 
façades  dont  nous  venons  dé  parler , étoit  oc- 
cupé par  un  maffif d’une  maçonnerie  très-forte, 
de  douze  pieds  d’épaiffeur  fur  fix  de  haut  ; oh 
i’appeloit  fpina  circi.  Il  y avoit  fur  la  fpina  des 
autels,  des  obélifques,  des  pyramides,  des  llatues 
Sc  des  tours  coniques  : quelquefois  les  tours 
coniques  étoient  élevées  aux  deux  extrémités  , 
fur  des  maffifs  de  pierre  quarrés , 8c  féparés  par 
un  petit  intervalle  de  la  fpina,  en  forte  qu’elles, 
partageoient  chacun  des  efpaces  compris  entre 
les  extrémités  de  la  fpina  8c  les  façades  intérieu- 
res du  drque  , en  deux  parties  , dont  la  plus 
grande  de  beaucoup  étoit  entre  la  façade  8c  les 
tours.  Au  bas  des  gradins  en  amphithéâtre  , 
placés  fur  les  façades  du  cirque  , on  .avoir  creufé 
un  large  foffé  rempli  d’eau,  8c  defliné  à empê- 
cher les  bêtes  de  s’élancer  fur  les  fpeclateurs^î 
ce. foffé  s’appeloit  euripe.  Les  jeux,  les  combats, 
les  eourfes,  8cc.  fe  faifoient  dans  l’efoace  com- 
pris de  tous  côtés  entre  l’euripe  Sc  la  fpina  circi  ; 
cet  efpace  s’appeloit  area  8c  arène.  A l’extérieur 
le  cirque  étoit  environné  de  colonnades , de  gale- 
ries , d’édifices,  de  boutiques  de  toutes  fortes  de 
marchands  , 8c  de  lieux  publics. 

Les  bâtimens  qu’on  appeloit  cirques  à Rome  , 
s’appeloient  en  Grèce  hippodromes  8c  flades.  Voyet^ 
Hippodrome  8c  Stades.  On  attribuoit  à Rom® 
l’inflitimon  des  jeux  publics  à Romulus  , qui 
les  appela  confualia , nom  pris  de  Confus , dieu 
des  confeils  , que  quelques-uns  confondent  avec 
Neptune-équeftre.  Les  jeux  qui  fe  célébroienc 
dans  les  cirques , fe  faifoient  avant  Tarquin  en 
pleine  campagne  , enfuite  dans  de  grands  enclos 
de  bois , puis  dans  ces  fuperbes  bâtimens  dont 
nous  allons  parler. 

On  célébroit  dans  les  cirques  des  eourfes  de 
chars,  aurigatio  {Voyet^  ChAR  8c  COURSES)»} 
des  combats  de  gladiateurs  à pieds  , pugna pedefiriit 
(.F'oyei  Gladiateurs)}  la  lute,  luta  (Voye:^ 
Lu  TE)  ; les  combats  contre  les  bêtes  , venatia 
( V oye^^  Bestiaires  ) ; les  exercices  du  manège 
par  les  jeunes  gens,  ludus  trojs,  jeux  de  Troye> 
les  combats  navals  , naumackia  ( Voyet^  NaumA- 
CHIES).  . 

Oh  cojnptoifà  Rome  jufqu’à  quinze  cîrquesf 


- CIR 

mais  ils  n’cîoient  pas  tous  de  la  même  grandeür 
& de  la  même  magnificence. 

Le  cirque  d’Hadrien  dans  la  quatorzième 
région , près  de  l'endroit  où  eft  aujourd’hui  le 
château  Saint -Ange.  Il  fut  ainlî  appelé,  félon 
quelques  auteurs , de  l’empereur  Hadrien  , qui 
le  hf  conftruire.  Il  n’étoit  pas  magnifiques  les  uns 
prérendent  que  ce  fut  un  fimple  enclos  de  bois, 
d’autres  qu’il  étoit  de  pierre  noire.  On  croit  en- 
core en  remarquer  des  veftiges  ; mais  il  faut 
avouer  qu’aucun  ancien  auteur  ne  parle  d’un  cirque 
bâti  par  Hadrien. 

Le  cirque  d’Alexandre.  Il  étoit  dans  la  neu- 
vième région  , où  elt  aujourd'hui  la  place  Na- 
vonne,  félon  P.  Viétor.  On  en  voit  la  figure  fur 
quelques  médailles  d’.^lexandre  Sévère.  11  s’ap- 
peloit  auffi  le  cirque  agonal , parce  qu’on  y avoit 
célébré  les  jeux  de  Janus  .Agonius.  On  prétend 
que  c’eft  par  corruption  d’Agonius,  qu’orua  fait 
Je  nom  Navonne.  On  dit  qu’c.n  découvrit  les  relies 
de  ce  cirque  creufant  les  fondemens  de  l’églife 
de  Sainte- Agnès. 

Le  cirque  d'Antonin  Caracalla , ou  peut-être 
■de  Galiren.  Il  étoit  dans  la  première  région,  à 
l’endroit  où  ell  aujourd'hui  la  porte  de  Saint- 
Séballien,  anciennement  appelée  la  porte  Capene. 
Cn  c-oit  en  avoir  des  relies  dans  l'églife  Saint- 
Sébaliien  & le  capo  di  Bove.  Le  pape  Innocent 
X fit  ériger  fon  obéhTque  fur  la  magnifique  fon- 
taine de  la  place  Navonne  le  commence- 

ment de  cet  article. 

Le  cirque  .Apollinaire.  V'oyeq^  cirque  Flaminius. 

Le  czVçüf  d’Aurélien  11  étoit  dans  la  cinquième 
région;  mais  il  faut  plutôt  l’appeler  cirque  6‘Hé- 
lagahale , parce  qu’Auréjien  ne  fit  que  le  réparer. 
Voyeq^  plus  bas  le  cirque  d^Hélagabale. 

Le  cirque  Calirenfis.  Il  étoit  devant  la  porte 
Labicana  ou  de  Prénelle , aujourd’hui  la  porta 
Mjggiore,  non  loin  de  l’amphithéâtre  Caflrenfîs , 
derrière  Sainte-Croix-en-.Térufa!em.  On  prétend 
qu'il  n’étoit  qu’à  l’ufage  des  foldats  , & que 
c’ell  auffi  le  même  cirque  que  celui  d’Hélaea- 
bale. 

_ Le  cirque  de  Domitia.  II  étoit  dans  la  quator- 
zième région  ; & on  a lieu  de  conieélurer  que 
c’étoit  le  même  que  le  cirque  d’Hadrien. 

^ ]^e  cirque  d’Hékgabale  étoit  dans  la  quinzième 
régio  n.  Son  obélifque  ell  regretté  des  favans  ; il 
étoit  chargé  d’hiéroglyphes  : on  en  voit  les  mor- 
ceaux dans  la  cour  du  cardinal  François  Barberin. 

Il  relloit  encore,  il  n’y  a pas  long-tems,  des 
vertiges  de  ce  cirque.  Auréîien  répara  ce  cirque , 
ce  qui  le  lui  a fait  attribuer  oar  plufieurs  écri- 
vains. 

^ Le  cirque  Flaminius.  Il  étoit  en  la  neuvième 
ïégion  , dans  des  prés  appelés  alors  prata  Fla- 
minia  II fut  bâti  l’an  GO,  par  Cneius  Flaminius , 
cenfeur , le  même  qui  fut  defiiit  par  Anniba!  près 
du  lac  Trafimène.  Cneius  Oclavrus  l’orna  d’une 
dott’üJe  galerie  de  colonnes  corinfhiehnes.  Il  étoit 


t 

C I R 

hors  de  la  ville.  C’étoit-là  que  commençolt  1* 
marche  des  triomphes , & les  triomphateurs  y 
dilinbuoient  aux  foldats  les  récompenfes  mili- 
taires. On  y célébroit  les  jeux  Apoilinaires 
& l'on  y tenoit  marché.  Qu^nd  il  étoit  inondé 
du  Tibre , la  célébration  des  jeux  fe  transféroit 
au  mont  Quirinal.  On  croit  qu’il  fut  ruiné  dans 
la  guerre  des  Goths  & de  l’empereur  Jurtinien; 

& l’on  prétend  qu’en  lyoo  on  en  voyoit  encorf» 
des  vertiges,  à l'endroit  où  eft  aujourd’hui  l’égiife 
de  S.  Nicolao  aile  Calcare. 

Le  cirque  de  Flo'c.  II  étoit  dans  la  fixième 
région , dans  un  enfoncement , entre  le  Quiri- 
nal & le  Pincius.  C’étoit-!à  qu’on  célébroit  les 
jeux  Floraux.  On  prétend  que  c étoit  un  théâtre 
& un  cirque , & qu’il  occupoit  l’endroit  appelé 
aujourd  hui  la  Piaq^a  Grimana. 

Le  circus  intimas  11  étoit  dans  la  vallée  M.ur- 
cia  ; mais  comme  le  grand  cirque  s’y  trouvoit 
auffi  , on  les  confond. 

Le  cirque  de  Jules-Céfar.  On  prétend  qu’il 
s’étendoit  depuis  le  maiifolée  d'.Augufte  jufqu’à 
la  montagne  voifii.e;  mais  il  y a des  doutes  même 
fur  fon  exillence. 

Le  grand  cirque  étoit  dans  la  troifième  région 
qui  portoit  fon  nom.  On  l’appelott  le  grand  y 
parce  qu’on  y célébroit  les  gr.mds  jeux,  les  jeux 
confacrés  diis  magnis , OU  parce  qu’il  etoit  le 
plus  grand  des  cicques.  11  lu:  comtMncé  par 
Tarquin  l’ancien,  dans  la  vallee  Afa  cij^entre  les 
monts  Palatin  & .Aventin.  Les  fénateurs  & les  che- 
valiers s’y  faifoient  porter  des  banquettes  de  bois 
appeléesç/ûrz , qu’on  remportott  à la  fin  des  jeux. 

Il  fut  dans  la  ffiiee  orné , embelli  & renouvelé 
fous  plufieurs  empereurs  , mais  fur -tout  tous 
Jules-Céfar.  Sa  longueur,  félon  Pline,  étoit  de 
trois  ftades  Srdemi,zo8i  pieds,  fi  les  ftades 
font  olympiques , & fa  largeur , y compris  les 
édifices  , de  quatre  arpens , ou  de  920  pieds. 

Il  pouvoir  contenir , félon  Denis  d’Halycarnaffe, 

I <ooco  hommes,  félon  Pline  zéccoo,  ou  rnême 
380000  félon  P.  Viélor.  A fon  extrémité  circu- 
laire il  y avoit  trois  tours  quarrées  , & deux  a 
l’autre  extrémité.  Dans  les  derniers  tems  ces  tours 
appartenoient  à des  fénateurs,  & palfoient  à leurs 
enfans.  Le  bas  de  ce  cirque  en  dehors  étoit  un 
rang  de  boutiques , ménagées  dans  les  arcades 
les  plus  baffes  ; fon  euripe  avoit  dix  pieds  de 
largeur,  fur  autant  de  profondeur.  La  premiers 
rangée  des  fiéges  étoit  de  pierre  , le'  autres  de 
bois.  L’empereur  Claude  fit  cor.llruirc  en  marbre 
les  carceres , ou  endroit  d’où  partoient  les  che- 
vaux S:  les  chars  ; il  fit  auffi  dorer  les  bornes  , 

& il  défigna  une  place  fur  la  fpina  pour  les  léna- 
teurs.  Les  carceres  étoient  à la  petite  façade  du 
côré  du  Tibre , au  nombre  de  douze.  La  première 
chofe  que  l’on  trouvoit  en  s’approchant  de  la 
fpina  par  ce  côté  ; étoit  le  jierit  tempie  appelé 
s.des  Murcis,  ou  autel  dédié  à Vénus.  Vers  ce  tem- 
ple étoit  celui  du  dieu  Confus  q iltouchoit  prefq'J® 


CIR 

les  trois  pyramides  rangées  en  ligne  droite  qu'on 
appeloir  mets. , les  bornes.  11  y avoir  trois  autres 
mets  % l’autre  bout  ce  qui  ne  faifoit  que  fix  ^ 
cacique  le  roi  Théodoric  en  ait  compté  fept-  La 
/pjna  écoic  contenue  entré  ces  trois  bornes  d’un 
côté  J & les  trois  autres  bornes  de  l’autre.  On 
voyoit  liir  la  fpina  l’autel  des  Lares  , ara  poten- 
des  dieux  puifîans  deux  colonnes 
avec  un  fronton  formant  comme  l'entrée  d'un 
temple  ^ un  autre  morceau  femblable  dédié  à 
Tutel'.ne  avec  un  autel;,  une  colonne  portant  la 
llarae  de  la  Yiéloire  , quatre  colonnes,  dont  l’ar- 
chitrave, lafnfe,  la  corniche  étoient  ornées  & 
lurmontées  de  dauphins  , dédiées  à Neptune  , ia 
itatue  de  Cybèie , aüîfe  fur  un  lion  ; au  pied 
du  grand  obélifque  , vers  le  centre  du  cirque , an 
temple  du  Soleil,  un  trépied  à la  porte  de  ce 
temple,  une  ftatue  de  la  Fortune  fur  une  colonne, 
un  Bâtiment  à colon'nes  , couronné  de  pierres 
rondes  , obîongues  , & dorées  , qu’on  appeloit 
les  œufs  des  courfes  , ova  ciirriculorum  , & qu’on 
devoir  félon  le  nombre  des  courfes  achevées  , 
des  temples  , des  colonnes  , des  itatues  , &c. 
une  ftatue  de  la  ^'iéioire  fur  une  colonne,  l’autel 
des  grands  dieux  , un  obélifque  plus  petit  que 
le  precedent , confacré  à la  Lune  5 enfin  les  trois 
autres  bornes , mets.  Augufte  fit  fiibftituec  l’obé- 
lifque  à un  grand  mât,  qui  etoit  dreffé  au  milieu 
du  cirque  , & qui  lui  donnoit  l’air  d’dn  vaiîTeaa. 
L’empereur  Conlrance  y en  éleva  un  fécond  plus 
haut  que  le  premier  : celui-ci  eft  maintenant  à la 
porta  dd  Popolo  ,•  l’autre  ell  devant  i’égüfe  de 
Saint-Jean  de  Latran.  Le  long  des  façades  du 
en  dedans,  il  y avoir  comme  aux  amphi- 
théâtres le  podium  ou  place  des  fénateursj  au- 
deffus  les  fieges  des  chevaliers  romains;  plus  haut 
une  grande  galene  régnant  tour  autour  du  cirque ^ 
au-deffus  de  cette  galerie  de  nouveaux  gradins  , 
continués  les  uns,  par  ordre,  au-deffus  des  autres 
juiquau  haut  de  la  façade,  où  les  derniers  gra- 
dins étoient  adoffés  co.ntre  l’extrémité  du  petit 
orars  d architecture  qui  fervoit  de  couronnement. 
Lans  les  jours  de  jeux  on  jonchoit  i’arène  de 
faole  b.anc.  Caligula  Sr  d’autres  empereurs  y 
firent  répandre  , par  magnificence  , du  cin- 
nabie  , du  fuccin  , & du  vitriol  bleu  ou  chry- 
, focolle.  On  y avoir  pratioué  un  grand  nombre 
de  portes.  Il  fut  brûlé  fous  ?^éron,  & il  s’écroula 
fous  Antonin  le  pieux  ; mais  on  le  releva  tou- 
jours , jufqu’à  ce  qu’i!  fut  rafé  entièrement  fans 
qu  on  fâche  a quelle  occafîori.  I!  n’en  refte  plus 
que  ^des  veftiges  , à l’endroit  appelé  •valU  di 
Cercki. 

ffe  cirque  de  Néron.  I!  étoit  dans  la  quator- 
zième région  de  la  ville  , entre  le  Janicule  & le 
Jatican  ou  eft  aujourd’hui  l’églife  de  Saint- 
Pierre  de  Rorne,  devant  laquelle  Sixte-Quint  fît 
élever  fon  obelifaue. 

cirque  de  Sallufte.  Il  étoit  dans  la  fîxième 
région , près  de  la  porte  Colline  , vers  le  Quiri- 


C I R 


nal  & le  mont  Pintius.  Il  en  refte  des  veftiges, 
quoique  la  plus  grande  partie  foit  comprife  dans 
les  jardins  Ludovifiens , où  l’on  en  voit  l’obé- 
lifqtie.  ^ 


^ Le  cirque  Vatican.  C’eft  le-  même  que  celui  de 
Néron.  Quoiqu’il  y eut  lix  carceres  à chacun  des 
cotés  du  cirque  , les  courfes  ne  pouvoient  com- 
mencer que  de  l’un  des  côtés.  Des  fix  carceres, 
il  n’y  en  avoir  que  quatre  dont  on  ouvrit  les 
portes  pour  les  quatre  radions,  jufau’â  ce  que 
Domitien  ajoutât  deux  nouvelles  factions  , afin 
Quhlen  pût  fortir  fix  à la  fois,  & qu’iî  ne  reftât 
point  de  portes  fermées.  Ceux  qui  concouroient 
pour  la  courfe,  avoient  toujours  à gauche  la  fpina. 
en  partant. 


Les  factions  étoient  diftinguées  par  la  couleur 
de  leur  haoit.  il  n y avoir  dans  ie  commence- 
ment que  la  blanche  & la  rouge  ; on  y aioura 
la  verte  & la  biCue,  enfiute  la  doree  Sc  la  pour- 
prée, qui  ne  durèrent  pas  long-rems.  Lts'^  fac- 
tionnaires étoient  ou  des  efclaves,  eu  des  affran- 
chis , ou  des  étrangers  ; cependant  quelques 
enfa.ns  de  famille  , des  fénateurs,  & même  des 
empereurs,  ne  rougirent  pas  dans-la  fuite  de  faire 
la  fonction  vile  à’aurige  , ou  de  cocher.  Ces 
faélions^  divifoienc  It  peuple  , dont  une  partie 
favonfoit  la  première  couleur  , & une  autre 
partie  s’intéreffoic  à la  fécondé,  ce  qui  caufa  fou- 
vent  des  émeutes. 


Cirque  (Jeux  du),  circenfes  luii.  Les  jeux 
'du  cirque  , circenfes  ludi  , que  quelques  aiiceu'î's 
appellent  circenfes  , étoient  'des  combats  que 
les  Romains  célébroienr  dans  le  cirque , d’où  ils 
avoient  pris  leur  nom , & non  de  Circé , comme 
l’ont  cru  Tertuiiien  & ie  tradudeur  d’une  omi- 
fon  de  Cicéron  contre  Verrès , qui  rend  circenfes 
ludi  par  jeux  de  Circé.  Ils  fe  faifoient  'en  l’hon- 
neur de  Confus,  dieu  des  confeils.  On  les  appeloir 
âuiii  /eux  romains , en  latin  luai  romani , parce  qu  ils 
étoient  aufÎ!  anciens  que  Rome,  ou  p'arce  qu’ils 
avoient  été  inftitués  ou  plutôt  rétablis  parRomu- 
lus  _;  & grands  jeux , en  latin  luai  magni , parce 
qu’ils  fe  célébroient  avec  plus  de  dépenfe  & de 
magnificence  qu’aucuns  autres  , & parce  qu’ils 
fe  faifoient  en  l’honneur  du  grand  dieu  Neptune, 
qui  étoit  auiî!  le  dieuConfus.  Ceux  qui  difent  qu’ils 
furent  inftitués  à l’honneur  du  Soieil,  confondent 
la  pompe  du  cirque  avec  les  jeux  ou  les  courfes 
du  cirque,  l es  jeux  du  cirque  furent  inlHtués  par 
Evandreà  l’honneur  de  Neptune,  & rétablis  par 
Romulus;.  parce  eue  ce  fut  par  ie  confeil  de  ce 
dieu  qu’il  fit  l’enlevement  des  Sabines  ( Val.  Max. 
il.  4.  4.).  La  pompe  du  cirque  n’étoic  qa’un<* 
partie  ou  le  préludé  des  jeux  du  ci’-aue.  C’éto''t 
une  fimpîe  cavalcade  à l’honneur  du  Soleil  ; au- 
heu  que  dans  les  jeux  du  cirque  c’étoient  des  cour- 
fes  de  chevsux- 


Jufqu’à  Tarquin  le  vieux,  on  célébra  les  ieus 
de  cirque  dans  r’ifle  du  Tibre , & ils  ne  s’appeioieus 


yo  CIR 

que  les  jeux  romains  ou  con/ua/^s/  depuis  que  ce 
prince  eut  bâti  le  cirque , ils  en  prirent  le  nom, 
parce  qu^’ils  s’y  firent  toujours.^  Il  y avoit  fept 
fortes  d’exercices.  Le  premier  reunifloit  la  lutte, 
les  combats  avec  l’épce , les  barons,  les  piques  ; 
le  fécond  étoit  la  courfe  j le  troifième  la  danfe  } 
le  quatrième  le  palet , ou  le  difque , les  flèches , 
les  dards  , toutes  autres  fortes  d’armes  fembla- 
blesj  tous  ceux-ci  fe  faîfoient  à pied  j le  cin- 
quième étoit  la  courfe  à cheval;  le  fixième  la 
courfe  des  chars,  foit  à deux , foit  à quatre  che- 
vaux : dans  cet  exercice  on  divifoit  les  combattans 
d’abord  en  deux  quadrilles,  & puis  en  quatre  , 
& elles  portoient  les  noms  des  couleurs  dont 
elles  étoient  vêtues.  Il  n’y  avoir  d’abord  que 
la  blanche  & la  rouge  ; on  y ajouta  enfuite 
la  verte  & la  bleue.  Ce  fut  Oenomaüs,  roi 
de  Pife , qui  inventa  la  diftinèlion  des  couleurs 
pour  les  divers  quadrilles  des  combattans  aux 
jeux  du  cirque  ; le  verd  étoit  pour  ceux  qui  re- 
préfenroient  la  terre , le  bleu  pour  ceux  qui  re- 
préfentoient  la  mer.  Domitien  ajouta  encore 
deux  nouvelles  couleurs  à ces  quatre,  le  jaune 
& le  violet  ; mais  elles  n’ont  pas  duré.  Dion 
l^lib.  Lxvii.)  dit  le  jaune  & le  blanc;  mais  le 
blanc  étoit  plus  ancien.  Il  étoit  encore  une  des 
couleurs  du  cirque  au  cinquième  fiècle , comme 
on  le  peut  voir  dans  Cafliodore  (/iv.  iil,  ép. 
yi.). 


L’empereur  Hadrien  fixa  les  jeux  du  cirque  , 
dont  le  jour  varioit  fuivant  les  caprices  des  em- 
pereurs, ou  fuivant  les  rits  religieux,  au  xi'des 
calendes  de  mai  (^Harduini,  Hiji.  Aug.  ex  Num- 
mis.  fol.  p.  joo.  ), 

CIRRATÆ,^ 

CIRRES , >•  veftes.  Capitolin  (Pertin.  c.  8.) 

BieiRRES,} 

appelle  les  habits  des  foldats  cirratas.  Vefis , dit- 
il  , per  cirratas  militares.  Les  anciennes  Glofes 
rendent  le  mot  cirra  par  celui  de  long  poil  : fcaXTii; , 
eirra  , villus  ; paXXvAs,  villofus  ; & ailleurs  bicir- 
res  , S'Ift.aXXoi , V^efies  cirrats  étoient  donc 

des  manteaux  velus,  ou  à longs  poils,  d’un  côté, 
& bicirres , des  manteaux  velus  des  deux  côtés. 
Ces  derniers  s’appeloient  & amphi- 

malla  {Voyei  Amphimallum ).  Telles  furent 
les  lacernes,  félon  l’ancien  interprète  de  Perfe 
(^Sat.  I.  29.)  ; Lacerna  pallium  fimbriatum  ^ quo 
olim  foli  milites  utebantur. 

CIRRHA , étoit  le  port  le  plus  voifin  de  Del- 
phes , ce  qui  a fait  confondre  fon  oracle  avec 
celui  de  la  Pythie , fi  toutefois  ce  n’eft  pas  à 
tort  que  quelques  écrivains  en  ont  dîflingué 
deux. 

CIRRUS,  ■)  . , ,, 

CIRRATI , ) deux  mots  ont  un  double 

fens;  tantôt  ils  expriment  des  cheveux  frifés 
i-Foyei  CUJEYEUX),  Sc  umôt  ils  dçfignent  Içs 


C I 


O 


longs  poils  des  étoffes  velues  ( Foyer  plus  hait 

CiRRATÆ.). 

CISELER.  -J 

CISELEUR.  > Q uintilien  indique  une  différent» 
CISELURE.) 

entre  la  fculpture  & la  dfelure , qui  efl  affez  pré- 
cife,  & qu’il  trouve  dans  les  matériaux  employés 
de  fon  tems  par  les  deux  arts.  L’or , l’argent , le 
bronze  & le  fer  font  la  matière  que  travaille  le 
cifeleur;  & le  fculpteur emploie  le  bois,  l’ivoire, 
le  marbre , le  verre  &:  les  pierres  précieufes.  {Infa. 
Ordt.  il.  21.).  Et  c&latura  , que  auro  , argento , 
are  ,ferro , opéra  effcit.  Nam  fculptura  etiam  lignum, 
ebur  , marmor  , vitrum  , gemmas  , priter  eas  , qui, 
fupra  iixi , compleBor.  Cette  différence  n’exifte 
plus  la  même  aujourd’hui  relativement  aux  pier- 
res précieufes  & au  verre  , qui  fe  travaillent  au 
toqret  ; mais  on  peut  l’admettre  pour  les  autres 
matériaux. 

Les  Romains  donnèrent  à la  dfelure  Sr  aux 
vafes  dfel'es  des  noms  formés  du  grec , toreutice 
& toreuma  y qu’il  faut  chercher  à leurs  articles 
refpeétifs.  Ils  fe  fervojent  cependant  des  mots 
c&lata , cilator , ctlatura  8c  cilum.  Us  diftin- 
guoient  quelquefois  l’orfévre  , argentarius  , du 
cifeleur  y cslatur , comme  on  le  voit  dans  l’épitÿ 
phe  fuivante  .• 


ANTIGONUS.  GERMANIC.  CÆSAR 


ARGENTARU  s 


VIXIT.  AN.  XLII. 
AMIANÜS.  GERMANIC.  CÆSAR 
CÆEATOR 
FECIT. 


CISIARÎVS.  .}  Le  dfum  étoit  une  voiture  I 

deux  roues,  félon  Nonius  Marcellus  {il-  §■ 
biroti  genus.  11  avoit  un  fiége  fait  en  forme  de 
cofi-'re  , appelé  capfus  ,•  Feflus  nous  l’apprend  ; 
Ploximum  ait  appellari  Catullus  capfum  in  cifo, 
capfave  y cum  ait  : gingivas  veto  ploximi  habet 
veteris.  On  atteloit  des  mules  au  dfum  ( Yic^ 
Catal.  in  Sabinum.')  : 

Sabinus  ille  , quem  videtis  hofpites  , 

Ait  fuijfe  mulio  celeberrimus  : 

Neque  ullius  volantis  impetum  df. . . • • 


Elles  étoient  quelquefois  au  nombre  de  trois  > 
félon  Aufone  (Epif.  nu.)  , trijuge  dfium. 

Le  dfum  étoit  une  voiture  très -légère , car 
Cicéron  dit  ( pro  Sext.  Rofe.  c.  7.)  qu'on  aVOit 
fait  près  de  huit  pofles  de  France  dans>üx  heur^ 
de  nuit  avec  des  dfum  : Decem  koris  noBurni 
fex  & quinquaginta  millia  pajfuum  dfis 
Il  paro'it  que  les  femmes  ne  faifoient  pas  u ag^ 
des  cifum  j çax  c’eif  toujours  des  hommesso* 


C I s 

yarîe  Aufone  toutes  les  fois  qu’il  fait  mention 
de  cette  voiture.  On  appeloic  cifiari-ds  le  cocher 
au  cljlum  , & Ulpien  en  parle  ( in  Leg.  i^.  ff- 
Locat. 

CISPIUS  morts.  Cétoit  félon  Feiîus , un 
«les  deux  fommets  des  Efquilies  , qui  avoir  pris 
fon  nom  d’un  particulier  appelé  Cifpzus.  Il  étoit 
fcparé  de  l’autre  fommet  ^ nommé  Oppius  j par 
le  vallon  Subara. 

CISSÉIS:,  roideThracejpèred’Hécubej  femme 
de  Priam. 

CISSON , jeune  homme  de  la  fuite  de  Bac- 
ehus  J qui  fut  métamorphofé  en  lierre  , après 
avoir  perdu  là  vie  dans  la  fureur  d’une  des  fêtes 
de  ce  dieu.  Le  nom  grec  KisrA; , du  lierre^  a fait 
naître  Cijfon.  ' ' 

Mercure  efl  furnommé  Ciffbnîiis  dans  l’infcrip- 
tion  fuivante  (^Muratori ^Ttief.  Infer.  I44.  3-)  > 
peut-être  à caufe  de  l’éloquence  dont  il'  étoit  le 
dieu.  Les  orateurs  fe  couronnoient-ils  de  lierre 
comme  les  poètes  ? 

DEO  MER.CURIO  CISSO 
NIO  DUBITATIA  ■ CASTütA 
NATIONE.  SYRIA  TEMPXUM 
ET.  PORTICUS.  VETUSTATE 
GOLLABSUM  DENUO  DE  SU® 
RESTITÜIT 

CÎSSOTOMIESj  fêtes  inftituées  cher.  les  Phlia- 
tiens  en  l’honneur  d’Hébéi  déelTe  de  la  jeuneffe. 
Les  jeunes  gens  y étoient  couronnés  de  lierre  j 
plante  toujours  verte  j véritable  fymbole  de  la 
deeiîe  Hebe.  'K.iTTr.Tsptog  , lignine  coupe-lierre. 

CISSTBIUM  ,\  ' ^ . r •„  , 

kiesybîon  , 3 orne  de  feuilles  de 

he^e  {y.urPcç) , ou  fait  de  bois  de  lierre.  Les 
palïages  des  auteurs  grecs  & latins  qui  en  font 
mention  ^ peuvent  recevoir  indifféremment  ces 
deux  explications. 

CISTE  mylHque  , corbeille  que  l’on  portoit 
en  grande  pornpe  dans  les  orgies  , dans  les  myf- 
teres  de^  Cybele  , de  Ceres , & "dans  plulîeurs 
autres  cérémonies  religieufes.  La  cifte  des  myftè- 
res  d’Eleufîs  renfermoit  {Atk.  l.  xi.)  du  féfame, 
des  efpèces  de  bifeuits  appelés  pyramides  , des 
gâteaux  ronds  , des  grains  de  fel,  des  pavots  & 
des  paftilles  ; c’étoit  de  ces  mets  dont  enten- 
doient  parler  les  initiés , lorfqu’ils  difoient  qu’ils 
avoient  pris  dans  la  cifte.  Qn  y ajoutoit  encore 
des  grenades  , auxquelles  les  initiés  ne  pou- 
voient  toucher , du  lierre  , des  férules  3 de  la 
moèle  d’arbres , enfin  la  figure  d’un  dragon 
confacre  a Bacchus  f Clemen.  Protrep.  p,  ip,  ). 

Il  y a piufieurs  dilTertations  fur  ces  corbeilles 
myiliques  j bc  on  a toujours  alTuré  qu’elles  étoient 


C I S Jt 

tiffues  dejoncj  comme  dans  l’origine  des  myftè- 
' res.  Mais  on  voit  à Rome  deux  ciftes  mylHques 
de  bronze.  L’une  étoit  au  cabinet  des  Jéfuites, 
& V/inckelmann  l’a  décrite  {An.  v.  i .)  ; & l’autre 
appartient  à M.  l’abbé  Vifeonti  3 éditeur  du  mu- 
féum  de  Pio-Clémentin.  Toutes  deux  ont  été 
trouvées  aux  environs  de,PaIeftrine3  & ce  font 
des  vafes  cylindriques  avec  des  couvercles.  Sur 
le  couvercle  de  la  première  3 on  voit  Bacchus 
debout  appuyé  lur  deux  Faunes.  La  draperie  de 
Bacchus  eîl  parfemée  d’étoiles  pour  déiigner  lé 
Bacchus-NoÂiurne  : 

Noétarni  trieteria  Bacckî. 

Sur  une  petite  lampe  qui  fert  de  bafe  à ces  figu- 
res 3 eft  gravé  le  nom  de  celui  qui  a fait  fabriquer 
cette  cifte  3 avec  celui  de  l’artiSe. 

Bacchus  paroit  auffi  fur  ie|Couvercle  de  l’autrs 
cifte  , mais  appuyé  fur  un  feul  Faune  3 qui  porte 
une  longue  queue , comme  les  deffi noient  les 
Etrufques.  Autour  de  la  cifte  eft  gravée  une  bac- 
' chanale. 

Dans  les  monumens  qui  repréfentent  des  bac- 
chanales èc  fur  les  médailles  3 on  voit  fouvenr 
la  cifte  entrouverte  avec  un  ferpent  qui  en  fort. 
Quelquefois  la  ftatue  de  Bacchus  eft  placée  fur 
la  cifte  ; quelquefois  auffi  la  cifte  eft  aux  pieds  de- 
Bacchus. 

CISTOPHORA.  ■> 

CISTOPHORE.  f ^ , , 

CISTOPHORUS.  C On  trouve  dans  le  recueil 

CISTIPHORE  ? ^ inicnptiüRS  de  Mura- 
lori  le  mot  Cistophorus  (179.  i.)  & (178.  3.), 
celui  de  cistophora  deæ  nilotidis  isidis 
PüRÆ.  C’étoient  ordinairement  chez  les  Grecs  de 
jeunes  filles  d’une  condition  relevée  , qui  portoienr 
dans  les  pompes  publiques  les  corbeilles  facrées. 
On  les  appeloit  auffi  canéphores.  Voyerp^  ce  mot. 

Les  Romains  faifoient  peu  de  cas  3 au  rems 
de  Martial , des  ciftopkores  ou  ciftipkores  , fi  l’on 
en  juge  par  une  épigramme  de  ce  poëtt{lii>.  j. 
17.  V.  3.)  : 

Hum  te  pojfe  negas  3 nîfi  lato  Gelliaj  clavo , 
Nubere  , nupffli  , Gellia  , ciftifero. 

CISTOPHORES  3 médailles  grecques  aînlî 
appelées  de  la  cifte  myftique  qui  en  eft  le  type. 
On  peut  affurer  trois  chofes  fur  les  ciftopkores  ; 
■1°.  ils  ont  tous  été  frappés  dans  i’Afie  mineure  3 
à Apamée  & à Laodicée  en  Phrygie,  à Pergame 
en  Myfie3  à Sardes  & à Tralle’en  Lydie3“'&.  à 
Ephèfe  dans  l’Ionie.  Ceux  que  Gokzius  , & 
djaprès  lui  le  P.  Panel  3 dans  fa  differtation  fur  les 
ciftopkores  , ont  attribués  à l’ifle  de  Crète  , font 
fuppofés^ou  ma!  lus.  Tous  font  d’argent;  & 
3°.  du  même  poids  j c’eft-à-dire,  des  térradrach- 
mes.  Quoique  les  hiftorieus  aient  pajlé  piufieurs 


“71  c I S 

fois  des  cîfiophores  par  centaines  de  mille  j i!s 
font  cependant  très-rares  aujourd  hui , & c eft 
un  prodige  d’en  avoir  des  iîx  villes  dans  le  même 
cabinet. 

Les  ciftophores  ont  été  frappés  feulement  dans 
les  lix  villes  nommées  ci-delius  , parce  que  les 
conventus  jaridici  des  peuples  de  la  province 
d’Aiie  y étoient  établis  par  les  proconfùls  romains , 
qui  y renoient  leur  forum.  Selon  les  apparences , 
tous  les  peuples  & diftriéls  dépendans  de  ces 
jurifdiélions  J fourniiîoient  Içur  contingent  en 
argent  pour  la  fabrication  des  cîfiophores  qui  s’y 
frappoient , & qui  fervoient  à payer  le  tribut 
que  les  Romains  exigeoient  d’eux  en  cette  efpèce 
de  monnoie. 

CISTRE.  Voye:^  Sistre. 

CITATIONS  des  droits  civil  & canonique. 
Comme  les  citations  de  droit  font  ordinairement 
écrites  en  abrégé  nous  les  allons  expofer  ici 
pour  en  donner  l’intelligence. 

Citations  du.  droit  civil. 

Ap.  Jufiin.  ou  Infiitut.  lignine  aux  inftitutes. 

D.  ou.  f.  aux  digeües. 

Code  ou  c.  au  code. 

Cod.  Tkécd.  au  code  Théodolien. 

Cod.  repet.  prelecl.  repetitæ  prælecliones. 

Autkent.  ou  autk.  dans  l’authentique. 

Leg.  ou  1.  dans  la  loi. 

ou  parag.  au  paragraphe. 

Novel.  dans  la  novelle. 

Novel.  Leon,  novelle  de  l’empereur  Léon. 

Argum.  leg.  par  argument  de  la  loi. 

Giof.  dans  la  glofe. 

H.  t.  en  ce  titre. 

Eod.  t.  au  même  titre. 

In  p.  ou  in.  princ.  au  commencement. 

i/z  yi  à la  .dn. 

Citations  du  droit  canon. 

C.  ou  can.  au  canon. 

Cap.  au  chapitre. 

Cauf.  dans  une  caufe  de  la  fécondé  partie  du 
décret  de  Gvatien. 

De  conf.  dans  la  troiiîème  partie  du  décret  qui 
traite  de  la  confecration. 

De  pœn.  au  traité  de  la  pénitence  qui  elî  dans 
la  fécondé  partie  du  décret. 

Difi.  dans  une  dilHnétion  du  décret  ds  Gratien. 

Ex.  ou  extra,  c’eft  dans  les  décrétales  de  Gré- 
goire iX. 

Ap.  Greg.  IX.  dans  les  mêmes  décrétales. 

Extrav.  comtn.  dans  les  extravagantes  co.mmu^ 
nés. 

Extrav,  Joan.  dans  les  extravagantes  ou  conf- 
titutions  de  Jean  XXII. 

In  fexta  ou  in  6.  dans  la  colleélion  de  Boniface 
y 111 , appelée  le  fexte.^ 

fl-y.  Bon.  ou  appendisç  Bonifacii  ^ dans  le  fexte. 


C I T 

Q.  qu.  OU  qu.ifi.  quellion. 

ÿ.  ou  verj.  au  verfet. 

CITÉ.  ■)  J J • , . 

CIVITAS.  5 civitas,  déli- 

gnoit  anciennement  un  état , un  peuple  avec  toutes 
fes  dépendances , une  république  particulière 
Ce  mot  ne  convient  plus  guères  aujourd’hui  qui 
quelques  villes  d’Allemagne  ou  des  cantons  fuiffes 

Quoique  les  Gaulois  ne  forma.Tent  qu’uir^, 
même  nation  , ils  étoient  cependant  divifes  en 
plulieurs  peuples  , formant  prefqu’autant  d’états 
réparés,  que  Céfar  appelle  cités , civitates.  Chaque 
cité  avoi:  fes  alTembiées  propres,  & elle  envoyoit 
de  plus  des  députés  à des  aifemblées  générales 
oi'i  l’on  difeutoit  les  intérêts  de  plulieurs  can- 
tons. Mais  la  cité-ou  métropole , ou  capitale  dans 
laquelle  fe  tenoit  l’affcmblte. , sappeloitpar 
excellence  civitas.  Les  Latins  difoient  clvitas 
Æduoram  , civitas  Lingonum  , civitas  Senonum  ; 
& c’eft  fous  ces  noms  qu’Autun,  Langres  & Sens 
font  délîgnés  dans  1 itinéraire  d'.Anconin. 

Dans  la  fuite  on  n’appela  c.té  que  les  villes 
épifcopales  ; cette  diltindion  ne  fuofille  plus 
guères  qu'en  Angleterre , en  le  nom  de  cité  n’a 
été  connu  que  depuis  la  conquête;  avant  cette 
époque  toutes  les  villes  s appeloient  bourgs.  Dans 
la  bulle  d’érection  , de  divilîon  & d’aflignation 
des  évêchés  de  Poitiers  , de  .Maiilezais  Se  de 
Luçon  , le  pape  dit  qu'il  érige  en  cités  les  villes 
de  Maiilezais  & de  Luçon  : Maliafenfem  Ù it 
Lucionio  villas  in  civitates  erigimas  , 6’  civitdtu.ni 
vocabulo  decoramus.  Si  le  Itége  épifcopal  d’une 
ville  étoit  hors  les  murs,  l’endroit  où  il  étoit 
s’appeloit  la  cité , & la  ville  retenoit  le  nom  de 
ville.  On  appelle  encore  aujourd’hui  à Arras  da 
nom  de  cité,  cetre  partie' de  la  ville  où  ell  la 
cathédrale  , & l aiitre  partie  qui  eft  féparée  de 
la  première  par  des  murailles  , s’appelle  la  vi&. 
Il  en  ell  de  même  de  Conferans , de  Limoges, 
&c. 

Cité  (Droit  de)  chez  les  Romains. Cet  arti- 
cle appartient  au  diétionnaire  de  jurifprudence; 
nous  avons  cru  cependant  devoir  mettre  ici  un 
abrégé  , qui  fera  utile  aux  antiquaires  dont  la 
jurrfprudence  n’ell  pas  l’étude  principale.  U eil 
pris  de  l’encycloDédie. 

Chez  les  Romains,  le  droit  de  cité,  c’ell-à-dire, 
la  qualité  de  citoyen  romain , fut  conSdére  comme 
un  titre  d’honneur,  & devint  un  objet  d’é.mu- 
lation  pour  les  peuples  voifins  qui  tâchoient  de 
l’obtenir. 

Ceux  qui  étoient  réellement  habitans  de  Rome, 
jouirent  d’abord  feuis  du  titre  & des  privilège* 
de  citoyens  romains. *Romulus  communiqua  bien- 
tôt le  droit  de  cité  au  peuple  qu’il  avoir  vaincu, 
& qu'il  amena  à Rome.  Ses  fuccelfeurs  firent 
même  chofe , jufqu’à  ce  que  la  ville  étant 
peuplée  , on  permit  aux  peuples  vaincus  de  reftef 
chacun  dans  leur  ville  ; & cependant  pour  -c* 


C î T 

at-tac&er  pîus  fortement  aux  Remasns  j on  leur 
accorda  le  droit  de  cité  ou  de  bourgeoifie  romaine  , 
enforte  qu’il  y eut  alors  deux  fortes  de  citoyens 
romains  J les  uns  qui  étoient  habitans  de  Rome  , 
& que  1 on  appeloit  cives  ingenui  y les  autres  qui 
demeurojent  dans  d'autres  villes  , & que  l'on 
appeloit  murâcipes.  Les  confuls  8c  enüiite  les 
empereurs  communiquèrent  les  droits  de  cité  à 
différentes  villes  & à différens  peuples  fournis  à 
leur  domination. 

La  loi  7 a-u  code  os-  iitcolis  , porte  que  le 
dortiîcile  de  quelqu’un  dans  un  endroit , ne  lui 
attribue  que  la  qualité  d’habitant  ; mais  que  celle 
de  citoyen  s'acquiert  par  la  naifîance  , par  l'af- 
franchifïèment , par  l’adoption  j & par  l’élévation 
a quelque  place  honorable. 

Les  droits  de  cité  confîftoient  chez  les  Romains, 
i“.  à jouir  de  la  liberté  ; un  efclave  ne  pouvoit 
etre  citoyen  romain  , & le  citoyen  romain  qui 
tomboit  dans  l’efclavage  , perdoit  les  droits  de 
cite.  1^.  Les  citoyens  romains  n’ étoient  point 
fournis  a la  puilTance  des  magiftrats  en  matière 
criminelle , ils  arrêroient  leurs  pourfuites  en 
diCznt  ci-vis  romanus  fum  ; ce  qui  tiroit  fon  origine 
de^  la  loi  des  douze  tables  , qui  avoir  ordonné 
qu’on  v.e  pouvoir  décider  de  la  vie  & de  l’état 
d un  citoyen  romain  , que  dans  les  comices  par 
centuries.  3^.  Ils  avoientle  droit  de  fuffrage  dans 
les  atfaires  de  la  république.  4°.  Ils  étoient  les 
feuls  qui  eiiffent  fur  leurs  enfans  la  puilTance  telle 
que  les  loix  romaines  la  donnoient.  j°.  Ils  étoient 
auffi  les  feuls  qui  puflent  exercer  le  facerdoce  & 
la  magiftrature;  & ils  avoient  plufieurs  autres 
privilèges. 

Le  droit  de  cité  fe  perdoit,  i'’.  en  fe  faifant 
recevoir  citoyen  d’une  autre  ville  ; 2®.  en  com- 
mettant  quelque  aéiion  indigne  cr«n  citoyen 
romain  , pour  laquelle  on  encouroic  la  grande 
dv'gradâcion  appelée  Ttiaxima  capztzs  diminutio  , 
Q“i  ôtoit  tout  à la- fois  le  droit  de  cité  Sr  la 
liberté  5 3®.  la  moyenne  -dégradation  , appelée 
media  capitis  diminutio  , èîoit  aufE  le  droit  de 
cité  ; telle  étoit  la  peine  de  ceux  que  l'on  effa- 
çoit  du  tableau  des  citoyens  romains,  pour  s’être 
fait  inferire  fur  le  tableau  d'une  autre  ville.  Ceux 
qui  croient  exilés  ou  relégués  dans  une  ifie  , 
foufrreient  auffi  cette  moyenne  dégradation,  & 
conféquemment  perdoient  les  droits  de  cité. 

_ Pour  connoître  le  droit  de  cité  chez  les  Athé- 
niens, voyez  Citoyen. 

CITERIA,  caricature  que  l'on  portoit  à Rome 
dans  certaines  cérémonies  publiques.  Elle  renfer- 
mait un  homme  qui  ne  ceffoit  pendant  la  m.arche 
de  débiter  des  bouffonneries,  qui  fem.bloient  fortir 
de  la  bouche  du  mannequin.  On  peut  conclure 
de^l’épigramme  fuivante  de  Martial  (xrx.  182,) 
qu’il  étoit  fait  de  terre  cuite  ; 

Ehriiis  hic  feelt  terris  put» 

Antiquités  ^ 'Tome  lit 


Monjira  Prometheus  : 

Saturnalitio  lufit  & ille  luta. 

CITERNE.  Dans  les  ruines  des  édifices  anti- 
ques , on  a fouvent  méconnu  la  véritable  defti- 
nation  de  ces  falles  baffes , dont  le  plafond  eft 
foutenu  par  un  grand  nombre  de  piliers  ou  colon- 
nes , & qui  ne  font  éclairées  par  aucune  ouver- 
ture. Les  dépôts  des  eaux  appliqués  à différentes 
hauteurs  contre  les  parois  , n'ont  pas  toujours  é-té 
apperçus  , ou  ils  ont  été  pris  pour  les  reftes  des 
encomhremens.  C'étoient  de  véritables  citernes  , 
telles  que  la  falle  baffe  des  Thermes  de  Julien , 
que  l'on  voit  dans  la  rue  de  la  Harpe  à Paris. 
La  defeription  que  Winckelmann  a donnée  d’ua 
de  ces  vaftes  édifices  fouterrains  , fervira  à déter- 
miner leur  véritable  deftination. 

cc  L'énorme  réfervoir  , nommé  pifeina  mirabi- 
lis , lequel  étoit  deftiné  pour  le  fervice  de  la 
flotte  romaine-près  de  Mifenum  , fe  rempliffoit 
d'eau  de  pluie  , que  les  foidats  y venoient  cher- 
cher pour  la  tranfporter  fur  les  vaiffeaux,  comme 
on  peut  le  conjefturer  par  l’infpeétion  de  quel- 
ques tuyaux  qui  fe  trouvent  en-haut , & par 
iefqiiels  on  faiîbit  probablement  paffer  l'eau.  Ce 
réfervoir  fourerrain  eft  porté  par  des  piliers  à 
égales  diftances  les  uns  des  autres,  & qui  forment 
cinq  galeries  voûtées,  dont  chacune  a treize  palmes 
romains  de  largeur  (fept  pieds  fept  pouces).  » 

CITHÆRON  , en  Béotie.  Ki©. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RRRR.  en  bronze Pellerin. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Trois  croiffans  forment  leur  type-. 

CITHARA.  > 

ki©atÎs'  l différens  noms  défîgnent 

CITHARE.  s petite  lyre,  qui  a été  appe- 

lée auffi  chelys.  Elle  différoit  de  la  grande  lyre 
ou  barbytos  (V'oyezt_  ce  mot)  , parce  qu’on  en 
pinçoit  les  cordes  avec  les  doigts  , fans  employer 
le  plecirum  , & parce  qu’elle  n’avoit  point  de 
magas  , vuide  formé  vers  le  bas  de  i'inflrume.nt 
pour  en  augmenter  le  fon.  On  reconnoît  la 
cithare  ou  petite  lyre  dans  celle  que -tient  Terp- 
ficliore , trouvée  à Herculanum  , a-vec  cette  inf- 
Cription  TEF’J-ÎXOPH  aypan  ( Pittur.  t.  2.  tav. 

J.  ) , & dans  l’infirume.nt  que  tient  u-n  M-ercure 
de  la  Villa-Négroni. 

CITIIARISTA , joueur  de  l^'re  qui  ne  s’ac- 
compagnoit  pas  de  la  voix. 

CITHARISTERIENNE , nom  d'une  efpèce  de 
flûte  des  Grecs,  dont  parle  Athénée.  Daiêchamp 
dit , dans  fon  commentaire  fur  çet  auteur  , 
qu'elle  a reçu  ce  nom  parce  qu'elle  s'accordoit 
bien  avec  la  cirhare.  Dans  ce  cas  , elle  devok 
avoir  un  fqa  très-doux,  iiAtis  foible,  pour  nç 


K 


74  C I T 

pas  étouffer  celui  de  rinftrument  qu’elle  accom- 
pagnoit. 

CITHARISTIQÜE  ^ genre  de  mufique  & ae 
poéfîe;,  confacré  àraccompagnementdeia  cithare. 
Ce  genre  dont  Amphior.;,  fils  de  Jupiter  & d’An- 
tiope  , fut  l'inventeur  prit  depuis  le  nom  • de 
lyrique. 

CITHAROEVUS , joueur  de  lyre  qui  s’ac- 
compagnoit  de  la  voix,  qui  difputoit  des  couron- 
nes aux  jeux  pythiens  & delphieiis. 

L’habillement  des  joueurs  de  lyre  & de  flûte 
étoiî  fi  recherché,  les  auteurs  en  font  fi  fouvcnt 
mention  , que  nous  avons  cru  devoir  en  déter- 
miner avec  foin  les  détails  dans  cet  article.  Nous 
l’avons  étudié  fur  lesmonumens,  entr’autres  fur 
trois  bas-reliefs  publiés  par  Winckelmann , dans 
Çcs  Monument!  inédit! , n®.  189,  de  la  \ illa-Pam- 
pbili,  n°.  80,  fculpture  étrufque,  &c  n°.  187  delà 
Villa-Albani.Lejoueurde  lyre  du  premier  bas-relief 
porte  un  mafque  fans  barbe , une  couronne  de 
laurier  & des  cheveux  longs  tombant  en  trefies 
fur  le  col  & fur  les  épaules.  Il  eft  vêtu  d’une 
tunique  qui  tombe  jufqu’à  terre , & qui  couvre 
les  bras  jufqu’au  poignet.  Une  ceinture  très-large 
placée  fur  les  hanches , ferre  foiblement  cette 
tunique,  comme  on  le  voit  à fes  plis  qui  font 
tous  perpendiculaires  , & qui  ne  font  ni  brifés, 
ni  interrompus.  Un  manteau  très-ample  Se  flot- 
tant, pend  des  épaules  du  joueur  de  flûte.  Sa 
chauffure  eft  formée  d’une  femelle  fimple  , liée 
fur  le  pied  avec  des  bandelettes  croifées.  De  la 
main  droite  il  tient  un  pleélrum  aufti  long  que 
le  bras,  pris  depuis  le  coude  jufqu’au  poignet, 
terminé  d’un  côté  par  une  pointe  mouffe  recour- 
bée , & de  l’autre  par  une  feuille  de  lierre , ou 
une  efpèce  de  fer  de  flèche.  Cette  dernière  extré- 
mité du  plectrum  eft  placée  fur  les  cordes  d’une 
grande  lyre  , que  le  joueur  tient  de  la  main  gau- 
che. Enfin  ce  joueur  porte  un  bracelet  au-deffus 
du  coude. 

Le  perfonnage  du  troifième  bas-relief,  qui 
repréfente  la  mufique,  félon  Winckelmann,  eft 
aflis.  II  offre  à peu  de  chofe  près  le  même  cof- 
tume.  Ses  cheveux  font  moins  longs , & une 
bandelette  les  alfujettit  tous  autour  de  la  têre.  Sa 
chauffure  eft.  un  foulier  plein,  calceus  cavus  , 
&c  fon  manteau  eft  fi  ample  , qu’il  couvre  le 
fiége  fur  lequel  il  eft  rejeté  en  partie.  11  faut 
' obferver  ici  la  double  tunique  dont  nous  allons 
parler. 

Sur  la  fculpture  étrufque  , ou  du  moins  com- 
pofée  dans  le  ftyle  étrufque  , paroilfent  trois 
divinités  qui  regardent  une  ftatue  d’Apollon  , 
placée  fur  un  cippe  quarré  vers  lequel  elles  por- 
tent leurs  pas.  Celle  qui  eft  la  plus  voifine  du 
cippe  , & qui  doit  fixer  feule  notre  attention  , 
pince  une  grande  lyre  avec  les  deux  mains  , 
comme  nous  pinçons  aujourd’hui  la  harpe.  Elle 
porte  un  diadème  élevé  fur  le  front , & de  longs  j 
cheveux  tr'effés.  Elle  eft  vêtue  , d’une  tunique  à I 


C I T 

plis  droits,  dcfcendant  jufqu’à  terre,  & par, 
delfus  cette  première  d’une  fécondé  tunique 
terminée  aux  genoux  , & liée  par  une  longue 
ceinture.  Un  manteau  très-ample  & flottant,  def- 
cend  de  fon  épaule  gauche. 

A l’aide  de  ces  trois  defcriptions , nous  allons 
expliquer  facilement  les  paffages  des  anciens  qui 
font  relatifs  aux  joueurs  de  lyre  , de  flûte  , & 
aux  muficiens  publics  en  général.  Leur  man- 
teau étoit  orné  de  bordures  en  or  (Juven.  Sat.  x. 
zio.  J : 

Et  quihus  aurata  mos  efl  fulgere  lacerna.... 

Souvent  il  étoit  de  pourpre  ou  de  couleurs  diver- 
fes  ( Cicer.  Mer  en.  ir.  egj.)  : Uti  citkaroedus  pro- 
dierit  optime  vefiitas  , palla  inaurata  Indutus  , 
cum  chlamyde  purpurea  colorikus  variis  intexta , 
cum  corona  aurea  , magràs  fulgentibus  gemmis 
illaminata. 

Leurs  tuniques  defcendoient  jufqu’aux  talons, 
comme  celles  des  femmes , ce  qui  les  a fait  appe- 
ler quelquefois  floU  (Varr.  de  Re.  Rufiic.  ni. 
15.)  ; Q^uintus  Orphea  vocari  jujfit  , qui  cum  eo 
venijfet  cum  fiola  , & cythara  , & cantare  effet 
Ces  tuniques,  appelées  , ou  tuni- 

ques droites  , parce  que  tombant  jufqu’à  terre , 
elles  avoient  l’air  de  fe  tenir  droites  fans  fou- 
tien  , ont  été  défignées  quelquefois  par  l’addition 
des  mots  farts  ceinture , à {mjifcîre? , dit  Pollux^. 
( vu.  13.).  Apulée  cependant,  décrivant  l’habille^f 
ment  d’un  joueur  de  lyre  , parle  de  fa  ceinture 
grecque  (Florid.p.  791.).  On  peut  accorder  ces 
deux  écrivains , en  difant  que  Pollux  veut  parler 
de  la  ceinture  ordinaire , ^ona  , qui  ferroit  les 
tuniques , & que  ne  portoient  pas  les  joueurs  de 
lyre.  Apulée  , au  contraire , entend  par  ceinture 
grecque  , cette  large  ceinture  que  l’on  remarque 
feulement  aux  perfonnages  de  théâtre , & qui 
ne  ferrant  pas  le  corps , ne  changeoit  point  la 
direéiion  perpendiculaire  des  plis  de  la  tunique 
droite.  Quant  aux  longues  manches  de  cette  tuni- 
que , elles  font  clairement  défignées  dans  le  même 
texte  d’-A^pulée. 

Le  manteau  des  joueurs  de'lyre  & de  flûte  étQir 
remarquable  par  fon  ampleur  & par  fa  longueur. 

Il  traînoit  derrière  eux  , comme  le  dit  Horace 
(^Ars  Poeti.  n.  21  y. 7 ; 

. . . . Eraxitque  vagus  per  pulpita  \-efem. 

On  peut  obferver  aifément  cette  ampleur  aux 
manteaux  des  perfonnages  fculptés  fur  les  trois 
bas-reliefs  que  nous  avons  cités  plus  haut,  & fur 
le  troifième  en  particulier. 

Pour  ce  qui  eft  du  foulier  plein  que  porte  le 
perfonnage  du  troifième  bas-relief,  Libanuis 
( in  vlta  Demofth.  ) , nous  apprend  que  les  joueurs 
de  flûte  paroiffoicnt  fur  la  fcènc  avec  des  chaiif- 


C I T 

fures  de  femmes  , & que  Battuîus  d’Ephèfe  ea 
donna  le  premier  exemple. 

La  coëffare  des  joueurs  de  lyre  n’étoit  pas 
moins  recherchée  que  leur  habillement.  Ils  por- 
toient,  contre  l'ufage  ordinaire,  les  cheveux  longs 
& fr’fés-  Virgile  délîgne  Jopas  par  ce  caradlère 
dillinétir  (^Ænezd.  i.  ~4q..  ) : 

> . . . Cithara  crinitus  Jopas 

J’erjonat  aurata. 


La  fable  fît  de  ce  roi  un  mont  placé  entre  la 
Béotie  & l’Attique , confacré  à Bacchus  & aux 
Mufes.  C’eft  fur  ce  mont  que  les  poetes  ont  mis  la 
fable  d'Aécéon , les  Orgyes  de  Bacchus Amphion 
jouant  de  la  lyre,  le  Sphinx  d’Œdipe,  &c. 

C1THÉR.0N  (Médaille  de  la  ville  de), 
ClTHÆRON. 

CITHERONIA.  Junon  fut  ainfî  nommée  de- 
puis fa  réconciliation  avec  Jupiter  , opérée  par 
le  confeil  de  Citkéron. 


IVîartial  donne  aux  mufîciens  la  même  épithète 

( XII.  49.  I . ) : 

Crlnits.  Line  p&dagoge  turhs,. 

Cette  longue  chevelure  étoit  couverte  d’une 
couronne  de  laurier , que  les  riches  muficièns 
portoient  d’or.  C’eft  avec  ce  laurier  d’or  que 
Lucien  nous  {Adv.  indocîu.m')  nous  peint  le  joueur 
de  lyre  Evangelus , arrivant  à Delphes  pour  dif-- 
puter  les  prix  de  mufique. 

Ce  n’étoit  pas  alfez  d’avoir  palTé  la  plus  grande 
partie  de  la  vie  à fe  perfectionner  dans  le  jeu  des 
inftrumens  , d’avoir  vécu  , pour  conferver  la 
beauté  de  la  voix,  dans  une  continence  forcée 
par  I infertion  d’un  anneau  de  métal  dans  le  pré- 
puce  ( Koye:^  INFIBULATION)  5 un  joueur  de  lyre 
foliicitolt,  avant  le  combat  mufîcal,  les  fuffra- 
ges  de  fes  juges  rigoureux , & témoignoit  par 
l’altération  des  traits  de  fon  vifage , la  défiance 
de  fes  talens , & l’apprehenfion  de  déplaire  au 
nombreux  auditoire  qui  alloit  être  témoin  de  fes 
fucces  ou  de  fa  honte.  Suétone  peint  avec  éner- 
gie le  farouche  Néron  dans  ces  craintes  mortel- 
les (ifer.  c.  zj.  n.  6.)  : «liparloit,  dit-il,  avant 
que  de  commencer  le  combat , il  parlait  à fes 
juges  avec  le  refpecl  le  plus  profond,  les  priant 
d obferver  qu’il  avoir  pris  toutes  les  précautions 
qui  éroient  en  fon  pouvoir  , mais  que  Tévéne- 
ment  dépendoit  du  caprice  de  la  fortune  5 que 
des  hommes  auffi  fages  & aiifll  inftruits  qu’ils 
1 étoient , ne  devoienc  tenir  aucun  compte  du 
pur  hafard.  Ceux-ci  l’exhortoient  à prendre  du 
courage  , & il  les  quittoit  alors  avec  une  conte- 
nance plus  affûtée , &c.  Stc.  == 

CITHAROIDE  , air  de  cithare  , ou  chanfon 
compofée  pour  être  chantée  avec  l’accompagne- 
ment de  cithare. 

CITHEron  , roi  de  Platée  en  Béotie  , paiToit 
pour  1 homme  le  plus  fage  de  fon  tems.  Il  trouva 
le  moyen  de  réconcilier  Jupiter  & Junon,  Cette 
Déelfe , offenfée  des  galanteries  de  fon  mari , 
voulut  rornpre  entièrement  avec  lui  par  un  di- 
vorce  public.  Citkéron,  confulté  furies  moyens 
de  faite  revenir  la  déeffe , confeiila  à Jupiter  de 
feindre  un  nouveau  mariage  ; le  confeil  fut  fuivi, 

réufilt  parfaitemeat. 


CITHERONIUS , furnom  donné  à Jupiter , 
par  la  même  raifon  que  l’on  donna  à Junon  celui 
de  Citheronia. 

CITOYEN.  On  peut  diftinguer  deux  fortes 
de  citoyens  ,\ts  originaires  Sc  les  nacuralifés.  Les 
originaires  font  ceux  qui  font  nés  citoyens.  Les 
naturalifés  , ce  font  ceux  à qui  la  fociété  a 
accordé  la  participation  à fes  droits  & à fes 
franchifes  , quoiqu’ils  ne  foient  pas  nés  dans  fon 
fein. 

Les  Athéniens  ont  été  très-réfervés  à accorder 
la  qualité  de  citoyen  de  leur  ville  à des  étran- 
gers 5 ils  ont  mis  en  cela  beaucoup  plus  de  dignité 
que  les  Romains.  Le  titre  de  citoyen  ne  s’ert 
jamais  avili  parmi  eux  5 m.ais  ils  n’ont  point  retiré 
de  la  haute  opinion  qu’on  en  avoir  conçue , 
l’avantage  le  plus  grand, peut-être,  celui  de  s'ac- 
croître de  tous  ceux  qui  i’ambitionnoient.  11  n’y 
avoir  guères  à Athènes  de  citoyens  que  ceux  qui 
étoient  nés  de  parens  citoyens.  Quand  u.n  jeune 
homme  étoit  parvenu  à l’âge  de-  vingt  ans  , on 
l’enregiilroit  fur  le  regiftre  des  citoyens  , & l’état 
le  comptoir  au  nombre  de  fes  membres.  On  lui 
faifoit  prononcer  dans  cette  cérémonie  d’adop- 
tion , le  ferment  fuivant  à la  face  du  ciel.  Arma 
p.on  dehoneflabo  ÿ me  üdftaniem  , quifquis  iLie  faerit , 

■ focium.  relinquam  ; pugnabo  quoqne  pro  focis  Ù 
aris  , folus  & cum  multis  patriam  neç  turbabo  , 
nec  prodam  ; navigabo  contra  qitamcumqzie  defiina- 
tiis  fuero  regionem  ; folemnitaîes  perpétuas  obfer- 
vabo  q receptis  conjuetidinibus  parebo  , & quafeum  - . 
que  adhuc  populus  prudenter  Jiatuerit  ampleStar  ,• 
& fi  quis  leges  fufeeptas  fufiuierit  , nifi  comproha- 
verit  , non  pertnitiarn.  p tuebor , denique  , folus 
& cum  reliquis  omnibus  , caque  patria  Jacra  colam. 
DU  cognitor&s  , Agrauli  , Enyalias  , M.ars  , Ju- 
piter , &c.  &c.  Plut,  in  peric.  Voilà  un  prudenter , 
qui  abandonnant  à chaque  particulier  le  jugement 
des  loix  nouvelles , étoit  capable  de  caufer  bien 
des  troubles.  Du  refte  , ce  ferment  efi:  très-beau 
& três-fage. 

On  devenoit  cependant  citoyen  d’Athènes  par 
l’adoption  d’un  citoyen  , & par  le  confentement 
du  peuple  ; mais  cette  faveur  n’étoit  pas  ccni- 
miine.  Si  l’on  n’étoit  pas  cenfé  citoyen  avant  vingt 
ans , on  étoit  cenfé  ne  l’être  plus  lorfque  le 
grand  âge  empêchoit  de  vaquer  aux  foncrions 
publiques.  Il  es  étoit  de  mêiue  des  exilés' & des 


7<î  C I T 

basnisj  à moins  que  ce  ne  fût  par  I oftraclûiie. 
Ceux  qui  avoient  fubi  ce  jugement  n étoient 
qu’éioignés. 

Pour  conliituer  un  véritable  citoyen^  romain  j 
iî  falloic  trois  chofes  ; avoir  Ton  domicile  dans 
Rome,  être  membre  d’une  des_ trente-cinq  tribus, 
& pouvoir  parvenir  aux  dignités  de  la  républi- 
que. Ceux  qui  n’avoient  que  par  conceffion  , & 
non  par  naiflance , quelques-uns  des  droits  du 
citoyen,  n’étoient,  à proprement  parler,  que  des 
honoraires.  Voye^  Cité.  Lorfqu’on  dit  qu’il  fe 
trouva  plus  de  quatre  millions  de  citoyens  romains 
dans  le  dénombrement  qu’Augufte  en  fit  faire , 
il  y a apparence  qu’on  y comprend  & ceux  qui 
réiidoient  aéluellement  dans  Rome , & ceux  qui , 
répandus  dans  l’empire , n’étoient  que  des  hono- 
raires. 

Il  y avoir  une  grande  différence  entre  un  citoyen 
8c  un  domicilié.  Selon  la  loi  de  incolis , la  feule 
nailfance  faifoit  des  citoyens , & donnoit  tous  les 
privilèges  de  la  bourgeoifie.  Ces  privilèges  ne 
s’acquéroient  point  parle  temsduféjour.ll  n’y  avoir 
fous  les  confuls  que  la  faveur  de  l’état , & fous 
les  empereurs  que  leur  volonté  qui  pût  fuppléer 
en  ce  cas  au  défaut  d’origine  (Encyclopédie.). 

CITREA  arhor  des  Romains.  V oye:^  Cyprès. 

CITRON.  Appius , dans  fon  traité  de  la  pré- 
paration des  mets , ne  fait  aucun  ufage  des  citrons , 
que  les  Romains  n’aimoient  pas , dit-il , à caufe 
de  leur  goût  acide , & dont  ils  ne  fe  fervoient 
que  pour  éloigner  les  teignes  de  leurs  vêtemens. 
Les  citrons  ne  furent  connus  à Rome  que  vers 
le  tems  où  Lucullus  y apporta  les  cerifes  du 
Pont  ; & l’on  ne  voit  point  de  citrons  fur  les 
anciens  tableaux  repréfentant  des  fruits  , dont 
il  fe  trouve  un  grand  nombre  dans  le  cabinet  de 
Portici. 

Lifter , célèbre  médecin  de  la  reine  Anne , & 
éditeur  du  livre  de  Cœlius  Apicius  ; De  ohfoniis 
és  condimentis  de pve  arte  coquinaria  (Lh.  x.  Lond. 
1705.  zVS®.  ) , fait  fur  cela  plufieurs  remarques 
curieufes  (dans  le  livre  i.  c.  21.').  Il  dit  que  les 
citrons  n’ont  été  connus  que  fort  tard  par  les 
Romains  , & qu’ils  n’étoient  point  ce  qu’on 
appelle  proprement  edalia.  Pline  (/.  xxm.)  aflfure 
que  les  Romains  n’en  faifoient  encore  ufage  de 
fon  tems  que  comme  un  contre-poifon.  Citrn 
contra,  venenuminvino  hibuntur ,vel ipjn,  vel femen. 
Mais  Athénée  {Deipnos.  l.  iii.  c.  7.)  nous  ap- 
prend que  les  Romains , fes  contemporains  , fai- 
foient un  grand  ufage  des  citrons  , qu’üs  regar- 
doient  comme  une  chofe  fort  rare  , & qu’ils 
mcttoient  dans  leurs  vêtemens. 

CITRONNIER  des  Romains  (Prétendu).  Voyex 
Cyprès. 

CIV AUX  (Dans  le  village  de)  près  de  Poitiers, 
on  trouve  un  efpace  de  plus  de  trois  milles  toifes 
quarrées  plein  de  tombes  de  pierres  > prefque 


C ï V 

toutes  à fleur  de  terre , au  nombre  de  fix  à fepj 
mille.  Il  y en  a de  toutes  les  grandeurs.  Elles 
n’ont  ni  fépuiture  , ni  infcriptions.  En  1737,  on 
en  ouvrit  quelques  - unes , dans  lefqueiles  on 
trouva  des  fquelettes , quelques  pièces  de  mon- 
noies,  même  des  médailles  antiques.  La  tradition 
du  pays  les  donne  pour  un  monument  d’une  vic- 
toire remportée  par  Clovis  fur  Alaric  3c  les 
Vifigots.  Le  P.  Routk  , dans  fa  differtation  fur 
cet  objet,  fait  voir  que  les  tombeaux  de  Chaux 
ne  font  point  une  refte  d’antiquité  gauloife  ou 
romaine  5 que  ce  n’eft  point  un  monument  de  la 
viétoire  de  Clovis  fur  Alaric  , mais  qu’ils  font 
les  monumens  d’un  ancien  ci.metière  de  chré- 
tiens. 

CIVIQUE  (Couronne).  On  donnoit  ce  nom 
à une  couronne  de  chêne , que  méritoit  à Rome 
celui  qui  avoir  fauve  la  vie  à un  citoyen  dans 
une  bataille  ou  dans  un  aftaut.  Cette  couronne 
étoit  formée  d’une  branche  de  chêne  garnie  de 
feuilles  & de  glands.  Plutarque  (91.  Q_usfiion. 
Roman.)  rapporte  plufieurs  raifons , qui  ont  pu, 
à fon  avis  , faire  choifir  le  chêne  pour  cet  objet. 
La  plus  vraifemblable  eft  prife  dans  la  facilité 
de  trouver  ce  végétal  en  tous  lieux.  Peut-être 
s’y  eft  il  mêlé  un  principe  religieux,  en  ce  que 
le  chêne  étoit  fpécialement  confacré  à Jupiter  & 
à Junon. 

L’ufage  du  tems  de  la  république  fut  que  le 
citoyen  à qui  l’on  avoir  fauve  la  vie,  plaçât 
lui  - même  la  couronne  civique  fur  la  tête  de 
fon  libérateur.  Aulu-Gelle  (r.  6.),  Polliix(r/. 
57.  ) , attellent  cet  ufage.  Cicéron  en  fait  une 
mention  exprefie  ( pro  Plane,  c.  30.)  .•  At  id  etiam 
gregarii  milites  faciunt  inviti  , ut  coronam  dent 
civicam , & fe  ai  aliquo  fervatos  ejfe  fateantur. 
Volvhe.  ( loco  citato)  ajoute  même  que  le  tribun 
forçoitàfaire  cet  aélede  reconnoifi'ance  celui  qui 
avoit  été  fauve  , lorfqa’il  ne  s’y  portoit  pas  de 
lui-même,  & que  celui-ci  étoit  obligé  pendant 
toute  fa  vie  d’honorer  fon  libérateur  comme  un 
fécond  père , §c  de  lui  rendre  tous  les  devoirs 
d’un  fils. 

Les  empereurs  s’attribuèrent  entr’autres  droits, 
celui  de  diftribuer  les  couronnes  civiques.  Tacite 
en  eft  garant  (Annal,  xr.  11.  y.)  .-  Si  finguUs 
manipularibus  , fait-il  dire  à Corbuloil  , prs-cipua 
fervati  civis  corona  imperatoria  manu  tribueretur , 
quod  illi  & quantum  decus  , ubi  par  eorum  numerus 
adipifeeretur , qui  attulijfent  falutem  , ép  qui  accc- 
pijfent  ? 

Cicéron  fut  décoré  de  la  couronne  civique , 
après  la  découverte  de  la  conjuration  de  Catilina. 
La  flatterie  la  plaça  fur  la  tête  d’Augufte  , & 
plufieurs  de  fes  médailles  portent  pour  type 
cette  couronne  avec  la  glorieufe  légende  : ob 
CIVES  SERVATOS  s.  C.  Cet  empereur  en  tiroit 
tant  de  gloire , qu’il  la  fit  placer  fur  la  porte  de 
fon  palais  , comme  nous  l’apprenons  de  Suétone 


C I Y 

ds  ces  Vers  d'Ovide  (l.  3.  TriH.  Eus.  1.  v. 
3J0  •• 

En,  domus  ksc  , dixi  j jovis  efi  j quod  ut  ejfe 
■putarem 

uiugurzum  menti  querna  corona  dabat. 

Tibère  J plusdifllmuléj  refafala  couronne  civique  , 
que  Ton  vouloir  placer  dans  fon  atrium. 

Les  ibldars  regardoiens  cette  couronne  com- 
îïîe  la  plus  noble  des  récompenfes  militaires- 

CIVITA-TUB.CÎ11NO , eft  une  montagne  de 
forme  obiongue , à trois  milles  au  nord  de  Cor- 
neto  en  Italie.  Le  fommet  -s'étend  comme  une' 
feule  plaine  continuée.  Quantité  de  médailles , 
de  llatues  & d'infcripdons  qu'on  y a trouvées 
en  ditférens  teins  ^ ont  fait  conjecturer  que  c’é- 
toit  dans  cet  endroit  qu’avoir  été  autrefois  la 
ville  puiffante  & célèbre  qui  avoir  donné  fon 
nom  aux  Tarquins.  Aujourd'hui  ce  n'ell  plus 
qu’une  plaine  labourée.  Vers  le  fud  efi  élevée  une 
autre  montagne  j au  niveau  de  Civita-Turchino  ,, 
qui  1 unit  à Corneto  ; le  fommet  en  eft  également 
plat  ^ & forme  une  étendue  de  trois  à quatre 
milles  de  longueur.^  Il  eft  couvert  de  plufîeurs 
centaines  de  petites  élévations , faites  de  main 
d hommes  ; les  habitans  les  . appellent  en  leur 
langue  monti-rotti.  Ôn  en  a ouvert  environ  une 
douzaine  à différentes  reprifcs  j & on  a trouvé 
dans  chacune  des  appartemens  fouterrains  taillés 
dans  le  roc  vif.  Ces  appartement  varioient  pour 
la  forme  & ies  dimenhons  5 tantôt  c'étoit  une 
grande  chambre  d'entrée,  au  bout  de  laquelle  on 
trouvoit  un  très-petit  cabinet  -,  tantôt  la  première 
pièce  n'étoit  qu’une  eipèce  de  veftibule  , d'où 
l'on  etitroit  dans  une  fécondé  beaucoup  plus 
grande.  Quelquefois  le  fouterrain  ne  confilloic 
que  dans  une  feule  pièce,  foutenue  par  une 
colonne  , autour  de  laquelle  on  tournoie  par  une 
ouverture  de  vingt  à trente  pieds.  Quant  à l'entrée 
de  ces  fouterrains , c'étoit  toujours  une  porte 
de  cinq  pieds  de  hauteur,  fur  deux  pieds  & demr 
de  largeur.  Quelques-uns  ne  reçoivent  de  jour 
que  par  l’entrée  5 d’autres  en  reçoivent  encore 
de  la  voûte  , par  une  petite  ouverture  conique 
ou  pyramidale  ; pluueurs  ont  une  efpèce  d'am- 
phithéâtre , ou  petit  parapet  qui  règne  tout 
autour  de  la  muraille , & qui  eft  une  partie  du 
rocher  ainh  taillé.  Quant  aux  antiquités  qu'on 
y.  ce  font  pour  la  plupart  des  vafes  de 

différentes  formes  j on  en  a trouvé  quelques-uns 
dans  des  cercueils  avec  des  offemens  de  morts. 
Du  refte,  les  appartemens  fouterrains  font  plus 
©U  moins  ornés  de  peintures  & d'inferiprions. 
ïi  y en  a trois  fur-tout,  dont  la  partie  fupérieure 
des  murs  eft  chargée  tout  autour  d'un  double  rang 
a inferiptions  etrufques  , avec  des  peintures  au- 
deftbus  , plus  bas  une  forte  d'ornement  qui 
tient  lieu  d architraYÇ.  On  n'y  a point  encore 


découvert  de  bas-reliefs.  Les  peirirutcs  font  à 
trefque  , la  manière  eft  à peu-près  celle  qu’on 
remarque  communément  fur  les  varesiérrufques  , 
quoique  certains  morceaux  femblent  de  beaucoup 
fupérieurs  à tout  ce  qu'on  a vu  jufqu'ici  de  la 
peinture  étrufque.  Le  deftin  en  général  eft  léger  , 
mais  bien  conçu , & propre  à montrer  que  î’artifte 
étoit  capable  de  donner  des  ouvrages  plus  finis. 
U jugeoit  fans  doute  que  plus  de  délicatefte  feroir 
en  pure  perte  dans  un  lieu  fouterrain  £ peu 
éclairé.  On  fait  que  chez  les  Romains,  dans  l’àge 
de  leur  gloire , les  arriftes  employés  à ces  fortes 
d’ouvrages  funéraires,  deftinés  à refter  enfevelis 
dans  robfcurité  d'un  tombeau  , fe  contentoienc 
d’exprimer  fortement  leur  penfée  dans  une  ébau- 
che légère  , fans  fe  donner  la  peine  d'y  mettre  la 
dernière  main.  M.  Jankins,  Angicis  , eft  le  pre- 
mier voyageur  de  fa  nation  qui  ait  vifité  ces  belles 
antiquités  étrufques. 

CIVJTAS.  Voyeq_  CiTÉ  ClTOYElST. 

CIÜS , en  Bithynie,  depuis  Prufias.  kiangî?. 

Hunter  pofTédoit  une  médaille  autonome  de 
bronze  , avec  la  légende  ci-deftiis  , & un  navire  , 
que  M.  Combe  attribue  à dus.  M.  Neumann  en 
a publié  une  fécondé  de  même  métal , fur  laquelle 
on  voit  le  dieu  Lunus. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l'honneur  de  Domitien  joint  à 
Domitia  , de  M.  Aurèle,  de  Vérus,  de  Crifpine  , 
de  Domna  , d'Alex.  Sévère  , de  Maximiri , 
Tranquilline,  de  Trajan-Déce,  de  Trébonien  , 
de  Sévère,  de  Gordien  , de  Gallien. 

CLABA , mafliie  & branche  d'arbre.  Varron 
fde  Re  Ruftic.  l.  40.  & Nonius , iv.  473.)  dit 
des  branches  que  l'on  retranchoit  en  taillant  les 
arbres  : Nam  etiam  nunc  rufiica  voce  intertaliare 
dicitur  divedere  , vel  -excidere  ramum  ex  utraque 
parte  equabiliter  precifum  , quas  alii  clabulas  , alii 
taleas  appellant. 

CLABTJLARE  , chariot  entouré  de  ridelles 
faites  de  branches  d'arbres,  clabulis , pour  retenir 
ies  objets  dont  on  le  chargeoit. 

CLABULARIS  curfus.  Voyeq_  CoURSE. 

CLADEE,  un  des  fleuves  de  la  Grèce,  à qui 
on  rendit  des  honneurs  & un  culte  , félon  Paa- 
fanias.  Sa  ftatue  & fon  autel  étoient  placés  dans 
le  temple  de  Jupiter  à Elis. 

CLADEüTERIES  , fêtes  qu'on  céîébroit  dans 
îe  tems  où  l'on  taiiloit  les  vignes.  Héfychius  en 
fait  mention.  K^iaJsuTJîiusi)!  & , défignent  une 

ferpette  5 c’elt  pourquoi  on  donnoit  aiiflî  à ces 
fêtes  le  nom  de  bîsbaia. 

CL  Alt.  Les  anciens  faifoient  périr  quelquefois 
les  coupables  en  les  plongeant  dans  des  eaux 
croupiffantes , & ies  accablant  du  poids  d'une 
claie  chargée  de  pierres.  On  croit  que  ce  fuppiiee 


7?  C L A 

étoit  employé  fréquemment  à Carthage.  C cft 
pourquoi  Plaute  y fait  une  allufion  directe  dans 
fon  pœnalus  (r.  z.  6y.)  : 

Sub  cratim  uti  jiihcas  fefe  fupponi  , atque  eo 
Lapides  imponi  multos  , ut  fefe  neces. 


Les  Tlomains  les  imitèrent  {Tit.  Livi.  i.  51-  ^ 
IV.  50.).  Les  lâches  & les  infâmes  périffoient 
auffi  fous  la  claie  chez  les  Germains  {Tacit.  Germ. 
c.  11.  n.  Z.)  .■  Ignavos  & imbelles  , & corpore 
infâmes  coeno  , ac  palude  , injecta  infuper  crate , 
rpergunt. 

CLARA  (Dzsia),  fille  de  Didier-Julien. 

Didia  Clara  Augusta. 


Ses  médailles  font  : 
RRR.  en  or. 

RRR.  en  argent. 
RR.  en  G.  B. 

O.  en  M.  B. 


CL IrIU^  ^ \ d’Apollon  qui  avoit 

un  bois  facré  j un  temple  & un  oracle  à Claros, 
en  Ionie , près  de  Colophon.  Voye^  Claros. 


CLARIGATIO. 

CLARIGATION. 


Akdrolepsie. 


CLARISSIMAT.  ’> 

CLARiSSlME.  > Clarilfmus  fut  un  titre 

CLARÎSSIMUS.  y 

d’honneur  très-fréquent  fous  le  bas-empire.  Le 
clarijpmat  avoit  été  inconnu  aux  Romainsdutems 
de  la  république.  On  commença  à nommer  un  fé- 
nateurV.  C.  vir  clarifimus , fous  Tibère  ; car  le 
jurifconfulte  C.Cafîms-LonginusfLe^.  z.  §.  Pen.de 
Origine  Jurif.^tipçelleicsi^.e  époquC:,  pour  la  pre- 
mière fois  J duras  perfonas , les  fiiles  & les  femmes 
des  fénateurs.  Ælius-Marcianus  ^ qui  écrivoit  fur 
la  jurifprudence  fous  le  règne  d’Antonin-Pie , 
appelle  les  fénateurs  cla--ijfmos  viras.  Le  même 
empereur  donne  le  titre  de  clarijjimus  (Leg.  5.  C. 
de  kis  qui  not.  infam.  ) aux  proconfiils.  Les  con- 
fuls  jouirent , à. plus  forte  rai.fian  . du  clarijftmat. 
On  l’érendit  enfuite  aux  gouverneurs  . aux  cor- 
reâeurs  & aux  préfidens  des  provinces , excepté 
celui  de  Dalmatie,  qui  étoit  appelé  perfectijllmus  , 
aux  comtes  du  fécond  ordre  & aux  confuîaires. 
On  le  voit  fouvent  exprimé  dans  les  inferiptions 
par  ces  deux  figles  V.  C. 

CLAROS  3 ville  d’Ionie ^ confacrée  à Apollon, 
que  l’on  y honoroit  d’un  culte  particulier.  Le 
temple  & l’oracle  qu’il  avoit  dans  cette  ville , 
lui  firent  donner  le  furnom  clarien  ou  clarius. 
Quelques  écrivains  les  dérivent  cependant  de  l’ifie 
de  Claros dans  la  mer  Egée,  où  Apollon  avoir 
auffi  un  temple  célèbre. 

Manto  , difoit-on  , fille  du  devin  Tiréfîas  , 


C L A 

avoit  bâti  la  ville  de  Claros  , après  la  prife  de 
Thèbes , fa  patrie  , par  les  Epigones.  Elle  ne 
ceffa  d’y  pleurer  la  deilruélion  de  Thèbes , & fes 
larmes  firent  naître  la  fontaine  de  Claros  , ainfi^ 
appelée  du  mot  grec  , pleurer.  On  a dit 

auffi  que  cette  ville  prit  fon  nom  du  mot  fon^ 
kaüooç  , & en  dorique  xzéjiaj , parce  qu’elle  échut 
à Apollon  par  le  fort.  Tacite  nous  a fait  con- 
noître  la  manière  dont  le  dieu  rendoit  fes  oracles 
à Claros  Annal.  Lib.  il.  c.  54.).  Ce  n’éîoit  point 
une  femme,  comme  à Delphes,  c’étoitun  prêtre 
ignorant , & ne  fachant  pas  même  lire  , que  l’on 
choififfoit  pour  cette  fondion  dans  certaines 
familles  de  la  ville  de  Milet.  On  lui  apprenoit 
les  noms  & le  nombre  des  confultansj  après 
les  avoir  entendus  , il  fe  retiroit  dans  uns 
caverne , buvoit  de  l’eau  de  la  fontaine  formée 
par  hianro  , & il  rendoit  enfuite  les  oracles  en 
vers.  Tacite  ajoute  que  la  fin  prochaine  de  Ger- 
manicus  lui  fut  annoncée  affez  obfcurement , 
difoit-on,  par  cet  oracle.  Si  l’on  en  croit 
Pline  , l’ufage  des  eaux  de  cette  fontaine  àbre- 
geoit  les  jours  du  Prêtre  d’Apollon  (Aê.  il.  c. 
103.). 

Claros  , dans  l’Ionie,  kaafhnqn. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  de  Faulline-jeune. 

CLASSES  ou  centuries  du  peuple  romain. 
Voye-^  Monnoîe  des  Romains  fous  Servies. 

CLASSIARIUS , foldat  de  marine,  matelot 
& pilote.  On  trouve  un  exemple  de  cette  der- 
nière acception , qui  eft  affez  rare , dans  1 hiftoire 
de  la  guerre  d’Alexandrie  {Rift.  c.  iz.)  : Hon. 
jam  virtute  propugiiatorum  , fed  feientia  clajjiario- 
rum  fe  vicias  vident. 

CLÂSSICUM.  Ce  mot  doit  être  rendu,  félon 
les  occafions , par  ceux  de  charge  & de  boutefelle. 
Dion  (/ii.  47.)  a décrit  la  manière  dont  on  fon- 
noit  le  cla0cum  dans  un  camp.  Un  feul  trompette 
( car  les  Rom.ains  en  avoient  dans  l’inlantene 
comme  dans  la  cavalerie)  placé  auprès  de  la  tente 
du  général  ou  de  l’empereur  , donnoit  par  fon 
ordre  le  premier  lignai.  Un  certain  nombre  de 
trompettes  placés  en  rond  autour  des  aigles , 
repondoient  à ce  fignal  ; 8c  fur  le  champ  tous  les 
trompettes  de  toutes  les  cohortes  repondoient  a 
l’envi  le  clcjficum.  . . , 

C’étoitunedesprérogaîivesattachéesà  la  dignité 

im.périale  ou  à celle  du  général , d’avoir  auprès 
de'fa  perfonne  le  trompette  deftiné  à donner  le 
premier  fignal  du  clajjîcum  : Roc  injigne  videtur 
imperii,  dit  Végéce  (i.  ZZ.),  quia  canitur  impe- 
ratore  prsfente. 

On  donnoit  auffi  le  nom  de  clafîcum  à l’air  que 
jouoient  les  trompettes , pendant  que  l’on  punif- 
foit  de  mort  un  foldat  {ibid.)  ; Clajfcum  cani- 
tur , ciim  in  militem  capitaliter  animadvertitur. 

Le  même  mot  délignoit  encore  l’ufage  où  1 oo 


79 


C L A 

croît  à Rome  j de  trcmpeîter  dans  les  carrefours 
un  citoyen  accufé  d’un  crime  capital. 

CLASSICUS.  Ce  mot  nélîgnoit  fur  les  navires 
un  rameur , à Rome  généralement  un  citoyen 
clajfé  par  Servius , & en  particulier  un  citoyen 
de  la  première  clajfe.  On  le  trouve  aufli  employé 
dans  Varron  {deLing.  Latin,  iv-  16.)  pour  déïigner 
le  trompette  chargé  d’affembler  les  clajfes  pour 
les  comices. 

Cx..4ssicv s furnom  de  la  famille  LOLLIA. 

CLASSIS.  Voyei  fî-OTTE. 

Cz,Assis  défigne  quelquefois  une  armée  de 
terre.  Feftus  le  dit  exprelTément  : CLaifis  procinBa, 
exercims  inflruBns. 

CLATRA,  divinité  des  Romains  , qui  avoit 
la  garde  des  grilles  & des  barreaux , clatrorum. 
Viélor  place  dans  la  fîxième  région  de  Rome  , 
un  tem.ple  dédié  à Apollon  & à Clatra.  Muratori 
a publié  (2y.  n.  1.  Tkef.  Infer.')  une  table  de 
bronze  J fur  laquelle  on  lit  Apollcni  Sc  Cla- 
TRÆ  au-deffus  d’un  Apollon  & d’une  figure 
de  femme.  Apollon  eft  reconnoiffable  à fa  tête 
rayonnante  à fa  lyre  & au  foudre.  La  femme 
èft  ccèîFée  avec  le  lotus  5 elle  tient  d’une  main 
un  fîftre  avec  un  ferpent  j 8e  de  Fautre  le  nüo- 
mètre.  On  voit  à fes  pieds  une  proue  de  vaifTeau. 
D’après  ces  attributs , Clatra  feroit  un  furnom 
d’Ifis.  On  ignore  ce  qui  a pu  le  lai  faire  donner. 

CLAKARIUM , don  en  argent  que  faifoient 
dirtribuer  les  généraux  à leurs  foldats , pour  ache- 
ter les  clous  dont  leur  chaufTureétoit  garnie  {Tacit. 
Hiji.  ni.  jO.  7.  ) : Ipfos  in  regione  bello  attrita  , 
inopia  , ô”  feditiofâ,  militum  voces  terrehant , cla- 
varium  (donativi  nomen  eft)  fagîtantium. 

CLAVATA  veftlmenta , dit  Feftus,  funt  vefii- 
menta  davis  intertexta.  C’étoient  le  LATICLAVE 
& Fangusticlave.  Voye-^  ces  deux  articles. 

CLAUDE  I , oncle  de  Caligula. 

Tiberiüs  Claudius  Cæsar  Augustus 
Germa*nicus. 

îes  médailles  font  : 

C.  en  or.  il  y en  a des  revers  R,  “ 

R RR.  reftituées  par  Trajan. 

C.  en  argent. 

RR.  en  médailles  grecques  d’argent. 

RR.  en  médaillons  latins  d’argent. 

RR.  en  médaillons  grecs  d’argent. 

R.  en  médaillons  de  potin  d’Egypte , avec  le 
nom  de  Meffaline,  Sc  fa  figure  debout  au  revers. 

C.  en  G.  B.  de  coin  romain. 

On  y trouve  des  revers  rares. 

C.  en  M.  & P.  B. 

O.  en  G.  B.  de  colonies. 

R.  en  M.  B.  & RR.  avec  les  têtes  de  fes  enfans. 
R.  en  P.  B. 


C L A 

RRR.  en  G.  B.  grec. 

C.  en  M.  B. 

RR.  avec  les  têtes  de  Drufus  & d’Antonia. 

Et  R.  avec  fa  tête  & celle  d’Agrinpine. 

R.  en  P.  B. 

On  trouve  des  médaillons  grecs  de  bronze  de 
ce  prince.  Vaillant  n’en  avoit  pas  connu.  Pellerin 
en  a publié  un. 

Les  tetes  d’Augufte , que  Claude  fît  peindre 
à la  place  des  têtes  d'Alexandre,  fur  deux  tableaux 
qui  repréfentoient  ce  conquérant,  nous  prou- 
vent combien  peu  de  goût  cet  empereur  avoit 
pour  les  arts(P/i/z.  l.  3y.  c.  ^6.).  Mais  curieux 
de  porter  le  nom  de  protefteur  des  lettres , il  fie 
aggrandir  le  muféum  , ou  le  logement  des  favans 
d’Alexandrie  ( Atken.  Deipn.  l.  j.)',  8c  fon  ambi- 
tion fe  borna  à pafTer  pour  un  habile  grammairien. 
Nouveau  Cadmus  , il  voulut  mériter  la  gloire 
d’avoir  inventé  des  lettres  : c’eft  lui  qui  mit  ea 
ufage  le  i,  ou  F renverfée. 

Le  beau  bufte  de  Claude ,xxou\é  aile  Fratocchie 
( Montfauc.  Ant.  expi.  t.  f.  pl.  1 1^.  ) , paiîà  en 
Efpagne  avec  le  cardinal  Girolamo  Coionna. 
Lorfque  le  parti  autrichien , dans  la  guerre  de 
la  fucceflion  d’Efpagne,  fe  futemparé  de  Madrid, 
milord  Gailoway  chercha  ce  bufte  , 8c  apprit  qu’il 
étoit  à l’Efcurial , où  il  le  trouva  fervant  de  con- 
tre-poids à l’horloge  de  l’égiife.  Il  le  fit  enlever 
de-Ià  8c  tranfporter  en  Angleterre. 

Ün  ouvrage  très  - im.portant  du  tems  de  cet 
empereur,  feroit  le  fameux  morceau  nommé  vul- 
gairement le  grouppe  d’Arie  8c  de  Pénis  , dans 
la  Villa-Ludovifi  , fi  la  repréfentation  pouvoir 
s’accorder  avec  cette  dénomination.  Mais  cette 
explication  eft  fauffe.  Voye^  Arie. 

On  voit  à la  Villa-Albani  une  fratue  d’empe- 
reur , vêtue  d’un  vafte  paludamentum , 6c  à la- 
quelle on  a adapté  une  tête  de  Claude. 

Le  veftibule  de  l'hôtel-de-ville  de  Lyon , ren- 
ferme deux  tables  de  bronze , fur  lefquelles  eft 
gravée  la  harangue  que  prononça  Claude  dans 
le  fénat,  en  faveur  des  Lyonhois,  fes  compa^ 
triotes. 

CLAUDE  II,  ou  Je  Gothique. 

Marcus  Aurelius  Claudius  Augustus. 

Ses  médailles  font  : 

RRRR.  en  or. 

RRR.  en  argent  fin. 

RR.  en  médaillons  de  bronze. 

R.  en  P.  B. 

RR.  à peu-près  du  modèle  de  G.  B,  de  la  colonie 
d’Antioche  de  Pifidie. 

RR.  en  médailles  grecques  de  G-  B. 

RR.  en  G.  B.  d’Egypte  , de  la  forme  des  mé- 
daillons. 

C.  en  M.  & P.  B,  de  la  même  fabrique. 

C.  en  P.  B.  latin.  Il  y a dans  ces  modules  des 
revers  rares  , tels  que  celui  qui  a pour  légende 
REGI  ARTIS. 


§©  C L A 

On  ne  eonnoît  point , depuis  ce  régné  Jufqu  a 
celui  de  Dioclétien , de  médaillés  d argent  fin. 

CLAUDIA  ou  CLODIA,  famille  romaine, 
dont  on  a des  médailles. 

RR.  en  or. 

C.  en  argent. 

R.  en  bronze. 

Les  furnoms  de  cette  famille  font  AISERhl- 
HUS  , CENTHO  , DRUSUS  , GLUCIA  , 
MAR  CE  LL  US , NER  O , PUL  CHER. 

Goltzius  en  a publié  quelques  médailles  incon- 
nues depuis  lui. 

CLAUDIA  , veftale  dont  la  réputation  étoit 
devenue  équivoque.  Elle  trouva  une  occafion  de 
faire  preuve  de  fa  vertu,  qu  unair  trop  libre,  joint 
au  grand  foin  de  fe  parer , avoir  rendu  fufpeâer 
Le  peuple  romain  ayant  fait  apporter  de  Phrygie 
à Rome  la  ftatue  de  Cybèle , on  dit  que  le  vaif- 
feau  s^’arrêta  tout  court  à l’embouchure  du  Tibre , 
fans  qu’on  pût  le  faire  avancer.  On  confulta  l’o- 
racle des  Sybüîes,  qui  dit  qu’une  vierge  devoir 
le  faire  entrer  dans  le  poit.  Claudia  fe  préfenta  , 
adrelTa  tout  haut  fa  prière  à la  déelTe  5 & ayant 
arraché  fa  ceinture  au  vaiiîeau  , elle  le  rit  avancer 
fans  réfiftance , ce  qui  la  fit  admirer  de  tout  le 
monde. 

La  juftification  miraculeufe  de  cette  veftale , 
eft  repréfentée  fur  un  médaillon  de  Fauftine- 
lïière  J qui  eft  au  Vatican , & qui  avoir  appartenu 
au  cardinal  ,Albani  (^Numifm.  Card.  Alex.  Albani. 
tab.  27.  n.  3.). 

On  la  voit  aulTi  fur  un  autel  du  muféum  capi- 
tolin , où  Claudia,  la  tête  couverte  avec  fa  palia, 
tire  un  navire  fur  lequel  Cybèle  eft  affife.  Syn- 
tychefit  élever  ce  monument,  en  action  de  grâces 
de  la  fanté  qu’elle  croyoit  avoir  recouvrée  par 
la  vertu  de  Cybèle  Salvia  , pour  Salutifera , 
& de  fon  navire,  quelle  appelle  auffi  Salvia 
dans  le  même  fens, 

JvîATRI  DEUM  ET  NAVI  SALVIÆ 
SALVIÆ  VOTO  SUSCEPTO 
CLAUDIA  SYNTYCHE 

D,  P. 

Claudia  , fille  de  l’empereur  Claude. 

On  trouve  le  nom  de  Claudia  fur  une  médaille 
grecque  , rapportée  dans  le  tréfor  britannique  de 
Hajm  , tome  2,  pag.  18). 

Claudia  , fille  de  Néron. 

Diva  Claudia  Neronis  Filia. 

Les  médailles  où  l’on  voit  fon  nom  font  : 

RRR.  en  P,  B.  On  y lit  autour  d’un  temple  : 
DIVA  CLAUDIA  NERon/T  fiUa  ; au  revers  : 
DIVA  POPPÆA  , à l’entour  d’un  autre  temple. 
Et  fur  une  autre  médaille  : POPPÆA  AUG.  , 
avec  deux  temples , comme  fur  b médaille  prér 
cédente. 


C L A 

Claudia  {Aqua).  Hoye^  ClAUDIENNE. 

CLAUDIAS , en  Cappadoce.  KAAYAiEaîC. 

Hunter  polTédoit  une  médaille  autonome  de 
bronze , avec  certe  légende-,  & une  femme  à 
tête  tourrelée , afflfe , que  M.  Combe  attribue  à 
Claudias. 

CLAUDICONIUM,  dans  la  Lycaonie,  kaay- 
AEÎKONIEfîN. 

Cette  ville  a fait  frapper  une  médaille  impé- 
riale grecque  en  l'honneur  de  Néron  {Pellerin , 
il.  141.). 

CLAüDIENNE  ( l’eau  ) , aqua  claudia.  Caligula 
voyant  que  les  fept  aqueducs  de  Rome  ne  fufîi- 
foientpas  pour  les  befoins  & le  luxe  de  cette  grande 
ville  , rit  venir  l’eau  qui  porta  le  nom  de  Claude , 
fon  fucceffeur,  fous  le  règne  duquel  les  aqueducs 
de  l’eaa  claudienne  furent  achèves  , 1 an  8co  de 
la  fondation  de  Rome.  Cette  eau  étoit  très  bonne, 
& prefqu’autant  que  l’eau  Marcia.  Elle  arrivoit 
à Rome  fur  le  mont  Ccelius,  d’où  Néron  la  fit 
conduire  dans  fon  palais  par  le  moyen  d’un  aque- 
duc , dont  on  voit  quelques  reftes  fur  le  mont 
Cœlius.  Deux  fources  fournilTc-ient  l’eau  clau~ 
dieniLî  ; l’une  commençoit , félon  Pline , à 40 
milles  de  Rome,  fur  le  chemin  de  Sublacum,  8c 
fe  réunilfoit  à 8 milles  de  Rom.e  à une  fécondé, 
pour  arriver  enfemble  par  la  porte  Majeure.  De- 
là Peau  claudienne  tournoit  vers  la  bafilique  de 
Latran , & fe  diftribuoit  enluire  au  peuple  vers 
le  remple  de  Claude , que  l’on  croit  être  aujour- 
d’hui Saint-Etienne-le-Rond. 

Le  gourmand  Virellius  préféroît  l’eau  claii- 
dienne  , à toutes  les  autres  dont  Rome  s’abreu- 
voit. 

CLAUDIOP  QLIS  ,àûr.sh  Lycaonie.XAAYAio. 

Vaillant  attribue  à cette  ville,  exclufivement 
à Claudiopolis  d’ifaurie  , des  médailles  impéna- 
ics  grecques,  frappées  en  l’honneur  de  Faultine, 
jeune,  de  Gordien-Pie,  de  Tranquüline , de 
Claude  Gothique. 

Claudiopolis  , dans  l’Ifaurie.  KAAYAIOIIO- 
AEITPX.  ^ , 

Cette  ville  a fait  frapper  ces  médailles  irnpe- 
riales  grecques  en  l’honneur  de  Domuien,  d Ha- 
drien , d’Antonin , ce  Caracalla. 

CLAVE.  Vçyei  Clavus. 

CLAHIGER,  furnom  d’Hercuie,  à caufequH 
portoit  la  maffue. 

porte-clefs.  Ebyïç  Clef. 

CLAUSÎUS,  dieu  qu’on  inroquoit  en  fermant 
une  porte.  Patulcius. 

CLAVUS.  11  n’eft  aucun  objet  fur  lequel  les 
antiquaires  aient  eu  des  opinions  auiu  oppofe^* 
que  fur  le  clavus  , dont  la  largeur  plus  ou  moins 
' grande , établififoit  la  diftinélion  entre  le  Laticlavc 
ôç  V angufiiclave.  Une  fgaile  de  ces  opinions 

aujourd’lnii 


C L A 

aujoarJ’hui  avoir  été  embralTée  par  îe  plus  grand 
nombre  des  antiquaires  j nous  i'expofe'rons  plus 
bas. 

Sigonius  (^de  Judic.  iil,  19;)  ^ Zamoski  {de 
Sénat.  Roman.  1 . 1 8.  ) j & Egnatius  ( in  Lamprid.) , 
ont  dit  que  le  clavus  étoit  fous  ia  forme  de  fleurs. 
Mais  on  fait  que  les  hommes  libres,  fi  f on  excepte 
les  débauchés  , ne  portèrent  jamais  à Rome  des 
habits  ornés  de  fleurs.  On  n°en  vit  jamais  qu’aux 
femmes  & aux  efeiaves. 

Accurfe  ( ad  Leg.  §.  ff.  de  Aur.  & Arg.  Leg.  ) 
& {Comment.  Reip.  Rom.  il.  3.  & riii. 

4.  ) ont  pris  les  clavus  pour  des  fibules  , des 
bulles  3 ou  de  petits  globes  d’or  & de  pourpre, 
que  Ton  coufoit  vers  la  poitrine.  Ce  fentiment 
eft  dIus  extraordinaire  que  le  premier.  Dans  le 
grand  nombre  de  ftatues  , reprefentant  des  con- 
fu.aires , 6c  des  hommes  vêtus  de  la  toge  , qui 
fubfiltent  encore  , on  n’en  voit  aucune  qui  porte 
aucune  fibule, bucun  globule  faillant.  Il  eft  d’ail- 
leurs certain  que  les  Romains  garnirent  de  clavas 
de  pourpre  des  nappes  & des  ferviètes , ce  qui 
les  auroit  rendu  d’un  ufage  fort  incommode , 
fi  les  clavus  avoient  eu  quelque  relief. 

A ces  deux  opinions  , qui  font  .infoutenabîes, 
a fuccédé  celle  qui  regarde  les  clavus  comme  des 
morceaux  de  pourpre,  coufus  au-devant  de  ia  tuni- 
que des  fénateurs  & des  chevaliers.  Elle,  eft  feule 
d’accord  avec  les  paffages  des  auteurs  latins , 
qui,  en  parlant  des  clavus  ^ font  toujours  men- 
tion de  tunique  , de  pourpre  & dè  couture.  Acron 
dit  {in  Horat.  Sut.  1.  j.  3 J.)  : Latum  clavum 
purpuram  dicit,  que  'in  peclore  extenditur  fenato- 
rum  : gr&ci  vocant.  Varron  {de  Ling. 

Lat.  VIII.  §.  37.'!  parle  exp'refle ment  de  pièces 
coufues  à la  tunique  : Siquis  tunicam  in  uj'u  ita 
confuit  , ut  altéra  plagula  Jît  angufiis  davis , 
altéra  lotis  : utraque  pars  in  fuo  genere  caret  ano- 
logia.  Ulpien  défigne  auffi  les  clavus  comme  des 
pièces  coufues  aux  habits  ( l.  veflimentum  } 
Inflits, , piclurs.,  clavique  qui  veftibus  infuuntur. 
La  pourpre  du  clavus  eft  exprimée  dans  le  com- 
mentane  d’ Acron , cité  plus  haut , & dans  le 
vers  d’Horace  que  ce  commentaire-explique  : 

Induitur  humeris  cum  lato  purpura  clavo. 

Les  morceaux  de  pourpre  coufus  à la  tunique 
des  fénateurs  & des  chevaliers , étoient-ils  ronds , 
ou  longs  comme  des  bandes  ? Oélavien  Ferrari 
{de  Re  Ÿ efi.  ) afiure  qu’ils  étoient  ronds  , & il 
fe  fonde  fur  la  fignificafibn  propre  du  mot  cla- 
vus , qui  défigne , félon  lui , un  clou  à tête 
ronde , tels  qu’étoient  ceux  des  portes  du  pan- 
théon. Mais  on  peut  lui  faire  deux  objections 
très  - fortes  , auxquelles  il  feroit  impoffible  de 
repondre  d’apres  fes  principes.  D’abord  clavus 
n eft  pas  toujours  pris  dans  l’acception  panicu- 
îiere  adoptée  par  Ferrari.  Vitruve  parle  de  clous, 
auxquels  il  donne  l'épithète  mufeariiÿ  ou  ces  clous 
Antiquités  , Tome  IJ. 


C L A Si 

avoient  leurs  têtes  façonnées  en  figures  de  mou- 
ches , ou  i’expreffion  de  Vitruve  défigne,  comme 
le  penfent  plufieurs  philologues,  des  chevilles  de 
bois , c’eft-à-dire , des  morceaux  de  bois  d’une 
épaifleur  à très-peu  près  égaie,  & fans  tête.  Dans 
ces  deux  cas , on  voit  que  Ferrari  a donné  trop 
de  latitude  à l'exprelTion  ordi.naire  de  clou.  Il 
eft:  certain  d’ailleurs  que  l’on  ne  voir  point  ordi- 
nairement de  ces  omemens  ronds  aux  tuniques 
des  figures  repréfentées  dans  les  peintures  anti- 
ques. 

. On  peut  aiTurer  que  les  clavus  étoient  des  baa- 
des  de  pourpre,  coufues  à la  tunique  par-devant , 
& qui  defeendoient  de  la  poitrine  aux  genoux- 
Cette  pofition  perpendiculaire  empêche  de  les 
confondre  avec  les  limèus  , ou  bandes  qui  por- 
toientlenom  de  méandres , quand  elles  formoient 
des  entre -lacs.  Nous  apporterons  d’abord  une 
preuve  de  fait  : dans  le  grand  nombre  de  figures 
peintes  dans  les  plafonds  & les  voûtes  des  cata- 
combes , qui  font  deffinées  dans  le  Roma  fotte- 
ranea  de  Bofio  , la  plupart  font  vêtues  de  tunià 
ques  ornées,  de  deux  bandes  perpendiculaires  , 
d’une  couleur  différente  de  celle  du  fond. 

A cette  preuve  de  fait,  nous  allons  joindre  des 
textes  clairs  & précis.  Acron  , cité  plus  haut, 
dit  que  le  clavus  s’étend  fur  le  fein  des  fenateurs  : 
In  peciore  extenditur  fenatorum.  Ut  purpurs,  diï 
Quintiiiea  , en  parlant  du  laticlave , rea'e  defeen- 
dant.  Horace  eft  plus  exprelSf  encore  ( Sat.  I4 
6.  28.)  : 

. , . . Latum  demijit  peUore  clavum. 

D’après  des  paffages  aufti  clairs,  il  eft  démontré 
que’  les  clavus  étoient  des  bandes  de  pourpre  , 
coufues  perpendiculairement  fur  le  devant  de  la 
tunique  aes  fénateurs  & des  chevaliers , & dont 
la  plus  grande  ou- la  moindre  largeur  diitmguoic 
ces  deux  ordres. 

Le  mot  clavus  s’appliqua  par  la  fuite  aux  ban- 
des de  pourpre  dont  on  orna  les  nappes  , les 
ferviettes  & les  couvertures  des  lits.  Martial  ftic: 
d’une  nappe  ainfi  ornée  (rr.  46.  17.)  : 

Rt  lato  varlata  rtiappa  clavo. 

Voyei  Angusticlave  & Latîclavs. 

CLAXENDIX.  Prifeien  (v.  7.  fipp.)  dit  qus 
ce  mot  défignoit  une  efpèce  de  coquille , doct 
on  couvroiî  les  fceaux  , ^gilla  , pour  les  coa- 
ferver. 

CLAZOMÉNE,  en  Ionie.  kAazomenicm.- 

Ses  médailles  autonomes  font  : 

RRRR.  en  or Réllerin. 

RRR.  en  argent. 

C.  en  bronze. 

Ses  types  ordinaires  font  un  cygne  , un  béîiei?" 
couché  ou  debout , un  fanglier  ailé  à mi-corps.,  ' 


fz  CLE 

Cette  ville  a fait  frapper  ; fous  rautorité  de 
fes  préteurs  ^ des  médailles  impériales  grecques 
en  Tbonneur  d'Auguite  , de  Livie  , de  Claude, 
de  Titus,  d'Hadrien,  de  Doihna,  de  Géra,  de 
Valéiien , de  Gallien. 


^ClIdOMANCe/}  divination  qui 

fe  pratiquoit  avec  des  clefs.  KPis/f  veut  dire  clef 
en  grec,  & fcccv-nia,  divination.  On  ne  trouve  que 
le  nom  de  cette  divination  , & l’on  ignore  com- 
ment elle  fe  pratiquoit. 

CLÉDONISME , efpèce  de  divination  qui 
étoit  en  ufage  parmi  les  anciens- 

On  n’eft  pas  d’accord  fur  l’objet  & la  manière 
de  cette  forte  de  divination  , parce  que  le  mot 
grec  xAîjJ®»,  duquel  eft  formé  clédonifme , fe  prend 
en  plulieurs  fens  : i'’.  pour  un  bruit,  rumor  ; 
i^.  pour  un  oifeau  , avis  ,•  & 3 pour  un  dérivé 
du  verbe  x-Xcta , & par  contraéiion  xAa»,  qui  ligni- 
fie évoquer.  De-là  les  auteurs  donnent  plulieurs 
lignifications  au  mot  clédonifme.  Les  uns  préten- 
dent que  c’étoit  une  efpèce  d’augure  ou  de  pré- 
fage  , tiré  des  paroles  qu’on  avoir  entendues.  Au 
rapport  de  Cicéron  , les  Pythagoriciens  obfer- 
voient , avec  une  attention  fcrupuleufe  , non- 
feulement  les  paroles  des  dieux , mais  encore 
celles  des  hommes , & étoient  perfuadés  que  la 
prononciation  de  certaines  paroles  caufoit  des 
malheurs  j par  e.xemple  , fi  l’on  prononçoit  le 
mot  incendie  dans  un  repas’;  c’eft  pourquoi  ils 
difoient  un  domicile , au-lieu  d’une  prifon , & 
les  Euménides  , au-lieu  des  Furies.  Le  clédonifme , 
pris  en  ce  fens  , revient  à une  autre  efpèce  de  divi- 
nation nommee  onomancie.  Foye^  ONOMANCIE. 

D’autres  foutiennent  que  par  clédonifme , il 
faut  entendre  un  augure  tiré  du  chant  ou  du  cri 
des  oifeaux  ; & que  c’eft  en  ce  fens  qu’Horace 
a dit  : 


Impios  parrjt  recinentis  omen, 
Et  Virgile  ; 


• • • • Cavn  pr sdixît  ai  ilice  comix. 

Ce  qui  ne  diffère  point  de  la  divination  appelée 
mrnithomancie.  Voye^  ORNITHOMANCIE. 

Enfin  quelques-uns  difent  que  le  clédonifme  , 
pris  dans  le  troifième  fens,  étoit  la  même  chofe 
que  1 évocation  des  morts._  C’eft  le  fentiment  de 
Glycas  ; ce  Nam  x.XtS'cf  , dit-il  , vocari  geniorum 
» per  excantationes  certas  attraéllonem , & è fublimi 
» deduaionem.^  DeduBâ  voce  a zXa  , quod  idem 
x>ft  cum  xAeeS  , evoCO.  30  Voyez  ÉVOCATION  & 
NÉCROMANCIE. 


CLEF.  Euftathe  (ad  Odyjf.  /r.)  attribue  Tin- 
vention  des  clefs  aux  Lacédémoniens  ; jufqu  à 
eux , on  n avoir  fermé  les  portes  , félon  lui  , 
avec  des  nœuds,  Pline  , qui  vivoit  philieurs 


CLE 

lîècles  avant  ce  commentateur  , indique  un  ccr-' 
tain  Théodore  de  Samos  pour  l’inventeur  des 
clefs  {vu.  jé.). 

Le  bois  femble  avoir  été  la  première  matière 
qui  fervit  à faire  des  clefs.  C’étoit  fans  doute  un 
fimple  crochet  , que  l’on  introduifoit  dans  I3 
porte  par  un  trou , & à l’aide  duquel  on  foule- 
voit  ou  reculoit  une  efpèce  de  pêne  ou  de  verrou. 
Les  habitans  de  certains  cantons  du  Limoufin  , 
ferment  encore  aujourd’hui  de  cette  manière  leurs 
étables  & écuries.  S.  Auguftin  parle  de  clefs  de 
bois  {de  DoBrin.  Chrift.  iv.  II.)  ; Quid  prodefi 
davis  aurea  , fi  aperire  quod  volumus  non  poteft  f 
Aut  quid-  obefl  lignea  , fi  hoc  potefi  ? Dans  ce  paf- 
fage , il  fait  aufli  mention  de  clefs  d’or.  Mais 
les  plus  communes  étoient  de  bron7e  ; l’on  en 
voit  un  grand  nombre  de  cette  matière  dans  le 
cabinet  de  Sainte-Geneviève , & dans  toutes  les 
collecfions  d’antiques. 

La  forme  des  clefs  antiques  varie  à l’infini  j 
mais  celles  qui  font  les  plus  remarquables , ont 
leurs  tiges  terminées  d’un  côté  par  le  panneton , 
& de  l'autre  par  un  anneau.  Quelques  antiquaires 
ont  cru  y reconnoître  les  clefs  dont  les.  maris 
faifoient  préfent  à leurs  nouvelles  époufes , au 
moment  où  elles  entroient  dans  leur  maifon , 
pour  leur  annoncer  qu’elles  alloient  être  chargées 
de  la  garde  & du  foin  du  ménage.  1 eftus  a re- 
connu une,  autre  allégorie  dans  cette  tradition 
des  clefs  faite  par  les  époux  ; il  Ta  prife  pour  un- 
fouhait  relatiF'à  la  facilité  de  l'accouchement  t 
Ad  fignificandam  partûs  facilhatem.  Loriqu’ un- 
Romain  faifoit  divorce  avec  fon  époufe , il  lui 
reprenoit  ces  clefs  ( Cicer.  Pkilipp.  il.  28.  ) 
M-imam  fias  res  fibi  kabere  jujfit  ex  xii  tahulis  .- 
davis  ademit , exegit.  De  même  Tépoufe  rendoit 
les  clefs  au  mari,  quand  elle  vouloir  s’en  féparer 
( Ambrof.  Epifi.  6y  ) : Mulier  cffejifa  daves  remi~ 
fit , domum  revertit.  La  coutume  de  jeter  les  clefs 
& une  bourfe  fur  la  tombe  du  mari , à l’hérédité 
duquel  la  femme  renonçoit , qui  étoit  établie  en 
France  dans  le  moyen  âge , prenoit  fon  origine 
dans  cet  ufage  des  Romains. 

Quoique  les  Romaines  fufiènt  chargées  des 
clefs  de  leur  maifon , elles  n’avoient  pas  cepen- 
dant celles  de  la  cave.  Fabius  Piétor  racontoic 
dans  fes  annales,  dit  Pline  {xiv.  13.),  que 
dans  les  premiers  tems  de  Rome , une  femme 
ayant  forcé  une  armoire  pour  y prendre  les  defs 
du  cellier,  fut  condamnée  par  fa  famille  à mourir 
de  faim. 

Dans  les  lîècles  du  luxe  , les  Romaines  char- 
geoient  du  foin  de  leurs  clefs  un  efclave  , qui  les 
fuivoit  en  portant  ce  gage  de  confiance-  Martial 
raille  agréablement  Eucifon  , qui  , malgré  fes 
richefles  , pouffbit  l’avarice  & la  défiance  au 
point  de  n’ofer  confier  fes  clefs , félon  l’iifage,  ^ 
un  ferviteur , & de  les  porter  toujours  lui-meme 
( iS-  ) • 


CLE 

Eqziztl  Juperbo  , nohili  ^ locupltti  , 

Ctciait  repenie  magna  de  finu  davis. 

ÎSMjnqziam  , Fabulle  , nequior  fuit  davis. 

La  c/e/ laconique  étoit,  félon  quelques  phi- 
lologues ^ une  clef  d'une  forme  particulière  , & 
félon  d’autres  , une  efpè.ce  de  fauiîe  def  Les  i 
Romains  défîgnoient  les  fàufTes  clefs  par  l’épithète 
adklteri..  Ovide  parle  de  l’ufage  qu’en  faifoient 
les  amans,  des  femmes  mariées  {^Art.  Amani. 

l^omins  cùm  doceat  j quîd  agamus  y adultéra 
davis. 

Quelques  philologues  fe  fervent  du  mot  caria, 
pour  défigner  une  faajfe-def  ; & iis  s’appuient  de 
l’autorité  de  Fèftus-Avienus  j qui  s’en  fert  dans 
l’expiicition  des  vers  d’Aratus,  où  le  poëte-aftro- 
nome , voulant  peindre  la  foible  lumière  de  Caf- 
fiopée,  dit  qu  elle  ne  paraît  pas  plus  dans  le  ciel , 
qu'une  clef  carienne  dans  une  ferrure  : 

Lux  hehes  efl  matri  , vix  qualem  caria  quondam 

Noverit  intrantem  per  claufira  fonantia  clavem. 

Les  divinités  égyptiennes  & grecques  portent 
fouvent  des  clefs.  ÎSous  allons  expliquer  ces  fvm- 
boles. 

De  tous  les  attributs  que  portent  les  dieux  de  l’E- 
gypte^ il  n’en  eft  point  d’aulfi  difficile  à interpréter 
que  leprétendii  tau , appelé  crux anfata  parles  an- 
tiquaires 5 il  n’en  ell  aucun  dont  les  auteurs  j qui 
ont  fait  des  fyftêmes  fur  les  antiquités  j aient 
■donné  des  explications  plus  extraordinaires.  Cet 
attribut , formé  d’une  croLx  furmontée  d’un  cer- 
cle , fe  trouve  ordinairement  fur  les  obélifques 
dans  la  main  d’Ofiris , & fouvent  dans  celles  des 
ftatues  d’Ilîs.  Ecoutons  fur  cet  objet  Kircher. 
«x  Les  habitans  du  Nil  apprirent  les  propriétés 
» miraculeafesdutaUjdesHébreux,qui]es  tenoient 
M des  patriarches  J comme  ceux-  ci  les  avoient  ap- 
M prifes  d’Adam , auquel  dieu  lui-mêm.e  les  avoir 
»=  enfeignées. (XircÂerf  ObelifcusV ampkilius , pag, 
=3  368.).  Ce  favant  en  cherche  l’explication  dans 
la  cabale  des  Juifs;  & il  fait  repréfenter  les  quatre 
élémens  par  les  bras , le  fommet  & le  pied  de  la 
croix.  Ruffin  & Suidas  avoient  déjà  trouvé  dans 
cet  attribut  le  fymbole  évident  de  la  vie  future, 
défignée  autrefois  , félon  eux , aux  Patriarches 
& aux  Hébreux  fidèles,  par  cette  croix  furmontée 
d’un  cercle.  Kircher  n’a  eu  garde  d’omettre  cette 
explication  ^ qui  rentroit  dans  l’ordre  des  vérités 
théologiques , gravées  , félon  lui  , fur  tous  les 
obélifques.  On  la  retrouve  dans  Jablonski  même, 
oui  s’efî:  d’ailleurs  fouvent  éloigné  des  opinions 
de  Kircher. 

Cleyron  f Journal  f rom  grand  Caire  W'i  it:cnt  by 
tkg  Prcfetto  ofEgypt.  j dit  qucJa  croix  cgyptienr.e 


CLE  S3 

repréfentoît  un  inftrument  de  jardinage  , deftiné 
a planter  des  végétaux  , un  plantoir  en  un  mot. 
C’étoit  une  bouffole  , ü l’on  en  croit  Hewart 
( Tkéolog.  Payenne , part.  i.  pag.  ii.) , cité  pse 
Aî.  PaW  (Reck.Phil.fur  lesEgypt.  & les  Chinois.'), 
qui  rapporte  enfuite  fon  opinion  particulière, 
cc  Aujourd'hui,  dit-i! , il  n’y  a pas  de  favant  qui 
x>  ne  fâche  que  cette  célèbre  croix  à anfe , qui 
» reparoît  tant  de  fois  dans  les  hiéroglyphes,  eft 
« une  repréfentation  fort  voilée  de  la  partie  géni- 
» taie  de  l’homme  : c’eft  enSn  le  phallus  ; de  forte 
" qu  on  ne  peut  prefque  réfléchir  férieufement  à 
» la  prodigieufe  bévue  d’Hévvart  ; car  il  7 a , 

» comme  l'on  voit,  une  diftance  affez  grande  du 
M phallus  à la  bouffole.  Je  m’étonne  mêm.e  qu’ii 
» ne  fe  foie  pas  apperçu  que  ce  ligne,  foit  Ample, 

” foit  compofé  J eft  tourné  en  tous  fens  fur  les 
” obélifques , Sc  vers  tous  les  points  cardinaux 
« du  monde.  Lorfqu’on  le  voit  fufpendu  au  cou 
» des  figures , alors  fon  extrémité  regarde  la  terre, 
«?  précifément  comme  les  Indiens  portent  aujour- 

d’hui  fur  la  poitrine  le  lingam , qu’on  fait  être 
» une  repréfentation  du  même  objet,  mais  beau- 
» coup  moins  voilée.  « 

Après  une  affertion  auffi  pofitivede  M.  Fax?, 
il  fembleroic  que  la  croix  égyptienn^ne  deman- 
deroit  plus  aucune  explication  , & que  l’on  ne 
pourroit  s’empêcher  d’y  reconnaître  le  phallus. 
Nous  avons  cependant  encore  des  doutes;  nous 
ne  trouvons  même  aucune  reffemblance  entre  la 
croix  égyptienne  & le  phallus  , & moins  encore  ■ 
entre  cet  attribut  & \t  lingam  des  Indiens,  ainfi  que 
tout  le  monde  peut  s’en  convaincre  par  la  fîmple' 
infpecrion  de  ces  monumens.  Nous  allons  propo- 
fer  une  explication  plus  fîmple  & plus  naturelle 
de  cet  attribut.  Heureufement  que  le  comte  de 
Caylus  l’a  entrevue , en  difant  que  c’étoit  peut- 
être  une  clef!  Si  nous  n’avions  cette  égide  pour 
nous  couvrir  , nous  ferions  expofés  aux  traits 
aigus  que  M.  Pavv  s’eft  plu  fouvent  à lancer,  fans 
motifs,  ou  d’après' les  prétextes  les  plus  frivo- 
les , fur  les  gens  de  lettres  les  plus  reipeéta- 
bles. 

On’voit  au  muféutn  du  Capitole , deux  Ifts  de 
marbre  , beaucoup  plus  grandes  que  nature  , 8c 
travaillées  dans  le  ftyle  imité  des  anciens  Egyp- 
tiens. Elles  tiennent  l’une  & l’autre  une  d^ 
antique,  relies  que  nous  en  offrenttous  les  muféura 
connus.  Ces  clefs  font  compofées  d’un  anneau, 
par  lequel  on  les  tenoit , & c’eft  ainfi  que  les 
figures  des  obélifq-ues  portent  la  croix  égyptienne  ; 
d’un  ciroifillon  , dont  lés  deux  branches  plus  ou 
moins  prononcées  foutiennent  Panneau  ; d’une 
tige  & d’un  panneton.  Cette  dernière  partie  de  la 
clef  paroîr  à une  des  deux  Ifis;  mais  à l’autre  elle 
eft  effacée  par  la  tige , qui  eft  placée  fur  une  même 
ligne  entr’elie  & l’ceii  du  rpeéfareur.  Cette  pofi- 
tion  de  la  cfe/'anrique  à la  fécondé  ïfîs,  lui  donne 
une  r.-rffenibiance  p-arfaite  avec  la  croix  furn-ion- 
tée  d’un  cercle  , ou  le  préiendu  tau  .des  figures 

L ij 


l4  CLE 

d'Ofiris  & d’Iiîs.  M.  Anquetiî  a retrouvé  a ail- 
leurs entre  les  mains  des  Indiens  une  croix  fans 
panneton,  furmcntée  d'un  cercle,  qui  leur  fervoit 
iiabituellenient  de  clef. 

Winckelmann , qui  dans  fon  admirable  Hîftoire 
de  l'Art  che-^  les  Anciens  (!.  2.  c.  2.),  a fi  bien 
développé  les  caractères  des  divers  ftyles , eft  le 
premier  qui  ait  fait  difiinguer  celui  des  anciennes 
figures  égyptiennes,  d'avec  le  ftyle  imité  des  tems 
pollérieurs , & fur-tout  du  règne  d'Hadrien.  Il 
reconnoît  ces  deux  Ifis  de  marbre  pour  uii  ouvrage 
grec , fait  à Rome  dans  le  haut-empire.  Nous 
pouvons  donc  conclure  avec  certitude  que  fous 
les  empereurs,  & les  artifies  grecs,  & les  Romains 
qui  les  faifoient  travailler , & les  prêtres  égyp- 
tiens qui  initioient  les  Romains  aux  myftères  des 
divinités  du  Nil , croyoient  que  la  croix  égyp- 
tienne n'étoit  qu'une  fimple  clef , puifqu’ils  l'ont 
remplacée  par  celle-ci  dans  les  mains  des  deux  Ifis 
du  Capitole. 

Au  relie , cette  opinion  n’étoit  pas  particulière 
aux_  Grecs , qui  exerçoient  à Rome  les  arts  du 
defîin.  Elle  avoit  été  celle  des  habitans  de  la 
Grèce , dans  les  beaux  jours  d’Athènes  & de 
Lacédémone.  Iis  plaçoient  des  clefs  dans  les 
mains  d’un  grand  nombre  de  leurs  divinités , que 
cet  attribut  faifoit  appeler  psne-cUfs , ; 

tels  étoient  Minerve , Hécate  , le  Soleil  & l’A- 
mour. Ces  attributs,  apportés  anciennement  dans 
ja  Grèce  avec  les  divinités  qui  remplacèrent  Ifis , 
Ofiris  , & les  autres  dieux  égyptiens  , s’y  con- 
fervèrent  long-tems  ; mais  leur  véritable  fignifi- 
cation  n’y  fut  jamais  connue,  ou  elle  fe  perdit, 
parce  qu'il  n’y  avoit  point  encore  d'écrivains. 
On  tirera  cette  conclufion,  en  examinant  lafutilité 
des  raifons  que  les  poètes  des  fiècles  pollérieurs 
fubftituèrent  aux  traditions  égyptiennes.  Proclus 
(v.  5.  Apud.  Fabric.  Bîbl.  Gr.  vol.  «S-  p.  ycS.  ) , 
dans  fon  hymne  au  Soleil , lui  donne  pour  attri- 
but une  clef,  parce  qu’il  ouvre  les  portes  du  jour. 
Caliimaque  Obf.  in  Calllm.  pag.  y8i-) 

en  donne  une  pareille  à Minerve , parce  qu’elle 
favoit,  félon  Efchyle  (Eumenid.  v.  850.),  trou- 
ver les  ch  fs  de  l'endroit  où  Jupiter  dépofoit  fon 
^foudre.  La  c/e/ dans  les  mains  d'Hécate  à triple 
vifage,  défignoit  celle  du  Tartare.  C’étoit  fans 
doute  la  même  raifon  qui  fit  nommer  Eaqiie  porte- 
tlef , x.Xr,ctZxos , fur  une  infcription  rapportée  par 
Lluratori  (.Thef.  Infer.  p.  Dans  l'Hippo- 

ïthe  d’Euripide  (v.  538.,) , l’Amour  ell  le  porte- 
slefàe.  l’appartement  de  Ténus , fa  mère  ; 

'TeJ'  7sts 

4Si>\.TaT0V  ô-aXlfeen 

'3.'i<yAo'ëx‘^.  . . , 

Cette  allégorie  ingénieufe  n’a  pas  befoîn  d’êrre 
expliquée  ; mais  elle  nous  fait  comprendre  l’in- 
îïutioa  de  rawteur  de  i’iiymae  à l'Amour,  attri- 


CLE 

bué  à Orphée  , qui  l’appelle  auifi  porte  - clef. 
L’artille  qui  a gravé  une  belle  fardoine  de  là 
colledlion  de  Stofeh  (/F.  clajfe  , n°.  730.  ) , ^ 
amplifié , fi  l’on  peut  parler  ainfi  , cette  même 
allégorie,  en  faifant  porter  à un  Amour  un  trouf- 
feau  de  clefs , au-lieu  d’une  feule  que  lui  avoient 
donnée  les  anciens  poètes  grecs. 

C'eft  ainfi  que  les  fiècles  pollérieurs  ont  dou- 
blé le  foudre  de  Jupiter  , le  gouvernail  de  h 
Fortune  , le  vifage  de  Janus,  d’Acca-Laurentia , 
qu’ils  ont  triplé  même  le  corps  d’Hécate,  de 
Géryon  , la  tête  de  Cerbère  , &c.  8cc.  On  a cru 
fans  doute  donner  une  plus  grande  idée  de  la 
puiffance  des  dieux , en  multipliant  & les  attri- 
buts qui  les  indiquoient , & les  figures  qui  les 
repréfentoient.  Cette-caufe , puilée  dans  la  nature 
de  l’efprit  humain  , expliqueroit  peut-être  natu- 
rellement le  goût  inné  des  Afiatiques , confidérés 
depuis  rionie  jufqu’aux  pays  qui , habités  autre- 
fois par  les  Sim , le  font  aujourd  hui  par  les- 
Chinois  & les  Japonois , pour  les  Rames  char- 
gées de  plufieurs  têtes,  de  plufieursbras ou  deplu- 
fieurs  corps.  Mais  cette  explication  fimple  pourra 
déplaire  à ces  écrivains  toujours  emprelfes  a re- 
poulfer  les  chofe?  qui  fe  préfentent  d elles- 
mêmes  à l'efprir , tandis  qu’ils  adrnetrent  les  abfur- 
dités  les  plus  révoltantes , & qu’ils  tourmentent 
de  la  manière  la  plus  cruelle  & la  plus  arbitraire 
les  anciens  auteurs , pour  les  ren^e  complices 
des  égareraens  de  leur  imagination. 

Si  nous  voulions  rapporter  tous  les  attributs 
que  tiennent  les  figures  égyptiennes,  à 1 agricul- 
ture , nous  pourrions  ici  nous  étayer  du  témoi- 
gnage de  Cleyton  , qui  a reconnu  dans  la  croix 
égyptienne  un  plantoir , un  inflrument  du  jar- 
dinage J mais  nous  lailTerons  cette  explication 
détournée , pour  embrafler  celle  du  comte  de 
Cayliis , & nous  croyons  avec  lui  que  c’étoit 
une  fimple  clef  Ainfi  le  penfoient  les  artifies  des 
fiècles  pollérieurs , qui  ont  fculpré  les  deux  Ifis 
du  Capitole  j ainfi  i’avoient  penfé  les  Grecs  des 
anciens  tems  , qui  donnèrent  la  clef  d Ifis  a 
Minerve  & à Hécate  , divinités  par  lefquelles  ils 
remplaçoienc  l’ifis  égyptienne  ; & la  clef  d’Ofiris 
au  Soleil , qui  le  repréfentok. 

Qu’efi-ce  que  les  anciens  habitans  de  l’Egypte 
avoient  voulu  défigner  en  métrant  une  clef  dans 
les  makis  d’Ofiris  & d’ifis  ? Nous  le  trouverons 
en  étudiant  les  dogmes  des  Egyptiens.  Plutarque 
dit  que  ce  peuple  ’plaçoi':  régions  du  midi 

fous  la  direèlion  immédiate  d’Ofîris,  & les  con- 
trées du  nord  fous  celle  de  Typhon , dont  la  rner 
étoit  l'écume  fatale.  De-là' vient  qu’ils  regardè- 
rent le  Nil  comme  un  écoulement  d’Ofiris.  C’étort 
donc  ce  dieu  qui  amenoit  de  l’Ethiopie  en 
Egypte  les  eaux  du  fleuve  falutairej  c’étoit  lui 
qui  ouvrok  les  canaux  defiinés  à les  répandre  , 
& les  réfei-voks  où  l’on  en  confervok  une 
Une  clef  n’étoit-elle  pas  le  fymbole  naturel  de 
cette  opération,  à laquelle  les  Egyptiens  rappot- 


CLE 

tcient  tous  îes  phénomènes  de  la  nature  & tous 
leurs  dogmes  religieux  ? 

Ofîris  d’aiiîeurs  étoit  la  force  productive  de 
la  nature  , ce  qui  étoit  indiqué  par  fon  attitude 
©fefcène,  que  les  Grecs  & les  Latins  rappelèrent 
dans  les  fiatues  du  dieu  des  jardins.  Une  clef  deve- 
Roit  encore  fon  ft-mbole  fous  ce  nouveau  rap- 
port. Quejques  Grecs  , & plufieurs  antiquaires 
modernes  à leur  exemole,  ont  paru  fe  rapprocher 
de  notre  explication  en  donnant  à cet  attribut 
le  nom  du  phallus  , avec  lequel  il  n'a  cependant 
aucune  reffemblance  fenfible. 

Quant  à Ifis,  que  les  Egyptiens  croyoïent  être 
la  Lune  ^ elle  pouvoir  , à ce  titre  , porter  aulTi 
une  clef;  car  e'étoit  à la  Lune  quhis  attribuoient 
les  accroiffemens-  du  Nil , parce  qu'ils  la  faifoient 
fouveraine  des  vents  ^ & fur-tout  des  vents  du 
Kîidi  J toujours  favorables  à ces  accroilfeTnens. 

N'étoienr-ce  pas  afiez  de  raifons  pour  lui  don- 
ner le  même  attribut  qu  à Oliris,  conlîdéré  comme 
le  père  du  Nil  ? 

Llef  fur  les  médailles  des  ifles  Cleides  (On 
voit  une). 

Clef  des  fêtes  mobiles. 

ce  Les  anciens  appeloient  ces  clefs , c laves  ter- 
mînorum.  Nous  les  appelons  les  clefs  des  fêtes 
■mobiles  j parce  qu'on  s'en  fervoit  autrefois  pour 
connoître  quels  jours  du  mois  tomboient  les  fêtes 
mobiles  , le  dimanche  de  la  fepruagéfîme  , ie 
premier  dimanche'de  carême  ^ le  jour  de  pâques  ^ 
le  dimanche  des  rogations  , & enfin  le  jour  de  la 
pentecôre.  On  trouve  ces  clefs  marquées  parmi  les 
dates  de  quelques  chartes.  Voici  la  manière  dont 
les  anciens  en  faifoient  ufage.  ” 

cc  Suivant  leur  langage  ^ le  terme  de  la  feptua- 
géfime  étoit  le  7 janvier;  celui  du  prem.ier  diman- 
che de  carême,  le  28  du  même  mois;  celui  de 
pâques,  le  ii  mars;  celui  des  rogations,  le  15 
avril  ; celui  de  la  pentecôte  , le  29  du  même 
mois.  C'efl;  de  ces  jours  fixes  qu'il  falloir  partir, 
©u  commencera  compter,  pour  trouver  les  jours 
de  ces  fêtes  mobiles  par  ie  moyen  de  ces  clefs. 
Un  exemple  rendra  ceci  plus  intelligible.  L'année 
535  de  Jéfus-Chrift , comme  on  ie  voir  dans  la 
sable  chronologique,  avoir  i y pour  des  fêtes 
mobiles.  Je  veux  favoir , par  l'ufage  de  ce  nom- 
bre , quel  jour  tomboit,  en  cette  année  535  de 
Jéfus-Chrift  , le  dimanche  de  la  feptuagéfime.  Je 
commence  par  compter  un  le  7 janvier  , deux  le 
8,  & ainfi  de  fuite  jufqa'à  15  inclufivement , ce 
qui  me  conduit  jufqu'au  21  de  ce  mois  auffi  in- 
eluiîvement.  Le  dimancho  après  ce  21  eft  celai 
de  la  feptuagéfime  ; & je  vois  par  la  lettre  domi- 
nicale, qui  eft  B,  que  ce  dimanche  eft  le  23 
janvier,,  parce  que  la  lettre  dominicale  B répond 
à CS  quantième.  Cette  opération  faite , j'en  fais 
une  fécondé  , en  commençant  par  compter  un  ie 
28  janvier,  & je  fuis  conduit  par  mon  nombre 
i J jufqii’au  1 1 féyrisî  iaclufivemsiiE,  Le  diijaauche 


CLE  85 

qui  fuit  ce  jour  , eft  le  premier  dimanche  de 
carême;  & toujours  par  ma  lettre  dominicale  B, 
je  trouve  que  ce  dimanche  tomboit  la  533=  année 
de  .Téfus-  Chrift  , le  1 3 février.  Je  fais  une  troilième 
opération  femblable  aux  deux  premières  , en 
commençant  par  compter  un  au  1 1 mars  , & je 
trouve  que  le  jour  de  pâques  tomboit  le  27  du 
même  mois.  J'en  fais  une  quatrièmepour  compter 
un  le  ly  avril , & je  trouve  que  le  dimanche  des 
rogations , qui  eft  le  cinquième  après  pâques , 
étoit  le  I mai.  Enfin  je  fais  une  dernière  opéra- 
tion en  commençant  par  compter  un  le  19  avril, 
& je  trouve  que  le  jour  de  la  pentecôte  tomboit 
le  IJ  mai  de  la  533^  année  du  Sauveur.  Tel  eft 
l'ufage  que  îes  anciens  faifoient  des  clefs  des 
fêtes  mobiles.  Pour  m'afiurer  de  la  certitude  de 
ce  calcul , je  jette  îes  yeux  fur  le  calendrier  B de 
notre  calendrier  folaire  perpétuel , où  pâques 
tombe  le  27  mars , & où  toutes  les  fêtes  mobiles 
de  l'année  font  marquées  ; & je  trouve  que  j'ai 
fort  bien  rencontré  , en  me  fervant  des  clefs 
dont  nos  anciens  faifoient  ufage  pour  indiquer 
les- jours  où  ces  fêtes  tomboient,  d'où  je  conclus 
que  leur  méthode  étoit  bonne.  Mais  je  fuis  dif- 
penfé  de  m'en  fervir,  ayant  aujourd'hui  un  calen- 
drier perpétuel  , qui  m'indique  toutes  les  fêtes 
mobiles  & immobiles  fans  la  moindre  opératiqn 
(^r Art  de  vérifier  les  dates.').  » 

CLEIDES  , ifles.  Sans  infcription. 

Leurs  médailles  autonomes  font  ; 

RRRR.  en  bronze.  . . . Fellerin, 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Le  fymbole  de  ces  ifles  eft  une  clef,  & leur 
type  eft  un  aigle  volant, 

« Cette  médaille  doit , par  fon  type  qui  repré- 
fente une  clef  antique  , appartenir  aux  ifles  Clei- 
des , du  mot  , qui  fîgnifîe  une  clef.  Elle  a 
d'ailleurs  au  revers  un  oifeau  volant , qui  étoic 
le  type  commun  des  monnoies  de  plufieurs  autres 
ifles  & villes  maritimes  , comme  de  Seriphus  „ 
Siphnus  ^M.alea  , Scc.  Les  Cleides  étcient  fituées 
près  de  i'ifle  de  Chypre , vis-à-vis  un  promontoire 
qui  port  oit  le  même  nom.  Les.  anciens  ne  font 
pas  d'accord  fur  leur  nombre.  Il  n'y  en  avoit  que 
deux,  félon  Strabon.  Pline  en  compte  quatre. 
C'eil  de  Larnaca  en  Chypre  que  cette  médaille 
eft  venue  ( Comte  de  Caylus , J.  pL  jj.  6.).  » 

CLEIDOMATIE.  Voyej  Clédomantie. 

CLÉîfîENCE  , vertu  mife  au  rang  des  divini- 
tés. Il  fut  réfoiu  , dit  Plutarque,  de  b-âtir  on. 
temple  à la  Clémence  de  Céfar  ; & en  effet , on 
en  voit  un  fur  une  de  fes  médailles.  Les  fymboîes 
de  la  Clémence  font  un  rameau  , la  patère  & Is 
hafte  pure.  Ciaudien  dit  que  cette  divinité  ne 
doit  avoir  ni  temple,  ni  ftatue,  parce  quelle  ne 
doit  habiter  eue -dans  îes  coeuTs.  îi  fait  de  îs 
Çléramce  uns  bellê  defcripüaii  dans  lâa  goissse 


tty  CLE 

fur  le  premier  confulat  de  Stélicon  ( il.  <5.  ) : 

Principio  magni  cufios  Clementîd  mundi  , 
ÇluijavisincoliiitiOTmm,q^iiA  temperat  nhram 
Frigoris  & FLammu  medium,  quAmaxima  nam 
Ccelicolam , ( nam  prima  chaos  Clementia  folvit 
Congeriem  miferata  radem  , vultuque  fer eno 
Difcujji  tenebris  in  lucem  fecula  fadit) 

Hac  dea  pro  remplis  , & thure  calentibus  aris 
Te  fruimr. 

Il  dit  ailleurs  (de  Conful.  Manl.  n.  iGj.)  : 

Nonne  vides  , ut  nofira  foror  Clementia  trifies 
Ohtundat  gladios. 

La  bafe  de  la  flatiie  de  la  Clémence  étoit  dans 
Athènes  un  lieu  d’afyle. 

CLEMMATERES , vafes  à boire,  petits, 
'creux,  fans  pied  Sc  fans  oreilles.  Athénée  (lib. 
XI.)  en  fait  mention,  & dit  qu’ils  fervoient  aux 
Galles  confacrés  à Cybcle.  KèPteaxa  défgnent  en 
grec  des  farmens  ; & l’on  peut  conjedturer  , 
d’après  l’étymologie  , que  les  clemmateres  en 
étoient  ornés. 

CLÈO.  Voye^  ThÉtis. 

CLEOBIS.  Foyei  Biton.  Ces  deux  frères,célè- 
bres  par  leur  piété  filiale , avoient  à Argos  {Pau- 
fan.  l.  i.  p.  lyjO  deux  Itatues  de  marbre.  On  les 
voit  fur  une  pâte  antique  du  baron  de  Stofeh 
( IV.  clajfe , n°.  17.  ) , traînant  fur  un  char  au 
temple  de  Junon  leur  mère  décrépite.  Béger  a 
publié  un-  deffm  de  ce  m.ême  fujet  ( Spicileg. 
Ant.p.iag].). 

CLEOBULE.  Voye^  Cléopâtre. 

CLÉODÉE,  fils  d’Hyllus,  petit-fils  d’Hercule, 
fut  un  des  héros  à qui  la  Grèce  érigea  des  monu- 
mens  héroïques  ( Herodot.  l.  7.  ). 

CLÉODICE,  femme  d’Himère.FoyfçHiMÈRE. 

CLEODORE-,  Nymphe  oui  fut  aimée  de  Nep- 
tune , dont  elle  eut  Yzxni&  {Paufan.  lib.  10.). 
Voye[  ClÉOPOMPE  , PARNASSE. 

CLÉODOXA  , une  des  fept  filles  de  Niobé , 
qui  périrent  par  la  colère  de  Latone  , félon 
Appollodore. 

CLÉOMÉDE  d’Aftypalée  , étoit  fi  vigoureux 
Sc  fi  fort , qu’étant  entré  un  jour  dans  une  école, 
donc  le  plancher  étoit  foutenu  par  un  fort  pilier, 
d’un  coup  de  poing  il  renverfa  le  pilier , 8e 
écrâfa  une  troupe  d’enfans  qui  étoient  dans  cette 
école.  Se  voyant  enfuite  pourfuivi  par  les  parens, 
il  fe  jeta  dans  un  coffre  , qu’on  ne  pur  jamais 
ouvrir  fans  le  mettre  en  pièces  ; mais  on  n’y 
trouva  plus  Cléomids.  Qn  eut  recours  à i’oraçle 


C L E 

pour  le  confulter  fur  cet  événement.  S:  la  Pythie 
répondit  que  Cléom'ede  etoic  le  dernier  des  demi- 
dieux.  En  conféquence  de  cette  réponfc , Jej 
Grecs  érigèrent  à Cléom'ede  des  monumens  héroï- 
ques. Plutarque  rapporte  cette  fable  à l’occafioa 
de  l’enlèvement  de  Romulus  dans  le  ciel,  & met 
ces  deux  fables  fur  le  même  niveau  ( Paufan  i» 
Eliac.  ). 

CLEONÆ  , dans  l’Argolide.  kAeq. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  forÆ  : 

RRRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Cleonæ,  dans  l’Achaie.  KAEi2NAiî2N. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  de  Commode , de 
Domna , de  Caracalla , de  Géta , de  Plautille. 

CLÉOPÂTRE,  femme  d’Antiochus  VIII,  roi 
de  Syrie. 

Les  médailles  fur  lefquelles  elle  eft  jointe  à 
Antiochus  VllI , font  : 

RRR.  en  argent. 

C-  en  bronze. 

O.  en  or. 

Cléopâtre  , femme  d’Alexandre  Bala , roi 
de  Syrie. 

Ses  médailles  font: 

RRRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Cléopâtre  avec  Juba,  fils,  fon  époux,  mî 
de  Numidie. 

Ses  médailles  font  : 

RR.  en  argent. 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Cléopâtre  feule. 

Ses  médailles  font  : 

RRR.  en  argent. 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Cléopâtre  II , mère  de  Ptolémée  VIII  & 
de  Ptolémée  IX , roi  d’Egypte.  BASZIAISSHS 
KAEOnATPAS. 

Ses  médailles  font  : 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Cléopâtre  , dernière  reine  d’Egypte. 

CLEOPATRA  REGINA  REGUil  FiLjORUM: 
Regum. 

Ses  médailles  font  : 

RRR.  en  or , fuppofé  qu’on  en  trouve  indubi- 
tables. 

RR.  en  argent. 

RRR.  en  médaillons  d’argent,  au  revers  d’An- 
toiae. 


CLE 

îî  y a nn  coin  faux  qui  eit  difrt'rent  des  Cifto- 
p’iores. 

RR.  en  M.  B.  latin  ^ ou  d'Egypte. 

RR.  en  P.  B.  latin , ou  d'Egypte. 

Deux  Itatues  de  femme  couchées , Tune  auBelvé- 
dère  & rautreàlaVilla-Médicis^porîentlenomde 
Cléopâtre,  parce  qif  on  a pris  leurs  bracelets  pour  des 
ferpens.  Elles  repréfentent  vraifemblabîement  des 
nymphes  endormies  ^ ou  le  repos  de  Vénus  ainfi 
qu'un  favant  Ta  obfervé  il  y a long-tems  ( Stepk. 
Pigk.  in  Schotti  Itin.  Ital.  p.  jzô.).  On  dit  cepen- 
dant que  Cléopâtre  fut  trouvée  morte  dans  une 
attitude  pareille  ( Galen.  ad  Pifon.  de  Theriaca  , 
c.  8- p.  941.  £dit.  Charter,  t.  13.),  Du  refte  , la 
tête  de  la  première  figure  n'a  rien  de  remarquable  j 
elle  eft  même  un  peu  de  travers.  La  tête  de  la 
fécondé , que  quelques-uns  vantent  comme  une 
merveille  de  l’art , & qu'ils  comparent  aux  plus 
belles  têtes  de  l’antiquité  (PC.chardfon  , Traité  de 
la  Peint,  t.  Z.  p.  206.  ) j eft  indubitablement  mo- 
derne j & de  la  main  d'un  artifte  qui  n'a  jamais 
eu  d’idée  nette  ^ ni  du  beau  de  la  nature  ^ ni 
de  celui  de  Fart.  Au  palais  Odefcalchi  on  voyoit 
autrefois  une  figure  abfolumenr  reffemblante  à cel- 
les-là 3 & comme  elles  au-defliis  de  la  grandeur 
naturelle  ; elle  a paffé  en  Efpagne  avec  les  autres 
ftatues  du  même  cabinet  { Hiji,  de  V Art.  Uv.  6. 
ck.  G.'). 

Cléopâtre  ou  Cléobuîe  , fille  de  Borée  & 
d’OrithyC;,  femme  de  Phinée. 

Cléopâtre  j fem.me  de  Méléagre.  Voye:^  Al- 
cyons^ Méléagre. 

CLÉOPOMPE  /père  de  Parnafte.  Voye^  Par- 
nasse. 

CLÉOSTRATE  jeune  homme  de  Thefpie 
en  Béotie  j qui  la  délivra  ^ par  fa  mort , d’un 
monftre,  auquel  il  falloit  donner  tous  les  ans 
un  jeune  homme  à dévorer.  Voye^  Thespie.- 

CLEPSIAMBE.  Héfychius  & les  autres  Lexico- 
graphes grecs  difent  que  ce  mot  défignoit  dans  le  i 
poète  Alcman  des  chanfons  particulières  , ou  de 
petits  poèmes  que  l'on  chantoit  en  certaines  oc- 
cafions  particulières. 

CLEPSL4NGOS.  Ariftoxène  mettoit , félon 
Athénée  ^ le  depfimgos  au  nombre  des  inftrumens 
étrangers  aux  Grecs,  telsquele  phœnix,  le  peclis, 
la  magade,  la  fambuque,  le  trigone,  le  fcindapfe 
& Fennéacorde. 

CLEPSYDRE.  Ayant  trouvé  les  cadrans  folai-  ■ 
tes  J les  anciens  ne  poflfédoient  pas  encore  le 
moyen  de  mefurer  toujours  le  tems  5 car  ils  ne 
pouvoient  s'en  feivir  que  dans  le  jour  8r  par  u.n 
tems  ferein.  Pour  y fuppléer  dans  la  nuit  & dans 
î abfence  du  foleii  > on  inventa  Izclepfydre , efpèce 
de  faoüer  , dans  lequel  Feau  produiibît  le  même 
effet  que  le  fable, a produit  depuis.  Les  Egyptiens 
paroiftent  en  avoir  été  les  inventeurs.  Horus- 
Àpoii©  ÇH’.ercgl,  cap.  15.)  dit  que  les  prêtres  ds  s 


CLE.  S7 

{ cette  nation  employoient,  pendant  la  nuit,  de® 
kydrofcopes  , ou  horloges  à eau,  pour  faire  leurs 
obfervations  aitronomiques.  11  ajoute  qu’elles  fe 
vuidoient  exactement  eu  un  jour  équinoétiaî  5 ce 
qui  paroit  moins  extraordinaire  que  la  forme 
bizarre  donnée  à ces  machines  par  les  prêtres 
égyptiens,  c’étoit  celle  d'un  linge  qui  urine. 

Les  Grecs  reçurent  probablement  des  .Egyp- 
tiens la  connoiflance  des  clepfydres  , avec  celle 
des  autres  arts.  Les  Athéniens  s'en  fervoient 
dans  l'aréopage,  pour  mefurer  le  tems  que  dé- 
voient employer  les  avocats  de  Faccufé  & de 
Faccufateur.  Un  officier,  nommé  Eçié’nù , avoir 
Finfpeélion  des  clepfydres , & annonçoit  la  fin 
du  tems  accordé.  Les  avocats  avoient  foin  de 
n'en  pas  perdre  un  feui  inftant  ; & nous  voyons 
dans  Démofthène  & les  autres  orateurs  grecs  , 
que  Fon  fufpendoit  l’écoulement  de  la  clepfy- 
dre , pendant  qu'ils  lifoient  ou  faifoient  lire  les 
loix  qu’ils  citoient , ou  quand  il  furvenoit  quel- 
que affaire  étrangère  à leurs  caufes.  L’on  voit 
auffi  dans  ces  orateurs , qu’il  éroit  permis  à celui 
dont  le  plaidoyer  n’avoît  pas  rempli  tout  le  tems 
accordé  par  Fufage  , d'en  céder  le  refte  à un 
autre  orateur,  c'eft-à-dire  , de  lui  céder  une  par- 
tie de  fon  eau  : difoit  le  premier, 

^ Si  Fon  en  croit  Pline  (/.  7.  c.  60.)  Scipion 
Nafica  inventa  les  clepfydres  à Rome  : Tune  Sdpio 
Tiafica  , collega  L&natis  primas  aqua  divifit  horas 
&que  noctiam  ac  dierum.  Mais  la  fuite  de  ce  paf- 
fage  fait  voir  qu’il  s'y  agit  d'une  depfydre 
publique  : Idque  horologium  fub  teBo  dicavit  , 
anno  urbîs  595  : tamdiu  populi  romani  indifereta 
lux  fuit.  Les  orateurs  ne  parlèrent  bientôt  plus 
à Rome , comme  à Athènes  , que  pendant  un 
efpace  de  téms  mefuré  par  la  depfydre.  Cet  ufàge, 
qui  étoit  appelé  diclio  ad  depfydram  , caufa  la 
corruption  de  l'éloquence , félon  Quintilien  ( xii. 
ô.  ) , & félon  Fauteur  du  livre  de  V Orateur  (c, 
38.  n.  I.). 

On  employa  dans  les  armées  romaines  la  clep^ 
fydre  , pour  mefurer  les  veilles  de  la  nuit.  Le 
primipile  obfervoit  cette  machine , & annonçoiî 
les  différentes  veilles.  Céfar  fait  mention  des 
mefures  d eau  dans  fes  commentaires  (de  Bell. 
Gall.  V.  13.  §.  4.)  : Nos  nihil  de  eo  percunSa~ 
tionibus  reperiebamus  , nifi  eertis  ex  aqua  men-~ 
furis  breviores  ejfe  noBes  , quam  in  contin.ep.ti 
videbamus.  V^égèce  parie  exprefîément  des  dep~ 
fydres  militaires  (/i/.  8.  ) .•  Ideo  in  quatuor  parus 
ad  depfydram  funt  divifa  vigilia  , ut  p.ort  amplius 
quâm  tribus  koris  noBurnis  neceffe  fit  vigilare. 

L’Egypte  , qui  avoir  vu  paroître  les  premières 
clepfydres , les  vit  auffi  jperfeéiionner  par  Ctéfî- 
bius  d’Alexandrie , qui  vivoit  dans  le  fecoîKl 
fiècle  avant  Jefus-Chrift,  fous  le  règne  de  Pto- 
lémée  Phyfeon.  Ce  machinifte  célèbre  fit  mou- 
voir, par  la  chute  de  Feau  des  clepfydres  , des 
roues  dentées  , qui  communiquoisnt  leur  koï.- 


S8  .CLE 

vement  à une  colonne.  L’eau 
abaiifoit  une  petite  llatue , qui  j ^ 
baguette , indiquoit  les  mois  àc  les  heures , gra- 
vés fur  la  colonne  tournante.  Vitruve  a décrit 
plulîeurs  autres  efpèces  d horloges  à eau  tres- 
compliquées  en  apparence. 

On  dérive  le  nom  de  clepfydre  des  mots  grecs 
xA2îr7ïO'  J dérober  leau. 

Sur  un  des  deux  bas-reliefs  du  palais  Mattéi , 
qui  repréfentent  les  noces  de  Thétis  & de  Pelee, 
félon  Winckelminn  {Mor.umenti  antichi  ineditï), 
Morphée  tient  une  clepfydre. 

Clepsydre.  On  lit  dans  Athénée  (^lihro  iv. 
Deipnofopk.^  qu’il  y avoir  un  inllrument  de 
mulique  à tuyaux , appelé  clepfydre  , inventé  par 
Ctéfibius,  barbier  de  prbfelîîon  j mais  favant 
dans  l’art  de  conftruire  des.  inftrumens  hydrauli- 
ques , & qui  avoir  laiffé  un  traité  fur  cet  art. 
Voici  la  defcription  qu’ Athénée  donne  du  clep- 
fydre. 

« Cet  inltrument,  affez  femblable  par  fa  figure 
à un  autel  rond  ^ doit  être  mis  au  nombre  des  , 
inftrumens  à tuyaux  ; les  ouvertures  des  tuyaux 
croient  tournées  vers  l’eau , de  manière  qu’en  • 
l’agitant  ^ le  vent  produit  par  cette  eau  , faifoit 
rendre-un  fon  doux  aux  tuyaux.  Il  y avoir  des 
efpèces  de  balanciers , qui  paffoient  au-delà  de 
l’inftrument.  « Il  paro'it  par  cette  defcription  que 
c’étoit  un  véritable  orgue  hydraulique.  Autfi 
Athénée  conclut-il  fa  defcription  par  ces  mors  : 

« Voilà , Oulpian  ! tout  ce  que  je  peux  dire  de 
M l’orgue  hydraulique.  » 

CLÉROMANTIE  , forte  de  divination  qui  fe 
faifoit  par  le  jet  des  dés  ou  des  oflelets.  Hercule 
avoir  un  oracle  à Dura  dans  l’Achaie  dont  les 
répontes  fe  rendoient  en  jetant  quatre  dés.  Le 
Prêtre  répondoit  fuivant  les  nombres  que  l’on 
avoir  amenés. 

Ce  nom  eft  compofé  de  KX?fcç,fortj  & de  fiailtU, 
divination. 

CLEROPECTÆ , îe.mmts  cpn  fe  mantroîent 
à Rome  dans  les  jeux  publics  avec  les  bate- 
leurs. Elles  fautoient  par  - deifus  des  épées  ^ & 
vomiflbient  des  flamnàes  {Buleng.  de  Tkeatr.  i. 

34‘)" 

CLEROTES  J 1 étoîent  quarante-quatre  Athé- 

kahpûtoi  , s _ 

niens,  félon  Follux,  ou  cinquante,  félon  Suidas, 
choifis  par  le  fort  dans  chaque  tribu,  pour  juger 
du  fait  des  monnoies  , dans  les  caufes  où  il 
s’agifloit  de  fommes  plus  fortes  que  dix  drach- 
mes. 

CLIBANAIRE.  f.  m.  Nom  d’une  ancienne 
iniiiee  & cavalerie  perfanne , euiraffiers  perfans. 
Cataphraclarius  , cUhanarius.  L’empereur  Sévère- 
Aisxandre , dans  un  difcours  qu’il  fit  au  fénat , 
après  fon  triomphe  fur  les  Perfes  , rapporté  par 


C L I 

Lampridius  ( dans  fa  vie , c.  y6.  ) , dit , entre 
autres  chofes  : nous  avons  tué  dix  mille  cuiraf- 
fiers  , qu’ils  appellent  clibanaires.  Les  anciens 
Perfans  appeloient  four  ^ ce  que  nous  appelons 
cuirajfe , c’eft-à-dire  , une  arme  défenfive  de  fer, 
qui  couvre  le  corps  depuis  les  épaules  jufqu  à 
la  ceinture , un  corfelet  de  fer.  Il  différoit  de 
celui  des  Romains,  en  ce  que  celui-ci  étoît  de 
plufieurs  pièces,  qui  avoient  la  forme  d’écaillesj 
au-lieu  que  celui  des  Perfans  étoit  tout  d’une 
pièce  comme  les  nôtres.  Comme  elle  étoit  recour- 
bée en  voûte , & faite  en  forme  de  four , les 
Perfans  l’ appeloient  d'un  mot  qui , dans  leur  lan- 
gue , fignifioir  four,  & les  Romains  clibanus , qui 
lignifie  la  même  chofe;  les  foldats  qui  étoient 
armés  de  cette  efpèce  de  cuiralfe,  fe  nommoietit 
cLibanarii , clibanaires.  Ainfi  la  milice  etoit  per- 
fanne , & le  nom  étoit  latin , comme  l’a  remar- 
qué Saumaife.  Car  nous  ne  favons  quel  étoit  le 
nom  perfan. 

Saumaife  convient  cependant  que  les  cuiralTes 
à écailles  étoient  aufli  appelés  clibanus.  Les  glofes 
bafiliques  , & l’anonyme  qui  a écrit  en  latin  de 
re  Behicâ , expliquant  ce  que  c’eft  que  thoraco' 
macki , ou,  félon  Saumaife,  thoraconaüi , don- 
nent du  clibanus  la  même  idée  que  nous. 

CLIBAIsUS.  Les  Romains^  appeloient  quel- 
quefois de  ce  nom  des  vafes  d argent , dans  lef- 
quels  on  dillribuoit  le  pain  aux  convives.  Pétrone 
s'en  fort  dans  cette  acception  (c.  3L)  • Circum- 
ferebat  Ægypüus  puer  clibano  argenteo  panem. 
Ce  nom  leur  fut  donné  fans  doute  parce  qu’ils 
étoient  ronds  & convexes  comme  les  fours  de 
campagne  , ou  tourtières  , appelées  clibam  , 
dans  lefquelles  les  Romains  faifoient  cuire  le 
pain. 

CLIDOMAÎS'TIE.  Voyei  Clédomancie. 
CLIENTS. 

CLIENT  A.  > Oh  appeloit  client  chez  les 

CLIENTELA.'S 

Romains  , un  citoyen  qui  fe  mettoit  fous  la  pro- 
tedion  ie  quelqu’autre  citoyen  de  marque , lequel 
par  cette  relation  s’appeloit  fon  patron,  patronus. 

Koyeç  Patron.  _ , r • 

Le  patron  afliftoit  le  client  dans  fes  befoins  , 
& le  client  donnoit  fon  fuffrage  au  patron  quand 
il  briguoit  quelque  magiftrature  , ou  pour  lui- 
même  , ou  pour  les  amis-  Les  chens  devoient 
refpefter  leur  patron  , & le  patron  de  fon  cote 
devoir  à fes  cliens  fa  proteftion  & fon  fecours. 
Ce  droit  de  patronage  fut  inftitué  par  Romulus, 
dans  le  delîein  de  réunir  les  riches  Sc  les  pau- 
vres , de  façon  que  les  ans  fulfent  exempts  aU 
mépris,  & les  autres  de  l’envie.  Mais  la  conditios 
des  cliens  devint  peu-à-peu  une  efpèce  defcia- 
vage  adouci.  ^ . , 

Cette  coutume  s’étendit  enfuite  plus  loin  > 
non-feulement  les  familles  , mais  les^^vi  [es 
les  provinces  emières  J même  hors  de  l’îtahe,  ia 
' fuivireiu: 


C L I 


fuivirent  : la  Sicile  par  exemple  ^ fe  mit  fous  ’a 
proteélîon  des  Marceiius,  Lacédémone  fous  celle 
ces  Claude  iSuet.  Tih.  c.  6.  n.  z.  , Bologne  fous 
celle  des  Antoine  (fi.  Aug,  c.  19.  ) = Sec. 

Lazius  & Budée  rapportent  l’origine  des  fiefs 
aux  patrons  & clzens  de  l’ancienne  Rome  ; mais 
il  y a une  grande  différence  entre  la  relation  du 
vaffal  à fon  feigneur  ^ & celle  du  client  à fon 
patron.  Car  les  clzens  , outre  le  refpeft.  qu’ils 
dévoient  rendre  ^ & les  fuôrages  qu’ils  dévoient 
donner  aux  patrons,  étoient  obligés  de  les  aider 
dans  toutes  leurs  affaires  , & même  de  payer 
leur  rançon  s’ils  étoient  faits  prifonniers  à la 
guerre , en  cas  qu’ils  n’eaffeDt  pas  alfez  de  bien 
pour  la  payer. 

Sans  la  liberté  qui  dirtinguoit  les  cliens  des 
efclaves  , la  condition  des  uns  & des.  autres 
auroit  été  auflî  malheureufe , tant  ils  avoient 
de  devoirs  à remplir  auprès  de  leurs  patrons. 

Des  le  point  du  jour , les  cliens  fe  rendoient 
à la  porte  de  leurs  patrons  , pour  leur  fouhaiter 
une  heureafe  journée  i_Man.  il.  18.  3.)  .- 

Mane  falntatam  venio  , tu  diceris  ijfe 
Ante  falntatam  ^ jam  fumas  ergo  pares. 

La  première  8c  la  fécondé  heure  étoient  employées 
à ces  faluts  {Mart.  iv.  8.  i.)  .• 


, Prima  fai utantes  atque  altéra  continet  hora. 

On  s emprefToit  tellement  pour  s’acquitter  le 
premier  de  ce  dev’oir-,  que  l’on  fe  donnoit  à 
peine  le  tenis  de  peigner  fes  cheveux  (Man. 
iii.  ib.  3.)  .■ 

Horridus  ut  primo  femper  te  mane  faluîem 
Per  mediumque  trahat  me  tua  fella  lutum. 

Les  ftimats  , la  neige  & la  pluie  ne  pouvoient 
en  difpenfer  les  ixialneureux  chens  ( Juven.  Sat. 

V.  iç)): 

.....  Habet  Trebius  propter  quod  rumpsre 
fomnum 

Debeat , & ligulas  dimittere  , foüickus  ne 
Tota  falutatrix  jam  turba  peregerit  orbem 
Sideribus  daoiis  , aut  illo  tempore  , quo  fe 
Frigida  circumagunc  pîgri  farraca  Boots,. 


Ces  vers  de  Juvenal  nous  apprennent  que  le; 
cliens  avoient  fouvent  plus  d’un  patron  , & 
qu  ils  leur  rendoient  à tous  les  mêmes  devoir; 
avec  le  meme  zele.  Sénèque  les  appelle  faluts 
loues  {de  Brev.  Fit.  c.  14  ) , ckm  per  dLrlds 
domos  meritoriam  falatationcm  circumtulerint.  Ces 
hommages  etoient  en  effet  payés  par  le  don 
lournaiier  4e  hfportula  , que  le  patroo  faifoit 
■Antiquités  ^ Tome  II. 


C L I 8 9, 

difîribuer  à fes  cliens  { Foye^  Sportula  } • 
iNous  voyons  dans  la  diflribution  de  cette  fpor- 
:>  faite  par  Juvénal  ( Sat.  i.  120.)  , que  ce> 
chens  étoient  très-nombreux  , qu’ils  venoient  ea 
cnercher  cette  diftribution  journalière,  Sc 
qu  lis  Y amenoient  leurs  femmes  , lors  même 
qu  elles  étoient  malades. 

Lorfque  ie  ptitron  fortoic  de  chez  lui  pour  fe 
rendre  au  barreau,  aux  comices,  ou  au  palais 
de  1 em-pereur  , cette  foule  de  cliens  , revécue  de 
toges  blanches  , entouroit  fon  cheval  , fa  litière, 
ou  le  précédoiî-  pour  lui  faire  ouvrir  le  Dallage 
(Juvénal  ^ Sat.  x.  44.)  .' 

Tune  prscedentia  longi 

Agmirâs  ojfcia  , & niveos  ad  fr&na  Quirites  : 
Defojfa  in  loculis  ^ quo  s fportula  fecit  amicos. 

Cette  couleur  de  la  toge  d’un  client , ie  fait  appe- 
ler blanc  par  Martial  (i.  56.  13.)  ; 

IA on  amet  hanc  vitam , quifquis  me  non  amat  ^ 
opto  : 

Vivat  & urbanis  albus  in  officiis. 

Quand  le  crédit  ou  l’éloquence  du  patron 
avoit  fait  gagner  un  procès  à fes  cliens , ceux-ci 
lui  dopnoient  un  témoignage  public  de  leur  re- 
connoiirance  , en  attachant  des  couronnes  à la 
porte  de  fa  mai  fon.  Cornélius  Galius  nous  l’ap- 
prend de  lui-même  (i.  13.)  ; 

Sspe  perorata  percepi  Vite  coronam  , 

Et  data  font  lingus  prsmia  digna  mes. 

Les  cliens  faifoient  quelquefois  des  créfens  à 
leur  patron  , & les  provinces  s’empreflbient  de 
lui  offrir  ce  que  leurs  contrées  ou  leurs  manur 
fadiires  produifoient  de  rare  & de  précieux. 
Horace  y fait  aliufion  dans  les  vers  où  il  du  qu’il 
n’a  point  de  clientes  occupées  à travailler  pour  lui 
la  pourpre  de  Lacédémone  ( Od.  il.  18.  7.)  ; 

. . . . . Nec  laconicas  miki 

Trahunt  konefis  purpuras  clients. 

Au  telle  , les  patrons  recevoient  audl  leurs 
cliens  étrangers  dans  Rome  , & leur  don  noient 
un  afyle  dans  leur  palais.  Nous  en  voyons  un 
exemple  dans  l’eunuque  de  Térence  ( r.'8.  7.  ) : 

• • . • . . . Tum  autem  Phsdris 

M.eo  fratri  gaudeo  amorem  omnem  ejfe  in  tratt'i 
quillo  : Una  efl  domus. 

Thaïs patri  fe commendavit  in  clientelam , & fidem, 
Nobis  dédit  fe. 


M 


J©  C L I 

KAFA-IAKlAES  , gradins.  Athente^C  hh.  6.)  ap-  ; 
pelle  de  ce  nom  des  femmes  attachces  au  fcrvjce  | 
des  reines  , qui  fe  profrernoienc  devant  leurs  | 
chars  ou  leurs  chevaux,  en  prtfentant  leur  uos 
comme  un  marchepied  j,  afin  de  *eiir  aidei  a y 
monter.  On  fait  que  les  anciens  ne  fe  iervoîent  pas 
û'etrier. 

CLIMÉNÈS , fils  d’(Enée  , roi  de  Calidon. 

Voye:^  (EnÉE. 

Les  médecins  vifitansétoient 

CLirslQvJh.  3 

appelés  de  ce  nom  , par  oppofition  aux  méde- 
cins que  l’on  confultoit  dans  leurs  maifons. 
Ce  mot  étoit  dérivé  de  xaAîj  , Hc-  On  lit  dans  une 
ancienne  infeription  : P.  decimus  e.  héros 
MERULA  , MEDICÜS  CLINICUS  , CHIRURGUS 
OCULARIUS. 

CLINOPALE.  Domitien , perdu  de  débau- 
ches, créa  ce  mot  honteux  , quil^  dériva  de 
, lit,  & de  , Irttte , pour  déligner  l’ha- 
bitude des  chofes  obfcènes , comme  une  efpèce 
d’exercice  utile  à la  fanté.  {Suet.  Domit.  ):  Ajjidui- 
tatem  concabitûs  , velut  exercitatior.is  genus  , 
Clinopalem  vocabat  Domitianus. 

CLIO,  la  première  des  Mufes , fille  de  Jupiter 
te  de  Mnémofine  , ayant  ofé  faire  des  remon- 
trances à Vénus,  fur  fon  intrigue  avec  Adonis, 
en  fut  punie  par  cette  Déeffe.  Vénus  lui  infpira  les 
foiblelTes  de  l’amour,  & elle  devint  mère.  F oye^ 
JIUSES- 

Sur  les  médailles  delà  famille  Pomponia  , Clio 
eft  exprimée  par  une  tête  couronnée  de  laurier , 
& par  un  rouleau  d’où  pendent  des  courroies. 
Peut-être  cependant  faut-il  reconnoître  ici  Cal- 
iiope  ; car  ce  rouleau  eft  commun  à l’une  & à 
l’autre  dans  les  peintures  d’Herculanum. 

Dans  le  Muféum  Plio-Clémentin  , Clio  eft  dif- 
tinguée  par  le  rouleau  qu’elle  déploie  comme 
Mufe  de  l’hiftoire  ; ainfi  que  dans  les  peintures 
d’Hercuîanum  , où  Calliope  en  porte  un  fem- 
blable.  Mais  cette  dernière  tient  ordinairement 
des  tablettes. 

aiio  tient  feule  un  rouleau  fur  le  farcophage 
du  Capitole,  où  font  repréfentées  les  neufMufes. 
Elle  paraît  avec  cet  attribut  fur  le  marbre  de 
l’apothéofe  d’Homère. 

Son  habillement  eft  fîmpîe  , & elle  porte  des 
bottines  dans  le  Muféum  Piio  - Clémentin.  Au- 
fonne  la  caraétérife  par  le  vers  fuivant  : 

Clio  gefi-a  camns  tranfaclis  tempora.  reddiu 

Cette  Mufe  préfidoit  à l’hiftoire  qui  renferme 
l’éloge  des  héros  ; c’eft  pourquoi  on  dérive  fon 
nom  âws  5'2  x>,î!a  de  la  louange,  ou  de  xxloç  la 
renommée.  Les  premières  hiftoires  de  tous  les 
f>euples  font  ordinairement  des  poéfies  que  l’on 
«hante  Celks  des  Grecs  furent  de  cette  efpèce  , 


C L T 

Ei  on  s’acconrpagnoit  de  la  lyre  en  les  chaptant. 
C’eft  ainfi  qu’Achilie  {liiad.  IK.  v.  189.)  s'amu- 
foic  à chanter  les  louanges  des  héros,  xAiaiAf^t, 
fur  une  lyre  qu’il  avoir  enlevée  avec  d’autres  dé- 
pouilles. Dc-là  vient  que  Clio  préfidoit  a la  poéiie 
hillorique. 

Clio  étoit  une  des  Nymphes  compagnes  de 
Cyrène,  mèred’Ariitée. 

KAiriON.  Les  Grecs  donnoient  ce  nom  à une 
porte  qui  étoit  pratiquée  fur  les  théâtres  anciens , 
& par  laquelle  entroient  les  chars  qui  portoient 
les  héros  & les  héroïnes  des  tragédies. 

Jacques  Byres  , voyageur  anglois  , a donné  la 
defeription  des  ruines  d’un  ancien  théâtre  tai-e 
dans  le  roc  à Taormiho  en  Sicile.  11  a obkrve 
fur  l’efpace  qui  féparoit  la  fcène  de  i orcbeftre, 
une  popte  dont  les  jambages  avoient  ete  uféspar 
les  effieux  des  chars. 

CLITA,  une  des  Grâces  , fuivant  les  Lacédé- 
moniens. P'oyei  PhAENNA. 

CLirUS  , colline , pente  douce.  Il  7 en  avoir 
plufieurs  à Rome.  Clivas  capitolinas  etoit  la 
montée  du  capitole  du  côte  à'x  forum.  Clivas  c— 
cumeris  étoit  dans  la  rue  Salarie.  Auprès  de^  la 
porte  de  S.  Sébaltien , non  loin  de  la  porte  Cape.ae 
& du  temple  de  Mars  qui  l’avoifinoit , étoit  place 
le  clivas  hlartis.  L’inlcription  fuivante  , trouree 
dans  les  environs,  nous  apprend  que  cette  coLiae 
fut  abaifiee  : 

CLIVUM.  MARTIS.  PER.  PUBLICA 

IN.  PLANITIEM.  REDEGERUKT. 

S.  P.  Q-  R. 

On  montoit  fur  l’aventin  par  le  clivas  publieras, 
qui  commençoit  au  forum  boarium.  Feftus  nous 
apprend  que  les  deux  trères  Publicius  étant  Ediles , 
employèrent  des  amendes  à faire  appianir  cette 
colline  , pour  la  commodité  des  voitures  ; & ono 
de-là  elle  fut  appelée  clivas  publicius.  Ovide  parle 
de  cette  colline  C Eafl.  v.  ) : 

Parts  locant  clîvi , qui  tune  erat  ardua  rupes  , 
Utile  nanc  iter  efi , P uhliciumque  vocant. 

Le  cUvus  publias  n’étoitpas  éloigné  du  fagutal, 

comme  le  dit  Solin  ( c.  i.  ) ; Tarquinius-Supersus 
clivum  pullium  ad  lucum  fagutalem.  Le  clivas 
feauri  appartenoit  au  mont  Cœüus.  S.  Grégoire  e» 
parle  dans  fes  lettres.  { lib'.  vu.  13.  ) 

La  partie  de  la  rue  Subuira  , qui  montoit  a 
efquilies , s’appeloit  clivas  fuburrar.us. 
cendoit  du  mont  Palatin  au  grand  cirque , 10  ° 
Donati,  & vers  le  forum  , félon  Nardini , 
clivas  vieioris..  On  appeloit  enfin  une  partie 
efquib'es,  voifine  du  Fagutal,  clivas  viroius 
orbius  , à caufe  de  fes  finuofités , orbes.. 


C L O 

J ^^OACARIUM , impôt  deftiné  à Tentretien 
des  cloaques  de  Rome.  Les  Cenfcurs  du  temps  de 
^ république  avo  ent  loin  de  réparer  ces  ou- 
vrages  admirables  d'architedture  ^ & Ton  prenoit 
Jes  rommes  necefTaires  dans  le  tréfor  public;  mais 
fous  les  Empereurs  i!  y eut  des  Infpesâeurs  de 
Cioaques  , curatores  . & un  impôt  fut  établi  pour 
cette  dépenfe. 

^ CLOACINA , DéefTe  des  Cloaques.  Titus- 
Tatîus  Ro!  des  SabinS:,  ayant  trouvé  par  hafard 
une  llatue  dans  une  cloaque  , iengea  en  Divi- 
nité. 6e  la  coniacta  tous  le  nom  de  Cloacinà,  Cloa- 
CLYiarn  y dit  MinutlUS  elix  J T'atzus  df*  iTivcult 
coluit. 

Cloacîn  A cil  auiïi  un  furnom  donné  à Vénus  ^ 
à caufe  d'un  temple  quelle  avoit  près  de  Rome , 
dans  un  lieu  marécageux  où  autrefois  les  Ro- 
mains & les  Sabins  , après  S'être  fait  la  guerre 
pour  le  rapt  des  Sabines  j s'étoient  réunis  en  un 
feu!  peuple.  II  n'y  a que  Pline  qui  en  faffe  men- 
tion. ( ip.  ) Au  relie,  il  appelle  cette  Vénus 
Cluacina,  épithète  qu'il  dérive  de  cluere  , puri- 
^ Ciuie  de.  h cérémonie  que  pratiquèrent  les 
Sabins  & les  Romains  lors  de  leur  réconciliation, 
pour  fe  purifier  du  fang  qu'ils  avoient  répandu. 

CLOAQLE.  Denis  d'Halicarnaffe  nous  apprend 
que  je  Roiqarquin  le  vieux,  eft  le  prem'ier  qui 
conitruiSt  des  canaux  fous  la  ville  de  Rome,  pour 
en  conduire  les  immondices  dans  le  Tibre."  Les 
.canaux  de  cette  efpèce  augmentèrent  inlenfible- 
ment  , fe  multiplièrent  à mefure  que  la  ville 
s agra.ndit , & furent  enfin  portés  à leur  perfec- 
tion fous  les  Empereurs. 

Comme  les  Romains  , dans  les  premiers  temps 
de  la  république  , travaiiloient  à ces  canaux,  ils' 
trouvèrent  dans  un  d'eux  la  llatue  d'une  femme  ; 
î'S  en  forent  frappés;  ils  en  firent  une  DéelTe 
qui  prefidoic  aux  cloaques  , & qu'ils  nommèrent 
Cioaclue.  S.  Auguflin  en  parle  au  liv.  iv  de  la 
Ciîé  de  Dieu  , ch.  xxni. 

Il  n'en  faHoit  pas  tant  pour  engager  des  peuples  ! 
de  ce  caractère  à la  multiplication  de  ces  fortes 
f;  0'J'''pgês  : leur  religion  s'y  vit  intéreffée;  car 
î's  meloient  une  efpèce  de  fentiment  religieux  à 
leur  attachement  pour  la  ville  de  Rome  ; cette 
ville,  fondée  fous  les  meilleurs  aufpices  ; cette 
ville,  dont  le  capitole  devoir  être  éternel  comme 
elle,  & la  ville  éietnelle  comme  fon  fondateur. 

Le  defir  de  l'embellir  fit  fur  letirefprit  une  impref- 
fîon.  qu’on  ne  iauroit  imaginer. 

qexerr.ple  , l'émulation,  l'envie  de  s'iüuftrer, 
ae  s attirer  les  fmTrages  & la  confidération  de  fes 
compatriotes,  & plus  que  tout  cela,  l'amour  du 
bien  cornmim,  que  nous  regardons  aujourd'hui 
comme  un  etre  de  railon,  produifirent  ces  édi- 
fices fulserbes  & néceflaires  qu'on  admirera  tou- 
jours ; ces  che.mins  publics  qui  ont  réfalté  à i'in- 
jure  de  tous  les  temps;  ces  aqueducs  qui  s'éten- 
daient quelquefois  à cent  irullss  d’iialie  , qui 


C L O or 

percés  à travers  les  montagnes,  qui  four- 
niiibient  à.Rome  cinq  cent  nulle  muids  d'eau  dans 
vingt-quatre  heures;  ces  cloaques  immenfes , bâ- 
ties^ fous  toute  l'étendue  de  la  ville  , en  forme  de 
i voûte  , tous  lefquelles  on  alloit  en  bateau  , où 
caps  quelques  endroits  des  charrettes  chargées  de 
rom  poavoient  paffer  , S:  qui  étoient  arrofées 
d une  eau  continuelle  qui  empéchoi:  les  ordures 
d y pouvoir  féjourner , ( il  y en  avoir  une  entre- 
autres  qui  fe  rendoir  dans  le  Tibre  de  tous  les 
côtes  & de  toutes  les  parties  de  la  ville)  ; c'étoïr, 
dit  l'line  , le  plus  grand  ouvrage-  que  des  mortels 
euffent  jamais  exccaté, 

Cafliodore  , qui  étoir  Préfet  du  Prétoire  fous 
Théodoric,  Roi  des  Goths , & bon  connoiffeuf 
en  architeclure  , avoue  ( dans  le  recueil  de  fes 
lettres  , epift.  xxx.  lib.  v.  J qu'on  ne  pouvoit  con- 
fîderer  les  cloaques  de  Rome  fans  en  être  émer-- 
veillé. 

Pline , ( lib.  xxxiir.  ch,  xv  ) dans  la  deferip- 
tion  qu'il  donne  des  ouvrages  que  l’on  voyoit  de 
fon  temps  dans  cette  capitale  du  monde,  remar- 
que encore  que  l’on  y admiroit  par-defTus  tous 
les  aquéducs  fouterrains  de  ce  genre  , ceux  que 
conitruifiî  Agrippa  à fes  dépens  pendant-fon  édi- 
lité,  & dans  iefquels  il  fit  écouler  toutes  les  eaux 
& les  ordures  de  cette  ville  immenfe.  il  s'agit  ici 
d'Agrippa,  favori  & gendre  d’Augufte  , qui  dé- 
cora Rome,  non -feulement  des  cloaques  dont 
parle  Pline  , mais  de  nouveaux  chemins  publics, 
& d’autres  ouvrages  aufl'i  magnifiques  qu'utiles 
en  particulier  de  ce  fameux  temple  qu’il  nomma 
Panthéon  , confiruit  en  l’honneur  de  tous  les 
Dieux,  & qui  fubfifte  encore  à quelques  égaids 
fans  fes  anciennes  flarues  Sz  fes  autres  ornemens, 
fous  le  nom  de  Notre-Dame  de  la  Rotar.de.  ( A.rt. 
de  Af.  le  Chevalier  de  Jeueourt.  ) 

Les  Cenfeurs  forent  chargés  de  l’entretien  & 
üiî  nécoiemsnr  des  cloaques  de  la  rt publique. 
Mais  les  Empereurs  créèrent  pour  cet  objet  des 
officiers  particuliers,  appelés  curatob.es  cloa- 
"CARUèvî,  comme  on  l'apprend,  de  rinferiptio-ii 
fuiyante  : 

EX  AUCTORtTATE 
IMP.  CÆSARîS  DÎVI 
NERVÆ  FIL.  NERVÆ 
TRAJANI.  AUS.  C-ERM. 

PONTiFiCIS  MAXIMI 
TRIBUNICiÆ  POTF.ST.  V 
CONSUL  ini  P.  P. 

TI.  JULIUS  FEROX  CUS.ATOR 
ALVEI  ET  RIPARUM  TIBERIS 
ET  CLOACARUM  URBIS  TER 
MINAVIT  RIPAM  R R PROXIMO 
erppo  Eccci.xxxvi.  s. 

(^hîarlian.  top.  iirh.Rom.  v.  xy.....) 

U i; 


'fz  CIO 

On  empîoyoit  au  nétoiemcnt  des  cloaques  les 
criminels.  Pline  ledit  expreffément  (épi,î.  x. 41.  ) : 
Soient  ejufmodi  ad  balneum , ad  purgationes  cloa- 
carum  , item  munitiones  viarum  dan. 

CLOCJ,  furnom  d’un  nome  propre  aux  joueurs 
de  flûte,  ( Vollux i lih.  ;x.  c.  10.  ) 

CLOCHETTES.  } ScholkKî  Je  TMocrite 
dît  ( idyl.  il.  V.  36.  ) que  les  anciens  faifoient  re- 
tentir de  petites  cloches  d.uis  les  facriflces  d’ex- 
piation , dans  les  myftères  des  Cabires,des  Cory- 
bantes  & de  Eacchus , qui  a’étoient , félon  la 
remarque  de  S.  Clément  d’Alexandrie  , que  des 
expiations , parce  qu’ils  croyoient  que  le  fon 
de  l’airain  ckajfoiî  Its  fouillures  , àniXasi-My  râ» 

On  fe  fervoit  de  clochettes  principalement  dans 
la  célébration  des  Bacchanales  & des  myftères  de 
Bacchus.  Sur  un  bas-reiief  du  Capitole,  repré- 
fentant  un  triomphe  de  ce  Dieu , on  voit  un 
Bacchanc , à la  tunique  duquel  font  attachées  de- 
vant & derrière  plufieurs  clochettes  , afin  d’ex- 
citer un  grand  bruit  en  danfant.  A.  la  Villa-Sac- 
chetti,  près  de  Rome,  on  voit  une  Bacchante  avec 
des  clochettes  y & il  y en  a une  femblable  dans 
les  jardins  Fanièfe  , au-delà  du  Tibre. 

Ceux  qui  avoient  été  ir.itiés  aux  myftcres  de 
Eacchus  , avoient  foin  de  l’annoncer  fur  leurs 
tombeaux , en  y faifant  graver  des  fymboles  ou 
des  attributs  de  Bacchus.  C’efl:  pourquoi  l’on  voit 
lî  fouvent  fur  les  farcophages  , des  B.rcchanales  , 
les  triomphes  du  Dieu  du  vin  j & quelouefois  fes 
fymboles  feuls,  tels  que  le  thyrfe,  ou  la  cor- 
beille myfiique  , ou  même  les  clochettes.  On 
trouve  ces  dernières  fculptées  fur  le  farcophace 
d’un  enfant  qui  avoit  été  initié  aux  mvflères  de 
Eacchus  , comme  on  l’apprend  de  fon  épitaphe  , 
expliquée  par  le  favant  Fabretti. 

Efchyle  dit  que  Tydée  portoit  des  clochettes 
attachées  à l'anfe  de  fon  bouclier,  & Euripide 
en  a orné  auffi  le  bouclier  de  Rhoefus , Roi  de  ■ 
Thrace , & le  poitrail  de  fes  chevaux.  ( (Efchvl. 
Jept.  conî.  Theb.  v-  301.) 

Dàne  fur  lequel  Silène  eft  monté,  porte  ordi- 
nairement une  clochette  pendue  au  cou.  C’eit  ainfl 
qu’il  eft  repréfenté  fur  un  monument  fépulcral 
de  la  Vigne  Albani,  où  on  lit;  ZûHC  Anamxkcic, 
le  fo.^vencr  de  la  vie.  Phèdre  peint  un  mulet  fier 
de  fa  clochette.  ( il.  S.  4 ) 

Cclfa  jcervlce  eminens 

Ctarumque  collo  jacïans  tinîinnaèulum. 

■ Cet  ufage  d’arracher  des  clochettes  au  col  des 
beftiaux  les  a fait^ippe'er  par  Sidoine  f er-ift.  xt.  ) 
greges  tintinnilulatos.  Les  Grecs  & les  Romains 
en  attachoient  au.ftî  aux  harnois  des  chevaux 
Arillophane  ( liane,  iv.  i.  ^c,.  ) & Phavorinus  en 
font  mention. 


C L O 

Les  clochettes _ d’un  Priape  de  Fortici  font  de 
bronze,damafquinéesen  argent.  Apparemment  que 
leur  fon  devoir  produire  un  effet  à-peu-près  fem- 
blable  à celui  des  clochettes  qu’on  attachoit  aux 
boucliers  des  anciens  5 ici , elles  étoient  faites  pour 
infpirer  de  la  terreur  aux  ennemis;  & là,  elles 
avoienc  pour  objet  d’éloigner  les  mauvais  génies. 

Cette  opinion  fuperftitieufe  fit  placer  auflî  des 
clochettes  fuus  les  chars  des  triomphateurs  avec 
des  fouets,  félon  Zonare  ( it.p.  32.  ) 

Chez  les  Grecs , les  marchands  de  poiffons  ap- 
peloient  dans  les  marchés  les  acheteurs  avec  une 
cloche  ou  clochette  ( Plutar.  fympof.  jv.  4.  ) 
Strabon  raconte  des  habitans  d’Iafus  ( xiv.  p, 
463.  ) qu’un  habile  joueur  de  lyre  ayant  fait  re- 
tentir la  place  publique  de  cette  ville  des  fons  de 
fon  inftrument,  fut  écouté  par  les  laflens,  juf- 
qu’à  ce  qu’une  cloche  annonçât  l’ouverture  du 
marché  aux  poiffons.  A.  ce  bruit  tous  les  auditeurs 
abandonnèrent  le  muficien. 

C etoit  avec  une  cloche  que  l’on  annonçoit  à 
Rome  l’ouverture  des  bains.  ( Maniai,  xiv.  16^.) 

Redde  pilam  , fonat  es  thermarum  i Icdere  pergis  ? 

V^irgine  vis  fola  lotus  abire  domum  ? 

Urlînus  dit  cu’il  avoit  une  c/ocAerre  de  bronze, 
trouvée  en  i5'48  dans  les  ruines  des  Thermes  de 
Diocletien  , fur  laquelle  étoient  gravés  ces  mots: 
FIRMI  BALNEATORIS. 

Le  Soldat , chargé  de  faire  les  rondes  de  nuit 
dans  les  forrereffes  & les  camps  des  Grecs,  por- 
toit une  clochette , ce  qui  le  fit  appeler  dans  leur 
langue  Coaonophore  ( Arifiopk.  Aves  p.  y8o.  8c 
Sckolicjies.  & Suides.  ) Héfychius  dit  que  cet 
Oiîicier  annonçoit  fon  paffage  par  le  bruit  de  la 
clochette , afin  de  connoitre  par  la  réponfe  ou  le 
filence  des  fentineiles , fi  elles  étoient  endormies. 
Thuevdide  parie  aufîî  de  cet  ufage.  p- 

C’étoit  une  cloche  qui  réveilloit  à Rome  les  ef- 
claves , & qui  les  appeloit  au  travail.  ( l.ucian.  de 
mercede  ccnductis.  ) On  y poitoit  aiiffi  des  clo- 
chettes dans  les  pompes  funèbres , pour  avertir  de 
leur  paffage  le  Fiamine  de  Jupiter,  de  crainte  que 
ce  Pontife  ne  conrraétât  une  impureté  légale,  en 
attendant  les  flûtes  des  funérailles.  La  même  rai- 
fon  peut-être  faifoit  attacher  des  cloc’nettes  au  col 
des  criminels  que  l’on  conduifoit  au  fupplice- 
( Plaut.Pfcad  ) 

Il  faut  obferver  que  dans  tout  cet  article  nous 
avons  employé  indifféremm.ent  les  mots  cloches 
&r  clochettes  , non  - feulement  pour  défigner  de 
véritables  cloches  & clochettes  , mais  encore  des 
bafSns  de  métal,  lanx , qui  en  faifoient  quelque- 
fois l’office. 

ClOCHES  de  cryftal  pour  les  plantes.  Les  Ro- 
mains s’en  fervoient  dans  leurs  vergers  pour  faito 
mûrir  & pour  conferver  les  fruits.  Nous  la?" 


C L O 

nons  de  la  68®  épigramme  du  8®  livre  de 


C L O 


- . . Q^ui  Corcyrei  vidit  Pomaria  regis  , 

■K.US  , Entelle  , tuA  proférât  iPie  domâs. 

Invida  purpureos  urat  ne  brurr.a  racemcs  , 

Et  gelzdum  Bacchi  mènera  frig'us  edat; 

Condita perfpicua  vivit  vlndemia  gemma. 

Et  tegitur  felix , nec  tamen  ava  latct. 

F œmineam  lacet  fie  per  bomhycina  corpus  : 
Calculas  in  nitidâ  file  nurneratur  aquâ. 

Q_aid  non  ingenio  volait  Natura  licere  ? 
■Aatumnum  Jierilis  ferre  jabetur  hyems. 

« Celui  qui  a vu  les  vergers  du  Roi  de  Corcyre 
( Alcinoüs  ) leur  préfère  ta  maifon  champêtre 
cher  Enteilus.  Tu  fais  préferver  des  rigueurs  de 
Thiver  les  grappes  pourprées  de  la  treille  , & em- 
pêcher  la  froide  gelée  de  dévorer  les  dons  de  Bac- 
chus.  Le  raihn  vit  enfermé  fous  un  cryttal  tranf- 
parentj  qui  Je  couvre  fans  le  cacher.  Ainiî  une 
gaze  légère  laiffe  voir  les  formes  d'un  beau  corps  j 
ainiî  J’œîl  peut  compter  les  cailloux  au  fond  d'un 
ruîiTeau  lympide.  Que  peut  refufer  encore  à l'in- 
duftrie  humaine  la  Nature  avare  ? Le  ftérile 
hiver  ell  forcé  de  donner  les  fruits  de  l’au- 
tomne. » 

CLODIA.  F'oye:^  Claudia. 

CLODI ANUS  , furnom  de  la  famille  CoR- 

NELIA. 

CLODÎUS.  IQ  faudroit  , dit  Winckeimann  , 
( kifi.  de^  C Art.  liv.  6.  ch.  j.  ) parler  ici  d'une  belle 
ftatue  plus  grande  que  le  naturel  ^ & confervée 
à la  Villa  Panifii:  ^ s'il  étoit  vrai  qu’elle  repré- 
fentâr  l'ennemi  de  Cicéron  ^ le  fameux  Clodius  , 
ainfi  qu'on  l’a  avancé  dans  quelques  écrits.  C'efl 
une  figure  de  femme  drapée , dont  ie  fein  a peu 
d’élévation.caradère  qui,  joint  aux  cheveux  courts 
&■  frifés,  peu  en  ufage  chez  les  perfonnes  du  j'exe , 
a été  la  raifon  de  cette  dénomination.  On  a pré- 
tendu que  cette  figure  repréfentoit  Clodius , lorf- 
qu'ü  s'introdg.iiit  fous  l'habit  de  femme  chez  Pom- 
pera , epoufe  de^Ceiar , avec  laquelle  il  avoir  une 
intrigue  , & qu’il  voulut  s'ouvrir  l’accès  auprès  de 
fa  maïtreffe,  à la  faveur  des  myfcères  de  la  bonne 
Déefle  , que  cette  dame  célébroit  darsfa  maifon. 

I!  faut  convenir  que  la  dénominarion  de  cette 
ftatue,  quelque  peu  fondée  qu'elle  foit , elt  alïéz 
favante.  îdais  les  cheveux  de  cette  figure  qui  re- 
préfente Electre  , font  entièreinent  traités  comme 
s’üx  du  grouppe  d’É'edtre  & d’Orefte  dans  la 
\iila  Lüdovifi,  appelés  mal  - à - propos  Papirius 
avec  fa  mère. 

Comme  je  crois  rétablir  la  véritable  dénomi- 
nation de  cette  itatue , dont  le  focle  antique  elt 
aefectueux  , je  m imagine  que  la  figure  d'Éledtre, 
avec  celle  d Oreüe  qui  ell  perdue,  formoient  en- 


^5 


le^ble  un  grouppe,  de  façon  que  îe  bras  gauche 
Q Eieclre  repofoit  fur  l'épaule  d’Orelle. 

CLODONES.  Plutarque  dit  qu’on  donnoit  ce 
nom  aux  Bacchantes  de  la  Macédoine  j mais  il  ne 
nous  apprend  pas  pourquoi. 

CLOELIÆ  fcfik  , retranchement  creufé  à 
quatre  niiljes  de  Rome. 

, ^hONIüS , un  des  cinq  chefs  qui  conduifoient 
.es  Béotiens  ds  Thèbes  au  liège  de  Troyc,  fur 
cinquante  vailfeaux. 

CLOTHO , la  plus  jeune  des  trois  Parques  : fon 
nom  fait  allufion  à fon  office  ; car  elle  ell  cenfée 
n.er  (x.xd4itfi)  le  temps  de  la  vie,  ou,  félon  d'au- 
tres,  c’ell  elle  qui  tranche  le  fil  de  nos  jours. 
y oye^  Parques. 

portes  de  bronze  à Herciilanum  , 
dit  winckelmann,  étoient  ornées  de  gros  clous 
de  brofize;  on  les  a placés  fur  les  trois  côtés  du 
piedellal  fur  lequel  porte  le  cheval'de  bronze  du 
cabinet ^de  Portici.  La  tête  des  clous  des  portes 
du  Panthéon,  a cinq  pouces  de  diamètre.  Il  y en  a 
deux  dans  la  collection  des  antiques  du  Roi.  On 
appeloit  cette  e.^pèce  de  clous,  clavi  capitati , à 
caufe  du  travail  fini  de  leurs  têtes  ( Var.  de  re  ruti. 
lib.  II.  c.  9.  ) ; & Bentley  ( Not.  ad  Hor.  l.  7//. 
carm.  24.  v.  6.  ) veut  qu'on  air  donné  auffi  à ces 
tetes  le  nom  de  veriices.  Philander  ( Annot.  ad 
Vnrav.  l.  v:i.  c.  3.^.  275.)  croit  que  ce  font  ces 
clous  que  Vuruve  appelle  clavi  muficarii , fenti- 
ment  que  d’autres  ont  auffi- fourenu.  Pline  ( /fi. 
XII.  C-  57y)  donne  le  nom  de  muficarium,  (chalfe- 
•mouenes  ) aux  larges  bouquets  du  haut  de  la  tige 
üe  quelques  fleurs  & plantes  qui  contie.nnent  la 
graine.  Diofcpnde  { lib.  m.  c.  yç.  ) fe  fert  pour 
ceia  cu^mot  de  irjuéshjy,  parafol  ; &■  comme  quel- 
ques chaires  - mouches  ont  peut  - être  eu  cette 
forme  , on  foiipçonne  que  c efr-là  ce  qui  a donné 
lieu  a cette  dénomi.nation.  La  tête  d’un  clou  de 
bronze  du  cabinet  du  collège  Romain,  a vérita- 
blement la  figure  d’an  parafe!  en  rorme  de  cham- 
pignon ; ce  qui  fa.ns  doute  doit  avoir  eu  quelque 
fignification  particulière;  car  ie  lo.ng  de  la  queue 
carrée  de  ce  clou  font  gravés  piufieurscaraclères 
& fur  l’un  des  côtés  on  lit:  iao  s abaQ0,  J'ai  vu 
cependant  la  tête  d'un  gros  clou  de  bronze . far 
laquelle  étoit  travaillée  une  mouche  en  refief; 
elle  avoir  été  achetée  par  ie  F.  Paciaudi , pourie 
Comte  de  Caylus.  ” 

On  voit  dans  le  cabinet  de  Ste  Geneviève  trois 
clous  de  bronze,  longs  de  cinq  pouces,  & dont  îa 
tête  n’a  que  cinq  lignes  de  largeur.  Il  y a fur  la 
tige  des  lignes  tracées  obliquement.  Ces  clous  üm- 
ples  6c  dénués  dornemens,  ont  oueiquefois  été 
confondus  avec  des  aiguilles  de  têt.;.  Fovez 
Büllæ.  ""  ^ 

Clou.  Tite-Live  rapporte  que  les  anciens  Ro- 
mains , encore  greffiers  & fauvages , n'avoienî 


94- 


C L U 


pour  annales  S-:  pour  faites  que  des  c/ow  qu  h 
Lachoient  au  ir.ur  du  temple  de  Minerve,  qui 
faifoit  partie  de  celui  de  jupiter-Capitoiin^  ri  dit 
auff.  que  lesEtrufques,  peuples  voifins  de  Rome, 
en  fichoient  à pareille  intention  dans  les  murs  du 
temple  de  Nortia  , leur  Deeffe.  Tels  furent  les 
premiers  monumens  dont  on  fe  fervit  pour  con- 
ferverla  mémoire  des  événemens,  au  moins  celle 
des  années  ; ce  qui  prouve  qu^an  connoiffoit  encore 
bien  peu  l'écriture  à Rome,  & qui  rend  douteux 
ce  que' les  hiftoriens  ont  raconté  de  cette  ville 
avant  fa  ptile.  pat  les  Gaulois.  D autres  pteteri- 
dent  que  c’étoit  une  fimple  cérémonie  de  religion , 
& refondent  auiTi  fur  Tite-Live  , qui  dit  que  le 
Dii3:ateur,ou  un  autre  premier  Ivlagirtrat,  attachoit 
ce  c/pu  myftérieux  aux  ides  de  Septembre  , 
Septembr.  clavurr^  pungut  ,•  mais  ils  n expliquent  ni 
le  fens  ni  l’originè  de  cette  cérémonie , & !a^  re- 
gardent feulement  comme  un  fecours  pour  "an- 
cienne cbronologie , iutabondamment  ajouté  aux 
annales  écrites. 

On  avoir  aulîi  coutume  à Rome  , dans  les  oa- 
lamités  publiques  , d’attacher  un  clou  dans  le 
temple  de  Jupiter.  Dans  une  pelle  qui  défola 
Rome  . le  clou  facré  fut  placé  par  le  Didateur , & 
la  contagion  ceffa.  En  cas  de  troubles  inreîiins  & 
de  fécefnon,  c'elt- à-dire  de  fcklfme  de  la  popu- 
lace, on  avoir  recours  à ce  clou.  Dans  une  cir- 
coüiiance  fingalicre  où  les  Dames  Romaines  don- 
noienr  à leurs  maris  des  phiitresqui  les  empoiion- 
noient,  on  penfa  que  le  clou  qui  dans  les  temps 
de  troubles  avoir  affermi  les  hommes  dans  le  bon 
fens  , pourroi:  bien  produire  le  meme  effet  fur 
l'efprit  des  femmes.  Cn  ignore  les  cérémonies 
qu’on  employoit  dans  cet  ade  de  religion  , 
Tite-Live  s’étant  contenté  de  marquer  qu’il  n’ap- 
partenoir  qu’au  Didateur,  ou  à fon  defaut  au  plus 
confîdérable  des  Magillrats  de  placer  le  c/aa.  Man- 
lius Capitolinus.  fut  le  premier  Didateur  créé  pour 
cette  fondion.  ( de  L Acad,  des  Bell.  Lett. 

tom.  V!.  ) 

CLOVL4  , famille  Romaine  , dont  cn  a des 
médailles  que  l’on  place  avec  celle  de  la  famille 
ClOULIA.  Voy:-[  ce  mot. 

CLOULIA,  famille  Romaine,  dont  on  a des 
médailles  : 

RR.  en  argent. 

R.  en  bronze. 

O.  en  or. 

CLUACÎNA.  Voye^  Cloacîna. 

CLUDO  , poignard  de  théâtre  à l’ufage  des 
Romains , & qui  ne  drfféroit  en  rien  du  notre  ; 
la  lame  rentroiî  dans  le  manche  quand  on  s'en 
frappoit,  Sc  un  reiTort  fpiral  l’en  faifoit  fortir 
quand  on  s’écoit  frappé.  C’eft  ainfi  que  le  décrit 
Achiile  Tatius  ( Buïeng.  de  Tkeat.  I.  yj.) 

CLUNACULUMj  c’étoit  un  couteau  des  vie - 
timaires. 


C L Y 

CLUNIA  , en  Efpagne.  Ci.ounioq. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  t- 

PiRR.  en  bronze.  . . . Florer. . . . Hunter. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Devenue  Mu-Jcipe,  cette  ville  a fait  frapper 
des  médailles  .latines  en  l’honneur  de  Tibère, 
avec  cette  légende:  Cluxia. 

CLUPEUM.  Voyet^  Bouclier  votif. 

CLUSîUIdl  (monument  de).  Voyei^  le  dicîlon. 
d‘  ArckiteBure. 

C LU  FI  A.  Foyer  CzortA. 

CLYMÈNE  , fille  de  l’Océan  , fut  aime'e  da 
Soleil  , dont  elle  eut  Phaéton  & les  Kéliadss. 
Foyer  Heliades  , Phaeton. 

Clymène  , autre  fille  de  1 Océan  , & compa- 
gne de  la  INymphe  Cyrène  , mere  d Arillee. 

CLYMEMUS,  père  d’Harpalice.  Foyei  H.4.R- 
PALICE. 

CLYPEUS.  Bouclier. 

CLYTE,  femme  du  Roi  Cyficus,  n’ayant  pa 
furvivre  au  Roi  fo.n  époux  , qu  elle  aimoïc 
éperduement , fe  pendit  de  defefpoir.  Foyer 
Cysicus. 

CLYTEMNESTRE  croit  fille  de  Léda,  femme 
de  Tt'P.dare , 8c  foeur  de  Caflor , de  Poi.ux  Sc 
d Hélène.  Elle  époufa  en  premières  noces  fan- 
taie  , fils  de  Thyefte  , dont  elle  eut  un  fils.  Selon 
Euripide  , dans  Iphigénie  , Agamemnon  , Roi 
d’ Argus  3 rua  le  père  & Is  fils  , & enleva  Clytem- 
nefire  contre  fon  gré.  Calfor  & Pollux  , pour 
venger  cet  affront , lui  déclarèrent  la  > 

mais  Tyndare , leur  père , qui  avoir  confeihe  i en- 
lèvement, réconcilia  fon  nouveau  gendre  avec 
fes  fils.  Ce  mariaae  fut  très-funefte  à Agamemnon 
& à fa  famille.  .A  peine  ce  Prince  fut-il  parti  pour 
la  guerre  de  Troye  ,,  que  h Reine  fe  laifîa  fe-Lure 
par  Egyfte  ( ^ ÉsYSTE.  ) & fe  fervic  enfume 
de  lui  pour  faire  périr  fon  mari,  iorfqu  il  reymt 
à Argos.  Cachant  le  parrîcide  qu’c  lie  mcairoit  fous 
de  t'eiiKes  careffes  , un  jour  qu’A.gamemnon  frot- 
toir du  bain  , elle  lui  fit  donner  une  tunique  fer- 
rée car  le  ir.ur,  qui  lui  otoit  entiereinent  a 
facuiré  de  faire  ufage  de  fes  bras.  Clytemnejire  ÎX 
EgyRe  fe  jetèrent  alors  fur  lui , & le  maui.cre 
renr.  Orefte  venyea  long-temps  après  cette  mort 
fur  fa  mère  , qu’ü  tua  .avec  EgvRe  l'on  acuitere. 
Clytemncflre , dans  l'Eledtre  de  Sophocle,  prêt- 
pour  prétexte  de  l’a'faTinat  de  fon  m.iri  li  mort 
d’Iphigénie  , à laquelle  Ag.amemnon  avoir  con- 
fenri.  Foyyr  Agamemnon  , CassanuRE  , 
Égyste  ,Y:EcrRE  , On  este. 

CLYTIDES.  La  fâmille.des  Clytldes  dans  la 
Grèce  croit  épécialemenc  ceÜinée  aux'fonCticns 
des  --  . . ''.'.icas , avec  cahe  des  Jamides. 

C'i^Y  'E  , 'me  des  Yvînphes  de  l’Océan; 
a'.  '-'ir  •ÙÀ  d’Apoiioii , e'^t  le  chagiin  de  s 


C L Y 

vcir  abandonnée  ponr  Leuccihcé  ; piquée  de 
carte  prétérancc  > ï.,r  f-  .va  'Tioven  de  faire  périr 
^ t;  '!a:5  _àpr  ;o-^  u:  plus  pour  elle  que 
ce  qui  ;'_-a  eans  un  tel  déiefpoir  , 
ou  e;;e  le  irPli  !T:o,.;--r  i:  aim.  Couchée  nuit  & 
jovjr  'ur  r terre,  It'  n."  ~ x épais  , tournant  fans 
yen X vers  e i',  .^ii,  elle  Taccompagnoît 
de  les  e :c;;;ûs  pênuânt  route  fa  courfe  , jufqu’à 
ce  cacv::n  elle  fut  changée  en  cette  neiir  , qui  fe 
t-urne  toujours  vers  le  foleil,  & qu’on  appelle 
kenotrope  ^ touniefol , oü  fiiTipIement  foltil. 

CLYTJL'S , un  des  géans  qui  firent  la  guerre 
aux  Dieux  -,  Vulcain  le  terralfa  avec  une  mafi'ue 
de  fer  rouge  , & le  mit  ainfi  hors  de  combat. 

CLl^TIUS,  fils  d’Aîcméon  & de  la  nile  de 
Phégée,  fe  fépara  de  fês  oncles  maternels,  ne 
doutant  pas  qu’ils  n’euiTent  tué  fon  père  , & fe 
retira  en  Éîide  , où  il  iaiffa  de  ia  poftérité.  Le 
Devin  Épérafie  defeendoir  de  lui.  Fbjfç  Alc- 
méon. 

^CLYTIüS,  frère  de  Calétor,  qu’Ajax  tua  au 
fiege  de  Troye  , & père  de  Procléa  , femme  de 
Cygnus. 

C N.  Lorfque  l’on  trouve  cette  figle  jointe  à 
des  nombres  dans  un  ancien  calendrier , on  la 
p>end  pour  une  abréviation  du  mot  con.giarium. 
Lorfqu  elle  fe  trouve  feule , ou  jointe  à un  nom 
propre  , elle  eft  l’abrégé  de  Cns.us. 

CNACALÉSIE.  Diane  fat  ainfî  appelée  d’un 
temple  que  lui  avoient  élevé  les  Caphyens  dans 
l’Arcadie  ,^fur  le  mont  Cnacalus.  Les  fêtes  que 
1 on  y célébroient  en  fon  honneur  portoient  le 
meme  nom.  (^Paufan.  in  Arcad.  ') 

CNj±.US  ou  CNE  US.  Ce  mot  dans  fon  ori-- 
gtne  déligna  chez  les  Romains  ceux  qui  étoient 
nés  avec  quelque  difformité  5 il  devint  enfuite  un 
prénom  de  la  famille  Domitia.  On  le  prononçoit 
GNÆus  ; de-là  vient  qu’il  eft  fouvent  écrit  de 
cette  manière  fur  les  marbres,  où  on  lit  aufll  quel- 
quefois fimplement  kæus  fans  c ni  a. 

CNAGIA.  Diane  étoit  adorée  dans  la  Laconie 
fous  ce  nom,  qui  lui  vint  de  Cnagins.  Ce  Lacédé- 
monien étant  efclave  dans  la  Crète  , s’empara 
d’une  ftatue  célèbre  de  Diane  , & fe  fauva  dans 
fa  patrie  avec  la  ftatue  & la  prêrrelTe. 

KNHMiAES  , bottes.  Homère  emploie  toujours 
ce  mot  au  pluriel  5 & cependant  nous  voyons  fur 
plulieurs  monumens  que  les  Grecs  n’en  portoient 
qu’une  feule.  PYye?  Botte  & Bottine. 

CNEPH.  1 Y . , 

CNüPHIS  ( £.îo!ent  des  noms  lynonymes  a 

celui  à Agatkodéman.  ( Poy/:^  ce  mot.  ) Ils  àélï- 
gnoient  dans  la  théologie  Égyptienne  l’Être  Su- 
preiTse  qui  régir  tout  i’univers.  On  l’appeloit 
CnepA  lorfqu  il  envoyoit  des  bienj  , & Titkramho 
quand  il  envoyoit  des  maux.  Eusèbe  ( Pmp. 
E’vangeL  I.  c.  10.  p.  41.  ) attefte  l’identité  à^Âgo- 
à-.adémon  & de  Lneph  ^ &:  il  défigne  au  mêm-s  en- 


C N A O 5 

I droit  la  figure  hiéroglyphique  £bus  laquelle  on 
; mpréfencoit  Agathe-démon.  Cet  emblème  étoit 
U aoord  le  0 des  Grecs,  où,  félon  Eusèbe,  un 
serpent^  étendu  dans  un  cercle  qu’il  touchoit  des 
deux  cMés  ; fecondement , une  croix  dans  un 
cercle  Çy).  Le  dernier  fymbole  eft  le  pkis  com- 
nnan  } & l’on  voit  fouvent  dans  les  monumens 
Egyptiens  des  fphynx  qui  appuient  une  de  leurs 
patres  fur  cette  efpèce  de  roue.  Horapollon  donne 
1 explication  de  ces  deux  emblëmes  , dans  le  pre- 
mier deiquels  le  cercle  repréfentoit  i’ar.ivers  , & 
la  ligne  ^droite  le  ferpent,  tandis  que  dans  le  fé- 
cond c’étoit  par  la  croix  que  i'imivers  étoit  repré» 
fenté  , ainfî  que  le  ferpent  par  le  cercle.  Il  dit 
C I • cæ;?.  64.  ) que  les  Egyptiens  défignoient 
par  le  fymbole  d’un  ferpent  entier,  l’efprit  ou  le 
genie^  qui  parcourt  ou  entoure  tout  i’univers  , 
c eft-a-dire , Agatkodémon  ou  Cnepk. 

Plutarque  a fouvent  erré  en  parlant  des  anti- 
quités Egyptiennes.  II  dit  ( de  Ifide  & Ofiride , 
P-  359-  ) tous  les  Égyptiens  dépenfoient  de 
fortes  fommes  pour  les  funérailles  des  animaux 
qu’ils  adoroient  , & que  l’on  ne  devoir  faire 
d exception  à cette  propoution  qu’en  faveur  des 
habitans  de  la  Thébaïdi  , parce  quils  n aaoroient 
pas  un  Dieu  -mortel , mais  un  Dieu  appelé  Cneph  ^ 
qui  n étoit  point-  né  , éi  qui  ne  pouvait  mourir.  Hé- 
tpdote  , d’écrivain  Grec  le  mieux  inftruit  des  an- 
tiquités Egyptiennes , afiure  au  contraire  ( Ub.  z. 
74.  ) qu’il  y avoît  auprès  de  Thèbes  des  ferpens 
facrés  fans  venin,  petits,  chargés  de  deux  cornes 
fur  le  fommet  de  la  tête  ( cerafles  LinnA  ) , que 
les  habitans  du  pays  enfeveliffoient  avec  refpeét 
dans^le  temple  A Jupiter.  Ce  ferpent  eft 
tkqdémon , qui  paraît  li  fouvent  fur  les  médailles 
ttÀgypte  , & fur  les  Abraxas,  où  il  porte  ordi- 
nairement le  nom  de  Cnupkis. 

Jablonski  a trouvé  dans  la  langue  des  Coptes, 
l’ancienne  langue  Egyptienne , que  le  mot  cnupkis 
veut  dire  bon  , & que  le  mot  cnepk  eft  devenu  par 
des  additions  ordinaires  à cette  langue,  celui  de 
cnupkis.  On  voit  dans  Jarr.bllque  ( de  Myfter.  feci. 
vin,  c,  ) qQg  le  nom  d’un  Dieu  Égyptien  étoit 
’E/zràv,  icion  OU  ickton.  En  réurdiîant  ickton  8c 
cnepk  , génie-bon  , on  aura  icknuphis , Ononyme 
éé agatkodémon  , ou  de  Tâme  du  monde. 

Cnepk  , ou  l’ame  du  monde , étoit  la  même  di- 
vinité que  Pkthas  ou  Vulcain;  mais  les  Piato-nr- 
ciens  modernes  firent  de  ces  deux  noms  deux  divi- 
nités diftinéles  ; ils  en  firent  meme  trois  en  y r©i- 
gnant  Neitk  ou  Minerve  , fimple  emblêmeAe  la 
fagefTe  pu  principe  créateur,  iis  créèrent  pour  sres 
trois  divinités  nouvelles  un  nom  commun , eslià 
de  Camepkis-,  qui  veut  dire  en  langue  cophtique, 
confervateur  de  l’Egypte. 

^ L’utiiité  que  les  Egyptiens  tiroient  des  eaux  da 
R il , le  firent  appeler  par  excellence  le  bon- géra e, 
o\Z  Agatkodémon  (^Ptolem.  lib.  iv.  c.  fA,ou  Cneph, 
De-là  yisxix  que  h.  tête,  du  ferpent  facrê  eft.  ossi- 


c,^  C N I 

quefois  remplacée  fur  les  mcdaiiies  d Egypte  par 
celle  de  Sérapis  , c’eft-à-dïre,  de  la  divinité  par- 
ticulièrs  du  I^il.  C^eft  suffi  s csul'e  de  cette  deno- 
mination  que  f on  donna  aux  Pretres  qui  gardoient 
les  bœufs  facrés  . fymboles  particuliers  du  Nil 
fertilifateur  de  l’Egypte  , des  noms  compofes  de 
celui  de  Cnuphis  ; tels  furent  Onupkis , Ichonu- 
phis  , &c.  _ ^ 

Cnuphis  avoit  un  temple  célèbre  dans  1 ule 
d’ÉIéphantine , fituée  fur  les  confins  de  l’Egypte 
8c  de  l’Éthiopie.  ^ 

Eusèbe,  (Pnpar.  Evang.  lih.  3.  c.  it.  p.  iiy.) 
die  que  les  Égyptiens  lepréfentoient  Cnepk  fous 
la  figure  d’un  homme  de  couleur  bleuâtre,  & 
prefque  noir , tenant  une  ceinture  ou  un  feeptre. 
Sa  tête  étoit  ornée  de  grandes  plumes. 

\ en  Carie KNi  & KNIAIÎ2N. 

CNIDUS  3 

Le  fymbole  de  cette  ville  eft  un  lion  à mi- 
corps. 

Ses  médailles  autonomes  font  : 

R.  en  argent. 

R.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  de  Nerva , d’Anto- 
nin,  de  M.  Aurèle,  de  Fauftine  jeune,  de  Sévère, 
de  Caracalla,  de  Plautüle. 

Cnihi  , appelée  aiîùi  Gnide  , étoit  célèbre  par 
le  culte  qu’elle  rendort  à Vénus , & par  la  llattie 
de  Cette  DéeiTe  , qui  étoit  l’ouvrage  de  Pra- 
xitèle. — 

Les  joncs  de  Cnide  étoienr  employés  pour 
écrire  fur  les  feuilles  du  pap  tus  , S;  on  les  tranf- 
portoit  dans  tout  l’empire  Romain. 

CN’IS.’\ÏE  , danfe  <5c  air  de  danfe  des  Grecs , 
qu'on  exccuto'it  fur  la  flûte. 


CNOSSUSj'en  Crète.  KN'SîeinN. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 
R.  en  argent. 

C.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Leurs  types  ordinaires  font  : 

Le  labyrinthe. 

Un  carquois. 

Un  aigle  éployé. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  d’Augulle. 
CNUPHIS.  Eoyei  Cneph. 

COA  vejîis.  Voye^  Cos. 


CO  A CT  ILIA.  \ „ 

COACTILIARIUS.  Ç 


Feutre. 


COACTIO.  Ce  mot  défignoit  dans  les  cirques 
les  demandes  extraordinaires  du  peuple.  Tantôt  il 
exigeoit  {cogebat)  de  nouvelles  courfes  par-delà 
le  nombre  fixé  par  l’ufage  , tantôt  il  vouloit  que 
te!  cochet  courût  avec  les  chevaux  de  tel  autre , 
quelquefois  il  demandoit  que  tel  cocher  fournît 


COA 


une  cour.fie  fans  fouet,  & fans  exciter  fes  che- 
vaux du  gefte  ou  de  la  voix.  Il  eft  fait  mention  de 
ces  coaciiones  dans  les  épitaphes  des  cochers. 
y oyei  Cocher  & Mcliarh. 

COALEMUS , Dieu  de  l’imprudence.  k««X£^.«î 
veut  dire,  imprudent , fot. 


COB.ALES.  C’étoient  des  génies  malins  Se 
trompeurs , de  la  fuite  de  Bacchus.  Il  en  eft  parlé 
dans  Ariftophane.  Son  Scholiafte  ( in  Fluto  v. 

) dit  que  les  Clobales  étoient  des  génies  ma- 
lins 8c  trompeurs , de  la  fuite  de  Bacchus.  Ce  mot 
eft  grec , & fignifioit  chez  les  Grecs  à peu-près  ce 
que  lignifie  chez  nous  un  efeamoteur  , un  filou, 
un  bohémien.  KoÇkXüj  , dit  le  même  Scholiafte , 
fur  le  V.  1047  de  la  Comédie  des  Grenouilles  , 
eft  la  même  chofe  que  sraiSçftî,  c’eft-à-dire,  un. 
rufé  ; 8c  fur  le  v.  270  de  la  Comédie  intitulée 
les  Cavaliers  , il  dit  qu’il  lignifie  trompeur  , 
filou.  Héfychius  l’interprète  encore  , un  jafeur, 
un  caufeur,un hableuc.;  d’autres,  felori lui , l’ex- 
pliquent par  fiaraU; , un  difeur  de  fadaifes  ou  de 
bagatelles  ; & d’autres  enfin  un  débauché,  un 
rieur,  un  railleur,  un  bouffon.  On  les  appeloit 
aulli , félon  le  Scholiafte  cité  , Kafvyotpcpc; , tory- 
nephore  , c’eft-à-dire  , qui  porte  une  maftue , un 
garde.  Les  cabales  étoient  donc  des  gens  de  la 
•fuite  de  Bacchus,  8c  comme  fes  gardes;  mais  ils 
ctoient  en  même-temps  des  bouffons  , qui , par 
leurs  bons  mots  , leur  babil  , leurs  tours  depaife- 
palfe,  ieurs  rufes,  efeamotoient  tout  ce  qu  ils  pou- 
voient,  bc  fiioutoienr  les  gens. 

COBALT.  On  verra  à l’article  Azur  l’eflâi 


qu’a  lait  M.  Darcet , de  l’Académie  des  Sciences, 
fur  la  couverte  bleue  d’une  petite  liis  de  terre  cuite 
Égyptienne , par  iequei  il  a prouvé  qu’on  y avoit 
employé  un  véritable  cobalt.  Voici  un  palîage  de 
Ai.  ne  Pav/  fur  le  même  objet.  ( Recker.  Ph.iloJ. 
Jur  les  Egypt.  & les  Chinois  , t.  l - p.  7^7. ) : 

« Il  y a un  point  qui  concerne  l’état  de  la  chimie 
chez  les  Égypners  , Se  qu  on  peut  dire  être  cou- 
vert de  beaucoup  de  ténèbres,  i-üne  afïïire  quun 
Souverain  de  l’Egypte  avoit  trouvé  le  moyen  de 
contrefaire  la  pierre  précieafe  , nommée  cyanus , 
8c  qui  n’a  aucun  rapport  avec  le  faphir  des  mo- 
dernes ; ce  que  AI.  Kiii  a t-'s-bien  prouvé.  ' E oyt\ 
fon  Traité  dis  Pierres  d-  rh-..-jphrafte.  Le  cyanUS 
des  anciens  étoit  un  lapis  ht^uli). Or , comme  Es 
anciens  diftinguoient  leur  cyanus  en  mâle  & 
melle , Agricola  a cru  que  le  procédé  dont  il  e-t 
ici  queftion , confiftoit  à réhaïUfer  la  couleur  & 
à changer  les  femelles  en  mâles  par  leur  proprî 
teinture.  ( Tmciurâ  ex  cyano  fœminà  fit  mas.  Ptt- 
mus  autem  gemmam  ilium  tinxit  Rex  Ægypti  ■'  ctyj' 
tilU  etiam  6’  vitra  fie  tinguntur  ut  fpcciem  cyatit 
exprimant ,-  fed  tacius  maxime  lingua.  facile  deprt- 
kendit  fraudem.  De  nat.Fofilliuw.,p.  623.  col-  . 
paffage  feroit  croire  qu’ Agricola  ne  connon.oiî 
point  le  cyanus  des  anciens).  Mais  je  n’exarnine- 

xai  pas  tout  cela,  étant  convaincu,  comme  je  fi 

fuis 


COB 

fais  que  Pline  s’eft  trompé  , & a confondu  une 
opération  arec  une  autre.  On  trouve  beaucoup 
plus  de  lumière  dans  Théophrafte;,  qui  dit  que  le 
Roi  d^Egy-pte  dont  il  s’agit,  avoir  découvert  la 
méthode  de  faire  du  bleu  ou  du  faux  azur  5 de 
forte  qu’il  n’eft  point  proprement  queftion  d’une 
pierre  précieufe  , mais  d’une  fubilance  colorante , 
pour  teindre  les  fayences,  les  émaux  & les  verres. 
Quand  on  voit  les  ouvriers  Egyptiens  employer 
des  feîs  alkalis  & une  efpèce  de  gros  fable,  alors 
on  ne  doute  point  qu’ils  n’ayent  ciré,  comme  on 
fait  aujourd’hui , de  la  fubitance  métallique  du 
cobalt,  une  terre  , qui , étant  mêlée  de  foude  & 
de  filex  , fe  vitrifie  aifément , & produit  ce  qu’on 
nomme  maintenant  le  bleu  d'émail.  La  difEculté 
eft  de  favoir  dans  quel  temps  peut  avoir  vécu  ce 
Roi,  dont  le  nom  n’exifte  nulle  part  dans  les  mo- 
^ numens  j mais  c’eft  une  folie  manifefte  de  vouloir 
que  ce  foit  le  père  de  Ptolémée,  fils  de  Lagus.  ” 
Le  Comte  de  Caylus  avoir  confulté,en  lydo,. 
fur  les  poteries  étrufques  & campaniennes.  Roux, 
chimifte  célèbre  de  Paris.  Voici  la  réponfe  qu’il 
en  avoir  reçue  , & qui  eft  entièrement  conforme 
au  réfultat  trouvé  par  M.  Darcet  ( Caylus , Rec. 
ir.  p.  233  J. ^ 

« Les  différens  morceaux  de  poterie  que  vous 
M m’avez  envoyés  , Monfîeur , démontrent  évi- 
» demment  que  les  habitans  de  Velieïa  avoient 
==  toutes  les  différentes  efpèces  de  poteries  dont 
» nous  nous  fervons  aujourd’hui  j qu’üs  avoient 
» trouvé  l’art  de  les  enduire  de  verre,  de  plomb, 
53  &c.  Ils  avoient  , comme  nous , une  fayence 
qui  m’a  paru  parfaitement  femblable  à celle  de 
" nos  manufaétures.  Il  y a même  quelques  mor- 
« ceaux  qui  égalent  la  plus  belle  fayence  de  la 
” Chine.  Le  bleu  de  ces  fayences  m’ avoir  fait 
conjeéturer  qu’ils  y em.ployoient  le  fafre  ou 
la  chaux  de  cobalt  ,•  cette  conjecture  s’eft  tour- 
ï’  née  en  certitude , depuis  que  j’ai  vu  la  matière 
» bleue  en  grappe , que  vous  m’avez  commu- 
niquée. 

=3  Cette  matière  eft  compofée  d’une  fubftance 
« fixe  , vitreufe , mêlée  avec  du  fable  , qu’on  y 
» diftingue  à la  loupe  5 le  lavage , en  enlevant  une 
=«  portion  de  ce  fable,  enfonce  la  couleur:  les 
” acides  , qui  d’ailleurs  ne  mordent  pas  fur  elle  , 

» lors  même  qu’on  les  fait  bouillir,  produifent  le 
même  effet. 

” Ce  qui  pourroit  faire  douter  que  ce  fût  du 
» vrai  fafre , c’eft  la  couleur  qui  eft  bleue  , au 
M lieu  que  ceile  qu’on  emploie  aujourd’hui  dans 
» nos  manufaClures  eft  d’un  gris  cendré  5 mais 
=>  cela  même  me  confirme  dans  mon  opinion.  Le 
» fafre  que  nous  employons  aujourd’hui  n’eft  que 
» la  chaux  àc  cobalt,  qui  refte  après  qu’on  a fé- 
» paré  l’arfenic , & à laquelie  on  mêle  du  fable 
& de  I eau,  ce  qui  lui  fait  prendre  corps.  11  y 
» a bien  de  l’apparence  que  les  premiers  métal- 
» lurgiftes , qui  traitèrent  la  mine  qui  fournit 
cette  fubftance , n’avoient  en  vue  que  d’en  re- 
Antiq^uités , Tome  II, 


C O 


91 


" tirer  l’arfenic.  Quelque  hafard  leur  aura  appris 
« que  le  réfidu  vitrifié  avec  quelque  fondant,  don- 
” nqit  un  verre  bleu  5 ce  qui  les  aura  engagés  à le 
^ foire  entrer  dans  les  émaux  ; & peur  cet  effet, 
" ils  auront  commencé  par  le  foire  vitrifier  j mais 

s’étant  convaincus  dans  la  fuite  qu’il  étoit  égal 
” d’y  employer  la  chaux  de  cobalt , ou  le  verre 
» qu’elle  produit , on  fe  fera  épargné  les  frais 
" d’une  vitrification  inutile.  Ainfî , la  couleur 
» bleue  du  fafre  de  Veiieia,  démontre  la  naif- 
" fonce  de  l’art  qui  traite  de  cette  matière. 

On  peut  encore  m’o'ojeéter  que  les  Auteurs 
» anciens  n’en  ont  point  parlé.  J’avoue  que  je  ne 
» connois  aucun  Auteur  qui  en  ait  fait  mention 
« avant  Agricola  , qui  dit  dans  fon  traité  de  natura. 
” foJfiliuTn  ( page  348.  édit,  de  Bâle  , lyjS.  ) 
M plumbi  ciaerei  recrementum  ( c’eft  le  nom  qu’il 
» donne  à la  chaux  de  cobalt , dont  il  ne  connoiL 
=3  foit  pas  la  nature  ) cum  rebus  m-etallicis  qusu 
» liquatd  vitri  fpeciem  gerunt  , permiftum  vafa 
33  vitrea  & ficlilia  cœruleo  colore  tingit » 

COCALUS,  Roi  de  Sicile,  reçut  chez  lui  Dé- 
dale, que  Minos  perfécutoitj  charmé  de  pof- 
féder  un  homme  fi  célèbre  , & qui  s’étoit  fignalé 
par  plufieurs  beaux  ouvrages,  il  n’eut  garde  de 
s’en  défaire  lorfque  Minos  vint  le  lui  redemander 
à main  armée  ; il  défendit  fon  hôte  , & fit  même 
périr  ié-Roi  de  Crète.  C Ovid.  Miét.  lib.  8-  ) 

COCCEIA , famille  Romaine,  dont  on  a 
des  médailles  : 

RRR.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Le  furnom  de  cette  famille  eft  Nsrva, 

Goltzius  en  a publié  quelques  médailles  incon- 
nues depuis  lui. 

CO  C cm  A. 

CO  c CINE  us. 

COCCUS. 

rouge  C coccineus  color  ) leurs  laines  , avec  un 
fubftance  colorante  ( coccus  ' que  l’on  recuei'loie 
fur  des  végétaux  5 comme  ils  les  teignoient  en 
pourpre  , ou  rouge  violet  , avec  un  coquillage 
appelé  murex.  Les  étoffes  colorées  avec  Iz-coccus 
( coccina  & coccinea  ) étoient  d’un  grand  prix  , S: 
on  les  afümiloit  à la  pourpre.  ( Javénal.  fat. 
iiI.zS}.'): 

.....  Cavet  hune  quem  coccina  ls.na 

Uitari  jubet , & comitum  longijjlm.us  ordo. 

{^Miartial.  il.  39.  ) 

Coccina  famofâ,  donas  & janthina  mçech&. 

Quelle  étoit  cette  fu’nftance  que  l’on  recueillait 
fur  les  végétaux , & que  l’o.n  appeioit  co£cus  ? 
Écoit-ce  la  cochenille  d’Amérique  , ou  le  ker-rsès 

N 


lA.  ) 

JEU  S.  y 

3 


Les  anciens  teignoient  en 


5>s  C O € 

fourni  par  une  efpèce  de  chêne-vert  j ou  enfin  la 
cochenille  de  Pologne  ? 

1°.  On  peut  affurer  que  la  fubftancc  colorante 
que  les  anciens  appeloient  coccus  , n étoit  pas 
fournie  par  l’infecle  qui  s’attache  au  figuier  des 
Indes  , caBus  opuntia  & caBus  coccinellifer  de 
Linnée  ; puifque  l’Amérique,  où  fe  trouve  cetar- 
briffeau , ne  leur  étoit  pas  connue.^ 

2°.  Il  y auroit  de  la  témérité  à dire  que  les 
anciens  n’ont  jamais  employé  pour  teindre  en 
rouge  l’infede  qui  s’attache  aux  racines  du  file- 
rantkus  perennis  de  Linnée  , du  fraifier  & de 
quelques  autres  plantes;  car  il  fe  trouve  dans  plu- 
lieurs  contrées  de  l’Europe , & en  particulier  dans 
la  Pologne , où  l’on  en  faifoit  encore  dans  le  der- 
nier ficelé  un  grand  commerce  pour  les  teintures 
des  pays  du  Nord  & de  l’Afie. 

3^.  Le  Ko'xxsy  des  Grecs  & de  Diofeo- 

ride  , le  coccus  de  Pline  & des  Latins , & le  ver- 
micuLus  de  Lucilius,  étoient  l’infeéle  appelé  au  - 
jourd  hui  kermès  , qui  s’attache  à une  efpèce 
d’yeufe  ou  de  chêne- vert , qui  efi  commune  en 
Languedoc  & en  Efpagnc.  C’efi  de- là  que  les 
Romains  tirèrent  leurs  coccus  , ainfi  que  de  la 
Galatie  , de  l’Arménie  , de  la  Cilicie  & de 
l’Afrique. 

COCETUM  Nejloris.  Tertulien  ( contra  Va- 
lentin. c.  12.  ) parle  de  cette  boiffon  de  Neftor , 
appelée  par  Homère  lliad.  A.  640.  ) Elle 
étoit  compofée  , félon  Feftus  , de  miel  & de  jus 
de  pavots.  Voye-^  Cycéon. 

COCHENILLE.  Voyei  Coccus. 

COCHER.  Ceux  qui  conduifoient  les  chars 
dans  les  cirques  & les  hippodromes , étoient  ap- 
pelés à Rome  Aurigs.  & Agitatores.  Ces  cockers 
étoient  ordinairement  des  efclaves,  des  affranchis 
ou  des  étrangers.  Un  citoyen  libre  fe  feroit  désho- 
noré s’il  eût  fait  dans  les  jeux  les  fonélions  de 
cocker.  De-Là  vint  qu’il  fut  défendu  par  les  loix 
Romaines  ( Cod.  xi.  tit.  40.  leg.  4.  ) d’élever  aux 
cot A er J vainqueurs,  desmonumens  dans  les  places 
& les  portiques  publics.  Elles  ne  le  permirent  que 
dans  les  avenues  du  cirque  ou  fur  le  profeenium  du 
théâtre.  II  paroît  cependant  que  cette  flétriiTure 
n’etoit  qu’une  note  d‘ ignominie  très-légère  , ou 
qu’elle  ne  fut  pas  toujours  imprimée  aux  cockers  ; 
car  Ulpien  ( 1.  4.  ÿ.  de  procurât.  & defenf.  ) eft 
d’avis  que  ces  hommes  ne  foîent  pas  regardés 
comme  infâmes  ; generaliter  ita  omnes  opinantur , 

ii  utile  videtur , ut  neque  agitatores igaomi- 

niofi  haheantur. 

Sur  le  déclin  de  la  république  & fous  les  Em- 
pererr'’,  on  vit  de  jeunes  Romains  d’une  naiffance 
diftinguée  conduire  des  chars  dans  les  jeux  pu- 
blics. C Afeon.  in  Orat.  Cicer.  p.  148  é’  p.  iy2.  ) 
Caligula  donna  des  jeux,  dans  îefquels  il  n’y  eut 
d’autres  cockers  que  des  Sénateurs  ( Suit,  in  Cal. 
c.  i S.  r,  (S.  ) ,•  & il  en  fit  les  fonctions  lui-même  , 
fur  le  pont  qu’il  couftruifîîà  Bayes. 


C O C 

La  Divinité  que  les  cochers  invoquoient  avec 
le  plus  d’ardeur,  étoit  Neptune  équeftre  , 
chez  les  Grecs.  Ils  rendoient  auffi  un  culte  parti- 
culier à Epona,  dont  ils  plaçoientla  itatuedans 
les  écuries.  {Juvénal,  riii.  152.  ) 

Jurât 

Eponam  , & fades  olida  ad  prtfepia  pillas. 

Ils  couronnoient  derofes  cette  ftatue  {^Apul.  Met. 
ni.  p.  96.)  : Refpido  pile-  media , qu&  fiabuli  trabes 
fuflinebat  , in  ipfo  fere  meditullio  , Epona  Dea 
ftmulacrum prafidens  adicula,  quod  accuraù  corollis 
rofeis  recentibus  fuerat  ornatum.  Mercure  recevoir 
aufli  les  hommages  des  cochers , parce  qu’il  pré- 
fidoit  aux  Carceres  , auprès  defquelies  fa  ftatue 
étoit  placée. 

C’étoir  aulfi  près  des  Carceres  ejue  l’on  conf- 
truifoit  des  chambres  dans  lefquelles  les  cochers 
s’habilîoient  pour  lescourfes-  Vélius  Longus  parle 
de  cet  ufage  ( de  orthographia  ) ; Inverfs  armis 
gladiatores  pugnajfe  non  eft  dicendum  ; fed  verfts  , 
hoc  eft  iranfmutatis  : fed  nec  inverfs  pannis  agi- 
-tajfe  aurigas  , fed  verfis.  On  vit  quelquefois  le 
même  cocker  courir  alternativement  fous  les  li- 
vrées de  deux  faétions  différentes  ; il  falloir  bien 
alors  qu’il  pût  changer  d'habillement  loin  des  yeux 
du  peuple. 

Après  s’être  revêtus  de  leur  habillement  dif- 
tinétif , les  cochers  fe  plaçoient  debout  fur  leurs 
chars  , & ils  nouoient  les  rênes  des  chevaux  der- 
rière leurs  reins , afin  d’être  foutenus  dans  la  rapi- 
dité des  courfes.  Nous  voyons  dans  Srace  un  co- 
cker tombant  de  fon  char , dénouer  les  rênes  qui 
l’entouroienc , de  peur  d’être  traîné  par  les  che- 
vaux ( n.  J04.  ) : 

Ruit  ilicct  ex  fui 

Aonius  , nexufque  diu  per  terga  volutus 

Exuit  y ahripitur  longe  moder amine  liber 

Currus. 

Lutatius , commentateur  de  Stace , dît , fur  cet 
endroit  : Se  habenarum  nexu  , quo  involutus  per 
terga  fuerat , liheravit , ne  cum  loris  implicitus  tn- 
heretur. 

Dès  que  le  fignal  étoit  donné , les  cochers  fai- 
foient  partir  leurs  chars  avec  la  rapidité  de  féclau. 
Arrivés  auprès  des  meta  , fis  s’eftorçoient  ue 
rafer  le  mur  de  la  fpina,  d’enlever  à leurs  con- 
currens  h.  place  la  plus  voifine  de  cette  fpina_y 
afin  de  tourner  le  plus  court  poffible.  Le  mot  ert- 
pere  feul  défignoit  l’aétion  du  cocher  qui  enlevoit 
cette  première  place  à quelqu’un  de  fes  con^ 
currens.  . 

Arrivé  au  but , le  cocker  vaiirqueur  defcendoit 

de  fon  char , s’élançoit  fur  la  fpina  piour  y rece- 
voir les  prix  de  la  main  des  Brabeutes  ou  des  Pre- 
fidei^  des  jeux.  Le  hérauk  publiait  alors  fon  ns® 


99 


C O 

te  fa  viéloire.  Les  prix  varioient  fuivaRt  les  jeux  ; 
c'êtoient  des  palmes , des  manteaux  , des  cou- 
ronnes, des  ftatues,  &c.  Quant  aux  couronnes 
d'or  , on  ne  les  donnok  aux  cockers  qu  à certaines 
époques , après  le  jour  des  jeux , comme  nous 
l'apprenons  d'une  lettre  de  Pline  ( x.  £19.  ) : 
AthLecs,  ea , qujL  pro  ifelafiicis  certaminihus  conf- 
tituijii  , deberi  Jîbi  putant  ex  eo  die  , quo  funt  coro- 
nati.  Les  cockers  faifoient  graver  fur  leurs  tom- 
beaux le  nombre  des  viéloires  & des  prix  qu'ils 
avoient  remportés  , avec  le  détail  des  attelages 
qu’ils  avoient  conduits  , & des  factions  auxquelles 
Ils  avoient  appartenus.  En  voici  un  exemple  C Fer- 
rer, M.uf.  Lapid.  ni.  Mémor,  43.  ) 

M.  AURELIUS.  POLINICES.  NAT.  VERNA.  QUI. 
VIXIT. 

ANNOS.  XXIX.  MENSES.  IX.  DIEBUS.  V.  QUI 
VICIT. 

PALMAS.  DCCXXX  VII.  SIC.  IN.  RüSSEO.  DCCXXV. 
ÎN.  PRASINO.  IV.  IN.  VENETO.  XII.  IN.  ALSO. 

XVII. 

DECEMIUGE.  VIII.  SEIDGE.  IIX. 

Les  Grecs  érigeoient  fouvent  des  monumens  à 
îa  gloire  des  cochers  vainqueurs  dans  les  courfes 
de  chars.  On  peut  fe  former  une  idée  de  ces  mo- 
numens  par  quelques  morceaux  en  mofaïques  qui 
portent  les  noms  des  perfonnages  , & que  l'on 
voit  a Rome  dans  la  mailon  Maflimi.  On  peut  en 
acoutnr  une  notion  encore  plus  nette  par  l'inf- 
peét'.on  d’un  ce  ces  cochers  vainqueurs  , monté 
fur  un  quadrige  , & exécuté  prefque  de  grandeur 
naturelle  dans  un  bas-relief,  faifanr  partie  d’une 
grande  urne  funéraire  de  forme  ovale  , qui  fe 
trouve  à la  Villa  Albani.  Winckelman  l'a  publié 
dans  Tes  monumens  de  l’antiquité.  ( Monum.  Ant. 
ined.  n°.  203.)  La  Villa  Négroni  renferme  aufli 
une  ftatae  qui  repréfente  un  vainqueur  du  cirque. 
On  de  la  peine  à reconnoître  cette  figure  au- 
jourd  hui  , parce  qu’en  la  reftaurant , on  en  a fait 
un  jardinier  , a caufe  d'un  poignard  recourbé  en 
forme  de  ferpette,  qui  eit  attaché  à fa  ceinture  , 
& que  le  vainqueur  du  bas-relief  de  la  Villa  Albani, 
porre  dc^ia  même  manière-  D'après  cette  fauffe 
idée,  OR  lui  a f.iit  tenir  aufli  une  houe  de  jardinier. 
Du  refte,  ces  cockers  du  cirque,  à qui  l’on  dre-ïbit 
des  itatues  , ct  fient  la  plupart  du  temps  des  gens 
cm  bas  peuple.  On  les  reconnoifToit  en  voyant 
leurs  corps  entourés  d’upf  ceinture  depuis  la  poi- 
trine jufqu’âu  bas-ventre,  & leurs  têtes  chargées 
d un  cafque  piar , fans  cimier,  garni  de  plumes  des 
deux  cotes. 

Sidoine  parle  en  général  de  ces  attributs  diftinc- 
tirs  des  cockers  ( Carm.  2^ . n,  ^ I . ) : 

Vcfird  înjîgnla  cop.tinent  Tnhûfirt 


C O c 

Ora  , & lora  man  is  , jxbafque  tortas 
Cogunt  fiexilibiis  latere  nodis. 

On  reconnoît  dans  ces  vers  les  cheveux  du  cocker 
de  la  Villa  Albani  relevés  en  un  feul  rouleau. 
Suérone  ( Calig.  c.  ic).  n.  j.  ) défigne  par  les  mots 
quadrzgarius  habitus  ^ ces  mêmes  attributs.  Les 
plis  que  formoit  autour  du  corps  des  cochers  leur 
tunique  courte  & entrelalTée  de  bandelettes,  l’onc 
fait  appeler  par  le  code  Théodofîen  ( cité  plus 
haut  ) rugofi firius.  Stace  a parlé  aufli  de  leurs  cal- 
ques ornés  d’ailes.  ( Theb.  rr.  330.  ) 

Ipfe  kabitu  niveus  : nivei  dant  colla  jugales. 

Concolor  eft  albis , 6?  caffis  , & infula.  crijiis. 

Le  Poète  défigne  fans  doute  par  r/i/L'/iZ  une  bande- 
lette  qui  lioit  leurs  cheveux  & les  tenoit  relevés. 

Athénée  ( v.p.  201.  F.  ) appelle  çréTxcnt  levaf- 
que  des  cochers  ; ce  qui  défigne  fon  peu  d'éléva- 
tion , & ce  qui  s'accorde  avec  le  monument. 

Dans  les  tems  héroïques,  les  cochers  s^aiTeyoient 
ou  fe  tenoient  debout  aux  côtés  des  guerriers  qui 
combattoient  fur  les  chars.  Sous  le  bas-Empire, 
ils  s'affirent  fur  le  devant  des  chars , lorfqu’ils  eu- 
rent quatre  roues.  On  voit  un  exemple  de  ce  der- 
nier ufage  fur  un  marbre  , publié  par  Onuphre 
dans  les  Antiquités  de  Vérone. 

COCHLEA  , porte  des  fouterreins  ( cavee  ) o4 
l'on  renfermoit  les  animaux  deftinés  aux  amphi- 
théâtres. Varron  dit  (de  Re  Ruflica  ni.  ).  ); 
Ojlium  kamile  efi  anguftam  , & potiffimam  ejus  gene- 
ris  , quod  cockleam  appellant , ut  folet  ejfe  in  cavect 
in  qua  tauri  pugnare [oient. 

COCHLEAR , mefure  des  foüdes  & des  liqui- 
des chez  les  Romains.  Voyezq  Ligute. 

COCHON.  « Tous  les  pafteurs  , dit  M.  de  Favr 
( Recher,  fur  les  Egyptiens  , ton:,  i.  147.  ) n’étoient 
pas  en  Égypte  un  objet  d'horreur.  C’eit  propre- 
m.ent  à ceux  qui  gardoient  les  troupeaux  de  ce— 
chons  , qu’on  avoit  interdit  l'entrée  des  temples  : 
ils  étoient  diftingués  du  refte  de  la  nation  par  leur 
longue  chevelure  ,&  ne  pouvoient  s'allier  qu'entre- 
eux  ; de  forte  qu’ils  ont  conftamment  formé  une 
tribu  ifoîée  , couverte  de  beaucoup  d’opprobre. 
Comme  iesÉgvptiensentretenoieRt  des  troupeaux 
de  cochons  pour  le  fervice  de  l’agriculture  , ils 
avoient  inftitué  deux  grandes  fêtes  , pendant  lef- 
quellescn  n'offroit  pas. d'autres  animaux  en  vic- 
times que  ceux-là  5 fans  quoi  iis  fe  feroient  trop 
multipliés  , St  au-de'à  du  befoin  qu'on  en  avoit. 
Aufli  oermettoit-on  alors  au  peuple  d’en  manger 
la  chair,  pourvu  qu’il  n’y  touchât  point  .après  îa 
pleine  lune  , jour  auquel  ce  facrifice  devoir  s’exé- 
cuter hors  de  l'enceinte  des  temples  , & non  par 
la  main  des  miniftres.  ” 

« ïl  faut  pardonner  à Hérodote,  St  encore  à 
Eudoxe,  cité  par  Élien,  d'avoir  dit  que  les  Egyp- 

N ij 


100  C O C 

tiens  fe  fervoient  de  -cochons  pour  labourer  & 
pour  herfer  les  terres , car  leur  erreur  n’eft  point 
£ étonnante  qu'elle  paroit  Têtre^dès  que  l’onfup' 
pofe  que  ces  animaux  voraces  étoient  introduits 
dans  les  campagnes  immédiatement  après  l’inon- 
dation j pour  y confbuimer  les  racines  des  plantes 
aquatiques  ^ le  frai  de  grenouilles,  & tout  ce  que 
les  Ibis  ne  pouvoient  emporter  en  auffi  peu  de 
temps  qu’il  s’en  écouloit  entre  la  retraite  du  Nil 
& l’infiant  du  premier  labour,  donné  avec  la 
charrue  , inflrument  donc  on  n’a  jamais  pu  fe 
palfer.  => 

«■  J'ignore  £ cette  pratique  a produit  des  effets 
auflî  avantageux  pour  la  culture , qu’on  fe  l’étoit 
perfuadé  dans  ces  fiècles  reculés  dont  il  eft  ici 
queftioii  j car  dans  la  fuite  on  l’abandonna  cnticre- 
raent.  Et  alors  cette  tribu  fi  déteftée , parce  quelle 
gardoit  des  animaux  jugés  utiles , & réputés  im- 
mondes , difparut  au  point  qu’il  n’en  eft  jamais 
plus  fait  mention  ; mais  on  peut  foupçonner  , que 
profitant  des  troubles  furvenus  par  la  révolté  gé- 
nérale contre  les  Perfans,  elle  s’aftbcia  à d’autres 
pâtres  , & forma  cette  célèbre  république  de  vo- 
leurs Egyptiens  , qui  fe  retranchèrent  dans  un 
marais  du  Delta,  à peu  de  diftance  de  la  bouche 
Héraciéotiquc  du  Nil,  comme  nous  le  voyons  dans 
He  ioQore  (^Æthiopiques , llv-  i-  p.  9.  ) Quelques 
palfages  des  Idylles  de  Théocrite  ont  fait  croire 
mal- à-propos  que  Ptolémée  Philadeiphe  parvint 
à ditfiper  & à détruire  enfin  totalement  la  confé- 
dération de  ces  brigands,  iidyl.  xv  & xn/.)  Mais 
la  vérité  eft  qu’elle  fe  foutint  pendant  plus  de 
quatre  cent  ans  après  la  mort  de  Philadeiphe  ; & 
on  vo;t  dans  la  vie  de  l'Empereur  Marc-  Aurèie  , 
que  ce  fut  fous  fon  règne  que  les  Romains  affoi- 
blirent  cet  état  en  y femant  la  difcorde , contre 
laquelle  aucune  république  n’a  jamais  réfîfté  , & 
bien  moins  une  république  de  voleurs.» 

Athénée  ( /iv.  ix.  p.  37^.  ) rapporte  , d’après 
Agathocle  le  Babylonien , que  le  cochon  étoit  1 
un  animal  facré  chez  les  Cretois  , parce  qu’ils 
croyoient  que  Jupiter  avoir  été  allaité  par  une 
truie.  Ils  avoient  pour  cet  animal  une  extrême 
vénération.  Les  Praïfiens , feuls  entre  les  peuples 
de  Crète , immoloient  des  cochons mais  ce  facri- 
fice  avoir  été  ordonné  par  les  loix  qui  leur  pref- 
ctivoient  cette  viéiime. 

On  peut  attribuer  avec  affcz  de  vraifemblance 
la  répugnance  qn’avoient  les  Crétois  pour  les 
facrifices  des  cochons , aux  liaifons  de  commerce 
& de  religion  qui  fe  formèrent  de  bonne  heure 
entre -eiK  & les  Egyptiens.  Quant  aux  autres 
Grecs  , fi  l’on  en  croit  Varron  ( de  Re  Rufiica^ 
Ub.  il.  c.  4.  ),  le  cochon  fut  la  première  des  vic- 
times qu’ils  offrirent  aux  Dieux.  Ovide  Ub. 

X r.  ) a chanté  cette  tradition  : 

Er  prima  putatur 

Jîofiiafus  meraife  necem  , quia  femina  pando 

Eruerat  rofiro  ,fpemque  interceperat  ar.nï. 


CGC 

On  voit  fur  un  autel  d’Hercule  au  caoitole  • 
& fur  quelques  médailles  d’Eieufis  , dans'l’Atu 
que , un  cochon  avec  la  maPfue  d’Hercuk  placée 
au-deffus  de  cet  animal.  On  immoloit  un  cocho 
dans  les  petits  myftères  d’Éleufis  ; c’eft  pourquoi 
on  regarde  ce  type  comme  une  allufion  à l’initia- 
tion d’Hercule  aux  petits  myftères.  ils  furent  éta- 
blis par  Eumolpus , pour  dédommager  Hercule 
qui, ^n’étant  pas  citoyen  de  l’Attique,  ne  po'u! 
voit  être  admis  aux  grands  myftères  d’Eleafis. 

On  immoloit  auffi  le  cochon  à VHercules  Ruf. 
tiens , qui  étoit  la  même  divinité  que  Sylvain. 

Les  Argiens  ( Ath.  Lib.  ni.  ) immoloient  aufS 
des  cochons  à Vénus  dans  les  hyftéries,  fêtes  qui 
avoient  un  nom  dérivé  de  celui  des  viétimes  : îj, 
défigne  en  grec  un  cochon. 

De  tous  les  facrifices  où  l’on  immoloit  des  co- 
chons , ceux  de  Cérès  étoient  les  plus  célèbres  ; 
& c’eft  à cette  Déeffe  qu’ils  furent  immolés  pour 
la  première  fois,  félon  Ovide  { Faft.  i.  349.  ) ; 

Prima  Ceres  avids.  gavifa  efl  fanguine  porcs.  , 
Vlta  fuas  merits  csde  nocentis  opes. 

Nam  fata  vere  novo  teneris  laclentia  fuccis 
Eruta  fetigers  comperit  ore  fuis. 

Le  dégât  que  fait  cet  animal  dans  les  moiffons 
n’étoit  pas,  difoient  les  Pontifes,  la  feule  raifort 
qui  le  faifoit  facrifier  à Cérès  , ils  en  apportoient 
une  fécondé  plus  myftérieufe  , c'étoit  la  fituation 
de  fes  yeux  qui  l’oblige  de  regarder  toujours  la 
terre. 

On  immoloit  une  truie  avec  des  cérémonies 
particulières  , lorfqu’on  faifoit  des  alliances  & 
lorfqu’on  fe  marioit.  lAeye^-en  le  détail  au  mot 
TruiEx 

Cérès  , Hercule  & Sylvain  n’étoient  pas  les 
feules  divinités  que  l’on  honoroit  par  des  facri- 
fices de  cochons , :1s  étoie.tt  encore  immolés  aux 
autels  des  Lares.  Cette  offrande  étoit  faite  ordinai- 
rement par  ceux  qui  vouloient  guérir  de  quelque 
folie  ou  manie,  Sc  par  ceux  qui  en  avoient  été  gué- 
ris. Horace  {Sat.  il.  5.  164.)  dit  de  celui  qui  n’eft 
point  fol  : 

Immolet  squis 

Hic  porcum  laribus 

Et  Plaute,  dans  les  Ménechmes  ( il.  z-  IJ-)  • 

jiE.  Aiolefcens  , quibus  hic  prédis  porci  veneurtt 

Sacres finceri?  CT.Nummo.ME.  eumameaccipe- 

Jubé  te  piari  de  mea  pecunia. 

Nam  ego  quidem  infanum  ejfe  te  certo  feio. 

Les  mc-ts  facres  finceri  dans  ces  vers  de  Plaute^ 
défigqent  un  cochon  gras  & fans  défaut , k mênts 


C O c 

qui  Cil  appelé  Tnyfiicus  dans  Tibulle.  il.  z6.  ; : 
Hofiiaque  è pUna  myfiica  porcus  hara. 


C O D loi 

morale  efi  û bien  cachée  ^ où  la  verfificat!o;i  eiî 
fi  belle,  rappelle  poétiquement  à'fon  ami  la  né- 
celfiié  de  mourir. 


II  etoit  appelé  auSî  porcus  yàcer  après  le  14' jour 
de  fa  naiffance,  parce qa"on  ne  pouvoir  TofFrir  aux 
Dieux  qu'à  cette,époque. 

Cochon  de  Troye.  II  eft  fait  mention  dans 
Macrobe  (77/.  12  ) d'un  mets  appelé  de  ce  nom. 
C'etoit  un  cochon  rôti  & rempli  de  pièces  de  gi- 
bier entières  , comme  ie  cheval  de  T roye  étoit 
plein  de  gens  armés. 

CO  CLÉS  , fiirnom  de  la  famille  Hokatia.  Il 
défignoit  un  borgne  , comme  on  le  voit  dans  ces 
vers  de  Plaute  ( Cure.  ni.  23.  ) : 

De  coclhum  profapia  te  ejfe  arhitror; 

LLam  ii  faut  monoculz. 


Si  Ton  en  croit  Denys  d’Halycarnaffe  ( v.  p.  29  y.) 
le  peuple  Romain  éieva  une  ftatiie  de  bronze  à 
Ilorutius-  Codes. 

COCYTE , un  des  quatre  fleuves  des  enfers. 
C'étoit  un  fleuve  d’Épire  , ou  plutôt  de  la  Thef- 
protie  qui  en  étoit  une  partie  : il  tomboit  avec  le 
pyriphlégeton,  dansie  marais  .4chérufia.  L’étymo- 
logie de  Ton  nom  & fon  voifinage  de  l'Achéron  , 
l’ont  fait  mettre  par  les  poètes  Grecs  au  nombre 
des  fleuves  des  enfers.  En  effet , cocyte  veut  dire 
pleurs  ^ gémijfemens  , de  x-asydiu  , gémir.  Il  a donné 
fon  nom  aux  fêtes  Cocytiennes  qu'oa  céiébroit  en 
i'honneur  de  Proferpine. 

Le  cocyte  des  poètes  Latins  étoit  le  ruiffeau  de 
ce  nom  qui  couloir  en  Italie,  près  du  lac  d’Averne  , 
& is.  déchargeoit  dans  le  lac  Lucrin , lequel  fut 
enfin  prefque  comblé  par  une  montagne  de  cen- 
dres qu'on  vit  s'élever  du  fond  de  ce  lac  dans  un 
tremblement  de  terre  arrivé  le  29  Septembre 

Ce  n’eft  donc  pas  feulement  de  l'Epire  que  les 
poètes  ont  tiré  l'idée  des  fleuves  de  l'enfer  5 le  lac 
d’Italîe  , & les  fontaines  d'eaux  chaudes 
qui  étoient  aux  environs  , y ont  également  donné 
lieu.  Tous  ces  endroits  étoient  fi  couverts  de  bois 
depuis  Bayes_&  Pouzzol„  que  les  eaux  y crou- 
pi.Tant,  pafibienr  pour  être  des  plus  mai-fainss  ; 
& les  vapeurs  qui  fortoient  des  mines  de  foufre  & 
de  bitume,  qui.y  font  en  grand  nombre,  ne  pou- 
voient  pas  s’exhaler  aifémenr. 

Agrippa  , favori  d’Augufte  , rempli  d’amour  du 
bien  public  , fit  couper  ces  bois , & nétoyer  fi 
bien  les  lieux  voifins,  que  depuis  les  eaux  devin- 
rent claires  & nettes,  au  rapport  de  Srrabon.  Mais 
c ell  pour  cela  même  que  les  poètes  ornèrent 
leurs  écrits  aes  anciennes  idées  qu’on  avoir  du 
cocyte.  Horace  C ode  xiv.  iiv.  il.  v.l8.  ) & Vir- 
gile ( Æneïd.  liv.  VI.  v.  323.  ) en  donnèrent 
l’exemple. 

Le  premier,  dans  cette  ode  à Pofthume,  où  h 


J^ifendus  ater  flutnine  languido 
Cocytus  errans. 

COCYTHUS  , médecin  , difciple  de  Chîron  , 
qui  guérit  la  bleflure  d’ Adonis  5 ce  qui  fit  dire  que 
le  Cocyte^  des  enfers  avoir  rendu  le  jeune  Prince 
a la  lumière  du  jour.  Équivoque  des  noms,  fon- 
dement d’un  grand  nombre  de  fables! 

CODitTANÜS.  Voye^  Champ. 

CODEX.  Ce  mot  avoir  chez  les  Romains  plu  - 
fîeurs  figni.fications.  La  plus  commune  étoit  celle 
de  défigner  un  cahier  de  feuilles  de  parchemin  ou 
di,  papyrus,  different  au  rouleau  , volumen  , en  ce 
que  les  feuilles  étoient  collées  ou  liées  enfemble 
par  un  feiil  côté  , comme  nos  reliures  m.odernes. 
On  en  voit  de  femblables  fur  plufieurs  monu- 
mens  antiques,  & en  particulier  fur  ie  bas-relief 
du  n°.  1 84_des  monumenti  inedzti  de  Winkelmann  , 
& fur  la  pierre  gravée  N°.  170  du  même  recueil. 

Les  barques  ou  navires  faits  de  planches  affem- 
blees , lurent  appelés  par  analogie  naves  codicurist 
ou^  caudicarzsL.  Quelques  philologues  ne  recon- 
noiflent  ici  que  de  fimples  radeaux.  Leurs  patrons 
ou  pilotes  étoient  appelés  codicarü. 

Co77Ex  défignoit  aufli  un  madrier  ou  tronc  de 
bois  auquel  on  enchainoir  les  efclaves  pour  les 
punir.  Properce  en  fait  mention.  ( ir.  7. 40.  ) : 

Codicis  îmmundi  vzncula  fentit  anus. 

Juvenal  en  parle  auffi,  lorfqu’ii  décrit  la  ven- 
geance que  les  dames  Romaines  tiroient  des  ef- 
claves qui  avoient  favorifé  les  amours  de  leurs 
maris  ( zl.  37.  ) ; 


Horrida  quale  facit  rejidens  in  codice  pellex. 


CODICARlAE.'l  -- 
CODICARII.  ^ 


Codex. 


CODICILLI ; c' étoient  de  petits  codex , & I3 
forme  quarrée  \em  étoit  particulièrement  affeâée. 
Les  codicilU  ét<^nt  des  tablettes  ou  des  lettres. 
Sur  le  bas-relief  d’un  tombeau  qui  eft  au  palais 
Accoramboni^de  Rome,  & qui  repréfente  Orelre 
& Pylade  près  d'être  facrifiés  par  Iphigénie , on 
voit  au  bas  du  piédeftal  de  la  ftatue  de  Diane  Tau- 
rique  , une  tablette  quarrée  garnie  d'une  petite 
bordure , pour  défigner  les  codidUi  ou  la  lettre 
par  laquelle  Orefte  fe  fit  reconnoître  à fa  fœiir. 
La  nourrice  de  Phèdre  préfente  à Hippolite  les 
codiczlli  quarrés , ou  la  lettre  dans  laouelle  Phèdre 
dédaroit  fon  amour  à ce  héros  infortuné,  fur  an 
bas-relief  ae  la  Villa  Albani,  publié  fous  le  n"^. 
IC2  des  monumenti  inedzti  de  Winkelmann,  où  fe 

trouve  suffi  le  bas-relief  précédent  fous  le  n?.  145?. 


102 


C (S  L 

CODONES. } «^éfigiioic  proprement  chez 

les  Latins  par  ce  mot , emprunte  des  Grecs , une 
Clochette.  Comme  les  clochettes  dont  on  garnif- 
foit  les  harnois  des  chevaux  & les  habits  des  Bac- 
chanîes  étoitévafées , ils  délîgnèrent  par  le  même 
nom  le  pavillon  ou  l'extrémité  inférieure  de  leurs 
inftrumens  à vent.  Les  codones , ou  pavillons  faits 
de  cornes  de  bœufs  ou  d'ivoire  repréfentoient 
Ibuvent  des  gueules  d’animaux  féroces  ^ comme 
on  le  voit  fur  les  bas-reliefs  antiques. 

CODONOPHORE,  | c/orWa  : 

KQA0N0<50?0E  , J 

tels  étoient  les  oiÉciers  qui  faifoient  les  rondes 
dans  les  camps  ou  dans  les  villes  de  guerre  ; tels 
étoient  ceux  qui  précédoient  à Rome  les  convois. 
f^oyei  ClQCHETTES. 

COELIA  J famille  Romaine  , dont  on  a des 
médailles  : 

O.  en  or. 

C.  en  argent. 

RRRR.  en  bronze. 

Le  furnom  de  cette  famille  eft  Caldus. 

CCELIMONTANI.  1 

CŒLIMONTlUM.  f Lemont  Cælius  , fur 

CŒLIOLUS.  t lequel  ett  aujourd'hui 

CŒLIUS.  3 

bâtie  la  bafilique  de  S.  Jean-de-Latran  ^ fut  réuni 
à la  ville  de  Rome  ^ par  Romulus  , fi  l'on  en  croit 
Denys  d'Halycarnafïé  ( il.  )■  Tite-Live  dit  que 
cette  réunion  fut  faite  par  Tullus  Hoft iiius  ( /.  30.  ) j 
Strabon  ( v.  p.  i6z.  ) par  Ancus  Marrius  ; l'acite 
( Annal,  iv.  6ÿ  2.  ) enfin  par  Tarquin  l’ancien. 
Ce  dernier  écrivain  raconte  que  le  mont  Cœlius 
portoit  le  nom  de  Qaerqueiulanus  , à cau.^e  des 
chênes  dont  il  étoit  couvert;  mais  qu’il  prit  de- 
puis celui  de  Cœles  Vibenna  ^ chef  d’une  horde 
étrufque  J auxiliaire  de  Tarquin  j établi  fur  fon 
fommet. 

Tibère  ( Suet.  Tlb.  c,  48.  n.  3.  i)  voulut  changer 
le  nom  du  mont  Cœlius  , & lui  faire  porter  celui 
d’Augufte  , fou  père  adoptif  ; mais  ce  fut  fans 
fuccès.  Le  nom  de  Lateranus , d’où  eit  formé  celui 
de  Latran , dura  plus  long-temps  ; Se  il  vint  de  la 
nuifon  des  Lateranus , famille  confulaire  , qui  en 
faifoit  le  principal  ornement. 

Le  mont  Cœlius  fit  appeler  Cœlimontium  , la  fé- 
condé région  dans  laquelle  il  étoit  placé  , & Cœli- 
moni.mi,  les  Virginius  qui  l’habiroient. 

Quant  au  CxHolus , ou  petit  Cœlius  , il  paroît 
que  c’étoit  le  prolongement  du  Cœlius,  fur  le- 
quel eft  bâtie  1 eglife  de  S.  Grégoire. 

CŒLISPEX.  î^oyei  Apollon-Cceltspex. 

COELU  ou  CGILLÜ  , dans  la  Mumidie. 

Æe.  MUNICIP.  CŒE.  Æliam  Municipium 
Cœlliou  Coillitanum.  Mauvaife  légende  de  Vail- 
lant : elle  appsïtient  à eœlam  ou  culla  dans  la 
Cherfonèfe  de  Thrace. 


C (E  N 

Æl.  MuNICIP.  COIL.  Ælium  Municipium  Co'cl 
litanum.  Ce  municipe  a fait  frapper  des  médaüLs 
latines  en  l’honneur  d’Antonin  ^ de  Vêtus  ^ de 
Commode  j de  Caracaüa , de  îlîacrin , d’Élagib^le 
d’Alex-Sévère  , de  Maxime,  de  Gordien- Pie  ^ dé 
Philippe  père,  de  Philippe  fils,  d’Hoftilien. 

C(ÆLLM  , ou  CÜLLA , dans  la  Cherfonèfe 
de  Thrace. 

Æl.  MuNICIP.  CCEL.  Æliam  Municipium 
Cœlum.. 

Cette  ville,  devenue  colonie  Romaine , a fait 
frapper  avec  la  légende  ci-delTus  les  médailles  que 
Vaillant  a ma!-à  propos  attribuées  à Co'élu;  & d’au- 
très  médailles  en  l’honneur  de  Sept.  Sévère , dç 
Velufien.  - 

C(SLUS  , ou  le  Ciel , étoit  fils  de  la  'Terre, 
fuivant  Héfiode;  8c  par  fon  mariage  avec  famère, 
il  produifir  Satur.'ie,  Rhea,  l’Océan,  les  Titans, 
Sc  beaucoup  d’autres  divinités.  Codas,  ayn  crai- 
gnoit  de  fi  terribles  enfans,  les  tenoit  enfermés , 
& ne  leur  permettoit  pas  de  voir  le  jour  ; mais 
Saturne  Payant  furpris  endormi , le  fit  Eunuque; 
Sc  des  parties  coupées  naquirent  les  Géans,  les 
Furies,  les  Nymphes  , 5c  la  belle  Vénus.  C'eftie 
même  être  mythologique  que  Uranus.  Xoyei^  ce 
mot. 

COEMPTIO.  Voyei  Mariage. 

CCENA.  Le  repas  appelé  cœna  par  les  Ro- 
mains, fut  quelquefois  le  fécond  de  la  journée, 
8c  il  répondoir  alors  à notre  i'ouper.  Mais  ils  don- 
nèrent le  plus  fouvenr  ce  nom  au  repas  unique 
qu’ils  faifoient  en  été  , vers  les  quatre  heures  du 
foir,  8c  vers  les  cinq  en  hiver.  Nous  ne  parlons 
ici  que  des  repas  principaux , 8c  non  du  déjeuner 
8c  du  goûter. 

Les  quatre  heures  du  foir , ou  la  neuvième 
heure  d’été , paroiffoit  fixée  invariablement  pour 
la  cœna,  comme  l’ attelle  Maniai  ( iv.  S.  6.): 

Impeiat  exfiruSos  frangere  noua  toros. 

C’eft  pourquoi  .luvénal  reproche  à un  de  fes  con- 
temporains de  fe  mettre  à table  une  heure  avant 
les  autres  pour  prolonger  le  temps  confacré  au 
repas  : 

Exfal  ah  odava  Marias  bibit  , & fruitur  Dis 

Iratis 

La  cœaa  éroit  ordinairemenr  précédée  du  bain, 
fouvenr  on  la  prolongeoit  fort  avant  dans  la  nuit. 
Néron  , au  rapport  de  Suéroiie  ( c.  27.  rP.  iQ 
commençait  ce  repas  à midi  , 8c  ne  le  fintlfoiti 
qu’à  minait:  Su.is  epulas  k medio  die  ad  mediaat 
noctem  protraxit.  De- là  vient  que  dans  le  plus 
grand  noinbre  des  monumens  antiques  repréfen* 
tant  des  repos  , on  voit  toujours  des  lampes. 

On  trouvera  les  décaüs  communs  à la  ceeua  Sc 
aux  autres  repas  dans  l’article  Repas, 


C Œ N 

Ceena  adjicialis  i &,  fclon  quelques  philolo- 
gues ^ aditialis , étoit  un  repas  qae  les  pontifes 
donnoient  pour  leur  inauguration. 

Cœna  adventitia  & adventoria , étoit  Ic  repas 
que  Ton  donnoit  à Farrivée  de  qaeiqu’un. 

Cœna.  Ajiiva  , repas  léger , tel  qif  on  le  fait  en 
été  dans  les  pays  chauds.  Dans  les  Ménechmes  de 
Plaute  ( //.  I.  30.  ) un  aéteur  dit  piaifanament  : 

Ædive  admodum  viaticati  Çamus. 

Cœna  augtiralis  eft  la  même  chofe  que  cœna 
odjicialis. 

Cœna  Capholina  , repas  que  l’on  donnoit  au 
Capitole  en  l’honneur  de  Jupiter  aux  ides  du 
mois  de  Novembre.  On  ( Tfr.  Liv.  xxiv.  ) plaçoit 
la  Itatue  du  Dieu  couchée  fur  un  lit  auprès  de  la 
table & celles  de  Junon  & de  Minerve  aiTifes  à 
fes  côtés  fur  des  lièges.  Ces  divinités  étoieut  fer- 
vies  fplendidement^  & vers  ie  milieu  de  la  nuit 
les  mets  recherchés  qu’on  leur  préfentoit  étoient 
mangés  par  les  fept  Epulons. 

Cœna  centenaria.  Les  loix  fotnptuaires  défen- 
dirent aux  Romains  dé  dépenfer  plus  de  cent  as 
dans  un  feul  repas  j delà  vint  le  nom  de  cœna 
centenaria , donné  aux  repas  qui  étoient  confor- 
mes aux  loix. 

Cœna  Cerealis  , repas  fomptueux,  tel  que  l’on 
en  donnoit  pendant  la  célébration  des  Céréales. 
Plaute  dit  ( M.énec.  i.  i.  ) ; 

Cereales  cœnas  dat , ita  menfas  exfiruît  ; 

Tantas  firuices  concinnat  patinarias. 

Standum  efi  in  lecîo  ^ fi  quid  de  fummo  petas, 

Cœna  cynica , repas  de  cynique.  Cette  feéie  de 
pliilofophes  affeéioit  de  fe  nourrir  de  légumes  & 
de  mets  communs.  Pétrone  dit  ( c.  14.  ) : 

Ipfi  qui  cynica  traducunt  tempora  cœna. 

Cœna  dapalis , repas  fomptueux.  Nonius  ( il. 

§.  .iOO.  ) : Dapalis  cœna  rj?  amplis  dapibus  plena. 

Cœna  dialis  , repas  digne  du  fouverain  des 
Dieux.  V ayeç  Cœna  Capitislina. 

Cœna  dubia  , repas  fj  recherché,  que  les  convi- 
ves ne  faventquel  mets  ils  doivent  manger  de  pré- 
férence. C’eil  l’explication  que  donne  Térence: 


(E 


N 


105 


donnoient  aux  Magiftrars  & aux  Sénateurs  pour 
ceiCDrer  le  jour  où  iis  prenoient  le  nom  d’-s-u- 
guiîe.  ■ 

Cœna  libéra  , repas  dans  lequel  un  maître  fai- 
oit  adeoir  a fes  côtés  î’efclave  auquel  il  donnoit 
la  liberté.  On  donnoit  aulu  le  même  nom  au  repas 
que  prenoient  en  public  les  gladiateurs  & les  cri- 
mineis  condamnés  à mort , quelques  jours  avant 
les  jeux  ou  avant  leur  fupphce.  La  liberté  qu’on 
leur  accoràoit  dV  demander  quelques  mets  à kar 
CHOIX,  fît  appeler  ce  repas  cœna  libéra. 

Cœna  mufica  , repas  frugal  & modéré. 

_Cœna  natalhia  , repas  que  l’on  donnoit  pour 
ceiebrer  1 anniverfaire  de  fa  naifîance. 

Cœna  nuptialis  , repas  de  noces. 

Cœna  Pontificalis  ou  Pontificum  , repas  fomn- 
tt^eux  que  l’on  donnoit  à Rome  en  public  aux  Pon- 
c inauguration.  Il  y en  avoit 

deux  hxes  a ces  époques  préci.res,  l’un  au  ix^  des 
calendes  d Août , & l’autre  au  xiii^  des  calendes 
de  Novembre. 

Cœna  popularis  y repas  que  l'on  donnoit  an 
peuple  Romain  le  jour  des  triomphes,  le  jour  où 
1 on  payoït  la  dixme  à Hercule,  &c.  On  le  don- 
noit  dans  les  portiques  dont  les  temples  étoient 
environnes. 

para  repas  dans  lequel  on  ne  fervoit 
point  de  viandes  , mais  de  Amples  légumes. 

Cœna  recia  , repas  fo-mptueux.  Martial  l’op- 
po.e  a la  mediocre  portion  de  nourriture , appelée 
Jportula  y que  les  grands  diftribuoient  a leurs 
clients  ( VII.  4.  g;- 10,  ) ; 

Promijfa  efi  nobis  fportula  , reBa  data  efi. 

Cœna  Saliaris  y repas  des  Satiens,  ou  digne  des 
baliens  par  fa  fomptuonté.  Les  Prêtres  de  Mars 
etoient  fameux  par  leur  gourmandife. 

Cœna  triumphalis  y re^S  que  donnoit  an  peu- 
p e un  General  Romain  le  jour  qu’il  triomphoir, 
Pline  dit  que  Cefar  fit  fervir  fix  mille  lamproks 
dans  un  de  ces  feftins.  Lucullus  ( Platarc.  > traita 
dans  une  Semblable  occafion  tous  les  Romains 
qui  habitoient  la  ville  & les  fauxbonrgs. 

Cœna  viatica  , repas  que  Ion  donnoit  à an 
parent  ou  a un  ami  le  jour  de  fon  départ  PîaHtp- 
(BaccA.  I.  1.61.):  ^ 

Pgo  forori  mes.  cœnam  kodie  volo  date  vîaticam. 


Ubi  tu  dubites  quid fumas  potijfimum, 

C^a  funebrij.^  H y avait  deüx  efpèces  de  repas 
funebre  , une  qui  confiftoit  dans  les  mets  offerts 
aux  Dieux  Mânes  fur  le  bûcher , & l’autre  qui 
etoit  un  feliin  ou  affiftoient  les  parens  & les  amis 
du  mort  apres  les  funérailles.  Cette  dernière  ef- 
peqe  s appeioit  proprement  filicernium.  Voyez  ce 
mot.  ^ 

Cœna  împeratoria , repas  que  Iss  Empereurs 


CCSNJCULARIJ.  ■>  ^ 
CŒNACULARIUS.  f J-e  martre  d’un  hôtel 
garni  étoit  appelé  Cœnacularius  ; & faprofeflion 
etoit  exprimée  par  ces  mots  : Cœnaudariam  fa~ 
cere. 

CIENACULUM  , dernier  érage  des  bâti- 
Rome  fur  pauvre  & mo- 
ddte,  fes  batlmens fbrent  compofésd’un  rez-de- 
chauiiee  & d un  feul  étage}  mais  fur  la  fin  de  Is 
république  §c  fous  les  Eaipereurs>  üsexirem  qïo- 


104-  C Œ N 

iîeurs  étages.  Le  dernier , ou  le  plus  eleve , fut 
appelé  cosnaculum , de  I3.  corna,  repas  du  foirque 
Ton  y prenoit  ordinairement  ( . de  Ling.  Latin.. 

IV.  33  - ) : Ubi  cœnabant  , ccenaculum  vocitabant. 
Tofiekqziam  in  fuperiore  parte  cœnitare  cœperunt , 
fuperioris  domûs  univerfa  cœnacula  dibia. 

On  montoit  à ces  derniers  étages  par  des  ef- 
caüers  particuliers  ce  qui  les  fit  appeler  quelque- 
fois fcaU , comnîe  on  voit  dans  ces  vers  de  Mar- 
tial ( I.  118.  7.)  : 

Et  fcalis  habita  tribus  ,fed  altis. 

Dans  la  Grèce,  les  femmes  habitoient  cet  en- 
droit des  maifons  comme  le  plus  retiré. 

A Rome,  c’étoit  le  logement  des  étrangers  & 
des  pauvres  citoyens.  Juvénal  dit , en  parlant  des 
pauvres  , que  Tépée  des  cohortes  , envoyées  par 
les  tyrans,  ne  menaçoit  que  les  palais , & jamais 
les  cœnacula  (x.  17.  ) ; 

Egregias  lateranorum  obfidet  ides 

Tota  cokors  : rarus  venit  in  cœnacula  miles. 

Les  derniers  étages  des  cirques , ceux  qui  s’éle- 
voientau-deflus  des  gradins , étoient  aufli  appelés 
cœnacula.  Ils  étoient  divifés  en  boutiques  & en 
loges  pratiquées  au-deifus  pour  voir  les  jeux.  Les 
Cenfeurs  louoient  au  profit  du  fifc  ces  boutiques 
& ces  loges  ( Bulenger.  de  Circo.  c.  33.  ) 

C(SN ATICA  5 contribution  que  les  foldats 
Romains  exigeoienc  des  habitans  des  provinces, 
fous  le  prétexte  de  fournir  à leur  repas.  Cet  abus 
introduit  dans  le  Bas-Empire,  fut  réprimé  par  les 
Empereurs  Valentinien  & Yalens. 

CCENATIO , falle  à manger  des  Romains. 
Ils  en  avoient  pour  les  différentes  failbns,  & ils 
lesornoient  de  décorations  changeantes,  afin  de 
varier  les  fîtes  avec  les  fervices.  Sénèque  parle  de 
ce  luxe  ( Epifi.  90.  ) ; Qui  verfatilia  cœnationum 
laquearia  ita  coagrnentat , ut  fubindè  alia  fades  at- 
que  alia  fuccedat.,  & toties  tecîa  , quoties  fercula 
rnutentur. 

CŒNATGRIA  vejfis , habit  que  les  Romains 
prenoient  en  fe  mettant  à table.  Il  y en  avoir  de 
différens  pour  les  deuxfexes,  comm.e  on  Tapprend 
du  paffage  fuivant  ( Pompon,  leg.  ff.de  aur.  (i 
argent,  légat.'):  Q.  Irîutius  ait  , fcire  fe  quemdam 
fenatorem  muliebribus  cœnatariis  uti  folitum. 

CŒNOSTGME  , linéaire  & itiné- 

raire deTAfîe  & de  TÉgypte.  EeyepLiCHAS. 

CŒUR  fur  les  médailles  ( un  ) efl;  le  fymbole 
de  la  ville  de  Cardia. 

CŒUS , un  des  Titans , étoit  frère  de  Saturne 
& de  l’Océan,  félon- Diodore.  Il  époufa Phœbé , 
dont  naquit  Latoiie.  Les  poètes  donnent  une  autre 
génération  à Latone.  Voyey^  Latone. 

ÇOGNITOR,  Foyei  AvoqAT. 


C O H 

COGNOMEN.  V oye:^  Nom. 

COHORTALES , ferviteur  du  Préfet  du  Pré, 
toire. 

COHORTE,  c’étoitchez  les  Romains  un  corps 
d’infanterie , de  la  dixième  partie  d’une  légion.  U 
contenoit  trois  manipules,  chaque  manipule  deux 
centuries,  d’où  l’on  voit  que  chaque  légion  étoit 
de  foixante  centuries,  de  trente  manipules  & de 
dix  cohortes. 

Il  y avoir  dans  la  cohorte  les  quatre  fortes  de 
fantaflîns  des  armées  Romaines  ; les  velites  , les 
hafiati  , les  principes  Sc  les  triarii  : quand  elle 
étoit  complette  , les  velites  y étoient  au  nombre 
de  cent  vingt  j les  hafiati  au  même  nombre 5 les 
principes  pareillement , 8c  les  triarii  au  nombre 
de  foixante  5 ce  qui  fait  quatre  cent  vingt  foldats. 
Au  relie , ce  nombre  augmentoit  ou  diminuoit , 
félon  que  la  légion  étoit  plus  ou  moins  forte. 

La  première  cohorte  étoit  la  plus  confidérée; 
elle  était  compofée  des  principaux  centurions  & 
des  meilleurs  foldats.  Dans  un  ordre  de  bataille , 
elle  avoir  la  droite  de  la  première  lignes  comme 
les  grenadiers  de  nos  régimèns  ; les  autres  fui- 
voient  dans  l’ordre  naturel , enforte  que  la  troi- 
fième  étoit  au  centre  de  la  première  ligne  de  la 
légion  5 la  cinquième  à la  gauche  ; la  iéconde  en- 
tre la  première  & la  troifième  j la  quatrième  entre 
la  troifième  & la  cinquième  5 les  cinq  autres  co- 
hortes formoient  la  fécondé  ngne  dans  leur  ordre 
naturel.  On  croit  que  Marius  fut  le  premier  qui 
divifa  la  légion  en  cokwrtes.  Foyey^  Légion.  La 
première  cohorte  devint  auffi  dans  la  fuite  la  plus 
nombreufej  elle  fut  quelquef  ds  de  iioj  hom- 
mes, tandis  que  les  autres  n’éroientque  de  yyj. 

Cohortes  auxiliaires  , c’étoient  celles  qu’en- 
voÿoienc  les  alliés  : elles  portoient  le  nom  de  -leur 
nation  ou  de  leur  chef;  elles  étoient  aufildiftinguées 
parpremière,  deuxième:  troi  ième,  quatrième,  &c. 

Cohorte  dite  equitataq  elle  étoit  compofée  d’in- 
fanterie 8c  de  cavalerie  ; elle  étoit  de  mille  hom- 
mes, fept  cent  foixante  fantaffins , deux  cent  qua- 
rante cavaliers.  On  i’appeloit  auffi  cohorte  mil- 
liaire , à caufe  de  ce  nombre.  Les  infcriptions  font 
fouvent  mention  de  cohortes  equitats.  On  lit  dans 
Gruter:  l.  fl.  t.  f.  q.  vîR  seculari.  prae- 

FECTO  COHORTIS  FRlMAE  EQUITATE  ; & fit 
une  autre  infcription  du  même  recueil  : P.  eicinio. 
P.  Ç.  GAL.  MAXIMO  PRAEFECTO  COHORTIS  II. 
GALLORUM  EQUITA-TE. 

Cohorte  dite  peditata  y elle  n'étoit  compofee 
que  de  fantaffins. 

Cohorte  prétorienne  , troupe  de  foldats  choifis 
qui  fervoit  de  garde  au  Préteur  ou  au  général. 
Elle  étoit  compofée,  félon  quelques-uns,  de  fa.n- 
taffins  & de  cavaliers  ; car  on  lit  dans  Suétone 
( Cal,  c.  4T  ti.  i.  ).•  Quo  faclo  , proripuit  fe  cum 
amiccs  , & parte  equiturn  pntorianorum.  Elle  fut 
inlHtuée  ( liv.  il.  20.  ) par  Fublius  Pofthumius , 
Djâateuçs  P.  Scipion  féparu  dans  la  fuite  de  fo« 

armes 


C O H 

armée  les  meilleurs  troupes  pour  la  former;  il 
augmenta  fa  paie  j & l’exempta  de  tous  les  tra- 
vaux militaires.  Augulle  forma  fous  le  nom  de 
cohorte  prétorienne  , un  corps  de  neuf  cohortes. 
Septime-Sévère  augmenta  encore  ce  corps.  Il  étoic 
uniquement  deftiné  à la  garde  des  Empereurs  & 
de  leur  maifon , & commandé  par  le  Préfet  du 
Prétoire  qui  avoir  fous  lui  des  Tribuns  & des 
Centurions.  Il  était  prsfque  tout  infanterie  : d'a- 
bord on  n’y  admit  que  des  Romains;  on  y int.>:o- 
duifît  avec  le  temps  des  étrangers,  des  Germains, 
des  Bataves,  des  Thraces,  &c.  11  avoir  la  paye 
double  , & fe  tenoit  dans  un  camp  retranché  pro- 
che de  Rome  ; il  avoit  des  enfeignes  militaires  & des 
boucliers  particuliers.  Il  excita  dans  la  fuite  beau- 
coup de  troubles.  ConRantin  décruilît  fon  camp, 
& le  calfa.  Les  Prétoriens  s'étoient  rendus  redou- 
tables à plulîenrs  de  fes  prédécelTeurs  ; ils  éli- 
foient  ou  dépofoient  les  Empereurs  de  leur  pro- 
pre autorité  ; ils  forçoient  quelquefois  le  Sénat  à 
reconnoître  celui  qu'ils  avoîent  choif.  Dans  ces 
révolutions  , ceux  qui  prétendoient  à l’empire  , 
étoient  obligés  de  s’attacher  cette  milice  redou- 
table qui  difpofoit  du  diadème. 

Cohorte  dite  togata  j c’étoit  celle  qui  faifoit  la 
garde  des  rues  à Rome  ; c’étoit  la  milice  de  la 
police;  elle  marchoit  avec  la  toge  , n’ayant  d’arme 
^4^  1^^ lance  & l’épée.  Elle  étoit  peut-être  fou- 
mife  a l'inTpeclion  du  Préfet  du  Prétoire  ; car 
Martial  l'appelle  togati  M.artis  cufios  ( vi.  y G.  i.); 

Ille  fa  cri  laterzs  cufios  , ISlanisqae  togati: 

Crédita  cui  fummi  cafira  fuere  ducis. 

A moins  que  cette  expreffion  de  Martial  ne  délî- 
gne  l’ufage  des  Prétoriens,  de  porter  dans  Rome  la 
toge,  & non  le  fagum  militaire,  ufage  que  M. 
Aurèîe  étendit  à toute  i’Itaîie.  Capitolin  ( r.  27.  ) 

Cohortes  dîtes  vigilum;  elles  furent  inftkuées  par 
Augufte  ; elles  fervoient  dans  les  incendies.  Il  y en 
avoit  feptj  une  pour  deux  régions  de  la  ville; 
chacune  avoit  à fa  tête  un  Tribun  , & toutes 
etoient  commandées  par  un  ofEcier  appelé  le 
Préfet  des  vigilum  ; elles  étoient  diftribuées  en 
quatorze  corps-de  gardes.  Il  y a des  auteurs  qui 
font  monter  Je  nomore  de  ces  cohortes  lufqu’à 
trente  & un  ; mais  il  y a heu  de  croire  qu’ils  fe 
trompent.  Se  qu’ils  prennent  pour  des  cohortes  ce 
qui  ji’en  étoit  que  des  divifîons.  Ces  cohortes 
n étoient  point cenfées  troupes;  elles  étoient  pref- 
qu  entièrement  compofées  d’affranchis  , qu’on  ap- 
peloit  par  dérilion  fparteoli.  Voye:^  ce  mot. 

Cohortes  dite  urbans.-  on  appeloit  ainfî  lix  mille 
hommes  partagés  en  quatre  cohortes , chacune  de" 
quînze  cent.  Augufte  les  inftitua  pour  la  défenfe 
de  !a  vii.e  ; elles  avoîent  des  cafernes.  On  les  noni- 
moit  encore  milites  urbanitiani , troupes  de  ville. 
Elles  étoient  commandées  par  le  Préteur  , appelé 
tutelaris  , ce^qiii  leur  fi:  donner  aufS  quelquefois 
le  nom  de  cohortes  prétoriennes. 

.Antiquités  y Tome  IJ, 


COI  105 

COIN,  tiorceau  de  métal  qui  fert  à marquer 
les  monnoies  lorfqu’on  les  frappe. 

Les  antiquaires  ont  demandé  fouvent  fi  les 
médailles  avoîent  été  moulées  ou  frappées  ; & 
ils  paroifieat  encore  partagés  fur  ce  point.  Ün  troi- 
fieme  parti  a cherché  à les  rapprocher  , en  fuppo- 
fant  que  les  médailles  étoient  d’abord  moulées 
groflièrement  , & qu’elles  étoient  enfuite  frap- 
pées au  marteau.  Je  ne  faurois  embraffer  aucune  de 
ces  trois  opinions  exclufiv'ement.  Les  médailles 
auroient-elles  en  effet  ce  degré-  de  perfection 
qu  on  y aamire  , fi  elles  av'oient  été  fimplemenc 
moulées  ? 

Si  d ailleurs  1 ufage  etoit  de  fe  fervir  du  marteau 
feul  , quel  bras  auroit  pu  frapper  les  beaux  mé- 
daillons d’or  de  Lyfimaque , d’Arfinoé  , &c. , les 
tétradachmes  , les  ciftophores , les  médailles  de 
grand  bronze  , & fur-tout  les  médaillons  de 
ce  métal  ? Ce  n’eft  point  encore  afïez.  Qui 
aurost  pu  frapper  ces  énormes  pièces  entre  lef- 
qiielles  on  en  voyoit  du  poids  de  deux  livres, 
qu’Elagabale  donnoit  en  préfent , & dont,  Ale- 
xandre Sévère  interdit  l’ufage  ? Pour  tout  dire  eis 
un  mot,  croyons  qu’il  a toujours  été  au  - delTus 
des  forces  humaines  de  frapper  .au  marteau  des 
médailles  fourrées,  qui  font  de  fer,  recouvert  de 
feuilles  d’argent. 

L’examen  d’un  coin  Romains  qui  elt  confefvé 
dans  la  collection  des  antiques  de  Ste  Geneviève  , 
m’a  donné  la  folution  de  ce  problème  fi  long- 
temps defiré.  Ce  coin  eft  de  bronze,  & il  porte  en 
creux  la  tête  d’Augufte  couronnée  de  laurier  , 
avec  la  légende  : caesak.  augustus  patek. 
PATRîAE.  Sa  forme  eft  celle  d’un  paraboloïde  ; & 
il  a été  moulé  dans  cette  forme  , fans  qu’on  puiffe 
yjeconnoître  aucune  trace  d’applatiffemenr.  Ce 
cône  a quinze  lignes  de  hauteur  perpendiculaire  , 
onze  lignes  de  diamètre  à la  bafe  qui  porte  une 
tête  , une  légende  prefqae  effacée  , & un  cor- 
donnet. On  ne  peut  douter  de  l’authenticité  de  ce 
coin.  Il  eft  de  même  matière  & de  même  forme 
que  les  deux  coins  prouvés  en  1799  par  les  ou- 
vriers qui  travailloient  à la  fontaine  de  ?iifmes. 
L’un  de  ces  derniers  fut  placé  par  ordre  de  l’In- 
tendant , fous  le  balancier  de  la  monnoie  , qui , du 
premier  coup  , le  brifa  en  mille  morceaux.  On  re- 
connoit  à cette  rupture  i’aigreur  & la  dureté  que 
l’étain  donne  au  cuivre  dans  l’alliage  appelé  bron- 
ze. M.  Tillet,  dÆ  r.4cadémie  des  Sciences,  a dé- 
veloppé, dans  un  mémoire  couronné  par  l’Aca- 
démie de  Bordeaux,  la  propriété  dont  jouit  l’étain, 
un  des  métaux  les  plus  dudilcs,  de  durcir  par  ibn 
alliage  tous  les  métaux.  Auffj  cet  amateur  "éclairé 
des  arts  & de  l’antiquité  , que  Winckelmann  ap- 
pel  e immortel,  le  Comte  de  Cayius,  a-t’ii  reconnu 
la  prefence  de  l’étain  dans  l’analyfe  qu’il  a faite 
d un  morceau  des  coins  de  Nifmes. 

L’infpeélion  du  coin  que  je  décris,  m’a  appris 
trois  chofes  fondamentales  dans  l’art  numîfma- 
nqüe.  i“.  Que  les  anciens  faifoient  leurs  coins  d* 

O 


COI 

bronze  J & qu’ils  les  mouloient.  Le  cabinet  de 
Ste  Geneviève  pofscde  , à la  vérité,  deux  coins  de 
fer  publiés  avec  celui  de  bronze  par  le  P.  du  Mo- 
linet,  qui  ne  donna  les  premiers  pour  antiques  qu’en 
annonçant  des  doutes.  Nous  les  avons  examinés, 
& ne  pouvons  les  regarder  comme  antiques.  Ils 
ont  trop  de  reiTemblance  avec  les  coins  des  Pa- 
douans,  pour  être  d’une  date  antérieure.  D’ail- 
leurs , la  rouille  dont  les  funeftes  effets  ont  rendu 
les  colleéiions  d’antiques  fî  pauvres  en  inlfrum.ens 
de  fer  , n’auroit  sûrement  pas  refpeâié  les  coins 
des  anciens,  s’ils  avoient  été  de  ce  métal.  Ajou- 
tons à ces  confidérations  la  difScu'té  de  réfcrver 
fur  des  coins  de  fer  des  reliefs,  pour  produire  des 
cavités , telles  qu’on  en  voit  fur  les  médaillons 
d’Egypte  & fur  les  plus  anciennes  médailles  grec- 
ques. Difficulté  qui  s’évanouit  à la  vue  des  coins 
moulés. 

2®.  il  paroît  que  les  anciens  ne  frappoient  au 
marteau  que  les  médailles  d’or  & d’argent , les 
quinaires  8c  les  médailles  d’un  module  encore  plus 
petifj  8c  ils  ne  frappoient  pas  imm.édiatement  fur 
les  coins.  Celui  dont  nous  parlons  n’a  pas  feize 
lignes  de  hauteur.  Comment  auroit-il  débordé  la 
main  du  nvonnoyeur  , quand  celui-ci  eût  été- 
même  un  pygmée  ? Le  marteau  auroit  d’ailleurs 
écràfé  ce  coin  de  bronze.  Il  n’a  cependant  pas  la 
plus  légère  trace  de  percuffion  , quoiqu’il  ait  fen-i 
affez  long-temps  pour  dégrader  la  tête  8c  ufer  les 
lettres.  Comment  les  Romains  fe  fervoient  - ils 
donc  de  leurs  coins  ? Je  répondrai  plus  bas  à cette 
queftion. 

3°.  Ileft  très-vraifemblabîe  qu’ils  employoient 
une  machine  plus  forte  que  le  marteau  pour  frap- 
per les  médailles  d’un  module  fupérieur  aux  qui- 
naires , les  médaillons  8c  les  malTes  énormes  de 
métal  qu'Elagabale  deftinoit  pour  faire  des  lar- 
gefles.  Ôn  penfe  bien  que  nous  ne  voulons  pas 
parler  du  balancier,  dont  l’inventeur,  françois  à 
ïamais  célèbre  , vivok  fous  Louis  XIII.  Nous 
croyons  qu’ils  fe  fervoient  d’un  mouton , fembla- 
b!e  à celui  qui  ell  employé  par  les  boutonniers 
& par  les  ouvriers  en  acier.  Cette  machine  étoit 
en  ufage  en  France  dans  les  hôtels  des  monnoies , 
fous  Henri  II,  fous  fes  trois  fils,  feus  Henri  IV 
ëc  fous  Louis  XIII.  C’eft  à la  grande  force  8c  à 
la  préctfîon  du  mouton  que  l’on  doit  les  belles 
monnoies  des  règnes  de  Henri  IV  8c  de  Louis 
XIII  jufqu’en  1640.  La  virole  fervoir  alors,  avant 
i’ingénieufe  machine  de  Cailaing  , à former  des 
lettres  fur  la  tranche  des  pieds-forts.  Cette  pièce, 
qui  enveloppe  8c  alTujettit  le  flaon  Sc  les  coins  , 
étok  inconnue  aux  anciens,  comme  M.  l’Abbé 
Barthélemy  l’a  démontré  d’après  les  bords  dé 
leurs  médailles  toujours  défedueux.  On  voit  des 
pieds-forts  qui  ont  jufqu’à  fix  lignes  d’épaiffeur  8c 
feize  de  diamètre  5 iLs  Cious  attellent  la  force  dii 
moiâtoia,  8c  nous  font  concevoir  la  manière  dont 
tes  anciens  s y font  pris  pour  fraDper  les  beaux 
métiaillons  grecs  5c  les  pièces  de  largeffe. 


C O I 

L’impoffibilité  phyfique  où  ils  étoient  de  les 
frapper  au  marteau  , fiiffiroit  feule  pour  leur  faire 
attribuer  l’ufage  du  mouton.  Nous  allons  cepen- 
danr  montrer  de  plus  qu  ils  connoiffoient  cette 
puiffante  machine.  Ils  l’employoient  pour  enfon- 
cer les  pilotis.  Vitruve , parlant  d’un  terrein  fur 
lequel  on  veut  établir  des  fondations , dit  que 
s’il  n’eft  pas  fo’ide  , on  l’affermira  en  y chafiànt 
des  pilotis  à l’aide  du  mouton  , foLiiania.  fifiuca- 
tionièus.  II  parle  encore  de  cette  manière  de  fon- 
der dans  un  autre  endroit.  Céfaren  fait  auffi  men- 
tion dans  fes  Commentaires  ; il  ell  certain  que  les 
anciens  diftinguoient  deux  efpèces  de  moutons  j 
car  ils  connoiffoient  auffi  la  hie  des  paveurs.  Ces 
machines,  qu’ils  voyoient  tous  les  jours  dans  les 
mains  de  leurs  efclaves,  leur  offroient  un  moyen 
fimple  8c  expéditif  pour  frapper  les  fortes  mon- 
noies qui  auroient  réfillé  aux  coups  de  marteau. 
Toutes  les  circonftances  font  donc  conjecturer 
qu’ils  le  faifirent , 8c  qu’il  a produit  ces  chef- 
ci’ oeuvres  de  l’art,  qui  font  l’ornement  des  cabi- 
nets. Peut-être  employotent-ils  auffi  à cet  ufage 
une  prefle  à vis  , telle  qu’on  la  voit  dans  lespref- 
foirs  de  vendange,  fur  la  médaille  de  Trajan-Dèce, 
frappée  à Boftra , en  .Arabie , fur  une  médaille  de 
Scvêre-Alexandre , 8c  fur  une  troifième  que  Vail- 
lant a cru  être  de  Tyr,  8c  frappée  pour  Gallien. 
Cette  preflè  auroit  été  une  ébauche  du  balancier. 

De  pareilles  machines  , dira-t’on  , dévoient 
pulvérilér  des  coins  de  bronze  ! Il  eft  facile  de  ré- 
pondre à cette  objeélion , en  remettant  fous  les 
yeux  le  coin  Romain  que  nous  avons  décrit  plus 
haut.  Il  ne  porte  aucune  empreinte  de  coup , Sc 
n’a  aucune  trace  de  percuffion , quoiqu’il  foit  trés- 
ufé  par  le  travail.  Les  Romains  ont  donc  fu  l’em- 
ployer long-temps  fans  le  fatiguer,  Sc  cela  pat 
un  moyen  fort  fimple.  Ils  fe  fervoient  probable- 
ment d’une  maffe  de  fer  ou  de  cuivre  d-arci  par 
un  fort  alliage  d’étain , ou  enfin  de  quelque  fubf- 
tance  plus  dure  que  le  bronze  ordinaire.  Cette 
maffe  étoit  creufée  pour  recevoir  8c  ferrer  le  coin. 
comme  la  machine  appelée  mandrin  par  les  tour- 
neurs. Elle  le  recouvrok  de  tous  les  côtés,  ex- 
cepté celui  de  l’empreinte , 8c  offroit  au  mouton 
iiue  forte  réfiilance.  Ce  n’eft  point  ici  une  fuppo- 
firion  gratuite.  De  légères  traces  de  preiffion , im- 
primées fur  les  côtés  du  coin  , près  de  fa  bafe  , 
nous  ont  fait  naître  cette  idée  fi  fimple  8c  fi  natu- 
relle que  le  Comte  de  Caylus  avoit  eue  avant 
nous.  On  n’auroit  pas  pu  faire  ufage  du  mandrin 
en  frappant  avec  le  marteau,  parce  que  le  coup  de 
cet  inftrument,  beaucoup  moins  énergique  que  le 
mouton  , auroit  trop  perdu  de  fa  force  fi 
avoit  été  tranfmife  au  coin  à travers  un  corps  in- 
. termédiaire. 

A préfent  que  nous  arons  développé,  autant 
qu’il  étoit  en  notre  pouvoir  , le  méchanifme  du 
monnoyage  dés  anciens  , nous  pouvons  répondre 
à ceux  qui  objeéient  fans  ceffe,  comme  une  abfur- 
> dite  , la  multitude  des  coins  néceffaires  pour 


COI 

variété  infinie  des  tnéda.'lles-moniîoîes.  Les  coins 
étant  de  bronze  & moulés^  demandoient  peu  de 
temps  pour  être  en  état  de  fervir.  Un  jour  feu! 
fufEioir  prefque  à l’ouvrier  qui  les  fouriiüToit.  II 
fabriquoit  en  argile  le  moule  du  coin  , 8c  pouvoir 
fe  fertur  j pour  imprimer  en  relief  la  légeruie  , de 
lettres  mobiles  ; ce  qui  eit  annoncé  par  les  renver- 
femenS:, les  tranfpolîtions  J & parle  défordre  qui 
régné  fi  fouvent  dans  les  légendes  & les  inf- 
criptions  des  médailles.  Il  verfoit  enfaite  dans  ce 
moule  durci  au  feu  le  métal  fondu,  & retouchoit 
le  coin  au  burin  lorfqu’il  étoit  refroidi.  Ce  pro- 
cédé, quoique  très-fimple,  n’avoit  été  preffenti 
par  aucun  antiquaire  , que  je  fâche  , avant  le 
Comte  de  Cayliis.  Seul  il  Ta  foupçonné  ; mais  en 
1 appliquant  uniquement  à la  fabrication  des  coins 
eux-mêmes  , parce  que  fans  doute  les  idées  fim- 
pies  fe  préfentent  toujo  urs  le  s dernières  à i’efpric. 

Lorfque  les  Grecs  commencèrent  à frapper  des 
médaillés",  ils  fe  fervirent  d’abard  de  deux  coins 
pour  chacune  ; l’an  de  ces  coins  portoit  un  type 
en  creux,  & l’autre  portoit  le  même  type  en  re- 
lief. Il  ne  faut  pas  confondre  ce  méchanifrhe  avec 
celui  des  bracféates.  Il  paroît  que  pour  frapper 
ces  monumens  informes  du  moyen  âge  , on  n’em- 
ployoït.qu’un  feu!  coin  chargé  du  type  en  relief, 
& que  J on  appîiquoit  la  feuille  de  métal  taillée 
en  rond  , c’efi-à-dire  , la  braéléate , fur  un  corps 
peu  dur  tel  que  le  plomb.  Ce  fupport  cédoit  à 
, 5 ^ la braeféate portoit  parce  moyen  , 

te  a i aide  d’un  feul  coit,  le  même  type  en  creux 
& en  relief. 

Les  artiftes  Grecs  apportèrent  de  bonne  heure 
quelque  changement  à leur  première  méthode  , 
parce  qu  elle  iailfoit  couler  fouvent  la  médaille 
•entre  les  coins,  de  manière  que  les  deux  emprein- 
tes ne  fe  répondoient  prefque  jamais.  Pour  remé- 
ther  à cet  inconvénient , que  la  viro/e , inven- 
tion moderne  , fait  difparoxtre , ils  réfervèrent  fur 
un  des  coins , & quelquefois  fur  les  deux , des 
parties  plus  elevées  que  le  rePee  du  champ  , afin 
qü  elles  fixafient  le  flaon.  Ces  parties  réfervées  de 
reuef,  tantôt  carrées , tantôt  partagées  en  quatre 
carrés,  tantôt  chargées  de  têtes  ou  de  rinceaux, 
& ûe  traits  bizarres  , ont  été  pnfes  par  les  anciens 
antiquaires  pour  la  repréfentation  des  quatre  quar- 
tiers de  certaines  villes  , des  jardins  d’Alcinoiis  ,. 
&c.  Mais  leur  véritable  objet  a été  déterminé  de 
nos  jours  par  M.  l’Abbé  Barthélémy  , de  l’Acadé- 
mie Royale  des  Infcriptions  & Belles -Lettres. 

Coin.  On  trouve  quelquefois  en  Angleterre, 
en  remuant  la  terre,  des  inftrumens  de  cuivre  qui 
ont  la  forme  d’un  coin.  Iis  font  de  différentes 
grandeurs,  depuis  trois  jufqu’à  quatre  pouces  de 
longueur  , & larges  d’un  pouce  & demi.  Ils  font 
affilés  par  un  bout  comme  une  hache,  s’élargif- 
fant  un  peu  à ce  bout-Ià;  & par  l’autre  bout , & 
tout  le  relie  de  leur  corps  ils  font  carrés.  Ils  font 
creux  & ouverts  par  le  gros  bout  oppofé  à celui 
qui  eft  tranchant  j à i’un  des  côtés  de  ce  gros  bout 


COI  IQJ 

efi  ans  petite  anfe.  Les  côtés  ont  répaiflêu>-  d’-ane 
ligne  environ  , quelquefois  plus  & quelquefois 
moins.  Ce  n’eft  pas  feulement  en  Angleterre  qu’oH 
en  trouve,  il  y en  a auiTi  en  France,  en  Bretagne 
particulièrement  & en  ISormandie.  On  en  \°o3î: 
deux  dans  le  cabinet  de  Ste  Geneviève.  Ils  ont 
environ  quatre  pouces  de  long,  un  pouce  de  large 
fur  chaque  face  à l’endroit  aigu,  un  pouce  & fept 
lignes  dans  leur  plus  grande  iargeur. 

Les  antiquaires  font  partagés  fur  l’origine  & 
I ufage  de  ces  coins.  Quelques-uns  les  ont  pris 
pour  des  pointes  de  flèches  ou  des  haches  d’armes 
des  ancieiîs  Bretons  5 mais  ils  fo.nt  trop  gros  pour 
des  pointes  de  flèches  , & paroiiTenc'bien  petits 
pour  des  haches  d’armes.  D'autnes  ont  cru  q-ae 

c’écoientdes  têtes  de  catapultes  des  Romains. Soeed, 

biîforien  Angîois,  a cru  que  c’étoient  des  armes 
des  anciens  Bretons.  M.  Hearne , habile  anti- 
quaire Anglois  , n’eft  pas  de  ce  fentiment,  parce 
que  ces  coins  n’ont  aucun  rapport  avec  aucuines 
des  armes  des  anciens  Bretons  que  nous  connoif- 
fons.  De  plus  , puifqu’on  en  trouve  en  France, 
il  ne  paroît  pas  que  ce  foient  des  armes  des  Bre- 
tons; car  de  prétendre  que  les  Bretons  étant  ori- 
ginairernent  Gaulois,  que  leurs  armes  & celles  des 
Celtes  étoienc  fembla'bles,  & que  les  coins  que 
l’on  trouve  en  France  font  des  monumens  des  an- 
ciens Gaulais  ; cela  ne  paroît  pas  vraifemblable  , 
parce  qu’aucune  des  armes  Gauloifes  , que  nous- 
cosnoifibns  beaucoup  mieux  que  celles  Vies  Bre- 
tons, n’ont  de  rapport  à ces  coins  M.  Hearne  a 
cru  d’abord  que  c’étoient  des  inftrumens  fervar.r 
aux  facriflees  chez  les  Romains  ; mais  iis  ne  ref- 
} femblent  point  à toutes  les  figures  que  nous  en 
avons.  Ainfi , il  conclut  q-ue  c'écoient  des  cifeaur 
dont  les  Romains  fe  fervoient  à tailler  & à polir 
les  pierres  dont  ils  faifoient  les  murailles  qui  eh- 
touroient  leurs  camps.  Le  tro'a  qu’on  y voit  fer- 
voit  à les  emmancher,  & la  petite  anfe  à les  pen- 
dre à la  ceinture  des  foldats  & ouvriers  ; & en 
effet  ,les  foldats  font  ainfi  repréfentés  fur  la  co- 
lonne trajanne.  D’ailleurs,  rien  n’eft  plus 'com- 
mun parmi  les  anciens  que  les  inftrumens  de  cui- 
vre ; tous  les  auteurs  en  parlent  ; & Cambden 
prouve  que  non-feulement  les  outils,  mais  auffi 
les  armes  des  Grecs  , des  Cinibres  & des  Bretons 
étoient  de  ce  métal,  auquel  les  anciens  favoient 
donner  une  trempe  vigoure’ufe  que  le  Cçmte  de 
Caylus  a retrouvée.  Un  curieux  antiquaire  qui  , 
depuis  quelques  années,  a trouvé  de  ces  coins 
dans  l’ifle  de  Man,  auffi  bien  qu’un  grand  nom- 
bre d’urnes,  avec  des  infcriptions  rhuniques , con- 
clut de-ià  que  ce  font  des  monumens  Celtiques  , 
parce  que  les  Romains,  dit-il,  n’ont  jamais  mis  le 
pied  dans  cette-  ifle  -;  mais  M.  Hearne  n’eft  pas  de 
fon  avis  , parce  que  Plutarque  afture  qu’un  nommé 
Démétnus  pafla  à l'i-fle  de  Man  fous  l’Empereur 
Hadrien. 

Un  curieux  de  France  a conjeâuré  que  ces 
■coins  , emmanchés  d’une  manière  convenable, 

Oij 


loS  COI 

polivoient  (ervir  aux  foldats  pour  efcaîader  les 
murs , ou  pour  monter  par  dehors  fur  dos  ma- 
chines de  guerre , en  les  faifant  entrer  à force 
dans  les  joints  des  pierres  , des  poutres  ou  des 
ais  j & que  la  petite  boucle  fervoit  à les  peitdre  à 
la  ceinture  des  foldats.  Mais  ces  inftrumens  font 
peu  propres  à entrer  dans  les  joints  des  pierres  j 
ils  font  trop  gros.  Un  autre  croit  au  contraire  que 
ce  font  les  dents  des  roues  avec  lefquelles  on 
bandoit  les  baülles.  Il  s'appuie  de  l’autorité  de 
Vitruve , qui , dans  le  ch.  iG  de  fort  xe  Uv. , dit  en 
effet  qu’il  y avoir  des  baliiles  que  l’on  bandoit 
avec  des  roues  à dents  ; d’où  cet  antiquaire  pré- 
tend que  les  coins  en  queftion  ^ creux  en  dedans, 
étoient  employés  à e-mboîter  des  morceaux  de 
bois  qui  étoient  attachés  comme  des  dents  à te- 
nons & à mortaifes , aux  jantes  des  roues , qui 
fervoient  à bander  les  baliftes;  ces  roues,  dit-il, 
étoient  enfuite  arrêtées  par  des  crémaillères  , 3c 
attachées  aux  deux  côtés  de  la  balifte.  L’anfe  ou 
l’anneau  qui  eft  à côté  des  coins  , fervoit , félon 
lui  , à les  emboîter  ou  déboîter  plus  aifément , en 
y palfant  une  petite  barre  de  fer  pour  les  frapper. 
Les  grandeurs  diftérer.res  , ajoute-t’il , font  voir 
qu’il  fervoient  à des  roues  de  différentes  gran- 
deurs. A difeourfe  concerning  fome  antiquities  la- 
tely  fonnd  in.  yorkshire.  Thoms  Hearne.  Oxfon. 
in-8^.  1710. 

M.  de  Genfàne  a propofé  dans  fon  traité  de  la 
fonte  des  mines,  une  autre  opinion  ; il  croit  que  ces 
coins  fervoient  à fixer  le  travail  des  mineurs  , & 
qu’on  les  enfonçoit  à ce  dtllèin  dans  le  toit  ou 
dans  les  parois  des  filons. 

■Te  fuis  très-éloigné  d’adopter  aucune  de  ces 
opinions.  Je  penfe  que  les  foldats  Romains  por- 
toient  un  certain  nombre  de  ces  coins  de  bronze 
pendus  à leur  ceinture  par  l’anfe  ou  l’anneau  que 
l’on  voit  à tous  ; qu’ils  y enfonçoient  les  piquets 
de  bois  deftinés  à retenir  les  cordes  des  tentes , & 
que  ces  coins  de  métal  n’étoient  ajoutés  aux  pi- 
quets de  bois  que  pour  faciliter  leur  entrée  dans 
les  terreins  durs  & pierreux. 

Coin,  bataillon  pointu,  cuneus.  V^oy.eq^  le  Dic- 
tionnaire de  ï Art  Militaire. 

COLABRISME  , danfe  que  les  Grecs  avoîent 
apprife  des  Thraces.  Pollux  ne  nous  en  dit  pas 
davantage  fiir  le  colabrifme. 

COLACRÈTES.  Les  Co  lacrites  } KoXaxpérai  , 
xs:XayoiTat  -,  ( c’ell  akifi  que  les  Scholiaftes  & les 
Lexiques  les  nomment  au  mot  xuXaxptTtii  ) étoient 
des  Quêteurs  ou  Tréforiers  des  deniers  publics  , 

, dit  HefvchiUS,  àpyeptxei  Txpdxt.  L'aU- 
. cienScholiafied’Artifophanedit  (Invefp.  r.  Ô93.); 
On  appelle  Colacrcte  , celui  qui  garde  les  deniers 
de  la  ville,  qui  efi  tréforier  des  épices  des  juges, 

& des-  dépenfes  qui  fe  font  pour  le  culte  des 
Dieux  5 ii  répète  à peti-près  la  même  chofe  fur  le 
vers  1340  de  la  cornédte  des  O i je  aux , & ajoute 
que  iss  Coiacretes  fQumûToient  fur  les  fonds  "de  la. 


COL 

marine,  au  voyage  & aux  autres  dépenfes  des 
Théores , qu’on  enyoyoit  à Delphes.  Timée , dans 
fon  Lexique  , intitule  : srtpi  rSv  Tcapa. 

X'Is»»  , fur  le  mot , y.a'haypira.t. , quî  eft  le  même 
que  x(aXa.x.p%Ta.i , s’explique  comme  le  Scholiafte 
en  difant  que  les  Colacretes  font  les  Tréforiers 
des  épices.des  juges , & des  dépenfes  pour  le  culte 
des  Dieux. 

Les  colonies  Grecques  portèrent  en  Afiale  nom 
& la  charge  des  Colacretes  , qui  font  appelé'S  Colè,. 
crûtes  fur  un  marbre  de  Cyzique.  Peut-être  cette 
leçon  , qu’on  lit  diftinftement  fur  le  monument , 
eli-elle  préférable  à celle  du  Scholiafte  & des 
Lexiques  ; l’infeription  nous  apprend  que  les  Co- 
lécrates  de  Cyzique  étoient  au  nombre  de  dix , 8c 
même  de  treize  , en  y comprenant  les  trois  der- 
niers qui  étoient  du  corps  des  Pkiletsres.  (^Recueil 
de  Caylus  , Z.  pag.  23  2.  ) 

COLAX  & COLAXES  , fils  de  Jupiter  & 
d’Ora.  Valerius  Flaccus  en  parle  dans  fes  Arga- 
nautiques  ( /.  6.  v.  48.  ) : 

DuBorque  Colaxes  ÿ 

Sangais  & ipfe  Deum, 

K.oAa|  {ioni{\c  faneur. 

COLÉCRATES.  Foye^  Colacretes. 

COLÈRE.  Foyei  Tithrambon  3c  Ire. 

COLIADE  , nom  que  Paufanias  donne  à Vé- 
nus , & fous  lequel  elle  avoir  un  temple.  Il  iîgiû- 
fioit  Vénus  la  danfeufe , & venoic  de  xeXtâie.je 
danfe.  Le  Scholiafte  d’Ariftophane  ( nubes  ) ki 
donne  une  autre  étymologie.  Un  jeime  homme  de 
i’.-ittique  ayant  été  fait  prifonnier  par  des  Pirates 
Tyrrhéniens,  puis  délivré  d’efclavage  par  la  Eile 
de  leur  Chef,  qui  en  étoit  devenue  aino^reufe , 
éleva  fur  un  promontoire  de  fon  pays  un  temple  à 
Vénus  Coliade.  Il  dériva  ce  furnom  dumotxsAes, 
pieds  & mains , en  mémoire  de  fes  liens. 

COLICOPIS,  fille  d’Othréus,  Roi  de  Phrygie, 
S:  femme  de  Thoas , Roi  de  Lemnos.  Voyti^ 
Thoas. 

COLIPHIUM  , forte  de  pain  fans  levain  * 
groflîer  , pefant , pétri  avec  le  fromage  mou , Sc 
qui  fervoir  de  nourriture  ordinaire  aux  athlètes,  l! 
en  eft  parlé  dans  les  Satyres  de  Juvénal.  Il  falloir 
avoir  un  bon  eftomac  pour  digérer  aifément  une 
pareille  nourriture  -,  de-ià  vint  le  proverbe  d’une: 
fanté  athlétique. 

COLISÉE,  amphithéâtre  ovale  qui  fut  bâtid 
Rome  par  Vefpalien.  Am.pkiiheatrum  Fcfpafani. 
Le  colifée  fut  élevé  dans  le  heu  où  étoit  l’étang  ,. 
lacus , de  la  maifbn  dorée  de  Kércn.  On  y voyoït 
autrefois  des  ftatues  qui  repréfentoient  toutes  les 
provinces  de  l’empire  , au  milieu  dei'quelies  étoit 
celle  de  Rome,  ten.ant  une  pomme  d’or,  comme 
témoigne  ügution.  On  a aufli  appelé  colifée  pat 
exrenfion  un  autre  amphithéâtre  de  l’Empereur 
Sévère.  On  y donnoit  des  jeux  & des  combars 


COL 

d’hommes  Sr  de  béres  farouches.  Le  temps  & les 
guerres  ont  ruiné  ces  colifées.  Le  nom  de  colifis 
Vient  du  latin  cpUfeum  j formé  de  coloJfs.um  , 
caufe  du  cololfe  de  Néron  j qui  étoit  à Rorne  près 
du  colifée , ou,  félon  Nardini  j de  Tltalien  co- 
iifeo. 

COLLACTANEUS.^  — 

COLLACTEUS.  S- Les  marbres  antiques 

ccLACTiüs.  y 

font  des  témoignages  encore  fubfiftans  dp  mar- 
ques d’attachement  & de.  fouvenir  que  les  Ro- 
mains donnoient'  aux  cendres  de  leurs  frsres  &" 
fæurs  de  lait , qui  font  délîgnés  par  ces  trois  dif- 
férens  noms. 

■ On  lit  entre-autres  dans  le  Tkefaurus  infcripu 
de  Muratori , les  reiles  d’une  épitaphe  que  voici. 

SüÆ.  COLLACTANEÆ.  FECIT.  L.  VAL. 

CERTÜS.  L.  VALERIO.  LUCINO.  FILIO.  PIENTIS- 
SIMO.  FECERUNT.  ( 1ZZ6.  n.  I.  ) 

COLLaTINAj  ou  CoLLiNA  , péeffe  qui  pré- 
fidoit  aux  Monts  & aux  Vallées,  dit  S.  .4uguiHn. 

COLLATINE.  La  porte  de  Rome  , appelée 
autrefois  de  ce  nom,  parce  qu’elle  étoit  fur  le 
chemin  de  Callatia  , - s’appelle  auiourd’hui  porte 
Pinciane  y du  palais  des  Pincius  , qui  en  étoient 
voifins. 

COLLEGA  equitif.  Muratori  ( 850.  6.  Thef. 
Infer.  ) rapporte  l’infcription  fuivanre  : 

B.  M. 

C.  SECUNDI 
NO  JDLIANO 
EqriTI  LEG 
XXII.  PR.  P.  F.  AN 
M.  XXXV.  STIP.  XV- 
e.  SERANIUS  VE 
CTIUS  SECUNDUS 
HERES  ET  CONLEGA 
F.  C. 

Ce  mot  conlega  défigne-t’il  ici  un  cavalier  du 
même  efeadron  , ou  une  efpèce  de  frère-d’arnies  ? 

COLLEGE.  Les  Romains  appeioient  collège 
tout  aiTemblage  de  pliilieurs-  perfonnes  occupées 
aux  mêmes fbnélions,  & liées,  c’eft-à-dire,  unies 
enfemble  pour  y travailler  de  concert.  Iis  em- 
pioyoient  ce  mot  non -feulement  pour  les  per- 
fonnes occupées  aux  fonctions  de  la  religion  , du 
gouvernement,  ou  aux  arts  d’oeraux  ; mais  encore 
pour  celles  qui  exerçoient  les  arts  méchaniques. 

. Ainn  ce  nom  figniSoit  ce  que  nous  nommons  un 
corps  , une  compagnie  , un  corps  de  métier,  un 
métier.  îl  7 avoir  dans  l’empire  R-omain  non-feu- 
lement ie  collège  des  Augures  , le  college  des  Ca- 
pitolins, c’eft-à-dire,  ceux,  qui  avoienr  l’intendance 
■ des  jeux  Capitolins  > mais  auPù  k collège  des  aiti- 


C O L ï 09 

fans,  collegium  artificum  ; le  collège  des  charpen- 
tiers , collegium  fabrorum  , oû  fabrorum  tigna- 
riorum  ,•  le  collège  des  potiers  , collegium  figula~ 
rum  ; le  collège  des  ferruriers,  collegium  fabrorum 
ferrariorum  le  collège  des  ingénieurs  ou  des  gens 
qui  travailloient  aux  machines  de  guerre  , c’eft-à- 
Qîre,  des  charpentiers  de  l’armée  , tignariorum  ,• 
aes  dendrophores  , dendropkororum  ,•  des  cento- 
naires , centonarîorum  ,•  des  faifeurs  de  cafaques 
militaires  , fagariorum  ; des  faifeurs  de  tentes  , 
tabernaculariorum  ,■  des  entrepreneurs  des  four- 
rages,/ViZirrio/nxœ:,-  des  boulangers,  collegium  pif- 
torum  ; des  joueurs  d’inftrumens,  tibicinam  , &c- 
Pliuarque  dit  que  ce  ( invit.  Num.  ) fut  Numa  qui 
dîvifa  le  peuple  Romain  en  diifFérens  corps  , ap- 


roiî  des  membres  des  antres  collèges  , ne  for- 
maffent  point  avec  ceux  ci  des  liaifons  contrai- 
res aux  repos  public.  Les  collèges  proprement 
dits  étoient  diftingués  des  autres  fociétés  ou  foda  ; 
lités  ,qui  n’éïoient  pas  établies  par  l’autoriré  pu- 
blique fous  la  forme  de  collège  , en  ce  que  ceux 
qui  compofoient  un  collège  pouvoient  traiter  des 
affaires  communes  de  leur  collège  , qu’ils  faifoient 
un  corps  dans  l’état  , en  ce  qu’ils  avoient  une 
bourfe  commune,  un  agent  pour  faire  leurs  af- 
faires , comme  aujourd’hui  les  Syndics  de  nos 
communautés  ; qu’ils  envoyoient  des  députés  aux 
Magiftrats  quand  ils  avoient  à traiter  avec  eux  5. 
qu’ils  pouvoient  faire  des  réglemens  , des  Itatuts 
pour  leur  collège , pourvu  qu’ils  ne  fuifent  point 
contraires  aux  loix  de  l’état  ; qu’ils  avoieirt  un; 
chef  ou  préfident  appelé  Préfet  j qu’ils  fe  fous- 
divifoient  en  décuries  , préfîdées  par-des  Décu- 
rions î qu’ils  fe  mettoient  fous  la  protection  d’urs 
Grand  , d’un  Prince  ou  d’une  Princefié  même^y 
dont  ie  collige  (e  difo-ît  le  client  ^ &c.  &c- 

Florus  attribue  la  formation  àz.%  collèges no-rr, 
à Numa,. comme  Plutarque^mais  àServius  Tullius: 
( I . 6.  3..  ) ; Ab  hoc  rege  populus  Romanus  relatus 
in  cenfum-y  digeflus  inclajfes  , decuriis  atque  colle.^ 
giis  dijîributus , fummaque  Regis  falertja  îta  ordi-^ 
nata  efi  refpuhlica  , ut  omnia  patrimov.ii , dignî~ 
tatis  y Atatis' y artium  , oficïorumque  difcrïrmna  ire 
tabulas  referrerttur. 

Les  provinces  Romaines  imitèrent  îeiircapirare,, 
& les  marbres  nous  ont  confervé  le  foiiyenir  d’are 
grand  nombre  de  collèges  établis  dans  les  diffé- 
rentes villes  de  l’empire. 

Les  collèges  étoient  compafés  de  citoyens  , Se 
donnoient  à Rome  leurs  fufrrages  dans  les  comices- 
Cicéron  fe  félicitoit  d’avoir  été  rappelé  de  i’exiE 
par  ceux  de  tous  les  collèges  {pr-odomo , c.  z.  8.  ) r 
Nul'lum  eü'in  kac  urbe  collegium  , quod  non  ampiifi 
fmè  non  modo  àe  falute  mea  , fed  stiam  de.'  digrtt- 
tate  decreverit. 

COLLIER.  Pour  mettre  de  l’ordre  dans  cet  ar- 
ticle , nous  diftinguerons  trois efpèces  ce  colliers: y, 

comnie  ks  Romains  femblent  les  a.voir  dîÊicgtks 


1 10  COL 

eux-!ncmes  par  les  mots  monile  , torques  & 
col  Lare. 

îfidore  établit  formellement  une  éiftinétion  en- 
tre monile  & torques.  Torques  , dit-il,  & huila  a 
viris  geruntur , a fæminis  monilia  & catella , 
c'eft- à-dire  , les  hommes  portent  les  torques  &c  les 
bulle,  le  monile  & les  chaînes  d’ornement  appar- 
tiennent aux  femmes.  Quoique  cette  diilinétion 
paroiffe  alfez  bien  fondée , elle  a été  combattue 
par  quelques  philologues  j mais  les  autorités  qu'ils 
ont  alléguées  contre  Ifidore,  prouvent  feulement 
que  les  écrivains  Romains  ne  fe  font  pas  toujours 
aftreints  à la  précifion  ; ce  qui  eft  arrivé  d’ailleurs 
à tous  ceux  qui  ont  eu  occafion  de  parler  des  ob- 
jets loumis  aux  caprices  de  la  mode.  Lorfqu’Ovide 
dit , en  pariant  d'Atys  C ItUt.  v.  50.  ) : 

Indutus  cklamydem  Tyriam , quam  limkus  obibat 
JLureus , ornahant  uuruta  monilia  collum. 


il  lui  attribue  un  monile,  quoiqu-'il  ne  fort  pas  une 
femme,  parce  qu’il  le  repréfente  habillé  comme 
un  barbare  OU  phrygien.  D’ailleurs  Fellus  dit  ex- 
preffément  que  le  monile  étoit  une  parure  de 
femme  : Monile  efi  omatus  muUeris 

Monile  défigne  aulfi  dans  les  auteurs  latins  le 
cellier  des  chevaux.  Virgile  dit  de  ceux  du  Roi 
Latinus  : 


Aurea  gecloribus  demîjfa  monilia  fendent. 


Le  monile  ou  collier  de  femme  étoit  en  ufage 
chez  les  É^pnens.  Le  plus  grand  nombre  de  leurs 
lhatues , nreme  celles  des  hommes  & des  divinités 
en  font  orriees.  On  peut  conjeéiurer  d’après  ces 
monumens,  que  les  Egyptiens  aimoient  à fe  parer 
de  colliers  faits  avec  dès  fruits  ,•  des  filiq.ues  de 
p'anteslégumineufes , des  plumes,  & en  particu- 
lier de  plumes  de  la  poule  de  .\umidie.  Il  faut 
en  dire  autant  des  peuples  barbares  & des  étruf- 
ques , les  perles  Sc  les  pierres  précieufes  étoient 
employées  dans  leurs  colliers. 

Quant  aux  fernmes  Grecques  &:*Romaines  , il 
paroît  qu’elles  n’en  portoient  point  en  public  , 
quoique  elles  aimalfent  à s’en  parer  dans  les  fef- 
tins  8c  les  danfes  qui  .fie  faifeient  dans  l intérieur 
des  maifdns.  Dans  le  valle  recueil  de  Y/inckel- 
iTiann  , intitule  Monumenti  inediti , on  ne  voit  de 
colliers  bien  prononcés  qu’à  des  femmes  affifes 
fur  des  lits  de  tables,  célébrant  une  orgie.  Cette 
diliinétîon  dans  1 ufige  des  colliers  peut  fe  con- 
edier  avec  les  textes  nom'oreux  dans  lefquels  il  en 
eftfait  mention,  8c  qui  femblent  être  démentis  ! 
par  les  monumens. 


On  trouve  plufieurs  delTms  de  colliers  dans  le 
recueil  du  Comte  de  Caylus.  M.  Guattaiii  a publié 
rians  fes  monumenti  anticki  ( année  1784.  ) le 
iledm  d’un  co/AV  d’or  trouvé  à Rome  dans  un  fé- 
pulcre , hors  de  la  portp  S,  Laurent.  Il  eft  com- 


C O L 


pofe  de  camées  , de  péridots  8c  d’hyacinthes. 

Strabon  ( rr/  les  EfpagnoU 

portoient  des  colliers  de  fer.  ^ * 

Servius  , dans  fon  commentaire  fur  l’Én^ïJ- 
( I.  ^y8.  ) donne  au  collier  des  femmes  le  nom  d? 
jegmentum , & il  établit  une  différence  entre  ce 
rnot  8c  celui  de  monile.  Monile  eft  le  nom  géné 
nque  , 8c  fegmentum  défig.ne  une  bandelette  ou 
bande  de  pourpre,  d'étoffe  brochée  en  or,  ea 
argent , 8cc.  telle  qu'on  en  coufoit  fur  les  habits 
pourfervirde  bordure  : Monile,  omamentum gut~ 
taris  , quod  & fegmentum  dicunt:  ut  Juvenalis  feg. 
menti  , & longos  habitus.  Licet  fegmentales  vejles 
dicamus , ut  ipfe  vi.  89. 


Torques  & torquis  défignoient  ces  colliers  qui 
étoient  la  récompenfe  8c  le  figne  de  la  valeur;  ces 
colliers , que  les  généraux  Romains  diftribuoient 
folemnellement  aux  braves  foldats  , 8c  qui  fai. 
foient  appeler  ceux-ci  milites  torquati.  Les  colliers 
militaires  étoient  ordinairement  d’or,  8c  l’on  en  a 
trouvé  plufieurs  fois  dans  des  fépultures  Ro- 
maines.  On  les  annonçoit  auflî  dans  leurs  épita- 
phes. On  lit  dans  Gruter  {page  1096.  n.  4.); 


L.  LEPIDO.  L.  F.  AN 
PROCULO. 

MIL.  LEG.  V.  MACEDON. 
DONIS.  DONATO.  AB.  IMP. 
VESP.iSIANO.  AÜG. 
EELLO.  JUDAICO.  TORQUIB. 

Et  dans  Smetius  ( page  5-2.  ) 


C.  ARRIO.  C.  F.  COR.  CLE.MENTI. 

MIL.  IX.  COH.  PH,. 

EQUITI.  COH.  EJUSDEM.  DONIS. 
DONAT.  AB.  I.MP.  HAD. 

TORQUIBUS.  ARMILUS.  PHALE 
RIS.  OB.  BELL.  DACICUM. 

Ces  aeux  inferipnons  nous  apprennent  aulG  que 
le  même  foldat  recevoir  quelquefois  deux  ou  plu- 
fieurs colliers  pour  récompenfe  , 8c  que  les  fim- 
taffins  8c  les  cavaliers  en  étoient  décorés  égale- 
ment. Hirtius  le  dit  expreifément  {de  belL  Hijpaa. 
c.  2.6.  ) : Cijar  ob  virtutem  turmi  Caftans,  prsfeclo 
donavit  torques  aureos  duos. 

Le  poids  & la  grandeur  du  collier  d’honneur, 
du  torques , peuvent  être  déterminés  par  les  textes 
oc  les  monumens.  Quant  au  poids,  une  lettre  de 
Valérieu  au  Procurateur  de  la  Syrie  ( Poil.  T. 
Claud.  c.i}.  nous  apprend  qu’ils  étoient  quel- 
quefois d une  livre  d or  ( livre  romaine  de  douze 
onces  ) ; hulc  ftlartum  dabis  , torquem  lihralettt 
iinum....  La  Rame  du  Gladiateur  Ba0  , de  la 
Famphiii,  Sc  le  bas-relief  de  l'Archigalle  du  Caph 


1 


COL 

tsle  J nous  font  voit  que  ees  colliers  étcient  très- 
larges  , & qu’ils  defcendoient  fur  la  poitrine  , 
comme  les  bauffe-p ois  de  nos  officiers.  On  ne  doit 
pas  être  étonné^  d’après  cela,  de  voir  dans  Am- 
mien-Aîarceilin  ( xxix.  un  Tribun  pofer  fon 
collier  en  guife  de  diadème  fur  la  tête  de  Firmus^ 
&■  ( XX.  4.  ) un  enfeigne^  draconarius  , faire  pour 
Didms  JubanuSj  le  même  ufage  du  collier  ^ qui 
ecoit  une  des  marques  de  fon  grade. 

Les  colliers  d’honneur  ne  furent  pas  toujours 
d’or  J & nous;  rouvons  dans  Pline  ( xxx.  1.  ) une» 
diftinâion  relative  à ce  métal  : Auxiliares  quippe 
& externos  torquibus  aureis  dcnavere  , at  cives  non- 

rdfi  argentezs Les  auxiliaires  & les  étrangers 

reçurent  des  colliers  d’or  j & ceux  des  citoyens 
ne  furent  que  d’argent. 


COL  III 

voici  la  figore  & l’infcription.  Il  y a trois  trous 
aux  endroits  marqués  ici  par  des  cercles. 


TENE 

ME  QUIA 

FUGIO 

ET 

RE 

VOCA 

MB 

IN 

VIA 

LATA 

AD 

0'  FLAVIUM 

0 

D 

M 

Les  Gaulois  fe  paroient  dans  leurs  armées  de 
colliers  d’or;  & l’on  fait  que  Manlius  Torquatus 
fut  ainii  appelé  à caufe  d’un  ferablable  ornement 
qu’il  enleva  à un  Gaulois  j après  l’avoir  tué  dans 
un  combat  fingulier.  Florus  parle  d’un  collier  d’or 
du  poids  de  cent  livres , donné  era  préfeîit  par  la 
nation  des  Gaulois  : Ciim  ei  Galli  torquem  aureum 
centum  ponda  dedijfent. 

Herodien  ( ni.  14.)  dît  que  les  Bretons  por- 
toient  des  colliers  de  fer , & des  ceintures  ou 
cuiraffes  faites  de  ce  métal.  Ils  avcient  auffi  des 
colliers  à:ho\ïz  félon  Strabon  ( iv.  p.  138.);  mais 
ce  luxe  paroît  invraifemblable  chez  un  peuple 
auffi  pauvre.  Ün  pafTage  de  Solin  ( c.  22.  ) explique 
cette  inyraifemblance  ; il  y dit  que  les  Bretons 
employoient  pour  leur  parure  ^ & en  particulier 
pour  les  gardés  d’épée,  des  dents  de  cétacés,  qu’ils 
favoient  rendre  auffi  blanches  que  l’ivoire. 

^ Nous  avons  vu  plus  haut  le  Gladiateur  Bato  orné 
d’un  collier  double  ou  à deux  rangs  ; ce  qui  eft 
conforme  à i’ufage  où  étoient  les  préfidens  des 
jeux  de  prodiguer  aux  Gladiateurs  & aux  athlètes 
cette  récompenfe  , deftinée  dans  fon  origine  aux 
militaires  feuls. 

. Collare  étoiî  un  inftrument  de  fupplice  , comme 
le  carcan  des  peuples  modernes.  On  le  donnoit 
principalement  aux  efclaves  qui  s’étoient  fauvés 
de  leurs  atteîiers,  & qui  avoient  été  repris.  Lu- 
cillius  ( apud.  non.  î.  §.  162.)  le  compte  parmi  les 
infl:rum,ens  du  fupplice  que  l’on  faifoit  fouffriraux 
efclaves  fugitifs  t 

Cnm  manicis  , catulo  , collarique  ut  fugiàvum 

Déportent..  • 

Pignorîus  ( df/frvzj)- rapporte  rînfcrîptîon  fuî- 
vante,  qm  étott  gravée  fur  un  de  cts  colliers  i 
TENH  ME,  QUIA  FUGI  ET  REVOCA  ME  liOiVUNO 
MEO  BONIFACIO  UNARIO. 

On  voit  au  Mufeum  de  Florence  une  lame  ds 
bronze  qui  pendoit  au  cailler  d’un,  efdave.  En 


Cdilier  d’Ériphile.  Voyei^  Érifhile. 

Collier  d’Hélène.  Voye^  Hélène. 
COLLINA  ,Dée&.  Voyei^  Collatina, 

COLLINE , porte  de  Rome  , appelée  auffi 
Salaria  , à caufe  du  fe!  que  les  Sabins  apportoienr 
par  la  voie  qu’elle  commençoir.  Elle  porta  auffi  le 
nom  à‘Agonenfe  , parce  que  les  facrifices  des  Ago- 
nales  étoient  offerts  fur  le  mont  Quirinal  , voifin 
de  cette  porte.  Le  champ  où  l’on  enterroit  vives 
îqs  V eftales  coupables , étoit  Elue  dans  fes  en- 
virons. * 

COLLINE  des  iardîns  J ")  • , 

COLLIS  hortorum , f montagne  de 

la  ville  de  Rome  , où  étoient  les  jardins  de  Sailufte. 
Elle  fut  renfermée  dans  l’enceinte  de  la  ville  par 
l’Empereur  Aurélien.  Le  fépulcre  de  Néron  la 
rendit  célèbre,  il  y avoir  une  loi  qui  ordonnoit  à 
tous  ceux  qui  afpiroient  aux  charges  de  la  répu- 
blique de  monter  fur  cette  colline  , afin  qu’ils 
fuffent  vus  par  le  peuple  affemblé  dans  le  champ 
de  Mars,  pour  l’élediion  des  Magiftrats. 

Collis  Diane. , ie  m.ont  Aventrn  , ainfî  appelé 
d’un  tempde  de  Diane.  Martial  parle  deux  fois  de 
cette  Colline  vzi.pz.  i.  & xn.  18.  i.  ) 

Collis  ladarîs.  Nardinî  croit  la  reconnoître 
dans  l’endroit  de  Rome  où  eft  bâti»k  couvent  de 
S.  Dominique 

Collis  mutialis.  On  croit  la  reconnoître  dans  Is 
Villa-Aldobrandini  ; c’étok-là  qu’éroit  bâti  le 
temple  de  Fidius. 

Collis  faliitaris.  Cette  colline  eft  aujourd’haï 
occupée  par  le  palais  du  Quirinal  ou-  de  Monte- 
Cavallo. 

Collis  teflaceus.  y'oye-z_  TesxaciO- 

COLLYBUS  , la  fomme  que  les  changeurs 
exigent  pour  leur  falaire  , quand  ris  échangent: 
certaines  efpèces  contre  d’autres.  Cicéron  expli- 
que ce  mot  en  drfant  à Verrès  ( uL  78.  ■)  Ex 
Omni  pecunia  , quam  aratoribus  folvere  dehulfië  „ 
certis  nominibus  deduciiones  fieri  folebanz  y primuTS. 
pra  (peciaâon.e  & collyba^...  Nam  collyBus  t£e  gds 


I I 2. 


COL 


poteft  , chm  utanzur  omnes  uno  genere  nummorum  ? 
Le  mot  a la  même  fignification  en  grec. 


'■)ES.  >- 
=.  ) 


Ces  mots  dérivés  de 


COLLYRÆ. 

COLLYRIDES. 

koaaïpiaes. 

petit  pain  rond,  gâteau,  &c.  defignenr 
la  coéffure  de  quelques  femmes  de  l'antiquité , & 
celle  de  Fauftin’e  - Jeune  en  particulier.  Les  che- 
veux étoient  liés  derrière  la  tête,  trelîés  & nattés 
en  rond.  Une  aiguille  ou  poinçon  les  affujétiffoit 
dans  cette  forme. 

COLOBUS,  •) 

COLOBIUM , > tunique  fans  manches , ainlî 

XOAOBÏON , 3 

appelée  par  oppofition  avec  la  tunique  à longues 
manches,  x,uHhrt>y , vêtement  des  barbares.  11  ne 
faut  pas  prendre  à la  rigueur  cette  définition  ; car 
le  coLûhiiim  avoir  des  prolongcmens  en  forme  de 
manches  larges  , qui  defcendoient  prefque  juf- 
qu  au  coude  ; mais  les  manches  étroites  du 
fcjra!  defcendoient  jufqu’au  poignet.  Les  Romains 
ne  portoient  dans  les  villes  que  le  colobium  Sc  la 
pénule  ou  la  toge.  Dans  les  camps  ils  portoient  le 
fagum  & la  cklamyde.  Nous  apprenons  cette  dif- 
tinétion  de  la  ir-  loi  du  code  : Sed  cklamydis  ur~ 
rare  depojito  quieta  coloborum  ac  penularum  indi- 
cant  vejlimenta. 

On  voit  à pIufieBrs  figures  des  tableaux  d’Her- 
culanum,  des  robes  S:  des  tuniques  avec  des  man- 
ches courtes , qui  ne  defcendent  que  jufqu’aii  mi- 
lieu du  bras  proprement  dit  5 ce  font  àtscolobiam. 
Ces  prolongemens  font  quelquefois  fendus  & af- 
fembiés  avec  des  boutons. 

Le  clavas  des  Chevaliers  & des  Sénateurs  étoit 
coufu  fur  la  tunique  ordinaire , ou  colobium  ; 
delà  vint  que  les  Grecs  défignèrent  le  clavus  par 
le  mot  *92100:0».  Acron  nous  l'apprend  ( ad.  Horat. 
fat.  I.  5.  36):  Latum  clavum , purpuram  , qui  in 
peclore  extenditur  Senatorum  j Gr&ci  t'û»  luXoZîayti 
vacant. 

COLOCASE,  7 , . V r ' 

COLOCASIE,  r plante  étrangère  , efpece 

cV'arum  ou  pié-de-veau.  De  toutes  les  fciences , 
celles  qui  ont  le  plus  befoin  de  fc  prêter  un  fecours 
mutuel,  font  I hiftoire  ancienne  & la  botanique; 
car  il  ell  néceiTaire,  pour  l’inteiligence  de  quantité 
d'ufages,  ou  myftérieux  ou  économiv|Ues , que 
les  Eg5'ptiens  faifoient  des  plantes  de  leur  pays , 
de difeerner  celles  qui  fe  trous'ent  repréfentées  fur 
les  monumens. 

Les  antiquaires  qui  fe  font  flattés  d'y  réiiGTir  en 
confultant  Théophrafte  , Diofeoride  & Pline  , 
n'en  ont  pas  pu  juger  sûrement,  parce  qu’aucun 
de  ces  IMaturaliftes  n’avoit  vu  ces  plantes  dans 
leur  lieu  natal.  D'ailleurs,  les  deferiptions  qu'ils 
MOUS  en  ont  laiffées  étant  très -courtes,  très-im- 
parfaites & fans  figures,  on  n'a  pu  en  faire  ;r.e 
]ufie  application  aux  partiçs  détachées  des  ph.n- 


C O L 

tes  que  les  fabricateurs  de  ces  monumess  ant 
voulu  repréfenter. 

C’eft  donc  au  fol  de  l'Egypte. même  & au  fit 
du  Nil , qu'il  faut  avoir  recours  pour  en  tirer  les 
pièces  de  comparaifon  qui  leur  ont  fervi  de  types. 
C'ell  fur  la  vue  des  plantes,  ou  rapportées  sèches 
de  ce  pays-là,  ou  tranfplantèes  dans  celui-ci,  ou 
très-exactement  décrites  par  ceux  de  nos  meil- 
leurs botanirtes  qui  les  ont  défignées  d'après  le 
naturel , comme  l’a  fait  Profper  Alpin , que  l'on 
peut  appliquer  avec  précifion  à celles  qui  ont  fervi 
d'attributs  aux  Dieux,  & de  fymbole  aux  Rois  & 
aux  villes  d’Égypte , des  noms  qui  leur  convien- 
nent fuivant  les  genres  auxquels  elles  ont  du 
rapport. 

C’eft  la  marche  qu’ont  fuivie  d’habiles  gens 
pour  découvrir  la  colocafie  des  anciens , & pour 
être  en  état  de  la  ranger  fous  le  genre  de  plante 
auquel  elle  doit  appartenir. 

Comme  fa  principale  qualité  fe  trouvoit  dans  fa 
racine,  dont  on  faifoit  du  pain,  & que  de  cette 
racine , de  laquelle  les  Arabes  font  encore  com- 
merce , il  naît  une  fleur  & des  feuilles  du  genre 
à’ arum , on  ne  doute  plus  que  ce  n’en  foit  une 
efpèce  ; & tous  les  botaniftes. modernes , depuis 
Fabius  Columna  & l’ouvrage  de  Profper  Alpin 
fur  les  plantes  d’Égypte  , font  conftamment  de 
cet  avis.  Le  nom  vulgaire  de  culcus  ou  colcas , 
qu’elle  femble  avoir  retenu  de  l’ancien  coiucjfa, 
doit  encore  contribuer  à confirmer  cette  opinion. 

Ses  feuilles  font  auflî  larges  que  celles  d'un 
chou.  Sa  tige  eft  haute  de  trois  à quatre  pieds,  & 
grofle  comme  le  pouce.  Ses  feuilles  font  grandes, 
rondes  , nerveu.fes  en  deifous  , attachées  à des 
queues  longes  & grofles,  remplies  d’un  fuc  aqueux 
& vifqueux.  Les  fleurs  font  grandes , arnpies 
comme  celles  de  l'arum , de  cou.eur  purpurine  , 
monopétales  , de  figure  irrégulière  , en  forme 
d’oreÜle  d'âne.  11  s'élève  de  chaque  calice  un  piiiil 
qui  devient  enfuite  un  fruit  pretque  rond , ren- 
fermant quelques  graines.  La  racine  eft  charnue, 
bonne  à manger.  Cette  plante  nait  dans  liede 
Candie,  en  Égypte , & près  d'Alexandrie.  Les 
habitans  de  Damiette  la  cultivent  parcicialicre- 
ment.  On  voit  dahs  les  environs  de  cette  vüle  de 
vaftes  champs  couverts  de  fes  larges  feuilles,  ha 
racine  eft  conique  , &:  plus  grofte  que  celle  du 
lotus.  Elle  eft  d un  goût  moins  fade  que  ia  pomme 
de  terrç.  ^ ' 

Les  antiquaires  reconnoîtront  donc  aujourdnui 
La  fleur  de  cette  plante  fur  la  tête  de  quelques  Har- 
pocr.ites  & de  quelques  figures  panthées , p^r 
forme  d’oreille  d’âne  ou  de  cornet,  dans  lec.tjs 
eft  placé  Ip  frti.it  ; il  y a toute  apparence  qu  e-ie 
étoit  un  fymbole  de  fécondité.  Y oyc\  les  Mtti- 
de  /‘Acad,  des  In  J.  t.  11.  . 

Les  curieux  de  nos  pays  cultivent  la  coloccj>c 

avec  beaucoup  de  peine,  ils  la  plantent  dans  d-* 

■ pots  pleins  de  la  meil'.eure  terre  quhl  eft 

d’avoir,  & la  tiennent  toujours  dans  des  f-ff- 

laus 


COL 

ians  î'expofer  à l’afr  qui  endommageroit  promp- 
tement fes  feuilles  ; rarement  on  la  voit  pro- 
duire des  fleurs  ; fa  racine  cuite  a le  goût  ap- 
prochant de  celui  de  la  noifette.  On  ne  fait  où 
Eontius  a pris  qu'elle  eft  d'une  qualité  vénéneufej 
& qu'avant  d'être  mangeable  j il  faut  la  ma- 
cérer quelques  jours  dans  l'eau. 

Il  eft  certain  qu'en  Égypte^  en  Syrie,  en  Candie 
& autres  régions  orientales  , on  en  mange  fans 
aucune  macération , comme  les  navets  en  Alle- 
magne. Elle  a , étant  crue , un  peu  d'arnertum.e 
& d'âcreté  vifqueu.^e  5 mais  toijt  cela  s'adoucit 
entièrement  par  la  cuilTon. 

_ Du  refte , cette  plante  n'a  point  de  vertus  mé- 
dicinales. 

Le  chou  karaïbe  des  Américains  répond  pref- 
que  fur  tous  les  rapports  à la  colocafie  d'Egypte  j 
car  c'eft  aufïî  une  efpèce  d’arum  d'Amérique  j 
dont  les  racines  font  greffes  , de  couleur  de  chair 
par  - dehors  , jaunes  en  dedans  , d'une  odeur 
douce  J fes  feuilles  reffemblent  à la  grande  fer- 
pentine.  On  fait  du  potage  avec  fes  feuilles  & fes 
racines. 

Les  Egyptiens  ( Diod.  ficul.  i.  pag.  52.  / avant 
l’ufage  des  graminées,  fe  nourrirent  d'herbes,  de 
feuilles  & de  racines  de  plantes  aquatiques-  La 
reconnoiffance  pour  les  divinités  auxquelles  ils  at- 
tnbuoient  la  découverte  de  l'agricuiture , les 
porta  à conferver  le  fouvenir  de  leur  nourriture 
agrefle,  en  plaçant  fur  la  tête  ou  dans  les  mains 
de  ces  mêmes  divinités  les  plantes  fauvages  d'où 
ils  la  tiroient.  C'eft  pourquoi  on  voit  la  colocafia 
former  fouvent  une  partie  de  la  coëffure  d'Ofiris  , 
d'ifîs  ; on  la  voit  même  fur  la  tête  d'un  épervier 
dans  la  fable  Iliaque  & fur  les  obélifques. 

Non-feulement  les  Egyptiens  fe  nourriffoient 
des  racines  de  la  colocafie,  mais  ils  faifoient  en- 
core un  grand  ufage  de  fes  larges  feuilles.  Elles 
leur  fervoient  à fabriquer  des  enveloppes , des 
C9tnets  , & même  des  vafes  à boire.  Strabon  le 
ait  expreffément.  Du  temps  de  Pline  on  avoir 
feme  dans  l’Italie  la  colocafia  ; & ce  naturalifte 
parle  aaffi  de  l’ufage  où  étoient  les  Égyptiens  de 
boire  l'eau  du  Nil  dans  fes  larges  feuilles  qu’ils 
rouloient  & replioient  en  forme  de  coupes  ( zxi. 
c.  ly.  Adefque  Nilz  fiai  dotibus  gaudent , ut 
implexzs  colocafia,  foliis  , invariam  fpeciem  vafo- 
rum  , potare  gratilfimam  habeant  fierhur  jam  k&c  in 
Italia. 

Le^  palais  délicat  des  gourmets  de  Rome  ne 
put  s accommoder  de  la  fubftance  filandreufe  des 
racines  & des  tiges  de  la  colocafia  , félon  ces  vers 
de  Martial  {xm.  57.  ).- 

Nilzacum  ridebis  olus  , lanafque  fiequaces  , 
Improba  cum  morfiu  fila  , manuque  trakes. 

COLOCASIA.  Pallas  étoit  adorée,  à Sycione 
fous  ce  nom  , dérivé  de  Kéros-  & de  Le 
Antiquités  , Tome  IL 


COL  r!3 

I premier  mot  exprime  un  petit  manteau  ce  featr- 
j que  portent  plufîeurs  Déeffes  j le  fécond  une  chol^ 
1 tronquée,  & üeft  relatif  à la  petiteffe  de  ce  man- 
I teau.  Pallas  a dans  prefque  tous  les  monumens  un 
i petit  manteau  rond,  femblable  à un  camail  d'Evê- 
que.  Ce  manteau  eft  le  plus  fouvent  chargé  de  la 
tête  de  Médufe  , & c'eft  alors  la  redoutable 
égide. 

^ COL(ENA  , furnom  de  Diane  , ainfi  appelée 
d'un  temple  qu'elle  avoir  dans  l'Afie  mineure , 
près  du  marais  Colæ , jadis  le  marais  Gygée  , à 
40  ftades  de  la  ville  de  Sardes  en  Lydie.  ( Strabo. 
/.  13.) 

COLCENIS  3 furnom  de  Diane  , fous  lequel 
elle  étoit  adorée  par  les  habitans  de  Myrrinunte  3 
dans  l'Attique.  Ce  nom  lui  venoit , félon  Paufa- 
niaSj  de  Colœnus  , ancien  Roi  d’Athènes. 

COLOMBE  3 oifeau  favori  de  Vénus;  c’eft 
pour  cela  qu'on  l'appeloit  i'oifeau  de  Cythère. 
Vénus  le  portoit  à la  mainj  dit  Apulée;  & plu- 
fieurs  monumens  anciens  lui  donnent  cet  attribut: 
elle  i'atteloit  à fon  char  ; elle-même  fe  tranf- 
formoit  en  colombe , félon  Élien.  Voye-^  Péris- 

TÈRE. 

Des  colombes  , dit  Homère  , prirent  foin  de 
pourvoir  à la  nourriture  de  Jupiter  ; auîïi  avoit-il 
des  colombes  pour  ie  fervir  à table.  Les  habitans 
d’Afcalon  & d’Hiérapolis  avoient  un  fouverain 
refpeél  pour  les  colombes  ; ils  n’ofoient  ni  en 
tuer  ni  en  manger  3 de  peur  de  dévorer  leurs 
Dieux  mêmes:  ils  nourrifîbient  avec  foin  toutes 
celles  qui  naiffoient  dans  leurs  villes.  Lts  colombes 
furent  auffi  confacrées  chez,  les  Syriens  & les  Affy- 
riens,  parce  qu'ils  croyoient  que  l’âme  de  leur 
fameufe  Reine  Sémiramis  3 s'étoit  envolée  au 
ciel  fous  la  figure  d'une  colombe.  Voyeq^  Sémi- 
ramis. 

Cette  vénération  des  Syriens  pour  les  colombes 
a été  chantée  par  Tibulle  ( i.  7.  17.  ) : 

Quid  referam  ut  volitet  crebras  intaÜaper  urhes 
Alba  Valafiino  culta  columba  fyro. 

Martial  a célébré  auffi  dans  fes  vers  la  défenle 
de  manger  des  colombes , qui  étoit  particulière 
aux  Prêtres  de  Vénus  f 13.  6éi.  ): 

Ne  violes  teneras  pr&duro  dente  columbas  , 
Tradita  fi  Crtidia  fiunt  tibi  facra  dca. 

Silius  dit  que  deux  colombes  fe  reposèrent  jadis 
fur  Thèbes  ; que  de-là  l'une  s’envola  à Dodone, 
où  elle  donna  à un  chêne  la  vertu  de  rendre  des 
Oracles  ; & que  l'autre  , qui  étoit  une  colombe 
blanche  3 paffa  la  mer  3 St  s'envola  en  Lybie  , 
où,  après  s’être  pofée  fur  la  tête  d'un  bé!ier3 
entre  fes  deux  cornes , elle  rendit  des  oracles  aux 
peuples  de  la  Marmorique.  La  colombe  de  Do- 
done  rendoit  auftl  elle  - même  des  oracles  : elle 

P 


1^4  COL 

érftit  dorée , dit  Plûloftratey  poft'e  fur  un  chêrft , 
& environnée  de  gens  qui  arrivoient  de  toute  la 
Grèce  , les  uns  pour  facrifier , les  autres  pour 
confulter  FOracle.  11  y avoir  cependant  des  Prê- 
tres & des  PrêrrefTes  qui  s’enrichiffoient  de  leurs 
*^lïi^2ndes.  Sophocle  dit  que  des  colombes  de  la 
foret  de  Dodone  avoient  donné  à Hercule  un 
Oracle  qui  déterminoit  la  fin-  de  fa  vie.  Voyez 
Dodone.  ^ 

Colombes  mejfageres.  Voye^  Pigeons  me_,fa- 
gers. 

Colombes  qui  volent  fur  les  médailles  frap- 
pées dans  les  ifles  (O.n  voit  ordinairement  des). 

De  ce  que  PhPodrate  a dit  dans  fes  tableaux, 
que  la  colombe  de  Dodone  étoit  dorée  , il  ne  faut 
pas  en  conclure  que  fon  plumage  fut  de  couleur 
d'or.  Dorée  eR  une  épithète  qui  fignlRt  belle  ou 
agreible.  Virgile  a d’t  Vénus  dorée,  & Pindare 
Us  voluptés  dorées.  On  fait  cf ailleurs  par  Héro- 
dote & par  les  Mythologues , que  ces  prétendues 
colombes  etoient  de  vieilles  femmes. 

COLONARIl.  Voyei  Latuci  celonarn. 
COLOiS’ATE,  furnom  deBacchus,  ainfî  nom- 
me du  temple  qui  lui  étoit  confacré  fur  une  émi- 
nence appelée  colonna , auprès  de  Lacédémone. 
COLONE  , dans  la  Melfenie.  KO/.fiNAûN. 

D autonomes  de  cette  ville  font  : 

KKKK en  bronze Pellerin. 

O. . . en  argent. 

O. . . en  or. 

Les  pîus  anciennes  colonies  dont 
rh;Loire  ja.de  mention,  font  celles  qui  fortirent 
d Egypte  pour  peupler  la  Phénicie,  & de  proche 
^ proche  I Archipel  & le  continent  de  la  Grèc- 
On  Ignore  entièrement  les  principes  politiques  fur 
lefquels  inrent  iondees  ces  colonies  Egvpticnnes 
Mais  on  fait  qu'en  fondant  le  royaumeVAreos 
& ce  U!  d Athènes,  elles  portèrent  dans  la  Grcce 
rX';  coutumes  , le  goût  des  arts  & leur 

re.igion.  C elf  aufii  aux  Phéniciens , fondateurs  de 
TheDe^,que  les  Grecs  furent  redevables  de  récri- 
ture , du  commerce  & de  la  navigation. 

imitèrent  les  Egyptiens  & les  Phé- 
fo-'itJerent  comme  eux  un  grand  nom- 


C O 


L 


Bicier 

1.  J ' vuijiiijc  cu,\  un  grand  nom- 

bre de  colonus.  M.  de  Bougainville  compofâ,  en 
1745  un  Mémoire  fur  les  coW  Grecquer 
qui  menta  le  prix  propofé  par  l'Académie  des 
Inftr^pnons  & Belles-Lettres.  Nous  en  donne- 
rons iCi  un  extrait,  qui  mettrais  Ledeur  à même 

Le  retour  des  Héraclides  eft  l’époque  &:  b 
«rangers.  J hucydiae  1 avance  en  termes  formels 

cote  mantime  de  I Afie  , d’Italie  & fa  Sicile.  ' 


Les  Eoliens,  chaflés  par  les  Doriens  de  b 
partie  du  Pcioponefe  qu’ils  avoient  ufiiroép  a 
^mps  de  Pélops  , ouvrirent  la  route  aax^autr  “ 
Grecs.  OreP.e  avoir  ete  l’auteur  ( Strab.  L xin 
P-  582.  ) de  cette  colonie;  mais  ce  Prince  étant 
mort  dans  l’Arcadie  , laiifa  l’exécution  de-fon 
projet  à fes  defeendans  ( Strab.  l.  xtv.  p.  n 
qui , après  avoir  long-temps  erré  , fe  répandirent 
dans  toute  la  côte  de  l’Afie , depuis  Cyzique  juf- 
qu’au  Calque  , 8:  fondèrent  douze  villes , dont 
Smyrne  étoit  la  plus  conlidérablc. 

Environ  quatre  générations  après  , la  plupan 
des  Doriens  que  Codrus  avoir  établis  à Mé^are 
pafsèrent  dans  l’.Afie  , où  ils  bâtirent  les  villes  de 
Cnide  & d’Halicarnalfe , fans  compter  celles  qu'ils 
conlf  mihrent  dans  les  iîles  de  Rhodes  & de  Cos. 
Ces  villes  Doricn.nes,  au  nombre  de  fix,  {Strab. 
l.  vin.  p.  385.  ) formèrent  une  fociété  réduite 
depuis  à cinq  par  l’cxclufion  d’HalîcarnafTe. 

Enfin,  vers  le  même  temps,  les  Ioniens , forcés 
d’abandonner  leurs  demeures  dans  le  Péloponèfe, 
formèrent  une  multitude  nombreufe , à laquelle 
fe  joignirent  les  defeendans  de  Neftor , & un 
grand  nombre  d’autres  peuples.  Réunis  Tous  la 
conduite  d’Androclus,  fils  de  Codrus,  ils  traver- 
sèrent la  mer  , & s’établirent  dans  les  plus  belles 
parties  de  l’Alîe  mineure , où  ils  fondèrent  douze 
villes , qui , par  leur  étroite  union , composèrent 
le  corps  Ionique. 

Les  principales  vues  des  peuples  du  Péloponèfe 
fe  tournèrent  du  côté  de  l’Italie  & de  la  Siciit. 
Crotone  & Tarente  font  des  colonies  Lacédémo- 
niennes.  .Archias  de  Corinthe  fonda  SyncuiSj 
qui , ayant  elle-même  peuplé  la  Sic'le  de  plufieurs 
villes iiîues  de  fon  fein,  rendit  Dorienne  une  pané 
confidérable  de  cette  ifle. 

Les  Grecs  pénétrèrent  encore  dans  plufieurs 
autres  contrées.  Les  Phocéens  d’Afie  fondèrenr 
dans  les  Gaules  MarfeiJle , qui  devint  la  métro- 
pole de  quelques  villes,  entre-autres  d’.Antibes& 
de  Nice.  L’Efpagne  eut  auffi  des  villes  Grecques 
( Strab.  L ni.  p.  140.  & Cyrène  , l une  des 

plus  puiffanres  de  l’.Afrique  , cette  république, 
long  temps  rivale  de  Carthage,  tiroir  fon  origine 
d’une  colonie  de  Lacédémoniens  ; fans  parler  de 
Naueratis , fituée  à une  des  embouchures  du  Nil , 
de  Byzance , de  Périnthe  , de  Sinope,  d'Héraclée, 
& de  tant  d’autres  répandues  dans  la  Thrace, 
dans  le  Pont,  & jufqu’aux  extrèmriés  de  l’.Afie. 

Un  grand  nombre  de  motifs  dilférens  avoient 
donné  naiffance  à tant  de  colonies  fondées  par 
nations  Grecques,  foit  dans  l’intérieur  meme, 
foit  hors  du  fein  de  la  Grèce.  Ces  n.rgrations 
croient  ou  forcées,  comme  quelques-unes  de  cédés 
dont  nous  venons  de  parler , ou  volontaire^ 

Dans  les  premiers  temps  où  les  étabruVemens 
étoient  encore  peu  folides , & la  forme  de  chaque 
gouvernement  mal  affurée,  la  crainte  d’une  J-U' 
vafion  prochaine  , le  défit  d’éviter  des  voilm-S 
dangereux  , décerminyient  les  Grecs  à change» 


COL 

facilement  de  denieiue  ; ramoiir  de  l'indépen- 
daiice  leur  faüoic  quelquefois  abandonner  leur 
|Mcne  J comme  firent  les  MeiTeniens,  pour  cher- 
cher ious  la  conduite  d’Ariftomènes  une  terre 
eîxangere  5 rnais  libre  : quelquefois  la  curiolîté 
leule  ^es  éloignoit  de  leur  pays  natal.  La  beauté 
cuclirnatjla  fertilité  du  terroir  attiroient  alors, 
ou  fixoïent  le  urs  pas  irréfoius  dans  des  lieux  oui  leur 
miroient  une  retraite  sûre  ou  un  féjour  agréable, 
t antôt  u.T  Prûice,  mécontent  de  voir  régner  à fa 

р. ace  ou  fon  frere  ou  1 ufurpateur  du  trône  de  i'es 
pères  & quelquefois  même  la  liberté  s'établir 
lur  les  ruines  du  pouvoir  fuprême  , aüoit  fe  faire 
un  royaume,  & devenoït  le  chef  d’une  colonie 
nombreufe,  compofée  de  gens  que  la.  légèreté, 

I elperance , des  raifons  fouvent  plus  preiïantes 
actacnoient  à fa  fortune.  Tantôt  une  m.ahdie  cop- 
tagieufe , une  famine  rendoienc  une  ville  déferre  , 
& tranfportoient  ailleurs  feshabitans.  Combien  de 

n'ont  pas  été  fondées  par  l’ordre  des 
üracies  ? Combien  d'autres  ont  dit  leur  établif- 
fement  à des  vœux  folemneis  faits  dans  diveiTes  . 
cmconltances  Enfin  un  des  motifs  les  plus  com- 
muns était  la  trop  grande  multitude  des  citoyens  , 
dont  une  pa;  tie  fe  voj.-oit  dans  la  néceffité  de  s'exi- 
ier  eiie-méme. 

t orfque  l'enfonce  de  la  Grèce  flir  paffée  , & 
qae  ces  petits  royaumes  donc  elle  étoit  remplie 
le  turent  chanfos  en  autant  de  réoubliques  in- 
depencantes  , I eg-aiité  qui  régnoic  entre  ces  difré- 
lens  états  cura  peu  j quelques-uns  s'élevèrent 
Dieniot  au-aelius  des  autres,  & tinrent  le  pre- 
mier mng  car, s la  Grèce.  Telles  furent  Athènes  , 
Laceaemene  Thèbes  & Corinthe.  L'ambition 
^es  îe:;cit  ^rivaies  , & tes  deux  premières  fur-tout 
^yant  œ pius  Drille  dans  la  défenfe  contre  les  Per- 

с. ^5  Parttigeient  entre-clies  l'autorité  princioaic  , 

, prefque  toutes  les  villes  à entrer  dans 

eut  a.iiance.  Ainli , il  fe  forma  dans  ie  fein  de  la 
-rece^  deux  ligues  , dont  l'une  avoit  les  Athé- 

îîîens  a fa  tète  , l'autre  reconnoiffoit  les  habitans 
oe  ^aceaemone  pour  chefs.  De -là  ces  guerres  fan- 
g.ai.tes  entre  les  deux  républiques  , auxquelles 
î^aut  ce  qui  portoit  le  nom  Grec  avoit  part  , & 
fur-tour  celle  donc  Thucydide  nous  a laiffé  l'hif- 
toîre.  Cette  j.aioufie  réciproque  donna  aux  Grecs 
ae  nouv«.ux  rporifs  pour  faire  à l'envi  des  étabüf- 
femens.  raiîojt-ii  contenir  un  peuple  fournis,  s’af- 
iurer  ia  conquête  d’une  Province'?  On  y bdtiffoit 
une  ville  3 on  envoyoit  une  colonie  dans  fa  capi- 
tale , uont  on  chaffoit  les  habitans.  üne  îfle  avoit 
Uii  port  commode , pouvoir  atTurerîa  navigation  , 
ervir  d entrepôt  au  commerce,  faciliter  la  com- 
fmi.mcatron  d’un  pays  à l'autre  ; une  ville  étoit  le 
cent.e  ou  la  ciei  d une  région  , offroit  une  b-tr- 
ricre.  & ime  retraite , une  place  d'armes  ; on  y 
rai.oir  paSer  un  nombre  decitoyens  fulEfant  pour 
n peuoler  on  la  conferver.  C'étoic  autant  d’aVan- 
Wees  uont  aucun  n écnappoit  à la  politique  des 


COL  I Y I 

pe  Texpofé  de  tous  ces  motifs , U rcfulte  né- 
ceiiairement  que  toutes  les  colonies  Grecciiës 
n croient  pas  d'une  même  efpèce  ; auffi  ces  éta- 
Dullemen.s  avoienc-ils  entre -eux  dts  difréiences 
► eileutieiles  qui  naiflbient  de  la  natute  raême  des 
lieux  pour_  leiqttels  ils  étoient  deîlinés , & des 
râlions  qui  les  occalionnoient  ; différences  que 
les  Grecs  avoient  fom  de  marquer  expreffément 
parcelle  des  noms  qu'ils  leur  donnoientj  car  ils 
n cioienr  pas  tous  indidéremment  défîgnés  par  le 
meme.  Notre  langue  n'a  q.u'un  feu!  terme' pour 
exprimer  toutes  fortes  de  migrations  hors  dû  lieu, 
lie  la  naiiiancej  elle  leur  donne  à toutes  indiftinc- 
temeat  le  nom  de  colonie.  Ce  n'eft  pas  la  même 
cnofe  chez  les  Grecs  , & le  nom  dA^,ir.L 
( apoïkia  ) qui  paroît  d’abord,  général  , & peuc- 
être  unique  . celTede  l'être  quand  on  examine  la 
plus  près.  On  ne  s‘en  fervoit  que  pour 
^i..igner  les  colonies  envoyées  dans  des  pays  bar- 
bsrïis  ou  dererts , dans  la  feule  vue  de  les  peupler. 
Il  convient,  par  exemple  , à prefque  toutes  celles 
aont  nous  avons  parlé  jufqu  à préfent.  Alais  lorf- 
qme,  pour  punir  une  ville  rébelle , ou  pour  s'af- 
itirer  de  la  fidélité  d’un  pays,  de  la . poffe.dlon 
d une  province,  la  république  vidlorieufe  ou  fou- 
veraine,  fans  en  exclure  les  anciens  habitans,  j 
partie  de  fes  citot'ens  , qui , 
mêlés  aux  originaires,  les  obligeoienf  de  partager 
leurs  biens  avec  eux  , alor.s  ceux  qui  formoiens 
cette  colonie  portoient,  au  lieu  du  'nom  à’â'sôncû 
( apoïkoi  ) , celui  de  (dérouchoï)  , nom 

fort  propre,  & qui  préfeote  en  même-tems  i'idée 
de  la  manière  dont  ils  étoient  choifîs,  de  la  dif- 
trfoutio_n_  qu'on  devoit  leur  faire  dans  leur  nou- 
velle habitation , & de  la  forme  même  dont  on  j 
procédoir.  C'efl:  la  définition  qa’en  donnent  Démof- 
thene,  dans  une  de  fes  harangues  contre  Phi'ippe  , 
citée  par  Harpocration,  & ifbcrate,  dans  fon  pa- 
négyrique.  Le  mot  grec  y-hStag  ( cleros  ) traduit 
httéralement  , fignifie  fort,  & le  Schoüafoe  de 
1 hucydide  , i'explique  par  celui  de  ( mer/s 
fortiori  ; explication  fort  juiîe  , parce  qu'en' effet 
on  donnoît  le  nom  de  ( cleros  ) à ces  por- 

tions de  terre  qu’on  afiignoit  par  fort  aux  nou- 
veaux habitans  d’une  ville  conquife. 

il  faut  obferver  foigneufement  que  ceux  qui 
étoient  envoyés  dans  ces  villes  conquifes  ne  pér- 
doient  pas  leur  qualité  de  citoyen.  Les  Athéniens,, 
quoique  tranfportés  hors  de  leur  patrie  , étoient 
toujours  cerdés  attachés  à une  Tribu  & à un 
bourg  de  l’Attique.  C’eft  ainfi  qu’Épicure,  quoi- 
que fils  d’un  habitant  de  Samos , étoit  appelé  Athé- 
nien par  jîiogène  Laerce  ( Dloge.  Laert'.in  Epie.  ), 

& qu’il  fàifoit  partie,  félon  jes  auteurs,  du  bourg 
de  Gargette  & de  la  tribu  Egeïde.  ( Ælian.  Va- 
riai. ITT.  ) 

V oîci  le  détail  des  cérémonies  ufitées  dans  l’éta- 
bhUement  des  colonies.  Elles  étoient  uniformes 
par  touteja  Grèce.  Nous  ne  parlons  ici  que  des 
colonies  envoyées  au  nom  de  la  réDubiieue  , car 

P ij  ‘ 


ï\6  COL 

pour  ces  troupes  errantes  , que  1 attachement  à 
un  chef  rebelle  ou  mécontent , 1 amour  de  la  nou- 
veauté } ou  d’autres  motifs  femblables  eloignoient 
de  leur  patrie , on  fent  bien  que  leur  fortie  n ^toit 
rien  moins  que  publique , & qu’elle  avoir  plutôt 
l’air  d'une  fuite  que  d’un  voyage.  Les  anciens 
nous  ont  confervé  quelques-uns  de  ces  ufages. 

1°.  On  drefibit  un  rôle  de  tous  ceux  qui  dé- 
voient former  une  colonie  ^ & la  levée  s’en  faifoit 
à peu-près  comme  celle  d’une  armée  ; on  leur 
donnoic  un  cheC  & la  patrie  de  ce  chef  étoit  tou- 
jours la  métropole  de  la  ville  qu’ils  alloient  fon- 
'der.  C’eft  ainlî  que  tous  les  peuples  de  l’Ionie, 
quoique  fortis  de  différentes  parties  de  la  Grèce  , 
reconnoiifoient  les  Athéniens  pour  leurs  fonda- 
teurs, ( Hérodot.  & Thucyd.  pajfim.  ) parce 
que  le  chef  de  cette  coUnie  avoit  été  un  des  def- 
cendans  de  Codrus.  De  - là  vint  qu’ils  refusèrent 
d'admettre  les  Phocéens  d’Afîe  dans  leur  affem- 
blée  générale,  à moins  qu’ils  ne  fe  choifilTcnt  des 
chefs  dans  cette  famille. 

Quelquefois  les  habitans  de  plulieurs  villes  dif- 
férentes , mais  fituées  dans  la  même  région  , fe 
ïéunilToient  enfemble  dans  une  habitation  com- 
mune , fans  être  conduits  par  aucun  chef  tiré 
d’une  ville  particulière.  Alors  la  métropole  de 
cette  colonie  étoit  la  contrée  entière  dont  ils 
étoienr  fortis.  T el  ell  le  cas  où  fe  trouvoit  Lacé- 
démone , fondée  par  les  Doriens  ( Diod.  l.  it.  p. 
6o.  ) proprement  dits , c’eft-à-dire  , par  les  peu- 
ples de  cette  petite  province  { Strab.  l.ix.p.  417.  ) 
à qui  on  donnoic  le  nom  de  Tétrapole , à caufe 
des  quatre  villes  qu’elle  renfermoit , & dont  trois 
fubjîftoieHt  encore  au  temps  de  la  guerre  du  Pélo- 
ponèfe. 

On  faifoit  précéder  le  départ  de  ceux  qui 
compofoient  la  colonie  par  des  facrifees  foiem- 
nels  , pour  obtenir  la  proteélion  des  Dieux 
( Dionys.  Haliccr.  l.  i.  p.  1 3 ) : on  confultoit  les 
augures  & les  préfages. 

5®.  L’état  leur  fournilToit  des  armes,  des  vivres 
& toutes  les  provifions  néceffaires.  ( Liban,  in 
»rgum.  orat.  Demojîhen.  de  Cherfonefo .') 

4'’.  On  leur  donnoit  au  nom  de  la  rei  ublique 
des  diplômes  ou  patentes  , revêtues  de  toutes  les 
formalités  qui  rendent  un  aâé  authentique  ( Hy- 
peryd.  apud  Harpocrationem)  , & l’original  de  ce 
décret  étoit  garde  dans  les  archives , fuivant  la  re- 
marque de  M.  de  Valois. 

y°.  On  nommoi't  des  commilTaires  pour  régler 
k partage  des  terres  ( P lato , de  leg.  L ii.  ) entre 
les  nouveaux  habitans , pour  donner  au  gouver- 
nement une  forme  convenable  , & pour  étabnr 
les  loix  du  pays. 

6°.  Des  Minières  dépofitaires  du.  culte  de  la 
patrie  marchoient  à la  tête  avec  les  images  des 
Dieux  tutelaires  , & le  feu  facré  qu’on  tiroir  du 
fanéfuaire  de  la  mietropole.  .Cette  cérémonie  étoit 
Il  cfTentielie , ou  une  colonie  formée  des  habitans 
de  plufxeurs  vihes , reconnoiiioïc  pour  fa  métro- 


COL 

pôle  celle  qui  foiirnifToic  le  feu  facré,  Zc  qu» 
nom  du  Prytanée  s’emploie  indifféremment 
les  auteurs  pour  celui  de  la  ville  dont  un  peu^lg 
ell  originaire.  C’eft  ainfî  qu’Hérodote  ( tiérod.  l 
I.  c.  146.  ) parlant  de  là  colonie  Ionienne,  dit 
qu’elle  étoit  compofée  de  Phocéens , d’Abantes 
de  Pyiiens,  d’.Arcadiens,  8t  de  gens  fortis  duPryl 
tanée  d’Athènes.  Tel  eft  le  nom  que  l’on  donnoit 
au  lieu  dans  une  partie  duquel  brûloir  cette  fiami 
me  fi  précieufe  : fanétuaire  infiniment  refpefté 
que  des  ténèbres  majeftueufes  déroboient  aux 
yeux  prophanes  , & dont  l’intérieur  renfermoit, 
félon  route  apparence,  outre  le  feu  facré,  les 
Dieux  Pénates  de  l’état',  & ces  objets  inconnus 
auxQuels  la  fuperftitieufe  antiquité  attachoit  h 
confervation  des  villes  & des  empires. 

7°.  Enfin , dans  un  certain  cas,  toutes  les  céré- 
monies ci-deffusldécritesétoient  précédées  par  une 
autre  alTez  fingul'ère,  qui  avoit  lieu  lorfque  les  ha- 
bitans étoient  trop  nombreux  pour  le  territoire 
qu’ils  occupoient  ; alors , foit  que  cet  excès  vint 
de  la  trop  grande  multiplication  , qu  on  regardoit 
comme  un  effet  de  la  faveur  des  Dieux  ( Dionys. 
Halicarn.  l.  r.p.ï^.),  foit  qu’il  fut  caufé  par  ur.e 
famine , marque  certaine  de  leur  colère , on  co.u- 
facroit  à une  divinité  particulière  autant  de  per- 
fonnes  qu’il  en  naiffoit  dans  une  année  , & on  les 
faifoit  partir  pour  faire  la  conquête  d une  nou- 
velle patrie  , fous  les  aufpices  de  ce  Dieu , dont 
on  croyoit  la  protection  affurée.  Ce  dernier  ufage 
avoit  lieu  chez  plufieurs  nations , tant  grecques 
que  barbares , fuivant  la  remarque  de  Denys  d Ha- 
licarnaffe.  • . , 

11  eft  important,  pour  l’étude  des  Hiftonens 
Grecs , de  connoitrc  les  droits  que  les  métropojes 
confervoient  fur  leurs  colonies,  Sc  le  degre  oe 
protection  que  les  métropoles  s’obligeoient  a 
donner  à leurs  colon' es. 

1°.  Les  colonies  croient  obligées  d’envoyer  tous 
les  ans  à leurs  métropoles  des  députes  charges 
d’offrir  en  leurs  noms  des  facrifices  aux  ^ 

la  patrie,  &:de  leur  préfenter  lespremices  de  -e'-f* 
fruits.  Les  villes  grecques  d’Afie  envoyosem  es 
prémices  de  leurs  moiffons  à Athènes  ( 
panegyr.  & Ariftid.  in  eleus.  ')  , comme  a .a  vi- 
de qui  elles  tenoient  à-la-fois  & 
les  grains.  2°.  Si  le  feu  facré  venoit  à s etein 
malgré  les  foins  aftidus  de  ceux  qui  veilloiei-t  a^^ 
ccnlérvation , les  colonies  ne  pouvoient  le  ra  ■ 
mer  que  dans  le  Prytanée  de  leurs  fonha;- 

(Etymolog.)  3°.  Les' colonies  étoieut  oD.ige^ 
tirer  leurs  prêtres  du  fein  de  la  métropole  ' 
liafi.  Thucyd.  ad  l.  t.  c.  ly.  ) 11  ne^  faut 
tendre  ceci  d’nne  manière  trop  generale,  l 
niftres  particuliers  de  cette  foule  de  divini^ 
bahernes  qui  peuploient  les  villes , d 

fans  doute  compris  dans  la  loi.  Il  ne  s agu  « ^ 
des  pontifes  du  Dieu  tutélaire,  de 
culte  tenoit  le  premier  rang.^.^.  Dans  la  i ..ggs 
tion  des  viélimes,  ou  eommenyîoit  par  les  c 


COL 

de  !a  métrepole , s'il  s’en  trcuvoit  quelqu’un  pré- 
fent.  Les  Corinthiens  fe  plaignent  dans  ThuQ'- 
dicie  ( /.  7.  c.  25.)  de  ce  que  les  Corcyréens  ne 
leur  ont  jamais  rendu  ce-  devoir,  Les  pre- 
mières places  dans  les  foieiT!nitcs  publiques,  dans 
les  jeux  J dans  les  affemblées,  appartenoient  aulTi 
aux  citoyens  de  la  métropole.  6'=.  C’çtoît  i’ufage 
des  colonies  d’orner  les  temples  de  leur  ancienne 
patrie,  de  préfens  confidérables  , de  dépouilles 
d’ennemis,  de  trophées,  de  fiatues  & d’autres 
embeîlilfemens.  Les  auteurs  Grecs  en  fournifl'ent 
plufîeurs  exemples,  & Paufanias  en  particulier.- 
( I.  c..  18.  ) 7°.  La  plupart  des  villes  grecques 
payoient  tous  les  ans  à celle  d’Athènes  quelques 
mefures  d’huile  , comme  un  aveu  de  l’obligation 
qu’elles  lui  avoient  de  l’olivier.  8^.  Les  citoyens 
des  métropoles  avoient  le  droit  de  faire  des  allian- 
ces dans  les  colonies  , & d’y  contracter  des  ma- 
riages , de  manière  que  leurs  enfans  étoient  ci- 
toyens en  naiflant.  5)°.  Ils  avoient  auffi  le  droit 
d’acheter  des  terres  ou  d’autres  biens  dans  le  ter- 
ritoire des  colonies.  10°.  Ils  y jouiffoient  dans 
toute  fon  étendue  du  droit  d’hofpitaiité,qui  étoit 
réciproque  entre  la  métropole  & les  colonies. 
11°.  Les  métropoles  avoient  le  droit  de  donner 
ces  Légiflateurs  à leurs  colonies  , foit  pour  y éta- 
blir la  forme  de  leur  gouvernement,  foit  pour  l’y 
faite  revivre  , iorfque  des  difeordes  inteftines  ou 
des  guerres  étrangères  l’avoient  renverfée  ( Plutar. 
in  Dione.  ) 12°.  Elles  avoient  auffi  , félon  toute 
apparence  , le  droit  de  faire  pafier  dans  leurs  co- 
lonies àc  nouveaux  habitans,que  les  anciens  étoient 
obligés  d’admettre  à la  participation  de  leurs  biens 
( Liban,  in  arg.  orat.  de  Ckerfor..  & Herodot.  vi.  c. 
33.  4.  ) 13°.  Les  co/o;î/fx étoient  obligées  , toutes 
les  fois  qu’elles  vouloient  faire  queiqu’étabüfîe- 
ment  , de  demander  un  chef  à leurs  métropoles  : 
iifage  très-ancien  chez  les  Grecs,  fuivant'la  re- 
marque de  Thucydide  ( i.  c.  32.  ) 14°.  Spanheini 
met  encore  au  nombre  des  devoirs  d’une  coiW/e, 
celui  de  tirer  fes  généraitx  du  fein  de  fa  métro- 
pole. ( Dioi.  xx.p.  828.  ) 1 5°.  Enfin  , le  plus  im- 
portant de  tous  les  droits  des  villes  Grecques  fur 
celles  qui  leur  dévoient  la  nailfance,  c’efi,  fans 
contredit,  celui  qu’elles  avoient  d’exiger  d’elles 
dans  toutes  fortes  d’occafibns  des  fecours  propor- 
tionnés à leurs  forces.  Au  moindre  figna!  les  colo- 
nies  étoient  obligées  de  joindre  leurs  troupes  à 
celles  des  mérropol’esj  d’ouvrir  leurs  ports,  leur 
territoire  aux  flottes , aux  armées  dé  ces  der- 
nières; d’en  recevoir  même  les  'habitans  lorfqu’iis 
avoient  befoin  d’un  afyie  ; & dans  ce  cas , non- 
fculement  de  partager  leurs  terres  3Ye.ctux{Tkue:yd. 

L.  ni.  c.  34.  ) , mais  de  leur  céder  encore  la  prin- 
cïpale  autorité.  Il  fufEt  de  parcourir  l’antiquité 
Grecque  pour  en  trouver  des  exemples  nom- 
breux. 

Le  nombre  des  privilèges  généraux  attribués 
aux  tîiétropoles  , relativement  à leurs  colonies, 
s’étoit  accru  de  quelques  privilèges  partie»-  -i 


COL  1 17 

liers,  dont  il  feroit  trop  long  défaire  mention- 

On  doit  conclure  de  tout  ce  qui  précède  , qu’il 
y avoir  entre  les  métropoles  & les  villes  qu’elles 
avoient  fondées  , une  alliance  naturelle  qui  fub- 
fiitoit  réellement  fans  avoir  befoin  d’être  rïiarquée 
par  aucun  trait  pofitif.  Cette  union  étoit  fi  forte  , 
qu’elle  paifoit  par-defTus  tous  les  traités  faits  arec 
des  étrangers.  Dès  qu’une  .métropole  étoit  en 
guerre-avec  quelque  peuple  allié  de  fa  colonie , 
cette  alliance  diiparoiiroir  aiufitot.  La  fidélité  in- 
v'iolabîe  que  les  filles  det  oient  à leurs  mères,  les 
obligeoit  d’y  renoncer  , quelque  avanrageufe 
qu’elle  leur  fût,  & malgré  le  danger  qu’il  y avoir 
fciivent  à la  rompre. 

C’étoît  un  principe  univerfellement  reçu  chez 
les  Grecs  ; & Thémiilocie  voulant  détacher  les 
Ioniens  du  parti  de  Xercès  , à qui  ils  avoient  four- 
ni cent  vaiifeaux  , ne  manqua  pas  de  leur  mettre 
déviant  les  yeux  un  tel  motif  , comme  fupérieur  à 
toutes  les  raifons  qui  avoient  pu  les  déterminer  à 
fuivre  ce  Prince.  ( Ilérodot.  l.  vm.  c.  22.  ) 

Si  la  qualité  de  métropole  donnoit  tant  de  pri- 
vilèges honorifiques  , tant  de  droits  utiles  , elle 
impofoit  auffi  des  devoirs  réels,  indifpenfabies  , 
auxquels  l’honneur  des  métropoles  étoit  engagé  j 
devoirs  d’une  efpèce  précifém^u  la  même  que 
ceux  dont  la  nature  charge  les  pères  envers  les 
enfans.  Le  droit  qu’elles  avoient  po-ar  la  plupart 
de  donner  des  Magifirats,  des  Généraux,  des  Lé- 
giflatenrs  à leurs  colonies  , en  montrant  leur  fupé- 
riorité  , marquoit  en  même  temps  la  foin  qu’elles 
en  prenoient.  Elles  étoient  obligées  de  leur  fervir 
en  quelque  forte  de  tutrices,  de  les  foatenir,  de 
les  protéger,  de  partager  leurs  difgrâces  , de  leur 
donner  toutes  fortes  de  fecours  dans  la  guerre  , 
de  veiller  en  toute  occafîon  à leurs  iiitérêts  ; & 
ce  n’eft  qu’à  ce  prix  que  les  colonies  leur  dévoient 
& leurs  hommages'  Sc  leur  obéiffance.  Les  enga- 
gemens  avoienr  des  deux  côtés  la  même  force  , & 
la  négligence  des  unes  à les  remplir,  mettoient 
les  autres  en  droit  de  les  rompre*  ( Thucyd.  l.  r, 
c.  34.  ) cc  Que  les  Corinthiens  apprennent , difenr 
» ceux  de  Corcyre , qu’une  colonie  n’eft  obligée 
” de  refpedter  & d’honorer  fa  métropole  qu’au- 
“ tant  qu’elle  en  reçoit  des  bienfaits  : » principe 
générai  dont  la  vérité  eft  évidente,  quoique  l’ap- 
plication particulière  que  les  Cocyréens  s’en  fâi- 
foient , ne  fût  pas  jufte. 

Ilparoît,  par  un  fait  très  remarquable,  & peut- 
être  même  l’unique  de  ce  genre  dont  nous  avons 
connoiflance , qu’une  colonie  abandonnée  par  fa 
métropole  pouvoir  alors  en  fecouer  le  joug,  & 
s’adrelfer  a fon  aïeule  ,_c’eft-à- dire,  à la  ville  qui 
avok  fondé  celle  à qui  elle  devoit  la  naifiance, 
auquel  cas  celle-ci  acquéroit  fur  le  champ  les 
droits  de  métropole  immédiate , qui  avoient  juf- 
qu’à  ce  moment  appartenus  à l’autre.  Ce  trait  fe 
lit  dans  ihucy^'lide  , qui  le  rapporte  comme  la 
fource  apparente  de  la  guerre  du  Péloponèfe. 

. Tant  qtie  les  villes  mères  juftinoient  par  k«r 


iiS  COL 

conduite  îs  titre  qu^cües  portoiont , & fe  main- 
tenoient  dans  la  poifeiTion  de  prérogatiycs , 
en  s'acquittant  de  leurs  obligations,  les  villes 
aïeules  ( nous  employons  ce  terme  pour  éviter  la 
longueur  ) n'avoient  fur  les  colonies  aucun  pou- 
voir , ou  du  moins  rfexerçoient  fur  elles  qu'un 
pouvoir  indireél.  Ce  qui  n empêchoit  pas  que  les 
colonies  n'euiïent  pour  eHcs  toutes  fortes  d'égards 
& de  déférences  , & même  ne  fuffent,  feion  les 
apparences,  obligées  de  les  fecounr  dans  les  occa- 
ficDS,  foit  de  concert  avec  leurs  métropoles  im- 
médiates , fôit  feules , lorfque  ceiles-ci  refufoicnt 
ou  étoient  hors  d’état  de  le  faire.  ..nous  n'en  cite- 
rons qu'un  feul  exemple  entre  plufieurs.  Dans  la 
bataille  de  Mycale  ( Herod.  l.  jx.  c.  91.  & 94.  ) , 
Hérodote  met  à la  tête  des  Grecs  Un  célébré  De- 
vin nommé  Déiphone,  que  les  Corinthiens  avoient 
fait  venir  d'.Apolionie,  dont  les  Corcyréens,  leurs 
defcendans , étoient  fondateurs.  On  s'étonne  peut- 
être  de  voir  ce  Devin  mis  au  nombre  des  fecours 
réels  5 mais  la  furprife  ceflera  , lï  l'on  réfléchit  fur 
l'idée  que  la  fuperrtition  Grecque  fe  formoit  des 
Devins  , & fur  - tout  de  ceux  qui  paffoient, 
comme  Dtiphone  , pour  héréditaires  , fur  l'effet 
que  leur  préfence  produifoit  dans  les  armées  , fur 
le  rang  qu’ils  y «enoient,  & la  part  confîdérable 
qu'on  leur  donnoit  aux  plus  éclata.ns  fucccs. 

Nous  ne  nous  étendrons  pas  autant  fur  les  co- 
lonies Romaines , parce  que  cette  matière  a été 
traitée  à fond  parSigonius,  Spanheim,  Manuce, 
& par  plufieurs  autres  favans  écrivains. 

Romulus  fonda  les  premières  colonies  Romai- 
maines  ( Dionys.  si.  p.  88-  ) , en  peuplant  fes 
conquêtes  de  citoyens  Romains.  Cette  inftitation 
politique  eut  deux  objets , celui  d’affermir  la  do- 
mination Romaine  dans  les  villes  conquifes , & 
celui  de  débarraffer  Rome  d'une  population  fura- 
bendante.  Telles  furent  les  premières  colonies 
envoyées  par  les  fucceffeurs  de  Romulus , & par 
les  Confuls  ou  les  Dictateurs  dti  temps  de  la  ré- 
publique ; on  les  appelle  proprement  colonies  Ro- 
maines, pour  les  dillinguer  des  colonies  militai- 
res , formées  de  foldats  vétérans  que  l'on  vouloir 
récompenfer.  Les  Duumvirs  repréfentoient  dans 
les  colonies  les  Confuls  de  Rome  ; car  ces  émi- 
grans  cherchoient  à rappeler  en  tout  leur  ancienne 
patrie.  De-là  vint  que  les  plus  célèbres  colonies 
eurent , ainfi  que  Rome,  un  capitoie,  un  cirque, 
un  amphithéâtre,  un  palaûum  , un  hôtel  des 
monnoies , Scc- 

Quant  aux  droits  dont  jouifToient  les  habitans 
des  colonies  , on  les  trouvera  aux  articles-  droit  du 
pays  Latui  , Mr/itscms  , droit  Italique , & 
Auroîsojfies  , c’eft-à-dire,  villes  libres.  Nous  di- 
rons feulement  ici  que  les  villes  déclarées  libres 
par  les  Romains  , n’obtenoient  pas  par  cette  dé- 
claration le  droit  de  cité  Romaine  pour  leurs  ha- 
feirans..  Rhodes , Sr  plufieurs  autres  villes  de  l’Afie 
firent  dans  ce  cas. 

Les  municipes  de  ckoyens  Romains  étoient  des 


COL 

villes  dont  les  habitans  avoient  obtenu  les  privi- 
lèges attachés  au  droit  de  cité  Romaine  ou  de 
bourgeoifiej  dans  ce  cas,  fi  on  leur  affignoit  une 
tribu  dans  laquelle  ils  puffent  donner  leurfuffrage, 
iis  étoient  citoyens  Rornains  auffi  parfaitement 
que  s'ils  fufTent  nés  à Rome,  quoiqu’ils  fe  gou- 
vernaffent  par  leurs  propres  loix.  Se  non  par  les 
loix  Romaines.  Le  droit  de  donner  fon  fuffrage 
dans  une  tribu  Romaine  , par  une  fuite  nécef- 
fairc  de  pofTéder  les  charges  de  Rome,  confti» 
tuoit  proprement  le  droit  italique.  C'éteit  le  plus 
beau  privilège  que  les  Romains  pulTent  accorder  à 
une  colonie  ou  .à  un  mur.icipe , paifqu'ii  exemptoit 
d'ailleurs  de  toute  contribution. 

Les  villes  latines  , ou  celles  à qui  l'on  avoit 
accordé  le  droit  du  pays  latin  , étoient , à propre- 
ment parier  , exemptes  des  tributs , & elles  ne 
payoient  pas  les  fommes  qu’on  impofoit  fur  les 
villes  des  provinces  qui  étoient  deftinées  à la 
folde  des  troupes,  ce  qui  faifoit  appeler  ces  der- 
nières fiipendiarii.  Mais  on  exigeoit  d’elles  une 
certaine  fomme  répartie  avec  proportion  , fuivant 
un  tarif  arrêté  , ex' formula , & un  certain  nom.bre 
de  gens  de  guerre  foudoyés  à leurs  dépens.  Leurs 
habitans pouvoient acquérir  facilement,  mais  cha- 
cun en  particulier , le  droit  de  cité  Romaine,  lis 
en  jouiflbient  même  de  fait  lorfqu’ils  avoient  exer- 
cé dans  leur  pavs  une  des  magiüratures annuelles, 
c'efi- à-dire , lors  qu'ils  y avoient  été  Duumvirs, 
Édiles , Quefteurs  , 8cc.  , ou  lorfqu'ils  s'étabîif- 
foient  à Rome  fans  lailfer  de  pofiérité  dans  leur 
pays  natal. 

Colonies'  ( médailles  des  ).  Les  médailles  qui 
ont  été  fabriquées  dans  les  colonies  Romaines, 
font , fans  contredit , les  monurnens  les  plus  cu- 
rieux qui  nous  refient  des  débris  de  l’empire  Ro- 
main : elles  ont  été  encore,  déroutes  les  médailles 
antiques , les  nioins  fujettes  à être  contrefaites , 
à caufe  de  la  rudeffe  de  leur  fabrique,. qu’il  feroit 
en  quelque  façon  impoflîble  d’imiter.  On  en  trouve 
très-peu  de  belles , & on  eft  heureux  quand  fer 
celles  qu'on  acquiert  les  figures  font  un  peu  con- 
fervées , & les  légendes  lifibles.  C’eft  l efpèce  de 
médailles  la  plus  favante  que  nous  ayons , mais  la 
plus  défagréable  par  la  laideur  des  pièces  , & 
par  conféquent  la  moins  aifee  à contrefaire , parce 
qu’un  habile  ouvrier  ne  fera  jamais  capable  d imi- 
ter que  ce  qu’il  y a de  plus  beau.  On  peut  donc  re- 
garder prefque  toutes  les  médailles  des  colories 
comme  antiques.  Si  on  en  trouve  de  Grec- 
ques , telles  que  celles  de  la  colonie  d'Antioche  , 
de  Samofate  , ou  d’autres  de  cette  efpèce  qui  pa- 
roifiênt  moulées,  on  ne  doit  pas  les  rejeter, car 
elles  n’en  font  pas  moins  antiques. 

Les  médailles  des  colonies  pourroient  faire  chez 
quelque  curieux  qui  aimeroit  la  géographie  an- 
cienne, une  fuite  différente  de  ce'Ie  des  villes,  fort 
nombreufe  , fort  agréable  Sc  fort  aifée  , avec  le 
fecours  que  nous  avons  maintenant  pour  la  for- 
f’  mer  Si  pour  la  bien  entendre.  On  eiuead  ici 


COI, 

tolonîes , non-feulement  ces  vüles  ouïes  Romains 
CKVoyoient  des  citoyens  pour  décharger  la  ville 
de  Rome  d'un  trop  grand  nombre  d'habkanSj  ou 
pour  réccmpenfer  les  vieux  foidats^  en  leur  don- 
nant des  terres  & des  étabiiiiernens  j mais  auflî  ces 
vihes  que  les  Romains  bâtiffoienc  de  nouveau  ; 
celles  où  iis  n'envoyoient  pas  j à la  vérité  de 
nouveaux  habitans  , mais  dont  les  citoyens  obte- 
• noient  le  droit  de  circyens  Romains  ouïe  droit  du 
pays  latin.  Ces  villes  portoient  le  nom  de  colorda  _ 
eu  celui  de  munlcipium , foir  qu’elles  fufient  dans 
la  Grèce  J foit  qu'elles  fufiént  lîtuées  ailleurs;  car 
les  Grecs  regardcient  ce  mot  ’K.cÀcenu  comme^i-un 
mot  confacré  qu'ils  avoient  adopté  par  refpeft. 

Le  nombre  de  ces  médailles  de  colonies  devien- 
Gioit  encore  bien  plus  grande  fi  l'on  y joignoit 
toutes  les  villes  qui  ont  frappé  des  médailles  en 
leur  nom  propre  ^ fans  confidérer  fi  elles  font  ira- 
-périales  ou  non^  fi  elles  font  grecques  ou  latines  j 
jnais  pour  perfeéiionner  un  cabinet  en  ce  genre  j 
>I  faudroit  y placer  comme  têtCj  ce  qui  efi  revers 
dans  les  impériales  , enforre  que  la  figure  de 
1 Empereur  n’y  feroit  conlidérée  que  par  acci- 
dent. 

On  ne  voit  point  ^ difoit  le  Père  Jobert  ^ que 
les  colonies  ayent  jamais  frappé  de  médaillons.  I! 
eft  meme  très- rare  de  trouver  des  médailles  de 
colonies  en  grand  bronze  jufqu’aa  règne  de  Sept. 
Severe  ; mais  on  en  trouve  une  infinité  en'moyen  . 
& en  petit  bronze  j qui  font  la  beauté  de  ces 
fuites. 

^ Vaillant  a cependant  fait  graver  un  médaillon 
d Auguftej  frappé  à Saragofie,  un  de  Livie^,  frappé 
a Fatras  & un  de  Tibère  ^ frappé  à Turiaj'o , au- 
jourd'hui Tarraçona  en  Efpag.ne  : ce  font  les  deux 
premiers  & le  quatrième  du  recueil  de  l'Abbé  de 
Camps.  Ce  même  antiquaire  en  décrit  ailleurs 
( Vaili.  Num.prAft.  t.  i.  p.  190.  ) un  autre  d'Au- 
gulie  J frappe  a Cordoue , comme  on  l'apprend  de 
la  légende  colonia  Patricia. 

7 outes  les  médaillés  des  colonies  font  rares  en 
comparaifon  des  médailles  ordinaires  , quoique 
les  unes  foient  plus  rares  que  les  autres^  tant  parmi 
les  grecques  que  parmi  les  latines.  Leur  beauté 
dépend  _ou_du  type,  quand  il  efi  hiftorique  ou 
extraordinaire  , ou  du  pays,  quand  ce  font  cer- 
taines villes  peu  connues,  d'où  l'on  apprend  quel- 
que trait  de  l'an-cienne  géographie  ; enfin  quand  les 
charges  Sr  les  dignités  de  ceux  qui  les  ont  fait 
battre  font  lîngulières. 

Quand  il  n’y  a qu'un  bceuf  fur  le  revers  , ou 
deux  bœufs  avec  le  prêtre  qui  conduit  la  charrue,  . 
ou  les  feules  enfeignes  militaires  , la  médaille 
pane  pour  commune.  Cela  nous  apprend  néan- 
mo. ns  quels  ont  été  les  premiers  habitans  de  la 
CO  O, nie , Git  le  Pere  Jobert  ; car  s'il  n'y  a eue  la 
eftarrue,  c eit  figue  que  ce  n'ell  que  du  peuple 
qu!  y a été  envoyé  ; s i!  n’y  a que  des  enfeianes, 
cela  marque-  qu'elle  a éré  peuplée  par  de  vieux 
iQ.dacs.  bi  1 on  treuve  tout  cafembli  ies  bœufs  ^ 


COL  119- 

St  les  enfeignes,  cela  veut  dire  que  c’sR  du  ‘peu- 
ple & des  foîdats.  On  diitingue  même  fi  ç’a  été 
intanrene  ou  cavalerie  , par  la  diverfiré  des  éteii- 
earts  > 8e  fouvent  l’on  connoît  iufqu’à  la  légion 
dont  ils  étoient , par  le  nom  qui' s’y  trouve  écrit. 
On  en  verra  les  exemples  à l'ouverture  du  livre  des 
colonies  de  V aillant. . 

Cette  ingénieufe  Obrérvation  efi  due  au  fameux 
Rapiiaei  l-abretti  ( Tabntt.  col.  Trcjan.  cap.  z, 
v.j.i.') , de  qui  ’i'ailiant  l’a  voit  empruntée  ( Vcill. 
ISnm.  col.  t.  1.  p.  2.  ) Siais  j’avoue,  dit  le  Baron 
t.e  la^  Baftie  ,^que  je  ne  la  trouve  pas  affez  bien 
fo^ée  pour  l'adopter  ; car,  quant  à l’homme 
Q^^on.  voit  repréfenté  fur  le  revers  de  plufieurs 
médaillés  de  colonies  , vêtu  de  la  toge  , dont  un 
pan  lui  couvre  la  tête  , & conduifant  une  charrue 
attelée  d'un  bœuf  & d’une  vache  , tout  le  monde 
convient  que  c’ell  un  Prêtre  qui  remplit  une  céré- 
monie'^ religxeufe  , ufitée  dans  ia  fondation  de 
toutes  les  villes  que  les  Romains  faifoient  bâtir, 
foît  que  ces  villes  duifent  être  peuplées  par  des 
foldats  vétérans,  foit  qu’on  y dut  envoyer  du 
fimple  peûpîe.  2^.  II  n’eiî  pas  moins  certain  que 
ceux  qu’on  envoyoit  à une  nouvelle  colonie , foie 
qu  ils  fufient  foldats,  foit  qu'ils  ne  le  fuiiênî  pas  , 
marchoient  également  en  ordre  militaire  ( V.Lips. 
ad  Tacit.  ann.  l.  jv.  yg.  divifés  par  centuries, 
conduits  par  des  Tribuns  , & précédés  par  des 
enfeignes  qu’on  porroit  à leur  tête.  De-là  il  s'en- 
fuit que  la  charrue  ne  convenoit  pas  moins  à une 
colonie  militaire  qu’à  celle  qui  n'étoit  compofée 
que_  de  firnpîes  citoyens  , 8s  que  les  enfeign-e's  mi- 
litaires , à moins  qu’on  y ajoutât  le  nom  de's  lé- 
gions d’où  étoient  tirés  les  foldats  deftinés  à 
fonder  ime  colonie  , pouvoient  égaiem'çnt  défi- 
gner  celles  qui  u’etoient  peuplées  que  par  de  fim- 
ples  citoyens  Romains.  Velleïus  Patercuius,  après 
avoir  fait  l’énumération  de  toutes  les  colonies  que 
les  Romains  avoient  établies  en  Italie  avant  que 
d’en  fonder  dans  les  provinces,  ajoute:  ( VeÎL  Â2- 
terc.  l.  I.  c.  15.  1 que  depuis  ce  te.mps  - là  il  n’y 
eut  plus  que  des  colonies  rnilitaires.  Corinthe  étoiE 
donc  colonie  militaire  , fuiv.arit  cet  auteur  , qui 
écrivoir  peu  d’années  avant  la  mort  de  Tibère  5 
cependant  on,  trouve  fur  une  médaille  de  Corin- 
the, frappée  fous  A.ugiifte  ( C aill.  Nam.  col.  t.  r, 
p.  31.  ) , le  type  du  Prêtre  qui  conduit  une  char- 
rue, 8s  on  iTy  voit  point  d'enfeignes  militaires. 
On  peut  dire  |a-même  chofe  de  Mérida  en  Efpa- 
gne  j fon  nom  feul ,.  colop.ia  aagafla  emerita  , défi- 
gne  affez  qu’elle  avoir  été  formée  de  foldats  émé- 
rites ou  vétérans  ; ee  ne  font  pourtant  pas  des  e.a- 
feignes  qui  font  repréfenrées  fur  les  nrédailles  que 
cette  colonie  fit  frapper  fous  Auguite.  {ii>-  p.-  54-) 

Je  conviens  cependant  que  lorfque  les  enfeignes 
repréfentées  fur  ies  médailles  des  colonies  , por- 
tent le  nom  de  quelque  légion , on  e'î  en  droit 
d'aiTurer  que  ces  colonies  ont  été  formées  par  les 
foldats  de  ces  légions  j mais  quand  on  ne  IL  .fur 
ces  enfeignes  le  nom  d’aucune  léÿ'àa  , foir  qu'eSes 


Les  avances  des  lieux  fur  les  chemins  étoient 
marquées  chez  les  Romains  depuis  C.  Gracchus 
par  des  colonnes  milliaires.  f^oye^  MilliAIRES. 

On  voit  des  colonnes  torfes  aux  angles  d un 
farcophage  , deflîné  par  BoifTard  , & publié  par 
Gruter  (612.  9.)-  Les  caraétères  de  l’épitaphe  an- 
noncent le  fiècle  des  Antonins.  Cette  bizarrerie 
fut  inconnue  aux  Grecs,  & les  Romains  ne  1 adop- 
tèrent que  peu  de  temps  avant  le  déclin  de  l’ar- 
chiteélure.  Les  antiquaires  profiteront  de  cette 
obfervation  , lorfqu  ils  voudront  prononcer  fur 
des  monumens  Romains  où  fe  trouveront  des 
colonnes  torfes. 

Les  plus  anciennes ro/onnea  doriques  n ont  point 
de  bafe;  c’ed  pourquoi  Vitruve  n’a  point  parlé 
de  bafe,  lorfqu’il a décrit  l'ordre  dorique  Céfé.  j v.) 

Les  ruines  du  théâtre  de  Marcellus  oft'rent  par- 
tout des  colonnes  doriques  fans  bafe.  On  ne  voit 
point  de  bafe  à celles  de  Peftum,  qui , d ailleurs, 
font  de  forme  conique.  Ces  légères  connoiffances 
de  l’ancienne  architeciure  font  indifpenfables  pour 
les  antiquaires. 

Colonnes  , ou  Sùles  d’Hermès.  Ln  Arabe 
nommé  Abenephi  , & beaucoup  d’autres  écri- 
vains qui  n'étoient  po  nt  Arabes,  ayant  confondu 
les  obélifques  avec  les  prétendues  colonnes  her- 
métiques^ il  convient  de  faire  celfet  la  confufion  , 
& de  fixer  les  idées  & les  termes  ( Abenephi  apud 
Kirch.  in  obelifeo  Pamphileo  , p.  45.  ).  Car  enfin  , 
ces  chofes  n'avoient  aucun  rapport  entre-elles  , 
dit  M.  de  PaW  , ( Rtch.  fur  les  Egypt.  c)i  . ).  Ma- 
néthon,  pour  compofer  l’hiftoire  de  l'Egypte, 
avoit  confulté  les  Stèles  d’Hermès  , drefîes  dans 
les  Syringes  ou  les  allées  fouterraines  ( Syncel.  in 
Ckron.  p.  40.)  ; mais  on  ne  trouve  nulle  part  qu’il 
ait  coafuité  les  infcripiions  gravées  fur  les  obélif- 
ques. Il  ne  faut  d’ailleurs  pas  prendre  en  un  feras 
ligoureux  ce  mot  de  Stèles  ou  de  colonnes  hermé- 
liques  : c’étoient  tout  au  plus  des  cippes , & plus 
fouvent  encore  des  tables  de  pierres  ce  que  les 
Alchimifies  Arabes  ont  bien  fait  connoître  en 
nommant  la  pkqiie  d’émeraude , fur  laquelle  ils 
croyoient  qu’Hermès  avoit  gravé  fes  préceptes, 
ia  table  Smaragdine  3 comme  on  dit  les  tables  du 
Décalogue. 

Les  écrivains  de  l’antiquité  , & Manérhon  lui- 
même  nous  apprennent  que  les  Stèles  herméti- 
ques étoient  renfermés  d.'ns  la  partie  la  plus  fe- 
crette  des  temples , dans  l’Adytum , & même  au 
fond  des  caveaux  ou  les  Prêtres  fe  retiioient  pour 
étudier.  ( Apotdefmau  lib.  v.  verf  2 & 5.  édit. 
Gronovii.  ) 

Par-là  on  voit  qu’ils  différoient  infiniment  des 
obélifques  , qui  étoient  expofés  aux  yeuxdetout  le 
monde  à l’entrée  des  principaux  édifices  publics  s fur 
des  monumens  ainfi  expofés,  fignificatîfs  par  leur 
figure,  les  inferiptions  n’étoient  point  efîènticiles, 
tandis  que  les  inferiptions  feules  conlütuoient  les 
Stèles  hermétiques. 


COI, 

Colonnes  d’Hercule.  On  dit  qu’HercuIe  ayant 
pénétré  dans  fes  expéditions  jufqu’à  Gades  ou 
Çadera^,  aujourd’hui  Cadix  en  Efpagne , crut  être 
à l’extrémité  de  la  terre  , & fépara  deux  monta- 
gnes qui  fe  toiichoient , pour  faire  communiquj^ 
la  Méditcrrannée  avec  l’Océan.  Hercule  penknt 
que  ces  deux  montagnes , connues  fous  le  nom  de 
Calpé  & Abyla  , étoient  les  bornes  du  monde,  y 
fit  élever  deux  colonnes  pour  apprendre  à la  pof. 
térité  qu’il  avoit  poufiTé  )ufques-là  fes  conquêtes. 
Les  habitans  de  Cades  firent  bâtir  dans  la  fuite  à 
ce  héros  un  temple  magnifique  à quelques  dif- 
tances  de  leur  vrüe , dans  lequel  ou  voyoit  des 
colonnes  d’or  & de  bronze  chargées  d’anciennes 
inferiptions  &:  d’hiéroglyphes,  qui  repréfentoient 
les  douze  travaux  d’Hercule.  Strabon  dit  qu’on 
nommoit  ces  colonnes , ports  Gadaritans , les 
portes  de  Gadira , & qu’on  les  pofa  dans  un 
temple. 

Colonne  Antonine  prétendue.  Elle  fut  élevée 
en  l’honneur  de  M.  Aurèle.  Elle  eft  creufe  ; on  a 
pratiqué  en-dedans  un  efcalier  de  2c6  marches. 
Elle  a lyy  pieds  de  hauteur , mefure  ancienne, 
ou  léo  , mefure  Romaine  d’aujourd’hui:  cin- 
quante-fix  petites  fenêtres  l’éclairoient.  Le  temps 
& le  feu  l’avoient  beaucoup  endommagée.  On  la 
répara  fous  Sixte  V.  Ce  Pontife  fit  placer  au  haut 
une  ftatue  de  S.  Paul , fondue  en  bronze  Sc  dorée, 
ornement  aflez  barbare  j car  qu’y  a-t’il  de  plus 
mauvais  goût  , pour  ne  rien  dire  de  pis  , que  k 
ftatue  d’un  apôtre  du  chriftianifme  au  haut  d’un- 
monument  chargé  des  actions  militaires  d’un  Em- 
pereur paj  en  .'On  y voit  la  légion  fulminante  ; 
un  orage  épouvantable  conferve  l’armée  Ro- 
maine prête  à périr  de  foif,  & met  en  fuite 
l’ennemi.  Elle  eft  placée  à ia  droite  delbi 
Strada  det  Corfo.  On  y entre  par  une  porte  prati- 
quée à fon  piédeftal  : une  plate-forme  quarrec 
portant  une  grille  de  fer  lui  fert  de  chapiteau. 
C’eft  par  erreur  que  l’on  attribuoit  autrefois  cette 
colonne  à Antonin-le-Pieux. 

Colonne  Antonine  véritable.  C’eft  par  erreur 
que  Ton  attribuoit  la  colonne  précédente^  a Anto- 
nin-le-Pieux ; celle  de  cet  Empereur  a été  trouvée 
dans  la  fuite  fous  des  maifons  d’où  Clément  XI  k 
fit  tirer.  Elle  eft  de  marbre  tacheté  de  rouge , & 
femblable  à celui  qui  vient  de  Sienne  en  Egypte  • 
elle  a cinquante-cinq  pieds  de  hauteur.  On  ht  luï" 
un  de  fes  côtés,:  D/vo  Antonio  Augujio  Pio 
toninus  Augufius  & verus  Auguftus  filH-  Gn  volt 
fur  la  bafe  l’apothéofe  d’Antonin , & une 
funèbre  conduite  par  des  gens  à pied  ,^à  chevri  ^ 
en  chars  ; Mare-Aurèle  & Vérus  firent  fculp-^ 
ces  bas-reliefs  après  la  mort  de  leur  père. 

Colonne  beüique  , celumna  belUca , 
devant  le  temple  de  Bellone  à Rome  , oerriet'- 
le  cirque  Flaminien  , où  eft  maintenant  le 
vent  dit  Tor-di-fpecchi.  Quand  on 
j guerre  à des  peuples , le  Conful  lat-qch  d£  ue 


COL 

«a  contre  cette  colonne  un  dard  vers  la  conurée 
qu’ils  habitoient. 

Huic  folet  kafia  manu  helll  prAnup.tia  mittl , 

In  regem  & gentes  , cum  placée  arma  capi. 

( OvjB.  ) 

Colonne  de  Céfar,  columna  Cæfarîs  : eiie  étoit 
de  marbre  de  Numidiej  elle  avoir  vingt  pieds  de 
hauteur  ; on  l’avoir  élevée  dans  le  forum  romain 
â l’honneur  de  Jules  Céfar.  On  y lifoit  cette  inf- 
cription  : Parenté  patrie,.  Le  peuple  l’avoir  en 
telle  vénération  , qu’il  y faifoit  des  facrifices  , 
qu’il  y terminoit  fes  différends  , & qu’il  y juroit 
par  Céfar.  Dolabella  la  fit  abattre  ; & Cicéron 
l’en  a loué.  II  y en  a qui  orétendent  que  ce  ne 
fut  dans  les  commencemens  qu’un  autel  ^ que  le 
peuple  & le  faux  Marius  avoient  fait  conflruire  > 
qu’.4ntoine  éleva  la  colonne  fur  cet  autel , 8c 
que  rinfcrîptîon  étoit  parenti  optzme  mérita. 

Colonnes  de  Conftantin,  d’Arcadiiis  ou  de 
Théodofe.  A Conftanfinople  il  s’ étoit  confervé 
jufqu’au  commencement  de  ce  üède  deux  colonnes 
ornées  de  bas  reliefs ^ dans  le  goût  de  ceux  de  la 
colonne  Trajane  à Rome  : elles  avoient  été  érigées , 

1 une  à l'honneur  de  Conftantin  , & l’autre  à 
l’honneur  d’Arcadius  ou  de  Théodofe  ( Bandur. 
lmp.  Orient,  t.  z.p.  ycS.'.  Les  bas-reliefs  de  celle- 
ci  ont  été  gravés  d’après  les  deffins  de  Gentile 
Belhrio  ^ peintre  Vénitien  , que  Mahomet  II  ap- 
pela à Conltantinople  ; mais  il  paroît  que  rartilte 
a infiniment  embelli  l’ouvrage  dans  fon  deffin.  Il 
eft  certain  que  le  peu  que  nous  connoiflons  de  la 
première  en  donne  une  très-mauvaife  idée  j & la 
met  bien  au-delfous  de  la  dernière.  A l’égard  de 
la  colonne  d’Arcadius  ^ on  n’en  voit  plus  au- 
jourd’hui que  la  bafe  de  granit  dans  le  quartier 
nommé  Concajai.  La  colonne  même  fut  démolie 
par  les  Turcs  au  commencement  de  ce  lîècie  , 
parce  qu’elle  avoir  été  ébranlée  plus  d’une  fois 
daiis  lesfféquens  tremblemens  de  terre  , & cu’on 
craignoit.  que  fa  chûte  ne  causât  un  grand  dom- 
mage a la  ville.  La  colonne  de  Conftantin  ^ nom- 
mée la  colonne  brûlée , eft  placée  dans  le  quartier 
appelé  V ifirk'iam , 8c  elle  eft  comDofée  de  fept 
grands  cylindres  de  porphyre  ^ fahs  compter  la 
bafe.  Dans  fon  origine  ^ cette  colonise  éioit  fur- 
montée  de  laftatuede  Conftantin.  Après  avoir  été 
endommagée  plufieurs  fois  par  le  feu , elle  fut  ré- 
parée pat  l’Empereur  Alexis  ComnèneS:,  comme 
l’indique  une  infeription  grecque. 

Colonne  laélaite  „ columna  lacîaria : elle  étoit 
dans  la  onzième  région  de  Rome  ; toutes  les  mères 
y portoient  leprs^nfans  par  fuperflition  5 quel- 
ques-unes les  y iaiuoient  expofés  par  indigence  ou 
par  inhumanité  : on  appelle  maintenant  le  lieu  de 
cette  Colonne  la  Pîa-^i^a  Itlontanara. 

Colonnes  légales  . étoient  chez  les  Lacédé- 
moniens des  colonnes  élevées  dans  les  places  pu- 


C O L 123 

bîiqueSj  où  étoient  gravées  fur  des  tables  d’ai- 
rain les  loix  fondamencaies  de  l’état. 

Colonne  mœnienne  , columna  mxnia  elle 
étoit  dans  la  huitième  région  : elle  fut  élevée  , 
félon  quelques- uns à l’honneur  du  Confiil  Mœ- 
nius  J après  une  viétoire  remportée  fur  les  An- 
tiates  J félon  d’autres , par  un  certain  Mœnius  , 
qui  s’étoit  ré.^ervé  ce  droit  en  vendant  fa  maifoa 
aux  cenfeurs  Caton  & Flaccus  , afin  de  voir  de -là 
les  combats  des  gladiateurs  , qui  fe  donnoientdans 
le.  forum.  Comme  la  forme  en  étoit  particulière, 
on  donna  dans  la  fuite  aux  édifices  femblables  le 
nom  de  mæniana  , dont  on  a fait  le  nom  Italien 
mignani.  11  eft  fait  mention  dans  les  auteurs  La- 
tins de  deux  colonnes  meeniennes  ; c’eft  au  pied 
d'une  de  ces  deux  colonnes  que  les  Triumvirs,  fur- 
nommés  Cupira/esj  jugeoient  les  voleurs  & autres, 
bandits. 

Colonnes  roftrées,  columne  rofirate^  c était- 
là  qa’on  attachoit  les  éperons  des  vaiffeaux  pris 
fur  l’ennemi.  La  première  fut  élevée  à l’occafion 
de  la  vicioire  navale  de  C.  Duilius  fur  les  Car- 
thaginois. Elle  étoit  dans  le  forum  Romain  5 oa 
la  trouva  en  ijéo  près  dé  l’arc  de  Sévère.  Le  Car-  ' 
dînai  Alexandre  Farnèfe  la  .fit  porter  au  capitole; 
elle  eft  de  marbre  blanc.  Àugufte  en  avoir  fait 
conftruire  au  même  lieu  quatre  autres  femblables, 
avec  les  éperons  des  navires  qui  furent  pris  fur 
Cléopâtre. 

Colonne  Trajane.  Le  plus  grand  ouvrage  du 
temps  de  Traian  eft  la  colonne  qui  porte  fon  nom. 
Ce  monument  croit  placé  au  milieu  du  forum,  que 
ce  Prince  avoir  fait  bâtir  par  Apollodore  d’Athè- 
nes ; pour  en  conferver  « mémoire  , on  avoir 
frappé  une  médaille  d’or-qm  eft  de  la  plus  grande 
rareté , dont  le  revers  nous  offre  un  édi.fice  de  cette 
place.  A l’égard  de  cette  fameufe  colonne  , il  eft 
certain  que  ceux  qui  auront  occalîon  d’en  exami- 
ner les  figures  d’après  les  plâtres  qu’on  en  a tirés  , 
feront  frappés  de  la  variété  étonnante  de  tarit  de 
milliers  de  têtes.  On  voyoit  encore  au  feizième 
Cède  la  tête  de  la  ftatue  coloflale  de  c«c  Empe- 
reur, debout  fur  cette  colonne  ( Ciacon,  Colum, 
Traj.  p.  4.  ).  On  ignore  aujourd’hui  ce  qu’elle  eft 
dev'enue^-  Quant  aux  édifices  de  fon  forum,  qui 
entouroient  la  colonne  Trajane,  Sc  qui  étoieat 
plafonnés  ou  voûtés  de  bronze  {Paufan.  l.  5.), 
on  peut  s’en  former  une  idée  par  une  colonne  du 
plus  beau  granit  noir  , tirant  fur  le  blanc  , qui  j 
fut  découverte  en  1765,  & qui  porte  huit  palmes 
8c  demie  de  diamètre  Cette  colonne  fut  trouvée 
lorfqu’on  creufa  les  fondemens  d’une  chim.Tée 
pour  aller  au  palais  Impérial  ; on  y découvrit  eâ 
même-temps  une  portion  du  couronnement,  ou 
la  corniche  de  l’architrave  qui  portoit  cette  co- 
lonne. La  corniche , qui  eft  de  marbre  blanc , a 
au-delà  de  fix  palmestlc  haut  envir.on  41  pouces 
François).  Or,  comiiie  la  corniche  n’eft  que  le 
tiers,  & encore  moins,  de  l’entablement,  il  faut 
que  cette  dernière  partie  ait  eu  au  delà  de  dix- 


114  COL 

huit  palmes  de  hauteur  ( environ  TO  pieds  Fran- 
çois ).  Le  Cardinal  Albani  a fait  placer  cet 
ornement  à’archiredture  dans  fa  Vida  , avec 
une  infcripcion  qui  indique  1 endroit  ou  ü a ete 
trouvé.  En  fouillant  ce  terrein  on  découvrit  en- 
core dans  le  même  endroit  cinq  autres  coloaries  de 
pareille  grandeur  y oui  font  reltees  au  fond  de  la 
tranchée  J parce  que  perlonr.e  n a voulu  faire  les 
frais  de  les  en  tirer.  Ainh,  les  fondemens  de  la 
chauffée  du  palais  Impérial  repofent  fur  tes  co- 
lonnes. 

Ce  monument  fut  élevé  en  1 honneur  de  Trajan , 
mort  Tan  117  de  Jéius-  - hiilt,  à 1 âge  de  64  ans  , 
dans  une  ville  de  Cil'cie  , alors  nommee  Ssli- 
nunte  , depuis  la  ville  de  Trajan  , Trajanopolis , 
que  les  Turcs  apnellent  à prélent  Iflénos. 

Un  d:s  plus  fuperbes  reftes  de  la  m .gnihcerce 
Romaine eit  la  colonne  Trojn.ie , qui  a plus  immcr- 
talifé  l'Entperenr  Trajan  que  toutes  les  plumes 
des  hiftoriens  ffaurcient  pu  faire. 

Elle  avoir  i x8  pieds  de  haut , & Ton  y mpnte 
par  un  efcalier  de  18 J degrés,  éclairé  de  4r  fene- 
ires;  on  y voit  tôiu  auteur  en  bas  - reliefs  tous 
les  exploits  de  Trajan , dont  les  cendres  furent 
placées  au  haut  de  cette  colonne , dans  un  urne 
dor. 

Les  figures  de  cette  colonne  ont  peu  de  re.iet , 
& deux  pieds  romains  de  hauteur  vers^le  bas  de 
la  colonne.  Mais  celles  du  haut  paroii.ent^de  la 
même  hauteur,  parce  que,  luivant  les  règles  de 
la  perfpeétive,  on  leur  a donné  plus  de  longueur  à 
mefure  qu’elles  approchoient  du  fommet. 

Colonne Théodofienr.e.  V oyei^  Colonnes  de 
Conftantin , &c. 

Colonne  de  Pompée.  Voyei  Pompée. 

Colonne  de  Cuffy.  On  admire^  en  Bourgogne 
un  des  plus  beaux  monumens  de  l'antiquité,  c’etl 
la  colonne  de  Cii(fy  , dont  le  P.  Momfiucon  atni- 
bue  fauffement  la  découverte  à Moreau  de  iMaii- 
tour.  Le  doéte  Saumaife , qui  y fit  un  voyage  en 
jézp  , connut  le  prix  de  ce  bel  ouvrage.  Après  en 
avoir  exammé  le  deffm,  la  ftruéfiire  & les  figures, 
il  jugea  que  cette  colonne  avoir  été  élevée  en 
mémoire  de  la  viéfoire  que  Céfar  remporta  fur  les 
Heîvétiens , aujourd’hui  les  Suiffes  , à quatre  ou 
cinq  lieues  de  Bibrafte.  M.  de  la  Mare  la  fit  defli- 
ser  par  le  célèbre  Jean  Dubois.  Samfon  l’a  mar- 
quée dans  la  carte  du  diocèfe  d’Autun,  qu’il  donna 
en  iuf9.  D-  Martin  en  a inféré  le  plan  dans  fa 
Religion  des  Gaulois  ; &Ro!lin  en  a fait  mention 
dans  VHiJtoire  Ancienne.  M.  Pafumoc  , ancien 
profeffeur  de  phyfique  à Auxerre , connu  par  de 
laborieufes  recherches  fur  les  voies  Romaines  , a 
long-temps  étudié  cette  colonne  , qu'il  a deffmée  , 
& qu’il  doit  publier  un  jour  avec  une  difi'er- 
tation. 

CuJfy-tJ-colonne  , ainfi  nommé  pour  le  diilin- 
guer  de  plufieurs  autres  vil’ages  de  même  nom 
dans  la  province , eft  uue  paroiffe  du  bailliage  de 
Beaune»  à trois  lieues  Queff-nord-oaeil  de  Beau- 


COL 

ne , cinq  d’AiituH , & à un  quart  du  village 
d’ivry. 

A deux  portées  de  fufil  de  Cu.Jfy , en  tirant 
droit  au  nord,  dans  un  fond  affeti'-  ouvert,  au 
pied  des  chaumes  d’Auvenet , connus  par  le  gi- 
bier & les  plantes  cuticules  qu’on  y trouve , & 
par  la  voie  romaine  qui  les  traverte  , on  voit  une 
colonne  de  pierre  faite  de  plufieurs  afnies:  elle  a 
deux  pieds  trois  pouces  & demi  de  diamètre  par 
le  bas,  & elle  eft  élevée  fur  un  double  pié- 

deftal.  , 

Il  ne  refie  de  ce  monument  que  les  deux  pie- 
delfaux,  & environ  les  denx  tiers  de  la  hautear 
de  la  colonne  ; le  refte  a été  enlevé,  favoir,  le 
chapiteau  & l’entablement  „ . r 

T'out  ce  monument  efi  conffnnt  dune  tort 
belle  pierre  rcafsatre,  qui  prend  le  pod  coui.ne 
le  marbre  5 chaque  affife  efi  dune  feuie  pierre: 
elles  font  toutes  pofées  à fec,  c^’^telt-a-dire  , fans 
mo’.tier  ni  ciment.  Le  P.  Letnpereur  du  que 
ces  affîfes  étoient  retenues  par  dc:s  crampons ui 


un 


Seigneur  de 


bronze  qui  ont  été  enieves  par 

C'-jfy.  , , 

M.  Thoraaffm  avoir  toujours  regarde  cette  co- 
lonn e covnvnz  étaa.t  d’ordre  corinthien,  a cauiCue 
fon  renflement,  qui  fe  trouve  toujours  au  nets 
de  la  hauteur  par  en-bas;  & ce  riers  efi  ici  dun 
peu  plus  de  deux  diamètres  Sr  demi  du  bas  de  .a 
coloLe.  Sa  conjeaure  fe  vérifia  par  la  decouverte 
qu’il  fit  en  Septembre  1714,  de  la  parue  lupe- 
rieure  du  ch.rpiteau  de  cette  co/evzxe , qu:  fe  trouve 
dans  la  grange  d’Auvenet , métairie  a une  lieue  ^.e 
h colonne,  où  un  Seigneur  de  Czj-Jfj  la  fit  tranf- 
porter  pour  fervir  de  mardèle  ava  puits  de  cette 

métairie.  ■ r u n 

Ce  chapiteau  déplacé  n’efi  pas  moins  fymbOi  - 
que  que  le  pîédeftal  de  la  cola.-znze  i aii-ueu  des 
rofes  du  tailloir  , on  y voit  fur  chacune  des  quatre 
faces  une  tête  de  divirnee  payemae , auxquel.es  on 
a donné  une  grofïèur  confiderabî-e  poux  *es  rrn^u. 
faire  difiinguer  du  bas  de  la  calo.ine  » 
quelles  occupent  une  bonne  pai'tie  des  faces  du 
chapiteau,  ce  qui  a empêché  d’>-  mettre  des  vo- 
lutes , des  ygettes,  des  colicole  s , &c.  : ce  ion 
feulement  de  grandes  feuilles  d acanthe  qui 
niffent  le  refte  de  chaque  face  du  chapiteau , dont 
les  revers  du  fommet  oui  fe  recrourbent  lous  £ 
angles  dit  tailloir,  font  l’effet  des  volutes. 
dans  Vignoîe  des  exemples  de  joareils  fymbous 
fur  des  chapiteaux  corinthiens  ctiKiens,  ou>  ^ 
lieu  de  rofes  du  tailloir,  ce  font  ..des  têtes  de  diu* 
nités  , quoiqu’elles  ne  feient  p.as  vd’une  pr<>P°^‘"’ 
fi  grofiê  que  celles  .lu  chapiteau  e »t-  queftion.  L 
de  ces  têtes  eft  environnée  de  rayons,  & n 
point  de  barbe  , ce  qui  l’a  lait  aifément 
noicre  pour  celle  d’Apollon  ; l’aii-cre  tête  nyun-U 
barbe  fort  touffue  5e  un  air  majeffueux, 
roit  être  celle  de  .lupiter  ; h tro’  fàème  tête  , 
qu’affez  effacée, eft  auTi  d’un  Ko  nnme  harou.  £ ‘ 
i efi  fruité , 2e  porte  quelque  ciro  Te  qui 


COL 

ner  Tidée  d’une  dépouille  de  lion  j Sr  annoncer 
Hercule  ; pour  la  denuérc  tèie  , il  n en  relie  que 
la  place  , & l’on  r.  v peur  nen-diitinguer  i les  trois 
autres  font  belles  de  de  bon  goùî. 

Les  figures  du  piédeftal  de  la  colonne  font  dans 
des  efpèces  de  niches  peu  enfoncées  . terminées 
aiternativenienr  , les  unes  en  pointe  , les  ^autres 
en  Cintres  furbaiîiés  ^ ce  qui  n'eiî  point  diitiague 
dans  is  plan  duT.  Montfaucon).  Ces  figures  étant 
pvifes  dans  i’épailleur  de  la  pierre  j ont  peu  de 
relief. 

La  première 3 qui  regarde  le  midi  , repreiente 
îvJinervej  fon  cafque  Si  fa  chouette  la  font  aifé- 
menc  c'onnoitre. 

La  fécondé  à droite  efl  Junon , habillée  en  ma- 
trone J tenant  de  la  droite  une  patere  , qu  elle 
fambie  préfenter  à fon  paon  , & de  la  gauche  une 
kafia  para , qui  eft  une  pique  fans  fer  ^ marque  de 
la  divinité. 

La  troifième  eft  un  jeune  homme  prefquenud  , 
qui  a le  pied  gauche  pofé  fur  une  pierre  ou^  fur 
un  cippe  j & la  main  droite  élevée  5 il  eft  difficile 
d’expliquer  cette  figure , parce  que^  les  fymboles 
en  font  prefque  enxièrement  effaces.  ^Cependarit 
M.  Thomaffin  croit  avoir  apperçu  un  loudre  a la 
main  droite  ; en  ce  cas  ^ ce  feroit  un  Jupiter  fans 
barbe  , ainfi  qu’il  eft  repréfenté  fur  quelques  mé- 
daillés , avec  la  légende  lovi  crefeenti. 

La  quarrième  figure  eft  un  homme  , tenant 
fous  fon  bras  gauche  un  poulet  3 auquel  il  donne 
à manger  dans  un  patere  qu  il  tient  de  la  main 
droite  j ce  qui  achève  de  le  faire  connokre  pour 
un  augure. 

La  cinquième  figure  repréfente  un  jeune  Bac-  ' 
chus  J appuyé  fur  un  bâton  , qui  pouvoit  être  un 
thyrfe  ; il  eft  orné  de  la  dépoiulle  d un  tigre  j & 
il  a un  jeune  chien  à fes  pieds. 

La  fixième  femble  annoncer  une  divinité  ma- 
rine ; c’eft  une  femme  prefque  nue  ^appuyee  de  la 
main  droite  fur  un  timon  ou  gouvernail  de  navire  j 
8c  foutenant  de  la  gauche  une  urne  renverfes^ 
qui  répand  de  l’eau  itifquen  bas 

La  feptième  eft  un  Hercule  , appuyé  de  la  droite 
fur  fa  maffue  3 8c  tenant  de  la  gauche  la  dépouille 
du  lion  ; ce  n’eft  peint  un  Hercule  gaulois  , dont 
il  n'a  pas  les  fymboles. 

La  huitième  & dernière  figure  eft  un  captif  qui 
a l’air  abattu  Sc  les  mains  liées  : il  n’eft  Couvert 
que  d’une  (impie  tunique 3 ce  nte  parje  milieu  du 
corps,  & qui' ne  le  couvre  que  depuis  Ip  épaules 
jufqu’aux  genoux  3 laiflar.r  les  bras  8c  les  jambes 
découverts.  Cet  habit  ne  défigre  ni  un  Romain  ni 
un  Gaulois  ; car  les  Gaulois  portoient  des  habiile- 
sr.ens  longs  avec  de  grandes  manc'lies  : feroit-ce 
l’habit  d’un  Kelvétien  ? En  ce  cas  la  conjeélure 
du  grand  Saumaife  feroiî  pleinement  vérifiée  : 
M-  Thomaffin  le  Ibupçonne  auffi,  & il  ajoute  que 
la  beauté  de  ces  figures  ne  permet  pas  de  douter 
quelles  ne  foient  du  haut  empire  , du  temps  d'Au- 
guîle  au  de  Tibère  au  plus  tard. 


COL  125 

COLOPHON,  en  lofA'e.  xoAoe>nNiQN. 

Les  médailles  autonomes  Ue  cett^  viiie  font: 
RRR..  en  argent. 

R.  en  bronze. 

G.  en  or. 

Son  type  erdinaire  eft  un  cheval  a mi-corps  ^ 
ou  des  att.ibuts  d’ Apollon  Citriei-  _ ^ ^ 

. Cette  ville  a fait  frapper  3 fous  l’auronte  de  fes 
Fréteurs  , des  médailits  impériales  grecques  en 
rhonnear  des  Empereurs  8c  Impératrices  depuis 
Domiîien  jufqu’à  Galiiea.  — Eue  avoir  un  Oracle 
d’Apoiion  célè'bre. 

COLOR.4.TOR  Livl£.  Mnratori  (897. 

Infer.  ) rapporte  i’infcnption  fuivante  3 faite  a 
i’honneur  d'un  pei.ntre  de  Livie  : 

A N T E R O s 
I.  I V I A E 
C O E O R A T O R. 

COLOSSÆ,  enPhrygie.  xo.40CCKNpN. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  vüie  font  ; 
RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

COLOSSES  , ftatues  d’une  hauteur  extraordi- 
naire. La  grandeur  énorme  de  ces  maffes  an- 
nonce le  goût  pour  le  gigantefque  , dont  les 
Égyptiens  furent  toujours  animes.  Le  Roi  Sefof- 
tris  fit,  dit  on,  placer  à Memphis , dans  le  temple 
de  Vulcain  , les  ftatues  de  fa  femme,  de  lui- 
même.  8c  de  fes  enfans , dont  les  unes  avoient 
trente  coudées  de  haut,  8c  les  autres  vingt.  Les 
Grecs  imitèrent  les  Égyptiens  , 8c  1 on  a conferve 
la  mémoire  du  colofe  d’Apollon  , haut  de  trente 
coudées,  apporté  à Rome  & placé  dans  le  Capi- 
tole par  M.  Luculliis,  qui  l’ avoir  enlevé  aux  Apol- 
loniates  du  Pont  ( P lin.  347.  )•  Nous  ferons  un 
article  particulier  du  coloffe  de  Rhodes,  à caufe 
des  variations  qui  fe  trouvent  a fon  'fujet  dans  les 
anciens  écrivains. 

Apollon  ou  le  Soleil , & Jupiter  , furent  entre 
les  Divinités  celles  que  l’on  fe  plut  à repeefenter 
fous  des  formes  colojfèics . Home  feule  renfeimoïc 
deux  colojfcs  d’Apollon  , un  du  Solen  propremejrt 
di't,*  8c  deux  de  Jupiter.  Néron  en  fit  Çever  un 
haut  de  cent  ou  cent  dix  pieds  dans  , la  voie  facrée. 
Ce  colojfe  avoir  été  deftihé  pour  lui  > mais  on  le 
dédia  au  Soleil,  dont  on  y plaça  la  tête  âu  lieu  ds 
celle  de  Néron.  L’un  des  calojfes^  d’Apollon  étoit 
de  bronze  s il  avoir  cinquante  pieds  de  hauteur, 
& étoit  placé  dans  le  temple  d’Ausufte- 

Domitien  s’étoft  fait  élever,  dans  le  mdieu  de 
la  place  publique  , une  ftatue  équeftre  de  cent 
pieds  de  haut , que  le  Sénat  fit  abattre  ap_rè$_  la 
mort  de  ce  tyran.  Le  colojfe  d’iîercule,  que  Fabius 
Maximus  Verriicofus  enleva  de  Tarente  , & qtCii 
fit  placer  dans  le  capitole  , écoit  une  ftitne  de 
bronze  que  Lyfippe  avok  faite.  Celuide  Junner 


^i6  COL 

^ut  exécuté  par  ordre  de  l'Empereur  Claude,  Sc 
placé  proche' du  théâtre  de  Pompce  j & pour 
cette  raifou  il  fut  appelé  Jupiter  Pompeïen.  Spu- 
rius  Carvilius , après  la  défaire  des  Samnites , ht 
fondre  toutes  les  armes  de  bronze  qu  il  avoir  pri- 
fes  fur  eux , & en  fit  faire  une  ftatue  de  Jupiter  , 
aux  pieds  de  laquelle  il  étoit  repréfente.  Ce  coLoJJe 
fiat  mis  auiîi  dans  le  capitole.  ^ 

J^es  Gaulois  reçurent  des  Romains  ce  put  pour 
les  ftarues  gigantefques  j & Pline  dit  qu  un  fcuip- 
teur  appelé  Zénodore , fabriqua  a Clermont  en 
Auvergne  un  colojfe  de  Mercure  de  quatre  cens 

pieds  de  hauteur.  ^ • i.  j • 

Colosse  de  Rhodes.  Après  avoir  fait  1 admi- 
ration des  Grecs  & des  Romains , 1 etonnement 
des  Sarrafins  & des  Barbares , après  poir  etc 
chantée  par  les  poeies , & cbnfacree  à 1 immorta- 
lité par  les  hilforiens,  cette  prodigieufe  ftatue  a 
été  re}etée  au  nombre  nés  fables  & des  chimères 
par  Muratori  {Annal,  ital.  t.  iv.p.  III.  ).  Il  ne 
tient  pas  a cet  illuftre  Italien  que  les  peuples  les 
plus  célèbres  de  l’antiquité  n aient  pris  un  pigmee 
pour  un  géant.  J’avoue  que  les  contradiéfions  ap- 
parentes des  hirtoriens  qui  ont  décrit  le  colojfe  , la 
variété  des  proportions  qu’ils  nous  ont  tranf- 
mifes , & de  la  durée  qu’il  lui  ont  aflîgnée , ont 
pu  jeter  quelques  nuages  fur  là  réalité  de  fon  exif- 
tence.  Mais  s’il  eût  comparé  avec  foin  les  réful- 
tats  de  ces  proportions , évalué  & cornbiné  les 
différentes  mefures , pefé  le  mérite  Zc  l’autorité 
des  écrivains  qui  nous  en  ont  confervé  le  fouve- 
nir  , ce  favant  auroit  eu  fans  doute  plus  de  cir- 
confpeCtion  ; il  auroit  apperçu  au  travers  de  ces 
brouillards  une  lumière  fixe , qui , fuivie  conftatn- 
ment , l’eût  conduit  à la  vérité.  Je  vais  parcourir 
— ce  prétendu  labyrinthe,  Sc  donner  fur  l’hiftoire  & 
}»«  dimenfions  du  colojfe  des  détails  qui  porte- 
ront fon  exiftence  à l’évidence  la  plus  frap- 
punte. 

Démétrius  , fils  d’Antigone,  afltégea  la  ville  de 
Rhodes,  à caufe  du  refos“ quelle  avoir  fait  de  re- 
noncer à l’alliance  de  Ptolémée.  Une  caufe  fi  ho- 
norable mérita  aux  Rhodiens  des  fecours  .de  la 
part  de  tous  leurs  alliés,  8c  en  particulier  de  Pto- 
lémée, que  leur  reconnoiffance  aimmortalifé  fous 
le  'nom  de  Sauveur  ou  Socer.  L afirégeant  fut 
forcé  de  renoncer  à fon  eatreprife  ; 8c,  Bien  loin 
deconferver  fa  haine  pour  ces  généreux  infulai- 
res , il  conçut  pour  eux  la  plus  haute  eftime  : il 
voulut  à fon  départ  leur  en  laiflér  un  témoignage 
authentique  ; ce  qu’il  fit  en  leur  abandonnant  fes 
machines  de  guerre  , vendues  depuis  trois  cens 
talens.  La  reconnoiffance  des,  Rhodiens  éclata 
avec  la  plus  grande  magnificence  , à l’égard  de 
Ptolémée,  leur  allié,  Sc  d’Apollon,  leur  Dieu  tu- 
télaire. Ils  réfo’urent  d’élever  à l’honneur  du  So- 
leil un  colojfe  d’une  grandeur  extraordinaire. 

Charès  de  Lyndes  fut  confulté  fur  ce  projet. 
Les  Rhodiens  lui  demandèrent  quelle  fomme  il 
exigercit  pour  faire  une  ftatue  de  telle  hauteur 


COL 

( Sextus  Empiricus  adv-erf.  Matkematlcos  , lih^ 
vii.j)  Sur  fa  rcpdnfe  ils  en  voulurent  une  qui  eût 
le  double  de  grandeur.  Cet  architede  n’exigea 
qu’une  fomme  deux  fois  plus  confidérable.  Mais 
à peine  eut-il  commencé  fen  travail , qu’il  vit  l’or 
des  Rhodiens  dépenfé  en  entier.  Le  chagrin  & le 
défefpoir  s’emparèrent  de  cet  artifte  ; il  fe  pendit. 
Lâchés , fon  compatriote , ac’neva  dans  l’efpace 
de  trois  olympiades , & plaça  fur  fa  bafe  le  co- 
lof e fl  vanté  Ç xxxiv.  cap.  7.  ).  Pline, 

dont  les  détails  font  d'ailleurs  affez  exaéls , ne 
fait  aucune  mention  de  Lâchés  , 8c  donne  toute 
la  gloire  au  premier.  ^ ^ 

A peine  cinquante-fix  ans  s’étoient  écoulés  de. 
puis  cette  époque,  que  le  colofe  fut  renverfe  pat 
un  violent  tremblement  de  terre  : il  fe  brifa  aux 
genoux,  8c  demeura  étendu  jufqu’à  ce  que  les 
Sarrafins  s’emparotenr  de  1 ifle  de  Rhodes.  Ces  bar- 
bares , que  la  hardieffe  du  travail  ne  remplit  pas 
d’admiration  , mais  qui  ne  confidércrent  avec 
étonnement  que  fa  maffe  énorme  , le  niirent  m 
pièces  ; ils  le  vendirent  à un  marchai^  Juif  d Eme- 
fc.  Que  de  morceaux  d’une  antiquité  refpeéiable 
8c  d’un  travail  merveilleux  ont  été  fondus  par 
cette  nation  avide  du  gain  le  plus  fordide  ! piof- 
crire  dans  tous  les  climats,  éloignee  ^ tous  les 
arts  honnêtes  , elle  étoit  donc  en  polieflion  des 
le  feptiéme  fiècle , d’un  commerce  qui  n a d objet 
que  les  effets  dégradés  ou  hors  de  mode , & de 
but  que  la  deftruélion  ! 

Dix-huit  écrivains  Gfecs  ou  Latins , qui  ont 
parlé  du  colofe  , 8c  dont  je  rendrai  compte  pms 
en  détail  , s’accordent  en  général  fur  ces  faits. 
Mais  cette  harmonie  eft  de  peu  de  duree , oc  .. 
chaos  femble  prendre  fa  place,  lorfqu  on 
par  leurs  témoignages  à fixer  les  époques  Sc  les 
dimenfions  précites  de  la  ftatue.  Trois  des  pre- 
mières vont  nous  arrêter;  l époque  de  Ion  CiCC 
lion,  celle  de  fa  chute,  8c  enfin  celle  de  fon  anean- 
tiffement.  La  feconde  fixera  les  deux  autres  ( ® 
lib.  V.  Orof.  lib.  iv.  cap.  12. Paul,  j.nj' 

rr/.  Mari.  lib.  ,.  ).  Polybe  , Orofe  , 1 Abbe  d U - 
perg,  le  Diacre  Paul , Marianus  Scotus,  8c  Gooe- 
froi  de  Viterbe  , difent  unanimement  que 
lofe  fut  renverfé  dans  le  tremblement  de  terre 
qui  ébranla  l’Archipel  8c  une  partie  de  1 Aiie. 
sèbe  le  place  à la  première  année  de  la  , 

olympiade  , 214  ans  avant  J.  C._,  fejon  lA  ^ 
Lengîet.  ( S.  Jérôme  , qui  a copié  a la  le.tre 
texte  d’Eusèbe  , l’a  change  pour  1 époque  , 
afligne  mal-à-propos  la  CLxviii'  olymp-a  c ) 
Voilà  une  époque  prccife  ; fi  on  en  retranche 
quante-fix  ans  , on  trouvera  avec  Phne  L 
mière  année  de  la  exxv'  olympiade  , 2b0 
avant  J.  C.  A fuivre  les  vifions  8c  les 
Cédrenus  , on  placeroit  l'année  de  fa  conitruC  j 
dans  h XV U'"  olympiade;  ecqui  eft 
vraifemblance.  Celle  de  fa  deilruélio^  ^ei  c 
tainc.  Quoique  tous  les  peuples  de  la  yjrece  ' 
Roi  d’Égypte  eulléut  offert  aux  Rhodiens  des  le- 


COL 

cours  con:^dérabîes  , pour  réparer  les  domrsages 
occafionnés  par  le  tremblemenr  de  terre , & fur- 
tout  pour  relever  le  coLoJft  j ceux-ci  les  employè- 
rent à d'autres  ufages , & fupposerent  un  Oracle 
qui  défendoit  le  récabliffement  de  la  Ifatue  du  So- 
leil. C'eli  Strabon  ( Strab.  tiv-  xir , ) qui  nous 
apprend  cette  particularité. 

Pline  dit  qu'elle  étoit  couchée  par  terre  dans  le 
temps  qu'il  écrivolt  j & qu'on  appercevoît  dans 
les  fraétures  de  valtes  cavités  & de  gros  quarners 
de  pierre  renfermés  pour  l'affurer  fur  fa  bafe.  c-ile 
refta  dans  cet  état  jufqu’à  l'année  dj  ae  J.  Ç. 
temps  auquel  les  Sarralins  la  brisèrent.  Nous  6x0ns 
cet  inilant  à la  douzième  année  du  règne  de  Conf- 
iant Il  ( Confiant,  de  Adminift.  cap.  20.  )^apres  le 
Diacre  Paul  , Conftantin  Porphyrogénète  j la 
chronique  de  Théophane  & Zonare  ( Zonar.  Ann. 
lih.  II.  ).  Tous  s'accordent  parfaitement  fur  le 
temps  de  fa  dellruclion  , ils  ne  varient  que  fur  fa 
durée.  On  la  trouve  de  935  ans  j en  voyant^  la 
ftatue  fondue  l'an  280  avant  J.  C. , & briiée  l'an 
653  du  même.  Paul  & Conftaatin  lui  donnent 
1360  ans  J & Cédrenus  ajoute  encore  cinq  ans  à 
cette  fable. 

Les  dimendans  de  cette  énorme  ftatue  nous 
arrêterons  moins  de  temps-que  fon  hiftoire  , quel- 
que contradiélion  qu’on  trouve  dans  les  hiftoriens 
à leur  fujet.  Strabon  > Pline  , Iftdore  de  Seviile 
( Ifid.  Orig.  lib.  xiv.  cap.  6.  ) qui  floriffoient  pen- 
dant que  le  colojfe  exiftoit  encore^  ont  pu  le  voir 
ou  apprendre  de  leurs  contemporains  les  details 
qu’il  nous  en  oht  rranfmis.  Ils  lui  donnent  foi- 
xante  & dix  coudées  de  hauteur:  le  premier  rap- 
porte même  deux  vers  d'un  Simonide  autre  que 
le  chantre  des  demi-DieuX;,  Caftor  & Pohux  , gra- 
vés fur  la  bafe  du  colojfe , & portant  expreffément 
foixante  & dix  coudées.  Il  eft  vrai  que  CGnitannn^ 
Théophane  & Cédrenus  font  mention  de  quatre- 
vingt  coudées.  Mais  on  obfervera  qu  iis  font  bien 
poftériêursà  la  deftruâion  du  colojfe  ; que  la  dif 
férence  entre  oySikm;  & sAl&yiç  eft  aflez  petite 
pour  pouvoir  être  rejetée  fur  une  faute  decopifte 
répétée  par  les  deux  autres  hiftoriens  calqués  dans 
cet  endroit  exaétement  fur  le  premier  ; & que  le 
dernier  en  particulier  n’eft  célèbre  que  par  fes 
erreurs  de  fait  & de  chronologie.  Il  s'eft  cepen- 
dant rapproché  par  le  nombre*  de  cent  vingt-fept 
pieds  de  la  véritable  hauteur,  qu'il  abandonne  en 
lui  donnant  quatre  - vingt  coudées.  En  effet , 
foixante-dîx  coudées  moyennes  , chacune  d’un 
pied  & dix  pouces  de  roi  , donnent  un.  peu  plus 
de  cent  vingt-huit  pieds  , hauteur  la  plus  vraifem- 
blable  du  colojfe. 

Ne  nous  arrêtons  cependant  pas  abfolument  à 
cette  première  détermination  , & cherchons  de 
nouvelles  mefares  dans  le  paftage  de  Pline.  Ce  fa- 
vant  naturaiifte  dit,  que  peu  de  perfo-nnes 
pouvoient  embrafier  fon  pouce  ; . que  la  lon- 

gueur de  fes  doigts  fiirpaiToit  la  hauteur  des  ftatues 
«xdL-iîites  : voilà  deiix  proportions  Êxes  Sc  pié- 


C O L 


127 


cifes.  PoiAr  treuver  la  première  , on_  obfervera 
d'abord  que  M.  le  Conat?de  Biifion  place  I^grande 
taille  au-deftus  de  cinq  pieds  6x  pouces,  & que  le 
peu  de  perjbnnes  doit  s'entendre  par  conféquent 
d’hommes  ayant  une  taille  plus  élevée  ; je  me 
fuis  attaché  à neuf  pouces.  Perfbnne  n’ignore  que 
la  diftance  d’une  main  à l'autre  dans  un  homme 
dont  les  "bras  font  étendus  , eft  égale  fa  hau- 
teur. Ainft- donnant  au  pouce  du  ciriq  pieds 

& neuf  pouces  de  circonférence,  on  aura,  par 
les  proportions  connues  des  fculpteurs-,  ( le  pouce 
d’un  homme  de  cinq  pieds  neuf  pouces  de  hau- 
teur , a trois  pouces  de  circonférence  ) cent 
trente-un  pieds  de  hauteur  : écart  très-peu  fen- 
ftbîé. 

La  fécondé  dimenfion  donnée  par,  Pline,  acUe- 
ve  la  conviéfion.  L’index  d'un  homme  de  cinq 
pieds  neuf  pouces,  a communément  trois  po.uces 
de  longueur  : il  eft  donc  laivingt-troiheme  partie 
de  fa  hauteur.  Donnons  aux  ftatues  ordinaires  la 
hauteur  de  l’homme  qui  nous  fert  de  terme  de 
comparaifon  , & la  proportion  de  l index  du  co- 
loffe  donnera  cent  trente-deux  pjeds.  Nous  avons 
donc  obtenu  quatre  nombres  par  des  voies  ditrè- 
rentes,  127,  128,  131  & 132,  qui  offrent  peur 
réfiilrat  Hioj'en  cent  vingt  - neuf  pieds.  Ainiî  0:2 
peut  hardiment  6xer  là  hauteur  approchée  de  cetre 
prodigieufe  ftatue  à cent  vingt- huit  pieds.  Il  eft 
fâcheux  pour  Muratorr  qu’on  rencontre  une  har- 
monie 6 parfaite  entre  les  hillortens  qui  nous  en 
ont  tranfmisle  fouvenir.  Sans  doute  que  dix-huit 
écrivains  de  difrérens  pays  n’ont  pu  avoir  entre- 
de  connivence  réelle  depuis  le  ftècle  qui  a pr-e- 


eux  I 


cédé  la  naîffance  du  Saut^eur  jufqu’au  qainzaeme 
qui  l’a  fuivi.  Aiiflî  terminero-is  - je  ici  cet  arti- 
cle , s’il  ne  reftoit  encore  q.uelques  obfcurités 
à dtffiper  , & quelques  détails  à conferver  fur 
cetre  merveille. 

Voilà  le  calojfe  exiftant.  Comment  a-t’oti  pB 
remuer  une  mafte  auffi  cordidétable  ? Les  vast- 
feaux'paflbient-ils  entre  fes  jambes  à pleines  vo-iîes 
Combien  de  chameaux  ont  été  emplov'és  à en; 
îranèporter  les  débris  1 Pour  répondre  à h pre- 
mière queftion  , recourons  encore  aux  propor- 
tions d’un  homme  de  cinq  pieds  neut  pouces  ae 
hauteur,  nous  trouverons  quu’  contient  a.  ,Deu- 
près  onze  pieds  cubes  de  matière.  La  folidité  du 
coloife  eft  pat  conféquent  de  deux  cens  trente 
pieds  cubes,  lefquelî  fappofés  de  cuivre  ordi- 
naire, pefa-nt  648  livres  le  pied  cube,  forment  ura 
poids  total  de  148,900  livres  , ou  près  de  ijo» 
quintaux.  Les  Annales  des  Arts  nous  ontconferve 
le  poids  de  maffes  plus  cdnftdérables  , qu’ils  cnc 
déplacé  & élevé  fur  une  bafe.  L'obéliique  de 
Saint-Jean  de  Latran  à Rome  porte  iJ2  pieds  de 
hauteur  , fans  la  bafe  fur  laquelle  il  eif  dreffé^ 
Les  deux  côtés  du  qaarré  qu’il  forme  à fa  naîlè 
fance  font  de  huit  & de  neuf  pieds  Sup- 

pofaat  cette  raafte  d’un  marbre  oid!n?,n-e  „ c-ui 
poids  de  232  livres  le  gied  cube  , fon  poids 


1 2 § COL 


COL 


fera  dé  71  jjOsS  livres.  Où  eft  fimpoffibilitë  de 
dreifer' üne  iîatue  cinq  fôis  moins  Lourde  ? 1!  pa- 
roi't  d'ailleurs  que  les  Rhodiens  avoient  un  goût 
particulier  polir  les  ftatues  coloJfaLes.  On  en  comp- 
toir dans  leur  ifle  , félon  Pline,  plus  de  cent , dont 
une  feule  auroit  fait  rornement  de  toute  autre 
ville.  Le  même  auteur,  le  dirai -je  ? parle  d un 
coLoffe  de  quatre  cens  piedS  , élevé  de.Ton  temps 
à Clermont  en  Auvergne  , par  un  certain  Zéno- 
dore. 

Il  efc  probable  que  ces  prodiges  de  l'art  n’étoient 
pas  fondus  d’un  feui  jet:  le  long  efpace  qu'auroit 
eu  à parcourir  le  métal  enfufion,  lui'auroit  donné 
le  temps  de  fe  refroidir  , & auroit  fait  manquer 
la  fonte.  Sans  doute  qu'ils  ne  l'auront  été  qu’en 
tonnes  , c'elbà-dire  , par  parties.  On  peut  conjec- 
turer encore  avec  plus  de  fondement , que  le  co- 
lojfe  de  Rhodes  étoit  un  ouvrage  de  platinerie  ou 
de  cuivre  battu  au  marteau  ; ce  que  Pline  nous 
donne  à entendre  en  difar.t  , qu'on  appercevoit 
d’énormes  cavités  dans  fes  débris.  La  üatue  du 
Connétable  de  Montmorency  à Chantilli  , la 
chaire  de  S.  Pierre  à Rome  , qui  a quatre-vingt 
pieds  de  hauteur,  & le  cobjfe  d’Arona,  dans  l’état 
de  Milan  , repréfentant  S.  Charles  Borromée  , 
haut  de  cinquante  à foixante  pieds  , nous  offrent 
des  exemples  de  ce  genre  de  travail , & diminuent 
notre  étonnement.  Si  un  Souverain  peu  riche,  & 
une  petite  ville  ont  pu  approcher  de  fi  près  de  la 
magnificence  des  Rhodiens , qui  doutera  que  ces 
derniers  , aidés  par  les  plus  opulentes  cités  de 
la  Grèce  , aient  fabriqué  ce  célèbre  monument  } 

On  peut  regarder  comme  très-douteux  ce  que 
nous  trouvons  dansduChoul,  fur  les  ornemens 
du  coLoJfe  & fur  fa  pofition.  Vigenère  , écrivain 
du  feizième  fiècle  , parcit  être  le  premier  qui  l’ait 
placé  à l’entrée  du  port,  & les  jambes  écartées. 
Cependant  on  défend  fon  opinion  , & nous  en 
donnons  ici  ia  preuve. 

Comment  les  vailfeaux  pafToient-üs  entra  les 
jambes  àxitobjfe?  Elles  avoient  à peu -près  foi- 
xar.te  pieds  de  longueur , en  y joignant  les  ciiilTes , 
& étoient  placées  fur  deux  rochers  qui , fermant 
l’entrée  du  port,  ne  Ltiifoient  de  pafl'age  que  pour 
11:1e  galère  Perdons  de  vue  nos  vaitTeaux  de  ligne, 
qui  portent  jufqu'à  cent  quatre  - vingt  pieds  de 
mâture.  Reprérentons-nous  ceux  des  anciens,  qui 
tous  aboient  à rames  , 2c  ne  porioient  dès  lors 
que  des  voiles  fort  petites  , côtoyant  toujours  le 
conrinent,  & tirant  très-peu  d’eau.  Or,  quelque 
petite  que  foir  la  hauteur  des  rochers  Q\ii  fcrv'oient 
de  baie  au  colojfe  , nos  galères  p.afiéront  entre  fes 
jambes  avec  toutes  leurs  fitm.nes,  batiderolles  &: 
voiles  déployées.  Rien  ne  doit  donc  étonner  dans 
cet  ouvrage  admirable  que  la  hardicilé  du  fculp- 
teuf , & celle  de  rhifiorien  qui  i’a  révoqué  en  ! 
doute  , centre  le  témoignage  de  toute  l'anci-  i 
quîcc.  I 

Le  nombre  des  chameaux  qui  tranfportèrent  I 
les  débris  de  la  futuc  du  Sq’sü,  forme  encore  une  ' 


difficulté  qu’il  faut  applanir.  Je  ferai  remarquer 
auparavant  quelle  route  oblique  ont  pris  Rolün 
& Jofeph  Scaliger  pour  eftimer  fon  poids.  Au 
lieu  de  le  conclure  de  fa  folidité  par  les  calculs 
ordinaires,  ils  l’ont  conclu  du  nombre  & de  la 
force  des  chameaux.  Aufli  leur  erreur  eft  fi  confi- 
dérable  , qu’à  chercher  la  hauteur  du  colojfe  par 
le  poids  qu’ils  lui  affignent,  on  la  trouveroit  de 
fix  cens  pieds  au  moins  ; calcul  extravagant.  Le 
diacre  Paul,  Zonare  & Cédrenus  font  mention 
de  neuf  cens  chameaux.  Le  refpect  outré  & l’ad- 
miration exceffive  pour  l’antiquité,  donc  étoient 
pénétrés  les  deux  auteurs  modernes  que  j’ai  cités, 
leur,  a fait  adopter  aveuglément  ce  nombre  exa- 
géré. Conibntin  Porphyrogénète  en  compte  tren- 
te mille  , & Théophares  en  ajoute  encore  qiutre- 
vingt.  C'eft  d’eux  qu’il  faut  dire  avec  Juvénal  : 
Q^^iicquii  Grscia  mendax  audet  in  kijtoria.  Le  P. 
Riccioü  , dans  fa  chrono'ogie  réformée , a réduit 
ce  nombre  à 318,  Tentant  le  ridicule  des  neuf 
cens.  Pour  moi  je  les  réduits  encore  à cent  ; fondé 
fur  la  vraifem’olance , fur  le  témoignage  de  la  Mar- 
tinière,  de  i’Abbé  de  Vercot,  8z  fur  une  tradition 
confiante.  Les  grands  chameaux  , félon  Châtain 
& M.  le  Com^e^deBtiffon,  portent  jufqu’à  treize 
quintaux  , qui , multipliés  par  cent , donnent  une 
charge  de  treize  cens  qumtaux.  Si  i’o.n  confidere 
que  le  pied  grec  eil  de  quelques  lignes  plus  court 
que  le  notre;  que  j'’ai  fuppofé,  contre  le  témoi-- 
gnage  de  Pline,  le  colojfe  maffif  ; que  d’ailleurs  ü 
croit  d’airain , mélange  de  cuivre  & d’étain  plus 
léger  d’un  feptième  que  le  premier  ; de  qu’enfin  le 
déchet  & les  vols  avoient  diminué  fa  maffe , on 
rapprochera  aifément  les  quatorze  cens  qumtaux 
trouvés  par  mon  calcul , des  treize  cens  que  nous 
fournit  la  charge  de  cent  chameaux 


COLOSSINUS.  \ 
COLOSSENUS.  Ç 


Color.  Pline  donne  ce 


nom  à la  couleur  pourpre  , Se  il  la  tire  de  celle 
dei  fleurs  du  çyclame  C 9-  )•  b vepribus  naf 
cicar  cydaminum.  Flos  ejus  colojfnus  in  coTonas 

rrzr  rn  r f fr  ftf  r 


COLUM  'clncrium.  L'infirument  que  les  an- 
ciens emplovoient  à paffer  le  vin  s’appeloit  > 
colum  v’^idrium.  On  en  conferve  deux  dans  le  ca- 
binet d’flerculanum  ; ils  font  d’un  métal  blanc.  Se 
travaillés  avec  élégance.  Chacun  eft  formé  de  deux 
plats  ronds  Se  profonds  ; ( le  diamètre  eft  u un 
demi-îaalme,  4 pouces  François)  garnis  d’un  man- 
che appiati , les  deux  plats  font  faits  de  façon  que 
l’un  entre  parfaitement  dans  l'autre  ; Se  les  man- 
ches fe  joignent  fi  bien  qu’étant  réunis  , le 
ne  paroit  taire  qu’un  feui  vaiffeau.  La  partie  Su* 
périeureeff  percée  d'une  manière  particuhete 
c’étoit  toujour.s  fur  ce  premier  plat  qu'on  venoit 
le  vin  . qui  couloir  dans  le  plat  inférieur,  d’ou  on 
le  riroit  pour  en  remplir  enfuire  les  coupes.^ 

A dix  lieues  de  l’ancienne  Capone  , près  dun 
endroit  auoclé  Trcbbi.i , .M.  liarnilton  fit  ouvri. 

' pluficurs 


COL 


pliifîeurs  tombeaux  pour  en  examiner  Tarchîtec' 
ture , & pour  découvrir  des  vafes  étrufques  ou 
campaniens.  Entre-autres  vafes  & uftenfiles  qu'il 
Y trouva  piacés  autour  du  fquélettCj  étoit  un 
colum  vmarium  de  bronze  , efpèce  de  jatte  pro- 
fonde , percée  dé  plufieurs  trous  en  forme  de 
tamis , & garnie  d'un  manche.  Cette  jatte  s'adap- 
toit  à une  foûcoupe  fans  trous  ^ & fervoic  à paiTer 
le  vin.  Car  les  vins  des  anciens  que  l'on  confervoit 
dans  les  grands  dolia  de  terre  cuite  , préférable- 
ment aux  tonneaux  de  bois  , étoicnt  plus  épais 
que  les  nôtres  ^ & avoient  befoin  d'être  paflcs 
dans  un  colam. 

Colum  nivurium , paffoire  deftinée  à épurer  la 
neige  que  les  Romains  mettoient  dans  leur 
boiffon  pour  la  rafraîchir.  Les  riches  avoiest  pour 
cet  objet  des  colum  d'argent , mais  les  pauvres  & 
les  citoyens  moins  riches  fe  fervoient  d'un  fac  de 
lin  ou  d'un  tamis.  Nous  trouvons  cette  diftinction 
dans  une  épigramme  de  Martial  ( 14  ) : 

Setinos  moneo  nofira  nive  frange  trientes  : 

Pauperiore  mero  tzngere  lina  potes. 


Il  feroit  affez  difEcile  de  décider  fi  les  colum 
trouvés  à Hercuianum  ont  fervi  à pafîer  le  vin  ou 
la  neige. 


C’étoit  un  maufolée 


COLUMEAÎRE. 

COLUMBARIUM,  f 
ou  un  tombeau  deftiné  à renfermer  les  cendres  de 
quelque  famille  illuftre.  Le  nom  de  columbarium 
fut  donné  à ces  maufolées , à caufe  de  la  refTem- 
biance  qn'ils  avoient  dans  leur  intérieur  avec  un 
colombier^  columbarium.  Les  urnes,  olls,  qui  con- 
ten  oient  les  cendres,  étoient  placées  les  unes  au- 
deffus  des  autres  , dans  des  niches  pratiquées  dans 
le  mur,  comme  les  nids  des  pigeons.  Il  y avoir 
ordinairement  une  infeription  au-deffus  de  chaque 
urne,  qui  apprenoit  le  nom  de  la  perfonae  dont 
elle  ren  fermoir  les  cendres. 


En  1726  , on  trouva  près  de  Rome  le  columba- 
rium de  la  maifon  de  Livie,  c'eR-à-dire,  des  of- 
ficiers de  fa  maifen  , &■  de  leurs  femmes  & enfans. 

Plufieurs  antiquaires  d'Ita’ie  ont  donné  la  figure 
de  ce  columbair e avec  les  infcrîptîons  que  l'on  y 
lifoir.  Le  Père  Montfaucon  a publié  le  deffin  d'un 
femblable  cglumbaire  ,•  & l'on  en  voit  un  pareil 
dans  les  peintures  de  Sante-Bartoli. 

Spon  ( Mifceilan.  Antiquit.  ) a publié  les  inf- 
criptions  qu'on  lifoit  dans  le  columbaire  de  la  fa- 
mille Abuccia.  En  voici  la  principale  : 


X.  ABUCCIUS  HERMES  IN  HOC 
ORDINE  AB  IMO  AD  SUMMUM 
COLU'^tBARIA  IX.  OLLÆ  XVIlf 
5IBI  nOSTEP.ÎSQUE  SUIS. 

Les  niches  renfermoient  quelquefois  deux 
Autii^uitcs , Tome  if. 


COM  129 

urnes  ; c’etoient  les  cendres  du  mari  & de  la 
femme. 

COLUMELLA  , petite  colonne.  On  donnoic 
ce  nom  aux  cippes  que  l'on  élevoit  fur  les  fépul- 
tures.  Cicéron  dit  ( de  leg.  iL  26.  ) que  le  Légis- 
lateur Pittacus  fixa  à un  cippe,  ou  columella  de  trois 
coudées  de  hauteur  les  ornemens  des  fépultures  : 
Pittacus  fuper  terra  tumulum  noluit  quid  fiatui  , 
nip  columellam  tribus  cubitis  ne  altiorem. 

COLUMNARII , gens  perdus  de  dettes,  & 
qui  avoient  été  fouvent  cités  par  le  Préteur  au 
pied  de  la  colonne  Méniane  (C/cfr./àmi/.  nu.  9.). 
Nolo  te  putare  Favonium  a columnariis  prsteritum 
effe. 

COLUMNARIUM , impôt  que  la  loi  Julia 
fomptuaire  avoir  établi  far  le  nombre  de  colonnes 
qui  fe  èrouvoient  dans  chaque  édifice  de  Rome. 

COLYBRASSOS,  en  Ciücie,  koatbpacceon. 

On  a des  médailles  impériales  grecques  de  cette 
ville,  frappées  en  l'honneur  de  Trébonien-Gaiius, 

de  Salonin. Pellerin. 

COLYSÉE.  Voyei  Colisée. 

COMÆUS , furnom  d'Apollon,  fous  lequel  iî 
étoit  adoré  à Séleucie  , d’où  fa  ftatue  fut  portée 
à Rome  , & placée  dans  le  temple  d'Apolion- 
Palatin.  On  dit'que  les  foldats  qui  prirent  Séleucie 
s'étant  mis  à chercher  dans  le  temple  d'Apollon 
Com&us  des  tréfors  qu’ils  y fuppofoient  cachés  , 
il  fortlt  par  l'ouverture  qu'ils  avoient  faite  , une 
vapeur  empoifonnée  qui  répandit  la  pefte  depuis 
cette  ville  jufques  fur  les  bords  du  Rhin  5 c'eft-à- 
dire  que  ce  pillage  & cette  pefte  ( fi  elle  eft  vraie  ) 
arrivèrent  en  même-temps  , & que  le  peuple  , 
toujours  fuperftitieux  , regarda  l’un  de  ces  événe- 
mens  comme  la  caufe  de  l'autre.  Apollon  - Comsus 
veut  dire  Apollon  a belle  chevelure  ,•  I sdee  poéti- 
que de  donner  à Apollon  une  belle  chevelure 
blonde  , vient , félon  toute  apparence  , de  la  ma- 
nière éparfe  dont  on  voit  fes  rayons  lorfqu  11s 
tombent  obliquement  fur  une  forêt  épailFe  , & 
qu’ils  pafient  entre  les  feuilles  des  arbres^comme 
de  longs  filets  lumineux  & blonds.  Les  Naucra- 
tiens  célébroient  fa  fête  en  habit  blanc  , feloa 
Athénée. 

COMAGÉNE.  Voyei  Commagène. 

COMANA  , dans  le  Pont  Galatique.  KO- 

MANQK.  . . 

Les  médailles  autonomes  ae  cette  ville  lont; 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  arge.nt, 

O.  en  or. 

Leur  type  ordinaire  eft  l’égide. 

Devenue  colonie  Romaine,  Comana  a fait  frap- 
per des  médailles  latines  en  l’honneur  de  Cara- 
calla  , avec  cette  légende  : 

COL.  lüL.  AUG.  F.  COMANORUM.  — Coîvnîa 
Julia  AuguJlafclijC  Comanorum. 


1 3 O C O M 

COMANE.  Bellone. 

COMARCiOS,  air  J ou  nome  de  fiatc  des 
Grecs. 

COAÎASIE.  Foyêç  Gélasie. 

COAÎBAT  J fe  dit  des  jeux  folemuels  des  Grecs 
& des  Romains  à l'honneur  des  Dieux  , tels 
ou  étoient  les  jeux  Olympiques , les  Pythiens^  les 
Kéméens , les  Ifthmiens , les  combats  du  Cirque, 
les  Aftiaques  & les  autres  «font  nous  parlerons  a 
leur  place.  Les  combats  qui  sj  falfoient  etoient  la 
eourfe  , la  lutte , les  coups  de  poings  , le  palet , 
Scc.  Les  combattans,  qui  fe  nommoient  aihUus  , 
s Y préparoient  dès  la  jeunefi'e  par  des  exercices 
continuels  , & un  régime  très-exadl.  Ils  ne  man- 
geoient  que  de  certaines  viandes , & a certaines 
heures;  ils  ne  buvoient  point  de  vin,  & n avoient 
point  de  commerce  avec  les  femmes  ; leur  travail 
& leur  repos  étoient  réglés. 

Les  anciens  fe  plaifoient  à voir  àts  comoats 
d'animaux  domeftiqnes.  Tous  les  ans,  à certain 
jour  marqué,  on  falloir  combattre  dans  le  theatre 
d’Athènes  des  coqs  en  1 nonne ur  de  ceux  dont 
Thémiltocle  , allant  combattre  les  Perfes  , prK  le 
chant  pour  un  augure  favorable  ( Æiian.  il.  28.  )- 

Le  Comte  de  Cayius  ( Rec.  ni.  page^  zhi.  ) a 
publié  un  deffin  relatif  aux  combats^  d’animaux. 
Cette  gravure  rcptéfente  deux  Romains , qui  pa- 
roilïent  âgés , & qui  font  combattre  bien  ferieuie- 
ment  leurs  chèvres.  Sans  admettre  aucun  fujet  de 
fuperftition  dans  cette  gravure  , il  eil:  à préfumer 
que  les  paris  intéreffoient  ces  deux  Romains  au 
fuccès  de  ce  combat. 

On  voit  deux  boucs  qui  combattent  fur  les  mé- 
daillés de  ThelTalonique. 

COMBE  , fille  d'Ophias  , fut  changée  , dit 
Ovide  , en  oifeau , pour  la  préferver  de  la  fureur 
de  fes  enfans  ( M.ét.  7.  v.  382.  ) .• 


COM 


d’où  elle  fut  appelée  , félon  Cafaubon  , rofirat» 
domus. 

La  hauteur  des  temples  fe  comptoir  depuis  le 
pavé  jufqu’à  la  pointe  du  comble  ; e eil  pourquoi 
la  hauteur  totale  du  temple  de-  Jupiter  à Gkgenti 
étoit  de  cent  vingt  pieds  grecs. 

On  a déduit  de  fort  loin  l’étymologie  du  mot 
grec  qui  fignifie  comble  , & l on  a cherché  à y 
trouver  la  reffemblance  d un  aigle  eploye.  Winckel- 
mann  pcnfe  qu’on  a peut-être  mis  dans  les  com- 
mencemens  un  aigle  fur  le  comble  des  temples, 
parce  que  les  plus  anciens  étoient  confacrés  à Ju- 
piter , & que  de-là  elI  venu  le  nom  grec. 

COMÉDIE.  Voye:^  le  DiSiionnaire  de  Litté- 
rature, 

COMÉDIEN.  -Autant  les  Acteurs  étoient  en 
honneur  à Athènes , ou  on  les  chargeoit  quelque- 
fois de  négociations  & dambaRades  , autant 
étoient-iîs  méprifés  à Rome.  Non-feulement  ils 
n’avoient  pas  rang  parmi  les  citoyens  ; mas  en- 
core , iotfqu’un  citoyen  montoit  fur  le  theatre 
-avec  eux , il  étoit  chaflé  de  fa  tribu  & privé  du 
droit  de  fuffrage  par  les  Cenfeurs,  C’eft  ce  que 
nous  apprend  Scipion  dans  Cicéron  , cite  par 
S.  Augullin  ( Cité  de  Dieu,  liv.  n. 

Ciun  artem  luiieram  feenamque  totarn  prohro  du- 
cerent , genus  id  haminum  , non  modo  honore  rtli- 
quorum  civium  , fed  etiam  tribu  moven  notatioue 
cenforiâ  voluerunt.  L’exemple  de  Rofcius  , dont 
Cicéron  faifoit  tant  de  cas,  ne  prouve  pas  le  con- 
traire.  L^’orateur  eiHmoic  à.  la  vérité  les  ta. eus  ir 
Comédien  ; mais  il  prifoit  encore  davantage  les 
vertus,  qui  le  dillinguoient  tellement  de^ fes  ca- 
marades , quelles  fembloient  devoir  1 excmre  du 

théâtre.  , „ 

On  peut  dire  la  même  chofe  du  Comédien  don 

on  lit  l’épitaphe  fuivante  à Rome,  au-deia  du  pont 
Milvius  : 


Ai^acethis  Vletiron,in  qua  trepidandbus  alis , 
Ophias  effugit  natorum  vulnera  Combe. 

II  y eut  une  tinirt  CarrAe , fille  d’.Afopus,  qui 
ftit  furnommée  Ckalcls  , pour  avoir  invente  les 
armures  de  cuivre. 

COMBLE  ou  FRONTON.  comble  s’appe- 
loît  en  grec  «rW  ou  oArainà,  un  nç^  le  yoyoit 
qu’aux  bâtimens  ou  aux  temples  dont  le  toit  for- 
moit  avec  la  couverture  un  triangle  équilatéral  ; 
car  les  maifons  n’étoient  pas  toutes  en  terraffe  8c 
fons  comble , comme  le  prétend  Saumaife.  On  peut 
s’en  convaincre  par  h vue  de  peintures  anciennes. 

l’on  regarda  le  comble  du  çalais  de  Céfar  comme 
fin  pronoftte  de  fon  apoîhéofe  future  ; il  ne  faut 
pas  entendre  par-là  le  comble  feul , mais  la  fculp- 
ttre  en  bolTe  , ou  plutôt  les  figures  entières  qui 
ornoieiit  cet  édifice  , fuivant  k manière  de  déco- 
rer les  frontons  des  temples.  Pompée  fit  placer  des 
proues  de  YaifTcau  fur  le  comble  de  fa  tnaifon  , 


LAUDAXeS.  POPULO.  SOLITUS.  MANBATA. 

REFÉRRE. 

ABLECTOS-  SCENÆ.  PARASITUS-  APOLllNIS^ 
IDEM. 

MüLTARfTM.  IN  MIMIS.  SALT ANTIBUS.  UTlUS.- 
ACTOR. 

Les  Empereurs  & les  ConRils  sécompeafbient 
les  Comédiens  qui  excelloient  dans  leur  art , 
leur  diftribuanc  des  couronnes  , des  , 

anneaux  & des  palmes , foit  pendant  le  / 

foitdans  les  jeux  Capitolms  ou  dans  ceux  a • P 
Ion.  Les  appkudilTemens  du  peuple 
gnoient  ordinairement  ces  récompenfes-  re 
publié  une  infeription  qui  parle  de  ce  co 
nement  ; 

1.  SURREDI.  L.  F-  CLV 
FELICIS, 


C O M 

PROCURATORIS.  AB 
SCAEN.  TKIAT.  IMP 
CAESAR.  DOMITIAK 
PRINCIPI 

CORONATÔ.  CONTRA 
OMNES.  SCAENICOS. 

Et  Sidoine  Apollinaire  ( Carm.  xxiu.  4M-) 

Hic  mox  pr&cipit  &quas  imperat^r 
Palmîs  ferica  , torquibus  corenas 
Conjungi  , & meritnm  remnnerari. 

Les  figures  d’hommes  qui  repréfentent  des 
perfonnages  comiques  ou  tragiques^  font  les  feules 
q-ui  portent  des  manches  longues  & étroites  , 
ainfi  que  nous  le  voyons  à deux  petites  llatues  ae 
comiques  à la  villa  Mattel , & à une  autre  fembla- 
b!e  à la  villa  Albani,  de  même  qu  à une  figure 
tragique  fur  un  tableau  d’Herculanum  (Prît.  Ere, 
t,  4.  tav.  4t.  ).  Cependant  cet  ajuâement  eft  en- 
core plus  fenfible  ^ & fe  voit  à un  plus  grand 
nombre  de  figures  fur  un  bas  - relief  de  la  villa 
Pamîiii  , que  Winckelmann  a fait  conncitre  dans 
fes  monumens  de  l’antiquité  ( Monum.  Ant.  ined. 

189.)-  Les  valets  de  Comédie  ■portoitnt  àeSxxs 
1 habillement  à longues  manches  étroites  ^ une 
cafaque  courte  avec  des  demi  - manches  {Pict. 
A4,  ritv. -33.  )• 

Pour  connoïtre  les  collâmes  des  Tragiques 
Grecs  & Romains^  il  faut  confulter  les  bas-reli^s 
.des  moniLTnenti  de  Winckeimann , qui  en  repre- 
fentent  plufieurs.  Les  peintures  du  Térence  du 
Vatican  feront  eonnoitre  de  même  les  coftumes 
des  comiques. 

Les  théâtres  des  anciens  ayant  une  étendue 
triple  & quadruple  des  nôtres  , on  donnoit  aux 
Comédiens  des  habülemens  qui  fiiifoient  diftinguer 
de  fort  loin  les  tôles  dont  iis  étoient  charges.  Par 
exemple  ^ les  mafques  des  femmes,  qui  , dans  les 
tragédies  apportoiènt  la  nouvelle  de  quelque  mal- 
heur , étoient  accompagnés  de  chevelures  lon- 
gues , éparfes  & fiotcantes  fur  les  épaules.  Le 
principal  perfonnage  de  femme  dans  les  mêmes 
tragédies,  portoit  ordinairement  fes  cheveux  noués 
fur  le  front , ou  le  corymbion  des  jeunes  filles. 
De  même  encore  les  parafites  & ceux  qui  ven- 
doient  des  femmes  débauchées  portoient^un  bâ- 
ton droit , appelé  «(iss-xs?  ; les  divinités  enampe- 
tres  J les  bergers,  les  payfans.portoient  le  bâton 
courbé  , ou  pedum  i les  Hérauts  , les  Envojres, 
les  AmbaflTadeurs  port.oient  un  caducée}  les  Héros 
dans  la  tragédie  tenoient  une  maffue  ; les  Rois 
s’appuyoient  fur  un  feeptre  long  & droit , &'c. 
&C.  Voye-q_  ACTEURS  , AcTRICES  , TRAGIQUES. 

CCrmTES.  } 

déf^n.r  d-ins  foB  crîgîns  des  rerfennes  diûinguées 


COM  I 

qui  étaient  à la  Cour  ou  à la  fuite  de  l’Empe- 
reur ; elles  furent  ainfi  nommées  h Comitanda  , 
vel  commeando.  De-lâ  vint  qu’on  appela  Comtes 
Palatins  ceux  qui  étoient  toujours  dans  le  palais 
au  côté  du  Prince.  On  les  nommoit  aufl'i  Cornues  k 
latere.  Au  temps  de  la  république  on  appeloit 
Cornâtes  chez  les  Romains  tous  ceux  qui  accora- 
pagnoient  las  Proconfuls  8c  les  Pro-préteurs  dans 
les  provinces  pour  y fervir  la  république  , comme 
les  Tribuns,  ceux  qu’on  nommoit  Prsfecti,  Içs 
Ecrivains  , &c.  Cela  paroît  par  l’Oraifon  de  Ci- 
céron , pro  C.  Rabirio  Pafiumo  , n.  13.  SoUS  les 
Empereurs  les  Comtes  étoient  tous  les  Officiers 
de  la  Maifon  de  l’Empereur.  Il  femble  même 
qu’on  peut  faire  commencer  les  Comtes  dès  le 
temps  d’Augufte  , qui  prit  plufieurs  Sénateurs 
pour  être  fes  Comtes , ainfi  que  Dion  k rapporte 
( l.  LUI.  ) c’eft-à-dire,  pour  l’accompagner  dans 
fes  voyages  , & pour  i’affifter  dans  les  affaires  qui 
fe  jugeoient  alors  avec  la  même  autorité  que  II 
elles  eufTent  été  jugées  en  plein  Sénat.  GaUiea 
leinble  avoir  aboli  ce  Confeil  , en  défendant  aux 
Sénateurs  de  fe  trouver  dans  les  armées;  &_fes 
fiîccelTeurs  ncle  rétablirent  pas.  Mais  s’ils  n’avoient 
pas  avec  eux  un  corps  de  Sénateurs,  ils  y fuja- 
piéoient  par  un  Confeil  compofé  de  gens  de  mé- 
rite. DécébaJe,  Roi  des  Daces,du  rems  de  Trajan, 
voulant  peut-être  imiter  les  Empereurs  , avoit 
auifi  fes  Comtes  , qui  étoient  des  perfonnes  confi- 
dérables,  mais  non  les  premiers  de  fon  royaume. 
C’eft  Dion  qui  nous  l’apprend  C /.  lxviu.  ) 

Ces  Confeillers  des  Empereurs  étoient  donc  vé- 
ritablement Comtes  , c’ell- à-dire  , compagnons  da 
Prince,  & ils  en  prenoient  quelquefois  le  titre, 
mais  en  y ajoutant  le  nom  du  Prince  qu'ils  accom- 
pagnoieiit.  Ainfi  c’étoit  plutôt  une  marque  de  leur 
emploi  qu’un  titre  de  dignité.  Conftantin  en  fit 
une  dignité  , & c’eft  fous  lui  qu'on  commença  à' 
le  donner  absolument  au  Comte  Denis  & à divers 
autres  ; & cet  ufage  étant  une  fois  établi , on  le 
donna  affez  indifféremment , & à ceux  qui  fui- 
voientla  Coiir,ou  qui  accompagnoient  l’Empereur, 
& généralement  à prefque  toutes  fortes  d Offi- 
ciers , comme  on  le  peut  voir  par  la  longue  Ikte 
qu’en  a faite  du  Cange. 

On  donnoit  aaffi  le  titre  de  Comte  pour  honorer 
ceux  qui  avoient  bien  fervi  le  public  ; par  exem- 
ple , dans  le  code , cette  qualité  eft  donnée  aux 
Avocats  & aux  Profeifears  en  Jurifprudeace  qui 
avoient  fervi  vingt  ans.  Amfi,  quoique  le  titre  ou 
le  nom  de  Comte  fut  en  ufage  avant  Conftantin  , 
ce  n’écoit  point  encore  le  nom  d’une  dignité  par- 
ticulière &:  dérerminée.  C'eft  cet  Empereur  qiu 
en  fit  une  dignité  , & qui  divifa  les  Comtes  en 
trois  ordres  , ainfi'que  nous  l’apprend  Euicoe  , 
dans  la  vie  de  ce  Prince.  Les  premiers  portoienc 
le  titre  d'illuftres , illujlres  ; les  féconds  celui  de 
clarifiimes  , cLui^rr.i  , 81  cXiWdXe,  fpectabiles  ; :es 
troifiènies  fe  nommoient  très-pariaits  , perfcâyf- 
Le  Sénat  étoir  compofé  des  deux  pre.miers 


COM 

ordres  ; ceux  du  dernier  n’y  entroient  point  j 
mais  ils  jouiffoient  de  plufieurs  des  privilèges  des 
Sénateurs.  Il  y avoir  plufieurs  efpèces  de  Comtes  , 
dont  les  uns  fervoienr  fur  terre  & les  autres  fur 
mer.  Le  premier  de  tous  s’appela  dans  le  basr 
Empire  Protocomte  , Protocomes. 

A peine  le  nom  de  Comte  fut-il  devenu  un  titre 
d'honneur  chez  les  Romains , qu’il  fut  ambitionné 
par  un  infinité  de  particuliers  , qu’il  devint  très 
commun  > & par  conféquent  peu  honorable.  Il  y 
eut  des  Comtes  pour  le  fervice  de  terre  , pour  le 
fervice  de  mer , pour  les  affaires  civiles , pour 
celles  de  la  religion,  pour  la  jurifprudence,  &c. 
Nous  allons  expofer  en  peu  de  mots  les  titres  & 
les  fondions  des  principaux  Officiers  qui  ont  porté 
dans  l’antiquité  le  nom  de  Comte , félon  l’accep- 
tion antérieure  à celle  qu’il  a aujourd’hui  dans 
l’Europe. 

On  nomma  Comf.s  Egypti  un  Miniftre  chargé 
de  la  caillé  des  impôts  fur  la  foie , les  perles  , les 
aromates,  & autres  marchandifes  précieufes  : fon 

Fouvoir  étoit  grand  > il  ite  rendok  compte  qu’à 
Empereur  ; le  gouvernement  d’Egypte  étoit  at- 
taché à fa  dignité  5 on  le  défignoit  auffi  quelque- 
fois par  Cornes  rationalis [ummarum.  Comfs  eraril, 
ou  Cornes  largitionum  , une  efpèce  d’intendant 
des  finances  des  Empereurs  , le  garde  de  leurs 
revenus  , & le  diftribureur  de  leurs  largelTes. 
CoMES  Africa.  , ou  dux  limitaneus  , un  gouver- 
neur en  Afrique  des  forterelTes  & places  fron- 
tières i il  commandoit  à feizc  fous -gouverneurs. 
CoxEs  alanus , le  chef  d’une  compagnie  de  fol- 
dats  Alains  j il  étoit  fubordonné  au  magifier  mîLi- 
tiim.  CoMEs  armons , un  officier  chargé  par  l’Em- 
pereur de  l’approvifionnement  & de  la  fubfiftance 
générale  de  Conftantinople.  Comes  arckiatrorum 
facri  pa/atü  , un  chef  des  Archiatres  du  facré  pa- 
lais, ou  le  premier  M-édecin  de  l’Empereur  5 il  fut 
du  premier  , du  fécond  ou  du  troifième  ordre  , 
félon  le  plus  ou  le  moins  de  crédit  qu’il  obtint  au- 
près du  Prince.  Comes  argentoratenfs  , un  com- 
mandant de  la  garnifon  de  Strasbourg.  Comes 
aari , un  garde  de  la  vailfelle  d’or  & d’argent  de 
l’Empereur , ou  un  officier  chargé  de  mettre  en 
ordre  l’argent  des  coffres  de  l’Empereur  , on 
fappeloit  encore  directeur  fcriniî  aurea  mafa  , 
ou  infpeéleur  général  des  mines.  Comes  Bri- 
tannia , celui  qui  commandoit  fur  les  côtes  de 
cette  province  pour  les  Romains  j il  s’appeloit 
aufîî  Cornes  mariiimi  cratîus  , Comes  littoris  , Co- 
mes littoris  Saxonîci  per  Britanniam.  Comes  buc- 
t'mdtorum  chef  des  trompettes,  un  infpeéteur 

& juge  de  cette  troupe-  Comes  cafirenfis  , un 
chef  des  bas-officiers  de  la  bouche  du  Prince,  ou 
un  pourvoyeur  général  du  camp  , ou  dans  des 
temps  pjus  reculés  , le  gouverneur  d’un  camp  ou 
d'un  château  fortifié.  Com-es  catapkraBarius \XTX 
chef  de  cuirafiiers.  Comes  czoïtatts  , le  premier 
magillrat  d une  viV-e.  Comes  clioariarius  ^ le  meme 
qtK  euiaphr.actarius.  Comms  commerciorum  , Uli 


C O Aî 

mfpeéleur  général  du  commerce  ; il  avoir  fous  lui 
lesintendansdu  commerce  de  l’Orient,  de  i’Égyp. 
te , de  la  Méfie , de  la  Scythie , du  Pont  & de 
rillyrie  j ils  veilioient  tous  aux  importations , ex- 
portations, Sfc.  & ils  étoient  foutenus  dans  leurs 
fonctions  par  une  milice  particulière.  Comes  facri 
corfiflorii , un  officier  de  confiance  de  l’Empereur; 
il  afiifîoit  à la  réception  des  Ambaffadeurs  ; il 
avoir  place  auconfeil,  lors  même  qti’oa  y déii- 
béroit  des  affaires  les  plus  fecretres;  ce  Comte  fut 
du  premier  ordre.  Comes  contanorum  , uachef 
despiquiers.EoAtzs  difpoftionum,un  miniftre  de  la 
fuerre  ; il  avoir  fa  caiffe  particulière,  d’où  il  étoit 
appelé princeps  fai  fcrinii,  in  capite  conftitittus,prior 
in  fcrinio,  Comes  domefticoram  , un  chef  des  gardes 
de  l’Empereur  ; fa  fonélfon  en  paix  & en  guerre 
étoit  de  veiller  à la  perfonne  de  l’Empereur  fins 
pouvoir  s’en  éloigner  : il  abufa  quel,;uefois  de  fi 
place.  II  y avoir  des  gardes  domeftiques  à pied  & 
à cheval  > on  appeloit  ceux-ci  proteüores  , & on 
les  comprenoit  tous  fous  le  nom  de  pratoriard. 
Comes  domorum , un  infpeéleur  des  bâtim.ens  du 
Prince  ; il  portoit  en  Cappadoce  le  nom  de  Comes 
domus  divins.  Comes  equorum  regiorum , un  grand 
écuyer  de  l'Empereur.  Comes  excubitoram  , ua 
chef  des  gardes  de  nuit.  Comes  exercitus  ,.  Comes 
rei  militaris  un  général  d’armée.  Comes  fœdera- 
torum , un  chef  des  foldats  étrangers  & des  foit- 
dovés.  Comes  formarum  , un  infpeâeurdes  aqué- 
ducs  ; on  l’appeloic  auffi  adilis  ou  curator  forma- 
rum. Forma  fignifioit  un  canal  de  brique , de  char- 
pente ou  de  piçrre  dure..  Cet  infpecteur  étoit  fu- 
bordônné  au  prafecïus  urbis.  Comes  gildoniaci  ,. 
un  infpcéteur  des  domaines  que  Gildo  poffédoit 
en  Afrique  , & qu’il  perdit  avec  la  vie  l’an  401  de- 
J.  C.  Il  étoit  fubordonné  au  Comes  rerum  priva- 
tarum.  Comes  korreorum  , un  infpecteur  des  gre- 
niers. Comes  Italia  , le  gouverneur  des  fron- 
tières de  l’Italie.  Comes  Italicianus  oil  Galltcanus, 
le  tréforier  de  la  chambre  des  domaines  des  Gaines 
& de  l’Italie;  on  Tappela  quelquefois  Cornes  Ur- 
gitionum  , quand  fon  diltrîét  fut  borné  à un  dioce- 
fê.  Comes  largitionum  comhatenpum  , un  trefo- 
rier  de  l'Empereur  & un  diftribureur  de  fes  bien- 
faits privés  ; il  fuivoit  le  Prince  en  voyage  ; les 
commis  s’appeloient  largiti'onales  comitatenfes , de 
largitionibus  , de  privatis  , de  facris  , de  comitc- 
tenfibus , noms  fynonymes  entre-eux , comme 
largiûo  , ararium  , fifeus  y &c.  Comes  largitionum 
privatarum  y vLXt  comxb\tnr  des  revenus^  perfon- 

nels  & propres  de  l’Empereur  , & dont  il  ne  de' 
voit  aucun  compte  à l’État;  fes  fubalterrms  sap- 
pelotent  rationales  rei  privata  ; leur  cherporroît 
le  nom  de  prafeBus  ou  procurator  rei  privata  , 1 
veilloit  aux  bona  caduza  , vaga  mancipia  , 
Comes  largitionum  facrarum^  un  controleur  de 
finances  deftîhées  aux  charges  de  l’État,  comme 
les  honoraires  des  magiftrats  , la  paye  des  mm 
taires,  &c.  ; on  l’appeloit  quelquefois  Comes 
crurum  Comes  largitionum  , Cornes  facraxum~  ‘ 


COM 

munerationu.m.  Il  régloit  les  affaires  du  fifc^  H en 
faifoit  exécuter  les  débiteurs  i il  fournifi'oit  à 
I entretien  des  édifices  publics  : fon  diflriét  étoit 
Erès-étendu  ; il  jugeoic  à mort  ; il  connoiffoit  des 
tréfors  trouves  ^ des  impôts  , des  péages  , du 
change  ^ des  réparations  , des  confifeations  , &c. 
Co2,î:ss  Ltgum  j un  profefieuT  en  droit.  Coiitus 
i.mitis  ou  iimiianeus  , un  gouverneur  des  force- 
reffes  limitrophes.  Coj.:zs  marcarum  , le  même 
que  limitanius.  Coj^es  maritimê.  ^ un  gouverneur 
de  côtes  ; Tes  fubalterrres  s’appeloient  vice-comites 
maritime..  Copies  matrone  , xzn  écuyer  chargé 
d'accompagner  une  femme  ou  une  fiile  de  qua- 
lité 5 c'etoit  pour  elles  une  imprudence  que  de 
n'en  avoir  point.  Cou  es  metallorum  per  lllyricum, 
un  infpedleur  des  mines  de  ce  pays  3 il  étoit  fou- 
rnis au  Cornes  largitionum  facramm.  Cojîes  nota- 
riorum  , un  chef  des  gens  de  robe  , depuis  us 
chancelier.  Comes  numeri  cokortis , un  chef  d'une 
troupe  de  fix  compagnies  de  foldats  , qu’on  appe- 
loît  numerus.  Coîîes  obfequii  , un  maréchal-des- 
logis  de  l’Empereur.  Comes  officiorum  ^ le  chef  de 
tous  les  officiers  fervans  au  palais  de  l'Empereur. 
Comes  Orientis , un  vice-gérent  àüPrefecius.pre- 
torii  Orientis  ; ils  s'appeloit  w&.vrej'es  Orientis. 
Comes  pagi  , un  baflli  d'un  village.  Coetes  por- 
tuum , un  infpeéteur  des  ports  ^ en  particulier  des 
ports  de  Rome  & de  Ravennes.  Comes  palatinus 
ou  Comtî  a latere  , un.  juge  de  toutes  les  affaires 
qui  concernoient  l’Empereutj  fes  officiers  j fon 
palais  , fa  maifon  ; c'eft  de-là  que  defeendent  les 
Princes  Palatins  d'aujourd’hui , & les  Comtes  Pa- 
latins. Comes  patrimoniz  facri  , contrôleur  des 
revenus  propres  de  l'Empire  5 iî  étoit  fubordonné 
au  Cornes  privatarum  domus  divine.  Comes  pre- 
fens  ^ chef  des  gardes  de  fervice.  Co2.ees  pre- 
vincie  onreHor  provincie , un  gouverneur  de  pro- 
vince ; il  étoit  Comte  du  premier  ordre  ; il  com- 
Biandoit  les  troupes  en  guerre  5 il  jugeoit  à mort 
pendant  la  paix.  Les  Landgraves  de  ri4Jiem3gne 
font  remonter  leur  origine  jufqu'à  cet  officier. 
Comes  rei  militaris  , OU  exercitus  ou  miLitnrn  , 
un  générai  chargé  de  la  confervation  d'une  pro- 
vince menacée  de  guerre.  Comes  rei priVate  , ou 
rerum  plrivatarum  ou  largitionum  ; voyeq^  plus 
haut.  Comes  renumerationum  facramm  y yoye:^ 
plus  haut.  CoM-ES  riparum  & alvei , ou  plus  an- 
ciennement curator  alvei , un  inipecieur  du  Tibre; 
il  étoit  fubordonné  au  ptéfét  de  la  ville.  Comes 
fagittarius  , un  chef  d'archers  : ces  archers  fai- 
Ibient  partie  de  la  garde  à cheval  de  l'Empereur.. 
Comes  fckole,  un  chef  de  clalTe  : les  officiers  du 
palais  étoient  diftribués  en  claffes  5 il  y avoir  celles 
des  feutariorum  , des  vexillarlorum  j.  des  filentic- 
riorum  , das  exceptorum  , des  ckartularîorum , 
&c.  Ceux  qui  compo-foient  ces  clafTès  fe  nom- 
moîent  fcholares  , & leurs  chefS  j Comités  fckola- 
' r-iim.  Ils  etoiènt  fubordonnes  au  ma  gifler  officia- 
jzum.  Comes  vacans  ^ un  officier  vétéraoi  Comes 
-utfliarii ^VLVi  garde  du  linge  de,  l'Ensgeïeiir.yil  s'ap^r 


C O M 


T33 


peîoît  ZMfli  linee  veflis  magifier  : il  étoit  fous  le 
Cornes  largitionum  privatarum. 

, Les  i-rançois , en  s'érabliflant  dans  les  Gaules  , 
n abolirent  pas  entièrement  la  forme  du  gouver- 
nement aes  Romains.  Comme  les  gouverneurs 
des  villes  & des  provinces  s'appeloient  ComEcs  cc 
Dhc-Si  Lsjic  voulurent  point  y apporter  de  chan- 
gemeut.  C-ts  gouverneurs  commansioient  à la 
gueiTe;^  & pendant  la  paix  ilsrendoienr  la  juftîce. 
Ainfi  J par  les  Comtes  du  temps  de  Charlemagne 
il  taut  entenare  le  plus  fouvent  les  juges  ordi- 
naires, & tout  enfemble  les  gouverneurs  de  villes. 
Iis  etoient  àu-deffous  des  Dues  & des  Comtes 
qui  etorent  gouverneurs  de  pirovinces.  Ces  der- 
niers  avoient  donc  fous  eux  des  Comtes  confii- 
tues  dans  les  villes  part'cuiières  , & ne  cédoienc 
point  aux  Ducs  , qui  n éroienr  , comme  les  Com- 
tes , que  /impies  gouverneurs  de  provinces.  Ces 
derniers  Comtes  rendirent  leur  dignité  hérédi- 
taire  ^fous  les  derniers  Rois  de.  la  deuxième  race  , 
qui  émient  trop  faibles  pour  fe  faire  obéir.  Ils 
ururpèrent  même  la  fouveraineté,  lorfque  Hugues 
Capet  parvint  a la  couronne , fon  autorité  n-'érant 
ni  aflêz  reconnue  , ni  afièz  affèr.mie  pour  s'oo- 
pofer  à ces  ufurpateurs.  C’eft  de-là  qu'eft  venu  le- 
privilège  des  Comtes  ,.  de  porter  une  couron.-ier 
fur  leurs  armes.  Ils  la  prirent  alors  comme  jouif- 
fint  de  tous  lés  droits  des  fouverains.  Mais  peu- 
Rois  ont  remis  ces  Comtés  fous  leur 
obéifîance  , & les  ont  réunis  à la  couronne.. 

COMitSSATiO , collation  ou  repas  léger  que 
faiiorentles  Romains  peu  de  temps  avant  que  de- 
fe  coucher.  Suétone  ditde  Titus  (r.  7.  n.  i.  ; qu'il- 
prolongeoit  jufqu’à  minuit  ce  repas  avec  Tes  amis  t 
Quod  ad  mediam  noBem  comejfationes  cum.  profa- 
fiflimo  quoque  familiariunt  extenderet.- 

COMETES.  yoyeq;_  Égialée. 

COMÉTHE  , fiile  de  Ptérélas.  yoyer  Amehs- 
TR.10N.  . 

COSîETHO  ,.  PrêtrsTe  de  Diane-  Fhyrr  MÉ- 

NALiPPUS- 

COMÊthÉ  , L-’e  ^2  Ptérélas Roi  des 

Téléboéns,  trahir  fon  père  par  une  fureur  de- 
l’amour.  La  deftinée  de  Ptéiéras  aépendoit  d'um 
cheveu  , dont  fa  fille  feule  avoir  conn-oillance-» 
Amphitrion  étant  venu  affiéger  Thaphos  ,.  capitale" 
Gâs  'Téléboëns-,  ne- pouvoir  la  prendre^  iorfqsK; 
Cométo,  devenue  ainouremé  du  généra!  ennemi 
crut  lui  plaire  en  trahilfant  fon  père;  elle  gd uoa 
donc  ce  cheveu  fatal.  Ptérélas  fut  tué  ; & Cométo-^ 
pour  récompenfe  de  fa  peffidie,  fut  mifeà.morc 
par  ordre  de  celui  pour  l’amour  duq-uei  elle  Ka.voiE 
fiiitei 

COlHEIro  ( Apollon  ).  Woyeq^  Comævse. 
COMICtt , endroit  de  Rome. dans-  la. vnie  rér- 
giôrï-,.au  pied. du.  mont  Palatia;,,  vers: le.  eagitalfeia 


134  CO  M 

proche  le  fo"u.ni  romaiir  j où  fe  tenoicrit  ordinai- 
jeîT'cnt  les  Comices  par  curies,  il  u eioit , félon 
toute  apparence , ferrac  que  d'un  !r.ur_  percé  _de 
deux  portes  J par  une  delqueiies  une  curie  forcoit, 
tandis'  que  la  curie  fuivante  enrroit  par  Taucre  ^ 
félon  l'ordre  gardé  dans  les  ovU'm  on  fepta , zu. 
champ  de  Mars.  Une  lu:  couvert  qu  en  34).  On 
y ht  auiTi  des  portiques  , & on  y éleva  des  Ibtues; 
cfétoit-îà  qu  était  le  putc'sl  Hbor.is  ^ i’aucel  ou  les 
magirtrars  prêtoient  ferment;  ie  figuier  fauvage 
fous  lequel  la  louve  a\«oit  allaité  Rémus  & Ro- 
mulus  ; ia  Grande  pierre  notre  que  Romulus  ehoilît 
de  fon  vivant  pour  fa  tombe,  &c.  On  y jugeo^t 
certaines  caufes.  On  y punifidic  les  malfaiteurs  ; 
en  y fouettoir  à mort  ceux  qui  avoient  corrompu 
des  vertales.  On  croit  en  \ oir  aujourd  hui  les  reftes 
entre  les  églifes  de  Ste  Marte  la  Libératrice  éc  cis 
S-  Théodore. 

CO  MIC  RS.  C’eR  ainfî  qu'on  appeloi:  les  affem- 
blées  du  peuple  Romain  , qui  avotent  pour  objets 
les  afftires  del  Etat,  comitia.  Elles  eioicnt  convo- 
quées & dirigées,  ou  par  un  des  deux  Conluls  , 
ou  dans  la  vacance  des  Confu's  par  i'Interrex  , 
par  un  Préteur  , un  Diefateur , un  fribun  du  peu- 
ple , un  fouverain  Fontire  (ce  qui  n'écoit  pas  or- 
diinire  ) un  Décemvir  ou  un  Edile. 

Les  Comices  fe  tencient  pour  Péieélion  d’un 
magifîraî,  pour  quelque  innovation  dans  les  ioix  , 
pour  une  rtfolution  de  guerre  , réledlion  d’un 
gouverneur , la  dépofuion  d’un  général , ou  pour 
le  jugement  â’un  citoyen.  On  s’aîïembloic  dans 
le  champ  de  Mars  011  dans  le  forum , à l’endroit 
anpelc  comnium , ou  dans  le  capitole.  Les  citoyens 
h'abitansce  Rome  , ou  des  autres  parties  de  l’em- 
pire Romain  , y étoient  indiilinétement  admis. 
Cn  ifafiembloit  point  de  Comices  les  jours  de 
fêtes,  les  jours  de  foires,  ni  les  jours  malheu- 
reux. De  forte  qu’il  n’y  avoir  dans  l’année  que 
184  jours  de  Comices  , marqués  psr  un  C dans  le 
calendrier  de  Jules-Céfar  , & appelés  comitiaux. 
Ils  étoient  remis  quand  il  tonnoi:  ou  quand  il  fai- 
foit  mauvais  temps,  jove  tonante  , faigurame  , 
comitia  populi  liahere  nefas  ,-  lorfqiie  les  augures 
ne  pouvoient  commencer  ou  continuer  leurs  ob- 
fervatiens.  La  liberté  des  affembiées  Romaines 
fut  très-cenée  fous  Jules-Ctfar,  moins  fous  Au- 
guffe , plus  ou  moins  dans  la  fuite , félon  le  carac- 
tère des  Empereurs. 

La  diifincfioa  des  Comices  fuivit  la  diftribution 
du  peuple  Romain.  Le  peuple  Romain  étoi:  divifé 
en  centuries,  en  curies  &:  en  tribus  : il  y eut  doac, 
fur-tout  dans  les commencemens,  les  Comices  ap- 
pelées comitia.  trïhuta  , les  ettnata  8c  les  centuriata. 
Jls  prirent  auffi  des  ncftms  différens , fuivant  les 
ungiftratures  auxquelles  ils  dévoient  pourvoir;  & 
ii  y eut  les  Comices  confaltria  , pra.ta'i.'i  , ndilitia  , 
cenfori.:  , poraif.cia  , pi'oçonfularia , proprttoria  8c 
tribtmrtia,  fans  compter  d'autres  Comices  , dont 
i’ubjet  étant  particulier  , le  nom  l'écoic  auiTi,  tels 
que  les  calaia. 


COM 

Comices  dits  sdilitia , affembiées  où  Ton  elifoit 
les  Ediles  Curules  Se  Plébé'iens;  clies  étoient  çuel- 
quefois  convoquées  par  les  Tribuns  du  peuple 
quelquefois  par  les  Ediles  ; le  peuple  y étoit  dif- 
tribué  par  tribus. 

Comices  dits  calata  y le  peuple  y étoit  dilfribué 
par  curies  ou  par  centuries.  C'éroit  un  Liéteur  qui 
appeloit  les  curies  ; c’étoit  un  Cornicere  qui  appe- 
loir  les  centuries  ; elles  étoient  demandées  par  fe 
college  des  Prêtres,  & convoquées  par  les  Con- 
fuls  ; on  élifoit  dans  les  centuries  un  rex  facrip. 
culus , Se  dans  les  curies  un  fiaminc  ; on  n'appe- 
loit  que  dix-fept  tribus  : ce  n’ét«ient  donc  pas 
proprement  des  affembiées  qu’on  pût  nommer  co~ 
mitia,  mais  confilia;  on  y fâifoit  les  aéies  appelés 
adrogations  ou  adoptions  de  ceux  qui  étoient  leurs 
maîtres , fui  juris  ; on  y paffoit  les  tefiamens  ap- 
pelés de  ce  nom  , tefamenta  calata  j on  y traitoit 
de  la  cérémonie  appelée  teflatio  facrorum  , ou  de 
l'accomplilîement  des  legs  deftinés  aux  ciiofes 
ficrées  , félon  quelques-uns,  ou  de  la  confécra- 
tion  des  édifices  félon  d’autres. 

Comices  Ans  cenforia  , a'iemblces  ou  l’on  élifoit 
les  Cenfenrs  : ie  peuple  y étoit  dil-rioué  par  cen- 
turies , un  des  Confu'.s  y préiidoit  ; le  Cenfeur 
élu  entroit  en  charge  immédiatement  après  l’élec- 
tion , à moins  qu’il  n'y  eût  quelque  caufe  de 
nullité. 

Comices  dits  cer.tjiricta,  affemblees  ou  le  peu- 
ple étoit  dilfribué  en  193  centuries  : on  y decidoit 
les  affaires  à ia  pluralité  des  voix  des  centuries  ; 
on  en  fait  remonter  l’inftitution  juf'qiies  fous  le 
Roi  Servies  Tullius  ; on  y élifoit , au  temps  de  la 
république,  les  Confuls  , les  Préteurs,  les  Cen- 
feurs,  quelquefois  les  Proconfuls,  le  rex facronm; 
on  y délibéroic  des  loix  , des  traités  ce  paix , des 
déclarations  de  guerres  , du  ingement  d un  ci- 
toyen in  crimine  perdutliiems.  Les  Confuls  y pré- 
fîdoient , en  leur  abfence  c’étoient  les  Diétareurs, 
les  Tribuns  militaires  qui  avoient  puiffançe  coa- 
fulaire  , les  Décemvirs  appelés  legilas  feriiendts , 
Vinterrex  j on  les  annonçoit  au  peuple  par  des 
; crieurs  ou  par  des  affiches  ou  publications  faites 
dans  trois  marchés  confécutifs  ; on  ne  les  tenoit 
point  dans  la  ville  , parce  qu’une  partie  du  peupiC 
s’y  trouvoit  en  armes;  c’étoit  au  champ  de  .Mars- 
O land  les  Quefteurs  ou  Tribuns  du  peuple 
fidoient,  il  ne  s’agiiToit  que  du  jugement  dun 
citoyen  ; cependant  il  falloir  que  le  Comice  fut 
autorifépar  le  confentement  d’un  Conful.  Lyti- 
que l’objet  de  l’affemblée  étoit  ou  la  publication 
d’une  loi , ou  le  jugement  d’un  citoyen  j 
n’avoit  point  de  jour  fixe  ; s’il  s’agiffoic  de  1 élec- 
tion d’un  magiffiv.r , elle  fe  faifoit  uéeeffairement 
ava«t  que  le  temps  de  la  fonélion  de  cette  magu' 
trature  fût  expiré.  Il  n’y  eut  cependant  de 
fixe  qu’en  60c;  ce  fut  le  premier  Janvier.  . 

11  faüoit  toujours  l’agrément  du  Sénat;  & , 
i dépendait  de  lui  d'infirmer  ou  de  cenfirmer  l-i  de 
! iibérafior- qu  Comice.  Ces  actes  du  delpotifmç  p^' 


COM 

trk?ea  déplaifoient  au  peuple  ; & QylnîHS  PQ- 
bhus  Fhiio  parviBt  à ks  réprimer  ^ en  taifant  pro- 
pofer  au  peuple  les  fuiets  de  délibération  & les 
opinions  du  Sénat  ^ par  le  Sénat  même  j ce  qu'on 
appeloit  autores  péri.  Le  peuple  devint  ainfi  juge 
des  délibérations  du  Sénat , au-!ieu  que  le  Sénat 
avoir  été  jufqa'alors  juge  des  fiennes.  Quand  le 
Scnat  vouloir  des  Comices  , on  les  pubüoit  comme 
BOUS  avons  dit;  le  jour  venu  , on  confuitoic  les 
Augures  J on  faerifioit;  & s'il  ne  furvenoit  aucun 
obftacle  le  Préfiaent  conduifoit  le  peuple  au 
champ  de  Mars.  Là , il  propofoit  le  fujet  de  îa 
délibération  J Favis  du  Sénats  & difok  au  peu- 
ple: Rogo  vos  , quirites  , velitis  , jubeatis , &c, 
Auflîcôc  chaque  citoyen  fe  rangeoit  dans  fa  ciaffe 
& dans  fa  centurie;  on  commençoit  à prendre  les 
voix  par  la  première  clafTe  & dans  cette  ciaffe 
par  les  dix-huit  centuries  de  chevaliers  ; on  paf- 
foit  enfuite  aux  quatre-vingt  autres  centuries. 
Quand  le  confentement  étoit  unanime  l'affaire 
étoit  prefque  terminée.  Si  les  fenrimens  étoient 
partagés  , on  prenoit  les  voixjde  la  fécondé  ciaffe  ; 
en  cas  de  partage  des  voix  , on  prenoit  celles  de 
la  troifîème  ; & ainlî  de  fuite  jufqu'à  la  quatre- 
vingt-dix-feptième.  En  cas  d’égalité  de  voix  dans 
les  cinq  premières  claffes,  ou  dans  les  19a  cen- 
turies qui  les  compofoient  , la  lîxième  ciaffe  dé- 
cidoit.  On  alloit  rarement  jufqu'à  la  quatrième  ou 
cinquième  ciaffe.  Sous  la  république  ^ on  metroit 
tous  les  noms  des  centuries  dans  un  vafe,  & l'on 
en  tiroir  au  fort  le  rang  de  voter.  La  première 
centurie  tirée  s'appeloit  centuria  pr&rogadva.  Les 
autres  centuries  adhéroient  ordinairement  à fon 
avis,  & cette  centurie  à l'avis  de  celui  qui  votoit 
le  premier.  Les  Candidats  ne  négîigeoient  doTTc 
pas  de  s’affûter  de  cette  première  voix.  Les  cen- 
turies qui  doniToient  leurs  voix  après  la  première  , 
fèlon  que  le  fort  en  avoir  ordonné  , s'appeloient 
jur&  vocatü.  Il  importoit  encore  beaucoup  de 
s’affurer  de  la  voix  du  premier  de  chaque  jure 
vocata. 

Ces  Comices  par  curies  repréfentèrent  dans  îa 
fuite  les  Comices  par  tribus  ; au-!ieu  qu'ancien- 
nement  on  n'entroit  point  en  charge  fans  avoir 
ctê  élu  par  les  Comices  , appelés  tributaria  & cen- 
turiata.  Alors  le  peuple  votoit  à haute  voix  ; 
comme  cela  n'étoit  pas  fans  inconvénient,  il  fut 
arrêté  en  611  , far  les  repréfentations  du  Tribun 
Gabinius,  que  les  voix  fe  prendroient  autrement. 
On  employa  des  tablettes.  S'il  s'agiffoit  de  laix, 
on  tnettoit  fur  la  tablette  les  lettres  V.  R.  uti 
'’ogas , ou  la  lettre  A.  antiqao  , j'abroge.  Pour 
l'eleélion  d’un  Magiflrat , on  mettoit  fur  la  ta- 
olette  la  première  lettre  de  fon  nom.  Ces  tablettes 
étant  dilîn’buées  au  peuple  par  ks  Diribiteurs , 
la^  centurie  dite  pr&rogativa  , appelé#  par  un 
crievir  , approchoit  & entroit  dans  une  enceinte  ;. 
on  en  recevoir  les  tablettes  fur  le  pont  à mefure 
quelle  paffoit,  & on  les  jetoit  dans  des  urnes 
gardées  par  les  cajîoa'sjqj  peux  empêcher  k firaiide.  ■ 


C O M 135 

Qnand  les  tablettes  étoient  toutes  reçues  , les 
ciiftodes  OH  gardiens  les  tiraient  des  urnes  , & fé- 
paroient  celles  qui  étoient  pour  & contre,  ce 
qui  s’appeloit  dirimere  fufragia  ^ ils  marquoienc 
les  fuffrages  différens  par  le  moyen  des  points  : 
ainfi  des  autres  centuries.  Lorfqu’il  y avoir 
égalité  de  voix  , & que  par  conféquent  la  diffé- 
rence étoit  nulle  , on  n'annonçoit  point  cette 
centurie  , & on  la  paffoit  fans  mot  dire  , excepté 
dans  les  affaires  capitales,  ou  quand  il  s’agiffoit 
d'emploi  ; alors  on  faifoit  tirer  au  fort  les  Candi- 
dats. Pour  le  confulat,  il  falloir  avoir  non-feule- 
ment l’avantage  des  fuffrages  fur  fes  compéti- 
teurs, mais  réunir  plus  de  la  moitié  des  fuffrages 
de  ch.aque  centurie.  Alors  que  Féieciion  étoit  va- 
lable, celui  qui  tenoit  les  Comices,  difoit  : Quod 
miki  , magiflratuique  meo , populo , plebique  B.o- 
man&  bene  atque  feleciter  eveniat  , L.  Miursnam 
confulem  renuntie.  Cela  fait  , les  Comices  fe  fépa- 
roient;  on  accompagnoit  l'élu  jufques  chez  lui  , 
avec  des  acclamations  , & l’on  rendoic  les  mêases 
honneurs  à celui  qui  fortoit  de  charge. 

Comices  confulaires  ; le  peuple  y était  difirfbué 
par  centuries  ; on  y élifoit  les  Confuls.  Les  pre- 
miers fe  tinrent  en  24y  par  Sp.  Lucretius,  in- 
terrex  pour  lors  , & on  y nomma  Confuls  iff. 
Jun.  Brutus  & Tarqiiinms  Collatinns.  On  créa 
fouvent  un  interrex  pour  préfîder  à ces  Comices  , 
quand  l'éleélion  des  Confuls  ne  fe  pouvoit  faire 
au  temps  marqué.  \J interrex  fous  lequel  l’élection 
des  Confuls  fe  commençoit,  n’en  voyoit  pas  or- 
dinairement la  conclufion,  fon  règne  n’étant  que 
de  cinq  jours  ; on  en  créoit  donc  un  fécond.  Ce 
fut  dans  la  fuite  à un  Conful  à tenir  les  Comices 
confulaires.  Au  défaut  d’Exconfïil  , on  créGÎt  un 
Dictateur.  lisfetenoient  à la  fin  du  mois  de  Juillet: 
ou  au  commencement  d'Août.  Lorfque  les  féances 
étoient  interrompues  j l'éleélion  duroit  jufqu'atî 
mois  d'Oélobre.  Cependant  les  Candidats  ou  pré- 
tendans  au  Confulat  s’appeloient  Corfuls  défignés „ 
Confules  defignati  ,•  la  fonélion  des  Biâateurs 
ne  finiffoit  qu'au  premier  Janvier  ; & avant  qu'orï 
eût  fixé  le  premier  Janvier,. qu'aux  premiers  jours 
de  Mars.  Alors  les  Confuls  défignés  entroient  e» 
exercice.  Voye-i^  les  Csmices  Centuriata. 

Comices  dits  curiata  ; affemblées  OÙ  le  peuple 
étoit  diitri’oué  dans  fes  trente  curies,  & où  l'oiï 
terminoit  les  affaires  félon  le  plus  grand  nombre 
de  voix  des  curies.  On  en  fait  remonter  l'origine 
jufques  fous  Romuliis.  On  dit  même  qu'à  la  mort 
d'un  Roi , on  en  élifoit  un  autre  par  curies  : e'étofe 
alors  un  interrex  qui  tensit  les  Comices ^ dans  la 
fuite  ce  furent  les  Confuls , les  Fréteurs;,  les  Dic- 
tateurs, les  Interrex  , les  fouverains  Pontifes,, 
auxquels  cependant  les  hÜloriens  n'attribuent  pas 
ce  droit  unanimement.  On  délibéra  dans  ces  Co- 
mices des  loix  & des  affaires  capitales  des-citoyens  5 
on  y procéda  à l'éleélion  des  premiers  MagSiratS  j 
jufqu'à  ce  que  Servius  Tullius  fnllituât  les  Comi- 
ces dits  centuriata  & y traasfeïât  les.  affames,  ks 


i3<7  COM 

pius  importantes.  Les  Augures  y étoient  appelés , 
parce  qu'il  ne  fe  renoir  jamais  de  Comices  qazpK» 
les  avoir  confultés.  On  ydecidoitde  ce  qui  concer- 
noir  Je  commandement  des  armées  , les  forces 
des  armées  , des  légions  qu  on  accorderoit  aux 
Confuls  , du  gouv'ernement  des  provinces  j & au- 
tres affaires  relatives  à la  police  6i  à la  guerre. 
C droit  encore  dans  ces  afîemüiees  que  fe  failoient 
les  adoptions , les  teftamens , ré'iedtion  des  fia- 
mines , 5cc  biles  n’ctoient  compofées  que  des  ha- 
bitans  de  Rome  , parce  qu’il  n’y  avoit  qu’eux  qui 
fiiiîénr  divifés  en  curies  : le  forum  Romain  en 
étoit  le  lieu.  On  y ctoit  convoqué  par  des  crieurs. 
Celui  qui  y préfidoic  propofoit  1 affaire  , & il 
ajoutoit  : i>i  itu  voois  videtur  , quirites  difceditc 
in  curias  6”  fufragium  inite  : chacun  fe  rangeoit 
dans  fa  curie  ; on  droit  au  fort  le  rang  des  curies  j 
elles  donnoient  leurs  fuffrages , qu’on  ne  prenoit 
que  Jufqu’à  ce  qu’il  y eut  feize  curies  d’un  même 
avis.  Les  délibérations  étoient  précédées  par  des 
Auaures , & eiles  n'avcient  lieu  que  dans  le  cas 
où  rien  ne  s’y  oppofoit  de  leur  part.  Lorfqu’on  eut 
inflicué  les  Comices  appelés  diftributia , les  droits 
des  Comices  dits  curiuta , fe  réduilîtent  à 11  peu 
de  chofe , que  les  trente  Licteurs  des  curies  s’af- 
feniblèrent  feuls:,  & décidèrent  des  affaires  pour 
lefqtiellcs  on  avoit  auparavant  convoqué  les  cu- 
ries. .A.U  refte , ils  ne  fe  tinrent  jamais  qu’aux  jours 
comitiaux  ^ fans  égard  pour  la  faifon. 

Comices  dits  pontificia  ; le  peuple  y étoit  alfem- 
b!é  au  nombre  feulement  de  17  Tribus  choifies 
par  le  fort.  On  y élifoic  le  fouverain  Pontife.  Ce 
fut  un  Pontife  qui  les  convoqua  & qui  les  tint 
jufqu'à  ce  que  ce  droit  eût  été  transféré  aux  Con- 
fuls par  la  loi  Domina. 

Comices  dits  pritoria  ; le  peuple  y étoit  alTem- 
blé  par  centuries  ; on  y élifoit  les  Préteurs  j & 
ils  étoient  tenus  par  un  Coiiful.  Comme  il  y avoit 
quelquefois  jufqu’à  dix  Préteurs  à nommer,  & 
que  ie  nombre  des  Candidats  étoit  grand  les 
féances  duroient  11  long- tems  qu’on  divifoit  l’élec- 
tion, & qu’on  différoit  celle  vie  quelques  Préteurs. 
Ces  Comices  fe  tenoient , un  , deux  , trois  jours , 
& rarement  plus  tard  , après  les  ■ comices  con- 
fulaires. 

Comices  dits  Proconfulariu  & Propretoria  ; le 
peuple  y étoit  affembié  par  tribus  ; on  y élifoit 
les  Proconfiiîs  & les  Propréteurs  , lorfqu’il  y avoit 
piufîeurs  gouvernemens  de  provinces  à remplir , 
plufieurs  guerres  à conduire  , ou  même  -torfqu’il 
y avoit  une  feule  guerre  ou  un  feul  gouvernement 
demandé  par  les  deux  Confuls  ou  Préteurs  en 
même  temps.  Quant  à la  manière  de  les  tenir  , 
P’bveç  les  comices  aits  centuriata. 

Comices  dits  qu&ftoria  ,•  le  peuple  y fut  d’abord 
affembié  par  curies  , & on  y élut  les  Quefleurs 
jufqu’à  ce  que  ce  droit  fût  transféré  aux  comices 
par  tribus.  Ils  étoient  tenus  par  un  Conful  ; on  y 
pvocédpit  par  curies  dans  le  forum  Romain  , & 
par  tribus  dans  le  champ  de  Mars. 


COM 

Comkes  àits  facerdotum  ; le  peuple  y étoit  af- 
fembié par  tribus  ; on  y élifoic  les  Prêtres  , & il 
Conful  y préi'idoit. 

Comices  dits  tribunitia  ; ils  fe  tenoient  par 
tribus  j ony  élifoit  les  Tribuns  militaires.  Ik  com- 
mencèrent en  593  ; les  uns  étoient  au  choix  du 
peuple,  les  autres  àu  choix  du  général,  & on  les 
dilfinguoic  des  premiers  par  le  nom  de  Tribuni 
rufuli.  Il  ne  faut  pas  confondre  ces  Comices  avec 
ceux  ou  l’on  élifoit  les  Tribuns  militaires,  Con- 
fuLari  poteftate , car  ceux-ci  étoient  alfemblés  par 
centuries,  ni  avec  ceux  où  l’on  créoit  les  Tribuns 
du  peuple.  Quoique  le  peuple  y fût  convoqué  par 
tribus , ils  n’étoient  cependant  point  tenus  par 
un  Conful,  mais  par  un  l'ribun. 

Comices  dits  tributa  ; affemblées  ou  le  peijple 
étoit  divifé  en  fes  trente-cinq  tribus. -Ils  commen- 
cèrent en  Z63  , dans  l’affaire  de  Marcius  Coriolan, 
& la  loi  publicia  les  autorifa  en  z8z.  Dans  les 
comices  par  centuries , tout  dépendoit  , comme 
on  a vu  , de  la  première  clalfe  ; dans  ceux-ci , au 
contraire,  c’étoit  le  peuple  entier  qui  décidoit. 
Les  capite-cenfi  ou  praietarii , ou  ceux  de  la 
(ïxième  clafTc  , votoient  comme  ceux  de  la 
première.  On  y éiifoit  tous  les  .Magiftrats  compris 
fous  h dénomination  de  magifiraeus  urbani  mi- 
nores ordinarii  ; favoir , les  Édiles  curules  & Plé- 
béiens, les  Tribuns  du  peuple,  les  Quefleurs, 
les  Triumvirs  dits  capitules , les  Triumvirs  noc- 
turnes, les  Triumvirs  dits  monetaUs  y les  Magif- 
trats  dits  urbani  minores  extraordinarii , comme 
les  Préfets  des  vivres  , les  Duumvirs  dits  navales , 
les  Quefleurs  du  parricide  , les  Infpeéteurs  des 
rues  & chemins,  les  Clmnqntyns  mûris  tunibuf- 
que  refeiendis , les  Triumvirs  ou  Quinquevirs 
dits  menfarii  y les  Magilf  rats  dits  provinciales  or- 
dinarii , comme  les  Proconfuls,  Propréteurs  & 
Proquefieurs  ; les  Magiftrats  dits  provinciales  ex- 
traordinarii , comme  les  Triumvirs,  les  Quinque- 
virs ou  Septemvirs  , colonie,  deducende  aut  agris 
dividundis , quelques-uns  des  Tribuns  militaires, 
qu’on  appeloit  par  cette  raifon  Tribuni  comiûati , 
& les  Prêtres  des  collèges.  On  y faifoit  auflî  le* 
loix  appelées  Plébifcites;  on  y jugeoit  les  ci- 
toyens , mais  non  pour  caufe  capitale  ; ik  pou' 
voient  y être  condamnés  à l’amende  ou  à 1 exil. 
On  y décernoit  le  triomphe  ; on  y traitoit  des 
privilèges  des  citoyens , des  alliances,  de  l’exemp- 
tion de  la  loi , &cc.  Ils  étoient  tenus  par  les  Dic- 
tateurs, les  Confuls  , les  Tribuns  militaires, 
fulari  potefiate , les  Préteurs  & les  Tribuns  du 
peuple , avec  cette  différence  que  ces  derniers  0 f 
pouvoient  que  décider  les  affaires,  & quil  aP' 
partenoit  aux  premiers  d’y  pourvoir  aux  dignités* 
Ces  afîcmblées  fe  lenoient  fans  le  confen- 
tement  du  Sénat , & les  Augures  ne  pouvoient 
les  empêcher  ni  les  retarder.  On  élifoit^  les_i«a- 
gjflrats  dans  le  champ  de  Mars  ; on  y expédioit  le* 
autres  aff.u'res  , ou  au  capitole  ou  dans  le 
Romain,  iis  fe  tenoient  les  jours  comitiaux  : f _ 

‘ n’alfembloit 


n’afrembloit  qns  dix-fept  tribu;  posr  î’éiedion 
d’un  Prêtre  ; alors  celui  qui  en  avoir  neuf  pour 
lui  ■ étoit  nommé.  Ces  Comices  par  tribus  ne  méri- 
toienr  , à proprement  parler  j que  le  nom  de  con- 
fina. plebis  ; aucun  Patricien  n'y  aiîîftoit  , n’étant 
point  formés  du  peuple  entier  ^ mais  feulement  du 
commun  du  peuple  , plebs.^ 

COMINIA , famiiie  Romaine  j dent  oa  a des 
médailles  : 

RRR,  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

COMIOS , dans  les  Gaules. 

Ses  médailles  autonomes  font  : 

RRR.  en  arge.nt.  . . . PeLlerin. 

O.  en  or. 

O,  en  bronze. 


COMITATENSES , 'i  , , • „ 

COMITATUS  C droit  Ro- 

main J qui  défignoient  le  cortège  du  Prince  & 
ceux  qui  le  compofoierrt. 


CO^iMAGENE.  Les  Reis  de  Commagene  , 
dont  on  a des  médailles,  font  : 

Samus  , Thcofebes  & Le  Jufie. 

Antiocnus  IV,  Roi  ^ grand  Roi. 

.Totape 

Épiphané  & Ca’Jinicus, .... 

li  y en  a auui  des  médailles  incertaines. 

Le  lymbole  ordinaire  de  cette  contrée  efl  la 
Commagene  , herbe  qui  y croiflbit  , dont  Pline  a 
célébré  les  vertus  , & que  Dalechamp  a pris  pour 
le  nard  de  Syrie. 


CoMMAGÈNE,  en  Syrie.  KOMMAniNfitN. 

Les  médaillés  autonomes  de  cette  ville  font  i 
RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Leur  type  ordinaire  efl  le  capricorne. 
^^CoMMAGENE.  Cette  plante  , dont  Pline  a cc- 
IcDre  les  vertus,  placée  fur  les  médailles,  elt  le 
fymboie  ordinaire  de  la  Commagene , & le  type 
ordinaire  de  Samofate. 


COMMANIPULARIS , 

COMMANIP  UL  US , 

COMMANIPULO , 
compagnie  , ou  manipule.  Nous  trouvons  le  pre- 
mier mot  dans  Tacite  ( hifi.  iv.  46.  7.  ) ; Prenfiare 
csmmiiiupularium.  peBora.  On  trouve  le  fécond 
dans  Spartien  ' Peficenn.  c.  10.  ).  Le  troilième  fe 
lit  dans  une  ancienne  infcription  : Commakipu- 
LUS.  ET.  HERES.  EJUS.  CONTUBERNALI.  KARIS- 
SlJvtO. 


} 


foldat  d’une  même 


COMMtAi  US  , congé  à temps  donné  à un 
fcldat  par  fon  Tribun. 


. COMMENCEMENS 

Voyer  ANNEES  DE  J.  C. 
Anûq-dités , Tome  IL 


des  différentes  années. 


fiOMMENTACULUM.  Les  Prêtres  affec' 
toient  chez  les  Rom.ains  un  langage  furanné  & 
minreiligible  pour  les  autres  citoyens  5 tel  étoit  ce 
mot  dont  ils  fe  fervoient  pour  défigner  une  ba- 
guette. Iis  la  porroient  dans  les  marc’hes  publi- 
ques , aSn  d’écarter  la  populace.  Feftus  nous  a 

conferve  cette  bizarrerie;  Comment aciilam 

gertus  virgule  , quant  fiamines  porcahant  , pergentes 
adfiacrficium  , ut  à fie  komines  amoverent, 

COMMENTARIENSIS.  > 

COMMitNT ARIlS.  f Les  mots  cota- 

COMMENTARIUM.  ( mentarius  &C  com- 

COMMENTARIUS.  3 

mentarîum  lignifient  un  compte,  ou  un  état,  ou 
un^  regifrre  5 celui  de  commentarienfis  , un  greffier 
qui  étoit  auffi  défigné  par  cette  autre  expreflion  à 
cotnmentariis.  Les  marbres  antiques  offrent  mille 
fois  cette  dernière  expreffion  jointe  aux  noms  des 
chofes  dont  le  régître  étoit  chargé.  Ainfi , a corn- 
mentariis  aquarum,  défignent  l’officier  prépofé  à 'a 
diflnbution  des  eaux  qu’apportoit  relou  tel  aque- 
duc ; d commentariis  ratioràs  hereditatum  , délî- 
gnent  le  tréforier  des  fommes  que  levoient  les 
Empereurs  fur  les  héritages,  &c.  &c. 

f-O^^AÎtRCE.  P oye^  le  UiSionnaire  de  Com- 
merce. I 

COM  MIS  S 10.  ■) 

COAIMITTERE.  > Celui  qui  donnoit  des  ieuï 
^ COMMISSOR.  3 

ctoir  appelé  commijfor  , & la  célébration  des  jeux, 
ccmmtffîo.  Mais  le  mot  committere  avoit  une  ligni- 
fication plus  reftreinte,-  il  exprimoit  l’a&tion  dVi?- 
parier  deux  Athlètes  , deux  Gladiateurs,  deux 
Orateurs  ou  deux  Poëres  pour  difpater  an  prix, 
ou  une  couronne. 

COxMMODE  3 fils  de  Marc-Aurèle  , Lucius 
Ælius  AüreliusCommodus  .4ug.ouMarcus 
Aureliu5  CoMMODus  Antoninüs  Augustüs. 
Ses  médailles  font: 

RRR.  en  or;  il  y a quelques  revers  RRRR. 
RRRR.  en  médaillons  d’or.  " 

RRR.  en  quinaires  d’or. 

RRRR.  en  médailles  grecques  d’or  ; au  re7eî« 
on  vo:t  la  tête  du  Roi  Saurotnate. 

C.  eb  argent  ; il  y a quelques  revers  RS. 

C.  en  G.  B.  On  trouve  dans  ce  module  la  tête 
deFauîtine  au  revers  de  Commode  :îI  y a au  fur- 
plus  un  grand  nombre  d'autres  revers"  rares  ,,  âc 
très- rares. 

C.  en  M.  B. 

RRR.  en  G.  B.  de  colonies. 

R.  en  M.  & P.  B. 

R.  en  G.  B.  grec. 

C.  en  M.  & P.  B.  & RR.  en  M.  B.  au  revet^ 
des  tetes  de  Marc-.Aurèle  & de  Faultine. 

RR.  en  G.  B.  d’Egvpte. 

Moins  rares  dans  les  autres  modules. 

On  trefuve  plus  de  120  médaillons  latins  Ss 
grecs  de  ce  règne. 


S 


■13  s COM 

Malgré  la  rareté  des  médailles  d’or  de  C»m~ 
mode  J il  y en  a trente-huit  différentes , avec  deux 
médaillons  dans  le  cabinet  du  Roi.  Cette  fuite  Im- 
périale d’or  eft  la  plus  nombreufe  & la  plus  riche 
qu’on  ait  jamais  formée. 

« La  dernière  école  de  l’art  > dit  Winckelmann 
( kift.  de  £Art.  vi.  c.  7.  ) créée , pour  ainfî  dire  j 
par  Kadrien,  de  l’art  même  tombèrent  en  déca- 
dence fous  & après  le  règne  de  Commode , l’indi- 
gne fils  & fuccelîèur  de  Marc-Aurèle.  Du  refte  , 

I Artifte  qui  fit  la  belle  tête  de  cet  Empereur 
jeune,  fait  honneur  à l’art.  Cette  tête,  qu’on 
voit  aujourd’hui  au  capitole,  paroit  avoir  été  faire 
dans  le  temps  que  Commode  monta  fur  le  trône , 
c’eft-a-dire  , dans  la  dix-neuvième  année  de  fon 
âge.  Mais  la  beauté  de  ce  morceau  nous  prouve 
que  le  maître  qui  le  fit  avoit  peu  de  rivaux,  il  eft 
certain  que  toutes  les  têtes  des  Empereurs  fuivans 
ne  font  pas  com.parables  a celle  de  Commode.  ^ 

« Les  médaillons  de  bronze  de  cet  Empereur 
méritent , auffi  bien  pour  le  deflîn  que  pour  l’exé- 
cution , d'être  rangés  parmi  les  plus  belles  mé- 
dailles Impériales.  Les  coins  de  quelques-unes  de 
ces  médaillés  font  gravés  d’une  fi  grande  fineffe  , 
que  fur  une  entre  - autres  qui  repréfente  une 
Roma , afSfe  fur  une  arm.ure , & offrant  un  globe 
à Com.mode , on  diftingue  aux  pieds  de  la  Déeffe 
les  petites  têtes  des  animaux  dont  les  peaux  fer- 
voient  à faire  des  fouliers  {Buonarroti,  Ojf.  fopr. 
alc^Medagl.  tav.  7.  n°.  y.  ).  Il  eft  vrai  qu’un  ou-  . 
vrage  en  petit  ne  fournit  pas  une  induélion  sûre  i 
en  faveur  d’un  travail  en  grand  ; celui  qui  fait  fitire 
le  modèle  d’un  petit  navire , n’a  pas  pour  cela  la 
capacité  de  conftruire  un  vaiffeau  qui  puif&  braver 
la  fureur  des  flots.  Sans  cette  confidération  , plu- 
fiears  des  figures  placées  fur  les  revers  des  mé- 
dailles des^  Empereurs  fuivans  , qui  font  affez 
l^ien  deffinées , feroient  tirer  de  faufles  conc’u- 
fions  fur  les  principes  généraux  de  l’art.  Achille , 
deffiné  paffablement  en  petit , paroît  un  Therfite 
étant  exécuté  en  grand  par  la  même  main.  Le 
même  effet  réfiilte  de  la  diminution  & de  l’aug- 
mentation des  figures  ; mais  il  eft  plus  facile  de 
paffer  du  grand  au  petit  dans  le  deftln,  que  du  petit 
au  grand  : comme  il  eft  de  fait  qu'on  voit  mieux 
de  haut  en  bas  que  de  bas  en  haut.  Santé  ^artoli 
crt  une  preuve  de  cette  aflertion  ; bon  dciTmateur 
gç  bon  graveur  à l’eau-forte,  il  s’eft  acquis  de  la 
réputation  en  publiant  quelques  ouvrages  de  l’an- 
tiquité. lia  du  mérite  tant  qu’il  defline  de  petites 
figures  de  la  grandeur  de  celles  des  colonnes  de 
Trajan  & de  Marc-Aurele  ; mais  lorfqu’il  veut 
pMr  cette  mefure  & deifiner  plus  en  grand  , il 
îj’eft  plus  le  même , comme  le  prouve  fa  colleaion 
de  bas-reliefs , connue  fous  ce  titre  ; Admiranda 
antiquitaüs.  Du  refte , i!  eft  pofflble  oue  les  revers 
de  quelques  médailles  du  troifiême  fiècle  qui  an- 
noncent un  travail  fupérieur  à l’idée  que  nous 
a\  ons  de  ce  temps , foicut  fottis  de  coins  plus  j 
atiiiiens.  » r 


C O Aî 

« Le  Sénat  ayant  réfolu  d’anéantir  la  mémoire 
de  Commode  , comm.ença  par  faire  détruire  fes 
images.  Le  Cardinal  Alexandre  Albani,  en  faifant 
creiifer  les  fondemens  de  fa  fuperbe  maifon  de 
plaifance à Nettuno , au  bord  de  la  mer,  près  de 
l’ancien  Antium  , trouva  plufieurs  buftes  & têtes, 
de  cet  Empereur , portoient  des  marques  de 
mutilation.  A tGUte?Tes  têtes  on  voyoitque  le  vi- 
fage  avoit  été  détruit  à coups  d’outil.» 

C’eft  à tort  que  l’on  a cru  reconnoître  Com~ 
mode  dans  l’Hercule  du  Belvédère , qui  porte  un 
enfant  fur  fa  peau  de  lion  ( Hercule)^ 
de  même  que  dans  la  figure  du  palais  Farnèfe  , 
qui  porte  un  jeune  homme  mort.  (Foyej  Atrée.) 

Ce  tyran  fai-ouche  & infenfé  voulut  donner  fou 
nom  au  mois  d’Aout  : de-là  eft  venue  l’infcrip- 
tion  fuivante  trouvée  à Lanuvium  t 

IDUS  COMMCDAS 
ELIANO  COS. 

Il  avoit  ajouté  aufli  fon  nom  à celui  de  Rome,  & 
il  l’appeloit  Keupuê'tay'ïti. 

COMMODÈVES,  nom  de  quelques  Divinités 
champêtres  des  Gaules. 

COMMUNIS  Libertas  Legionis  Quarts..  Mu- 
ratori  ( Tkef.  Infer.  874.  ) rapporte  l'infeription 
fuivante , de  laquelle  il  conclut  que  les  légions 
avoient  des  efclaves  & des  affranchis  ; mais  iL 
n’ofe  donner  aucune  explication  du  mot  vlvo. 

D.  M. 

CENIS.  DOMIT.  Vir 
ANN.  LX.  ET.  AFFUTl 
ARISTONIS  CONJUGI  EJVS 
VIVO  AUI.  IMPERATCRI3 
COMMUNIS  LI3.  LEG.  IIII. 

EARENTIBUS  PIISSIMIS 
POSUIT.. 

COSIMÜNS  (Dieux)  , D/i  communes.  On  dom 
noir  ce  nom  chez  les  Romains  aux  Dieux  qui 
étoient  adorés  par  plufieurs  nations , & à ceu^x  qui 
protégeoient  indiftinélement  l’ami  & l’ennemij 
du  nombre  des  premiers  étoient  Jupiter,  Venus, 
le  Soleil,  Src.  ; du  nombre  des  derniers.  Mais  j 
Bellone , la  Vîéioire , &c. 

COMPAR.  Ce  nom  défigne  un  mari  dans  I 
taphe  fuivante  ( Gruter.  793.  n.  9.)  : 

JULIA.  MATRONA 
ADR.  AQUILINO.  COMP - 

COMPARARE  défignoit  h divifion  des  ptf 
vinces  à délendre  , faite  entre  les  Confuls  aptes 
leur  éleftion,  & l’appariement  des  Gladiaccors 


C O M 

COMPAS.  Les  Poètes  ont  fait  honneur  de  foéi 
invention  à Icare  5 mais  H7gin  {fab.  274.  } l'a 
rcliituee  à Perdïx,  fils  de  la  fœur  de  Dxdalus;  & 
il  ajoute  que  cet  habile  mécanicien  , jaious  de 
îa  gio;re  de  fon  neveu,  le  tua.  II  eft  cependant 
difficile  de  croire  que  le  célèbre  labyrinthe  de 
Dédale  ait  pu  être  deffiiîé  & bâti  fans  compas. 

Le  cabinet  d’Hercuianum  renferme  pîufieurs 
inurumeas  de  géométrie  , tels  que  des  mefures  de 
longueurs  repliées  fur  elles-mêmes  , des  compas 
de  ddfcrciites  granderîrs , parmi  lefquels  il  faut 
remarqtîer  une  efpèce  às  compas  de  rédu&ion.  Ce 
compas  a , comme  les  nôtres  , quatre  pointes  qui 
forment  deuxangiesoppofésaufommet,  un  grand 
& i autre  petit  j de  forte  que  ce  dernier  eft  de  la 
moitié  de  Tautre  , & ifindique  par  conféquent 
que  la  moitié  de  la  hgne  qu^on  mefurc  avec  le 
prem-er.  ' f 

On  voit  un  femblable  compas  fur  une  Sardoine 
antique  de  Fricoront  ( Gem.  Ihter.  4®.  l'fy. 
tav.  6.  ) , où  il  fe  trouve  gravé  à coté  d'une 
équerre  & d'une  herminette. 


COM 

des  figurés  de  laine  qui  repréfentoient  des  hom- 
mes  & des  femmes  , en  priant  les  Lares  & la 
Manie  de  fe  contenter  de  ces  figures  , & d’épar- 
gner les  gens  de  la  maifonj  pour  les  efclaves,  au* 
lieu  de  figures  d'hommes , on  offroit  des  balles 
ou  pelottes  de  laine.  ÇScaliger , poet.  1.  i.  c.  28.  ) 
Le  Roi  Tullius  avoir  établi  que  les  efclaves  qui 
célébfoient  les  cotnphalss  , jouiroient  de  la  überce 
pendant  tout  le  temps  que  dureroit  la  fête  ; c’étoit 
en  effet  un  moyen  très-propre  à procurer  l’avan- 
tage des  familles  , que  de  gagner  i'affedlion  des 
efclaves  , en  les  faifant  jouir  quelques-temps  de  la 
liberté.  Augufte  ordonna  qu’on  orneroit  de  fleurs 
deux  fois  l'année  , au  printemps  & en  été , les 
liatues  des  Dieux  Lares  Guiétoient  dans  lès  carre- 
fours. 

COMPITALICE  , compitalicius  , qui  appar- 
tient aux  fêtes  compitales.  Le  jour  compztÆce  , 
dzes  compitaizctus  , étoit  celui  auquel  on  célébroit 
les  compitales.  Les  jeux  compitaUces  , ludi  com- 
pitalitii  , étoient  les  jeux  qui  fe  faifoient  à cette 


COMPITALES  J fêtes  qui  fe  céîébroient  chez 
les  anciens  en  l'honneur  des  Dieux  Lares;  compi- 
taiizia.  Ce  mot  vient  du  latin  compitum  , un  carre- 
four  ; & cette  réte  fut  amiî  appelée , parce  qu’elle 
fe  cciêoroït  dans  les  carrefours.  Les  compitales 
furent  inftituées  par  Servius  Tullius,  lîxième  Roi 
QC  Rome  ; c eft-a-dire , qu'il  les  établit  à Rome. 
Qnoiqiie  Dion  dife  dans  fon  quatrième  Livre  que 
cette  fête  fe  célébra  d’abord  peu  de  temps  après 
les  Saturnales,  il  paroit  néanmoins  qu’elle  n'avoit 
poinr  détour  fixe,  au  moins  au  temps  de  Yarron  , 
comme  l'a  remarqué  Cafaubon  {in  Suet.  Aicg.  c. 
3 1-  )•  11  t!  y avoir  alors  de  compitales  qu'une  fois 
chaque^  annee  ; mais  .Augufte  les  fit  célébrer  deux 
fois.  C croît  une  fcre  mooile.  Se  le  lour  auquel* 
la  devojt  célébrer  s’an.nonçoit  tous  les  ans. 
C’étoit  ordinairement  dans  le  mois  de  Mai  , com- 
wie  le  prouvent  les  Faites  d'Ovide  & le  Calendrier 
Romain. 

On  facrifioit  une  truie  pendant  les  compitales 
{ Proper.  l.  iv.  él.  I.  }.  Les  Prêtres  qui  céîébroient 
ces  fetes  etoient  des  efclaves  & des  affran.chis. 
Les  compitales  furent  inftituées  , dit  Macrobe  , 
i Satzimal.  I.  r.  7.)  non-feulement  à l'honneur  des 
Lares  , mais  auffi  de  la  Manie  , leur  mère.  Elles 
furent  miles  en  oubli  bientôt  après  leur  inllitu- 
tion  ; mais  Tarquin-Ie -Superbe  les  rétablit;  & 

1 O^'^cle  , qui  ordonna  ouè  i'on 
fa  enflât  des  têtes  pour  des  têtes,  c’elt- à-dire  , 
pour  la  fante  & la  profpérité  de  chaque  famille, 
enfans.  Brutus , après  avoir 
chaüe  les  Rois  , interpréta  les  parole  s de  l'Oracle  , 
& orûonna  qu  aa-iieu  de  têtes  d’enfans  on  offrît 
a ces  Dieux  des  têtes  de  pavots. 

Pe-naanlt  les  compitales,  chapue  fîmiîîê  tréttoit 
porre  de  fi  maifon  h ftarue  de  la  DéeTe  Àîa- 
nie.  On  ftifpen-aoît  auffi  aux  portes  des  maifons 


Ces  noms  font  dérivés  de  compitum  ou  compe- 
tum,  qui  vient  de  competo  , je  concours;  c’eft  un 
endroit  où  pîufieurs  rues  concourent  , aboutif- 
fent.  Avant  la  fondation  de  Rome,  les  compi- 
tales fe  céîébroient  dans  les  carrefours  des  vida- 
ges y car  cette  fête  eft  plus  ancienne  que  Rome. 

Les  anciens  élevoient  dans  le  milieu  des  carre- 
fours de  petits  temples  percés  d'autant  de  portes 
qu'il ^y  ayoit  de  rues  aboutiffant  à ce  carrefour. 
De-là  vint  le  culte  rendu  aux  carrefours  eux- 
mêmes  ( Voyei  CARS.EFOUR.) 

On  voit  à Yérone  une  infeription  qui  attelle 
l’exiilence  de  ces  petits  temples  : Compitum  re- 
FECERUNT  TECTUM  PARIETF.S  ALLEVARUNX 
VALTAS  LIMEN  DE  SUA  PECUNIA  L-4.RIBUS 
DANT  COSSO  CORNELIO  LENTULO  L.  PlSONS 
AUGURE  COSS. 

Dans  les  champs  on  voyoit  de  fimpîes  niches 
au-liea  de  temples  dans  les  carrefours  ; & le»  la- 
boureurs y entaiToient  par  forme  d’offrande  des 
jougs  brifés  ( Interp.  Perf  fat.  iv.  IJ.'). 

COMPLICES  dii,  c'étoie.nt  les  mêmes  qaè 
ceux  appelés  confentes.  Arnobe  dit  ( adv.  gentes. 
l.  5 - )•■  Mos  co  ifcntes  & compiiees  ketrufei  aiurit 
& nomhiant  ; & il  explique  ce  furnom,  q^uhd  ank 
oriantur  occidant  unà. 

CÙMPLOSUS.  V'oyej_  Applaudîssemens. 

COMPLUVIUM  , efpace  vuide  , ou  cour 
placée  dans  le  centre  des  bâtimeas  Romains  , 
pour  recevoir  les  eaux  des  toirs. 

^ CO-MFOSITin.  Le  dernier  ordre  que  les  anciens 
aient  trouve  , eir  l’ordre  compofte  ou  romain.  Il 
confifte  en  une  colonne  avec  un  chapiteau  corin- 
thien, auquel  on  2 ajouré  les  volutes  de  l’ordre 
ionique.  L arc  de  Titus  eft  le  plus  ancien  édiiice 
qui  nous  relie  de  cet  ordre. 


S -fj 


140  C O M 

COi'ÎPOtSERE  Claàiatores.  Vpyci  Appa- 
rier. 

COMPULSOR , Sergent  ou  Huififier  qui  exi- 
geoit  le  paiement  des  fommes  dues  au  fifc. 

COMTE.  Tiayej-  CoMES. 

COMUSj  Dieu  de  la  joie  , de  la  bonne  chère 
desdanfes  nodïurnes.  Dieu  favori  de  la  jeunefie 
libertine.  On  le  repréfente  jeune , la  face  enlumi- 
née dhvreife  , & la  tête  couronnée  de  rofès  , 
parce  qu’on' s'en  couronnoit  affez  ordinairement 
dans  les  fellins.  C’ell  de  Cornus  , dit  Philoftrate , 
que  vient  , ou  comejfuri  , faire  bonne 

chère. 

CoMUS  air  de  danfe  chez  les  Grecs.  ’ 

CON.\N.A  , dans  la  Pifidie.  komaneoï. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  Impé- 
lial^  grecques  en  l’honneur  de  M.  Aurêle  j de 
Sept.  Sévère  ^ d’.A.!ex.  Sévère.  *■ 

CONC.  Sur  les  médailles  de  colonies.  Voyei^ 
CONCORDIA. 

CONCHA , mefure  romaine,  valant  la  moitié 
du  cyathe , pefant  5 drachmes , i fcripule  Se  zo 
grains  d’huile. 

CONCHYLIUM.  Voyei  Pourpre. 

CONCILJABULUM.  Servius  dit  que  ce  nom 
défîgnoit  l’endroit  d’une  province  où  les  Préteurs 
ctabüffbient  des  foires.  Les  Propréteurs , les  Pro- 
confuls  y faifoient  auffi  aflembler  les  peuples  de 
la  province  pour  leur  rendre  la  jiillice.  Ce  con- 
cours nombreux  fit  par  la  fuite  ériger  en  muni- 
cipes  ces  condtiahulum. 

CONCILIUM.  , alTemblée  du  peuple  Romain , 
à Pexclufion  des  Patriciens  ; on  l’appeloit  auüi  co- 
mices par  tribus.  Au  relie,  Tite-Live  iTa  pas 
toujours  obfervé  cette  différence , 8c  il  apoeile 
( ni>.  VI.  c.  20.)  conciliam  l’afîemb!é-c  qui  jugea 
Manlius  , quoiqu’elle  fût  convoquée  par  cen- 
turies. 

COiVC7C>.V£5.  Fbyep  Harangues. 

GOXCLAMATION  , cérémonie  que  les  Ro- 
mains pratiquoient  lorfqu’il  mouroit  quelqu’un 
de  leurs  parens  ou  amis.  Elle  confifloit  à fonner 
du  cor  ou  de  la  trompette , pour  annoncer  que  le 
malade  venoit  de  rendre  le  dernier  foupir.  Selon 
Dom  Jacques  Martin  ^ la  conclamation  étoit  le 
premier  de  tous  les  devoirs  que  les  Romains  ren- 
doient  aux  morts  5 i’origine  de  est  ufage  remonte 
au-delà  de  la  fondation  de  Rome  j c’eft  de  toutes 
les  cérémonies  celle  qui  a été  le  plus  générale- 
ment & reiigieufemeat  obfervée  , puifqu’elle  ne 
s’eft  éteinte  qu’avec  le  paganifme  ; c’étoic  une 
cérémonie  purement  civile,  qui  ne  faifoit  point 
partie  de  la  religion , & cet  ufage  de  fonner  du 
cor  ou  de  la  trompette  étoit  continué  pendant 
huit  jours.  On  appeloit  à grand  cris  le  mort 
par  fen  nom  avare  que  de  brûler  le  ca- 
davre, afin' d’arrêter  l’ime  fugitive,  ou  de  la 


C O N 

réveiller  fi  elle  étoit  cachée  dans  le  corps, 
quoiqu’il  n’eût  aiieim  ligne  de  vie.  Pour  anno.n. 
cer  qu’il  n’avoit  point  répondu  , parce  qu’ü 
étoit  décédé,  on  difoit  conclamatum  eft ; Hc  on 
■défignoit  par  ces  mors  condamata  compara , les 
corps  appelés  ainfi  à haute  voix  avant  que  de  les 
mettre  fur  le  bûchtr.  Un  écrivain  latin  voulant 
exprimer  la  ruine  de  la  république  , a dit  d’elie; 
De  revuolica  conclamatum  efi. 

On  appeioit  aufii  conclamation  le  fignal  qu’on 
donnoit  aux  fo'dats  Romains  pour  plier  bagage 
& décamper.  De-là  l’expreffion  conclamare'vcfa. 
Conclamare  ad  arma  étoit  le  fignal  de  fe  tenir 
prêts  à donner.  Ils  répondoient  à l’un  & à l’aune 
• fignal  en  criant  va[a  & arma. 

CONCORDE  , DéefTe  s les  Grecs  l’adoroient 
fous  le  nom  de  cUo^ota.  Elle  avoit  un  temple  à 
Olympie.  Les  Romains  lui  élevèrenrhin  temple 
fuperbe  dans  la  huitième  région  de  leur  ville , à 
la  perfuafion  de  Camille  , après  qu’il  eut  rétabli 
la  tranquillité  dans  la  ville.  Ce  temple  fut  brûlé, 
& le  Sénat  & le  peuple  le  firent  rebâtir.  Tibère 
l’augmenta  & Torna  : on  7 reçoit  quelquefois  le 
coafeil  ou  les  affemblées  du  Sénat  ; il  en  refce 
encore  des  vertiges  au  bas  du  capitole  , entre- 
autres  fept  colonnes  très- belles  avec  leurs  chapi- 
teaux ; quelques  perfoanes  doutent  cependant 
qu’elles  ayent  appartenu  à ce  temple.  La  Concorde 
avoit  .encore  deux  autres  temples  , l’un  dans  la 
troilîème  région,  & l’autre  dans  la  quatrième.  0i> 
célébroit  à Rome  fa  fête  le  16  Janvier,  jour  au- 
quel on  avoit  fait  la  dédicace  de  fon  temple.  Elle 
étoit  repréfentée  vêtue  d’une  longue  tunique 
debout  , entre  deux  étendards  , quand  elle 
étoit  militaire  ; mais  la  Concorde  civile  étoit  une 
femme  afllfe,  portant  dans  fes  mains  une  branche 
d’olivier  8e  un  caducée,  plus  ordinairement  une 
proue  de  navire  8c  un  fceptre,ou  une  corne  d’aboiv 
dance  dans  la  main  gauche.  Son  fymbo.e  étux 
deux  mains  unies  , ou  plus  fimplemenc  le  esr 
ducée. 

CONCORDIA.  Ce  mot,  joint  au  nom  d’une 
colonie  fur  les  médailles  Romaines  , indique , 
félon  Vaillant , que  cette  colonie  a été  fondée  o» 
rétablie  à la  même  époque  qu’une  autre  colons 
dont  elle  fait  gloire  d’être  alliée.  Concordia  e - 
ici  fvnonyme  du  mot  ifca7<ùai  qui  defigne  fur 
médailles  grecques  Yaldance  de  deux  villes  con- 
fédérées. On  Ht  fur  les  médailles  latines  d- 
méeenBkhyniercoL  jul.  conc.  aug. 

c’eft- à-dire  , Colonia  JuLia  Concordia 
Apamena.  La  fondation  fimtdtanée  des  deux  vu  e 
Apamée  de  ^ithynie  8c  Pruila  , 8c  ? 

réfulta  entre  elles  de  cette  fimultanéité  de  fou 
tioa , font  annoncées  ici  par  le  mot 

Concordia.  On  donnoit  ce  nom.  à 1 ■ 

d’une  cohorte.  Elle  étoit  compofée  dune 
étendue  placée  dans  une  couronne  de  laurier  , 
fiébéc  au  bout  d’une  lance.. 


C O N 

CCNCREPAHE  dîgicis.  Voye-:^^  Doigts. 

COXCüJbl.Vli.  V^eye^  ie  Dictionnaire  de  Jurij~ 
prudence. 

COis  CL'BîVM,  minuit  J ou  la  partie  de  la 
nu't  qui  s^écou’e  après  minuit. 

COATURRENS  & LETTRES  DOMINICALES, 
i-cs  années  communes  font  compcfées  de  ja  fe- 
snames  ici  un  jour  j & les  années  biliextiles  font 
cotr.pofées  de  pz  femaines  ce  deux  jouis.  'Ce  jour  j 
eu  ces  deux  jours  furnuméraires  ^ font  appelés 
concurrens  , parce  qu'ils  concourent  arec  le  cycle 
fojairCj  ou  qTiIs  en  fuirent  ie  courSj  ainiî  qu’on 
va  le  voir. 

La  première. année  de  ce  cycle  on  compte  un 
concurrent  y la  fécondé  deuXj  la  troiliéme  trois  , 
la  quatrième  quatre  3 la  cinquième  Ex  3 au-L’eu  de 
cinq  J parce  que  cette  année  ell  bilTextile  j la 
Exième  fept  3 la  feptième  un  3 la  huitième  (Rux  , 
la  neuvième  quatre 3 au-lieu  de  trois,  parla  rai- 
fon  que  cette  année  eli  encore  bilTextile  3 & ainfi 
des  autres  années , en  ajoutant  toujours  un  dans 
les  années  communes,  & deux  dans  les  bilïèxtiies, 
& en  recommençant  toujours  par  un  3 après  avoir 
compté  feptj  parce  quEl  n’y  a que  fepr  concur- 
rens,  autant  qu’il  y a de  jours  dans  la  fcmaine3 
& autant  qu’il  y a de  lettres  dominicales. 

Ces  lettres  dominicales  font  A3  B3C3D3E3 
F3  G , & fervent,  comme  perfonne  ne  l’ignore, 
à marquer  les  jours  de  la  femaine.  A,  déEgne  le 
premier  jour  de  l’année  5 B , le  fécond  5 C , le 
troifième,  & ainE  des  atitres,  par  un  cercle  per- 
pétuel 3 jafqii’à  la  En  de  l’année.  Comme  l'année 
commune  finit  par  le  même  jour  de  la  femaine 
qu  elle  commence  3 & l’année  biiîextile  un  jour 
apres  , le^dettres  Dominicales  qui  marquent  ie 
jour  de  la  femaine  , changent  chaque  année  en 
rétrogadantj  de  forte  que  E la  lettre  G 3 par 
exemple  3 marque  le  Dimanche  d’une  année  com- 
mune 3»  la  lettre  F marquera  le  Dimanche  de 
f année  fuivante  , E cette  année  eft  commune  } 
mais  fi  elle  eil  bifiextiiej  la  lettre  F ne  marquera 
le  Dimancne  que  jufqu’au  24  Février  inclufive- 
nient^3^  & la  lettre  E le  marquera  depuis  ce  jour 
]^fqu  a la  fin  de  i année.  Cela  fe  fait  ainfi  dans  les 
années  bilîèxtiles  , a caufe  du  jour  intercalaire 
ajouté  au  mois  de  Février  en  ces  années-!à.  Les 
fept  lettres  qui  marquent  également  tous  les  jours 
de  la  femaine  , font  appelées  Dominicales,  parce 
que  le  Dimanche  eft  le  premier  jour  de  la  femaine, 

& celai  qu’on  cherche  princioalement  par  l’ufage 
de  ces  lettres  A , B , &c. 

Le  concurrent  i répond  à la-  lettre  Domicale  F , 
fe  iaE,le3  àD,  Îe4à  C3le  y à B,  le  6 à A,. 
fe  7 a G.  C eft  ce  qu  on  peut  remarquer  dans  notre 
Table  CmtorroLOGiQUE  , ou  nous  avons  placé 
ks  concurrens  à côté  des  lettres  Dominicales  du 
Calendrier  julien,  parce  qu’on  trouve  un  grand 
nombre  de  enartes  qui  font  datées  de  ces  concur- 
Trem. . appelés  qiieiqiiefo.is.êpatZ^  £oLi:^  ou  epeMe.  [ 


C O N 


14Î 


majores  , pour  les  diitfnguer  des  épaCtes  de  -la 
lune  ^ appeiée.s  Amplement  épacies. 

y L utage  des  concurrens  , dut  M.  de  Marca  , fut 
” introduit  pour  trouver  par  leur  moyen  & des 
” réguliers  des  calendes  de  chaque  mois  , le  pro- 
:>=  pre  jour  ce  la  femaine  3 ce  que  les  Chrétiens 
” inventèrent  dès  ie  temps  d'U  Concile  de  Nicée, 
pour  favcir  déterminément  le  jour  d-e  Pâques, 
=-■  lequel  devant  être  célébré  le  Dîmanch.e  , en 
« Phonneur  de  la  réfurreâion  3 & non  le  Vfen- 
” dredi  J félon  l’opiruon  condamnée  de  quelques 
“ Qaartodécimains  3 qui  céiébroient  la  Pâque  du 
" crucifiement  , & non  celle  de  la  réfurreâion  , 
» il  étoit  nécelTaire  d’inventer  un  ordre  perpétuel 
=>  pour  indiquer  avec  afl'erance  la  première  férié. 
” En  Occident  on  y a pourvu  fort  aifément  3 par 
” le  moyen  des  lettres  Dominicales  3 tinfi  que 
” Bède  Ta  expliqué  il  y a plus  de  mille  ans.  Mais 
" les  Chrétiens  orientaux  qni  n’ont  point  la  mé- 
” thode  des  fept  lettres  alphabétiques  pour  mar- 
==  quer  les  fept  jours  de  la  femaine  3 font  obligés 
” d’avoir  recours  à un  moyen  plus  fubtil  3 qui 
==■  eft  celui  des  concurrens  & des  réguliers.  Les 
” vieux.  Calendriers  latins  confervent  cette  inven- 
“ tion  3 non  pas  comme  néceffaire  3 mais  à caufe 
” de  fa  gentilleiTe.  C’eft  pour  cela  que  Scaliger 
=•=  dit  fort  bien  qu’il  faut  retenir  la  fcience  des 
" concurrens  , & en  rejeter  l’ufage.  Maximes  Mo- 
” nachus  , en  fon  Compoft  Eccléfiaftique  3 du- 
■o  blié  par  ie  P.  Pérau  , explique  fort  diftinsftem'enî 
" ces  concurrens , o^u  11  nommme  épactes  du  foJei;, 
=>3  & les  réguliers  qu’il  nomme  jours  ajoutés.  Paul 
« Alexandrin  3 qui  écrivoit  l’an  377,  & Vettius 
” Valéns  Antiochenus  donnent  des  règles  pour 
=»  trouver  le  Plinthe  ou  les  concurrens'" Szjéga- 
” liers3  dans  le  calendrier  Égyptiaq.ue,  & iTthio- 
=3  pique.  JoannesChryfococcès  fait  la  même  chofe 
X)  pour  les  années  Arabiques  & PerEques.  Qui 
:>=  voudra  favoir  la  méthode  particulière  de  ces 
» concurrens  , piourra  lire  Bède3  Scaliger  & le  P. 

« Pétau  3 dans  Tes  notes  fur  ie  Compoft  de  Ma- 
x>  xime.  =3  ( Tli£^  de  Béarn.  , p.  4^1.1 

Dans  les  Chartes  , îa  lettre  Dominicale  de 
Tannée  eft  fouvent  employée  avec  les  notes  ebra- 
nologîquesj  mais  quelquefois  3 au-Heu  de  la  nom- 
mer 3 on  fe  contente  de  la  défigner  par  le  rang; 
qu’elle  tient  dans  Talphabet.  AJnfî,  au-lieu  <& 
marquer  littera  A , on-  met  littera  1 , au-lieu  de 
littéral  y,  on  mttlittera  IJ  , & de  même  de.s  au- 
tres 3 témoin  cettè  Charte  de"  Raoul  , Comte 
d’Evreux  t ABum  efl  koc  R.odomo  civitate  , anno  oB 
Incarîiatione  D.  N.  ' J.  C.  M.XI.  Indict.  IX  „ [it~ 
tera  L II , luna  XI T' , XXII.  Xal.  Octobrians. 
régnante  Roberto  Rege  Francorum  é"  Procurante: 
NorrrcannîamRichardo  II,  infede  RotOTnagenJ!  Æ~ 
chipr&fule  Roberto.  (Pommèraye , hiji.  de  lAho. 
de.  S.  Ouen  de  Rouen,  art.,  i.  p.  422. 

CONDALUS.  Feftus  dit  que  ce  mot  défiansïst 
uaaHH-ÎÆÏî.  t Candaliias  aarudus  ç^c«rAaMujn.£m.iii^r 


14^  C O N 

a-auli  genus.  Plaute  l’a  employé  pour  défigasf 
Panneau  d’un  efclave.  ( Trm..  tv.  ^.j.)  •, 

Satin’  in  thermopolio 

CondaLiam  es  obLitus. 

CONDAMNÉS  à mort,  ou  à quelques  peines 
graves.  Ceux  qui  étoient  condamnés  chez  les  Ro- 
mains à l’efclavage , ne  pouvoient  jamais  être 
attranchis.  Ceux  qui  iiditnx  condamnés  aux  bêtes  , 
ad  befiias  damnati , étoient  relevés  de  leur  fen- 
tence  j quand  iis  avoient  tué  la  bête  féroce  que 
l’on  avoir  lâchée  fur  eux.  ?>ia!s  s’ils  étoient  con- 
damnés à être  expofés  aux  bêtes , feris  ou  beftUs 
objici , on  en  lâchoit  toujours  contre-eux  jufqu’à 
ce  qu’ils  fuifent  devenus  leur  proie.  Il  y avoir  de 
meme  une  ddlinélion  entre  ceux  qui  étoient  con- 
damnés ad  opus  metalli , aux  travaux  métallurgi- 
ques , & ceux  qui  l’étoient  ad  metailum  , à l’ex- 
traction des  m.inerais.  Les  fers  des  premiers  étoient 
plus  légers^  Sc  leur  fort  moins'malheureux,  puif- 
qu’on  les  condamnait  ad  metailum  , lorfqu’iiS 
s’écoient  fauvés  de  leurs  atteliers.  Les  Jurifeon- 
fultes  établilfoient  encore  une  diiférence  entre  les 
erirriinels  condamnés  ad  luaatn  glcautoriam  , & 
ceux  qui  l’étoien:  ad  gladium.  Les  féconds  dé- 
voient périr  dans  l’année  , félon  Ulpten  , fous  le 
glaive  des  gladiateurs  ; mais  les  premiers  n’étoient 
obligés  de  combattre  dans  l’arène  que  pendant 
cinq  ans , & ils  obtenoient  de  plus  les  mêmes  ré- 
compenfes  que  les  gladiateurs  volontaires, \tradis 
8c  le  bonnet  de  la  liberté.  On  leur  donnoit  le 
radis  au  bout  de  trois  ans , & le  bonnet  à la  fin 
de  leurs  travaux. 

Tibère  fit  rendre  unSenatus-Confuîte  qui  fixoit 
l’exécution  des  fentences  criminelles , au  dixième 
jour  après  le  prononcé  f Tacit,  Annal,  iil.  j i . 3 . ) 
On  tripla  depuis  cet  intervalî#  ( Cod.  ix.  47.  zo.  '■ 
Le  bourreau  lioit  à Rome  les  mains  des  criminels 
derrière  leur  dos , pour  les  conduire  au  fupplice , 
& il  relevoit  leurs  cheveux  fur  le  front , afin  que 
rien  ne  pû:  les  dérober  à l’ignoAinie.  lis  étoient 
cxécurés  hors  de  Rome  , dans  un  champ  appelé 
fefiertium  , auquel  on  arrivoir  par  la  porte  Meeia 
ou  Efquiline.  Mais  lorfque  l’on  craignoit  que  la 
vue  du  criminel  n’excitât  quelque  fédition,  on  lui 
faifoit  trancher  la  tête  par  les  Liéleurs  dans  la 
prifon  , ou  on  l'y  étrangloit.  Les  cadavres  des 
plus  grands  criminels  refioient  fans  fépulcure  , 
& devenoienc  la  proie  des  animaux  carnafSers; 
on  traita  avec  cette  rigueur  les  rêlles'de  Tibérius 
Gracchus  ( aler.  Maxim,  iv.  7.  i.)  Les  parens 
rachetoient  à prix  d’argent  les  cadavres  de  ceux 
qui  étoient  coupables  de  moindres  crimes.  Mais 
dans  tous  les  cas  il  étoit  défendu  de  porter  Jans 
les  funérailles  les  images  des  parens  qui  avoient 
été  condamnés  â mort  (Tacit.  Annal,  ni.  76,  4.) 

CONDICERE  ad  ceenam,  s’inviter  à manger 
chez  quelqu’un.  De-Ià  fut  appelé  condiéfa  ceena  > 


C O N 

un  repas  fimple  & frugal , que  nous  nommons 
trivialement , la  fortune  du  pot. 

C ON  DIT  ORES  faSlionum.  L’infeription  fuij, 
vante  a donne  occafion  de  rechercher  que!  étoit 
l’emploi  ou  la  dignité  du  coaditor  facUonum 
C.  POMPEIO  FüSCENO  CONDITORI  FACTIONIS 
RUSSATAE.  On  a cru  d’abord  que  c’étoit  le  chef 
ou  le  proteéfeur  d'une  faction  du  cirque  ; mais  il 
a bien  déchu  lorfqu’on  a trouvé  le  mot  conditor 
expliqué  dans  un  ancien  Lexicographe  par  ceux-ci 
c’eii-à-dite,  celui  qui  frotte  d’huile 
Les  cochers  ou  leurs  chevaux  ( Salmas.  in  Pol- 
lion.  ) 

CONDYLE  , mefure  linéaire  & itinéraire  de 
l’Afie  & de  l’Égypte. 

Elle  vaut  un  pouce  & 77^  de  France,  félon  M. 
Pauéion. 

E!^  valoir  en  mefures  anciennes  des  mêmes 
pays , Z esbaa. 

COÀ’DYLEATIS  , furnom  de  Diane  , adorée 
à Condylcis , en  .Arcadie.  Ce  furnonr  fut  changé 
dans  la  fuite  en  celui  d’As-«/%oKb7’ , qui  veut  dire 
étranglée , parce  que  des  jeunes  gens  lui  mirent 
par  pafTe-temps  une  corde  au  cou  ; irrévérence 
qui  les  fit  lapider  par  les  Caphiens.  Cette  puni- 
tion déplut  à la  Déefie  , qui  fit  blefler  toutes  les 
Caphiennes  enceintes.  L’Oracle  confeiüa  à ces 
femmes  de  rendre  les  honneurs  funèbres  aux 
jeunes^gens , & d’appaifer  leurs  mânes. 

CONFARRÉ.ATION.  Cérémonie  Romaine  qui 
confiftoit  à faire  manger  dans  les  mariages  d’un 
même  pain  au  mari  & à h femme , afin  que  leurs 
enfans  puflent  être  élevés  au  facerdoce.  Les  Ro- 
mains l’appeloient  confarréation  , confarreatio-  La 
confarréation  étoit  la  plus  religieufe  des  trois  ma- 
nières de  contrafter  le  mariage  ufitées  chez  les  an- 
ciens Romains.  Elle  confiftoit  en  ce  que  le  grand 
Pontife  & le  Flamine  de  Jupiter  uniffoient , joi- 
gnoient , marioient  l’homme  & la  femme  avec 
du  froment  & un  gâteau  falé.  C’eft  ce  qu  en  àc 
Servius  fur  le  premier  Livre  des  Géorgiqnes.  U.- 
pien  ( Cap.  q.  Init.  ) nous  apprend  qu'on  y o&o't 
un  pain  de  pur  froment , & que  l’on  prononçoit 
une  certame  formule  en  préfence  de  dix  témoins. 
Denys  d’Kalicarnafte  ajoute  que  le  miri  & « 
femme  mangeoient  d’un  même  pain  de  Iroment  » 
& qu’on  en  jetoit  fur  les  viélimes.  ( Titi-Liva 

t.  I.  p.  968.  ).  , . 

Quand  le  mariage  contraélé  par  confirreati»» 
fe  rompoit , on  appeloir  ce  divorce  aifareation. 
Ce  nom  vient  du  gâteau  falé,  a farre  é’ 
fj-isâ.  . £ 

L*a  confarréation  tcmba  en  defuétude  TaHa 
de  la  rcpubüque  , comme  on  le  voit  <ians  Tacit 
( Annal,  / t'.  l6.  n.  i.  ).  Tibère  voulant  e’îre  M 
Flamine  de  Jupiter  à la  place  de  Seryias 
ginenfis  , ne  put  trouver  trois  patriciens  n:S 


père  & de  mère  fi.mc'S.par  m con 
ne  lefqnels  on  devoir  ciioinr,  fmyanr 
uûgç  J le  FiamiBC  de  Jupiter.  Pcuc-èrrela 


fa'ré.ition  , y’’" 


C O N 

Thilon  ne  tomba-relle  en  àéfuétude  çtie  par  k 
réougnance  qubavoient  les  pères  à voir  leurs  filles 
foalîraites  par  cette  cérémonie  à leur  puiffarice  , 
& miies  entièrement  fous  celle  des  maris. 

On  voit  fur  plufieurs  figures  gravées  antiques , 
un  homme  & une  femme  debout,  fe  doanant  ia 
main  droite  ; la  femme  tient  ordinairement  trois 
épis  de  blé  dans  la  main  gauche.  Ces  gravures 
font  fans  doute  un  type  de  la  cérémonie  du  ma- 
riage par  la  confarréation  , qui  étoit  le  plus  ancien 
rythe  des  Homains , & par  le  moyen  de  laquelle 
uxor  conveniebat  in  manum  mariti  ( Ulpian.  fragm. 
IX.  I.  ). 

Nous  voyons  en  effet  dans  ces  figures  l’air 
grave  & religieux;  celle  de  l’homme  eil  vêtue  de 
long  J togata , celle  de  la  fe.mme  porte  la  ftola  , 
& un  manteau  ou  péplum  rejeté  fur  les.  épaules. 
Si  celle-ci  ne  paroît  pas  avoir  la  tête  enveloppée 
de  la  Flammza  nuptiale  , qui  étoit  un  ajufiement 
"jaune  en  ufage  dans  la  cérémonie  des  noces  ( P Un. 
lib.  21.  XXII.  ) , nous  y voyons  du  moins  qu’elle 
a les  cheveux  roulés  & relevés  autour  de  la  tête 
comme  Diane  & comme  la  Viéloire.  C’étoit  la 
manière  de  fe  coëlfer  des  vierges  & des  nouvelles 
mariées.  De  plus , la  femme  donne  la  main  droite 
à l’homme  , & de  la  gauche  elle  tient  les  trois 
épis  de  blé,  & voilà  la  cérémonie  religieufe  énon- 
cée dans  le  fameux  paffage  de  Pline  : Quia  & in 
fcicns  nikil  religiojius  confarr eationis  vinculo  erat  : 
Novdque  nupt&  farrettm  pr&ferehant  (7£i>.  l8.  ni.  ) 
Le  farreum , à la  vérité  , étoit , félon  Feftus 
ide  V erb.fignif.  v-  farreum')  an  gâteau,  g-OTaj  libi 
ex  farre  faBum.  D’u-n  autre  côté  les  trois  épis 
peuvent  également  bien  lignifier  le  farreum  de 
Pline  , & marquer  relTentiel  de  la  cérémonie  ; 
car  le  far  rôti  étoit  de  la  plus  ancienne  inltirution  , 
& c’étoit  un  aéle  religieux  des  Romains  de  rôtir 
le  far  aux  fêtes  des  Fornacalia , où  on  faifoit  des 
facrifices  à h Déelfe  Fornax  ( Ibid.  v.  Fornacalia. 
Piin,  loc.  cit.  il.  Ovid.  Faft.  l.  Z.  ) & OU  le  rô- 
tilFoit  dans  Fépi  même  ( Plin.  l.  i8.  xxxiii. 
Conf.  X.  J.')  Spicam  farris  tofli  pifente  pilo. 

Quoi  qu’il  en  foit,  ce  type  pouvant  être  celui 
de  la  cérém  onie  du  mariage  pat  la  eonfarr éation  , 
il  s’enfuit  que  les  autres  fymboles  , repréfentés 
£ fouvent  fur  les  pierres  gravées , c’eft-à-dire,  des 
mains  qui  fe  touchent  avec  des  épis  de  blés , en 
font  également  les  emblèmes. 

CONFECTEUR.  Gladiateur  qui  combattoit 
contre  les  bêtes,  beftiaire  , homme  quife  îouoit 
pour  combattre  les  bêtes  dans  l’amphithéâtre  , 
eonfeSor . Les  Confedeurs  étoient  ai’nfi  appelés  'à 
conficiendzs  befiiis  , parce  qu’ils  tuoient  les  bétes. 
Voye^  Bestiaire.  Les  Grecs  les  appeloianr 
•îrejaGAs;  , c ell-a-aire  , hardis  , défefpérés  , témé- 
, quî  S expofent,  qui  fe  jettent  dans  le  péri!. 
A>e~ià  les  Latins  avoient  formé  les  motsyizriîiàaLiil 
& parabolarii,  qu’on  ieurdonnoit  auÆ.  Le  premier 
£it  adopte  par  les.  CbrétieEs qui  aggelèrent  va- 


C O N 143 

ràholani , les  valets  qui  fe  confacroient  au  fer- 
Vice  des  hôpitaux,  & s’expofoient  ainlî  à toutes 
les  maladies.  Outre  ces  mots  empruntés  du  grec , 
les  Latins  appeloient  encore  les  Confecleurs  en 
leur  langue , audaces,  hardis,  téméraires  & co~ 
piat&  , du  grec  YioTstsirai  C Saumaife  fur  Tribellius 
Pollio  , dans  «k  vie  de  Gallien.  c.  12.  p.  285.  c.  de 
rilifi.  Aug.  de  1‘ édition  de  Paris , 1620.) 

CONFECTORABJUS.  Muratori  ( 9)4-  5. 
Thef.  Infer.  ) rapporte  l’infcripiioa  fuivaïue  : 

LOCÜS  FORTUNATI 
CONFECIORARI. 


ïl  croit  avec  raifon  que  cet  Arti&e  étoit  un  tein- 
turier en  laines  , appelé  autrement  confeBor  , & 
non  un  chaircuiner  , comme  l’avoir  penfé  Gruter. 
Voyei^  CoNFECTORES. 


CONFECTORES , teinturiers.  Ce  nom  venok 
de  lana  confecia,  laine  teinte  , comme  nous  l’ap- 
prenons du  Scho-iiafte  de  Juvénal  ( Sat.  x.  38.  ) ; 
Eanam  confeclam  pro  infecîa  pofuit. 

CoNjxcTOKxs  sris.  On  trouve  ces  mots  dans 
une  infeription  confervée  à Séville  , chez  le  Duc 
d’Alcala,  où  Spon  l’avoit  copiée  ( Mife.  Erudit. 
Ant.fed.  VI.  p.  221.).  Cet  antiquaire  les  a traduits 
par  des  ouvriers  employés  aux  mines  de  cuivre.... 
Mais  nous  croyons  qu’ils  ont  pu  déiîgner  plus 
particulièrement  ceux  qui  changeoient  le  cuivre 
rofette  en  laiton,  & qui  par-ià  teigneient  en  jaune 
( conficiebant  ) le  cuivre  rouge. 


CONFICERE  kefiias  , vel  gladiatores,  Voye:^ 
CONFECTEUR. 

CoNvicERxferias  latines.  Les  Prêtres  Romains 
fe  fêrvcient  dans  leur  langue  facrée  de  ce  mot,  au- 
lieu  de  celui  de  perficere  o‘u  de  ciakdere  , ter- 
miner. 


CONGE  SACRE  , lûgene  , mefure  de  capacité 
pour  les  liquides , employée  dans  l’Afie  & dans 
l’Égypte.  Elle  valoir,  félon  M.  Paiiâon , en  n.e- 
fures  de  f rance,  x pintes  & Elle  valoir  en 
mefures  anciennes  des  mêmes  pays  , i cab  & f , 
ou  2 mares,  ou  3 ehénices,  ou  6 iogs  , ou  12 
mines. 


Conge  sacré  , lagenon  ^ mefure  dè  capacité 
pour  les  fondes , employée  dans  l’Afie  & dans 
l’Égypte.  Elle  valoit,_  félon  M.  Pauclon  , en  me- 
fiires  de  France  ffif  boi'Teau-..  Elle  valoir  en 
mefures  anciennes  des  mêmes  pays  i cab  & f , ou 
2 mares,  ou,  3 ehénices,  ou  6 logs  ou  12  hé- 
mines. 

Conge  , mefure  de  capacité  pour  les  liqueurs 
des  anciens  Romains.  Elle  valoir  , félon  M. 
Paudon,  3 pintes  & de  France.  Elle  valoir 
en  mefures  du  même  peuple  , 6 fextarius,  ou  12 
hé-mines  , ou  24  quartarius  , ou  48  acétabules, 
ou  72  cyathes  , ou  2S8  ligules. 

On.'  conîioû  deux  conges  ahtiqms  confervés 


/ 


144  C O N 

l'un  dans  le  cabinet  de  St_e  Geneviève  , & l’autre  | 
au  palais  Farnèfe  , qui  vient  d être  tranfporte  a 
Naples  avec  les  autres  richeffes  de  ce  palais.  .1  en 
vais  donner  les  capacités^  en  mefiires  de  Paris 
rafeSj  telles  que  les  a trouvées  IVÎ.  i iilet>  de  1 Aca' 
demie  des  Sciences,  à l’aide  de  fon  ingénieufe 
machine  , inventée  pour  la  réduélion  des  mefures 

de  liouides  & de  foiides. 

Le  conge  antique  du  cabinet  de  Ste  Genevieve 
contient  ai 3 pouces  9 lignes  4^  cubes,  ou  8 
livres  10  onces  4 gros,  63  grains  , ou  3J 
poiflbns  y o'-i  4 pi^ints  i denai-fept. , i poiffon 

d’eau  de  Seine  clarifiée. 

Le  favan:  de  Peirelc  étant  à Rome  fit  faire , 
avec  fon  exaélitude  connue , une  copie  du  conge 
qui  étoit  au  palais  Farnèfe.  Cette  copié  eil  con- 
fervée  avec  la  plus  grande  partie  de  fa  colleél.'on 
dans  le  cabinet  de  Ste  Geneviève.  En  voici  la  ca- 
pacité : 182  pouces  6 lignes  cubes,  ou  7 livres 
6 onces  2 gros  70  grains  ou  30  poilTons 
ou  3 pintes  3 demi-feptiers , o poiffon  de  la 
ïivême  eau  de  Seine  ( la  pinte  raie  de  cette  eau 
pèfe  3 1 onces  i gros  5 la  même  pinte  comble  pefe 
2 livres.  ) 

Les  deux  conges  du  cabinet  de  Ste  Genevies^e 
font  dans  le  rapport'de  2280  à 1947,  ou  ^ 
près  de  19  à lé.  Leur  différence  eft  de  31  pouces 
2 lignes  -/’s  cubes , ou  de  i livre  4 onces  i gros , 
63  grains  ou  de  3 poiffons  jî,  ou  de  o pinte 
2 demi  feptiers  i poiffon 

Le  conge  du  palais  Farnèfe  fervolt  d étalon  au 
Capitole  fous  le  règne  de  Vefpafien  , & contenoir 
10  livres  romaines  d’eau,  fuivant  l’infcription  qui 
y eft  gravée  : 

IMF.  C.4ESARE. 

VESPAS.  VI.  cos. 

T.  CAES.  A VG.  F.  IlII. 
MENSYRAE. 

EXACTAE.  IN 
CAPITOLIO. 

P.  X. 

CONGÉ;  c’ étoit  anciennement,' comme  au- 
jourd’hui, une  permiffion  donnée  aux  foldats  de 
s’.abfcnter  de  l’armée  ou  de  quitter  tout-à-fait  le 
fervice.  On  en  diftinguoit  de  plufîeurs  fortes  chez 
les  Romains  , comme  parmi  nous. 

Le  congé  uàfolu , mérité  par  l’âge  Sc  le  fervice  , 
& accordé  aux  vétérans , fe  nommoit  miffio  jufia 
& honefin;  ils  pouvoient  avec  ce  congé  difpofer 
librement  de  leurs  perfonnes. 

Le  congé  à temps  étoit  appelé  commeatus  ; qui- 
conque abandonnoit  l’armée  fans  ce  congé,  étoit 
puni  comme  déferteur,  c’eft-à-dire,  battu  de  ver- 
ges &:  vendu  comme  efclave. 

I!  v avoir  une  fécondé  efpèce  de  congé  abfolu 
qui  différoit  un  peu  de  la  première.  Elle  ne  laif- 


C O N 

foit  pas  que  d’ètre  de  quelque  confidération 
parce  que  les  Généraux  l’accordoieHt  pour  lairuà 
de  bleffures,  de  maladies  & d’infirmités.  Tite- 
Live  & Ulpien  en  font  mention  fous  le  titre 
mijfio  Cizufarla.  Ce  co-gé  n’empêchoit  pas  ceux  cai 
l’avoiem:  obtenu d’afpirer  encore  aux  récompeni'ôs 
militaires. 

La  troifième  efpèce  de  congé  abfolu  étoit  de 
pure  faveur , graziofn  mifio  ; les  Généraux  la 
donnoient  à ceux  qu’ils  vouloient  ménager;  mais 
pour  peu  que  la  république  eu  fouffrît  ou  que  les 
Cenfeiirs  fulfent  difficiles , cette  grâce  étoieffien- 
tôt  révoquée. 

Enfin  il  y en  avoir  une  quatrième  véritablement 
infamante , turpis  & ignomimofa  mijfto.  C’eft  ainfl 
qu’au  rapport  d’Hirtius  Panfa,  dans  Irfiftoire  de 
la  guerre  d’Afrique  , Céfar , en  préfence  de 
tous  les  Tribuns  ik  des  Centurions,  chaffa  de  fon 
armée  A.  .4vienus,  homme  turbulent , qui  avoir 
commis  des  exactions;  Sc  A.  Eonteius,  comme 
mauvais  citoven  & mauvais  officier. 

Augufte  établit  deux  degrés  dans  le  congé 
légitime  ; il  appela  le  premier  exauSoratio.  Ce 
privilège  étoit  accordé  aux  foldats  qui  avoient 
fervi  le  nombre  d’années  prelcrit  par  la  loi , 
& par  fon  moyen  ils  étoient  dégages  de  leur 
ferment,  affranchis  des  gardes,  des  veilles,  des 
fatigues , ’ôc  en  un  mot  de  toute  charge  mili- 
taire, excepté  de  combattre  contre  l’ennemi.  Les 
vétérans  qui  l’avoient  obtenu  yivoient  feparésdes 
autres  troupes,  & fous  un  étendard  partictiLer 
appelé  vcxiLluift  xittranofuîti  y lis  attencioient  ri 
plût  à l’Empereur  de  les  renvoyer  avec  la  récom- 
penfe  qui  leur  avoir  été  folemneliement  pro- 
mife.  Cette  récompenfe  formoit  avec  le  co.-ge 
ahÇoiiL  le  fécond  degré  qu’ils  appeloient 
mijjto.  Augufte  avoir  arraché  au  congé  ubfolu  une 
récomoenfe  certaine  & réglée , foit  en  argent, 
foit  en*  fonds  de  terre  ; Zc  il  l’avoir  fait  pour  em- 
pêcher les  murmures  & lesfédirions.  ^ 

\J honnête  congé  que  Galb.a  fit  délivrer  a 
foldats  vétérans,  fut  expofé  l’an  68  a'a  eapuç-» 
fur  une  table  de  bronze.  11  fut  tranfcrit  enluire , 
comme  pour  fervir  d’expédition  à 
d’entre-eux,  fur  une  tablette  • de  cuivre  , q 
Mafféi  a fait  repréfenter  d’après  l’ongmal 
fon  hiftoire  diplomatique  ( 
tères  en  font  grofiiers.  Les  fouilles  d 
on:  fourni  un  fécond  congé  honnête  ; il  ^ 
pofé  de  quatre  tablettes  de  bronze  , êj 
des  deux  côrés.  Le  catalogue  des  antiques  de 
ville  en  offre  le  deffm 

CONGIAIRE,  don  ou  préfent  repréfenre 
une  médaille.  Ce  mot  vient  de  celui 
congrus  , parce  que  les  premiers  prefens  q'J  . 
fit  au  peuple  confiftoient  en  huile  & en  vi 
fe  meruroient  par  conges. 

Le  congiaire  étoit  proprement  un  preic 
les  Empereurs  faifoiep.t  au  peuple  Romain  > - 


C O N 

<}HS  Von  faifok  aux  foidats  ne  s’a^peloieat  point 
ccngiizires , mais  donaîifs.  DONAxàFS. 

L'inicription  des  congiaires  ett  CONGIARIUM  , 
ou  XÎBER ALITAS. 

Tibère  donna  pour  congiaires  300  pièces  de 
rnonnoie  à chaque  citoyen  ; Augufte  en  donna 
ayo;  3005  400;  Catigula  donna  deux  fois  trois 
cens  fefterces  par  tête.  Néron  en  donna  quatre 
cens  ; c’eft  le  premier  Empereur  dont  les  con- 
giaires  foient  marques  fur  les  médailles.  Hadrien 
donna  des  épiceries  , du  baume  ^ du  fafran  j Com- 
mode yay  deniers  ; Aurélien  des  gâteaux  de  deux 
livres  J du  pain,  de  Thuile,  du  porc,  & d’autres 
mets. 

Les  petits  enfans  n’étoient  point  exclus  de  cette 
libéralité  du  temps  d’Augulle , quoi  qu’aupara- 
▼ant  il  falloit  que  les  enfâns  eulfent  douze  ans  pour 
y avoir  part. 

Il  n’eft  plus  fait  mention  de  congiaires  dans  les 
médailles  des  Empereurs  depuis  Quintillus  ; foit 
que  les  Monétaires  ayent  alors  ceffé  de  repréfen- 
ter  ces  fortes  de  libéralités  fur  la  rnonnoie } foit 
que  ces  Princes  n’ ayent  pas  eu  le  moyen  de  deftî- 
ner  à ces  dépenfes  leurs  revenus , qui  pouvoient  à 
peine  fuffire  à foutenir  les  guerres  fanglantes  qui 
dévattoient  l’empire. 

CONJOINTS,  ou  Assesseurs.  Veye^  ce 
dernier  mot. 

CONISALE  , faux  Dieu  de  l’antiquité.  Coni- 
faltiLs  : c’étoit  un  Dieu  impur  adoré  chez  les 
Athéniens  , qui  l’honoroient  à peu-près  de  la 
même  manière  que  les  Lampfaciens  honoroient 
Priape  ( Strabon.  l.  iil.  ).  Plufieurs  croient  que 
Priape  & Conlfale  font  la  même  Divinité  , à la- 
quelle on  rendoit  le  même  culte  dans  deux  en- 
droits différens. 

CONISTERIUM  , lieu  dans  les  gymnafes  où 
l’on  raffembloit  de  la  poufficre  , dont  les  athlètes 
fe  couvroient  après  s’être  frottés  d’huile , afin  de 
pouvoir  être  faifis  plus  facilement.  On  l’appeloit 
^oF;Vpa  chez  les  Grecs  , & chez  les  Latins  pulve- 
rarium.  Le  fable  ou  la  ppuffière  dont  fe  fervoient 
les  athlètes  étoit  tiré  d’Egypte. 

CONJURATION,  CONJURATIO  , cérémo- 
nie qui  fe  pratiquoit  dans  les  grands  dangers  ; 
alors  les  foldats  juroient  tous  ènfemble  de  rem- 
plir leur  devoir.  Le  Général  fe  rendoit  au  capitole  , 
y plaçoit  un  étendard  rouge  pour  l’infanterie , un 
bleu  pour  la  cavalerie  , & difoit  : Qui  vaLt.^ 
rempublicam  falvam  me  fequatur  ; les  foldatS  qui 
s’étoient  raffemblés  répondoient  à cette  invitation 
par  un  cri , & marchoient  de-là  contre  l’ennemi. 

Ils  juroient  alors  tous  enfemble  d’obferver  les 
lois  militaires  ; à la  dififérence  des  enrôlemens  or- 
dinaires , où  chacun  d’eux  prêtoit  en  particulier 
le  ferment  militaire  , facramentum  mllitare. 

f ONIUM , en  Phrygie.  Pelleriaiui  a attribué 
•Antiquités  , Tome  II, 


C O N 145 

une  médaille  de  bronze  autonome  & unicae. 
M.  Eckhel  Ta  reftituée  avec  raifon  à Iconiam, 

KONiox  Ç lequel  Jup<ter  tut 

adoré  par  les  habitans  de  Mégare,  où  il  avoir  un 
temple  fans  toit , ce  qui  lui  fit  donner  le  nom  de 
Conius  ou  de  lupiter  le  poudreux. 

CONNIDAS  , ou  CoNNiDiEs.  Voye^  Cira- 
NIDAS. 

CONOB.  Les  cinq  lettres  Congé  , qu’on  lit 
dans  l’exergue  de  plufîeurs  médailles  du  bas^ 
empire , font  diverfement  interprétées  par  les 
plus  favans  antiquaires.  La  plupart  leur  font  ligni- 
fier que  la  rnonnoie  a été  marquée  à Conftanti- 
nople,  Confiantinopoii  ohjîgnata,  ou  Conftantinepoli 
offlcina  monstaria  fecanda.  Mais  cette  explicatioa 
ne  peut  guères  fe  foutenir  , puilque  conob  eS; 
gravé  fur  les  monnoies  de  l’Empereur  Honorlus 
& de  fes  fucceffèurs , fur  celles  de  nos  RoisThéo- 
debert , Childebert , Chiîdéric  II , & fur  celles 
des  anciens  Rois  Wifigoths  , lefqueîles  conâar.i- 
ment  n’ont  point  été  frappées  à Conilantfnopîe. 
Malgré  les  conjectures  & les  réponfes  ingénieu- 
fes  des  antiquaires  , le  mot  conob  eft  encore  uns 
énigme,  dont  on  ne  peut  donner  une  explicatioa 
fatisfaifante. 

On  peut  en  dire  autant  de  Comob  , Sc  des  au- 
tres exergues  du  bas-Empire.  Uoye^  Exergues. 

CONOUIUM  , dans  la  Grande  - Bretagne. 
KONOVO. 

Les  médailles  autoHomes  de  cette  yîHc  fosc:- 

RRRR.  en  argent. . . . PelUrin. 

O.  en  or. 

C.  èn  bronze. 

CONQUE.  Uoyei  CoNCHA  , comme  mefure. 
Les  anciens  fe  fervoient  quelquefois  , en  guife  de 
trompette  , de  la  coquille  appelée  conque  marine. 
On  la  voit  dans  les  mains  des  Divinités  de  la 
mer. 

CONQUISITORES.  Les  Romains  donnoient 
ce  nom  à ceux  qu’ils  envoyoient  dans  les  cam- 
pagnes & dans  les  différe.ntes  régions  de  Rome, 
pour  découvrir  les  citoyens  que  la  crai.nte  oa  rat- 
tachement à leurs  foyers  empêchoit  de  fe  ren- 
dre fous  les  étendards  de  la  république. 

On  trouve  dans  Plaute  iAmpky.  Prolog,  n.  é).) 
ce  mot  employé  pour  défîgner  des  perfonnes  qiii 
alloîent  dans  tous  les  rangs  des  théâtres  pour  exa- 
miner & punir  ceux  des  fpeClateurs  qui  faifoier.î 
cabale  en  faveur  de  quelque  Auteur 

Ut  conquijitores  Jinguli  in  fabfellia  tant 

Per  îotiim  civcam  fpeciatoribus  , 

Si  cul  fuuxores  deleguîos  viderint , 

Ut  kis  in  cavea  pignus  capiatur  tog&. 

CONSCRITS.  Uoye-^  Pxtres  eonfcrtptî-. 


>4^  C O N 

CONSÉCRATION  des  temples.  Dédi- 
cace des  autels  & des  Prêtres.  V oye^  Inau- 
guration. 

CONSÉCRATION.  On  défigne  par  ce  mot, 
dans  la  fcience  numifmatique  , Tapothéofe  d'un 
Empereur , fa  tranflation  8e  fa  réception  dans  le 
ciel  parmi  les  Dieux , exprimée  fur  une  médaille. 
D'un  côte  on  voit  ordinairement  la  tête  de  l’Em- 
pereur J couronnée  de  laurier , quelquefois  voi- 
lée j & dans  i’infeription  on  lui  donne  le  titre  de 
Divus.  Au  revers  il  y a un  temple  , un  autel,  un 
bûcher,  ou  un  aigle  fur  un  globe,  & qui  prend 
fon  elTor  pour  s’élever  au  ciel  ; quelquefois  l’aigle 
ell  pofé  fur  l’autel  ou  fur  uncippe.  D’autres  fois 
l’Empereur  paroît  dans  les  airs  porté  fur  un  aigle 
qui  l’enlève  au  ciel;  & l'infcription  eft  toujours 
Cqnsecp.atio.  Ce  fon:-Ii  les  types  les  plus  or- 
dinaires. Au  revers  des  consécrations  d’Antonin  on 
voit  quelquefois  la  colonne  Antonine.  Au -lieu 
d’une  aigle,  les  Impératrices -ont  un  paon.  Les 
bonneurs  rendus  après  la  mort  aux  Empereurs  , 
qui  cenfiiloient  à les  mettre  au  nombre  des 
Dieux  , font  délignés  par  le  mot  confecratio  ^ 
par  celui  de  pater , par  ceux  de  Divus  Augufius 
pater  ^ de  Deo  & Domino  Caro.  Quelquefois  au- 
tour des  te.mples  8c  des  autels  on  lit  Memoria 
felix  , ou  memoris,  scerru..  Pour  les  Frincelfes, 
Æternitas  , ou  fiieribas  recepta  j du  côté  de  la 
tête  Diva  ; & chez  les  Grecs  Qi'a- 

On  trouve  chez  les  Egyptiens  un  fymbole  par- 
ticulier de  la  confécration  des  Dieux,  c’eft  de  les 
voir  placés  fur  des  barques  8c  fur  des  navires. 
Les  médailles  du  bas-Empire  offrent  aufïi  ( Buo- 
narroti , Oj/i  p.  ilq.  Patin.  ISum.  lmp.  p.  aco.  ) 
des  Empereurs  afiis  fur  des  barques.  II  faut  remar- 
quer à ce  fuje:  ce  que  dit  Porphyre  {,de  Antro 
Mufar.  ap.  Cafaub.  in  Atken.  l.  xi.  p.  790.  ) que 
les  Egyptiens  ne  croyoien:  pas  qu’il  fût  conve- 
nable aux  Dieux  de  marcher  fur  la  terre  , Sc  que 
p.vr  ce  te  raifon  ils  les  repré.fenroient  fur  des  na- 
vires. Opinion  qui  dérivoit  fans  doute  de  leur  ref- 
peéî  religieux  pour  le  Nil. 

CONSENTES.  Les  Romains  appeloient  ainû 
des  Dieux  du  premier  ordre , mais  dont  les  noms 
étoieat  cachés  & inconnus  , Cor, fentes.  Les  inf- 
criptions  nous  apprennent  que  pairmi  les  Confentes 
il  y avoir  non -feulement  des  Dieux.,  mais  auflf 
des  Déeflès.  On  trouve  i.  o.  m.  dis.  deabvsq. 
PVB.  GONSENTIBVS.  V.  M.  S.  Yarroii  ( dans 
Arr.obe  ^ l.  iil.  ) dit  que  leur  nom  venoit  des 
Étnifques  , qui  les  appeloient  au.Ti  complices  ; 
mais  on  eft  encore  partagé  fur  la  raifon  qui  leur 
fit  donner  ce  nom  , fur  fon  origine  8c  fa  lignifi- 
cation. Q'nelques-uns  veulent  que  Confentes  foit 
la  meme  cllofe  que  Confcnti entes  ^ ^ qu’ils  avent 
é|é  ainlî  nommés,  parce  qu’ils  étoienr  toujours 
d’accord  dans  ce  qu’ils  premetroient  tous  de  con- 
certa D’autres  prétendent  que  Confentes  ell  la  même 
chofe  que  Conjutentes  j 8c  que  la  raifon  qui  laur 


C O N 

fit  donner  ce  nom , eft  qu’ils  étoient  les  Confeiî. 
1ers  de  Jupiter.  Varron  le  dit  en  effet  C dans  Ar- 
nobe  ) ; mais  il  apporte  une  autre  raifon  de  ce 
nom  : c’eft,  dit- il,  qu’ils  naiffoient  8c  qu’ils  mou- 
roient  enfemble  , quod  unk  oriantur  , & occidant 
unit.  Junius  croit  que  ce  nom  vient  de  l’ancien 
verbe  confo  , confis , qui  fignifioit  la  même  chofe 
que  confulo. 

1!  y avoit  douze  Divinités  Confentes , fix  Dieux 
8c  lîx  DéelTes  ; Sc  Varron  dit  qu’ils  avoient  peu 
de  pitié  yimiferationis  parciffima.  On  dit  cotnmu. 
nément  que  ces  Dieux  Confentes  étoient  ceux 
qu’Ennius  a renfermés  dans  ces  deux  vers  : 

Juno  i Vefta,  Minerva,  Ceres,  Diana,  Venus, 
Mars  , 

Mercurius  , Jovis  , Neptunus,  Vidcanus,  Apollo, 

Manilius  dit  que  ces  douze  Divinités  préiidoient 
chacune  à un  mois  de  l’année  ,ainfi  qu’il  eft  mar- 
qué dans  un  ancien  calendrier  des  payfans  Ro- 
mains , qui  eft  gravé  fur  un  marbre  du  palais  Far- 
nèfe.  Mais  comment  ignorott  - on  les  noms  des 
Dieux  Confentes  ? Comment  étoit-il  défendu  d’ap- 
prendre ces  noms  s’ils  étoient  publics  & confa- 
crés  dans  des  vers  ? Comment  Jupiter  fe  trouve- 
t’il  parmi  les  Confeillers  de  Jupiter  ? Audi  Sca- 
liger  expliquant  Feftus,  obferve  que  les  Dieux 
Confentes  étoient  des  Divinités  particulières  à cha- 
que famille. 

Il  y avoir  entre-autres  douze  Divinités,  que  les 
anciens  rcconnoifibient  pour  celles  qui  avoient  le 
foin  particulier  des  chofes  néceffaires  à une  vie 
tranquille  8c  heureufe-  Jupiter  8c  la  Terre  ètoiera 
révérés  comme  les  proteêieiirs  de  tout  ce  qui  eft 
à l’ufage  des  hommes  ; le  Soleil  8c  la  Lune  comme 
les  modérateurs  des  temps  ; Céres  8c  Bacenus 
comme  les  difpenfateurs  du  boire  Sc  du  manger, 
Eacchus  Sc  Flore  comme  les  confervateurs  ces 
fruits  8c  des  fleurs  ; Minerve  Sc  Mercure^  comme 
les  proteclaurs  des  Beaux-Arts,  qui  perfectionnent 
l’efprit , Sc  du  commerce  qui  entretient  8c  aug- 
mente les  rkheffes  ; 8c  enfin , A énus  8c  le  Bo^ 
Succès,  comme  les  auteurs  de  notre  bonheur^ 
de  notre  joie , par  le  dorud’une  nombreufe  lignee,, 

& par  l’accompliffement  de  nos  voeux-  . , . , 

Les  Grecs  joignirent  à -ces  douze  Divinités 
Alexandre-le- Grand  , comme  le  Dieu  des  con 
quêtes  ; mais  il  ne  fut  pas  reconnu  par  les  n - 
mains  , quî‘  tranfpcrtèrent  les  douze  autres 
Grèce  en  Italie,  où  ils  étoient  adorés  dans 
temple  commun  à Pifé. 

Varron  reconncît  diftinefement  deux  fortes 
Dieux  éori/en/cj J’invoquerai, dit-il 
„ Dieux  Confentes  , non  pas  ces  Dieux  o 

les  ilatues  dorées  font  dans  le  cj 

» la  ville , ces  Dieux  dont  fix  font  males  i. 

M femelles  ; mais  les  douze  Dieux  qui  aidenîj^ 

qui  vaquent  à l’agriculture.  » 


C © N 

n les  nomme  enfuite  ( Uh.  r,  de  re  rûfilca.  ) ï- 
Jupiter  &ia  Terre^  ictSokii  & la  Lune,  Riibigo 
^ Flore,  Minerve  & Vénus  , l'Eau  fe  le  Bon- 
Événement  , Gérés  & Bacchus.  Au  refte , Jupiter 
étoit  le  premier  de  toutes  les  clalTes  de  Dieux 
Consentes  y comme  on,  le  voit  dans  l infcription 
fuivante  : 

J.  O.  M. 

OÆTERISQUE 
DIS  CONSENTIBUS. 

CONSENTIES.ouConsentiennes,  Confenna, 
fetes  à rhonneuE  des  Dieux  Confentes , dit  Feftus, 
inftituées  par  le  confenrement  de  plufieurs  per- 
fonnesj  ckft-à-dire , félon  Scaüger,  de  toute  une 
famille  ; car  cet  auteur,  dans  fes  notes  fur  cet  en- 
droit de  Feftus,  prétend  que  les  Dieux  Confentes 
étoient  des  Dieux  que  chaque  famille  fe  choifif- 
foit  , & les  fêtes  confentiennes  , les  fêtes  & fa- 
criSces  que  chaque  famille  leur  faifoit  -,  car  outre 
les  Dieux  généraux  & les  fêtes  publiques , chaque 
famille  avoir  fes  Dieux  tutélaires , fes  patrons  , 
fes  fêtes  & fes  facrifices  paniculiers. 

CONSERENTES  Du.  V^oye^  Coxsj.rivs. 

CONSERVATION  , terme  d’antiquaire.  Il 
fîgniêe  le  bon  état , la  perfection  , l’intégrité 
d’une  médaille  que  le  temps  n’a  point  ufée,  n’a 
point  rongée  5 dont  toutes  les  figures  , tous  les 
traits,  toute  l’infcription  , toutes  les  lettres  font 
bien  confervés.  Les  médailles  du  cabinet  du  Roi 
font  d’une  confervation  étonnante.  Une  belle  con- 
fervation  ,-  plus  ou  moins  belle.  |Voilà  une  mé- 
daille d’une  grande  confervation.  Celles-ci  font  en- 
core d’une  alfez  bonne  confervation. 

CONSERVATOR.  Domitien  rendit  un  culte 
à 3\ifite.x-Confervateur , pour  le  remercier  de  lui 
avoir  fauvé  la  vie  dans  la  fédition  de  Vitellius.  il 
lui  éleva  un  petit  temple  , & lui  dédia  un  autel , 
fur  lequel  il  grava  les  motifs  de  fa  reconnoifiànce. 
Plufieurs  médailles  Impériales  portent  pour  type 
l’image  de  Jupiter  avec  la  légende  jovi  conser- 
VATORI.  Arnobe  ( adv.  Gentes  , lib.  j.  ) dit  que 
le  .lupiter  - Confervateur  était  Efculape  , appelé 
plus  fouvent  fauveur  , ou 

CONSERf^ATORES  DU.  On  trouve  dans 
Thomafi  (de  Donar.  c.  ly.  ) l’infcription  anticue 
fuivante  , où  il  eft  fait  mention  des  Dieux  confer- 
vateurs que  leurs  noms  particuliers  jtfoient 

BIIS  ÎJN 

CONSERVATORIBDS 
PRO  SALUTE 
ARIAE  SUAE 
N.  NONIUS 
MAÇRIHI  CONSECR. 


exprimes  ; 

■0 


C O N ,47 

ConsBRir. -STORES  sdiiim  ftcmntm.  On  trouve 
dans  plufieurs  infcriptions  Romaines  ce  titra 
donné  à ceux  qui,  par  leurs  charges,  étoiekt 
obli  |és  de  veiller  à la  confervation  des  édifices 
facres  ; tels  furent  d’abord  les  Cenfeurs  , & en- 
fuite  les  Ediles. 

CONSERVATRICE,  furnom  qu’on  donnoij  à 
Junon  , 8c  fous  lequel  elle  eil  défignée  dans  les 
types  de  fes  médailles  par  un  cerf.  En  voici  i’ori- 
gine  : de  cinq  bidies.  aux  cornes  d’or,  8c  plus- 
grandes  que  des  taureaux,qaeDiane  pourfuivit  un 
jour  dans  les  plaines  de  Theffalic,  cerre  Déefie 
n’en  prit  que  quatre,  la  cinquième  fut  fauvée  par 
Junon  J & devint  le  fymbole  de  cette  Déefié  , 
adorée  fous  le  nom  de  Junon  confervatrice. 

CONSEVIUS, 

CONSIVIUS  y Divinité  Romame  , qui 
préfidoit  à la  conception  des  hommes  : Qfi  con- 
fationibus  concubitalibus  profit,  félon  Tertullien, 
( ad  nation,  il.  c.  Z.  j & Macrobe  dit  que  Janus 
s’appeloit  Cenfevins , nom  qui  lui  venoit  à con- 
fenendo  , id  efl , a.  propagine  generis  kumatti  , qu& 
Jano  auBore  conferitur  {^Saturn.  l.  i.c.s^.  ) 

'Arnobe  (//^.  y.  ) parle  des  Dieux  ConsER-Eie- 
TEs  , ou  des  Lares  adorés  fous  ce.nom,  comme 
de  Divinités  qui  préfidoient  amli  à la  formation 
des  hommes. 

CONSIDIA,  famille  Romaine  , dont  on  a des 
médailles. 

RRR*  en  bronze. 

C.  en  argent. 

O.  en  or. 

Les  furnoms-de  oetterfamille  font  jr(*rr.isr£7-s-, 

pÆTirs. 

CONSIGNATIO.  Voye^  Époptée. 

CONSISTOIRE  t:  d 

CONSÎSTQRIUMS^  ^ Empereurs  Roma  nî. 

C’étoit  leyir  confeil  intime  & fecret. 

Le  mot  confifiorium  , qui  vient  de  fijîsre  , fignî- 
fioit  proprement  le  lieu  où  s’^lTembloit  ce  confeil; 
enfuite  on  a pris  le  nom  du  iieu’o’à  il  fe  renoit 
pour  le  confeil  même , 8c  on  a appelé  de-îà  comi- 
tés confifioriani  ceux  qui  étoient  de  ce  confeil. 
Iis  étoient  qualifiés  du  titre  de  viri  fpeBabiles  , 
qui  étoit  le  fécond  degré  dans  l’ordre  de  la  no- 
blefife  , ceux  qui  avoient  ce  titre  étant  aa-deuiîs 
de  ceux  que  l’on  qualiâoit  cLariffimi  , &•  précédés 
feulement  par  ceux  qui  avoient  le  titre  fillufires 
ou  fiuperillufires  , qui  n’étoit  accordé  qu’aux  pre- 
miers Officiers  de  l’Empire.  Ces  Comtes  ou  Con- 
feillers  du  confifioire  étoient  égaux  en  tout  aux 
proconfuls  pour  les  honneurs  & privilèges.  Ces 
mêmes  Officiers  , leurs  femmes-,  ea.^anSj  fervC 
teurs  & fermiers,  icuilToient  auffi  des  mêmes  pri- 
vilèges en  plaidant , foit  es  demandant  ou  en  d - 
fendant , que  l’Empereur  Zénon  avoir  accordes 
aux  clariiïimes  Princes  de^l’école.  C Cod,  Hv.  xii. 

Üt.  Xi  ) 

T ij 


14?  C O N 

C ONSÎVA  y furnom  d’OpS , Divinité  qui  pré- 
fidoit  aux  biens  de  la  terre:  fa  fête  fe  célébroit 
feus  ce  nom  le  2j  du  mois  d’Aoiit.  Voye:^  Opi- 
coN5i%^Es.  Confiva  étoit  dérivé  du  verbe  femer  ^ 
tonf;rcre ^ conféra  , confev  'i. 

CONSTANCE.  Quelques  médailles  de  l’Em- 
pereur Claude  ( Agofli.  Dial.  il.  p.  ) offrent 
la  Confiance  fous  la  figure  d’une  femme  aflife  ou 
debout  J ayant  uncafque  fur  la  tête,  & portant  une 
lance  de  la  main  gauche j fur  (quelques  autres  mé- 
daiilcs  la  Confiance  n’a  ni  cafque  ni  lance  j mais 
elle  porte  toujours  l'index  de  la  main  droite  élevé 
à la  hauteur  & près  du  vifage , dans  l’attitude 
d’une  perfonne  qui  réfléchit  attentivement.  Les 
modernes  ont  ajouté,  à ce  t/pe  de  la  Confiance  fi 
fimple  & fi  beau,  une  colonne  (Ripa.  Iconolog. 
part.  1.  n°.  0,1.') 

Constance  ( médailles  de  ) Voye'p^  Coxsf 

T.iHTIA, 

Constance-Chlore  ou  Constance  I du 
Eom.  Flavius  V.aLLB.iüs  Cosstastius  Cæ- 
SAK  & poflea  Augvstus.  ■ 

Ses  médailles  font  : 

ÊRR.  en  or. 

Il  y a des  revers  très-rares. 

H.  en  argent. 

II  y a des  re  vers  fort  rares. 

ER.  en  médaillons  d’argent. 

RRR.  ea  médaillons  de  bronze^  Sc  certains  re- 
vers RRRR. 

C.  enM.  &P.,B.  latin. 

R . en  P.  B.  d’Égypre. 

Constance  II^  fils  de  Conftantin  Flavius 
Julius  F'allzius  Cokstastius  CÆSAR^pof- 
tea  Augustus. 

Ses  médailles  lontt 

C.  en  or. 

il  fe  trouve  des  revers  raie&. 

ER  en  quinaires  d’or. 

RRR.  en  médaillons  d’or  j il  y en  a deux  dans 
îe  cabinet  du  Roi , de  la  forme  ordinaire  des  mé- 
daillons. 

On  en  voyoit  un  unique  dans  le  cabinet  de  feu 
■M.^d’Ennery  ; il  eft  d’un  très-grand  mmdule , & 
57^  grains  : fl  y a d’un  côté  la  tête  de  Conf- 
tance  avec  fa  légende  ordinaire  j & au  revers  : 
«alu-s  et  spes  rei  puel îcæ,  avec  trois  femmes 
debout,  en  habits  militaires;  elles  tiennent  de  la 
main  droite  chacune  une  hafte  , Se  s'appuient  de 
la  gauche  fur  un  bouclier. 

C.  en  argent. 

RR.  en  médaillons  d’argent. 

Il  y en  a plufiearsau  càbi.net  du-RoL 

RR.  en  mêdailîoDs  de  B. 

C.  en  M.  & P.  B. 

Constance  IÎL  Constastivs  Augv'slus 

Ses  médailles  font  : 

RRRR.  en  or  ; on  en  connoît  aéluellemenr 
iffoiSi  ane  dans  is  cabinet  du  Roi  ^ une  dans  celui 


C O N 

de  l’Empereur  J Se  la  dernière  dans  le  cabinet  de 
feu  M.  d’Ennery. 

On  n’en  connoît  point  jufqu’à  préfent  en  ar- 
gent ; mais  on  doit  croire  qu’il  y en  a eu  fabâ- 
quées  de  ce  métal. 

O.  en  B. 

Constant  , fils  du  tyran  Confiaatin  , Coirs- 
T Alt  s Augustus. 

Ses  médailles  font  : 

O.  en  or,  en  bronze. 

RRR.  en  argent  : cette  médaille,  qui  a été  re- 
connue dans  ce  fiècle,  étoir  auparavant  confon- 
due avec  celles  de  Confiant , fils  du  grand  Conf- 
tantin. 

Elle  eft  beaucoup  plus  rare  en  France  qu’en 
Italie. 

Constant  II  , fils  d’Héraclius  - Cônftantia. 

Cokstahs  feu  Constastisus  Auqustus. 

Ses  médailles  font  ; 

R.  en  or. 

RR.  en  argent. 

R.  en  M.  Se  P.  R. 

Constant  , troifième  fils  de  Conftantin.  Fla- 
vius Julius  Constats  Cæs.ir^  pofiea  Av-; 

CUSTUS. 

Ses  médailles  font  : 

C.  en  or. 

Il  y a dans  le  cabinet  du  Roi  une  médaille  d’or 
RR.  de  ce  Prince  , qui  a pour  légende  au  revers  : 
Victor  omnium  gentium  , avec  des  captif 
aux  pieds  de  l’Empereur. 

RRR.  en  médaillons  d’or  ; il  y en  a fix  au  ca- 
binet du  Roi  : deux  de  ces  médaillons  font  .plus 
grands  que  le  volume  ordinaire. 

C.  en  argent;  il  y a des  revers  RR. 

RR.  en  médaillons  d’argent  ; il  y en  a plus  de 
douze  ai>  cabinet  du  Roi. 

R.  ea  médaillons  de  bronze. 

C.  en  M.  Se  P.  B. 

Constant: A,  femme  de  Licinius.  Flavla 

Ju-LIA  CoLtSTAÎtTIA  AuGUSTA. 

Comme  fes  médailles  ne  font  connues  que  dans 
le  recueil  de  Goltzius  j on  n’eft  pas  affûté  de  leur 
réalité. 

CoNSTAKTiA  , femme  de  Gratien.  FlaviA 

JuLTA  CONSTASTIA  AuGUSTA. 

Goltzius  rapporte  une  médaille  de  cette  Imper 
rairice;,  elle  a été  citée  par  d’autres  Antiquaires; 
mais  on  ne  la  trouve  dans  aucun  cabinet. 

Constantin  I,  ou  le  Grand  , fils  deConG- 
tance-Chlore.  Flavius  Falsriüs  ComsTANTLjj^ 
nus  Maxiaius  Augustus. 

Ses  médailles  font  r 

R.  en  or,  quelques  revers  font  RR. 

RRR.  en  médaillons  d’or. 

Il  y en  a deux  petits  au  cabinet  du  Roi. 

R.  en  médailles  d’argent. 

Il  y a des  revers  très- rares , entre  - autres 


C O N 

eû  f*  voyant  les  têtes  de  Crifpe  Sc  de  Conftamin 
le  jeune. 

RRR.  en  médaillons  d’argent. 

RR.  en  médaillons  de  bronze.  On  place  à la 
fuite  des  médaillons  de  ce  Prince  ceux  qui  re- 
préfentent  les  têtes  de  Confiantinople  & de  la 
jDéefie  Rome. 

C.  en  M.  B.  &’  RRR.  avec  la  qualité  de  fiU 
d'Augufle  du  côté  de  la  têne>  & au  revers  : genio 
ÏILII  AÜGUSTORUM. 

c.  en  P.  B.  feu  M.  Génébrier  en.  avok  formé 
une  colleétion  de  douze  cent. 

Confiantin  eft  le  premier  des  Empereurs  dont 
on  voie  fur  les  médailles  la  tête  ceinte  du  diadème. 
Celles  de  fes  prédécefleurs  font  couronnées  de 
laurier. 

Rien  ne  fait  mieux  connoître  l’état  pitoyable 
des  Arts  fous  ConftantinAt-Qxzvtà  que  les  Ratues 
de  cet  Empereur , dont  l’une  fe  voit  fous  le  por- 
tail de  Péglife  de  S.  Jean-de-Latran,  & deux  au- 
tres fe  trouvent  au  capitole.  A l’égard  des  bas- 
reliefs  qui  font  fut  l’arc  de  Confiantin  , on  fait 
que  tout  ce  qui  en  eft  bon  fut  enlevé  de  l’arc 
de  Trajan.  D’après  cette  obfervatlon  , il  n’eft 
prefque  pas  croyable  que  la  peinture  antique  qui 
repréfente  la  Déeffe  Roma , & qui  eft  au  palais 
Barberini  ait  été  faite  du  temps  de  Confiantin. 

« Ce  qui  nous  fournit^  dit  Winckeimann  ( hifi. 
de  VA-rt.  liv.  6.  c.  8.  ) une  preuve  encore  plus  cer- 
taine de  la  décadence  de  la  fculpture  &c  de  l’archi- 
teélure  fous  Confiantin  , c’eft  le  prétendu  temple 
de  Bacchus , à côté  de  i’églife  Ste  Agnès  , hors  de 
Rome , où , fuivant  la  relation  de  l’hiftoire  & 
rinfpeétion  des  yeux  ^ le  petit  temple  nommé  au- 
jourd’hui Santa  Confian^a  , fut  bâti  par  cet  Em- 
pereur à la  prière  de  Ste  Confiance  ^ fa  fille  , parce 
que  c’eft-là  qu’elle  fut  baptifée  j & qu’elle  vou- 
lut être  enterrée.  Mais  ce  qui  prouve  encore  que 
ce  temple  ne  peut  pas  être  plus  ancien,  & qû’il 
date  d’un  temps  ou  l’on  détruifoit  les  anciens  édi- 
fices pour  en  employer  les  matériaux  à la  conftruc- 
tion  des  nouveaux , ce  font  les  colonnes,  dont  les 
bafes  & les  chapiteaux  fe  trouvent  tous  inégaux, 
de  forte  qu’aucune  de  ces  parties  ne  correfpond 
parfaitement  à l’autre.  D’après  cela,  je  ne  conçois 
rien  à l’aveugle  prévention  de  Ciampini  ( Ciampin. 
Vet.  Monum.  r.  i.  p.  13?.  ) qui  avance  exade- 
sient  le  contraire  : il  trouve  une  parfaite  propor- 
tion dans  tous  les  membres , parce  qu’il  veut  dé- 
montrer que  c’eft  un  véritable  temple  antique  de 
Bacchus , que  Confiantin  n’a  fait  que  confacrer  à 
un  meilleur  ufage.  Cet  homme  , d’ailleurs  très- 
fàvant , montre  lî  peu  de  connoifTance  de  l’art , 
qu’il  croit  que  les  cinq  beaux  candélabres  de 
marbre  , dont  deux  fe  trouvent  dans  ces  tom- 
beaux, & les  trois  autres  à l’égiife  de  Ste  Agnès, 
ont  été  fabriqués  alors  pour  le  temple  en  qiref- 
îion.  Mais  ces  candélabres  , de  la  hauteur  de  huit 
pa.mes , font  travaillés  fi  artiftçsient , qu’ils  ne  i 


C O N 149 

fauroient  être  attribués  qu’aux  meilleurs  artiftes 
du  règne  de  Trajan  oa  d’Hadrien.  » 

M A l’égard  da  grand  farcopkage  de  poiphyre 
qui  renfermoir  le  corps  de  Ste  Confiance , on  y 
voit  repréfentés  la  vendange  & le  prefTurage  j le 
même  fujet  fe  trouve  répété  en  mofaïque  fur  le 
plafond  de  la  galerie  extérieure  de  cet  édifice  : 
lur  l'urne  on  voit  travailler  de  petits  génies  ailés, 
& fur  le  plafond  des  faunes.  Ce  font  ces  figures, 

, en  partie  bachiques,  qui  ont  fait  donner  à cet  édi- 
fice le  nom  d’un  temple  de  Bacchus.  Mais  nous 
favons  qu’alors  la  religion  chrétienne  n’étoit  pas 
encore-entièrement  purgée  des  ufages  payées  , de 
qu’on  ne  fe  faifoit  point  fcrupule  de  mêler  le  facré 
avec  1-e  profane  ; quant  à l’art  même  , il  eft  tel 
qu’on  doit  l’attendre  de  l’efprit  de  ce  fiècle.  C’eit 
ce  qui  réfulre  au-fti  de  la  comparaifon  de  ce  farco- 
phage  avec  un  autre  tout  femblable  , qui  eft  placé 
dans  le  cloître  de  S.  Jean-de-Latran.  Ce  dernier 
fàrcophage,  qui  renfermoit  le  corps  de  Ste  Hé- 
lène, mère  de  Confiantin-\e.-Gxzx\à  , eft  décoré 
de  figures  à cheval  qui  combattent,  & de  pri- 
fonniers  placés  au-deftbus.  ” 

Constantin  ( Arc  de  ).  Voye-^  Arc  de 
triomphe. 

Constantin  (Colonne  de).  Colonne 
de  Confiantin  , &c. 

Constantin  le  jeune,  II  du  nom.  Flavius 
Claudio  s Constastisus  juxtos.  Cæ-sak,  Ci 
pofied  Augustvs. 

Ses  médailles  font  : 

RRR.  en  or,  avec  le  titre  de  junior. 

Il  y a au  cabinet  du  Roi  un  grand  & un  petit 
médaillon  en  or,  de  Confiantin  le  jeune. 

O.  en  argent  pur , à ce  que  l’on  croit,  excepté 
en  médaillons , qui  font  RRR. 

RR.  en  potin  ou  billon. 

RR.  en  médaiüons  de  bronze. 

Il  y en  a qui  font  précieux  par  la  rareté  des 
revers. 

O.  en  M.  B-. 

C.  en  P.  B.  J RR.  avec  des  Ccnfulats. 

II  y a une  médaille  d’argent  pur , où  l’on  trouve 
une  tête  jeune , couronnée  du  diadème  fans  lé- 
gende. (Quelques  antiquaires  l’attribuent  à ce 
Prince  , parce  qu’au  revers  on  lit  constan- 
TiNUS  CÆSAR,  & qu’on  voit  dans  le  champ 
trois  palmes  avec  une  étoile  fiir  celie  du  milieu , 
ainfi  que  dans  les  médailles  de  fes  frères. 

Constantin III,  ou  Tyran  fous  Honorius, 
Flavius  Claudius  ConstazitususAugustus, 

Ses  noédaiües  font  : 

RR.  en  or. 

R.  en  argent, 

RRR.  en  P.  B. 

Constantin  IV.  Pogonat , ots  èarBu^ 

TAXTIXUS  AuGUSTUSi 

Ses  médailles  font  î 

R,  ea  or. 


C O N 


i5(> 

^R-  en  argent. 

RRR.  en  médaiilons  de  B. 

Q.  en’  M.  B. 

R.  en  P.  B. 

CoisfsTANTiN  V J Cbpîonyfnci  Cokstanti- 
jzcrs  Aùgvstus. 

Ses  médailles  font  : 

R.  en  or. 

O.  en  argent  & en  B. 

CONSTAMXtN  VI-  CoXSTAKTISUsAsxaaSTUS. 

Ses  médailles  font  : 

RRRR.  en  or- 
O-  en  argent  & en  B. 

Constantin  VII.  Co^staxt-ixus  Aacus- 

TV-S. 

On  ne- connoît  point  de  médailles  qui  foient  re- 
connues pour,  appartenir  à,  oet  Prince  ou  à Léon 
l-’Arménien.  On  pe.ut^pourtant  croire  qudl  y en  a- 
eu  de  fabriquées-,  fojr.  à Cooftantinople  , foit 
dans  d’autres  villes.  ( pendant  un.règne  de  plus  de 
lêpt  années.)  ;.  mais:  elles  ne  font  point  encore 
connues. 

Constantin'  VIIIÏ:  CcrxsTAXTisus  Au- 

eusTus. 

Ses  médailles  font-:- 

RR.  en  or,  fur  lefqiielîes  il  eft  avec  fon  père. 
O.  en  argenr. 

R.  en  B.  où  il  eft  avec  Bafile. 

Constantin  IX,  fils  de  Romain  I.  Coxstax- 

TINUS  Augustüs. 

On  ne  connoît  point  de  médailles  de  cçt  Em- 
pereur. 

Constantin  X,  furnommé  Porphyrogénète. 
CossTAXTixus  Augustüs. 

Ses  médailles  font  : 

RR.  en  or. 

O.  en  argent. 

R.  en  M.  B.  avec  fa  tête  feule. 

RR.  avec  fa  tête , & celle  de  Zoé  fa  mère. 

Constantin  XL  Coxstantixvs  Augvs- 

TUS. 

Ses  médailles  font  : 

RR.  en  or , avec  Bafile  fon  frère. 

O.  en  argent. 

C.  en  B. , également  avec. Bafile. 

Constantin  XII  , Monomaque.  Constax^-- 
tixus.Augüstus. 

Il  y a dans  le  cabinet  du  Roi , 8<  il  y avoir  dans 
celui  de  M.  Pellerin , des  médailles  d’or  de  Conf- 
tantin  Monomaque  & de  Zoé. 

Constantin  XIII , Ducas.  Coiistaî!tix.us 
Ducas  Augustus. 

Ses  médailles  font  ; 

RR.  en  or. 

O.  en  argent. 

RR.  ça  M'.  B. 


C O N 

' Constantin  XIV.  Paléologüe  ; dernier 
Empereur  de  Conftantinople.  Coxstastixus. 
Palæologus  Augustus. 

Ducange  rapporte  un  grand  médaillon  d’argent 
de  cet  Empereur  j on  n’en  connoît  ni  en  or  ni  en 
bronze. 

Constantin  Ducas  ( Porphyrogénète.  ) 

■ CoKSTANTlNUS  DuCAS  AuGUSTU^. 

On  ne  trouve  ce  Prince  fur  aucune  ^médaille 
de  fon  temps. 

Constantine. Ex.ayiAj£fzr.<  Coxstaktixa 
Augusta. 

Ses  médailles  ne  font  connues  que  dans  Golt- 
zius , & font  par  conféquent  fufpeétes. 

CONSTANTINOPOLIS.  Les  médailles  de 
cette  ville  fans  nom  d’Emperem,  font  : 

C.  en  bronze. 

Ot  en  or. 

' O.  en  argent? 

On  les  place  à la  fuite  des  médaifles  du  grand 
Confiantin. 

CONSTANTINOPLE  ( Ère  de  % « L’Ére^e 
Conjlantineple  , ainfi  que  celle  d’Alexandrie  , 
commence  à la  création  du  monde.  Dans  cette 
période  , la  première  année  de  l’Incarnation  tom- 
be en  5509,  Se  répond  , comme  dans  notre  Ere 

' vulgaire  , à la  dernière  de  la  194^  Olympiade,  &c 
à la  première  de  l’Olympiade  fuivante.  L’empire 
Grec  & l’églife  de  Confiantinopte  adoptèrent  cette 
manière  de  fupputer  les  temps,  qui  palfa  dans 
tous  les aéles,  & s’eft  maintenue  tant  que  l’em- 
pire a fubfifté.  L’églife  grecque,  encore  même 
aujourd’hui , n’en  connoît  point  d’autres.  Les 
Mofcovites,  qui  l’avoient  reçue  des  Grecs  avec  Je 
chriftianifme  , l’ont  de  même  confervée  jufqujau 
règne  de  Pierre-le-Grand.  On  dillingue  dans  l’Ere 
de  Confiantinople  deu.x  fortes  d’années  , la  ci- 
vile & l’eccléfiaftique.  La  première  s’ouvre  avec 
le  mois  de.  Septembre  ; la  fécondé  a commencé  , 
tantôt  au  21  Mars , tantôt  au  ler  Avril.  » 

« L’Ére  dont  nous  parlons  étoit  en  ufage  à 
Conflantinople  avant  le  milieu  du  feptième  fiècle  , 
comme  on  le  voit  par  le  traité  du  Comput  <k 

S.  Maxime,  qui  fut  compofé  l’an  641.  Les  aétes 
4u  vie  Concile  général  ^ terminé  l’an  68 1 de  notre 
Ère  vulgaire,  fontdatésrie  l’an  du  monde  Ô189. 
Retranchez  de  cetteTomrae  681 , reliera  celle  de 
y yo8  , qui  forme  l’Ere  de  Conflantinople.  Dans  la 
fuite,  on  voit  tous  les  aâes publics  de  l’empire 
Grec  , datés  de  la  même  Ère.  de  vérifier 

les  Dates.  ) 

CONSUALES.  \ r ri! 

CONSUALIA.  f &fnfualia,eonflualeslüdt, 
fèces  à l’honnear  du  Dieu  Ceafe  ou*Confusj  c'eft- 


C O N 

à-^re,  Neptune.  On  y faifoit  une  cavalcade- ma- 
gnifique, parce  que  Neptune  paffoit  pour  avoir 
donné  le  cheval  aux  hommes.  Delà  lui  venoit  Ton 
furnom  àyqaeftre,  /Ws/oî.  On  dit  que  c'eft  Évran- 
ore  qui  inftitua  certe  fête.  Romulus  la  rétablit 
enfuite  fous  le  nom  de  Confus  , parce  que  ce 
Dieu  iiii  avoir  fuggeré  le  deffein  d’enlever  les 
Sabines.  Car  Romulus  ayant  infritué  les  jeux  con.- 
fuales  ^ Y invita  fes-voifins  , & fe  fervit  de  la  fo- 
Jemnité  des  facrifices  & des  jeux  pour  enlever  les 
Sabines , qui  croient  venues  à la  cérémonie.  Pour 
y attirer  plus^de  monde,  il  avoir  répandu  de  tous 
cotes  qu  il( avoir  trouvé  un  autel  caché  fous  ‘terre  , 
qu  il  vouloir  confacrer  en  faifant  des  facrifices  au 
Dieu  à qui  cet  autel  avoir  été  érigé. 

lî  eft  parlé  des  confuales  en  "plufieufs  endroifs 
du  calendrier  Romain.  Les  confuales  éroient  du 
nombre  des  jeux  que  les  Romains  appeloient  fa- 
cres  , parce  qu  ihs  étoient  confacrés  i une  Divi- 
nité. Dans  les  commencemens , ces  fères  & ces 
jeux  ne  différoient  point  de-ceux  du  cirque.  De-là 
vient  que  Valère-Maxime , ( /.  il.  ck.  4.  ) dit  que 
renlèvement  desSabines  fefit  au  jeux  du  cirques 
& Servms,  {Eneid.  1.  vm.  -v.  656.  ) aux  can- 
fiiales.  On  couronnoit  & on  laifîbit  repoler  les 
chevaux  & les  ânes’ces  jours-là,  parce  que c’éroit 
la  fête  de  Neptune  l’Equeftre  , dit  Plutarque, 

( Rom.  quifi.  48.  ).  Feftus  ajoute  que  ces  jeux  fe 
célébroient  avec  des  mulets  , parce  qu’on  croyoit 
«jue  c’étok  le  premier  animal  qui  eût  fervi  à 
traîner  le  char.  Selon  Servius  , les  confaales  tom- 
boient  au  ij^d’AoÛTj  mais  Plutarque  & Denys 
^ H^licamalTe' les  placent  dans  le  mois  de  IV^ars. 
Ces  fêtes  diffèrent  de  celles  qu’on  appeloit  2^<rp>. 
tiinales. 

CONSUALI  Deo.  Voye^  fur  ces  mots  d’une 
infcription  antique , ( Grater^  54.  3.  ) le  mot 
CONSUS. 

CONSULAIRES  ( Fades  ) , dressés  SUR  LES 
marbres  du  Capitole. 

El.  B.  Ces  Fades  fuppofenr,  jufqu’à  la  naiffance 
sfe  J.  C.  la  fondation  de  Rome  dans  la  ire  ^.n- 
né'ede  la  viie  Olympiade.  Nous  les  fuivrons  juf- 
qu’à cette  naifTance 5 mais  depuis  elle,  nous  fui- 
vrons avec  tous  les  ChronoiogiRes  modernes  le 
calcul  de  Varron  , qui  fixe  cette  fondation  à l’année 
Tve  de  la  vie  Olympiade , c’eft-à-dire  , qu’il  la 
fait  plus  ancienne  d’un  an  que  les  marbres  du  Ca- 
pitole. 

Sous  le  pfmtifieat  de  Paul  III,.  vers  le  mi- 
,!eu  du  feizieme  fiecle,  on  déterra  à Rome  une 
raronique  gravee  fur  le  mar’ore  , qui  renfermoit 
ia  luire  des  Confuis,  des  Diéiateurs,  des  Tribuns 
mi.itaires  de  des  Cenfeurs  , avec  les  triomphes  des 
Generaux  Romains.  Attribuée  d’abord  à Atricus, 
eue  fixa  I-es  regards  de  tous  les  Cens-de-Lertres 
& Fit  placée  su  Cac-itole  dont  elle,  renfermoit 


C O N 


*.51 


les  fartes  glorieux.  Pighius  en  donna  unê  explica- 
tion, dont  voici  l’extrait. 


Ere 

du 

Capitole 


Le  Roi  Romulus  fonda  la  vilfe  de 
Rome  la  première  année  de  la  7“ 
Olympiade  , 'où  Daiclès  -Meffénien 
remporta  le  prix  dé  la  courfe  , fous 
le  règne  deCharope,Ù  Athènes  - 


Duree 

Mqu-à 

l*annie 


t 1749. 

Oit 

’2-f3S 
47  xyox 


5,U  ijot 


-, 

_xi^  jour  avant  les  caietvdeS  dé  Mai 
il  partagea  le  peuple’en  divers  ordres  j. 
favoir,  le  Sénat , les  Chevaliers  & 
les  Plébeïensj  il  forma  des  Tribus  , 
établit  des  Curies  , donna  cks  loix, 

& inftitua  les  facrifices.  . . . , 

Romuhas  à fa  mort  fut  mis  au 
rang  des  Dieux,  8c  furnommé  Qui- 

rinus 

Il  y eut  cetfe  année  an  interrègne 
pendant  lequel  les  Sénateurs  gou- 
vernèrent tour-à-tour  . . . . . 

Numa  PompiliuSj  fils  de  Porapi. 

Sabin  , nommé  Roi  par  les  fuffragee^ 
du  peuple  & Tautorité  du  Sénat,, 
ayant  donné  la  paix  au  peuple  R^ 
main , fut  Je  premier  qui  -ferma-  le 
temple  de  Janus.  Il  établit  des  fa- 
crifices , des  cérémonies  religieufes, 

8c  régla  tout  ce  qui  concernoit  le 
culte  des  Divinités  j il  partagea  Tan*- 
nee  en  xii  mois.,  fixa  les  jours  où 
Ton  pouvoir  rendre  la  juftice  , 8c 
ceux  auxquels  il  n’étoit  pas  permis 
de  s’afTembler.  Il  étabiit*des  collè- 
ges de  Prêtres , d’Augures  , de  Fla- 
mines,  de  Veftales,  d’autres  ordres 
facrés  , divifa  le  peuple  en  plufieurs 
collèges,  Sc  établit  plufieurs  loix.  . 

Le  Roi  Numa  Fompilius  , fils  de 
Pompi.  Sabin  meurt  l’an  .... 

Tullus  Hoftilîus,  fils  d’Hoftiiius  , 

Sc  petit-fils  d’Hoftiliüs  , eft  élu  Roi 
par  le  choix  du  peuple  & Tautorité 
des  Sénareurs.  Il  établit  une  difei- 
pline  militaire  , ouvrit  le  temple  de 
Janus  que  Numa  avoit  fermé  j 8c 
ayant  reculé  les  bornes  de  l’empire 
Romain  , if  agrandit  le  Pomœrium 
d’^après  Tavis  du  collège  des  Prêtres.  82  2447 
Tullus  Koftiliiis  meurt  dans  un 
incendie  l’an  1 1 3 

Ancus  Marcius  , petit-fils  de 
Numa,  eft  choHî  par  le  peuple  Sc 
le  fénat  pour  gouverner  Rome  : il 
donna  des  loix  à la  ville  , & 

Tembeliic  de  bâtimens  magnifiques. 

Ayanp  reculé  les  bornes  de  l’empire 
Romain  ,,  il  agrandit  le.  PomariuiR 


59 

81 


25-00 

2458 


ii; 


242!? 


C O N 


C O N 


152 


lErt 

du 

eapuolc 


avec  rapprobâtîoti  des  Pontifes.  • • 
Ancus  Marcius  meurt  1 an  . . . 

Lucius  Tarquin^  l’ancien  u® 
Démarate  ^ monta  fur  le  trône  de 
Rome  par  le  choix  du  peuple  & la 
volonté  du  fénat.  Il  agrandit  1 ordre 
des  Sénateurs  & celui  des  Cheva- 
liers. Il  arracha  des  mains  des  Etruf- 
ques  les  ornemens  & les  marques 
de  la  royauté  dont  ils  s’étoient  em- 
parés 

Lucius  Tarquin  eft  aflafliné.  . 
Servius  Tullius  , fils  de  Servius  , 
eft  le  premier  qui  s’empara  du  trône 
fans  le  choix  du  peuple  & fans  l’agré- 
ment du  fénat  ; il  établit  le  cens , cé- 
lébra quatre  fois  le  luftre;  il  parta- 
fca  en  tribus  le  peuple  & le  terri- 
toire de  Rome  ; ayant  reculé  les  bor- 
nes de  l’empire , il  agrandit  auffi  Iç 
Pomœrium  d’après  l’avis  des  Prè- 



Servius  Tullius  eft  afiTaflâné  cette 
année  


114 

137 


Durie 

jufqu’à 

l.*année 

178s. 

242y 

2402 


138 

174 


2401 

256; 


17I  ^5*^4 
218  1321 


L-  Tarquin-le-Superbe_,  fils  de  L., 
périt- fils  de  DçmaratCj  s’étant  em- 
paré du  trône  fans  demander  l’agré- 
ment du  peuple  & du  fénat,  releva 
la  majefté  de  la  ville  de  Rome , en 
conftruifant  le  capitole.  Il  établit  les 
fériés  latines , & créa  les  II  \ irs 
chargés  de  l’infpedion  des  livres  Si- 
byllins , qu’il  acquit  pour  le  peuple 

Romain .219  1320 

Il  eft  chafté  du  trône  & de  la  ville 
par  le  peuple,  qui  reprend  fa  liberté 
le  neuf  des  calendes  de  Juin  l’an.  . 244  2295 

CoxsvLS  créés  depuis  cette  époque. 

L.  Junius  Brutus  s’étant  choifi  un 
Collègue , eft  tué  & remplacé  par 
Sp.  Lucretius  Tricipitinus  qui,  étant 
raort  dans  l’année  , eut  pour  fuc- 
celfeur  M.  Horatius  Pulviüus.  Lu- 
cius Tarquinius  Collatinus , nommé 
Gonful  avec  Brutus , eft  obligé , par 
fan  Collègue,  à fe  démettre.  On  lui 
fubroge  P.  Valerius,  qui  fut  fur- 

nommé  Poplicola 244  2293 

Publius  Valerius  Poplicola  II.  . . 24^  2294 

Avec  Publius  Lucretius  Tricipi- 
tinus. 

P.  Valerius  Poplicola  TII  . . . . 246  2293 

M.  Horatius  Puivillus  II. 

Sopurius  Lartius  Flavus^  ....  247  2292 

Titus  Hermiçrius  Aquiliüus, 


Are  I "Duris 
àu  I 

capitoU  1 natis. 


248 


249 

230 

231 

232 


234 


*3Ô 


M.  Valerius,  flls  de  Volufîus.  . . 

P.  Pofthumius  Tubertus. 

P.  Valerius  Poplicola  iy  . . . - 

Titus  Lucretius  Tricipitinus  IL 
P.  Pofthumius  Tubertus  II  . . • 

Agrippa  Menenius  Lanatus. 

Opiter  Virginius  Tricoftus.  . . . 

Sp.  Caffms  Vifcellinus. 

Pofthumius  Cominius  Auruncus. 

T.  Lartius  Flavus,  premier  Di^at. 

Sp.  CafriusVifceIlinus,preOTrV  Gé- 
néral de  la  Cavalerie. 

Set,  Sulpiçius  Camerinus.  . . . 

M.  T uliius  Longas  , mort  pendant 
/on  Confulat. 

Pub.  Veturius  Gcminus  . . . • 

T.  Ebutius  Elva. 

T,  Lartius  Flavus  IL  .....  233 

Q.  Clœlius  Siculus. 

A.  Sempronius  Atrarinus  . . . 

M.  Minucius  Augurinus,  _ 

A.  Pofthumius  Albus  Regillenfis  , 

fait  DiSateur 

T.  Virginius  Tricoftus. 

T.  Ebutius  Elva  , fait  Général  de 
la  Cavalerie. 

Ap.  Glaudius  Sabinus  Regillenfis.  . 

P.  Servilius  Prifcus. 

A.  Virginius  Tricoftus  Cœiiraon- 

tanus . . 

T.  Veturius  Geminus  Cicurinus. 

M.  Valerius  , fils  de  Volufius , eji 
créé  Dictateur  pour  appaifer  une 
fédition  , & mérite  le  furnom  de 
Maximus 

Q.  Servilius  Prifcus  , eJi  Général 
de  la  Cavalerie. 

Sp.  Caffius  Vifcellinus  II.  ... 

T.Poftumus  Cominius  Aruncus  IL 
T.  Geganius  Macerinus.  .... 

P.  Minucius  Augurinus. 

M.  Minucius  Augurinus  II.  . . . 

A.  Sempronms  Attratinus  II. 

Q.  Sulpiçius  Camerinus.  '.  • . . 

Sp.  Lartius  FJavus  II, 

C.  Julius  Juins  ....... 

P.  Pinarius  Rufus  Mamercinus 

Sp.  INantius  Rutilus 

Sexrus  Furius  Fufus. 

C.  Aquillius  Tufcus.  ..... 

T.  Sicinius  Sabinus. 

Sp.  Caffms  Vifcellinus  III.  . . . 

ProcuhisVh'rginiusT  ricoftus  Rutilus. 

Cæif.  Fabius  Vibulanus 

Ser.  Cornélius  Colfus  Maluginenfis. 
Lucius  Æmiiius  Mam.ercinus.  , , 

Q.  Fabius  Vibiilanu?  IL 


238 


2(30 

2(3 1 
262 
2(Î3 

2^4 

1(33 

iSé 

267 

i6$ 

2Ô9 


2291 

2290 

2289 

228S 

2287 


233  22§5 


228J 

2284 

2285 


237  2282 


2282 

2289 


M. 


2279 

2278 

2277 

21/é 

2273 

2274 

2273 

227^ 

2271 
227Q 
F abtus 


C O N 


C O N 


M.  Fabius  Vibuknus  . 

L.  Valerius  Poplicola  Potitus.  • 
C.  Julius  Julus  ....... 

Q.  Fabius  Vibulanu?III. 

Cælb  Fabius  Vibulanus  . . . . 
Sp.  Furius  Fufus. 

Cn.  ‘Man’lius  Cincinnatus.  . . . 

M.  Fabius  Vibulanus  II^  fui  tué 
dans  un  combat, 

Cæfo  Fabius  Vibulanus  III.  . . . 

F.  Vir^nius  Tricoftus  Rutilus. 

L.  Æmilius  Mamercinus  II.  . . . 
Câius  Servitius  Strufluls  Ahala^ 
qui  étant  mort  pendant  fa  magif- 
trature  , fut  remplacé  par 
C.  Cornélius  Lentulus  Efquilinus. 

C.  Horatius  Pulvillus 

T.  Menenius  Latanus. 

A.  Virginius  Tricoftus  Rutilus.  . . 
Sp.  Servilius  Struâius. 

F.  Valerius  Poplicola 

C.  Nautius  Rutilus. 

Lucius  Furius  Medulliiyis  Fufus.  . 
A.  Manlius  Vulfo. 

Lucius  Aemilius  Mamercinus  III.  . 

Vopifcus  Julius  Julius. 

L.  Pinarius  Rufus  Mamercinus.  . . 

P.  Furius" Fufus. 

Ap.  Claudius  Sabinus 

T.QuindliusCapitolinusBarbatus. 
Lucius  V alerius  Poplicola  Potitus  II. 

T.  Aemilius  Mamercinus 
A.Virginius  Tricoftus  Cœlimontanus. 

T.  Numicius  Prifcus. 

T.  Quintius  CapitoIinusBarbatus  II. 

Q.  Servilius  Prifcus. 

T.  Aemilius  Mamercinus  IL  . . . 

Q.  Fabius  Vibulanus. 

Sp.  Pofthumius  Albus  Regillenfts.  . 

Q-  Servius  Prifcus  IL 
Q.  Fabius  Vibulanus  IL  . . . ; 

T.Quintus  Capitolinus  Barbatus  III. 
A.  Pofthumius  Albus  Regillenlis-  . 
Spurius  Furius  Medullinus  Fufus. 

P.  Servilius  Prifcus 

L.  Aebunus  Elva  , morts  tous  les 
deux  dans  leur  magifirature. 

T.  Lucretius  Tricipitinus.  . . . 

T.  A eturius  Geminus  Cicurînus. 

P.  Volumnius  Amintinus  Gallus.  . 

Ser.  Sulpicius  Camerinus. 

P.  Valerius  Poplicola  II,  mort  dans 
fa  magifirature  , & remplacé  par 

L.  Quintius  Cincinnatus 

C.  Ciaudius  Sabinus  Regillenfîs. 

Q-  Fabius  Vibulanus  III 

L-  Cornélius  Maluginenfis  Coftiis*.  • 
Antiquités  , Tome  11, 


Ere 

du 

Cap. 


Durée 

jufqud 


ijo  ii6^ 
271  2268 

ijx  xt6j 

273  xx66 

274  xx6s 
27J  2264 

276  2263 

277  zx6x 

278  2261 

279  22^0 

280  2239 

281  2,238 

282  22‘37 

283  2236 

284  2233 
283  2234 

286  2233 

287  2232 

288  2231 

289  " 2230 

290  2249 

291  2248 

292  2247 

293  2246 

294  2243 


155 


Ere  I Z}urée 
du  I jurqu’d 

Cap.  j 


C.  Nautîus_  Rutilus  II.  ; : i . 293  2244 

L.  Minucius  Augurinus , fut  obligé 
de  fe  démettre  de  fa  charge,  à caufe 
de  fa  mauvaife  conduite  dans  1‘  Al- 
gide. 

L.  Quintius  Cincinnatus j_/ûir  Pic-- 
tateur, 

L.  1 arquitius  Fîaccus  , Général  de 
la  Cavalerie. 

C.  Horatius  Pulvilkus  . . . . . x^6 

Q,  Minutius  Augurinus. 

M.  Valerius  Maxumus 297  2242 

Sp.  Virginius  Tricoftus  Cœlimon- 
tanus. 

Les  jeux  féculaires  furent  célé- 
brés cette  année  par  ordre  du  Sé- 
nat. M.  Geganius  Macerinus  , & 

C.  Nautius  Rutilus  étant  Ilvirs. 

T.  Romilius  Rocus  Vaticanus.  . . 298  2241 

C.  A'eturius  Cicurinus. 

Sp.  Tarpeius  Montanus  Capitolinus.  299  2240 
A.  Aeternius  Fontinalis. 

Sextus  Quîntilius  V'arus,  mort  dans 
fa  magifirature.  ......  300  2239 

P.  Horatius  Tergeminus. 

P.  Seftius  Capitolinus.  . 301  2238 

C.  Menenius  Latanus. 


Ap.  Claudius  Craffinus 302  2237 

T.  Genucius  Augurinus. 

Ils  abdiquèrent , afin  que  l’on 
pût  ckoifir  les  Décemvirs  fuivans  , 
qui  devinrent  dépofitaires  du  pou- 
voir légijlatif 
Ap.  Claudius  CrafSnus. 

Sp.  Poftumius  Albus  Regillenfis. 

T.  Genacius  Augurinus. 

P.  Seftius  Capitolinus. 

Sp.  Veturius  Cicurinus. 

Ser.  Sulpicius  Camerinus. 

C.  Julius  Julus. 

T.  Romilius  Rocus  Vaticanus. 

A.  Manlius  Vulfo. 

P.  Horatius  Tergeminus. 


Ap.  Claudius  Craflinus  IL  . . i 303  223^ 

Q.  Fabius  Vibulanus. 

M.  Cornélius  Maluginenfis. 

L.  Minutius  Augurinus. 

T.  Antonius  Merenda. 

M.  Rabuleius. 

M.  Sergius. 

Cæfo  Duiiius. 

Q.  Foetelius  Libo  Vifolus. 

Sp.  Oppius  Cornicenfis.' 


V 


Î54 

c 0 N 

Ere 

Durée  ' 

« 

du 

iufqu  à 

Caf. 

178*. 

C O N 


Les  Décemvirs  précédetis  furent 
chligés  d‘ abdiquer,  d caufe  du  crime 
tt  Ap.  Claudius  ; & on  ckoifit  pour 
Confiés  : 

L.  Valerius  Poplicola  Potitus.  . . 

M.  Koratius  Barbacus. 


504 

2235 

5°; 

2234 

0 

c\ 

2235 

307 

2232 

308 

2231 

Lar.  Herminius  Aquilinus.  • • • 

T.  Virginius  Tricoftus  Cælimon- 
tanus. 

M.  Geganius  Maccrinus  . . • ■ 

C.  Julius  Juîus. 

T.  Quintius  Capitoîinus  Barbatusl\  ■ 
Agrippa  Furius  Fufus._ 

Sîarcus  Genutius  Augurinus.  . . 

C.  Curtius  Philo. 


Tribuns  militaires  avec  autorité  de 
ConfuLs, 

Aulus  Sempronius  Atratinus.  . _ . 309  2.230 

F,.  Acilius  Longus,  & T.  Cla?lius 
Siculus  , qui  abdiquent  , & font 
remplacés  par: 

L.  Papirius  Mugillanus  5 Conful  la 
même'  année  avec  L.  Senaprouius 
Atratinus. 


Marcus  Geganius  Macerinus  IL  . . 310 

T.Quintius  Barbatus  CapirolinusV . 

Fremiers  Cenfeurs.  L.  Papirius  Mu- 
gillanus , &:  L.  Se-uipronius 
Atratinus. 

M.  Fabius  Vibulanus.  . . • • _ • 3 ^ ^ 
Pofthumius  Ebutius  Elva  Corni- 
cenfis. 

C.  Furius  Pacillus  Fufus 312 

M.  Papirius  Craffus. 

Procalus  Geganius  Macerinus.  . . 315 

L.  Menenius  Lanatus.  _ 

T.  Quintius  Barbatus  Capitoîinus VI.  3 14 
Agrippa  Menenius  Lanatus. 

L.  Quintius  Cincirunatus  II j,  Dic- 
tateur^ 

C.  Servilius  Stra£ius  Ahala,  M.atîr& 
de  la  Cavalerie. 


2229 

2228 

2227 

222é 

2225 


Ere 

àu. 


.1 


Mam.  Emilius  Mamerdnus  » fait 

Diciateur^ 

L.  Quindius  Cincinnatus,  Afartre 
de  La  Cavalerie.  » 

M.  Cornélius  MalugLnen-fis.  . . • 3^7 
L.  Papirius  Crafi'us. 

C.  Julius  Julus  II 5^® 

Ê.  Virginius  Tricoftus. 

Q.  Servilius  Prifcus  , Dictateur  , 
furnommé  Fldenas. 

Pofthumius  Ebutius  Elva  Corni- 
cenfis , Maître  de  la  Cavalerie. 
Cenfeurs.  C.  Furius  Pacilüs  FuftjSj 
&M.  Geganius  Macerinus. 

C.  Julius  Julus  III.’ 3^^ 

L.  Virginius  Tricoftus  II- 
Maui.  Emilius  Mamercinus , Dic- 
tateur. 

A.  Poftumius  Tubertus  , Maître  de 
la  Cavalerie. 


Tribuns  Militaires  avec  autorité 
de  ConfuLs. 


M.  Fabius  Vibulanus.  . . 
M-  Foslius  Flaccinator. 
L.  Sergius  Fidenas. 


320 


Tribuns  Militaires  avec  autorité 
de  Confuls, 

Mam.  Aemilius  Mamercinus.  I ; 3î|  -2224 
T.  Quindius  Cincinnatus. 

L.  Julius  Julus. 

Marcus.  Geganius  Macerinus.  . , 316  2223 
E.  Sergius  i furnommé  Fidenas. 


Autres  Tribuns  Militaires  avec 
autorité  de  Confiés. 

L.Pinarius  R ufus  Mamercinus.  . 
L.  Furius  Medulliiius. 

Sp.  Poftumius  Albu’s  Regîllenfis. 


321 


322 


T.  Quintius  Pennus  Cincinnatus. 

C Jiïîhis  Mento. 

A.  PoftiimiusTubertus^U/iïiZtear. 

L.  Julius  Julus , Maître  de  la 
Cavalerie. 

C.  Papirius  Craffus.  .....  323 
L.  Jalius  Julus. 

L.  Sergius  Fidenas  IL  . . _ . • . 324 
Hoftus  Lucretius  Trîcipitinus. 

•T.  Quintius  Pennus  Cincinnatus  H.  325 
A.  Cornélius  Coffus. 

C.  Servilius  Strudus  Ahala.  ...  326 

L.  Papirius  Mugillanus  IL 


Tribuns  Militaires  de. 

T.  Quintius  Pennus  Cincinnatus  III. 
C.  Furius  Paciliis. 

M.  Pofthumius  Albus  Regillenlîs. 
A.  Cornélius  Coffus 
M.  Emilius  MamercinusIII,UiS- 
A.  Cornélius  CoffuSj,iVl.a;e /a  Caw 


327 


Ddrie 

jufqu'i 

17SS. 

2224 

Z22t 


2J.Z0 


zzîÿ 


22lt 

2217 

22ÎÔ 

2217 

2214- 

22IJ 

iZtZ- 


C O N 


Ere 

Duree 

àu 

jufqu’à 

Cap, 

1786. 

C O N 


in 

jEt€  I Duree 
du  I jufqziâ 
Cap.  i I jSü. 


Tribuns  M-ithaircs  , &e, 

Aulus  Sempronius  Atratirms.  . . jiS  221 1 

L.  Furius  Medulünus. 

L.  Quintîus  Cincinnatus. 

L.  Horatius  Barbatus. 


Tribuns  Militaires  ^ &c. 

P.  Lucretius  Tricipitinus.  . . , 336  220j - 
L.  Servilius  Struâus. 

Agrippa  Menenius  Latanus  II. 

Sp.  Vecarius  Craffus  Cicurinus. 


Tribuns  Militaires  , &c. 

Ap.  Claudius  Craffus  Regilienfîs.  . 325  2210 
Sp.  Nautius  Rutilus. 

L.  Sergius  Fidenas  U.  5 

Scx.  Julius  Juius. 

Cenfeurs. 

Lucius  Julius  Juius. 

L,  Papirius  Craffus. 


C.  Sempronius  Atratinus.  . . . 330  2209 
Q.  Fabius  Vibulanus. 


Tribuns  Militaires  , &c, 

A*.  Sempronius  Atratinns  III.  . . 3 37  xxas, 

M.  Papirius  .Mugillanus  II. 

Sp.  Nautius  Rutilus. 

Q.  Fabius  Vibulanus. 


Tribuns  Militaires , 

P.  Cornélius  Coffus.  . ' . . ; 533  22i»r 
Quintius  Cincinnatus. 

C.  Valerius  Pennus  Volufus. 

N.  Fabius  Vibulanus. 


Tribuns  Militaires  3 &<:. 

L. Manlius  Vuifo  Capitolinus.  . . 331  2208 
Q.  Antonius  Merenda. 

L.  Papirius  Mugillanus. 

L.  Servilius  Struâus. 


Tribuns  Militaires , Ùe. 

Q.  Fabius  Vibulanus  IL  . . . . 339  2203 

Cn.  Cornélius  Coffus. 

P.  Poftumius  Albus  Re^llenfis  ,fut 
tué  dans  une  émeute. 

L.  Valerius  Potitus. 


Titus  Quintus  Capitolinus  Barbatus.  3-32 
Humerius  Fabius  Vibulanus. 


Tribuns  Militaires , &c, 

T.  Quintius  Pennus  Cincinnatus  IV.  333 
M.  Manlius  Vuifo  Capitolinus. 

L.  Furius  Medulünus  III. 

A.  Sempronius  Atratinus  IL 


Tribuns  Militaires  j 6’c. 

Agrippa Menenius  Latanus.  ...  334 
Sp.  Nautius  Rutilus. 

P.  Lucretius  Tricipitinus 
C.  Servilius  .Axilla. 


Tribuns  Militaires  y &c, 

M.  Papirius  Mugillanus 

C.  Servilius  Axilla  II , Maître  de 
la  Cavalerie, 

L.  Sergius  Fidenas  III. 

Q.  Servilius  Prifeus,  DiMateur. 
Confuls. 

L.  Papirius  Megillanus. 

Màm.  Emiiius  Mamerçinas. 


2207 


xio6 


2203 


M.  Cornélius  Coffus 

L.  Furius  Meduilinus. 

Q.  Fabius  Ambufius.  . . . . , 
C.  Furius  Paciius. 

Cera/êurj.  L.  Sergius  Fidenas,  & Q. 
Servilius  Prifeus  Fidenas. 

M.  Papirius  Mugillanus 

C.  Nautius  Rutilus. 

M.  Emiiius  Mamercinus 

C.  Valerius  Potitus  Volufus, 

Cn.  Cornélius  Coffus 

L.  Furius  MeduIIinas  IL 


540  2199 

34-1  2IfS 

342  2197 

343  2.1^ 

344 


2204 


I ribuns  JSliLitaîrc's  , 


C.  Julius  Juius. 345'  2104 

P.  Cornélius  Coffus. 

C.  Servilius  Ahala  , Maître  de  la 
Cavalerie, 

P.  Cornélius  Rutilus  Coffus  , J>/c7. 


Tribuns  Militaires  , éfe. 

C.  Valerius  Potitus  Volufus n.  . . 346  210? 
C.  Servilius  Ahala  IL 
M.  Fabius  Vibulanus  II, 

L.  Furius  Meduilinus. 

V ii 


C O N 


C O N 


-Efc  j Durit 
du  I jufqiLÀ 
Cap^  \ 1786* 


iSS 


Trih’J.ns  Mititaires  , iic. 

P.  CorneHus  Rutilus  Coffus.  . 

L.  Valerius  Potitus- 
Cn.  Cornélius  CoiTus. 

M.  Fabius  Ambuftus, 


Ere 

Ourle 

du 

jufqdà 

Cap. 

1786. 

- 347  2.19^ 


Tribuns  M-ilitaires  y é’r'.  * 

C.  Julius  Julus 54^  2191  . 

M.  Emilius  Mamercinus. 

T.  Quintius  Capitolinus  Barbatus. 

L.  Furius  MeduHinus  IL 
T.  Quindius  Cincinnatus,^ 

A.  îilanlius  Vulfo  Capirolir.us. 


Tribuns  Militaires  , &c. 

P.  Liciniiis  Calvus^  premier  Tribun- 
Plébéien.  . . . ^ . 

P Manlius  Capitolinus» 

P.  Mælius 

Pp.  Furius  Mcdullinus. 

L.  Titinius. 

L.  Publilius  Philo. 


Tribuns  Militaires  é’r. 

C.  Duillius  ....... 

L.  Attilius  Longas. 

Cneius  Genucius  Aventinenfis. 

M.  Pomponius. 

Volero  Pubülius  Philo. 

M.  Veturius  Craffus  Cicurînus. 


ÎI.3  iiSé, 


W4  -21 


Tribuns  Militaires  y 

• 

p.  Cornélius  Maluginenfis.  ..  . . 549?  1190 

Sp.  Nautius  Rutilas  111. 

Cn-  Cornélius  Cofl'us  il. 

C Yalerius-Potitas  V olufusIIL 
C-  Fabius  AmbuRus. 

M.  Sergius  Fidenas. 


Tribuns  Militaires  , 

M-  Emilius  Mamerclnus  U.  » . . 55°  2189 
;M.  Furius  Fufus. 

Ap-  Claudius  Craffus. 

Li  Julius  Jdus. 

Î,I.  Quindihus  Varus. 

L.  Valerius  Potitus  III. 

>LFurius  Çamillus.  Cenfeurs. 
îi  Potlumîus  Abiîius.  > 


Tribuns  Militaires  y, 

L.  Valerius  Potitus.  .....  35J 

L.  Furius  MeduHinus. 

M-  Valerius  Maximus. 

M.  Furius  Çamillus  IL 
Q.  Servilius  Prifcus. 

Q.  Suipitius  Camerinus. 

Cenfeurs'  C.  Valerius  Potirtis-  j & 

• M.  Emilius  Mamercinu-s. 


Tribuns  Militaires  , &f.  ^ 

L.  Julius  Julus 35^  21S5 

L.  Furius  MeduHinus  IIII. 

L.  Sergius  Fidenas. 

A.  Poftumius  Albinus  Regillenfis. 

A.  Mandas  Vulfo. 

P.  Cornélius  Maluginenfis.  Ils  ab^. 
àiqiàrent^ 


Tribuns  Militairss  , drc. 

Q.' Servilius  Ahala.  ÏIÎ.  ....  35L  21&8 

Q Sulpicius  Camerinus. 

Q.  Servilius  Prifcu^  Fidenaf, 

A.  Manlius  Vulfo.  Il- 
L.  yirginius  Tricoftus. 

M-  Sergius-  Fidenas  IL 


Tribuns  Militaires  , 

L- Valerius  Potitus  IIIL  . . ; ; yja  2187 

L.  Julius  Julus. 

Jé.  Furias  CamilIus. . 

M-  Emilius  Mamercinus  lîL. 

Cn  Cornélius  Dofliis- 

. £.  Fsbias  Aœbufias  IL 


Tribuns  Militaires  y é’c. 

P.  Licinius  Calvus.  ....  357  ati&t 

L.  Atiniiîs  Longus  IL 
P.  Manias  Capitolinus  IL 

L.  Titinius  IL  ‘ 

P.  Mïlius  IL 

C.  Genucius  Aventinenfis  , tué 
dans  un  combat. 

M.  Furius  Cumillus  , Dictateur^ 

P.  Cornélius  Scipio  ^ Maître  de  /«a 

Cavalerie.. 


Tribuns  Militaires  , &<?.- 

F.  Cornélius  Coffus.  . . , .1  558 

S.  Cornélius  Scipio. 


C ON 


C O N 


lErt  1 Durie 
du  jupiuâ 
178^. 

M.  Valerias  Maximus  II. 

C.  Fabius  Ambuiius  IIL 
L.  FuriusMedullinus  Vi 
Q.  Servilius  Prifcus  Fidenas  III. 


• Xre 
du 
Cap. 


157 

Dures 

jufqu'â 

178(5. 


T ribuns  Militaires  , &c. 

T.  Quintius  Cincinnatus.  . 
L.  Servilius  Prifcus  Fidenas. 
L.  Juîius  Juius. 

L.  Aquilinus  Corvus^, 

L.  Lucretius  Tricipirmus. 
Ser.  Sulpitius  rufus. 


366  ii7J 


Tribuns  Militaires  , Ùc. 

M-  Furius  Camilîns  II 2180 

L.  Furius  Medullinus  VL 
C.  Emilius  Mamercînus. 

Sp.  Poftumius  Albin  us  Regillenlîi. 

P.  Cornélius  Scipio  IL 
L.  Valerias  Poplicola. 


L.  Lueretîus  Flavus.  ...  ; : jfo  2^179 
Ser.  Sulpitius  Camerinus. 

L.  Vaîerius  Potitus 361  2178 

M.  Manlius  Capitolinus.  Ils  abdi- 
quèrent. 

Cenfeurs.  C.  Julius  Julus^,  mort  dans  ■ 

' magiftrature  , remplacé  par 

M.  Cornélius  Maluginenfis  3 & 

L.  Papirius  Curfbr. 


Tribuns  Militaires  , &c. 

L.  Lucrethis  Flavus ^ 2177 

Ser.  Sulpitius  Camerinus. 

M.  EmiHus  Mamerinus. 

L.  Furius  Medullinus  VIL 
Agrippa  Furius  Fufus. 

C.  Emilius  Mamercînus  II. 

• «• 


Tribuns  Militaires  ^ &c. 

Q Fabius  Ambuftas  . . t i T 3^3  2176 

Cn.  Fabius  Ambufttrs. 

C.  Fabius  Arnbuftus. 

Q.  Sulpitius.  Longus. 

Q Serviiius  Prifcus  Fidenas  IIÎT. 

Servilius  Cornélius  Maluginenfis. 

M.  Furius Caroiilus  II, 

L.  Vaîerius  Potitus,  Maître  de  la 
Cavalerie. 

Ces  Tribuns  furent  continués  tannée 

fuivante  par  un  S.  C.  . . . 3.64  ^‘7 S 


Taibuns  Militaires  , ô’c. 

E.  Vaîerius  Poblicola  II.  . ; : f >174 
L.  Virgilius  Tricoftus. 

Pubî.  Cornélius  Coffus. 

A.  M^lius  Capitolinus.- 
L Emilius  Mamercinus. 

L.  Poftumius  Albinus  Regiîlenfis,. 

M.  Furius  Camillus,  Diciateur. 

Servilius.  Ahûz  xMat,  de  la.  (U 


Tribuns  Militaires  , lie. 

L Papirius  Cutfor,  .....  347  217^ 

C.  Sergius  Fidenas. 

L.  Emilius  Mamercinus  II. 

L.  Menenius  Lanatus. 

L Vaîerius  Poplicola. 

C.  Cornélius  Cofius. 


Tribuns  Militaires  , 

L,  Furius  Camillus  IV.  . . ; ; z6Z  2X71 
Q.  Servius  Prifcus  Fidenas  Vl. 

L.  Quintius  Cincinnatus. 

L.  Horatius  Pulvillus, 

P.  Vaîerius  Potitus  Poplicola. 

Ser.  Cornélius  Maluginenfis. 


Tribuns  Militaires  , &c. 

A.  Manlius  Capitolinns  IL  . - i aCq  x%79 
P.  Cornélius  Coflus. 

T.  Quintius  Capitolinus  ^ Maître 
de  la  Cavalerie. 

L.  Qutntius  Capitolinus.. 

C.  Papirius  Curfor. 

C.  Sergius  Fidenas. 

A.  C’o.rnelius  Colïus  ^ HiBateur, 


Tribuns  Militaires , 

Ser-  Cornélius  Maluginenfis  IIL  .'  . 3-70. 

P.  Vaîerius  Potitus  Poplicola  IL 
M.  Furius  Camillus  V. 

Ser.  Sufpitius  Rufus  IL 
C.  Papirius  Craffus- 
T.  Quintius  Cincinnatus  IL. 


Tribuns  Militaires  , &C. 

L.  Vaîerius  Publicola.  IV.  . : : 371  23-eS 

A.  Manlius  Capitolinus  HT. 

Ser.  Sulpitius  Rufus  III. 

L.  Lucretius  Tricipitinus  IL 
L.  Emilius  Mamercinus  IIL 
. jV£  Trebonius 'flavus*. 


C-  O N 


C O N 


En 

dit 

Cap. 


Dmrèi 

jujfqu’à 

ij66^ 


1 5*8 


Ere  I Durée 
du  I jufqu’à 
Cap.  j lyijtf. 


Tribuns  M-ilitaires  j &Ci 

Sp.  Papirius  Craffus 2167 

L.  Papirius  Crafliis. 

Ser.  Cornélius  Maluginenfîs  IV • 

Q.  Serviüus  Prifcus  Fidenas. 

Ser.  Suipitius  Prætextatus. 

L.  Eraiüus  Mamercinus  IV. 


Tribuns  Militaires  j û’c. 

ja.  Furius  Caisillus  VI.  . . • • 373 
A.  Poflumius  Albinus  Regillenfis. 

L.  Poftumius  Albinus  Régillenfîs. 

L.  Furius  Meduilinus. 

L.  Lucretius  Tricipitinus  III. 

M.  Fabius  AmbuRas. 


Tribuns  Militaires  , 

L.ValeriusPopIîcoIa  V.  ....  374 
P.  Valerius  Potitus  Poplicola  III. 

L.  Menenius  Lanatus  II. 

C.  Sergius  Fidenas  III. 

Sp.  Papirius  Curfor. 

Ser.  Cornélius  Maluginenfis.  V. 

T.  Quintius  Cincinnatus  ^ Diciat. 

A Sempronius  Atratinus,  MûAre 
de  la.  Cavalerie. 

( C.  Sulpicius  Camerinu». 
Cerfeurs.<Sp.  Poilumius  Albinus 
Regillenfis. 

Et  a leur  place  , 

Ser.  Sulpicius  Rufus  , 

L.  Furius  Meduilinus^  qui  abdi- 
quèrent. 


Tribuns  Militaires  , &c. 

P.  Manlius  Capitolirjus 3'7J  21^4 

C.  Manlius  Capitolinus. 

L.  Julius  Julus  II. 

C-  Sextilius. 

M.  Albinius. 

L.  Antiilius. 


Tribuns  Militaires  , ô’c. 

Sp.  Furius  Meduilinus.  ....  57(5  2l<?3 

Q.  Servilius  Prifcus  Fidenas  II, 

C.  Licinius  Cal  vus: 

P.  Clœlius  Siculus. 

M.  Horatius  Pulvillus. 

L.  Geganius  Macerinus,  _ 

- ^ ( Sp.  Servilius  Prifcus. 

Çenfeurs.  q Siculus, 


Tribuns  Militaires  ^ &c, 

L.  Emilius  Mamercinus  V.  . . . 377 

Ser.  Suipitius  Prætextatus  II. 

P.  Valerius  Potitus  Poplicola  IV. 

L.  Quintius  Cincinnatus  H. 

C.  Veturius  Craffus  Cicurinus.  ' 

C.  Quintius  Cincinnatus. 

C 37S  2.1G1 

Anarchie  A Rome.  . ..  -^380 

21  ji 

Pendant  que  L.  Sextius  Sextinus 
Lateranus , & C.  Licinius  Stolon 
CalvusétoientTribuns  duPeuple. 


Tribuns  Militaires  , &c. 

L.  Furius  Meduilinus  II.  . . . ^ 382  215:7 
P.  Valerius  Potitus  Poplicola  V* 

A Manlius  Capitolinus  IV. 

Ser.  Sulpicius  Prætextatus  III. 

C.  Valerius  Potitus- 

Ser.  Cornélius  Maluginenlîs  VI. 


Tribuns  Militaires  , 

Q.  Servilius  Prifcus  Fidenas  III.  . 383  21^6 

M.Gornelius  Maluginenfîs. 

C.  Veturius  Craffus  Cicurinus  II. 

Q.  Quintius  Cincinnatus. 

A., Cornélius  Coffus. 

M.  Fabius  Ambuftus  IL 


Tribuns  Militaires  , é’d 

L.  Quintius  Capitolinus.  . , 1 5^4  ^^13 

Sp.  Servilius  Struéhis. 

Serv.  Cornélius  Malurinenfis  Vli. 

L.  Papirius  Craffus. 

Serv.  Suipitius  Prætextatus  IV.  * 

L.  Veturius  Craffus  Cicurinus. 

M.  Furius  Camillus  J . . 384  2154 

L.  Emilius  Mamercinus  ^ Maître 

de  la  Cavalerie.  Ils  abdiquèrent , 

& on  mit  a.  leur  place  y 
P.  Manlius  Capitolinus , Dictateur, 

C.  Licinius  Calvus  , premier  Plé- 
béien, Maître  de  la  Cavalerie, 

Tribuns  Militaires  , Idc. 

A.  Cornélius  Coffus  II 3*^^ 

L.  V eturius  Craffus  Cicurinus  II. 

M.  Cornélius  Maluginenfîs  II. 

P.  Valerius  Potitus  Poplicola  VL 
M-  Geganius  Macerinus. 


C O N 


f,  lîanlias  Capitollnns  îl. 

Camille  ^ âgé  de  8o  ans  , créé  Dic- 
tateur^ réconcilie  le  peuple  & le 
fénat  > & bâtit  le  temple  de  lee 
Con.cord.e. 

T.  Quintiiis  Q’ncinnatus  Capito- 
linus  J Maître  de  la  Cavalerie^ 


CoîTsui-s  ckoijis  pour  la  première 
fois  parmi  les  Plébéiens. 

L.  Einilius  Marne rciniK  j Patricien. 
L.  Sextius  Sextinus  Lateranus  , 
Plébéien. 

Cenfeurs.  A.  Poftumius  Regiileafis  , 
& C.  Sulpicius  Petîcus. 

L.  Genucius  Aventinenfis.  . . . 
Q.  Servilius  Ahala. 

C.  Sulpicius  Peticus. 

C.  Licinius  Calvus. 

, L.  Emilius  Mamereinus  II.  . ; , 
Cn.  Genucius  Avcntinenfis. 

L.  Manlius  Capitolinus  Imperiof- 
fus.  Dictateur. 

L.  Pinarius  Natta  ^ Maître  de  la 
Cavalerie. 

f M.  Fabius  Ambûftus. 

^ ' iC.  Furius  MeduIIinus. 

Q.  Servilius  Ahala  IL  . . , . . 
L.  Genucius  Aventinenfis  IL 
Appius  Claudius  Craflus  Sabinus 
Regillenfis  , Dictateur. 

P.  Cornélius  Scapula,  Maître  de 
la  Cavalerie. 

C.  Licinius  Calvus  IL  ....  ; 
F.  Sulpitius  Peticus  TL 
T.  Quintius  Pennus  Capitolinus 
Crifpinus  3 Dictateur. 

Set.  Cornélius  MaluginenfiSjAfÆîi. 

de  la  Cavalerie. 

M.  Fabius  Ambuflus.  ..... 
C Perilius  Libo  Vifolus. 

L.  Servilius  Ahala  j DiBateur. 

T.  Quintius  Pennus  Capitoh’|nus 
Crifpinus,  de  la  Cav. 

M.  Fopîiius  Lenas 

Cn.  Manlius  Capitolinus  Impe- 
rfofüs. 

€.  Fabius  Ambuflus.  ..... 
C.  Plauîdus  Proculus. 

C.  Sulpîîius  Peticus , Diüateur. 

M. .  ValeriusPoplicola,  Maître  de 

la  Cavalerie. 

C.  Marcius  Rutilas 

Cn.  Manlius  Capkolinus  Impe- 
ïiofus  IL 


Sfe 

du 

Cay, 


Durée 

jufqud 


3-87  il  P 

388  iiji 

389  ZI JO 

390  2149 


391  2148 


392  2147 

393  2146 

394 
.3  9 S 

3:96  2143 


C O N 


c.  Fabius  Ambuflus  IL  i i i . 
M.  Pômpilius  Lenas  II. 

C.  Marcius  Rutilus,  premier  Dic- 
tateur Plébéien. 

C.  Plaatius  Proculus,  Maître  de 
la  Cavalerie. 

C Sulpitius  Peticus  III.  . . , . 

L.  Valerius  Poplicola. 

M.  Fabius  Ambuflus  III 

T.  Quintius  Pennus  Capitolinus 
CriCpinus. 

C.  Sulpitius  Peticus  W 

M.  Valerius  Poplicola  III. 

. T.  Manlius  ImperiofusTorquâtUS, 
DiBateur. 

A.  Cornélius  Coflus  Arvuia,  Afa/r. 
de  la  Cavalerie. 

P.  Valerius  Poplicola 

C.  Martius  Rutilas  IL 
C.  Julius  Julus,  Dictateur. 

L.  Emilius  Mamereinus  , Maître 
de  la  Cavalerie. 

C.  Sulpitius  Peticus  V.  .... 
T.  Quintius  Cincinnatus  Capito- 
linus. 

M.  Fabius  Ambuflus, 

Q.  Servilius  Ahala  , Maître  de  la. 
Cavalerie. 

Cn.  Manlius  Capitolinus 
Imperiofus. 

C.  Martius  Rutilus,  pre- 
^ mier  Plébéien. 

M.  Popiüus  Lenas  IIL  .... 
L.  Cornélius  Scipion. 

L.  Furius  CtimiVms , DiBateur. 

P.  Cornélius  Scipion,  Maître  de  la 
■ Cavalerie. 

L.  Furius  Camillus.  ..... 
Ap.  Claudius  Craflus  , mort  dans 

fa  Magiflrature. 

T.  Manlius  Torquatus,  DiBateur. 
A.  Cornélius  Coflus  .4rviaa  ,Maît. 
de  la  Cavalerie. 

M.  Popilius  Lenas  IV.  .... 

M.  Valerius  Corvus. 

C.  Claudius  Craflus  Regillenfis, 

Dictateur. 

C.  Livius  Denter,  Maît.  de  la  Cav. 

C.  Plautius  Hypfeus 

T.  Manlius  Imperiofus  Torquatus. 
M.  Valerius  Corvus  H.  . . , , 

C.  Petilius  Libo  Vifolus. 

On  célèbre  cette  année  407  de 
la  fondation  de  Rome  . les  jeux 
féculaires  par  ordre  du  Sénat  t 
M.  Fabius  Ambuflus,  & C.  Julias 
Juins  étant  Ilvars. 


Zre 

du 

Cap. 


159 

Durée 

jufqiLà 

B6. 


397  ii42 


398  214Î 

399  214© 

403  2139» 


4SI  213g 


■402  2137 


Cenfeurs. 


4^3 


404  '2135 


403  2134 

40^  2133 
407  2132 


ii>o 


C O N 


C O N 


M-  Fabius  Dorfo. 

Ser^  Suipitius  Camerinu^ 

L.  Furius  Catîiüîus  ’ 

Cn.  Manlius  Capitolmus,  Maure 
de  la  Cavalerie- 

C.  Marcius  RutÜus  IIL  • • ' . * 

T.  Manlius  Itnperiofus  lorqua- 

tUS  II-  , -n  n 

P.  Valerius  Poplicola, 

Q.  Fabius  AmbuftuS:,  Maure  de 
la  Cavalerie.' 

Guerres  des  Samnites. 


Ere 

Durée 

du 

juÇqu'à 

Cap. 

1786. 

00 

2131 

409  413® 


410  2.12-9 


411 


412 


M-  Valerius  Corvas.  - • • • * 

A Cornélius  Cornélius. Couus  Ar- 

vina.  . , n.  » 

f M.  Fabius  Ambultus. 

Cenfears.  Popilius  Lenas. 

C.  Marcius  Rutilas 

O . Servilius  Ahak.  _ 

AI.  Valerius  Corvus,  Dictateur. 

L.  Emilius  Mamercinus  Prirernas , 

Maître  de  la  Cavalerie, 

C- Piantius  Hypikus.  • • .*  • • 

L.  Emilius  AlamercinusPrivernas. 

Us  abdiquèrent. 

X.  Manlius  Imperiofus  Torquatus.  - 4 5 

'p.  Decius  Mus  , qui  fe  dévoua.  _ 

L.  Papirius  Craffus  , ?refeur  ü 
Dictateur.  , 

E.  Papirius  Curfor,  Maure  de  la 
Cavalerie. 

T.  Emilius  Mamercinus.  . • • . • 

Q.  Publilius  Philo , ConÇul  0“  Dic- 
tateur. , 

D.  Junius  Brutus  Scæva  , Maure 
de  la  Cavalerie. 

L-  Furius  Camillus 

C.  MæniusNepos, 

C.  Suipitius  Longiis.  . • 

C.  Eiius  Pætus. 

C.  Claudius  Craffus  Regillenlis  , 
Dictateur. 

C.  Claudius  Kortator  , Maure  de 

la  Cavalerie. 

C.  Papirius  Craffus 

Cæio  Duilius.  „ 

>JL  Valerius  Corvus 4^^ 

M.  Atilius  Régulas, 

E.  EmiliusMamercinusPrivernas,  ^ 
Dilîateur. 

Q.  Publilius  Philo,  Maître  de  la 

Cavalerie. 

J Veturius  Calvinus.  . » ^ • 

Sd  Pollumius  Aibinus. 

P'.  Cornélius  Rufinus  , DiBateur. 

1^.  AntWilus  J Maître  de  la  Caval, 


2128 

2117 

2126 


Ere 

du 

Cap. 

420 

421 


Durée 

jufquà 

lySe. 

2119 

2II§ 


414  2123 


MS 

416 


417 


419 


L.  Papirius  Cuefor 

C.  Petilius  Libo  Vifolus- 

A.  Cornélius  Coffus  Arvina  II.  • 

Cn.  Domitius  Calvmus. 

M.  Papirius  Craflus , DiBateur. 

P.  Valerius  Poplicola,  Maure  de 
Cavalerie. 

I Q.  Publilius  Philo. 

Cenfeurs.  gp.  Poftamius  Albinus. 

M.  Claudius  Marcellus 

C-  Valerius  Potitus  Flaccus. 

Cn.  Quintilius  Varus,  Dictateur. 

L.  Valerius  Potitus , Maître  de  U 

Cavalerie. 

L.  Papirius  Craffus 4^5 

L.  PlautiusVenno. 

T.  Emilius  Mamercinus  PrivernasII. 

Cn.  Plautius  Decianus.  ^ 

C.  Plautius  Proculus  , furnomme 
depuis  Venox.  . • 

P.  Cornélius  Scapula. 

L.  Cornélius  Lentulus 

Q.  Publilius  Philo  II, 

M.  Claudius  Marcellus,  Dictateur, 

Sp.  Pollumius  Aibinus,  Maître  de 

la  Cavalerie. 

C.  Petilius  Libo  Vifolus.  , • ' 

• L.  Papirius  Mugillanus. 

L.  Furius  Camillus  II.  ; . • - 

D.  Junius  Brutus  Scæva. 

L.  Papirius  Curfor  , Dictateur.  . • 

Q.  Fabius  Maximus  Rüllianus  , 
remplacé  par  L.  Papirius  Ciaffus, 

Midtre  de  la  Cavalerie. 

^ r f M.  Valerius  Corvus. 

Cenfeurs.  Petilius  Libo  VifoluS. 

C.  Suipitius  Longus 4?° 

Q,  Anlius  Cerretanus- 

Q.  Fabius  Maximus  Rullianus.  ..  4M 

-L  Furius  Corvus. 

A.  Cornélius  Coffus  Arvina , Du- 
tateur. 

M.  Fabius  Ambuftus,  Maître  de 
la  Cavalerie. 

T.  Voturius  Calvinus  II.  . - • • .43^ 

2122  Sp.  Pollumius  Aibinus  II. 

Q.  Fabius  Ambuftus  , Dictateur ^ 

ZI  U P.  Emiims  Pætus,  Maître  de  la 
Cavalerie  , ayant  .abaique  , on 
leur  fubfiitua  , 

AI.  Emilius  Papus , Dictateur. 

L.  Valerius  Flaccus,  Maître  de  la 
Cavalerie. 

2120  L.  Papirius  Curfor  II 433 

Q.  Publilius  Philo  III. 

C.  Mainius  ISepos,  Dictateur. 

M. FofliusFkccinator,  Maître  de 


424 

AM 

426 


417 

428 

429 


iiié 

2115 

2114 

1113 

2112 

2111 

210e 


art  24 
7U3 


2I«9 

2108 


2167. 


210^ 


la 


C O N 


C O N 


îa  Cavalerie.  Ils  ahdiquerent 
on  mit  a leur  place  y 
Sj.  Cornélius  Lentulus,  Dldateur, 
L.  Papirius  Curfor,  Maître  de  la 
Cavalerie. 


SfS 

du 

Cuf. 


Vurià^ 

jufpuà 

178^. 


i-  Papirius  Curfor  III 454  ziof 

Q.  Aulius  Cerretanus. 

L.  Plantius  Vénno 43  j 2104 

M.  Foflius  Fiaccinator. 

Q.  Emilius  Barbala 436  2103 

C.  Juniiis  Bubuicus  Brutus. 

Sp,  Naucius  Rutilus 437  210Z 

M.  Popiiius  Lenas. 

L.  Emilius  Mamercinus  PriVernas, 

DiBateur. 

L.  Fulvius  Curvus,  Maître  de  la 
Cavalerie. 

L.  Papirius  Curfor  ÎV.  - , . . 438  2101 

Q.  Publilius  Philo. 

Q.  Fabius  Maximus  Rullianus  , 

DiBateur, 

Q-  Auüus  Cerretanus , Maître  de 
la  Cavalerie.  Ayan.t  été  tué  dans 
un  combat , il  fut  remplacé  par  y 
C.  Fabius  AmbuRus  , Maître  de  la 
Cavalerie. 

3tl.  Ptetelius  Libo - 439  21CO 

C.  Sulpitius  Longus- 
C.  Mainius,  DiBateur. 

M.  Foilius  Fiaccinator  J Maître  de 
la  Cavalerie. 

ï,.  Papirius  Curfor  V 440  2099 

C-  Junios  Bulbulcus  Brutus  II. 

C.  Peteüus  Libo  Vifolus,  DicBat. 

M-  Pætelius  Libo  , Maître  de  la 
Cavalerie.  ' 

M.  Valerius  Maximüs 441  2098 

P-  Decius  Mus. 

C.  Sulpitius  LongUS  , Dictateur. 

C.  Junius  Bubuicus  Brutus,  Maît. 
de  la  Cavalerie- 

Ci.  Junius  Euibuîcus  Brutus  III.  . . 442  2097 
Q Emilius  Barbula  II. 

Q Fabius  Maximus  Rullianus  IL  . 443  2096 

C.  Martius  Rutilus,  qui  fat  appelé 
Cenforinus, 

L.  Papirius  Curfor,  Dichateur.  . 444  2095 

C.  Junius  Bubuicus  Brutus,  Maît. 
de  la  Cavalerie. 

P.  Decius  Mus.  . . . ^ . 443'  2094 

Q.  Fabius  Maximus  Rullianus  III. 

App.  Claudius  Cæcus 446  2093 

L.  Volmmniùs  Flamma  Violens. 

Q.  Marcius  Tremulus.  ....  447  2092 
P.  Cornélius  Arvina. 

P.  Cornélius  Scipion  Barbatus  , 

Diciateur. 

Q,  Decius  Mus , de  la  Cav- 

Antiquités  y Tome  II, 


j6l 

Ere  ! 'Durée 

du  I jufquâ 

Cap.  ! ijZe. 

L.  Poff umius  Megellus.  III.  448  *• 

T.  Minucius  Augurinus , ayant  été 
tué  dans  un  combat  y il  fut  rem- 
placé par  , 

M.  Fulvius  Corvus  Pætinus, 


P.  Sempronius  Sophus.  ..II 
P.  Sulpitius  Saverrio. 

449 

2090 

Ser.  Coriielius  Lentulus-  . . . , 
L.  Genutius  Aventinenfis. 

4P 

2089 

M.  Livius  Denter 

M.  Emilius  Paullus  , Maître  de  la 
Cavalerie 

451 

2088 

Q.  Fabius  Maximus  Rullianus , DiB. 
M- Valerius  Corvus  , DiBateur. 

P.  Sempronius  Sophus,  Maître  de 
la  Cavalerie. 

452 

2087 

Q.  Appuleius  Panfa 

M.  Valerius  Corvus. 

4J3 

M.  Fulvius  Petinus.  . . . • • 
T.  Manlius  Torquatus,  auquel  fut 
fuiftitué  M.  Valerius  Corvus. 

454 

2085 

L.  Cornélius  Scipio I 

Cn.  Fulvius  Centumalus- 

455 

2084 

Q Fabius  Maximus  Rullianus  IV.  • 
P.  Decius  Mus  III. 

456 

2083 

Ap.  Claudius  Cæcus  II.  . . • 

L.  Volumnius  Flamma  Violens  II. 

457 

2082 

Q.  Fabius  Maximus  Rullianus  V.  . 
P.  Decius  Mus  IV  , qui  fe  dévoua 
pendant  fan  quatrième  confulat. 

458 

2e8i 

L-  Poftumius  Megellus  II.  . . . 
M.  Attiliiis  Regulus. 

459 

2083 

L.  Papirius  Curfor 

Sp  Carvilius  Maximus. 

éfo 

2079 

Q.  Fabius  Maximus  Gurges-  • . . 

D.  Junius  Brutus  Scæva. 

Ap-  Claudius  Cæcus  , Dictateur. 

C.  Marcus  Rutilus , Maître  de  la 
Cavalerie, 

461 

2078 

L,  Pollumius  Megellus  III.  . . . 

C.  Junius  Brutus  Bubuicus- 

4^2 

2077 

P.  Cornélius  Rufinas 

M.  Curius  Dentatus. 

463 

207d 

M.  Valerius  Maximus  Corvinus,  . 
Q,  Cædidus  Noâua. 

464 

207J 

Q.  Martius  Tremulus 

p.  Cornélius  Arvina- 

465 

2074- 

M.  Claudius  îtîarcellus 

C.,Nautius  Rutilus. 

Q.  Hortenfîus  , DiBateur. 

M.-  Livius  Denter  , Maître  de  la 

Cavalerie. 

466 

2073 

M.  Valerius  Maximus  Potitus.  - . 
C.  Elius  Pætus. 

4<57 

2072 

C.  Claudius  Canina.  ..... 
M.  Emilius  Lepidus- 

468 

2071 

C-  Servilias  Tucca-  ..... 
L.  Cæciiius  Metellus. 

4^9 

X 

2070 

X 


C O N 


C O N 


loi 


P.  Cornélius  Dolabella  Maximus. 

Cn.  Dcmitius  Calvinus. 

C.  Fabrxius  Lufcinus.  . • • 

Q.  Emiiius  Papus, 


t Ere 

Durée 

du 

jufqu'à 

Cap. 

470 

20(39 

471 

20(58 

Gi^srrs  de  Tarente  & de  Pyrrhus. 


L-  Emiüus  Barbuîa. 472.  ^©67 

Q Marcius  Philippus. 

P.  Valerius  Lævinus 47?  xo66 

T.  Coruncanius  Nepps. 

P.  Sulpitius  Saverrio.  .....  474  2065 

T.  Decius  Mus , tué  dans  un  combat, 

C.  Fabricius  Lufcinus  II 47I  2064 


Q.  EmiliusPapus  II. 

P.  Cornélius  Rufinus  II.  ...  . 476  2063 

C-  Junius  Brurus  Bubulcus  II. 

Q.  Fabius  Maximus  Gurges  II.  . 477  2062 
L Genucius  Clepfina. 

P.  Cornélius  Rufinus  j DiSateur. 

C.  Elius  Pætiis  J Maître  de  la 


Cavalerie- 

M.  Curius  Dentatus  III.  . , , . 478  2061 

L.  Cornélius  Lentulus  Claudinus. 

M.  Curius  Dentatus  III 479  2060 

Ser.  Co.nelius  Merenda. 

C.  Fabius  Dorfo  Licinus 480  2039 

C Claudius  Canina  il. 

L.  Papirius  Curfor  IL  . . . . • 481  2058 

Sp.  Carvilius  Maximus  IL 

C.  Quinclîius  Claudus.  ...  : 482  2057 

L.  Genucius  Clepfina. 

C.  Genucius  Clepfina  II 483  2036 

Cn.  Cornélius  Blafio. 

Q.  Oguînius  Gailus 484  2055 

C.  Fabius  Pidlor. 

P.  Sempronius  Sopbus 485  2034 

Ap.  Claudius  Craffas. 

M.  Atilius  Regulus 486  2.033 

L.  Julius  Cîbo. 

M.  Fabius  Pictor 487  2032 

D,  Junius  Fera. 

Q.  Fabius  Maxinaus  Gurges  III.  . . 488  2031 

L. .Mamiiius  Vituius. 

Première  Guerre  Punique. 

Ap  Claudius  Caudex 489  2030 

M.  Fulvius  Flaecus. 

M.  V alerius  Maximus  MeflTala.  . . 490  2049 

îfî.  Otacilius  Craflus. 


Cn.  Fulvius  CentumaluSj  I>iSat. 

Q.  Marcius  Philippus  J Maîire  de 
la  Cavalerie. 

L.  PouumÎHS  Megeüus-  ....  491  2048 

Q.  Mamiliüs  Vituius. 

L.  Valerius  Flaccus.  .....  .^92  2047 
T.  Otacilius  CraiTus. 


Cn.  Cornélius  Scipio  Alina. 
L.  Duillius. 


C.  Aquiliius  Fiorus. 

A.  Attilius  Calatinus 

C.  Sulpitius  Paterculus. 

C.  Atilius  Regulus  Serranus  . . 

Cn.  Cornélius  Blafio  IL 
Q.  Ogulnius  Gallus , DiBateur. 

M.  Lætorius  PlancianuSj  Maître 
de  la  Cavalerie. 

L.  Manlius  Vulfo  Longus. 

Q.Cædicius:  fut  [abrogé  enfaplac 
M.  Atilius  Regulus. 

Ser.  Fulvius  Pætinus  Nobilior 
M.  Emiüus  Paullus. 

Cn.  Cornélius  Scipio  Afîna  II 
A.  Atilius  Calatinus. 

Cn.  Servilius  Cæpio.  . . 

C.  Sempronius  Blæfus. 

C.  Aurelius  Cotta  . . . 

P.  Servilius  Geminus. 

L.  Cxcilius  Metellus  IL  . 

C.  Furius  Pacilus. 

C.  Atilius  Regulus  II.  . . 

L-  Manlius  Vulfo  II. 

P.  Claudius  Pulcher.  . . 

L.  Junius  Pullus. 

M.  Claudius  Glicia  , Dictateur 
ayant  été  forcé  d‘  abdiquer  , or.  lui 
[abrogea  , 

A.  Atilius  Calatinus , DiBateur. 

L.  Cxcilius- Metellus  J Maître  de 


Ere  j 

Durée 

jufqui 

Cap.  [ 

178s. 

493 

20.36 

494 

2043 

495 

2044 

496 

^043 

497 

2042 

e 

498 

2041 

499 

2040 

0 

0 

2039 

301 

2038 

302 

2037 

303  203(5 

304  2033 


la  Cavalerie, 


C.  Aurelius  Cotta  II 

* 

0 

2034 

P.  Servilius  Germinus  IL 

L.  Cxcilius  Metellus 

. 306 

2053 

M Fabius  Buteo. , 

M.  Otacilius  Craflus  IL  . . • 

. 307 

2032 

M.  Fabius  Licinus. 

T.  Coruncanius , DiBateur. 

M.  Fulvius  Flaccus . AfûtVr  de  la 


Cavalerie. 


M.  Fabics  Buteo  II 

. 308 

2031 

C.  Atilius  Bulbus. 

A.  Manlius  Torouatus  AéHcus.  . 

. 309 

203c 

C.  Sempronius  Blxfus  II.  . 

C.  Fundanius  Fundulus.  . . - 

. 310 

2029 

G.  Sulpitius  Gallus. 

C.  Lutatius  Catuius 

. 311 

2028 

A.  Poftumius  Albinus. 

A.  Manlius  Torquatus  Attkus  II. 

. 31^ 

2027 

Q.  Lutatius  Cerco, 

C.  Claudius  Centho 

2026 

M.  Sempronius  Tuditanus. 

C.  Mamiliüs  Turinus.  . . . . 

- J14 

2025 

Q.  Valerius  Faite. 


C O N 


C O N 


T.  Sampronius  Gracchus.  ; 

P.  ValeriusFalto. 

L.  Cornélius  Lentulus  Caudinus. 

Q.  Fulvius  Flaccus. 

P.  Cornélius  Lentulus  Caudinus. 
C.  Licinius  Varus. 


Ere 

du. 

Cap, 

• 5IJ 


Durée 

jufqu'â 

x-jSe. 

ZO24 


. yi(S  2023 
. 517  2022 


Les  jeux  féculaires  furent  célébrés  eette 
année  par  ordre  du  Sénat  : M.  Æmilius  & 
M.  Livius  Salinator  étant  Ilvirs. 


T.  Manlius  Torquatus. 

C.  Atilius  Buibus  IL  • 

L.  Poftumius  Albinus.  . : 

Sp.  Carviliüs  Maximus. 

Q.  Fabius  Maximus  Verrucofus. 

M.  Pomponius  Matho. 

M.  Emilius  Lepidus.  . 

M.  Pobücius  Malleolus. 

M.  Pomponius  Matho  IL  . 

C.  Papirius  Mafo. 

C.  Duiiiiis^  Dictateur. 

C.  Aurelius  Cottaj  M.aître  de  la 
Cavalerie. 

M.  Emilius  Barbula.  . ; : î J23 

M.  Junius  Fera. 

L.  Poftumius  Albinus  IL  - C . 5'24 

Cn.  Fulvius  Centumalus. 

Sp.  Carviliüs  Maximus  IL  . . 425 

Q.  Fabius  Maximus  Verruco-fus  IL 
P.  Yalerius  Flaccus.  ....  j2<5 

M.  Atilius  Reclus. 

M.  Valerius  Meffala.  .....  527 

L.  Apuftius  Fullo. 


. J18 

• 5^9 
; 520 

• Jii 
. 522 


2021 

2020 

20-1 9 

2018 

2017 


2016 

2015 

2014 

2013 

2012 


Guerre  de  la  Gaule  Cisalpine. 


L.  Emilius  Papus 

C.  Atilius  Régulas. 

Q.  Fulvius  Flaccus  II.  . . . 

T.  Manlius  Torquatus  IL 

L.  Cæcilius  Meteilus,  Dictateur. 

N.  Fabius  Buteo  , Maître  de  la 

Cavalerie. 

C.  Flaminias  Nepos.  i . . . 

P-  Furius  Ph'ilus. 

Ce  Cornélius  Scîpio  Calvus.  • 

M.  Claudius  Marcellus. 

P.  Cornélius  Scipio  Afîna. 

M.  Minucius  Ru  fus. 

Q.  Fabius  Maximus  Verrucofus  , 
^délateur  , 

C.  Flaminius  IN'epos , Maître  de  la 
Cavalerie  : ayantabdiqué ^ on  mit 
d deizr  place  , 

IVi.  Eïiiîlilis  .Es-rbLiis.  J Diciateur. 

Q.  Emilius  Pætus.  Maître  de  la 
Cavalerie. 

L.  Veturias  Philo,  . . . , 


528 

y-9 


Fjo 

SD 

SD 


SD 


2011 

2010 


20c  P 
2008 
2007 


2006 


C.  Lutatias  Catulus  , ayant  abdi- 
qué, on  leur  f abrogea, 

M.  Emilius  Lepidus  II,  &M.  Va- 
lerius Lxvinas, 

M.  Livius  Salinator.  .7,7 
L.  Emilius  Paulus. 


Ere 

du 

Cap, 


F54 


Seconde  Guerre  puniquS. 

P.  Cornélius  Scipion.  . , • S bS 

T.  Sempronius  Longus. 

Cn-  Servilius  Geminus.  . . • Sb^ 

C.  Flaminius  Nepos  II,  auquel  fut 
fubftitué  M.  Atilius  Regulus  IL 
Q.  Fabius  Maximus  Verrucofus  , 
Dictateur  , 

M.  Minucius  Rufus  , Maître  de  la 
Cavalerie  ; & en  leur  place 
- L.  Veturius  Philo  , Dictateur. 

M.  Pomponius  Matho , Maître  de 
la  Cavalerie. 

C.  Terentius  Varro.  ....  337 

L.  Emilius  Paulus  II , tué  dans  un 
combat. 

M.  Junius  Pera  , DiBateur. 

C.  Sempronius  Gracchus , Maître 
de  la  Cavalerie. 

L.  Poftumius  Albinus,  ^ en  fa  place  , 

M.  Claudius  Marcellus.  . •138 

auquel  on  fubfiitua  , 

Q.  FabiusMaximusVerrucofusIII. 

T.  Sempronius  Gracchus. 

Q.  Fabius  Maximus  Verrucofus  IV*  5'39 
M.  Claudius  Marcellus  HL 

Q.  Fabius  Maximus, //j  de  Quintus,  j’4a 
T.  Sempronius  Gracchus  11. 

C.  Claudius  Centho  , DiBateur. 

Q.  Fulvius'FIaccus  , Maître  de  la 
Cavalerie. 

Q.  Fulvius  Flaccus  III.  . ; . J41 

Ap.  Claudius  Puîcher. 

P.  Sulpitius  Galba  Maximus.  . . 542 

C.  Fulvius  Centumalus. 

M.  Valerius  Lævinus  IL  . . • j’43 

M.  Claudius  Marcellus  IV'". 

Q.  Fulvius  Flaccus,  DiBateur 
P.  Licinius  Craffus  Dives,  Maître 
de  la  Cavalerie. 

Q.  Fabius  Maximus  Verrucofus  V.  344 
Q-  Fulvius  Flaccus  IV. 

M.  Claudius  Marcellus  V.  . • 34J 

T.  Quinétius  Crirpinus. 

T.  Manlius  Torquatus,  DiBateur. 

C.  Servilius  Pullex  Geminus  , 

Maître  de  la  Cavalerie. 

C.  Claudius  hlero 34(5 

ÎA.  Livius  Salinator  IL 
M.  Livius  Salinator,  Dictateur. 

X ij 


ï6y. 

Durée.  ■ 
jufjuta 
17Ô6. 

200^ 

2004 

200J 


20Ci 


tOOî 

2000 

1999 

1958 

1997 

1996 

199/ 

1995 


C O N 


C O N 


%é4 


Maître  de 


Q,  Cæciîius  Metellus 
la  Cavalerie. 

Q.  Cæcilius  Metellus. 

L.  Veturius  Philo, 
î*.  Cornélius  Scipion  TAfricam. 

P.  Licinius  Craffus  Dives. 

Q.  Cascilius  Metellus  , DiBateur. 

L.  Veterius  Philo  ^ Maître  de  la 
Cavalerie. 

Cornélius  Céthégus. 

P.  Sempronius  Tuditanus. 

Cn.  Ser/îlius  Cæpio.  .... 
C.Servilius  Nepos. 

P.  Sulpitius  Galba  Maximus  , 
Dictateur. 

M.  ServiliusPulex  Geminus,  Maît, 
de  la  Cavalerie. 

Ti.  Claudius  Nero 

M.  Servilius  Pulex  Gemiuus. 

C.  Serviüus  Nepos , Dictateur. 

P.  EliusPætus,  Maître  de  la  Cav- 
"Cn.  Cornélius  Lentulus. 

P.  Aelius  Pætus. 

Guerre  de  Macédoine  contre  Philippe. 

P,  Suipitias  Galba  Maximus  II. 

C.  Aurelius  Cotta. 
ï..  Cornélius  Lentulus. 

P.  Villius  Tappulus. 

T.  Qùintius  Flaminirrus.  . 

Sex.  Aelius  Pætus  Catus. 

C.  Cornélius  Céthégus. 

Q.  Minutius  Rufus. 

X..  Furius  Purpureo.  . 

M Claudius  Marcellus. 

31.  Porcius  Cato. 

L.  Vaîerius  Flaccus. 

P.  Cornélius  Scipion  Africain  IL  . 

T.  Sempronius  Longus. 

L Cornélius  Meriila.  .... 

Q.  Minncius  Thermus. 

L-  Quintius  Flamininus.  . . . j6i 

Cn.Domitius  Ahenobarbus. 


Ere  \ 

dtt  1 

Cap.  1 

Durée 

jufqu’à 

iqié. 

f47 

1991 

34.8 

1991 

349 

1990 

330 

1989 

331 

1988 

33i 

1987 

pc. 

198^ 

334 

1983 

333 

I9S4 

. 33  <î 

E983 

337 

1982 

338 

I.9S1 

1980 
19  L9 
1978 


Guerre  d’Anttochus. 


3î.  Aciiius  Glabrio.  . 

P.  Cornélius  Scipion  Nalîca. 
L.  Cornélius  Scipion  FAiiatique. 

C.  Lælius  Nepos. 

Cn.  Manlius  Vulfo.  . ; 

M.  Fulvius  NobiHor. 

C.  Livius  Salînator.  . 

M.  Vaîerius  Meflaîa. 

31.  Err.ilius  Lepidiis.  . . ; 

C.  Flamiaius  Nepos. 

Sp.  Fofliimius  Aibinus.  , 

Q.  Marcius  Phiüppus.. 


• 1577 

. 564  1975 

- s^f  1974 

. 566.  1975; 

• 1^7  197a 


. du 
eaphoU 


Dufte 

jufyu’è 

1786. 


App.  Claudius  Pulcher._  ^ 

31.  Sempronius  Tuditanus. 

P.  Claudius  Pulcher 

L.  Porcius  Licinus. 

Q.  Fabius  Labeo.  .... 
31.  Claudius  Jlarcelîus. 

L.  Emilius  Paallas.  _.  . . • 

Cn.  Bæbius  Tampbilus. 

P.  Cornélius  Céthégus. 

M.  Bæbius  Tamphilus. 

A.  Poftumius  Aibinus;  . ^ • 

C.  Calpurnius  Fifo  , qui  mourut 
dans  fa  magiflratitre;  on  lui  fui f- 
titua 

Q.  Fulvius  Flaccus. 

L.  Manlius  Acidinus  Fulvianus. 

Q.  Fulvius  Flaccus.  Ces  deux  Con- 
fuls  étaient  frères.- 

M.  Junius  Bmtus.  .... 
A.  Manlius  A'ulfo. 

C.  Claudius  Pulcher.  . . . • 

T.  Sempronius  Gracchus- 
Cn.  Cornélius  Scipio  Hifpallus. 

On  lui  fabfiifue  3. 

C.  Vaîerius  Lævinus. 

Q.  Petilius  Spurinus- 
F.  31ucius  Scævola-  . . . . 

M.  Emilius  Lepidus  II. 

Sp.  Poftumius  Aibinus  Paullulus.  .- 
Q.  3îucius  Scævola;  . , 

L-  Poftumius  Aibinus.  P • 

M.  PopiliuS  Lænas. 

C.  Popilfus  Lænas..  . • • • 

P.  Aelius  Ligus. 

Ces  derniers  Confuls  font  pris 
parmi  les  Plébéiens  tous  les  aeux 
pour  La  premfere.  fois. 

Guerre  de  Perse e. 

P.  Licinius  Craiïus.  . . - • 

C.  CaiTms  Longinus. 

A.  Hoftiitus  Mancinus. 

A.  Arilius  Serranus. 

Q.  Marcius  Philippus  II.  - 
C.  Serviüus  Cæpio. 

L.  Aemilius  Paullus.  .... 

C.  Licinius  Craffus. 

Q.  Aelius  Pætus.  • . £ . . 

M-  Junius  Pennus- 
C.  Sulpitius  Galius.  . . • 

3I.  Claudius  Marcellus. 

T.  31anlius  Torquatus.  . . . 

Cn.  Odavius  Nepos. 

A.  Kîanüus  Torquatus. 

Q.  Caffius  Longinus- 

T-  Sempronius  Grachus-  . 

3L  Ju’^ncus  Thalna. 


568  1971 


369 

1970 

370 

19% 

371 

1968 

37^ 

1967 

373 

igéâ 

374 

1963 

373 

1964 

376 

1965 

377 

1952 

378 

i9(3i 

379 

iç6o 

0 

00 

1939 

381 

1-958 

582 

1937 

383 

199^ 

00 

1933 

00 

1934 

586 

1933- 

387 

1932 

488 

1931 

389 

1930- 

390. 

194? 

C O N 

lErt  . I Vurh 

du, 

capitol e | 178 tf. 

ÿ.  Cornélius  Scipron  Nafîca.  . 591  1948 

C.  Marcius  Figulus;  ayant  abdi- 


qué, on  leur  fubÿdtua  , 

P.  Correiiüî  Lenîulus 
Cn-  U'-'.:  luus  Ahenobarbus. 

M Valeri..îs.-ue';a!a.  ......  59!  1947 

C.  ïa::;  ; rs  Srrabo. 

L.  Anicius  Gaiius 593.  I94<î 

M Cornélius  Céthégus. 

Cn.  Cornehus  Doiabella.- . . . . 594  1943 
M Fuivius  Nobiiior. 

M-  Emilius  Lepidus.  .....  J93  1944 

C.  Popîlius  Lenas, 

Sex.  Julius  Cæfar . 396  1943 

L.  Aui'eliusOreftes. 

L.  Cornélius  Lentulus  Lupus.  . . 397  194^ 
C.  Marcius  Figulus  IL 

P.  Cornélius  Scipion  Nafica  II.  . . 398  1941 

M.  Claudîus  Aîarcellus  IL 

Q.  Opimius  Nepos.  .....  399-  1940 
L.  Polîiimius  Albinas , on  lui  fubf- 

ticue  M.  Aciiius  Giabrio. 

Q.  Fuivius  NoLilior.  .....  doo  1939 
T.  Aniiius  Lufcus. 

M.  Claudîus  Marcellus  III.  . . . éoi  1938 

L.  Valerius  Flaccus. 

L.  Licinius  Lucuilus.  . . . . , 6oz  1937 
A.  Pofiumius  Albinus. 

T.  Quintius  Flamininus.  ....  tSo3  193  ô 

M.  Aciiius  Balbus. 


Troisième  Guerre  Punique. 


L.  Marcius  Cenforinus.  .... 

M.  Manlius  Nepos. 

Sp.  Poliumius  Albinûs.  . i . . 
L.  Calpurnius  Pifo  Cæfonnînus. 

P . Cornélius  Scipio  Africanus  Aemi- 

lianus.  ........ 

C.  Liv'ius  Mamilianus  Drufus. 

Cn.  Cornélius  Lentulus.  .... 

L.  Muinmius. 

Q.  Fabius  IMaximus  Aemiiianus.  . 
L.  Hoftilius  Mancinus. 

Ser.  Sulpitius  Galba.  ..... 

L.  Aurelius  Cotta. 

Ap.  Claudîus  Pulcher 

Q-  Cæcilius  Metellus  Macedo- 
nicuSi 

C;  Cafcilius  Metellus  Calvus.  . . 
Q FabiusMaxiraus  Servilianus. 

Cn.  Servilius  Ctepio.  ......  , 

Q.  Porapeiuç. 

G.  Lîeüus  Sapiens.  ......... 

Q.  Servilius  Cæpio. 

Cn.  Calpurnius  Pifo.  ....  . .. 

M.  Popilius  Latnas. 

S..Çomeiius  Scipio  Nafics:  Serapio. 


do4  1933 
603  1934 

606  1933 

60J  1932 

(5o8  1931 
«Î09  1930 

61.0  1929 

éii  1928 
dl2  1927 
615  I92<S 

614  1923^ 

^13 


c O N 


D.  Junîus  Brutus  Callaicus. 

M.  Emilius  Lepidus  Porcina.  . . 
C.  Hoftilius  Mancinus. 

P.  Furius  Philus 

Sêx.  Atiius  Serranus, 

Ser.  Fuivius  Flaccus.  ..... 

Q.  Calpurnius  Pifo. 

P.  Cornélius  Scipio  Afrieanns  Aemî- 
lianus  IL  . . ..  ..  . 

C.  Fuivius  Flaccus. 

P.  Mucius  Scævola.  ..... 

L.  Calpurnius  Pifo  Frugi. 

P.  Popilius  Lænas.  . . . . i . 

P.  Rupilius. 

P.  Licinius  Craffas  Mudanus.  . . 

L.  Valerius  Flaccus. 

C.Claudius  Pulcher.  ..... 

M.  Perpenna. 

C.  Semprcnius  Tuditanus.  . . . 

M.  Aquülius  Nepos. 

Gn.  Odravius  Nepos.  - .... 
T.  Annius  Rufus  Lufcus. 

L.  Caffius  Longinus.  ...  . . 
L.  Cornélius  Cinna. 

M.  Emilius  Lepidusi  ..... 

L.  Aurelius  Oreftes. 

Les  jeux  féculaires  furent  celé- 
brés  cette  année  pour  la  qua- 
trième fois  J par  un  ordre  du  Sé- 
nat : A.  Manlius  Torquatus  & L. 
Mummius  Nepos  étant  Ilvirs. 

M.  Plautius  Hj’pfæus.  .... 

M.  Fuivius  Flaccus.  * 

C.  Cafllus  Longinus.  . . r . . 

C.  Sextius  Calvinus. 

T.  Cæcilius  Metellus  Baleriarius.  . 

T.  Quintius  Flamininus. 

Cn.  Domitius  AhenobarbuSi  . . . 

C.  Fannius  Strabo. 

L.  Opimius  Nepos  ..  ..  . . 

Q.  Fabius  MaximuS'AIlobrogicus. 

P.Maniiius  Nepos 

C.  Papirius  Carbo. 

L.  Cæcilius  Metellus  Delmaticus. 

L.  Aurelius  Cotta. 

Marcus  Porcius  Cato  5 onlui  fuhftîtua- 
Q.  Aelius  Tuberon.  . 

Q.  Marcius  Rex. 

L.  Cæcilius  Metellus  . . . ... 
Q.  Mutius  Scævola. 

C.  Licinius  Geta.  . . . ...  . 

Q.  Fabius  Maximus  Eburnus. 

M.  Aemilius  Scaurus.  ..... 
M-  Cæcilius  IMetelIus. 

M-  Aciiius  Balbus.  ...  ..... 

C-  Porcius  Cato. 

C,  Cæcilius  Metellus  Caprarius. 


Ère 

du 

Cdp, 


16$ 

JDurée 

Jufqu'é 


616  1923 

61J  1922 

él8  1921. 

6ïçf  1920 
620  1919 
6zi  191S 
622  1917 
61^.  191(5 
624  1915 
61 j 1914 
616  1915. 

(327  291^ 


<528  1-911 
<5'29  191G 

630  1909 

63.1  1908 

(332  1907' 

^33'  iç)oS' 

<^34  190V 

C33.  1904, 
63(5  1903 

<337  1902. 

638  1901; 

639  1900 
^40  1899 


C O N 


C O N 


166 


Cn.  Papirius  Carbo. 

JVÎ.Livius  Drufiis. 

L.  Caîpurnius  Pifo  Cæfoninus. 

Guerre  de  Jugurtha. 


P,  Cornélius  Scipio  Nafîca.  . . . 642  1897 

L-  Caîpurnius  Pifo  Beftia. 

3VI.  Minucius  Rufus ^ 645 

Sp.  Poflumius  Albinus. 

Q.  Cæcilius  Aîetellus  Numidicus.  - 644  1895 

M.  Juüius  Silanus. 

Ser.  Sulpicius  Galba 645  1894 


Q.  Hortenfîus  NepoSj  auÿue/  on 
fub^itue  y 

M.  Aurelius  Scaurus. 

L.  Caflius  Longinusj  auquel  on. 


fubflitue 

51.  Aemilius  ScaurusiII.  . . ; . 64*5  1893 

C.  Marius- 

C.  Atilius  Senranus i 647  1892 

Q.  Servilius  Cæpio- 

P.  Rutiiius  Rufus.  ......  648  1891 

Cn.  Mallius  Maximus. 

C-  Marius  II.  • <>49  185)0 

C.  Flavius  Fimbria. 

C.  Marius  III - . . éjo  1889 

L.  Aurelius  Oreftes. 

C.  IMarius  IV 1888 

Q.  Lutatius  Catulus. 

C.  Alarius  V • 1887 

Manii.  Aquillius  iXepos. 

C-  I^IariusVI.'  .......  653  1886 

L.  Yalerius  Flaccus. 

M.  Antonius  Nepos.  \ . . . . iSSp 

A.  Poflumius  Albinus. 

Q.  Cæcilius  Metellus  Nepos.  . .6^$  1884 

T.  Didius  Nepos. 

Cn.  ComeliusLentuIus.  ....  6^6  1883 

P.  Licinius  Craffiis. 

Cn  Domitius  Ahenebarbus.  . . 6^j  1882 
C.  Caflius  Longinus. 

L.  Licinius  Crafliis 638  1881 

Q.  Mucius  Scævola. 

Q.  Cœüus  Ca'dus-  . . i . • . 659  1880 

L.  Domitius  Ahenobarbus. 

C.  Yalerius  Flaccus 660  iBjg 

M.  Herennius. 

C.  Claudius  Pulcher 661  1878 

M.  Perpenna. 

L.  Marcius  Philippus.  . . - . . 662.  1877 

Sextus  Julius  Cæfar. 

G ü E R RE  DES  MARSES. 

L.  Julius  Cæfar 66^  187(3 

P.  Rutiiius  Lupus. 

Cn.  Pompeius  Strabo.  .....  ^($4  j87j’ 
L.  Porcius  Cato, 


Ere  1 

Durée 

du  I 

juj^u'à 

L.  Cornélius  Sylla  Félix.  ; ; : . 
Q'.  Pompeius  Rufus. 

Cap.  1 

66s 

1 -fis. 

%4 

Cn.  Odaviijs.  ....... 

L.  Cornélius  Cinnaj  on  lui  fubfiUua 
L.  Cornélius  Merula. 

666 

187} 

L.  Cornélius  Cinna  II 

C.  Marcius  VII  . étant  mort , on 
lui fubflitua'L.  Yalerius  Flaccus. 

667 

1872- 

L.  Cornélius  Cinna  III 

Cn.  Papirius  Carbo. 

66% 

1871 

Cn.  Papirius  Carbo  II 

L,  Cornélius  Cinna  IV. 

65ÿ 

1870 

L Cornélius  Scipion  TAIiatique.  . 
Cn.  Junius  Norbannus. 

670 

C.  Marius 

Cn.  Papirius  Carbo  III. 

L.  Cornélius  Sylla  Félix  ^ Diclat, 

L.  Yalerius  Flaccus. 

671 

i8ég 

M.  Tullius  Decula 

Cn.  Cornélius  Dolabella. 

671 

1867 

L.  Cornélius  Sylla  Félix  IL  . , . 
Q.  Cæcilius  Metellus  Plus. 

1866 

P.  Servilius  Varia  Ifauricus,  . . . 

Ap.  Claudius  Pulcher. 

<374 

i86_f 

M.  Emilius  Lepidus 

Q.  Lutatius  Catulus. 

67s 

1864 

D.  Ju.niusBrutus.  ...... 

M.  Emilius  Livianus. 

676 

1863 

Cn.  Odtavius 

C.  Scribonius  Curio. 

(>11 

1862 

L.  Oftavius 

C.  Aurelius  Cotta. 

678 

1861 

L.  Licinius  LucuIIus 

M.  Aurelius  Cotta. 

(379 

1860 

M.  Terentius  Varo  Lucuîlus.  . . 
C.  Caflius  Varus. 

680 

i8;9 

L.  Gellius  Poplicola 

Cn.  Cornélius  Lentulus  Clodianus. 

68 1 

i8y8 

C.  Aundius  Orelles 

P.  Cornélius  Lentulus  Sura. 

682 

1837 

M.  Licinius  Craflus-.  ..... 
Cn.  Pompeius  Magnus. 

68} 

i8j6 

Q.  Hortenfîus 

Q.  Cæcilius  Metellus  Creticus. 

684 

i8yy 

L.  Cæcilius  Metellus 

Q.  Marcius  Rex. 

68} 

18/4 

C.  Caîpurnius  Pifo 

M.  Acilius  Glabrio. 

686 

i8j5 

M.  Emilius  Lepidus 

L-Volcatius  Tullus. 

687 

i8;a. 

L Aurelius  Cotta 

L.  Manlius  Torquatus. 

688 

i8yi 

L.  Julius  Cæfar 

L.  Marcius  Figulus. 

689 

1830 

M.  Tullius  Cicero 

C.  Antonius. 

690 

1849 

D.  Junius  Silanus.  

L.  Licinius  Murena. 

691 

1848 

£re 

du 

Cap, 


Durit 
jufqu  à 
1786, 


641  1898 


C O N 


M.  Purpîus  Pifo  Calpurnianus. 
M.Vakrius  MelTaiâ  Kiger. 

X.  Afranius !.. 

Q.  Cædiius  Sîetellus  Celer. 

C.  Julius  Cæfar 

X.  Calparnius  Bibulus. 

X.  Calpurnius  Pifo  Csefonniniis.  . 

A.  Gabinius. 

Pj  Cornélius  Xentulus  Spinîher. 

Q.  Cæcilius  Metelius  Nepos. 

Cn.  Cornélius  Lentulus  Marcellinus 

L.  Marcius  Phiüppus. 

Cn.  Ponapeius  Magnus  IL  . . 

3f.  Liciaius  CrafTus  II. 

Luc.  Domitius  Ahenobarbus.  . 

Ap.  Ctaudius  Pulcher. 

Cn.  Domitius  Calvinus.  . . . , 

M,  Valerius  Meffala. 

Cn  Pompeius  Magnus  III.  . . . 
'PrcîTiier  Conj'ul  Jaizs  Collegus  y 
vers  les  culcTidés  du  mois  dl  Jïoût  j 
il's’affbne  , 

C.  Cæcilius  Metellus  Plus  Scipio. 

Ser.  Sulpitius  Rufus 

M.  Claadius  MarcelJus. 

L.  Emilius  Pauilus 

C.  Claudius  Marcellus. 

C.  Claudius  Marcellus.  , . . . 

L.  Cornélius  Lentulus  Crus. 

C.  Julius  C^fâr  ^ Conful  d**  Dictuteur 
fans  Maître  de  la  Cavalerie, 

P.  Servilius  Varia Ilauricus.  ConÇul. 
Q.  Funus  Calenus.  ...... 

P-  Vatinius' 

C.  Julius  Cæfar,  Dictateur. 

M.  Antonius,  Maître  delà  Ca~ 

* valerie. 

C.  Julius  CæfarlIX  Confulà  DiBat. 

M.  Aemilius  Lepidus. 

C.  Julius  Cæfar  ly  ^ Confal  & DiB. 
M.  Aemilius  Lepidus  , Maître  de 
la  Cavalerie  : la  même  année 
Confal  pour  trois  mois 

Q.  Fabius  MaximuSj 

C.  TreboniuSj  au  premier ^mortfu- 
bitement^on  fubftitua  C.  Caninius 
Rebilus. 

C.  Juiius  Cæfar  V , DiBat,  & Confal. 
M.  Aaniüus  Lepidus,  Maître  de 
la  Cavalerie.  Celui-ci étantw.ort, 
& Cn.  Domitius  Calvinus  , défi-- 
gne  a fa  place  , n ayant  pas  fuc- 
cede  , C&far  nomma  pour  Confié 
& Maître  de  la  Cav.  M.  Anto- 
nrus  ; _ CAfar  étant  ajfajfiné,. 
on  lui  fubfihua  P,  Cornélius 
Lolabêlia. 


£re  1 
du  1 
Cap.  j 

6cjz 

Duree 
jufqu’  û 
1786. 

1847 

%3 

1846 

694 

1845 

695 

1844 

6ç)6 

1843 

6c)7 

1841 

898 

1841 

699 

1840 

70e 

1839 

7G1 

00 

00 

70Z 

1837 

703 

1836 

704 

00 

M 

703 

1834- 

705 

1833 

707  1832. 

708  1831 


709  1830 


C O N 


c.  Vibius  Panfa 

Ayant  été  afihjfiné,  on  lui  fulf- 
titua  _C.  Julius  Cæfar,  qui,  dans 
la  Juite  , devint  tLmpereur  , & fut 
appelé  Augufie.  Ayant  abdiaué  le 
Confulat  , on  lui  fubfihua  C.  Ca- 
rinas. 

^ Prirtius  , ayant  été  tué  , on  mit 
a.  fa  place  Q.  Pædius,  qui,  étant 
mort  aufiî ,füt  rew^placé  par  P.  Ven- 
tidius  J qui  était  aujfi  Fréteur, 

Triumvirs  pendant  cinq  ans, 

M.  Emilius  Lepidus. 

M.  Antonius. 
lmp.  Cæfar  Auguflus. 

C O m s U Z s, 

L.  Munatius  Plancus.  . . ; ; , 
M.  Emilius  Lepidus  IL 

L.  Antonius 

P.  Servilius  Varia  Ifauricus  IL 

Cn.  Domitius  Calvinus 

C.  AEnius  Pollio. 

On  leur  fuhfiitue  ; 

L.  Cornélius  Balbus. 

P.  Canidius  CrafTus. 

L.  Marcius  Cenforinus.  . . ; : 
C.  Calvifius  Sabinus. 

Appius  Claudius  Pulcher.  . . 

C.  Norbanus  Fi  accus. 

T R lUMviRs  pendant  cinq  ans, 

M,  Emilius  Lepidus  IL 
M.  Antonius  IL 

lmp,  Cæfar  Au^ftus  IL 

M.  Vipfaaias  Agrippa.  . . ; . 

L.  Caninius  Gallus.  On  lui  fuhfiitue 
T.  Statilius  Taurus. 

L.  Geüius  Poplicola.  ..... 

M.  Cocceius  Nerva. 

On  leur  fuhfiitue  ; 

L.  Munatius  Planeus  IL 
P.  Sulpitius  Quirinus. 

L.  Cornificius.  . . . . r ; , 
Sex.  Pompeius. 

Lucius  Scribonius  Libo.  . , . , 

M.  Antonius  II.  Il  abdiqua  le'iec 
Janvier,  & on  mit  'a  fa  place 

L.  Sempronius  Atratinus. 

Juillet , Paulus  Emilius 
Lepidus. 

C.  Memrnius. 

Au  icï  îsoyembre  , M.  Kerenriius 


j6y 

Ere 

'Duree 

du 

Jufqud 

Cap, 

17S6. 

710 

182.9 

71 1 ï2zB 
7ii  182.7 

713 


714 

715  i8i4 


71 é i8i3 
717  i8z2 


718  iSzi 

719  182c 


C O N 


C O N 


î^8 


C.  Cæfar  0<5tavien  lî.  • 
On  lui  fubflitue  P. 


Ere  ] 

Durlc 

du-  1 

jufquu 

C(2^.  1 

1786- 

720 

1819 

Autronius 


Pætus. 

L.  Voicatius  Tullus. 

Au  lef  Mai , L.  Flavius. 

Au  Juillet  , C.  Fonteiuî 
Capito. 

M.  Acilius  Aviola. 

Septembre  Vinucius. 

Au  Oâohre  , L.  Larojlius. 

Cn- Domirius  Ahenobarbus,  . . . 7-^^ 

C.  Solîus. 

Au  ICI  Juillet  ,1^.  Cornélius. 

Au  Novembre  , N.  Valerius. 

Ç.  Casfar  Oétavien  III 7^^ 

M.  Valerius  Meffala  Corvinus, 

Au  ICI  Mai,  M.  Ticius. 

Au  lei  Octobre  , Cu.  PompeîUS. 
c.  Cæfar  Odavien  IV.  • ‘ . . • 7^3 
M.  Licinius  Craffus. 

Aux  Cal.  de  Juillet  , C.  Antiftius 


Vêtus. 

Aux  Ides  de  Septembre , M.  Tullius 
Cicero. 

Aux  Cal.  de  Novembre  , L.  Sænius. 

C.  Cæfar  Odavien  V 7M 

Sex.  Appuleius 

Aux  Cal.  de  Juillet,  Petit.  Yalcrius 
Meffala- 

C.  Cæfar  Ociavien  VI.  .... 

M.  Agrippai!. 

C.  Cæfar  Odavien  Augufte  VIL  . 

M.  Agrippa  III. 

C.  Cæfar  Odayien  Augufte  VIÎI. 

T Statilius  Taurus  II. 

C.  Cæfar  Oftavien  Augufte  IX.  . 

M.  Junius  SilasTUS. 

C.  Caefar  Ociavien  Augufte  X.  . . 

C.  Norbannus  Fiaccus. 

C.  Cæfar  Odavien  Augufte  . 

On  lui  fubflitua  Lucius  Seftius. 

A.  Tereniius  Varro  Murena  , au- 
quel  on  jubflitua  Cn.  Calpumius 
Fifo. 

G.  C«far  Odavien  Augufte  J Die- 
tuteur  perpétuel , abdiqua  , en  fe 
réfervant  V autorité  de  'Tribun... 

M.  Claudius  Marcellus  Aeferninus.  ’ 731  iSoS 

L.  Arruntius. 

Q.  Aemiiius  Lepidus.  .....  732.  1807 

M.  Lollius. 

M.  Appuleius.  .......  733  x8o<j 

P.  Si'lius  Nerva. 

C.  Sentius  Saturnbus. 734  1805 

Q.  Lucretius  Vefpiilo. 

Aux  Cal.  de  Juillet , M.  Yînucius. 

Viplanius  Agrippa.. 


725  1814 

726  1813 

72.7  1812 

728  1811 

729  1810 

730  1809 


Ere 

IDitrS* 

du 

Jufqui 

Cap. 

Ijié. 

P.  Cornélius  Lentulus  Marcellinus. 

73; 

1804 

Cn.  Cornélius  Lentulus. 

C.  Furius.  . 

736 

00 

0 

C.  Junius  Silanus. 

On  célèbre  cette  année  les  jeux 
féculaires  pour  la  cinquième  fois. 

L.  Domitius  Ahenobarbus.  . • . 

737 

I§02 

P.  Cornélius  Scipio. 

Aux L.  Tarius  Rufus. 

M.  Livius  Drufus  Libo 

738 

1801 

L.  Calpumius  Pifo. 

M.  Licinius  Craffus 

739 

1800 

Cn.  Cornélius  Lentulus. 

Ti.  Ciaudhis  Nero. 

740 

1799 

P.  Quintilius  Varus. 

P.  Sulpkius  Quirinus.  ..... 

741 

1798 

M,  Valerius  Meffala  Barbatus 
' AemilianuSj  auquel  onfuhfiitua 
C.  Vaîgius  Rufus  , auquel  fut 
fubrogé  C.  Caninius. 

Q.  Aelius  Tubero 

742 

1797 

P.  Fabius  Maximus. 

Julus  Antonius  Africanus.  , , • 

743 

1796 

Q.  Fabius  Maximus. 

Nero  Claudius  Drufus 

744 

1795 

T.  Quintius  Crifpinus. 

C.  Marcius  Cenforinus.  .... 

745 

1794 

C.  Afinius  Gallus. 

Ti.  Claudius  Nero  II 

746 

1793 

Cn.  Calpumius  Pifo. 

D.  Lîelius  Balbus.  . ..... 

747 

1792 

Cn.  Antiftius  Vêtus. 

C.  Cæfar  Odavien  Augufte  XII. 

748 

1791 

L.  Cornélius  Sulla. 

C.  Calyilîus  Sabinus.  ..... 

749 

1790 

Lj  Paffienus  Rufus. 

1789 

L.  Cornélius  Lentulus 

750 

M.  Valerius  Meffaünus. 

C.  Cæfar  Odavien  Aueufte  XIÎL  . 

7;i 

1788 

M.  Plautius  Silvanus  ; on  lui  fubf- 
titue  C.  Caninius  Gallus. 

Coffus  Cornélius  Lentulus  Getulicus. 

7S^ 

I7I7 

L.  Calpumius  Pifo. 

C.  Cxfar  , f.ls  adoptif  d’ Âugufie.  . 

7J3 

1784 

L.  Emilius  Paullqs. 

P.  Vinucius.  ...  ..... 

754 

1785 

P.  ALftnius  Varus. 


COjNSULS  KOMAINS  depuis  Jefus-Chrifl. 

Les  Confi'Jats  ne  duroient  toute  l’année  que 
dans  les  temps  de  la  République  -Romaine.  Dans 
la  fuite  5 comme  il  n’y  avoir  pas  affez  de  Çonui- 
laires  pour  remplir  tous  les  emplois  qui  leur 
étoient  affedés , à caufe  du  grand  nombre  des 
Provinces  , les  Empereurs  ne  firent  des  Connus 
que  pour  quelques  mois , alla  de  pouvoir 


C O N 

«n  fubftlnieî  d’autres  ^ qu’cui  appeloit  fubrogés  , 
fubilitués  & petits  Confuls.  11  n’y  avoit  néan- 
moins que  ie  nom  des  Confuls  ordinaires,  ou  de 
ceux  qui  commençoient  au  mois  de  Janvier,  dont 
on  fe  fervoit  dans  la  fupputation  des  temps.  Le  pre- 
mier Confulat  des  Empereurs  , fur-tout  depuis 
Claude  , marque  l’année  qui  a fuivi  leur  promo- 
tion. De  plus  , le  même  Confulat  des  Empereurs 
fe  comptoic  .toujours  jufqu’à  ce  qu’ils  en  prif- 
fent  un  nouveau.  Ainfi,  le  cinquième  Confulat  de 
Trajan  fe  compte  jufqu’au  fixième,  c’eil- à-dire  , 
depuis  1 an  103  jufqu’à  112.  Une  autre  remarque 
a faire,  c’eft  que  le  premier  Confulat  ordinaire  fe 
compte  pour  un  fécond  Confulat  , lorfqu’il  eft 
précédé  d un  Confulat  fubrogé,  qu’il  ne  faut  pas 
confondre  avec  les  ornemens  ou  les  honneurs 
Confulaires,  Suivant  cette  règle  , Claude  ayant 
pris  ie  Confulat  au  mois  de  Janvier  de  l’an  42  de 
J.  C.,  2e  de  fon  règne,  elf  nommé  Confiai  pour 
la  deuxième  fois,  parce  qu’il  l’avoit  été  le  pre- 
mier Juillet  de  l’an.  57  de  J.  C. , & premier  de 
Caligula.  II  en  eft  de  même  de  Vefpafien , dont  le 
deuxieme  Confulat  marque  Fan  70,  parce  qu’il 
avoir  été  peut  Confiai  pendant  les  deux  derniers 
mois  de  1 aa  yi.  Enfin , quand  il  n’y  avoit  point 
de  Confiais  nommés  dans  l’année  , ou  qui  fuffent 
reconnus^  pour  tels  ( ce  qui  arriva  quelquefois 
dans  la  decadence  de  1 empire  ) on  comptoir  par 
le  Confulat  précédent.  Nous  en  fournirons  plus 
d’un  exemple  dans  cette  lifte. 

Pour  obvier  à toute  m.éprifè,  on  n’a  marqué 
que  les  noms  certains  des  Confuls,  fans  y ajouter 
leurs  prénoms  & furnoms , lorfqu’üs  ont  paru 
douteux  ou  fiippofés.  Muratori , dont  l’exaélitude 
eft  connue  , nous  a fervi  de  principal  guide  à cet 
égard.  ^ 

Vis-à-vîs  de  chaque  Confulat,  nous  plaçons 
d’un  côté  les  années  de  l’incarnation  ; de  l’autre, 
celles  de  la  fondation  de  Rome  , auxquelles  il  cor- 
refpond.  C’eft  le  calcul  de  Varron  , qui  place 
l’époque  de  Rome  à la  ive  année  de  la  VK  Olym- 
piade , 7^3  ans  avant  J.  C.  que  nous  fuivons, 
comme  le  plus  commun  & le  plus  auterifé.  Ceux 
qui  reculent  cette  époque  d’une  année,  avec  les 
fartes  Capîcoiins,  ou  de  deux,  félon  le  calcul  de 
Ftondn  , ou  même  de  fix,  d’après  Fabius  Piefor, 
peuvent  aifément  fe  concilier  avec  nous  , au 
moyen  du  Confulat  qu'ils  ont  coutume  d’in- 
diquer. 


Ans  de  Jefus-Chrijl. 

I Cauîs  Cæfar  , fils  d‘ Agrippa 
par  Augufle. 

M.  Æmiiius  Faulus. 

Z P.  Vinicius  , 

P.  Alfenius  Varus. 

3 L.  Ælius  Lamia, 

M.  Servilius. 

4 Sex.  Ælius  Cams  , 

C.  Sentius  Sitarninus. 
Antiquités  , Tome  11, 


Ans  de  Rome. 
, adopté 

7i4 

755 

75^ 

757 


ré’9 

Ans  de  Rome:. 

75S 

759 


761 


7(Î3 


7.54 


fabfiicué  h pre- 


C O N 

Ans  de  Jefus-  Chrijî, 

§ L.  Valerius  Meffala  Volufus, 

Cn.  Cornélius  Cinna  Magnus. 

6 M.  Æmiiius  Lepidus  , 

L.  Arruntius. 

7 A.  Licinius  Nerva  Silianfls, 

Q.  Cæciiius  Metelius  Creticus  Silanus , 

P.  Cor.  Lent,  Scipio,'  1 fulfiitués  le 
T.  Q.  Crifp.  Valerianus.  j Juillet. 

8 M.  Furius  Camillus  , 

Sex.  Nonius  Quintiiianus  , 

Lucius  Apronius  , fubfiituis  le 
AuI.  Vibius  Habitus.  3 lei  Juillet. 

9 Sulpicius  Camerinus  , 

C.  Pompeius  Sabinus, 

M.  Papius  Mutilus,  "î  fubfiitués  le 

Q.  Poppæus  Secundus.  3 Juillet. 

10  P.  Cornélius  Dolabella  , 

C.  Junius  Silanus , 

Serv.  Corn.  Lent.  M.îîuginenSs  , 
fubflitué  le  premier  Juillet. 

11  M.  Æmiiius  Lepidus  , 

T.  Scatilius  Tauras  , 

L.  Caff.  Longinus 
mier  Juillet. 

12  Germanicus  Cæfar  , 

C.  Fonteius  Capito, 

C,  Vifelhus  Varro  , fubjiitué  le  premier 
Juillet. 

15  C.  Silius  , 

L.  Munatius  Plancus. 

14  Sex.  Pompeius,  (i) 

Sex.  Appuleius. 

15  Drufiis  Q'æis.x . fils  de  Tibère  ^ 

C.  Norbanus  Faccus. 

16  T.  Statilius  Sifenna  Taurus, 

L.  ScriboniusLibo , 

P.  Pomponius  Græcinus , fubfiitué  te 
premier  Juillet. 

17  C.  Cæciiius  Piufus  , 

L.  Pomponius  Fiaccus  Græcinus. 

18  Tiberius  Aug.  IIl, 

Germanicus  Cæfar  II. 

L.  Seias  Tubçro,  \ r tu-..  ’ 

C.  Rubellius  Èîandus.  j 

19  M.  Junius  Silanus, 

L.  Norbanus  Balbus. 

20  M. 'Valerius  Meffala , 

M.  Aurelius  Cotta  IL 

21  Tiberius  Aug. 

Drufus  Cæfar  IL 
ZZ-'  C,  Suipitius  Galba  , 

Q.  Haterius  Agrippa, 

M.  Cocc.  Nerva  , \ r tn-  r 
C.  \ribiasRufinus. 

23  C.  Afînius  Pollio, 

L.  Antiftius  Vêtus , 

(i)  Cette  année  Augufle  fit  faire  un  nouveau  dénoin- 
bieruent  du  peuple  ftouisin , qui  fe  trouve  monter  à 
4ij7oeo  hommes. 

Y 


7^1 

76G 

767 

768 

769 

779 

771 

772 

773 

774 

775 


■J76 


170  C O N 

Ans  de  J.  C.  Ans  de  Rome, 

Q.  Jun,  Blxfus  J fubftitué  a Pollio  le 

premier  Juillet. 

a4  Serv.  Cornélius  Céthégus,  777 

L.  Vifeliius  Varro. 

?»i.  Afinius  Agrippa  , 778 

CoiTus  Cornélius  Lentulus. 
x6  C.  Calvilius  Sabinus , 779 

Cn.  Corn.  Lentulus  Getulicus, 

Q.  Marcius  Barea,  ■>  fubjîit. 

T.  RüitiusNummus  Gallus.  j le  i Juil. 

XJ  M.  Liciuius  Craffus  Fragi,  780 

L.  Caipurnius  Pifo. 

28  App.  Junius  Silanus  , 781 

Silius  Nerva. 

29  L.  Rubellius  Geminus , 782 

C.  Fufius , ou  PiuHus  Geminus, 

Aulus  Plautius,  1 fubfiitués  le  pre- 

L.  Nonius  Afprenas,  / mier  Juillet. 

30  L.  Calîjus  Longinus , 783 

M.  V iii'c  us. 

C.  Caffius  Longinus,  "î  fubfiitués  le 
L.  IN'atvius  Surdinus.  5 ^ Juillet. 

31  Tib  erius  .Aug.  V , jufquàu  9 Mai  , 784 

Æiius  Sejanus,  tué  le  i^J^ovembre^ 

Sextidius  , ou  Sex.  Teid’us  1 f 

Canill  ^leçMat. 

L.  Fulcinius  Trio  , fubfiitué  le  i Juil. 

Pub.  Memmius  Regulus  , fubfiitué  le 

X Octobre. 

32.  Cn.  Domitius -Ahenobarbus  , 785 

M.  Furiiis  Camillus  Scribonianus  , 

A.  V iteilius  , fubfiiiué  au^  dernier  le 
I Juillet. 

33  L.  Sulpicius  Galba  , (i)  786 

L.  Corn.  Sydla  Félix  , 

L.  Saivius  Oîho , fubfiitué  à Galba,  le 
I Juillet. 

34  Paulus  Fabius  Periïcus  , 7S7 

L.  Viteiiius. 

3 J C.  Ceftius  Gallus,  788 

M.  Servilius  Nonianus,  ou  Monîanus. 

3<S  Sex.  Papinius  Allenius  , 789 

Q.  Plautius. 

37  Cn.  .Acerronîus  Proculus , 79G 

Caius  Petronius  Pondus  Nigrinus , (2) 

C.  Caligula  , Imper.  ^ fubfiitués  le  pre- 
Tiber.  Claudius.  (3)  f mier  Juillet. 

(i)  Gaiba  portoît  alors  le  prénom  de  Lacius,  qa’ilchan- 
|;ea  , étant  Empereur,  contre  celui  de  Servius.  Cependant 
®n  voit  des  monumens  où  il  tft  appelé  Saivrus , en  oarlant 
de  fon  Confnlat. 

f^ond  de  ces  deux  Confaîs  elî  plus  communément 
appeieC.  Pontms  Nigrinus. 

(t)  Çaüguîa  & Claudius  ne  tinrent  le  Confirlat  que  deux 
ris.  On  pas  affûte  de  ceux  qui  leur  fuccédèrent. 
-ms  croît  que  ce  furent  Tibciius  Viuidus  Quadiatus  , 
Q CutuBs  Rut.is»  ’ ? 


Ans  de  Rome. 

791 

792, 


C O N 

Ans  de  7,  Çt 

38  M.  Aquiilius  Julianus  . 

P.  Nonius  Afprenas. 

39  Caius  Aug.  II , 

L.  jA promus  Cælîanus . 

M.  Sanguînius,  fubfiitué  à Caius , le 
1 Février. 

Cn.  Domitius  Corbulo  , fubfiitué  le 
I Juillet. 

Domitius  Africanus,  ou  Mti,  fubfiitué 
le  Août. 

40  Caius  Aug.  III  , feul.  Quelques-uns  lui  jçj^ 

joignent  mal  ^ L.  GelllUS  PopÜcola. 

41  Caius  Aug.  IV,  794 

Cn.  Sentius  Saturninus. 

Q Pomponius  Secundus  , fubfiitué 
à Caius  , U J Janvier. 

42  Tib.  Claudius  Aug.  II  ,jufqua  la  fin  de  797 

Février. 

Caius  Cæcina  Largus. 

43  Tib.  Claudius  .Aug.  lïïjjufqud  la  fin  de  jc)6- 

Février. 

L.  Viteüius  II  , pire  de  l'Empereur  de 
ce  nom. 

44  L.  Quinddus  Crifpinus  II,  797 

Marcus  Statilius  Taurus. 

Manius  Æmiiius  Lepidus  , fubfiitué 
au  premier. 

43  ?tl.  ViciniusII,  79S 

Taurus  Statilius  Corvinus. 

4<î  P.  Valerhis -Aiiatkus  II,  799 

M Junius  Silanus. 


Velleius  Rufus,  ")  r ta-.  > 
^ ^ ^ jubjtituei 


Oilorius  Scapula. 

47  Tib.  Claudius  Âug.  lY,  8co 

L.  Vicellius  IIl. 

48  An\\is  X'kcVlios  , depuis  Empereur  y 8ci 

Q.  Vipfanius  Publicola, 

L.  A'itellius  , frire  tï'Aulus  , fubfiitué 
le  1 Juillet. 

49  A.  PompeiusLonginus  Gallus,  802 

Q.  Veraniüs, 

L.  Memmius  Pollio  , 1 fubfiitués  le 
Q .Aldus  Maximus.  / xMai. 

JO  C.  Antillius  Vêtus  , Sej 

M.  Suillius  Rervilianus. 

ji  Tib.  Claudius  Au^.  V , 804 

Serv.  Cornélius  Orfitus. 

C.  Minunus  Fundanus,  le 

C.  Vettennius  Severus,  J i Juillet. 

Titus  Flavius Vefp)afianus,yü^jîûtk à 
l'un  des  deux,  le'  L Novembre. 
j2  Pubî.  Corn.  Sylla  Fauftus  , 805 

Lucius  Saivius  Otho  Titianus. 
j3  Decimus  Junius  Silanus , 80F 

Quintus  Haterius  Antoninus.  (i) 

(i)  Quelques-uns  donnent  pont  Confuls  fabftiwes 
estte  année  , Sex.  Palpelius  Hiftsr , Ôc  L.  Ped:niiisi  Giais 
dans.  le  vrai , i"oa  ne  fait  point  à <^ueile  anrî«ê  ils 
iknoiînt. 


c ON 


jins  de  J*  C. 

J-ns  de  Rome, 

j4  M.  Afinius  Marcellus  , 

Alanius  Acilius  Aviola, 

807 

55  AiÊro  Aug.  jufqu  au  premier  Mars 
L.  Antiftms  A^ems. 

, 808 

Q.  Volufius  Saturninus , 

P.  Cornélius  Scipion. 

57  Nero  Aug.  Il,  jufqu  au  1 Juillet  , 
L.  Calpurnius  Pifo. 

809 

(I)  Sio 

58  Nero  Aug.  III , 

Valerius  Meffala. 

8î  I 

59  L.  Vipftanius  Apronianus, 

L.  Fonteius  Capito. 

8î2 

60  Nero  Aug.  IV  , 

CoTus  Cornélius  Lentulus. 

813 

C.  Cæfonius  Pætus , 

C.  Petronius  Turpilianus. 

S14 

62  P.  Marius  Celfus, 

L.  Afinius  Gallus. 

81J 

^3 


67 


816 

817 

818 


819 

820 

821 

822 


-L-  rtuiiæus  oeneca  ,■  1 jubpitues  le 
Trebellius  Maximus.  3 i Juillet. 

C.  MemmiusReguIuSj 

L.  Virginius  Rufus. 

64  C.  Lecanius  BafTus , 

M.  Licinius  Craffus. 
éj  A.  Licinius  Nerva  Silianus . (2) 

M.  Veliinius  Atticus.  ■ 

Anicius  Cerealis  , fuhflitue  a VeRinius 
le  premier  J uilltt . tué  par  ordre  " 

de  Néron. 

66  C.  Lucius  Telefinus  , 

C.  Siieconiiis  Paulinus. 

L.  Fonteius  Capito  II  , 

C.  Julius  Rufiis. 

65  C.  Siiius  Italiens  , ( c’eji  le  Poete  J 

M.  Galerius  Trachalus 
6^  Serv.  Sulpicius  Galba  Aus.  II, 

T.  yinius  Rufinus. 

Salvius  Otho  Aug.  'ijuèjiitués  en 

L.  Salv.  Otho  Titianus.  3 Janvier. 

L.  Verginius  Rufus , le 

y opifcus  PompeiusSilvailus.  3 i l*iars. 
TitusArnus  AnconinuSj  J/LMftaéi  le 
P.  Alanus  CelfusII.  j i Mai. 

C.  Fabius  Valens,  _ \fuhfiituésle 
Aultis  Al.’enus  Cæciua.  3 i Septembre. 
Rofcius  , fubfiitué  le  O'Bob. 

a C^cina , dégradé  ce  jour-la  même. 

Cn.  C^ciiius  Simplex,  y le 
C Quintius  Atticus.  3 i Novembre. 

70  Fl.  Vefpafianus  Aug.  Hj  82? 

Titus  Cæfar  I. 

M.  Licinius  Mutianus , \fubftitués  le 
Publ.  Valerius  Afiaticus.  3 i Juillet. 

U 1-’^  îe  Confulat  de  Néron  iufqa’à 

L.  cifusSaU^  ^ ’ 

('-)  Plautius  Lateranus  , celui  dont  la  célébré  Bafilique 
« ^asran  a «re  fon  nom,  avoir  été  dciigne  pcm  cette 
aa.,î.c  i mais  ü fut  tue  avant  d’eutret  an  charge.  ^ 


C O N I7Î 

de  j.  C.  Arts  de  Ro)&e. 

L.  Annius  Bafîus  , 'ifubfiitués  U 
C.  Cæcina  Pætus.  3 i Novembre. 

71  Flav.  Vefpafianus  Aug.  III,  * 824 

M.  Cocceius  Nerva. 

Flav.  Domitianus  Cæfar  , '{^fubpit.  le 
Cn.  Pædius  Callus.  j i Mars. 

72  Vefpafianus  Aug.  IA' J 823 

Titus  Cæfarll. 

75  Domitianus  Cæfar  II  , §16 

AI.  Valerius  Meflaiinus.. 

74  Vefpafianus  Aug.  V,  827 

Titus  Cæfar  III. 

Dornitianus  CteJd^v , fubftitué  à Titus, 
le  I Juillet. 

73  Vefpafianus  Aug.  AT,  828 

Titus  Cæfar  IV. 

Domitianus  Cæfar  IV,  \fubflit.  le 

AI.  Licinius  Mutianus  III.  3 ^ Juillet. 

•j6  A'efpafianus  Aug.  VII,  82a 

Titus  Cæfar  V, 

Domitianus  Cæfar  A""  , \fuhflitucs  le 

T.  Plautius  Silvanus  IL  j i Juillet. 

77  Vefpaaanus  Aug.  ATII,  Sjo 

Titus  Cæfar  AT. 

Domitianus  Cæfar  VI, \ fuhflitaés  le 
Cn.  Jul.  Agricola,  3 i Juillet. 

78  L.  Ceionius  Commodus,  8ji 

Decimus  No  vins  Prifeus. 

79  ATfpafianus  Aug.  IX,  (i)  852 

Titus  Cæfar  VIL 
M.  Titius  Frugi , 

VitiusA'inius,  oa  A^inidianus  Julianus, 
fubfiiîués  le  I Juillet. 


80  Titus  Aug.  ATII,  gj5 

Domitianus  Cæfar  VII. 

8x  L. Flavius  Silva  Nonius  BalTus,  354 

Afin!  us  Poliio  Verrucofus.  (2) 

82  Domitianus  Aug.  VIII  , Sj 

T.  Flavius  Sabinus. 

83  Domitianus  Aug.  IX , SjtS 

Q.  Petilius  Rufus  II , 

C.  A'aler.  Meffa!inus,yii/r/titeàRufus. 

84  Domitianus  A-üg.  X,  837 

Sabinus. 

85  Domitianus  Aug.  XI,  838 

T.  Aurelius  Fulvus,  ou  Fulvius. 

86  Domitianus  Aug.  XII,  (5)  839 

Ser.  Corn.  Dolabella  Aletellianus. 

87  Domitianus  Aug.  Xin,  840 

A.  A'olufius  Saturninus. 

88  Domitianus  Aug.  XIV,  841 

L.  Minucius  Rufus. 

89  T.  Aurelius  Fulvus  II , « 842 

A.  Sempronius  Atratinus. 

(1)  Le  P.  îvianC  prétend  que  Dcmiticn  fut  Confu!  cette 
année  après  la  mort  de  fon  père. 

(2)  Unepisrcription  anci.nne  appelle  le  premier  de  ces 
deux  Conluls,  Lucius  Flavius  Silvanus. 

(5)  Ce  fut  fous  ce  Coafulat  que  Us-  jeux  Capitolins 
faicm  inûitaés. 

y ij 


C O N 


C O N 


Ans  de  J.  C. 


Ans  it  Home. 


*5)0  Domitianus  Auf.  XV  j, 

M.  Cocceius  Nerva  II» 

91  M.  Lipius  Trajanus_, 

M.  ÂciJius  Glabrio. 

92  Domitianus  Aug.  XVI , 

Q.  Voluiîus  Saturninus. 

93  Pompeius  Collega 

Cornélius  Prifcus.  (i') 

94  L.  Nonius  Torquat.  ÀfprcnaSj 

T.  Sex.  Magias  Lateranus  j (2) 

L.  Serg.  Paolus  J yâéjî/raé  à Lateranus. 
93  Domitianus  Aug.  XVII,  (3) 

T.  Flavius  Clemens.  (4) 

96  C.  Antiftius  Vêtus  , 

C.  ManlÎBs  Valens. 

- 97  Nerva  Aug.  III , 

L.  Verginius  RufusIII , 

Cornélius  Tacitus  , fuccejfeur  de 

Rufus. 

98  Nerva  Aug.  IV , 

M.  Ulpius  Trajanus  Cæfar  IL 

99  C.  Sofîas  Sentcio  , 

A.  Cornélius  Palma. 

100  Trajanus  Aug.  III  , 

M.  Corn.  Fronto  III. 

101  Trajanus  Aug  IV, 

Sex.  Articuleius, 

Corn.  Scipio  Orfitiis  , fuccéda  le  ï 
Mars  à l'un  des  deux  ^ a ce  que 


845 

844 

843 

846 

847 

848 

849 

830 

831 

85^ 

853 

8;4 


Von  croit. 

Bebius  Macer  , fûhfiîtués  U 

M.  Valet  Pauîinus.  ( i Mars. 

Rubricus  Gallus  le  l Juil.  Le 

Q.  Cælius  Hifpo.  ^ dem.nefipassûr. 

102  C.  Sofius  Senecio  III , (3)  833 

L.  Licinius  Sura  II. 

103  Trajanus  Aug.  V,  836 


(1)  plufieurs  rapfouert  à cette  année  tes  Confnts  fubf- 
thues,  M.  LoUius  pautinu--,  Valetius  Afiaîicus  Satuininus, 
& C.  Ar.r.îas  Jalius  Quaé.ratus  i d’aiives  les  mettent  fous 
l’année  précédente } mais  nous  n’ofons  rien  décider  là- 
ne  Sfus. 


(i)LeF.  Pagi  donne  pour  Collègue  au  premier  de  ces 
deux  Conflits  , M.  Areiinus  , ou  Arricinus  Clemens,  que 
Domitien  £i  mourir  cette  année.  M.  de  Tillemor.t  croit 
<iie  Cîemtns  lui  fut  feulement  fubflituéi  mais  l’année  de 
Ion  Confulat  eit  fort  incertaine. 

(3)  C’eft  ici  le  dernier  Confulat  de  Domîtîen  , fuivast 
tous  les  faftrs  Ccnfulaires.  Cependant  te  P.  Chamillait 
avcjt  dans  fon  cabinet  une  médaille  qui  portoir  la  marque 
d’un  i8e  Confulat  de  ce  Prinet.  Elle  prouveroit  qu’il  en 
aurcit  pris  pcflcgîon  aiant  fa  mort,  & ne  chargiroit  rien 
à la  chronologie  ordinaire.  D’aiiléu'S  , on  pourroit  croire 
que  cette  médaille  avoir  été  fiappce  cf  avance. 

% 

(4)  T.  Fl.  Clemens  étoit  confin  , & non  pas  onde  de 
DkJmitien  , étant  fils  rfe  Sabinus  , frète  de  Vefpaàen.  Do- 
initien  le  fît  moarîr  veis  le  mois  de  Juillet  de  cette  année  , 
à caufe  du  chriftianifine  qa’il  profèffoit. 

(e)  Ce  Conful  n’eft  pas  aitlfi  sur  que  Ibn  Collègue; 
*iab  nous  fuivoBs  ks  meilleurs  Antiquaires. 


Ans  de  J.  C.  Ans  de  Sent, 

L.  Appius  Maximus.  (l) 

104  L.  Licinius  Sura  III , 857 

Pub.  Horatius  Marcellus.  (2) 

Î03  Tib.  Julius  Candidas  II,  838 

A.  Juiius  Qindratus  II. 

106  L.  Ceionius  Commodus  Verus,  859 

L.  Tutiiis  Cerealis.^ 

107  L.  Licinius  Sura  III  , 8<aO 

C.  Sofius  Senecio  IV. 

108  App.  A nnius  Trebonius  Gallus,  8éi 

M.  Atilius  Metellus  Bradua. 

L.  Verulanus  Severus,  I 

oa  Severianus , V fubftitués^ 

App.  Annius  Gallus.  3 

109  A.  Cornélius  Palma  II, 

C.  Calvifius  TuUus  II , 

Publias  Ælius  Hadrianus 


/ubfiitués. 


L.  Pubikius  Celfus. 

110  Servius  Salvidienus  Orotus  , 

M.  Peducæus  Prifeinius. 

111  C.  Calpurnius  Pifo  , 

M.  Vettius  Bolarms- 

yfuèji.  le  I Mars,. 

OrAis  Servianus  II, 

L.  Fab.  Juiius. 


Ui 

Us 

864 


fuivant  uneinf- 
criptiondePan- 
vini. 


II2 


Trajanus  Awg  VI  , 

T Sextius  .Africanu?. 
L.  Pubikius  Celfus  II, 

C.  Clodius  Prifeinus^ 
Q.  Ninnius  Hafta  , 

P.  Manilius  Vopifeus. 
L.  Viplianius  MeiPala  , 
M.  Vrergeltanus  Pædo, 
lié  L.  ÆliusLamia, 
Ælianus  Vêtus, 
ii: 


“3 

114 

“5 


Qiiir.ftius  Niger  , 

C.  Viplianius  Apronianus. 

118  Hadrianus  Aug.  II  , 

Tiberias  Cfaudias  Fufeus  Alexander. 

119  Hadrianus  Aug  III  , 

Q.  Junius  Ruiiicus- 

120  L.  Catilius  Severus,  (3.) 

T Aurelius  Fulvus. 

121  L.  Annius  Verus  II  , 

Aurelius  .Augurinus. 

122  Manius  Acilius  Avioî», 

Caius  Gorn  Panfa. 

123  Q.  Arrius Pætinus,  (4) 

(1)  Le  P.  Mar.fi  donne  pour  Confuis  ordinaires  de  cette 
année  , à la  place  de  ces  deux-ci,  Sura  II  de  Pubüus  Ncia- 
tius  Marcellus  ; mais  fes  preuves  ne  fout  nuilcmenl  con- 
vaincantes 

(1)  Norrs  ?e  Manlî  pîaeenten  cette  année  nos  deux  Con- 
fuis de  la  précédente.  ' 

r 

(5)-Catiiius  Severus  fut  le  bifàieul  maternel  <îe  l’Emp**' 
reur  Antonin. 

(4)  Une  infc  îption  rapportée  pat  le  P.  Manli  ^appeil*  ** 
Conful  Q.  A.'ticukius  Panitiur. 


Sé; 

U6 

Uj 

868 

8^9 

87© 

871 

Sjr 

873 

874 
873 
876 


C O N 

Ans  de  J.  C.  Ans  de  Rome. 

L.  Venuleîus  Apronianus. 

J 24  Manius  Acilius  Glabrio  , 877 

C-  Beliicius  Torquatus. 

125  P.  Corn.  Sdpio  Afiaîkus  II,  878 

Q Vettîus  Aquüinus. 

ï2é  M.  Aniiius  Verus  111 , 879 

Eggfus  Ambibulus. 

127  Titianus  j 880 

Gallicanus. 

128  L.  Nonius  Torquatus  Afprenas  lî  , 881 

M.  Annius  Libo  , (i) 

129  Q.  Julius  Balbus  , 882 

P.  Inventius  CelAjs  II, 

C.  Neratius  Marcellus  ria-  ' 
Cn.LoI!iusGal!us. 

Î30  Q.  Fabius Catullinus,  883 

M.  Flavius  Afper. 

ï 3 1 Ser.  Odavius  Lænas  Pontfanns  , 884 

M.  Antonius  Rufinus. 

132'  Sentius  Augurinus,  88j 

Arrms  Severianus  , ou  Sergianus  IL 

133  M.  Ant.  Hîberus  , 886 

Nummius  Sifenna. 

134  C.  Jul.  Servianus  III,  887 

C.  Yibius  Varus.  (2) 

135  Ponûanus,  888 

Atilianus , ou  Atelanus. 

136  L.  Ceionius  Commodus  Verus  , 889 

Sex  Vetulenus  Civxa  Pompeianus. 

137  Lucius  Ælius  Cæfar  II,  890 

L.  Cæcilius  Balbinus  Vibulius  Pius. 

138  Camerinus,  891 

Niger. 

139  Antoninus  Pius  Aug.  II  , 892 

C.  Eruîtius  Prælens  IL 

A.  Jun.  R\xB.nns  jfubjiitué  au  premier. 

140  Antonius  Pius  Aug.  III,  893 

M.  Ælius  Aiireiius  Verus  Ctefarr- 

Ï41  M.  Peducæus  Syloga  Pïifcinus,.  894 

T.  Hænius  Severus. 

342  L Cufpius  Rufiaus,  893 

L.  Statius  Quadratus, 

143  C.  Beliicius  Torquatus , il  itoit  fils  du  896 

deuxieme  Confiai  de  Van  124  de 

, J.  C. 

T.  Claudius  Atticus  Herodes.  (j). 

144  P.  Lollianus  Avitus  > 897 

Maximus 

345  Antoninus  Pius  Aug.  lY  , 898 

Marcus  Anrelius  Verus  Cæfar  IL 
Î46  Sex.  Erucius  Clarus  II  , 899^ 

Cn.  Claudius  Severus. 

(i)  Annîirs  Libo  fut  onde  patetoeî  de  PEsnperenr 
Marc-Aurelec 

(^)  Le  F.  Manfî  nonvue  ainfi  ces  deux  Confiiîs  : L.  Sei- 
Xilius  Uibus  Seivianus  , & Vibius  Juvemius  Varns, 

(3)  B étoû  (PAtEenes,  fç  avok  eafeigaé  réloq^aencê  à 
Matc-Auiele  & a Lucius  V«b«, 


C O N 


173 

Ans  de  Rome' 
5)00 


Ans  de  J.  Cl 

147  Largus  , 

Meffaünus. 

Ï48  L.  Torquatus  III, 

M.  Salvius- Jiilianus. 

149  Serv.  Scipio  Orntus, 

Q Nonius  Prifcus. 

130  Gallicanus, 

Vêtus. 

131  S.  Quintiüus  Co.ndianus  , 

S.  Quintiüus  Maximus, 

132  M.  Aciiius  Glabrio.  (i) 

M.  Valerius  Omullus. 

135  C.  Bruttius  Præfens, 

A.  Junius  Rufinas. 

134  L.  Ælius  AurelhîsCommodus, 

Titus  Sexrius  Lateranus. 

133  C.  Julius  Severus  , 

M.  Junius  Rufinus  Sabinianus. 

136  M,  Ceionius  Silvanus  , 

C.  Serius  Augunnus. 

137  Barbarus,  (2) 

Regulus. 

138  Tertulins , 

Claudius  Sacerdos. 

1 39  Plautius  Quintilius  II  , 

Statius  Prifcus. 

16®  Appius  Annius  Atilius  Bradua  , 

T.  Clodius  Vibius  Barus,  ou  Varus. 

161  M.  Aurelius  Verus  Cæfar  III  , 

L.  Ælius  Aurel.  Commodus  IL 

162  Q- Junius  Rulticus, 

C.  Vettius  Aquilinus. 

163  Paftor, 

Ælianus , ou  Lælianas. 

Q.  Muftius  Prifcus  , fiuhfiltué  a P un 
des  deux.. 

364  M Pompeius  Macrinus, 

Pub.  Juventius  Celfus-. 

163  L Arrius  Pudens  , 

M.  Gavius  Orfitus. 

166  Q.  ServiîiiB  Pudens  , 

L.  Fiifidius  Pollio. 

167  L.  AureËus  Verus  Aug.  III, 

Quadratus. 

168  Apronianus  II, 

L,  Vetthrs  Paulus  (3)^ 

169  Q.  Sofius  Prifcus  Senecio , (4)  ’ 

P.  CtBlins  Apollinarius, 

(i)  Noris  & Pagî , d’après  Fanvini  ^ dbnîient  aii  premier 
le  prénom  de  Sextius  . & au  fécond  celui  de  Caius.  Non? 
fuivons  Muratorr,  qui  donne  à ces  deux  Confias  lé  même 
prénom  de  Marcus. 

(1)  Une  ancienne  infcîîpiion,  rapportée  parNori*,  ajoute 
SW  nom  de  Barbarus  celui  de  Vetulenus. 

(î)  Griîter  rapporte  une  infcription  q.ui  donne  porw  Col- 
le^gae  au  fécond  de  ces  Confuls  , T.  Jun.  Momanus.  Celui- 
ci  aura  vraifemblabicment  été  fubftïtué  au  premier. 

I4)  On  ne  connoît  qu'une  feule  inrcription  OÙ  le  fsu- 
3u>mde  Séaéeiolok  dcmniaceConfuL 


901 

9C2 

903 

904 
903 
çc6 

907. 

908 

909 

910 
9ÎI 

912 
913- 

914 

913 
ç)i6 

917 

918 

919 
92© 

921 

922 


C O N 


C O N 


î74 


Ans  de  JC.-  Ans  de  Rome. 

170  M.  Cornélius  Céthégus  , 9^3 

C.  Erucius  Clarus. 

171  L.  Septimius  Severus  II , 924 

L.  Aufidius  Herennianus. 

172  Maximus,  9^3 

Orfitus. 

173  M.  Aurelius  Severvs  II , 926 

Tib.  Claudius  Pompeianus. 

174  Gailus , 9^7 

Fiaccus. 

173  Calpurnius  Pifo  , - 9^^ 

M Salvijs  Julianus. 

i~6  T.  Vitrafîus  Pollio  II , 929 

M.  Flavius  Aper  II. 

lj~  L.  Aurelius  Comnuodus  Aug.  930 

Quintillus. 

178  Orfitus , 931 

Rufus.. 

179  L.  Aurelius  Commodus  Aug. IIj  (i)  932 

Publias  Martius  Verus. 

180  C.  Bruttius  Præfens  II  ^ 933 

Sex.  Quintilius  Condianus. 

18 1 M.  Aurelius  Commodus  Aug.  III , (2)  934 

L.  Antiflius  Burrhtis  II. 

182  Pomponius  Mamertinus  , 933 

Rufus. 

183  M.  Aurelius  Commodus  Aug. IV J 936 

C.  Aufidius  VidIorinus.II. 

284  L.  Coflbnius  Eggius  Marullus , 937 

Cn.  Papirius  Ælianus. 

1S3  M.  Corn.Nigrinus  CuriatiusMaternus,  938 

M.  Attiiius  Bradua.  (3) 

186  Commodus  Aug.  V J 939 

M.  Acilius  Giabrio  II. 

187  Crifpinus,  940 

Ælianus. 

188  C.  Alliiis  Fufcianus  II,  941 

Duliius  Silanus  II. 

189  Silanus  & lliy  eut  cette  année  .fui-  942 

Silanus.  (4)  5 ■vttntle  P.Pagi,  zj  Conf. 

Ï90  M.  Aur.  Commodus  Aug.  VI,  943 

M.  Pecronius  Septimianus. 

191  Caffius  Apronianus  , • 944 

Bradua. 

192  M- Aur.  Commodus  Aug.  VII,  943 

P.  Helvius  Pertinaxll. 

193  Q.  Sofius  Falco , 946 

C.  Julius  Erutius  Clarus. 


(i)  Commode  n’ avoir  que  feize  ans.  Ileft  !c  fécond  qui 
ait  été  revêtu  de  la  dignité  de  Confal  avant  Tige  de  vingt 
ans.  Néron  l’avoit  été  le  premier  (l’an  55  de  J.  C.  ) à 
17  ans. 

(1)  Commode  changea  fon  prénom  de  Lucius  en  celui  de 
Marcus  , après  la  mort  de  Marc-Aurèîe. 

(3)  On  voit  une  ancienne  infctiption  qui  çone  Matcrno 
& Attico  co£.  Peut-être  Atticus  avoit-îl  été  fubftitué  à 
Bradua. 

(4)  Oa  n’eft  pas  cetrain  des  prénoms  de  ces  Confuls. 


Ans  de  J.  C.  Ans  de  Rome. 

194  L.  Septimius  Severus  Aug.  II, 

Decimus  Ciodius  Septimius  Albinus 
Cæfar  il. 

193  Scapula  Tertullus  , (i) 

Tineius  Clemens. 

196  C.  Domitius  Dexter  II , 94^ 

L Valerius  Meffala  Trafea  Prifcus. 

197  Appius  Claudius  Lateranus,  930 

Rufinus. 

195  Saturninus  , (2)  931 

Gailus. 

199  P.  Cornélius  Anulinus  II,  931 

M.  Aufidius  Fronto. 

2CO  Tib.  Claudius  Severus  , 933 

C.  Aufidius  Vidorinus. 

201  L.  Annius  Fabianus  , 934 

M.  Nonius  Arrius  Mucianus. 

202  L.  Septimius  Severus  Aug.  III , 933 

M.  Aurelius  Antoninus  Caracalla 
Aug. 

203  L.  Fulvius  Plautianus  II,  (3)  93^ 

P.  Septimius  Géra. 

204  L Fabius  Septimius  Cilo  II , 937 

Flavius  Libo. 

203  M,  Aurel.  AntoninusCaracallaAug.il,  938 
P.  Septimius  Geta  Cæfar. 

206  M.  NummiusPrimus  Senecio  Albinus,  939 
L.  Fulvius  Rufticus  Æmiüanus. 


207  Aper , 9^0 

Maximus. 

208  M.  Aurel.  Antoninus  Caracalla  Aug.  III,  961 

P.  Septimius  Geta  Cæfar  IL 
2C9  Pompeianus  , 962 

Avitus. 

210  Manius  Acilius  Fauftinus  , 963 

Triarius  Rufinus. 

zii  Gentianus,  9^4 

Baffus. 

ziz  C.  Julius  Afperll  ,7  9*’) 

C.  Julius  Afper.  3 ' 

Z13  AntoninusCaracallaAug.lv,  966 

D.  Cælius  Balbinus  II.  (4) 

Z14  Meflala , ,9^7' 

Sabinus. 

ZI 3 Lætus  II, 

Cerealis 

116  Catius  Sabinus  II , 9^9 

Cornélius  Anullinus. 


fi)  On  croit  que  ce  Scapula  cftlc  même  qui,  depuis,  étant 
Proconful  d’Afrique  , perfécuta  fi  cruellement  les  Chie* 
tiens , & à qui  Tertullien  adrefla  fon  Apologétique. 

(2)  Les  Prénoms  de  Tiberius  8c  de  Caius  qu’on  donne  a 
ces  deux  Confuls , ne  font  pas  sûrs. 

(î)piautien  étoit  beau-père  de  Caracalla.  Sévère  voulut 
qu’il  fût  appelé  Confuf  pour  la  fécondé  fois  , quoiqu'il  ne 
l’eût  pas  eneore  été.  A l’égard  de  Geta,  on  croit  qu'il  était 
le  frère  , 8c  non  le  fils  de  Sévère. 

(4)  Il  y a lieu  de  douter  fi  ce  Conful  ne  s’appelcit  pa« 
plutôt  Albinus  que  Balbinus, 


C O N 

Ans  de  J,  C.  Am  de  Rome, 

xij  C,  Bruttîus  Prsefens,  970 

T.  Meffius  Extricatus  II. 

ii8  M.  Opellius  Severus  Macrinus  Aug.  971 
Oclatinus  Adventus. 

219  M.  Aurel.  Anton.  EiagabalusAug.  II  ^ 97i 

Sacerdws  JI.  (_i) 

220  M.  Aurel.  Anton.  ElagabalusAug.  III J 973 

Entychianus  Comazo. 

2.21  Gratusi  Sabinianus  j.  " 974 

Claudius  Seleucus. 

222  Aurel.  Anton.  Elagabalus  Aug.  IV  > 973 

M.  Aurel.  Severus  Alexander  Cæfar. 

223  L.  Marius  Maxi.mus  II,  976 

L.  Rofcius  Ælianus. 

2.24  Julianus  II  ^ (2)  977 

Crifpinus. 

225  Fufcusllj  978 

Dexter. 

216  Alexander  Aug.  Il , 979 

L.  Aufidius  Marcellas  IL 

227  Albinus , 980 

Maximus. 

228  Modeilus  , 981 

Probus. 

229  Alexander  Aug.  III , 982 

Dio  Caffias  II,  (3) 

M.  Ant.  Gordianus  , fubfilaié  au, 
fécond. 

230  L.  Virius  Agricola  , 983 

Sex.  Catius  Clementinus, 

231  Pompeianus,  984 

Pelignianas. 

232  Lupus  , 9§j 

Maximus. 

233  Maximus,  98g 

Paternus , ou  Paterius. 

234  Maximus  II , 987 

C.  Cæiius  Ürbanus. 

23;  Severus,  _ _ ^ 98g 

Quinclianus , ou  Quintilianns. 

236  C.  Julius  Maximinus,  Aug,  989 

Airrreanus, 

237  Perpetuus  , 

Conielianus. 

238  Pius,  OM  Ulpius.  99 J 

Pontianus. 

Claud.  Julianus,  ■>  , ,, 

Celfus  Eiianus.  Ç (4)‘ 

(t)  Le  prénom  de  Licinius  , que  Pagi  donne  à ce  Con- 
nil , ne  le  rencontre  dans  aucun  ancien  monument;  mais 
Jsianchint  cite  fur  cette  année  un  tube  de  piomb  , où  il  eli: 
appeîe-Tineîus  Sacerdos. 

3a  fecontfcfo' <îue  Julien  fut  alors  Conlùipour 

U).  Dio  Cafitus  eft  le  célébré  Pliftoïkn  de  ce  nom  , qui 
fe  trouve  auffi  appelé  Dyonilius  dans  une  andenne  infcrip- 
tion  rapportée  par  Doni. 

? l’Empereur Maximin,  arrivée  fur 

y ordonna  que  les  d.  uv  nouveaux 

fc'lCX  Æar.  f 


C O N 


175 

Ans  de  Rome, 
992 


9V3 

994 

991 

95(5 

997 

995 

999 

looa 


Atis  de  J.  C, 

239  M.  Ant.  Gordianus  Aug, 

M.  Acilius  Aviola. 

240  SabinasII, 

Venuftus. 

241  M-  Ane.  Gordianus  Aug.  Il, 

Ciyica  Pompeianus. 

242  C.  VettiuS'Auicus  , 

C.  Afinius  Prætextatus. 

243  Arrianus  , 

Papus. 

244  Peregriniis, 

Æmilianus. 

: 243  M.  Julius  Philippus  Aug, 

Titianus. 

24(5  Præfens  , 

Albinus, 

247  M.  Julius  Pbiîippus  Aug.  IP, 

M.  Julius  Pbiiiippus  Cæfar, 

248  M.  Julius  Phiiippus  (Senior)  Aug,  1001 

III  s (1) 

M.  Julius  Phiiippus  ( Junior  ) 

Aug.  II. 

249  M.  Æmilîanus'II , » 1002, 

Jiinius  Aquilinus, 

250  C.Me.riiusQ.Tra3anusDeeiusAug.ïI,  looî 

Max.  Gratus.  ' 

231  C.  M.  Q.  T,  Decius  Aug.  III , 1004 

Q.  Decius  (Herennius  ) Etrufeus 
Cæfar. 

232  C.  Trebonianus  Gallus  Auq.  II,  -rnoe 

C.  Vibius  Volufianus  Cæfar.  ^ ^ 

233  C.  Vibius  Volufianus  Aug.  II,  jooA 

Maximus. 

234  P.  Licinius  'Valeriahus  Aug.  ü,  1007 

P,  Licinius  Galiienus  Aug. 

'233  P Licinius  Valerianus  Aug.  IH,.  mn» 

^ P..  Licinius  Galiienus  Aug,  IL 

2c6  Maximm  ^ 

Glabrio.  °°9- 

237  P.  Licinius  Valerianus  Aug.  PV,  loio 

•P-  Licinius  Galiienus  Aug,  III^, 

M.  Caffianus  Latinius  Pafta.mus. , 

fuéfhué.  (2) 

238  Memmius  Tulcus„  m,, 

Baffus. 

239.  Æmilianus, 

Baffus.  ^ 

2i5o  P.  Cornélius  Secularis  IT, 

Junius  Donatus-  IL 


1013 


(r)  CetK  année  ^Empereur-  Phiîipae  célébra  î Romo 
1 année  millénaire  de  la  ibndarion.  Æ,.  «-ome 
marque  Capitolin,  dans  la  vie  de  Gdrdien  7’“'^  ’ w”'"’? 

mmssÊMise 

Msmsmm 


C O N 


C O N 


i 7<> 


Ans  ds  J.  C.  d' 

Rome. 

161  P.  Licin.  Gallienus  Aug.  IV  , 

L.  Petronius  Taurus  Volufianus  (i) 

1014 

x(>X-  P.  Licinius  Gallienus  Aug.  V , 
Fauftinus. 

ici; 

2(?3  Albiniis  II , 

Maximus  Dexter. 

1016 

264  P.  Lie.  Gallienus  Aug.  VI  , 

Satu  minus. 

1017 

P.  Licinius  V*alerîanus  II , 

L.  Cæfonius  Lucillus  Macer  Rufi- 
nianus. 

1018 

266  Gallienus  Aug.  V II  > 

Sabiniiius. 

1019 

267  Paternus  , 

Arcefilaus. 

1020 

208  Paternus  11 , 

Marinianiis. 

1021 

269  M.  Aurelius  CUudius’ Aug.  II,  (2) 
Paternus, 

1022 

270  Antiochus  II, 

Orfitus. 

Î023 

271  L.  Dominas  Aurelîanus  Aug. 

BalTus  IL  (3) 

1024 

272  Quietus , 

Veldumianus,  ou  Veldumnianus. 

1023 

273  M.  Ciaudius  Tacitus , 

Placidianus. 

1026 

274  L.  Domitius  Aurelianus  Aug.  II , 

C.  Julius  Capkolinus. 

1027 

273  L.  Domitius  Aurelianus  .Aug.  III , 

T.  Xonius  Marceliinus. 

1028 

Aurelius  Cordianus  , \fubfizt. 

le 

V^elius  Cornif.  Gordianus.  s XK  Sept. 

M.  Ciaudius  Tacitus  Aug.  II,  (4) 
Æmiüanus. 

1029 

277  M.  Aurelius  Probus  Aug. 

M.  Aurelius  Paulinus. 

1030 

278  Probus  Aug.  II , 

Lupus. 

1031 

279  M.  Aurelius  Probus  Aug.  III , 

Nonius  Marcellus  II. 

1032 

280  ^îeflala  , 

Gratus. 

1033 

281  M.  Aurelius  Probus  Aug.  IV'’, 
Tiberianus. 

1034 

282  M.  Aurelius  Probus  Aug.  V , 
ViTtorimis. 

Ï033 

(i)  Quelques  infcriptions  iui  donnent  ençoee  le  nom 
d'Egnatius  avant  celui  de  Volufianus. 

(a)  îl  ne  tefte  ptefqu’ aucun  veflige  du  premiet  Copfulat 
de  Ciaudius. 

{^Une  infetiption  publiée  par  Reland , d’après  Gudius , 
donne  à BalTus  les  prénoms  de  N.  Ceiftnius  Virius  ; une 
autre,  mife  au  jour  par  le  même , iui  attribue  ceux  de  Lucius 
Ceionius  Virius  ; mais  ni  l’une  ni  l’autre  ne  font  sûtes , au 
jugement  de  Muratoii. 

(4)  Vopifeus  fait  mention  d’un  Æliantts  Scorpianus , qui 
étoit  Conful  le  5 Février  de  cette  année  ; ce  qui  donne  lieu 
de  ct^ie  que  Tacite  ne  gaida  qu’un  mois  le  Goniulat; 


idrtî  de  d.  C,  ^nj  de  Rofits, 

283  M.  Aurelius  Carus  Aug.  (i)  1035 

M.  Aurelius  Carinus  Csefar. 

284  M.  Aureiius  Carinus  Aua.  II , 1037 

M.  Aurelius  Numerianus  Aug. 
aSj  C.  Auxel.  Valerius  Diocletianus  1038 
Aug.  II , 

Ariftobulus.  (2) 

xZ6  M.  Junius  Maximus  II , 1059 

Vettius  Aquilinus. 

287  C.  Aurelius  Valerius  Diocletianus  1040 

Aug.  III. , 

M.  Aur.  Vaier.  Maximianus  ( Her- 
cuüus  ) Aug. 

288  M.  A.  V.  Maximianus  ( Herculius  ) 1041 

Aug.  II  ^ 

Pomponius  Januarius. 


289  Bafîus  II J 1042 

Quintianus. 

290  Diocletianus  Aug.  IV,  I045 

Maximianus  Herculius  Aug.  III. 

291  C.  Junius  Tiberianus  II J 1^44 

Dio. 

292  Annibalianus  , i'^4I 

Afelepiodotus. 

293  Diocletianus  Aug.  V J lO/s^ 

Maximianus  Herculius  Aog.  IV. 

294  Fl.  Valerius  Conftantius  Cæfar  „ IC47 

C.  Galerius  Valerius  Maximianus 
Cæfar. 

29J  Tufeus  , 1^4° 

Anullinus. 

296  Diocletianus  Aug.  VI,  ^ l®49 

Flavius  Vaier.  Conftantius  Cæfar  II. 

297  Maximianus  Herculius  Aug.  V , 1050 

Galerius  Maximianus  Csefar  II. 

298  Anicius  Fauftus  , 

Virius  Gallus. 

299  Diocletianus  Aug.  "VHI , lO’^i 

Maximianus  Herculius  Aug.  VI. 

300  Conftantius  Cæfar  III , IPJI 

C.  Galerius  Maximianus  Cæfar  III. 

301  Titianus  II , 

Nepotianus. 

302  Conftantius  Ctefar  IV*  , 

C.  Galerius  Maximianus  Cæfar  IV. 

305  Diocletianus  Aug.  VIII , 

Maximianus  Herculius  Aug.  VII. 

304  Diocletianus  Aug.  IX, 

Maximianus  Herculius  Aug.  VIIF 


(1)  La  chronique  d’Alexandrie  donne  encore  pour  Cott- 
fuls  de  cette  année  Diocletianus  8c  BalTus . pat  où  il  pa.o* 
qu’ils  furent  fubûitués  aux  deux  précédens. 

(2)  On  voit  Carinus  cette  année  Conful.  Muratott 
penfe  qu’il  y eut  cette  année  quatre  Confuls  , deux 
rOriept,  Dioclétien  avec  un  Collègue  qu’on  ne 

pas  , Sc  deux  pour  l’Occident , Carin  8c  Atiftobule. 
Rivai  prétend  avec  plus  de  fondement  qu’il  n’y  4 

deux,  & qu’après  la  mort  de  Catin,  Dioclétien 
fon  nom  à celui  de  çç  riyal  , 6c  conferva  celui  d /»  ■> 


{ toljqle, 


|0^ 


IOJ9 

io6o 


C O N 

Ans^eJ.C.  Ans  de  Rems. 

^of  Conftiintius  Caffar  V , ioj8 

Galerius  Maximiaiius  Cæfar  V. 

306  Conftantius  Aug.  VI 

Galerius  Maximianus  Aug.  VI. 

J07  M.  A.  V.  Maximianus  ( Herculius  ) 

Aug.  IX,  (i) 

Flavius  ValeriusConftantinus  Csefar. 

^08  M.  A.  Val.  Maximianus  ( Hercuiius  ) 1061 

Aug.  X. 

C-  Gajerius  Maximianus  Aug.  VIL  (2) 

309  Maxennus  Aug.  II,  ' > 1062 

M.  Aurelius  Romuliis  > à Rome. 

Cæfar , y 

PolL Conrulatum,  (3)  \korsde 
MaxiniianiX,  & GaleriiVIl.  y Rome. 

|i©  Maxentius  Aug,  III,  l „ 1063 

RomuiusCæfarlI.  f 
Anno  II  poil  Confulatum  "J  hors 
Maximiani  ( Herculii  ) X,  ^ de 
& Galarii  VIL  (4)  j Rome. 

|li  Gai.  Valer.  Maximianus  "J  hors 
Aug.  VIII,  de 

Maximinus  Aug.  j Rome. 

C.  Ceionius  Rufius  Volu-  'i 

fianus  , >à  Rome. 

Eufebius.  j 

giz  ELValer.  ConftantinusAüg.  ■>  ^ . lofîr 

Publ.  Valer.  Licinianus 
Licinius  Aug.  3 

Maxentius  .Aug.  IV  , à Rome. 

Maximinus  Aug.  \en  Orient  , fe^oit 
Picentius.  Ç .'Ue/qaes-uns. 

|ïj  Flav.  Valer.  Çonilantinus  Aug.  III  , iq66 
Publ.  Valer.  Licinianus  Licinius 
Aug.  III. 

J 14  C.  Ceionius  Rufus  Voluiïaniis  II  , 1067 

Annianus. 

(i)  Le  tyran  Ma.xence , qui  régnoit  alors  en  Italie  , dclî- 
pofi  fextum  Cenfielatam.  Il  entendoit 
^ “5  l'année  précédente.  Il  paroît  nésntiioins 

qu  oa  reconnoiffbit  en  Occident,  ou  du  moins  en  Ita’ie 
meme  des  ie  commencement  de  307,  les  d£u.x  Confuis  oue 
aous  avons  marqués.  En  Orient , ii  y en  eut  deux  autres  qui 
turent  nennnes  par  Galère  Masimien  i lavoir  , Sévère  u- 
pfte  & Marimin  Céfar.  Peut-être  auiH  Conftantia  fut-il 
luo.iitue  a Severe  apres  fa  mort.  En  général . il  eft  difScüe 
oc  marquer  au  jufte  les  Confuls  entre  les  années  joiî  & jij 
parce  que  ce  n’étoient  point  les  mêmes  par-tout , & qu’il  y 
Italie  qui  n’étoient  point  reconnus  dans  le  refte 
de  1 Empire. 

deux  Confuls  ne  furent  pas  reconnus  à Rome 
pendant  les  trois  premiers  mois.  A leur  place  Maxcnce  s’y 
iit  déclarer  Conful  avec  fon  fils  M.  Aurelius  Romulus. 

U)  Ce  font  les  Confuls  qui  furent  reconnus  à Rome  j 
jnais  on  ne  connoit  pomt  ceux  qui  furent  élus  dans  les  Pra- 
vmees , ni  meme  s il  y en  eut.  L’afage  le  plus  commun  fut 
503.  poÆ  Meximiani  X, 

anf.él  Confiils  cctte 

à ^ ' peut-être  furent-ils  fubffituçj 

.Antiquités  y Tome  II. 


C O xV  177 

Ans  de  - J,  c.  Ans  de  Rome. 

31 J Flav.  Valer.  Conftantinus  Aug.  IV  , 1068 

Pub).  Vaier.  Liciniati’ùs  Licinius 
-4ug.  IV. 

316  Sabir, us,  loéo 

Rufinus. 

517  Gviniiis  Galli- V leur  Confulat  ne  1070 

canus , > commença  que  Le 

Baffus.  3 17  Février. 

318  Licinius  Aug.  V 7 - 1071 

Flav.  Julius  Crifpus  Cæfar , fils  de 
Conflantin. 

319  Conftantius  Aug.  V , nvec  fon  fils  , 1072' 

Valerius Licinianus  Licinius  Cæfar, 
fils  de  V Empereur  Licinius. 

320  Coniiantinus  Aug.  , 1075 

Fl.  Valerius  Conftantinus  Cæfar. 

321  Crifpus  Csefar  II  , 1074 

Conftantinus  Cæfar  H. 

322  Perronius  Probianus, 

Anicius  Juiianus. 

323  Acilius  Severus  , 1071? 

Vetcius  Rufinus. 

324  Flav.  Julius  Crifpus  Cæfar  III,  1077 

Flav.  Valerius  Conftantinus  Cæfar  III. 

325  Paulinus,  1078 

Juiianus. 

32*0  Conftantinus  Aug.  Vn  , Ï079 

FI.  Jui.  Conftantius  Cæfar. 

327  Fl.  Valerius  Conftantinus,  lo8» 

Maximus. 

328  Januarius,  oa  Januariniis,  io8e 

Juiîus. 

329  Conftantinus  Aug.  A'IÎI  , 1082 

Conftantinus  Cæfar  IV. 

440  Gaîücanus,  1QS3 

Symmachus. 

331  Annius  Bafliis,  1084 

Ablavius. 

332  Pacatianus , loS'j 

Hilarianus. 

333  Fl  Delmatius , io85 

Zenophllus. 

334  L.  Ranius  Acontlus  Optams  , 1087 

Anicius  Paulinius  Junior. 

335  Julius  Conftantius  J.  (I)  io88 

Ceionius  Rufius  Aîbinus. 

336  Flavius  Popilius  Nepotianus , (2).  JoSj 

Facundus, 

337  Felicianus , 1093 

Tib.  Fabius  Titîanus. 

338  ürfus,  _ 1091 

Polemius. 

339  Conftantius  Aug.  II ^ I094 

Flavius  Jul,  Conftans  Aug. 

(r)  Julius  Conftantius  fut  père  de  Gailus  St  <1®  Jplien  , 
qui  fat  depuis  Empereur.il  efi  le  premier  qui  ait  porte  le 
titre  de  Patrice  avec  L.  Ran.  Acont.  Optatus. 

(2}  Ce  Népoîianus  èfi  le  meme  qui  ufurpa  rEmpire  ^ 


ry 


C O N ■ 


' Ans  de  JZome 


C O N 


Ans  de  J.  C* 

340  Acindfnus,  IC93 

L.  Aradius  ValeriuS  ProculuSj  ou 
Proclus. 

341  Anton.  Marcellinus  > IC514 

Petronius  Probinus. 

542  Cofiftantius  Aug.  lîlj  1095 

Conftans  Aug.  IL 

343  M.  rAeramius  Metius  Furms  Baburius  IC96 

Cæcilianus  Proculus, 

Romiilus.  - 

344  Leontins  , 

Saliiiflius. 

343  Amantius  , 

Aibinus. 

346  Conilamius -Aug.  JV,  (i) 

Conitans  .A  ug.  III. 

347  Rufinusj 

Eufebius. 

348  FL  Phiüppiis  y 

Fl.  SaJia  y ou  Salius. 

349  Ulpius  Limenius  ^ 1 10.2 

Aco  Catuliiniis  Philomatins  , ou 
Phiionianiis. 

3JQ  Sergûis  , _ 1103 

Nignnianus.' 

331  Poft  Confulatum  Ssrgii  & Nigrinfani ^ 1104 
diins  f empire  non  fournis  au  tyran 
hlagnençe. 

Dans  la  partie  qui  lui  était  foumife y 
comme  les  Gaules  , idc. 


Magnentius , 

Gaifo. 

332  Conîtantiiis  Aug.  V J 1103 

Flav.  Conllantius  Gallus  Cæfar. 

Mais  fous  Magnence  y 
Decenrius  j fon  frère  , & 

PailüüS. 

335  Coüftantias  Aug.  YI  , jicé 

Coniiantiiis  Gallus  Csefar  IL 
334  Conilantius  Aug.  A’'II , 1107 

Conliantius  Gallus  Cæfar  III. 

333  Flav.  Arcetio^  _ _ 110& 

Q.  Flav.  Metius  Egnatius  LoIIianus, 

336  Conilantius  Aug.  VIII , ‘ 1109 

Flav.  Claud.  Julianus  Cæfar. 

337  Conilantius  Aug.  IX  , li  lO' 

Juhanus  Ccefar  IL 

338  Neratius  Cerealis,  lli  i 

Datianus. 

359  FL%ius  Eufebius  J,  lii2 

Flav,  Hypatius^yô«  frire.  (2) 

3<So  Conilantius  Aug.  X ^ 1 1 j ^ 

Julianus  Cæfar  111. 

361  FI.\v.  Tanriis  J 

FUy.  Florentius. 


(^I.es  Empereurs  ne  s’ étant  point  d’aborA  accordés  fur 
les  Coni  lus  de  cette  annee  , on  en  data  les  cieniieis  mois  , 
■ÿojt  Cônjuta:um  Amcnzii  &■  Alsinis 

if  Itères  d'Iafébk  ,feirjne  de  l'Empetetw  Coogancî, 


Ans  de  J.  C.  Ani^t  Rome. 

362  Mamertiiuis,  nj, 

Nevitta. 

363  Julianus  Aug. IV,  ii,g 

Secundus  S-  iüfîius. 

364  Jovinianus  Aug.  . 1117 

_FIav.V  arrontanusNobilifïimHspuer. 

363  eLiv.  A'’a!enthiianus -Aug.  iiiS 

Fiav.  Valons  Aug.- 

566  Gratianus  Nobiliiîîmus  puer,  iii^ 

Dagalaïphus. 

367  Lupicinus,  1120 

Jovinus. 

368  Valenrinianus  Aug.  II,  un 

Valons  -Aug.  IL 

369  A'alencinianus  Nobiliffimus  puer,  (i)  1122 

A’iclor. 

370  Valenrinianus  Aug.  III,  ^ 1123 

A'aiens  .Aug.  III. 

371  Flav.  Gratianus  Aug.  Il , 1124 

Sextus  Anicius  Petronius  Probus, 

372  Dominus^Modeilus, 

Ariathous. 

373  Valentinianus  .Aug.  IV , 

Valons  Aug.  F/. 

374  Gratianus  Aug.  III,  nij 

Equitius. 

573  Poil  Confulatum  Gratiani&Equitii  (2)  112S 
37<S  Valons  Aug.  V,  112.9 

A^aienrinianus  Junior  Aug* 

377  GratianusAug.lv,  IM® 

Flav  ius  Jlcrobaudes. 

378  V'^alens  A.ug.  VI,  1131 

Valentianus  Junior  A.ug.  IL 

379  Docmius  Magnus  Aufenius  , 1132 

Q.  Clodius  Hermogenianus  Oly- 
brius. 

580  Flav.  Gratianus  Aug.  V , 1133 

Flavius  Theodolîu.s  Aug, 

381  Flavius  Eucherius  , (3)  1134 

Flavius  Syagrius. 

382  Antonius,  1133 

Afranius  Syagrius. 

383  FI.  Merobaudes  II  , en  Occident.  113^ 

Fiav.  Satuminus  , en  Orient. 

384  Clearchiis,  en  Orient.  II37 

Flav.  Richomeres  , en  Occident.  (4) 

_ 383  Flav.  Arcadius  Aug.  113S 

Bauto. 


(i)  Le  jeane  Valentinien,  nommé  sulfi  Ga’atès , étoit 
fiîs  de  l’Empereur  Vaîcns  , 5c  n’avoir  alors  ijuc  trois  ans, 
étant  né  !e  i8  Janvier  jdd.  Il  mourut  dans  i’.enfànce. 

(2}  I.e  tuniuite  de  la  guerre  fit  qu’il  n’y  eut  point  cette 
année  de  Confuls, 

(j)  Le  prénoin  de  Flavius  , dit  Miiratori  , qui  commença 
depuis  Conffantin  à devenir  commun  parmi  les  Généraux, 
tut  probablement  un  titre  d’nonneur  qu’ils  obtinrent  des 
Empereurs  , qui  fe  faifoient  gloire  eux  - niêines  de  ie 
porter. 

(4)  Gu  Ricimer,  Franc  de  nation.  Il  fut  père  de  Théo- 
doiic , Roi  des  Ftâiies. 


1097 

IC98 

1099 

1100 

1101 


C O N 

Ans  de  ).  C»  - Ans  de  R^me, 

385  Fiay.  Honorius  NobililCnuis  puer , ii?9 
Evodius. 

387  Vaîenrinianus  Au^.  III , 1140 

Eutropius. 

388  Theodoniis  Aug.  II,  1141 

Cynegms.  (i) 

389  Fi.  Timafius  , 1142 

Fl.  Promotus 

390  Valentinianus  Aug.  IV  J 1143 

Neorerius. 

391  Tatianus,  tous  deux  en  1144 

Q.  Aure!.  Symmachus.  ) Occident, _ 

39X  Fl.  Arcadîus  Aug.  II  , 1 145- 

RitSnus. 

393  Theo  iolius  Aug.  III,  1146 

Abundantius.  (2} 

394  Arcadius  Aug.  III  , Ii47- 

Ho.norius  Aug.  II. 

^95  Anicîus  fiermogenianus  Olybrius,  1148 
Anicius  Frobinus.  Tous  les  deux 
pour  L' Occident.  Ils  étaient  frères, 

39<S  Arcadias  Aug.  IV  , 

Honorius  Aug.  III. 

397  Fi.  Cæfarius  , 

Nonius  Atticus. 


C O N 


598  Honorius  Aug.  IV, 

Fl  Eutychianus. 

399  Fi.  Mallms Theodorus, 

Eutropius  (3) 

4C0  FI.  Stilicho  , 

-Aurelianus. 

401  Vincentius. 

Fravita. 

402  .4rc3dius  Aug  V, 

Honorius  .4ug.  V. 

403  Theodofius  Junior  Aug. 

Fi.  Rumorid'us. 

404  Honorius  Aug.  VI  , 

Ariftænetiis. 

403  Fl.  Stilicho  II  , 

Anthemias. 

406  Arcadius  Aug.  VI, 

Anicius  Frobus. 

407  Honorius  Aug.  VII  , 

Theodofius  Junior  Aug.  IL 

408  Anicius  BaiTus , 

FL  Phi  lippus. 

409  îIonorius-Aug.  VIII , 

Theodofius  Junior  Aug.  III.  (4) 

(-)  On  voit  des  infcriptions  qui  donnent  pour  Confuls 
de  cette  année  Magnus  Maximes  Aug.  ( C’eld  !e  tyran 
Maxime  ) & Fabius  Titianus,  le  même  qui  fut  préfet  de 
Kome  autîi  cette  année. 

(1)  Le  tjrran  Eugène  prit  cette  année  le  titre  de  Conful  en 
Uccident. 

j.Ij)  Oît  ne  mit  point  Eutropius  dans  les  aâes  publics 
d Occident.-  Cet  eunuque,  le  18  Janvier  de  cetre  année  , 
fut  prive  de  tous  fes  honneurs  , relégué  en  Chvore,  & peu- 
apres  décapite.  - ‘ 

(4)  On  conferve  à Trêves  , dans  l’Egiife  de  S.  Paulin , 


1149 

1130 

1131 

1132 

1134 

1136 

1157 

1138 

1139 
ii<î© 
iï6i 

1162 


af es  de  y ^ C,  Â.rts  de. 

410  Fl.  Varanes, 

Terrullus , pour  Attale  d Rome, 

41 1 Theodofius  Aug.  VV ,feul. 

412  Honorius  .Aug.^^IX, 

Theodofius  .Aug.  V. 

413  Lucius,  en  Orient. 

Heraciianus,  en  Occident.  (îj 

414  C.  Fab.  Conftaiîtius  , en  Occident,  {T) 

FI.  Conilans  , en  Orient. 

413  Honorius  Aug.  X, 

Theodofius  Aug.  VL 

416  Theodofius  Aug  VIÎ  , 

Jumus  Quamis  PaÜadius. 

417  Honorius  Aug.  XI, 

FI  ConflantfLis  IL 

418  Honorius  Aug  XII, 

Theodofius  .Aug.  VIII. 

419  Monaxius, 

Piintha. 

420  Theodofius  Aug.  IX, 

Fi.  Conîtantius  III. 

421  Euftathius  , 

Agricola. 

422  Honorius  Aug.  XIII  , 

Theodofius  Aug.  X. 

413  Afclepiodotus, 

Fl.  Avitus  Marinianus. 

424  Caftinus  , 

Viftor. 

423  Theodofius  Aug.  XI, 

Valentinianus  Cæfar. 

^.z6  Theodofius  Aug.  XII, 

A'alentinianus  Aug.  IL 

427  Kteriis , ou  Hierius  , 

Ardaburius. 

428  Flavius  Félix, 

Ta  unis. 

429  Florentius, 

Dynamius,  ou  Diony-fius. 

430  Theodofius  Aug.  XIÏI , 

Valentinia.nus  Aug.  III. 

43 1 Bafius , 

Flavius  Antiochus. 

432  Flavius  Aërius  , 

Vâierius. 

435  Theodofius  Aug  XIV, 

Petronius  Maximus. 

434  Areobindus  , ou  Aviovindus  , 

Afpar. 

une  îafeription  oîi  l'on  voit  Honorius  Sr  le  tj'rcn  Cons- 
tantin , Confuls  de  cette  a-nnee.  Conftantin  avoir  pris 
pourpre  à Arles  en  407,  & le  foible  Honorius  lui  avoit  cédé 
l'Efpagne  avec  une  partie  desGaulçs. 

(i)  Il  fut  mis  à mort  pour  crime  de  révolte  cette  année  , 
& l'on  efiaça  fbn  nom  de  tous  les  actes  publics  Si  parricu- 
iiers.  C’eft  pour  cette  raifon  que  plafieuts  Ciironiqucs  Dé- 
marquent pour  Conful  de  cette  année  que  Lucius. 

(t)  Tels  font  les  piénom  , nom  & fnrnotr.  dç  ce  CoiifuJ  , 
qui  fat  père  de  l’Empeieur  Vaienîinien  Iiî,  & Empereuf 
iui-mème. 

Z ij 


Î79 

Rome. 

Il6j 

1164 

1163 

ii6y 

-i  1(58 

1169 

1170 
Il  71 

IÎ72 

II7Î 

1174 

1175 

II7â 

1177 

1178 
ÎI79 
I l§tï 
I l8i 
i 182 
ii8| 

1184 
ï 183 
I i8é 
Î187 


C O N 


C O N 


Î190 
1 191 
1191 
119J 


iSo 

Ans  de  J.  C.  Ans  de  Rame- 

435  Theodofius  Aug.  XV,  11S8 

Valentinianus  Aug.  IV. 

43  6 Flavius  Anthemius  1 1 89 

Ilidoms,  \ en  Orient. 
i-lavius  Senator.  j 

437  Aëtiusll  , 

Sigifvultus  , ou  Sigisboldus. 

438  Theodofius  Aug.  XVI, 

An.  Acii.  Glabrio  Fauftus. 

439  Theodoiîus  Aug.  XVII  , 

Feilus. 

440  Valenii.iîaims  Aug.  V, 

Anatoüus. 

441  CyrU3,_/êaZ  en  Orient.  Il n‘y  eut  point  1194 

cette  année  de  ConfuL  en  Occident. 

442  Eudoxius,  Il 91 

Diofcorus. 

443  Petronius  Maxi'mus  II , 1196 

Paterius  , ou  Paternus. 

444  Theodoiîus  Aug.  XVIlIj  1197 

A.!binus. 

44J  Valentinianus  Attg.  VI , 1198 

Komus,  ou  Nonius,  appelé  aulfî dans 
quelques  infcriptions  Albinius. 

44A  Fl.  Aëtius  III,  . , , 1199 

Q.  Aurelius  Sym-  i 
machas.  , _ ÿn  OcciUent. 

447  Callipius,  eu  Alj^piùs,^/:  OcciiZe/zt. izoo 

Ardaburius  , en  Orient. 

448  Fl.  Zer.o  , I2si 

RulFius  PrîEtextatus  Pofttimianus. 

449  FI.  Afturius,  iioz 

Fi-  Protogenes. 

450  Vale.ntinianus  Aug.  VII,  1203 

Gennadius  Avienus, 

4.yi  Fl.  Marcianiis  Aug.  1204 

^ Fi.  Adelphius. 


4yi  bporanus , 


izoy 

îzoé 


Fl.  Herculanus. 

453  Vinccmalus  , 

Opiiio. 

434  Stunius,  1207 

Aëriiis,  différent  du  cé.rehre  A'étius. 

433  Valentinianus  Aug.  VIII,  1208 

Anche  nu  us. 

43éVar3nes,  ■>  , izoo 

Johannes.  ^ 

Fparchius  Avicus  Aug.  en  Occident. 

437  Fl.  Conftantinus  , 1210 

Rufiis. 

438  Fi.^LeoAug.  _ ^ J2II 

ir;  Jul.  Val.  Majorianus  Aug. 

439  Fl.  Riciroer,  <. 

Patricius. 

460  Magnus  , 

Apollonius.  - 


IZ13 


(0  Sous  ces  deux  Cor.fu'.s^  ks  Novelles  de  Theodofe 
?ur;nt  fubUees.  Yakmiaieiî  ]«*  cftn^jijaa  i'ajmée  fuj. 
vaptsv 


^’^tàeJ.C.^  Ans  de  Rome. 

4<jX  Severinus,  ' 1214 

Dagalaïfus. 

4(îz  Léo  Aug.  11 , ' 1213 

Libius  Severus  .Aug.  (i) 

4A3.  Fl.  Cæcinna  Balîlius ■ izid 
A h vi  an  us. 

464  Ruflicius,  oa  Rufticus,  IZ17 

Fl.  Anycius  Olybrius. 

463  Fl.  Balîlifcus  , izi§ 

Henniniricus,  ou  Armanaricus. 

AfiG.  Léo  Aug.  III,'  IZ19 

Tatianus. 

4(37  Pufæus , izzo 

Johannes. 

468  Anthemius  Aug.  II izzi 

469  Alarcianus,  izzz 

Zeno  Ifauricus. 

470  Jordanes  , IZZ3 

Severus. 

471  Léo  Aug.  IV,  1214 

Probianus. 

472Feftus,  1223 

Marcianus. 

473  Léo  Aug.  V,/eaA  1226 

474  Léo  Junior  Aug.  ffeul.  1227 

475-  Z ViîO  Aug.  II,  feul,  ou  poil  Conf.  1218 

Leonis  Jun. 

476  Balilifcus  II , 1229 

AnTiatus.ZA"io/2  le  fit  mourir  la  même  ann. 

Afjj  Poil  Conf.  Balilifcill,  & Armati,  1230 

478  Illus,  oa  Hellus,/ira/.  I231 

479  Zeno  Aug.  ÏII  1232 

480  Bafilius Junior  V. C.yia/jOJ^poR Conf.  1233 

Zenonis  lil. 

4I1  Placidus , yl-i/Z.  1234 

48Z  Trocondus , 1233 

Severinus  Junior. 

483  Faufrus,/W, oapoIlConf.Trocondi,  123(5 

484  Theodoricus  , Ko! des  Gotks ^ 1257 

V enantius. 

483  Q.  Aurel.  Memmius  Syrritnachus.  1238 

Junior , feul  ^ ou  poil  Conf  Tbeo- 
dorki  y.  C. 

48(5  Decius,  1239 

Longinus. 

487  Boëtius  V.  C.feuL  124^^ 

4§8  Dynamius,  1141 

SiSdius. 

489  Probinus,  IM^ 

Eufebius. 

490  Fl.  Faultus  Junior  , 1243 

Fl,  Longinus  II. 

491  Fl.  Olybrius  Junior, /ea/.  I-I44 

49Z  Fi.  Anailalius  Aug.  1243 

Fl.  Rufas , ou  Rufinus. 

(i)  Sévère  ne  fut  reconnu  cette  année  ni  en  quaUîéd’Em* 
pereur  , ni  en  qualité  de  Conful,  dans  l’Orient.  Les  Fades 
Siciliens  & l’anonyme  ds  Scaligcj  lui  doimeni  SetpsntiUS 
pouv  Collègue, 


C O N 


Arts  it  7-  C. 


Ans  lie  R»me. 


45^3  Eufebius  II , 

Albinus. 

494  Turcius  RuSus  Apronianus  Afterius, 

- Fi.  Præfidius. 

49 J FE  Viaror  V.  C.  Aa/,  en  Occident.  ■ 

496  Pauîus , feul , oapbll  Conf-  \ iaroris. 

497  Anailalîus  Aiig.  Il  , feul  j ou  poft 

Conf.  Viatoris  II. 

498  Johannes  Scytha  ^ 

Paulinus. 

499  Johannes  Gibbus,  feul.  (i) 

5©o  Fl.  Hypatius , 

Patricius. 

joi  Ruf.  Mag.  Fauftas  AvknuSj 
F!.  Pompai  us. 

502  Fl.  Avienus  Junior  ^ 

Probus. 

503  Dexicrates, 

Volufianus. 

504  Céthégus  feul , en  Occident., 
joy  Sabinianus  , 

Theodorus. 
jc6  Areobindus  , 

Meffala. 

507  Anailalîus  Aüg.  III  ^ 

Venantius. 

508  Celer  , 

Venantius  Junior. 

509  Importunus ,feul,  appelé Opportunus^ 

Tnal-c- propos  par  quelques-uns. Il  fat 
Conful  en  Occident. 

<10  Anicius  Manlius  Severinus  Boëtius 
Y.  C.  feul. 
fit  Secundinus  , 

Félix. 

512  Pauîus, 

Mufchianus , ou  Mufeianss. 

513  Probus, 

Clementinus. 

514  Senator  V.  C.  (Magnus  Aurel.  Caflio- 

dorus  ) feul)  en  Occident. 

51 J Anthemiüs, 

Florentinus  , ou  Florentius. 

51C  Petrus  V.  C.  feul , en  Occident. 

517  Anaüanus,  digèrent  de  l’Empereur,  (2) 

Agapitus. 

518  Magnuç  V.  0..,feul,  en  Orient, 

519  Jultinus  Aug. 

Eutharicus. 

520  Vitalianus  , 

Rullicus , ou  Rufticius. 


1246 

1247 

124S 

1249 

1250 

I2;i 


1252 

1254 

1236 

1257 

1258 

1249 

1260 

I2!3l 

1262 


1263 

1264 
I2éy 

1266 

1267 

1268 

1269 

1270 

1271 

1272 

Ï273 


(i)  Quelques  - uns  y joignent  Afclépion  , fondés  fur 
deux  lois  du  Code  Jaftinienj  ujais  ce  Code  abonde  en 
fautfes  dates. 


(2)  On  conftrve  à Liège  d,es  Diptyques  Confulaires,  que 
ce  Ccr.r«i  avoit  envoyés  à fÉvcqtTe  de  'Fongres,  & à la  tète 
cefquc.'t  dfe  donne,  pour  nra’-q ne  de  a haute  nobîeifè,  les 
ro.nis  k iesctresfui.-rns:  Plavius  Anafiafim  Paulus  Prohus 
Sié'intsznas  Pompeius  , v.r  illujlris  , Ccmes  Domef  ’corum 
£<piitum,  Car-fül  cr  àinarli's. 


C O N iSi 


Ans  de  J.  C. 

521  Juftinianus, 

Valerius. 

522  Symmachusj,. 

Boëtius. 


Ans  de  Rotüd'. 

1274 

1275 


523  -Fi.  Anicius  Maximus  J feul  en  Occïi. 
324  Jultinus  Aug.  U , 

Opiiio. 

323  Fl,  Theodorus  Phiioxenas  J, 

. Antcius  Probus  Junior. 

32(0  OlybriuSj/èa/,  en  Occident. 

527  Vettiiis  Agoriiis  Balilius  Mavcrtius, 

feul , en  Occident. 

328  Juftinianus  Aug.  \\,ftul.. 

329  Deciiis  Junior  V.  C.  feul„  en  Occident. 

330  Fl.  Lampadius, 

OreRes. 

331  Poft  Confiîlatum  Lampadii  8c 

Oreltis. 

332  Poft  Confulatura  Lampadii  & 

Oreftis  II- 

333  Juftinianus  Aug.  III, /et.'/. 

334.  Jufti.nianus  A.ug.  IV , 

Fi.  Theod.  Paulinus  Ju.nior.  C’efi 
. le  dernier  Conful  d‘ Occident. 

335  Belifantis  J /èa/ etî  Orient. 

Poft  Conf.  Paulini , en  Occident, 

336  Poft.  Conf.  Fl.  Belifarii,  en  Orient. 

Poft  Conf.  Paulini  II  , en  Occident. 

337  Poft  Conf.  Belifarii  II,  en  Orient  , 

Poft  Conf.  Paulini  ûtt/to  F/J,  en  Occ. 

338  Fl.  Joannes,yêa/,  en  Orient. 

539  Appio, yètt/,  en  Orient. 

Poft  Confulatum  Paulini  Y,  en 
Occident. 

540  FI.  Juftinus  Junior , feul,  en  Occident. 

Les  années  qui  fuivirent  le  Confulat 
de  ce  Jujiin,  différent  de  V Empe- 
reur Juffm  le  jeune  , furent  quelque- 
fois , mais  rarement  , datées  en  Oc- 
cident CpOST  JUSTIHUM  , OU  PosT 
Consul ATUjtf  Justini  r témoin, 
l infcription  qu  on  voit  fur  le  tom- 
beau de  S.  uiurélien  , Archevêque 
d’ Arles  , dans  la  chapelle  de  S.  Ni- 
ffer  a Lyon  , laquelle  porte  que  ce 
Saint  mourut  la  xie  année  apres  le 
Confulat  de  Jufin  : témoin  encore 
l’épitaphe  de  S.  Niffer  , Evêque  de 
Lyon  , d la  fin  de  laquelle  on  lit , 
fuivant  Severt  , dans  fa  chronologie 
des  Archevêques  de  Lyon  , oeiit  jv 

NONIS  ( NONAS  ^ AERTLIS  SE!/ 
XXXIII  , FOST  JUSTINUJf  ET  J N- 
DicTsoNE  SEXTA  , Ce  qui  revient 
au  2 Avril  373. 

341  Fl.  Bafliias  Junior,  en  Orient.  C’efi 
le  dernier  particulier  qui  a été 
Confié. 


izyS 

1^77 

1278 

1279 

1280 

Î2§ï 

I2§2 

1283 

1284 
Ï283 

1284 

1287 

1288 
I2S9 
1290 

Ilot 

1292 

1293 


1294 


542  Poft  Confalataui  BaftH  Y.  C 


Î293 


C O N 


Arts  dt  J.  C.  Ans  de  Rome. 

J43  Poit  Confulâtum  Bilîlii , anno  II.  1296 
544  Poil  Conl'ulatum  Baiîlii  j anno  III.  12,97 
J4J  Poil  Conf.  Bafiiii  , anno  IV,  & ainji  129^ 
des  années  fuivamcs  , en  ajoutant 
un  dt  ckaq'se  année.  Cette  manière  de 
compter  i<.s  années  , Fost  Consu- 

LATUM  BaSILII  ANStO  PRIMO,  tri 

542  , efl  tres-commune , & cefl  celle 
de  Jufiinlen  dans  fes  Novelles,  & 
des  Fapes  dans  leurs  Lettres.  Mais 
il  y en  a une  autre  plus  aifée  , qui 
efi  de  Victor  de  Tunnone.  Il  marque 
Lan  )42  > par  la  fécondé  année  d‘  après 
le  Confulat  de  Fafle,  au-lieu  de  le 
marquer  par  la  première  ; l’an  5'43j 
par  La  troif  eme  année  , au-lieu  de  la 
' Jeconde  après  le  même  Confulat  , & 
airf.  des  autres , en  comptant,  tou- 
jours une  année  plus  q’ue  n en  comp- 
tent ceux  qui  marquent  tan  J42  par 
la  première  année  après  le  Confulat 
de  Bafle.  La  manière  de  compter  de 
Victor , quoique  plus  rare  quel'  autre, 
ne  doit  point  être  oubliée.  Ceux  qui 
la  négligent  font  expofés  à des  Ana- 
ckrcr.ifmes  d‘ un  an. 

Il  ny  a plus  de  Conful  jufquk 
Jufiîn  le  jeune , qui  en  prit  le  titre  le 
premier  Janvier  de  l'an  ÿ66  , (d  en 
transféra  le  nom  <&  la  aignité  aux 
feuls  Empereurs.  C‘ était  la  X^e  année 
après  le  Confulat  de  Bafle  , félon 
la  P Lus  commune  manière  de  compter  , 
ou  la  z6e  félon  la  moins  commune  , 
que  nous  avons  dit  être  de  Victor  de 
Tunnone.  Depuis  ce  temps  , les  Em- 
pereurs furent  Les  feuls  Confuls  , G? 
chacun  d’eux  pour  une  fois  feule- 
ment ; de  manière  qu  après  leur  pre- 
mier Confulat , on  comptait  les- an- 
pies  faivantes  àved  la  formule  Post 
Cos  s U LATUM  , jufqud  ce  qu'ils 
cejfajfent  de  régner  ce  qui  fut  imité 
par  les  premiers  Empereurs  François. 
(Voyez  Pagi,'  Crit.  ad  an.  ^6j,  & 
Muratori,  Annali.  (LTtaiia,  t,  iit , 

PP-  4^4  - 4^S-  ) 

GONSLLAlRESj  oude famille  (médailles). 
Le  Roi  Servius  - Tullius  fut  le  premier  fous 
lequel  on  frappai  Piomedeia  raonnoiede  bronze, 
Servius  Rex  primas  fgnavit  ss  , dit  Piinc.  Ce 
Prince  y fit  graver  la^figure  d un  bœuf,  ou  d’un 
bélier  , fuivanr  la  meine  Auteur.  Varron,  dans 
ks  fragmens  qui  nous  reilent , & Camodore , 
( Cafiod.  Var.  l.  ini.  ja.  i.  attiibuenr  de  même 
à Servius  - Tullius  l’origine  de  la  monnoie 
de;  bronte.  li  n’y  en  eut  point  d’autre  à Rome 
avant  ian  483;  de.  la  rbudation.  Toutes  les 


C O N 

pièces  qui  furent  frappées  dans  cet  intervalle 
de  temps , étoient , ou  des  ajfes  , ou  des  parties 
de  \‘as  , telles  que  les  femijfes , quadrantes  , fex- 
tantes  , ô’c.  Ordinairement,  pour  marquer  la  va- 
leur de  chaque  pièce  de  monnoie,  on  y gravoit 
autant  de  points  quelle  valoir  d’onces.  Les  cabi- 
nets des  curieux  font  encore  aujourd’hui  remplis 
de  CCS  anciennes  monnoies.  Le  Père  du  Molinet 
a donné  les  devins  de  quelques-unes,  dans  fon 
cabinet  de  Sainte  Geneviève  j fon  exemple  a été 
fuivi  parBéger,  dans  le  tréfor  de  Brandebourg, 
par  Baudelot,  dans  fes  réflexions  fur  les  deux  plus 
anciennes  monnoies  d’or  Romaines  , & par  le 
P.  de  Vitry,  dans  un  article  des  Mémoires  de  Tré- 
voux. Ces  afès  font  vérita’Dlement  les  plus  an- 
ciennes médailles  latines.  Les  médailles  des  fa- 
mîlles  Romaines  , qu’on  appelle  communément 
médailles  Confdaires  , n’ont  été  frappées  ( au 
moins  la  plupart  ) ni  par  les  ordres  de  ceux  dont 
elles  portent  le  nom , ni  m.ême  de  leur  vivant. 
C’étoitles  Direéleurs  de  la  monnoie,  autrement 
les  Triumvirs  Monétaires,  qui  comnaencèrent  à y 
faire  mettre  les  noms  de  leurs  ancêtres  ou  des 
hommes  ilîullres  de  leurs  maifons.  Il  y a grande 
apparence  que  cet  ufage  ne  s’ell  introduit  que 
vers  le  milieu  du  feptième  lîècle  de  Rome.  Si  l’on  \ 
avoir  en  effet  frappé  des  médailles  Confulaires  dès 
le  temps  où  la  monnoie  d’argent  commença  d’avoir 
cours,  nous  nous  appercevrions  d’une  très  grande 
différence  entre  celles  de  ces  médailles  qui  furent 
frappées  les  premières , & celles  qui  ne  remon- 
tent pas  au-delà  de  Jiiles-Céfar  & d’Augufte  ; 
nous  diftinguerions  les  progrès  que  l’art  de  battre 
monnoie  a fait  infenflblement  depuis  fon  cam- 
mencemenr  jufqu’à  fa  perfcélioîi.  Mais  fi  l'on  com- 
pare entre-elles  les  médaillés  des  familles  Romai- 
nes , on  verra  au  contraire  qu'elles  patoîfient 
prefque  toutes  de  la  même  fabrique  , & qu'il  n’y 
a entre  les  plus  imparfaites  & celles  qui  font  les 
mieux  frappées  qu’une  très-légère  différence;  en 
forte  qu’on  fera  forcé  de  convenir  que  même  les 
plus  anciennes  font  d’un  temps  où  l’art  commen- 
çoir  déjà  d’approcher  de  fa  perfeélion.  Cette  ref- 
fcmblance,  qui  eil  frappante,  porte  à croire  que 
l’ufage  de  graver  fur  la  monnoie  les  noms  des 
grands  Hommes  & des  Magiftrats , ne  s’eft  intro- 
duir  à Rome  que  vçrs  le  temps  de  Marius  & de 
Syila. 

Les  médailles  Confulaires  forment  une  fmte 
nombreufe  , qui  pourroff  aller  jufqu’à  deux  oa 
trois  mille.  Elle  offre  peu  de  chofes  curieufes , iOit 
pour  les  légendes  , foit  pour  les  tvpes , fi  ce  n elt 
dans  les  médailles  qui  ont  été  frappées  depuis  la 
décadence  de  la  République  , & qui  devroient 
commencer  naturellement  la  fuite  des  Impé- 
riales. Avant  ce  temps,  ces  médailles  portent 
fimplenient  la  tête  de  Rome  cafquée  > ou  cei;e  de 
queloue  Déiré , & le  revers  efl  ordinairement  une 
I Victoire  tramée  dans  un  char , à deux  ou  à quatre 
I chevaux. 


C O N 

E eft  vrai  que  vers  le  feptième  fîècîe  de  Rome , 
les  Triumvirs  Monétaires  fe  donnèrent  la  liberté 
de  mettre  fur  les  médailles  les  têtes  des  hommes 
illüftres  J qu^ils  comptoient  parmi  leurs  ancêtres  j 
& de  les  y repréfenter^  fait  fous  leur  figure  pro- 
pre 5 fojt  feus  celle  de  la  Divinité  tutélaire  cie  leur 
famille.  Cet  ufage  eut  lieu  jufqu'à  la  décadence 
de  la,  Repuohqae  J que  Ton  commença  à graver 
fur  les  médailles  les  têtes  de  Jules-Céfar  ^ des 
Conjures  qui  le  tuèrent  j des  Triumvirs  qui  en- 
vahirent la  fouveraine  puiiTance  ^ & de  tous  ceux 
qui  eurent  depuis  parc  au  gouvernement.  Car  iuf- 
qu  à cette  époque  , il  ne  fut  permis  à perfonne  de 
graver  fa  tête  fur  la  monnoie.  Ce  privilège  étant 
regardé^coiîjme  une  fuite  de  la  royauté  , dont  le 
nom  même  fut  jufqu  alors  odieux  aux  Romains. 

Quand  donc  vous  trouverez  far  les  médailles 
Confulaires  la  tête  de  Romuius  & des  premiers 
Rois  des  Romains  celles  de  Metellus^  de  Réguius, 
de  Caldus  , ou  d'autres  femblables  il  ne  faut 
pas  croire  qu'elles  ayentété  frappées  du  vivant  de 
ceux  quelles  repréfentent  ^ puifque  du  temps  des 
Rois  J par  exemple  J la  mionnoie  d’argent  n'étoit 
pas  en  ufage  j mais  dans  la  fuite  quelques-uns  de 
leurs  deicendans , étant  chargés  du  foin  des  mon- 
noies,  en  ont  fait  battre  en  l’honneur  de  leurs  an- 
cêtres, comme  un  monument  & une  preuve  de 
leur  propre  noblelTe. 

Il  faut  obferver  pour  l’arrangement  des  Confu- 
iaires  , qu’elles  font  prefque  toutes  d'argent  , & 
de  la  troifième  grandeur  ( parce  que  ce  font,  ou 
des  deniers  Romains  , ou  des  quinaires  , ou  des 
feflerces),  qu'on  en  trouve  néanmoins  de  tout 
métal , & même  des  trois  grandeurs  dans  le  bron- 
ze 5 mais  avec  cette  différence  qu’à  peine  en  a-t'on 
50  ou  60  d'or , & 400  de  bronze  5 au-lieu  que 
l’on  en  connoît  près  de  2000  d’argent.  C’eft  pour- 
quoi on  place  l'or  & l'argent  avec  le  petit  bronze  ; 

à la  fuite  les  grand  & moyen  bronze 
mêlés  enfemble. 

Dans  le  Tkefaurus  Morellianus  , qui  elî:  l'ou- 
vrage le  plus  étendu  fur  les  médailles  Confulaires  , 
on  trouve  2cé  familles  Romaines,  dont  il  a fait 
graver  241 5 médailles , fans  comprendre  dans  ce 


C O N 1S3 

nombre  les  médailles  qu'on  n'a  pu  attribuer  à au- 
cune famille  particulière,  & qui  vont  à 135-,  ni 
les  médailles  Confulaires  , qui  ne  fe  trouvent  que 
dans  les  faftes  de  Goltzius. 

_ La  luire  des  familles  fe  peut  faire  en  deux  ma- 
nières : i'*.  comme  Urfin  l'a  fiire  , c’eit-à-dire  y~ 
par  ordre  alphabétique  des  noms  dÜTereus  des  fa- 
milles , qui  fe  lifent  fur  les  médailles  , mettant 
enfernble  toutes  celles  qui  paroilfent  appartenir  à 
la  meme  maifon.  Cette  manière  a moins  d'agré- 
ment j mais  elle  eft  réelle  & véritable  j 2°.  comme 
Goltzius  1 a faite  , c'eft-à-dire  , par  les  ftiies 
Confulaires , mettant  à chaque  année  'es  médailles 
des  Confuîs  de  cette  année.  Cette  fécondé  mi- 
nière eft  belle  & favante;  mais  par  malheur  elle 
n'a  que  de  l'apparence  , & dans  la  vérité  l’exécu- 
tion en  eft  impoflible.  D'abord  nous  n’avons  au- 
cune médaille  des  premiers  Confuls , depuis  l’aa 
244  jufqu'à  l’an  485 , ce  qui  3 obligé  Goltzius  de 
mettre  à leur  place  feulement  les  noms  de  ces 
Magiftrats  , félon  qu’ils  fe  trouvent  dans  les  faf- 
tes. Enfuite  depuis  l’an  483  jufqu’à  l’empire  d’.-su- 
gufte,  les  médailles  que  Goltzius  rapporte  n’ont 
été  frappées  , ni  par  les  Confuls , ni  pour 
les  Confuls  dont  elles  portent  le  nom  , mais  feu- 
lement par  les  Monétaires,  qui  étant  de  la  même 
famille  , ont  voulu  conferver  leur  nom  ou  celui 
de  leurs  ancêtres. 

Les  médailles  Confulaires-  n’ont  point  été  con- 
trefaites auffi  fréquemment  que  les’ médailles  des 
P-ois  Grées  & les  Impériales.  Comme  on  a moins 
d’empreficment  à rechercher  cette  efpèce  de  mé- 
dailles , dont  il  y ■ a peu  de  belles  fuites , les  fauf- 
faires  r/ont  pas  autant  cherché  à les  contre- 
faire que  les  autres.  D’abord  on  en  trouve  peu 
d’une  confervation  allez  parfaite  , pour  être  pro- 
pre à former  un  beau  moule;  de  p-lus  , à l’ex- 
ception des  Confulaires , reftituées  par  l’ordre  de 
l’Empereur  Trajan  & de  très-peu  d’autres  , toutes 
ces  médaillés  ne  valent  guère  que  leur  poids  ; ce 
■qui  n’a  pas  donné  lieu  aux  fauflaires  de  les  imiter. 
On  ne  croit  pas  qu’il  y en  ait  de  coin  moderne; 
mais  on  n’afiureroit  pas  non  plus  qu’il  ne  puiûê 
s’en  trouver  de  moulées. 


C O N 


C © N 


MÉDAILLES  DES  FAMILLES,  ou  CONSULAIRES , 

Publiées  par  Morel. 

ISr.  B.  On  place  à la  Tuite  des  Confulaires  les  as  , les  jemis , le^  dodrans , les  quadrans , les 
fextens  , les  ftips  , les  /efterces , & les  médailles  de  Rome , qui  reffembient  par  leur  fabrique 


aux  précédentes. 


ABURIA.  Cette  famille 

fCORDIÂ. 

3 

a y médailles. 
ACCOLEIA  en  a 

I 

CORNELIA. 

CORNUFICIA. 

121 

3 

ACILIA. 

i8 

COSCONIA, 

I 

AEBÜTIA. 

4 

COSSüTIA. 

II 

AELIA. 

2^4 

CREPEREIA. 

6 

AEMILIA. 

43 

CREPÜSIA. 

33 

AFRAINIA. 

8 

CRITONIA. 

I 

ALITiA. 

I 

CUPIENNIA. 

2 

ALL1ENA. 

I 

CÜRIATLA. 

5 

AiNNIA. 

z8 

CüRTIA. 

4 

ANTESTIA. 

7 

DiDIA. 

3 

ANTIA. 

3 

DOiMITIA. 

19 

antistia. 

S 

DURMlA. 

7 

antonîa. 

130 

EGNATIA. 

10 

APPÜLEIA. 

3 

EGN'ATÜLEIA. 

I 

APRONIA. 

S 

EPPIA. 

2 

AQUILLIA, 

II 

EPRÎA. 

I 

arria. 

7 

FABIA. 

38 

ASINIA. 

6 

FABRICIA. 

2 

atia. 

i 

FABRINLA. 

3 

ATI  LIA. 

8 

FADIA. 

I 

ATTIA. 

I 

FANATA. 

2 

AüFIDIA, 

2 

FARSULEIA. 

II 

AURELIA. 

X7 

FLAMIATA. 

4 

AXSIA. 

8 

FLAVIA. 

3 

BAEBIA. 

8 

FONTEIA. 

|o 

EELLIA. 

2 

FüFIA. 

2 

BETILIENA, 

I 

FULVIA. 

II 

CAECILIA. 

33 

FüNDANIA. 

5 

CAECINA. 

I 

FÜRIA. 

10 

CAELIA. 

I 

GALLIA. 

3 

CAESENNIA. 

5 

GELLIA. 

? 

caesia; 

i 

GESSIA. 

3 

CALIDIA. 

I 

GRANIA. 

2 

CALPURNIA, 

ïjo 

HERENNIA. 

IJ 

CANINISIA,  . 

8 

HIRTIA. 

I 

CARISIA. 

2-3 

HORATIA. 

4 

CASSIA. 

37 

HOSIDIA. 

2 

CESTIA. 

6 

UOSTILIA. 

J 

CIPIA. 

1 

ITIA. 

I 

CLAUDIA. 

43 

JULIA. 

122 

CLOVIA. 

1 

JÜNIA. 

7) 

CLOVLIA. 

6 

JUV’ENTIA. 

3 

COCCEIA. 

I 

LAETÎLIA. 

2 

COELIA. 

21 

LICINIA. 

Jî 

COMINIA. 

I 

LIVIA. 

2, 

COMSIDLA. 

10 

LiVIÎNEIÂ. 

13 

COPONTA. 

1 

LOLLIA. 

12 

LUCILIA. 

I 

PORCIA. 

x6 

LüCRETIA. 

II 

POSTUMIA. 

12 

LÜRIA. 

7 

PROCILIA. 

2 

LÜTATIA. 

3 

PROCULEIA. 

12 

MAECIA. 

3 

PUPIA. 

3 

MAECILIA. 

4 

QLTNCTIA. 

12 

MAEXIA. 

4 

QLTNCTILIA. 

■> 

? 

MAIANIA. 

2 

RABIRIA. 

I 

MAMiLIA. 

18 

RENIA. 

i 

MAN  LIA. 

8 

ROSCIA. 

43 

MARCIA. 

41 

RUBELLIA. 

I 

MARIA. 

46 

RUBRIA. 

19 

MEMMIA, 

IJ 

RUSTIA. 

2 

MESCiNIA. 

6 

RUSTICELIA. 

1 

METTIA. 

8 

RUÏILIA. 

I 

MINATIA. 

3 

SALVIA. 

4 

MENDIA, 

4 

SALUSTIA. 

2 

MINEIA. 

3 

SANQUINIA. 

4 

MINUTIA. 

10 

satriena. 

22 

MitREIA. 

- 2 

SAUFEIA. 

J 

MUCIA. 

2 

SCRIBONIA. 

6 

MUNATIA, 

3 

SEMPRONIA. 

22 

MUSSIDIA. 

2c 

SENTIA. 

NAEVIA. 

27 

SEPULLLA. 

a 

NASIDIA. 

3 

SERGIA. 

I 

NERATIA. 

2 

SERVIELA. 

2) 

NERIA. 

I 

SESTIA. 

4 

NONTA. 

3 

SEXTILIA. 

2 

NORBANA. 

X6 

SICINIA. 

5 

NOVIA. 

2 

SILIA. 

4 

NUMITORIA, 

J 

SOSIA. 

3 

NUiMONIA. 

I 

SPURILIA. 

I 

OCTAVIA. 

2 

STAT  IA. 

2 

ÔGULNIA. 

J 

STATILIA, 

4 

OPEIMIA, 

7 

SUILLIA. 

? 

OPPIA. 

9 

SULPICIA. 

32 

PAPIA. 

TADIA. 

2 

PAPIRIA. 

16 

TARQUITIA. 

2 

PEDANIA. 

2 

TERENTLA. 

14 

PETILLIA. 

2 

T.40RIA. 

2 

PETRONIA, 

Ï9 

TITIA. 

<j 

PLNARIA. 

lo 

TITINIA. 

2 

plaetorla. 

i7 

TITURIA. 

33 

PLANCIA. 

8 

TREBANIA, 

4 

flautia. 

9 

TULLIA. 

5 

PLO.aA. 

4 

VALERIA. 

14 

POBLICIA. 

ly 

VARGLNTEIA. 

3 

POMPEIA. 

35 

VENTIDIA. 

3. 

POMFONIA. 

33 

YERGiLIA,  « 

VERRIA. 

VERRIA. 

VETTIA. 

VETÜRIA. 

VIBIA. 

VIMCïA. 

VIPSAMA. 

VÎTELLIA. 

ÏJMMÏDiA. 

VOrONiA. 

VOLTEiA. 

VOLUMNIA. 

IXCERTA. 

MISCELLANEA. 


5 

3 

?4 

Z 

155 

zo 


Mèdaillzs  de  Familles 
qui  ne  font  connues  que 
dans  Golt^fas  & dans 
quelques  autres  Anti- 
quaires , mais  que 
Morel  a cru  devoir  pu- 
blier. 


ACILIA. 

ALLIA. 

A ELI  A. 

AEMILIA. 

ALBIA. 

ALFINLA. 

ANir  IA. 

AN.NÎA. 

ANTIA. 

ANTISTIA. 

ANTONIA. 

APPULEIA. 

APRONIA. 

AQUILLIA. 

ARRÜNTL4, 

ASINIA. 

ATILLA. 


S 

i 

3 

6c, 

Z 

I 

I 

3 

si 

4 

5 

Z 

I 

3 

IL 


3 N 

ATTELA. 

I 

AUFIDLA. 

I 

AURELIA. 

8 

AUTRONIA, 

3 

BAEBIA. 

I 

CAECÏLA. 

17 

caedicia. 

I 

calvisia. 

Z 

CALPLRNI.A. 

10 

CANIDIA. 

3 

CANINIA. 

3 

CARISIA. 

5 

CARVILIA. 

Z 

CASSIA. 

3 

CESTIA. 

I 

CICEREIA. 

I- 

CLAUDIA. 

z8 

COCCEIA. 

2 

CORNELIA. 

44 

COSSUTIA. 

I 

DIDIA. 

I 

DüILIA. 

3 

DOMITIA. 

7 

DüRMLA. 

I 

EGNATIA. 

r 

FABIA. 

* ij 

FLAMINIA. 

4 

FLAVIA. 

Z 

FONTEIA. 

I 

FüFIA. 

I 

FULVIA. 

i; 

FURIA. 

FLRNIA. 

GABINIA. 

I 

GELLIA. 

4 

GINUTIA. 

iP 

HELVTA. 

I i 

HERENNIA. 

I 

HERMINIA. 

I 

HIRTIA. 

I 

HORTENSIA. 

Z 1 

iHORATIA. 

iHOSTlLiA. 


ILAETORIA. 

ILICINIA. 


LUCRETIA. 

LUTATIA. 

MAECILIA. 

MAMILÎA. 

MANILIA. 

MANLIA. 

MARCIA. 

MARIA. 

MüCIA. 

MESCINIA. 

MÏNÜCIA. 

MLMMIA. 

MüNATIA. 

MUSSIDIA. 

NAÜTIA. 

NONÎA. 

.NORBANA. 

OGTAVIA. 

OGULNIA. 

OPIMA. 

PAPIA. 

PAPIRIA. 

PASSIENA. 


60 

16 

1 

3 

I 

14 

5 

6 
I 
Z 

4 
1 
I 

3 

9 

10 

8 

3 

6 

6 

3 

9 

I 

i 

Z 

y 

1 

1 

I 

5 

I 

Z 

3 

3 

Z 

I 

I 

7 


) N 

i§5 

POMPO^TÏA, 

Z 

PONTÎNTA. 

r 

POPILLIA. 

3 

POPPEA. 

Z 

PORCIA. 

5 

POSTÜMLA. 

10 

PUPIA. 

QUINCTIA. 

QÜINCTILIA. 

RÜBRIA. 

RÜPÏLIA. 

RUTILIA. 

SANQUINIA. 

SEMPRONIA. 

SENTÎA. 

SEPÜLLIA. 

SERGIA. 

SCRIBONIA. 

SERVILIA. 

SEXTIA. 

SILIA. 

SOSIA. 

STATÎLIA. 

SÜLPICIA, 

TARIA. 

TEREiXTIA. 

TITIA. 

TREBONIA. 

TüLLIA. 

VALERIA. 

VALGIA. 

VATINIA, 

VENTIDIA. 

VETÜRIA. 

VIBIA. 

ViLLIA. 

VINICLA. 

VIPSANIA. 

VIRGINIA. 

VISELLIA. 

VOLCATIA, 


r 

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Surnoms  des  Familles  Rqmaines  qui  fe  lifent  fur  leurs  Médailles, 


ACHAÎCUS.  . famille  Mummîa^ 
ACîDiNüS.  Manlia. 


ACiSCüLUS. 

ÆMILIANüS. 

AFRICA-NUS. 

agrippa. 

AHALA. 

AHENOBARBUS, 

AISERNÎNüS. 

ALBTNUS. 

AMBÜSTAJS. 

antiatîcüs. 

ASIAGENES. 

Antiquités  , Tome 


Vaieria. 

Cornelia. 

Cornelia. 

Luria,  Vipfania. 
Serviüa. 

Domitia. 

Claudia. 

Junia  , Peftumra. 
Fabia. 

Mænia. 

Coraeiia. 

IL 


ASTN.A  ....  famille,  Cornelia. 


ASPER. 

ASPRENAS. 

ÂTRATÏNÜS. 

ATTICUS. 

AUGüRINüS. 

BALA. 

BALBÜS, 

BALEARICUS. 

BARBATUS. 

BARBüLA. 


Treoonia.' 

Nonia. 

Sempronia. 

Manlia. 

Minucia. 

Ælia. 

Acilia  , Atia  , 
Antonia  , Cornelia 
Nævia  , Thoria, 
Cæcilia. 

Antonia, 

Ætr.ilia. 


A a 


i8^  C 

O N 

BASSCS.  . . . famille.  Betîlîéfia , VénticîiÆ. 

BESriA, 

"Calpurnia. 

BIBULÜS. 

Calpurnia. 

BLÆSÜS. 

Sempronia. 

BLANDUS. 

Eubellia. 

BLASIO, 

Cornelia , Hcivk: 

BROCGHUS. 

Furia. 

BRÜTUS. 

Jur.ia. 

BUCA. 

Æmilia. 

BULBUS, 

Atilia. 

EüRSîO, 

Juiia. 

BÜTEO. 

Fabia. 

CÆPIO. 

Ser  l’ilia. 

ۮSAR. 

Juüa. 

CÆSONIÜS. 

Calpurnia. 

GALATÎNUS. 

Atiüa, 

CALDÜS. 

Cœlia. 

GALENES. 

Fufia. 

GALLAÏCUS. 

Junia. 

GALVINUS. 

Domina  Seftià. 

GALVÜS. 

Cæcilia , Cornelia. 

GAMILLüS. 

Furia. 

GAPELLA. 

Nævia. 

CAPITO. 

f Atteûj  Fonîeiaj. 

G Maria  Oppia. 

GAPITOLTNUS., 

Petilia. 

GAPRARIUS. 

Cæcilia. 

GARBO. 

Papiria. 

CARINAS. 

Albia. 

GASCA. 

Servilia., 

CATO. 

Porcia. 

GATULUS. 

Lutacia , Valeria. 

GATES. 

Ælia. 

CAUDINXS. 

Cornelia. 

CELER. 

Cæcilia , Caflia. 

GENTHO. 

Claudia. 

GELSUS. 

Papia. 

CENSORINUS, 

Marcia, 

CENTUMALUS;, 

Fui  via. 

CERCO. 

Lutatia. 

CESTIANUS. 

Plætoria. 

CETHEGUS., 

Cornelia. 

CICERO; 

Tullia. 

CILO. 

Flaminia, 

GINA. 

Cornelia. 

CLASSICUS. 

Lollia. 

CLAÜDiANUS. 

Livia. 

GLODIANÜS. 

Cornelia. , 

GOCLES. 

Horatia,. 

CORDES. 

Mucia. 

CORNüTUS. 

Carcilia. 

GORVINÜS., 

Valeria. 

COSTA. 

Pedania.. 

COTTA. 

Aurélia. 

CR  ASSITES. 

Furia. 

GRASSES. 

S Cxdlh , Canîdia  , 

\ Claudia  J Licinig, 

GRETICUS. 

Cseciüa. 

GRISPINÜS. 

GULEO. 

Quindia. 

Terenîi.a.g 

C O N 


CURIO.  . . . famille.  Scribonîa. 

DECELA. 

Tulli^ 

DELMATICES. 

Cæcilia., 

DOLABELLA. 

Cornelia. 

DOSSENUS. 

Rubria. 

DRUSUS. 

Claudia,  Livra. 

EBURNÜS. 

Fabia. 

FABATES. 

Rofcia. 

FALTO. 

Valeria. 

FIGULUS. 

Marcîal 

FIMBRIA. 

Flavia. 

FLACCES. 

( Fulvia  , Norbana, 

\ Pomponia . Valeria, 

FLAMININUS. 

Quindia. 

FLORES. 

Aquilia. 

FRUGI. 

Calpurnia, 

GALBA. 

Sulpida. 

GALLES.  ' . 

f Anida , Afinia, 

G Caninia , Sulpicia.. 

GE.MINUS. 

Aburia  , Servilia. 

GETA.  . 

Holîdia  , Liciniâ. 

GLABRIO- 

Adlia. 

GLYCIA. 

Claudia. 

HABITUS; 

Vibia. 

HEMICYCLES. 

Flavia. 

HISPALES. 

Cornelia, 

HISPANIENSIS. 

Fabia. 

HYPSÆES. 

Plautia. 

ISAERICUS. 

Servilia.. 

JEDEX. 

Vettia.  » 

JENIANES. 

Lidnia. 

LABEO. 

Fabia. 

LABIENES. 

Aria. 

LÆCA. 

Portia., 

LÆNAS. 

Popilia. 

LÆVINUS, 

Valeria., 

LAMIA. 

Ælia. 

LARISCOLES.. 

Accoleia.. 

LENTULUS. 

Cornelia. 

LEPIDES. 

Æmilia. 

LIBO. 

^ Julia  J Livia  , 

(.  Marcia  , Scribonià., 

LICINÜS. 

Fabia  , Porcia. 

LIMITANUS. 

Mqmilia. 

LIVIANI^S. 

Æmilia.  Terenria. 

LONGINUS. 

Calfia. 
f Manlia . 

LONGES. 

\ Mullîdia  , Sempronia^ 

LECELLUS. 

Lidnia , Terenria. 

LUPERCES. 

Galiia. 

LEPES. 

Riitilia. 

LUSCUS. 

Anicia. 

MACEDONICUS. 

Cæcilia. 

MACER. 

Licinia . Sepuîlia. 

MAGNES. 

f Cornelia,  PompeUj, 
t PoRumia. 

MALLEOLES. 

Poblicia. 

MALUGINENSIS. 

Cornelia. 

MAMILIANUS. 

Livia. 

MANCINES. 

Hoftilia.. 

MARCELLUS.  familli 

MARIDIANÜS. 

ftUTriO. 

MAXIMÜS. 

MEGELLÜS. 

AÎERULA. 

MESS  AL  A. 
METELLüS. 

MOLO. 

MUCIANUS. 

MURCUS. 

MURENA 

MYTILUS. 

NASICA. 

NASO. 

NATTA. 

NERO. 

NERVA. 

NERULINUS. 

NIGER. 

NOBILIOR. 

NONIANUS. 

NüMIDICUS, 

ORESTES. 

OTHO. 

PÆTINüS. 

PÆTüS. 

PALIKANÜS. 

PANSA. 

PAPPUS. 

PATER  CULÜS. 
PATERNUS. 
PAÜLULÜS. 
PAÜLLÜS. 

PERA. 

PEREGRINÜS. 
PHILIPPUS. 


C O N 

, Claudia. 

ColTutia. 

Pomponia , Papùia. 
C Carvilia  ^ Egnatia  , 
Fabia . Manïia , 

( Sulpicia  J Yakria. 
PoRumia. 

Cornelia.. 

Valeria. 

CKciiia. 

Pomponia. 

■ Licinia. 

Scatia. 

Licinia , Terentia. 
Papia. 

Cornelia. 

Axia. 

Pinaria. 

Claudia. 

Cocceia  j Licinia.- 
Suiliia. 

Cæcilia  J Valetia, 
Fulvia. 

Confidia. 

Cæcilia. 

Aundia  j Aurélia. 
Salvia. 

Fulvia. 

J Ælia  , Antonia  , 

< Ccniîdia , Fulvia. 
Lolüa. 

Vibia. 

Æmilia.- 
Sulpicia. 

Fabricia. 

Poftuuiia. 

Æmilia. 

Junia. 

Arria. 

Marcia. 


REGLNU3  . 
REGULES. 
RESTIO. 
ROCUS. 


RüFUS. 


RüLLüS. 

RUSTICUS. 

RUTILES.. 

SABINÜS. 

SABULA. 
SACERDOS. 
SÆVINÜS. 
SALINATOR. 
SAPIENS. 
S^SERNA. 
SATURNINES. 
SCARPUS. 
SCAVRUS. 
SCÆVULA. 
SCIPIO. 
SECUNDUS. 
SEIANÜS. 
SERANUS. 
SERAPlO. 
SERRATES. 
SERVILIANUS. 
SILANUS. 
SILIANUS. 
SILVANUS. 
SILÜS. 
SISENNA. 
SOPHUS. 
SPINTHER. 
SPURINÜS. 


C O N 


X%~] 

Antiftia. 

Atilia  , Livineia. 

Ântia. 

Crepereia. 

Aurélia,  Cordia,  Egna- 
tia , Lucilia,  Mefcinia, 
Miautia,  Plauîiaj  Po«i- 
:ia,  Pomponia, Saivia, 
f Sulpicia , Taria  j Tkia  , 
^Valgia , Varia. 

Serviüa. 

Aufidia. 

Verginia. 

{Calvifia,  Minatia 
Poppæa , Tituria. 
Coffutia. 

Licinia. 

Flavia. 

Livia. 

Lîelfa. 

Hofiilia. 

Sentia , Valgiàj  Volulîai- 
Pinaria. 

Æmilia  j Aurelia. 
Mucia. 

Cornelia. 

Arria. 

Allia. 

Atilia. 

Cornelia. 

Manlia. 

Fabia. 

Cæciiia  , Juniê. 

Licinia. 

Plautia. 

Sergia. 

Cornelia. 

Sempronia. 

Cornelia. 

Petilia. 


PHILO. 

Veturia. 

STOLO. 

Licinia. 

PHILUS. 

Furia. 

STRABO. 

Pompeia,  Volteîa, 

PICTOR. 

Fabia. 

SUFFENAS. 

Nonia. 

PIETAS. 

Antonia.  ^ 

b SULPICIANUS. 

Quindlia. 

PISO. 

Calpurnia. 

SELLA. 

Cornelia. 

PITIO. 

Sempronia. 

SERA. 

Cornelia. 

Plus. 

Cæcilia-  Pompeia. 

SURDINUS. 

Nævia. 

PLANCIANÜS. 

Lxtoria. 

TAMPILUS. 

Bæbia. 

PLANCUS. 

Munatia,  Plautia. 

TAPPULUS. 

Yillia. 

POLLIO. 

Afinia,  Bxbia. 

TAURES. 

Statilia. 

POTITUS. 

Valeria. 

THERMES. 

Minucia. 

PRISCüS. 

Muilidia. 

TORQUATUS. 

Manlia. 

PULCHER. 

Claudia. 

TRIGEMINUS. 

Curiatia. 

PULEX. 

Servilia. 

TRIO. 

Lucretia. 

PUBLICOLA. 

Gellia. 

TROGUS. 

Maria. 

PURPUREO. 

Furia. 

TüBERO. 

Ælia. 

QüINCTILIANüS. 

Nonia. 

TUDITANUS. 

Sempronia. 

QUIRINUS. 

Sulpicia. 

TULLÜS. 

Mæcilia  , Volcatîa. 

REBILUS. 

Caninia. 

TURDUS. 

Papiria. 

REGILLUS. 

Æmilia. 

TURPiLIANÜS. 

Petronia. 

A a ij 


C O N 

TCRRINUS,  . famille.  Mamilia. 

IVuiTionia. 

Quinctia. 

Terentia  j-Vifellia. 

^ I.icinia  , Quindnia 
“Î-Vibia. 

Serviiia. 

Fabia. 

Lucret  a. 

Anriitia. 

Voconia. 

Manlia. 

ABB.ii(iATiOKs  des  noms  propres  qui  font 
fw  les  ^Médailles  , & fur  les  Confulaires  en 
particulier.  . 

A.  Aldus , nom  d’homme. 

AEM.  ou  AIMIL.  Æmilius  , Aimillus. 

ALVIT.  Ahitius- 
AO.  ou  AQL.  Aquilius. 

ARR.  Arrius. 

BÆB.  B&bius  ou  Bx.bia. 

B. ALB.  Balbiis. 

B A R.  8.  Barbaius  , ou  B arhula. 

BROC.  Brocch.HS. 

CAE.  ou  COE.  Cdlius  J ou  Ccelius. 

CAE.  C&cins.. 

CAL.  Calpurrùus. 

CAM.  Camillus.  Camille,  nom  donné  à l’enfant 
qui  portoit  dans  tes  facrifices  la  boîte  aux 
parfuüis. 

Cap.  Capito  , ou  CapitoUn.a. 

C.  CL?.  Caius  Cupiennius. 

CEST.  Ceflius,  ou  Ceftia. 

C.  F.  Caius  Fabius. 

C.  F.  C.  N.  Caii  Filius  , Caii  Nepos. 

CL.  Clauiius  , OU  Claudia. 

CLA.  Ciaudius  J ou  Claudia. 

C.  L.  AL  G.  F.  Caius  Lucius  , Augufli  Filius. 

C.  L.  CÆSS.  Caius  , & Lucius  Csfares. 

C.  MALL.  Caius  Malleolus. 

CN.  DOM.  AMP.  Cr.&us  Domitius  Amplus. 
COMM.  Commodus  , ou  Commodiana  Colonia. 

C.  OVAL.  KOSTIL.  COINTUS.  Caius  FaUns 
LîojliUanus  Quintus. 

C.  P-AET.  Caius  Pdtus. 

CRAS.  Crajfus. 

C.  VAL.  HOST.  M.  QUINTUS.  Caius  Valens 
Flûfiiiianus  Jrîarcius  Quintus. 

G.  VÉT-  LANG.  Caio  F ettio  Languido. 

D.  C A,  Divas  C&fir  Âupudus. 

D.  C.  L.  SEPT.  ALmFuDecimus  Ciaudius  Lu- 
des  Septimus  Albinus. 

DEC.  Decius. 

D.  F.  D.  N.  Decimi  Filius  ^ Deèimi  Nepos. 
DOM.  ou  DOMIT  Domitius,  ou  Domitianus. 
DR.  CA.ES.  Q.  PR.  Drufus  Csfar  QuinquennaUs 
Prsfecius. 


C O N 

EGN.  GAL.  AÜG.  Egnatius  Galiienus  Au- 

gufius. 

T.  Fabius  t ou  FAB.  Fabius. 

FABPJ.  FABRÎC.  Fabridus. 

FAD.  Fadius. 

F. AN.  Femius , Fannia, 

FL.  Flavius. 

FL.A.M.  Flaminius. 

FOUR.  Fburius  pour  Furius. 

FcL.  Fulvius. 

G.  Galendicus , furnom  de  Volulîea. 

GAL.  Galerius  , Galendicus. 

.GR.A  ou  GRAC.  Gracchus. 

HEL.  ou  HELV.  Hehius. 

IlERAC.  Heraclkus. 

HIP.  Hifpius. 

IMP.  CAES.  G.  M.  O.  Gnaus  Me  fus  Quintus. 
JUL.  V,  MAXIMUS'e.  Julius  Férus  Maximus 
Cifar. 

JUN.  Junias. 

K.  Kdfo. 

K. AN.  Kaninius. 

L.  Lucius. 

LUC.  ÆL-  Lucius  Ælius. 

L.  C.AN.  Lucius  Caninius. 

L.  COE  , ou  CAE.  Lucius  Cœlius. 

L.  F.  L.  N.  Lttcii  Filius  , Lucii  Aepos. 

L.  H.  T.  I.ucius  Hofiilius  Tubero. 

LON.  Longus. 

L.  P.  D.  Æ.  P.  Lucius  Papirius  Dejignaîus  Ædilis 
Plebis. 

L.  R.  Lucius  Rubrius,  OU  Rofcius. 

L.  S.  DEN.  Lucius  Sefeinus  Dentatus. 

LUC.  Lucanus  , ou  Lucria. 

LUP.  Lucercus. 

MA.  Manias. 

M.  ÆM.  Marcius  Æmilius. 

M.A.  C-ANl.  Manius  Caninius. 

MAÇ.  DECENT.  Magnentius  Decentïus. 

M.  .ANN.  Marcus  Aiinius. 

M.AR,  OU  MR  liées,  ou  MARC.  Marcius, 
Marcia  , Marcus. 

M.  AUF.  ou  AF.  Marcus  Aufidius. 

^ 3ÎES.  Aîejfius. 

ME TOE.  Metscus  , Metecus. 

MINAT.  Minatius. 

M.  M.AR.  Marcus  Marcellus. 

M.  POP.  Marcus  Popilius. 

Mü.  Mutins , Munatius. 

N.  F.  N.  N.  Numerii  Filius  , Nurxerii  Ntpos. 
NIGER.  Nîcercus. 

NIG.  Niger. 

Nü.  Numa  ( Pompilius.  ) 

OGUL.  Ogulnius. 

OLY.  Olympius , Olympe,  Olympique. 

OPEL  OpeimJus  , Opimius. 

OPEL.  Ôpelius. 

PÆT , ou  P.E  , P s.  tus. 

F.API.  Papirius. 

FIÜ  , ou  PlYES.  Pivefvius. 


VAALA. 

VALERIANUS. 

VARRO. 

VAR.LS. 

VATLA. 

VE.RP.UCOSL^. 

VESPjLLO. 

VETUS. 

ViTULÜS. 

VULSO. 


C O N 


PLAN.  Planezis. 

PLÆ.  TB.AN.  PiéLtorius  Tranquillus, 

POL.  Pollio. 

POJii.  Pompezas. 

FLFIE.  Pupienas. 

Q.  CAS.  Qzizntus  G-jjïtus. 

Q.  iVi.  Q_uui!us  irlarcius, 

Q.  O.  C.  FAB.  Quiato  Ogulnzo  & Czzla  Fablo. 

Q.  PAFIR.  CA.R.  Q.  TER.  MON.  Quirao  Papîrh 
Cariane  , & Quinto  Terentio  Mentano. 
QüAD.  Q_uczdrzitus. 

RES.  Refiius  , Rejiitutzis. 

SAUlr.  O»  SAF.  Sauffeïa  , Sauffeïus. 

SCR,  Scribonia  , Scribonius. 

SEMP.  Sempronia  , Sempronius, 

StNTL  Seruia , familie  Romaine. 

SIL-  Silius. 

Sr.  b>purziis. 

SULL.  Sizlla  y ou  Sylla. 

TüR.  Terentius. 

T.  FL.  Titus  Flavius. 

1 î-  7 ib trias. 

T.  M.  AP.  CL.  Titus  M.anlius  & Appius  - Clau- 
dius . 

TR  A N.  Tram^ilLus. 

TREBAN.  Trebanius. 

TREB.  Trehonianus.  ■ 

TUL.  H.  Tuilus  Hofiilius, 

VAR  RLF.  Varias  Rufus. 

A ENT.  Ventidius . 

\Ei.  LANG.  Vettius  Languidus, 

VIB.  Vibius. 

LL.  ou  uLP.  JJlpius. 

A'OL.  Volulîus. 

VOLER.  VoUro. 

Y.  Abréviations. 

CONSULAIRES.  "i 

CONSULARES.  > Un  homme  Confulain 
CONSULARITAS.y 

etoit,  au  temps  de  la  République  j celui  qui  avoit 
été  CoHÛii  Mais  fous  les  Empereurs  on  donna  le 
meme  titre  à ceux  qui  n’ayant  jamais  exercé  le 
Confulat , avoient  cependant  été  honorés  du 
rang  & des  marques  de  cette  dignité.  L’état  de 
ceux-ci  & leur  dignité  ne  fe  défignoient  pas  par 
le  mot  Confalatus  , mais  par  celui  de  ConfaU- 
ritas.  Le  titre  de  Confulaire  devint  dans  la  fuite 
encore  plus  commun,  & conféquemment  moins 
honorable. 

On  appeloit  alors  Confulaires  ies  Gouverîieurs 
de  certaines  Provinces.  Il  y avoft  quinze  Confu- 
laires çn  Orie«,  cinq  en  Alie,  trois  da.ns  le  Pont, 
deux  dans  la  j hrace , trois  en  Illyrie  , huit  en 
Italie,  ÇH  AFique,  trois  en  Efpagne  , fept 
dans  .es  Gau.es,  deux  en  Pannonie.  "Voyez  les 
Notices  a 2 T Empire. 

Le  titre  ae  Confilaire  devint  £ commun  , que 
Ccmi.antin  ne  cmignit  pas  de  le  donner -à  i Inf- 
pecleur  des  aqueducs  de  Rome  , qui  s’appela,  dès 


C O N Ig^ 

lors  Confularis  aqiiarum  , au -lieu  de  Curator 
aquarum. 

Consulaires  ( Diptyques  ).  Fbyty  Dip- 
tyques. 

CONSULS,  'i  ^ r ^ 
co:;sl-lat.  f ng»- 

mires  de  .îuriQirudence , d'EconoiTiie-Diplornâti- 
que  & celui  de  rKiftoire  , pour  tout  ce  qui  ne- 
garde  les  Confuls  & le  Cor.falat.  Je  ne  donnerai 
ici  que  les  détails  telatifs  au  coilume  bc  aux  ufages 
anciens. 

Du  temps  de  la  République,  les  Confuls  fe  fai- 
foient  accompagner  de  douze  Liéteurs , chargés 
des  faifceaux.  Iis  n’étoient  diilingués  des  autres 
citoyens  que  par  la  prétexte  , le  Iceptre  d’ivoire 
& la  chaife  curule. 

La  pompe  de  l’appareil  Confulaire  s’accrut  fous 
les  Empereurs.  Les  Confuls  po.rtèrent  une  toge 
ornée  de  fleurs,  de  bandes  de  pourpre  , &c.  Leur 
fceptre  d’ivoire  fut  furmonté  d’un  aigle  , tel  qu’on 
en  voit  plufleurs  dans  les  mains  des  triompha- 
teurs fur  les  médailles  , & tel  peut-erre  que  celui 
qui  elt  confervé  dans  le  tréfor  de  l’Abbaye  de 
S.  Denis  en  France.  Ils  chaufsèrent  auffi  des  fou- 
liers  dorés , comme  noKS  l’apprenons  de  Cafiio- 
dore  ( Var.  vil.  ) Lares  proprios  calceis  auratis 
egredere.  Les  haches  que  le  modefte  AGIerius  Fo- 
plicoia^ avoit  ôté  des  faifceaux,  lorfqu’ii  comman- 
doit  dans  Rome  , pour  ne  ies  reprendre  qu’hors 
de  la  capitale  , ne  furent  plus  féparées  des  fai-s- 
ceaux. ( Cajpodor.  ibid.  ) ITinc  efl  quod  etiatre 
fafies  atque  fecures  tanta  potefiati  prscepia  funt 
illigari.  On  attacha  conftamment  à ces  faifceaux 
, le  laurier  qui  etoit  fous  les  premiers.  Confuls  le 
fymbole  de  quelque  victoire  éclatante  {.Martial,  x. 
lo.  i.  ) ; 

Cum  ta  laarigeris  annum  qui  fafcihus  intras. 

Le  laurier  devint  de  plus  l’ornement  des  maifons 
des  Confuls  ( Martial,  xri.  J.  lo.  ) -• 

Atria  funt  illic  confulis  alta  mei. 

Laurigeros  habitat  facundus  fiella  penates. 

On  verra  des  Confuls  peints  oa  fculptés  fur  les 
diptyques  Confulaires  ; & on  en  trouvera  fur  les 
médailles  de  Cofa  & de  la  famille  Junia. 

Conful  défgné.  Le  peuple  affembié  en  comices 
élîfoit  dans  le  mors  de  Juillet  les  Confuls  y qui 
n’entroient  en  fonéfon , au  moins  depuis  l’an 
6oo,  qu’au  premier  de  Janvier.  Les  Confuls  élus 
s’appeloient  jufqu’à  cette  époque  Confuls  dé- 
fi gnés. 

Confiai  honoraire.  Jules -Céfar  accorda  les  hon- 
neurs & les  ornemens  d.e  Confiai  à des  citoye.ns 
qui  n’étoient  pa^  Confiais  ,■  ce  furent  des  gens  îl- 
îuftrés  de  la  forte  par  lui,  par  Augiifte  & put 
leurs  fiicceffeurs,  que  l’on  appela  Confuls  kono- 
rakes.  ( Jufiin.  Novell.  70-  } 


î'5?o  C O N 

Confuï  major.  L.  Cæfar  , dit  Feftus  ^ croit  ^He 
l'on  défigne  p?.r  ces  mots  celui  des  deux  Cor.fuls 
devant  qui  l'on  porte  ies  faîfceaiix  j ou  celui  qui 
eiî  entré  le  premier  en  charge  : vel  eum , peres 
quc^Ê^Jces  junt  : -vel  cutn  qui  prior  facius  fit.  On 
iait'^e  les  faifceaux  précécloient  alternativement 
pendant  un  mois  un  feul  des  deux  Confuls. 

Conful  ordinariiLS  , étoit  le  Confiai  qui  donnoit 
fcn  nom  à l'année  en  entrant  en  charge  le  pre- 
mier jour  de  Janvier.  Sénèque  le  fut  par  la  faveur 
du  Prince  , comime  nous  l'apprenons  de  lui-même 
( de  ira  ni.  3 1.  ) ••  Dédit  {alterï)  duodecim  fiafices  ? 
Sed  non  fiecit  ordinarium  ConfitLkm.  A me  numerari 
•volait  annum  ? 

Confiai fiafft  êlus  , ou  fiabrogé  ; c’étoit  le  nom  du 
Confiai  que  l’on  fubftituoit  au  Confiai  mort  ou  dé- 
pofé  avant  la  fn  de  l'année.  Il  y en  eut  fous  l'Em- 
pereur Comimode  iufqu'à  vingt-cinq  ; ce  Prince  i 
voulut  par-là  m.ulriplier  fes  créatures.  Les  noms 
des  Confiais  fiubrogés  fe  trouvent  dans  les  faites  j 
dont  ils  ont  fouvent  troublé  l'ordre . 


CONSUS  , Dieu  des  Confeils.  Il  avoir  un  tem- 
ple à Rome  j dans  un  lieu  fouterrain  & caché , 
pour  montrer  que  les  confeils  doivent  être  fecrets. 
On  dit  que  c’eft  dans  la  célébration  des  jeux  en 
l'honneur  de  ce  Dieu  , que  Ptom.ulus  fit  enlever 
ks  Sabines.  P'byep  Con'SUALf.s. 

Confias  avoir  un  tem.pîe  fur  le  mont  Aventin  ; 
car  en  lit  dans  une  infeription  ^ rapportée  par 
Gruter,  ces  m.ots  : CoNSO  iN  Avektino.  Son 
identité  avec  rfeptune  , que  nous  avons  annoncée 
dans  l'article  des  Confiuslss , eft  prouvée  par  ces 
mots  d’une  infeription  publiée  par  Muratori  ; 
CoNso  Neptuno  atqüe  aecatae. 


COXTACOPÆCTES. •>  . . , 

KONTAKOnAiKTHS.  f 
toient  en  fe  jetant  des  bâtons  ( ««Jal  ) non- 
ferrés.  C'étoient  peut-être  aufli  des  bateleurs  ap- 
pelés auffi  CONTOPÆCTES.  Voyetj^ce  mot. 


CONTARII. 

KONTO^OPOI. 


y Cavaliers  armés  d'épieux  fer- 


rés J appelés  conti.  Capitolin  les  défigne  fous  ce 
nom  ( Maxim,  c.  10.  ) .-  Placuerat  ut  contarii  cum 
eo  tranfirent. 


CONTOPÆCTES.  l , 
KONTOnAir.THS.  f Bateleurs  qui  amu- 

foient  le  peuple  avec  des  tours  d’équilibre.  Ils  fai- 
foient  tenir  dro'te  fur  leur  front  une  perche  , 
, & fur  la  pointe  de  cette  perche  deux  en- 
far.s,  , qui  kittoient  enfemble  (_Salmas,  in 

fioliaam  , p.  IO32.  ) 

CONTORNIATES.  Les  médaillons  & mé- 
dailles de  bronze  auxquels  les  Italiens  ont  donné 
k nom  de  contorniati  , portenf  des  caraétères 
auxquels  il  eil  facile  de  les  reconnoître.  Le  pre- 
mier conliile  dans  un -cercle  creufé  des  deux  cotés 
autour  du  champ  ^ & qui  eu  détache  un  bord 


C O N 

d*une  ou  deux  lignes.  Havcrcàmp  a conjeéluré 
avec  raifon  , que  ce  cercle  2 été  autrefois  remoli 
avec  de  I argent  incrulté  C’eft  du  mot  contomus 
par  lequel  il  étoit  exprimé  dans  la  baffe  latinité  *■ 
qu’a  été  formé  celui  de  contorniati , & non  de 
Crotont  , lieu  de  leur  fabricatioiij  félon  une  vilîon 
particulière  d’Erizzo.  11  faut  obferver  que  le  bord 
/détaché  par  le  cercle  paroît  avoir  été  adapté  au 
médaillon;  mais  il  eft  continu,  & fait  partie  de 
la  pièce.  Les  figures  des  contorniates  n’ont  pref- 
que  point  de  relief  en  comparaifon  des  médail- 
lons. Leurs  types  & leurs  têtes  excèdent  à peine 
ceux  des  raounoies  modernes.  C’eft  là  le  fécond 
caraâère  par  lequel  les  contorniates  fe,  font  re- 
marquer. 

La  lingularirc  des  fiijets  qui  rempliffent  le 
champ  de  ces  médailles,  ne  le  cède  pas  à la  bizar- 
rerie de  leur  fabrique  On.  y voit  les  têtes  des 
hommes  célèbres  de  l’antiquité,  d'Homère  ,d’Eu- 
cüde  , de  Pythagore,  de  Socrate,  d’Apollonius 
de  Tyane  , Scc.  Celles  de  quelques  Empereurs  en 
petit  nombre  , d’Augufte , de  Néron,  de  Trajan  , 
de  V'efpafien  , d’Alexandre-Sévère  , &c.  Celles 
enfin  de  perfonnages  qui  nous  font|jpcbnr.us. 

Des  chars  à deux  ou  à pîufieurs  cheVaux , des 
mafques  & d'autres,  objets  relatifs  aux  jeux  fcéni- 
ques , forment  ordinairement  les  revers  des  con- 
torniates. Quelquefois  ces  revers  paroiffent  étran- 
gers aux  jeux  fcéniques  , & font  inexplicables  ; 
m.iis  on  peut  affurer  de  tous  ces  types  en  général 
qa’Js  ont  rarement  des  rapports  avec  les  têtes. 
Ces  mêmes  types  prouvent  évidemment  que  les 
contorniates  n’ont  jamais  fervi  de  monnoie  ; car 
iis  ne  reffemblent  à aucun  des  types  des  pièces 
reconnues  pour  telles.  On  ne  voit  jamais  fur  ces 
médailles  extraordinaires  la  Déeffe  Moneta  , ni 
les  trois  femmes  tenant  des  balances,  qui  la  rem- 
placent fi  fouvent.  De  plus,  nous  ne  connoiffoiis 
point  leurs  fous-multiples,  ni  leurs  rapports  de 
valeur  avec  les  monnoies  d’or  & d’argent.  D’ail- 
leurs, ils  n'offrent  jamais  le  Senatus- Confultc 
S.  C.  ou  le  nom  du  Magiftrat  qui  les  a fait  frap- 
per. ( Mém.  des  Inficr.  VIL  Z48.  ) 

Quelques  Contorniates , à la  vérité,  font  contre- 
marquées.  ( rr.  Suppl.  PL  7.).  Des  quatre  publiées 
par  M.  Pellerin , la  fécondé  porte  la  contremarque 
fi  ordinaire  £ ; & la  dernière , fur  laquelle  on 

croit  voir  Antinoüs  fous  l’emblème  de  Caftor, 
porte  une  contremarque  peu  connue.  Les  contor- 
niates contremarquées  ont  peut-être  feules  fervt 
de  monnoies  ; mais  on  ne  le  peut  affurer  que  de 
celles-là  uniquement , & à i’exclufion  des  autres 
contorniates.  Ne  perdons  pas  un  temps  précieux  a 
chercher  des  raifons  plus  fpécieufes  que  vraies, 
pour  expliquer  cette  fingularité;  attribuons-la  a 
la  bizarrerie  de  quelques  Magirtrats , qui  failaut 
contremarquer  des  médaillons  de  bronze^  pour 
leur  donner  cours  chez  les  peuples  dont  ils  croient 
chefs , auroat  compris  dans  cette  opération  quo^* 


e O N 

qnes  contorniates , parce  qu'eiles  fe  trouvoient 
d’un  volume  égal  à celui  des  médaillons. 

Ce  feroit  en  effet  une  affertion  étrange  de  dire 
que  les  contorniates  ont  été  fabriquées  pour  fer- 
vir  de  monnoie.  Nous  avons  déjà  vu  que  leur 
bord  eft  détaché  du  champ  par  le  cercle  ou  rai- 
nure auquel  on  les  reconnoît.  Cette  élévation 
auroit  nui  à la  circulation  en  les  rendant  moins 
fccjies  à être  maniées.  Leur  fabrication  deman- 
aoit  des  mantpaiations  longues  & particulières  j 
qui  ne  fauroient  convenir  à des  monnoies  ufuelles; 
car  il  failoit  une  attention  particulière  pour  for- 
mer la  vive-arrête  qui  accompagne  le  cercle' de 
chaque  coté.  Ef’ailleurs  plulieurs  contorrâates  font 
enrichies  d’une  infcription  , tantôt  dans  le  cham.p 
& tantôt  fur  les  figures  du  revers.  Cette  recher- 
che  ne  s’accorde  pas  avec  la  célérité  qu’exige  la 
fabrication  d’une  monnoie  courante.  Tous  ceux 
qui  auront  étudié  les  Arts,  & en  particulier  celui 
du  monnoyeur,  fe  rendront  à ces  raifons  fuggé- 
rées  par  l’infpeâion  du  travail  particulier  qu’exi- 
geoit  la  fabrication,  des  contomiates. 

Elles  fuffiront  pour  les  faire  exclure  du  nombre 
des  monno:es,  fans  que  nous  ayons  à infifter  long- 
temps fur  les  têtes  qui  y font  gravées.  On  pour- 
foit  objeéler  que  les  médailles  confuiaires  & les 
médaillés  des  villes  grecques  portent,  comme  les 
contomiates , des  têtes  de  Héros  oude  Rois  fameux. 
Nous  répondrons  que  les  Monétaires,  dontles  Em- 
pereurs ont  quelquefois  fuivi  l’exemple  en  cela,  ont 
voulu  affurer  i’iiluftranon  de  leurs  familles,  en 
confacrant  à la  poftériré  la  mémoire  des  Héros 
auxquels  elles  appartenoient,  ou  des  faits  glorieux 
par  iefquels  leurs  ancêtres  s’étorenr  rendus  célè- 
bres. Les  médailles  Confuiaires  portent  d’ailleurs 
tous  les  caraéferes  de  la  monnoie  , ainfi  que  nous 
- 1 avons  prouvé  à leur  article  , tandis  que  les 
contomiates  n’en  offrent  aucun,  & nous  montrent 
au  contraire , par  leur  fabrique , qu’elles  n’ont  ja- 
mais pu  en  fervir.  Il  faut  applicuer  le  même  rai- 
fonnement  aux  monnoies  des  villes  grecques,  qui 
ont  confacré  fur  ces  pièces,  m.ars  fans  en  changer 
la  delHnation , la  mémoire  des  héros  ou  des  hom- 
mes illufîres  qui  étoient  nés  dans  leurs  territoi- 
res, qui  les  avoient  fondées,  réparées,  embel- 
lies ou  relevées  par  des  privilèges  & des  concef- 
ficns  particulières. 

Ce  n’eft  point  affez  d’avoir  prouvé  directement 
que  les  coraorniates  n’ont  jamais  été  des  mon- 
noies ; il  faut  encore  fortifier  nos  preuves  en  dé- 
terrninant  le  véritable,  ufage  de  ces  médailles.  Les 
Antiquaires  s’accordent  avec  nous  fur  prefque 
tout  ce  que  nous  venons  d’en  dire.  Ils  ne  font  ; 
partages  que  fur  leur  dellination  , qu’ils  convien- 
nent cependant  tous  avoir  été  étrangère  à la  mon-  ' 
noie.  Jobert  croyoït  que  les  contomiates  doivent 
leur  origine  au  meme  deffein  oui  a fait  refrimer 
les  médailles.  ^Examinant  enfuite  leur  fabrique,-, 
n les  a attribuées  à Gaîlien  , qui  reftituajfhs  con-  . 
fecxations  de  fes  predcceffeurs.  Mais  cette  opi-  ! 


CON  î-fs 

' nifon  eft.  ouvertement  contredite  par  dt'ax  cantor- 
niates  de  îûétropolis  en  Ionie , oui  font  raopor- 
tées^  dans  le  Mémoire  de  Bau-delot  , fur  le*  oré— 
tendu  Solon  des  médailles  & des.  pierres  Vra— 
vées. 

Mahadel  écrivit  en  X72 1 un  Mémoire  fur  les  con- 
torniatcs.  li  prouva  évidemm-ent  , i®.  qu’elles 
n ont  jamais  été  monnoie  ; 1°.  qu’elles  ne  font 
pas  du  'temps  des  Empereurs  , ou  des  hommes- 
lUufires  dont  elles  porrent  les  têtes  , comme 
1 avoient  cru  Ducange  .foSpanb-eim.  L’orthographe 
des  legendes  fiiffiroit  feule  pour  en  convaiucre  ; 
car  le  nom  d’Homère  qui  accompagne  la  tête  de- 
ce^Poete,  y eft  écrit  avec  un  Q,  àudieu  d’un  O?. 
ce;u^aeSaiiufte.n’a  qu’une  feule  L,  contre  l’ufaee 
confiant  des  infcriptions  du  temps  de  cet  Hilrcl 
rien,  &c.  &c.  D ailleurs  le  goût,  la  grivure  , le 
volume,  les  marques  des  ouvriers  , le  ftyle  des- 
legendes , la  forme  des  caractères  qui  accompa- 
gnent les  premiers  Empereurs  fur  les  contomiates 
font  abfolument  les  mêmes  cueLar  les  médaîPes 
du  quatrième  fiède.  Il  faudroit  être  étranger  à la 
fcience  numifmatique  pour  admettre  une  unifor- 
mité ^aufîî  confiante  depuis  Alexandre-le-Grand 
jufqu  à Hononus.  Nous  femmes  en  tout  ceci  du 
même  fentimint  que  Mahiidèl  ;.  nous  crevons 
avec  lui  que  les- contomiates  ont  été  fabriquées  à 
la  fin  du  troihème  fîècle  ,..  & qu’elles  on:  ceilé 
vers  le  milieu  du  quatrième.  Mais  les  contomiates- 
de  Metropolis  en  Ionie  , nous  empêchent  de  .fixer 
avec  cet  Écrivain,  Rome  pour  le  lieude  leur  fa- 
brication , exclufivement  à la  Grèce. 

Morel,  Havercamp,  & quelques’ Antiouairesi 
voyant  furies  revers  des  contomiates , des  chars,, 
des  chevaux  , des  courfes  à pied,  des  chaiTes,  des-, 
péchés,  des  luttes,  des  combats  d’animaux  , & 
djutres  objets  relatifs  aux  jeux  fcéniques  , ont: 
affedé  ces  médaillons  aux  fpeftacles  publics.  PIu- 
lîeurs  revers  des  contomiates  offrent  cependant 
des  types  abfolument  écra.ngers  à.  ces  mêmes  jeux.. 
Ils  ont  écrit  de  plus  que  les  athlètes  fameux  y- 
faifoient  graver  far  un  côté  leurs  noms  ou  ceux: 
de  leurs  c.hevaux  , avec  des  types  analogues  aux 
fpeclacles  du  cirque.  Ces  athlètes  ou  ces  aéleurs 
ont  laiiTé  quelquefois  l’autre  côté  du  médaillon^ 
fans  type;  mais  ils  l’ont  ordinairement  rempli 
avec  les  têtes  & les  noms  des  perfonnases  ill’àf- 
très  qui  avoient  vécu  dans  les  fiècles  précédeas. 
Havercamp  a cependant  perdu  de  vue  cette  opi- 
nion , pour  laquelle  il  avoir  jadis  com’uattu  , dans, 
fon  explic.aîion  d’un  prétendu  médaillon  d’Ale- 
xandre lè-Grand  ; car  il  a cru  reconnoître  dans  les 
deux  têtes  qui  font  gravées  fur  un  des  côtés  de- 
cette  contorniate,  l’Orient  & l’Occident  fournis  à- 
Ce  conquérant.  Mais  ces  têtes  n’ont  point  de  col, 
elles  ouvrent  d’ailleurs  la  bouche  d’une  manièrai 
extraordinaire:  ce  font  par  conféquent  des  maf— 
ques  antiques. 

Plus  réfervé  que  ces  Écrivains  , Baudelot  a die: 
que  ies  noms  placés  fur  les  contomiates  n’-^voienri 


1 9 i C O N 

aucun  rapport  avec  les  têtes  ou  avec  les  types  de 
ces  médaillons.  Ils  indiquent  feulement  les  noms 
des  Graveurs.  Tel  eil  YEutymias  des  contomiates 
de  Néron  & de  Trajan , dans  lequel  on  ne  doit 
pas  reconnoître  ie  lutteur  du  même  nom , cité 
dans  Pline  &:  dans  Paufanias  ; car  le  revers  de  ce 
médaillon  porte  un  char  conduit  par  un  homme  : 
ce  qui  n'a  aucun  rapport  avec  l’exercice  de  la 
lutte.  Le  Graveur  de  cette  contomiate  s’appeloit 
donc  Eatymius , il  a placé  fon  nom  fur  fon 
Qiivzîge.  Solon  , Stepkanas  , Stephonns  , Pkiîinus 
& d'autres  Artiites  ont  eu  la  même  vanité , & 
l’ont  fatisfaite  de  la  meme  manière. 

Nous  adoptons  dans  fon  entier  l’explication  de 
Baudeiot.  Il  faut  croire  que  les  contomiates  n’ont 
jamais  été  monnoie,qu  elles  ont  été  frappées  dans 
ie  court  efpace  de  la  fin  du  troifième  fiècle  juf- 
qu'au  milieu  du  fuivant , St  que  les  noms  qui  y 
font  placés  appartiennent  aux  Graveurs  de  ces 
médailles.  Mais  il  y a une  très-grande  différence 
entre  les  médailles  Confulaires  , les  médailles 
Grecaues  & les  contomiates,  fur  lefquelleson  voir 
quelquefois  des  héros  ou  des  hommes  iilaflres. 
Car  de  ces  trois  claffes  de  médailles  les  contor- 
niates  feules  n’ont  jamais  été  deftinées  à fervir  de 
monnoie  Elles  font  l’ouvrage  de  quelques  Ar- 
tiiîes  qui , les  fabriquant  pour  les  faire  iervir  de 
jetons,  de  pièces  de  piaifir , comme  les  médailles 
modernes , n'ont  fuivi  que  leur  caprice  dans  le 
choix  des  têtes 

CONTRA  - SCRIB A , Officier  des  grandes 
J.Iaifons  Romaines  , dont  la  fonction  , fi  nous  la 
rapportons  à ce-le  de  Y , de  Ju’ius  Pol- 
Jax',  étoit  de  recevoir  les  comptes -de  l’économe 
dijpenfator  , de  les  apolti'ler  & de  les  corriger; 
fonélion  qui  répond  à celles  de  l’officier  appelé 
par  Ifidore  , revifor  rationam  , & que  nous  ren- 
drions dans  nos  ufages  par  celle  de  controleur  de 
la  maifon  , contrôleur  de  la  bouche,  officiers  con- 
Bus  dans  la  baffe  latinité  , fous  le  nom  de  contra^ 
rptulatores , chargés  de  l’examen  des  tôles. 

CONTRASIGILLUM.  Voyei  Contrescel. 

CONTREMARQUE.  « Le  mécanifme  de 
5.  Part  de  contremarquer  les  médailles,  à en  juger 
» par  l’élévation  du  rriétal  plus  ou  moins  appa- 
» rente  à l’endroit  qui  répond  direétemenr  à la 
53  contremarque  fur  le  côté  oppofé , ne  demandoit 
33  quTin  grand  coup  de  marteau  fur  ie  nouveau 
53  poinçon  que  le  monnoyeur  pofoit  fur  la  pièce  ; 
53  & comme  il  étoit  effentiel  que  par  cette  opé- 
33  ration  les  lettres  ds  la  légende  & les  figu.>-es  du 
53  champ  de  la  médaille  oppofé  à la  contremarque  , 
53  ne  fuffent  ni  appjaties  ni  effacées , on  conçoit 
j5  qifil  falloit  qu’on  plaçât  la  pièce  far  un  billot 
>5  d’un  bois  qui  cédât  à la  violence  du  coup  ; c’eil 
53  par  ce  défaut  de  réfiffance  du  boiS  oui  fervoic 
53  de  point  d’appui  , que  le  métal  prêtant  fous 
» le  marteau  , fornioit  une  efpèce  de  boffç  : de- 


C O N 


33  là  fe  tire  la  preuve  que  les  monnoies  antiques 
33  ne  fe  contremarquoient  point  dans  le  temps 

33  qu’on  les  fabriquoit La  forrn* 

» des  poinçons  étoit  ronde  , ovale  ou  quanée 
35  de  trois  & de  quatre  à cinq  lignes  de  diamètre  ; 
33  les  poinçons  étoient  gravés  en  creux  Ôc  à re- 
33  bouts  , afin  que  leur  impreffion  rendit  en  relief, 
33  & dans  le  fens  naturel,  les  figures  & les  let- 
=3  très  dont  ils  étoient  chargés.  53  (^Mém.ds  i‘Ac, 
des  hifcr.  xiv,  133.  ) 

C’étoit  aiafi  que  Mahudel  expliquoit , en  1739, 
le  mécanifme  des  contremarques.  11  accompagnoit 
cetre  explication  , qui  eif  tcès-juffe  , dobferva- 
tions  qui  n’ont  pas  le  même  mérite.  Cet  Acadé- 
micien ne  les  auroit  pas  hafardèes  , s'il  eût  pu 
avoir  connoilîance  du  riche  tréfor  que  pofféda 
long-temps  après  lui  Peilerin.  Tel  etl  le  fort  des 
fciences  qui  ont  les  faits  pour  bafe  : la  découverte 
d’un  feul  monument  fuffir  pour  renverfer  les  plus 
briilans  fyitêmes.  Nous  allons  donner  le  précis 
dés  oblêrvations  de  Aiahudel , & nous  y join- 
drons celles  que  de  Eoze  faifoit  dans  le  même 
temps  fur  ie  même  fujer. 

Ojfcrv.  L L art  & fufage  de  contremarquer  les 
monnoies  ont  pris  leur  origine  dans  la  Grèce  ; ce 
que  l’on  apprend  en  voyant  le  grand  nombre  de 
médailles  en  argent  & en  bronze  des  villes  grec- 
ques , .qui  font  co.itrema-  quccs.  Les  médailles  des 
Rois  le  font  moins  fouvent  que  celles  de  la  grande 
Grèce , des  ifles  de  l'Archipel , de  1’  Afie  mineure, 
& d’Antioche  de  Syrie  en  particuner  La  fabrique 
de  ces  monnoies  paroit  être  plus  ancienne  que 
les  Empereurs  Romains  , fous  le.fquels  la  plupart 
des  villes  grecques  confervèrear  i’ufage  des  con- 
tremarques , depuis  Augufte  jufqu’à  Gallien. 

Obferv.  11.  Les  Romains,  du  temps  de  la  Ré- 
publique , ne  fe  font  point  fervi  de  contremarque 
fur  les  monnoies  de  bronze  qui  eurent  cours  a 
Rome  dans  les  commencemens , ni  fur  celles  d’ar- 
gent & d’or  qui  furent  fabriquées  au  cinquième  & 
au  fixièrne  fiècles  de  fa  fondat'on.  L uiage  n’en  a 
commencé  chez  eux  que  fous  Augufte,  & paroit 
avoir  été  fufpendu  après  Trajan  pour  recommen- 
cer fous  Jullin  , Jullinien  , & quelques-uns  de 
leurs  fucceffeurs.  Le  bronze  feul  y fut  affujerti; 
& les  contomiates,  qui  font  des  médaillons  de 


ce  métal , n’en  ont  pas  été  exemptes. 

Obferv.  III.  Lçs  Grecs  & les  Romains  ont  con- 
tremarque différemment  leurs  monnoies  ; car  on 
ne  Voit  pour  contremarques  fur  les  médailes  des 
Rois  , & fur  celles  des  villes  , lors  même  qa  ebes 
furent  foumifes  aux  Empereurs,  que  des  têtes  ou 
des  buftes,  des  fteurs  , &c.  fans  aucunes  lettres. 
Les  Romains, au  contraire,  n’employèrent  fur  leurs 
monnoies  de  fur  celles  de  lcur.s  colonies  que  des 
lettres  ou  des  monogrammes.  De  farte  qu  on  ne 
voit  ordinairement  en  cort  Rr.jr ASQ'rr-s  far  les^ 
médailles  Romaines  Impériales  , aucune  figure , ni 

fur  les  Grecques  Impériales  aucune  tnfç! 


grecque. 


Obîeri'- 


C O N 


Obferv.  ly.  On  voit  fouvent  jufqu’à  deuX:,  ë! 
Kîeme  trois  contremarques  fur  les  médaines  grec- 
ques & latines  j elles  y font  placées  fans  aucun 
ménagement  pour  les  têtes  & pour  les  revers. 
Cette  difformité  choquante  aura  peut-être  fuffi 
pour  engager  les  fuccelTeurs  de  Trajan  à profcrire 
cet  ufage  ^ qui  ne  reprit  faveur  que  fous  quelques 
Souverains  du  bas-Empire^  qui  avaient  totalement 
perdu  le  goût  des  Arts. 

Oofery.  V.  Les  contremarques  des  médailles 
latines  d un  même  Empereur  & du  même  type 
He  font  pas  toujours  les  mêmes  j & il  y en  a fou- 
vent  de  lemblables  fur  des  pièces  de  types  diffe- 
rens.  Ce  qui  marque  que  le  décret  par  lequel  il  avait 
ete  ordonne  de  cotsctkem A.KquBR.  j s‘ était  quelque- 
fois etendu  généralement  fur  toutes  les  monnaies 
de  toutes  fortes  de  types  d‘ un  même  ^Empereur. 

Obferv.  VI.  Les  contremarques  des  médailles 
antiques  n ont  goint  été  le  fruit  du  caprice  des 
Monétaires.  Tout  y annonce  fautorité  du  minif- 
tere  public,  foit  de  la  part  des  Empereurs,  foit 
Ce  la  part  du  Sénat , conjointement  avec  le  peu- 
ple , repréfenté  par  fes  principaux  Magiftrats  dans 
les  villes  grecques,  par  les  Tribuns  à Rome  , & 
par  les  Decunons  dans  les  colonies.  On  peut  s’en 
convaincre  par  l’explication  d’un  nombre  de  con- 
tremarques des  Impériales  latines,  que  Mahudel  a 
jointe  à fes  obfervations. 


^ Les  principes  établis  dans  les,  obfervations  pré- 
cédentes ont  fait  croire  à cet  Écrivain,  i°.  que 
I on  plaçoit  les  contremarques  pour  augmenter  la 
valeur  de  certaines  efpèces  fans  en  augmenter  la 
matière  ; & que  le  cours  des  pièces  contremar- 
quées  n émit  pas  général  dans  tout  l’empire  , mais 
qu  il  étoit  limité.  2°.  11  a donné  un  fécond  motif 
a 1 ufage  des  contremarques  , celui  de  repréfenter 
une  nouvelle  fabrication  néceffaire  , félon  lui  , 
a I avenement  d’un  nouvel  Empereur,  mais  ren- 
due impoffible  dans  1 exécution  par  un  concours 
de  circonftances  particulières.  3'=’.  Un  Empereur 
faifoit,  félon  Mahudel , contremarquerzÇoovtOvo. 
les  monnoies  d un  de  fes  prédécefleurs , pour  ho- 
norer  fa  mémoire  , comme  par  une  efpèce  de 
reflztution  ; c efl  en  ce  fens  qu’on  peut , félon  lui, 
attribuera  Trajan  h contremarque  DACICES  . que 
1 on  voit  fur  une  médaille  de  Domitien.  4°.  Enfin 
il  penfe  que  les  contremarques  des  monnoies  an- 
noncent leur  deftination  à des  largelfes  publiques. 
On  trouve  en  effet  fur  des  médailles  communes 
de  Juftinien  & de  Tibère  fecpnd,  la  contremarque 
SCLs  ^ que  Magnon  & Pierre  Diacre  rendent  par 
ces  mots  f acre,  largicionis.  ■ 

, après  avoir  réfuté  ces  explications 

e «lanudel  , par  des  raifonnemens  victorieux 
dont  nous  ferons  ufage  peur  combattre  le  même 
ftvapt , propofa  le  lien.  II  fe  réduit  ( Science  des 
eq.  1 . pag.  333.  ) à reconnoître  les  pièces  con- 
tremarquees  pour  ae  fimples  méreaux  que  l’on 
donnoit  aux  ouvriers  employés  aux  travaux  pu- 
buçs  .^pour  leur  feryir  a être  payés  des  tréforiers  , 
-antiquités  , Tome  JJ, 


C O N 195 

lorfqa’ils  repréfentoient  ces  témoignages  de  leur 
travail.  II  prend  encore  ces  pièces  pour  des  mon- 
noies oblidionales,  c’ell-à-dire,  pour  ces  monneies 
dont  on  augmente  la  valeur  par  une  marque  de 
convention  dans  les  villes  affiégées.  De  Èoze  , 
qui  s’éleigRc  ainlî  de  l’opinion  de  Mahudel  fur 
les  médaillés  latines  contremarquées , fe  rapproche 
cependant  de  lui  pour  l'ufage  des  médailles  grec- 
ques qui  font  dans  le  même  cas.  La  beauté'&  le 
finTiz  leurs  contremarques  l’engagent  à les  recon- 
noitrc  pour  le  figne  d’une  augmentation  de  va- 
leur. 

Les  Antiquaires  adoptèrent  fans  réclamer  le 
fyftêrne  de  de  Boze,  jufpu’au  moment  où  parut  le 
recueil  de  Pellerin.  Cet  Ecrivain  , qui  porta  à l'âge 
de  Neftor  le  flambeau  de  la  critique  dans  la  feien- 
ce  numifmatique  , crut  que  les  contremarques 
n’annonçoient  point  une  augmentation  de  v'aleur; 
il  penfa  & dit  en  plufieurs  endroits  de  fes  ou- 
vrages, fur-tout  dans  fon  fécond  fupplément, 
que  les  villes  contremarquoient  de  leurs  noms  abré- 
gés, ou  de  leurs  fymboies , les  monnoies  étran- 
gères auxquelles  elles  vouloient  donner  cours 
dans  le  commerce,  & l’ufage  journalier  concurrem- 
ment avec  les  leurs. 

M.  l’Abbé  le  Blond  s’efl  fervi  de  ce  principe 
pour  expliquer  un  médaillon  des  Maliens , co;zrrf- 
marqué  d’une  vache  ( M-ém.  des  Irfcrip.  tom.  40. 
pag.  92.  ')  explication  que  M.  Ducens  ne  paroit 
pas  avoir  combattue  avec  des  armes  égales.  Nous 
développerons  l’opinion  de  Pellerin  , après  avoir 
montré  les  défauts  des  fyftêmes  anciens  far  les 
contremarques. 

On  ne  fauroit  adopter  que  deux  obfervations 
de  Mahudel,  la  première  & la  fixième  : elles  por- 
tent fur  des  faits  qui  ne  font  contredits  de  per- 
fonne.  Mais  on  doit  rejeter  fon  obfervation  fé- 
condé, dans  laquelle  il  affure  que  les  médailles  du 
temps  de. la  République  n’ont  point  été  contre- 
marquées.  Pellerin  , en  effet  , a publié  une  mé- 
daille confulaire  ( ii.fuppl.  pl.  3.)  d’argent  coæ- 
tremarquée  i fur  laquelle  on  lit  le  nom  de  Plan- 
cius , qui  exerça  l’édilité  dans  les  années  699  & 
700  de  Rome.  M.  Neumann  en  a rapporté  cinq 
autres  , ( tom.  ii.  pl.  7.  ) & il  prouve  qu’on  ne 
peut  affigner  le  temps  où  les  Confulaires  ont  été 
contrerfiarquées  , que  dans  le  cas  où  le  nom  d’ua 
Empereur,  tel  que  celui  de  Vefpafien,  y eft 
placé.  , ^ 

Le  principe  de  cet  Écrivain , qui  exclut  les  con- 
tremarques en  lettres  grecques  , des  médailles 
grecques,  n’eft  pas  moins  erroné  5 car  on  trouve 
un  médaillon  de  Commode,  frappé  à Héraclée, 
{ii.fuppl.  pl.  3.)  avec  les  lettres  capa  en  contre- 
marque  ; un  médaillon  ( Neumap.n,  pl.  2.  tom.  it.) 
de  Septime-Sévère  & d’Etrufcille  , frappé  à Stra- 
tonicée  avec  la  contremarque  ©EO  j quatre  mé- 
daillons de  Gordien  , frappés  ( n.  fuppl.  pl.  6.  7. 

& Eckef  pl.  13.  ) à Séleucie  , avec  les  contre- 
marques  O & K 5 ua  médaillon  C r v.  fuppl.  pl,  z.  ) 


194  C O N 

de  Salonine  ^ frappé  à Sidé  en  Pamphylie , avec 
la  contremarque  €.  Si  ces  preuves  ne  fufEfoient 
pas  J nous  rapporterions  ici  les  impériales  grec- 
<5ues  contremarquées  de  lettres  que  les  Grecs  & 
les  Latins  formoientde  même^  telles  que  des  M, 
des  P , Src. , & qui  dès-lors  prouvent  au  moins 
autant  pour  nous  que  pour  Mahudeî.  Tels  font  un 
médaillon  de  Caracaliaj  frappé  ï{PeLltr,  Peuples 
jii.  pl.  130.  ) Tabès  J avec  la  contremarque  B ; un 
médaillon  d'Aba , frappé  en  ( m.  fuppl.  pl.  6.  ) 
rhonneur  d'Alexandre-Sévère , avec  la  lettre  N en 
contremarque  y un  autre  de  Julia  Mœfa  {Pell.  II. 
fl.  30.  ) fabriqué  à Laodicée , avec  la  contre- 
marque  ^ J un  gordien  grec  de  Limyra  , contre- 
marqué  B , &C.  ( Pell.  Peuples  iii.  pag.  Zf.) 

Que  les  partifans  de  Mahudel  ne  nous  cbjeélent 
pas  i'opinion  de  l’Abbé  Belley^  qui  regardoir  les 
lettres  placées  furies  Impériales  grecques , comme 
des  nombres  relatifs  aux  facrifices  ou  à des  épo- 
ques. Ce  favant  auroit  dû  diftinguer  foigneufe- 
ment  ces  lettres  en  deuxclaffes:  Tune  renferme 
les  lettres  de  relief  qui  ont  été  placées  dans  le 
champ  de  la  médaille  avec  le  type  au  moment  de 
fa  fabrication  : tous  les  Antiquaires  font  de  fou 
avis  fur  ces  lettres  , qui  font  numérales.  Quant 
aux  lettres  ineufes  3 ou  placées  dans  l’enfoncement 
qu’a  produit  un  coup  de  poinçon  pollérieur  à la 
fabrication , il  faut  rigoureufement  en  faire  une 
fécondé  clallë  & les  reconnoître  pour  des  con- 
tremarquts.  Telles  font  les  lettres  que  nous  avons 
citées  plus  haut,  & que  nous  rappellerons  dans 
tout  cet  article.  C’eft  auffi  dans  ce  feas  qu’on  a 
placé  répisème  Bau  f , fur  un  médaillon  de  Tra- 
jan-Dèce  J frappé  à Hypxpaen  Lydie  ( ii.  fuppl. 
pl.  8.);  fur  un  Valérien  d’Éphèfe  , & fur  un 
Gallien  de  Métropolis.  Terminons  cette  longue 
énumération  par  une  médaille  grecque  de  Galba  , 
frappée  en  Chypre,  qui  eli  contremarquée  avec 
des  caractères  inconnus , mais  plus  rapproc’nés 
certadnement  des  lettres  grecques  que  des  romai- 
nes. ( Maym.  ij.  pl.  zp.  ') 

Les  contremarques  n’ont  point  été  mifes  fur  les 
monnoies , comme  l’a  penfé  'vîahudel , pour  ex- 
primer une  augmentation  de  valeur  j car  ces  aug- 
mentations n’ont  jamais  été  plus  grandes  & plus 
fréquentes  que  du  temps  de  la  République.  Ce- 
pendaiu  nous  n’avons  pu  citer  que  fix  médailles 
Confulaires  contremarquées.  Pourquoi  les  Romains 
n’auroient-ils  pas  employé  la  contremarque  à cet 
iifage,  puifqu’ils  favoient  qu’elle  étoir  adoptée 
depuis  long-temps  dans  la  gra.nde  Grèce  , dans 

l’Afie  mineure  & dans  les  Mes  t Sans  doute 

parce  que  les  Grecs  ne  s’en  fervoient  pas  pour 
fignifier  une  augmentation  de  valeur. 

Sî  les  Empereurs  Romains  avoient  eu  le  delfein 
d^augmenter  la  valeur  des  monnoies  en  les  contre- 
marquant , pourquoi  les  médailles  contremarquées 
feroient-elles  li  rares  en  comparaifon  des'mé- 
daailes  qui  ne  le  font  pas?  Pourquoi  le  bronze 


C O N 

feul  auroit-îl  été  augmenté  ? N’auroit-on  pas  dé-' 
truie  par-là  cette  jufte  proportion  qui  doit  régner 
dans  les  monnoies  entre  les  trois  métaux?  Ces 
Princes  n’auroient-ils  pas  plutôt  contremarqué  l’or 
& l’argent, ce  qui  leur  auroit  procuré  en  un  mo- 
ment un  profit  immenfe  ? Mahudel  ne  pourroit 
répondre  à ces  difficultés.  Il  n'expliqiieroit  pas 
mieux  le  motif  qui  , félon  lui , auroit  engagé  Tra- 
jan  à reflituer  de  préférence  la  mémoire  d’un  aufli 
mauvais  Prince  que  Domitien.  Cet  Antiquaire  au- 
roir-il  pu  nous  dire  auffi  pourquoi  les  médailles 
contremarquées  font  plus  rares  que  les  autres.  En 
effet , fi  la  a^tremarque  teno'it  lieu  de  fabrication 
nouvelle  , l’avènement  d’un  Empereur  au  trône 
devoir  mettre  toutes  les  monnoies  de  fes  prédé- 
ceffeurs  au  rebut , op  les  faire  adopter  toutes  par 
le  moyen  de  la  contremarque.  L’abondance  des 
médailles  contremarquées  feroit  une  fuite  nécef- 
faire  de  cette  opération  expéditive.  On  eû  cepen- 
dant obligé  de  reconnoître  leur  rareté,  quand  on 
les  compare  aux  autres  médailles. 

Qu’auroient  enfin  répondu  Mahudel  & de 
Boze  à ceux  qui  leur  auroient  préfe.nté  la  même 
contremarque  grecque  fur  des  pièces  grecques 
fabriquées  dans  des  régions  très  - éloignées  les 
unes  des  autres  ? S’il  falloir  reconnoître  avec  eux 
une  augmentation  de  valeur  dans  la  contremarque^, 
les  médailles  contremarquées  du  même  fymboie 
feroient  beaucoup  plus  communes  que  celles  dont 
les  contremarques  lont  différentes.  K moins  que 
tous  ces  peuples  divers  n’euffent  fait  leur  aug^n 
mentation  d’un  commun  acco^rd  , & n’eufTent  à' 
ce  deffein  placé  leurs  divers  fymboles  fur  les  mé- 
dailles j cet  accord  prétendu  choque  la,  vraifèm- 
blance. 

Pour  ce  qui  efl:  des  méreaux  , qu’a  cnr  recon- 
noître de  Boze  dans  les  médailles  contremarquées  , 
il  a fenti  fon  fyûême  fi  défectueux,  qu’il  l’a  ref- 
treintaux  feules  médailles  latines.  Premier  défaut 
dans  fon  explication  , de  ne  pouvoir  être  génera- 
lifée.  Le  fécond  eft  auffi  palpable  , lorfqu’on  éts- 
die  les  lettres  dont  ces  contremarques  font  for- 
mées. Elles  font  initiales  de  plufieurs  mots.  Une 
feule  cependant  , ou  un  feul  mot  auroit  fuffi 
pour  des  méreaux  ou  pour  des  marques  d'entree 
dans  les  fpeâacles.  D’ ailleurs  , on  a découvert 
dans  plufieurs  endroits,  & fur-tout  à Herculanum 
& à Pompeia  , des  tefsères  de  bois,  d’ivoire  & 
de  brônze  qui  fervoient  aux  fpeâacles.  Les  inf- 
criptions  qu’elles  po*tent  en  font  foi.  Palfons  ac- 
tuellement à la  feule  explication  qui  ait  paru  rem- 
placer jufqu’icî  celles  de  .Mahudel  Srdede  Boze. 

Voyant  plufieurs  médailles  frappées  dans  des 
pays  très- éloignés  les  uns  des  autres,  portant 
cependant  la  même  contremarque,  Pellerin  fentit 
que  les  fyftêmes  de  fes.  prédéceffeurs  ne  ponr- 
roienc  jamais  expliquer  cette  fingularîté;  Toutes 
les  médailles  de  Laodicée,  par  exemple,  devroienî 
porter  la  inême  contremarque  , fi  les  Magifirats  às 
eette  ville  grecque  avoient  voulu  exprimer  par  ce 


C O N 

figne  une  augmentation  de  valeur  dans  fon  numé- 
ra:re  ^ Pellerin  a publié  , ( MîL.  i.  pl.  i8.  ) à la 
vérité  , une  médaille  latine  de  Septime  - Sévère 
& ae  Julia  Domna  ^ deux  médailles  grecques  de 
Septime-Sévcre  & de  Caracalla,  {il.fuppl.  pl  3.) 
toutes  frappées  à Laodicée  en  Syrie , & ayant 
toutes  pour  les  mots  abrégés  COL. 

C/c..  Mais  cette  contremarque  ne  fe  voit  pas  fur 
d autres  médailles  grecques  & latines  de  Laodi  - 
cée , ( Mil.  r.  pl.  Zi.  ) frappées  en  l’honn'eurdes 
memes  Septime-Sévère  , Julia  Domna  & Cara- 
calJa.  Elle  n'appartient  donc  pas  à- Laodicée  , 
mais  à Cæfarée  en  Paleftine  t Colonia  Cs.farea.Qtj 
quel  autre  intérêt  pouvoit  prendre  cette  ville  aux 
monnoies  de  Laodicée,  que  de  les  adopter  pour 
fon  ufage  J & . d'annoncer  cette  adoption  par  la 
contremarque  àç.  fon  nom  ? Difons-en  autant  de  la 
ville  de  Rhodes,  qui  a fait  mettre  fon  fymbole 
fur  une  médaille  de  Corinthe.  ( Witqleben  , 
f‘^g-  75-f) 

En  développant  ce  fyfté-me  , nous  expliquons 
trois  chofes  relatives  aux  contremarques  , qui  ont 
paru  inexpliquables  dans  tous  les  autres.  Pour- 
quoi les  médailles  de  Rois  font -elles  moins  You- 
\ent  contremarquées  que  celles  des  villes?  Pour- 
quoi l'or^  & f argent  latins  ne  le  font-ils  jamais  ? 
Pourquoi  les  médaillons  de  bronze  font -ils  plus 
ordinairement  contremarques  que  les  autres  mo- 
dules de  ce  métal  ? Pourquoi  enfin  quelques  mé- 
dailles de  villes  font-elles  contremarquées  avec  le 
fymbole  de  la  ville  même  qui  les  avoit  fait 
frapper  ? 

Les  Rois  de  Macédoine  , d'Ég}'pte  , &c.  ne 
contraétoient  que  des  alliances  de  protedion  avec 
ies  villes  grecques  libres.  Jamais  on  ne  lit  fur  leurs 
médailles  le  mot  omonoia,  employé  fi  fouvent 
pour  exprimer  l’alliance  ou  FalTociation  de  deux 
villes  grecques.  ( Les  Grecs  donnèrent  à la  vé- 
rité aux  Arfacides  le  furnom  de  ciaeahnes  , 
mais  fans  lui  attacher  le  même  fens  qu'au  mot 
précédent).  On  peut  donc  conjecturer,  d'après  ce 
fait,  que  les  monnoies  des  Rois  n'avoient  pref- 
que  point  de  cours  dans  le  territoire  de  ces  villes. 
Les  monnoies  des  villes  unies,  au  contraire  , ont 
été  fouvent  adoptées  , ou  réciproquement , ou 
par  une  d'entre-eües  ; St  dans  ce  cas,  fa  contre- 
marque étoit  placée  fur  les  monnoies  de  fes  alliées 
en  ligne  d'adoption.  Ceil  pourquoi  ies  médailles 
des  villes  font  fi  fouvent  contremarquées , & les 
médailles  des  Rois  fi  rarement. 

Nous  trouvons  cependant  un  médaillon  de 
bronze  du  Rpi  de  Péonie  Audoléon,  ( Ne  aman.  | 

1.  pl.  4.  ) qui  S.Ü  contremarqué  q deux  de  Philippe 
fécond,  ( ibid.)  Roi  de  Macédoine 5 une  médaille 
de  bronze  d'Antiochus  Soter,  ( Haym.  i.  pl.  a.) 
qui  porte  deux  contremarques  , dont  l'une  eft  un 

2.  Deux  médaillons  d'argent  de  Ptolémée  Soter, 
il.  fuppl.  pl.  J.  ) font  auffi  contremarques  , l'un 

d un  A,  & 1 autre  du  monogramme  fA.  Cé  font 
des  médailles  grecques  comremarquées  avec  des 


C O ^95 

lettres  grecques , contre  le  principe  de  Mahudcl. 
Tels  font  encore  une  tétradrachme  d'Apamée  , 
( Peuples  II.  pl.  43.  ) contraptarquée  [Xj,  c'eft-à- 
dire  , An  j une  médaille  grecque  d'Eleutherna  ^ 
{ibid.  iit.pl.  98.)  avec  un  O ; une  autre  enfin  de 
Paros  , ( ibid.  iii.  pl.  \oG.  ) portant  en  contre- 
marque  le  monogramme  Nous  prions  d'ob- 
ferver  à leur  fujet  que  MM.  Pellerin  , Haym  , 
Eckel!  , Neumann  & Hunter  nous  fourniifenc 
feuls  des  exemples  , parce  que  nous  avons  cru 
inutile  d'en  accumuler  un  plus  grand  nombre. 
L'un  des  derniers,  M.  Neumann,  a adopté  fans 
reftriflîon  l'opinion  de  Pellerin,  pour  lequel  il 
témoigne  dans  tous  fes  écrits  refiime  & le  lef- 
peéi  les  plus  vrais. 

^ Pourquoi  l'or  Si  l'argent  des  Romains  ne  font- 
ils  prefque  jamais  centremarquésT^  tandis  que  leur 
bronze  l'eft  fouvent,  & que  l'argent  des  Grecs 
l'efi  fi  fréquemment  ? Nous  déduifons  du  fyfiême 
de  Pellerin  une  réponfe  fatisfaifante.  Les  mon- 
noies  d'or  font  fi  rares  chez  les  Grecs,  qu'on  peut 
dire  qu'ils  n'en  frappoient  point  ordinairement. 
L'or  des  Romains  leur  en  tenoit  lieu  , & avoit 
cours  dans  toutes  les  villes  grecques  , à caiife  de 
la  boilté  de  fon  titre  & de  la  puiiTance  de  ceux 
qui  le  faifoit  frapper.  II  en  étoit  de  même  de  leur 
argent.  Le  rapport  des  deniers  Romains  avec  la 
: drachme  grecque  fur  long-temps  celui  de  l'éga- 
lité  , comme  l'a  montré  M.  Dupuy.  (■  Mém.  des 
Infer.  28.  p.  66a.  y.  Et  quand  ce  rapport  fut  chan- 
.gé  , l'inégalité  fut  fi  petite,  que  l'on  n'en  tint  au- 
cun compte  dans  les  paiemens  , de  forte  que  les 
deniers  & les  aureus  des  Romains  eurent  toujours 
cours  dans  les  territoires  des  viiles  grecques.  11 
étoit  donc  inutile  de  les  contremarquer , c'elt-à- 
dire  , de  leur  appliquer  le  figne  d'adoption. 

Nous  expliquons  par  ce  principe  la  refiem- 
blance  des  contremarques  qui  fe  trouvent  fur  des 
monnoies  frappées  dans  cent  endroits  divers.  C'eft 
ainfi  que  la  vache  eft  placée  en  contremarque  fur 
les  médailles  de  Sidé  & d’Afpendus  en  Pamphi- 
lie  {Peuples  il.  pl.  73.  )j  fur  celles  des  Maliens, 
de  Tarfe  & de  Nagidus  en  Cilicie  ( Neumann,  il. 
pl.  73  - ) 5 fur  une  médaille  punique  , &c.  ( Eckel. 
pl.  13.  ).  La  ville  de  Cyzique,  dans  la  Propon- 
tide  , avoit  adopté  la  vache  pour  fymbole , & elle 
l'avoir  fait  mettre  fur  les  médailles  dont  nous  par- 
lons, afin  de  leur  donner  cours  dans  fon  terri- 
toire ( Mém.  infe.  40.  p.  92.  ).  Deux  médailles 
d'argent  de  Sidé , ( Hunter.  pl.  49.  ) portent  auRî 
pour  contremarque  un  arc  dans  un  carquois  , avec 
les  lettres  SAP  fur  l'un  , & tpa  fur  l’autre-  Qui 
pourroit  y méconnoitre  ies  villes  de  Sardes  & de 
Trailes  ? De  même  on  voit  une  lyre  pour  contre- 
marque ( Haym.  il.  pl.  46.  ) fur  une  médaille 
grecque  de  Philippe  père , frappée  à Germen , & 
fur  un  médaillon  grec  de  Micylène  , ( Haym.  i. 
pl.  z6  ) frappé  en  l’honneur  de  Titiana  , époufe 
de  Pertinax  , rapporté  par  Haym.  La  lyre  étoit  le 
fymbole  de  Mityiène,  & elle  nous  apprend  que 

£b  i; 


1 9 (>  C O N 

ces  deux  pièces  àvoientétéadoptces  par  la  ville  de 
Mitylène,  pour  avoir  cours  avec  fes  monnoies. 

Le  médaillon  de  Titiana  nous  offre  ^ à la  vérité , 
( en  fuppofant  fon  authenticité  ) l’exemple  d’une 
ville  cjui  a contre-marqué  fes  propres  monnoies. 
M.  INeumann  a publié  aulTi  deux  médaillons  d‘ar- 
gent  de  l’ifie  de  Thafus,  qui  portent  tous  deux 
au  revers  Hercule,  avec  la  légende  hpakaeoïs 
saTiiPOS.  L’un  de  ces  médaillons  eft  corare- 
marqué  H....  AE,  c’clf-à-dire  , HP.^KAE  ; & 1 au- 
tre.... QTH  , c’ell-à-dire  , Sîîth.  Ces  deux  contre- 
marques paroiffent  avoir  été  placées  par  la  ville 
même  qui  avoit  frappé  les  médaillons.  Si  ces  trois 
exemples  fe  répétoient  fouvent,  ils  pourroient  for- 
mer une  objeftion  contre  le  fylfênie  de  Pellerin  , 
& fournir  une  preuve  à Mahudel.  Mais  il  ell  très- 
rare  de  trouver  des  médailles  ainfî  contremarquées  ; ' 
c'elf  pourquoi  nous  expliquerons  facilement  cette 
£nguiarité.  On  peut  dire  que  ces  pièces , après 
avoir  été  décriées,  ou  par  un  décret  des  Magif- 
trats  , ou  à caufe  de  felfifications  trop  répétées  , 
ont  été  remifes  dans  le  commerce  après  un  cer- 
tain temps  écoulé  , & quelles  ont  été  contremar- 
quées  à cet  effet.  C’eft  pour  la  même  raifon  que 
Junon  Pronuba  eft  mife  en  contremarque i\xï  un 
médaillon  de  Caracalla , ( Haym.  /.  pl.  27.  ) frap- 
pé à Hyptepa , fur  le  revers  duquel  on  voit  la  Divi- 
nité tutélaire  de  la  ville , portant  cette  même  Ju- 
non Pronuba  , fon  fymbole. 

Nous  rendons  aufti  facilement  raifon , à l’aide 
du  fyftême  de  Pellerin,  de  l’abondance  des  mé- 
daillons de  bronze  contremarques  , tandis  que  les 
médailles  de  ce  métal  le  font  moins  fouvent  dans 
les  trois  modules.  Les  médaillons,  comme  on  le 
verra  à leur  article , n’étoient  pas  deftinés  dans 
leur  origine  à fervir  de  monnoie,  quoiqu’ils  fuffent 
multiples  des  monnoies  courantes,  & fufceptibles 
par-là  de  leur  être  ailàmilés.  Lorfqu’on  vouloir  les 
taire  circuler  dans  le  commerce  , on  les  contre- 
marquoit,  & ce  fceau  du  Magiftrat  (/r.  fup.  pl.  4.  ) 
les  plaçoit  au  rang  des  monnoies.  Les  trois  mé- 
daillons de  bronze,  frappés^dans  i’ifle  ds  Lesbos, 
en  l’honneur  de  Lucius  V'érus,  de  Commode  &c 
de  Crifpine  , rapportés  par  Pellerin , en  font  foi  : 
Ss  portent  tous  la  même  contremarque.  De  même 
fur  un  médaillon  de  bronze  de  Commode , où 
font  placées  au  revers  les  Divinités  d’Hiérapolis 
îe  d’Aphrodifias,  Neptune  eft  mis  en  contremar- 
que. Ce  fymbole  ne  pouvoir  convenir  ni  à l’une  ni 
à l’autre  des  deux  villes  , puifqu’elles  étoient 
( r/.  fuppL  pl-  àf.)  lîtuées  dans  l’intérieur  des  terres 
en  Pbrygie  & en  Carie,  & que  Neptune  apparte- 
noit  à quelque  ville  maritime.  C’eft  donc  à une 
ville  fttuée  fur  le  bord  de  la  mer  qu’il  faut  attri- 
buer cette  contremarque.  Elle  ne  peut  l’avoir  pla- 
cée fur  ces  médaillons  que  pour  les  rendre  mon- 
noie ufuelle.  Telle  eft  la  raifon  pour  laquelle  les 
contremarques  font  plus  fréquentes  fur  les  mé- 
daillons de  bîonze  que  fiu  les  médailles  de  ce 
métal. 


C O N 

On  voit  des  médaillons  d’Empereurs  qui  font 
contrernarqués  avec  des  têtes  d’autres  Empereurs. 
C’eft  air, II  qu'un  médaillon  de  Vefpafien , ( B.em. 
furie  P.  Jobert.  ) dont  parie  le  Baron  de  la  Baftie, 
porte  une  tête  d’Antonin  en  contremarque q qu’un 
autre  médaillon  d’argent  de  Vefiîafien  ( tu.  fuppi. 
pl.  98.  ) a pour  contremarque  la  tête  de  Marc- 
Aurèle,  accompagnée  des  lettres  aïp.  Mahudel 
& de  Boze  expliqueroient  mai  ces  contremarques , 
en  difant  qu’elles  exprimoient  une  augmentation 
de  valeur  , dont  les  Empereurs  mis  en  contre- 
marque  auroient  été  les  auteurs.  Pourquoi  alors 
ces  contremarques  font-elles  fi  rares  , puifque  toutes 
les  monnoies  de  leurs  prédéceffeurs , ou  au  moins 
celles  de  toutes  les  années  de  leur  règne  écoulées 
jufqu’à  l’époque  de  cette  augmentation,  en  de- 
vroient  être  affeélées?  Pellerin  y fuppléera  par  une 
explication  lîmple  & naturelle.  ( m.  fuppi. p.  éj.) 
cc  Les  Gouverneurs  Romains  en  Syrie  & en  Chy- 
» pre , où  il  reftoit  beaucoup  de  ces  médaillons 
» qui  y avoient  été  frappés,  les  faifoient  ainfi 
» contremarquer  fous  les  règnes  d’Antonin  & de 
“ Marc-Aurèle  , pour  en  permettre  le  cours , 5c 
’’  autorifer  peut-être  par -là  les  habitans  à les 
” donner  en  paiement  des  contributions,  & les 

receveurs  à en  faire  recette-  Il  croit  que  ces 
» receveurs  n’auroient  pas  refufé  non  plus  de  re- 
” cevoir  les  monnoies  grecques  de  Tripolis  en 
« Syrie  , qui  font  fouvent  contremarquées  des 
” noms  de  Galba  & d’Othon , exprimés  par  des 
» lettres  liées  enfemble.  » 

Nous  terminerons  le  développement  du  fyftêftis 
de  cet  Antiquaire  célèbre,  par  l’explication  qu’il 
a donnée  des  contremarques  doubles  & triples  , 
dans  laquelle  on  reconnoît  avec  admiration  la  fé- 
condité de  fon  principe.  Mahudel  auroit  vu  dans 
ces  lignes  répétés  une  fécondé  & une  troifième 
augmentation  de  valeur.  Faites  cependant  par  la 
même  autorité , ces  augmentations  auroient  du 
être  toujours  exprimées  par  le  même  ligne  : les 
contremarques  géminées  diffèrent  au  contraire  pref- 
que  toujours.  Les  méreaux  de  de  Boze  n’auroient 
pas  rendu  la  chofe  plus  intelligible  j car  l’in- 
térêt des  ouvriers  les  empêchoit  de  les  fouf- 
traire  ou  de  les  égarer.  Les  mêmes  méreaux  pou- 
voient  dès  lors  fervir  une  fécondé,  une  troifième 
fois,  8c  plus  fouvent  fans  avoir  belbin  d’être  con- 
tremarqués.  La  difficulté  refte  donc  toujours  la 
même. 

Elle  s’évanouit,  fi  l’on  écoute  Pellerin.  Pre- 
nons pour  exemple  un  médaillon  de  Gordien, 
frappé  à Séleucie , fur  lequel  on  voit  pour  contre- 
marque  la  lettre  O dans  un  renfoncement , ayant 
( II.  fuppi.  pl.  7.  ) la  forme  d’un  delta , & enfuite 
un  monogramme  formé  d’un  K 8c  d’un  A,  La  ville 
de  Séleucie  voulant  donner  cours  à ce  médaillon 
quelle  avoit  frappé  dans  quelque  occafion  d’éclat, 
y aura  mis  à cet  effet  la  première  contremarque^ 
Ce  médaillon  ayant  paffé  enfuite  dans  une  autre 
ville  qui  avoir  le  droit  de  battre  monnoie,  y aur* 


C O N 


reçu  îâ  feeonde  contremarque  en  figne  dVicoption 
& de  monnoie  courante.  Ôn  trouve  aan:  dans  ie 
de  M.  Hunter  {_pl.  ji.  jN'^.  30.  ) iin  mé- 
daidon  d argent  frappé  dans  Tifie  de  Chypre  à 
SoLi  , Sc  coatremarqué  trois  fois.  li  eft  de  la  plus 
ancienne  îabrique,  car  le  revers  eft  en  creux.  La 
contremarque  qui  eft  li  commune  fur  les  monnoies 
de  Ciücie  & de  Pamphylie  ^ la  vache  , a été  mife 
fur  ce  rnédaillonpar  la  ville  de  Cyziqucj  en  figne 
d adoption.  Le  loup^  qui  eft  la  fécondé  coture- 
marqae  ^ appartient  à TArgoIide  ou  à la  Phocide, 
la  fécondé  patrie  adoptive  ; & l'animal  inconnu 
appartient  à une  troilième  ville , Adana  en  Cilieie  j 
dont  le  nom  eft  peut-être  indiqué  par  le  mono- 
gramme A 8c  A,  qui  accompagne  l’animal  dans  la 
troiiieme  contremarque.  Ce  médaillon  de  So/i,  après 
avoir  été  frappé  en  Chypre  , aura  fans  doute  été 
portéàCyziquej  & de-Ià  fucceffivement  dans  deux 
autres  régions  qui  avoient  aulïi  le  droit  de  battre 
monnoie. 


C eft  ainlî  que  toutes  les  difficultés  difparoif- 
fent  quand  on  développe  le  fyftéme  de  Pelierin. 

Antiquaires  ^ libres  de  préjugés  & amis  du 
vrai  , reconnoîtront  donc  avec  lui  que  les  con- 
tremarques ont  été  placées  fur'  les  médailles 
pour  leur  donner  cours  & les  rendre  monnoie 
ufuelle  ^ dans  les  pays  qui  les  adoptoient  par 
I appolîtion  de  leurs  noms  ou  de  leurs  fym- 
boles. 


CONTRE-SCEL.  l ^ , 

CONTRE- SCELLER,  f " contre -fiels 

méritent  d'autant  plus  une  difcuffion  particulière , 
eu  ils  font  moins  connus  parmi  nous.  La  plupart 
de  nos  Auteurs,  dit  la  nouvelle  Diplomatique 
des  Bénédiâins , qui  nous  fournit  cet  article , 
n en  ont  parlé  que  très-fuperficiellement  , & les 
plus  exaâs  font  tombés  dans  des  méprifes  dan- 
gereufes.  Nous  ne  connoilfens  rien  de  mieux  en 
ce  genre  qiie  le  petit  traité  du  Doéteur  Polycarpe 
Leyfer  , intitulé  : Commentatio  de  contrafigilïîs 
medii  svi.  Helmjiadzi , jtr  dcc  xxvi.  Ce  favant 
dîplomatifte  laiftè  peu  de  ehofes  à delîrer  tou- 
chant les  contre-fiels  d'Allemagne  > mats  il  ne  dit 
lien  de  ceux  d’Italie,  de  France  & d'Angleterre. 
Tachons  de  réunir  ce  qu'H  importe  de  favoir  fur 
ce  fujec  8c  fur  les  armoiries  qui  en  font  infépa- 
rables  , relativement  à la  vérification  des  aâes 
antérieurs  au  xvi«  fiède.  » 

« On  entend  par  contre  - fiel  la  figure  impri- 
mée au  revers  du  fceau  ptîneipaL  L'une  eft  beau- 
coup plus  rare  que  l'autre.  A peine  fiir  un  grand 
nombre  de  fceaux  antiques  trouvera-t'on  un  ou 
deux  contre-fiels.  Le  premier  côté  du  fceau  eft 
appelé  adverfa  par  D.  Mabillon,  & le  fe- 

coni  faciès,  averfa  quand  les  deux  empreintes 
font  d égalé  grandeur.  Mats  fi  celle  du  revers  eft 
^lus  petite  , il  luf  donne  le  nom  de  comrafigillum. 
î_  ne  veut  pas  qu  on  prenne  pour  contre-fiel  l'ima- 
ge reprcfejîEée  au  dos  du-lisâudê  Lcuis-ls-JeuBs^ 


C O N I Cj-j 

Ce  Prince  paraît  d'un  côté  comme  Roi  de  France  j 
& de  l'autre  comme  Duc  d’Aqiiitaine.  Ce  font 
aonc  J cDncfad  D.  Maoiilon  , deux  fceaux  d’égale 
grandeur  imprimés  fur  la  même  cire.  Se  qui  re- 
gs'dent,  deux  états  différens.  Mais  les  fceaux  da 
Roi  S.  Edouard  & des  Princes  Lombards  a'ont-ils 
pas  de  chaque  côté  des  empreintes  de  même 
grandeur  ? Cependant  ils  n’étoient  pas  Souverains 
4?._P^ufieurs  Etats  à-la-fois.  Laifibns-donc  cette 
dsitinftTon  plus  fubtile  que  néceifaire  , & appe- 
lons contre-fiels  toute  empreinte  faite  fitr  le  dos 
du  fceau  , pour  affûter  davantage  la  foi  des  ac- 
tes. Nous  ne  mettrons  pas  néanmoins  dans  la 
claffe  des  con-.re-fiels  les  revers  des  bulles  de  mé- 
ta!_  J parce  que  cette  efpèce  de  fceaux  eft  ordi- 
nairement figurée  des  deux  côtés  : l’empreinte 
de  l’un  ne  fe  fait  pas  féparéœent  de  celle  de 
1 autre.  Mais  les  contre-fiels  en  cire  ont  été  prin- 
cipalement inventés  , à l’effet  d’arrêter  les  coups 
de  main  des  fauffaires  affez  habiles  pour  enlever 
la  cire  du  revers  du  fceau  , le  détacher  , & le 
tranfporter  à un  aéte  fuppofé.  » 

Les  fceaux  de  cire  de  nos  Rois  de  la  pre- 
mière & de  la  fécondé  race  , ne  portent  point  de 
contre-fiels  , au-Iieu  que  ceux  des  Princes  Lom- 
bards en  eurent  dès  ie  x=  fiède.  D.  Érafme  Gat- 
tola  en  a publié  plufieurs  à la  fin  de  fes  Addi- 
tions a rîlifloire  de  V Abbaye  du  Miontcajïhu  Us 
font  appliqués  au  bas  des  Chartres  , & non  fuf- 
pendus.  C’eft  donc  fans  nul  fondement  que  le 
doéle  Heinecciiis  a prétendu  qu'on  ne  pouvoic 
mettre  de  contre- fiel  aux  fceaux  des  anciens  tems, 
parce  qu'ils  étoient  en  placard  & non  pendans. 
L'expérience  & la  raifon  proir/ent  le  contraire. 
Le  dos  de  la  charte  , Icellée  en  placard  , n’offre- 
t'ii  pas  ordinairement  une  aflez  grande  quantité 
de  cire  pour  recevoir  une  fécondé  empreinte  ? 

« Tous  les  contre-fcels  des  Princes-  Lombards 
font  de  la  même  grandeur  que  les  fceaux.  Mais  iï 
-y  en  a quelques  ■'li.ns  qui  portent  la  même  Icgend-e, 
ou  qui  n’ont  pçint  de  connexion  néceftaire  avec 
les  fceaux.  S.  Edouard  , Roi  d'Angleterre  , en 
avoir  un  fembîabie  vers  le  milieu  du  xjs  fiède  ÿ 
mais  l'înfcription  du  premier  côté  s'y~  trouve  ré- 
pétée au  fécond.  Ce  contre-fiel  n avoir  [xiint  par 
conféquent  de  lîaifon  eflèntielle  avec  le  fceau  , 

& l’on  pouvoir  fe  fervir  de  Fun  fans  l’autre.  Ces- 
caraâères  conftituent  la  première  8c  1-a  plus-  an.- 
cienne  efpèce.  de  contre-fiels.  =3 

cc  Ceux  dé  la  fécondé  font  empreints  au  revers 
d.es  fceaux  pendans , & leurs  images  font  pareil- 
lement de  la  même  grandeur  ; mais  leurs  légendes 
font  liées  avec  celles  des  fceaux  , ou  en  font  la 
fuite.  En  voici'  des  exemples  : Le  contre-fiel  de 
Guillaume  II,  Duc  de  Normandie,  ajoute  le 
titre  de  Roi  d'Angleterre  à celui  de  Patron  , oiu 
protecteur  des  Normands.  Celui  de  Louis-le- 
Jeune  lui  donne  le  titre  de  Duc  d'Aquitaine  , quî 
ffeft  que  la  fuite  de  l’înfcription  du- premier  côce. 

Es  gtasd  fcesu'  de-  Fsîcinand-ier^  Rot  d’Efpagm-i 


/ 


î çS  C O N 

a pour  légende  ; Ferdinandus.  Dei.  Gratia.  Rex. 
AragorMTTi.  Utriufque.  Sicilie  ,Irem.  (Jérusalem) 
VaLenciU.  Le  contre-fcel  de  grandeur  égale  achève 
ainli  la  légende  ; M.ajoritarum.  Sardine.  Corfice. 
Cornes.  Barchinone.  Dux.  Atkcnarum.  Le  fceau 
de  Hugues  le  Brun , Comte  de  la  Marche  & d’An- 
goulême  de  l’an  1 301  porte  ; S.  Hugonis.  Brun. 
Comitis.  Marckie.  Le  contre-fcel  de  même  gran- 
deur ajoute  : Ft  EngoUfme  : & : Domini  : 
Leiniaci.  ” 

« La  troifième  efpèce  de  contre-fcel  offre  des 
images  ou  des  fymboles  de  moindre  grandeur  que 
le  fceau  ; mais  on  n’y  voit  point  d’infcription. 
Tels  font  les  contre- fais  de  Philippe- Augulte  & 
des  Rois  de  France  fes  fucceffeurs,  de  Hugues 
d’Amiens , Archevêque  de  Rouen , & de  pluheurs 
autres  Prélats  , Princes  •&  Seigneurs  des  xii  & 
xiii'^'fîècles.  Ces  fortes  de  contre-fcels  ne  font  tels 
eue  par  l’ufage  qu’on  en  a fait  en  les  imprimant 
au  dos  des  fceaux  pendans.  Ce  font  de  fîmples 
cachets  ou  fgnets , dont  on  pouvoit  fe  fervûr  in- 
dépendamm.ent  du  fceau.  « 

' cc  H y a un  grand  nombre  de  cop.tre-fcels  plus 
petits  que  le  fceau  ptincipiil  ^ & qui  néanmoins 
en  font  inféparab'es , parce  qu’ils  n’en  font  que 
la  continuation  ; &:  ils  forment  la  quatrième  ef- 
pcce,  dont  les  exemples  font  com.muns  dans  le 
recueil  des  fceaux  de  Flandre.  Celui  de  Philippe 
d’Alface , en  1164,  a pour  légende  : Sigillum 
Fkilifpi , Corritis  Fianarie  ; le  contre-fcel  pour- 
ftiit  5 &'  yiromaniie.  Le  fceau  de  Baudouin  , en 
Il 91  J porte:  Balduinus  Cornes  Flandrie  & Fia- 
noie  ; le  contre-fcel  ■À]oXLtf.  Marckio  Namuci.  On 
lit  fur  le  fceau  de  Marguerite  fon  époufe  : Mar- 
gareta  Comitijfa  Flandrie  é Hanoie  , & au  contre- 
fcel,  Marckionijfa  Namuci.  Tous  ces  petits  fceaux 
ou  contre-fcels  expriment  leur  union  avec  le  grand 
fceau  ; enforte  qu’il  n auroit  guère  été  poflîble 
de  les  employer  féparément.  Nous  mettons  dans 
la  même  claffe  tous  ceux  qui  ont  des  inferiptions 
vagues , & qu’on  ne  peut  appliquer  à perfonne  en 
paniculier  fans  le  fecours  du  grand  fceau.  Tels 
font  les  contre-fcels  fur  lefquels  on  lit  : Secretum 
Comitis  : Sécrétant  meum  , ou  Secretum  meum 
michi  .*  F ef  imomum  veri  : Clavts  Sigilli  : Ueutn 
time  : Secretum  colas:  Ave  Maria  gratia  plena  : 
Deus  in  adjutorium  meum  intende  , 6v.  ; Secretum 
efi  : Secretum  ferva  : Secreti  eufios  : Secretum  veri  : 
Sigillum  veritatis  : Secretum  : Annulare  fecre- 
tum  , é'c. 

cc  On  ne  manque  pas  de  contre-fcels  fingulièrst 
qui  ccnfticiient  une  ciirquième  efpèce.  Ce  font 
ceux  qui  nont  nulle  connexité  avec  le  grand 
fceau  , S:  qui  cependant  ne  peuvent  fervir  fins 
lui.  Ttl  efl  le  contre-feel  de  l’Empereur  Charles  IV, 
qui  porte  une  aigle  éployée , avec  ce  vetfet  d'n 
pfeaume  57  : Jufte.  Judicite.  Filii.  Flominurft.  Tel 
tOtçXiCOKtXz  contre-fcel  fans  infcviption  de  Henri, 
Duc  de  Brunfwick  , dont  l’empreinte  n’eft  nu!!e- 
iKisnt  relative  àu  grand  fceau.  On  range  dans  la 


C O N 

même  claffe  les  trois  contre-fcels  ornés  chacun 
d’une  fleur  de  lys  , &c  imprimés  fans  légende , au 
dos  du  fceau  de  Volrade,  Évêque  d’Halberflad , 
én  1257. ” 

==  La  fixième  efpèce  de  contre  fcels  comprend 
ceux  qui  s’annoncent  eux-mêmes  pour  tels  par  le 
mot  contra  fl  gillum  , qu’ils  portent  à la  tête  de 
leurs  légendes.  Les  exemples  en  font  tres-nora- 
breux  dans  les  recueils  des  fceaux  de  Bourgogne 
& de  Flandre.  On  lit  fur  le  grand  fceau  d’Othon , 
Comte  de  Bourgogne  , de  l’an  1279:  Sigillum. 
Othonis.  Comitis.  Falatïni.  Burgandie.  Domini. 
Saline  ; ZU  contre-fcel:  Contras.  Othonis.  Co- 
mitis. F alatini.  Burgü.  Le  fceau  de  Gui-,  Comte 
de  Flandre,  de  l’an  1264  , tepréfente  un  cavalier 
avec  cette  épigraphe  : Sigillum  Guidonis  Comitis 
Flandris.  ; & fon  contre-fcel  porte  1 écu  de  Flan- 
dre avec  ces  mors;  Contrafgillum  Guidonis.  Le 
contre-fcel  de  la  Cour  du  Duc  de  Bourgogne  avait 
pour  légende,au  xV'lîècle;  Contrafgillum.  Curie. 
Ducis.  Burgandie.  N txs  l’an  1483,  la  Cour  Sou- 
veraine de  Brabant  fe  fervoit  dun  contre-fcel 
dont  voici  la  légende;  Contra.  Sigillum.  Ojiina- 
tum.  in.  Brabar.cia.  Tous  les  contre-fcels  ou  Coz- 
trafgillum  eft  écrit  en  abrégé,  & do.nt  les  légen- 
des offrent  ce  mot  écrit  tout  au  long , fans  ajou- 
ter le  nom  de  celui  à qui  le  contre-fcel  appartient, 
fe  rapportent  à cette  fixièm.e  efpece.  » 

ce  La  feptième  renferme  tous  les  contre-fcels 
qui  portent  dans  leurs  légendes  la-  dénomination 
de  Sigillum  minus.  Ce  font  de  petits  fceaux , 
on  pouvoit  faire  un  autre  ufage  que  celui  de 
coutFe-Jc  elLei‘m  Xcl  cft  celui  dont  Albert  3 Archiduc 
d’Autriche,  & Ifabelle  , Infante  d’Efpagne  , fon 
époufe  , fe  fervoient  pour  le  Duché  de  Gueldres. 
La  légende  étoit  ; S.  minus.  Ducat.  Gueldrie.  Et. 
Comitatus.  Zutpkanis..  La  même  infeription  pa- 
role fur  le  contre-fcel  ou  petit  fceau  de  Philippe  1\ , 
Roi  d’Efpagne  , & Souverain  des  Pays-Bas.  » 
cc  Les  petits  fceaux  qui  fervoient  à contre-feller, 
& qui  cependant  étoient  appelés  dans 

leurs  légendes conftituent.  la  huitième  efpece  de 
contre-fcel.  Celui  d’.Amédée  , Comte  de  Savoie , 
de  l’an  I3a7  , porte  la  croix  de  Savoie  , canton- 
née de  trois  foleils , avec  cette  infeription  : Sigd- 
lum  Amedei.  Comitis.  Sahauàie.  Celui  de  LoUiS  , 
Comte  d’Evreux  , fils  du  Roi  de  France,  de  I an 
1 307  , porte  l’écu  écartelé  des  armes  de  France 
& d’Évreux , avec  ces  mots  ; Sigillum.  Comitis. 
Ehroicenfis . Enfin  le  contre-fccl  d'Eudes  , Duc  de 
Bourgogne  , de  l’an  1337,  porte  l’écu  des  armes 
de  Bourgogne  , avec  cette  infeription  : Sigihum. 
Ducis.  Burgundis.  Contani.  Ces  petits  fceaux  fer- 
voient non-feulement  de  contre  - fais  , mais  on 
les  employoir  féparément  pour  fceller  les  expé- 
ditions ordinaires  & les  aéfes  moins  imporrans.” 

cc  La  neuvième  efpèce  de  co  trre- fcels , fe  Qi-tm- 
gue  par  l’idenûté  ou  la  refiernblance  prefque  en- 
tière de  fes  figures  & de  fes  inferiptions  avec  cecies 
du  grarsd  fceau.  Celui  dont  Thierri , Comtç  .o£ 


C O N 

Randre  J fe  Tervoit  en  1159^  reprérente  ce  Prince 
cheval  avec  cette  legende  ; Theodericus  dï  gra- 
tta^ Flandrenfium  Cornes  ^ & fon  contre-fcel  fait 
voir  la  tete  du  Comte  avec  la  même  épigraphe. 

fceau  dont  Rodolphe.  Évêque  d’Halberftad, 
ïcellojt  en  1146.  le  repréfente  aflls  tenant  un  livre 
a i3  mam.^  Au  comre-feel  on  voit  le  même  Prélat 
reprefenté  un  peu  plus  qnà  demi-corps  vêtu 
û un  autre  habîts  mais  Irafcription  ell  *la  même 
que  celle  du  fceaii.  II  y a dans  celui  d’Adolphe . 
Comte  de  Dalle  . de  Tan  izpo . un  écu  chargé  de 
EX  befansou  tourteaux,  au  milieu  de  deux  cornes 
de  cerf  a trciis  andouillets  . le  tout  environné  de 
rinceaux  , avec  cette  légende  : Sigillum  r 
Abolfi  : CoMiTis  : de  : Dasle.  Au  contre-fiel, 
^ forme  d’éculfon.  on  retrouve  les  cornes  de  cerf 
& 1 infcription.  Ces  petits  fceaux^  feryant  de  con- 
tre-fieds  ^ prirent  infenfiblement  la  place  des 
grands  parc^e  qu’ils  parurent  plus  commodes.  » 

“ Ça  dixième  efpèce  renferme  les  contre-fiels 
qui  n appartiennent  point  au  fceau  principal,  mais 
a celui  de  quelque  perfonne  dont  il  n’ell  pas 
meme  fait  mention  dans  Faéie  fcellé.  Le  Doâreiir 
Leyfer  donne  deux  exemples  de  ces  fortes  de 
eomre-ficels  étrangers  & empruntés,  i^.  Le  fceau 
tnanguîaire  d un  Seigneur  Adsmand,  de  Tan  rzpi. 
elt  en  forme  d’écu  . repréfentant  dans  fa  partie 
fuperieure  un  léopard  au  chef  ranapant . d:  dans 
fa  partie  inférieure  une  aigle  éployée.  On  lit  au- 
tour : Si . Rodolphi.  nobilis.  de.  Depholte. 
i-'S  contre  feel  un  petit  fceau  oblong  8c  en 
ogive  , chargé  feulement  d’une  aigle  éployée  . 
avec  cette  infcription  ; S.  Henrici.  Past. 
EccE.  Berenstorp.  z*°.  Le  fceau  rend,  dont  un 
Genriihomiiie  Allemand  fe  fervoit  en  12,93.  pré- 
fente  dans  un^  champ  en,  échiquier  un  éeuflbn 
oblong  . rempli  d’un  autre  d’une  forme  ordinaire .. 
qui  ed  lurmonte  & entouré  de  plumages  ou  de 
feuillages  . avec  cette  infcription  ; S.  CoN- 
RADI  DE  WeRBERGE.  Au  contre-fiel  on  voit  Un 
homme  nud.  la  tête  rafée.  alEs  fur  une  chaife  . 
écrivant  dans  un  livre  pofé  fur  un  pupitre  . avec 
cette  légende  : S.  Johis.  Pleb’.  in  Vesdbaddel. 
Le  titre  de  Plebani  ajouté  au  mot  de  Jokannis  . 
montre  que  c’eft  encore  ici  le  fceau  d’un  Curé. 
Les  nobles  fe  fervoient  fouvent  des  fceaux  ecclé- 
iaftiques  pour  contre-fieller , afin  de  donner  plus 
Q autorité  à leurs  propres  fceaux.  ou  parce  que 
iés.  Clercs  dveflbient  les  aétes  . quoique  leurs 
nomsn  y patulTent  pas  » 

Ec  On  a encore  découvert  des  contre-fiels  plus 
anguliers  dont  on  peut  faire  une  onzième  ef- 
p^e,.  Ce  font  des  ntr e-fids  de  contre-fiel ÿ c’eft- 
a-dirç.  qitun  contre-fiel  devenu  un  fceau  prin- 
cipal., au  dos  duquel  on  a mis  un  autre  contre—  [ 
fiel-  le.  elt  le  fceau  rond  de  la  cour  eccléfiaf-  i 
tique-  d.ialberft au  . du  fiècle.  On  voit  au  j 
premier  coté  le  bulle  d’un  Évêque,  portant  une 
Sc  ornée  d’un  cercle  de  perles  j,  au.-  ' 


C O N 15^ 

^ffus  duquel  il  y a deux  croix.  On  lit  autour  : 
^ S.  Curie.  Halberste.  Episcop.  Le  contre- 
Jed  eft  pareillement  orbiculaire . mais  beaucoup 
P petit.  Une  crofTe  entre  deux  branches  d’ar- 
brilieau  & deux  pommes,  occupe  le  champ.  On 

• *4*  S.  FaM.  ANO.  DI.  M.  CC.  XCI  . 
C -a-dire  y SigHlum  faSiam  cpm-q  I^omini  129I, 
e D-odleur  Chnifephe  Leyfer  ateeite  eu  il  a vu 
ioKvent  le  même  fceau  principal  de  FÔ^ciaîité 
Daiberirad.  fervir  de  contre-fcel  aux  diplômes  des 
Lveques  ae  cette  ville. 

EE  Éa  douziè.me  & dernière  efpèce  de  contre- 
fiels  eft  la  plus  connue.  Elle  fe  earaâérife  par  les 
mots  ficretum  & figillum  fecreti,  qui  paroiflent 
dans  fés  légendes.  On  s’en  fervmit  pour  les  expé- 
ditions & les  lettres  particulières  Dedà  le  nom 
de  foeaiix  fecrets  ou  i&fecret  qu’on  leur  a donné. 
Les,  aipiômes  munis  du  fceau  public  . ou  du  grand 
fee^  . conjointement  avec  celui  du  fecret^iont 
d autant  plus  dignes  de  foi . qu’ils  annoncent  que 
ics  empreintes  ont  été  faites  par  le  Prince  lui-- 
meme  . par  l’Évêque  . par  le  Garde  du  fceau  fe- 
cret.  &c.  ; _au-lieu  que  les  grands  fceaux  ordi- 
raires  n’étoient  quelquefois  appofés  que  par  des 
Officiers  fubalternes.  » 

^ Ec  Les  petits  fceaux  ou  contre-ficels  , dont  les 
- légendes  commencent  par  fiecretum  , font  en  três- 
pand  nombre.  On  en  trouve  des  exemples  dans 
j^®tecuei!s  de  fceaux  de  Bourgogne,  de  Flandre 
d Angleterre  & d’.A.Ilem3gne.  Le  contre-fcel  de 
Guillaume^  de  Grar^ey , ckd’an  1270  . a pour 
légende  : Secretu.  Guilli.  de  Grancey. 

On  lit  au  revers  du  fceau  de  Béiftrix . Duehefte 
de  Bourgogne  , de  l’an  izyCt  Secretdjæ 
Seatricis.  Filie.  Régis.  Navar.^^ 

EE  Les  petits  fceaux  ou  contre-fiels  qui  ajoutens 
figillum  devant  fecretum  ou  fierai . ne  font  pas 
moins  nombreux  que  ceux  qui  le  foopriment  Eiî 
voici  des  exemples  tirés  du  recueil'  d’Olivier  de 
Arée.  Le  contre-fid  du  grand -fceau  de  Guillaume 
de  Dampierre  . héritier  du  Comté  de  Flandre  . 
n’a  point  d’autre  légende^  que  celle-ci  : Sigillum: 
ficreü.  On.  lit  fur  le  petit  fceau  de  Philippe-ie- 
Hardi  .,  Duc  de  Bourgogne  r S.  Secreti.  PkiUppî. 
fini.  Regis.  Francor.  Ducis.  Burgandie-^^- 
^ EE  On  a donné  le  nom  de  fceau  fecret  aux. 
fignets  . cachets  & autres  petits  fceaux  fans  lé- 
gendes . ou  avec  des.  légendes  qui  n’expriment' 
point  le.  mot  fecretum.  L’ufage  des  uns  &’des  au- 
tres . plus  ou  moins  fréquent,  remonte  fort  haut.. 
Les  coi}xre-fiels  de  même  grandeur  que  le  fceaiz 
principal,  commencèrent  en  Italie  dès  le  fiêcle. 
Ceux  à qui  leur  moindre  volume  a fait  donner  le 
nom  de  petits  fceaux^ ou  cachets  ..ne  furent  pas. 
inconnus  au  xi^  iiecle  . puirque  l’Empereutr 
Henri  III . qui  vécut  jufqu’en,  loyé . fcella  de 
fon  Çceau  fecreî  &,  cela  par  prédiiséiioo:  les 
diplôme  qu.’il  accordas  ans  KdigieBfos  de-  Ni- 
veüe-» 


too  C O N 

cc  Le  Roi  Louis-Ie-Jeune  introduifit  Tiifage  du 
petit  fceau  ou  cachet  pour  contrc-fceller.  La  mode 
s'en  étabht  à la  Cour  des  Comtes  de  Plaiidre,  vers 
le  milieu  du  xii'  iîècle.  On  ne  trouve  point  de 
contre-fceis  imprimés  au  revers  des  fceaux  des 
■grands  Seigneurs  inféricuvs  aux  Princes  Souverains 
avant  ce  temps-ià.  On  cite  Dugdale  pour  prouver 
que  les  contre-fcels  ne  vinrent  à la  mode  chez  les 
Ànglois  que  vers  Tan  iii8.  Mais  cet  Hiftorien-ne 
parle , à ce  qu  il  paroit , que  de  1 ecu  armorial  des 
Seisneurs.  Circa.  annum  iZiB  j dit-il , Dommi  qui 
in  l’gUlis,  more  fvlito  habebant  équités  armatos 
cum  gladiis  , nunc  in  dorjo  figillorum  arma  fua 
pcfuerant  de  ncvo  in  fcutis.  H eft  difficile  de  croire 
que  la  haute  noblelie  d'Angleterre  n’ait  point  eu 
de  cachets  ou  petits  fceaux  au  xii'  fiècle.  Ale- 
xandre 1 , Roi  d’Écoffe  , introdu’.ht  dans  fa  Cour 
l’ufage  du  contre -fccL  égal  en  grandeur  au  fceau 
principal  ; mais  ni  lui  ni  les  Rois  d’Angleterm  du 
mênre  temps  ne  fe  fervirent  jamais  du  petit  Iceau 
fecret  conjointement  avec  le  grand  , comme 
firent  les  Rois  de  France  & les  Comtes  de  Flan- 
dre- " , e.  . 

cc  Les  cachets  ou  çonire-feels  des  tveques  pa- 
roîfient  plus  anciens  que  ceux  des  Seigneurs  laï- 
ques. Hugues  d'Amiens,  qui  fut  élevé  fur  le  liège 
^rchiépifcopal  de  Rouen , l’an  113b  , en^  avoir 
deux  différens.  Chrilîophe  Levfer  a publie  celui 
que  Rodolphe,  Évêque  d'Haîberliad,  iraprimoir 
au  dos  de  fon  fceau  en  1146.  » 

cc  Gudenus  rapporte  tme  charte  de  Gérard  ^ Ar- 
chevêque de  Mayence  , de  l'an  12.94  , qui  fait 
mention  du  coptre-fcel  en  ces  termes  : Sigillum 
noflrum  curri  appenjîqne  nofiri  fecreti  figHH  à tergo 
haie  pagini  efi  appenjum.  Cette  formule  prouve 
que  les  contre-fcels  n’étoient  pas  toujours  impri- 
més au  dos  des  fceaux , mais  qu'on  les  fufpendoit 
féparément  aux  Chartres.  En  effet , Heineccius  & 
DÛcange  obfervent  que  le  contre-feel oii(ce.\  fecret 
pendoit  quelquefois  au  grand  fceau , alors  il  étoit 
appelé  fubfîgillum, 

« Quelques  noms  qu’on  ait  donnés  aux  petits 
fceauxjilsfervirent  non-feulement  à contre-fceiler , 
mais  ils  tinrent  encore  lieu  des  grands  fceaux  au- 
thentiques abfens  ou  jugés  non  nécciTaires,  fur- 
tout  quand  il  ne  s’agiffoit  que  d'affaires  particu- 
lières ou  d’expéditions  peu  importantes.  Il  y a 
plus  : on  s’ell  quelquefois  fervi  du  fceau  fecret  par 
préférence,  témoin  l’Empereur  Henri  111 , qui 
en  fcella  un  diplôme,  pour  donner  aux  Religieu- 
fes  de  Nivelle  une  marque  de  fon  affeélion  parti- 
culière. Le  fceau  fecret  de  ce  Prince  étoit  donc 
regardé  comme  authentique  en  Allemagne  vers  le 
milieu  du  xi'  fiècle.  De  pareils  fceaux  ne  paf- 
foieiit  pas  encore  pour  tels  aux  xui  Sf  xiv?  dans 
quelques  Provinces  de  France,  ou  , pour  mieux 
dire  , on  variole  far  leur  autorité.  On  voit  Henri 
de  Vergi , Sénéchal  de  Bourgogne  en  1146,  dé- 
clarer qu'il  a fceiié  une  charte  de  fon  contre -feel 
feuiemenî , parce  qu'il  n’avoi:  point  alors  d'aHtrg 


C O N 

fceau,  &r  s’engager  par  fermejit  de  la  fce’ler  d’ua 
fceau  authentique  dès  qu'il  en  aura  un.  Chules, 
Prince  de  Salerne,  n’ayant  point  encore  fait  faire 
de  fceau  après  être  forti  de  prifon , fcella  une 
obligation  de  fon  anneau  à trois  faces , & écrivit 
de  fa  propre  main  : Credatis. 

« Le  recueil  des  Ordonnances  de  nos  Rois  de 
la  troilième  race,  fournit  un  très-grand  nombre 
de  lettres-roy’aux  fcellces  feulement  du  fceau  fe- 
cret. Philippe  de  Valois  portoir  un  cachet  ou  petit 
fignet  pour  fceiier  , fur-tout  dans  1 abfence  du 
grand  fceau.  Le  Chancelier  ne  devoir  appoier 
celui-ci  qu'aux  Lettres -Patentes,  auxquelles  le 
petit  fceau  du  fecret  avoir  été  mis  auparavant.  D, 
VailFette  a publié  une  charte  de  J than  aîné , fds 
ci  Lieutenant  du  Rot  de  France  , Duc  de  Florman- 
die , donnée  à Carcaffonne  le  1 1 d .4out , 1 an  de 
grâce  1344 , fous  le  fceau  du  fecret,  en  1 abfence 
du  grand.  Les  provilîons  de  1 office  de  Gardiea 
des  Juifs  dans  le  Languedoc , données  1 an  1359 
par  Jean , Comte  de  Poitiers,  fils  du  Roi , & fon 
Lieutenant  dans  cette  Province , furent  fcellees 
de  fon  contre-feel  feulement-  D.  Martenne  a pu-, 
blié  des  Lettres-Patentes  de  Charles , fils  aîné  eu 
Roi  de  France , Duc  de  Normandie  (i  Dalpnin  de 
Vienne  , fcellées  d‘ un  petit  fceau  de  cire  rouge  jur 
fimple  queue.  « 

Cf  L’Ordonnance  faite  à Compiegne  le  14 
de  Mai  135S  , en  conféquence  de  î’affenablee  des 
trois  États  du  royaume  , régla,  par  1 article  xii, 
que  les  Lettres-Patences  ne  feroient  point  fcellees 
du  fceau  fecret , à peme  de  nullité  , fi  ce  n Çtoit 
dans  le  cas  de  néceffité , ou  lorfqu  il  s agiroi^iU 
gouvernement  de  l'hôtel  du  Roi.  La  meme  Or- 
donnance ne  permet  de  feeller  du  fceau  fecret  que 
les  lettres  clofes , qui  font  devenues  fi  célébrés 
depuis  un  fiècle  , fous  le  nom  de  lettres  de  cacnet.  ^ 
On  a cependant  des  Patentes  du  18  Mai 
fceilées  du  fignet  & du  fiel  fecret  du  Roi , 
il  veut  être  obéi  comme  à fon  grand  fiel , lequel  ej 
dbfint.  Le  Procureur  du  Roi  du  Châtelet  préten- 
dit que  ces  Lettres-royaux  ne  dévoient  point  avoir 
d'exécution  , parce  qu’elles  n'avoient  point  eta 
palfées  par  l'examen  du  grand  fceau  & de  la  chan- 
cellerie de  France , & en  la  manière  accoutume^. 
Mais  le  Roi  Charles  V les  confirma.  Charles  V I 
déclara  que  des  Lettres-Patentes , & un  aae  rait 
& figné  de  fa  main  , & fcellé  de  fon  fceau 
auroient  autant  d’autorité  que  s’ils  étoient  fcc  es 
de  fon  grand  fceau.  Charles  de  Recours  ayant  ete 
inifitué  Amiral  de  France  , fes  provifions  ne  tu- 
rent fcellées  que  du  fceau  fecret  du  Roi , 
qu’on  n’avoit  pas  en  main  celui  de  la  chancellerie- 
Il  fut  néanmoins  reçu  au  Parlement  le  » J'ti 
1418.  Enfin  , la  Thauma.ffière  cite  des  Lettres- 
Patentes  de  Charles  VH , de  l’an  1439  3 
du  fcel  ordinaire  en  l’ abfence  du  gpnd.  On  z* 
que  celui-.ci  a été  fouvent  remplacé  par  le  Icea 
du  Châtelet  de  Paris.  >’  , /• 

f.  En  diyerfes  oeçafioES  les  autres 


C O N 


fervoienc  aHflî  de  leurs  fceaux  fecrers , à k place 
du  grand.  Magnus  j Roi  de  Suède  j fit  une  dona- 
tion 1 an  , par  un  diplôme  dont  voici  la 
conclufion;  In  cujas  evidentzam  firmiorem  , fecre- 
tum  noftrum  , JigiLlo  non.  prefente  , prejentzbus  eft 
&.ppenfum.  Il  gR  à préfumer  que  dans  les  bas 
temps  J les^Rois  d'Angleterre  auront  quelquefois 
fubllitue  à leur  grand  fceau  leur  cachet , appelé 
griffon.  « 

« Outre  les  fceaux  équeilres  réfer vés  aux  aéies 
les  plus  folemnels  , la  plupart  des  Ducs  , des  an- 
ciens Comtes  & des  Chevaliers  de  la  haute  no- 
bleffe  eurent  3 fur-tout  aux  xni  & xiv®'  fiècles^ 
ae  petits  fceaux  pour  les  expéditions  ordinaires. 
Ces  fceaux  fecrets  , ainfî  que  ceux  des  Évêques^ 
devinrent  authentiques  à mefure  que  les  uns  & 
les  autres  cefsèrent  de  faire  repréfenter  leurs  ima- 
ges fur  leurs  grands  fceaux.  Ce  changement  pa- 
avoir  commencé  dès  le  xiiî=  fiècle , quoi- 
qu'il n'ait  été  confommé  qu’au  xv^  Ce  fut  alors 
qu  on  ne  vit  plus  guères  fur  les  fceaux  que  des 
armoiries-  « 

CONTRIB.  D.  Contribulibus  dédit.  Les  mem- 
bres de  la  même  tribu  étoient  appelés  contri- 
bules. 


CONTRÔLEUR.  Voyet^  Contrascriba. 

CONTUBERNALES.\  , . „ 

CONTUBERNIUM.  f Romains 

lageoient  onze  fous  la  même  tente  j félon  Ve- 
gece  ( il.  il.)  Siztgula  contubernia  , hoc  efi  , un- 
decim  homines  deputantur.  Hygin  ( Cafiram.  p.  \.') 
n’en  compte  que  huit  par  tente.  Cette  chambrée 
étoit  appelée  eontubernium , & ceux  qui  la  for- 
moient  étoient  défignés  par  le  mot  contuher- 
nales. 

Le  mot  contzibernales  avoir  encore  une  accep- 
tion moins  étendue.  Il  défignoit  les  jeunes  Ro- 
mains de  naîiTance  illuftre , qui  accompagnoient 
les  Généraux  en  qualité  de  volontairesj  pours’inf- 
truire  dans  l’art  du  commandement. 

CoTztaberfzium  défigna  auiTi  le  mariage  des  ef- 
claves,  qui  ne  produifoit  que  des  efclaves,  par  op- 
pofition  au  mariage  des  citoyens  libres  ^ appeié 
conjligîum. 

L’habitation  fous  le  même  toit  fat  appelée  con- 
tzzberniam. 


OU  lance  courte , 


CONTUS  , 

KONTos,  >•  épieu 

venabulvm  ,y 

ferrée  par  un  feul  bout.  C’éroit  l’arme  ordinaire 
de  ceux  qui  chailoient  la  groffe  bête.  II  y avoir 
dans  iCs  armées  Grecques  &:  Romaines  des  cava- 
liers zçptlés  contarii  J qui  portoient  pour  armes 
de  jet  ces  epieux. 

Lorsqu  cm  a;oiitoi;^à  la  pointe  àii  contus  un 
croc  , c croit  alors  1 infirument  des  bateliers  , 
contas  nautarum. 

-*  A^ntiqiiités  ^ Tome  IL 


C O N 201 

fOn  voit  foavent  fur  les  marbres  antiques , des 
chaleurs  armés  d’épieux  ^ dont  le  dard  reffemble 
à celui  d’une  lance  ^ & eft  renflé  dans  fon  milieu  j 
lis  portoient  quelquefois  ces  épieux  renverfés. 

CONVENTUS  , affemblée  du  peuple  d’une 
province  Romaine  J indiquée  par  le  ProconfuI  ou 
le  Propréteur  à certain  jour  St  dans  certaine  ville 
de  la  Province.  Dans  ces  cotzventas  , les  Magiftrats 
publioient  les  Ordonnances  du  peuple  Romain  ou 
des  Empereurs:,  & rendoient  la  juftice  fans  ap- 
pel. Sicalorum  civitatibus  Syraeufas  , dit  Tite- 
Live  ( XXXI.  2ç).  ) , aut  Meffanam  , aut  Lilyb&iim 
irtdicitar  conciliam  a Rr&tore  Romano  , convezitas 
agitar  : eo  imperio  evocati  conveniunt.  Les  Magif- 
trats tenoient  ordinairement  les  conventus  pendant 
1 hiver  , parce  que  la  rigueur  de  la  faifon  fufpen- 
dant  les  opérations  militaires  j ils  quittoient  les 
camps , &■  parcouroient  les  provinces  pour  j 
-.tendre  la  juftice  : Exercitum  per  légat  os  in  hy  berna, 
dedaxit.  ( Hiri.  Bell-  Gall.  viii.  éff.  ) Paucos  ipfe 
dies  in  provincia  'moratus , cam  celeriter  omnes 
conventas  percucurriffet  , pùblicas  controverfias  co- 
gnoviffet  , tandem  ad  legiones  in  Belgium  fe  re- 
cuit. 

CONVIVATOR , celui  qui  donne  un  repas. 
Horace  dit  ( Sat.  il,  8-  j}.  ) : 

Sed  convivatoris  , uti  ducis  ^ ingéniant  res 
Adverfs,  izudare  folent  ^ celare  fecundk. 

CONVIVE.  Dans  les  jrepas  des  Romains^  il  y 
avoir  des  convives , des  ombres  & des  parafitesj 
les  derniers  étoient  appelés  ou  tolérés  par  le  maî- 
tre de  la  maifon.  Les  ombres  étoient  amenés  par 
les  convives.  Tels  étoient  chez  Nafidiénus  , Ba- 
latro  & V ibidius  , quos  Mxcenas  addaxerat  ambras. 
On  leur  deftinoitle  dernier  des  trois  lits  , c’eft  à- 
dire , celui  qui  étoit  à la  gauche  du  lit  milieu. 
Ksyer  Lit  de  table. 

hzs  convives  fe  rendoient^u  repas  à la  fortie 
du  bain  ^ avec  une  robe  deftinée  uniquement 
aux  felHns  & qu’ils  appeloient  veffs  canatoria  , 
triçlinaria,  convivalis  : elle  étoit  ^ pour  le  plus 
fouvent;,  blanche  , fur-tout  dans’ les  jours  de  fo- 
kmnité.  C’étoit  chez  les  Romains ,,  comme  chez 
les  Orientaux  J une  indiferérion  puniffablc  de  fe 
préfenter  dans  la  falie  du  feftin  fans  cette  robe. 
Cicéron  fait  ffin  Vatin.  c.  I2.  ) un  crime  à Vati- 
nius  d’y  être  venu  en  habit  de  deuil , atratus 
quoique  le  repas  fe  donnât  à i’occafîon  d'une  cé- 
rémonie funèbre.  Capitolin  raconte  que  Maximin 
le-fils^  encore  jeune  J ayant  été  invité  à la  table 
de  l’Empereur  Alexandre  Sévèrç  n’ayant  point 
d’habit  de  table , on  lui  en  donna  un  dé  la  garde- 
robe  de  l’Empereur. Cet  habit  étoit  une  cfpèce  de 
draperie  légère  , comme  il  paroît  fur  les  bas- 
reliefs,  & qui  étoit  un  peu  plus  longue  que  ic 
palliam  des  Grecs.  Martial  reproche  à Lufeus 

C q. 


202  C O N 

d’en  avoir  plus  d’une  fois  emporté  chez  lui  deux 
au-’iieu  d‘un  , de  ia  maifon  où  il  avoir  foupé. 

On  détachoiî  ordinairement  les  fouliers  des 
convives , on  leur  lavoit  Se.  parfiimoit  les  pies 
quand  ils  venoient  pren 're  leurs  places  fur  les  lits 
qui  leur  étoient  deftinés.  Cet  ufage  avoir  pour 
objet  de  ne  pas  expofer  à la  boue  &:  à la  pouf- 
fîère  les  étoffes  précieaies  dont  ces  lits  étoient 
couverts. 

Mais  une  chofe  qui  paroîtra  ici  fort  bizarre, 
c’efl  que  long-temps  même  après  le  fiècle  d’.Aii- 
guile , ce  n’étoit  point  encore  la  mode  que  l’on 
fournît  des  ferviettes  aux  convives  , ils  en  appor- 
îoient  de  chez  eux. 

Tout  le  monde  étant  rangé  fuivant  l’ordre 
établi  par  un  maître  des  cérémonies , prépofé  à 
robfervation  de  cet  ordre  , on  apportoit  des 
xoupes  qu’on  plaçoit  devant  chaque  convive.  Sué- 
tone, dit  qu’un  Seigneur  de  la  Cour  de  Claude 
ayant  été  foupçonné  d’avoir  volé  la  coupe  d’or 
qu’on  lui  avoir  fervie  , fut  encore  invité  pour  le 
lendemain  ; mais  qu’au  lieu  d’une  coupe  d'or , 
telle  qu’on  en  préfentoit  aux  autres  convives  , on 
Ee  lui  fen  it  qu’un  vafe  de  terre. 

Après  la  dillribution  des  coupes  , on  apportoft 
le  premier  fervice  du  repas.  Dans  les  grandes 
fêtes  J lesefclaves , ceux  de  la  maifon  & ceux  que 
les  particuliers  avoient  amenés,  qui  demeuroient 
debout  aux  pieds  de  leurs  maîtres , étoient  cou- 
ronnés de  fleurs  & de  verdures , ainfl  que  les  con- 
vives , & il  n’y  avoir  rien  alors  qui  n’infpirât  la 
joie. 

Quand  un  amd,  un  parent , un  voifin  n’avoit 
pu  venir  à un  repas  où  il  avoir  été  invité  , on  lui 
en  envoyoit  des  portions  j & c’eft  ce  qui  s’appe- 
îoit  parus  mittere,  ou  de  mensa  mittere. 

Pendant  le  repas , les  convives  avoient  coutume 
de  boire  à la  fanté  des  uns  & des  autres,,  de  fe 
préfenter  la  coupe  , & de  faire  des  fouhaits  pour 
le  bonheur  de  leurs  amis.  La  coupe  palToit  de 
main  en  main  depuis  la  première  place  juihu’à  la 
derni-ère.  Juvénal  dit*que  rarement  les  riches  fai- 
foient  cct  honneur  aux  pauvres  , & que  les  pau- 
vres n’auroient  pas  été  bien  venus  à prendre  cette 
liberté  avec  les  riches.  C'étoit  néanmoins , au 
rapport  de  Varron,  un  engagement  indifpenfable 
pour  tous  les  convives  , lorfque  pour  conferver 
l’ancien  ufage  on  avoir  élu  un  Roi.  Koyep  Roi  du 

FfSTIN. 

.Au  moment  que  les  convives  étoient  près  de  fe 
réparer,  ils  terminoient  la  fête  par  des  libations 
& par  des  vœux  pour  la  profpérité  de  leur  hôte 
& pour  celle  de  l’Empereur. 

Enfin  les  convives , en  prenant  congé  de  leur 
hcre , recevoienr  de  lui  de  petits  préfens , qui 
étoient  appelés  apopkoreta.  Entre  les  exemples 
que  nous  en  fournit  l’Hiftoire,  celai  de  Cléopâ- 
tre efl:  d’une  prodigalité  fingulière.  Après  avoir 
fait  an  fuperbe  feflin  à Marc- .Antoine  & àfes  Offi- 
ciers dans  k Cilicie  ^ elle  leur  doniu  les  lits  avec 


C O N 


leurs  couvertures , les  vafes  d’or  d’argent , les 
différentes  coupes  qui  avoient  paru  devant  chacua 
d’eux , avec  tout  ce  qui  avoit  fervi  au  repas.  Elle 
y ajouta  encore  des  litières  pour  les  reporter  chez 
eux , avec  les  porteurs  rrrême  , & des  efclaves 
noirs  pour  les  reconduire  avec  dés  flambeaux. 
( Athen.  iv:  ) Les  Empereurs  Vérus  & Elagabale 
imitèrent  Cléopâtre  j mais  ils  n’ont  depuis  été 
im-ités  par  perfonne.  ( Cet  article  a été  extrait  des 
Mém.  de  C Acad-  des  Belles-hettres  , 7.  pag. 
par  le  Chevalier  de  Jaucourt.  j, 


CONVOI  funèbre.  Tranfport  d’un  corps  de  la 
m.aifon  au  lieu  de  fa  fépulture.  Chez  les  Grecs  &: 
les  Romains , après  que  le  corps  avoit  été  gardé 
le  temps  convenable , qui  étoit  communément  de 
fept  jours , un  Hérault  annonçoit  le  convoi  à peu- 
près  en  ces  termes  : « Ceux  qui  voudront  aflifter 
w aux  obsèques  de  Titus  , fils  de  Lucius , font 
» avertis  qu’il  efl:  temps  d’y  aller } on  emporte  le 
» corps  hors  de  la  maifon.  Les  parens  & ies 
amis  s’afTembîoient  ; ils  étoient  quelquefois  ac- 
compagnés du  peuple , lorfque  le  mort  avoit  bien 
mérité  de  la  patrie.  On  portoit  les  gens  de  qualité 
fur  de  petits  lits  appelés  litières  ( leciies.  ) ou 
exaphores  , ou  oclapkores  , félon  le  nombre  ae 
ceux  qui  fervoient  au  tranfport.  Les  gens  du  com- 
mun étoient  placés  fur  des  fandapiies  ou  ^bran- 
cards à quatre  porteurs.  Le  feretram  paroît  être 
le  genre , la  leclica  & la  fandapile  les  efpèces.  Les 
pmrteurs  s’appeloient  vefpillones.  Le  mort  avori 
le  vifage  découvert  ; on  le  lui  peignoir  quelque- 
fois : s’il  étoit  trop  difforme,  on  le  couvroit. 

Dans  les  premiers  temps  le  convoi  fe  làifoit  de 
nuit.  Cette  coutume  ne  dura  pas  toujours  chez 
les  Romains , & ne  fut  pas  générale  chez  les  an- 
ciens. A Sparte,  quand  les  Rois  mouroient,  des 
gens  à cheval  annonçoient  par-tout  cet  événe- 
ment ; les  femmes  délioient  leurs  chevelures,  & 
frappoient  nuit  & jour  des  chaudrons,  en  accom- 
pagnant ce  bruit  de  leurs  lamentations.  Chaque 
maifon  étoit  obligée  de  mettre  un  homme  & une 
femme  en  deuil.  Au  lieu  de  bierre  les  Spartiates 
le  fervoient  d’un  bouclier.  Les  Athéniens  celé- 


broient  les  funérailles  avant  le  lever  du  folçil-  Les 
joueurs  de  flûte  précédoierrt  le  convoi  en  jouant 
l’air  lugubre  que  les  Latins  appeloienr  nmi^ 
Comme  on  avoit  multiplié  à l’excès  le  nombre 
ces  joueurs  de  flûte  , il  fut  reftreint  à dix  j ik 
étoient  entremêlés  de  faltimbanques  qui  geiticu- 
loient  & danfoîent  d’une  manière  exagérée;  mais 
cela  ne  fe  pratiquoit  que  pour  les  convois  de  gens 
aifés,  & dont  la  vie  avoit  été  heureufe._^  Cette 
marche  étoit  éclairée  de  flambeaux  Se  de  cierges» 
les  pauvres  allumoient  feulement  des  branches 
d’arbres  rélîneux.  Onfaifoit  accompagner  le  mort 
des  marques  de  fes  dignités  & de  fes  exploits  ; n 
y étoit  liîi-même  repréfenté  en  erre  au  milie"  de 
fes  aïeux,  dont  on  portoit  les  images  en  bufte  nut 
de  longues  piques  t ces  images  étoient  tirées  pous 


C O O 

Gct  effet  ds  la  falle  d entrcCj  & on  les  y repîacoit 
eriiaite.  Si  ic  mort  avoir  commandé  les  armees  ^ 
les  Icgions  formoient  Je  co.-ivoi  ; elles  y portoient 
leiirs  armes  renverfées  j es  liéleurs  y portoient 
de  même  les  raifceaux  s les  affranchis  fuivoient 
couverts  d un  voile  de  laine  blanc  ; les  fils  ou- 
Vioient  \c  coarvoi  , & avoienr  Je  vifage  voilé.  Les 
nlies  y afîiftoienr  les  pieds  nuds  & les  cheveux 
epars.  Chez  les  Grecs , les  honrimes  & les  femmes 
portoient  des  couronnes  dans  ies  convois. 

_La  couleur  des  habits  deiiines  pour  les  funé- 
railles a varie  ; tantôt  on  les  porta  noirs  & tantôt 
blancs.  Qaeiquefois  on  fe  déchiroit  le  vifage  & 
ia  poitrine.^  On  louoit  des  pieureufes  qui  fon- 
doîent  en  urmes  en  chantant  les  louanges  du 
rnort  ; elles  s arrachaient  aufîi  les  cheveux  , ou 
elies  les  coupoienr  & les  jetoient  fur  la  poitrine 
du  mort.  Lorfque'ie  corps  étoic  porté  fur  un  char ^ 
ôn  coupoit  la  crinière  des, chevaux.  Quand -la 
douleur  croit  violente,  on  iniultoirles  Dieux  , on 
iançoit  des  pierres  contre  les  temples,  on  renver- 
fo!t  les  autels  , on  jetait  les  Dieux  Lares  dans  la 
rue.  A Rome,  fi  le  défunt  étoit  an  homme  im- 
porta't , le  convoi  fe  rendoit  d’abord  aux  roftresj 
on  1 expofoît  à la  vue  du  pieupJe  ; fon  fils  (s il  en 
avoir  un  qui  fut  en  âge  ) Je  haranguoit,  entouré 
des  images  de  fes  aïeux,  à qui  on  rendoit  des 
honneurs  rres-capables  d’exciter  la  jeuneffe  à en 
niérirer  de  pareils  : de  là  on  alloit  au  lieu  de  la 
fépulruie.  Koyfj  Sépulture,  Funérailles, 

APOTHEOSE. 

CONUS , cimier  du  calque.  Uoye^  Casque. 

COOPTATION  , manière  extraordinaire  dont 
quelques  corps  peuvent  s’aflocier  des  membres 
qui  nont  pas  été  deftmés  dès  leur  jeuneffe,  ou 
qui.  n ont  pas  ies  conditions  néceffaires  à cette  af- 
Augures  , les  Pontifes  Romains  fe 
choififfoient  quelquefois  des  collègues  par  coop- 

îütion. 

Oa  lit  fur  des  médailles  de  Néron  : $ac:ektoos 

COOFTatUS  IN  OMNC  CONLegium  SVFRA  NVMerum 
SX  senatûs  confulto. 

COP  A , cabarerière.  Ce  mot  vient  de  canpona, 

G ou  on  a fait  caupa^  & de  celui-ci  copa  , comme 
cluda  de  clauda. 

COPÆ  , dans  la  Bœotie. 

^ Cette  ville  a fait  frapper  quelques  médailles  im- 
penales grecques  , félon  Kardouin. 


COP 


203 


COPH , -) 

COPPA,  f K,  ou  9. 


Dans  le  temps  où  le  K étoic  d'un  ufage  général 
ans  toute  la  Grece , les  Doriens  qui  habitoient 
Corinthe  , Coicyre  Crotone  & Syraeufe  , em- 
pmyoïent  encore  fur  leurs  médailles  le  9 à la  place 

tir  T ^ été  rangé,  avec 

an  ” ^ Doâeur  Norton , parmi  les  plus 

anciennes  lettres  de  l’alphabet  grec.  Il  fe  trouve 


[ E®™'  lettres  des  Étrufques , defeendus  des 
I Leiasges  5 & les  Latins  en  firent  le  Q.  On  vo-t  le 
I pîiis  ancie.nnes  médiiiles  de  Co- 

j rinthej  fur  un  vafe  de  terre  cuite  confervé  à Ca- 
j ia  precieufe  collection  de  M.  le  Prince 

de  hilcari.  On  le  trouve  aufïi  parmi  lés  caractères 
puniqaes , avec  :a  puiffance  du  Q.  Le  copk  a te- 
noit  vraifembiabiement  au  dialecte  des  anciens 
Doriens. 

C0PHIN03  , mefure  des, liquides  do.'it  on  fe 
fervoit  dans  l’.4fie  8c  dans  l’Egypte. 

Edc  valoir  ( félon  .M.  Pauclon , dans  fa  Méfo- 
logie  ) en  mefure  de  France,  8 pintes  •&  Elle 

valoir  en  mefures  anciennes  des  mêmes" pays. 

I f hm  , t / » 

Ou  Z I piloc  , 

Ouafgomor, 

Ou  5 conges  facrès  , 

Ou  4 f cab. 

Ou  é matés  , 

Ou  ç)  chénices  , 

Ou  18  log. 

Ou  36  mines. 

CuPHINOS,  mefure  pour  les  grans  de  i’.41Ie 
oC  de  i Egypte.  Plie  valoir  {Métrologie  de  M.  Pnuc- 

ru  ^ T boiffeau. 

Llle  yaioîten  meiures  anciennes  des  mêmes  pays, 

I f hin , dades , ^ 

Ou  2 I piloc  , 

Ou  2 i gomor. 

Ou  3 conges  facrès. 

Ou  4 f cab. 

Ou  6 marès  , 

Ou  9 chénices. 

Ou  18  iog. 

Ou  36  hémines. 

COPHTE. 


COPHTE.  I ^ _ 

COPHTIQUE.  f Copte. 


COPIA , en  It.alie  Copia  , & depuis  Th.urU. 
Les  m.édaiiles  autonomes  de  cette  viiie  font  : 
RR  R.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Leur  type  ordinaire  eft  une  corne  d’abon- 
dance. 

Certe  ville  a fait  frapper  une  méd,aii!e  latine 
avec  fa  légende  COxS>ia,  en  l’honneur  de  Céfar 
&_  d’Augufte  , difoit  Vaillant  5 mais  on  efi  con- 
vaincu aujourd’hui  que  cette  médaille  appartient 
à Lyon. 

^ Ocpi.4.  On  lit  ce  mot  pour  légende  au  revers 
_d  une  médaillé  de  Colonie  qui  porte  les  têtes  de 
Céfar  & d’Augufte  , fans  nom  de  lieu.  Vaillant  a 
interprété  ce  mot  Copia^  1°.  par  magajin  militaire 
orfenal.  2°.  II  a lu  c.  o.  p.  r.  A.  , 
C ell-à-aire  , Colonia  Otlavianorum  Pacenfis  Julia 
Aagufu,  qui  défigne  Fréjus.  Mais  la  Colonie  de 
Lyon  portoiî  auffi  le  titre  Copia  ; il  Eiut  donc  ea 

C C ij 


204  COP 

donner  une  explication  générale.  La  première  Te- 
roit  donc  la  bonne  , & délîgneroit  Lyon  comme 
le  magalîn  des  armées  Romaines  dans  les  Gaules. 

COPIÆ.  Ce  mot  étoit  quelquefois  fynonyme 
de  annona  & de  commeatus . 11  défignoit  alors  ou 
des  convois  militaires  ou  des  magaiins  de  bouche 
pour  les  troupes,  ou  enfin  des  arfenaux. 

COPURIUS , étapier. 

^ épée  recourbée^  fabre,  tels  qu’en 
portoient  les  Gaulois  & les  Perfes. 

COPONIA , famille  Romaine,  dont  on  a des 
médailles  : 

RRR.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  or. 

ionnf'}  ^ ÉPISÉMES. 

COPPATIÆ , chevaux  marqués  à la  cuifle 
d’un  ç , coph  ou  coppa.  On  voit  fur  une  em- 
preinte, dans  la  colleélion  de  Stofeh , un  bœuf 
qui  eft  marqué  d’un  ç fur  la  cuifle  gauche  de 
derrière. 

COPTAy  efpèce  de  pain  ou  de  gâteau  extraor- 
dinairement dur  , que  l’on  apportoit  de  Rhodes  à 
Rome.  Martial  en  parle  (^xir.  68.): 

Peccar.ils  famuli  pugno  tze  percute  dent  es  : 

Clara  R/iodos  coptam  , quam  tihi  mift  ,edat. 


Alexandre  de  Trailes  ( i.  ) dit  que  la  capta 
étoit  faite  avec  des  amandes,  des  noix  nouvelles 
C cerneaux) , des  raiüns  lècs  & des  pignons  : c’elt 
le  nougat  des  Provenceaiix  ; car  Oribafe  ( lib. 
medicaminum  ) lui  donne  le  miel  pour  bafe. 


COPTE  K 

COPTIQUE  ) langue  copte  eft  un  mélange 

de  l’ancienne  langue  égyptienne,  & densots  grecs 
qui  s’y  font  gliiïcs  pea-à-peu,  après  que  cette  na- 
tion fe  fut  rendue  maîtreffe  de  ce  pays.  Nous 
pouvons  expliquer  par  cette  langue  prefque  tous 
les  anciens  noms  égyptiens , & la  plupart  des 
étymologies  égyptiennes  qu’on  trouve  dans  Hé- 
rodote , Diodore  de  Sicile  , Plutarque  , & dans 
d’autres  Auteurs  anciens  5 elle  offre  un  des  prin- 
cioaux  fecours  pour  les  antiquités  de  ce  pays  , qui 
efi  le  berceau  de  pliifieurs  Aits , de  la  plupart  des 
fciences,  & prefque  de  toutes  les.fuperftitions. 

On  a cru  affez  généralement  que  l’ancienne, 
langue  égyptienne  reiTembloit  à l’hébreu  8c  à fes 
dialeéles , le  fyriaque , le  chaldéen  , le  phénicien  , 
l’arabe,  l’éthiopien;  mais  cette  idée  eft  entière- 
ment fàuffe  ; elle  eft  fondée  d’abord  fur  la  chimé- 
rique prétention  , manifeftement  démentie  par 
l’expérience,  que  toutes  les  langues  anciennes 


COP 

doivent  être  dérivées  plus  ou  moins  de  l’hébreu  ' 
& enfuite  fur  quelques  mots  qui  font  les  mêmes 
dans  l’hébreu  & dans  le  copte  ; quoique  d’ailleurs 
le  fonds  & les  racines  de  ces  deux  langues  foient 
totalement  différens.  On  n’i  pas  fait  attention 
qu’il  y a plus  de  mots  qu’on  ne  penfe  qui  font  du 
nombre  de  ceux  que  les  Grammairiens  appellent 
formés  par  Onomatopée  , qui  doivent  naturelle- 
ment fe  reîTembler  dans  prefque  toutes  les  lan- 
gues, & qu’il  y a aiifti  plufîeurs  noms,  fur-tout 
d’animaux  & de  plantes , qui  font  les  mêmes  dans 
routes  les  langues , parce  que  ces  animaux  & ces 
plantes  ont  confervé  dans  les  autres  langues  les 
noms  qu’ils  avoient  dans  les  pays  d’où  ils  étoient 
originaires.  Bochart  étoit  autii  imbu  de  ce  pré- 
jugé , de  l’affinité  de  l’égyptien  avec  l’hébreu  ; 
d’après  cela , on  peut  hardiment  décider  qu’il  a 
peu  connu  la  langue  copte  , quoiqu’il  la  cite 
beaucoup. 

Ce  font  encore  quelques  mots  qui  fe  font  trou- 
vés les  mêmes  dans  l’égyptien  & l’arménien , qui 
ont  fait  croire  à Acoluthus  que  la  langue  armé- 
nienne étoit  le  meilleur  moyen  d’expliquer  l’an- 
cienne langue  d egypte.  Mais  après  ce  que  plu- 
fieurs .Auteurs,  & fur-tout  le  Profeffeur  Schroeder, 
ont  publié  fur  la  langue  arménienne,  nous  forâ- 
mes en  état  de  juger  que  cette  prétendue  décou- 
verte d’Acoluthus  doit  être  mifeau  nombre  de  fes 
rêveries.  J’ai  trouvé  fur  cette  conjecture  plufieurs 
lettres  très- curieufes  dans  le  Commerce  épiftolaire, 
manuferit  de  Ludolf  , Piques  & Acoluthus , qui 
eft  à la  bibliothèque  publique  de  Francfort-fur- 
le-ùlein. 

Il  y a dans  l’alphabet  copte , à côté  des  carac- 
tères grecs,  quelques  autres  qui  font  étrangers, 
dont  la  prononciation  n’eft  pas  bien  certaine,  & 
que  j’aurois  pris  pour  des  caraétères  de  l’ancien 
alphabet  égyptien  , fi  je  ne  les  trouvois  diftérens 
de  ces  fragmens  d’écriture  courante,  ou  épiftolo- 
grapkique  égyptienne  , que  le  Comte  de  Caylus 
a publiés  , & qui  pourront  peut-être  ( fur;tout 
quand  on  aura  plus  de  pièces  de  comparaifon  ) 
être  expliqués  par  le  fecours  de  la  langue  copte- 

Théodorus  Petræus  , Scaliger  , Renaudot , 
Piques , Hountington , Bernhard  ont  eu  connoif- 
fance  de  cette  langue.  Guillaume  Bonjour , de 
Touloufe,  a publié  plufieurs  brochures  qui  prou- 
vent qu’il  y étoit  verfé.  Saumaife  ne  l’a  pas  négli- 
gée , à ce  qu’on  voit  par  fes  ouvr.iges  , fur-tout 
par  fes  années  climaàériques.  Jacques  Rocher, 
Profeffeur  à Berne , l’a  parfaitement  connue , & 
en  a donné  des  preuves  dans  fa  Dijfertadon  far  le 
Dieu  Cneph,  ioférée  dans  le  fécond  volume  des 
Mifcellanea  Obferv.  de  d’Orvîlle. 

Kircher  a publié  , d’après  des  Auteurs  Arabes, 
une  grammaire  & un  diéiionnaire  coptes  ; 1 igno- 
rance & la  fraude  y paroifîént  à chaque  page  ce 
font  cependant  des  monumens  qu’il  faut  eoniU.- 

ter,  en  tâchant  de  féparer  foigneuferi',ent  ce  que 

cet  Auteur , dont  on  a découvert  -quantité  de 


COP 

fourberies  lûtéraires , petites  & miférables  , a 
ajouLe  ae  fa  mauvaife  tête  aux  originaux  qu'i!  a 
donnes  au  jour  5 il  faut  aufli  toujours  comparer 
la  tpduttion  Arabe  qui  eft  jointe ^ parce  qurii  l'a 
quelquefois  mal  entendue. 

^ Gotholf  Blumberg  publia  en  lyiô, 

a Leipnck  , une  grammaire  copte  , mieux  faite 
que  celle  o-e  Kircher,  & promit  un  diftionnaire 
«e  cette  langue. 

\eyffière  de  Ja  Croze  favoit  le  copte  à fond  J 
& en  a fait  un  diêlionnaire,  dont  les  manufcrits 
doiyent  fe  trouvera  Berlin  & à Leyde.  On  voit 
ouvrage  & des  fecours  dont  il 
s eit  fervi  ^ dans  la  cinquième  claffe  de  la  Biâ/io- 
theque  de  Bremen. 

Paui  Erneil  Jablonski  en  a profité  , & a pareil- 
lement employé  cette  langue  j qu'il  favoit  très- 
bien,  pour  expliquer  les  antiquités  égyptiennes , 
fur  lefquelles  il  a publié  les  meilleurs  ouvrages. 
11  a prouvé  , par  les  manufcrits  d Oxfort , qu’il 
F.  a eu  différens  dialeéles  dans  la  haute  & baffe 
Egypte.  Dufour  de  Longueville  en  avoir  aaffi 
parle  dans  fon  Traité  fur  les  Époques  des  anciens.  \\ 
paroît  que  la  différence  de  ces^dialedes  n’a  pas 
Ci-c  fort  confidérable , & a principalement  eu  lieu 
dans  la  prononciation. 

J ai,  avec  Je  fecours  des  imprimés  coptes  ^ & 
de  piufieurs  manufcrits  des  bibliothèques  de  Paris , 
compofé  un  diélionnaire  de  cette  langue  ÿ j’ai  cité 
par-tout  mes  autorités , & me  fuis  appliqué  à rap- 
procher à chaque^  mot  copte  les  anciens  no-ms 
Egyptiens,  fur  lefqaels  je  croyois  pouvoir,  par 
jeter  quelque  lumière.  J’ai  toujours  eu 
I idee  d en  publier  un  abrégé  j mais  l’exécution 
de  cet  ouvrage,  qui  ne  peut  avoir  que  très-peu 
® ^tnateurs  , quoiqu  il  ne  paroilîè  pas  être  fans 
? fouffert  juiqu’ici  de  grandes  difficultés  j 
s il  voit  jamais  le  jour , il  prouvera  évidemment 
que  les  racines  de  1 ancienne  langue  égyptienne  ne 
font,  pour  la  plupart , que  des  monofyllabes,  & 
n’ont  aucune  affinité  avec  quelqu’aurre  langue 
connue  que  ce  foit.  On  y trouvera  encore  quan- 
tités de  l'eroes  redoubles.  On  verra  une  langue 
dont  la  marche  & ja  fyntaxe  font  extrêmement 
Emples , & fort  differentes  du  ftyle  métaphorique 
«rientai. 

Les  principaux  ouvrages  coptes  imorimés'font, 
®uîre  ceux  donc  je  viens  de  parler",  la  verSon 
copte  du  N.  T ^que  DavidiWiikins  publia  en  An- 
gleterre ; ce  meme  Auteur  a auffi  mis  au  jour  le 
xentateuqae  copte  , qui  eft  une  traduétion  d'une 
ve-riion  grecque. 

On  a dans  plufieurs  bibliothèques  la  traduétion 
eopte  de  preique  tous  les  livres  "du  V.  T. , & de 

quelques  ouvrages  des  premiers  pères.  On  a plu- 

neurs  dîcnonnaîres  coptes , grecs  & arabes.  Quel- 
ques litanies,  & des  ouvrages  mvftiques.  Tous 
ces  manufcrits  peuvent  probablement  être  de  quel- 
que jjtilite  pour  l’hHloire  Eccléfiairique  , & fe- 
ïons,  certainement  d un  grand  fecours  pour  la  eoa- 


C O Q 205 

neîffance  de  la  langue  & de  rantiquité  égyp- 
tiennes. ( Cet  article  efi-i  de  Itl.  de  Schmidt  de 
Roffdn.  ). 

^^Ét-iption  de  l’Égypte  , par  M.  Maillet, 
( redigee  par  M.  l’Abbé  Mafcrier  , in-iz.  z vol. 
^74^3  ^ Paris,  chez  Rollin  fils)  l’Auteur  obferve 
que  1 on  donne  le  nom  de  Coptes  aux  Egyptiens 
naturels,  c elt^^à-dire , à ceux  qui  habitèrent  an- 
aeoEement  1 iagypte , ou  à ceux  qui  en  font  iffiis. 
Les  peuples  qui  l’habitent  aujourd'hui  font  les 
Maures,  les  Arabes,  les  Turcs,  Tes  Grecs,  les 
Juifs  , Jes  Arméniens  , les  Syriens,  les  Maronites 
& les  Francs  : il  y refie  très-peu  de  vrais  Coptes 
Ion  en  compte  tout  au  plus  trente  mille,  parce 
que  ce  peuple  ayant^  été  un  des  premiers  qui 
adopta  la  religion  chrétienne,  les  Empereurs  Ro- 
mains payens  s’occupèrent  du  foin  de  perfécu- 
ter  & de  faire  martyrifer  les  Coptes.  Dans  la  fuite 
les  Emoereurs  chrétiens  dérruifirent  les  Coptes ^ 
fous  prétexte  qu’ils  fuivoient  1 hérélîe  de  Diof- 
core , patriarche  d’Alexandrie.  L’on  obferve  que’ 
les  Coptes  de  ce  fiècle  fuivent  encore  le  fyftême 
de  Diofeore.  il  ne  relie  aujourd’hui  de  vraies  fa- 
milles Coptes  que  dans  les  campagnes  voihnes  des 
déferts  , & dans  quelques  villages  5 mars  tous  ces 
pieuples  n’entendent  pas  la  langue  copte.  Les  Turcs 
perfécutoient  les  Coptes  , il  les  nommoient  fé- 
laques  , c eil-à-dire  , vilains  villageois  , termes 
affez  connus  dans  nos  barbares  loix  des  fiefs.  Les 
Turcs  croyoient  etre  néceSîtés  à réduire  ces 
villageois  dans  la  plus  affreufe  fervitude,  parce 
que  les  Mahométans  font  moins  nombreux  & 
moins  vigoureux  ,que  les  peuples  qui  habitent  les 
campagnes  de  l’Egy'pte.  ,AIy-Bey  , après  s’être 
érigé  en  Souverain  de  l’Egypte  , fuivit  une  poli- 
tiq-ue  différente- 

COPTOS  , dans  i’Êgypte  KonTHroN. 

_ Cette  ville  a fait  frapper  des  m.édai!Ies  Impé- 
nales grecques  en  l’honrleur  de  Trajan  & d’Ha- 
drien- 

COQ.^  Cét  animal  fiit  contacté  à Mars  par  les 
Grecs  , à caufe  de  fon  ardeur  pour  les  combats- 
De-la  vint  que  l’on  trouva  dans  fon  chant  des 
pronoftics  de  viéloire  ou  de  défaite.  Pendant  que 
l’on  faifoit  an  ficrifice  à Trophon.ms,  peu  de  jours 
avant  la  bataille  de  Leuêlres , les  coqs  ne  cef- 
sèrenc  de  chanter;  ce  qui  fat  pris  par  les  Thébains 
pour_un  ligne  affuré  de  !a  grande  vrcloire  qu'ris 
dévoient  remporter  fur  les  Lacédémoniens. 

Les  anciens  firent  du  coq  le  fymbole  du  cou- 
rage & de  la  valeur:  de-là,  dit  Paufanias,. le  ccq- 
qui  futmpnte  le  eafque  de  Minerve  dans  la  cita- 
delle d’Élis.  « Les  hommes  qui  tirent  parti  de; 

“ tout , dit  M.  de  Buffon , ont  bien  fii  mettre  en- 
oeuvre  cette  ant.îparhia  mvincible  que  la- Nature 
33  a établie  entre  un  coq  & ’un  coa iis  ont  cultive 
33  cette  h-ame  innée  avec  tant  d’art,  que  lès  com- 
33-  bats  de  deux  oifeaux  de  bafle-courTonî  devenu-s 
33  des  fgsétaclea  digises  d’ÎEctèreljex  Js  eufiofiBé- 


20^  COQ 

« des  peuples  , même  des  peuples  polis  ; & en 
” même-temps  des  moye^ns  de  développer  ou  en- 
” tretenir  dans  les  âmes  cette  precieule  K-rocite  j 

“ qui  eft . dic-on  , le  germe  de  i heroifme 

» Çf  était  autrefois  la  folie  des  Rhodiens  , des 

» Tanagriens  , de  ceux  de  Pergame » Une 

allufion  que  fit  Thémiftocie  .à  ces  combats,  & 
par  laquelle  il  releva  le  courage  des  Athéniens, 
fit  infiituer  par  ces  derniers  une  efpèce  de  fête. 
Elle  le  céléb’roit  tous  les  ans  par  des  combats  de 
coqs , & les  jeunes  gens  étoient  obligés  d'y  alTif- 
ter.  il  ne  faut  donc  pas  être  étonné  de  voir  fur  un 
médaillon  d’Athènes  un  coq  orné  d'une  palme. 
Ces  fortes  de  fpeclacles  pifsèrent  des  Grecs  aux 
Romains  j car  nous  apprenons  d'Hérodien^  que 
Caracaüa  & Géta  prenoienr  plaifir  a.  y 'afldfer. 
{Pierres  gravées  du  Ùuc  d’ Orléans  , p.  ^7^'  i . 

On  voir  un  combat  de  coqs  fut  les  medadles 
des  Dardaniens  j & les  pierres  gravées-  portent 
fouvent  le  même  type.  L Amour  préfiûe  quelque- 
fois à ces  combats,  (.  Colltcc,  de  Stofch.  ile  clajfe. 

) fouvent  aufii  ils  fe  font  en 
préfence  du  Dieu  Terme  j & les  palmes  dedimes 
au  vainqueur  font  attachées  à fon  piedelbl.  Eiien 
parle  de  Poliarchus  Far.  kifi.  vi^i.  4.  ) qui  fai 
fok  à fes  coqs  chéris  des  funérailles  publiques  , 
& leur  élevoit  des  monumens  avec  des  épi- 

Le  coq  étoit  confacré  à Minerve  & a Bellone.  ' 
On  voit  un  facrifice  de  coq  oÆ.rt  à cette  dernière 
D.viiiité,  fur  un  marnre  de  la  Vida  Aibani,  pu- 
blié dans  les  Ttioaumenti  de  Winckelmann  , au 
n°.  29. 

La  vigilance  qu’exigeoit  l’emploi  de  meiTager 
des  Dieux  , rit  fans  doute  confacrer  le  meme 
animal  à Mercure  , & il  l'accompagne  fouvent  fur 
les  marbres. 

Efculape  voyoit  aulTi  immoler  la  coq  fur  fes  au- 
tels, fans  que  l'on  en  facile  la  raifon.  C'etoit  le 
facrifice  des  convalefcens  ; & c’étoit  fan':  doute 
une  manière  de  parier  proverbiale , pour  défigner 
la  fia  d’une  maladie,  que  d’ordonner  le  facrir.ee 
d’un  coq  à Efculape.  Socrate  s'en  fervit  pour  an- 
noncer que  fa  vie  mortelle  & malheureufe  alioit 
finir. 

Le  coq  étoit  une  viétime  agréable  a la  ^ult, 
qu’il  fatiguoit  par  fes  cris  ^ Ovid.  Fuji.  i.  455. ) .* 

Nocie  des,  Nocll  crifiatus  csditur  aies , 

Qubd  tepidum  vlgili  provocat  ore  ditm. 


On  l'immoloic  aux  Lares  chez  les  Romains  , 
peut-être  comme  fils  de  Mercure  ( Juven.  Sat. 
xtii.  2-33.)-' 

i Larlhus  crlflam  promittere  Galli. 

L’origine  fabuleufe  du  cdq  eft  racontée  au  mot 
Alectryon,  & fon  ufage  pour  les  divinations 
3 Èslui  d’AlECTRIOMANTiE. 


COR 

Coqs  ( on  voit  un  ou  plufieurs  ) fur  les  mé- 
dailles de  Caleno  , d’Himére  , de  Sueffa  , de 
T^anum , de  Dardanus , d'Ithaque. 

Les  anciens  fe  nourrif- 

COQülLLEb.  3 

foient  , comme  nous,  des  animaux  renfermés 
dans  \es coquilles ,tt\s  les  moules,  les  huîtres, 
8cc.  Les  Romains  créèrent  Part  de  les  engraüTer 
& de  les  faire  parquer.  Pline  ( ix.  36.  ) aconte , 
a après  Varron  , que  Fulvius  Hirpinus  en  fut  l’in- 
venteur peu  de  temps  avant  la  guerre  civile  de 
Pompée  ; qu’il  les  engrailîoit  avec  du  vin  cuit  en 
confiftance  de  miel , fapâ  , & avec  ui.e  efpèce  de 
gâteau  ou  de  ^zie.,  farre. 

cc  Le  Comte  de  Gaylus , ^parlant  d’un  monu- 
ment Égyptien,  {n°.  \.pi.  vi  au  lU  tome)  dit 
qu’il  eft  exécuté  fur  une  coquille  qu  en  prend  au 
premier  coup-d’œil  pour  une  cornaline  , dont  la 
couleur  feroit , à la  ver. te , un  peu  tauffe.  Cette 
coquille  eft  connue  fous  le  nom  de  F in.ie- Marine. 
On  la'  trouve  fréquemment  fur  les  côtes  d Italie  8c 
de  la  biciie.  En  difant  que  l'ouvrage  eft  exécuté 
fur  une  coquille  , c’eft  dire  affez  qu  il  eft  travaillé 
fans  beaucoup  de  peine.  Cette  gravure  nous  prou- 
ve que  dans  tous  les  temps  les  hornmes  orit  cher- 
ché  à épargner  la  fatigue  , ou  plutôt  la  dépenfe , 
%ou  à tromper  d’autres  hommes  moins  inftruits. 
Elle  nous  prouve  encore  que  les  anciens  ont  em- 
ployé plus  d une  lotte  de  coquilles  po'ur  imiter  les 
pierres.  Il  me  lembie  que  1 on  n avo  t point  en- 
core parlé  de  cette  efpece  , & qu  on  ne  esnnoif- 
foit  que  les  camées  faits  fur  des  coqui  les , ap- 
pelées , porcelaines  & cames  , dont  on  fe 

fervoit  anciennement , ainfi  que  l on  fait  de  nos 
jours  , pour  contrefaire  les  agates-onyx  de  deux 
couleurs , de  quelauefois  de  trois.  « 

Une  rovüi/A  fur  les  médaillés  de  Tp  eft  l’em- 
blëme  de  la  pourpre  1 yrienne  ; lut  d autres  mé- 
daillés elle  eft  celui  de  Vénus.  On  la  voit  fur  les 
médailles  de  farente,  de  Cume , de  Pyrnus,  &c. 

COR  , chômer  , mefure  des  folides  de  l’Afie  & 
•del’Egvpte.  Elle  valoit , félon  la  Métrologie  de 
M.  Pauaon , en  mefures  de  France,  25  boiiTeaux 
Llle  valoit , en  mefures  anciennes , 2, 
léthec , ' 

Ou  -2  f caphizos  , 

Ou  5 væba  des  Arabes, 

Ou  6 médimnes  de  Salamine,  _ 

Ou  6 f medimnes  de  Paphos  & de  Sicile  > 

Ou  10  éphap  , 

Ou  If  métrétès,  • 

Ou  20  fephel  , 

Ou  30  modios.  ^ 

Cor.  chômer,  mefure  des  liquides  de  1 Aflc 
& de  l’Égypte.  Elle  valoit  , fe  on  la  MérrOiOgie 
de  M.  Pauélon  , en  mefures  de  France  ,538  Pjutes 

& Elle  valoit,  en  mefures  anciennes  des  memes 

pays , 2 léthec , 

Ou  2 T caphizos  J 


COR 


Oa  f væba  des  Arabes  , 

Ou  lO  éphap  , 

Ou  15  métrétès. 

Ou  20  fephel , 

Ou  30  modios  , 

Ou  7Z0  iog. 

Cor.  Voyei  Buccîna  ; c’étoit  le  même  inf- 
îrumenr.  Et  voye:^  Cornet. 

CORA.  f^oyei  CoRÉES. 


CORAcfdüES,}  Miniftres  & fêtes  de  Mi- 
thras.  f^oyei  Mythryaques. 

CORACESIUM,  dans  la  Cilicie^  kopAkh- 
cmTiiN. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  Impé- 
riales grecques  en  l’honneur  d’Hadrien. 


CORACINUS  color , couleur  de  corbeau.  Les 
anciens  délîgnoient  par  ces  mots  un  noir-brun  , 
tel  que  celui  de  la  toifon  des  brebis  noires.  Stra- 
bon  ( iil.  ) appelle  Ksf-alà  les  laines  d’Efpagnej 
que  Pline  dit  être  célèbres  par  leur  couleur  noire ^ 
( Y/77.  48.  ) Hifpania  nigri  velleris  pr&cipuas  ha- 
bet.  Cette  couleur  noir-brun  j telle-que  celle  des 
cheveux  noirs  , doit  être  diflinguce  du  color 
■pulliLs, 


CORACIUS.  Voye:^  Antron. 


ou  fêtes  qui 


étoient  inlli- 


KOPAIA  , ■>  - 

. COREES  , A 
tuées  en  l’honneur  de  Proferpine.  II  en  eft  fait 
mention  fur  des  médailles  de  Caracalla  & de  Va- 
îérien  , frappées  à Sardes  & à Tarfe  ^ publiées 
par  Peüerin. 


Cette  Divinité "étoit  appelée  Km»,  vierge  , & 
par  corruption  Kfipà  , d’où  les  Romains  firent 
COR  A , comme  on  le  voit  dans  une  infeription 
publiée  par  Gruter  ( pag,  309.  i.  3.  ).  On  lit  fur 
des  médaillons  & des  médasles  de  Sicile  le  mot 
KOPAS  à côté  d’une  tête  de  femme  couverte  d’un 
«afque- 


CORAIL.  Les  anciens  faifoient  beaucoup  de  * 
cas  du  corail  rouge  , auquel  ils  attribuoient  la 
propriété  d etre  un  excellent  contrepoifon.'  L’Au- 
teur du  Poëme  fur  les  Pierres,  attribué  fauffement 
2 Orphée,  a chanté  la  plante-pierre,  , 

c eil-à  dire  , le  corail , que  i’on  croyoit  être  une 
plante  , même  au  commencement  de  ce  fîêcle. 

Ovide  dit , dans  fes  Aîêtamorphofes  , que  Per- 
fée  ayant  caché  la  tête  de  Médufe  fous  des  plan- 
tes de  corail , ces  plantes  furent  pétrifiées  par  la 
vertu  de  cette  redoutable  tête,  & teintes  ertrouge 
par  le  fang  qu’elle  répandoit. 

_ Le  corail  etoit  compté  parmi  les  pierres  pré- 
commerce  des  anciens  , qui  le 
P^-hoîent  dans  le  golfe  Perfique , dans  la  mer 
rouge  , fur  jes  côtes  dTAfrique,  de  Sicile  & de  | 
Kapk.  Les  Egyptiens  ea  fomniUbient.  une  grande  t 


COR 


207 


quantité.  Les  Gauloîsfj;  P/in.  xxxit.  a.)  aimoienc 
a en  garnir  leurs  épées,  leurs  boucliers  & leurs 
carqpes.  C’eâ  encore  à Marfeille  que  fs  voit  la 
fabrique  de  corail  la  plus  confidérable  de  l’Eu- 
rope. 

“ Le  travail  de  cette  tête  de  Médufe  , dit  le 
Comte  de  Caylus  il.  _pl  87.  n.  3.  ) eft  aufiî 
mauvais  que  groflier , & je  ne  lui  aurois  point 
donné  place^  dans  ce  Recueil  fi  elle  n’étoit  de 
corcil .-  matière  affez  rarament  employée  fsr  les 
anciens.  U n eft  pas  facile  de  déterminer  le  pays 
ou  elle  a été  fabriquée.  Je  croirois  qu’on  doit 
1 attribuer^  a quelque  Colonie  Romaine.  Le  goût 
des  Romains  s’étendoit  avec  leur  empire.  On  imi- 
toit  dans  les  provinces  les  Arts  qui  régnoient  à 
Rome  j & ces  Arts,  traités  chez  les  nations  bar- 
bares , & par  des  ouvriers  ignorons,  perdorent 
leurs  grâces  & leur  beauté.  Il  y a cependant  une 
forte  de  recherche  dans  cette  mauvaife  tête  j car 
les  yeux  font  incruftés  & formés  par  une  matière 
blanche  , qui  peut  avoir  été  tirée  d’un  coquillage. 
Le  trou  qu’on  aperçoit  dans  les  moulures  de 
l’ornement  qui  termine  le  col/  me  détermine  à 
mettre  ce  monument  au  rang  des  Amulettes.  H a 
un  pouce  f de  hauteur,  13  lignes  de  largeut.^:» 
On  voit  dans  le  cabinet  de  Ste  Geneviève  une 
tête  de  dragon  ou  de  ferpent  agato-démon,  ap- 
portée d’Egypte  , qui  eft  de  corail , & dont  les 
dimenfions  font  un  peu  plus  foibles  que  celle  de 
la  précédente. 


CORBEAU,  oifeau  eornheré  à Apollon  , parce 
qu’on  croyoit  qu’il  avoir  un  inftioél  naturel  pour 
prédire  1 avenir.  Ovide  dit  que  le  corbeau  étoir 
autrefois  plus  blanc  que  les  colombes  èc  les 
cygnes  j mais  qu’il  fat  puni  d’avoir  trop  parié  „ 
en  perdant  fa  blancheur.  Voyer;^  CoRONis  , mère 
d’Efculape.  • 

Les  anciens  tîroient  fouvent  des  pronoffics  du 
croalîemcnt  des  corbeaux.  Les  Grecs  en  augurè- 
rent la  mort  d'Alexandre,  parce  qu’on  rentendit 
lorfque  ce  Roi  faifoit  fon  entrée  dans  Babylone. 
Valère-Maxime  & Pline  rac^.tent  plufieurs^xem- 
ples  de  ce  fatal  augure  5 mSs  le  plus  célèKe  eft: 
celui  de  Cicéron,  ( Val.  Max.  i.  y.  ) dont  un: 
corbeau  s’acharna  à mordre  la  toge,  au  moment 
où  arrivoit  l’efelave  qui  l’avertifibit  de  la  venue 
des  aftaftlns.  On  trouve  dans  Pline  la  defcriptioiï 
d’un  corbeau  qui  , fous  le  règne  de  Tibère,  mé- 
rita la  bienveillance  da  peuple  Romain  ,,  par  fon 
affiduité  à fe  pofer  fur  les  roftres,  par  fon  babil 
&■  fes  falurs.  Le  peuple  lui  fit  des  funérailles  pom- 
peufes,  & dépofa  fes  cendres  fur  le  bord  de  ia 
voie  Appiénne. 

Les  Alexandrihs  regardoient  le  corbeau,  comnse; 
un  manger  délicieux  ( Martial.,  xiii.  85.  ).;• 


PriP-ceps  Niliacis  raptris  caraclns  macsllî& 
FeÜA&pri&r  t^.  gloria  mdlcuÿilie^ 


zc8  COR 

Corbeau  ( le  ) , placé  Jiir  un  coffre,  type  des 
médailles  de  Patare  / ell  Fe  fymbole  d’Apollon  , 
Divinité  tutélaire  de  cette  ville  , comme  le  coffre 
elî  l’emblème  de  fon  nom  , n«r«fî( , cgffre.  On 
voit  aufii  le  corbeau  pofé  fouvent  fur  le  trépied 
d’Apollon  , ce  qui  l’a  fait  appeler  par  Stace 
Theb.  iil.  Jo6.  ) ••  Cornes  obfcurus  tri-podum. 
Corbeau  , machine  de  guerre. 

Le  corbeau  démolijfeur  confiftoit  en  une  ou  deux 
pièces  de  bois  arrondies  & fort  longues , pour 
pouvoir  atteindre  de  loin  , au  bout  defquelles 
il  y avoir  des  crochets  de  fer  ; elles  étoient  fuf- 

Eendues  en  équilibre  comme  les  béliers , & on 
:s  pouffoit  contre  les  crénaux  pour  les  arracher 
& les  tirer  à bas. 

Céfar  fait  mention  de  cette  machine  dans  fes 
Commentaires  : il  rapporte  que  les  Gaulois, alTiégés 
dans  Bourges,  détournoient  les  crochets  avec  lef- 
quels  on  droit  les  débris  de  la  muraille  j & qu’après 
les  avoir  accrochés  ils  les  enlevoient  en  haut  avec 
des  machines. 

Corbeau  a grife,  c’étoit  une  efpèce  de  corbeau 
dont  les  anciens  fe  fervoient  pour  enlever  les 
hommes  dans  les  aifaiits  & 'es  efcalades. 

Corbeau  a c -ge.  Les  anciens  fe  fervoient  de 
cette  machine  pour  tranfporter  des  hommes  lut 
les  murailles  & les  tours  des  places  qu’ils  aflié- 
geoient.  Vçoye^  Tellexon. 

Corbeau  double.  Ce  corbeau  conlîftoit  en  une 
groffe  poutre  , fufpendue  par  des  chaînes  de  fer  à 
deux  longues  pièces  de  bois , placées  fur  la  mu- 
raille J lorfque  le  bélier  venoit  à jouer , on  levoit 
cette  poutre  en  l’air , & on  la  lailfoit  tomber  de 
travers  fur  le  bélier  pour  empêcher  fon  effet.  Il  y 
a un  fi  grand  nombre  d’exemples  de  cette  ma- 
chine dans  les  hiftoriens  de  l’antiquité  , que  ce 
feroit  perdre  fon  temps  d’en  rapporter  d’avan- 
tage 1 1^  feule  defcription  de  cette  machine  fufSt 
pour  en  faire  connoitre  la  conftruélion. 

Corbeau  a.  tenaille.  Cette  machine  confiftoit  en 
une  efpèce  de  eifeaux  dentelés  & recourbés  en 
forme  de  tenaille  ou  de  deux  faucilles  oppofées 
l’une  à l’autre  ; on  s’en  fervoit  pour  pincer  le 
bélicr..|^  l’enlever.  Ces  fortes  de  corbeaux  furent 
mis  en  cÉuvre  au  fameux  liège  de  Byzance  par 
l’Empereur  Sévère.  U y a peu  de  liège  régulier  & 
de  vive  force  qui  foit  plus  mémorable  dans  i’hif- 
toire , ni  qui  ait  duré  plus  long-temps.  Dion  dit 
que  la  ville  fut  affiégée  pendant  trois  ans , pour 
ainfi  dire , par  les  forces  de  toute  la  terre , 8c  qu’il 
y avoir  le  plus  grand  nombre  de  machines  qu’on 
eût  jamais  va  raffemblées.  Ce  même  Auteur  rap- 
porte que  parmi  les  machines  des  alfiégés,  il  y 
avoir  des  corbeaux  à l’extrémité  defqueis  étoient 
des  griffes  de  fer  qu’on  lançoic  contre  les  alfié- 
geans , & qui , s’accrochant  à tous  ce  qui  donnoit 
prife  , l’enlevoit  d’une  vicelfe  fiirprenante. 

Corbeau  de  Duillius-.  C’étoit  une  machine  fem- 
blâble  à la  grue  donc  on  fe  fert  pour  élever  les 
fardeaux  ; os  corbeau  étoit  compofé  d’ua  mâç  qui 


COR 

s’élevolt  fur  le  château  de  proue  , de  la  hauteur 
de  quatre  brades  j ce  mât  avoir  trois  palmes  de 
diamètre , & fetvoit  de  poinçon  pat  le  haut.  La 
longue  pièce  de  bois  , qu’on  appelle  le  rancker 
dans  les  grues,  & qui  portoit  le  corbeau , pefoit 
fur  le  pivot  de  fer  qui  étoit  au  bout  du  poinçon; 
le  rancker  tournoit  aifément  de  tous  les  côtés  fur 
fon  pivot , alfuré  par  le  moyen  de  la  fellecte  fut 
laquelle  s’appuyoient  les  limons;  au  bout  du  ran- 
cher  il  y avoir  une  poulie  fur  laquelle  pafloit  la 
corde  qui  portoit  le  corbeau,  dont  la  figure  étoit 
en  cône  ou  pyramidale  ; il  devoir  être  de  fer  fondu 
& crès-pefant , afin  que  , tombant  de  fon  propre 
poids,  lorqu’on  lachoit  la  corde,  il  perçât  le  pont 
de  proue  ; mais  comme  il  eût  pu  fortir  par  le 
même  trou  qu’il  avoir  fait  en  entrant , il  y avoir 
des  crochets  de  fer  mobiles  , attachés  par  des 
charnières , afin  que  le  corbeau,  ayant  crevé  le 
pont  , les  crochets  fe  plialfent  , fe  rouvrilfent 
d’eux-memes , & fe  priflent  à tous  ce  qu  iis  ren-, 
contrôlent.  Dès  qu'un  vaiiTeau  ainfi  armé  appro- 
choit  d’un  autre,  à la  portée  de  la  machine  , on 
làchoic  la  corde  pour  la  faire  tomber  du  plus  haut 
de  la  longue  pièce  de  bois  ; dès  que  le  corbeau 
étoit  tombé  on  abattoir  le  pont , au  bout  duquel 
il  y avoir  des  griffes  de  fer  pour  accrocher  le 
bordage. 

CORSES.  •) 

CORdîTÆ.  > Les  anciens  employoient  les 

CüiiSirORES. } 

hunes  ou  gables  comme  les  modernes.  On  voit  fur 
un  jalpe  verd  du  Baron  de  Stofeh  un  va.lTeau  de 
charge  fans  rames  , allant  à la  voile.  Il  y a au- 
deflus  de  l’antenne  une  hune  où  aboutilfent  les 
cordages  8c  une  échelle  de  cordes.  On  le  recon- 
noit  pour  un  des  vaiifeaux  appelés  corbits. , c’eft- 
à-dire , bâtimens  à hune  ; corbis  , panier  &i  hune. 
Dans  la  même  colledion  on  trouve  pluficurs  au- 
tres vaiifeaux  avec  des  hunes. 

Dès  le  temps  a Hiéron  , Roi  de  Syraeufe  . 
( Athcneii  r,  ) on  plaçoic  dans  les  hunes  des  foldits 
qui  jetoient  furies  vaiifeaux  ennemis  des  flèches, 
des  pierres  , 8cc.  & des  gens  chargés  d’cxam'.ner 
les  mouvemens  de  l’armée  ennemie , que  l’on  ap- 
peloit  corbitores. 

CORBONI , mefure  de  capacité  de  l’Afie  & 
de  l’Egypte.  Heminh. 

CORCYRA , ifle,  aujourd’hui  Corfou.  KOP-? 
rCTBAIÛN. 

Les  médailles  autonotnes  4c  cette  iflç  font; 

R.  en  argent. 

C.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Leurs  types  ordinaires  font  : 

Pégafe. 

Les  prétendus  jardins  d’AiçtnoüS, 

Une  proue  de  navire. 

Uae  üiote. 


COR 

ÜH  tridenc.  — Une  étoile. 

Une  tête  de  bœuf. 

Les  fiabîtans  de  cette  ifîe  ont  fait  frapper  des 
medaiiies  impériales  grecques  en  fhonneur  de 
Trajai! , de^M.  Aurèie  , de  Fauiline  jeune  , de 
^ Comiîîode  , de.  Sévère  , de  Domna  , 

de  Fiautîlle  ^ de  Géra  , d'Élagabale  j de  Sévère  , 
de  Caracaua  , de  Lucilie,  de  Paala  ^ de  So^mias. 

Les  Grecs  difoient  que  Corcyru  avoir  pris  fon 
nom  de  la  Nymphe  Corcyre , fille  d’Afopus  , que 
jN'eptane  déshonora  dans  cetteifle.  HomèreCOuV,^) 
fnt  dire  à Nauficaa  que  les  Phéniciens  leuis 
oioierît  Y aborder.  On  i'appeloit  alors  Pk&ada. 


CORCYRA  Isigra,  iile  j aujourd’hui  Curjola. 

KOP. 

Khcll  St  Neumann  attribuent  à Corcyra  NIgra  , 
contre  l’opinion  de  rellerin  , les  médailles  de 
bronze  qui  portent  cette  légende  avec  des  attri-  - 
buts  relatifs  a Bacchus  & à fes  compagnons. 

_ CORDAGE.  C’eft  le  nom  d’une  danfe  des  an-  ' 
ciens,  qui  érok  vive,  gaie,  fort  iafeive,  & qu’on 
ne  danfoit  ordinairement  que  lorfqa’on  était  ivre. 
Meiiriius  en  parie  dans  fon  orckeftre  , & Pétrone 
i’a  nommée  fans  expliquer  fon  caractère.  II  fait 
feulement  plaindre  Trimalcion  de  ce  qu’on 
n avoît  point  pris  fa  femme  Fortunara  pour  dan- 
fer.  Perfonne  , dit- il  , ne  fait  pourtant  mieux 
qu’elle  cette  danfe  que  nous  appelons'  la  Cordac-e. 


CORDnS-  Des  cordes  ,de  nerfs  , ou  pour  parler 
plus  exactement , de  tendons  ou  de  iLgcLtnens . Les 
anciens,  qui  faifoient  grand  ufage  de  ces  cordes 
dans  leurs  machines  de  guerre  , délignoient  en 
général  les  veines,  artères  tendons,  'ligamens  , 
nerfs,  par  le  mot  nerf/  8c  ils  appeloient  corde  de 
nffs  une  coriéï  filée  de  ligamens.Ils  preferivoient  de 
choifîr,  entre  les  tendons , ceux  des  nerfs  & des 
bœufs  5 & fur  ces  animaux  les  tendons  les  plus 
exercés  , comme  ceux  du  col  dans  les  bœufs,  & 
ceux  de  la  jambe  du  cerf.  Mais  comme  il  eft  plus 
facile  de  fe  pourvoir  de  ceux-là  que  de  ceux-ci,  c’eft 
de  cetr-e  matière  qu’on  a fait  à Paris  les  premières 
cordes  de  nerfs,  fous  les  ordres  & la  diredion  du 
Comte  d’Hérouviîle,  qui  fut  engagé  dans  un  grand 
nomi^e  d’expériences  fur  cet  objet,  pour  aflurer  - 
i exactitude^  de  fes  recherches  fur  tout  ce  qui 
appartient  à l’art  militaire.  Voici  comment  ces 
cordes  ont  été-travanlées.  On  pre.nd  chez  les  bon- 
chers  3 les  tendons  des  jambes  ^ on  les  fait  tirer  le 
p_lus  entiers  & le  plus  longs  qu’il  eft  podible.  Ils  fe 
tiienr  de  I animal  aflommé  , quand  il  eft  encore 
chaud.  O.n  les  expofe  dans  les  greniers  ; on  fait 
eniorte  qu  ils  ne  foient  point  expofés  au  foleil, 
de  peur  ou  us  ne  sèchent  trop  vite  , & qu’ils  ne 
auiciuent  trop.  Il  ne  faut  pas  non  plus  aile  l’en- 
uroit  fou  humide , & qu’ils  pui.ffent  fouffrir  de  la 
ge^s  en  mver  ; ces  accidens  les  feroient  corrom- 
1/  ^ temps  propre  à prendre  pour 

1.S  ioru  trop  ftcsrih  le 

■Anciquttes  , lame  II, 


COR  ioçy 

peut  ; quand  iis  fontjfc^n  frais , on  en  épure  la 
grailfe.  H faut  éviter^R  deux  extrêmes.  Avant 
que  de  les  battre,  on  fépare  les  deux  bouts  qui  font 
trop  durs  & trop  fecs  : le  relie  d’ailleurs  s’en  divi- 
fera  plus  fticüement,  ce  qui  ne  peut  arriver  quand 
on  leur  lailîe  les  deux  bouts,  qui  font  durs  & fecs 
comme  du  bois. 

Les  outils  de  cette  efpèce  de  corderie  fe  rédui- 
fent  à un  marteau- de  fer,  une  pierre  & un  pei- 
gne. Le  bloc  de  pierre  doit  être  un  cube,  dont  la 
furface  , polie  du  côté  qui  doit  fervir,  ait  huit  à 
dix  pouces  en  quarré.  Le  înarteau  peut  pefer  «ne 
aemi  - livre , & le  peigne  à huit  ou  dix  dents  éloi- 
gnées les  unes  des  autres  d’environ  fix  lignes  , & 
toutes  dans  la  même  direction.  Le  ligament  ne 
doit  point  être  dépouillé  de  fes  membranes  ; ou 
les  bat  enfemble  jufqu’à  ce  qu’on  s’aperçoive 
que  la  membrane  foit  entièrement  féparée  des 
fibres.  Sept  à huit  ligamens  battus  & fortement 
liés  enfemble  , fuâîfenî  pour  faire  une  poignée  ; 
on  palTe  la  poignée  dans  les  dents  du  peigne  : cette 
opération  en  fépare  la  membrane,  ainfi  que  les 
fibres  les  nnes  des  autres.  Le  point  le  plus  impor- 
tant dans  tout  ce  qui  précède  , eft  de  bien  battre, 
c eft  de-là  que  dépend  la  finelTe  du  nerf.  Si  le 
Berf^n’eft:  priS^afTez  battu,  on  a beau  le  peigner, 
on  1 acccurcit  en  e.n  rompant  les  fibres,  fans  Je 
rendre  plus  fn.  Le  feul  parti  qu’il  y ait  à prendre 
dans  ce  cas,  eft  de  l’écharpir  avec  les  mains,  eu 
feparant  les  fibres  des  brins  qui  ont  rélîfté  au  nei- 
gne  , pour  n avoir  pas  été  fufEfamment  travaillés 
fous  le  marteau. 


Quant  au  cordelage  de  cette  matière  , il  n’a 
ntn  de  particulier.  On  file  le  nerf  comme  Je  chan- 
vre, & on  le  commet  foit  en  auffière,  foit  en 
grelin.  Avant  que  de  fe  fervir  de  ces  cordes  , il 
faut  les  faire  tremper  dans  l’huile  la  plus  sralîe; 
elles  font  rrès-é!aft'iqiies  &z  très-fortes.  Voici  une 
expérience  dans  laquelle  le  Comte  d’Héroiiviile  a 
comparé  les  forces  d’une  corde  de  chanvre , d'une 
Corde  de  cnn  8c  d’une  corde  de  nerf.  O-u  prie  le 
-nerf  le  plus  long  qu’on  put  trouver  , on  le  peigna 
avec  beaucoup  de  douceur  j on  en  nia  du  firde 
carrer  ; on  prit  î7x  bouts  de  ce  fi!,  de  neuf  pieds 
chacun  ; on  les  commit  au  tiers,  c’eil-à-dire  que 
ces  neufs  preds  fe  réduhirentà  lîxd’.ns  le  commer- 
tage.  Cette  corde  fe  trouva  de  quinze  lignes  de 
circonférence,  Sc  toat-à-faic  fembiable^à  une 
corde  de  chanvre  très-parfaite,  qui  avoir  fervi  à 
quelques  expériences  de  Duhamel  fur  la  réfiftance 
des  cordes  , 8c  qui  avoit  éré  faite  du  chanvre  d’Ita. 
lie  le  mieux  choifi.  On  tint  auffi  toute  prête  une 
corde  de  crin  de  même  poids  , & commife  au 
meme  .point^que  la  corde  de  nerf,  mais  qui  fo 
trouva  d.£  dix- huit  lignes  de  circonférence.  On 
fit  roriysre  ces  cordes^ , & l’on  éprouva  que  la  corde 
de  laer.  croit  une  fois  plus  forte  que  celle  de  crin 
8c  d un  jxieme  puisque  la  corde  de  chanvre  la 
pi.is  parfaite.  La  corde  de  nerf  foun'nt  780  livres 
avant  la  rupture.  On  remarqua  qu’en  s’alongeaut 


a i O COR 

parles  charges  fuccefrivj|||fc/on  lui  donnoir,  les 
pertes  que  faifoit  fon  Swètre  étqienc  à peu- 
près  en  même  raifon  que  les  accroiflêmens  que 
prenoit  fa  longueur.  & qu  apres  la  rupture  elle  fe 
reftinu  exactement  à fa  longueur  & groffeur  pre- 
iTiières- 

On  a fubftitué  ces  cordes  aqx  refiorts  des  chaifes 
de  porte  & d’autres  voitures , & elles  y ont  très- 
bien  réufG.  ( Article  de  l'anci.  Encyclopédie.  ) 

Des  cordes  de  cheveux.  Les  anciens  ont  auflî 
fait  filer  des  cordes  de  cheveux  dans  les  cireonf- 
tances  facheufesqui  les  y déterminoient.  Les  Car- 
thîginoifes  coupèrent  leurs  cheveux  pour  fournir 
des  cordes  aux  machines  de  guerre  qui  en  man- 
quoient.  Les  femmes  Romaines  en  firent  autant 
dans  une  extrémité  femblable  : malaerunt  pudi- 
cilfirns.  matron& , deformato  capite  , libéré  vivere 
cum  maritis  , quam  kofiibus  , integra  décoré  , fer- 
vire.  Je  ne  cite  que  ces  deux  exemples,  entre  un 
grand  nombre  d’autres  que  j’omets,  & dont  je 
ne  ferois  qu’un  éloge  très-modéré  lî  je  les  rap- 
portois  j le  facrifîce  des  cheveux  me  paroilTant 
fort  au-deflbus  de  ce  que  des  femmes  honnêtes 
& coiirageufes  ont  fait  en  tout  temps  S:  font  en- 
core tou§,  les  jours.  ( Cheval,  de  Jaucourt.') 

« J..a  ceinture  de  corde  que  porte  fur  les  reins 
line  Divinité  Gauioife  ( Rec.  de  Caylus  ni.  pl. 
S8.  n.  2.  ) préfente  une  fingtilarité  ; mais  elle 
droit  en  ufage  dans  la  Gaule.  I!  paroît  par  pla- 
iîeurs  monumens  que  cette  nation  ne  connoiffoit 
rien  de  plus  délicat;  on  peut  du  moins  en  être 
permadé , puifqu’ils  faifoienr  de  ces  cordes  grof- 
lières,  la  parure  de  leurs  Dieux.  » 

CORDIA  , famille  Romaine,  dont  on  a des 
Etédailles; 

RRR.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Le  furnom  de  cette  famille  ert  R'cfus. 

CORDUBA , en  Efpagne.  Cordu. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

R RR  R.  en  bronze Florei Hanter. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

CORDUS  , furnom  de  la  famille  Muor^e.  Le 
mot  cordas  déiig.noit  l’animal  ou  le  vég^al  dont 
la  nailfance  avoit  été  tardive , tels  que  k foin 
d'automne,  ( Columel.  vi..  3.  ) les  agneaux  nés 
dans  l’été,  ( Rlin.  vju.  47.  ) &c. 

CDRE  , mefure.  Hoyei  CoR. 

CORÈBE  étoit  fils  de  l\ly.gda!iis , frère  d’Hé- 
cube  , & appelé  pour  cette  raifon  Mygdonides.  Il 
devint  amoureux  de  fa  coufine  Cartandre  ; & alla 
à Troye  offrir  du  fecours  à Priam,  dans  l’efpé- 
rance  d’époufer  fa  fille.  La  nuit  du  fac  de  Trove 
ayant  vu  la  Frinrefife  a.Tachée  dii  temple  de  Pal- 
ks  J les  cheveux  épars  oc  les  mains  euchainées. 


COR 


il  fe  jeta  fur  Tes  raviffeurs,  mais  il  fuccomba  foug 

leurs  coups. 

Winckelmann  ( Rier.  de  Stofeh.  nie  dajfe 
n°.  338.  ) croit  reconnoître  Corebus  tué  parPéné- 
lée;  1°.  fur  une  cornaline  de  cette  colledion  • 
2°.  fur  une  pierre  gravée  du  Marquis  Lucatelli 
où  fe  voyoit  une  troilîème  figure  qui  fe  plonge 
une  épée  dans  les  âancs  ; 5°.  fur  un  bas-relief  de 
la  Villa  Borghèfe.  Mais  il  ne  donne  aucune  raifon 
qui  ait  pu  le  déterminer  a cette  explication, 

CORÉES.  V oyei  Kopaia  après  Coracinus, 

ÇORESUS.  Foyei  Callirhoé. 

CORFOU.  Voyei  Corcyra. 

CORICEE.  Coriceum  , pièce  des  gymnafes  aa  ; 
ciens.  Les  Grammairiens  ne  conviennent  pas  de 
la  fignification  précife  de  ce  mot.  Ceux  qui  le  font 
venir  du  mot  grec  xotr. , jeune  fille , prétendent 
que  coriceum  étoit  le  heu  où  les  jeunes  filles  s’exer- 
çoient  à la  lutte  de  à la  courfe.  Quelques-uns  le 
font  venir  de  x»:à , cheveux,  & difeat  que  c'étoic 
un  lieu  deftiné  à couper  la  barbe  & les  cheveux. 
Mercurial,  fans  s’inquiéter  de  1 étymologie  , dit 
que  c’étoit  un  lieu  où  l’on  ferroit  les  habits  de 
ceux  qui  s’exerçoient  dans  les  paleftres , ou  qui  fe 
baignoient.  Baldiis  dérive  le  mot  coriceum  du  mot 
grec  xdsiucaç,  qui  lignifie  baie  ou  éteu  ,•  & dit  que 
c’étoit  un  jeu  de  longue  paume  8c  de  ballon, 
pièce  néceffaire  dans  un  gymnafe.  Cette  explica- 
tion paroît  préférable. 

CORîE  , les  -Arc.idiens,  dit  Cicéron,  appe- 
loient  de  ce  nom  Minerve , fille  de  Jupiter  8c  de 
Coriphe  , une  des  Océanides,  8c  la  regardoieat 
comme  inventrice  des  quadriges. 


CORINTHE  J Corinikus , ville  de  Grèce,  dans 
le  Péloponnèfe  ou  la  Mcrée  , près  de  1 irthme , 
ou  de  la  langue  de  terre  qui  joint  le  Péloponnèfe 
à la  Grèce  , entre  le  goife  de  Lépante  Sc  celui 
d Enghia.  Corinthe  fut  fondée  par  Sifyphe  , fils 
d’Éo’e  , ou,  félon  Paterculus  ( /.  1.  c.  3.  ) envi- 
ron cent  ans  après  le  fac  de  Troye,  par  Haletes, 
fils  d'Hippotes  , 8c  le  fixième  des  Kéraciides,  de- 
puis Hercule  leur  chef.  Homère  en  parle ///tW. 
liv.  il.  V.  570.).  Elle  s’appela  d’abord  , 

dit  Paterculus.  On  croît  qu’elle  prit  le  nom  Co- 
rinthe de  Corinthe , fils  de  Marathon , ou , félon 
d’autres  , de  Pélops , qui  la  rétablir.  C’étoit  une 
des  plus  importantes  villes  de  la  Grèce.  Elle  eut 
d’abord  des  Rois  ; enfuite  elle  fe  fit  république. 
Lucius  Mummius  la  prit  pour  les  Romains  , & k 
pilla  l’année  même  que  Scipion  détruifit  Car- 
thage , e’ert-à-dire  , l’an  de  Rome  éoj , •&  pat 
conféquent  147  avant  Jefus-Chrirt,  Elle  fiibfifta, 
félon  Paterculus. J pendant  852  ans-  Le  feu , que  le 
Co-nful  Mummius  y fit  mettre  , fondit  toutes  «es 
rtatues  & les  ouvrages  de  diïérens  métaux  qu  il  y 
avoir  en  très- grande  qu.intité  ; 3c  te  mélange  de 
tous  CCS  diiièrens  métaux  fondus  cufemble,  pïo* 


2 r î 


COR 

duilït  r airain  de  Corinthe  , fi  rare  8c  Ü cftiiïié  chez 
ies  anciens-  Jules-Céfar  la  rétablit , &,  du  temps 
de  S.  Paul  elle  étoit  encore  florilïante.  Etienne  dit 
qu  elle  s’eft  appelée  Épope  , Pagos  Ephyta  ^ He- 
Uopolis  & Acrocorinthus.  Ce  dernier  nom  défi- 
gnoit  proprement  la  citadelle , qui  étoit  fi  élevée, 
& d'un  accès  fi  pénible  , qu'il  avoit  paffé  en  pro- 
verbe de  dire  des  chofes  difficiles  : Il  n’eft  pas 
permis  à tout  le  monde  d'aller  à Corinthe.  Non 
omnibus  licet  adiré  Corinthum.  C'étoit  proche  de 
Corinthe  que  l’on  célébroit  les  jeux  ifthmiques. 

Corinthe  , en  Achaïe.  ROPiNaiûN  d?  kop 
d?  Ç. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

C.  en  argent. 

C-  en  bronze. 

O.  en  or. 

Son  fvmbole  eft  Pégafc.  — 

Un  trident.  — 

Un  dauphin.  — 

La  tête  de  Pallas.  — La  Chimère. 

Devenue  colonie  Romaine  , Coriche  a fait  frap- 
per des  médailles  latines  avec  ces  légendes  : 

Laus.  juli.  coRINT.  Laus  ly.lia  Corintkus. 
Col.  jul.  AUG.  cor.  Colonia  Julia  Augufius  Co- 
rintkus  , en  l'honneur  de  Céfar  avec  Augufie , de 
M._ Antoine,  d'Augufte,  de  Julie,  de  Livie  , dé 
Caius  avec  Lucius  , d’Agrippa  jeune  , d'Antonia  , 
de  Tibère  , de  Germanicus  , de  Claude,  d’Agrip- 
pine jeune,  de  Néron  , d’Oéiavie  , de  Galba  , de 
Domitien,  de  Plotine , d’Hadrien,  de  Sabine, 
d'Aeliiis , d’Antordn  , de  Fauftîne  mère  , de  M. 
Aurèle , de  y érus,  de  Lucille,  de  Commode,  de 
Sévère , de  Domna  , de  Caracalla , de  PJautille  , 
de.  Géra,  de  Macrin,  de  Caligula  , de  Trajan  , 
d'Elagabaîe  J d'Alex.-Sévère  , de  Gordien. 

Les  médaillés  de  Corinthe  ont  été  appelées  quel- 
quefois des  poulains  , à caufe  du  Pégafe  qui  leur 
ferc  de  type  , comme  celles  d’Athènes  ont  porté 
le  nom  de  chouettes  par  une  raifon  fembiable. 
( Jul.  Pollue.  Onomafl.  ) 

CORIMTHIARIUS , fondeur  ou  cîfeleur  de 
bronze  de  Corinthe.  On  trouve  fur  des  inferip- 
tions  antiques,  à Corintkiis  faber  {Muratori.  930. 
10.)  à vajîs  Corintkiis  y ( ibid.  924.  12.  ) & Co- 
rinthiar.  Agrippe,. 

CORINTHIEN  ( vafe  & airain.  ).  Voyer 
Bronze.  ^ 

CORIOL.4N.  Winckelmann  ( XXII t.  de  la 
Préface  de  fes  Monumenti  inediti  ) dit  que  l'on  a 
cru  mal-a-propos  reconnoître  Coriolan  & fa  mère 
.dans  use  peinture  des  Thermes  de  Titus.  La 
fernme  qui  parle  à Conolan  , bien  loin  d'être 
yieiLe  , comme  devoit  être  fa  mère,  eft  jeune  j 
& de  pins,  la  feene  de  cette  peinture  eft  dans  un 
endroit  fermé,  contre  la  vérité  de  l’hiftoire  de 
Coriolan. 

Le  groupe  d’uii  homme  nud , 


COR 

cafque  8c  une  épée,  d’une  femme  plus  petite 
qui  l’embraffe  , placé  dans  la  villa  Borghèfe  . 
avoir  été  pns  auflî  pour  Coriolan  & fa  femme 
V olumnia.  Mais  cette  figure  repréfente  un  héros 
Grec  J car  les  Romains  habüloient  leurs  ftatues 
contre  l’ufage  des  Grecs,  dont  Pline  a dit  ; Gr&ca. 
res  efi  nzkil  velare , Zcc.  On  voit  un  deffin  de  ce 
groupe  dans  le  Tkefaurus  Antiq.  Grec,  de  Grono- 
vius  , tom.  il  pl.  -jC. 

CORIOPSALÈS  , furnom  de  Bacchus.  Voyer 
SiCYONE. 

CORITÜS  , Roi  d’Étrurie,  fut  père  de  Jafias 
& de  Dardanus.  C’eft  par  lui  que  les  Trovens, 
félon  les  fabfes  , étoient  originaires  d’Italie-  Voyez 
D.ardanus  , Ganimède. 

CORIUM,  la  fondation  ou  le  premier  lit  d’un 
, ouvrage  de  maçonnerie. 

CORNALINE.  La  véritable  cornaline  que  les 
vieux  Auteurs  François  no.mment  carnéoLe  ou  cor- 
néole  , n'a  rien  de  jaunâtre  comme  la  fardoine  , 
avec  laquelle  on  la  confondoit  autrefois. 

Elle  eft  d’un  beau  rouge  , qij’on  ne  peut  mieux 
comparer  qu'à  un  morceau  de  chair  fraîchemenr 
coupée.  Dans  chaque  cornaline  , cette  couleur 
prend  des  tons  & des  nuances  différentes,  depuis 
le  rouge  le  plus  vif  jufqu’à  celui  qui,  prefeu’en. 
tièrement  éteint , relfemble  à la  pelure  d’ojsnon. 
Cependant  ies  cornalines  les  plus  hautes  en  cou- 
leur, de  même  que  celles  qui  font  les  plus  nettes, 
celles  où  l’on  ne  remarque  aucun  nuage,  & qui 
ne  fout  point  traverfées  par  des  fils  & des  veines 
qui  les  fo.nt  paroître  ondées  , & qui  augmentent 
les  difficultés  du  travail , font  certainement  les 
plus  belles  , & ont  toujours  été  préférées.  Ou 
nomme  ces  dernières  cornalines  de  la  vieille  ro^ 
che  , & nous  apprenons  de  Pline  qu'on  les  tirck 
anciennement  d’un  roc  près  de  Babylone.  Les 
autres  cornalines  que  la  Bohême,  la  Sardaigne  & 
p’ufieurs  autres  endroits  de  l’Europe  préfentent  , 
font  affez  communes  ; mais  les  parfaites  , de 
quelque  lieu  qu’elles  viennent,  font  recherchées, 
& il  eft  très  - rare  d’en  trouver  d’une  certaine 
étendue. 

On  ne  peut  pas  confondre  la  cornaline  avec  le 
jafpe  rouge,  parce  que  la  première  eft  deini-tranf- 
.parente,  8c  que  le  fécond  eft  opaque. 

CORNE  d’abondance  J cornu  copie  , étoit  une 
corne  d’où  fortoit  en  abondance  tout  ce  que  l'on 
pouvoit  fouhaiter,  par  un  privilège  que  Jupiter 
doiana  à fa  nourrice  Amalthée.  Cette  corse  d’abon- 
dance accompagne  foiivent  les  images  de  Cérès, 
de  Bacchus , & des  Héros  qui  ont  procuré  l’abon- 
dance aux  hommes.  On  en  met  quelquefois  deux 
pour  marquer  une  abondance  extraordinaire.  C’eft 
ainfi  qu’on  trouve  quelquefois  Mercure  , tant 
parce  qu'il  eft  le  Dieu  des  marchands  & du  lucre, 
.que  parce  quç  fan  ancre  étoit  plein  de  toutes 

D d ij 


portant  uu 


21 Z COR 

fortes  de  biens , félon  l’Apreur  des  vers  attribués 
à Orphée.  Hercule  3 félon  Fhotiiis  J étoit  fouvent 
peint  avec  la  corne  d'abondance  fur  le  bras  ; & 
cela  , parce  qu'il  avoir  coupé  une  corne  à Ache- 
I0ÜS3  qui,  pour  la  ravoir,  fit  préfent  à Hercule 
de  la  corne  d'Amalthée.  F'oyeç  A*cHelous  , 
Amalthée. 

Dans  la  colledlion  des  pierres  gravées  de  Stofch , 
iqui  efi  chez  le  Roi  de  PrufTe,  on  voitle  beau  Ju- 
piter exfuperantijfimus , qui  tient  une  co’-ne  d'abon- 
dance de  la  main  gauche.  Jupiter  paroît  avec 
ce  même  attribut  fur  une  médaille  des  Locriens, 
( Golc^.  Ma^n.  Gr&c.  tab.  27.  ) & fur  le  deffia 
d’un  bas-relief  en  marbre  , qui  étoit  dans  le  re- 
cueil de  deffins  du  Commandeur  del  Pozzo,  chez  le 
Cardinal  Albani. 

Quoiqu  il  fut  ordinaire  de  donner  pour  attri- 
but a Mercure  la  corne  d'abondance , il  efi  très- 
rare  aujourd'hui  de  trouver  des  figures  du  mefià- 
get  des  Dieux  qui  portent  cet  attribut.  Il  n'y  en 
a qu  une  feule  dans  la  nombreufe  colleélion  de 
Stofch  ( lie  clajfe  , n'.  405.  ) 

Sur  une  rnédaiile  de  Naxos,  Hercule  parok  avec 
Ja  corne  d'abondance.  On  lui  voit  aufifi  cet  attribut 

la  Villa  Ludovifi  à Rome  , & fur  le  fragment 
d un  vafe  confervé  au  palais  Barberini. 

Perfuade  que  les  cornes  d'abondance  ne  paroif- 
foient  jamais  fans  fruits  dans  les  anciens  monu- 
mens , Maffei  ( Obferv-  lett.  tsm.  il.  p.  249.  ) a 
pris  pour  des  corses  à boire  , deux  cornes  de  di- 
verfe  grandeur , femblables  à des  cornes  de  bœuf, 
que  tiennent  deux  figures  fculptées  fur  la  célèbre 
coupe  dàgate  du  Roi  des  Deux-Siciles.  Mais  il 
ne  favoit  pas  que  la  ftatue  d'Harpocrate , du  ca- 
pitale , trouvée  dans  la  villa  d'Hadrieu,  tient  une 
corne  de  bœiifde  grandeur  naturelle  &:  fans  fruits, 
qui  efi  cepend.--nt  une  corne  d'abondance,  attribut 
ordinaite  de  ce  Dieu.  La  corne  ^ portée  par  une 
figure  qui  a de  la  barbe , fculptée  fur  la  coupe 
et  agate  , eft^  de  la  grandeur  des  cornes  d abon- 
dance ordinaires  j car  elle  a pour  mefure  la  moitié 
de  la  hauteur  d.  la  figure.  On  voiîauPù  au  palais 
uMarrri,  a Rome  , un  génie  avec  de  la  barbe  , 
dent  la  tète  reflemble  à Hercule  , & qui  porte 
une  corne  fans  fruits. 

CoitNE  d'abondance  ( on  voit  une  ) fur  les  mé- 
dailles de  Néapolis  en  Italie  , de  Paefiu.m , de 
Copra. 

On  en  voit  deux  fur  les  médailles  de  Larinum  j 
de  Philomeiium  , de  Valentia  en  Italie.  Ces 
Cornes  d aoondance  doubles  défignenc  deux  Sou- 
verains regnans  enfemble  lur  une  même  contrée. 
Tels  furent  quelques  Ptolémées  ; tels  furent  Va- 
leiien  & Galhen , que  Pon  voit  exprimés  par  ce 
Gonble  type  fur  les  médailles  d'Hélfopolis.  ( 

Idnt.  Colo.ri,  il,  p,  346-  ) 

CORNB.  ")  T . . 

Cornes.  ^ anciens  fe  fen^îrenî  !ong-tems 

des  cornes  de  bœuf  pour  boire  & pour  faire  des 
sibaîioos  apres  le  repas  ou  dans  Iss  faciifices. 


COR 

Fbyfç  Bœuf.  On  en  trouve  mille  exemples  dans 
les  Lcrivams  Grecs,  Latins,  & fur  les  marbres 
antiques. 

On  en  voit  deux  en  marbre  à la  villa  Borghèfe, 
qui  fe  terminent  en  tête  de  bœuf,  & dont  le 
diamètre  de  la  grande  ouverture  efi  de  près  de  vingt 
pouces  de  France.  Ces  efpèces  de  coupes  étoient 
encore  en  ufage  chez  les  Grecs  dans  le  neuvième 
C_ècle_.  Elles, paroilTent  aulTi  fur  d’anciennes  ta^ 
pifferies  {Monum.  de  la  Monar.  Franfoife  de  Mont- 
faucon)  qui  repréfentent  la  conquête  de  l’Angle- 
terre par  Guiliaume-ie-Conquérant.  En  787^  le 
Concile  de  Calcuch,  en  Angleterre,  défendit  de 
célébrer  la  méfié  dans  des  calices  de  cornes  , c’eft- 
a-dire  , dans  des  cornes  à boire.'  On  conferve  en- 
core dans  les  cabinets  des  pays  du  Nord  de  ces 
cornes , dont  i'ufage  eft  déterminé  par  leur  garni- 
ture. Elles  font  garnies  près  de  leur  embouchure 
d'un  fupport  de  métal  , terminé  en  pieds  d'oifeau 
ou  autres  figures  faillantes  , pour  les  faire  tenir 
debout  fur  la  table  , & pour  empêcher  que  la 
liqueur  ne  s'écoule.  Olaüs  Wormius  en  a décrit 
de  femblables  dans  fes  Monum.  Danlca  , lib.  r. 
( Hafniéi  1643,  & Ton  en  voit  une  pareille  dans 

les  Atlantiques  de  Rudbek , ( tom.  2.  pag.  274. 

k- 17-  ) . 

Les  Orientaux  ont  toujours  fait  des  cornes  le 
fymbole  de  Ja  force  & de  la  puiffance;  c'efi  pour- 
quoi on  voit  un  grand  nombre  de  Divinités  an- 
ciennes chargées  de  cet  attribut.  Tels  furent  Bac- 
chus,Pan,  Jupirer-Ammon,  Junon-AoyjczM , 

( V leurs  articles).  Les  vents  eux-mêmics  por- 
tent quelquefois  des  cornea-. 

Ce  fut  fans  doute,  pour  faire  allufiorr  à cette 
ancienne  parabole  des  Orientaux,  que  des  Rois  de 
Macédoine  , de  Syrie  , de  Thrace , Scc.  qui  n'a- 
voient  pas  la  prétention  d'être  crus  fils  de  Jupiter- 
Ammon  , comme  Alexandre-Ie- Grand  , firent 
placer  des  cornes  à leurs  diadèmes,  f^oyez  Belier- 

On  fe  fervit  fouvent  des  cornes  au-iieu  de  trom- 
pettes. Voye:^  CoRNETS. 

Les  cafques  étoient  quelquefois  chargés  de 
véritables  cornes  d'aniraaux , comme  Diodore 
raffure  des  Gaulois;  quelquefois  de  cornes  de  mé- 
tal : de- là  vint  le  nom  générique  cornes , qui  fat 
donné  par  la  fuite  au  cimier,  à la  crête , & aux 
autres  parties  faillantes  du  calque.  ( Æneid.  xn. 
89.  ) : 

Enfemque  y ctypeumque  , & rubrs.  cornua  crlfl.au 

Les  deux  boutons  faülans  fixés  aux  extrémités 
des  bâtons  fur  lefquels  on  rcu'oit  les  mainufcrits 
\ov^%s,  volumina y étoient  appelés  cemua.  Ces  bou- 
tons étoient  figurés  en  croiiTant,  lurula  , menis 
afin  de  maintenir  le  volume  fous  leurs  deux  pro- 
longemens  ( Aufon.  Profejf.  Burdigal.  26.  I.  ) î 

Quos  legz's  à prî'ma  dediiclo s menide  lihrL 
Docî.ores  patûa.  fciio  fuijfe  me&. 


COR 

Et  Ovide  ( 1. 1.  g.  ); 

Can.diaa  nec  nigra  cornua  front e géras, 

cabinet  da  Roi,  {Mariette) 
tin  Sacnhcareur  étend  le  bras  gauche  ^ & alon- 
gearit  le  doigt  indicateur  & le  pouce  , i!  femble 
ce  que  nous  nommons  les  cornes;  forte  de 
ge^te  qui  étoit^  familier  à ceux  qui  aiïîftoient  aux 
liiccnapa.es.  Si  Ton  eu  croit  Gori , auteur  de 
cette^ooiervation  ^ ce  geîle  ^ loin  d'être  infultant, 
ligniiioïc  la  puilTance  du  Dieu  du  vin  ^ qui  iui- 
lïieme  etoir  fouvent  repréfenté  avec  des  cornes  , 
ou  tous  la  figure  d’un  taureau. 

Cornes  a la  tete  des  Rois.  V syeç  Bîlzer, 
Cornes  des  autels.  V'oye^  Autels. 
CoRNEs-rrompettes.  syej  Cornets. 

I ^^^^c.ILLE.  La  rorn£z'//£  était  anciennenaeTit 
»e  j.ymi,o!e  de  l'-ünefTe  5 mais  depuis  que  cet  oifeau 
eut  accufe  les  filles  de  Cécrops  ^ Min-erve  le  chaffa  ^ 

Ce  CilOîilt  (A  «e.  ; T».../' 


COR 


2 1 


VC  JC  CilaiiU  J 

ce  cnoîiit  la  chouette  pour  le  remplacer.  Paufa- 
luas  parie  d une  ftatue  de  Minerve  V qui  porroit 
une  corneille  fur  le  poing. 

^ La  rencontre  ou  le  chant  d’une  corneille  feule 
croient  d lia  fimefte  préfage.  Yirgile  (-Ecl.  i.)t 

....  Malum  koc  nobis  , Ji  mens  non  lava  fui Jfet 
Sape  finijîra  caya  pr&dixh  ab  ilice  cornix. 

^ Eroienr-elles  deux  ou  plufieurs  e.nfemble  ? les 
epoux  croyoient  cette  rencontre  heureufe  pour 
leur  hymen  J parce  qu’on  célébroit  l’amour  con- 
jugal des  Corneilles. 

- C Indic.  p.  14.  ) 

les  fabuiCux  Pygmées  fe  fervoient  à la  ehalTe  de 
corneilles  au-Iieu  de  chiens. 

^ Feiîus  dit  qu’il  y avoir  à Rome  ^ au-delà  du 
xibre^^  un  endroit  confacré  aux  cora«7/ej  facrées , 
corrJjearum  divarum.  On  leur  donnoit  ce  furnom  ,, 
parce  qu’on  les  croyoit  chères  à Junon  ; Qubd  in 
Juaonis  tutela  ejfe  putabantur. 

P^nvinirapporte:,  dans  là  defeription  de  RomCj 
1 inicription  fuivante  gravée  en  leur  honneur, 
& trouvée  dans  la  xiv^  région 

EEiyAS 
eO  RNIS  CAS 
SACRUM. 

1 J famille  Romaine  j dont  on  a 

ses  médaillés  : 

P-R.  en  or. 

C.  en  argent. 

C.  en  bronze. 

Les  Mrnoins  de  cette  famille  font  ; ÆtaiziA- 
itt/s  , ApRicAsias,  AsiAGBrrzs  , Asina  , Bal- 
sus  , BzArsio,.  Calvus  CAUaiLTUS  Ce  THE^  I 
Cz.QDXAEÏ.ÏfS^  Dqj,A3£LLA  ^ HjS:^ 


s ‘^SKTVLUS  , MaGSUS  , MAZÜGlîtEElSls 
M.EKULA  , NasiCAj.  SciPIO  , SeKAPIO  , SlSEX^ 
SuZLA  , SwKA. 

Goltzius  en  a publié  quelques  médailles  mcon- 
nues  depuis  lui. 

carnemufi  , ou  iu  moins 
un,,  efpece  de  comemafe  , eft  fort  ancienne  5 cas 
Jerome  pane  d’un  initrument  iifité  dans  les 
temps  recules,  & compofé  d’une  peau  & de  deux 
Chalumeaux  d aimm  spar  l’un  o.n  infpirok  le  vent , 
& 1 autre  prÿuifoit  le  fon.  Il  paroït encore,  par 
quelques  paifages,  que  les  anciens  avoient  une 
eipece  de  cornemufe  à laquelle  un  petit  baril  on 
ton.nelet  de  bois  fervoit  d’outre.  Kircher,  dans  fa 
laujurgie,  donne  la  figure  d'une  cornemufe  faite 
ans  ce  gour.  Elle  a cinq  flûtes,  qui  toutes  re- 
çoivent le  vent  d’un  cylindre  , par  le  moyen  de 
-on  e.mbouchiiPe.  Une  feule  flûte  a des  trous  pour 
^.xe..iiter  la  rnelodie  ; les  deux  autre-s  paroiflTent 
- etre  rnobiles,  & pouvoir  tourner  à volonté  autour 
du  cylindre. 


CORNES.  V oye:^  CoRNE. 

CORNET.  - y ‘ 

- CORNI CINES,  f On  voit  au  Miiféum  Capi- 
tolin , un  tombeau  antique , fur  leauel  fontr 
.culptes  ces  combgts  d’Amazones  5 l’un  des  petits, 
. cotes  offre  le  combat  d’une  Amazone  à cheval 
concte  un  fantaflin.  Un  trompette  les  anime  au 
comoat  avec  fon-  mfirument , qui  eft  prefea- 
droit , legere.menr  courbé  & conique  , tel  que 
les^cors  ou  cornets  des  anciens  Paladins. 

-L  ufage  de  fouffier  dans  des  cornes,  comme 
dans  des  trompettes,  étoit  établi  de  roare  anti- 
quité. 

Les  Héros  Grecs  ou  ïes  Crieurs  aux  jeux  oîym- 
piquesfe  font  aufli  fervi  d’une  trompette  courbée,, 
c eiî-a-dire,  d’un  cornet  , pour  demander  le  filence 
an.noncer  enfiuce  les  différens  exercices-,  & pro- 
clamer les  vainqueurs.  L’inferiprion  gravée  fur  la 

imtued  unvamqueuràOIympie,  atteftecet-ufage. 

Poiiux  la  confervée  dans  fon^  Onomafiieon 
{hv.  Segm.  92.  edit.  Veftenîi.  ) elle  dit  que 
cet  aunlete,  qui  éroit  en  même-temps  hsrault 
s’acquittoit  de  ce  dernier  emploi  fans-  fe  fervir  de- 
cor,  «fCés-oraAw/yyfflj.  Sans  doute  que  la  voix-di 
nouveau  Stentor  fuffifoit  pour  le  faire  entendre 
de  la  multitude  innombrable  raffemblée  à ces  jeux 
Les  ftatues  du  prétendu  gladiateur  mourant  d®  - 
capitole,  nous  offre,  félon-  la  conjecture  du  fa- 
vant  Winclfelmann,  un  Hérault  reconnoiffable  as. 
cor  ou  cornet  qui  eli  placé  fur  fon  bouclier. 

Les  Romains  reçurent  des  Germains  & dès 
Gauiois  rinfirument  militaire  qu’ils  appelèrent 
cornu-,  & qui  fit  donner  aux  foldats  qui  s en  fer- 
voient  lÊ  nom.  de  cornicines.  Les  peuples  du  NsrdÜ 
ont  employé  de  toute  antiquité  las  cornes  poiur 
s animer  au  combat  ç c èli  d’ecx.  que-  vÎEnnenc:  lés 
cornus,  milmins  transformés  aujourd’liut  e»  sois- 


2 14  COR 

de  chafle.  La  mythologie  de  i’Edda  a rendu  cé- 
lèbre \t  cornet  d Odin  , dont  le  Ion  jetoit  la  ter- 
reur & la  conrternation  dans  le  cœur  de  fes  enne- 
mis. Si  les  poèmes  de  Fingal  font  authentiques, 
les  anciens  Irlandois  & Ecoffois  ne  redoutoient 
pas  moins  le  terrible  cornet  d’Oflian  & celui  des 
héros  de  fon  âge.  Les  vieux  Romanciers  Fran- 
.çois  parlent  fans  ceffe  de  ces  inftrumens.  Us  fai- 
Ibient  partie  de  l’armure  des  Paladins  , leur 
fervoient  à donner  le  Egaal  des  combats,  à ani- 
mer les  guerriers  , & plus  fouvent  à annoncer 
leur  arrivée  près  des  châteaux  ou  des  villes.  La 
vie  de  Charlemagne  , ridiculement  attribuée  à 
l’Archevêque  Turpin , dit  que  dans  un  combat  Us 
pa-vetis  firent  retentir  mille  cornets. 

On  démêle  au  travers  de  ces  fables  ridicules , 
Fufage  conftant  chez  les  peuples  du  Nord  de  fe 
fervir  de  cornets  dins  les  combats  t & c’eR  audi  le 
feul  iifage  que  l’on puiiTe  attribuer  aux  deux  grands 
cornets  du  cabinet  de  Ste  Geneviève  , ainfi  qu’à 
la  corne  d’or  de  Copenhague.  Les  reliefs  qui  or- 
nent ce  dernier  cornet  ont  fervi  à fixer  le  temps 
de  fa  fabrique. 'Wormitts  le  fric  remonter  avant 
l’année  948  , celle  où  le  Oanemarck  embrafla  le 
chviilianifme.  Les  reliefs  n’offrent  en  etfet  rien  de 
relatif  à cette  religion  5 & tout  ce  que  l’on  y voit 
annonce  au  contraire  le  pagaiiiime  & le  culte  des 
faufles  divinités. 

On  trouve  encore  plufieurs  de  ces  cornets  dans 
les  colle&ions  qui  renferment  des  monumens  du 
moyen  âge.  il  y en  a un  à la  Ste  Chapelle  de 
Paris  , un  autre  dans  la  Chartreufe  des  Portes  en 
Bugey  , deux  au  Mufeum  de  Florence , Sec. 

Cornet  à jeter  les  dés.  Les  anciens  fe  fer- 
voient pour  jouer  aisx  dés,  de  cornets  faits  exté- 
rieurement comme  les  nôtres.  Les  Grecs  les  ap- 
peîoient  «-«ya; , petites  tours  , & epifUt  ; les  Rc» 
mains  fritilli , pour  imiter  le  bruit  que  l’on  faifoit 
en  les  agitant.  Martial , {ir.  14. 7.  ) parlant  des 
faturcales , dit  : 

Dunt  hlanda  vagus  aléa  dccemier 
Ineertis  fonat  hinc  Ci  inde  fritillls. 

On  les  faifoit  de  corne , d’ivoire  & de  buis. 
Le  Scholiafte  de  Juvénal  nous  apprend  que  l’on 
s’étoit  fervi  autrefois  de  cornes  d’ammaux  pour 
jeter  les  dés  : Apud  antiquos  in  cornu  miltehant 
tejferas , mov ente] que  jundebant.  Aufone  décrit  des 
cornets  de  buis  qui  étoient  remplis  de  petites  divi- 
fions  en  forme  de  degrés , pour  mieux  agiter  les 
dés,  & pour  évnter  la  tromperie  des  dés  chargés. 

( Profejf.  I.  14.  ) : 

Alternis  viçibus  quos  précipitante  rotatu, 

Fundunt  expafil  per  eava  buxa  gradus. 

Dans  les  mbleaux  que  l'on  a découverts  à Her? 
oa  voit  une  caricature  qui  repréfente 


COR 

Énée  portant  fon  père  Anchife;  il  eft  fuivi  d’iuie  ■ 
Tous  les  trois  fuient  de  Troie;  ils  font  peints* 
nuds  en  priapes  ; ils  ont  des  têtes  de  chien,  & ils 
portent  des  cornets  pour  jouer  aux  aés.  Cn  pré- 
fume  que  le  peintre  a voulu  faire  ailufion  à Au- 
gufte  & à l’Empereur  Claude  , qui  fe  difoient  ilfas 
d’Éaée , & qu;  étoient  grands  joueurs  de  dés. 

CORNIÆ  {Aeditmis  Diane.)  Muratori  ( 1 1 9.  i.) 
rappoite  une  infcripcion  gravée  à i’honneur  du 
Prêtre  de  Diane  cor, 2/4  , c’eft-à  dke , à l’autel  de 
corne.  On  trouvera  l’explication  de  ce  furnoia 
dans  l’article  A..utel. 

CORNICULA.  7 - . , . ,, 

CORNICULARII.  5 Co’'’'‘-^e!ii‘^rius , nom  d ar» 

Officier  de  guerre  chez  les  Romains.  C’étoit  un 
Lieutenant  du  Tribun  militaire  qui  le  foulageoit 
dans  l’exercice  de  fa  charge.  Les  comiculaires  fai- 
foient  les  rondes  à la  place  des  Tribuns,  vifî- 
toienc  les  corps-de-gardes  ; 6c  ils  étoient  chargés 
à-peu-près  des  mê.mes  fondions  que  les  Aides- 
Major  de  nos  troupes.  Le  nom  de  eomiculahes 
fut  donné  à ces  Officiers , parce  qu’ils  avoient  un 
petit  cor , corniculum  , dont  ils  fe  fervoient  pour 
donner  les  ordres  aux  foldats.  Suétone  C dans  'e 
Livre  des  Grammairiens  illuftres  ) , \ alère-Ma- 
xime,  {L.  VI.  c.  i.)  8c  plufieurs  .Auteurs  parlent 
des  comiculaires.  II  en  elt  auffi  fait  mention  dans 
le  Droit. 

On  trouve  dans  les  Notices  de.  l'Empire  un 
Huiffier  ou  Greffier  nommé  Corniculaire.  Son  of- 
fice étpit  d’accompagner  par-tout  le  Juge  , 8c  de 
le  fervir;  d’écrire  les  fcntences  qu’il  prouonçost. 
Exceptor , commentarienjis , cornicularius.  { GO- 
DEFROY fur  la  L,io,  Tkeodof.  de  Cçkort.  SeJuret. 
fur  Symmaque  , L.  x,  éplcre  1 

Ces  comiculaires,  cornicularii,  étoient  ainfi  nom- 
més parce  qu’ils  fe  tenoient  à l’un  des  coins,  cornu , 
du  parquet  où  le  îdagifirat  rer  doit  la  juftice, pour 
empêcher  que  perfonne  n’y  entrât.  Camicular.ii , 
qu'm  cornihus  fecretarii  pretpriani  prserant. 

Ce  nom  pris  au  premier  fens , vient,  félon  Sau- 
rnaife  , de  corniculum,  qui  fîgnifie  le  cimier  d un 
cafque  ; 8c  en  effet  Pline  ( x.  43,  ) nous  apprend 
qu’on  fixoit  fur  les  cafques  des  cornes  dç  fer  ou 
d'airain  appelées  comicula.  D’autres  le  tirent  du 
petit  cor  que  portoient  ces  Officiers , ce  qui  efi 
plus  vraifemblable.  Dans  ce  dernier  fens  on  le 
dérive  de  cornloulum , cornet  à mettre  de  1 encre. 

CORNIPÈTE.  Rabelais  s’eft  fervi  de  ce  mot 
pour  dpfiguer  boeuf  qui  donne  des  coups  ds 
cornes.  Les  Antiquaires  pourroient  l’adopter  8f 
le  fubfiituer  dans  la  langue  de  la  numifmatique,au 
bos  cornupeta  , qui  fert  de  type  à tant  de  me* 
dailles. 

CORNIS  CÆ.  Foye^  Corneille. 

CORNO.  Foyei  Bonnet  Phrygien. 
CORNOPIEN,  furpom  d’Hereuk.  11  venoit  d» 


COR 

mot  Comopes  , que  quelques  peuples  de  la  Grèce 
donnoienî  aux  fauterelles  , dont  on  croyoit  que 
ce  Dieu  étoit  Je  deftruâeur.  Apollon  en  parta- 
geoit  la  gloire  avec  lui. 

CORNOUILLER  de  Romulus.  Ce  Roi  vou- 
lant prendre  un  augure , lança  du  mont  Aventin, 
ou  2!  le  trouvoit  placé  au  pied  du  mont  Palatin  ^ 
fon  javelot  fait  de  bois  de  cornouiller.  I!  pénétra 
dans  la  terre  J y jeta  des  racines.  La  fuperftition 
entoura  de  murs  cet  arbrCj  devenu  facré.  ’^PLutarch. 
Pomul.  ^ 

'CORNUFICIA,  famille  Romaine  dont  on  a 
des  médailles  : 

RR.  en  pr. 

ERR.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

CORNÜTUS,  fumom  de  la  famille  Cæciî.iA. 

CORŒBUS.  Foyei  COK  ÈBE  8c  PSAMMATHÉ. 

COR.OÎSI ARIÜS  de  Triere  Danae.  Muratori 
( ySé.  I.  Thef.  Infcr.  ) rapporte  l’infcription 
fuiyaate  ; 

ATHENIO.  DE 
riî.  DANAE  CORO 
NARIDS  QÜARTAE 
AUFIDIAE  UXORI.  SUAB 
BENEVOLENTI.  EJUS.  EX 
HONORIS  GAUSSA 
RECIT.  H.  S.  E. 

Il  croit  que  cet  Officier  de  marine  étoit  chargé 
d'orner  de  couronnes  les  navires  victorieux  ou  les 
faiies  des  feltins, 

CORONE  3 dans  la  Meflenie.  KOPirNAîriN. 

M-  Eckhei  attribue  à cette  ville  une.  médaille 
autonome  de  bronze  du  cabinet  impérial. 

CORONIS.  Le  mot  métaphorique  coronis  fe 
prend  pour  la  fin  d'un  ouvrage  j d’oà  efi  venue  la 
phrafe  Coronidem  imponere.  Martial  a dit  : 

Si  nimius  videor  , feraque  coronide  longus  ^ 

Effe  liber  : legito  pauca  , libellus  ero. 

Coronis  , fille  de  Phlégyas  j l'homme  le  plus 
belliqueux  de  fon  temps,  fut  aimée  d'Apollon  ^ 
qui  la  rendit  mère  d'EfcuIape  5 mais  ayant  eu  un 
autre  amant  pendant  fa  groffeffe,  Apollon,  in- 
form  par  le  corbeau  de  cette  infidélité , prit  fon 
arc  & fes  fiècbes.  Se,  dans  le  premier  mouve- 
ment de  fa  colère  ,.en  perça  le  fein  de  Coronis.  li 
fe  tepentit  enfuite  , mais  trop  tard,  de  s'être  vengé 
fi  cruellement  5 Se  défefpére  de  la  mort  de  fa  mai'- 
îrefle,  il  punit  celui  qui  lui  avoir  fait  un  fi  mau- 
vais rapport  , & rendit  le  corbeau  noir , de 
blanc  qu'il  étoit.  Quant  à i'eiifant  que  Coronis 
avoit  dans  fan  fein,  le  Dieu,  l'en  retira,  & le 


COR  215 

fit  porter  dans  l’antre  du  Centaure  Chiron  : c' étoit 
Efculape.  Coronis  participa  aux  honneurs  divins 
qu  on  rendit  à fon  fils  j elle  eut  une  ftatue  dafts 
le  temple  R'Efculape,  chez  les  Sycioniens  , & fut 
m.jfe  au  rang  des  Divinités. 

Coronis,  fille  de  Phlégyas,  Roi  d’un  canton 
de  la  Béotie  , & fils  de  Mars  & de  Chryfe  , fe  pro- 
menant^un  jour  furie  bord  de  la  mer  , fut  aper- 
çue de  Neptune  , qui  devint  amoureux  d'elle  , Sz 
voulut  lui  frire  violence.  Coronis  prit  la  fuite  j 
mais  ne  pouvant  éviter  les  pourfuites  du  Dieu  de 
Ja^mer,  elle  invoqua  la  chafie  Minerve,  qui  I3 
metamorphofa  en  corneille,  8c  la  prit  fous  fa 
protection. 

Coronis.  Paufanias  parle  d’une  Déeffe  de  ce 
nom  honorée  à Sycione  5 elle  n'avoit  point  de 
temple  , mais  on  lui  facrilioit  dans  celui  de 
Palias. 

î-.ORONis,  une  des HyadeSj  fille  d'Atlas.  FoyeT 
Hvades. 

COROPISSUS , en  Lycaonie.  KoroîirccEiîN, 

. pn^a  une  médaille  impériale  grecque  de  cette 
Vide,  frappée  en  l'honneur  d'Hadrien Peilerin. 

CORPUS.  Ce  mot  défignoitchez  les  Romains 
non-feulement  une  compagnie  ou  communauté 
icolie£ium'),  mais  encore  le  recueil  des  ouvrages 
d’un  Ecrivain.  Sénèque  nous  en  fournit  un.  exem- 
ple , lorfqu’ii  dit  à un  de  fes  amis  , en  parlant  dû 
Livre  que  cet  ami  avoit  compofé  ( epifi.  46.  ) i 
Prévis  mihi  vif  us  efi , cum  effet  nec  met  , nec  tuE 
corporis  , fed  qui  primo  afpeciu  aut  T.  Livii  , eut 
Epicuri  pojfet  videri. 

CORRECTEUR,  nom  déchargé  8c  de  dignité 
chez  les  Romains.  C'éïoient  des  Magillrats  que 
les  Empereurs  envo-yoient  dans  des  provinces-, 
dont  parlent  Treb.  Pollion , dans  la  vie  de 
Tetrfque  père  (c-,  23.  /.  jx.  c.  9.  ) , & Saumaife 
.ur  Soltn  ipag.  8ol>. }.  Tiliemont  remarque  ( HijE 
des  ç^m.pereurs t.  v.p.  303.  ) qu'ils  croient  juges 
ordinaires  avec  les  Confulaires  & les  Préfidens. 

^ CORRmCTITRA ^ étoit  le  nom  de  fa  dignité 
des  CorreBeurs  chez  les  Romains.  Aufone  fait 
mention  de  la  Correctura  d’Efpagne  ( Parent,^ 
XXIV..  11. )t 

Nam  Correctura  tibî  Farraco  îbera  trihanal 
Pr&buit , affecîans.  effe  cUema  tibu 

CORROYEÜR,  ct?rzMrza.r.  Artémidore  (i.  33.} 

nous  apprend  que  les  gens  de  cette  profeffion 
etoient  obligés  d habiter  8c  d’exercer  leur  art  liors 
des  villes-, 

CORSE,  ille.  M,  Neumann  rapporte  à la  Corjê 
iHie  médaille  autonome  de  bronze  , fur  laquelle 
on  voit  le  Q avec  trois  épis  8c  deux  globaJes  j 
lut  I autre  côté  on  aperçoit  une  tête  de  fernsm 
voiles» 


%'\G  c O 

CORSET.  Les  Grecs  avoient'  la  coutume  de 
faire  porter  aux  Rl'es  des  eorjetj  ues-feries  , pour 
leur  donner  une  taille  fine. 

.....  pecPorc  ut  graciles  fient  , dit  T érenxc. 

CORTELÎNS , Cortelinl , Officiers  de  la  Cour 
des  Empereurs  de  Conltantinopie.  C’étoient  les 
iimoles  portiers  du  palais,  office  bas,  & au-d^f- 
fous  de  celui  des  Cortinaires  . quTi  ne  taut  point 
confondre  avec  ceux-ci.  ( V.  Gretfcr  fur  Codin  , 
1.  l.  c.  v.p.  IIO.)  _ . , 

Ce  mot  vient  ae  corts , cortis  , qui  , tous  le 
bas-Empire  , a lignifié  ur.u , & s’eit  dit  auik  de 
la  Cour  d'un  Prince. 


SsiÏÏÆIraS , } J-"" Officier 

pereurs  de  Conifantinople  , dont  a Fait  mention 
Pachvmère. 

Les  Cortinaires  , dit  le  P.  Pouline , ( dans  Ion 
gloffai.-e  de  Pachymsre  ) étoient  des  Officiers 
qui  le  tenoient  en  dedans  de  la  cortina , cortine, 
c'eri;-.\-dire  , de  la  portière  de  la  Chambre  de 
l’Empereur  , pour  être  toujours  prêts  à recevoir 
îes  ordres  de*!’!' mpertur  ; c’etoieut  proprement 
les  HuiîTiers  de  ion  appartement.  Le  Comte  des 
Ccrtiacircs  étcît  leur  chef.  11  ne  faut  point  con- 
fondre, comine  ont  lait  ciie’ques  Auteurs,  les 
Cortinaires  avec  les  Cortelins.  C Codin,  de  of. 
confi.  c.  r.  n.  yo  & 53.  Gretfcr  fur  Coain , L I. 
c.  r.  p.  Z 10.  M^urfus,  eu  mot  Kap-oâi/ss.  ) 


CORTINE  des  trépieds  d'Apclion.  Koyfç  Apo- 
théose a Homère.  Les  Quindécemvirs  étoient 
chargés  à Rome  de  la  garde  de  la  cortinc  facrce. 
A'âlé*i-ius  Fiaccus  voulant  exprimer  qu’il  étoit 
Quindécemvir  , dit  que  la  cortinc  d’Apollon  etoit 
confervée  dans  fa  maifon  ( i.  5.  ) : 

. ...  Si  cymes  mihi  confeia  vatis 
Stat  cafia  cortina  domo. 


Le  nam  de  cette  cortine  expnmoit  fa  forme 
tx>nca  vc  ,ferabiablc  à celle  des  chaudrons  de  bronze 
appelés  cortinc. 

CORVINUS , furnornderla  famille  VALEP.t.i. 
Il  rap  peloit  le  fouvenir  d’un  corbeau  qui  demeura 
perché  fur  le  calque  de  M.  Aalerius  , 1 ribun 
militaire  , pendant  fon  combat  finguher  contre 
un  Gaulois  qu'il  vainquit. 

CORUS , mefure.  Voye\  CoR. 

CORYBANTES.  ) 

CORYBAiSTIQüES.  >Les  Phrygiens,  qui  fe 

CORYBAS.  y 

srantoient  d’ètre  le  plus  ancien  peuple  de  i’üni- 
vers,  (Herodot.  l.  il.  c.  jl.  ) ne  fortirent  néan- 
moins Qu’affez  tard  de  la  barbarie.  Us  durent  les 
jriemiers  pas  qu’ils  firent  vers  la  civilif.ition  à 
Leurs  Jongleurs  ou  Devins,  qui  reuembloîent  aux 


COR 

Dâôyles , leurs  yoifins  , mais  dont  rattachement 
au  culte  pnmitir  leur  merita  de  palTer  pour  les 
enfans  de  Saturne  (^Straian,  l.  x.  p. 

Rhée  ( Suid.  in  h.  v.  ).  Remarquables  par  leurs 
forces  , ( Orpâ.  Argon,  v.  zy.  ) ils  s’exercèrent 
d'abord  aux  travaux  de  la  métallurgie.  Ovide  les 
repréfente  occupés  avec  les  Curètes  à fabriquer 
des  armes  défenfives  {Fafl.  L iv.  r.  209.  ).  Les 
ténèbres  de  la  vie  fauvage  ne  peuvent  être  en- 
tièrement diuipées  que  par  la  lumière  des  lettres. 
Les  Corybantes,  c’eftle  nom  de  ces  anciens  Devins 
de  Phrygie , comprirent  fans  peine  cette  vérité  j 
& leurs  efforts,  foit  pour  s’inltruire  eux-même's, 
foit  pour  éclairer  leurs  compatriotes , fe  trouvent 
fuffàfamiiient  défignés  par  la  tradition , qui  rap- 
portoit  leur  origine  à Apollon  & à Thalie.  {A^ol- 
Lod.  L.  I.  c.  r.  § 4.  Tt^et^es  , ad  Lycopkr.  p.  19.  ) 

On  ne  conta  d’abord  que  trois  Corybantes  , par 
la  même  raifon  qu’on  fixa  les  Cabires  & les  Dac- 
tyles à ce  nombre  appelé  l’hypofiafe  arckique,  dans 
le  langage  mylHque  de  .Tulien  {Juiian.  Orat.  v.  ed. 
Fetav.  p.  314.  I).  ).  Les  noms  de  ceux  qui  la 
cornpofoient  les  premiers  font  très-a!térés  , & ne 
fe  trouvent  plus  que  dans  le  poème  de  Konnus. 
Selon  lui , les  trois  anciens  Coryo-tntes  spppe- 
loient  Cyrhas  , Pyrrekus  6>  ideus.  Diodore  les 
réduit  au  feul  Corybas  , fils  de  Jafion  & de  Cy- 
belle  ( /.  y.  §.  49.  ).  Corybas  , célé’otant  avec  en- 
thoufiafine  les  myftères  de  fa  mère,  donnaTui- 
mênae  le  titre  de  Corybantes  à ceux  qui  rimi- 
terent. 

Démétrius  de  Scepfis  a méconnu  l’origine  ée 
ces  Devins-  11  ne  les  regardoit  que  comm.e  des 
jeunes  gens  voués  au  cuire  de  la  mère  des  Dieux , 
& choifis  pour  danfer  armes,  & fauter  en  cadence 
dans  fes  fêtes.  Srrabon  adopte  cette  opinion , & 
croit  qu’ils  n'étoient  que  des  miniftres  de  Rhée 
( /.  X.  p.  3z6.  ).  Mais  c’eR  confondre  , comme 
Diodore  de  Sicile  ( Supr.  cit.  ) les  premiers  Cory- 
bantjs  avec  leurs  fucceffeurs.  D’ailleurs  ceux-ci 
confervèrent  ia  prééminence  dans  les  fonctions  du 
facerdoce  ; une  foule  de  témoignages  ne  permet 
pas  d en  douter  Ils  ne  ffifféroient  pas  des  Galles, 
dont  le  nom  étbit  fynonyme  d'Eunuque  ( Hef/cn. 
in  k.  V.  ),  quoiqu’il  n’y  eût  proprement  que  leur 
chef,  l’Archigaile  , qui  fut  obligé  de  l’être  j,  -Srtv- 
aa  Æn.  L ix.  -a.  H4.  ).  Les  Métagyrtes  étoient  .es 
membres  d’un  ordre  inférieur , ( Vid.  Vanaah  , 
Dijf  ■-  i.ier  6’  Rit  laurobol.  c.  xi ')  mendians. 
de  p 'V  nfion,  & ayant  pour  emploi  de  battre  Utt 
tambc'.  r Ife  jouer  de  la  cymbale  ; initrumens  qu  uL 
portoic;  t attachés  à leur  col  ( Clem.  A'ex.  F’Ctfi 
p.  20.  ).  Dans'la  fuite  , leur  conduite  diffbjue  dé- 
cria beaucoup  le  culte  de  leur  Divinité , qui  , po^t 
être  furi ancien  Si  très-répandu,  n'en  devint  que 
plus  corrompu. 

La  '''erre  , Ops , Rhée,  la  mère  des  Dieux» 
Adgeftis , la  bonne  Déeffe , la  grande  DcefTe  Lir)'' 
gienne  J &c.  éroient  les  noms  d’une  meiTiC 
nité,  à Jaqixelie  on  donaoit  encore  les  épitnens 
^ de  Cyoebc , 


COR 

de  Cybèle , de  Bérécynthienne  ^ Dyndinsenietîne , 
lùéenne,  PylérieniiCj  Pefllnuntidej  &c.  fuiraiK  les 
lieux  qui  lui  rendoient  un  cuire  particulier:  elle 
jîc  différoit  point  d’Ifis  ^ adorée  chez  les  Égyp- 
tiens J d’Aftarté  chez  les  Phénitiens  ^ & de  Cérès 
chez  les  Athéniens.  L^’établiflement  du  culte  ido- 
iatrique  de  la  Terre  ou  de  Rhée  , fous  le  titre  de 
la  rnére  des  Dieux , qui  lui  méritoit  fon  ancien- 
neté J eft  marqué  par  Tapparition  prétendue  de 
fa  ftatue  à Peiîinunte  ( Marm.  Oxon.  Epock.  x.  ) , 
dans  la  Phrygie  ^ zpv  ans  avant  la  prife  de  Troye  , 
quelques  années  après  l’arrivée  de  Cadmus  & de 
Danaiis  dans  la  Grece  ( ièid.  ep.  vu.  & ix.  ) , 
fous  le  règne  de  Mæon  , Roi  de  Lydie  ( Dzod. 
l.  iil.  §.  j8.  ).  L’^origine  des  myftères  de  cette 
Deelîe  ne  doit  pas  être  fort  éloignée  de  ce  temps. 
Fréter  en  fixe  l’époque  vers  l’an  lySo  ( Acad,  des 
Infer. ^ t.  V.  p.  508.  ) avant  J.  C.  -,  ce  qui  eft  très- 
antérieur  à Finftitution  des  cérémonies  de  la  Terre^ 
honorée  à iileufis  fous  le  nom  de  Cérès. 

Suivant  la  tradition  j Midas^  aidé  fans  doute 
des  Corybantes,  & après  avoir  bâti  un  magnifique 
temple  en  l’honneur  de  Rhée  ( Diod.  L ni.  §,  60.') 
introduifit  les  mj^ftères  de  cette  Déeffe  chez  les 
Phrygiens  J afin  d’adoucir  leurs  mœurSj  & de  les 
rendre  plus  fournis  ( Clem.  Alex.  Protr.p.  iz.  ). 
On  ^ajoute  que  ce  Prince  fi  injuftement  décrié  à 
caufe  de  fa  prétendue  ignorance  ^ avoit  été  lui- 
même  initié  par  Orphée  ( Jufl.  hîfi.  L xj.  c.  vu.  ) , 
c’eft-à-dire_,^_qu’il  avoir  tiré  de  la  Thrace  les  céré- 
monies de  l’initiation.  Elles  annonçoient  j comme 
toutes  les  autres  de  ce  genre  j par  des  purifica- 
tions, ce  qui  avoit  donné  lieu  a la  fable  qui  fai- 
foi  t purifier  Bacchus  par  la  mère  des  Dieux. 
(^Sekol.  liomer.  ad  il.  l.  vi.  v.  I3©.  ). 

Le  temps  de  la  célébration  des  myftères  de  cette 
Déeffe  fe  trouvoit  fixé  à l’équinoxe  du  printen.-ps 
Julian.  Orat.  v , in  honor.  Matr.  Deor.  p,  3 IC. 
Sckol.  Nicandr.  ad  Alexipk.  v.  8.  ).  Elle  duroit 
trois  jours  , dont  le  premier  étoit  trille.  II  étoit 
conlacré  àune  cérémonie  fingulière,  celle  d’abat- 
tre un  pin , au  milieu  duquel  étoit  attachée  la 
figure  d Attis  (^Jul.  Eirm.  ETat.  de  err.prof.rel.p. 
IJ,  ed.  Rigalt.  Artiob.  l.  v , p.  yz  , ed.  cit. 
parce  qu’il  avoit  été  changé,  félon  quelques  My- 
thologues , en  cet  arbre  ( Ovid.  Métain.  l.  x , 
e,  IC4.  ) , ou  parce  qu’on  prétendoit  que  fon  corps 
mutilé  avoit  été  découvert  au  pied  d’un  pin  par 
les  Prêtres  de  Rhée.  Ils  le  tranfportèrent  dans  le 
temple  de  cette  Déefle,  où  il  expira  ( Serv.  ad 
Jtn.  l.  IX.  V.  1 14.  ).  Mais  la  véritable  origine  de 
cette  œrémonie  fe  trouve  dans  la  fable  d’Ofiris 
& ae  lyphon  ; il  n’eft  guère  poffible  de  l’y  mé- 
connoître.  Le  fécond  jour  on  fonnoit  de  la  trom- 
pette J & le  troifiems  on  initioit  f Julian,  Ov.  cit. 
p.  116.  ). 

Le  récipiendaire  repondoit  aux  queftions  du 
par  ces  paroles  : JAc  mangé  du  tam~ 
tour,  J ai  ou  de  lacymoale,  îi  fai  porte  le  cernas  , 
{Clem.  Mex.  Proti.p.  13.)  efpècs  de  rafe  de 
Antiquités , Tome  II. 


terre,  dans  lequel  étoient  des  pavots  blancs  du 
rroment , de  l’huile  & du  miel  ( Atken.  l.  vui , 

р.  34I'  )'  Cette  pratique,  conforme  à celle  d’Eleu- 
fis  , étoit  accompagnée  de  beaucoup  d’autres? 
mais  les  détails  n’en  font  pas  venus  jufqu’à  nous. 
Il  eft  vraifemblable  qu’elles  fervoient  de  préliini- 
naire  a la  repréfentation  de  l’hilroire  d’Attis. 

Loin  de  regarder  ce  perfonnage  comme  une 
Divinité  , quelques-uns  en  ont  fait  un  jeune  Prê- 
C Scrv  ad  Æn.  l.  ix.  v.  1 14.  ).  Né  impuiftant, 
& fils  du  Phrygien  Calaüs  , il  enfeigna  aux  Lydiens 
les  myftères  de  la  mère  des  Dieux  ( Paufan.  Ackaïe. 

с.  XVII  ) 5 ce  qui  le  rendit  cher  à cette  Déelfe,  8c 
excita  la  colère  de  Jupiter.  Pour  la  fatisfaire  , 
celui-ci  envoya  un  fanglier  , qui  ravagea  la  Lydie  , 
& y égorgea  une  infinité  de  perfonnes , parmi  lef. 
quelles  fe  trouva  le  malheureux  Ateis.  Ce  récit  du 
Poète  Herméfianax  peut  avoir  quelque  fondement 
hiftorique,  & défigner  les  difputes  fanglantes  des 
partifans  du  nouveau  culte  avec  ceux  de  l’ancien. 
Le  principal  Miniftre  de  Rhée  en  fut  la  viftimé 
( Serv.  ad  Æn.  fup.  cit.  ) , 8c  dut  à cette  cataftro- 
phe  l’honneur  de  jouer  dans  les  cérémonies  .myf- 
térieufes  de  Phrygie , le  même  rôle  que  Cadmille 
dans  rifle  de  Samothrace  & de  Kelmis  , ou  Cel- 
mis,  fur  le  Mont-Ida  5 du  moins  fon  nom  prit  la 
place  de  ceux-ci  chez  les  Corybantes  , qui  divini- 
sèrent par-là  un  de  leurs  anciens  chefs  , & furent 
enfuite  eux-mêmes  mis  au  rang  des  Génies  ou 
Divinités  fubalternes.  Cette  circonftance  de  la 
mort  d’Attis,  tué  par  un  fanglier,  étoit  confacrée 
à Peffipunte  , par  l’ufage  commémoratif  qui  per- 
mettoit  le  facrifice  de  toute  efpèce  de  quâdrupè,' 
des  , excepté  le  porc  & le  fanglier.  A Dyme , ville 
d’Achaïe , on  obfervoit  la  même  chofe  dans  le 
temple  élevé  à Dyndimène  ou  Rhée  , & à fon 
compagnon  inféparable.  Qu’étoit-il  ? Les  profanes 
ne  pouvoient  le  favoir,  fuivant  le  témoignage  de 
Paufanias,  qui  affure  n’en  avoir  lui -même  rien 
appris  ( Achaic.  17.  ).  Cependant  il  débite  à cette 
occafion  une  étrange  légende  des  Galates  fut 
Attis , dont  il  rapportoit  l’origine  à un  fonge  im- 
pur de  Jupiter.  Les  Myftagogues  ne  dévoient 
pas  plus  en  faire  mention  que  des  rêveries  d’Evhé- 
mère  , concernant  ce  perfonnage  ( Diod.  l.  ujj 
§.  58.  ).  Les  détails  dans  lefquels  Catulle  entre  a 
fon  égard  , leur  étoient  également  inconnus.  Ce 
Poète  ayant  plus  cherché  à rendre  fon  récit  pa- 
thétique, qu’à  nous  fournir  quelque  lumière  fur 
les  traditions  myftiques  & allégoriques  de  PeSî- 
nunte  ; fe  fiatteroit-on  d’en  trouver  dans  un  dif- 
cours  de  l’Empereur  Julien  , où  il  fe  montre  fo- 
phifte  aufli  méprifable  quç  philofophe  fu- 
perftitieux  ? 

La.  mère  des  Dieux , ou  la  Terre  , eut , felcwi 
lui  , pour  fils  Attis  , qui  fut  nourri  fur  les  bords 
du  fleuve  Gallus  , dont  il  prit  le  nom.  Devenu 
grand,  fa  beauté  infpira  de  l’amour  à fa  mère, 
qui,  après  lui  avoir  tout  permis,  lui  mit  fur  l.i 
tête  m bonnet  étoilé.  EUe  le  laiffa  enfuite  fe 

Ee 


Zifi  COR 

livrer  entièrement  au  gçât  qu’il  avoir  pour  la 
danfc.  Ce  fut  en  s’y  exerçant  qu’il  arriva  jufqu  à 
la  grotte  d’une  Nymphe , dont  il  eut  les  faveurs. 
La  Terre  ne  tarda  pas  d’être  jaloufe , & enjoignit 
à fon  fils  de  ne  plus  la  quitter  & de  ne  point  en 
aimer  d’autre  qu  elle.  Il  n’obéit  point  & s’enfuit. 
Comme  il  étoit  déjà  parvenu  à l’extrémité  d’une 
forêt,  Corybas  ou  le  Soleil  ordo.nna  à un  lion 
roux  de  veiller  fur  fa  conduite.  Mais  cet  aniinal 
devint  lui-même  le  rival  de  la  r^nphe  , contre 
laquelle  il  fe  battit.  Cet  événement  força  le  mal- 
heureux Attis  à fe  rendre  eunuque.  Après  une  opé- 
ration aulfi  cruelle , il  ne  s’éloigna  plus  de  fa 
mère , qui  lui  donna  pour  gardes  les  Corybantes. 

Julian.  Or.  cit.p.  309.  tj.  ) 

Si  ce  récit  étoit  celui  qu’on  faifoit  aux  initiés  de 
Peflînunte , comment  l’Empereur  Julien  a-t’il  ofé 
en  publier  tous  les  détails  ? Il  a prévenu  l’objcc- 
lion , en  ajoutant  qu’une  partie  des  my Itères  de 
cette  ville  devoit  être  cachée , & l’autre  révélée , 
même  aux  profanes  ( id.  p.  3 16.).  En  conféquence 
il  donne  l’explication  de  celle-ci , conformément 
à fes  principes  allégoriques.  Ils  étoient  à peu-prés 
ceux  des  Écleéliques,  & pouvoient  être  facile- 
ment ramenés  au  ft  ftême  des  Stoïciens.  Après 
avoir  exercé  toute  la  fagacité  de  fon  cfprit,  pour 
adapter  cette  fable  à fes  idées  métaphyfiques  & 
aftronoEiiques  J Julien  finit  néanmoins  par  affurer 
que  les  cérémonies  myfiérieufes  de  PeiTinunte  re- 
préfentoient  les  travaux  de  la  moiffon(:V.).  C’étoit 
Je  fentiment  de  Varron , dont  S.  Auguftin  nous  a 
confervé  le  témoignage.  11  paroît  certain  que  dans 
l’origine  de  ces  myftères  on  y entretenoit  les 
Adeptes  du  fervice  qu’avoient  rendu  à la  focicté 
ks  Corybantes , foit  en  encourageant  l’agriculture, 
foit  en  exerçant  des  Arts  utiles.  A ces  bienfaits  iis 
en  avoient  joint  un  fort  important , celui  de  faire 
efpérer  aux  initiés  les  récompenfes  de  la  vie  fu- 
ture ( Kitam.  cuiquam  pollicentur  dternam. 

S.  -Aug.  Civit.  loc.  cit.  ) y mais  leur  racontoient- 
îls  rhiiloire  d’.ALttis  comme  on  vient  de  la  rappor- 
ter ? cela  n’elt  pas  vraifemblable.  Tout  étoit  lîm- 
ple  de  leur  temps , & rien  ne  fe  refîentoit  des 
efforts  de  l’invagination.  Combien  n’en  firent  pas 
les  derniers  myftagogues  du  paganifme  , pour 
donner  un  fcns  raifonnable  aux  traditions  mytho- 
logiques r 

Le  dernier  jour  des  myftères  de  Peftinunte, 
on  faifoit  éclater  fa  joie  ( Julian.  Or.  cit.  p.  ^16) } 
image  du  retour  d’Attis  à la  vie  ( Damafc.  vit.  ap. 
Pkot.  Biél.  p.  1074.  ).  Alors  tout  retentiffoit  du 
bruit  du  tambour  , du  cor  & des  crotales  ( Strab. 
l.  X.  p.  323  &c.) , lequel  excitoit  l’enthoufiafme 
des  Prêtres  de  Rhée.  Les  anciens  Corybantes  ne 
s’étoient  jamais  livrés  à ces  fureurs  , qui  femblê- 
rent  croître  chez  leurs  fuccefièurs  à proportion 
que  leur  crédit  s’affoibliffbit.  Ils  fe  portèrent  à 
des  aéles  de  frénéfie , dont  la  fuperftirion  peut 
feule  s’honorer.  Un  glaive  & des  torches  ardentes 
de  pin  à la  s-sain , pouffant  des  eiis  affreux,  & les 


COR 

cheveux  épars , parcourant  les'bois  ou  les  tnoTr- 
tagnes,  ris  annonçoient  leur  fête.  Enfin  , pour 
donner  une  repréfentation  du  malheur  d’Attis 
ils femutüoient eux-mêmes , &portoient,  comme 
en  triomphe  dans  les  rues  , la  marque  déplorable 
de  leur  délire.  Ces  horribles  & infâmes  fcènes  fe 
renouveloient  toutes  les  fois  qu’ils  efpéroient  de 
s’attirer  par-là  l’admiration  d’ùn  peuple  ftupide 
& barbare. 

Quoique  la  conduite  de  ces  Energumènes  eut 
déjà  décrié  dans  la  Grèce  & l’Afie  mineure  le 
culte  de  Rhée  ou  Cybêle  , il  s’intfoduifit  cepen- 
dant à Rome.  Les  Poètes  Latins  fe  font  plu  à 
nous  décrire  les  coupables  excès  où  fes  Prêtres, 
les  Galles  fe  portèrent.  Cela  n’empêcha  point  d’y 
établir,  en  l’honneur  de  cette  Déeffe,  des  facri- 
fices  myftérieux  fort  connus  , fous  le  nom  de 
Tauroboles,  & fur  lefquels  le  favant  Vandale  & 
de  Boze  {Acad,  des  Infer.  tome  il.  p.  443.  ) , ne 
nous  ont  rien  laiffé  à defirer.  L’époque  de  leur 
écabliffement  étoit  celle  de  l’altération  totale  du 
culte  de  Rhée , ou  la  mère  des  Dieux , que  L’Em- 
pereur Julien  s’efforce  en  vain  d’accréditer.  Ce 
Prince  , trop  vanté  de  nos  jours  , parce  que  fes 
ouvrages  ne  font  point  affez  lus,  écrivit  à Arface  , 
grand- Prêtre  de  Galatie,  pour  l’affurer  qs’i!  ac* 
corderoit  fa  proteélion  aux  kabitans  de  Peffinurite, 
s’ils  fe  rendoient  propice  cette  Divinité  ; que , fi 
au  contraire  iis  la  négügeoient,  il  leur  feroit  reffen- 
tir  les  effets  de  fon  indignation  {Julian.  Epifi. 
xLt'j.  t,  il.  p.  iq6  , ed.  cit.  y.  Ainfi  jufqu  aux 
derniers  femps  du  paganifme  , il  fubfifta  encore 
quelque  chofe  des  myftères  des  anciens  Cory- 
baraes  , tandis  qu’il  ne  reftoit  plus  aucune  trace 
de  ceux  des  Te'c’nines  , dont  on  n avoir  meme 
depuis  long-temps  que  des  idées  fauffes  & injuftes. 
( Cet  article  eft  extrait  des  Recherches  fur  les  Myf 
teres  du  Paganifme , par  M.  le  Baron  de  Sainte- 
Croix.  ) 

SyCIEs!'}  habitoîentprès 

du  Mont  - Parnaffe.  Leur  nom  eft  pris  d’une  ca- 
verne de  certe  montagne  , appelée  Coryce.  Ine 
d’elles  fut  aimée  d’Apollon,  qui  la  rendit  urêre 
de  Lycoriîs. 

CORYCOMACHIE  , ou  CORYCOBOLIE- 
C’étoit , félon  Burette  , la  quatrième^  efpèce  de 
fphérirtique  grecque  : elle  confiftoit  à fuipenore 
au  plancher  d’une  falle  , par  le  moyen  d une 
corde,  une  efpêcè  de  fac  que  l’on  rempüffoit  dp 
farine  ou  de  graine  de  figuier  pour  les  gens  foi- 
bles , & de  fable  pour  les  robuftes.  Ce  fac  defeen- 
doit  jufqu’à  la  ceinture  de  ceux  qui  s’exerçoient. 
Ils  le  prenoîent  à deux  mains,  & le-  portoiei^ 
aiifli  loin  que  la  corde  pouvoir  s erendre  ; 
quoi  lâchant  le  fac  ifs  fe  fuivoient , & îorfquu 
revenoit  vers  eux  , ils  fc  reculoient  pour  céder  a 
la  violence  du  choc.  Le  reprenant  enfuite  à djax 
Biains,  au  motnent  où  il  étoit  fur  le  point  de  de»- 


COR 

cendre , ils  le  repoufloient  en  avant,  de  tonte  leur 
force  , s'e^brçoient , malgré  rimpétuof  té  qui 
le  ramenoit , de  l’arrêter  , foit  en  oppofant  leurs 
mains  , foit  en  préfentant  leur  poitrine  , les  mains 
étendues  ou  croifées  derrière  le  dos  ; enforte  que 
pour  peu  qu’ils  négligealTent  de  fe  tenir  fermes, 
1 ^ort  du  fac  qui  revenoit  leur  faifoit  lâcher 
pied,  & les  contraignoit  de  reculer.  Les  Médecins 
ordonnoient  cette  efpèce  d’exercice,  comme  très- 
capable  de  fortifier  les  parties  du  corps  qui  y 
étoienr  principalement  tm^loyéts.  (^Mém, de  T Ac. 
des  Infcript.  tome  i , pag.  l68.  ) Après  tant 
de  précautions  que  les  anciens  prenoient  pour 
augmenter  les  forces  , conferver  la  fanté  8c 
prévenir  les  maladies , il  refteroit  à favoir  s’ils 
etoient  en  général  plus  vigoureux  que  nous , s’ils 
rnmient  plus  long-temps,  s’ils  fe  portoient  mieux  , 
s lis  avoient  moins  de  maladies  , ou  fi  on  les  en 
guerilToit.plus  facilement  ( Ancien.  Encyclop,  ) 

GORYCüS,en  Cilicie.  kqpykiqt. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

ERR  en  bronze. 

O.  en  argent. 

O-  en  or. 

Mercure  efl  leur  type  ordinaire. 

. ^ frapper  quelques  médailles 

impériales  grecques  en  l’honneur  de  Gordien  Pie, 
ce  '/alérien,  de  Gaiiien,  de  Trajan  8c  de  Sévère- 
Alexandre. 


feS.Æ.  ) que  cette  coiffiire  appartient  exclu* 
mu  Cependant  Étra,mèred« 

ainfi  coiffée  fur  un  bas  - relief  de  la 
/illa-Albani,  publié  par  ce  favant  lui-même,  üa 
bas-relief  (dont  il  a publié  auffi  un  fragment)  qui 
appartenoic  au  Duc  Caraffa-Noja  de  Naples, V 
Hélène  , femme  de  Ménélas  , ainfî 
coiffée.  D ailleurs  le  paffage  de  Paufanias  ideferipe, 
de  Poiignote^  dans  la  Phocide  ) fur  lequel  il  s’ap- 
puie, peut  etre  appliqué  aux  jeunes  femmes  com- 
’ attendu  que  le  mot  ■s-afétseg 
peut  defigner  les  unes  comme  les  autres. 

Paufanias  ( hè.  y dit  que  Leucîppe, 

amoureux  de  Daphné  , fille  d’Aîphée , fe  déguifa 
en  femme  pour  la  fuivre  dans  les  forêts.  II  prit 
une  longue  robe,  & lia  fa  chevelure  qu’il  avoic 
laiffé  croître  , comme  les  plies  ont  coutume  de  les 
lier.  Polyxène  ( ibid.  Pkocid.  ) les  portoit  liés  de 
même  dans  un  tableau  de  Polj'gnote. 

L’Apollon  du  Vatican  & plufiears  fiatues  de 
Vénus  offrent  des  modèles  du  corymbe. 

Les  Romaines  portoient  des  corymhes  poftiches, 
comme  on  le  voit  dans  ce  paffage  de  Pétrone 
( c.^  JO.  ) : Ancilla  Tryphene.  Gitona  in  partem. 
navis  inferiorem  ducit,  corytnbioiiue  domina  adorant 
caput. 

CORYMBIA , ornement  de  la  proue  & de  îs 
pouppe  des  vaiffeaux  Grecs  Se  Romains. 


CORYDALLA  , en  Lycie.  kopYAAAACN. 

_ On  a des  médailles  impériales  grecques  de  cette 
ville  ^frappées  en  l’honneur  de  Tranquilline  & de 
Gordien Pellerin. 

CORYMBE,  •) 

i-ORYMBION,  >coiffure  affeéiée  fur  les  an- 
_ CORYMBUS  , 3 

diens  monumens  à Diane  , à la  Viâoire  , 'aux 
Mules,  & en  général  aux  jeunes  filles.  Elle  con- 
fiflom  à ramaffer  & à lier  les  cheveux  fur  la  tête, 
tantôt  plus  haut,  tantôt  plus  bas,  en  les  roulant 
quelquefois  autour  d’une  aiguille.  On  donna  le 
nom  dt  à cette  coiffure  , parce  qu’elle 

fe  terminoît  en  forme  de  cône,  ou  parce  qu’elle 
reixembloit  afiez  a une  grappe  de  raifin.  L-n  pafîage 
de  Petrone  nous  apprend  que  le  corymbion  étoit 
fait  auflî  quelquefois  de  cheveux  empruntés  ( Satyr. 
ed.^  f arior , p.  83.  ) Il  ne  faut  pas  confondre  cette 
coiffure  avec  une  autre  nommée  &r  qui 

ne  convenoit  qu’aux  adolefcens  , dit-on  ordinai- 
rement. Cependant  toutes  les  recherches  que  j’ai 
objet  ne  m’ont  découvert  aucune 
cifférence  entre  le  corymbus  des  filles  & le  croby- 
lus  aes  garçons.  Euftathe  d’ailleurs  affure  pofiti- 
vement  que  ces  deux  mots  delîgnoient  la  même 
coiffure  chez  les^  deux  fexes , & qu’elle  portoit 
mems  un  troifieme  nom  , feorpion  , lorfqn’il 
s’agiffoit  des  enfans. 

WinckeimaBn  a dit  {Rip.  de  f Art.  liv,  ir.  cE 


CORYMBIFER.  Ovide  donne  ce  nom  à Bac- 
chus.  La  Grèce,  dit  il , célèbre  Bacchus , qui 
porte  des  corymhes.  Les  corymbes  font  de  petites 
baies  qui  naiffent  en  grouppe  fur  le  lierre.  On  en 
voit  fouvent  de  pareilles  dans  les  couronnes  d« 
Bacchus, 

CORYPHÉE,  c’eft  le  nom  qu’Efehyle  donne 
à une  des  Furies  , celle  qui  porte  la  parole  pour  les 
autres  dans  l accafation  des  Euménides  contre 
Orelie.  Le  coryphée  des  Grecs  étoit  le  chef  du 
chœur  dans  les  tragédies,  celui  qui  parloir  avec: 
le  Héros  au  nom  de  fa  troupe. 

CORYTHALIENNE.  Diane  étoit  adorés  foas 
ce  nom  dans  un  temple  de  Lacédémone , où  les 
nourrices  portoient  les  enfans  mâles -ù  certaines 
fêtes,  & danfoient  pendant  qu’on  immoloit  à la 
Déeffe  des  petits  cochons  pour  la  fanté  des  enfans. 
Poyeii  Tithenidïes. 

CORYTHUS,  fils  de  Paris  Sr  d’fSnone.  Les 
reproches  que  le  Fleuv^e  Cébrène  fit  à (Enone  fa 
fille,  de  ce  qu’elle  aimoit  un  mari  infidèle,  l’ani. 
mèrent  tellement  du  defir  de  la  vengeance,  qu’elle 
envoya  Corytkus  fon  fils  vers  les  Princes  Grecs  , 
avec  ordre  de  îes'excirer  à la  guerre  contre  Troye, 
& de  leur  fervir  de  guide.  D’autres  difent  que 
Corytkus  fervit  d’une  autre  manière  la  vengeance 
de  fa  mère.  11  étoit  plus  beau  que  Paris  fon  père  , 
& il  s’infinua  dans  le  palais  de  Priam  , tant  pour 
donner  deia  jaioalie  a Pâtis  que  pour  chercii.^ 


21®  C O S 

à pefdre  Hélène.  Celle-ci  fur  bientôt  fenfible  aux 
charmes  de  Coryihus  ^ & fe  familiarifa  avec  lui 
beaucoup  plus  que  Paris  ne  1 avoir  fouhaité  j 
quand  il  avoir  préfenté  fon  fils  a fa  nouvelle 
femme.  Paris  en  devint  tellement  jaloux  , que 
l’ayant  trouvé  un  jour  auprès^  d Hélène  il  le  tua. 
D’autres  ont  dit  qu’à  la  vérité  Corytkus  avoir  été 
aimé  d’Hélène , qu’il  l’aima  réciproquement , & 
que  Paris  le  tua;  mais  fans  dire  que  fa  mère_ l’eût 
fubornée  pour  tendre  des  pièges  à fa  rivale , ils  ra- 
content nmplement  qu’il  étoit  allé  au  fecours  de 
Troye.  Quelques  Écrivains  ont  prétendu  qu’il  étoit 
fis  de  Paris  & d’Hélène;  mais  ils  n’ont  pas  fait 
attention  que  depuis  le  rapt  d’Hélène  jufqu’à  la 
mort  de  Paris,  il  ne  s’éroit  pas  pafle  alTez.  de 
temps  pour  qu’aucun  de  leurs  enfans  pût  être  re- 
gardé comme  un  rival  en  amour  : ce  fut  néan- 
moins cette  rivalité  qui  excita  la  jaloufie  de  fon 
père  , & qui  occalîonna  fa  mort. 

CORYTUS  fut  dans  l’origine  l’étui  de  l’arc, 
2c  non  celui  des  flèches  ou  le  carquois  : mais  on 
donna  par  la  fuite  fon,  nom  au  carquois  même. 
Servius  , expliquant  l’Énéïde  , l’affure  exprefîe- 
ment  ( lO.  v.  IÛ9.)  : Coriti  proprie  func  arcuum 
tkeci  , dicuntur  tamen  etiam  fagittarum  , qtias  & 
pharetras  nominamiis.  Voye^  CARQUOIS. 

COS , une  des  Cyclades  , dans  l’Archipel. 
Ovide  dit  que  quelques  femmes  de  cette  Ifle  fu- 
rent métamorphofées  en  vaches,  lorfqu’ Hercule 
en  retiroit  fes  troupeaux  ; mais  il  n’en  dit  pas  la 
raifon. 

L’Ifle  de  Cos  devînt  célèbre  chez  les  Grecs,  par 
fon  temple  d’Efculape  5c  par  la  naiflance  d’Hip- 
pocrate 8c  d’Apelle.  Elle  le  devint  encore  davan- 
tage chez  les  Romains , par  la  cherté  8c  la  fineflè 
des  tiffus  de  foie  tranfparens,  femblables  à nos 
gazes,  que  Pamphila  y fut  ourdir  la  première. 
Cos  tiroir  fes  foies  de  PAflyrie  & de  la  Babylonie. 
Les  Romains  voluptueux  achetoient  à grands  frais 
ces  tilfus  déliés  pour  en  faire  des  tuniques  à leurs 
femmes , 8c  même  des  habillemens  pour  eux , 
appelés  coa  vejîis. 

Cos  , ifle.  KQTON  8c  KCÎQÎÎ. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ifle  font  : 

C.  en  argent. 

C.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Leurs  types  ordinaires  font  : 

L’écréviffe  de  mer. 

Un  ferpent  feul,  ou  entortillé  autour  d’un  bâton. 

Une  lyre. 

Un  carquois. 

Les  ha'oitans  de  cette  ifle  ont  fait  frapper,  fous 
l’autorité  de  leurs  Archontes , des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  d’Augufie,  de  Cali- 
gula  , de  Néron,  de  Titus,  d’Hadrien  , d’Anto- 
nin  , de  Domna , d’EIagabale  , de  Philippe  père, 
de  Trajsn  , de  Septime-Scyêrc. 


C O S 

cos  A , en  Italie,  kosûn. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RRR.  en  or. 

RRRR.  en  argent Neumann. 

O.  en  bronze. 

Leur  type  eft  un  Conful  marchant  entre  deux 
Liéleurs. 

On  les  plaçoit  autrefois  avec  les  médailles  de 
la  famille  Junia , parce  que  celles  de  Brutus  por- 
tent un  type  abfolument  femblable.  M.  Neumann 
croit,  avec  beaucoup  de  raifon  , qu’on  doit  les 
reflituerà  Cojfea^  en  Thrace.  Voye^Coss^K. 


COSCINOMANTIE , \ 
COSKINOMANTIE , f 


forte  de  divination. 


Elle  fe  pratiquoit  par  le  moyen  d’un  crible  qu’on 
faifoit  tourner,  fufpendu  par  un  fil,  ou  pofé  fur 
une  pointe.  On  s’en  fervoit  pour  découvrir,  non- 
feulement  des  perfonnes  inconnues , mais  encore 
les  fentimens  intérieurs  5c  cac'nés  des  perfonnes 
que  l’on  connoiflbit.  Théocrite  en  fait  mention 
dans  fa  troifième  Idylle.  Son  nom  efl  formé  de 
, crié /e,  8c  de  fcas'liite , divination. 


COSCONIA , famille  Romaine,  dont  on  a des 
médailles  : 

RRR.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  or. 


C05 AfET  J,  va!et-de-chambre,  ou  perruquier. 
Ce  mot  venoit  de  , orner,  parer. 

^ "f  Magiftrats  Souverains  qui étoient 

établis  en  Crète,  au  nombre  de  dix  , pour  main- 
tenir le  bon  ordre  dans  la  république  ; 8c  c’eil  par 
cette  raifon  qu’ils  furent  appelés  Co/mes  , du  mot 
grec  KSTuaf  , ordre,  lis  l’étoient  à vie,  ne  rendoient 
compte  à perfonne  de  leur  adminiftration , Sc 
commandoienc  les  armées  en  temps  de  guerre.  On 
les  chbififlbit  par  le  fort,  mais  feulement  dans 
certaines  familles  , 8c  on  tiroir  aufîî  de  ces 
mêmes  familles  les  Sénateurs  qui  formoienr  le 
confeil  public.  Rien  n’a  plus  de  rapport  aux  an- 
ciens Cofmes  de  Crète  que  le  Confeil  des  Dix  éta- 
bli à Venife , avec  cette  différence  feulement  que 
ces  derniers  ne  commandent  point  les  armées. 

COSMIATICUM.  Boulanger  {de  Veciig.c.^'è.') 
penfe  que  cet  impôt  avoit  pour  objet  la  toilette 
de  l’Impératrice  ; comme  les  François  en  payent 
encore  dans  certaines  occafions , un  qu’ils  appel- 
lent la  ceinture  de  la  Reine. 


COSMIQUE  , terme  d’aftronomie , que  le  fyf- 
ême  mythologique  de  M.  Dupuis  a fait  tranf- 
orter  dans  les  recherches  fur  la  théologie  des 
îrecs  ; nous  devons  parconféquent  en  donner  ici 
explication. 

Lorfqu’on  dit  qu’un  aftre  le  lève  8c  fe  coucte 
ofmiquement , c’eft  qu’il  fe  lève  ou  fe  couche  çn-' 
lênae  inftant  où  le  foleil  fe  lève.  Ainfi,une  étqile 


C O s 


qui  fe  lève  ou  fe  couche  le  matin,  fe  lève  ou  fe 
couche  cofmiquement.  Les  anciens  diitinguoient 
trois  fortes  de  lever  & coucher  des  altres , le 
cofmique  , I achronique  & VHéliaque.  Infi.  Afiron, 

Le  lever  achronique  d’un  aftre  & fon  coucher 
achronique  arrivent  à TépoQue  où  cet  allre  eft  op- 
pofé  au  foleil  dans  fon  lever  ou  fon  coucher.  Ils 
font  appelés  héliaques  lorfque  cet  aftre  fe  lève  ou 
fe  couche  dans  les  rayons  du  foleil , qui  empê- 
chent de  f obferver  par  leur  trop  grand  éclat , de 
forte  que  la  différence  entre  le  lever  & le  coucher 
kehaques  d*une  part , Sc  le  lever  & le  coucher 
cofmiqacs  de  Tautre , tient  à Timmerfion  dans 
les  rayons  pour  les  premiers,  & à une  plus  grande 
diftance  pour  les  féconds. 


€ O T lii 

COSTUME.  Lorfqu’un  Peintre  ou  un  Sculpteur 
voudra  connoître  le  cofiume  entier  d'un-  ancien 
peuple  J ou  une  feule  partie  de  ce  cofiume  , il  cher- 
chera 1 article  de  ce  peuple  ou  Tarticle  de  Pobjet 
qu  il  veut  imiter  , tel  que  cafque  , cuirajfe  , d’c. 

A 

COTE.  Le  côté  gauche  droit  le  plus  honorable 
chez,  les  anciens , lorfqifüs  marchoient  dans  un 
lieu  ouvert  j mais  dans  les  rues  c'étoit , comme 
aujourd^ui.,  le  haut  du ^avé , foit  à droite  foit  à 
gauche.,  ; 

Lorfqffon  prenois  les  augures , la  palpitation 
du  cfffç  gauche  annonçoit , par  une  fuite  de  la 
prééminence  accordée  à ce  côté , des  chofes  8c 
des  événemens  heureux.  C'étoit  le  contraire  pour 
la  palpitation  du  côté  droit. 


COSSE  A , en  Tbrace.  KOSQn’, 

M.  Neumann  croit,  avec  raifon  , qu’on  doit 
reftituer  a cette  ville  les  médailles  d’or  fur  lef- 
quedes  on  lit  KOSON  , & que  Ton  donnoit  à 
Cofa  , ville  d’Étrurie.  i°.  On  n’en  a jamais  trouvé 
dans  la  Tofcane.  2®.  On  les  trouve  fréquemment 
dans  la  bafîe-Hongrie  & dans  la  f’ranfylvanie. 
3°.  On  ff 

'a^point  de  médailles  étrafques  qui  foient 
en  or  ; & Ton  fait  combien  Ton  en  pofsède  de  ce 
métal  , frappés  dans  la  Macédoine  & dans  la 
Thrace  ; contrées  fi  célèbres  d’ailleurs  par  leurs 
mines  d’or  & d’argent. 

COSSUS  , eipèce  de  vers  qui  vivent  dans 
Tépaîffeui-  des  arbres  , des  bûches , &c.  Les  Phry- 
giens, les  habdtans  des  bords  delà  mer  du  Pont, 
Sc  les  Romains  , à leur  exemple,  regardoient  ees 
vers  comme  un  manger  délicieux.  Iis  parvinrent  à l 
ks  engraiffer  avec  de  la  farine.  ( P lin.  17.  24.  ). 

Les  rides  de  qaelqu’individu  de  la  famille  Cor- 
nelîa  lui  firent  trouver  une  reffemblance  avec  ces 
vers,  8c^  lui  en  firent  donner  le  furnom,  qui 
devint  héréditaire  dans  une  branche  de  cette  fa- 
mille. 

COSSUTIA^  famille  Romaine,  dont  on  a des 
médailles  ; 

R.  en  argent. 

RRRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Les  furnoms  de  cette  famille  fontM  aribi  anus, 

SABUiA. 

Goltzias  en  a publié  quelques  médailles  incon- 
nues depuis  lui.  v ; . 

COSSYRA^  ifîe.  Les  médailles  autosomés  de  [ 
cette  ifle  font':' 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or.  ' : 

O.  en  atgent. 

Leur  type  crdinaife  eft  le  mot  Cosstt^a-^  d’ans 
^e  . couronne  de  .laurier.  Il  eft 'q^uelflùêfqis  écrit 
en  lettres; puniques-;,.  ; '' 


COTHON.  Les  foldats  Grecs  appeloient  de  ce 
; nom  une  efpèce  de  ftacon  qu’ils  portoient  dans 
leurs  facs  ou  biflàcs. 

Plutarque  _(  tom.  l . pag.  44.  edit.  Paris.  ) dit  que 
le  xûéa»  étoit  un  vafe  de  terre  à l’ufage  des  fol- 
dats Laconiens.  Winckehnann  a cru  en  reconnoî- 
tre  un  fur  un  grenat  de  la  colledlion  de  Stofeh 
( yc  clajfe  , n.  94.  Pline  (16.  20.  } parle  d’un 
vas  viatorium  , qui  étoit  de  bois  5 ce  qui  lui  établit 
une  différence  avec  le  cothon,  vafe  de  terre  cuite.  Us 
vafe  étrufque  de  deux  pouces  huit  lignes  de  hauteur, 
& de  quatre  pouces  de  largeur,  dont  le  deffiîs  ell 
ferrné  par  un  couvercle  fixe, percé  de  pe'tirs  trous, 
a fait  naître  au  Comte  de  Caylus  ks  réflexions 
fuivantes  ( jRre.  lî.  pl.  38.  zz.  i.'); 

« J’avouerai  que  plufieurs  vafes  étrufques  de 
cette  efpèce,  & prinapalement  celui-ci  rne  rap- 
pellent le  gobelet  laconique  , appelé  esthon,  dont 
les  Grecs  fe  fervoient  à la  guerre.  En  effet  , la 
couleur  de  la  terre  cachoit  celle  des  eaux  fales, 
qu’on  eft  quelquefois  obligé  de  boire , & dont 
la  vue  révolte  k goût  , & les  bords  étoient  faits 
de  manière  qu’ils  retenoient  en -dedans  toute  fa 
boue  & le  limon  ; de  forte  qu’il  ne  venoit  à la 
bouche  que  ce  qu’il  y avoir  de  plus  pur.  « C’étoit 
peut-être  le  même  vafe  que  Ebyz£  ce 

mot. 

COTHURNE.  Les  commentateurs  ont  débité 
beaucoup  de  rêveries  & d’erreurs  fur  cette  chauf- 
fure  , parce  qu’ils  n’en  ont  parlé  que  fur  d-es  def- 
fins  défeétueux,  & non  fur  ks  monumens  ori- 
ginaux 5,  & plus  encore  parce  qu’ils,  n’ont  pas  dif- 
tingiié  plufieurs  efpèces  i.&.cothurnes  j il  y en  avait 
‘ cependant  deux  très-  différeares.  Le  premier  co~ 

; thurne  étoit  celui  des  clhaflèurs  &■  des  voya-geurs- 
; H étoit  femblable  à des  demi -bottes  molles. ou; 

; à nos  brodequins-  mod.ernes.  C’eft  de  celui-là,  qu£ 
pouvoir,  par  la  foupieffe  du  cuir  & dès  liens, 

■s’ âÿpter  à différens  pieds,,que  l’on  appela 
ce  1 héramène,.Gélèbre  par  la  facHité  avec  laqusik 
■ il  fe  plioit  aux  cFrconftances. 

Les  héros.,  des.  Tragédies  portoient  la  fecande: 

; efpèce:  de  cçthum?  ^ qui  éteit  élevée  de  .eosiîe 


2.Z1  C O T 

àoigts , 8f  qui  alloit  en  fe  rétréciiTatit  du  piïd  vers 
la  terre.  On  en  voit  fur  plufîôurs  monumens  an- 
tiques , & notamment  fur  un  bas-relief  de  la  ville 
Panfili  J à Melpomène  fur  un  tombeau  du  Capi- 
tole , & à une  ftacue  de  la  ville  Borghèfe^  qui 
rcpréfente  aulïî  la  Mufe  Tragique. 

Les  héros  paroiffoient  conftamment  fur  les 
théâtres  avec  la  maffue  & les  grands  cothurnes  que 
le  philofophe  Ménippe  affeétoit  de  porter  toujours 
à la  ville  & à la  campagne.  L’ampleur  des  habits 
des  Aéieurs  cachoit  cette  difformité , qui  étoit  né- 
cefïitée  par  la  grandeur  des  théâtres. 

COTHURNI  milhares.l^e$  jambes.^e  l’Ale- 
xandre de  Portici  font  garnies  de  bottinesoude  co- 
thurnes lacés  {cothurni  tTiilitares)  , ainfî  qu’on  en 
voit  à quelques  ftatues  d’Empereurs  repréfentés 
armés. 

COTKSUM,  en  Phrygîe.  kotiaieqn. 

Les  Médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Cette  ville  a fait  frapper , fous  l’autorité  de  Tes 
Archontes,  des  médailles  Impériales  grecques  en 
l’honneur  de  Claude  , d’ .Agrippine  jeune  , de  Do- 
rnitia , de  M.  Aurèle  , de  Commode  j de  PlaïuiHe, 
d’Alexandre -Sévère  ce  Maximin  , de  Philippe 
père , de  VoluCen  , de  Yalérien , de  Gallien  , de 
Caracal'a  , de  Matidie  , de  Trajan  , de  Domna  , 
de  Macrin  , de  Maxime. 

COTOGiNTA'O.  Foyej;  Albâtre. 

COTON  (fil  & étoffe  de  ).  Voye^  Byssus. 

CoTO>!  ( papier  de  ).  « On  a vraifemblablement 
( ainfi  que  l’a  foupçonné  Maffei  ) indifféremment 
appliqué  le  terme  de  papier  à celui  de  coton  , 
Comme  à celui  de  Pupyrus.  Ce  foupçon  paroîtroit 
mieux  fondé , fi  j reftreint  aux  temps  plus  ré- 
cens  le  xiiiî^  fiècle , il  avoir  pour  objet  le 
papier  de  chiffe  8r  celui  de  coton.  Mais  avant 
eette  époque , & même  depuis  en  Orient , le  der- 
nier étoit  caraéiérifé  par  des  dénominations  pro- 
pres ( Glojf.  med.  6’  infim.  Grec.  Pali.ograph,  p.  ly 
G?  feq.  ) & qui  ne  laiffoient  aucune  refiburce  à 
l’équivoque.  Il  étoit  en  efiet  appelé  fouvent 
ckarta  , ( Mém.  de  C Acad,  des  Infir.  tcm.  9 , in- 1 2. 
p.  323.  326.  Paliograpk.  p.  X9.  ) & fouvent  bom- 
bicina  ou  bomhacina  , nar  les  uns  cutkunea  , & pat 
d’autres  damafeena.  D.  Bernard  de  Montfaucon 
prétend  qu’il  fut  inventé  au  ix=  fiècle  ( Alc'm.  de 
/‘Acad.  ibid.  ) , quoique  le  plus  ancien  manuferis 
de  ce  papier  qu’il  eût  trouvé  dans  la  bibliothèque 
du  Roi  avec  une  date  , ne  foit  que  du  milieu  du 
XI'.  Mais  il  en  connoiffoit  d’autres  ipag,  324.  ) 
qui  n’étoient  point  pofiérieursau  x'.  Nous  croyons 
aufli  en  avoir  vu  du  même  temps.  RocchuSj 
Pyrrhus  ( Sidlia  facr«  ^ lib.  4.  p.  91.  92.  ) Se  D,  B, 


C O T 

de  Montfaucon  parlent  de  chattes  en  papier  de 
coton  du  commencement  du  xii'  fiècle.  « 

« Ce  papier  fe  multiplia  beaucoup  parmi  les 
Grecs  depuis  le  ix'  & fur-tout  depuis  le  com- 
mencement du  xiC  fiècle  ; mais  il  n’eût  jamais 
autant  de  cours  parmi  les  Latins.  Il  étoit  moins 
rare  toutefois  en  Italie  , & particulièrement  dans 
les  contrées  où  l’on  parloir  encore  Grec,  & où 
l’on  étoit  en  grand  commerce  avec  les  Grecs, 
comme  en  Sicile,  au  royaume  de  Naples  & dans 
l’état  de  Venife.  Auffi  rencontre-t’on  dans  les 
royaumes  de  Naples  & de  Sicile  bien  des  titres  ea 
papier  de  coton , & fur-tout  des  diplômes  accor- 
dés par  les  Princes  Normands.  Mais  on  n’en  con- 
noît  point  d’antérieur  à la  fin  du  xi'  fiècle.  En 
générai  l’ufage  du  papier  de  coton  n’eft  devenu 
ordinaire  chez  les  Grecs  mêmes  que  depuis  le 
commencement  du  xiii^  fiècle-  .Avant  ce  terme  , 
le  parchemin  eut  toujours  la  plus  grande  vogue 
dans  les  manuferits  , ainfi  que  dans  les  chartes. 
Mais  David  Cafîey  , qui  a mis  au  jour  en  17341e 
catalogue  des  manuferits  du  Roi  d’Angleterre  , 
ne  paroit  guère  au  fait  de  l’origine  du  papier  de 
coton , quand  il  avance  dans  fa  préface  {pag.  14.) 
qu’il  fut  trouvé  au  xi'  fiècle,  &z  qu’alors  l'ufage 
du  papier  d’écorce  fut  aboli  ».  Nou-velle  Diplo- 
matique. 

COTTA , furnom  de  là  famille  Aurélia. 

COTT.ABE  , fingularité  dont , au  rapport 
d’ .Athénée  , les  anciens  Poètes  faifoient  une  fré- 
quente mention  dans  leurs  chanfons.  C’étoir  ou 
le  telle  de  la  boiflbn,ou  ieprix  de  celui  quiavoitle 
mieux  bu , ou  plus  ordinairement  un  amufement 
paffé  de  la  Sicile  en  Grèce,  qui  confiftoit  à renverfer 
du  vin  avec  certaines  circonflances  auxquelles  on 
attachoit  du  plailîr.  Les  principales  étoient  de 
jeter  en  l’air  ce  qui  reftoic  dans  la  coupe  après 
qu’on  avoit  bu  ; mais  à le  jeter  la  main  renverféc 
de  façon  qu’il  retentît  fur  le  parquet  ou  dans  un 
vafe  delliné  à le  recevoir , & difpofé  de  la  ma- 
nière fuivante.  On  enfonçoit  un  long  bâton  en 
terre , on  en  plaçoit  un  autre  à fon  extrémité , 
fur  laquelle  il  faifoit  équilibre  ; on  accrochoit 
aux  extrémités  de  celui-ci  deux  plats  de  balance  î 
on  mettoit  fous  ces  plats  deux  féaux , & dans 
ces  féaux  deux  petites  figures  de  bronze.  Quand 
on  avoit  vuidé  fa  coupe  jufqu’à  une  certaine  hau- 
teur fixée , on  fe  plaçoit  à quelque  diflance  de 
cette  machine  que  nous  venons  de  décrire,  & oP 
tàchqitde  jeter  le  telle  de  fa  coupe  dans  un  des 
piafs  de  la  balance.  S’il  en  tsomboit  dans  le  plat 
autant  qu’il  en  falloir  pour  le  faire  pancher , eu 
forte  qu’il  frapnât  la  tête  de  là  figure  de  bronze 
qui  étoit  deffous,  & que  le  coup  s’entendit,  oh 
avoit  gagné,  finon  on  avoir  perdu.  Cet  amufe- 
méftt  étoit  accompagné  de  chanfonS.  Les  Sicî- 

licns,  qui  en  étôiènt  les  inventeurs^,'âvqient|deS 

lieux  publics  pour  s’y  exercer.  Ils  dontioient  le 
nom  de,  ’atax , iSc  à la  ligueur  lancefi  au-biüR 


C O T 

çu  elle  iâifoit  en  retombant.  Les  Grecs  , qaî 
s etoient  entêtés  du  cottabe , auguroient  bien  ou 
ma'  du  fuccès  de  leurs  amours  , par  la  manière 
dont  li  leur  réuffilToit. 

Le  cottabe  fe  pratiquoit  plus  fimplement  chez 
ies  Komains.^  Celui  des  convives  qui  vouloir  ob- 
tenir  un  préfage  relatif  a fes  amours  , vuidoit 
preltju  cnnerement  fa  coupe  , & la  tenant  enfuitc 

ctrriere-main , il  lançoit  au  plancher  Je  refte  de 
Ja  liqueur.  Il  auguroit  enfuite  bien  ou  mai  de  fes 
amours  J ielon  la  napare  du  bruit  que  faifoit  cette 
iiqueur  en  retombant  fur  le  pavé.  {Pltn.  xir.  xi.  ) 

ontra  bibet^i  fallacias , nikil  ai  elidendum  in 
pavzmentis  fonum  ex  vino  relîquzjfe. 

Une  troifîème  efpèce  de  cottabe  ou  de  cottabîf- 
me  confiftoit  a faire  nager  de  petites  couoes  fur 
un  grand  vafe  plein  d'eau  ^ de  jeter  de  loin  fur 


C O T 


droit  heureux. 


COTTE  D'ARMES  ^ habillement  militaim 
quon  mettoit  par-deifus  la  cuiraffe^  comme  un 
emement  pour  drftinguer  les  différens  partis  ^ 
oe  Je  foldat  du  général.  On  l'apneloit  chez 
les  anciens  cb/amys  , ou  paladamentùm  ^ ou  fa- 
gwn.  C etpir  une  draperie  ouverte  de  tous  cotés, 
^ qui  s attachoit  fur  l'épaule  droite  avec  une 
Doucie  ou  ardillon.  Macrobe  rapporte  que  ies  an- 
ciens comparoient  la  mappemonde  à une  cotte 
et  tzrn2es.  7mta.rque  dit  qu'Alexandre-le-Grand  vit 
avec  piaifîr  le  plan  que  les  Architectes  avoient  fait 
■C~  ^ ^ ^ Alexandrie  , parce  qu'elle  avoir  la 

ngure  d une  cotte  d’armes  Macédonienne.  Ce  qui 
prout e encore  que  les  cottes  d’armes  chez  les  Ro- 
mains ^ainfî_  que  chez  les  Grecs  n'étoienr 
qu  une  draperie  no.n  fermée,  c'ell  que  Néron, 
^rapport  de  Suétone,  s'en  fervoir  pour  berner 
et  taire  fauter  en  l'air  ceux  qu'il  rencontroit  la 
nuit  dans  les  rues. 

^ Un  antre  paJTage  du  même  Auteur  ( Vie  d’Othen) 
erermine  encore  plus  prédfément  la  forme  de 
la  cotte  d armes  des  Romains.  Cet  Écrivain  , après 
avoir  dit  qu  un  Centurion  nommé  Cornélius 
étant  venu  a Rome  demander  le  Confulat  pour 
fon  General , voyant  que  fes  foiiicitations  étoient 
fa  cotte/ armes,  èc  montrant 
a garde  de  fon  epee  :■  « V'oiià  de  quoi  vans  porter 
“ a m accorder  ma  demande.  ‘Rejello  fagulo 
oJ/2taens  giadii  capulum  , non  dubitafe  in  'curia 
cLicere  , hic  faciet  Ji  vos  non  feceritis.  .Ôn  voit  car 
ces  parM«  que  la  cotte  d’armes  couvroit  les  armes  ! 
de  est  Officier,  & qu’ü  obligé  de  la  relever  ' 
pour  montrer  ffin  épée , ce  qui  ne  peut  pas  con- 
venir  a la  cuiraffe.  Ces  fortes  d'armes , comme  les- 
^.harpes  des  modernes , fervorent  à dillinguer  les 
xo.uats  de  chaque  parti;  celles  des  Empereurs  & 
des  Generaux  d armées  fe  nomraoient  palcdamert-  i 
tum-,  & celles  des  bas-efficiets  & des  foldats  ‘ 
Lçs  officiers  es  gygkap  de  fort  Isa-  i 


21^ 


goes  & de  fort  riches;  mais  le  Général  étoit  le 
ieu-l  qui  eutle  privilège  d'en  porter  une  de  pour- 
pre ; il  Ja  prenoiî  en  fortant  de  la  ville , & il  ^ 
cuittoit  avant  que  d’y  rentrer. 

A I egard  des  fayons  ou  cottes  d’armes  des  Ger- 
m^ains  , ils  ne  leur  venoient  que  jufqu’aux  han- 
cnes.  C etoit  une  efpèce  de  manteau  qui  defeea- 
oir  jufqu  aax  hanches,  & qni  étoit  attaché  par- 
devant  avec  une  agrafte  ou  une  petite  cheville. 

Les  François  , quoiqu’originaires  de  la  Ger- 
rnanie,  avoient  coutume  de  porter  ces  manteau.’? 
plus  longs.  Le  Moine  de  S.  Gai  dit  que  c etoit  un 
mpteau  qui  defcendoit  par-devant  & par -der- 
rière ju.qu  a terre  , & qui  par  les  côtés  touchoit 
a peine  les  genoux.  Dans  la  fuite,  la  cotte  d’armes 
des  GaUiOis  , qui  étoit  beaucoup  plus  courte, 
devint  a la  mode  , comme  plus  propre  pour  la 
guerre,  au  rapport  du  même  Auteur.  Quelques 
necles  apres , Charlemagne  rétablit  l'ancien  sifase. 
Il  paroiî  que  fous  Louis-le-Débonnaire,  on  étoit 
revenu  à la  cotte  d’armes  des  Gaulois  ; mais  dans 
les  guerres  continuelles  que  fes  fuccelTeurs  eurent 
a^foutenir,  la  rnode  changea  encore  ; & comme 
SiOrs  la  plupart  militaires  etoient  continuelle* 
ment  à cheval  , non  - feulement  la  cotte  d’armées' 
couvrit  tous  leurs  habits  , mais  leur  magnificence 
fe  reniCrma  aans  cet  habillement  militaire  , qu'ils 
faifoient  ordinairement  de  drap  d'or  & d'argent 
& de  riches  fourrures  d hermines , de  martres  zé— 
b€;ines_,  de  gris,  de  noir,  & autres  pannes  qa'oB 
peignoir  même  de  différentes  cooleurs.  Mare  Veî- 

fer  ( lib.  IV.  B.er.  Aug.  ) prétend  que  les  héraults 
d armes  ont  emprunté  de  ces  cottes  d’armes  les 
métaux  , les  couleurs  & les  pannes  qui  entrent 
dans  la  compofition  des  armoiries. 

Quoi  qu'il  en  foie,  les  héraults  d'armes  porren»’ 
feul  aujourd'hui  ce  vêtement,  que  Nked  dit  être 
appelé  auffi  tunique  ; fur  quoi  H rapporte  ces  mots 
de  Guagiun,  au  couronnement  du  Roi  d'armes  c 
Mont-joie  portera  ta  tunique  ou  cotte  d’armes  dit 
les  coites  d armes  8c  les  barnnâètes 
n'etoient  permifes  qu'aux  Chevaliers  & aux  an- 
ciens Hoblês,  ( Recueil  de  V Acad,  des  Bdlgs-Leti, 
tom.jx.'), 

COTTO.  Voyei  CoTYTTO» 

COTTUS,  fils  du  Ciel  8c  de  la  Terre,  8c  frets 
de  Briarée  & de  Gygés,  avoir,  comme  eux,  cent 
bras  & cinquante  têtes  ; il  fut  auffi  relégué  avec 
eux  au  fond  du  Tartare,  aux  extrémités  de  la- 
terre.  ( Hejiad.  Theogon.  v.  L47  , & RarspRat^ 
e.  zo.  ) 

COTÜRNIUM  vas.  > 

C refiëmb&ie 

a une  poire  , Sc  n avoit  qu'un  petirtroa  par  fecrueE 
en  verfoit  la  liqueur  goutte  à.  goutte,  fouvent 
meme  en  fecouant 'le  vafe.  De-!à  vinren-t  fes*.  àii~ 
îêîieii?-  noms  gmss  ^ s'ga  joasr 


iz4  C O T 

l'huile  , le  vinaigre  & d’autres  liqueurs.  îl  croit 
employé  auffi  dans  les  facrinces  pour  faire  de* 
libations  de  vin , & plus  généralement  encore 
pour  verfer  de  l'eau  fur  ceux  qui  lavoient  leurs 
mains.  On  en  voit  un  dans  le  cabinet  ne  Ste  Ge- 
neviève de  Paris. 

COTYLEj  Trybhon,  raiefure  grecque  pour  les 
liquides,  valoit , félon  M.  Pauélon  {Métrologk)  , 
én  mefure  de  France  aâuelle  de  pinte. 

Elle  valoit , en  mefures  grecques,  4 oxybaphes 
ou  6 cyathes. 

CoTYLE,  mefure  de  capacité , en  ufage  dans 
TAfie  & dans  l’Égypte.  Foye^  Hémine  & Mine. 

CoTYLE.  \ caraétère  dillinétif  de 

CoTTLiscus.  3 , . , ■ 

cette  coupe  ou  vafe  à boire  , étoit  de  n’avoir 
qu’une  feule  anfe  placée  fur  un  côté.  11  avoit  en- 
core , félon  Athénée , un  bec  profond  & marque. 
On  confond  trop  fouvent  les  cotyles  avec  le  ^ra- 
fericuLum,  qui  fervoit  uniquement  a faire  des  liba- 
tions dans  les  facrifees.  Le  cotylc  etoit  confacie 
à’Eacchus.  C Athtn.  xy.  & vu  id.) 

COTYS.  Voyei  Cotytto. 

CoTYS  I , Roi  du  Bofphore. 

Ses  médailles  font  ; 

RRR.  en  or. 

O.  en  argent. 

O.  en  bronze. 


CoTYS  II , Roi  du  Bofphore. 

Ses  médailles  font  ; 

RR.  en  or. 

RR.  en  bronze. 

O.  en  argent. 

CoTYs  lil , Roi  de  Thrace.  basiaeyx  kotts. 

Ses  médailles  font  : 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

CoTYS  Y, avec  Rhefeyporis. 

Leurs  médailles  font  : 

RRR.  en  argent. 

O.  en  or. 

O.  en  bronze. 

COTYTTO, 

COTTUS.  /Le  nom  feul  de  cotytto  en 

COTYS.  ^annonce  l’origine  étrangère: 

COTYTTEES.  ) 

c’eft  dans  la  Thraçe  qu’il  faut  la  chercher.  De-là 
le  culte  de  cette  Divinité,  affez  reffemblant  aux 
Bacchanales  {Strabon,  l.  x ,p.  524.'),  pafla  dans 
la  Grèce , 8c  s’établit  à Athènes  8c  à Corinthe.  Il 
fut  tellement  en  honneur  dans  cette  dernière  ville, 
qu’on  y regarda  cotys  ou  cotytto  comme  une 
Déeffe  tutélaire  ( Hefyck.  in  Korurfa.  Suid  ibid.  8c 
in  V.  sLrâTuç.  ).  A Épidaure  , elle  eut  un  portix 
que  qui  lai  fut  confacré  (Paufan,  Corinth.c.xvii.'). 


C O T 

Les  Chiotes  l’ayant  reçue  direélement  de  Tkrace. 
confondirent  fa  fête  avec  celle  des  Ithyphalles 
{Synes.  de  Clavit.  8j  , & ad  eumPetav.  r.ot. 
y.  33.  ).  La  décence  en  étoit  donc  bannie  : tout  ce 
qui  va  être  rapporté  fert  à le  prouver. 

Un  des  Poètes  célèbres  de  l’ancienne  Comédie, 
Eupolis  , le  rival  d’ Arillophane , entreprit  de  dé- 
truire J avec  l’arme  du  ridicule  , le  trop  grand 
crédit  que  ce  cuite  commençoit  à avoir  chez  les 
Athéniens.  En  conféquence  il  fit  une  pièce  inti- 
tulée Us  Baptes  ( Hépkœjî.  Enckirid.  1 4 , ed. 
Paw.  ) , où  il  n’épargna  point  les  initiés  à ces 
myilères.  Ils  prenoient  fans  doute  ce  nom  de 
Baptes , à caufe  de  quelqu’ablution  préparatoire , 
comme  l’étymologie  l’indique.  Ce  courage  coûta 
cher,  dit-on,  au  Poète,  que  les  pardfans  de 
cotytto  noyèrent  dans  la  mer  ( Vid.  Politian.  Mif 
celL.  c.  X.  ).  A Rome,  Juvénal  n’eut  pas  à crain- 
dre un  lî  cruel  fort , quand  il  s’éleva  contre  l’in- 
décence des  cérémonies  de  cette  Divinité  , qui  y 
changea  fon  nom  Thrace  en  ceux  de  Faïua , de 
Fauna  & de  bonne  Déeffe. 

On  ne  doit  chercher  l’explication  de  ces  deux 
premiers  noms  que  dans  la  langue  des  Sabms,  qui  , 
avant  le  règne  de  Numa  ( LaHant , i , p.  iij , 
127.)  , avoient  tranfporté  à Rome  le  culte  de 
cette  Déeffe , auquel  fe  mêla  tellement  dans  la 
fuite  celui  de  cotytto,  qu'ils  n’y  furent  plus  dif- 
tingués.  Les  femmes  feules  étoient  admifes  dans 
ces  cérémonies  nocturnes  , qui  fe  praiiquoient 
dans  la  maifen  du  Conful,  en  prélence  des  \ ef- 
tales.  La  mère  ou  la  femme  de  ce  Magirtrat  y pre- 
fîdoit  ( Plut.  Fit.  Cicer.  t.  iv , p.  460.  ) , & avoit 
l’intendance  des  facrifices  qu’on  y faifoit  pour  le 
falut  du  peuple  Romain  : c’ell  pourquoi  cette 
Prêtreffe  étoit  appelée  Damiatrix  ( Fefi.  in  v. 
Damium.  ).  La  coutume,  ou  la  loi , fembloit  donc 
avoir  vieilié  particulièrement  fur  la  décence  de  ce 
culte , que  Claudius  viola  le  premier.  Depuis  cette 
aétion , contre  laquelle  fon  implacable  ennemi , 
Cicéron  , ne  celïà  de  lancer  les  traits  de  fon  élo- 
quence C Orat.  pro  domo  faâ  , §.  40,  de  Harufp. 
refp.  §-  5 , procl.  Pif.  §■  59 , ) i H ^1^  vraifem- 

blable  que  , dans  ces  myitères , la  pudeur  ne  fut 
plus  aufli  refpeÛée. 

Cette  vertu  paffdit  pour  être  celle  de  Fatua^ 
ou  la  bonne  DéePTe  (Tertull.  ad  Nat.  l.  il-  c.  rx.)- 
on  prétendoit  quelle  n’avoit  ni  vu  ni  entendu 
d’autre  homme  que  Faunus , fon  mari  C Fart.  apr. 
Lad.  l.  i , p.  127.  ).  Dans  ce  cas,  fqn  mente 
n’éroit  pas  fort  grand  ; fur-tout  s’il  eft  vrai  qu  ayant 
été  trouvée  ivre , elle  fut  fuftigée  avec  des  serges 
de  myrte  C P Ut.  Qiufi.  Rom.  t.  il , p.  268.  • 

/.  r,p.  74.  ).  Ces  traditions  avoient  donne  heu  a 
diverfes  pratiques,  ou  avoit  été  inventées  po^'^ 
rendre  rai  fon  de  celles  des  myilères  de  la  bonne 
Déeffe } non-feulement  l’entrée  en  étoit  interdne 
aux  hommes  ( Ti^uLL.  Fleg.  vu  , v.  21 , 22._  rn? 
pert.  l.  lY  , Fleg.  IX  , V.  23 , 20  , ^c.  ) , mais.en 
çore  tous  les  tipi.eaux  qui  en  repréfentoienc  quy  ' 


C O T 

qu’un,  y étoient  voilés  ( Jave/z.  faî.  vil  V.  J4Î.  )• 
Les  femmes  ne  portoient  point  de  couronnes  de 
niyrte  -,  on  n’en  voyoit  même  aucunes  branches 
dans  l’intérieur  du  temple  ( Plue,  Q uifl.  Rom. 
p.  z6S.  ).  On  y permettoit  les  libations  de  vin  ; 
mais  il  falloir  l'appeler  /aà , & couvrir  le  vafe 
qu!  conrenoit  cette  liqueur  (^Arnoh.  L v , p,  74-)- 
Si  d’anciennes  traditions  favorifoient  la  pudeur 
& la  decence  , de  nouvelles  fournirent  bientôt 
des  prétextes  au  défordre  & à la  plus  infâme  dé- 
bauche. Celles  - ci  firent  Fauna  , ou  la  bonne 
Décile , fille  de  Faune , qui  brûla  d'un  violent 
amour  pour  elle.  Punie  de  fa  réfîftance  à coups  de 
verges  de  myrte,  elle  ne  céda  pas  néanmoins  : le 
vin  fut  alors  employé  5 8c  malgré  fon  ivreffe  , au- 
cun confentement  ne  put  lui  être  arraché.  Enfin  , 
pour  fatisfaire  fa  pafîion  , fon  père  n’eut  d’autre 
parti  à prendre  que  celui  de  fe  méramorphofer  en 
lerpent.  PluSeursde  ces  reptiles,  apprivoifés  dans 
le  temple  de  la  bonne  Déeffe  , faifoient  allufîon  à 
fable  ( Macrob.  Saturn.  L 1 ,c.  jcrr),  dont 
i origine  grecque  n’eft  pas  difficile  à apercevoir. 
En  ralloit-il  davantage  pour  corrompre  à Rome 
les  myfières  de  cette  Divinité  ? « On  fait  à pré- 
” fent  , dit  Juvénal,  ce  qui  s’y  paffe  , quand  la 
« trompette  agite  ces  ménades  , & lorfqu'égale- 
« ment  ivres  & de  fons  & de  vin,  elles  font  voler 
» en  tourbillon  leurs  cheveux  épars,  6c  heurlent 
” a l’envî  le  nom  de  Priape.  Quels  rranfports  ! 

quelles  fure-urs  ! Saufella  , la  couronne  en  main  , 
53  provoque  les  plus  viles  courtifannes,  & rem- 
=3  porte  le  prix  oifert  à la  lubricité  ; mais  à fon 
” hommage  aux  ardeurs  de  Mé- 

=5  duihne.  Celle  qui  triomphe  dans  cet  odieux 
» conflit  eft  cenfée  la  plus  noble.  Là , rien  n’eft 
feint  5 les  attitudes  y font  d’une  telle  vérité , 
•3  qu’elles  auroient  enflammé  le  vieux  Priam  & 
M I infirme  Neftor.  Déjà  les  defirs  veulent  être 
=3  aflouvis  ; déjà  chaque  femme  reconnoît  qu’elle 
» ne  tient  dansfes  bras  qu’une  femme,  & l’antre 
retentit  ae  ces  cris  unanimes  : Il  ejl  temps  ain- 
• traduire  les  hommes.  ?slon  amant  dormiroit-ii  r 
M Qu  on  1 éveille  : point  d’amant  ! je  me  livre  aux 
« efclaves:  point  d’efeiaves,  qu’on  appelle  on  ma- 
» nœuvre.  A fon  défaut,  l’approche  d’une  brute 
” ne  l’cffrayeroir  pas.  » 

Le  culte  de  cette  bonne  Déeffe  n’appartint  pas 
toujours  exciufivement  aux  femmes  ; les  hommes 
ne  voulurent  pas  dépendre  de  leurs  caprices  ou 
des  befqins  de  leur  lubricité,  pour  pénétrer  dans 
ces  myftères.  ils  les  célébrèrent  de  leur  côté  j 
rnais  pour  obfen'cr  en  quelque  forte  les  anciens 
rites,  ils  s habillèrent  eux-mêmes  en  femmes.  La 
tète  couverte  de  longues  aigrettes  , & le  col  orné 
de  colliers,  ils  facriSoient  une  jeune  truie,  & of- 
froienr  a la  Déeffe  un  grand  vafe  plein  de  vin. 
Toute  perfonne  du  fexe  étoit exclue  du  fanétuaire, 
& le_  temple  ne  s ouvroit  plus  qu’aux  hommes. 
« Loin  d ici  , profanes  , s’écrioient-ils  , vos  chan- 
» teufes  font  bannies  de  ces  lieux.  Ainfi  , ajon;e 
Antiquités  , Tom^  II, 


COU 

» Juvénaî  , les  Baptes  célébroîent  dans  Athènes, 
» à_  la  lueur  des  flambeaux  , leurs  nocturnes  or- 
" gies , &,  par  des  danfes  îafcives  , fariguoient 
M leur  cotytto  ( Sut.  il , v.  84,  92.  ) » 

Le  collume  que  ce  Poète  fatvrique  donne  aux 
Prêtres  de  cette  Divinité,  qu’il  fait  boire  dans  un 
vafe  ayant  la  forme  du  phallus  , le  portrait  qu’il 
fait  d’eux  J enfin  ce  qu’il  ajoute  ; on  voit  , dans 
ces  ceremonies  , les  mimes  turpitudes  que  dans  Its 
myftères  de  Cybèle  ÇJuvéïz.  Sut.  il,  v.  IIC-II.) 
font  apercevoir  la  reffembîance  de  ces  miniftres 
avec  ceux  de  C»£yrro  Romaine,  ou  la  bonne  Déeffe, 
peut-être  n’en  diffère ient -ils  pas-  Cette  conjec- 
ture a d’autant  plus  de  fondement , que  cette  der- 
nière étoit  prife  pour  la  Terre  , dont  le  culte  étoit 
uni  à celui  de  Saturne  ou  le  Ciel  ( Macrob.  Saturn. 
L 1 , c.  xir.  ) , chez  les  anciens  habitans  d’Italie. 
Les  noms  de  Fauna  & de  Fatua  , qu’on  donnoit  à 
la  Déeflè  , étoient  relatifs  à l’art  de  prédire  l’ave- 
nir ( Varr.  de  Ling.  Lat.  l.  v.  c.  ni , l.  vi , 
c.  r/7,  Macrob.  l.  i , c.  xii , Laiî.  l.i , p.  127, 
) , dont  les  Grecs  faifoient  le  premier  hon- 
neur à la  Terre  ( Æfchyl.  Prometk.  v.  2IQ-11. 
Paufan.  Phoc.  c.  v.)\  c’eff  pourquoi  les  Romaios 
donnoient  pour  époux  à Fauna  un  Devin  ( V arro. 
de  Ling.  Lat.  /.  r/,  §.  3.  ), 

D’abord , pur  & lîmple  , le  culte  de  cette 
Déeffe,  repréfentant  la  Terre,  ne  blefla  point  la 
décence  ; il  ne  fut  corrompu  que  par  fon  union 
avec  celui  de  Cotytto.  L’efprit  de  débauche  de  la 
jeuneffe  Romaine  , & le  fanatifme  intéreffé  des 
Galles  y ou  Prêtres  de  Cybèle  , achevèrent  de 
tout  perdre  , &:  parvinrent , non-feulement  à ren- 
dre méprifables  ou  odieufesces  cérémonies  , mais 
encore  à décrier  toutes  celles  du  paganifme.  Les 
plus  facrées  furent  fouillées,  & les  temples  de- 
vinrent i’écueil  de  la  vertu.  Quel  autel  aujourd’hui 
n’a  pas  foa  Clodius , s’écrioic  Juvénal  ( Sat.  vi , 
V.  345.  ) , fous  le  règne  de  Domitien  ? Depuis 
cette  époque,  le  mal  fit  encore  bien  des  progrès  , 
qui  ne  pouveient  qu’être  açcéléirés  à Rome  par 
l’introduélion  de  tant  de  cultes  myflérieux  &c 
étrangers. 

( Article  tiré  des  Recherches  fur  les  Myftères  4tt 
Paganifme,  de  M.  le  Baron  de  Sainte- Croix.) 

COU.  Chez  les  anciens  les  homrnes  & les  fêm- 
tnes  avoienr  ordinairement  le  cou  nud , ainfi  que 
les  Orientaux  modernes-  Les  femmes  feules  por- 
tèrent quelquefois  des  colliers. 

J-^orfqu’on  prenoit  les  augures  , on  regardoit 
comme  très  - favorable  une  palpitation  dans  la 
partie  gauche  du  cou  , & comme  très  - fàcheufe 
celle  de  fa  partie  droite.  Les  préfages  tirés  des 
palpitations  de  la  gorge , jugulum  , étoient  expli- 
qués dans  un  fens  contraire. 

COUCIiER,  Les  malades  couchaient  dans  les 
temples  d’Efculape,  pour  entendre  de  la  bouche 
du  Dieu  les  remèdes  qu’exigeoient  leurs  maux. 

F f 


COU 

COUCOIU  . sifeau  confacré  à Jupiter.  La  fabîc 
dit  que  ce  Dieu  ^ ayant  rendu  l air  extrêmement 
froid,  fe  changea  en  coucou,  & alla  fe  rechauffer 
fur  le  fe:n  de  Jtinon.  Le  mont  Thornax  , dans  le 
Péloponèfe  , où  cette  aventure  fe  paffa  , fat 
depuis  ce  temps-ia  appelé  le  mont  du  CoucoUo, 
Voye[  JuNON. 

COUDÉE  , mefure  prife  depuis  le  coude jui- 
qu’au  bout  du  plus  grand  doigt.  Cette  mefure  , 
qui,  dans  les  hommes  de  toutes  les  tailles,  eÜ  le 
quart  de  leur  hauteur,  a beaucoup  varié  chez  les 
anciens  peuples.  La  Métrologie  de  M.  Pauélon 
nous  fournit  févaluation  de  leurs  coudées  comme 
il  fuit  ; 

Coudée  facrée,  mefure  linéaire  & itinéraire 
de  TAfie  & de  1 Égypte.  Elle  valuit  20  pouces  & 
de  France.  Elle  valoir , en  mefures  anciennes 
des  mêmes  pays  ,1-5  coudée  lithique  > 

Ou  I f pied  philétérien. 

Ou  I I coudée  commune. 

Ou  2 pieds  géométriques. 

Ou  2 7 zéreth. 

Ou  3 7 îichas. 

Ou  ô tophach  , 

Ou  \G  condyles. 

Ou  32  esbaa. 

CouDEE  facrée  carrée,  mefure  geodefique 
mi  gromatique  de  l’Afie  & de  l’Egypte.  Elle  va- 
îoiÉ,  en  mefures  anciennes  des  mêmes  pays, 
4 pieds  géométriques  carrés.  _ , . . , . 

CouDEE  lithique , mefure  linéaire  8r  itinéraire 
de  l’Afie  & de  l’Egypte.  Elle  valoir  ly  pouces 
gj  de  France.  Elle  vaîoic,  en  mefures  ancien- 
nes des  mêmes  pays  , i | pied  philétérien  , 

Ou  I 7 coudée  commune  , 

Ouïr  pietl  géométrique. 

Ou  2 zéreth. 

Ou  2 f Iichas, 

Ou  6 tophach  , 

Ou  12  condyles  , 

Ou  24  esbaa.  _ ^ , 

Coudée  commune , mefure  linéaire  & itiné- 
raire de  TAfie  & de  TEgypte.  Elle  valoir  12  pouces 
-i±-  de  France.  Elle  valoir,  en  mefures  ancien- 
nes'des  mêmes  pays,  1 i pied  géométrique  , 

Ou  I J zéreth  , 

Ou  2 Iichas , 

Ou  y tophach. 

Ou  10  condyles. 

Ou  20  esbaa. 

Coudée  médiocre  , pied  philétérien  , mefure 
linéaire  de  la  Phocide , de  l’Illyrie  , de  la  Thef- 
falie  J de  la  Macédoine  , de  la  Thrace,  des  Pho- 
' céens  en  Afie  , & de  Marfeille  en  Gaule.  Elle  va- 
loir, en  mefures  de  France,  13  pouces  ,7^.  Elle 
valok,  en  mefures  des  mêmes  pays,  i | pied 
pythique  ou  de  mefure  naturelle 
Ou  6 paleftes. 

Oh  24  dâéiyles. 


COU 

Coudée  de  mefure  naturelle  , mefure  linéaire 
de  l’Attique  , du  Péloponèfe  , de  la  Sicile  8e  de 
la  grande  Grèce.  El'e  valoir  , en  mefures  de 
France,  17  pouces  & —.  Elle  valoir,  en  meru. 
res  des  mêmes  pays  ,17  pied  olympique  ou  pied 

Ou  6 paieites  , 

Ou  24  dactyles. 

Coüdee,  mefure  linéaire  des  anciens  Somains. 
Elle  valoir  17  pouces  de  France.  Elle  valoir,  ea 
mefures  du  rntmae  peuple,  i pied  & 

Ou  6 palmes. 

Ou  18  onces. 

Ou  24  doigts  , 

Ou  3<S  demi-onces. 

Ou  y4  dueües. 

Ou  72  ficiliques , 

Ou 43 2 fcripules. 

coPinTrîi  J S”""" 

les  Germains  & les  Gaulois  ( Tacite,  Jgrk.c.  33. 
n.  4,  & Pomp.  Mêla  ni.  6.  ).  Les  Romains  l’adop- 
tèrent avant  le  temps  de  Domitien  ; car  Martial 
en  parle  fouvent.  On  appela  covi-arii  ceux  qui 
combattoient  montés  fur  des  covinus. 

COULEURS  des  habitsque  portoientles  anciens. 
Les  Égy'ptiens  portoient  des  manteaux  blancs 
par-deflus  une  longue  tunique  , appelée  cdajiris. 
Les  Prêtres  Égyptiens  ne  portoient  que  cette  cc- 
lafiris  ; elle  étoit  de  coton  blanc  , félon  Pline 
( 19.  c 2.  §.  3.  . 

Les  Affyrîens  , les  Perfes  & îes_  autres  peuples 
d’Afie  airnoient  la  couleur  blanche.  Les  Perfes 
difoient  même  que  les  Divinités  n étoient  habil- 
lées que  de  blanc.  La  pourpre  pure  ou  melar.gee 
briiloit  cependant  fur  les  longs  manteaux  des  Af- 
fyriens.  Mais  il  paroît  que  les  habits  tiffus  ae 
laines  de  differentes  couleurs  n’étoient  portés  que 
par  les  enfans  & les  efféminés.  . 

Pour  ce  qui  eft  des  peuples  Barbares  , îl  feroit 
difficile  de  dire  quelque  chofe  de  précis.  Tout 
rhabillemeat  des  trois  Rois  captifs  de  la  villa 
Médicis  J & des  deux  de  la  villa  Borghèfe , 
tés  en  porphyre  , paroît,  d’après  ce  choix  de 
pierre,  avoir  éré  de  pourpre,  afin  de  defigneria 
dignité  royale.  Les  Ibériens  de  l’armée  d’Annibal 
portoient  des  tuniques  de  lin  teintes  en  pourpre 
(Po/yi.  L y & 31  PUn.  19.  c.  4.'.  En  general  on 
peut  affurer  que  les  rois  Barùares  avoient  ^ 
manteaux  tilTus  d’or  & de  foie  , tels  que  to. 
mode  en  offrit  un  aux  yeux  des  Romains  , ma- 
gnés de  ce  luxe  étranger.  Tarquin  l’ancien  po 
auffi  une  tunique  tiffue  d’or  , tunicam  auream. 

Je  vais  réunir  les  Grecs  & les  Romains,  a eam 
de  la  conformité  d’ufage  & d habillement 
trouvoit  entre  les  uns  & les  autres.  Les  a 
raves  n’étoient  portés  que  par  les  efclaves  > on 
voit  un  à Charea  travefti  en  Eunuque  dans 

peintures  du  Térence  du  Vaticao.  Les  etô  e 


cou 

foie  de  couleur  changeantej  étoient  un  des  objets 
de  luxe  les  plus  coûteux  ; on  en  voit  dans  la  noce 
Aldobrandine , dans  plulîeurs  peintures  d’Hercu- 
ianum,  & Philoftrate  ( Icon.  l.  i.  n.  lo  ) dit  que 
le  manteau  d'Amphpon  n’étoit  pas  d’une  feule 
couleur , mais  qu’il  en  changeoit  fuivant  les  dif- 
férens  afpeéts-  Les  femmes  & les  hommes  eôe- 
minés  portoient  quelquefois  des  étoffes  avec  oes 
fieurs  peintes  ou  brodées  5 mais  ces  exceptions 
ne  peuvent  s’appliquer  qu’à  des  cas  particuhers. 

Les  chlamydes  des  Lacédémoniens  étoient 
rouges.  Neitor  ( Pkilofirat.  l.  2.  ) étoit  habillé  de 
la  même  couleur.  Les  j'eunes  Athéniens  qui  fe 
préparoie.nt  au  métier  de  la  guerre  , en  faifant  la 
garde  de  leur  patrie  , portèrent  des  chiamydes 
noires  jufqa’au  temps  où  le  célèbre  Hérode-Atti- 
cus  leur  en  donna  de  blanches  ^Pkilofirat.  vit. 
Sophifi.  l.  2.  p.  ffo.  ).  Les  autres  Grecs  portoient 
des  chiamydes  blanches  ( Poilux.  vit.  13.  ).  Cn 
voit  feulement  dans  la  vie  de  Philopémen^  par 
Plutarque  , que  les  chiamydes  de  fes  foidats 
étoient  de  diiférentes  couleurs  & ornées  de 
fleurs. 

Dans  un  tableau  antique  ( Icon.  2.  I.  24.  ) les 
habillemens  d’Achille  font  d’u.n  vert-céladonj  par 
aÜiiflon  à 'a  Divinité  m.ariue , dont  i!  étoit  hls- 
Sextus  Pompée  , après  avoir  remporté  une  vic- 
toire fur  la  flotte  d'Augafle  , ptit  des  vêtemens  de 
la  même  couleur^  s’im.aginant  , félon  Dion-Caffius 
( L 48.  ),  être  un  des  fils  de  Neptune.  Mais  Agrip- 
pa ayant  battu  à fon  tour  l’armée  navale  de  ce 
jeune  Romain  , reçut  d'Augufte  , en  récompenfe 
de  fes  fervices , un  étendard  de  couleur  de  vert- 
de-mer. 

Le  manteau  que  les  Grecs  portoient  dans  les 
villes  5 Sc  la  toge  des  Romains  qui  n'en  différoit 
que  par  une  plus  grande  ampleur  , étoient  ordi- 
nairement blancs  J,  aléa.  Mais  dans  les  jours  de 
fête  J de  joie  , de  triomphe  ^ les  toges  paroif- 
foient  plus  blanches  , candidét  , parce  qu’elles 
étoient  lavées  & blanchies  avec  de  la  craie  ^ crc- 
tat&,  ce  qui  donnoit  de  l’éclat  à leur  blancheur. 
C’étoit  par  des  toges  d’une  blancheur  éclatante  , 
que  les  Candidats  fe  faifoient  remarquer  au  milieu 
de  la  foule  des  citoyens , dont  les  toges  faites  de 
laine  blanche  étoient  falies  par  l’ufage  habituel. 
Voye-^  Toge.  Les  Magiftrats,  les  Sénateurs  & les 
enfans  qui  n’avoient  pas  encore  pris  la  robe  vi- 
rile. portoient  la  prétexte  ^ c’eft-à-dire  ^ une  toge 
blanche  , ornée  de  bandes  de  pourpre.  La  trabea  , 
manteau  militaire  blanc  , orné  de  pourpre  , fai- 
foit  diftinguer  les  Chevaliers.  Quant  au  bas  peu- 
ple & aux  efclaves  ^ ils  ne  portoient  point  de 
toges  fur  leurs  tuniques  j à caufe  de  la  cherté  de 
cet  ample  habillement  ; les  moins  pauvris  cou- 
vroient  dans  la  faifon  phivieiife  leurs  tuniques 
rayées,  ou  de  couleur  rouiïe  ( couleur  naturelle 
des.  laines  mélangées  & communes  ) avec  des 
manteaux  grofners  de  couleur  roufsâtre  , pulU 

ltiCirn&. 


COU 


227 


QBânt  à la  couleur  des  habits  de  deuil,  V'oye:^ 
Deuil. 

Les  foidats  Romains  portoient  fur  toutes  leurs 
armes  une  cotte-d’armes , fagitm  , qui  étoit  ordi- 
nairement d un  blanc  terne  , tel  que  le  donnent 
des  laines  groffières  8é  mélangées.  Les  Généraux- 
portoient , au-lieu  de  fagum  , des  chiamydes  ou 
paludamentum  de  pourpre.  Sur  les  fagum  des  Gau- 
lois étoient  peintes  ou  coufues  des  fieurs  de  pour- 
pre, & d’autres  ornemens. 

Chez  tous  les  peuples  de  l’aotiquité  , les  vête- 
mens des  Prêtres  étoient  olancs. 

Winckelmann  ( Hîfi.  de  l'Art , liv.  iv  , ch.  y. 
§.  £.  ) fait  les  obfervations  fuivantes^fur  les  cou- 
leurs des  vêtemens  que  portoietit  les  ijivmités  fur 
les  monumens  antiques.  « Jupiter  étoit  vêtu  d’une 
draperie  rouge  (^lAartian.  Capel.  de  Napt.  Phil. 
l.  i,  p.  17.  )■  Neptune,  fi  fa  figure  nous  étoit 
parvenue  en  tableau  , auroitun  vêtement  vert-de- 
mer  , ou  céladon  , comme  on  avoir  coutume  de 
peindre  les  Néréides  ( Ovid.  Art.  f 3.  v.  17S.  ). 
Tout  ce  qui  avoit  rapport  aux  Dieux  marins, 
jüfqu’aux  animaux  qu'on  ieur  facrifioit , portoit 
des  bandelettes  d’un  vert-de-mer  ( F altr.  fine. 
Argon,  l.  I.  V.  189.  h C’en  d après  cet  ufage  que. 
les  Poètes  donnent  aux  fleuves  des  cheveux  de  la 
même  couleur  -,  Ovid.  Art.  L i,  v.  224.  ).  En  gé- 
nérai les  Nymphes  , qui  tirent  leur  nom  de  l’eau 
Nï.M<îH  , LYMPH-A,  font  ainfi  vêtues  dans  les 
peintures  antiques  ( Ovid.  Art.  l.  5.  v.  178  ).  Le 
manteau  d’Apollon , quand  il  en  porte  un , eft 
bleu  ou  violet  ( Bartol.  Pitt.  Ant,  tav.  2.  ),  & 
Bacchus  , dont  la  draperie  pourroit  être  de  pour- 
pre , eft  habillé  de  blanc.  Mardanus  Capeiia  attri- 
bue la  couleur  verte  à CybelCj^comme  étant  ia 
Déefîède  la  Terre  & la  mère  des  Etres  (À  i.p.  ipi). 
Junon,  par  rapport  à Pair  qu’elle  déiigne  , peut 
être  vêtue  de  bleu  célefte  ; mais  l’Ecrivain  que  ;e 
viens  de  citer  l’introduit  couverte  d’une  draperie 
blanche.  Cérès  devroit  porter  une  draperie  jaune, 
parce  aue  cette  couleur  eft  celle  de  la  moiffon  , 
& qu’elle  fait  aîiufion  à l’épithète  d'Homère  , qui 
rappelle  ia  blonde  Cérès.  Le  deffin  colorié  d’une 
peinture  antique , confervé  à la  bibliothèque  du 
Vatican , & publié  dans  mes  monumens  de  l’an- 
tiouité  C Monam.  Ant.  ined.  n°.  18.),  nous  offre 
Pallss  , dont  le  manteau  , au-lieu  d’être  d’un  bleu 
céleite  , comme  on  le  voit  communément  aux 
figures  de  cette  Déefle  , eft  couleur  de  feu , pour: 
défigner  fans  doute  fon  ardeur  guerrière.  Sur  une 
peinture  d’Hercuianum  nous  voyons  \enus  avec 
une  draperie  flottante  d’un  jaune  doté,  qui  tire- 
fur  le  vert  foncé  ( Pitt.  Ere.  t 4,  tav.  8,  ) , par 
allufion  peut-être  à l’épithète  de  Verras  la-dorée. 
Une  Naïade  porte,  fur  le  delEn  duV atican  dont  nous 
venons  de  parler  , une  tunique  fine  de  couleur 
d’acier,  comme  Virgile  décrit  la  couleur  du  Tibre  : 

. . . Eum  te'nuis  glauco  vtlahat  amlBu 

Çarbafus. 

F f ij 


2zS  COU 

Mais  ordinairement  les  vêtemens  des  Naïades 
font  verts  comme  ceux  des  fleuves  chantés  par  les 
Pcëtes  ( Sîat.  Theb.  3 54.  ).  Au  refte , ces 

deux  ccu'eurs  font  fymboliqiies  , & défignent 
Peau  5 la  verte  fur-tout  fait  alliUion  aux  rives  bor- 
dées d’arbriffeaux.  » 

COULOIR.  Voye^^  Bronze  & Colum. 

COUPES  ( fête  des  ).  Démophoonj  Roi  d’A- 
thènes , voyant  Orefte  chargé  d’un  parricide  , 
ne  voulut  ni  l’admettre  à fa  table  , ni  l’écon- 
duire. Pour  fc  tirer  d’embarras  j il  le  fit  fervir  fé- 
parémentj  & afin  de  juftifier  cette  efpèce  d’af- 
front j il  voulut  qu’on  préfentât  à chaque  conviv'e 
une  coupe  particulière  ^ contre  l’ufage  de  ce  temps- 
làj  où  tout  le  monde  buvoit  dans  la  même.  En 
mémoire  de  cet  événement , les  Athéniens  éta- 
blirent une  fête  J où  l’on  faifoit  la  même  chofe 
dans  le  repas  facré. 

« Je  faifirai  cette  occafion  ^ dit  Winckelmann , 
ijiifi.  de  LArt,l.j^,  ch.  6.)  pour  parler  de  quatre 
coupes  d’un  or  pur^  delà  forme  & de  la  grandeur 
d’une  foûcoupe  à café  ; elles  ont  été  trouvées 
dans  les  anciens  tombeaux  près  de  Girgenti,  & 
fe  voient  dans  le  cabinet  de  M.  Luccl'.efî  , Evê- 
que de  cette  ville.  J’ai  cru  devoir  décrire  ces  mor- 
ceaux précieux , parce  que  les  ornemens  qui  les 
entourent  paroiireiir  refleœbler  à la  fabrique  des 
médailles  les  plus  anciennes  de  la  Sicile  , & être 
du  même  âge.  Deux  de  ces  coupes  ou  foûcoupes 
ont  extérieurement  une  bordure,  dont  les  orne- 
mens confillent  en  boeufs , travail  qui  peut  être 
appelé  boflelage.  On  voit  que  cette  bordure  a été 
frappée  avec  un  poinçon  de  relief,  appliqué  en- 
dedans  du  bord  , pour  faire  fortir  la  bofle  de  l’au- 
tre côté.  Les  deux  autres  foûcoupes  ont  pour  or- 
nement une  bordure  de  points  faits  au  poinçon. 
Par  rapport  à l’explication  des  bœufs  qui  déco- 
rent les  deux  premières  foûcoupes,  je  ne  crois 
pas  qu’il  foit  nécelTaire  de  remonter , avec  le  pof- 
fefîeur  de  ces  antiques  , jufqu’au  bœuf  Apis  des 
Égyptiens.  On  fait  que  chez  les  Grecs  les  bœufs 
croient  confacrés  au  Soleil , & qu’ils  traînoient  le 
char  de  Diane.  Le  bœuf  peut  être  aufli  confîdéré 
comme  l’emblêBie  de  l’agriculture , & c’eft  ce  que 
paroît  indiquer  celui  qui  fe  rencontre  fur  quelques 
médailles  de  la  Grande-Grèce , parce  que  ces  ani- 
maux tirent  la  charrue , 8c  fervent  à toute  l’écono- 
mie rurale. 

Coupe  des  pierres.  « Pour  les  voûtes  des  aqué- 
ducs  , des  ponts  & des  arcs  de  triomphe  , on 
tailloir  ( dit  Winckclmann  ) les  pierres  en  forme 
de  coin  ; ce  que  Perrault  aurait  pu  favoir  fans 
aller  à Rome , s’il  n’avoit  pas  voulu  prouver  que 
les  anciens  n’entendoient  pas  la  coupe  des  pierres 
(^Paral.  des  Anciens  6^ des  Modernes , 1. 1 yp. 

&c  que  par  cette  raifon  ils  ne  faifoient  pas  d’ar- 
qades  de  pierres,  mais  feulement  de  briques.  Cet 
Ecrivain  ne  s’eft  pas  rappelé  que  Vitruve  même 
parie  C c.  x»  p.  245,  l.  zS,  ed.  ' 


COU 

ly  yi , 4 ) d’arcades  conftruites  de  pierres  taillées 
en  forme  de  coin.  Il  fait  dire  aufli  à fes  interlo- 
cuteurs que  cette  ignorance  des  anciens  les  obli- 
geoit  à faire  des  architraves  qui  alloient  d’une 
colonne  à une  antre  , 8c  que  comme  on  ne  trou- 
voie  pas  toujours  des  pie>rcs  d’une  grandeur  re- 
quife  , on  croit  contraint  de  rapprocher  davan- 
tage les  colonnes.  Mais  tout  cela  n’ell  pas  moins 
faux  que  ce  qui  précède  ; car  on  voit  aux  telles 
d’un  des  plus  anciens  édifices  de  Rome , au  Capi- 
tole, qui  étoit  la  demeure  des  Sénat .ears  , on  voit 
encore  la  partie  d’en-bas  de  l’architrave,  à laquelle 
pendent  ce  qu’on  appelle  les  gouttes , avec  huit 
chapiteaux  doriques  : l’efpace  qui  eft  entre  deux 
de  ces  chapiteaux  prouve  qu’il  en  manque  un;  8c, 
autant  qu’on  peut  le  voir  par  l’atchicrave  , il  doit 
y en  avoir  eu  feize.  Cette  face  eft  faite  de  pe- 
tites pierres  de  deux  palmes  chacune  , lefquelles 
font  taillées  de  la  même  manière  qu’o.n  le  feroit 
aujourd’hui  en  pareil  cas.  « 

COUPOLE.  V~oye^  Dosme, 

COUREUR , curfor.  Les  Rom.ains  donnoient  ce 
nom  à des  valets-ie -pieds  qui  étoient  toujours 
prêts  à exécuter  les  ordres  de  leurs  maîtres. 

Coureur  du  cirque.  Après  les  courfes  de  char, 
venoient  ordinairement  les  courfes  des  coureurs. 
On  en  choififfoir  à Rome  un  dans  chacune  des 
quatre  faétiens , 8c  ils  faifoient  tous  les  quatre 
plulîeurs  fois  le  tour  du  cirque  entier  Pline  parle 
de  certains  coureurs  ( vu.  10.)  qui  avoient  par- 
couru dans  le  cirque  lôoooo  pas  ( 37  lieues  de 
2284  toifes,  ou  petites  lieues  ; : I\unc  quiaem  in. 
circo  quosdam  curfores  centum  jexaginta  miilia  paf- 
fuum  tolerare  non  ignoramus. 

Les  coureurs  chez  les  Grecs  portoient  pour  tout 
vêtement  une  écharpe  autour  des  reins.  Mais  cette 
écharpe  s’étant  détachée  , 8c  ayant  fait  tomoer 
l’athlète  Orfippus  de  Lacédémone,  on  leur  per- 
mît de  courir  tout  nuds.  Les  Romains  , du  temps 
de  Denys  d’Halicarnafîe  ( vu.  p.  475.  ) faifoient 
porter  l’écharpe  à leurs  coureurs.  Ces  athîetes  fe 
frottoient  d’huile  comme  les  autres  ( Stat.  Theb. 

VI.  575.  ).  _ _ ■ r,  r 

A la  foixante-cinquiême  Olympiade  C Puujan. 
Eliac.  I.  p.  lyy.',  on  établit  aux  jeux  olympiques 
des  prix  pour  les  athlètes , qui  couroient  vêtus 
8c  armés  de  lances  8c  de  boucliers.  Demarate  tut 
le  premier  vainqueur  de  ces  courfes. 

COURIER.  Les  anciens  connoiflToient 
des  couriers  } ils  en  ont  eu  de  deux  fortes.  1°.  des 
couriers  à pied , que  les  Grecs  appcloient  nemt~ 
rodromi  , c’eft-à-dire  , couriers  et  un  jour.  Pline, 
Cornelius-Népos  & Céfar  parlent  de  quelques- 
uns  de  ces  couriers  qui  avoient  fait  vingt , trente  ^ 
tren:e-fix  lieues  Sc  demie  en  un  jour  , & jufqu  a 
la  valeur  même  de  quarante  dans  le^  cirque 
remporter  les  prix.  2°.  Des  couriers  à cneval , qti 
changeoien:  de  chevaux  comme  onfait  aujoiud  n’ut» 


cou 

Xénophsn  attribue  Tufage  des  premiers  courlers 
à Cyrus , Hérodote  dit  qui!  étoit  ordinaire  chez 
les  i'erfes  ^ & qu'il  ny  avoir  rien  dans  le  monde 
de  plus  Vite  que  ces  fortes  de  Meffagers  ( 1.  nu. 
C.  97  &:  98.  ). 

Cyrus  J félon  Xénophon  , examina  ce  qu'un 
cheval  püiMroic  faire  de  chemin  par  jour^  & à 
chaque  journée  de  cheval  il  fit  bâtir  des  écuries  j 

mit  des  chevaux  & des  gens  pour  en  avoir  foin, 
avoir  aufli  dans  chacune  de  ces  polies  un 
homme  qui  , quand  il  arrivoit  un  courier , prenoit 
le  paquet  qu’il  apportoit  , & montoit  fur  un  che- 
val frais  : tandis  que  le  premier  fe  repofoic  avec 
fon  cheval , le  fécond  aiioit  porter  les  dépêches 
à une  journée  de-là  j où  il  trouvoit  un  nouveau 
cavalier  qu’il  en  chargeoit,  8c  ainfi  de  même  juf- 
qu’à  la  cour. 

II  n’efi:  pas  sûr  que  les  Grecs  ni  les  Romains  ayent 
eu  de  ces  fortes  de  poftes  réglées  avant  Augufte  , 
qui  les  établit  le  premier;  mais  on  couroit  en 
char.  On  courut  enfuite  à cheval  j comme  il  pa- 
roît  par  THifloire  Eccléfiallique  de  Socrate  ( /.  mi. 

^9-)-  ^ , 

Dans  l’empire  d’Occîdent  on  appeloit  les  cou- 
riers  , viatores  7 & fous  les  Empereurs  de  Conftan- 
tinople  J curfores  , d’où  eft  venu  leur  nom  mo- 
derne. 

On  voit  encore  que  fous  Dioclétien  il  y avoît 
des  relais  établis  de  diftance  en  diftance.  Lorfque 
Conftantin  eut  apprit  la  mort  de  fon  père  Conf- 
iance , qui  gouvernoit  les  Gaules  & les  Illes  Bri- 
tanniques J il  prit  fecrètement  & nuitamment  la 
poire  pour  aller  lui  fuccéder  dans  les  Gaules  ; & 
dans  chaque  relais  où  il  arrivoit  ^ il  faifoit  coupel- 
le jarret  des  chevaux  qu’il  y îaiffoit,  afin  qu’on  fût 
hors  d’état  de  le  fuivre  & de  l’arrêtcrj  comme  on 
en  eut  le  deflein  le  lendemain  matin. 

Les  couriers  des  Empereurs  étoient  reconnoif- 
fables  aux  plumes  q-u’ils  portoient  à leur  bonnet. 
Hahent  pennas  in.  capite  , unde  intelligltur  fifti- 
natio  itineris  , dit  un  vieux  Gloffaire , cité  par 
Godefroi  (_adL  1.  Cod.  Th.  de  Cur.). 

COURONNE.  L’antiquité  la  plus  reculée  ne 
déféra  les  couronnes  qu’à  la  Divinité.  Bacchus  fut 
un  des  premiers  qui  s’en  para.  Bientôt  après ^ les 
facrificateurs  en  mirent  fur  leurs  têtes  & fur  celles 
des  viâimes.  Athénée^  ( /.  nr,')  8c  Q.  Fabius 
Picior  ( /.  i.  ) difent  que  Janus  fut  l'inventeur 
des  couronnes  , que  c’eft  lui  qui  s’en  fervit  le  pre- 
mier dans  les  ihcrifices.  Mais  Pline  ( l.  xrr.  c.  4.") 
dit  que  ce  fut  Bacchus.  Selon  Phérécydes  , cité 
par  Tertuliien  ( de  Coron,  c.  7.  ) , Saturne  eft  le  pre- 
mier qui  fe  foit  couronné  ; félon  Diodore  , ce 
fut  Jupiter  ^ après  fa  viâoire  fur  les  Titans.  Léon 
l’Egyprien  aiTure  qu’Ifis  fe  couronna  la  première 
d’épjes  de  blé  dont  elle  avoir  appris  i’ufage  aux 
hommes.  Il  ajoute  que  Claudius  Saturnias  avoir 
compofé  un  livre  des  couronnes  , cù  ii  traitoic  de 
kur  grigînç,  de  iems  ca»&s  , dç  kuïs  elpèçêâ  , ^ 


COU 

des  cérémonies  ou’on  obferroit  relativement  à 
elles. 

Les  premières  couronnes  n’étoient  qu’une  ban- 
delette dont  on  fe  ceignoit  la  tête , qui  fe  lioit  par 
derrière  , & rpae  l’on  nomma  bandeau  royal  , 
comme  on  le  voit  aux  rit-'S  de  Jupiter  fur  les  mé- 
dailles des  Ptolémées  d’Égypte.  Les  Rois  de  Syrie 
font  auîfi  fouvent  couronnés  de  même.  Quelque- 
fois on  les  faifoit  de  deux  bandelettes  j enfuite 
on  prit  des  rameaux  de  différens  arbres  , puis  on 
y ajouta  des  fleurs  ; 8c  Tertuliien.  ( à l’endroit  cité  ) 
avait  vu  dans  le  livre  de  Claudius  Saturnius^  qu’il 
n’y  avoir  aucune  plante  dont  on  n’eût  fait  des 
couronnes.  Pline  ( l.  xxi.  c.  3.  ) dît  que  P.  Clau- 
■ dius  Pulcher  fat  le  premier  qui  ajouta  aux  cou- 
ronnes une  petite  lame  ou  bande  de  métal.  Les 
Rois  MacédordeHS  de  Syrie  font  les  premiers  qui 
portent  fur  les  médailles  la  couronne  rayonnante, 
radiata.  Les  couronnes  des  Dieux  étoient  diffe- 
rentes. Celle  de  Jupiter  étoit  de  fleurs  : elle  eft: 
fouvent  de  laurier  fur  les  médailles;  celle  oeJiinon, 
de  vigne  ; ceile  de  Bacchus  , de  vigne , de  raifins, 
de  pampres  . de  branches  de  lierre  chargées  de 
fleurs  & de  fruits  ; celle  de  Caftor  , de  Poüux  Si. 
des  Fleuves  , de  rofeaux  ; celle  d’Apollon  , de 
refeaux  ou  de  laurier  ; celle  de  Saturne;,  de  figues 
nouvelles  & fraîches  ; celle  d’Hercûle  ^ de  peu- 
plier ; celle  de  Pan  fe  faifoit  de  pin  ou  d’yèble  j 
celle  de  Lucine,  de  diélame  ; celle  des  Heures, 
de  fruits  propres  de  chaque  faifon  ; celles  deS 
Grâces  , de  branches  d’olivier  , de  même  que 
celle  de  Minerve;  celle  de  Vénus  , de  rofes  ; ceile 
de  Cérès  , d’épis , de  même  que  celle  d’Ilis  î 
ceile  des  Lares,  de  myrte  ou  de  romarin,  &c. 

Non-feulement  les  couronnes  étoient  employées 
pour  iesftatues  & les  images  des  Dieux,  pour  les 
Prêtres  dans  les  facrifices  , pour  les  Rois  & les 
Empereurs  J mais  encore  on  couronnoit  les  autels  , 
les  temples,  les  portes  des  maifons,  les  vafes 
lacrés , les  viéiimes,  les  navires  , &c.  les  Poètes, 
ce’ux  qui  remportoient  la  victoire  dans  les  }eux  fo- 
lemaels , les  gens  de  guerre  qui  fe  diftinguoient 
dans  quelque  aétion  , &c. 

Cette  marque  d honneurqueles  Romains  avoient 
empruntée  des  Grecs,  anima  le  zèle  des  citoyens 
dans  les  premiers  temps  de  la  république  , & pro- 
duifit  des  efforts  généreux  , des  aéles  de  bravoure 
& de  vertu.  Mais  on  abafa  bientôt  de  ces  fortes 
de  récompenfes  ; elles  furent  prodiguées.  Alors  le 
luxe  ne  permit  plus  de  les  former  fimpiement  de 
feuilles  ou  de  branches  légères  ; & î’avarfce  des 
Généraux  les  multiplia  à un  tel  point  que,  feîoiî 
Apnien,  on  en  porta  plus  de  dix  mille  d’or  dans 
la  pompe  funèbre  de  Syîîa.  Suétone  dirqu’Augulle 
en  donna.une  d’or  à Jupiter  Capitolin  , qui  pefoic 
pbiis  de  feize  milliers.  Enfin  les  couronnes  d’or  de- 
vinrent , fous  les  Empereurs,  des  impôts  auxquels 
] étoient  cffiiiettis  tous  les  pays  conquis- 
j La  couronne  des  Empereurs  étoît  ordinairetnent 

[ de  Jaarier  i Je  dïoii  de  h porte?  fus  secojdé  à 


23®  cou 

Jules-Céfar  par  le  Sénats  & fes  fucceflêurs  COK- 
tinuèrent  d’en  jouir. 

Juftinien  elt  le  premier  qui  ait  pris  fur  fes  mon- 
noies  une  efpèce  de  couronne  fermee  , tantôt  pro- 
fonde , en  torrr.e  de  bonnet , tantôt  plate  , & ap- 
prochant alors  du  mortier  de  nos  Fréfidens  ex- 
cepté quelle  ell  futmontée  d'une  croix,  & fou- 
vet.t  bordée  de  perles  à double  rang.  C’eir  ce  que 
Ducange  nomme  camelaacium  , confondu  ordi- 
nairement avec  le  manteUt,  appelé  camail,  à caufe 
de  la  rclfeiriblsnce  du  nrot , quoique  Fun  foit  fait 
pour  couvrit  les  épaules , tandis  que  l’autre  cft 
dqftiné  à couvrir  la  tête. 

« Les  couronnes  radiales  fe  donnoient  aux  Prin- 
ces, dit  le  Père  .Tobert , Icrfqu’ils  étoient  mis  au 
rang  des  Dieux,  foit  avant,  foit  après  leur  mort  : 
cette  forte  de  couronnes  n’étant  propre  qu’à  des 
Déités , comme  dn  Cafaubon  , je  ne  prétends  pas 
néanmoins  faire  de  cela  une  maxime  confrante; 
car  je  fais  combien  il  y faudroit  d’exceptions,  par- 
ticulièrement depuis  les  douze  Céfars.  Iious  ne 
voyons  point  qu’aucun  Empereur  vivant  ait  pris 
la  couronne  radiale  avant  Néron , qui  la  méritoit 
le  moins  de  tous , Augufte  même  n’en  ayant  eu 
l'honneur  qu’après  fa  mort.  ” 

On  voit  fur  les  médailles  pliifieurs  autres  efpè- 
ces  de  couronnes  qu’il  faut  diilinguer.  Les  unes , 
appelées  rofiraies  . font  compofées  de  proues  de 
vaîfieaux  enlacées  les  unes  dans  les  autres  ; elles  fe 
donnoient  après  les  viétoires  navales.  Agrippa  reçut 
cette  couronne  dAugufte,  après  qu’il  eut  dénit 
les  flottes  de  Sextas  Pompeius  & de  Marc-Antoine  5 
d’autres , appelées  murales  , font  compofées  de 
tours  ; c’ctoit  la  récompenfe  de  ceux  qui  avoient 
pris  des  villes,  comme  c’eft  l’ornement  des  Génies 
& des  Divinités  qui  les  protégeoient.  Cell  pour- 
quoi Cybèle,  la  Déefle  de  la  terre,  & tons  les 
Génies  particuliers  des  provinces  & des  villes,  por- 
tent des  couronnes  tourelées. 

On  y voit  aufii  des  couronnes  de  chêne,  deftmées 
à ceux  qui  avoient  fauve  la  vie  à un  citoyen  ; telle 
eft  celle  qui  entoure  l’infcription  oh  cives  fer- 
■t-atos,  & qaifç  voit  quelquefois  fur  la  tête  même 
du  Prince. 

Les_  couronnes  d’hsrbe,  ou  graminées  , corons, 
gramlnes  , écoient  celles  qu’une  garnifon  aiflégée 
dans  une  place,  ou  une  armée  renfermée  dans  fon 
camp  par  l’ennemi , avoient  coutume  de  donner  à 
leur  libérateur  ; elles  étoient  faites  avec  des  plan- 
tes arrachées  dans  l’endroit  même  où  l’aétion 
s’étoit  pallce.  Pline  ( /.  x.yjj,  c.  5.  4.  5 & 6.  ) eti 
a parlé  fort  au  long , & il  a nommé  tous  ceux  qui 
en  avoient  été  honorés  ju.ùqu’au  temps  où  il  éed- 
voit.  11  eft  douteux  cependant  qu’on  en  puifle 
trouver  quelque  exemple  far  les  médailles.  Un  fa- 
vant  des  plus  diftingués  a cru  reconnoitre  une  de 
ees  couronnes  fur  une  médaille  d’argent  de  la  ft- 
mÜle  Fabia  ^ rapportée  par  Urfin  , Patin,  Vail- 
lant & Morel.  On  y voit  d’un  côté  h tête  de 
Jupiter  avec  une  barbe  allez  épaîiïé,  couronné 


COU 


de  laurier.  Au  revers  la  figure  d’un  homme  nud 
& debout,  le  calque  en  tête,  appuyé  de  la  gau- 
che fur  une  haite , & préfentant  de  la  droite  une 
cou’onne  , que  le  fâvant  homme  a prife  pour  U 
couronne  graminée  qui  fut  accordée  au  célèbre 
Fabius,  i’émuie  d’.4nnibal.  Sa  conjeélure  ell  fon- 
dée fur  ce  qu’on  lit  dans  le  champ  de  la  méd.ii!:e 
Q.  FAB.  & un  monogramme  qui  peut  défigner  le 
furnom  Maximus.  Mais  la  couronne  reprefentée 
fur  ce  revers  eft  trop  petite  pour  que  le  monétaire 
ait  pu  y marquer  bien  diftinélement  la  forme  des 
feuilles  dont  elle  étoit  compofées  & d'ailleurs  il  a 
exifté  plus  d’un  Q.  Fabius,  & il  n’y  en  eut  jamais 
qu’un  fclil  honoré  de  la  couronne  graminée. 

Il  V avoir  des  couronnes  particulières  deftinées 
à ceux  qui  remportoient  les  prix  dans  certains 
jeux  publics.  Ceft  ainiî  qu’aux  jeux  de  l’ifthme  de 
Corinthe , nommés  iftkmia  , les  viéLoneux  étoient 
couronnés  d’àche , une  efpece  de  petfil  plus  fort 
& plus  grand  que  le  nôtre  : on  en  voit  la  forme 
fur  une  médaille  de  Néron. 

Hadrien  fi:  faire  en  faveur  d’Antinoüs,  des 
couronnes  de  lotus.  11  les  appela  antinoeia, 
nom  qui  fe  lit  fur  les  médailles  de  ce  favori.  Ter- 
tullien  ( de  Cor.  Mil.  c.iz.)  a fait  mention  de  ces 
couronnes  qu’on  donnoit  dans  les  jeux  inftitués  en 
l’honneur  d’Antinoüs,  nomm.és  aulfi  antinoeia. 

Les  couronnes  tlue  les  Grecs  portoient  autour 
du  ccu  dans  les  feftins  , s’appeloient  ( Atktn. 
Deipnos , lxv.  p.  688.  B.  Ciem.  Alex.  Psdag. 
L.  CLc.  1.  p,  185./.  y.)  Y!rsêo/4<«(hf,parce  qu’elles 
leur  faifoient  fentir  l’odeur  des  fleurs  de  bas  en 


kaut. 

Ceux  qui  voudront  être  parfaitement  inftru’ts 
de  ce  que  les  anciens  Auteurs  nous  apprennent 
fur  les  diadèmes,  les  couronnes  & les  autres  orne- 
mens  de  tête . des  Rois , des  Empereurs , des  Pri.n- 
ceffes , des  Prêtres  , des  athlètes  , &:c.  doivent 
lire  le  favant  ouvrage  de  Charles  Pafcnal,  inti- 
tulé : Caroli  Pafcàalii  Corons  , opus  lihris  x dij-' 


tinclum  , quibus  res  omnis  coronana  e mona- 
mentis  eruta  continetur.  Pans.  lOtO,  jn-4®. 
Lugd.  Bat.  167.  8®.  U faut  fur-tout  avoir  foinjc 
comparer  ce  que  cet  Auteur  a écrit  fur  les  diue- 
rentes  efpèces  de  couronnes  , avec  celles  qui^font 
repréfentées  fur  les  médailles.  Dans  le  /alefiana, 
p.  99-103  > trouve  un  article  fur  les  coiffures , 
que  portent  fur  les  médailles  les  Impératrices.  Ce 
léger  effai  auroit  dû  engager  quelque  Annqiuire^a, 
faire  des  recherches  particulières  fur  les  di&erentes 
coiffures  qui  on:  été  en  ufage  tant  dans  le  mnî: 
que  dans  le  bas-Etnoire  : les  médailles  fervî'’'-?;|.^^ 
beaucoup  alors  ; elles  nous  feroienr  entendre  aiy^- 
rens  paffages  des  anciens  Auteurs,  qu’on  ne  ^au- 
roit  bien  expliquer  fans  leur  fecours.  Pour  y _lnp' 
pléer  , en  lira  dans  ce  Diftionnaire  les  arbC.es 
particuliers  de  chaque  efpèce  de  couronne  ^ 

plus  les  articles  Bandeau  royal  , ^iadsme  j 
r’TTiAîîiî  TrAnv  . MiXP_.E,  ChEVBWX,  -Cas* 


que  , Scç. 


cou 

Couronne  d’Arhdiie.  Voy^i  ARîAdne- 

COURONNE  (jji'plomi-iTtque  ..  couronnes  de 

nos  Kois  de  la  première  race  font  ordinairement 
de  perles  : elies  fe  terminent  fouvent  vers  le  bas 
de  la  tête  par  deux  perles  ^ tournant  à peu-près  un 
V coiifonne  renverfé.  » 

« Deux  autres  peiles  s’élèvent  prefque  aufil  fou- 
vent  au-deffus  de  b tête  , & repréfencent  alors 
un  perlé  par  le  haut  ; quelquefois  une  croix  ou 
undîtnple  ruban.  Cet  Y renverfé  , qu  on  voit  fur 
la  rête  de  la  huitième  monnoie  de  Dagobert , pag. 
JO  de  le  Blanc  J n’eft  rien  autre  chofe  qu’un  orne- 
ment de  cette  nature.  11  eft  fuiprenant  qu  un 
auffi  habile  homme  que  le  Blanc  l’ait  pris  pour 
une  lettre,  pour  un  vrai  A grec  , dont  il  dit  mo- 
deftement  qu’il  ignoroit  la  lignification.  » 

“ Ces  couronnes  de  perles  étoient  quelquefois 
doubles  , quelquefois  ce  n’ étoient  que  de  fimples 
diadèmes. 

cc  Les  couronnes  de  laurier  font  rares  fous  la 
première  race  j il  y a quelques  couronnes  fer- 
mées. =3 

« Les  têtes  font  communément  de  profil , & 
regardent  vers  la  droite.  » 

« Les  Rois  d’Efpagne  , au  contraire  , • font  de 
face  , & pour  l’ordinaire  fans  couronne  ^ mais  avec 
«ne  longue  chevelure.  Quelques-uns  néanmoins 
regardent  de  profil  comme  nos  Rois  , & ont  des 
diadèmes  ou  des  couronnes  fermées.  ” 

« Rarement  nos  Rois  de  ce  premier  âge  ont  des 
couronnes  radiées.  Des  feize  Rois  qui  font  aux 
trois  portails  de'  l’églife  de  S.  Denis , il  y en  a 
neuf  dont  les  couronnes  ont  la  forme  de  bonnets 
tous  différens  les  uns  des  autres.  11  y en  a qui  ont 
au  bas  des  bandes  qui  relïèmblent  un  peu  aux 
diadèmes  ; les  autres  diffèrent  confidérablement 
entre-et’x.  De  toutes  ces  couronnes  , trois  feule- 
ment ont  le  treffie , qui  n’étoit  qu’un  ornement 
arbitraire.  =3 

« Les  Rois  de  la  fécondé  race  n’ent  point  fait 
repréfenter  d’ordinaire  leur  figure  fur  leurs  men- 
noies  : quand  ils  l’ont  fait  , ils  avoîent  coutume 
de  porter  une  couronne  de  laurier  5 quelques-uns 
ont  pourtant  la  couronne  de  perle.  Ils  regardent 
pour  la  plupart  de  profil  tournés  vers  la  droite. 
Rarement  regardent-ils  de  face  : quelques-uns  ont 
îa  couronne  de  perle  fur  un  ou  deux  cercles.  33 

On  peut  remarquer  fur  les  monnoies  de  Louis- 
33  le -Débonnaire  que  fa  tête  , qui  eft  gravée  fur 
33  huit  pièces  , eft  toujours  couronnée  de  lauriers. 

33  Si  le  doéie  Coringîus  les  avoir  vues,  il  fe  feroit 
33  fans  doute  épargné  la  peine  de  faire  cette  lon- 
33  gue  difiertatîon  , où  il  tâche  de  prouver  que 
33  depuis  le  grand  Cenftantin  les  Empereurs  ne 
33  portèrent  plus  que  des  diadèmes  de  peiles  ou 
33  de  pierreries,  A jamais  de  couronnes  de  laurier.  3, 
Deux  figures  de  Charlemagne  ,,  faites  de  fon 
temps,  même  à Rome,  fous  le  Pape  Léon  III, 
portent  la  ceitrerme  impériale  fermée  par  fe  haut , 
cemme  la  portoierd  alors  ks  Empereurs  d'Orkntu  I 


COU  231 

La  couronne  de  Charles-îe-Chauve  , fur  quelques 
monumens  , n’eft  qu'un  cercle  furhauffé  de  quel- 
ques fleurs  de  lys.  Nous  ne  parlons  point  de  quel  • 
ques  couronnes  extraordinaires  de  la  deuxième 
race.  33 

Les  premiers  Rois  de  la  troifième  race  ont  en- 
core moins  eu  i’ufage  de  fe  faire  repréfenter  oa 
de  faire  marquer  quelques  figures  far  leurs  mon- 
noîes.  Louis  Vil  eft  peut-être  le  premier  qui  l’aie 
fait,  & Philippe- Augufte  eft  le  premier  de  cette 
race  qui  fe  foit  fait  repréfenter  lui-même  , encore 
eft-ce  très  - rarement.  11  y a pourtant  une  tête  eta 
bufte  & de  face  de  Philippe  î-‘,  avec  une  couronne 
furmontée  de  croix.  Philippe  II.  fe  fait  repréfenter 
de  face,  foit  aifis  fur  un  trône,  ayant  un  feeptre, 
terminé  par  une  fieur  de  lys  dans  la  droite,  & 
une  fleur  de  lys  dans  la  gauche  , avec  deux  lys  à 
fes  côtés  , ou  debout  avec  les  memes  attributs, 
excepté  qu’il  tient  fa  gauche  vuide  fur  fa  poitrine. 
Mais  ces  monnoies  ne  font  peut-être  pas  de  Phi- 
lippe-Augufte,  elles  font  tout  au  plus  de  Philippe- 
le- Hardi  onde  Philippe-le-BeL  Sa  couronne  porte 
des  fleurs  de  lys  fur  un  cercle.  33 

cc  Bl.rnche  eft  repréfentée  debout  avec  les  attri- 
buts rapportés  plus  haut,  fi  ce  n’eft  qu’elle  tient 
quelquefois  , au-lieu  de  la  fleur  de  lys  , une  cou- 
ronne , comme  celle  qui  eft  fur  fa  tête.  =3 

cc  Louis  Vlil  eft  repréfenté  fur  un  trône  fans 
les  deux  lys  à fes  côtés,  mais  tenant  la  fleur  de  lys 
de  la  droite,  & le  feeptre  de  la  gauche.  Le  trône 
n’eft  point  terminé  dans  fes  bras  comme  le  pré- 
cédent par  des  têtes  d’animaux.  33 

ce  La  couronne  de  S.  Louis  étoit  ouverte  , far* 
montée  feulement  dans  fon  contour  de  quatre 
fleurons , un  devant,  un  derrière  , & les  deux  au- 
tres aux  deux  côtés.  33 

cc  Le  Blanc  nous  repréferïte  Philippe-îe-Bef 
comme  Philippe-Augufie,  à l’exception  des  deux 
lys'  à fes  côtés.  Il  l’a  fait  auffi  repréfenter  fur  un 
trône  chargé  d’architeclure  gothique.  Oa  peut: 
douter  que  ces  deux  figures  foient  du  même 
Roi.  33  ^ 

ce  Chai-res-le-Bel  eft  debout , le  feeptre  dans  fà 
main  droite  , comme  dans  une  niche  d’architec- 
ture gothique  très-chatgée  5 on  ne  voit  rien  dans 
fa  gauche-  33 

cc  Philippe  de  Valois  eft  reprélënté  ordinafre- 
ment  affis  fur  un  trône  d’architeâure  gothique  , 
tenant  le  feeptre  de  la  droite  , & la  main  de  j uiliee 
de  la  gauche-  Quand  il  eft  debout,  il  a îa  gauche 
vuide  fur  la  poitrine.  Quelquefois  fon  trône  n’efi: 
qu’un  pavillon  femé  de  fleurs  de  lys,  & alors  il 
tient  le  feeptre  de  la  gauche , & a la  droite  fur  la 
poitrine,  coirrme  un  Evêque  qui  bénit.  Quelqiîe- 
fo-îs  , au-lieu  de  fa  main,  de  juftice,  il  tient  la  feiir 
de  lys 5 quelquefois  il  eft  repréfenté  achevai, 
bouclier  & houfïe  en  croix  avec  des  ornemens^ 
foulant  aux  pieds  & tuant  un-  dragon.  =3^ 

cc  Jean, tient  uij  glaive  levé  de  la,  droite,  & bîe 

ésufkîï  asœ  ikuîs  de  lys  ftxis  naisbre  de:  h 


2$  1 COU 

che , dans  un  trône  d’architeéiure  gothique. 

^ Charles  Vj  debout  dans  un  ciiamp  (eme  de  lys j 
en  habits  longs , tenant  le  fceptre  de  la  droite , 
la  main  de  juitice  de  fa  gauche } en  habits  courts  « 
fous  un  portique  gothique  j tenant  un  fabre  de  la 
droite,  & la  main  de  julîice  de  la  gauche.Queique- 
fois  il  cil  a.Tis,  ayant  à fes  côtés  deux  dauphins, 
le  fceptre  feulement  dans  la  droite.  On  le  voit  à 
cheval,  le  fabre  à la  main,  avec  des  ornemens  char- 
gés de  lys,  ou  de  lys  & de  dauphins,  & par  le 

bas  découpés.  Tous  ces  Rois  font  de  face Ils 

portent  des  couronr.es  ouvertes  femblables.  » 

« Sous  Charles  V,  on  voit  des  écus  écartelés  de 
deux  fleurs  de  lys  & de  deux  dauphins.  « 

cc  Ce  Prince , repréfenté  à la  porte  des  Grands 
Augaftinsj  ifeft  couronné  que  de  trefles.  Un  favant 
en  a très-mal  conclu  que  les  fleurs  de  lys  ne  fe 
mettoient  point  encore  aux  couronnes.  » 

« Philippe  d’EvreiiX,  Roi  de  Navarre,  mort  en 
1543  , & la  Reine  Jeanne  fon  époqfe,  morte  en 
1349,  font  repréfentés  dans  Téglife  des  Domini- 
cains de  Paris  de  la  rue  S.  Jacques  , avec  des  cou- 
ronnes qui  reffemblent  à un  mortier  de  Préudenr.  » 
« Charles  Vî,  debout  au  milieu  d'un  champ, 
femé  de  fleurs  de  lys , ayant  le  fceptre  dans  la 
droite , & la  main  de  juitice  dans  la  gauche  , ou 
aflis  dans  un  liège  dont  les  bras  s'élèvent  avec 
deux  têtes  , l’une  de  dragon  , l’autre  humaine  , 
ayant  à fes  côtés  deux  écuiïbns  aux  trois  fleurs  de 
lys  , le  fabre  dans  la  droite  & une  efpèce  de  bâton , 
üirmonté  d’un  globe,  d’où  fort  une  flamme  en 
croix....  Deux  liens  fous  fes  piés. 

« Henri,  Roi  d’Angleterre,  e!t  repréfenté  comme 
Pvoi  de  France  dans  un  vaifTeau , tenant  de  la  droite 
une  épée,  & de  la  gauche  un  écu  écartelé  de  trois 
fleurs  de  lys  & de  trois  léopards  , ou  armé  de 
toutes  pièces  achevai,  le  fabre  à la  main,  portaat 
des  habits  & des  ornemens  femés  de  fleurs  de 
lys.  » 

« Louis  XI  efl  à mi-corps,  tenant  un  fabre  de 
la  droite.  ” 

« La  planche  lxv  du  troifième  tome  des  mo- 
numens  de  la  Monarchie  Françoife , reprefente 
Charles-Ie-Kardi , dernier  Duc  de  Bourgogne , 
portant  une  couronne  fermée  parle  haut;  aucun  de 
nos  Rois  de  la  troifième  race  ne  l’avoit  portée  de 
la  forte.  « 

« Louis  Xll,  de  profil  en  buflc  , efl  le  premier 
de  fa  race  qui  porte  fur  fes  monnoics  une  couronne 
clofe  chargée  de  trefles.  II  regarde  vers  la  droite.  == 
» Anne  de  Bretagne  , fur  un  trône  tenant  une 
épée  de  la  droite.  Se  un  fceptre  feuille  de  la  gau- 
che, aflife  fur  un  trône  fait  en  chaile  avec  deux 
pavillons  à fes  côtés.  Louis,  comme  Duc  d’Or- 
léans, efl  repréfenté  de  profil  & en  bufîe  avec 
un  bonnet.  Comme  Roi  , fa  couronne  etl , par  le 
bas , ornée  de  fleurs  de  lys , alternativement  avec 
des  perles  , ou  fousrperles.  Au  fommet  de  la  cou- 
ronne une  perle  ou  une  fleur  c--  îys  : le  cercle  par 
Iç  bas  ell  orné  dg  perles.  Quelquefois  il  regarde 


COU 

vers  la  gauche.  Affis,  il  a deux  lions  fous  fes  pieds  ; 
il  tient  de  la  droite  le  fceptre  , & de  la  gauche 
la  main  de  juflice.  On  voit  d’un  côté  du  trône 
une  tête  d’animal  ou  de  dragon  de  feu  , & alors 
la  couronne  n’efl  point  fermée.  Le  champ  ell 
vuide.  55 

et  François  I“,  en  bufle  & en  barbe  , regarde 
vers  la  droite.  Le  fommet  de  la  couronne  ell  ter- 
miné par  des  fleurs  de  lys.  La  couronne  ell  fermée 
par  des  bandes.  »• 

« L’éçullon  de  fleurs  de  lys  commence  auffl  à 
être  clos;  mais  il  ne  i’eil  pas  toujours.  François 
ell  anlll  a demi-corps  ou  de  face,  avec  une  coa- 
ro/znc  ouverte,  le  fabre  dans  la  droite,  & le  fceptre 
dans  la  gauche , ou  à demi-corps  de  profil  vers  la 
gauche , le  fabre  à la  main , tenant  un  éculfon  de 
la  gauche.  Sa  couronne  efl  ouverte.  » 

« Henri  II , de  profil,  tourné  vers  la  droite, 
ou  portant  une  couronne  clole  entremêlée  de  perles 
fimples  ou  triples  , ou  une  couronne  de  laurier  , 
ou  même  la  tête  nue.  La  couronne  de  l’éculTon  ell 
toujours  fermée.  ” 

» François  II  & Marie  fe  regardant  en  bulle  ; 
une  couronne  fur  leurs  deux  tètes  , élevée  & 
ciofe.  ” 

et  Charles  IX , couronné  de  laurier  avec  une 
fraife  pliée,  regardant  vers  la  gauche.” 

« Henri  111  couronné  de  laurier,  regardant  vers 
fa  droite.  ” 

“ Charles  X regardant  vers  fa  gauche, avec  un 
collet  tel  que  le  portent  enepre  les  Pretres  de 
l’Oratoire , & la  couronne  fermée  fur  fa  barrette 
de  Cardinal. 

« Henri  IV  regardant  vers  la  droite  , couronne 
de  laurier.  » 

« Louis  XIII  de  même  avec  une  mouilache.  ” 

“ Louis  XI V couronné  de  laurier  , ou  en  per- 
ruque fans  laurier  , 8c  en  couronne  fermee.  ” 
( Article  de  la  Nouvelle  Diplomatique.  ) 

KOYPOxrooos , proteâeur  des  adclefcens.  On 
donnoit  ce  nom  {Eufiath.  ad  Iliad.  -ie.  p.  I4®p-  ) 
à Apollon , lorfque  les  jeunes  garçons  lui  faifoient 
hommage  de  leur  première  chevelure.  Voye^ 
Cheveux. 

COURSE  DU  CIRQUE.  Ces  courfes  faifoient 
la  partie  principale  des  jeux  qu’on  y céiébroic. 
Noyei  Cirque*  Elle  fe  faifoient  ou  fur  des  chars 
{Foyer  Chars),  ou  fur  des  chevaux,  ou  meme 
à pied.  La  courfe  des  chevaux  Sc  ies  chariots  com- 
mençoit  chez  les  Romains  à la  ligne  blanche 
(linea  alba)  ; on  s’avançoit  vers  les  bornes 
plus  de  vîtefié  qu’il  fe  pouvoir  : c’étoit  1 écueil  e 
la  plupart  des  concurrens.  On  faifoic  fept  lois 
fuite  le  tour  de  h fpir.a  ; celui  qui  achevoit 
premier  le'feptième  tour,  remportoit  la  victoire  ^ 
le  prix  propôfé.  Ces  courfes  étoient  des  efpeces  i- 
déhs  entre  plufieiirs  faétions,  & quelquefois  e 
tre  des  particuliers.  11  falloir  éviter ^de 
prccher  des  bornes,  de  crainte  de  s y brüçt 


cou 

s’cn  trop  éloigner  j de  peur  que  Tadyerfaire  ne 
pafsât  entre  le  char  & la  borne.  A chaque  tour  de 
la  même  courje  , des  gens  prépofés  plaçoient  un 
ceuf  fur  des  colonnes  delfinées  à cet  ufage  , & 
autant  de  dauphins  fur  d'autres  5 de  forte  qu'à  la 
fin  de  la  courfe  entière,  il  y avoir  fept  dauphins  & 
fept  œufs  placés  à la  vue  des  fpeéfateurs.  Les 
Grecs  n'ont  pas  été  auffi  conftans'  que  les  Ro- 
mains dans  le  nombre  des  tours  fixés  pour  une 
courfe.  Homère  n’en  compte  qu'un  ; Pindare  , 
douze  ; Sophocle,  fix  ou  fept.  Quant  au  nombre 
des  millions  ( mijpis  ) il  y en  avoir  chez  les  Ro- 
mains jufqu'à  vingt-quatre  ; c'éroient  comme  au- 
tant de  parties  différentes  ; plus  anciennement  leur- 
nombre  étoic  de  vingt-cinq.  Du  côté  des  carceres 
on  avoir  élevé  des  balcons,  d'où  l'on  donnoit  le 
ligna! , d'abord  en  élevant  une  torche  allumée  ; 
■&  dans  les  temps  poftérieurs,  en  jetant  une  nappe  : 
c'étoit  la  prérogative  des  Confuls,  & en  leur 
abfence  , des  Préteurs.  On  immola  quelquefois  à 
Mars  le  meilleur  cheval.  Le  vainqueur  recevoir 
pour  prix,  de  l'or,  de  l'argent , des  couronnes, 
des  vêtemens  & des  chevaux.  «Voici  (dit  l’an- 
cienne Encyclopédie  ) une  difficulté  très-réelle 
fur  les  cozirfes  : fi  l'on  partoit  de  la  même  ligne, 
comme  cous  les  Auteurs  le  fuppofent , il  ell  évi- 
dent que  ceux  qui  occupoient  une  des  extrémités 
de  la  ligne,  avoienr  un  chemin  beaucoup  plus  con- 
fidérabie  à faire  que  ceux  qui  occupoient  l’autre 
extrémité  J & que  la  différence  des  chemins  s’aug- 
mencoit  encore  par  le  nombre  des  tours.  « Notre 
article.  Cirque  deCaracalla,  fournit  uneréponfe 
viâorieufe  à cette  difficulté.  Après  les  courfes  des 
chevaux  & des  chariots,  commençoient  les  courfes 
à pied , où  celui  qui  avoir  le  plutôt  atteint  la 
borne  en  courant,  remportoit  le  prix. 

Course  publique  : c étoiem^îaus  lesjEmpereurs 
de  Conflantinople , des  voitures  & des  chevaux 
placés  à des  ftations  réglées  pour  l’ufage  gratuit 
des  gens  de  la  Cour  qui  voyageoient  dans  l’Em- 
pire. Lorfque  Conftantin  appela  les  Evêques  au 
Concile  de  Nicée,  il  leur  fit  donner  fur  toutes 
les  routes  i’ufage  des  voitures  publiques  , curfum 
publîcum  ou  veciuram  puilicam. 

Course  extraordinaire  , carfus  clabularîs  Sc 
curfiis  velox  , ctoit  une  courfe  des  plus  rapides  , 
que  le  code  ne  pennettoic  (i.éz.)  qu’au  feui 
Préfet  du  Prétoire.  Elle  prenoit  fon  nom  de  la 
voiture  , clahulare  , qui  la  caraâérifoit. 

COURTISANES.  Les  courti fanes  fembîent  avoir 
été^en  honneur  chez  les  Grecs  plus  que  chez  les 
Romains.  Tout  le  mande  connoît  les  deux  Afpa- 
fies  , dont  l'une  donnoit  des  leçons  de  politique 
& d’éloquence  à Socrate  même  ; Phryné  , qui 
offrit  de  rebâtir  à fes  dépens  la  ville  de  Thèbes, 
détruite  par  Alexandre  , afin  que  fes  débauches 
ferviffent  ainfi  en  quelque  manière  à réparer  le 
mal  fait  par  le  conquérant  ; Laïs , qui  infpira  de 
l'amour  à tant  de  Philofophes , à Diogène  même. 
Antiquités  ^Tome  fl. 


COU  ^33 

f qu’elle  rendit  heureux , à Ariftippe , qui  difoit 
j d’elle  , je  pofsède  Laïs , mais  haïs  ne  me  pofsede 
pas  ; enfin  la  célèbre  Léontium  , qui  écrivit  fur 
la  philofophie , & qui  fux  aimée  d’Epicure  & de 
fes  Difciplcs. 

Solon  établit  à Athènes , fous  la  protedion  des 
îoix  , des  lieux  ou  les  courtifanes  fe  raflem- 
bîoient  , comme  nous  l'apprenons  d’un  ancien 
Poète  cité  par  Athénée  ( Deipn.  lib.  xin.  ) ; & 
fon  intention  fut  d'exempter  de  reproches  les 
jeunes  gens  qui  s’y  rendraient.  Nous  voyons  dans 
Horace  Caton  le  Cenfeur  tenir  le  même  langage 
( Sat'ir.  lib.  I . Sat.  il.  v.  3 1 . ) à un  Chevalier  Ro- 
main. C’étoit  auprès  du  Pirée  & dans  le  quartier 
des  gens  de  mer,  que  les  courtifanes  Athéniennes 
choififToient  ordinairement  leur  habitation.  Elles 
fe  rendoient  aulü  fouvent  au  Céramique , à un 
endroit  public  appelé  Scirus  , & au  vieux  mar- 
ché dans  les  environs  du  temple  de  Vénus-popu- 
laire,  que  Solon  leur  avoir  afîigné  pour  l'exercice 
de  leur  honteufe  profeffion. 

La  ville  de  Grèce  la  plus  célèbre  par  la  beauté, 
les  grâces  & les  richeffes  de  fes  courtifanes  ctoit 
Corinthe.  Sa  fîtuatîon  fur  les  deux  mers  en  faifoit 
le  centre  du  commerce  de  i'ünivers  entier  5 & les 
riches  négocians  de  toutes  les  nations  y appor- 
toient  leur  or  & leurs  vices.  Les  courtifanes  Co- 
rinthiennes mettoient  à leurs  faveurs  un  prix  pro- 
portionné à l’opulence  de  ces  étrangers  ; ce  qui 
fit  naître  un  proverbe  grec  rendu  ainiî  par  Ho- 
race ; 

Non  euivts  hominum  coruîngh  adiré  Corinthuntl 

Strabon  (^lib.  vm.')  dit  que  de  fon  temps  il  y 
avoir  encore  plus  de  mille  Corinthiennes  entre- 
tenues dans  un  temple  de  Vénus , donc  elles  fai- 
foient  la  richefïe,  en  proilituant  à fon  profit  leurs 
appas  fi  renommés. 

Les  courtifanes  Grecques  fe  faifoient  rem.ar- 
quer  par  des  robes  d'étoffes-à-fleurs  j luxe  qui  les 
diftinguoit  des  femmes  honnêtes. 

Domitien  voulant  aulfi  établir  à Rome  une.dif- 
îinclion  entre  les  femmes  de  bonnes  mœurs  & les 
courtifanes  {Sueton.  c.  8.  ra.  9.  ) , défendit  à celles- 
ci  i'ufage  des  litières.  Leur  baffe  extraélion  auroit 
dû  leur  infpirer  cette  retenue;  car  Tibère  avoit 
interdit  par  de  févères  Ioix  ( Tacit.  A^nnal.  il. 
85.  I.  ) l’exercice  de  cette  vile  profeffion  aux  Ro- 
maines dont  le  grand-père,  ou  le  père,  ou  le 
mari  avoit  été  Chevalier. 

Les  Ediles  inferivoient  fur  un  regiftre  légal  les 
viélimes  de  l'incontinence  publique  j & ils  con- 
‘ damnoient  à des  amendes  ou  à l'exil  les  courti- 
fanes dont  le  nom  n'y  étoit  pas  configné  ( hivU  x. 

31.  & XXII.  Z.  ). 

On  rcconnoiffoit  dans  les  rues  de  Rome  les 
courtifanes  au  manteau  léger  & étroit  qu’elle» 

G g 


z34  cou 

poftoienc  à la  place  de  la  fioln  > réfervée  auX 
Dames  Romaines  i.  Mure.  /x.  53.  i - ) • 

Hanc  volo  qusL  facilis  , qu&  palliolata  vagatur. 

La  ftolu  enveloppoit  les  Dames  depuis  îa  tête 
jufqu’aux  pieds  , de  forte  que  l'on  ne  pouvoir 
diilinguei-  'que  leur  vifage  dans  cette  maffe 
énorme  de  plis  &:  de  draperies  ( Horat.  Sut,  i.  2. 
94-)  : 

Matron&  , priter  fachm  , nil  cernsre  pojjts  , 

Céitera , ni  Cutia  efl  , dtmifsù  vefle  tegentls. 

Les  courtifanes , au  contraire , portoient  leur 
manteau  comme  les  hommes  portoient  la  toge  -, 
c’eft-à-dire,  que  d’une  épaule  il  pafToit  fous 
l’autre  bras  , en  laiflTant  à découvert  & ce  bras  en- 
tier que  la  tunique  fans  manches  ne  cachoit  pas  , 
& fon  épaule  qu’une  tunique  flottante  autour  du 
cou  laiffoit  appercevoir  toute  entière  ( Ovid.  de 
Arc.  J il.  507.  )•• 

Pars  kumeri  tamenzma  tui  , pars  fumma  lacerti 
Nuda  fit , il  IsLva  confpiciendu  manu. 

Jîoe  vos  préLCipu'e  , nivea,,  decet  : hoc  ubi  vîdi  , 
Ofcula  ferre  humera  , qud  patet  , ufque  libet. 

Le  cirque , les  théâtres  , le  ftade  j Tamphi- 
théâtre  8c  les  vaftes  portiques  qui  entouroient  les 
bains  publics  étoient  fréquentés  aflidument  par 
les  courtifanes.  Après  que  les  jeux  & les  combats 
des  gladiateuis  étoient  flnis , on  les  voyoit  fe  pro- 
mener fur  l’arène , pour  oflFrir  leurs  charmes  aux 
défœuvrés  qui  s’y  raflembloient  ( Lamprid.  He- 
liogab.  c.  16  & 32.)-  Ilîdore  dit  que  le  théâtre 
étoit  un  lieu  ce  proftitution  publique;,  parce  que 
les  courtifanes  y venoient  après  les  jeux  oflrir  leurs 
charmes  ( xmi.  41.  ):  Idem  vero  theatrum  , idem 
& proftibulum  : eo  quod  pojî  ludos  exacios  , mere- 
trices  ibi  profternerentur.  Celles  qui  n’exjgeoient 
que  deux  oboles  pour  prix  de  leurs  faveurs,  c’eft- 
à-dire  , les  plus  viles  des  courtifanes , attendoient 
leurs  amans  auprès  des  moulins  à bled , des  pâtif- 
lîers  ( alicarii,  d'où  leur  vint  le  furnom  alicarW) , 
& dans  les  fouterreins  des  anciennes  murailles  de 
la  ville , ( fumm&nium  y ce  qui  les  a fait  appeler  par 
Martial  jummaniana  uxores  , ni.  82.  2.  ).  On  les 
voyoit  aufî'i  errer  fur  les  ports,  dans  les  carre- 
fours & dans  les  rues  détournées.  Quoique  celle 
de  fuburra  fut  très-habitée  , elle  étoit  cependant 
fréquentée  par  \ts  courtifanes , à caufe  des  jardins 
& des  bofquets  publics  auxquels  cette  rue  con- 
duifoit. 

Lorfque  les  courtifanes  étoient  ralfemblées  dans 
une  feule  maifon , des  hommes  voués  à cet  in- 
fâme commerce  , appelés  lenones  , leur  louoient 
des  chambres  baffes  & voûtées  , fornices , fur  la 
porte  defquelles  ou  écrivoit  le  nom  de  chacune , 


C O U 

& le  prix  qu’elle  mettoit  à fa  pofleiTiom.  On  peaç 
conclure  du  vers  fuivant  d&  Plaute  , qu’il  étoit 
défendu  aux  courtifanes  d’exiger  rien  au-  - delà 
d’une  foname  hxée  ( Trinum.  iv.  2.  47.  ) 

Qua  aàversum  legem  accepïfli  h plurimis  pecuniam, 

Pétrone  fait  mention  d’une  courtifane  dont  os 
exigeoit  un  as  par  jour  pour  le  loyer  de  fa  cham- 
bre, celba  ( c.  8-  ).  Sénèque  voulant  prouver  à une 
femme  qu'elle  s’étoit  déshonorée  publiquement 
décrit  ainfî  les  circonilances  de  fon  entrée  dans  un 
lieu  infâme  ( Controv.  il.  ) : Deducla  es  in  lupanars 
accepifli  locum  , pretium  confiituîum  eft  : infriptus 
efi  titulus  : hacienus  in  te  inquiri  potefi. 

Le  prix  de  la  proftitution  dut  augmenter  fous 
le  règne  de  Caiiguia,  à caufe  de  l’impôt  que  cet 
Empereur  exigea  le  premier  des  courtifanes , & de 
ceux  qui  en  faifoient  commerce , lenones,  {^Sueu 
Calig.  c.  40.  n.  5. Alexandre-Sévère  défendit  de 
fouiller  le  tréfor  public  par  la  préfence  de  cet  in- 
fâme rétribution  ; mais  il  If  Ht  employer  à réparer 
le  théâtre , le  cirque , l’amphithéâtre  & le  palais 
qui  renfermoit  ce  tréfor  ( Lamprid.  c.  24.  ). 

Les  Magiftrats  Romains  craignant  que  les  jeu- 
nes citoyens  ne  vinlfent  à négliger  les  exercices 
auxquels  la  matinée  étoit  eonfacrée , ft  les  lieux 
infâmes  étoient  ouverts  dès  le  matin  , en  interdi- 
foient  l’entrée  avant  le  foir , ou  la  neuvième  heure 
du  jour.  De-là  vint  aux  courtifanes  le  furnom  l'io- 
naria,  qui  leur  eft  donné  par  le  Poète  Perfe  (Sut, 
I.  V.  133.  ),  & que  fon  ancien  feholiafte  explique 
dans  le  fens  que  nous  venons  de  rapponer.  Lorf- 
que la  neuvième  heure  étoit  fonnée  , les  lenones 
annonçoient  l’ouverture  des  lieux  de  proftitution 
par  le  fon  d’une  cloche  ( Pauli.  Diac.  xiii.  2.) 

Vénus , Cupidon  & le  Dieu  des  Jardins  érojent 
honorés  d’un  culte  particulier  par  les  courtifanes. 
Tout  le  monde  connoît  les  vers  d’Aufone  fu' 
le  miroir  que  Laïs  , devenue  vieille  , confacroit 
à Vénus,  comme  les  anciens  avoient  couturne 
d’offrir  à certaines  Divinités,  proteâuices  de  i3 
guerre  & des  autres  profefflons , les  armes  ou  les 
inftrumens  dont  ils  ne  pouvoient  plus  faire  uiage 
C Eprg  . Ltv.  I.  ) ; 

Lais  anus  Veneri  fpeculum  dico  : dïgnum  haoeat  fe 

Æterna  aternum  forma  minifierium. 

At  mihi  nullus  in  hoc  ufus  y quia  cernere  talent, 

Qualis  fum,  nolo  ; qualis  eram  , nequeo. 

Poye^  encore  Amans  , Cheveux. 

COUS.  ) 

KQ.O'Z.  > Ces  nonas  déftgnoienr  chez  les  Grecs 

EHITHS.  ) 

(Eufiatk.  Iliad.  & Pollue.  ix.  )Sc]es  Romains 
la  face  du  dé  qui  étoit  marquée  de  fîx.  Poilu* 
( vu.  33.  ) compte  ce  point  au  nombre  des  coup 
heureux. 


cou 

COUTEAU  , inftrumer.t  pointu  ^ ou  tranchant 
fans  poiiTte , dont  ies  vicrimaires  fe  fervoient  pour 
égorger  ou  dépouiller  ies  viciimes.  Ils  en  avoient 
de  plufieurs  efpèces.  Le  plus  connu  écoit  la/èce/^ 
;pita , glaive  de  fer  aigu  & tranchant  qu’ils  plon- 
geoient  dans  la  gorge  des  animaux  , Sc  dont  la 
figure  J fuivant  la  defcription  de  Feftus , appro- 
choît  de  celle  d’un  poignard.  La  fécondé  efpece 
étoit  le  couteau  a écorcher  les  victimes  , culter 
excoriatorius  tranchant . mais  arrondi  par  le  haut 
en  quart  de  cercle.  On  faifoit  celui-ci  d’airain  j 
ainfi  que  la  plus  grande  partie  des  autres  initru- 
mens  des  facrifices  j les  côtés  du  manche  de  ce 
couteau  étoient  plats  : & il  avoir  à fon  extrémité 
un  trou  qui  fervoit  à paffer  un  cordon  j afin  que 
le  victimaire  pût  le  porter  plus  aifément  à fa  cein- 
ture. La  diiTeétion  ou  parcage  des  membres  de  la 
victime  fe  faifoit  avep  une  troinème  efpèce  de 
couteau  plus  fort  que  les  premiers,  & emmanché 
comme  nos  couperets  ; c’elt  ce  qu’ils  appe- 
ioient  dolabra.  On  voit  plufieurs  de  ces  cou- 
teaux fur  les  médailles  des  Empereurs  , où  ces 
snfcrumens  font  un  fymbole  de  leur  dignité  de 
grand  Pontife  : les  cabi.nets  des  antiquaires  en  con- 
fervent  encore  quelques-uns. 

Homère  ( Jliai.  r.  v.  271.  t.  v.  zya.  ) dit  que 
Priam  & Agamemnon  portoient  à côté  de  i’épée 
un  couteau  ou  poignard  Cependant  Winckelmann 
allure  qu’il  n’en  a vu  fur  aucun  monument. 

C’étoit  probablement  cette  arme  poignante  que 
les  Romains  appeloient  culter  venatorius , & qui 
eil  nommée  aujourd’hui  couteau  de  chaffe.  Tacite 
dit  {Annal,  iil.  43.  3.)  que  d’une  armée  de 
4OCC0  hommes  , la  cinquième  partie  feule  étoit 
armée  comme  le  foldat  légionnaire  , & que  le 
relie  n’avoit  pour  armes  que  des  épieux  & des 
couteaux  , comme  en  portoient  les  chaifeurs.  Ceteri 
cum  venabulis  & cultris  , qu&qiie  alla  venatoribus 
tela  funt. 

QoXôTÏA.tl-de-chaJfe.  Voye\  CoUTEAU. 
COUTRE.  Voye^  Charïlue. 

CRABE.  « On  donnoit  à Diane  les  titres  de 
Limn&a  3c  de  Limnatis , parce  qu’elle  préndoit 
aux  ports  de  mer  -,  elle  avoir  un  temple  à Sicyone 
fous  le  premier  de  ces  titres  {Paufan.  lib.  il.  ia8.)  ; 
on  la  révéreit  fous  le  fécond  à Patras  ( Paufan. 
lib.  il.  p.  K-jc.  ) , ainfî  que  dans  beaucoup  d’au- 
tres villes  Grecques.  Le  mot  grec  Limnos  figni- 
fiant  un  port  , & les  ferres  du  crabe  appelées 
ckeln  , ■marquant  la  courbure  du  rivage  qui  em- 
braffe  la  mer  & forme  les  ports  , ce  crufiacé  de- 
vint pour  cette  raifon  le  fymbole  des  eaux , celui 
des  ports,  enfin  celui  de  Diane  , fous  la  garde  de 
laquelle  ils  étoient.  Voilà  pourquoi  Efchyie  fe 
fert  de  i’exprelfion  iioriiiW  , pour  mar 

quer  les  deux  bras  d’un  port  de  mer. 

Sur  les  médailles  des  Brétiens  , rapportées  par 
Goltzias,  {Mag.  Gretc.  Tab,  xxr,  z.)  comme 


C B.  A 135 

fur  celles  de  quelques  autres  villes,  on  voit  im 
crabe  attaché  à une  tête  àz  fem.m.e  ,■  cette  tête  eft 
toujours  celle  ce  Diane  Limnatice  ou  Portulanc. 
C’eil  elle  , &:  non  pas  Amphitrite , que  l’on  a re- 
préfentée  fur  des  bas-reliefs  & fur  quelques  pierres 
gravées  avec  les  ferres  du  crabe  fur  le  front  , ou 
même  quelquefois  avec  un  gouvernail  de  navire, 
parce  que  l’on  avoir  coutume  d’ôter  ce  gouver- 
nail aux  vaifTeaux  qui  entroient  dans  ies  ports , 
où  ils  relloient  fous  la  proteélion  de  Diane.  « 

C’eft  ainfi  que  M.  d’Hancarville  combat  l’opi- 
rdon  de  Winckelmann , qui  reconnoît  Amphitrite 
à l’attribut  des  ferres  de^  crabe  dans  la  coiîùre. 
Voye^  Amphitrite  & Écrevisse  de  mer. 

On  voit  un  crabe  de  bronze  antique  de  grandeur 
de  nature  dans  la  collcérion  des  Antiquités  Egyp- 
tiennes du  cabinet  de  Ste  Geneviève: 

CRABRA  ( Acqua  ).  Frontin  dit  que  ce  ruif- 
feau , deltiné  à fournir  de  l’eau  aux  Romains  , 
couloit  à la  droite  de  la  voie  Latine.  Lorfqu’ Agrippa 
fit  travailler  aux  acquéducs  de  l’eau  Julia  , il  en 
fépara  Yezu  crabra , foie  que  l’ufage  n’en  fût  pas 
avantageux , foie  qu’il  l’abandonnât  aux  habitans 
de  Tufculum  : de-là  elle  fut  nommée  l’eau  répu- 
diée, acqua  dcmMata , 8c  \ lüoT  & la  Notice  n’en 
font  mention  que  fous  ce  dernier  nom.  Elle  coule 
aujourd’hui  au  travers  de  la  plaine  d’Aibane  , 
mêlée  aux  dérivations  des  eaux  Julia  & Tepala, 
C’eft  à tort  que  l’on  a confondu  l’eau  crahra  avec 
Y Almon , qui  en  eft  très-diftinét , & qui  a fon 
embouchure  particulière  dans  le  Tibre  , entre  la 
porte  d’Oftie  &c  la  bafilique  de  S.  Paul. 

CRACHER.  La  fuperftirion  des  anciens  leur 
faifoit  croire  qu’il  falloir  , pour  repouffer  les  effets 
d’un  enchantement , cracher  trois  fois  dans  ies 
plis  de  fon  m.anteau  ou  de  fa  toge.  Nous  voyons 
dans  Théocrite  ( Idyll.  vi.  39.  ) une  jeune  fille 
fe  moquer  de  la  décrépitude  d’un  vieillard  qui 
l’aimoit  , & ufer  enfuite  du  préfervatif  rapporté 
ci-deffus  pour  prévenir  les  enchantetnens  du  vieil- 
lard courroucé  ; elle  le  tenait  , dit-elle  , de  la 
vieille  Cotyttaris  , qui  le  lui  avait  enfeigné.  Ti- 
bulle  voulant  peindre  la  honte  d’un  amant  décré- 
pit , dit  que  les  jeunes  gens  s’affemblent , fe  pref- 
fent  autour  de  lui , & qu’après  l’avoir  berné  long- 
temps , ils  crachent  tous  dans  les  plis  du  devant  de 
leurs-toges  5 fans  doute  pour  éviter  la  vengeance 
de  ce  vieillard  C i • j ■ 53-)  ■ 

Hune  puer  , hune  juvenis  turba  cifcumfetit  arüa  ; 

Defpuit  in  molles  & fibi  quifque  fnus. 

Les  forcières  délayoient  de  la  pouftîère  avec 
leur  falive , & en  frottoienï  avec  le  doigt  du  mi- 
lieu le  front  de  ceux  qu’elles  vooloient  défenchan- 
ter  ( Petron.  c.  91.).  IrJox  turbatum  fputo  pulve- 
rem  medio  fufliilit  digito  , frontemque  repugnantis 

G g H 


13^  CRA 

fgnavit  : hoe  peraclo  carminé  , ter  me  jujflt  exjpusre^ 

On  lit  dans  Perfe  ^il.  ) î 

Jnfami  digho  , ^ luflralîbus  ante  falivis 
Expiât 

CRADE , machine  de  théâtre  chez  les  anciens , 
qui  fervoit  pour  les  vols  8c  les  gloires. 

CRADIAS , nôme  pour  les  flûres  qui  étoit  d’une 
invention  fort  ancienne,  paifque  Plutarque,  dans 
fon  Traité  de  la  Mujique  , rapporte  d’apres  Hip- 
ponax  que  Jiîimnernius  l’avoit  exécuté  autrefois. 

CRAGUS,  en  Lycie.  AYKmN  & kpa. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

R RR.  en  argent. 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Leur  type  ordinaire  eft  une  lyre. 

CRAIE.  Valica , félon  Pline  , étoit  une  com- 
pofition  faite  de  grains  d’épeautre  concaffés , aux- 
quels on  ajoutoit,  pour  les  attendrir  & pour  les 
blanchir , une  efpèce  de  craU  particulière  qui  fe 
trouvoit  entre  Pouzoles  & iS'aples,  fur  la  Lumera. 
Cette  craie  étoit  fi  efientielle  à la  compofîtion  de 
Yalica , &:  Valica  étoit  fi  précieux , qu  Augufte  fit 
pa}'er  une  fomme  confidérable  par  an  aux  Napo- 
litains, pour  qu’ils  en  approvifionnaffent  une  co- 
lonie qu’il  avoir  établie  à Capoue. 

Les  Romains  ont  donné  quelquefois  le  nom  de 
traie  , creta  , à une  terre  bolaire  qui  venoit  de 
rifle  de  Cimole,  une  des  Cyclades.  Mais  cette 
terre , dont  ils  fe  fervoient  pour  fceller  leurs  let- 
tres & recevoir  l’empreinte  des  anneaux , étoit 
une  véritable  argile. 

Le  plus  grand  ufage  que  les  Romains  fiffent  de 
leur  creta  ou  craie  , c’efl-à-dire  , d’une  argile 
blanche  , étoit  pour  blanchir  & détacher  leurs 
vêtemens.  Les  foulons  en  faifoient  pour  cet  objet 
une  grande  confommaticn.  C’efl  pourquoi  veftes 
creîatt  étoient  fynonymes  avec  des  habits  nouvel- 
lement blanchis  , & non  avec  des  habits  de  cou- 
leur blanche;  car  toutes  les  toges  étoient  de  cette 
couleur. 

Lorfqu’on  expofoiî  en  vente  des  efclaves , on 
leur  frottoir  les  pieds  avec  de  la  craie , pour  les 
faire  remarquer  par  les  acheteurs.  C’ell  pourquoi 
Juvénal  reprochant  à quelqu’un  fon  ancienne  fer- 
vitude  , dit  C I.  ni.): 

Nuper  in  hanc  urbem  pedibus  qui  venerat  albis. 

C'étoit  avec  de  la  craie  que  l’on  frottoir  les 
bornes  ou  mett  du  cirque  , afin  de  les  faire  diftin- 
guer  de  plus  loin.  Properce  défigne  la  fin  Sc  le 
terme  de  fa  carrière  par  le  mot  craie  ( rr.  z.  58.  ) : 

Eac  fpatiis  ultima  creta  meis. 


CRA 

On  trouve  fouvent  l’adjeaif  gypfatus  employé 
par  les  Écrivains  de  Rome,  au-lieu  de  cretatus  , 
blanchi  ou  frotté  de  craie. 

CRAINTE.  II  y avoir  plufieurs  Divinités  chez 
les  anciens  que  nous  pouvons  appeler  du  feul 
nom  de  Crainte,  en  notre  langue.  Elles  paffoieat 
pour  des  Dieux,  & non  pour  des  Déeffes , parce 
que  les  noms  latins  qui  fignifient  la  peur  ou  la 
Crainte,  ne  font  pas  féminins  comme  en  françois, 
mais  mafeulins.  Ces  noms  font  Metus  , Timor , 
Pavor.  Nous  nous  occuperons  du  Dieu  Pavor  au 
mot  PtUR.  ; nous  allons  parler  ici  des  deux  autres. 
Les  Poètes  mettent  le  premier , Metus , au  nom- 
bre des  compagnons  de  Mars , & en  font  un 
génie  de  fa  fuite  : témoin  Stace.  C Tkeb.  l.  1 , 
c.  27.  ). 

Le  Dieu  que  l’on  appeloit  Timor  étoit  aufïî  un 
des  compiagnons , & de  la  fuite  de  Mars.  C’étoit 
une  Divinité  infernale.  Pour  obtenir  de  ce  Dieu 
qu’il  ne  fût  point  nuifible  , on  lui  facnnoir.le 
chien  & la  brebis. 

Héfiode  dit  que  la  Crainte  étoit  fille  de  Mars 
& de  Vénus.  Cicéron  compte  la  Crainte  entre  les 
filles  de  la  Nuit.  Dans  Homère  , Mars  ordonne  à 
la  Crainte  d’atteler  fon  char.  Les  Corinthiens, 
après  avoir  maflâcré  inhumainement  les  deux  en- 
fans  de  Médée  , furent  affligés  d’une  mortalité 
fur  les  enfans.  L’Oracle  confulré  ordonna  d’ap- 
paifer  les  mânes  irritées  des  deux  enfans  , & 
d’ériger  une  flatue  à la  Crainte.  Dans  un  comoat 
que  donna  Tullus  Hoflilius,  les  Albains,  qui 
s’étoient  déclarés  pour  lui , tournèrent  le  dos , & 
pafsèrent  du  côté  des  ennnemis.  La  frayeur  s’em- 
para d’abord  du  cœur  du  foldar,  & tout  étoit 
perdu,  lorfque  ce  Prince  voua  un  temple  à la 
Crainte.  Le  vœu  eut  fon  effet , dit  l'Hiltorien;  le 
foldat  reprit  courage,  Tullus  remporta  la  viéloire, 
& porta  à Rome  le  culte  de  cette  Déeflè.  Les 
Lacédémoniens  avoient  placé,  le  temple  de  la 
Crainte  auprès  du  tribunal  des  Éphores,  permadés 
que  rien  n’eft  fi  néceffaire  que  d’infpirer  aux  mé- 
chans  la  crainte  d'un  févère  châtiment.  Enfin,  dps 
les  fermens  on  joignoit  la  Crainte  aux  autres  Divi- 
nités qu’on  prenait  à témoin» 

CRAIaBE , efpèce  de  chou  commun  que  ks 
Romains  mangeoient  au  premier  fervice. 

CRAMPON.  P'oyei  Brokze. 

CRANAÉ.  Voyei  Spatara» 

CRANIUS , un  des  Héros  à qui  ta  Grèce  éleva 
des  monumens  héroïques  {Paufan.  Lac.  ). 

CRAXNIUM,  dans  l’Ifle  de  Céphalénie.Hunrer 
polfédoit  des  médailles  autonomes  d’argent  & ^ 
bronze  , avec  les  lettres  KPA  & avec  des 
que  M.  Combe  , d’accord  avec  Eckhel  & Neu 
mann,  attribue  à Cranniiim.  . 

Cette  ville , colonie  d’Athènes , a fait 
des  médailks  impériales  grecques  en  1 honii^^'^ 


CRA 

^axîmin  , de  Phiiippe  père  , d’Oîacîlîe  , de 
Domna  J avec  cette  légende:  kpanaiïîîî. 

CRJNNON,  en  Theffalie.  kpa.^ 

Hiinter  pofledoi:  une  médaiiie  de  bronze  avec 
les  lettres  kp a n : : : : n ^ un  cavalier  galoppant, 
que  M.  Combe  attribue  à cette  viîie- 

Ses  médailles  autonomes  font  : 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  argent. 

O.  en  or. 

CRA.NTORj  écuyer  de  Pelée.  li  fut  tué  par 
les  Centaures  dans  leur  combat  contre  les  Lapi- 
thes  ( Ovid.  Met.  XII.  ). 

CRAPAUD.  La  rencontre  d’un  crapaud  étoit 
pour  les  Romains  d’un  bon  augure  ( Niphus  de 
Augar,  I.  lo.  ) 5 ce  qui  paroît  bien  oppofé  à l’opi- 
nion vulgaire,  qui  eft  aujourd’hui  répandue  uni- 
verfellemenc  fur  cet  anima!  cru  trop  légèrement 
venimeux. 

'Crapaub  ( un)  fur  les  médailles  de  Tuder. 

CRASSIPESj  furnom  de  la  famille  Furia. 


CRASSUS , furnom  des  familles  Cæcilia  , 
Canidia  , Claudia  , Licinia. 

CRATÉE  , Déeffe  des  Sorciers  & des  Enchan- 
teurs, félon  Homère,  & mère  de  la  fameufeScylla. 
On  croît  que  c’eft  la  même  qu’Hécate. 

Cratée  ou  Crétée  , fils  de  Minos  & de  Pa- 
fiphaé  , régna  dans  l’ifle  de  Crète  avec  fon  frère 
Deucâlion.  Ayant  confulté  l’Oracle  fur  fon  deftin , 
îl  apprit  qu’il  feroit  tué  par  un  de  fes  enfans.  II 
avoir  un  fils  nommé  Althémèness-êc  trois  filles. 
Althemènes  fachant  le  malheur  dont  fon  père 
étoit  menacé,  fe  bannit  lui-même,  & fe  retira  à 
Rhodes  : il  tua  l’une  de  fes  fœurs,  à qui  Mercure 
svoit  fait  outrage  ; & les  deux  autres  furent  ma- 
riées à des  Princes  étrangers , hors  de  leur  patrie. 
Ainfi  Cratée  fembioit  être  en  sûreté  j mais  le  dé- 
plaifir  qu’il  eut  de  l'abfence  de  fon  fils,  l’obligea  à 
équiper  un  vaiSèau  pour  l’aller  chercher.  Il  ab"orda 
àj  ifle  de  Rhodes , dont  les  habitans  prirent  auûî- 
tôt  les  armes  pour  fe  défendre,  dans  la  penfée 
que  c’étoit  un  ennemi.  Aithémènes  y accourut 
pour  faire  fon  devoir,  St  tira  une  flèche  contre 
le  plus  apparent:  c’étoir  Cratée,  qui  mourut  de  fa 
blelTure.  Alors  Aithémènes,  dit-on , pria  les  Dieux 
de  ne  pas  le  lailTer  furvivre  à fon  malheur  , Se 
o’Dtint  que  la  terre  s’ouvriroit  poip:  l’engloutir. 
C eft  ApoIIodore  qui  raconte  cette  fable. 

CRATÈRE.  La  cratère  étoit  une  grande  coupe 
eans  laquelle  ^on  mêioit  fur  la  table  le  vin  avec 
î eau  , & d ou  i on  pmfoit  enfuite  pour  remplir 
les  coupes  des  convives.  On  en  voit  fouven-t  fur 
les  monumens  antiques , où  leur  grandeur  les 
fait  aifément  diftinguer  des  coupes-à-boire. 

^ M Hérodote  ( Hb.  i.  zxx.  ) parle  d’uns  cra- 
‘Cre  de  bronze  de  Is  capacité  de  trois  cents  ampho- 


C R E (±37 

rss,  deftinée  par  les  Lacédémoniens  pourCréfus, 
Roi  de  Lydie  j mais  qui  fut  interceptée  ou  ache- 
tée par  les  Samiens,  '&  confacrée'  dans  leur  tem- 
ple de  Jiinon.  Ce  vafe  devoir  contenir  17  ~ muids 
de  Pans  ; l’amphore  anatique  contenant  36  xeftès  , 
félon  Cléopâtre  & le  fcho’iafte  de  îsicandre.  Le 
même  Hiftorien  parle  d’une  autre  cratère  ( Ub.  rv, 
. zxxxi.')  qu’on  voyoit  à Exampée  en  Scythie, 
entre  le  Borifthène  & i’Hypanis.  Celle-ci  conte- 
noit  fix  cents  amphores,  qui  font  3 j raaids  de 
Pans.  « ( Métrologie  de  M.  Paudon.  ) 


KPATHeoFos,  porte -vafe.  Rhéa  eft  appelés.^ 
de  ce  nom  dans  AxhénéeiDezpn.  Hb.  il.p.  461.D.), 
parce  qu’elle  étoit  ordinairement  repréfentée  avec 
un  vafe  dans  fa  main  , ou  appuyée  fur  un  vafe. 

CRATÈS.  Un  A.îhénien  de  ce  nom  introduifit 
le  premier  des  A fleurs  ivres  dans  fes  comédies. 
— Un  Ambaffadeur  du  Roi  Attaîus  , qui  portoit 
le  même  nom  , donna  le  premier  aux  Romains  , 
entre  la  fécondé  & la  troifième  guerre  punique  , 
du  goût  pour  l’étude  de  la  gram.maire  , que  ce 
peuple  guerrier  ignoroiî  entièrement  ( Sueton. 
Gramm.  c.  2.,  n.  I.). 

CRAüCASüS,  père  de  Philonome.  Voye^  Cy- 

GNUS. 


KPKAEMNON-.  Leucothoé  ( Odyjf.  E.  V.  34(5. 
373.  ) voyant  Ülyffe  fe  foutenir  avec  peine  fur  la 
furface  de  la  mer,  où  il  étoit  plongé , lui  tendit 
fon  , pour  l’aider  à en  fortir.  On  peut 

conclure  de  ce  paffage  que  le  RsèJv.isviiv  croit  une 
bandelette  avec  laquelle  cette  IlNymphe  reievoit 
fes  cheveux. 

CRÉIUS  , époux  d’Euribie,  & père  d’Aftréus  , 
de  Perfé  & de  Pallas.  Une  montagne  de  ce  nom, 
ficuée  dans  l’ArgoIide  , a pu  fervir  de  bafe  à cette 
génération  fabuleufe  C Scholiafi.  Callimachi.  ). 


CREMATÎO  , fupplice  du  feu  chez  les  Ro- 
mains. C’étoit  la  peine  de  ceux  1°.  qui  paffoient 
dans  le  camp  ennemi , & révéloient  le  fecret  de 
l’État  ( l.  8.  §.  2.  ff.  de  pœnis.  ).  2°.  Des  faux 
monnoyeurs  ( L 2.  C.  de  fais,  monet.  ).  3*^.  Des 
incendiaires.  Ces  criminels  étoknï  tous  brûlés 
vifs. 

CREMATIEN.  Pollux,  dans  fon  Onomafticon  ^ 
met  ce  nôme  au  nom.bre  des  airs  de  flûte. 


k?em^aaon  ; } de  mufique  des 

anciens,  qu’on  faifoit  réfonner  avec  les  doigts. 
Suivant  ce  qu'en  dit  Athénée  (./.  xiv.è , ce  devois 
être  une  efpèce  de  cafbgnettes  , ou  le  tambour 
de  bafque  j car  il  rapporte  , d’après  Dicéarque  , 
que  les  crembala  étoient  un  inftrument  plus  popu- 
laire qu’on  ne  penfoit;  qu’ils  étoient  propres  à 
accompagner  les  danfes  & les  chants  des  femmes, 
& que  celles  ci  en  tiroient  un  fon  doux,  en  les 
faifant  réfonner  avec  les  doigts.  Et  glus  bas  il  cits? 


z38  C R E 

un  vers , par  lequel  il  paroit  qu'on  faifoit  les 
çrembala  d'airain  5 peuî-éire  aiull  n écoieut  ce  que 
des  grelots. 

CREMNA  , dans  !a  Piiîdie , fur  les  confins  de 

la  Pamphylie.  . . 

Col!  Jul.  Aug.  Cremna.  Coloma  JuUa  Au- 

gufia  Cremna.  ^ . r i > 

Cette  colonie  Romaine  a fait  frapper  des  ine- 
dailies  latines  en  Thonneur  d’Elagabale  ^ d'Etraf- 
ciüe , de  Geta. 


' CRÉNÉES.  On  donnoit  aux  Nymphes  des  Fon- 
taines ou  Nayades,  ce  nom,  qui  venoit  du  mot 
grec  fontaine. 

CRÉON  , Roi  de  Thèbes,  ayant  été  délivré 
par  Hercule  de  la  crainte  des  Myriens,  qui  lui  fai- 
loient  la  guerre,  & voulant  reconnoitre  les  fer- 
vices  de  ce  héros  , lui  donna  en  mariage  fa  fille 
hîégare.  Hercule  s aofenta  pour  queiqu  expédi- 
tion , & Lycus  tua  Créon,  s'empara  de  fes  Etats, 
& voulut  faire  violence  à Mégare  ; mais  Hercule 
l'on  époux  revint , la  délivra  des  mains  du  ra- 
vjfiéur,  & punit  le  téméraire  de  fon  entreprife. 
Voyc^  MeG.-XRE  , hjÉî.'2C£E. 

Créox,  fils  de  Sifvphe,  & Roi  ce  Corinthe, 
maria  fa  fille  à Jafon , au  préjudice  de  Médée. 
Celle-  ci  voulant  fe  t'enger  , fit  périr  fa  rivale , & 
mit  le  feu  au  palais  de  Créon,  qui  y fut  brûle. 

Jason  3 Glaucé  , Médee. 

Creon  , Roi  de  Thèbes  , frère  de  Jocafte , 
monta  fur  le  trône  de  1 hcbes , apres  qu  (Sdipe 
fe  fut  crevé  les  yeux  & fe  fut  banni  lui-même  de  fon 
royaume  ; mais  ii  fut  obligé  bientôt  de  le  céder 
aux  deux  fils  d'dEdipe.  Ceux-ci  s’étant  entretués, 
Créor.  rem.onta  fur  le  trône  , auquel  Ethcocle 
l’avoir  appelé  en  mourant.  Le  premier  clTai  qu  il 
fi:  du  pouvoir  fuprêm.e , fur  de  porter  une  défenfc 
expreffe  de  donner  la  fépuîture  à Polynice.  Il  dé- 
clara que  ce  Prince  méritoit  cet  opprobre  pour 
avoir  porté  la  guerre  dans  fa  patrie  ; & que  qui- 
conque oferoit  tenter  de  lui  rendre  les  derniers 
devoirs , devoir  être  enterré  tout  vivant.  Anti- 
gone, fœur  de  Polynice  , contrevint  à la  loi,  & 
ne  fut  point  épargnée.  Hém.on,  fils  du  Roi  , & 
amant  d’Antigone,  fe  tua  fur  le  corps  de  fa  maî- 
treife;  &z  Euridice,  femme  de  Créon , défefpérée 
de  la  mort  de  fon  fils , fe  perça  atiilî  le  fein.  La 
haine  de  Créon  contre  Polynice  s’étendit  jufque 
fur  les  Argiens  , qui  i’avoient  accompagné  au 
fiége  de  Thèbes  ; il  priva  leurs  cadavres  des  hon- 
neurs ce  la  fépuîture.  Théfée,  Roi  d’Athènes,  & 
ami  du  Roi  d’Argos , fit  la  guerre  à Créon,  & 
l’obligea  de  donner  la  fépuîture  aux  Argiens.  C’efl; 
fous  ce  Créon  que  parut  le  monftre  envoyé  par 
Thémis , qui  défoloit  le  territoire  de  Thèbes  , & 
qui  futchalTé  par  Céphale , à la  folliciration  d’Am- 
phitryon.  Voyer^  AMPHITRYON  , ANTIGONE  , 

Lelape. 


c R E 

Créon,  premier  Archonte  annuel  d’Athènes. 
Voye^  Archonte. 

CRÉONTIADE  , fils  d’Hercule  & de  Mégare, 
Voye:^  Megare. 

CREPEREIA  , famille 'Romaine , dont  on  a 
des  médailles  ; 

RRR.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Le  furnom  de  cette  famille  efi:  Rocus. 

CREPI , ceux  qui  font  du  bruit  en  frappant 
des  coups.  Les  Romains  défignoient  par  ce  furnom 
les  Luperqiies,  à caiife  des  coUps  de  lanière  de 
cuir  qu’ils  donnoient  aux  femmes  pour  les  rendre 
fécondes. 


CREPIDÆ , 1 gPpXcg  ckaulfure  ( V.  ce  mot). 

KPHniAES,  3 ^ . 

C’étoient  de  fimples  femelles  liées  avec  des  ban- 
deletces  fur  le  pied  , qu’elles  laifioient  uécouverc 
en  grande  partie.  Les  ftatues  grecques  , yetues  à 
l'héroïque  , portent  cette  chauffure  j c'eft  pour- 
quoi les  écrivains  Romains  joignent  l^s  crepidi 
avec  le  manteau  grec  ( paLLium  ) quand  ils  veu- 
lent défigner  l’habillement  des  Grecs.  On  voit 
cetre  m.anière  de  s’exprimer  dans  Suetone . Jorf- 
qu’il  dit  que  Tibère  affeétoit  de  porter  l naoide- 
ment  des  Grecs , au  mépris  de  celui  des  Romains 
( c.  13.  /-Z.  I.  ).  Deoofito  pairio  kuhitu  , redegi:  an 
pallium  G’  crtvidas.  Pour  connoitre  les  crepim, 
on  confultera  donc  les  ftatues  grecques  vetues  à 
l'héroïque. 

Les  Rom.aines  portoient  ordinairement  cettç 
chaiifture. 

CREPÎTACVLUM.  Toyrp  Sistre. 


CREPITUS  , Pet.  Le  Dieu  Crephus  étoit 
adoré  en  Égypte  C Fel.  in  ociav.  Clrig. 

contra  Cdf.  L v.  p.  235.  ) & avoir  un  culte  pani- 
culier  dans  le  Nome  Pélufiaque  ( Hieron.  in  ljui. 
l.  Xtîl.  c.  46.  ).  , / n 

cc  S’il  eft  vrai , dit  le  Comte  de  Caylus  ( Etc.  ri. 
pl.  9.  n^.  4y.  ) que  les  Egyptiens  ont  reconnu  le 
Dieu  Pet , que  les  Romains  ont  révéré  fous  le  nom 
de  Crépitas  i cette  figure  de  bronze  accouple 
qui  n’eft  chargée  d’aucune  efpèce  de  coe.-ure,  m 
même  d’aucun  genre  de  vêtement,  & 
tête  eft  rafée  ; cette  figure,  dis- je,  nous  donn.- 
repréfentation  de  ce  Dieu;  tout  ce  . 

remarquer  convient  du  moins  à une  AJnn 

milière  Sc  fans  cérémonie.  D’ailleurs  , fon  aC 
eft  parfaitement  repréfentée  ; elle  eft  jufte  N 
mentanée , telle  enfin  quelle  le  doit  etre^ po 
cette  efpèce  d’expreluon.  Je  dirai  plus  : ) e" 
peu  vu  d'aulfi  complette  de  cetre  natio^n  , P, 
le  nud , foit  pour  le  trait  & la  difpolition  ; 
même  des  fentimens  de  chair.  UroMft 

Ces  railbns  m’engagent  à regarder  ce 


C R E 

soûirïie  un  mon’j;r:enî  rare  & recoinmasdable  , 
tours  idée  de  fa  repréfenration  à part.  - 

i_e  cabintt  de  St-e  Geneviève  re.nferme  une  pe- 
tite liatue  de  bronze  j qu’une  atrimde  fembiable  a 
fait  appeler  crepitus. 

CRtPEPÆ  fores  , expreflîon  très  - fréquente 
chez  jes  comiques  latins.  P'oyci  Porte. 

CREPUNDIA,  fcîoient  les  joujoux  des  en- 
fans:  ce  mot  devint  rrès-ufîré,  depuis  qu’on  l’eut 
appliqué  aux  marques  particulières  avec  iefquelles 
on  expoioit  Jes  enrans  pour  les  reconnoître  un 
jour.  Les  romans  grecs  & les  comédies  latines 

° P'"'®  d’autre  dénouement  que  les  rc- 

connoîiiance.s  opérées  par  les  Crepundia  , appe- 
lées chez  les  Grecs  Bc  On  en 

verra  le  détail  dans  Heliodote  (^JiLzhiopîc.  llb.  iv,  ^ 
& dans  Longus  (ùi.  i.  drçiz  initium  ).  Plaute 
dans  ie  Rader^s  ( ir.  4.  iio.  ) parle  de  crepundia 
fur  le^fquels  étoient  gravés  les  noms  du  père  & de 
la  mere  de  l’enfant  expofé  5 c’étoient  une  petite 
épee  d or^  une  petite  hache  à deux  tra.nchans  d’or;, 
Une  petite  pièce  de  monnoie  d’argent ^ deux  mains 
jointes  5 u.ne  pente  truie  avec  fes  cochons  de  lait^ 
& une  buile  d’or.  On  üfoit  les  noms  fur  l’épée  & 
fur  la  hache. 

ÇREjpurrDiA  dé/igna  par  la  fuite  les  langes  des 
enfans  expofés^  dont  la  couleur  fervoit  auiii  à les 
faire  reconnoitre.  Sa  lignification  devint  enfin 
pn.is  etendue  „ & il  exprima  le  berceau  ou  les 
langes  de  tous  les  enfans.  Pline  l’a  employé  dans 
ce  fens  (xr.^i.)  : Semeftris  locutus  efi  Cræf  fdius 
in  erspundiis . 

CB-fPUSIA,  famille  Romaine  dont  on  a des 
médaiîles  : 

C.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  or. 

GRESILS , furnom  de  Neptune , du  mot  grec 
y.pr,slo;,  de  Crète. 

CRESPHONTE,  arrière  petit-fils  d’HercuIe  ^ 

chef  des  fiérachdes  ^ rentra  avec  .^es  deux  frères 
i cpiene  & Anitodeme  „ dans  le  Pélopon.nèfe  , 
huit  ans  apres  la  guerre  de  Troye  , & fe  fit  Roi 
de  Meiïéme , d’où  il  cliafia  la  portérité  de  Neftor. 
.V oyei  MèRGPE. 

CBÉSUS  J Roi  de  Lydie.  Les  anciens  Hiftoriens 
raco.ntent  de  ce  Prince  plufieurs  faits  qui  méritent 
de  trouver  place  parmi  nos  fables.  Créfus  voulant 
éprouve^  la  véracité  des  Oracles , afin  d’être  en 
état  d aiTeoir  un  jugement  certain  fur  les  rtponfes 
qu  il  en  receyroit,  envoya  à tous  ceux  qui  étoient 
cciebres , fqit  dans  la  Grèce,  foit  dans 
1 .-xîrique , aes  députés  qui  avoient  ordre  de  s’in- 
former chacun  de  leur  côté  de  ce  que  faifoit  Cré- 
Jus^  dans  un  certain  jour , & à une  certaine  heure 
qu’on  leur  marqua.  Ses  ordres  furent  poncluelle- 
ment  exécutés.  11  n’y  eut  que  h réponfe  de  i’Oîa- 


C R ii  235) 

cle^de  Delphes  qui  fe  trouva  véritable.  En  voici 
le  lens  : Je  cannois  le  p.ombre  des  grains  de  fable 
de  la  mer  & la  mefure  de  fs  vafte  étendus.  3‘ entends 
le  muet  & celui  qui  ne  fait  point  encore  parler.  Aies 
fens  font  frappés  de  L’odeur  forte  d’une  tortue  qui 
efi  cuite  dans  l’airain  , avec  des  chairs  de  brebis  , 
airain  dsjfous , airain  dejfus.  En  effet,  le  Roi  ayant 
voulu  faire  quelque  chofe  qu’il  ne  fût  pas  polfi- 
Dle_  de  deviner , s’étoit  occupé  à cuire  lui-même  , 
au  jour  & à l'heure  marqués  , une  tortue  avec  un 
agneau  dans  une  marmite  d’airain  , garnie  d'un 
couvercle  d'airasn.  Créfus , frappé  de  ce  que  l’O- 
racle avoir  deviné  fi  jufte  , envoya  au  teâiple  de 
Delphes  ies  plus  riches  préfens.  Enfuite  Les  dé- 
putés eurent  ordre  de  confalter  ie  Dieu  for  deux 
articles.  Premièrement , fi  Créfus  devoir  paffer  la 
fleuve  Halys  pour  marcher  contre  ies  Perfes  ; & 
enfuite  quelle  feroit  la  durée  de  fon  empire  } Siir 
le  premier  article  , l’Oracle  répondit  que  s’il  paf- 
foit  le  fieuye  Halys , i!  renverferoit  u.n  grand  em- 
pire 5 fur  le  fécond,  que  fon  empire  fubfiireroit 
j’ifqa’à  ce  qu’on  vît  un  mulet  for  le  trône  de 
Média.  Ce  dernier  Oracle  lui  fit  conclure  que , vu 
l’impouibilité  de  la  chofe , il  écoit  en  pleine  sû- 
reté. Le  premier  lui  faifoit  efpérer  qu’il  renver- 
feroit  l’empire  des  Mèdes.  Mais  quand  il  vit  que 
le  contraire  de  Tes  préfomptions  étoit  arrivé , il 
écrivit  des  reproches  à i’OracIe  de  ce  que,  mal- 
gré les  préfens  fans  nombre  qu’il  lai  avoit  faits  , 
il  en  avoit  été  fi  indignement  trompé  j mais  le 
Dieu  n’eut  pas  de  peine  à jufiifier  fes  réponfes. 
Cyrus  étoit  le  mulet  dont  l’Oracle  avoit  voulu 
parler,  parce  qu’il  droit  ft  naiffance  de  deux  peu- 
ples différens,  étant  Ferfan  par  fon  père , & Mède 
par  fa  mère.  A l’égard  de  l’empire  qu’il  devoir  ren- 
verfer , ce  n’écoit  pas  celui  des  Mèdes  , mais  le 
fien  propre. 

Le  fils  de  Créfus  étoit  muet  de  naiffance.  Le 
jour  que  Cyrus  emporta  d’aîTaut  la  ville  de  Sardes  , 
ce  jeune  Prince  voyant  un  foldat  prêt  de  déchar- 
ger un  coup  de  fabre  fur  la  tête  du  Roi , qu’il  ne 
connoîlToit  pas  , excité  par  fi  crainte  & par  fa 
tendreffe  pour  fon  père , il  nr  un  effort  qui  rompit 
ies  liens  de  fa  langue-,  & il  s’écria  : Soldat  f ne 
tue  pas  Créfus. 

CRETA , borne  du  cirque.  Voyet^  Cr.aie. 

CRETARIÂ  ars.  Gruter  { 041.  2,  3,4.}  rap- 
porte plufieurs  inferiptions  dans  lefauelles  on  lit 
ces  mots.  La  mieux  confervée  cfl;  la  fuivante, 
trouvée  à Metz  ; 

ARTIS.  CRETAR.  DES.  QUI.  VIXIT 

AN.  XXX.  M.  II.  ET.  AMATORIAE.  ANI 

MÜLAE.  MATPvI.^EJUS.  VIVAE.  O.  C.  A 

RATÜLLIU3.  AMATOR.  FATRÏ.  ET  Î.IA.T 
RI.  P.  C.  O.  S.  V.  T.  I. 

Les  ioulons  fe  fervoient  de  I,i  craie  pour  bian- 


140  C R E 

chir  les  draps  ; dans  ce  fens  on  peut  appeler  leur 
art  J ars  cr  et  aria. 

\ aigrette,  panache,  houpe  quon 

tnettoit  fur  le  cafque  ; les  aigrettes  etoient  de  plu- 
mes, & elles  furent  en  ufage  chez  tous  les  peu- 
ples , mais  faites  diverfement.  Quelques-uns  les 
portoient  grandes,  d’autres  petites,  en  plus  petit 
ou  en  plus  grand  nombre  : les  cavaliers  en  avoient 
de  plus  hautes  & de  plus  belles  que  les  fantahms. 
C’étoit  un  ornement  pour  le  foldat , & en  meme- 
temps  un  objet  de  terreur  pour  l’ennemi.  On  les 
fit  d’abord  de  crins  de  cheval , & Hérodote  en 
donne  l’invention  aux  Éthiopiens  ; telles  font  les 
aigrettes  des  Héros  de  l’Iliade  & de  l’OdylTee  5 
enfuite  on  employa  les  plumes  , & on  préféra 
celles  de  couleur  rouge , à caufe  de  fa  reffem- 
blance  avec  le  fang.  Quelquefois  on  mettoit  trois 
aigrettes  aux  cafques , & c’ell  de-Ià  que  Suidas 
prétend  que  vint  le  furnom  de  Geryon  a trois 
corps.  C’étoit  une  grande  gloire  d’enlever  les 
aigrettes  du  cafque  de  l’ennemi  ; c’eft  pourquoi 
dans  Virgile  Afcagne  promet  à Nifus  de  lui  don- 
ner l’aigrette  de  Turnus.  F” yye^  Casque. 

Crista  fignifie  auffi  la  crête  d’an  coq.  Lam- 
pride  dit  qu’Elagabale  les  faifoit  orer  à des  coqs 
tout  yivans , pour  les  manger  comme  une  frian- 
dife. 

Crète  , ancien  nom  de  l’ifle  qu’on  nomme 
aujourd’hui  Candie.  C'efi  une  ifle  de  la  mer  médi- 
terranée  , lituce  à l’entrée  de  l’Archipel.  Elle 
fut  appelée,  fuivant  les  temps,  Aërie  , Ærla  j 
Curétide  ou  pays  des  Curètes,  Curetis  ; Hécatom- 
pole,  ou  l’ifle  à cent  villes,  Hécatompolis  ; l’heu- 
reufe,  Macaros,  ou  l’ifle  heureufe,  Macaromfos. 

La  Crète  a été  célèbre  dans  l’antiquité  par  plu- 
fieurs  endroits.  Jupiter  y régna  5 8c  fi  l’on  en 
croit  les  Poètes,  il  y fut  caché  par  Cybèle,  fa 
mère  , pour  em.pêcher  que  Saturne  , fon  père  , 
ne  le  dévorât  comme  fes  autres  enfans  ; il  y fut 
élevé  par  les  Curètes.  Avant  Minos , l’hifloire  de 
Crète  eii  incertaine  ou  fabuleufe.  Ce  Prince,  fils 
d’Europe  8c  d’AÜérius , Roi  de  Crète , félon  Eu- 
sèbe , 8c  félon  Aoollodore,  de  Jupiter,  S:  frère 
de  Radamante  8c  de  Sarpédon,  eft  le  premier  Roi 
de  Crète  dont  on  fâche  quelque  chofe  de  certain. 
D’autres  remontent  jufqu’à  Teflamus  , fils  de 
Dorus  , petit-fils  d’Hellen,  & arrière-petit-fils 
de  Deucalion.  Il  y vint,  difent-iis , avec  les  Eoliens 
8c  les  Pélages , s’y  fit  reconnoître  Roi , époufa 
la  fille  de  Cretheus  , dont  peut-être  , difent-ils, 
vient  le  nom  de  Crète,  8c  il  en  eut  l’Afterius, 
dont  nous  avons  parlé , fous  le  règne  duquel  Ju- 
piter enleva  Europe  , que  ce  Dieu  rendit  mère 
de  Minos  , de  Radamante  & de  Sarpédon.  Alle- 
rius  époufa  enfuite  Europe,  & adopta  fes  fils, 
auxquels  il  laifla  fon  royaume  , parce  qu’il  n’eut 
point  d’enfans.  La  Crète  fut  encore  fameufe  par 
ie  fage  gcuverneroent  & les  fages  loix  de  Minos  , 


C R E 

par  l’enlèvement  d’Europe , par  les  amours  de 
Pafiphaë  , par  le  tribut  impofé  par  Minos  aux 
Athéniens  , de  douze  jeunes  hommes  , pap 
le  Minotore  , par  le  labyrinthe,  ouvrage  de  Dé- 
dale , par  la  viéloire  de  Théfée  , &c.  Après  les 
Rois,  dont  les  derniers  furent  Idoménéc  & Mé- 
rion  fon  frère  , la  Crète  fe  gouverna  en  répu- 
blique. Vaincue  enfin  par  Metellus,  elle  fe  donna 
à Pompée.  Dans  la  divifion  de  l’empire  Romain 
elle  demeura  au  pouvoir  des  Empereurs  de  Conf- 
rantinople,  & leur  fut  foumife.  Mais  en  813  les 
Sarrafins  la  prirent,  8c  y bâtirent  la  ville  de  Can- 
die, qui  lui  fit  perdre  fon  ancien  nom.  . 

Crète  , xpht£2n. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ifle  font  : 

RRRR.  en  argent. 

RRRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Le  feul  Roi  de  Crète  dont  on  croit  avoir  des 
médailles , eft  Èrlinos. 

Le  labyrinthe  eft  le  fymbole  ordinaire  de 
Crète. 

Les  habitans  de  cette  ifle  ont  fait  frapper  des 
médailles  impériales  grecques  en  l’honneur  de 
Tibère  , de  Domitien  , d’Hadrien  , de  Marc- 
Aurèlc,  de  Sévère,  de  Trajan. 

Les  villes  de  Crète  écrivoient  fouvent  a rebours 
leurs  noms  fur  leurs  médailles  autonomes. 

CRETEE.  Cratee. 

CRÉTÉUS,  fils  d’ÉoIe,  8c  pèred’Éfon.  Foyei 
PÉLIAS. 

Créthèus.  Voye[  Amphiaraus. 

C RE  T I A Flaviopolis  , dans  la  Bithynie* 
KFHTJA  OAAOÏlOnoAIC. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  i.mpe- 
rialcs  grecques  en  l’honneur  de  Julia  Domna,  de 
Sévère , de  Caracalla,  de  Géra  , de  Gallien. 

CRETICUS , furnom  de  la  famille  CÆcitiA. 

CREVETTE.  Foye^  Squille. 

CREUSE  , fille  de  la  Terre  , 8c  aïeule  de 
Cyrène.  Foye^  Cyrène. 

Creuse,  fille  de  Priam,  fut  mariée  à tnre» 
& fut  mère  de  Jule  ou  Afcagne.  Elle  périt  dans 
l’in.cendie  de  Troye  ; Virgile  fait  _ paroitre  fqn 
ombre  devant  Énée  , qui  la  cherchoit,  &_lui  fatï 
dire  que  la  mère  des  Dieux  & Vénus  l'avoient  en- 
levée aux  Grecs. 

Creuse  , fille  d’Éreéïhée , Roi  d’Athènes,  & 
d’une  grande  beauté  , fut  féduite  par  .Apono^  ’ 
de, ce  commerce  elle  conçut  un  fils,  a 
d’Éredihée.  F oye^  Ion. 

CRI.  Avant  l’invention  de  l’artillerie , tous  le^ 
peuples  avoient  des  cris  de  guerre  particuliers , 
qu’ils  poufToient  avec  force  à l’inftantdeîa  cnzrS- 
Le  bruit  8c  le  fracas  des  armes  à feu  ont 


C R î 

ces  cris  inutiles , Se  ils  ne  fubiinent  pius  que  dans 
Je  biafon. 

Homère  fait  fouvenî  mention  des  cris  que  je- 
toienc  les  Grecs  St  les  Troyens  en  commençant  les 
combats  j mais  ilinlîfte  plufieurs  fois  fur  larnanière 
ûifferente  dont  les  uns  & les  autres  agiffoienc  à 
cette  époque.  Les  Troyens  ( ïliad.  A.  27.  ) 
pendant  toute  la  marche,  ne  cefîbient  de  crier  \ de 
Jorte  qu’au  moment  de  charger  ^ ils  fe  rrouvoient 
cpuiiés  5 & ne  pou  voient  jeter  que  des  cris  mal 
articulés  & interrompus  : c'eft  ainfi  que  le  prati- 
quoient  les  Barbares.  Quant  aux  Grecs  , dont  Ho- 
iTicre  veut  vous  peindre  la  bonne  taftique  , ils 
rcatchoient  â fennemi  en  filence  , & en  gardant 
^urs  rangs  5 m,ais  à fa  vue  ils  jetoient  tous  à-la- 
fois  un  cri  violent  J foutenu,  & ils  s’éiançoient 
en  mcme-temps  fur  l’armée  ennemie.  Ce  cri , fi 
ion  en  croit  Suidas  & des  Schoüafies  , étoit 
forme  de  la  répétition  fréquente  de  la  fyüabe  a/y 
c eft  pourquoi  on  nommoit  ce  cri  par  onoma- 
topee 

On  trouvera  au  mot  Barritüs  ce  qui  regarde 
les  cris  de  guerre  chez  les  Romains. 

Il  paroît  , d’après  un  pafTage  de  Plutarque 
\ irz  Maria  ) que  les  Barbares,  les  Efpagnols,  & 
its  Ambrones  en  particulier,  répétoiènt  pour  cri  de 
guerre  leur  nom  propre. 

Poîyænas,  dans  fcs  ftratagêmes  ( i.  2.  ) fait 
honneur  au  Dieu  Pan  de  l’invention  du  cri.  Il  la 
eommuniqua  pendant  le  fommeil  à Bacchus,  qui  , ' 
dans  fon  expédition  de  l’Inde  , voyoit  fon  armée 
entourée  de  Barbares  , fans  efpoir  d’échapper.  A 
1 aide  de  ce  terrible  cri  répété  par  les  échos  & les 
rochers  , Bacchus  effraya  fes  ennemis  , & les 
vainquit. 

CRIBLE.  Voye^  Pain  des  anciens , & Van 
myftique.  Pline  ( xmi.  2.  ) dit  que  les  Gaulois 
svoient  fait  les  premiers  cribles  de  crin , les  Efpa- 
gnols  ceux  de  hn , Se  les  Égyptiens  ceux  de  Papy- 
ras  & de  Jonc.  ' 

CRIEUR.  V Hérault  & Præco. 

, CRINÉS  , Pierre  d’Apollon.  Voyez  Smin- 

“THÉUS. 

_ CRINISUS , fleuve  de  Sicile,  devint  amoureux, 
dit  la  fable,  d’Egefte , fille  d’Hippotas  , noble 
Troyen.  Crinifus  fe  changea  en  ours  pour  la  ré- 
duire : elle  en  eur  Acefte.  Voyei  Acsste  , 
Égeste. 

CRiOBOLE,  facrifice  d’un  mouton  ou  d’un 
bciier  , cribolium.  Le  criobole  fe  faifoit  autrefois 
chez  les  Payens  à l’honneur  d’Atys , comme  le 
Tauroboie  à l’honneur  de  Cybèle  , mère  des 
Dieux.  Ce  facrifice  fe  trouve  marqué  fur  plufieurs 
bas-reliefs  anciens  par  une  tête  ou  crâne  de  bé- 
lier , orné  de  feftons  de  fleurs  & de  fruits.  Gn 
offroit  foiivent  le  tauroboie  & le  criobole  enfem- 
bie  a Cybele  & a fon  favori , coKime  on  le  voit 
Antiquités  , Tome  II. 


CRI  241 

dans  plufieurs  inferiptions  où  ils  font  appelés 
grands  Dieux , & où  le  tauroboie  & le  criobole 
font  prefque  toujours  joints  enfembie.  Cet  Atys 
ell , à ce  que  i’on  croit , le  même  que  le  foîeil  ; 
c’eft  pour  cela  qu’il  eft  appelé  Menotyrannus  ^ 
Mi}ioTéfûS}Sis  , Roi  des  Mois. 

2.1.  D.  M.  I. 

ET  ATTIDI  SANCra 
MENOTTRANNO 
Q.  CLODIUS  FLAVIANUS 
V.  CL.  PONT.  MAJOR. 

XV.  VIR  S.  F.  SEPTEM 
VIR  EPULONUM 
TAUROEOLIO  CRIOBO' 

LlOQUE  PERCEPTO. 

(^Saumaife  fur  Lampridius  , c.  vu.  de  fes  notes  y 
edit.  de  Paris  in-folio,  p.  179  6?  180.  ) Dans  cette 
infeription  , la  première  ligne  s’explique  par 
Magnis  Dils  , -ma tri  ld&&  , comme  on  je  voit  tour 
au  long  fur  beaucoup  d’autres  qui  font  dans 
Gruter. 

CRIOPHORE.  Patifanias  parle  d’un  temple  dè 
Mercure  Criophore , ou  porte-bélier,  (/tz  Bs.ot.') 
ainfi  appelé  , parce  que  Mercure  , avoir  empêché 
que  la- pefte  ne  défolât  la  ville  de  Tanagrê  , en 
portant  un  bélier  tout  autour  des  murailles.  De- 
là venoit  qu’à  la  fête  de  Mercure  le  mieux  fait 
des  jeunes  garçons  de  la  ville  faifoit  le  tour  de  fes 
murailles , portant  un  bélier  ou  un  agneau  fur  fes 
épaules.  II  y a dans  lacolleâion  des  pierres  gravées 
du  Baron  de  Stofch,qui  appartient  au  Roi  de  Pruffè, 
plufieurs  Mercures  Criopkores  , c’eft-à-dire  , qui 
portent  une  tête  de  bélier. 

CRIPHII  ofienf.  On  lit  ces  mots  dans  une 
infeription  rapportée  par  Gruter  ( 30 j.  2.  ) où  ce 
mot  eft  mis  pour  grypkii , les  griffons.  C’étoit  le 
nom  de  certains  Prêtres  dans  les  myftères  de  My- 
thra.  On  en  pariera  à l’article  Mvthra. 

CRISPE , fils  de  Conftantin , SCLAVIlrs  JuLlifs 

Crzspus  Cæsar. 

Ses  médailles  font  : 

RRR.  en  cr. 

O.  en  argent  pur. 

RR.  en  médaillons  de  B. 

O.  en  M.  3. 

C.  en  P.  B, 

CRISFINE  , époufe  de  Commode.  SRtrrrfA 

CRISPIlt.i  AuGUSTA. 

Ses  médailles  font  : 

RRR.  en  or. 

Ç.  en  argent , excepté  le  revers  : Diis  GenU 
talihiis. 

C.  en  G.  B.  de  coin  Romain.  II  y en  a une  rare 
dans  la  coilediion  du  Rai,  au  revers  de  laquelle 

H iî 


24-2.  CRI 

on  lit  : Rom&  Æiern&  , avec  la  Dgefîe’Ulonis 
aflîfe. 

O.  en  G.  B.  de  colonies. 

RR.  en  M.  & P.  B. 

RR.  en  G.  B.  grec. 

R.  en  M.  & P.  B., 

RRR.  en  G.  B.  d’Égypte, 

Beaucoup  moins  rares  dans  les  autres  modules. 

Le  nom  de  bpoïtia  ne  fe  voit  que  fur  les 
médailles  grecques. 

Il  y a des  médaillons  latins  & grecs  en  bronze 
de  cette  Princeffe. 

CRISPINUS^^üvnomàch  famille  Quikctiâ. 

Ciî7S5^  J dans  la  Phocide. 

Goltzius  feul  a attribué  des  médailles  impé- 
riales grecques  à cette  ville. 

CRISTALLOMANCE  , ou  CRISTALLO- 
MANTIE.  Art  de  deviner , de  connoitre  les  cho- 
fes  fecrettes  & cachées , par  le  moyen  d'un  corps 
poli  ^ ou  en  les  faifant  voir  dans  un  miroir.  Au- 
trement Catoptromantie.  Crifiallomantia.  Il  y a 
des  impofteurs  qui  fe  vantent  de  faire  voir  dans  un 
miroir  une  perfonne  que  l’on  veut  connoitre  } par 
exemple  J celui  qui  a voléj  ou  fait  quelque  autre 
chofe  que  l'on  veut  favoir.  C'eft  ce  qui  s'appelle 
crifiallomance  ou  catoptromance  , de  xpc-raXAcç , 
glace,  eau  gelée  & crijlal , verre  , glace  de  miroir , 
& p-ayTiM  divination. 

CRITHOMAiSTIE  , forte  de  divination  qui 
confiftoit  à confidérer  la  pâte  des  gâteaux  qu'on 
offroit  en  facrifice , & la  farine  qu'on  répandoit 
fur  les  viûimes  pour  en  tirer  des  préfages.  Comme 
on  fe  fervoit  communément  de  farine  d'orge , 
de-là  vient  le  nom  crithomantie  / , orge  j & 

fiayltla,  divination. 


mangeurs  d'orge.  On 


CRITHOPHAGES , 

KFieo<î>Aroi , , 

donnoit  ce  nom  aux  foldats  Grecs  que  l'on  avoir 
punis  en  les  réduifant  à l’orge , , pour  toute 

nourriture  {Polybius  ). 

C RIT  ONIA,  famille  Romaine  , dont  on  a des 


médailles  : 

RRRR.  en  argent, 
O.  en  bronze. 

O.  en  or. 


CROBYLUS.  \ £.jpj2the  dit  que  les  cheveux 

KFOBYAOX.  3 

noués  fur  la  tête  formoient  l'efpèce  de  coiffure 
appelée  corymbe  pour  les  femmes  , crobylus  pour 
les  hommes  , 8c  feorpion  pour  les  enfans.  L’Apol- 
lon du  Vatican  nous  offre  un  beau  modèle  du 
crobylus.  Voyei^  CoRYMBE. 

CROC.  Les  éléphans  étoîent  conduits  chez 
les  anciens  avec  des  crocs , ainfi  qu’ils  le  font  en- 
core aujourd’hui.  On  le  voit  dans  les  bas  ..reliefs 
de  la  colonne  Théo.dofienne  à ConRantinopIe, 


C R O 

CROCALÉ,  fille  du  fleuve  Ifmêne,  Nymphe 
de  la  fuite  de  Diane. 

CROCHET  au  bois  de  la  lance.  Winckeîmana 
a publié  dans  fes  Monumenti  inediti  une  pierre  du 
Baron  de  Stofch , fur  laquelle  un  cavalier  pofe 
fon  pied  droit  fur  un  crochet  fixé  au  bois  de  la 
lance  ^ à environ  un  pied  de  terre,  pour  s’élancer 
fur  fon  cheval.  Ce  crochet  eft  très-apparent  aux 
enfeignes  militaires  fur  les  médailles  Romaines. 

CROCODILE.  \ ' • r 

CROCODILOPOLIS.  3 etoitfa- 

cré  chez  pluficurs  Égyptiens , tandis  que  d’autres 
le  regardoient,  avec  raifon,  comme  nuilible,  & 
le  traitoient  comme  tel,  dit  Hérodote  Leshabi- 
rans  de  Thèbes  & ceux  des  bords  du  lac  Mæris, 
lui  rendoient  un  culte  régulier.  Ils  prenoient  un 
crocodile  qu’ils  apprivoifoient , ils  lui  mettoient 
aux  oreilles  des  pierres  précieufes  & d’autres  or- 
iiemens  d’or , l’attachoient  par  les  pieds  de  de- 
vant , 8c  lui  donnoient  pour  fa  nourriture  une 
certaine  quantité  de  viandes,  qu’ils  appeloient  fa- 
crées.  Après  fa  mort,  ils  l’embaumoient,  l’enfer- 
moient  dans  des  urnes  facrées  que  l'on  portoit 
dans  le  meme  labyrinthe  ou  étoit  la  fépulture 
des  Rois.  La  ville  d'Arfinoë , près  du  lac  Mæris, 
prit,  par  refped  pour  ces  animaux  , le  furnom  de 
Crocodilopolis  , ville  des  crocodiles.  Les  Onabites, 
autres  peuples  d’Égypte , plus  fuperititieux  que 
les  premiers , fe  réjouiflbient  quand  ils  voyoïent 
leurs  enfans  enlevés  par  les  crocodiles. 

• Ces  mêmes  animaux  étoient  cependant  regar- 
dés avec  horreur  dans  tout  le  refte  de  l’Egypte, 
& l’on  y en  tuoit  autant  qu’on  pouvoir  en  trou- 
ver: d’abord  parce  qu'ils  font  farouches  & inal- 
faifans , enfuite  parce  que_  la  religion  infpirolt 
cette  haine,  en  leur  enfeignant  que  Typhon, 
meurtrier  d’Ofiris , 8c  ennemi  de  tous  les  Dieux, 
s’étoit  transformé  en  crocodile. 

Plutarque  dit  que  le  crocodile^  eft  le  fymbole  ^ 
la  Divinité,  parce  qu'il  n'a  point  de  langue  , 8C 
que  Dieu  , fans  proférer  une  parole  , imprime , 
dans  le  filer.ee  de  nos  cœurs , les  loix  de  1 équité 
8c  de  la  fageffe.  Mais  il  eft  reconnu  aujourd  but 
que  le  crocodile  a une  langue  fixée  à la  mac  oire 
inférieure,  par  une  membrane  qui  la  couvre  en 
tièrement.  Les  Egyptiens  croyoient  que  les  vieux 
crocodiles  avoient  la  vertu  de  prédire  1 avenir , 
que  c’éîoit  un  bon  préfage  lorfqu  ils  • 

manger  de  la  main  de  quelqu’un  , & au  co 
un  très-mauvais  lorfqu’ils  le  refufoient. 

Si  Ion  compte  les  dents  du 
Achille  Tatius  , on  trouvera  que  leur  " , 

égale  fes  jours  de  l'année  (ce  fait  eft  contr 
c’eft  peut-être  pour  cela  que  les  „jVun 

l'image  du  foleil  dans  une  barque  que  po 

crocodile.  Enfin  les  Egyptiens  adorateurs  nés 
codiles  , difoient  que  , pendant  les  leur 

facrés  à la  naiffance  d’Apjs,  ils  ^fonnei 

férocité  caturelle , ne  faifoien:  de  pial  a p 


R O 

Sc  qu’au  huîntîme  jour  après  niid!  j ils  reuivs- 
noient  furieux  à leur  ordinaire.  Ils  aiïuroier.t  en- 
core que  les  crocodiles  , par  refpecl  pour  la  i>?éeiTe 
Ifis , qui  s’étoit  autrefois  fervi  d’une  barque  faîte 
de  l’écorce  du  papyrus,  ne  faifoient  aucun  mal  à 
ceux  qui  naviguoient  fur  le  Nil  dans  des  barques 
faîtes  avec  cette  plante. 

Dans  fes  Recherches  fur  les  Égyptiens  & les 
Chinois  ( il.  p.  121.  ) M.  de  Paw  fait,  au  fujet 
des  crocodiles  , les  réfiexions  fuivantes  ; 

Ce  qui  a toujours  paru  inconcevable  aux  an- 
ciens & aux  modernes , c’eft  le  culte  que  quelques 
villes  rcndoient  aux  crocodiles.  Cicéron  eft  le  feul 
qui  ait  cru  que  rutiiité  qu’on  retiroit  de  ces 
lézards,  avoir  porté  certains  Égyptiens  à les  révé- 
rer ; Pojfem  de  Ickneumonum  utilitate  , de  croco- 
dilorum  , de  felium  dicere  y fed  nolo  ejfe  longus. 

( Cicero  de  Mat.  Deorum.  lib.  i , cap.  3*5.).  Mais 
il  eût  été  extrêmement  embarralfé  de  nous  expli- 
quer en  quoi  confiftoit  réellement  cet  avantage 
que  les  Naturaliftes  , bien  plus  habiles  dans  i’hif- 
toire_  des  animaux  que  ne  î’étoit  Cicéron  , n’ont 
jamais  pu  entrevoir.  =:> 

ce  Ce  ne  fut  qu’en  1770,  iorfque  je  m’appliquai 
plus  particulièrement  à connoître  la  topographie 
de  l’Égypte  , que  je  découvris  que  les  trois  prin- 
cipales villes  qui  ont  nourri  les  crocodiles  , comme 
Coptos  , Arfinoé  & Crocodilopolis  fécondé  , 
étoient  lîtuées  fort  loin  du  Nil , fur  des  canaux 
dans  lefqueis  ce  fleuve  dérive.  Ainn  , pour  peu 
qu’on  eût  eu  la  négligence  de  lailTer  boucher  les 
folfés,  ces  animaux,  qui  ne  marchent  pas  fort 
avant  dans  les  terres  , n’auroient  pu  venir  ni  à 
Crocodilopolis  fécondé,  ni  à Arfinoé,  ni  à Cop- 
tos , où  on  les  regardoit  comm.e  le  fymbole  de 
l’eau  propre  à boire,  & propre  féconder  les 
campagnes,  ainfi  qu’on  le  fait  par  Élien,  & fur- 
tout  par  un  palfage  d’Eusèbe  ; Per  hominem  cro- 
codilo  impofitam  navem  ingredienîem  y navemque 
fignificare  motum  in  humido  , crocodilutn  vero 
aquam  potui  aptam.  {Eufeb.  Prnpar.  Evan.  lih.  ni. 
cap.  XI.  ).  Le  gouvernement  pouvoit  donc  être 
bien  affuré  qu’auffi  long  rem.ps  que  ce  culte  feroit 
en  vogue,  les  fuperftineux  ne  m.anqueroient  pas 
d’entretenir  les  canaux  avec  la  dernière  exac- 
titude. » 

cc  II  eft  vrai  qu’on  connoît  encore  deux  autres 
villes  qui  nourriffoient  des  crocodiles  , comme 
Crocodilopolis  troilièmc,  & Ombos.  Quand  il 
s’agit  de  fixer  la  pofition  incertaine  d’Ombos, 
M.  d’Anville  héfite  ; mais  il  faut  la  mettre  plus 
avant  dans  les  terres  vers  le  pied  de  la  côte  Ara- 
bique; car  nous  favons  que  les  habirans  de  cette 
ville  avoient  creufé  de  grands  foffés  pour  arrofer 
leurs  campagnes  ; & c’eft  dans  ces  fofles  mêmes 
qu’  ils  donnoient  à manger  à leurs  lézards  ( Elian. 
de  Nat.  Animal,  lib.  x.  cap.  21.  ).  Après  tout  cela 
on  conçoit  pourquoi  ceux  qui  ha’DÎtoient  le  Nome 
Arfînoite  ou  la  province  de  Feium  , firent  voir  à 
Strabon  uii  crocodile , qu'ils  nommoiënt  le  fucku. 


C R O 243 

ott  le  jajie  , Se  qu’ils  oxnoieDt  de  braffelets  & 
d’oreli'ettes  d’or  ; car  eu  égard  à leur  iituation  , 
cet  ani-mal  étoit  pour  eux  l’ernblême  , non  pas  du 
Typhon  comme  on  l’a  dit , mais  de  l’eau  amenée 
par  des  dérivations,  dont  toute  l’exiftence  de 
cette  province  dépend  , puifqu’il  ne  feroit  pas 
poffible- d’y  vivre  pendant  fix  mois,  fi  on  laïuoit 
boucher  les  canaux  du  côté  dTllahon.  Et  on  peut 
croire  que  les  Arfinoïtestiroient  de  leurs  crocodiles 
facrés  de  certains  augures  fur  l’état  futur  du  dé- 
bordement du  Nil , auquel  ils  s’intéreffoient  en- 
core plus  vivement  que  les  villes  ficuées  au  bord 
de  ce  fleuve. 

Dans  rifle  Éléphantine  on  fe  permettoit  la 
c’nair  du  crocodile  , qui  eft  très-mufquée.  A Tea- 
tyre,  à Héracléopoîis  _,  & dans  la  grande  ville 
d’Apollon  , on  mangeoit  auffi  de  ce  lézard  , & à 
de  certains  jours  perfonne  ne  pouvoit  fe  difpenfer 
d’en  goûter,  hormis  les  Prêtres  qui  le  comptoient 
parmi  les  poilTons;  de  forte,  dit  M.  PaW,  que 
les  inftitutions  des  Juifs  font , à cet  égard  , con- 
formes à la  règle  facerdotale  des  Égyptiens  ; & 
il  faut  obferver  que  la  Judée  a toujours  eu  & a 
encore  des  crocodiles  dans  une  flaque  d eau  nom- 
mée dans  un  petit  fleuve  qui  le 

décharge  dans  la  Méditerranée  , entre  le  Carmel 
Sc  la  pointe  d’ Acre." 

«Quoique  Plutarque  ait  afluré , de  la  maniéré 
la  plus  pofitive  , qu’on  avoir  vu  des  femmes  qui 
paffoient  la  nuit  avec  des  crocodiles  apprivoifes 
dans  la  ville  d’ Antée  ; cependant  perfonne  n a pu 
le  croire.  Il  faut  obferver  que  le  favant  Ja’olonski 
s’eft  imaginé  que  le  bouc  de  Mendès  repréfentoît 
Ifis,  qu’on  nommoit  Entes  ou  Antes  dans  la  ville 
d’ Antée  ; & , fi  cela  étoit  vrai , on  pourroit  foup- 
çonner  qu’un  de  ces  excès  avoir  été  copie  fur 
l’autre , à caufe  de  la  conformité  du  cuite  ; mais 
on  ne  me  perfuadera  pas , continue  M.  Paw , qu  il 
foir  fi  facile  d’avoir  commerce  ayec  des  crocodiles. 
On  a cru  que  tout  le  fecret  des  Égyptiens  pour  fe 
préferver  de  ces  lézards , confiftoit  a fe  rrotter 
d’une  infufion  de  fafran,  comme  1 on  fe  frotte  de 
couperofe  & de  mufe  contre  les  ours  & de  cer- 
tains ferpens  ; mais , fuivant  Strabon , il  y avoir 
en  Ésypte  des  crocodiles  véritablement  apprivoi- 
fés  , dont  il  n’eft  plus  parié^dans  rHiftoire  après 
le  quatrième  fiècle  de  notre  ere.  » 

Crocodile  lié  à un  palmier  ( on  voit  fur  les 
médailles  de  Nifmes  un  ).  Ce  type  défîgne  l’année 
ou  cette  ville  fut  créée,  colonie  y année  célèbre 
par  la  réduction  de  l’Egypte  en  province  Ro- 
maine. 

Crocodile  Cle)  fut  les  médailles  & les  autres 
monumens  antiques  , elt  le  fymbole  du  Nd  ou  de 
l’Égypte.  Quelquefois  il  marque  des  fpeâiacîes  , 
où  il  avoir  été  montré  au  peuple.  Augulle  fut  le 
premier  qui  donna  ce  fpeélacle  aux  Rom.ains. 

On  a trouvé , dans  des  fouilles  faites  Tivofi  , 
un  crocodile  de  marbre  noir , qui  eft  placé  a Rome 
dans  Is  Muféum  Pio-Clémentin. 

H h ij 


244  C R O 

CROCOTA  jaune  J fouvent  ornée  cie 

KFOKÛTOS^  f , ... 

fleurs  & de  broderies.  On  en  donne  ordinaire- 
ment une  femblable  à Bacchus  ( Anjiopk.  Ran. 
V 47  ) 8c  aux  Divinités  qiu  1 accompagnent,  sa 
couleur  étoit  jaune  , ou  du  moins  mélangée  de 
jaune,  x.fox.cs  , fafran. 

CROCUS  , épris  des  charmes  de  Smiîax , mou- 
rut d’amour  , & fut  change  en  fleur  de  fafran , 
ainfi  que  cette  ^■ymphe  en  if.  . , .. 

Crocus  , fils  d’Euphème,  nourrice  des  Mufes, 
ftit  placée  au  nombre  des  aftres  ( Sidonius  ).  V oyei 
Sagittaire. 

CRODON.  Fauffe  Divinité  des  anciens  Saxons. 
Crodo  , Crodus  , ou  Krodo  , Krodus.  Saxon  le 
Grammairien  {l.  i.')  le  nomme  le  premier  entre 
les  Dieux  des  Saxons,  qui  font,  dit  il.  Codrus, 
Uama  , Irmus , Flivius  6?  Siba.  Crantzius  ' Saxo- 
niA  , l.  ri.  c.  12.  ) , dit  qudl  était  honoré,  fur- 
tout  à Harsbourg.  Quelques-uns  croient  que  C.y- 
don  étoit  Saturne.  George  f abricius , au  premier 
livre  de  fes  Origines  Saxones , rapporte  la  maniéré 
dont  on  le  reoréfentoit,  qui  convient  en  effet  à 
Saturne.  U avoir,  dit-il,  la  figure  dun  moiffon- 
neur  , ceint  d'un  morceau  de  linge.  Il  te- 
noit  de  la  main  droite  un  petit  vafe  plein  de  rofes, 
& une  roue  de  char  de  la  main  gauene  , qu  il  ele- 
vo  t en  l’air.  li  fouloit  aux  pieds  une  perche, 
poifTon  hériSTé  d’écaüles  8c  de  piqtuns.  On  peut 
croire  que  le  culte  de  ce  Dieu  avoir  pafîe  de  la 
Grèce  aux  Germains  voifins  du  Danube  , de-là 
dans  la  Saxe , 8c  oue  de  même  que  le  Dieu  Irmus 
femble  avoir  été  fait  de  I’Eç.k/î  des  Grecs,  le  nom 
Crodus  pouvoir  bien  auflî  venir  du  Kgirsç  des 
Grecs , qui  eft  le  Temps  ou  Saturne.  Charlema- 
gne abolir  le  culte  de  ce  Dieu  avec  celui  de  toutes 
fes  autres  Divinités  Saxones.  ( Vojpus , de  la  ol., 
L :I.  c.  53.). 

CROESUS.  royei  Cresus. 

CROISS.4NT.  Les  citoyens  d’une  naiflance  il 
luftre  portoient  à .Athènes  des  croijfans  d’argent 
ou  d'ivoire  , attachés  fur  leur  chauffure , & à 
Rome  une  lune  entière  ; mais  on  n en  a vu  encore 

à aucune  llatue.  , » 1 r 

Le  croijfanc  ornoit  fouvent  la  tete  des  remines , 
comme  on  le  voit  à un  biifte  de  ,Marciana  , con- 
fervé  dans  la  villa  Famfili.  Cette  obfervation  fert 
à ex'-iiquer  le  Poète  Srace  , qui  di:  que  la  coiffure 
d’ .Alcmène , mère  d’Hercule  , étoit  ornée  de  trois 
îuncs  {^Fhebaid.  vi.  288.  ) î 

^ ^ ^ _ Tergemind  crinem  circumdata  lunâ. 

11  fait  faps  doute  allufion  à la  nuit  où  Hercule 
fut  conçu  , & qui  en  égala  trois  entières  par  fa 

Sur  les  médailles  le  croifant  eft  fouvent  employé 
jicür  foiuenjr  le  bufte  des  PriocefTesj  parce  que 


C RO 

celles-ci  tiennent  dans  les  États , dont  le  Prince  eft 
le  folei! , la  place  que  l’on  donne  à la  lune  dans  le 
ciel,  te  Dieu  Lunus  porte  le  croijfant  aux  épaules* 
c’eft  fon  fymbole  naturel,fe!on  1 opinion  de  certains 
peuples  anciens  , qui  regardoknt  la  lune  comme 
une  Divinité  mâle.  Ils  croyoient  même  que  ceux 
qui  l’adoroient  comme  une  Déefle , étoienr  tou- 
jours malheureux  dans  leur  mariage  , & qu’ils 
n’étoient  jamais  les  maîtres  dans  leur  maifon. 

Une  petite  ftatue  de  Diane  , publiée  par  !t 
Comte  de  Caylits  {il.  pL  4^.  n^.  2.),  préfente 
une  très-grande  fingalarîté  qu’il  n’avoit,  difoit-il, 
remarquée  fur  aucun  monument  antique,  & qui 
lui  fcmbloit  n’avoir  été  indiquée  par  aacuit 
Auteur  ancien;  c’eft  le  croijfant  de  la  lune  très- 
difiinéf  , & d’une  proportion  affez  forte  par  rap- 
port à la  figure.  Cette  Diane  porte  le  croijfant  de- 
là main  droite  , tandis  qu’elle  relève  fou  habille- 
ment de  la  gauche. 

Croissant  fur  les  médailles.  On  le  voit  fur 
celles  d’Antioche  de  Filîdie  , de  Carrhs. , de  Cy- 
donia  , de  Mxgarfus. 

On  en  voit  trois  fur  celles  de  Ciths-ron,  de  Ve- 
lia , de  Samdalium. 

Il  y en  a deux  fur  celles  de  ThefpU. 

CROIX,  ce  La  croix  que  l’on  remarque  fur  les 
monumens  antiques  , mêlée  avec  d’autres  attri- 
buts arbitraires  , dit  le  Comte  de  Caylus , n’a  au- 
cun trait  avec  le  chriftianifme.  Cette  figure , quand 
elle  eft  enfermée  dans  le  qiiarré  , c’eft-à-dire , 
lorfque  fe:s  parties  font  égales  , n’eft  piefque  ja- 
mais un  fymbole  ; elle  a été  de  tout  temps  le  plus 
limple  des  ornemens  & le  plus  facile  à trouver 
& à exécuter;  les  plus  ariciens  monumens,  fe 
principalement  ceux  de  l’Égypte,  en  donnent  la 
preuve.  » 

Cette  obferv'ation  eft  fl  vraie  , que  Ton  voit  une 
croix  placée  fur  le  diadème  d’une  ftatue  de  bronze 
trouvée  dans  les  fouilles  d’Hcrculanum. 

cc  Jofeph  Barbare  obferve  que  fur  quelques- 
uns  des  tombeaux  fltués  auprès  du  Tanaïs,  quil 
trouva  dans  fon  ambaiTade  de  Perfe,  on  voit  une 
grande  pierre  avec  un  trou  dans  lequel  on  pre= 
tend  qu’étoit  placée  une  croix.  Ce  feroit  mal  rai- 
fonner  que  de  conclure  de-là  que  ces  tomoeaus 
renfermaiTent  des  chrétiens.  Il  n’y  en  eut  jamais 

dans  ces  régions.  Mais  ces  efo/.v  étoient  1 embleiM 

du  Dieu  qui  préfldoit  aux  tombeaux  ( félon 
d'Hancarville).  On  a trouvé  des  croix  dans  mille 
autres  lieux , 8z  fur  une  multitude  de  monumens 
qui  n’onc  jamais  appartenu  à des  chrétiens , tels 
que  le  Thibet , les  iLatues  de  quelques  DiviniKS 
Indiennes,  d’anciennes  médailles  des  Perfes,  celles 

de  Sidon ,'  & enfin  fur  les  tombeaux  de  î^axi- 

Ruftan  auprès  de  Perfépolis.  Le  tempje  de  Sérapis, 
à .Alexandrie , ayant  été  détruit  dans  le 
trième  flècle  de  notre  ère , on  trouva  des 
gravées  fous  plufieurs  pierres  dans  rinreneur 
fes  muïs.  Les  chrétiens  & les  payens  voulure 


C R O 

fe  prévaloir  de  cette  découverte.  Mais  ' Socret.  v, 
cc'jo.  17-  ) des  gens  qui  le  difoient  inftruits  des 
hiéroglyphes;,  & qui  avoienr  embraiTé  iajeiigion 
cjirétienne  , afFarèrent  que  fuivant  les  règles  des 
Egyptiens  J la  croix  fignifioit  la  vie  future.  C’éroit 
une  repréfentatîon  abrégée  du  Phallus  ou  du  Tau- 
facré  , tous  deux  emblèmes  de  la  génération,  & 
par  conféquent  de  la  nouveUn  vie  que  les  morts 
alloient  acquérir  da.ns  les  champs  élyfées.  » 

Croix  avec  une  anfe  ou  un  anneau,  Crux 
ANS  AT  A.  Voye'^  Clef. 

CROMMYON.  Le  troilîème  des  travaux  de 
Théfée  fut  fon  combat  contre  le  fanglier  de 
Crommyon  , félon  Diodore. 

CROMNA , dans  la  Paphlagonie.  KPCMNA. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RRR.  en  argent. 

O.  en  or. 

O.  en  bronze. 

CRONIES  , 1 

CRONIÈNES , > fêtes  qu’ort  célébroit  à Athè- 

KPONiA,  y 

nés  en  f honneur  de  Saturne  , appelé  KoAsr , au 
mois  Hécatombéon  , nommé  autrefois  Cronius 
( Arijloph.  nubes  & Hefyck.  ). 

Le  feizième  jour  du  mois  Métagitnion  , on 
célébroit  dans  l'ifle  de  Rhodes  des  Cronies  ( Theo- 
doret.  lib.  irii.  gr&c.  affed.  ) & Pon  immoloic  alors 
un  criminel  condamné  à mort  par  les  loix. 

^ ^ furnom  de  Saturne , & mot  grec 

qui  fignifie  le  temps.  On  difoit  que  Saturne  pré- 
lîdoit  au  Temps  , ou  étoit  lui-même  le  Temps: 
c’eft  pourquoi  on  le  repréfentc  quelquefois  avec 
une  faalx  à la  main  , pour  marquer  que  le  Temps 
moifibnne  tout.  Voye:^  Saturne. 

ICPO2201,  cirri,  Voyei  CiRRATÆ  & FrAN- 
SES. 

CROTALES.  Voye^  Castagnettes.  C’éroît 
un  des  attributs  de  Cybèle , parce  que  fes  Prêtres 
en  jouoient  dans  leurs  danfes  religieufes. 

CROT ALISTRIÆ  , joueufes  de  caftag.nettes. 
On  appeîoit  de  ce  nom  chez  les  Romains  des  fem- 
mes publiques  que  Ton  gageo-it  pour  danfer  dans 
les  feftins  & dans  les  fêtes  domeftiques.  Les  Bal- 
iadières  de  Surate  repréfentent  les  anciennes  cro- 
talifiris.  ; & les  caftagnettes  dont  elles  s'accom- 
pagnent en  danfant  font  les  véritables  crotales. 

CROTONE , en  Italie,  kpotonîatas  & opo. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font; 

RRRR.  en  or.  ....  . EckheL 

R.  en  argent. 

RR.  en  bronze. 

Son  fViTiboie  eft  un  trép'ed. 

On  voit  quelquefois  fur  fes  médailles  Hercule 

Bibace. 


CRU 


^45 


Le  trépied  eft  peut-être  relatif  à la  gloire  dont 
les  athlètes  Crotoniates  8c  Milon  en  particulier  fe 
couvroient  lî  fouvent  dans  les  jeux  olympiques. 


CROUMA,  efpèce  de  chant  propre  aux  flûtes, 
félon  Poliux  ( Onoma/i.  ir.  10.  '). 

CRUCIirlEMENT.  Le  fupplice  de  la  croix 
étoit  d’ufage  de  toute  ancienneté  chez  les  peuples*' 
d'Afie.  Ce  fut  peut-être  d’eux  que  les  Grecs  & les 
Romains  l'empruntèrent.  Au  relie  , ces  derniers 
ne  le  firent  jamais  fouffrir  qu'à  des  efclaves  ou  à 
des  traîtres  envers  la  patrie.  Tout  le  monde  con- 
noît  le  récit  touchatit  qu’a  fait  Cicéron  du  fup- 
plicc  de  la  croix,  infligé  contre  les  loix.par  l'odieux 
Verrès  à un  citoyen  Romain,  & les  réclamations 
douloureufes  de  cet  infortuné  , qui  ne  ceffoit  de 
crier  : Je  Jais  Citoyen  Romain  , Civis  Romanas 
film. 

La  défenfe  exprelTe  de  mettre  en  croix  un  ci- 
toyen, étoit  rappelée  à delTein,  par  le  fupplice 
du  fouet  infligé  au  coupable  , attaché  à un  pieu 
avant  de  le  cracijier  ; car  ce  n’étoit  jamais  qu'à 
des  efclaves  que  l’on  faifoit  fubir  ce  fupplice  igno- 
m.inieux.  Après  l'avoir  battu  avec  des  fouets  de 
cuir  , on  lioit  fa  tête  & fes  mains  aux  bras  d'une 
fourche  , & on  le  trainoit  avec  le  manche  de 
cette  fourche , en  le  fuftigeant  encore,  au  travers 
des  rues  & des  places  les  plus  fréquentées.  Vaière- 
Maxinae  fait  mention  de  ces  détails  afEigeans 
( 1 . 7.  ) : Autronizis  Maximus  diverberatam  fiervjim 
fiub  fiurca  medio  cîrco  ad  cracem  egerat.  Cette  four- 
che fervoit  de  gibet  au  criminel  condamné  à la 
croix  ; c’eft  pourquoi  les  Écrivains  Grecs  lui  don- 
nent le  nom  de  saufiç,  & les  Latins  celui  de  crax^ 
La  barbarie  des  bourreaux  & des  fpeétateurs  les 
pouffoit  quelquefois  à piquer  avec  des  aiguillons 
les  criminels  attachés  à la  fourche,  foit  pour  hâtée 
leur  marche,  foit  pour  augmenter  leurs  douleurs. 
Plaute  fait  alliifîon  à cette  barbare  coutume  dans 
une  de  fes  comédies  ( Moji.  i.  i.  fi.),  où  l'ors 
appelle  crible  des  bourreaux , un  efclave  digne  du 
dernier  fupplice  : 


O carnlfiïcum.  crîBram  ! qaod  credo  fore  3. 

Ita  te  forabunt  patibulatum  per  vîas 

Stimulis  ^fi  nojîer  hue  revtnerit  fienex. 

Arrivé  au  lieu  du  fupplice,  qui  étoit  toujours 
hors  des  villes,  tel  que  le  champ  de  Mars  à Rome 
( Cic.  pro  Rabîrio  c.  4.  ) , le  criminel  étoit  dé- 
pouillé de  tous  fes  habits;  comme  on  le  voit  dans 
un  paffage  d'Artemidore  ( il.  57.  ) , où  ce  pré- 
tendu interprète  des  fonges  dit  que  les  rêves  dans 
îefqueîs  on  croyoit  être  crucifié  , annonçoiens 
quelque  malheur  aux  gens  riches  , parce  que  l'on 
étoit  dépouillé  de  tout  fur  fa  croix,  & un  ma- 
riage C il-  58  ) proch'in  aux  célibataires  , parcs 
qu'on  eft  hé  fur  le  gi'oet.  Quelques  critiques,  oss 


r 


inrcrer  de-là 


CRU 

, Bc  des  vers  luivans  u Au- 


fone  C Eyd.  ri.  6o.  ) j 

J} evinêlam  pojl  Cerga  manus  , fuajîriclaque  pharuis 


Vinculd.  


que  les  criminels  croient  attachés  à la  croix  avec 
des  cordes  ; mais  Sénèque  fait  une  mention  ex- 
prefTe  des  clous  qui  fervoient  à les  y fixer  ( de  vit. 
beat.  c.  19.  )■•  refigere  fe  crucibus  conentur  , 

in  quas  unufquîfque  vefirûm  davos  fuos  ipfe  adigh. 
Ke  dreffoit-on  la  croix  qu  après  y avoir  lié  le  cri- 
minel , ou  le  lioit-on  à la  croix  drefl'ée  ? Toutes 
ces  circonftatices  peu  irnportsntes  a.  connoitre  ya,- 
rioient  probablement  fuivanc  les  pays  : c eft  ainfi 
que  l’on  voit  dans  Juftin  ( xxti.  7.  9.  ) les  Car- 
thaginois crucifier  Bomilcar  dans  la^  ville  & au 
sailieu  du  marché , contre  1 ufage  ue  toutes  les 

alitres  nations.  , 

On  laiffoit  ordinairement  les  crucifies^  mourir 
de  faim  & de  douleur  ; quelquefois  on  hâtoit  la 
mort  qu’ils  appeloient  à grands  cris , en  leur  per- 
çant le  cœur  avec  une  lance.  Leurs  cadavres  ref- 
toient  attachés  au  gibets  ou  ils  devenoient  la 
proie  des  vautours  : bientôt  la  pourriture  les  fai- 
foit  tomber  en  lambeaux , qui  étoient  enfevelis 
dans  les  inteftins  des  loups  & des  autres  quadru 
pèdes  carnaciers.  Horace  fait  allufion  à cette  trille 
fin  , lorfqu’il  dit  ( Epiji.  i.  lô.  48.  ) : 


iMon  komirtem  occidi  : non  pafees  in  cruce  corvos. 


Un  efclave  dit  aulfi  j dans  une  comédie  de 
Flaute  J oue  fes  ancêtres,  efclaves  8c  malfaifans 
comme  lui , n’avoient  eu  d’autre  tombeau  que  la 
croix  , à laquelle  il  fent  qu’il  ell  aufli  dellmé 
( M-iles.  il.  4.  19-  ) • 


. . . . Scio  crucem  mihi  futuram  fepulcrum. 

Ihi  meî  majores  funt  fui  , pater  , avus  , proavus 
ahavus. 

On  voit  dans  le  Conte  de  la  Matrone  d’Ephèfe 
( in  P etronio  ) que  1 on  plaçoit  quelquefois  des 
gardes  auprès  de  la  croix,  pour  empecher  que  les 
amis  du  crucifié  ne  vinlfent  enlever  fon  cadavre, 
& lui  donner  la  fépulture. 

CRUMATA  , fynonygie  de  crotales , ou  cafia- 
gnettes.  Voyeq^  ce  mot.  Martial  parle  plufieurs  fois 
ç VI.  71.  8c  V.  80.  ) des  danfeufes  de  la  Bœtique 
8c  de  leurs  crumata.  On  danfe  encore  aujourd’hui 
dans  les  provinces  méridionales  de  l’Efpagne  au 
fon  du  même  inllrument , des  caftagnettes. 

CRUPELLARIUS.  Tacite  parle  de  gladiateurs 
pefamment  armés.  Gaulois  de  nation,  8c  appelés 
Crupellarii  ( Annal,  iil.  45.  4*  )• 

SCAmiLUM.  }■  de  l’orchcllre 

avoit  chez  les  anciens  une  fandale  de  fer  ou  de 


CRU 

bois  appelée  Kiin-Ça  , d.ms  laquelle  étoit  une 
paire  de  crotales  on  cafiagnettes  à reiîort.  U bat- 
toic  la  melure  à l’aide  de  cette  fandale,  qui  étoit 
fixée  à fon  pied.  Cette  pratique  étoit  néceüaire, 
à caufe  de  l'étendue  prodigieufe  des  théâtres  an- 
tiques. Un  joueur- de  fl-ùte  régloit  quelquefois  le 
chœur  des  chanteurs  avec  fon  crupe^ium c’eft 
pourquoi  Follux  ( Onom.  x.  33.  ) ^l'appelle  un 
irfrument  des  joueurs  de  flûte.  Ce  même  Ecrivain 
dit  ailleurs,  après  avoir  décrit  le  crupefum.  (r//. 
22.  ) que  les  Béotiens  étoient  des  porteurs  de  cru- 
peqium,  peut-être  parce  que  ce  peuple  étok  chauf- 
fé a\«ec  des  fandales  à femelles  de  bois  épaiffes. 

Les  danfeurs  Romains  s’attachèrent  fans  doute 
quelquefois  un  crupeifum  à chaque  pied , & une 
caftagnette  à chaque  main , pour  marquer  plus 
fortement  la  mefure  de  leurs  airs  de  danfe  ; ce 
qui  explique  les  palTages  d’auteurs  latins , tels  que 
Suétone  {cal.  c.  34.  n^-  6.  ) où  il  ell  fait  mention 
du  bruit  de  plufieurs  crupeqium  ou  fcahillum  : 
Deindé  Caius  repente  magno  tihiarum  ficahillo- 
rum  crepitu  cum  palla  , tutiicaque  talari  profilu.it ^ 

6’c.  . 

On  voit  dans  le  Muféuni  Capitolin  une  llatue 
de  femme  habillée  , que  l’on  a appelée  mal-à- 
propos  Bacchante.  Elle  tient  de  la.  main  droire 
des  crotales,  c’eft-à-diré,  deux  calottes  de  métal, 
appliquées  l’une  fur  l’autre  par  leurs  cotes  con- 
caves. Elle  en  a de  femblables  fous  la  fandax  de 
fon  pied  gauche:  c’ell  le  crupeiium. 

Un  Faune  du  Capitole  eft  au!fi  chauffe  avec 

le  crupeqium.  V'oyeq^  CASTAGNETTES. 

CRUSITHYRE  , air  de  danfe  des  Grecs,  qui 
s’exécutoit  fur  des  flûtes  : on  l’appeloit  auffi  thy 

rocopiqucm 


CRURIFRAGIUM , fupplice  ufîté  chez  les 
Romains , dans  lequel  on  Brifoit  les  cuifles  du 
criminel  fur  une  enclume.  Conttantin  labonc 
( ViAor.  Aurel.  Csfar.  c.  41.  n.  4.  ) aveç  celui  rie 
la  croix:  Conflantinus  vêtus  teterrimumque Jupph- 

cium  patihalorum  , & cruriias  fuffringendis  primuat 

removit. 


CRU  SR  A.  *) 

CRUSTUARIUS.  Crufia  étoit  un  pal» 
CRUSTULARIUS.  } 
frotté  d’huile,  une  efpèce  de  gâteau  ( y 
XX.  2.  ) : de-là  vint  le  nom  de  crajlularu,  don 
aux  pâtiflîers  qui  le  faifoient  ( Senec.  epifi-  5^- 


irnob.  7i.  70.  ;•  -rfiî*'e 

Crufta  défigna  depuis  la  croûte  ou  la  couve  ^ 

e plufieurs  chofes.  Cicéron  ( Uerr.  iv.  ^ 

lelle  de  ce  nom  des  plaques  ou  ornemens 
, des  vafes  de  bronze  ; 8c  Saumaife  ( 
p.  737.6.  E>.)  applique  le 
I l’ouvrier  qui  les  fabnquoit.  Crufte  oei-b  __ 
es  marbres  dont  on  incruftoit  les  “ches  app  ^ 
Tiens.  Le  pavé  d’une  chambre  ou  d’un  enen 


GTE 

Mo^ïST^.’}  défend  aux  femmes  de 

théâtre  Tufage  , d'ailleurs  ordinaire  des^  habits 
défigriés  par  ces  deux  mots,  & qu  il  dit  être  fa- 
briqué d'une  trame  & d’une  chaîne  diverfement 
colorées  J c'eft-à-dire  , d’étoffes  de  couleur  chan- 
geantes , telles  qu’on  en  fabriquoit  avec  de  la 
foie  & du  coton  ou  du  lin  ( Cod.  l.  il-  de  Sce- 
nicis.  ). 

CRYPTOGRAPHIE , l’art  d’écrire  en  chiffres. 
Voye:^  SXEGANOGRAPHIE. 

CRYPOTOPORTIQÜE  J portique  fouterrabj 
de  K^'jTrToç f caché  J,  6tC- 

CRYSTALLOMANTIE.  Foyei  Crystallo- 

MONTIE. 

CTEATüS.  Foyei  Molionibes. 

{^'T’pTC  ‘S 

KTEis  ' t donnoit  dans  les  myftères 

d’Eleufis  ce  nom  à la  repréfentation  des  parties 
fexuelles  des  femmes  ^ que  l'on  y joignoit  au 
fhalius. 

CTEMENÆi  Foye:j^  Ctimenæ. 

CTESIPHON  , fur  le  Tygre. 

Gokzius  feul  a attribué  des  médailles  impé- 
riales grecques  a cette  ville. 

CTESIUS  f , 1 T • 

KTHSIOS  Ç lequel  Jupiter  etoit 

adoré  à Athènes  , où  il  avoir  une  fiatue  dans  le 
rréfor  public  ( Suidas  ).  On  lui  offroit  fous  ce  nom 
de  l’ambroifie,  c’eft-à-dirCj  félon  Athénée  (/. 
toute  forte  de  fruits  avec  du  lait  & de  l’huile. 
Kr-iV^sr  veut  dire  celui  qui  préfide  aux  poffeffions. 

CTIMENÆ , ou  Ctbmxnæ  , en  Theffalie. 

XTIMENOS&  KTH. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 
RRRR.  en  argent.  . . . Pellerin. 

RRRR.  en  bronze.  . . . Hanter. 

O.  en  or. 

CUBA  J Divinité  Romaine,  qui  avoir,  dît-on, 
foin  des  enfans  loiTqu’ils  étoient  couchés  , & 
qu’on  invoquoit  pour  les  faire  bien  dormir.  Son 
nom  venoitdu  mot  latin  cabo  , je  fuis  couché. 

CUBICULARI  Cifaris  ( Avejîe).  Muratori 
(901.5'.  TAef.  Infcript.')  rapporte  i’iafcription 
fuiyante  ; 

D.  M. 

T.  FLAVIO.  AUG.  1. 

CAES.  A.  VESTE.  CUBICÜLAR. 

FLA.VIA.  TRÎPHENE 
PA.TRONO  SUO 
BENEMERENTI  FEClT 
ET.  SIBI.  ET.  SUIS 
POSTÊRISQ. 

ÏK.  FR.  P.  X.  IN.  AGR.  P.  XII. 


C U 3 2 4'^ 

Cet  affranchi  croit  chargé  du  foin  de  la  robe- 
de-ch-ambre  de  Vefpafien.  Foyc^  Déshabillé. 

CUBICULO  iA).  \ f.  . 

CUBICULARIUS.  j 

gnent  un  valet-de-chambre.  On  trouve  fur  les  inf. 
criptions  j à cubiculo  Homïtîani  Aug. ....  Ti, 
C&faris.  ...  & à cubiculo  domûs  Augufts,  ( Mura- 
tori^  908.  9.  ).  Ces  doincitiques  des  Empereurs 
jouirent  d’un  crédit  plus  ou  moins  grand  , félon 
l’ineptie  ou  le  génie  de  leurs  maîtres.  Ils  furent 
tout-puiffans  fous  Caligula  ( Philo,  de  legatîone  )_, 
& fous  Commode  , qui  n’agifToir  que  par  leur 
impullîoa  , ex  nutu  cubiculariorum  omnia  femper 
fecerat  Commodus  ( Lamprid,  c.  îj.  )-  Ils  devin- 
rent commandans  des  armées  ; tel  fut  Narsès  : 
Eodem  tempore  mijît  Imperator  Jufilnianus  2\ar- 
fetem  eunuckum  , <&  cuhicularium  fuum  in  Ita^ 
liam.  . . . (^Anafias.  in  FirgiliOi')i 


CUBICULUM  délîgnoit  proprement  chez  les 
Romains  la  chambre  dans  laquelle  iis  couchoient 
( Farr.  de  ling.  latin,  iv.  tj.).  Ce  nom  fut  aufS 
donné  au  balcon  ou  loge  dans  laquelle  les  Empe- 
reurs afîilloient  aux  jeux  publics.  Jules-Céfar  s’eii 
fit  conftruire  une  dans  l’orchefire  ( Suet.  Jul.  c. 
j6.  n.  1.') , & fes  fucceffeurs  confervèrent  cette 
diftinélion.  On  l’appela  fuggeflus  tant  qu  elle  con- 
fifta  en  un  fimple  échaffaut,  & cahiculum  lorfqu’on 
l’entoura  de  rideaux  qui  en  déroboient  l’intérieur 
à la  vue  des  fpeâateurs  voifîns.  Pline  ( Paneg.  c. 
51.  /Z.  4.  ) loue  Trajan  d’avoir  fupprimé  ces  ri- 
deaux, & d’avoir  permis  à tous  fes  fujets  de  l’ob- 
ferver  félon  leurs  délits. 

CÜBISTIQÜE.)  _ ^ 

KTBîSTHTHP.  > Lcs  Grecs  divifoient  la  danfe 
iCrBISTHP.  J 

en  trois  efpèces  , la  fphérillique  , l’orchefirique 
& la  cubijiique  3 KôS:JlSirts.  Celle-ci  confiftoit  ea 
fauts  , en  tours  de  force  , & fur-tout  à marcher 
fur  les  mains. 

Paciaudi,  favant  Théatîn  , a fait  un  Traité  fur 
la  cubiftique  ( Roms,  1756.  de  athletarum. 

KYBISTHSEI),  & le  Comte  de  Caylus  en  a parlé 
favamment  à l’occafion  d’une  petite  figure  de 
bronze  qui  marche  fur  fes  mains  ( Rec.  ul, 
page  273.  ) Voici  fes  obfervations  : 

« Les  mouvemens  déréglés  des  faivans  de  Bac- 
chus  , s’éloignent  peu  des  tours  de  force  ; nous 
favons  par  les  Auteurs  que  les  anciens  en  ont 
aimé  le  fpeétacle  ; il  eft  donc  agréable  de  trouvée 
une  preuve  inconteftable  de  leur  goût  & d’une  pra- 
tique confervée  jufqu’à  nous  5 il  eft  encore  plus 
fingulier  de  voir  que  cette  pratique  eft  exafte.menc 
conforme  à celle  de  nos  jours.  Ces  raifoiis  m’ont 
engagé  à donner  le  defiein  de  cette  figure,  qui 
marche  fur  les  mains  , & qui  porte  un  tonnelet 
pareil , à peu  de  chofe  près,  à celui  que  nos  fau- 
teurs & nos  voltigeurs  portent  encore  aujourd’hui. 
Je  l’ai  fait  dcffuier  de  trois  cotés  , pour  montrer 


245  CUC 

]a  relîemblance , & pour  faire  juger , par  la  fim-  j 
p!e  vue,  de  IVbus  que  les  Grecs  ont  fait  eux- 
mêmes  de  rétabüfièment  de  leurs  gymnafes.  Ces 
Grecs,  qui  plaçoient  la  danfe  au  rang  des  mar- 
chés militaires  , la  prolb'tuerent  aux  baladins  5c. 
aux  gens  les  plus  méprifables  , fans  même  lui  faire 
changer  de  nom.  Cet  art,  qui  règle  les  mouve- 
mens  du  corps,  & qui  les  rend  juftes  Se  agréables, 
fut  divifé  en  quatre  principaux  genres  , relative- 
ment aux  cérénaonies  de  la  religion  , aux  exercices 
de  la  guerre  , aux  rpeftacles  des  théâtres  ; enfin 
aux  noces,  aux  feftins , Se  aux  réjouiflTances  fem- 
biabies.  Ainfi  la  cubiftique  , ou  l art  de  faire  des 
fauts  Se  des  tours  de  force,  étoit  admis  dans  la 
Grèce;  mais  Hérodote  {Uv.  vi,yers  la  fin)  nous 
prouve  le  peu  de  cas  que  fou  faifoit  des  fauts  en 
eux-mêmes.  Se  de  ceux  qui  les  executoient,  en 
nous  apprenant  l’hiftoire  de  Ciiftene , qui  refufa 
fa  fille  à Hippodide  , pour  avoir  fini  fa  danfe  par 
des  poftures  femblables  à celles  de  cette  figure. 
Le  Père  Paciaudi  a rapporté  une  figure  abfolu- 
ment  pareille  à celle  de  ce  numéro.  11  Ta  tirce  du 
cabinet  des  Jéfuites  de  Rome.  « 

Le  même  favant  Comte  parle  encore  de  la 
cubiftique  dans  un  autre  endroit  iibid.  pi.  ii- 
n=.  4.  ) au  fujet  d’une  pierre  gravée  étrafque. 

cc  Ce  monument  étrufque  pourroit  prouver  que 
les  Grecs  avoient  corrompu  les  étrufques  dans  les 
exercices  de  la  gymnaftique  ; car  enfin  c eft  ici  un 
tour  de  force  qui  confiftê  à fauter  en  avant  .ou  en 
arrière,  6c  peut-être  fuc-eefl'ivement_de  l’une  Sc 
de  l’autre  façon  , par-defias  trois  pointes  un  peu 
courbées  àdeur  extrémité,  & placées  fur  une  ter- 
raOé  qu’elles  occupent  en  entier;  pour  ne  lailier 
aucun  dor  , fur  l’aétion  , le  faut  & les  efforts 
quelle  exige  ne  peuvent  être  plus  parfaitement 
rendus  : les  tnain's  du  fauteur  font  enveloppées 
dans  des  efpèces  de  gants  , que  le  P.  Paciaudi  a 
regardés  comme  des  fers  de  lance.  Ces  ^gantelets 
pmirrcient  faire  croire  que  les  lances  étoient  tran- 
chantes, & que  le  fauteur,  en  cas  de  chùre , de- 
voir être  en  état  de  les  toucher  fans  incouvenieni-, 
Je  ne  puis  rien  dire  de  ce  faut  véritablement  pé- 
rilleux. » 

Le  nom  de  la  cubiftique  etoir  grec  , 8c  vesoit 
de  , le  faute  ou  je  marens  ft-r  la  tête. 

ïLwbfftf  étoit  le  fauteur, 

dUBIT  , tnefure.  Voye\  Coudée. 

CUCLÎEN.  Maxime  de  Tyr  parle  d'un  mode 
cuclien  propre  aux  Aîhéaiens. 

1 Ces  deux  noms  font  fynony- 

Eies  de  veftis  cucullüta  , Sr  par  contraftion  de' 
euculla.  -Ils  défignoient  un  manteau  garni  d’un  .ca- 
puchon , tel  que  le  porte  ordinairement  Télel- 
phore  , fils  d’Efculape  , Dieu  des  Convalefcens, 
6;  tels  que  l’on  en  voit  fux  plufieurs  nionumens 


C U D 

antiques  cités  dans  les  articles  Bardocucullus 
& Capuchon.  Les  voyageurs  & les  fo!d.îts  fe 
couvroient  ordinairement  du  cucullio  ; c’eft  pour- 
quoi Capitolin  l’appelle  viatorius , {ver.c-  4.)  ut 
vagaretur  nocle  per  tabernas  ac  lupanaria  , obteâo 
capite  cucuUione  vulgari  viatico.  Comme  il  enve- 
loppoit  tout  le  corps  , & couvroit  la  tête  entière  , 
il  fut  adopté  à Rome  par  les  débauchés,  qui  crai- 
gnoient  d’être  reconnus  dans  leurs  courfes  de 
nuit  : de  - là  vient  l’épithète  nocturne  que  lui 
donne  Juvénal  {Sut.  vi.  v.  118.): 

Sumere  noElurnos  meretrix  Augufta  cucullos. 

Lorfqus  les  amphitéâtres  ou  les  théâtres  n’étoienî 
pas  couverts  par  une  vafte  tente , les  fpeélateürs 
s’envelcppoient  quelquefois  dans  un  eucullus ^ afin 
de  fe  garantir  du  froid  & des  intempéries  de  l’aiï 
( Martial,  r.  14.  6.  ) : 

Tllic  eueullo  vrofpicit  caput  te  Bus  y 

Ocuioque  tuaos  fpeBat  indecens  uno. 

Dans  les  campagnes , les  efclaves  deftines  aüS 
travaux  de  l’agriculture , attachoient  aleuryl'i’j.m, 
ou  sroffe  tunique,  un  cucullus  ou  capuenon.  Co- 
lumelle  le  dit,  en  pailant  de  leur  habillement 

( de  re  rufticâ  I,  8.  ) : Familiam munl.am, 

diligenter  d venta  .frigore  , pluviuque  , que.  cunâa. 
prohibentur  pellihus  manicatis  , centonibus  confet- 
tis , vel  /agis  eacuLlutis  , au -lieu  de  cuculhs, 
félon  la  correction  de  Raynaud  ( de  PU.  feB.  xr.  ■. 

Le  cucullus  n étoit  pas  toujours  attaché  au  man- 
teau; on  le  portoit  quelquefois  feul.  Martial  dit 
(^xiv.  152.)  à fon  ami  qu’il  n’eil  pas  affez  riche 
pour  lui  fai  préfent  d’une  lacema_ , c’eft-à-dire, 
d’un  manteau  avec  capuchon , mais  qu  il  lui  en- 
voie celui-ci  tout  fçul  : 


Si  pojfensy  totas  caperem  mifijfte  lacernas  : 

N une  tantum  capiti  munera  mitto  tuo. 

C’étoit  ainfi  que  fon  couvroit  la  tête  & les 
épaules  des  enfans  à la  mamelle  , avec  un  cucu  - 
lus , cour  lespré‘''erver  du  froid.  Caflien  {deh..oi  . 
Monach.  ç.  4.  ) & Micéphore  (i.v._i4-l  compa- 
rent les  capuchons  écourtés  des 
lus  des  enfans , que  le  dernier  afilmile  a la  ua  • 

Voyex^  ce  mot.  Voyei  auffi  BaRDOCUCULIUS  a. 

Capuchon. 

eVeUMA,  \ à faire 

bouillir  des  liquides.  Pétrone  en  fait  mention 
deux  endroits  de  fon  roman  (c.  96.  Se  c.  95-  ) 

CUCUPHOMORPHUS  , \ i^culus.  Voyc^ 
KOYKOÏ^  OKE<î>AAOS  , > 

charrue,  cVFO. 


C U î 

CUDO.  Silius  Iraîicus  défigne  par  ce  nom  aâ 
cafque  ou  bonnet  de  peau  C v-m-  494-  ) : 

Capiü  cudone  ferma 

Sat  cantum, 

CUILLER.  Le  Comte  de  Cayîus  ( iîec.  iL  pl. 
laj.  7-  ) dit:  ce  Cette  petite  cuiller  étroite^ 
pointue  & formée  comme  une  teuiile  de  fau.e  , 
fervoitj  félon  l'opinion  commune  , à recuesllir  les 
larmes  des  pleureufes  aux  enterremeiis.  J'en  ai  vu 
de  beaucoup  plus  larges  5 mais  toujours  d une  au- 
tre forme  & d'un  plus  grand  volume.  Je  fais  que 
plulîeurs  Antiquaires  font  revenus  de  cette  idée  > 
ils  ont  peut-être  raifon.  Mais  que  mettre  à la  place 
pour  rendre  compte  de  ces  petits  infîrumens  ? ” 

On  voit  dans  le  cabinet  de  Ste  Geneviève  plu- 
iîeurs  de  ces  cuillers  qui  ont  été  trouvées  dans 
les  cendres  des  urnes  antiques.  L’ufage  que  j'ai 
alîîgné  aux  vafes  appelés  û improprement  lacry- 
matozres  ( V^oye:^  ce  mot  ) peut  être  affigne  de 
même  aux  petites  cuillers  qui  les  accompagnent 
dans  les  tombeaux.  Elles  fervoient  à puifer  dans 
un  grand  vàfe  pour  verfer  enfuite  dans  les  petits  ^ 
c’eil-à-dire  , daes  les  lacrymatoires , les  liqueurs 
oderiféranccs  & les  parfums  que  les  afliftans  ré- 
pandoienr  fur  toutes  les  parties  du  bûcher  fu- 
nèbre. 

CUIR  & de  CARTON  (Monnoies  de).  Æf- 
chine  (Socr.  dial,  il,  c.  24)  & Ariftide  nous  ap- 
prennent que  les  Carthaginois  fe  font  fervis  de 
monnoies  de  cuir  ; les  Romains  commencèrent 
par  fe  fervir  de  monnoies  de  terre  cuire  & de 
tuir.  Cette  dernière  a été  appelée  ajfes  feorteij 
elle  étoit  en  ufage  à Rome  avant  le  règne  de 
Numa,  fuivant  le  témoignage  de  Suetone,  cité 
par  Suidas- (iC  AWaf/a.L  L'Auteur  anonyme  du 
petit  Traité  de  Rebus  Bellicis  , imprimé  à la  fuite 
de  la  Notice  des  deux  Empires,  ajoute  qu’on  im- 
primoit  une  petite  marque  d'or  fur  ces  pièces  de 
euir  Qi»!  tenoient  Iku  de  monnoic  dans  le  com- 
merce, Formatas  è coriis  orbes  , aura  modico  figna- 
tÿcrunt.  Enfuite  Numa  introduifitl'ufage despièces 
de  bronze,  qu'on  prenoit  au  poids,  en  échange 
des  marchandifes  & des  denrées  ; cela  dura  juf- 
qu’au  temps  de  Servius  Tullius,  qui  le  premier  les 
fit  frapper,  & y fit  graver  une  certaine  marque. 
On  peut  voir  ce  qu’ont  dit  lur  ce  fujet  Saumaife 
(de  Ufur.p.  443. /ejo.)  & Sperüngius  {de  Num. 
non  cuf.  p.  loi.  feqq.  Ù 2ZI.  ).  On  vovoit.dans  la 
Colledlion  de  Jobert  des  fols  de  cette  efpèce,  bat- 
tus fur  le  cuir,  que  la  néceflité  avoir  obligé  les 
Eîollandois  de  frapper  pendant  leur  guerre  contre 
les  Efpagnols.  Patin  ( Hifl.  des  Med.  p.  54.  ) a 
aufiî  fait  graver  une  monnoia  de  carton  frappée  à 
Leyde  en  1574  pendaneque  les  Efpagnols  tenoient 
cette  Ville  affiégée. 

Philipne  de  Comine  dit  qu’après  les  grandes 
levées  d’argent  faites  pour  la  rançon  du  Roi  Saint 
Antiquités  3 Tome  JJ, 


C U I 245 

Louis , on  fut  oblige  de  fe  fervir  en  France  d’une 
monnoic  de  cuir  dins  laquelle  il  y a voit  feuîem.enc 
un  clou  d'argent  rivé  dans  le  milieu  , 3c  marqué 
d'une  fleur-de-lys. 

Cuir,  peaux  & parchemiiT. 

« Quoique  l’antiquité  , difent  les  Auteurs  de 
la  nouvelle  Diplomatique  , confiât  fouvent  la 
confervation  de  fés  titres  aux  marbres  & aux  mé- 
taux, & que  les  Modernes  en  ufent  encore  quel- 
quefois de  même  5 on  peut  prefque  réduire  la  mai 
tière  des  Diplômes  aux  peaux  & aux  papiers.  On 
écrivit  certainement  fur  des  inteftins  d élephans 
& d’autres  {Paieogr.  p.  lé.  Ifdor.  lib.  6.  cap.  ilf 
animaux  j mais  on  ne  montre  nulle  charte  en  cette 
matière.  » 

“ S’il  ne  fe  trouve  point  de  Diplômes  fur  des 
inteftins  de  reptiles,  ce  n’eft  pas  qu'au  rapport  ds 
Cédrène  (rom.  i.p.  351.  edit.  Parif.  1647.)  & 
de  Zonare  Annal,  tom.  2.  L 14-  p-  edit, 
Parif.  1687.)  dans  l'incendie  arrivé  à Conftanti- 
nople  fous  l'Empereur Eafilifque,  il  n’y  eût  un  in- 
tertin  de  ferpenc  confumé  par  les  flammes  , fut 
lequel  l’Iliade,  TOdylTée  d'Homère  & les  exploits 
des  Héros  fe  voyoient  en  lettres  d'or.  Mais  on  a 
lieu  de  fe  défier  de  tout  ce  qui  n’eft  attefté  que 
par  des  Grecs  quand  ils  ont  vécu  comme  Cédrèns 
& Zonare  bien  des  fièclss  après  les  faits  qu'ils 
nous  racontent.  « 

« Puricelli  fetnble  mériter  plus  de  créance  lorf. 
que  dans  fes  monumens  de  l'Eglife  Ambrolîenne 
de  Milan  {p.  282  & feqq-)  ij  nous  fait  connoître 
l’original  d'un  Diplôme  de  Hugue  SedeLothairej 
Rois  d’Itaiie,  écrit  fur  la  peau  de  poiflbn.Il  porcs 
le  même  jugement  de  plufieurs  Diplômes  de  Rois 
& d’Empereurs,  & meme  de  quelques  titres  du 
quatorzième  fiècle.  Peut-être  qu'en  y regardant 
de  plus  près  on  découvriroit  un  plus  grand  nom- 
bre" de  chartes  de  cette  nature.  Celles  dont^on  a 
connoiflance  ne  lailTent  pas  d’être  comptées  à boa 
droit  parmi  les  raretés  àes  archives.  « 

“ Cependant  Murarorî , non  content  de  révo- 
quer (^Antia.  Italie,  tom.  3.  Differt.  34.  col.  34.) 
en  doute  ou  même  de  nier  qu'il  exifte  dans  les  ar- 
chives de  i’Églife  Ambrofienne  des  chartes  de 
peau  de  poiflon,  propofe  aux  Naturaîiftes  cette 
queftion  à réfoudre  : favoir  fi  les  poiffons  ont  un 
cuir  dont  on  puiîTe  faire  du  parchem!n._  II  ne 
feroît  pas  impofllble  que  Furiceiîi  eût  pris  pour 
despeLx  'de'poiffon  des  parchemins  d’une  autre 
nature  que  ceux  qui  remphilent  oruinaiiemen.  nos 
archives.  Nous  en  avons  trouvé  d’une  moIjelTe  ex-, 
trême  qui  ne  venoit  point  a humidité , mai^d  une 
préparation  , & peut-être  d’une  origine  ditxérents 
de  celle  du  commun  des  parchemins  Au  refte  , il 
femble  difficile  d'allier  l’eftime  qu'on  témoigne 
pour  Puricelli  avec  refpèce  de  démenti  qii  on  lui 
donne  fur  l’exiftence  de  faits  dont  il  prétend  avoir 
eu  les  monumens  fousl  es  yeux  Si  1 on  vouloir 
oppofer  autorité  à autorité,  du  moins  faUoit- il 
dire  qu’oc  aurait  vu  le  Dlpôlaae  des  Rois 

I 4 


1^0  C U I 

& Lothaire,  qu’il  eft  réellement  de  parchemin 
ou  de  quelqu  autre  matière  fort  dihingueî  de  la 
peau  de  poiflbn  ^ & que  ks  autres  chartes  fem- 
blables  de  Rois  d’Empereiirs,  dont  Puricelh  Ce 
déclare  témoin  oculaire j apres  un  fcrieux  cxa- 
îr=enj  ont  paru  n’avoir  rien  de  commun  avec  cette 
peau.  Au  lieu  de  cela , Muratori  allègue  pour  preuve 
de  leur  non  - exiftence  qu  il  n a pas  vu  ces  pièces. 
Encore  s’il  nous  avoit  affuré  que  tous  les  titres 
de  ce  Chartrier  lui  avoient  pafle  par  les  naains , 
peut-être  auroit-on  moins  de  répugnance  a s en 
rapporter  à un  argument  négatif-  préférablement 
à un  autre  qui  dans  l’égalité  des  circon{ta.nces 
devroit  l’emporter.  Ce  fera  donc  porter  Ja  defe- 
rence  aufli  loin  qu’elle  pourra  aller  pour  1 autorité 
de  Muratori , que  de  regarder  la  queftion  comme 
indccife  fur  l’exiftence  des  monumens  qui  le  déter- 
minent à contefter  en  général  celle  des  chartes  en 
peau  de  poiffon  ; £r  adkuc  fub  juaice  lis  ejl.  » _ 
c:  Les  cuirs  des  animaux  paffés  rccevoient 
l’écriture  du  côté  qu’ils  étoient  dépouillés  de  leurs 
poils.  Allatius  ( Animadverf.  in  antiq-  Etrufc. 
fragm.  n.  63.  p.  114.)  dit  avoir  vu  dans  les  Bi- 
bJiothèques  de  Grèce , d’Italie  & d Allemagne 
plulîeurs  vo’umes  ou  rouleaux  en  caiVqui  portent 
des  caraélères  hébraïques  fans  points.  Les  diverfes 
pièces  qui  les  compofent  ne  font  point  collees, 
mais  feulement  coufues  enfemble.  L ufage  de  ces 
rouleaux  elf  aifez  général  chez  les  Juifs.  Leurs 
fynagogues  en  pourroient  fournir  bien  des  preu- 
ves. Mais  fans  y av'oir  recours,  on  en  trouvera 
dans  la  Bibliothèque  du  V atican.  ( Ihid.  ) , dans 
celle  du  Roi , dans  les  villes  de  Livourne  & de 
Bologne  en  Italie.  ( PaUograpk,  c.  1.  pag.  17. 
Maffei  , Iftor.  Diplom.  p.  73.)  ” _ 

« On  conferve  dans  le  Couvent  de  Saint  Do- 
minique de  Bologne,  dans  un  reliquaire  ferme 
fous  deux  clefs,  dont  l’une  eft  gardse  par  le  Sénat 
de  la  Ville , & l’autre  par  les  Religieux , les  deux 
Livres  d’Efdras  écrits  fur  un  rouleau  de  cuir. 
L’Auteur  de  la  Bibliothèque  du  Vatican  (p.  3^4’ 
aof.)  ne  craint  pas  d’avancer  que  ces  Livres  font 
de  la  main  d’Efdras  même.  Mais  il  faudroit  des 
preuves  bien  fortes  pour  conftiter  un  fait  fi  Sin- 
gulier. On  montre  dans  la  Bibliothèque  des  C^ha- 
noines  Réguliers  de  Saint  Sauveur  de  la  meme 
Ville  un  autre  rouleau  en  cuzV,  contenant  le  Livre 
d’Etther  dans  fa  langue  originale.  » 

« Pétrarque  habillé  d’une  fimpk  ^ ( EçaTze. 
Bouhi.  eug.  lib.  i.)  vefte  de  cuir  paffé  écnvoit 
fur  elle  les  penfées  qu’il  craignoit  de  perdre  à pro- 
portion qu  elles  fe  piéfentoient  à fon  efprit  Cette 
vefte  pleine  d’écritures  & couverte  de  ratures  étoit 
encore  en  152.7  confervée  & refpeéVée  comme  un 
monument  précieux  de  Littérature  par  Jaque  Sa- 
doler,  Jean  Cafa  & Louis  Bucatello  , norns  fa- 
meux dans  la  République  des  Lettres-  La  vénéra- 
tion qu’on  avoit  pour  les  Livres  de  S Athanafe 
faifoitdireàun  Abbé  {Prat.  fpirit.  cap.  40.  ) qu  au 
défaut  de  papier  il  falloit  les  écrire  fur  fes  habits.  »» 


C U I 

« Ulpien,  au  trente-deuxième  Livre  du  Diseflg 
(§.  3.  leg.  52.)  ne  diftingue  pas,  comme  l’a'' cru 
D.  Mabillon  {De  re  DipL.  Lib.  1.  cap.  8.  n.  x.)^  [g 
parchemin  du  cuir.  Au  contraire , il  entend  par 
ce  dernier  la  peau  de  certaines  plantes,  auffi-bieti 
que  celle  des  animaux  ; mais  il  fait  réellement  ail- 
leurs {D.  lib.  37.  tit.  I.leg.i.)  cette  diftinâlion. 
Notre  favant  Bénédidtin  aflure  qu’on  s’ eft  rare- 
ment fervi  de  cuir  pour  drefler  des  chartes,  fi 
cependant  on  en  a jamais  fait  cet  ufage.  Celapour- 
roit  avoir  befoin  de  cuelq-ae  reftriaion  par  rap- 
port aux  temps,  aux  lieux  & aux  perfonnes.» 

« L’ufage  d’écrire  fur  les  peaux  eft  fi  ancien 
qu’en  ne  fauroit  en  aflîgner  l’époque.  Pline  THif- 
torien  marchant  fur  les  traces  de  Varron  attribue 
à Eumène,  Ro'  de  Pergame  en  Afie,  l’invention 
du  parchemin  Ifidore  de  Séville  n’en  fait  pas  re- 
monter ( Orig.  lib.  G.  cap.  il.  ) plus  haut  l'origine. 
Guilandini  réfute  {Papyr.  memh.  VI.  pag.  91.  & 
/e^.  ) les  deux  premiers  '.car  il  ne  parle  point  du 
troifîème  ) par  l’autorité  de  Jofeph  M. 

lib.  iz.  cap.  2.),  & mieux  par  celle  d’Hérodote 
(In  Terpfickore,  lib.  5.  ca.p.  58.),  qui  dit  que  les 
Ioniens  au  défaut  de  papier  d Egypte  fe  fervirent 
de  peaux  de  chèvre  & de  mouton,  & que  de  fon 
temps  plufieurs  Barbares  ecrivoient  encore  fur  ces 
fortes  de  peaux.  » 

« Les  anciens  Perfes , au  rapport  de  Diodore 
(Lib.  2.)  de  Sicile  & de  Ctéfias,  écrivoient  fut 
des  peaux  ou  des  parchemins  les  annales  de  leur 
nation.  Il  femble  donc  du  premier  coup-d  œilqus 
Varron  Se  Pline  font  tombés  dans  une  meprne 
bien  marquée  ; mais  ne  pourroit-on  pas  fuppoieî 
qu’ils  n’auroient  point  prétendu  fixer  aux  régnés 
d’Eumène  & de  Ptolémée  Phihdelphe  l ufage 
d’écrire  fur  les  peaux,  mais  feulement  la  , 

du  parchemin  tel  que  nous  le  faifons  aujourd  nui  • 
Il  auroit  même  pu  arriver  que  cet  art  auroit  p uto 
été  apporté  des  pays  barbares  qu’invente  a e - 
game.  Perfectionné  dans  cette  \ üle , d 7 
pris  faveur,  & de  là  fe  feroit  répandu  de  toutes 
parts.  C’en  étoit  aflTez  pour  lui  faire  impo 
nom  (Hieron.  Epift.  ad  Chrom.')  de 
Voflius  ne  (De  arte  Gram.  lib.  1.  _ 

s’éloigne  pas  beaucoup  de  cette  maniéré 
cilier  toutes  chofes.  » • . 

et  Ce  que  nous  difons  du  parchemin^ 
au  vélin , qui  n’en  diffère  que  parce  qu  1 ^ 
peau  de  veau,  au  lieu  que  1 uu^te  el  P 
mouton.  On  poliflb-t  l’un  _&  1 autre  • ^’en 
ponce.  Les  premiers  ouvriers  en  ,rîg-. 

favoient  fabriquer  que  de  launatre  5^  jelui 
lib.  6.  cap.  I.  ).  On  trouva  le  feertt  , r jiffoit 
donner  de  la  blancheur  ; mais  comrne  1 ^ 

aifément , & que  d’ailleurs  il  fatiguo 
cette  decouverte  eut  peu  de  fucces.  ” 

« Indépendamment  du  nouveau  le  jrche- 
tinguoit  autrefois  ( Ib:d.  ) trois  Cortès blauc 
n-.ins,  le  blanc,  le  jaune  & le  ’aeusco*'- 

l’étoit  par  nature,  U ^ 


GUI 

leurs  partagées  fur  chacun  des  côtés  de  les  feuilles. 
De  là  ce  vers  de  Perfe  : 

Jam  liher  & pojstis  hicolor  membrana  capillis. 

Le  parchemin  de  couleur  de  pourpre  étoit  pour 
Tordinaire  également  teint  des  deux  côtés,  deftiné 
à recevoir  des  lettres  d^’or  & d’argent.  On  a non- 
feulement  écrit  des  Livres  facrés  , & fur-tout  des 
Vîs,zxxûsxs(,liieron prolog.  in  Job.)  en  parchemin 
pourpré,  rnais  nombre  de  Bibliothèques  & de 
Tréfors  d’Égîifes  renferment  d’anciens  Miffels  où 
le  vélin  couleur  de  pourpre  eft  prodigué  avec  plus 
ou  moins  de  profulîon.  Quelques-uns  même 
n’offrent  que  des  feuilles  teintes  en  pourpre , fans 
aucun  mélange  de  feuilles  ordinaires.  Nous  n’avons 
point  vu  de  Diplômes  ainlî  colorés.  Quoiqu’il  en 
îcxifte quelques-uns,  on  peut  dire  qu’ils  font  affez 
rares.  Voilà  tout  ce  que  nous  avons  à remarquer 
fur  la  nature  & les  efpèces  de  parchemin.  L’an- 
cienne manière  de  le  fabriquer  ne  diuéroit  en  rien 
c’eifentiel  de  la  nôtre.  Nous  allons  donc  nous  bor- 
ner à l’ufage  du  parchemin  par  rapport  aux 
chartes. 

« Si  les  plus  anciens  manuferits,  confervés  juf- 
qu’à  préfenr,  font  en  parchemin,  ,les  plus  anciens 
Diplômes  font  auflî  en  papier  d’Égj'pte.  On  n’a 
découvert  en  parchemin  nulle  charte  antérieure 
au  fixième  fiècle.  Faute  d’avoir  été  affez  au  fait 
delà  matière  fur  laquelle  fe  trouvent  écrits  quel- 
ques Diplômes  de  nos  Rois,  Mafféi  ( Diplom. 
pag.  8o.)  recule  jufqu’au  huitième  fiècle  le  com- 
mencement de  l’ufage  de  faire  fervir  le  parche- 
min à l’expédition  des  chartes,  & fon  progrès  au 
règne  de  Didier,  Roi  des  Lombards:  en  un  mot, 
dit-il,  on  n’a  point  encore  vu,  que  je  fâche,  de 
Diplôme  original  en  autre  matière  qu’en  papier, 
avant  l’an  700  ; mais  il  auroit  appris  qu’on  en 
avoir  vu  s’il  eût  jeté  les  yeux  fur  les  pages  580 
& 472  de  la  Diplomatique  de  D.  Mabillon.  Du 
refte  , il  eft  jufte  d’applaudir  à la  fageffe  de  fa  cri- 
tique. Loin  de  tenir  pour  faux,  félon  la  méthode 
de  certaines  gens,  tout  Diplôme  en  parchemin, 
dont  la  date  précéderoit  le  huitième  fiècle  , parce 
■qu’il  n’en  avoit  vu  aucun,  ou  qu’il  croyoit  que 
les  autres  Antiquaires  n’avoient  pas  été  plus  heu- 
reux dans  leurs  recherches  ; il  ne  nie  pas  qu’il  ne 
s’en  puiffe  trouver,  ni  qu’on  écrivît  quelques 
chartes  fur  cette  matière.  Convaincu  par  le  témoi- 
gnage des  Auteurs  & le  langage  muet  des  manuf- 
ents  en  parchemin,  il  fe  contente  de  juger  qu’or- 
dinairement  on  le  deftinoit  pour  les  livres,  & le 
papier  pour  les  aûes  publics.  La  propofition  eft 
trop  raifonnable  pour  que  nous  faffions  diSculté 
d’y  fouferire  dans  toutes  fes  parties.  » 

« Quoique  l’Italie  l’emporte  fur  la  France  & 
l’Angleterre  pour  les  antiquités  qu’elle  tire  de  fon 
fein  , il  réfulte  de  l’aveu  du  favant  Marquis  que 
ces  deux  Royaumes  ont  fur  elle  l’avantage  de  pôf- 
Léderpluileurs  Diplômes  originaux  en  parchsmig 


GUI  251 

du  feptième  fiècle.  Avouons-le  cependant;  ni 
1 Angleterre  {Hîckes  Ling.  vet.  fept.  chef,  pr&fat. 
pag.  32.),  ni  l’Allemagne  ( Ckroa.  Godwici. 
tom.  1.  p.  82.  ) n’employèrent  jamais,  pour  dreffec 
leurs  aéles,  le  papier  d’Égypte  ou  de  coton.  Le 
parchemin  fut  l’unique  matière  dont  elles  firent 
ufage  avant  la  découverte  du  papier  de  chiffe. 
Ainlî  en  fuppofant  que  le  judicieux  Gudenus 
{Sylloge  varier.  Diplomat.  praf  pag.  2.)  n’aura 
eu  en  vue  que  fa  patrie  , il  aura  pu  établir  cette 
règle:  qu’avant  l’an  1280  tous  les  Diplômes  Sc 
Ades  de  quelque  nature  qu’ils  foient  font  e* 
parchemin.  » 

“ De  plufieurs  pièces  de  parchemin  attachées 
enfemble  on  formoit  des  rouleaux  appelésvm lûmes 
lib.  6.  cap.  12.)  a volvmdo ^ OU  rôles  à 
rotâ,  ou  cylindres  â-so  [Laert.  inEpicurS)^ 

parce  qu’ils  en  empruntoient  la  forme  , & que  les 
bâtons  fur  lefquels  on  les  rouloit  étoient  réelle- 
ment de  petits  cylindres  de  bois,  de  corne  (^Mar- 
tial. Lib.  il.  Epigram.  02.),  d’os,  d’ivoire,  de 
verre  ou  de  quelque  métal.  Les  bouts  en  étoient 
terminés  par  des  globes  ou  des  pointes  de  diverfes 
figures,  tant  pour  tenir  en  état  les  diverfes  pièces 
roulées,  que  pour  les  orner.  Les  anciens  Juifs  unif- 
foient  les  différens  morceaux  de  leurs  rouleau* 
facrés  avec  tant  d’art,  qu’on  ne  pouvoir  en  apper- 
cevoir  la  jointure.  Ce  fut,  félon  Jofeph,  un  fujet 
d’admiration  pour  {Jofeph.  Antiquit.  Jud.  l.  12. 
c.  2.  ) Ptolémée  Philadelphe  lorfque  les  foixante- 
dix  vieillards  envoyés  par  le  grand  Prêtre  dé- 
plièrent en  fa  préfence  les  rouleaux  où  la  Loi  de 
Dieu  étoit  écrite  en  lettres  d’or.  « 

ce  11  s’en  faut  beaucoup  qu’on  ait  dans  la  fuite 
pris  la  même  peine  pour  joindre  autant  de  pièces 
de  parchemin  qu’en  demandoit  l’aéle  qu’on  fe 
propofoit  d’écrire. -Souvent  au  lieu  de  les  colesr 
on  fe  contentoit  de  les  coudre  en&mble  ou  de 
les  unir  par  des  attaches  de  la  même  matière  , pra- 
tique dont  les  exemples  fe  font  multipliés  fans 
nombre  dans  les  bas  fiècles,  lors  même  que  les 
aéles  étoient  affez  courts  pour  être  renfermés  ea- 
moins  d’un  quart  de  feuille.  Les  procédures, 
aétes  judiciaires  ( Sy liage  varior.  Diplomat.  pr&f. 
p,  3.),  enquêtes  étoient  fouvenc  fur  des  rou- 
leaux de  plufieurs  toifes  de  long;  mais  en  gé- 
néral il  étoit  rare  que  les  rouleaux  fuffent  écrits 
des  deux  côtés.  » - 

c Soir  que  la  fineffe  du  papier  d’Égypte  ait  dé- 
terminé les  Anciens  à ne  l’écrire  que  d’un  côté , 
foit  que  l’importance  des  pièces,  jointe  à la  dignité 
de  ceux  à qui  on  les  adreffoir  ou  au  nom  de  qui  elles 
étoient  écrites,  ne  permît  pas  d’en  remplir  les  deux 
côtés , i’ufage  de  ne  point  écrire  fur  le  dos  des 
chartes  ne  devint  pas  moins  ordinaire  à l’égard  du 
parchemin  que  du  papier.  Les  lettres  des  Princes, 
des  Magiftrats  & des  Généraux  Romains  n’étoienc 
jamais  ÇHugo  de  prima  ferib.  orig.  pag.  188.) 
écrites  qu’en  dedans,  & fuîvant  la  longueur  de  la 
Quille  ayant  Céfar  j il  étoit  inoui  que  des  pe^- 


Mi  GUI 

fonnes  de  fon  rang  ne  laifîafTent  pas  en  blanc  un 
des  côtés  de  leurs  lettres.  Mais  de  tout  temps  les 
gens  du  commun  ne  balancèrent  pas  à metrte 
à profit  le  verjo  comme  le  recîo  des  pièces  de 
peu  de  conféquence  ^ ce  qui  ne  dévoient  point 
durer  à perpétuité.  Comme  les  tefiamens  pré- 
voient fouvent  la  forme  de  livres  , on  faifoit 
encore  moins  de  difficulté  d’y  écrire  fur  le  revers 
de  chaque  feuille.  Les  Jurifconfultes  ( IpJd.  ) an- 
ciens & modernes  rendent  non-feulement  témoi- 
gnage à cette  pratique  ^ mais  ils  Fautorifent  en 
termes  formels.  Depuis  la  chute  de  l'Empire  Ro- 
main jufqu’aux  derniers  temps , il  étoit  fort  rare 
qu’on  portât  une  partie  de  l’écriture  fur  le  dos 
des  chartes  en  parchemin.  Quand  on  le  faifoit , 
cela  ne  confiftoit  guère  que  dans  les  fignatures  & 
autres  formules  finalesj  encore  n’en  découvre  t-on 
prefque  point  d’exemples  antérieurs  au  dixième 
iîècle.  Nous  venons  de  le  dire  : anciennement 
on  écrivoit  les  teftamens  fur  plufieurs  feuilles  , 
êc  on  avoir  la  liberté  de  les  remplir  fans  laiiTer 
aucun  vuide  ; mais , au  moyen  âge  on  ne  donna 
point  aux  teilamens  une  forme  différente  de  celle 
des  autres  chartes  : au  contraire  , depuis  environ 
trois  ficelés  J les  teffamens,  & bien  des  contrats^ 
traités  & autres  aâes  imitent  1 ancienne  forme 
donc  les  teftamens  furent  revêtus  ». 

» Ce  ne  fut  qu’aux  xiv  & xv*  fiècles  ^ qu’on 
s’aperçut  combien  il  étoit  dangereux  de  fe  fervir 
du  parchemin  raclé  dans  les  aéles  publics  , & 
qu’on  prit  des  mefures  efficaces  pour  arrêter  ce 
défordre.  En  conféquence,  les  provifions  par  lef- 
qaelles  les  Empereurs  élevoient  à la  dignité  de 
Comte , avec  pouvoir  de  créer  des  Notaires  im- 
périaux , portoient  communément  { Aîiifei , ifl. 
diplom.  pag.  6c)  ) cette  claufe  : à condition  quils 
n emploieront  point  de  parchemin  ■vieux  & raclé , 
mais  qui  /oit  vierge  & tout  neuf  >3. 

» Si  l’ufage  du  parchemin  raclé  dans  les  aftes 
publics  n’a  jamais  palfé  en  coutume,  & s’il  femble 
même  n’avoir  eu  quelque  cours  qu’en  Allemagne, 
il  a eu  des  fuires  funefies  pour  quelques  bons 
livres  dont  nous  regrettons  la  perte.  Lorfqu’ellc 
étoit  une  fois  jurée,  tantôt  on  les  faifoit  pafîér 
par  l’épreuve  de  l’eau  bouillante,  tantôt  par  celle 
de  i‘  eau  de  chaux  vive;  on  en  enlevoit  la  fuper- 
ficie  , en  un  mot  on  les  racloit;  quelquefois  même 
on  leur  faifoit  fubir  à-peu-près  les  mêmes  pré- 
parations que  fi  l’on  avoit  voulu  fabriquer  le 
parchemin  vierge.  C’efi  ainfi  qu'on  faifoit  dif- 
paroicre  les  anciennes  écritures  pour  en  fublîi- 
luer  de  nouvelles  ». 

» Ce  goût  barbare  s’étoit  répandu  de  tous 
côtés  par  rapport  aux  manuferits.  11  s’étoit  telle- 
ment accrédité  chez  les  Grecs  des  xii , xm  & 
fiècles , qu’il  a fait  périr  beaucoup  d’ex- 
cellens  ouvorges.  On  en  eft  affez  mal  dédommagé 
par  une  foule  de  livres  de  chœur  qui  les  rem- 
placent 

» Quand  oa  n’a  pas  pris  3 ou  qu’on  a mal  pris 


C U I 

les  précautiorts  marquées  pour  effacer  îe.s  as 
ciennes  écritures , & qu’on  s’eft  contenté  de  les 
racler,  qn  ne  laiffe  pas  d en  lire  des  portions  plus, 
ou  moins  confidérables.  On  expofe  le  feudlct 
qu’on  veut  déchiffrer  à la  lumière  la  plus  vive  • 
on  le  couvre  d’une  ombre  légère,  qui  empêche 
que  la  vue  ne  foit  offufquée  par  l’éclat  des  rayons 
du  foleil  ; & , pour  plus  grande  commodité , !e 
leâeur  fe  place  entre  cet  afire  & le  manuferit. 
De  quelque  fecret  dont  on  fe  foit  fervi  à deffein 
de  ne  iaiffer  fubfiffer  aucun  trait  de  l’écriture 
primitive  , s’il  en  telle  encore  quelque  veilige  , 
on  vient  à bout , avec  plus  ou  moins  de  peine , 
d’y  découvrir  des  lettres  , enfuite  des  mots  , 8c 
même  des  phrafes  entières  ; mais  ordinairement 
ce  travail  demande  de  bons  yeux,  un  beau  jour, 
beaucoup  de  rems , & fur-tout  une  patience  qui 
ne  fe  laiffe  pas  aifément  rebuter  par  les  diffi- 
cultés ». 

» Au  relie  , ce  fut  moins  par  goût  de  dellruc- 
tion,  que  par  une  efpèce  de  nécefilté,  qu’on  ea 
vint  à l'extrémité  fàcheufe  de  faire  de  nouveaux 
livres  aux  dépens  des  anciens.  Le  papier  & le 
parchemin  étoient  rares , & coûtoient  très-cher.^ 
On  ne  pouvoir  fe  palier  de  certains  livres  ; on 
en  voyoic  d’anciens , dont  on  né  connoifibit  plus 
le  mérite  , & dont  les  caraclères  paroiffoient 
quelquefois  indéchiffrables  , par  le  dépériffement 
ou  par  la  fingularité  de  leurs  écritures  furannées, 
La  pauvreté  d’une  part , & de  l’autre  le  befoia 
de  livres  d’ufage  détenninoient  alfez  naturelle- 
ment à facrifier  des  ouvrages  fouvent  très-pré- 
cieux à la  république  des  lettres  3 mais  inutiles  à 
leurs  polfelTeurs 

» Jufqu’ici  l’on  avoit  cru  pouvoir  reffreinlre 
l’abus  de  racler  les  livres,  prefque  aux  feuls  fiècles 
XI  , XII  , xtii , & le  renfermer  dans  les  bornes 
de  l’églife  grecque  ; mais  tous  les  jours  de  nou- 
veaux exemples  conllatent  que  le  mal  avoit  gagne 
chez  les  Latins , & qu’il  remonte  bien  plus  haut 
qu’au  temps  où  l’on  commence  à connoître  les 
ravages  qu’il  fit  dans  l’empire  des  Grecs.  Mura- 
tori  ( Antiqt  liai.  tom.  3.  dijfert.  43.  col.  834-  ) 
dit  avoir  vu  , dans  la  bibliothèque  Ambronenne, 
un  manuferit  des  œuvres  du  vénérable  Bede , 
d’une  écriture  de  huit  à neuf  cens  ans , fubii- 
tuée  à une  autre  de  plus  de  mille.  Maigre  les- 
efforts  qu’on  a faits  pour  la  détruire,  on  y fun^ 
encore  des  phrafes  qui  annoncent  un  ancien 
pontifical.  Ün  manuferit  de  S.  Germain-des-PreSy 
contenant  le  Catalogue  des  Hommes  illuHres  de 
S.  Jerôme , continué  par  Gennade  , n a 
plus  épargné.  Don  .Mabiüon  , qui  en  a publie  un 
modèle  au  cinquième  livre  de  fa  Diplomatique, 
le  jugeoit  du  vir’  fièclc.  La  forme  des  carabteres 
Mérovingiens  iiont  il  efi  écrit , ne  permet  pas  e 
le  faire  defeendre  plus  bas.  Cependant  nousavon^ 
remarqué  qu’il  avoit  été  récrit,  au  moins 
partie.  On  y diïlingue  les  caraélères  de  trois 
ûe  maaufetits  plus  anciens.  Sa  nouvelle  eentu 


Mérovingienne  en  couvre  une  autre  bèaucotlp  plus 
antique  J û elle  n’appartient  pas  à la  romaine  cou- 
ranre.  Sur  !e  pius  grand  nombre  de  feuillets  de 
ce  mariufcrit  ^ on  ne  voit  aucune  trace  d’écriture 
primitive  ^ foit  qu’ils  u’eufTent  point  encore  fervî  j 
foit  qü’iîs  eulfent  été  mieux  raclés  que  les  autres ^ 
foit  que  ces  deux  caufes  euffent  concouru  à la 
/ois  », 

CUIRASSE.  « Quoique  ce  foit  une  opinion 
reçue , dit  M.  Paw  ( Rsck.far  les  Egypt.  il.  519)3 
eue  les  foîdats  de  l’Egypte  ne  portoient  point 
de  cafquc  , ce  n’en  eil  pas  moins  une  erreur  qui 
provient  uniquement  de  ce  conte  que  fait  Héro- 
dote : il  prétend  avoir  obfervé  du  côté  de  Pélufe, 
que  les  têtes  des  Perfans  répandues  fur  un  ancien 
champ  de  bataille  j étoient  très -molles  vers  le 
haut  du  crâne  3 & les  têtes  des  Egyptiens  très- 
dures,  parce  qu’iîs  étoient  toujours  rafés  3 & ne 
portoient , fuivant  lui , aucune  efpèce  de  coif- 
fure ; mais  ils  avoient  des  cafques  de  cuivre  & 
des  ciiirajfcs  de  lin  , dont  quelques-unes  , telles 
que  celle  du  Pharaon  Amafis  , ont  fait  l’admira- 
tion de  tous  ceux  qui  les  virent  à Samos  & à 
Lindus  dans  l’ifle  de  Rhodes  3 où  la  plus  belle 
avoir  été  confacrée  à Minerve.  Cette  armure  , 
dont  Hérodote  a décrit  la  broderie  > étoit  retnar- 
quabîe  par  fa  trame,  dont  chaque. fil  avoir  été 
tordu  de  365  autres,  par  une  allufion  finguhère 
à la  durée  de  l’année  vague  , car  les  Egyptiens 
ne  pottvoient  s’empêcher  de  revenir  toujours  aux 
allégories  , dans  les  chofes  même  où  il  n'enfalloît 
point.  Quoique  la  milice  d’Athènes  ait  pris  de 
ces  cuiraffes  {Corn,  Nep.  I.  4.)  égyptiennes,  par 
ordre  d’Iphicrate , Paufanias  a eu  grande'  raifon 
d’obferver  qu’elles  ne  valoient  abfolument  r^en  , 
puifqu’elles  ne  réfiftoient  point  aux  armes  poin- 
tues , mais  feulement  à celles  qui  tranchent  ou 
qui  brifent , comme  les  balles  & les  pierres  lan- 
cées avec  des  frondes  ». 

Les  cuirajfes  égyptiennes  de  lîn  étoient  en 
tifage  au  liège  de  Troie.  Ajax , fils  d’Oïlée  , en 
portoit  une  femblable  , & Homère  le  dit  expref- 
fément  ( liiad.  B.  jaS.  ) Ces  cuirajfes  àe 

toile  ou  de  draps  battus,  quelquefois  même  feutrés 
avec  du  fel  & du  vinaigre  ,,  étoient  compofées 
de  plufieurs  , piqués  enfemble.  Plutarque 

{ va.  Alex.  ) , d't  qu’Àlexandre  portoit  une  cui- 
rafe  de  lin  double  , êéfasa  Ajrâj  éW-Aâ?. 

Telle  fîit  depuis  celle  de  Galba  , dont  il  eft  fait 
înention  dans  Suétone  , qui-,  parlant  de  la  féditrorr 
qu’exeira  àRome  la  révolte  d’Ôchon  , àif.  Loricam 
tamen  induit  linteam  , quanquam  haud  d’ffîmulans 
■parÎLm  adversiis  tôt  muc'  ones  profuturam.  Saumaîfe  , 
dans  fes  Oblervations  fur  Lampridius-,  remarque 
qu’on  avoir  autreFois  inventé  cette  armure  pour 
le  f)iilagemenr  des  foldatss  on  peut  ajourer  qu’il 
y a bien  de  l’apparence  que  ces  cuirajfes  de  hn 
& de  toile  n’ernpêchoient  pas  qu’on  ne  mit  par- 
deffus-  des  cuirajfes  de  fer  5 on  peut  même  croire 


qtis  les  aftcieas  avoient  donné  aux  premières  le 
nom  de  fubarmale  ; mais  il  n’étoit  pas  toujours 
néceffaire  d’avoir  d’autres  cuirajfes  que  celles  de 
iin  Se  de  toile  , puifqu’il  y en  avoit  de  fi  bien 
faites  3 qu’elles  étoient  à l’épreuve  des  traits.  Ni- 
cétas , dans  la  Vie  de  l’Empereur  Ifaac  I,^  rap- 
porte que  l’Empereur  Conrad  combattit  long- 
temps fans  bouclier , couvert  feulement  d une 
cuirajfe  de  lin  feutrée  & formée  de  dix  - huit 
doubles. 

La  fécondé  cfpèce  de  cuirajfe  étoît  de  cuir  , 
& c’efi  celle  que  Varron  appelle  pectorale  corlum. 
Tacite  ( Hiji.  lib.  I.  c.  79.  ),  nous  apprend  q-ue 
les  chefs  des  Sarmates  s’en  fervoient  quelquefois  : 
Id  principibus  ac  nobilijfmo  cuique  tegmen  , ferreîs 
lamînïs  aut  pr&durio  corio  confertum. 

Cependant  le  fer  ou  le  bronze  étoient  la  ma- 
tière la  plus  ordinaire  des  cuirajfes.  Les  Perfes 
appeloient  les  foldats  qui  portoient  ces  fortes  de 
CuirafTes , clibanarios  , du  mot  chbanum  , qui 
fignifioit  unp  tuile  de  fer , apparemment  parce 
que  ces  cuirajfes  étoient  faites  d’une  plaque  fort 
épaiffe  dé  ce  métaL 

Dans  le  fameux  tableau  de  Polygnote  , qui 
repréfentoit  le  fac  de  Troie  ( Paufan.  Lacomc. } , 
oiî  voyoit  fur  un  autel  une  cuirajfe  à’ -iiïzin  , coni- 
pofée'de  deux  pièces.  Tune  defqueiies  couvroit 
le  dos  & les  épaules , l’autre  , le  ventre  & la 
poitrine.  Elles  fejoignoient  enfemble  fur  les  côtés 
par  des  agraffes  , comme  le  dit  Silhis  ( lib.  vu. 
624.  ). 

, , , , 3 . . Q_ua  fibula  morfus 

LoricA  crebro  laxata  refolverat  îBu. 

L’endroit  de  cette  jondion , qui  n’étoit  jamais- 
parfaite  , laifibit  un  paffage  à l’épée  de  l’ennemi , 
& on  l’appeiie  encore  aujourd’huiie  défaut  de  la 
cuirajfe. 

Leur  grande  pefànteur  fît  qu’on  les  changea 
depuis  contre  des  cuirajfes  compofées  de  lames- 
de  métal,  couchées  les  unes  fur  les  autres  ^ Se 
attachées  fur  du  cuir  ou  fur  de  la  toile. 

Ces  cuirajfes , faites  d'e  chaînettes  ou  de  plaques 
de  métal , placées  en  reco-uvrement , comme  les 
écailles  des  poiffons  , émient  connues  des  Grecs'? 
ils  appeloient  les  premières  aXarissiroi  Sapaxs;^,  oC 
les  fécondés  epoAt^ATct  ou  C efl  d elles 

qa  Ifidore  a dit  (xvni.  13  .)  : Sqaama  efl  lorica  , 
ex'  lamini s-  srei s . vel  ferreis  coucatenata  in  moduiTt 
fiquamarunt  pifcis.  \ irgile  parle  autfi  d une  fem— 
blable  armure,  compofée  d’anneaux  & de  trois 
rangs  de  fil  d’or  paifé  de  fuite  ou  d’épaiffeur 
QÆneid.  lib.  i il.  v.  ) 

Eoricam  canfertam  hatnîs , auroque  trïllcem, 

Ailleuïs  le  même  Poëce  décrit  les  écaillis  «fe 


bronze  d’une  autre  cuirajfe  ( Ibid.  xt.  487.  ) .• 

. . . Rutulum  thoraca  indutus  ^ ahenis 

Horrebat  fqaamis. 

L’entortillement  des  anneaux,  qui,  les  cachant 
à moitié  , les  failoit  relTembler  à des  hameçons , 
eft  bien  peint  dans  les  vers  fuivans  de  Silius.  On 
y voit  aufli  que  les  plaques  d’or  diftinguoient  la 
cuirajfe  des  généraux  romains  de  celle  des  fimples 
foldats  j car  il  y eft  queftion  de  l’armure  du  Con 
fui  Flaminius  ( /.  f.  ) : 

Loricam  induitur  , tortos  haie  nexilis  hamos 

F erro  fquama  rudi  , permijloque  exafperat  aura. 

La  ciùrajfe  des  foldats , telle  qu’on  la  voit  dans 
les  bas-reliefs  de  la  colonne  Trajane  , confiftoit 
dans  une  tunique  de  cuir , courte  & ferrée , au 
tour  de  laquelle  on  ceignoic  deux , trois  ou  quatre 
lames  de  métal  ( Stat.  Thtbaid.  vu  ) : 

....  Ter  infuto  fervant  ingentia  ferra 

Peciora. 

Et  mieux  encore  Sidoine  ( Carm.  il.  312.  ) .• 

Nec  futilis  illi 

Circuius  impaciis  loricam  texuit  hamis. 

Ces  lames  étoient  quelquefois  remplacées  par 
des  chaînettes  ( Tkeb.  xii.  ) ; 

Multiplicem  tenues  itérant  thoraca  catem. 

On  leur  fubftitua  enfin  la  cotte-de-maille  (T'oyez 
ce  mot  J & l’haubergeon. 

Cuirasse  fur  les  médaillés  (Une)  : lymbole 
de  la  Dalmatie. 

CUIRS  , peaux  & parchemin.  Voye^  Cuir. 

CUISINE.  ■>  T 1 • 1 • , , r • 

CUISINIER.  J laitage , le  miel,  les  fruits 

de  la  terre , les  légumes  alTaifonnés  de  fel , les 
pains  cuits  fous  la  cendre  , furent  la  nourriture 
des  premiers  peuples  du  monde.  Ils  ufoient,  fans 
autres  rafinemens , de  ces  bienfaits  de  la  nature  , 
&■  ils  n en  etoient  que  plus  forts , plus  robuftes , 
& moins  expofésaux  maladies.  Les  viandes  bouR- 
lies , grillées , rôties  , ou  les  poilTons  cuits  dans 
I eau  fuccédèrent  : on  en  prit  avec  modération  ; 
la  fanté  n en  fouffrit  point  ; la  tempérance  régnoit 
encore  , 1 appétit  feul  régloit  le  temps  & le  nom- 
bre des  repas. 

Mais  cette  tempérance  ne  fut  pas  de  longue 
duree  .•  1 habitude  de  manger  toujours  les  mêmes 
chofes  , & a-peu-près  apprêtées  de  la  même  ma- 
niéré , enfanta  le  dégoût  j le  dégoût  fit  naître  la 


cunofite  ; la  curiofité  fit  faire  des  expériences  - 
1 expérience  amena  la  fenfualité  d’homme  goûta  ' 
eflaya,  diverfifia , choifit  & parvint  à fe  fafté 
ün  art  de  l’acLion  la  plus  fimplc  & la  plusnatu 
relie. 


Les  Afiatiques , plus  voluptueux  que  les  autres 
peuples  , employèrent  les  premiers , dans  la  pré- 
paration de  leurs  mets , toutes  les  produdions  de 
leurs  climats  : le  commerce  porta  ces  produdions 
chez  leurs  voilins.  L’homme,  courant  après  les 
richelTes , n’en  aima  la  jouiftance  que  pour* fournir 
à fa  volupté , & pour  changer  une  lîmple  & 
bonne  nourriture  en  d’autres  plus  abondantes 
plus  variées , plus  fenfuellement  apprêtées , & 
par  conféquent  plus  nuifibles  à la  fanté  : c’eft 
ainfi  que  la  délicatelTe  des  tables  paffa  de  l’Alie 
aux  autres  peuples  de  la  terre.  Les  Perfes  com- 
muniquèrent aux  Grecs  cette  branche  de  luxe, 
à laquelle  les  fages  légillateurs  de  Lacédémone 
s’opposèrent  toujours  avec  vigueur, 

La  frugalité  des  premiers  Grecs  fut  long- temps 
célébrée  par  leurs  Ecrivains.  Elien  ( lib.  ul.  cap. 
59.  ) , nous  a même  confervé  le  nom  de  chaque 
efpèce  de  végétal  qui  fervitde  nourriture  à chaque 
peuplade  du  monde  connu.  Les  Argiens  fe  nour- 
rirent de  poires,  les  Athéniens  de  figues,  les 
Tirinthiens  de  poires  fauvages  , les  Indiens , de 
rofeaux  ou  de  cannes , les  Carmaniens , de  ré- 
gimes de  palmier  , les  Méotes  & les  Sauromates, 
de  millet,  les  premiers  Perfes,  des  fruits  du  térébin- 
the  & de  creflon-alénois  , & les  Arcadiens , de 
glands-  Entre  tous  les  Grecs  , les  Lacédémoniens 
confervèrent  le  plus  long-temps  leur  frugalité  pri- 
mitive Sc  leur  faujfe  noire.  Cet  apprêt  étoit  fi 
iniîpide , qu’un  Sybarite  difoit  en  le  mangeant , 
qu’il  n’y  avoir  rien  d’étonnant  de  voir  les  Lacé- 
moniens  fi  courageux,  puifque  lui  aimeroit  mieux 
mourir  que  de  n’avoir , pour  foutenir  fa  vie , 
qu’un  mets  auffi  m2.\X'/z\s  ( Athene.  iv.  cap.  6.). 
Les  repas  des  Athéniens  furent  aufli  célèbres  par  - 
leur  fimplicité  , & ils  paûbient  en  proverbe  ( Ibid. 

1 V.  cap.  3 .).  Mais  le  commerce  habituel  des  Grecs 
Afiatiques  avec  les  Perfes,  fit  difparoître  cette 
frugalité  primitive , & les  habitans  du  Pélopo- 
nèfe  ne  furent  par  long-temps  fe  défendre  de 
cette  contagion.  Les  Siciliens  ne  mirent  aucune 
borne  au  luxe  des  tables  ; & leurs  cuijiniers  s’ac- 
quirent , dans  tout  le  monde  connu , une  répu- 
tation qui  égala  ( fi  l’on  peut  faire  fans  honte 
cette  comparaifon  ) celle  des  peintres  & des 
fculpteurs  de  la  Grèce. 

Les  Romains,  devenus  riches  & puiflans,  fs* 
couèrent  le  joug  de  leurs  anciennes  loix  , quittè- 
rent leur  vie  frugale , & goûtèrent  l’art  de  la 
bonne  chère  ? Tune  coquus  ( dit  Tite-Live  , hv* 
xx.xi.r'j  vilifimum  antiquis  mancipium  , 
tione  & ufu  , in  pretio  ejfe  , & quod  minijifium 
fuerat , ars  haberi  coepta  ; vix  tamen  illn  qu* 
tune  confpiciebantur  , femina  erant  futurs,  luxuris. 
Ce  n’étoit  là  que  de  légers  commencemens  de 


C U I 

la  fenruaüté  de  la  table  j qa’üs  poufsèrent  bien- 
tôt au  plus  haut  période  de  dépenfe  & de  cor- 
ruption. Il  faut  lire  dans  Sénèque  le  portrait  qu  il 
en  fait  i je  dis  dans  Sénèque  ^ parce  que  fa  févé- 
rité  ou  fa  bile  j fi  Ton  veut  ^ nous  apprend  fur 
cette  matière  beaucoup  de  chofes^  que  desefprits 
plus  induigens  pour  les  défauts  de  leur  fiècle  j 
pafient  ordinairement  fous  filence.  On  ne  voyoit , 
nous  dit-il  ^ que  des  fvbarites  couchés  mollement 
fur  leurs  lits , contemplant  la  magnificence  de 
leurs  tables  , repaiffant  leurs  oreilles  des  concerts 
les  plus  harmonieux  j leur  vue  des  fpeélacles  les 
plus  charmans  ^ leur  odorat  des  parfums  les  plus 
exquis  & leur  palais  des  viandes  les  plus  déli- 
cates : NLollibiis  , lenibufque  fomentis  totum  lacef- 
Jitar  corpus  , ne  nares  intérim  cejfent  , odoribus 
vciriis  inficitur  locus  ipfe  , in  quo  luxuris,  parentatur. 

En  effet , c'éft  des  Romains  que  vient  Tufage 
de  la  multiplicité  des  fervices,  & Fétabliffement 
de.  ces  domeftiques  qu’on  nomme  échanfons , maî- 
tres d’hôtel  J écuyers  tranckans  , &c.  5 mais  les 
cuifiniers  fur-tout  étoient  des  gens  importans  , 
recherchés  , confiiérés  ^ gagés  à proportion  de 
leur  mérite  j c’eft-à-dire  , de  leur  prééminence 
dans  cet  art  fiatteur  & pernicieux  ^ qui , bien  loin 
de  conferver  la  vie , produit  une  fource  intarif- 
fable  de  maux.  Il  y avoir  à Rome  tel  artifle  en 
euijlneï  qui  l’o.n  payoit  par  année  j félon  M.  Pau- 
dion  J,  environ  2400  liv.  de  notre  monnoie.  An- 
toine fut  fi  content  d’un  de  fes  cuifiniers  , dans 
un  repas  donné  à la  Reine  Cléopâtre , qu’il  lui 
lui  accorda  une  ville  pour  récompeafe. 

Les  Lacédémoniens  étoient  bien  éloignés  de 
cette  dépravation  , lorfque  les  îoix  de  Lycurgue 
les  gouvernoient  encore,  ils  chafsèrent  alors  de 
-leur  ville , par  un  décret  public  , le  Sicilien  Mi- 
thæus  J cuifinier  célèbre  dans  tonte  la  Grèce 
^ Maxim,  Tyr.  dijfert.  vit.').  Ils  apprêtoient  eux- 
mêmes  leurs  repas  comme  les  héros  d’Homère 
& comme  Achille  en  particulier  , que  l’on  voit 
dans  riüadc  ( /.  v.  209.  ) couper  les  viandes  & 
les  embrocher.  Quand  le  luxe  eat  corrompu  toutes 
les  villes  grecques , l’art  de  la  cuifine  &*les  cuifi- 
niers  furent  très- confidérés  , ainfi  qu’on  le  voit 
dans  les  Comédies  de  Plaute  , où  ce  Pôëre  , in- 
troduifnnt  fur  la  fcène  Romaine  des  fujets  Sc  des 
perfonnages  grecs  ^ a certainement  confervé  leurs 
mœurs  & leurs  ufages.  On  7 voit  les  cuifiniers 
fe  tenir  fur  les  marchés  publics  , & fe  louer  à la 
journée  feulement , pour  apprêter  les  grands  re- 
pas chez  les  particuliers  ( Aulul.  il.  4.  i ) : 

Pofiquum  ohfonavit  herus  , & conduxit  cocos  ^ 

Tihicinafque  kafee  apud  forum.  . ... 

Il  y en  avoit  qui  ne  prenoient  pas  moins  d’un 
nummus  , ou  pièce  d’or  ( de  la  valeur  de  20  à 25 
de  nos  livres  ):,  pour  une  feule  journée  , tandis 
que  le  prix  ordinaire  étoit  d’une  drachme  j envi- 
ron 20  fous  ( Pf/ud.  iil.  2.  20.  ): 

îlli  drachmîs  iifient  miferi  , me  nemo  potefi 


hîinorîs  quifquam  nummo  ^ ut  furgam  ^ fuhigere, 

Kous  avons  vu  plus  haut  Antoine  renchérir  fur 
ce  prix  exorbitant  j compté  à des  attifies  aulli  vils 
que  des  cuifiniers. 

Ces  efclaves  ( car  les  cuifiniers  ne  fortoient 
pas  de  cette  claffe  d’hommes  ) aiguifoient  l’appétit 
de  leurs  maîtres  , par  le  nombre  , la  force  la 
diverfité  des  ragoûts  , & ils  avoient  étendu  cette 
diverfité  jufqu’à  faire  changer  de  figure  à tous 
les  morceaux  qu’ils  vouioient  apprêter.  Ils  imi- 
toient  les  poiflbns  qu’on  defiroit,  & qu’on  ne 
pouvoir  pas  avoir  , & donnoient  à d’autres  poif- 
îbns  le  goût  Sc  la  forme  de  ceux  que  le  climat 
ou  la  faifon  refufoient  à la  gourmandife.  Le  cui~ 
finier  de  Trimalcion  compofoit  même  de  cette 
manière  , avec  de  la  chair  de  poilTon  , des  ani- 
maux différens , des  pigeons  ramiers  , des  rour- 
tereileSj  des  poulardes  ^ &c.  Athénée  parle  d’un 
ccchan  à demi  rôti , préparé  par  un  cuifinier  qui 
avoit  eu  l’adrefie  de  le  vuider  & de  le  farcir  fans 
i’éventrer. 

Du  temps  d’Augufte , les  Siciliensi’emportoient 
encore  fur  les  autres  peuples  dans  l’excellence  de 
cet  art  trompeur  5 c’eft  pourquoi  il  n’y  avoit  point 
à Rome  de  table  délicate  qui  ne  fût  fervie  par  des 
gens  de  cette  nation. 

. ......  Non  ficuls.  dupes 

Dulcem  elaborabunt  fiaporem, 

dit  Horace.  Apicius  ^ qui  vivoit  fous  Trajan  ^ avoit 
wouvé  le  fecret  de  conferver  les  huîtres  fraîches  ; 
il  en  envoya  d’Italie  à ce  Prince  , pendant  qu’il 
étoit  au  pays  des  Parthes , & elles  étoient  en- 
core très-faines  quand  elles  arrivèrent  : auffi  le 
nom  d’Apicius  long-temps  affeâé  à divers  ra- 
goûts défigna  une  efpèce  de  feâe  parmi  les  gour- 
mans  de  Rome.  .Alimens  , Apicius  , 

Ragoût  & Repas. 

On  a découvert  dans  Herculanum  des  cuifines 
avec  des  potagers  & des  fourneaux  en  briques  , 
à-peu-près  femblables  à ceux  d’aujourd’hui.  Il  v 
a apparence  que  les  Romains  employoient  pour 
leurs  fourneaux  plus  de  bois  que  de  charbons. 
Le  plan  de  ces  fourneaux  a été  publié  dans  l’ou- 
vrage intitulé  Recherches  fur  les  ruines  de  Iîer~ 
culanum  par  M.  Fougeroux  de  Bondaroy  j à Paris, 
chez  Defain  , ir.-iz  , 1770. 

Tous  les  uftenfiles  des  cuifines  d’HercuianUm 
étoient  de  même  à-peu-près  femblables  à ceux 
d’aujourd’hui  , mais  ils  étoient  de  bronze , épais 
& étamés  en  argent  fin  ; i^.  parce  que  le  bronze 
fe  rouille  moins  facilement  que  le  cuivre  ; 2'’.  parce 
qu’il  fe  jette  en  moule  ; 3°.  parce  qu’il  s’étend 
fous  le  marteau  ; 4°.  parce  que  le  fer  fe  rouille 
aifément , & ne  peut  pas  facilement  fe  jeter  en 
moule. 

Ce  font  des  grils,  des  paiToîrs,  des  lèchefrites, 
des  tourtières  , des  coquilles  pour  modeler  de  1» 


25^  CUL 

pâtifferie  , des  affiettes , des  tafics  , des  cuüîefS 
a bouche  , de  bronze  j de  plus  , des  cuillers  a 
bouche  , d'ivoire  & d’argent  j le  cuiileron  en  elt 
peu  concave , & la  fpatule  porte  un  bouton  a 

rextrêmité.  ^ i r 

On  y a trouvé  aulTi  des  marmites  a pieds  lem- 
blables  aux  nôtres  , d’autres  marmites  en  bronze , 
avec  un  couvercle  en  dôme  ; fous  la  marmite  , il 
y a un  gros  cylindre  creux , qui  rentre  dans  le 
vafe  , pour  que  le  feu  puilfe  le  pénétrer  en  peu 
de  temps.  Leur  deflin  eft  placé  dans  l’ouvrage  de 
M.  de  Fougeroux  On  a enfin  trouvé , dans  Her- 
culanum  , un  pâté  entier  dans  un  four  ; des  ca- 
raffes  de  cryfial , des  aiguières  , des  fceaux  en 
terre  , pour  faire  rafraîchir  le  vin  , Scc.  ; mais 
OH  n’y  a point  trouvé  de  fourchettes  ni  de  pe- 
tits chandeliers  propres  à mettre  de  la  bougie  fur  la 
table.  Ce  dernier  ulfenfile  étoit  fuppléé  chez  les 
Romains  par  les  lampes. 

Si  l’on  defîre  connoître  la  manière  dont  les 
anciens  compofoient  les  mets  de  leurs  repas  , & 
d’avoir  une  juilc  idée  de  leur  luxe  de  table , on 
peut  confulter,  i®.  Iz  Dejeription  que  Pétrone 
fait  d’un  fefiin  de  Trimalcion  ^ c’cft-à-diie  , du 
cruel  Néron  : z®,  les  (Kuvres  morales  de  Plu- 
tarque J fes  Propos  de  table  , Sic.  où  il  décrit  les 
repas  des  Lacédémoniens  : .3°.  \tsEpigram.raes  de 
Martial:  ^°.Jul.  Cefar  Bulengeras  Juliodunenfis , 
de  CoTvnviis  , /"-8®.  Eugdjir.i  , 1624  .'y®.  Guido- 
ais  Paneïroli  Rerum  perditaram  cum  commenta- 
rzis  Salmutk.  Tivalum  de  cibi  capiendi  modo  vetc- 
ribiis  ufitato  : 6“.  le  petit  /n-i2  que  le  fameux 
Ecrivain  de  la  Vie  .des  Papes  a dédié  au  Cardinal 
Roverella^  fous  ce  titre  : Platint  Cremo- 

nenjis  , de  hor.eflâ  Voluptate  Ci  V alcîuiine  , libri 
decem.  ColonÎA  , ex  off,  Euckarii  Cervicorni^ 

^ Article  du  Chevalier  de  Jaucourt.  ) 

CUISS.4^RTS.  Vayei  Bottikes  ouvertes. 

CUISSE.  Sur  un  vafe  de  terre  cuite  de  Mengs  , 
publié  par  Winkelmann  ( Monur?^.  inediti.  n.  iCO  ) j 
un  jeune  homme  a une  cuijfc  ceinte  d’une  ban- 
delette. 


CUM 

VfîS  ÇAggen.  Urbic.  de  corttr.  agrar.  ad  Fronttm 
p.  60.  ) C'étoit  aulfi  l’endroit  du  bûcher  dea 
morts , fur  lequel  on  plaçoit  les  mets  funèbres 
que  le  feu  devoir  confumer  avec  le  cadavre 
( Feflus  ) 

CUJLLA  ( Médailles  de  ).  Voyeg^  CCELUiî. 

CULLEÜS , mefure  des  liquides  chez  les 
mains.  Voyeg^  Dolium. 

CüLOTES.  Sur  la  colonne  Trajane , tous  les 
foldats  & officiers  Romains  portent  des  culotes 
très-vifibles  j & qui  defeendenr  aii-deffous  du  ge- 
nou. Elles  ne  font  point  ferrées  par  une  ligature 
comme  les  chauffes  des  Barbares^  mais  elles  finiffenî 
infenublement  fans  bordures  ni  reliefs. 

Voyeg^  CaMPESTRE  j CHAUSSES  & SoBilGA» 
CULUM. 

CULTER.  Voyei  Charrue  & Soc. 

CULULLUS , Vafe  à]  boire  d’une  matière- 
commune  , & dont  on  ne  fe  fervoit  que  dans 
les  repas  fimples  faits  avec  des  amis.  Cette  défi- 
nition explique  les  vers  fuivans  d’Horace  {Poet. 

454-  ) 

Reges  dicuntur  muliis  urgere  cuLillis. 

Et  torquere  mero arnicas, 

CUMÆ  , en  Italie.  KTMAH2N. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  vilie  font  « 

R.  en  argent. 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Leur  type  ordinaire  eft  une  coquiiîe  > avec  uné 
écrevilTc  de  mer,  ou  un  fer  de  iar.ee. 

CUMATILIS  color.  Cette  couleur  étoit  la 
même  que  le  cærzileus  color , c'eft-a-dire  , -C 
verd-céladon  des  flots  de  la  mer-  Nonnius  [xvt.  t-) 
en  donne  cette  explication , & il  ajoute  que  le 
mot  latin  Cumatilis  vient  du  mot  grec  x.uuta.  , 
flots.  Il  rapporte  enfuite  ce  vers  d’ua  certain 
Titenius  Serina  : 


CUIVRE.  Voye^  Bronze. 

Cuivre  de  Corinthe.  Voyei^  Bronze. 

Cuivre  étamé  , ou  doublé  d'argent.  Voyeg^ 
Cuisine  & Double. 

CüLEOj  furnom  de  la  famille  Terentia. 

CULEUS.  Voyeq^  CULLEUS. 

CULIGNA,  Vafe  à mettre  du  vin,  félon  Feftus, 
Coït  coupe,  foit  amphore,  &c. 

CULIN A.  Ce  mot  qui  fignifioit  ordinairement 
Cuijinet  défignoit  auffi  les  lieux  privés.  CuLiNA, 
latrina  y dit  la  glofe  d’Ifidore. 

CüLÎN.^E.  C’étoient  des  terreins  dans  les  faux- 
bourgs  de  Rome,  dsâiacs  à la  fépulture  des  pau- 


Eî  quem  color  cumatilis  deceaî. 

CUMBA  eft  mis  dans  quelques  glofes  pou» 
Zymba. 

CUMERUM  y vafe  ou  panier,  dans  lequel 
es  Camilles  pertoient  les  inirrumens  des  ' 
:es.  Les  Camilles  qui  précédoient  la  mariée  aan 
es  pompes  nuptiales,  portoient  fes  bijoux  et  le 
■hofts  confacrées  à fon  ufage  particulier  dans 
lanier,  appelé  ( félon  FtÛiis  ) , Cumerum  .JC 

[UC  nous  nommons  aujourd  hui , la  cornenic 
a mariée. 

CUMÉS.  Pour  fes  médailles,  Foye^  CüMÆ. 

CÜMES , ville  d’itaüe , fituée  à une 
le  Bàuli  à trois  lieues  de  Naples  ; elle 


C Ü N 

h plüs  haute  antiquité , ayant  été  bâtie  même 
avant  Capoue  par  des  Grecs  venus  de  TÎIe  d’Eu- 
bée  ou  Négreponc  3,  fous  la  conduite  de  Phéricide, 
environ  icoo  ans  avant  J.  C. 

La  ville  de  Cum.es , qui  étoit  fi  ancienne  & fi 
célèbre  J devint  prefque  déferte^  quand  Baies  & 
Pourzol  eurent  attiré  toute  Taffluence  des.  Ro- 
mains; du  moins  Jnvénai  nous  la  dépeint  ainfi^ 
lorfqu  il  dit  ( Sat.  5.  ) à ümbritius  qudi  fait  très- 
bien  de  quitter  Rome  pour  aller  dans  un  pays 
plus  foüraire  & moins  infeélé  de  Cfimes  que 
ne  l’étoit  la  capitale  : 

Laudo  tamen  vacuis  y quod  fedem  figere  Cumis  , 

Defiinet  atque  unum  czvem  donare  Sibillœ, 

C’eft  à Cames  qu’ étoit  l’entrée  de  la  grotte  de 
^ Sibiile  de  ce  nom. 

Excifitm  Euhoïcæ  latus  ingens  rupis  in  antrum, 

Quo  lati  ducunt  tzditus  centum  y ofiia  centum. 

On  y voit  en  effet  une  grotte  profonde  > qui 
femble  fe  diriger  du  côté  de  Baies  j & qui  pouvoit 
aufll  communiquer  à celle  dont  l’entrée  eft  fur  le 
bord  du  lac  Averne  : les  éboulemens  qui  ont 
fermé  les  paflages , empêchent  d’aller  au-delà 
de  ICO  toifcs.  On  y trouve  un  petit  chemin  étroit 
qui  conduit  à plufîeurs  chambres,  dont  une  pa- 
rok  avoir  été  pavée  en  Mofaïque  , revêtue  de 
Suc  & ornée  de  peintures  ; on  y montroit  autre- 
fois les  bains  de  la  Sibylle  , fon  tombeau  , & le 
fiège  où  elle  avoir  rendu  fes  oracles. 

Une  autre  voûte  d’environ  80  pieds  de  long, 
Sr  qui  eft  garnie  de  niches , paroît  avoir  été  un 
lieu  de  fépukure,  comme  les  catacombes  de  Na- 
ples; Il  y a encore  plufieurs  autres  chambres 
fouterrainesdans  les  environs  de  Cames. 

CUNAE. 

CUNABULA. 

CUNARIUS. 

eu  N CT  AT OR  , glorieux  furnom  de  Q.  Fa- 
bius Maximus  , qui  eft  très-bien  rendu  en  Fran- 
çois par  le  mot  temporifear. 

CUNEUS  dans  les  théâtres  & les  amphithéâtres. 
C’étoiî  une  portion  de  bancs  ou  lièges  renfermée 
sntre  deux  chemins.  Ces  chemins  commençoient 
aux  portiques  extérieurs  des  amphithéâtres  , 
convergeoient  fenfiblement  à caufe  de  la  forme 
ronde , & fe  rejoignoient  prefque  fur  le  bord  de 
l’arêne  ; de  fone  que  la  portion  des  gradins  qu’ils 
îfoloient  relTembloit  à un  coin  ; de  - là  vint  à 
cette  portion  le  nôm  cuneus.  Auguile,  dit  Sué- 
tone ( C.  44  n.  5.  ) , aflîgna  un  cuneus  particu- 
lier à ceux  qui  avoient  le  droit  de  porter  la 
prétexte  : Prstextatis  ajjtgnavit  caneum  faam.  Par 
la  même  raifon  le  mot  excuneati  défigna  les  fpeâa- 
teurs  , <^i  n’ayant  pu  trouver  de  place  fur  les 
Antiquités  , Tome  Ily 


C U P X 5 J 

lièges,  fe  tenoient  debout  dans  les  chemins.  Apu- 
lée a coafervé  ce  mot  ( Fior.  p.  799  ) .-  Seras 
adveniens  arrneis  fais  annait  , locum  fejfai  imper- 
tîunt  y extimus  qaifqae  excuneati  queruntur. 

CUNINA  Dea  y Décfk  qui  veüioit  fur  les 
enfans  pendant  qu’ils  étoient  au  berceau  , & qui 
rendoit  de  nul  effet  les  enchantemens  de  leurs 
etxvitüx  LaBanti.  de  falf.  relig.  i.  ZO.). 

Gruter  ( 96.  9.  Tkef.  infeript,  ) rapporte  i’inf- 
cription  fuivante: 

CUNINAE.  FELICr. 

SACS.. 

CLAUDIA.  HELPIS. 

D.  D. 

\ YailTeau  deftiné  ordinairement  k 

Kl  17 A ^ ^ 

tranfporter  le  vin,  fait  de  bois,  de  forme  ronde 
& plus  étroit  vers  le  haut  que  vers  le  bas.  C’eft 
la  défeription  qu’en  donne  Hérodien  ( vitr. 
4.  9.).  On  s’en  fervoit  en  guife  de  pontons 
pour  fabriquer  un  pont  militaire  ( Lacan,  ir, 
4Z0.  ) 

Namque  ratent  vacua.  fu^entant  undique  cape  î 

Qaarum  porreBis  ferles  conflriUa  catenis  y 

Ordànihas  geminis  obliquas  excipit  alnos. 

Le  mot  rAxa  défigne  dans  Hefychius  une  ef- 
pèce  de  navire. 

CUPELLA  y petite  coupe. 

CÜPIDON.  Voye^  Amour. 

CuPiDON  marchant  & jpuant  de  la  lyre,’ 
fur  les  médailles  d’Orra. 

CUPIENNIA.  Famille  romaine  donc  oa  z 
des  médailles. 

RRR.  en  argent. 

RRR.  en  Bronze. 

O.  en  or. 

CUPRA.  On  lit  dans  une  inlcription'rapportéa 
par  Gruter  (10.  i é.  z.),  Cupsa  De  a.  Le  Picenum, 
àit  le  comte  de  Caylus  , (Rec.  zil.  pag.  6j)y 
étoit  une  partie  de  l’Italie  , fituée  entre  l’Apen- 
nin & la  mer  fapérieure  ou  adriatique  y 8c  i 
laquelle  répond  aujourd'hui  la  marche  d’Ancône. 
Poinponius  Mêla  & Pline  font  mention  de  Caprec 
entre  les  villes  du  Ficénum , fîîuées  près  de  la 
mer.  Ptoiomée  en  diilingue  deux,  Cupra  mari- 
tîma  8c  Cupra  montana.  Strabon  nous  apprend 
que  Cypra  ou  Cupra , étoit  le  nom  que  les 
Etrufques  donnoient  à Junon  ; Une  infeription 
trouvée  dans  un  lieu  fitué  près  de  l’embouchure^ 
■du  fleuve  Tefin  , porte  qu’Adrien  rcta’Dht  le 
«mple  de  cette  Déeffe  : TEMPLÜM_  DEÆ 
CÜPRÆ  RESTlTüIT.  {_Lib.  nn  ) Silius  Itaa 


T^oyei  Berceau. 


T 


23S  C U R 

licus  fait  aüufion  au  culte  établi  dans  ce  lieUj 
€B  difant  : Et  quels  Utorts,  fumant  altaria  CuprA. 

CURA.  Déeffe  de  l’inquiétude  ; Hygin  dit  que 
Cura  ayant  vu  de  l’argille , imagina  d’en  former 
J’hommej  enfuite  elle  pria  Jupiter  d’animer  fon 
ouvrage  J & l’obtint  : cela  fart  , il  fut  queftion 
de  lui  donner  un  nom  : la  Terre  prétendit  que 
c’étoit  à elle  j comme  ayant  fourni  la  matière  du 
corps  5 Jupiter  le  lui  difputaj  avec  raifon,  comme 
l’auteur  de  ce  qu’il  y a de  plus  noble  dans  l’hommej 
Cura  eut  la  même  prétention  ^ parce  que  l’homme 
étoit  fon  ouvrage  j mais  Saturne  jugea  le  diffé- 
rend en  faveur  de  la  Terre  j Sc  il  régla  que  Cura 
feroit  maîtrelïè  de  l’homme  tant  qu’il  vivroit. 

Cura  défignoit  fous  les  empereurs  un  dépar- 
temient  préfidé  par  un  Curator.  Dans  la  notice 
de  l’empire  & dans  le  code  , les  poftillons  les 
chevaux  & les  voitures  des  polies  font  exprimées 
quelquefois  par  le  feul  mot  curA. 

CURATOR  , celui  qui  cil  chargé  d’un  dépar- 
tement ^ ou  d’une  infpeétion.  Voici  quelques-uns 
des  principaux  .• 

Curator  alvsi  Tlberis  ; Atigufte  ( Suet.  C.  37. 
n.  I.)  créa  cet  office  pour  empêcher  l’encomi- 
farement  du  Tibre.  11  el:  appelé  dans  une  an- 
cienne infcr.'ption  : Curator  al-vei  & riparum 
Tlberis  & Cloacarum. 

Curator  annouA  , infpeéleur  des  vivres. 

Curator  aquarum , infpeéleur  des  aqueducs  & 
de  l’emploi  de  leurs  eaux. 

Curator  cornhulorum  trihuni  ( Muratori  1064. 
3.  ) , Infpeéleur  des  greffiers  du  tribun. 

Curator  frumenti  i comm.is  aux  diltributions  de 
bleds. 

Curator  kalendarii , banquiers  chargés  de  faire 
valoir  & de  prêter  à intérêt  les  revenus  des  villes. 

Curatores  locorum  publicorum  judlcandorum  , 
juges  des  contellations  qui  s’élevoienr  fur  la 
propriété  des  terreinSj  entre  le  fife  & les  citoyens. 

Curator  ludi muneris  publlcî  gla~ 

dlatorü  , intendant  des  jeu.x  publics. 

Curator  monumentl , prépoi'e  à la  confervation 
d’un  monument  J d’un  tombe.au , &c. 

Curator  aperum  publicorum  , infpeéleur  des 
bâtimens  publics. 

Curator  ararii  pornificumfmttnàzni  des  pontifes. 

Curator  regionum , commiffaire  d’un  quartier. 

Curator  reipublicA  , ou  logifia  , prépofé  aux 
jevenus  d’une  munis-ipalité.' 

Curator  fiatuarum  ^ infpeéleur  de  ce  peuple 
immenfe  de  ftatucsj  & de  ces  nombreux  trou- 
peaux de  chevaux  fculptés  quirempliflbient  les  pla- 
ces & les  rues  de  Rome  , comme  dit  Calfiodore, 
(.F tir.  vu.  13.  ) .•  populus  copiofjfmus  fiatuarum , 
greges  etiam  abuadantijfimi  equorum.  . . . 

Curatores  tribuum  , fyndics  des  tribus. 

Curatores  viarum extra  urlem , 

infpeéteurs  des  rues  de  Rome ^cs 

voies  qui  en  fortoient. 


C U R 

_ Curatores  vicorum  , peut-être  les  mêmes  ofS, 
ciers  juges  que  les  Curatores  regionum. 

^ Curatores  urbis  , officiers  créés  par  Alexandre 
Séyèjc , & chargés  de  rendre  la  jullice  avec  le 
préfêt  de  la  ville. 

CUREOTIS.  C’étoit  le  troilième  jour  des 
Apaturies  , auquel  les  aSpn,  jeunes  gens  qui 
troient  dans  l’âge  de  puberté  faifoient  cou^^r 
leurs  cheveux  dans  le  temple  de  quelque  divi- 
nité & les  confacroient  à Diane  ou  à Apollon 
Voyez  Apaturies. 

CURETES.  Suivant  l’opinion  commune  ,Tifie 
de  Crête  étoit  leur  patrie  : leur  origine  étoit 
auffi  ancienne  que  leur  généalogie  fabuleufe 
( Apoliod.  l.  I.  §.  3.  Tetqes  ad  Lycophr.  p. 

Serv.  ad  Virg.  L iil , p.  iil.  '}.  Quelques-uns. 
prétendoient  que  les  Daélyles  étoient  les  ancê- 
tres des  Cur'etes , & ,que  la  Fhrygie  avoit  été  leur 
premier  berceau.  Ephore  ajoutoit  que  Minos 
les  emmena  avec  lui  dans  cette  iOe , ( Dioi.  l. 
V.  64.  ) qui  porta  même  leur  nom  ( 

/.  IV.  c.  XX.  ).  Le  préfidenr  des  BroiTes,  pour 
trancher  toute  difficulté  j dit  <ïue  « les  Cur'etes 
» font  les  anciens  prêtres  de  cetre  partie  de 
» l’Europe,  voinne  de  l’orient  & de  la  Grèce, 
» affez  femblables  aux  Druides  des  Celtes,  aux 
» Saliens  des  Sab'ins  , aux  forciers  ou  jongleurs 
” de  Laponie,  de  Xigtitie,  ou  à ceûx  des  fauva- 
» ges  de  l’-^mérique,  de  la  Sibérie,  du  Kamt- 
« chatka.  C’ell  affez  vainement , continue-t-il , 
» qu’on  a beaucoup  difputé  fur  leur  vérirab.le 
» patrie  , puifqu’on  trouve  de  ces  fortes  de 
» prêtres  par-tout  où  la  croyance  groffière  des 
» religions  fauvages  fait  le  fonds  des  préjugés 
» populaires.  Mais  le  plus  célèbre  collège  de 
» ces  jongleurs  étoit  en  Crête.  » 

Il  paroit  certain  qu’ils  défrichèrent  les  pre- 
miers cette  ifle  ( Curetés  funt  primi  cultures  Creta^. 
Serv.  ad  Uirg.  n.  l.  il.  v.  132.  ),  & travaîlle- 
renr  à civilifer  fes  habirans.  Ils  leur  apprirent 
à raffembler  en  troupeaux  les  brebis  & les  chè- 
vres éparfes  dans  les  campagnes  , à élever  àes 
abeilles,  à forger  ou  à fondre  les  métaux  ( DJod. 
L V.  V.  éy.  ).  On  leur  attribuoit  même  des 
connoîffances  en  aflronomie  ( Tkeon.  ad  Atar. 
l.  T.  V.  3 y.  ).  En  difant  qu’ils  éroient  fils  de  là 
reine  Méliifa  , qui  apprit  aux  Crétois  de  nouveau 
rires  & les  pompes  facrées  ( Laclant.  div-  inft- 
L I.  c.  XJ.  ) , on  a voulu  délîgner  feulemei^ 
que  l’introduélion  kur  en  étoit  due.  . , , 

Gégenes  , o-u  enfans  de  la  terre  ( Droa. 

V,  §.  dy.  ) , & miniftres  de  Rhée,  (Strab.  - 
p.  J2y.  ) , font  des  titres  fuffifans  pour  prouve 
qu’ils  adoroient  très-anciennement  cette  Drvmit^j 
à laquelle  ils  alfocièrent  Ouranos  , ou 
regardé  dans  leur  théogonie , comme  la  te>'  ‘ " 
Se  le  père  de  tous  les  Dieux  ( Diod-  ' 

66.  ).  Leur  doélrine  étoit  donc  otigmairem 
ceafarme  à celles  de  toutes  ks  bordes  p 


C ü R 

qyes.  îls  révoltèrent  contre  eux  celles  de  Crête , 
quand  ils  voulurent  innover  dans  les  chofes  de 
religion.  Ces  partifans  de  l’ancien  culte  étoient 
les  Titans,  c’eit-à-dire  , des  Crérois  , qui  avoient 
encore  les  moeurs  fauvages.  A Gnolfe  , dans  un 
bois  facié  de  Cyprès  , ils  avoient  élevé  un  autel 
au  ciel  & à la  terre,  auxquels  ils  rapportoient 
leur  naiiTance  Id.  Ibid.).  Leurs  prêtres,  ou 
leurs  jongleurs  ayant  voulu  ajouter  une  troi- 
lîème  Divinité  a celle-ci,  ces  fauvages  fe  livrè- 
rent aaix  fureurs  du  fanatifme  , c’eft  pourquoi  on 
fuppofa  qu’ils  avoient  mis  en  pièces  le  nouveau 
Dieu.  Cet  événement  étoit  repréfenté  dans  les 
myltères  Gnoûiens  , dont  les  fymboles  étoient 
les  dès,  la  balle,  la  roue,  la  paume,  le  fabot, 
le  miroir  & la  toifon  ( CLe.mtr.t.  Alex  Prot.  p. 
IJ  } ,•  ce  qui  dans  le  fens  mydique  fignifioit 
que  les  Curètes  avoient  les  premiers  introduit 
Je  culte  de  Jupiter.  Pour  alEmüer  davantage  ces 
cérémonies  à celle  de  Sais,  ou.d’Eleufis,  on 
y lie  jouer  dans  la  faite  le  rôle  d’Korus , ou 
Jacchus  , à un  ’perfonnage  nommé  Jafion  , un 
des  anciens  Curetes  (^Serv.  ad  V^irg.  Æn.  l.  ni.  v. 
3.  uhi  legend.  Jajlonis  pro  Jafbn.is.)  , & membre 
de  la  triade  Curétzque , fuivant  le  langage  des  I 
EcJeéliquîS  ( Procl.  in  Platon.  Polit,  ex x.i^.  ) j de 
même  que  les  Daétvdes  , les  Carites  finirent  par 
prêter  leur  nom  aux  Divinités  des  myllères  de 
leur  pays.  Ces  myltères  avoient  beaucoup  de 
relFemblance  avec  ceux  de  Samdthrace  & du  Mont- 
Ida  (Strab.  l.  X.  p.  321-22.  J.  Peut-être  n’y  garda- 
t-on  pas  le  même  fecret.  Diodore  de  Sicile  fait 
mention  de  leur  publicité  à Gnoffe  {Üiod.  L v.  §. 
77.  ) ; mais  on  ne  doit  pas  entièrement  ajouter 
foi  au  récit  de  cet  hiftorien  qui  tâche  d’accré- 
diter, au  dépens  de  la  vérité  , fon  fyltême  favori, 
l’Evhémérifrne.  Cette  alTertion  hardie  a pris  fa 
fource  dans  des  indiferétions  multipliées,  qui, 
jointes  aux  contes  8c  aux  rêveries  des  Poètes  , don- 
nèrent heu  aux  fables  allégoriques  fur  Jafion,  dont 
la  connoiffance  n’elt  point  étrangère  à mon  fujet. 

Homère  & Héfiode  difent  que  Cérès  eut  com- 
merce avec  Jafion,  dans  une  novale  qui  avoir 
reçu  trois  labours,  8c  que  Plutus  naquit  de  cette 
union  paflagère.  Jupiter,  félon  le  premier  de  ces 
poètes,  eu  étant  informé,  frappa  Jafion  de  la 
foudre  iHomer.  Odyjf.  L y.  v.  129-8.  ).  Apolio- 
dore  prétend  que  ce  héros  mérita  cette  punition  , 
pour  avoir  voulu  violer  la  DéefTe  ( Bibl.  l.  ni.  c. 
XI.  ).  D’autres  ajoutent  qu’il  étoit  fils  de  Jupiter, 
dont  il  s’attira  la  colère  par  fon  extravagance  , 
qui  le  porta  à faire  fes  efforts  pour  jouir  d’un 
fantôme  qui  avoit  la  figure  de  Çérès  ( Canon, 
narrai,  c.  xi.J,  OU  plutôt  de  la  featue  de  cette 
DéefTe  ( Scymn.  Chi.  defer.  orb.  v.  684  ).  Suivant 
quelques  auteurs  , Cérès  le  tranfporta  dans  le 
ciel  avec  Triptolème , 8c  l’un  8c  l’autre  furent 
mis  au  rang  des  conftellations , fous  le  nom  de 
gémaux  Ç Ap.  Hygin.  afiron.  poet.  c.  xxzi.  ). 

Kojis  apprenons  d’Héfiode  que  ce  fut  en  Crête 


C U R 

1 8c  dans  un  canton  fertile  que  Jafion  eut  les  faveurs 
de  la  Déeffe  de  la  terre  ( Tkeog.  v.  ). 

Diodore  de  Sicile  , toujours  imbu  des  principes 
d’Evhémère , cherche  Texplicatisn  de  cette  fable 
dans  l'hiffoire  , 8c  avance  qu’aux  noces  de  Cad- 
mus  8c  d’Harmonie , Cérès  fit  préfent  du  bied 
à Jafion  ( /,  V.  §.  49.  )..Qn  difoit  encore  qu’oa 
retrouva  chez  lui  la  femence  de  ce  grain,  a-près 
un  déluge  qui  en  avoit  étouffé  le  germe  dans 
toute  l’ifle  de  Crête  ( Sckol.  Homer.  ad  Odyjf.  L 
V.  V.  i2y-2o.  ).  On  fent  aifément  Taliégorie  ; 
8c  l’aventure  de  ce  héros  n’en  préfente  que  de 
relatives  aux  travaux  de  Tagricuiture  ( Phurti. 
c.  XXVIII.  Heracl.  alltgor.  Homer.  p.  493.  in 
opufe.  Myth.  ).  Ils  produifent  néceflairement  la 
véritable  richeffe  , repréfentée  par  Plutus,  à qui 
Péleiiides  de  Gnoffe  donnoit  pour  frère  Phiio- 
mète.  Ce  dernier  n’eut  qu’une  légère  portion  de 
l’héritage  de  fon  père.  Réduit  au  plus  étroit 
nécefl'aire  , Sc  ne  s’accordant  point’ avec  fon 
aîné  , il  acheta  des  boeufs  8c  inventa  la  charrue. 
Cultivant  avec  leurs  fecours  la  terre,  il  en  tira 
fa  fubfifiance,  8c  mérita  ainfi  la  proteciion  de 
Cérès , qui  , enchantée  de  fa  découverte  8c  de 
fes  efforts  , le  plaça , fous  le  nom  de  Bouvier , 
parmi  les  conftellations  ( Hyg.  poet.  afiron.  c. 
IV.  ) Ce  récit  eft  parement  allégorique,  8c  de- 
voit  être  compris  fans  peine  par  les  Cretois 
i.nitiés  aux  myftères  des  Curetes. 

C’eft  néanmoins  aux  derniers  temps  du  paga-- 
nifme,  que  l’invention  de  quelques-unes  de  ces' 
Cibles  femble  appartenir.  Elle  ne  peut  précéder 
l’époque  de  Tapothéofe  des  Curetes.  CefTant  alors 
d’être  Parèdres , ou  affiftans  de  Rhée  ( Hers. 
incert,  poet&,  ap.  Stob.  Eclog.  Phys.  p.  y.  } , noa- 
feulement  iis  furent  regardés  comme  des  Divi- 
nités fubalternes  ( . ■ • Quia  Curetes  latins 

familiares  appellantur , laclaitt.fiv'i  Luttât . ad  Stat, 
Thebaid.  L iv.  v.  ySy.  ),  auxquelles  on  éleva  des 
temples  ( Paufan.  lÆeJJ'en.  c.  xxxr.  ) , mais  encore 
les  Cretois  les  mirent  aux  rang  des  principaux 
Dieux,  au  nom  defquels  ils  juroient  i’obferva- 
tion  des  traités  qu’ils  faifoient  entr’eux  ( Ju- 
ram.  Hierapytn.  ap.  Chifiiul.  antiq.  Afiat. p. .1 
Il  paroît  par  un  paffage  de  Paufaruas  , que  fi  on 
ne  confondit  point  les  Curetes  avec  les  Diofeo- 
rides , du  moins  on  finit  par  avoir  de  la  peine 
à les  diftinguer  ( Pkot.  Cod.  xxxvm.  ).  ( Cet 
article  efi  extrait  des  Recherches  fur  les  Myficres 
de  Mi.  le  baron  de  Sainte-  Croix. 

CuRÉTES.Le  nombre  des  Curetes  qui  frappent  de 
leurs  épées  fur  leurs  boucliers  pour  étouffer  les  cris 
de  Jupiter  enfant,  varie  fur  les  monamens.  On 
n’en  voit  que  deux  fur  un  autel  carré  du  Capi- 
tole; on  en  voit  trois  le  plus  fouvent,  8c  on  les 
confond  avec  les  Corybantes,  avec  les  Daclyles- 
du  Mont-Ida  & avec  les  Gabires  memes.  An 
refte  ils  font  ordinairement  nuds , avec  la  chla- 
myde  , le  cafque  , le  bouclier  long  8c  l’épée. 

CUS-ETICO-N,  PoIIux  met  cet  air  au  nombre 

K k ij 


200  C U R 

de  ceux  qu'il  appelle  en  génèral  fpondées , ou  fpon-  1 
daïques  ( Onom.  lih.  iv.  cap.  10.  ) C'étoit  un 
air  de  flûte  , & à en  juger  par  fon  nom  , il 
devoir  fervir  aux  Curètes , ou  prêtres  de  Cybèle  : 
il  devoir  auffi  être  compofé  de  notes  longues  & 
égales , puifqu'on  le  met  au  nombre  des  Spondaï- 
ques. 

CURIA.  Voyei  Curie. 

CURIALES , ou  Décurions.  C’étoient  les 
magiftrats  -des  villes  de  province , qui , préfidés 
par  les  Duumvirs , en  formoient  la  municipalité. 

( C.  Ifidor.  jx.  4.  J Curiales  iidem  & Decuriones. 
Ec  dicli  Curiales  , quia  civilia  munera  procurant  & 
exfequentur. 

CcTRTAzss  déngnoit  les  membres  de  la  même 
Curie. 

Curiales  défignoit  auflS  les  bas-ofEciers  j ou 
les  ferviteurs  de  chaque  Curie. 

eu  RI  AT  A Comitia.  Voyc^  CoMiCES. 

CURIATIA.  Famille  Romaine  dont  on  a des 
médailles. 

RR.  en  argent. 

R.  en  Bronze. 

O.  en  or. 

Le  furnom  de'cette  famille  eft  Tricimixus. 


an- 


^umA  .}  portion  d’une  tribu  chez  les 
ciens  Romains. 

Romulus  divifa  le  peuple  Romain  en  trois  tri- 
bus, qui  formèrent  trente  curies,  parce  que  chaque 
tribu  fut  compofée  de  di.x  curies , c’eft-à-dire  de 
mille  hommes.  Les  cérém.onies  des  fêtes  fe  fai- 
feient  dans  un  lieu  facré  , deftiné  à chaque  curie , 
dont  le  Prêtre  ou  le  Sacrificateur  s’appela  Curion, 
à facris  curandis  , parce  qu’il  avoir  foin  des  facri- 
fices.  Le  peuple  s’alfembloit  par  curies  dans  la 
partie  du  Forum  appelée  Comitium  , pour  y dé- 
cider toutes  les  affaires  de  la  République.  Il  ne 
fe  prenoit  aucune  réfolution  , foit  pour  la  pafx, 
foit  pour  la  guerre  que  dans  ces  affemblées.  C’eft-là 
qu’on  créoitles  Rois,  qu’on  élifoit  les  Magillrats 
&]es  Prêtres,  qu’on établi.Toit des  loix,  & qu’on 
adminifiroit  la  jtiftice.  Le  Roi , de  concert  avec  le 
Sénat , convoquoit  ces  affemblées , & décidoit 
par  un  fénatus-confulte  du  jour  qu’on  devoir  les 
tenir , & des  matières  qu’on  y devoir  traiter.  Il 
falloir  un  fécond  fénatus-confulte  pour  confirmer 
ce  .qui  y avoir  été  arrêté.  Le  Prince  ou  le  premier 
Magiftrat  prélîdoit  à ces  affemblées  , qui  étoient 
toujours  précédées  par  des  aufpices  8c  par  des 
facrifices , dont  les  Praticiens  étoient  les  feuls 
sninillres. 


Les  curies  fubfîllèrent  avec  toutes  leurs  préro- 
gatives jufqu’à  Servius  Tullius,  qui,  ayant  trouvé 
par  fon  dénombrement  la  République  accrue  d’un 
très- grand  nombre  de  citoyens  capables  de  porter 
les  armes , les  partagea  en  fix  claffes  générales  , 


C U R 

85  compofa  chaque  claffe  d’un  nombre  plus  on 
moins  grand  de  centuries.  11  établit  en  mêmt 
temps  , 8c  du  confentement  de  la  nation  , qu'on 
recueilleroit  à l’avenir  les  fuffrages  par  centuries 
au-lieii  qu’ils  fe  comptoient  auparavant  par  têtes’ 
Depuis  lors  les  affemblées  par  curie  ne  fe  firent 
guère  que  pour  élire  les  P lamines , c’eft-à-dire 
les  Prêtres  de  Jupiter,  de  Mars,  de  Romulus- 
comme  auffi  pour  l’éleclion  du  grand  Curion  & 
de  quelque  Magiftrat  fubalterne.  De  cette  manière 
les  affaires  importantes  de  la  République  ne  fe 
décidèrent  plus  d’ordinaire  que  par  centuries, 
Voyei  Comices. 

Cependant  le  peuple  chercha  toujours  à former 
par  curies  les  affemblées  qu’on  avoit  coutume  de 
former  par  centuries  , 8c  à former  aufli  par  tri- 
bus ( ce  qui  leur  donnoit  encore  plus  d’avantage), 
les  affemblées  qui  fe  faifoient  par  curies.  Ainfi  j 
quand  on  établit,  en  faveur  des  Plébéiens,  les 
nouvelles  Magiftratures  de  Tribuns  8c  d’édiles, 
le  peuple  voulut  s’affembler  par  curie  pour  les 
nommer  j 8c  quand  fa  puiffance  fut  encore  mieux 
affermie , il  obtint  de  ne  les  nommer  que  dans  une 
affemblée  par  tribus  ( Ckev.  de  Jaucoun.  ). 

Curie  , édifice. 

Le  nom  de  curie  fut  donné  à l’endroit  parti- 
culier où  le  Sénat  avoit  coutume  de  s’affembler. 
Il  falloir  toujours  que  ce  lieu  fût  ifolé  , 8c  qu’il 
eût  été  folemnelle.ment  confacré  par  les  rites  Sc 
les  cérémonies  des  Augures.  L’hiftoire  fait  men- 
tion de  trois  curies  célèbres , ou  lieux  d’ affem- 
blées du  Sénat  : la  curie  Calabre , bâtie  , fuivant 
l’opinion  commune  , par  Rom.ulus  ; la  curie  Hof- 
tiîienne  , par  Tullius  Hoftilius,  8c  la  curie  Pom- 
péienne , par  Pompée  le  Grand. 

C’étoit  fur  le  mont  Capitolin  , près  du  Temple 
de  Jupiter , qu’étoit  bâtie  la  curie ^ Calabre  , 
ainfi  nommée  , parce  que  le  Pontife  , apres  y 
avoir  ob.^ervé  la  nouvelle  lune  de  chaque  mois , 
affembloit  le  peuple  , 8c  lui  annonçoit,  Calubat, 
les  jours  des  calendes  Sc  des  nones,  La  Curie  Ca- 
labre étoit  un  temple  dédié  à Junon-Lune. 

La  Curie  Hoftilienne , où  les  Sénateurs  sA- 
fembloient  le  plus  communément,  étoit  placée, 
fuivant  Nardini , près  du  lieu  où  eft  aujourd  iam 
le  grenier  public  de  Rome } mais  cette  conjean.e 
n’eft  pas  goûtée  de  ceux  qui  la  placent  fur  e 
mont  Coelius.  On  monroit  à la  Curie  Holtihenne 
par  plufieurs  degrés.  Sylla  Tembelüt  & la  repara. 
Elle  périr  par  les  flammes  , lorfque  le  corps  oe 
Publias  Cîodius  , Tribun  du  Peuple  , cet 
implacable  de  Cicéron,  y fut  expofé  8c 
après  avoir  été  tué  par  Milon.  Cet  incendie 
fi  violent , que  plufieurs  ftatues  de 
trouvèrent  liquéfiées  (Dio.  xt.  p-  143- 
ayant  depuis  bâti  dans  ce  même  lieu  une  nom 
Curie , elle  fut  appelée  Curie  Julienne , 8c  aci  e 
après  fa  mort  par  Augufte. 

La  Curie  Pompéienne  fut  bâtie  par 
près  du  lieu  où  l’on  voit  aujourd  h.in  1 ’ 


C U R 

s.  André  délia  Vallé  , & à côté  du  magnifique 
théâtre  qiéil  avoir  fait  conftruire  à Rome , î’aa 
699  de  fa  fondation.  Î1  vouloir  que  , pour  la  com- 
modité du  peuple  & pour  celle  du  Sénat , on  pût, 
en  attendant  les  fpeéfacles  , s’affembler  dans  ce 
heu.  Ceft  celui  où  Céfar  fut  tué  } & pour  lors 
le  peule  réduifit  en  cendres  la  Cune  Pompéienne. 

La  Curie  de  Marcellus  fut  confacrée  à ce  jeune 
Prince  par  Oélavie  , dans  les  portiques  de  fon 
nom  J placés  dans  la  9=  région. 

La  Curie  d’Octavie  étoit  placée  hors  da  la 
porte  Carmentaie , au  commencement  ae  la  9e  ré- 
gion ( Pliu.  XXXV J.  5.). 

Cicéron  (ac  Divin,  i.  17.)  parle  dune  Curie 
des  Saüens  , bâtie  far  le  mont  Palatin. _ 

L’ancienne  Curie  , Curia  vêtus  , étoit  prob.i- 
blement  la  Curie  d’Hoftilias  , une  des  plus  an- 
ciennes de  Rome. 

Les  nouvelles  Curies  étoient  placées  dans  la 
ville  J près  de  la  porte  Capène.  Ftftus  en  fait 
mention  ( Nardini  Rom.  vet.  il.  I.  ). 

Les  vieilles  Curies  étoient  placées  dans  le  quar- 
tier des  Carias.  où  eR  aujourd’hui  S.  Pierre-aux- 
Liens.  ( Tadt.  Annal.  XI J.  24.  3.  ) 

CURIEUX.  Voyei  Cüriosi. 

CÜRIO  J furnom  de  la  famille  Scribonia. 
CURION , ) 

CURIONIÂ  , > Curion,  Chef  & Prêtre 

CURIONIUM , 3 

d’une  Curie  , Curio.  Romulus  divifa  le  peuple 
Romain  en  trois  Tribus  & en  trente  Caries  , dont 
chacune  étoit  de  cent  hommes.  Il  donna  à chaque 
Curie  un  Chef,  qui  étoit  le  Prêtre  de  Cette 
Curie  , & qu’on  appela  Curion  , Curio  & Fla- 
men  Curialis.  Il  faifoit  les  facrifices  de  la  Curie  , 
qui  s’appeloient  Curionies,  Curionia.  Sa  Curie 
lui  donnoit  quelques  fommes  d’argent  pour  rem- 
plir ce  devoir.  Cette  penfion  ou  ces  appointemens 
s’appeloient  Carionium. 

Chaque  Tribu  choififfoit  fon  Curion  ; & tous 
ces  Curions  particuliers  avoient  un  fupérieur  & 
un  Chef,  un  Curion  général,  qui  étoit  à la  tête 
du  corps  des  Curions  , & qui  gouvernoit  les  au- 
tres : on  l’appeloir  grand  Curion  , Curio  maximus. 
Celui-ci  étoit  élu  par  toutes  les  Curies  affemblées 
dans  les  Comices- Godwin  i^Antiq.  Rom. 
l.  il.  feci.  2.  c.  y.  ) feul  affure  qu’il  y avoir  deux 
Curions  dans  chaque  Curie. 

On  appeloit  auiTi  Curions  certains  crieurs  pu- 
blics , qui  dans  les  jeux  & les  fpeélacles  lifoient 
les  requêtes  des  Comédiens  adreffées  au  peuple  , 
& les  édits  des  Princes  (Plin.  epift.  iv.  7.).  Scrip- 
fit  publiée  , ut  e Curionibus  eligeretur  vocalijjlmus 
aliquis  ex  ipfis  , qui  legeret  eum  populo, 

CURIOSI , Officiers  de  l’Empire  Romain  fous 
les  Empereurs  du  moyen  âge.  Les  Curiofi  étoient 
des  gens  commis  pour  empêcher  les  fraudes  & naal- 
verfations , fur-toa:  en  ce  qui  regardoit  les  pôftes 


C ü R 


îô  î 


Se  les  v-oitures  publiques  , & pour  donner  avis  à 
la  Cour  de  tout  ce  qui  fe  p-iîToit  dans  les  pro- 
vinces , ce  qui  les  rendoit  redoutables  , & leur 
donnoit  moyen  de  faire  beaucoup  plus  de  mal 
qu’ils  n’en  empêchoient  ; c’eit  pourquoi  Hono- 
nus  les  cafTa  fur  les  côtes  de  Daimatie , l’an  414 
de  J.  C.  On  les  appeloit  Curiofi  , du  mot  Cura  , 
foin  3 quod  caris  agendis  & eveSîionibus  cursus 
puhlici  infpiciendis  operam  durent.  Ce  nom  revient 
à peu-près  à ce  que  nous  appellerions  Contrôleurs 
des  Poftes.  Ils  étoient  encore  chargés  de  donner 
avis  aux  Juges  des  crimes  qui  fe  commettoient , 
à ce  qu’il  paroît  par  le  code  ( L.  i.  de  Curiofs,  ). 
Tertuliien  eft  le  premier  qui  en  ait  parlé  ( L.  de 
Fugâ  in  perfec.  ). 

CURIS.  Les  Sablns  honoroient  Junon  fous  ce 
nom  3 & la  repréferxtoient  une  lance  à la  main  , 
parce  que  , dans  leur  langue  , Curis  déûgnoiî 
une  lance.  Feîtus  nous  a coefervé  cette  éty'-mo-, 
logie. 

2ymi’  } FbycpBiÈRE.  Diofcoride(//5.2. 

c.  1 10.  ) dit  que  le  curmi  , ou  la  bière  , eft  nui- 
fible  aux  nerfs  , qu’elle  caufe  des  maux  de  tête  , 
& qa’eile  engendre  de  mauvaifes  humeurs. 

CÜRRODREPANUS.  Apixccyi;,  en  grec,  défîgne 
une  faulx  3 & curroirepanus , en  litin , un  char- 
armé-de-fau!x.  Un  ancien  Ecrivain  Latin  ( de 
Rebus  bellicis  ) dit  que  les  Romains  firent  fabri- 
quer ces  chars  pour  combattre  les  Parthes  : hu~ 
jufmodi  pugnacis  vehiculi  genus  reperit  Partkics 
pugns  necejftas.  La  différence  qu’il  y avoir  entre 
les  carrodrepani  & les  chars-arm.és-de-fau!x  des 
anciens  peuples  de  l’Afie  , confilloit  dans  la  mo- 
bilité des  lames  tranchantes , que  l’on  piioit  oa 
dreffoit  à volonté.  Ce  mécanifme  s’exécutoir  au 
moyen  de  cordes  dirigées  par  deux  Cavaliers  , 
qui  3 montés  fur  les  chevaux,  conduifoienr  ie 
char.vuide  au  travers  des  rangs  ennemis  ( Scheffèr 
de  re  vekicul.  il.  IJ.) 

CüRSOLAIRES.  Fbyep  Echinades. 

CURSOR.  Voye^i  Coureur. 

CUR.SORIA  J navire  léger,  tel  que  les  floops 
& les  corvettes  modernes  (^Sidon.  epifi.  1.  j.  ). 

eVRTIA,  famille  Romaine  dont  on  a des  mé- 
dailles. 

RRR.  en  argent. 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 


CURTIüS  ( M.  ).  On  voit  fur  ( Muf.  Florent, 
t-  1.  tab.  zxti.  n.  3.)  une  calcédoine  du  Cabinet 
de  l’Empereur  à Florence  , un  homme  à cheval, 
courant  au  grand  galop,  auprès  de  qui  s’élève 
de  terre  un  objet  mal  exprimé  , qui  ferpente  , & 
qu’on  a pris  pour  un  véritable  ferpent.  Malgré 
la  préfence  du  reptile,  Gori  3 expliqué  cette 


eus 

pierre , en  difant  que  c’eft  M.  Curtius  qui  fe  dé- 
voue pour  fa  patrie  j mais  dans  ce  cas , le  fer- 
pent  n'y  fauroit  convenir , a moins  qu’on  ne  dife 
que  c’eit  l’exhalaifon  du  gouffre  , & alors  l’expli- 
cation fera  vraifemblable. 

CURULE.  Voyci  Chaise. 

Chaife  curule.  C’étoit  un  fiége  d’ivoire , fur 
lequel  certains  Magillrats  de  Rome  avoient  droit 
de  s’affeoir.  Les  Sénateurs  qui  avoient  exercé  les 
premières  Magiil:ratures-c«™/rj,fe  faifoient  porter 
au  Sénat  fur  les  chaifes-earrr/cj.  Ceux  qui  triom- 
phpient  étoient  aflis  fur  une  chaife  pofée  fur  un 
char  de  triomphe , d’où  ell  venu  le  mot  curule. 

La  chM^e-curule  ( fur  les  médailles  ) marque 
la  MagillraturCj  foit  des  Ediles,  foit  du  Préteur, 
foit  du  Conful  ; car  tous  ces  Magillrats  avoient  le 
droit  de  fe  fervir  d’une  chaife -ca-a/e  d’ivoire, 
faite  en  forme  de  pliant.  Quand  elle  ell  traverfée 
par  une  halle , c’ell  le  fym’oole  de  Junon , & elle 
i'ert  à marquer  la  confécration  des  Princelfes. 

CLRZCLA.  Eoyfj  CoRCYR^  nigra. 

CUSLANUS.  Muratori  ( 98.  2.  Tkef.  Infer.) 
rapporte  l’infcnption  fuivante , gravée  à l’honneur 
d'un  Dieu  paiticuüer  des  habitans  de  Verone. 

CUSLANO  SAC 
L.  OCTAVIUS 
C.  F.  CASSIUS 
L.  C.  OCTAVI  L.  F, 

MARTIALIS  ET 
MA  CF.  R. 

CUSTODES.  On  donnoit  ce  nom  à certains 
Officiers  Roma’ns , qui  veüloient , dans  les  co- 
mices, à ce  que  l’on  ne  fit  aucune  fupercherie 
en  donnant  les  bulletins  pour  l’élection  des  Ma- 
giltra ts. 

CUSTGDIARII.  Grcter  (F^’^-48.  n.i.)  rap- 
porte une  infeription  dans  laquelle  il  ell  fait 
mention  du  corpus  Cufioaiariorum.  On  ne  con- 
noit  point  ces  Officiers,  à moins  qu’ils  ne  fulîent 
les  memes  que  les  Appariteurs. 

CIJSTOS  Off.ciorum.  On  lit  ces  mors  dans  une 
épitaphe  rapportée  par  Spon  {Elfe.  Erudit.  Ant. 
feci.  17.  ) & cet  Antiquaire  croit  qu’ils  défignent 
un  Ojfcialis  OU  Appariteur. 

CusTos.  Voye:^  JuPITER. 

CYANE , Nymphe  de  Syracùfe,  ayant  voulu 
faire  des  reproches  à Pluton  qui  enlevoit  Profer- 
pine , &■  même  s’étant  nsife  en  devoir  d’arrêter 
fon  char , Pluton  , d’un  coup  de  fon  feeptre  , 
s’ouvrit  U n chemin  dans  les  enfers  Cyane  , dé- 
folée  , fondit  en  pleurs,  & fat  changée  en  fon- 
taine de  fen  nom.  Les  Syraeufains  avoient  cou- 
tume de  faire  tous  les  ans  des  facrifices  près  de 
cette  fontai.ne  , 8c  d’y  apporter  des  offrandes. 


C Y A 

C^  .-tNEL,  fille  du  lieuve  Méandre 
de  Miiet,  & mère  de  Eyblis  gc  de  Caunul 
Milet. 


femme 

Doye:y 


CYAN'hES  , écueils  à l'entrée  du  Pont-Euxin 
Ces  deux  amas  de  rochers , dont  une  partie  eli 
du  côté  de  l’Afie,  8c  l’autre  du  côté  de  l’Europe' 
ne  iaiflent  entr'eux  qu’un  efpace  de  vingt  llades! 
Les  flots  de  la  mer  , qui  viennent  s’y  b n fer  avec 
bruit,  font  élever  une  vapeur  qui  obfcurcit  l’air 
& rend  ce  paflage  alfez  difficile  : à mefure  qu’on 
s’approche  ou  qu'on  s’éloigne  d’un  objet  fetn. 
blable , les  points  extrêmes  qui  le  terminent 
femblenx  fe  rapprocher  ou  fe  reculer.  On  croyoir* 
d’après  cette  illuiion  optique , quand  on  voyoit 
de  loin  les  Cyanées , qu’elles  étoient  mobiles, 
& qu’elles  alloient  engloutir  les  vaifîcaux  qui 
vouloient  traverfer  le  Bofphore.  Les  Argonautes, 
effrayés  à la  vue  de  ce  détroit , lâchèrent  une 
colombe  qui  le  traverfa  affez  heureufenaent , en 
y perdant  cependant  fa  queue.  Ils  tentèrent  enfuite 
eux-mênrtes  le  paffige , après  avoir  fait  des  facrir 
fices  à Junon  , qui  leur  donna  un  temps  ferein, 
& à Neptune  , qui  fixa  ces  rochers  , & les  em- 
pêcha de  heurter  le  navire  Argo  ( Apol.  Argoiu 
l-  tl.  ) On  croit  que  cette  colombe  étoit  u» 
navire  léger , que  les  Argonautes  envoyèrent 
découvrir  le  paffage  , & dont  le  gouvernail  fe 
brifa  contre  les  écueils.  Voye-^  Symplegades. 


CYANUS.  Voyei  Cobalt. 

CYATHE , Cyatkus  , en  grec  , xL-Aî; , dérivé 
de  rJjiii , verfer  : c’étoit  un  très-petit  gobelet, 
avec  lequel  on  mefurcit  le  vin  ou  l’eau  que  l’on 
verfoit  dans  les  taflfes  ; & cette  mefure  étoit  La 
douzième  partie  du  fetier  j ainfi  le  fetier  {fex- 
tarius  ) étoit  une  mefure  compofée  de  douze 
cyatkes.  Augulle  buvoit  à la  fois  deux  cyathes 
de  vin , & fa  plus  grande  mefure  pour  tout  un 
repas  , étoit  un  fetier.  On  ne  dit  pas  combien 
il  y metto't  d’eau. 

Le  cyathe  étoit , par  rapport  au  fetier , cç 
que  l’once  étoit  par  rapport  a l'as  ou  à la  livrî  ; 
c’efl  pourquoi  on  donnoit  aux  parties  du  fetier 
les  mêmes  noms  qu'aux  parties  de  l’as.  La  dou- 
zième partie  da  fetier  étoit  donc  un  cyatkus  oa 
ur.cia , & ainfi  de  fuite. 

Le  cyathe  étoit  fait  pour  verfer  le  vin  & 1 
dans  les  taiTes.  L’ufage  de  ce  petit  gobelet  avoit 
fon  incommodité.  Celui  qui  verfoit  à boire  etoit 
obligé  , pour  remplir  une  feule  taffe  , voculum  , 
de  puifer  à piufieurs  reprifes  , Sc  j.ifqu’à 
ou  dix  fois  dans  le  crater , qui  étoit  un  gtind 
vaiffeau  plein  de  vin  Le  buveur  s’impatientoit  ; 
le  vin  même  , verfé  de  ce  grand  vaifleau  dans 
cyathe , reverfé  du  cyathe  dans  la  taife  , pouvoir 
s’éventer.  Pour  remédier  à tous  ces  incon- 
véniens  , on  inventa  l’ufage  des  taffes  inégales* 
On  en  fit  faire  de  petites , de  moyennes  & ne 
grandes.  Les  petites  étoient  le  fextans , qui  tenok- 


C Y A 

deux  cyatkes  ; le  quadrans , trois  cyathes  ; le 
îriens , quatre  cyathes  ; les  moyennes  étoient  le 
quincunx  , qui  tenoit  cinq  cyathes  5 le  Semis  OU 

I hémine  , fix  cyathes  ; le  feptunx  , fept  cyathes  j 
Je  ées  J huit  cyathes  : les  grandes  étoient  le  io- 
drans  , qui  coîltenoit  neuf  cyathes  j le  dextans  , 
dix  cyathes  j le  deunx  ^ onze  cyathes. 

Les  Grecs  J ainfi  que  les  Romains  , ont  fait 
ufage  & du  cyatke  Sc  des  taffes  inégales.  Athé- 
née introduit  un  homme  qui  fe  fait  verfer  dix 
cyathes  de  vin  dans  une  feule  taffe  ; 8e  voici 
comment  il  le  fait  parler  : «Echanfon,  apporte 
" une  grande  taffe  5 verfes-y  les  cyathes  qui'fe 
ce  boivent  à ce  que  l’on  aime  j quatre  pour  les 
» perfonnes  qui  font  ici  à table  , trois  pour 
» l'amour  ; ajoute  encore  un  cyatke  pour  la  vic- 
« toire  du  Roi  Antigonus.  Holà  ! encore  un  pour 
==  le  jeune  Démécrius.  Verfe  préfentement  le 

dixième  en  Thonneur  de  Taimabie  Vénus  »- 
Voilà  dix  cyathes  verfés  dans  une  feule  taffe  pour 
être  bus  en  un  feulcoup. 

Chez  les  Romains  ^ du  temps  de  Martial , lorf- 
qu’on  vouloir  boire  à un  ami  ou  à fa  maitreffe  , 
on  demandoit  autant  de  cyathes  qffii  y avoir  de 
lettres  au  nom  de  la  perforine  à qui  l’on  alloic 
boire.  Voilà  pourquoi  Horace  a dit; 

Qui  mufas  amat  impares  , 

Ternos  ter  cyathos  attonitus  peteî 

Va  tes  J &c. 

cc  Un  Poète  qui  fait  fa  cour  aux  MufêSj  ne  fe 
» fera  point  prier  , dans  fon  enthoufîafme  j pour 
« boire  en  un  feu!  coup  un  verre  de  neuf  cyathes  ». 

II  ne  dit  pas  boire  neuf  fois  mais  boire  neuf 
cyathes  en  une  feule  fois. 

On  ne  fe  fervoit  pas  feulement  chez  les 
Grecs  & les  Romains  de  cyathes  pour  mefurer 
l’eau  & le  vin  à table  ^ mais  en  général  pour 
jnefurer  toutes  les  fubilances  liquides  j & 
même  les  sèches.  La  Alédecine  en  fajfoit  un 
grand  ufage  j auffi  les  anciens  Médecins  en  par- 
lent très-fouvent.  Galien,  qui  a écrit  fur  les 
rnefures  des  liquides,  en  marquant  leur  propor- 
tion entr’elles  par  la  quantité  d’huile  ou  de  vin 
que  chacune  contenoic , dit  ( de  Ponderib.  & 
Menf.  c.  4.  ) que  le  cyatke  tenoit  douze  dragmes 
d’huile  , treize  dragmes  & un  fcrnpule  de  vin  , 
d’eau  , de  vinaigre , & dix-huit  dragmes  de  miel. 
Kos  Médecins  font  aujourd’hui  le  cyatke  d’une 
once  & demie.  ( Article  du  Chevalier  de  J^u- 
couRT.  y. 

Le  Comte  de  Caylus  a pùbîié  ( Ree.  vti.  pl. 
44.  n.  yé.  ) un  cyatke  de  bronze  , & i!  en  accom- 
pagne le  deffin  des  réflexions  fuivantes.  “ H eft 
d’un  travail  trop  recherché  pour  n’avoir  pas  ap- 
partenu à quelque  particulier  de  bon.  goût  5 il 
eft  fait  avec  tant  de  fimplicité  & d’agrément , . 
que  je  le  préfeate  foas  deux  afpeéls,  pour  faire  | 


I fentir  au  n®  Vi-  la  liaifon  de  fon  manche.  On  fait 
i comment  Horace  parle  du  cyathus.  De  la  Barre  a 
fait  une  defeription  ( vol.  vm.  page  375;  £?  fuiv.') 
trop  exacle  de  cçtre  efpèce  de  vafe  dans  les  Mé- 
moires de  l’Académie  des  inferiptions  , pour  y 
rien  ajouter.  Le  manche  de  celui-ci  pouvoir  avoir 
une  plus  grande  longueur  5 j’en  ai  vu  quelques-uns 
dont  la  proportion  de  cette  partie  avoir  plus  d’un 
pied  J & qui  , portant  leur  crochet  à leur  extré- 
mité, s ’appliquoient  à un  cercle  placé  tout  autour 
d'une  petite  table  ronde , & qui  fervoit  à la  vo- 
lonté des  buveurs  j & c’eft  une  confirmation  q.us 
m’a  donnée  une  pièce  gravée  en  creux  , & bien 
authentique  ». 

Cyathe  , mefure  grecque  de  capacité. 

Elle  valoir  en  mefure  de  France  jtlh  üe  pinte, 
félon  M.  Pauélon. 

Cyathe,  once  de  fetier,  mefure  de  capacité 
pour  les  liqueurs  des  anciens  Romains. 

Elle  valoir  vH-Ib  de  pinte  de  France  , félon 
M.  Pauéion  j plus  de  i se  f once.  Elle  valoir  , en 
mefure  du  même  peuple  , 4 ligules. 

Cyathe,  once  du  fetier  , mefure  de  capacité 
pour  les  grains  , Sec.  des  anciens  Romains. 

Elle  valoir  de  pinte  de  France  , félon  la 
Métrologie  de  M.  Pauéion. 

Elle  valoir , en  mefure  du  même  peuple , 4 !i- 
^ies. 

CYATHISS ARE , mêler  dans  les  coupes  l’eatî 
avec  le  vin  pris  dans  le  cyathe  , c’eft-à-dire  , fervir 
à boire  à des  convives  ( Plant.  Mea.  il.  a.  z8.  ) : 

Non  feis  , qui  ego  Jtm  , qui  tihî  f&pijjhne 

Cyatkijfo  , apud  nos  quando  potas. 

CYATHO  (a).  Gruter  ( 582.  4.  ) rapporte 
l’épitaphe  fuivante  de  l’échanfon  d’un  Céfar  ; 

D.  M., 

boryphoro.  caesaris 

A.  CYATHO 

VIX.  AN.  XX.  D.  XVIIII 
HERRIA.  VERECUNDA 
MATER 

FILIO.  PIENTISSIMO. 

FECIT.  ET.  SIBI. 

CYBAEA y navire  rend,  bâtiment  de  trsnf- 
port  ( Czeer.  V err.  v.  17.} 

CYBEBÉ  , Cybebia.  La  Déefte  Cybéhi  étoit 
\ la  même  que  Cybèle  , appelée  KaS>î&} , KaSVS», 
KaSiQs  y dérivés  de  Ka&iSso  , tourner  , remuer 
violemment  la  tête , parce  que  les  Galles,  Prêtres- 
de  cette  Déeffe  , la  remuoient  Sc  la  tournoienc 
ainfi  dans  leur  enihoufiafme  & dans  leurs  ecré- 
sttooies. 


C T B 

CY3ÈLE,  fiüc  du  Ciel  Sc  de  h Terre,  femme 
de  Sarurne  , fut  appelée  la  mère  des  Dieux  , 
comme  étant  mère  de  Jupiter , Junon , Meptune , 
Pluton , & de  la  plupart  des  Dieux  du  premier 
ordre.  On  lui  donne  plulieurs  autres  noms  , tels 
que  Ofs  , Rkéa  , Tellus  ou  la  Terre.  ( V oyej 
tous  ces  noms  ).  L'amour  qu’elle  eut  pour  Atys 
fait  la  plus  confidérable  partie  de  fon  hilioire  & 
de  celle  de  fon  culte.  ( K oye:^  Atys.  ) Elle  eut 
auffi  des  liai Tons  galantes  avec  Jafion  , qui  Ig  ren- 
dit mère  deCorybas.  ( Jasion.  ) Le  culte 
de  Cybèle  devint  célèbre , fur-tout  dans  la  Phry- 
gie,  où  fes fêtes  étoieiit  folemnifées  avec  un  grand 
tumulte.  ( Foye^  Archigalle  , Corybantes, 
Galles  ). 

On  lui  attribuoit  l'invention  du  tambour,  de 
la  fiûte  & de  la  cymbale.  Le  pin  lui  étol:  coafa- 
eré,  parce  que  le  jeune  A.tys  qu’elle  aimoit,  fut 
métamorphofé  en  cet  arbre  , ou  qu’il  fe  punit 
Ini-méme  fous  cet  arbre  de  fon  infidélité  à l’égard 
de  cette  Déefle.  C’eft  pour  cela  que  dans  les  fa- 
crifices  qu’on  lui  faifoit  tous  les  ans,  dont  Pru- 
dence, ( dans  l’hymne  de  S.  Romain,  v,  196.  ) 
& Fînntcus  ( de  errore  Prof,  Relig.  ) font  men- 
tion , on  coupoit  un  pin,  & on  Üoit  au  milieu  la 
figure  d’un  jeune  homme.  Vers  l’an  yyo  de  Rome, 
fur  un  mot  que  l’on  trouva  dans  les  Sybilles  , en 
V cherchant  autre  chofe  , & fur  une  réponl'e  de 
i’Oracle  de  Delphe , les  Romains  demandèrent  au 
Roi  Attalus  la  mère  Idéenne.  Ce  Prince  leur  fit 
donner  une  pierre , oue  l'on  confervoit  à Peùi- 
nunte,  en  Fhrygie,  & que  les  habitans  difoient 
être  la  mère  des  Dieux  j on  l’apporta  à Rome 
avec  beaucoup  de  cérémonie,  Sc  on  la  plaça  dans 
le  temple  de  la  Vidoire  , qui  étoit  fur  le  mont 
Palatin.  Tite  - Live  a raconté  cet  événement 
(i.  sxix.  c.  îo.  II.  14.).  Silius  Italicus  l’a  décrit 
en  vers  ( dans  fon  xvii=  livre  ) , Strabon  ( l.  x.  ) 
& Suétone  < dans  Tibère,  c.  2.  ) en  parlent  airfL. 
Tous  les  ans  les  Préteurs  lui  faifoient  un  facrifice 
d'une  t uie.  Un  Prêtre  Sc  une  PrêtrelTe  Phry- 
gienne en  étoient-  les  miniftres.  Habillés  d’une 
robe  de  différente  couleur,  à la  manière  de  leur 
pays  , ils  portoient  la  ffatue  de  la  Déeffe  en  pto- 
cefiîcn  dans  les  rues  de  Rome , frappant  leur  poi- 
trine , jouant  du  tambour  de  bafque,  Sc  dem.an- 
dant  l’aumône  à tous  ceux  qu’ils  rencontroient. 
Les  Prêtres  de  Cybele  s’appeloient  Galles , Galli , 
leur  chef  Archigalle,  Archigallus.  On  lui  confa- 
croit  le  cœur  des  animaux  , pour  montrer  quelle 
étoit  la  caufe  de  leur  génération  , dit  Phumutus , 
ou  parce  que  c'eff  le  principe  de  la  vie,  ou  , 
comme  dit  \ offius  , pour  marquer  qu’on  fe  dé- 
voiioit  à elle  de  tout  fon  cœur- 

Servius  a cru  que  Cybele  avoir  été  appelée  ainfî 
«Tj-i  k.vZsPki  rüv  , dc  ce  qite  fe<:  Prêtres  tour- 

noient & ag'toient  violemment  la  tête  dans  fes 
lacrifices  i mais  Straoon  , dont  V oiiius  préféré  en 
cela  1 autorité  à celle  de  Servius  , dit  que  ce  nom 
fut  pris  de  la  montagne  Cyéeluf  en  Pffrygic. 


' C Y B 

Etienne  d.e  Byzance  Feftus , Suidas,  & l’É^y. 
moiogiite , font  du  même  fentiment.  ^ 

On  reprélentoit  cette  Dédie  fous  la  figure  d’aae 
femme  robulle  Sc  puiffante,  prete  d’accoucher 
pour  marquer  la  fécondité  de  la  terre.  La  cou- 
ronne de  chêne  quelle  portoit  quelquefois  faifoit 
fquvenirque  les  hommes  s’étoient  autrefois  nour- 
ris du  fruit  de  cet  arbre  : fes  temples  étoient 
ronds,  pour  marquer  la  rondeur  de  la  terre.  Les 
tours  dont  elle  étoit  couronnée  ordinairement 
faifoient  allufion  aux  villes  qui  font  fur  la  terre  : 
auprès  de  fon  char  étoient  des  lions  couchés  & 
tranquilles , parce  que  c’ell  la  terre  qui  les  nourrit. 
Si  elle  étoit  aifife,  c’étoit  pour  dire  que  la  terre 
eff  en  repos. 

Diodore  dit  que  Cybele  étoit  fille  d’un  Roi  de 
Phrygie , qu’elle  apprit  aux  hommes  à fortifier 
leurs  villes  par  des  tours  5 Sc  que  pour  cela  on  la 
couronne  de  tours:  qu'étant  devenue  amoureux 
d'un  jeune  homme  nommé  Atys , le  Roi  le  ^.t 
mourir  pour  l’honneur  de  fa  fille.  Cybele  , tranf- 
portée  d’amoui  pour  Atys , fortit  furieufe  de  la 
maifon  de  fon  père , Sc  courut  par  toute  la  Phry- 
gie  comme  une  infenfée , en  pleurant  Sc  en  bat- 
tant du  tambour.  Après  fa  mort,  ajoute  Diodore, 
les  Phrygiens  ayant  été  affliges  de  rtérilité  Sc  dc 
peife,  l’Oracle  leur  ordonna  d’honorec  CybÙe 
comme  une  Déeffe  ; ils  initituèrent  donc  à fon 
honneur  des  fêtes  annuelles  , Sc  lui  bâtirent  un 
fuperbe  temple  à Peffmunte  en  Phrygie.  Foye^ 
Claudia  , Mydas  , Mystères 

Les  monumens  antiques  qui  repréfenten:  Cy- 
bèle font  fort  rares.  On  voit  au  Capitole  une  de 
fes  ftatues  qui  porte  de  longues  manches  ferrées 
fur  les  poignets  : c’ell  un  des  caractères  diftinclirs 
de  Cybele , furnommée  Phrygienne,  Sc  des  Phry- 
giens ou  des  peuples  appelés  Barbares  par  les 
Grecs.  On  trouve  ce  même  caractère  à la  ftatue 
de  Cybele  afïife  encre  deux  lions  , qui  eft  dans  le 
cabinet  de  Ste  Geneviève- 

Martianus  Capella  repréfente  Cybele  z'ftc  des 
habits  de  couleur  verteCi'ftr/.-r.  Pkiiolog  i-p- 19;)> 
parce  qu’elle  ell  la  Déeffe  de  la  Terre  Sc  la  mère 


des  Etres. 

La  colleétion  des  pierres  gravées  de  Stofeh 
offre  Cybele  tantôt  affife  fur  un  trône  , ayant  une 
pique  & le  bras  gauche  appuyé  fur  un  bouclier, 
tantôt  affife  fur  un  lion , Sc  portant  le  foudre  , 
fouvent  affife  dans  un  char  tiré  par  des  lions,  oC 
tenant  un  tympar.um  , ou  tambour  de  baique , 
dont  on  lui  attribuoit  l’invention , prefque  tou- 
jours enfin  couronnée  de  tours.  ., 

Les  anciens  Écrivains  varient  fouvent  dans  ex 
plication  des  attributs  de  Cybele,  parce  qu  ils  ne  a 
connoifloient  pas  lorfqu’ils  n’éroient  pas  * 

lès  myftères  , ou  parce  qu’ils  n’ofoient  la  reve 
aux  prophanes , lorfqu’ils  en  avoient  promis 
fecrer  fous  la  religion  des  fermens  les  P‘US  a 

* Lesfarnomsde  Cyiè/edélîgnoisnt, 


C Y B 

©à  on  lui  rendsit  un  culte  particuliers  tels  étoient 
Jî.érécyn,tkie  , Dindymène  , Idéenne  , M.ygdonientii  , 
T ejp.iantienne  : Pfsrygzcnne  ( Voye:^  ces  mots  ). 
2'^.  Ses  attributs  tels  étoient  les  furnoins  tarrita  , 
turrigera,  ou  , relatifs  aux  tours  dont 

eile  étoit  couronnée}  les  furnoms  ’hJ'ta  , ou  fanc- 
tica , relatifs  à fes  fureurs.  3°.  Ses  alliances  my- 
thologiques , magna  mater  , & mater  deâm  , mère 
des  trois  principales  Divinités. 

On  avoit  confacré  à Cybele  le  pin,  le  taureau 
& le  bélier.  Voye-^  Criobole  & Taurobole. 

Cybèle  eft  le  fymbole  des  médailles  de  Brieula 
en  Lydie.  Sur  les  médailles  de  Pyrrhus  & fur 
d'autres  on  voit  Cybele  armée  du  foudre. 

CYBERNÉSIES  J-fête  que  Théfée  inftitua  en 
l’honneur  de  Nauôthée  & de  Phéax  j qui  fai- 
foîent  l’ofEce  de  pilote  en  fon  expédition  de  Crète. 
Leur  nom  vient  du  grec  %.’iZi^va,ss , je  gouverne. 

CYBIRE.  Les  Rois  de  Cybire  , dont  on  a des 
médailles  J font: 

Moagete. 

Amyntas. 

CYCÉON  J Kajcsiif  J dérivé  de  Kuxaa) , je  mtle. 
Les  latins  rendent  ce  mot  par  çinnum.  Le  fenti- 
tnent  le  plus  commun  eft  que  le  cyeéon  des  Grecs 
était  une  compolition  faite  de  vin,  de  miel , de 
fine  fleur  de  farine  d’orge  j d’eau  j de  fromage  , 
& réduite  en  confiftance  de  bouillie.  II  paroît 
qu’il  y en  avoit  de  deux  efpèces:  l’une  groffière  j 
faite  d’eau  & de  farine  ; l’autre  plus  fine  & plus 
délseate  , faite  de  vin  & de  différentes  efpcces  de  ' 
farine,  de  fromage,  & quelquefois  de  miel.  Les 
Grecs  entendoient  aufti  par  ce  mot  toute  boifton 
ou  mélange  compofé  d’ingrédiens  de  différente 
nature,  félon  le  genre  de  la  maladie  & l’intention 
du  Médecin. 

Les  myftères  d’Éleufîs  rendirent  célèbre  le 
cyceon  dans  l’antiquité  , parce  que  la  chofe  fe- 
crete  dont  on  l’avoit  choifi  pour  emblème  dans 
ces  m.yftères , fervoit  à faire  reconaoître  entre- 
eux  les  initiés  ( Arnoh.  adv.  Gent  l.  3.  ).  J’ai 
jeûné,  difoit  un  initié  aux  autres,  j’ai  ’pu  le  cy- 
céon , j’ai  pris  dans  la  cifte  & j’ai  dépofé  dans  le 
ealatkus.  A ces  mots  fymboliques  & à leur  expli- 
cation on  reconnoiffoit  l’initié.  Les  profanes 
croyoient  que  le  cycéon  des  myftères  d’Èleufts 
etoit  employé  pour  rappeler  celui  que  la  vieille 
Baubo  fit  boire  à Gérés , altérée  par  les  fatigues 
de  fa  longue  courfe. 

CYCHREUS.  f^oye^  Tébàmom. 

CYCINNIS  danfe  des  Grecs.  Elle  avoit  retenu 
le  nom  de  fon  inventeur,  qui  étoit  un  des  Satyres, 
cornpagnon  de  Bacchus  : elle  étoit  moitié  grave , 
moitié  gaie,  & reuniffoit  ces  deux  caraâères  ; 
telles  font  a-peu-pres  nos  chaconnes  , dont  le 
majeur  a pour  1 ordinaire  des  couplets  légers  , 
Antiquités  ^ Tomi~Jl. 


C Y C 2 /? 

forss  & fiers,  Sc  le  mineur  des  coapkts  tendres 
doux  & voluptueux. 


> 


CYCLADE,  partie  de  rhabi.'em;!  t d:s  fem- 
mes. f^oyeq^  Amîcüluj:. 

CYCLE  Ç lAytkblogie  }.  « Les  cycles  , dit 
M.  Rabaud  de  Saint-Eftienne,  devinrent  des  per- 
fonnages  dans  l’écriture  & le  langage  a-nimé  des 
anciens.  Le  cycle  hebdomadaire  étoit  figuré  par 
Saturne  , planète  du  Sabat , ou  du  jour  du  repos, 
& qui  fut  depuis  une  Divinité  dont  la  ftaîue 
étoit  liée  de  cordes  de  laisie  qu’on  lui  ôtoit  aux 
Saturnales.  Le  cycle  annuel- fut  figuré,  entre- 
autres  manières  , par  Janus,  au  double  rifage  , qui 
voyoit  devant  & derrière  lui  , & dont  la  clef 
ouvroît  l’année.  Le  cycle  de  1461  ans  étoit  dé- 
figné  par  le  beloifeau  qui  renailfoit  defes  cendres, 
comme  l’a  expliqué  Gebeiin.  En  un  mot,  tout 
ce  qui  fe  paffe  dans  le  ciel  fut  écrit  & peint  en 
images. 

Les  Grecs  , auxquels  ces  connoiffances  étoient 
étrangères , les  avoient  reçues  du  dehors  fous 
ces  éiémens.  Eusè'oe  nous  apprend  que  c’étoit 
l’ufage  des  Égyptiens;  ufage  qui,  confervé  par 
leurs  Prêtres  dans  la  langue  facrée  ou  primitive., 
fe  perpétua  long-temps  dans  les  temples. 

Cycle  de  Jules  César.  Numa  Pompiiius 
avoit  d’abord  établi  à Rome  .une  année  lunaire. 
Cette  manière  de  compter  n’étoit  point  cxzStc  , 
& étoit  fujette  à de  grands  inconvéniens.  Jules 
Céfar  réforma  le  calendrier,  & introduifit  une 
année  folaire  de  jéy  jours  & 6 heures  : c’eft  ce 
que  perfonne  n’ignore  ; mais  on  ne  favoit  pas  fi 
communément  qu’il  eût  aufti  corrigé  fon  année 
fur  les  mouremens  de  la  lune.  Quoique  Macrobe 
l'eût  dit  en  termes  exprès,  & qu’il  y eût  de  bonnes 
raifons  d’en  ufer  ainfi  , comme  le  Cardinal  Noris 
l’a  montré  au  conimencement  de  fa  Diirertation 
du  cycle  palcha!  des  .Latins  , il  y a eu  aufti  des 
auteurs  qui  ont  remarqué  que  l’Eglife  Latine  , 
avant  le  Concile  de  Nicee , fe  fervmit  du  cycle 
lunifolaire  de  Jules  Céfar. 

Biaçchini  , dans  fa  Diifertition  latine  imprimée 
à Rome,  in-folio,  en  1703,  donne  une  defeription 
& une  explication  générale  du  cycle  de  Céfar , que 
l’on  a trouvée  fur  un  ancien  marbre,  il  rapporte 
l’infeription  complète  de  ce  monument,  qui  avoic 
été  gravée  du  temps  d'Aiigufte , & qui  ne  fut  re- 
trouvée que  fur  la  fin  du  feizième  fiècle  à Rome  , 
fous  la  colline  des  jardins  & en  queiq.jes  autres 
endroits.  Celle  de  Rome  avoit  été  placée  dans  le 
Palais  Maffei  , & on  l’y  voyoit  au  temps  où 
Paule  Manuce  , Charles  Sigonias  , Jean  Gruter, 
Jofeph  Scaliger  & d’autres  la  publièrent , & tâ- 
chèrent de  l’expliquer.  Depuis,  elle  avoit  été  égarée 
jufqu’au  moment  où  Bianchini  la  retrouva.  Quoi- 
qu’elle fiait  rompue  , les  morceaux  rajuftés  Tua 
avec  l’autre  la  repréfientent  entière,  excepté  quel- 
ques lignes  qui  étoient  au-deiïus , mais  qui  es 


x66  C Y C 

font  pas  partie  du  calendrier.  Il  paroît , par  plu-  | 
fleurs  dates  des  principaux  événemens  arrivés 
fous  Jules-Céfar  & fous  Augufte  , que  ce  calen- 
drier avoir  été  fait  fous  ce  dernier , car  il  n'y  ell 
point  fait  mention  des  Empereurs  fuivans. 

Il  eft  divifé  en  douze  colonnes  ^ dont  chacune 
contient  les  jours  de  chaque  mois.  Les  jours  y font 
dillingués  en  ceux  qu'on  appelle  Fafii , Nefafii  , 
Nefajli  primo  , Ce  Comitiales , par  les  lettres  F. 
N.  N.  P.  & C.  Les  jeux  publics  &:  les  fêtes  y 
font  enfuite  exprimés  en  plus  petites  lettres  ; mais 
ce  qu’il  y a de  plus  fingulier , ce  font  les  huit  pre- 
mières lettres  de  l'alphabet  qui  y font  répétées 
par  ordre , en  commençant  par  A , tk  hnilfani 
par  H , depuis  le  premier  jour  de  l’an  jufqu'au 
dernier.  Jofeph  Scaüger  a cru  que  ces  lettres  mar- 
quoient  les  nundines  ou  les  jours  de  marché  qui 
revenoient  de  neuf  en  neuf  jours  ; mais  Bianchini 
fait  obferver  que  , pour  marquer  les  nundines  , il 
faudroiî  neuf  lettres  ; à quoi  il  ajoure  encore 
d’autres  raifons  pour  prouver  que  Scaüger  s’eft 
trompé. 

Comme  il  eft  marqué,  dans  les  premières  lignes 
de  ce  monument , qu’il  avoir  été  peint , Bianchini 
foupçonne  que  la  variété  des  couleurs  pouvoir 
avoir  fervi  à difiingeer  quelque  cycle  de  ce  calen- 
drier. Il  obfervc  enfuite  que  Jules  Céfar , dans 
fa  manière  de  régler  l’année  , ne  fuivit  ni  la  mé- 
thode des  Chaldéens , ni  celle  des  Egyptiens  , ni 
celle  des  Grecs , mais  une  quatrième , comme 
Pline  le  témoigne , qui  ne  lailToit  pas  néanmoins 
d'avoir  du  rapport  avec  les  précédentes.  C'etl  ce 
qu'on  pourra  reconneitre  , fi  l'on  peint  de  cou- 
leurs différentes  les  ogdoades  ou  huitaines  de 
lettres  qui  fuirent  immédiatement  les  folllices  Sc 
les  équinoxes.  On  peut  fe  ferviren  cette  occafion 
des  couleurs  du  cirque. 

La  première  huitaine,  qui com>mence au  let  de 
Janvier,  & qui  va  jufqu’au  huit,  peut  être  peinte 
de  couleur  blanche  j la  fécondé  huitaine , depuis 
le  9 iufqu’au  i6  du  même  mois,  de  couleur  verte  ; 
la  troifième  , depuis  le  17  jufqu’au  24  , de  cou- 
leur rouge  ; la  quatrième  , depuis  le  zy  jufqu’au 
premier  de  Février  , de  bleu.  Ces  jours  pourront 
être  mis  dans  une  colonne  qui  repréfentera  l’hi- 
ver. Il  faudra  faire  la  même  chofe  depuis  le  50 
de  Mars  , jour  auquel  fe  trouve  la  lettre  A , la  pre- 
mière fois  après  l’équinoxe  du  printemps  ; c’eft- 
à-dire  , le  peindre  en  blanc,  & les  fept  fuivans  , 
jufqu'au  6 d‘.4vril , & garder  le  même  ordre  de 
couleurs  qu’auparavant  dans  les  trois  autres  hui- 
taines. On  appellera  cette  colonne  la  colonne  du 
printemps.  On  procédera  de  même  dans  la  colonne 
d’été  , qui  commence  après  le  folilice  du  Cancer, 
au  z6  de  Juin  , où  fe  trouve  dans  le  calendrier 
la  lettre  A,  pour  la  première  fois  après  le  folilice. 
On  en  fera  autant  à la  colonne  d’automne  , qui 
commence  le  zz  Septembre , où  fe  trouve  la  pre- 
SEiière  lettre  A après  l’équinoxe. 

Cela  étans établi,  Bianchini  explique  la  manière 


C Y C 

de  ce  cycle  lunaire  recueilli  de  ces  lettres  & com 
paré  avec  l'ennéadécaétéride  de  Métor  & ceH 
d’Alexandrie  j & il  fait  voir  l’ufage  de  ce  cycl 
pour  bien  rnarquer  l’âge  de  la  lune,  conformétirt 
à l’ufage  civil.  11  montre  enfuite  l’ufage  de  ce 
même  cycle  chez  les  Romains  & chez  .la  plupart 
des  peuples  qui  étoient  fournis  à leur  empire  La 
plupart  des  fêtes  païennes  étant  fixées  à certaines 
faifons  , félon  les  mouvemens  lunifolaires  le 
cycle  de  Céfar  étoit  très-propre  à les  marquer  H 
montre  enfin  la  mêm.e  chofe  , par  le  moyen  des 
médailles  frappées  pour  célébrer  les  jours  & Lj 
fêtes  en  l’honneur  des  Dieux  ( Supplément  de 
l'Encyclopédie.  ). 

Cycle  pafchal  de  S.  Hippolite , cycle  de  feize 
ans  , qui , étant  redoublé  fept  fois  , régloit  la  Fete 
de  Pâques  pour  le  terme  de  cent  douze  années. 
Ce  cycle  a pris  fon  nom  de  fon  inventeur. 

Comme  nous  n’avons  rien  de  mieux  fur  le  canon 
pafchal  de  S.  Hippolite  que  la  dilTertation  latine 
de  Bianchini , imprimée  à Rome  en  1703 , in-foL, 
je  vais  donner  l’analyfe  de  cette  pièce , Hc  "faire 
d’abord  connoître  au  Lefteur  de  quoi  il  s’agit. 

S.  Hippolite  a fleuri  au  commencement  du  troi- 
fième fiècle->  vers  l’an  zz8  , fous  l’empire  d’Ale- 
xandre Sévère.  On  ne  fait  d’où  il  étoit , ni  même 
de  quelle  ville  il  étoit  Evêque,  Eusèbe  n’en  ayant 
rien  dit , & S.  Jérôme  ayant  fait  des  recherches 
inutiles  fur  ce  fujet , comime  il  nous  l’apprend 
lui-même.  Tillemont , fans  cependant  rien  dé- 
cider , croit  qu’il  efl:  plus  probable  de  dire  qu’il 
a été  Evêque  en  Orient  ; c’eft  ce  qu’on  pourroit 
conclure  de  ce  qu’il  a écrit  en  grec , & de  ce 
qu’Eusèbe  le  met  immédiatement  après  Beryik , 
Evêque  de  Bollres  en  Arabie. 

Quoi  qu’il  en  foit , Hippolite  avoit  compofé 
un  grand  nombre  d’ouvrages  , entre  lefquels  Eu- 
sèbe &:  S.  Jérome  parlent  de  deux  fur  la  Fâque. 
Ils  ne  difent  rien  de  particulier  fur  le  fécond  ; 
mais  pour  le  premier  , Eusèbe  témoigne  qu  Hier 
police  y faifoir  une  chronologie  qu’il  conduiiwt 
jufqu’à  la  première  année  d’Alex.  Sév.  de  J.  G 
zzz  , & qu’il  y propofoit  un  canon  ou  cycle  ce 
feize  ans,  pour  régler  la  fête  de  Paque.î!  ne  nous 
reftoic  que  le  nom  de  ce  cycle  , lorfqu’en  I 
en  fouillant  près  de  Rom.e  dans  les  mafiires  d une 
ancienne  Eg'.ife  de  S.  Hippolite  , bâtie  dans  es 
champs  du  côté  de  S.  Laurent , & fur  le 
de  'lïvoli , on  trouva  une  ftatue  de  marbre  •rfis 
une  cbaife,  aux  deux  côtés  de  laquelle  il  y 
en  lettres  grecques  des  cycles  de  feize 
commençoient  à la  première  année  " 

zzz  de  J.  C.  J & qui , étant  redoublés  fept  > 

régloient  la  fête  de  Pâque  pour  cent-douze  an  j 

c’eft-à-dire  , jufqu’à  l’an  335.  ^ 1 • Si 

Perfonne  ne  douta  que  ce  ne  fût 
Hippolite  , quoique  fon  nom  n’y  fut  pas-  .'  j. 
le  publia  en  grec.  Scaüger  y fit  des  notes  ' 
niées  à Leyde  en  lyqy  , & il  en  ^ 

dans  fon  fccozid  livre  de  la  ccrredtion  des 


C Y C 

Le  Père  Boucher,  Jéfnice,  Ta  mis  en  îatin  , & 
l’a  auiîî  expliqué  dans  fon  ouvrage  des  cycles  de 
Pâque.  Le  Cardinal  Marcel  Cervini,  qui  depuis 
■ fut  Pape  , fit  tranfporter  la  ftatue  dans  la  Biblio- 
thèque du  Vatican  , où  elle  eft  encore.  C'eft  ce 
cycle  de  cenr  - douze  ans  qui  fait  le  fujet  de  la 
Differtation  de  Bianchini. 

Ce  favant  Véronois  , pour  rexpliquer,  prouve 
d’abord  qu’il  ne  faut  pas  fuppofer  qu’après  cent- 
douze  ans  révolus  , les  moavemens  moyens  du 
foleil  & de  la  lune  recommencent  le  même  jour 
de  l’an  civil  ; mais  que  le  jour  du  renouvellement 
de  ii  lune  doit  être  renvoyé  à la  femaine  fai- 
vante  , & diffère  de  huit  jours  ; que  les  lettres 
du  calendrier  de  Céfarle  marquent  irès-comraodé- 
ment  j que  le  cycle  de  S.  Mippolhe  fut  d’autant 
plus  volontiers  reçu  par  les  Latins,  qu’il  s’accom- 
mode fort  bien  avec  le  cycle  Julien , les  olym- 
piades & les  octâétérides  que  l’on  eniployoït  en 
ce  temps-Ià  j que  la  moindre  période  du  même 
cycle  de  cent-douze  ans  , s’accorde  avec  les  moii- 
vemens  moyens  de  la  lune.;  que  fepe  de  ces  pé- 
riodes en  font  une  plus  grande  de  784  ans  , dans 
laquelle  les  phafes  de  la  lune  retardent  de  deux 
jours  ; mais  que  cette  grande  période  écoulée 
quatre  fois  , & jointe  à une  feule  petite  , en  fait 
une  très-grande  de  5248  ans , qui  rétablit  les  mou- 
vemens  conftans  de  la  lune  en  leurs  temps  ; que 
le  cycle  divifé  par  oéliétérides , conformément 
aux  années  civiles  des  Grecs  & des  Romains , 
peut  être  üluftré  par  les  années  que  l’on  nomme 
grandes  & féculaires  ,-  que  S.  Hippolice  , en  adap- 
tant le  cycle  de  Céfar  à l’ufage  des  Chrétiens  , a 
eu  égard  au-  temps  paifé  & à venir.  Il  paroït , 
d’après  routes  ces  confidérations , que  Jofeph 
Scah'ger  a parlé  avec  trop  de  mépris  de  ce  cycle. 

Bianchini  explique  enfuite  ce  qu’il  y a dans 
î’infeription  d’un  des  côtés  d-e  la  chaife  de  S.  Hip- 
poiite  touchant  la  chronologie  de  l’ancien  & du 
nouveau  Teframent,  depuis  la  première  Pâque  de 
Moyfe,  jufqu’à  celle  de  la  mort  de  J C.  ; par  où 
l’on  peut  voir  i’ufage  des  trois  périodes  de  ce 
canon.  Il  convient  néanmoins  qu’il  y a quelque 
chofe  de  fautif  dans  ce  côté  de  l’infcription. 
Il  explique  enfin  l’autre  côté  de  l’infcription  , 
montre  la  iiaifon  du  cycle  de  S.  Hippolit'e  avec 
celui  de  Céfar  , & enfeigne  la  méthode  de  s’en 
fervir  pour  perfeéiionner  les  tables  pafchales 
( Supplément  de  V Encyclopédie  ). 

Cycle  solaire  , ou  du  foleil.  C’eft  une  révo- 
lution de  aS  années  , en  commençant  par  i & 
êniffant  par  28 , après  quoi  on  recommence  & 
on  finit  toujours  de  même  par  une  efpèce  de 
cercle  ; d’où  vient  le  nom  de  cycle  Pour  bien 
comprendre  ceci , il  faut  connoître  la  diftinaion 
de  deux  fortes  d années , 1 année  commune  & 
1 annee  biflexîüe'.  L’année  commune  efteompofée 
de  35 f jours  , qui  font  52  femaines  & un  jour  ; 
la  bifîextile  ell  compofee  de  360  jours , qui  font 
feruaines  & 2 jours.  Elle  eft  ainiî  appelée  de 


C Y C 2^7 

1 deux  mots  latins,  bis  fexto , parce  que  les  Ro- 
mains , dans  ]-eur  manière  de  fupputer  les  jours 
de  cette  année-là , comptoienr  deux  fois  fexto 
caleitdas  Manias  ; une  fois  pour  le  24  Février, 
ainfi  qu’ils  le  faifoient  dans  les  années  communes, 
& une  fécondé  fois  pour  le  2y  du  même  miois  , 
afin  de  marquer  que  le  mois  de  Février  avoit  29 
jours  dans  les  années  biffextiies  , & qu'il  n’en 
avoit  que  28  dans  les  années  communes. 

L'année  biiTexlüe  a éré  inventée  par  Jules  Cé- 
far , pour  accorder  l’année  civile  avec  l’année 
folaire.  Le  foleil,  pour  achever  fon  cours  annuel, 
ou  pour  revenir  précifément  au  même  point  d’où 
il  eft  parti  , met  365  jours  & 6 heures  ou  environ. 
Ces  6 heures,  répétées  quatre  fois  , font  un  jour. 
Ainlî  , pour  accorder  l’année  civile  avec  le  cours 
du  foleil , Jules- Céfar  ordonna  que  tous  les  quatre 
ans  il  y auroit  une  année  de  366  jours , & que 
cette  année  feroit  appelée  hijfextile , pour  la  raifoa 
que  nous  avons  dite.  Les  années  communes  finif- 
fent  par  le  même  jour  qu’elles  commencent , 
parce  qu'elles  font  compofées  de  ya  femaines  Sc 
un  jour  de  plus  ; les  années  biffextiies  finiffent. 
par  le  lendemain  du  jour  par  ou  elles  commen- 
(ent,  parce  qu’elles  font  compofées  de  52  fe- 
maines & deux  jours  de  plus.  Si  donc  une  année 
commune  a co.mmencé  le  Lundi , elle  finira  de 
même , & le  Mardi  fera  le  premier  de  l’année 
fuivante-  De  - là  il  fuit  que  s’il  n’y  avoit  que 
des  années  communes,  leurs  commencemens  (iî 
en  faut  djre  autant  de  chaque  quantième  de  tous 
leurs  mois  ) parcourroient  ^fuccefllvement  tous 
les  jours  de  la  femaine  fans  interruption  ; ce  qui 
produiroit  un  cycle  de  fepî  ans.  Mais  comme  il  y 
a des  années  biffextiies  qui  dérangent  cet  ordre 
de  quatre  ans  en  quatre  ans  , il  faut  que  les  com- 
mencemens  de  celles-ci , de  même  que  chaque 
quantième  de  leurs  mois , ayent  auiTi  paffé  fur  les 
fept  jours  de  la  femaine  ( non  pas , à la  vérité  , 
de  fuite  ) , pour  revenir  à un  ordre  d’annés  par- 
faitement femblables,  par  le  rapport  des  jours  du 
mois  aux  jours  de  la  femaine  , à celles  qüi  ont 
précédé.  Tel  eft  le  fondement  du  cycle  folaire, 
qui  eft  compofé  de  28  ans  , parce  que  fept  fois 
quatre,  ou  quatre  fois  fept , donnent  ce  produit  ; 
c’eft  ce  qu’on  peut  remarquer  dans  notre  Table 
chronologique.  L’an  20  de  J.  C-  , qui  eft  bif- 
fexîile,  eft  le  premier  du  cycle  folaire,  oc  fe  rap- 
porte aux  Lettres  Dominicales  GF,  qui  font 
dans  la  colonne  fuivante.  Ces  deux  lettres  , qui 
marquent  les  Dimanches  de  cette  année  , ne  fe 
retrouvent  qu’après  28  ans  écoulés  , ainfi  cu’en 
peut  le  vérifier  en  parcourant  de  fuite  ces  28  an- 
nées du  cycle  que  nous  indiquons , & les  Lettres 
Dominicales  qui  leur  répondent;  mais  ceci  ne 
regarde  que  l’ancien  calendrier  : paffons  au  nou- 
veau. 

Depuis  la  réformation  du  Calendrier,  faite  en 
1 582  , le  cycle  folaire  devroit  être  de  4-:  o ans  , 
parce  qu’il  faut  que  ce  nombre  d’annés  s’écoule 

L1  ij 


C Y C 

avant  c]uc  la  Lettre  Dominicale , qui  marque  îe 
Dimanche  revienne  préciTément  au  même  point 
où  elle  étoit  la  première  année  de  ce  cycle  ^ pour 
procéder  de  nouveau  ^ pendant  400  ans  , dans  le 
même  ordre  que  les  Lettres  Dominicales  ont 
procédé  pendant  les  400  ans  qu’on  fuppofe 
écoulés.  CJe  cycle  de  40Ô  ans  commence  en  1601 , 
& finir  l’an  zoco.  Entre  ces  deux  termes , les 
années  1700  j i8cx),  ic^o,  n’étant  point  bifTex- 
tües , comme  l’ont  été  toutes  les  années  précé- 
dentes, elles  dérangent  l’ordre  ancien  des  Lettres 
Dominicales  ; & par  conféquent  l’ordre  du  cycle 
folaire , auquel  ces  lettres  répondent  , doit 
être  dérangé.  C’eft  ce  qu’on  peut  remarquer  dans 
notre  Table  chronologique  , en  jetant  les 
yeux  fur  les  années  1700  j i8eo  & 1900  j ou  il 
n’y  a qu’une  Lettre  Dominicale  fi).  Il  y en  au- 
roit  deux,  comme  on  peut  le  voir  à l’atticle  des 
CoNCüRREN's  & des  Lettres  Dominica!es,fi  ces  an- 
nées croient  bilTextües,  & fi  le  cycle  de  28  ans  n’étoit 
point  dérange  (2).  (JJ Art  de  Vérjer  les  Liâtes.) 

Cycle  lunaire,  ou  Nombre  d’or. 

Nous  diflinguons,  avec  les  anciens  Computifies 
Sc  avec  un  certain  nombre  de  chartes,  le  cycle  de 
la  lune  du  cycle  de  19  ans  , quoique  plufieurs 
Auteurs  & des  chartes , en  plus  grand  nombre 
que  les  premières  , les  confondent  entièrement, 
il  cft  allez  co-m-mun  en  effet  de  trouver  dans  les 
anciens  monumens  cyclus  luns  , ou  lunarîs  , & 
cyclus  deccmnovennalis  , pris  indifféremment  l’un 
pour  l’autre  : c’tf:  une  méprile  occafionnée  par 
la  relTembiance  des  deux  cycles.  Le  cycle  de  la 
lune,  ou  lunaire,  ainfi  que  le  cycle  de  19  ans, 
eft  une  révolution  de  19  années,  après  lefquelles 
en  recommence  par  un  , en  continuant  jufqu  à 
dix-neuf,  par  un  cercle  perpétuel , ainfi  qu’on 
le  voit  dans  notre  TizhU  cbronozogiqve  , où 
ces  deux  cycles  font  marqués.  Toute  la  différence 
cu’on  remarquera  entre  l’un  & ! autre  , ell  que 
le  cycle  de  la  lune  commence  trois  ans  plus  tard 
que  celui  de  19  ans.  Cette  différence  vient  des 
Romams  & des  Hébreux.  Les  premiers  fe  fervoient 
du  cycle  que  nous  appelons  de  la  lune  , & ils  le 
commenêoîent  avec  le  mois  de  Janvier  ; les  féconds 
faifoient  ufage  du  cycle  de  19  ans  , qu’ils  com- 
mençoient  avec  le  mois  de  Mars.  Les  Chrétiens 

(1)  11  paroît  qu’au-  lieu  de  retrancher  trois  années  biflex- 
iles  fur  quatre  années  féculatres,  il  eût  été  plus  exaét  d’en 

fupptimei  u.ne  tons  les  i*.S  ans.  Par  ce  moyen  , non-feule- 
ment les  années  autoient  répondu  plus  exaâtment  au  mou- 
vement d'u  folcil , mais  encore  1*  calcul  auroit  été  plus 
ptécis,  que  pat  notre  manière  de  compter,  en  ce  que  l’an- 
née comntune  feroit  alors  de  36)  jours,  5 heures  , 48  mi- 
nutes 8c  45  fecorrdes  ,•  telle  à peu  près  que  la  donnent  les 
cbfetïations  les  plus  précifes  : tandis  que  par  notre  Calen- 
drier , elle  efl  de  jiSy  jours , 5 heures  , 49  minutes  8c 
fécondés;  plus  longue  par  conféquent  qu’elle  ne  devroit 
être  , d’environ  27  lecondes.  Cette  remarque  cft  de  M. 
Bonne. 

(2)  En  17^1  , tous  les  Almanachs  8c  Calendriers  ont 
donné  7 pour  le  nombre  du  cycle  folaire , au-lieu  de  Èj  «e 
qui  eft  uoe  faute  couiîdéiable. 


C Y C 

fe  font  fervis  de  l’un  & de  l’autre  eyJle  dans  L. 
premiers  temps  5 mais  enfin  celui  de  10  ans  a pS 
valu  & nos  Auteurs  modernes  ont  tellemenè 
oublie  cet  ancien  cycle  des  Romains,  que  non 
n en  connoiffons  aucun  qui  l’ait  employé  nonr 
expliquer  les  chartes  qui  en  font  datées.  ^ 

Voici  une  de  ces  chartes , d’autant  plus  remar 
quable  que  les  deux  cycles  y font  égaîemert 
exprimés.  Elle  ell  de  Henri,  Comte  d’Eu , ea  favp;‘l 
de  l’Abbaye  de  S.  Lucien  de  Beauvais  , & ngj-jç 
les  dates  fuivantes  : AeJa  funt  htte  ar.no  ah  Incar 
natione  JDomini  MCix , indïclione  11 , epaciâ  xvjj 
concurrente  itii , cyclus  lunarîs  v , cyclus  èecern. 
novennalîs  viji,  regularis  Pafeks.  itit , terminus 
Pafckalis  xiiii  kal.  Mali , dies  Pafchalis  vu  kap 
Maii , LurtA  ipfius  diei  PafekA)  xxi  ( Mabili. 
Diplom.  pag.  594.  ).  Toutes  ces  dates  font  très- 
exaéles , & on  peut  les  vérifier  fur  notre  Tab^e 
chronologique  ; à l’année  1109.  Il  eft  rare  ce 
trouver  des  chartes  où  le  cycle  de  la  lune  & le 
cycle  de  19  ans  foient  aufti  clairement  efftingués 
que  dans  celle  que  nous  venons  de  rapporter  ; 
mais  il  n’eft  pas  rare  d’en  trouver  qui  foient  da- 
tées du  cycle  de  la  lune,  félon  les  Romains,  au 
lieu  de  l’être  du  cycle  de  19  ans,  félon  les  Hé- 
breux. De  ce  nombre  font  la  fondation  du  Mo- 
naftêre  de  Quimperlé,  en  1029 , qui  eft  datée  , 
cyclus  lune  / , au  lieu  de  ivj  une  donation  de 
l’an  1069  J faite  à la  même  Abbaye,  datée  cyc/us 
lunA  lit , au  lieu  de  r/,-  une  lettre  de  Baldric, 
Evêque  de  Dole  , pour  l’Abbaye  de  S.  Florent  de 
Saumur , datée , cyclo  lunarî  r , au  lieu  de  nii 
( V.  D.  Morice  , Preuv.  de  Vîüfioîre  de  Bretagne^, 
t.  J , col.  }66 , 432  & J 17.  ). 

Parmi  les  chartes  qui  font  datées  du  cycle  lu- 
naire félon  les  Romains,  nous  n’en  avons  trouvé 
aucune  où  ce  cycle  ne  commence  au  premier  Jan- 
vier j mais , parmi  celles  oui  font  datées  du  cycle 
de  19  ans  ou  du  cycle  de  la  lune  , confondu  avec 
le  cycle  de  19  ans,  nous  en  avons  rencontré  quei- 
ques-unes  où  ce  cycle  commence  avec  le  mois  de 
Janvier,  quoique  naturellement  il  ne  doive  com- 
mencer qu’avec  le  mois  de  Mars  ; puifque^  les 
Hébreux,  de  qui  les  Chrétiens  l’ont  pris,  ne  l’ont 
jamais  commencé  qu’avec  leur  mois  N'ifan  , QH* 
répond  à nos  mois  de  Mars  & d’ Avril.  Ces  deux 
commencemens  du  cycle  de  19  ans  doivent  etre 
remarqués , pour  accorder  certaines  dates  ou  11 
paroît  qu’il  y a de  l’erreur  , quoiqu’il  n y en  ait 
point.  Iis  fervent  auftî  pour  fixer  le  temps  de 
certaines  chartes  , données  en  Janvier  ou  en  fé- 
vrier. Telle  eft  celle  de  la  fondation  du  Prieure 
de  Quiberon , rapportée  dans  les  Preuves  de  a 
nouvelle  Hiftoire  de  Bretagne  (t  _L  col.^o^Ji 
dont  nous  croyons  devoir  ici  examiner  les  dates, 
parce  qu’elles  prouvent  ce  que  nous  avançons* 
Les  voici  t Anno  ab  Inearnatïone  Lotnini  Mxxvtiy 
czrculus  lanA  //,  indiiiio  xt  , ’EpaBu  xxti  , 
eurrens  B i.  Nous  voyons,  par  toutes  ces  * 
que  çette  charte  a été  donnée  en  Janvier  eu 


C Y C 

Février  de  Tan  ioz8  , félon  notre  manière  pré- 
fente de  compter.  Elle  marque  Tan  msxyii  , 
parce  qu’alors  on  ne  commençgît  ordmairemenr 
fannée  qu'à  Pâques.  Le  circulus  bj-ns.  n eft  ici  le 
même  que  le  cycle  de  19  ans.  L'Auteur  de  la 
charte  ne  compte  que  deux , comme  fi  l'an  l oaS 
de  J.  C.  n'étoit  que  la  fecor.de  année  du  cycle  de 
19  ans  , quoique  ce  foir  la  troifième  parce  qu  il 
ne  commence  à compter  cette  troiiième  annee 
qu'avec  le  mois  de  Mars,  & que  la  charte  a ^te 
donnée  auparavant.  L'indidiion  xi  & i'epacte 
XXII  marquent  l'année  1028,  de  même  que 
le  concurrent  B i,  c’eft  - à - dire  , bijfextili  i. 
Ce  concurrent!,  au-!ieu  de  Vii,  que  l'Auteur 
uuroit  pu  mettre , la  charte  ayant  été  donnée 
avant  le  25  Février,  prouve  ce  que  nous  difons 
à l'article  des  Concurveas  ( Voye^  ce  mot  ) , fav^oir, 
qu'il  y a des  chartes  données  en  des  années  bif- 
fextiles  , où  le  concurrent , qui  ne  devroit  avoir 
lieu  que  depuis  ce  jour-Ià  , eli  néanmoins  marqué 
dès  le  mois  de  Janvier.  Pour  le  lima  m de  notre 
charte,  il  montre  qu’elle  a été  donnée  le  7 Jan- 
vier ou  le  6 Février,  comme  on  peut  s'en  con- 
vaincre en  confultant  notre  Calendrier  lunaire. 
L'accord  de  toutes  ces  dates  eli  donc  parfait  5 
mais  on  ne  le  voir  tel , qu'en  faifant  commencer 
avec  le  mois  de  Mars  le  cycle  lunaire  , pris  pour 
celui  de  19  ans. 

Mais  il  y a d'autres  chartes  où  le  mois  de  Jan- 
vier efi  regardé  comme  le  premier  du  cycle  de  1 9 
ans.  Donnons-en  au  moins  un  exemp'e.  Parmi  les 
preuves  du  premier  tome  du  nouveau  GalUa 
Ckrijliana  , p.  l6j  , on  voit  un  diplôme  de  Gaf- 
ton  VI , Vicomte  de  Béarn , qui  eft  ainfi  daté  : 
Faciumefi  hoc  anno  incarnationis  F erbi  :mclxxxj, 
indiBloae  xjv  y epacla  irr,  concurrente  11 J y cyc’o 
decemnovennali  iv  , feria  11  idus  F ebruarii.  Ce 
ferla  ii  idus  , ou  ante  idus  F ebruarii , étoit  le 
neuvième  Février  en  1 181.  Toutes  les  autres  dates 
marquent  la  même  année.  Mais  , pour  accorder 
le  cyclo  decemnovennali  ir  avec  ces  autres  dates, 
on  doit  faire  commencer  ce  cycle  avec  le  mois  de 
Janvier.  En  ne  le  faifant  commencer  qu’avec  le 
mois  de  Mars,  il  faudroit  in  au-lieu  de  IV5  preuve 
évidente  qu’il  y avoir  des  anciens  qui  faifoient 
concourir  le  commencement  du  cycle  de  19  ans 
avec  le  premier  de  Janvier,  pendant  que  d'autres 
le  prenoient  du  premier  Mars  j d'où  il  réfulre 
que  cette  règle  , muta  cyclum  lunarem  in  kalendis 
Januarii  , cyclum  decemnovennalem  in  kalendis 
Marcis  , que  nous  lifons  dans  un  manufcrit  de 
S.  Serge  d'Amiens  , du  xie  fiècle  , efi:  une  règle 
femblable  à la  plupart  des  règles  des  comptes 
êc  des  calculs  de  ce  temps -là  , & qu'elle  n'eft 
pas  moins  fujette  à de  fréquentes  exceptions  , 
du  moins  pour  ce  qui  regarde  le  commencement 
du  cycle  de  19  ans  avec  le  mois  de  Mars. 

Ces  deux  cycles  , de  la  lune  félon  les  Romains , 
&■  de  19  ans  félonies  Hébreux,  fora;  également 
appelés  Nombre  d’or.  On  croit  qu'on  I*s  a ainfi 


C Y C 

nommés  , parce  qu'on  les  écrivoit  en  caraéîères 
d'or  dans  les  anciens  calendriers,  où  ils  für-oie.nt 
à faire  connoître  quel  jour  des  douze  mois  fo- 
laires  tomboit  la  nouvelle  lune  de  chaque  année 
de  l’un  ou  l'autre  de  ces  cycles.  Pour  cela  , en 
les  écrivoit  vis-à-vis  du  jour  de  chaque  mois 
folaire  où  la  nouvelle  lune  tomboit , comme  on 
voit  les  épacles  imprimées  dans  les  Bréviaires  de- 
puis la  réformation  du  Calendrier,  faite  en  1582. 
On  les  voit  auffi  de  même  dans  notre  Calenitrier 
LUNAIRE  perpétue! , où  nous  les  avons  réunies 
avec  les  nouvelles  épaétes.  Ces  épaéles  indiquent 
les  nouvelles  lunes  de  chaque  mois  félon  le 
nouveau  flyle.  Les  nombres  d'or  les  indiquoient 
de  même  dans  le  Calendrier'des  Romains  , drefie 
par  Jules-Céfar,  & dans  le  vieux  Calendrier  de 
i'Egiife  , fait  au  temps  du  Concile  de  Kicée  , en 
l'an  32J.  En  dreffant  ce  vieux  Calendrier,  on 
changea  les  nombres  d'or  qui  étoient  vis-à-vis 
des  jours  de  chaque  mois  dans  le  Calendrier  de 
Jules-Céfar  , 8e:  on  en  mit  d’autres  à leur  place. 
Ces  nouveaux  nombres  d'or  furent  placés  félon 
le  cycle  de  19  ans  , que  nous  avons  dit  nous  venir 
des  Hébreux.  Or,  c'eft  fur  ce  dernier  cycle  que  nous 
indiquons  les  nouvelles  lunes  dans  notre  Calen- 
drier LUNAIRE,  telles  qu'elles  étoient  indiquées 
dans  le  vieux  Calendrier  :c'eft  pourquoi , fans  nous 
arrêter  davantage  au  cycle  que  nous  avons  dit  nous 
venir  des  Romains,  & dont  nous  avons  affez  parlé 
pour  faire  voir  l'ufage  qu'on  en  a fait  dans  les  dates"^ 
nous  nous  croyons  obligés  de  pouffer  plus  loin  nos 
recherches  touchant  le  cycle  de  19  ans  , fi  célèbre 
parmi  nos  anciens , 8e  même  encore  aujourd’hui. 

Ce  cycle  eft  compofé  de  19  années  lunaires. 
Entre  ces  années  , il  y en  a douze  qu'on  appelle 
communes  ; les  fept  autres  font  appelées  emboli- 
miques/y  du  grec  iiN.aKitrfiés  OU  i/xÇoxi.Kcs  , qui  veut 
.dire  intercalaire  , inféré , ou  ajouté.  Les  années 
communes  font  compofées  de  douze  mois  lunai- 
res, qui  font  354  jours  : les  embolimiqnes  font 
compofées  de  treize  mois  lunaires , qui  font 

384  jours  , excepté  la  dernière  année  du  cycle  de 
19  ans  , dont  les  treize  .mois  lunaires  ne  font  que- 

385  jours,  félon  les, anciens  8c  les  nouveaux 
Compuriftes.  Ces  dix-neuf  années,  tant  communes 
qu'embolimiques  , font  en  tout  6939  jours  , & 
ces  6939  jours  font  précifément  19  années  fo- 
laires  , félon  le  calcul  des  anciens.  Ainfi , fuivant 
eux,  les  19  années  du  cycle  lunaire  ou  de  19  ans^ 
répondent  parfaitement  319  années  Juliennes  ou 
folaires  j au  moins  ils  le  fappofoient  ainfi  dans 
leur  manière  de  comparer  ou  d’accorder  les  an- 
nées, félon  le  cours  de  la  lune,  avec  les  années  fé- 
lon le  cours  du  foleil.  Notre  Table  Chronologi- 
que 8c  notre  Cale  ndrier  lunaire  font  dreffés 
farcettefuppoficion,  fuivant  laquelîe,îes  19  années 
du  cycle  de  19  ans  étant  écoulées,  les  nouvelles 
lunes  retomboient  asix  mêmes  jours  8c  aux  mêmes 
heures  quelles  étoient  tombées  19  années  aupa- 
jrayanr,  en  forte  que , pour  toutes  les  nouyehe? 


î'7o  C Y C 

îiires  . le  cycle  qui  fuccédoit  étoit  entièrement 
îembkble  aî  cyl  précédent.  Telle  etoit  la  fup- 

l’erreur  dans  leur  calcul  , 

parce  que  les  d.ix-neuf  années  de  la  lune  ne  font 

point  parfaitement  les  19  années  du  fo  ei  , c 
ks-ci  furpaffent  les  premières  d environ  une  heure 
& demie^  Cette  heure  & demie  ^ negugee  pen- 
dant pîulîeurs  liècles^  avoit  dérangé  confidem- 
Hement  & les  nouvelles  lunes , touy  ancien 
Calendrier.  Ce  dérangement,  qu il  c&  wmAe 
d’expliquer  ici  en  détail . fut  reforme  par  le  Pap.. 
Grégoire  XIII  en  i 582  . au  m-oyen  au  retrancne- 
ment  de  10  jours  que  l’on  fit  dans  le  mo:_s  d Oc- 
tobre , pour  remettre  l’équinoxe  ou  Printemps 
au  2.1  Mars,  comme  il  étoit  eu  325  . au  temps 
du  premier  concile  de  Nicee  , qui  avoir  tait 
d'-eflér  l’ancien  calendrier.  Les  nouvelles  runes 
furent  auffi  avancées , pour  être  remifes  aux  jours 
quelles  tombent  (i)-  On  fit  de  plus  un  change- 
ment dans  l’ordre  des  fept  années  emboumiques 
du  cycle  de  19  ans.  Avant  la  reformation  . ces 
fept  années  étoient  la  fécondé,  la  cinquieine. 
la  huitième . la  onzième  . la  treizième  . la  Sei- 
zième & la  dix-neuvième  ; les  douze  autres  etoient 
communes.  Depuis  la  réformation  . les  années 
emboiimiques  font , la  troLième.  la^iixierne  . la 
neuvième  . la  onzième  . la  quatorzième  , la  dix- 
feprième . la  dix-neuvième  ; les  douze  autres  lont 
communes.  Voyons  maintenant  i ordre  des  uoti* 
velles  lunes  de  ces  deux  lortes  d années,  -ant  d.ins 
l’ancien  que  dans  le  nouveau  Caknd^iier.  ^^omme 
chaque  lune , félon  fon  cours  aftronomique  , 
eft  à-peu-près  de  29  jours  & demi  , tous  les 
Computiftes  anciens  & nouveaux , en  comptent 
une  de  trente  jours  . ou  ils  appellent  pUL-ie  , oc 
l’autre  de  29  jours , qu’ils  appellent  cave  ; & 
cela  , toujours  à l’alternative  , autant  qu  il  en  en 
eux.  Sur  ce  pian  . ils  donnent  30  jours  a la  lune 
de  J.anvier.  29  à celle  de  Février  , _ ^ 

Mars , 29  à celle  d’ Avril . 30  à celle  de  Mai , 
ig  à celle  de  Juin . 30  à celle  de  Juillet . 29  a 
ce'\e  d’Âoût , 30  à celle  de  Septembre  . 29  a 
celle  d’Oaobre.  30  à celle  de  Kovembre  . & 
enfin  29  à celle  de  Décembre.  Ils  gardent  exac- 
tement cet  ordre  alternatif,  en  aoanant  toujours 
30  jours  à chaque  lune  des  mois  impairs,  & 29 
à chaque  lune  des  mois  pairs  de  toutes  les  années 
communes  , tant  avant  qu’après  la  réformation 
du  Calendrier.  C’eft  ce  dont  on  peut  fe  convain- 
cre par  notre  Calend RI Eît  LUM AiRE  .filon  veut 
prendre  la  peine  de  compter  les  jours  de  chaque 
lanaifon  de  ces  années  communes. 

11  n’eh  cft  y>as  de  même  des  années  emboli- 
miques  ; dans  celles  - ci , les  Compunfies  font 
obligés  de  déranger  cette  fuite  de  lune  de  30  & de 
29  jours,  à caufe  delà  treizième  lunaifon  qu'ils 

(î)  On  Jieut  voit  dnns  notre  CALENDRIER  lII-NAIRI 
qïiAle  eft  ià  des  nouvelles  Lunes  du  Caltndt'eïr. 

Giégoiisii,  & 41;  ctllfs  de  l’ancien  Caicudtiex  depuis  15  Sa. 


C Y C 

iatercalent  dans  ces  années.  Donnons  un  exemple 
de  ces  dérangemens.  Sc  examinons  quelles  font  les 
lunaifons  -de  la  dix-neuvième  année_  du  cycle  de 
1 9 ans,  que  nous  avont  dit  être  emboiimique.  félon 
tous  les  Computiites  anciens  & nouveaux  , avant 
3c  après  la  reformatîon.  D aoord  , pour  trouver 
treize  lunaifons,  ou  treize  mois  lunaires,  dans 
cette  dix-neuvi  me  année  comme  dans  toiit-esles 
années  emboiimiques . il  faut  favoit^  que  Ji  lUne 
eil  cenfée  appartenir  au  mois  ou  ede  finit , 3c 
non  pas  an  mois  ou  elle  commence,  feion  ccttC 
maxime  des  anciens  Computiües  : In  qao  com- 
pletiir , menfi  lunatio  detur.  11  faut  donc  c^ie 
nous  remontions  au  mois  de  Décembre  de  la 
dix-huitième  année  du  cycle  de  19  ans  , pour 
trouver  combien  de  jours^  on  doit  donnei  a la 
lunaifon  du  mois  de  Janvier  de  la  dix-neuvictne 
année  de  ce  cytA.  Cela  fuppofé , nous  trouvons  par 
notre  Calendrier  lunaire,  qu  avant  la  refor- 
mation . la  lune  de  Janvier  de  la  dix-neuvième 
année  du  cycle  de  î 9 > commencoit  le  6 du 

mois  de  Décembre  précédent  que  la  lune  de 
Février  commencoit  le  5 Janvier;  que  cehe  i.e 
Mars  commencoit  le  3 Février;  que  ce;. e d Avril 
commençoit  le  > Mars,  cehe  de  Mai.  le  4 Avri. , 
celle  de  Juin,  le  3 Mai  ; que  celle  de  Juin  en- 
core ( parce  que  c eft  au  mois  de  Juin  que  le 
trouve  i’emboiifme  . ou  la  lune  intercalaire  de  la 
dix-neuvième  année  du  cycle  de  19  ans  ) , c?’]”' 
mençoit  le  2 du  même  mois,  eue  ceue  de  Juiaet 
commencoit  le  premier  , & ceue  d Août . le  33 
du  même  mois  de  Juillet  ; ceJe  de  beptcvr.bre  , 
le  28  Août;  celle  d’Odoore  , le  Z/  Septembre, 
cehe  de  novembre , le  26  Oftobre  ; & eufin 
celle  de  Décembte . le  25  Novembre.  \ ona  les 
commencemens  des  treize  lunes  de  la  dix-neu- 
viè.me  année  du  cycle  de  19  ans  avant  la  rctor- 
mation.  Pour  s’en  affûter . qu’on  jette  les  yeux 
fur  le  nombre  d'or  xix  , marque  dans  notre  Ca- 
lendrier lunaire  : on  y verra  qu’il  répond  a tous 
les  lours  que  nous  venons  d énoncer . a 1 excep- 
tion du  premier  , c’eft-à  dire  , du  6 Decemore, 
auquel  répond  le  nombre  d’or  xviii  , parce  que 
ce  mois  eft  de  la  dix-huitième  annee  au  cyde. 
Ces  commencemens  des  treize  lunes  de  la  cix- 
neuvième  année  du  cycle  de  19  ans  ttanr  con- 
nus . il  eft  aifé  de  trouver  combien  les  ancien 
Computiftes  donnoient  de  jours  à 
fon  en  cette  année-là,  & quel  ordre  1 s P’  ‘ 
dans  ces  lunaifons.  Voici  l'un  & l’autre.  Ils  don- 
noient trente  jours  à la  lune  de  Janvier  , | 

à celle  de  Février,  30  a celle  de.  Mars,  p 
celle  d’ Avril , 29  à cede  de  .'Mai , 30  a la  p 
mière  de  Juin  , & 29  à la  fécondé  , 29  a c 
de  Juillet.  29  à celle  d’Août.  30  a 
S=utembre,  19  à celle  d’Oftobre , 3°,  ^ 
de'^Novembre  , & enfin  29  à celle  de 
On  voit  combien  cet  ordre  eft  different 
des  années  communes  . où  tous  les  C^mpu 
3.ncieHS  Sc  modernes  , donnent  coaftamment  3 


C Y C 

leurs  de  lune  à nos  mois  impairs  ^ Janvier  , 
Mars , Scc. , & 29  à tous  les  mois  pairs  , Février  , 
Av  il , &c.  Cet  oidre  aherna-if  ce  30  & zp  jours j 
donné  aux  lunaifons  eft  plus  ou  moins  dérange 
dans  les  années  emboiirn  ques  , par  le  mois  inter- 
calaire qu'on  y ajoute  ; mais  il  ne  Teft  confidéra- 
blement  que  dans  ia  hui  ième  , ia  onzième  & la 
dix  - neuvième  acn  e da  cycle  ce  19  ans  avaiit  la 
réformation.  Quant  a. x autres  années  embolimi- 
ques  , fur-tout  depuis  la  réformat  on  , l’ordre  des 
lunaifons  y eft  très-reu  trouble  par  fembolilme 
ou  la  treizième  lune  ajoutée.  Par  exemple  , tour 
ledéiangement  qui  fe  trouve  dans  la  dix-n  .uvième 
année  du  cycle  de  19  ans , confifte  en  ce  qu  on  y 
donne  deux  lunes  de  29  jours  au  moi;  de  Décem- 
bre ; dans  ies  autres  mois  de  cette  an^ée,  l’ordre 
des  lunaifons  de  30  & 29  jours  eft  parfaitement 
garré. 

Nous  n’entrerons  point  dans  un  plus  grand  dé- 
tail de  ces  dérangemens  caufés  par  remboüfme  5 
il  fiifftt  d’en  avoir  averti  en  général , & d’avoir 
marqué  les  années  où  ces  dérangrmens  font  plus 
conüdcrabîes , afin  que  fi  le  leétèur  les  remarque, 
il  ne  juge  point  que  ce  font  des  fautes  gliffées 
dans  notre  Calendrier  lunaire  , foit  pour  les 
années  communes , foit  pour  les  emboiimiques. 
Ce  Calendr.er  indique  les  nouvelles  lunes  aux 
jours  quelles  tombent,  tant  dans  l'ancien  que 
dans  le  nouveau  ftyle.  Ce  compiit,même  .''epuis 
la  réfo’-ma'îon , n’eft  pas  entièrement  conforme 
au  calcul  aftronomique  5 & les  Computiftes  n’ont 
pu  parvenir  encore  à éta'blir  une  règle  générale 
qui  convint  dans  tous  les  temps , ou  qui  marquât 
pour  toujours  ies  nouvelles  fanes  avec  la  même 
Çrécifî'n  que  ies  .Aftronôm.es  les  marquent.  Les 
épaéies  ; par  lefqueües  on  les  règle  da.ns  le  nou- 
veau Calendrier  , les  marquent  erdinairemen;  u.n 
jour  ou  deux , & quelquefois  trois  plus  tard 
qu’elles  nar  ivent,  quoique  ce  Calendrier  foie 
dreffe  avec  tout  e foin  pofli'ole.  De-là  vient  que 
nous  célébrons  quelq.efois  Pâques  le  deuxième 
D^manche^  apres  le  14  de  la  lune  , quoique  la 
règle  générale  foit  de  la  célébrer  le  prem  e-.  Les 
Savans  qui  on:  travaillé  à h réformation  du  Ca-  - 
lendrier,  ont  prévu  cet  e irrégularité  5 mais  ils 
n ont  pu  y remédier  fans  s expo  fer  à tomber  dans 
une  actre  qui  leur  a paru  beaucoup  plus  conft- 
dérable.  Ceft  qu’en  établiiTant  une  règle  diffé- 
rente de  celle  qu’ils  ont  établie , nous  aurions 
quelquefois  célébré  Pâques  le  14  de  la  lune , 
comme  ies  Juifs  j ufage  qu'on  vouloit  abfolument 
éviter.  Ceci  ne  regarde  notre  Table  Chrono- 
LOGiQUE  qu’autartt  que  nous  y .marquons  les 
Pâques,  foie  dit  en  paflant  pour  ceux  qui  igno- 
rent pourquoi  nous  célébrons  quelquefois  cette 
grande  fete  lept  jours  plus  tard  que  nous  ne 
devrions  la  ceiebrer  ( L arc  de  vérîjîer  les  Daces.}, 

J PASCHAL  ou  LUXîSOLAîRE.  le  cycle 

eu  fokiî  eft  compofé  de  28  ans , Sc-celui  de  la 


C Y C 

lune  , de  19  an*.  De  ces  deux  cycles , de  zS  ans 
& de  1 9 ans  , muitip  iés  l’un  par  l’autre  , on  en 
a compofé  un  troiftème  , qui  eft  appelé  le  cycè^ 
pafckal , parce  qu’il  fert  à trouver  la  Pâque. 
C’eft  une  révolution  de  332  années,  à la  fin  def- 
quelles  les  deux  cycles  de  la  lune  , les -réguliers, 
les  clefs  des  fêtes  mobiles , le  cycle  du  foleil , 
les  coBcurrens,  ies  lettres  dominicales,  le  terme 
pafchal,  la  Pâque  , les  épactes  avec  les  nouvelles 
lûtes , recommencent  comme  toutes  ces  chofes 
étoient  532  années  auparavant,  & continuent 
le  même  efpace  d’années  ; en  forte  que  la  féconde 
révolution  eft  en  tout  femblable  à la  première  , 
&■  la  troiftème  aux  deux  autres.  C’eft  ce  qu’on 
peut  voir  dans  notre  Table  chronologique  , 
en  comparant  les  années  de  la  première  révolu- 
tion , qui  commence  un  an  avant  notre  ère  chré- 
tienne, avec  celles  de  ia  fécondé,  qui  commence 
en  532,  & avec  celles  de  la  troiftème,  qui  com- 
mence en  1004.  Que  le  LeDeur  prenne  la  peine 
de  jeter  les  jreax  fur  la  première  année  de  Jefus- 
Chriftj  ûir  l’an  533  & fur  i’an  icé)  : il  verra 
que  ces  trois  années  ftnt  la  fécondé  da  cycle 
pafchal , & que  toutes  les  trois  font  marquées 
aux  carasftères  fuivans  : Cycle  pafchal  2 , cycle 
de  19  ans  2 , cycle  lunaire  18  , régulier  i,  clefs 
des  fêtes  mobiles  i y , cycle  folaire  10 , concur- 
rent J,  lettre  dominicale  B,  terme  pafchal  2 y 
Mars  , Pâques  27  du  même  mois , épaéies  n 3 
que  de-là  il  pafle  à notre  Ca-LENDRIer  lunaire  , 
il  trouvera  au  même  temps',  en  prenant  le  nom- 
bre d’or  2 , nouvelles  lunes  , Janvier  12,  Février 
10,  Mars  12,  Avril  10,  Mai  10,  Juin  8 , Juih- 
let  8 , Août  6 , Septembre  5 , Oâobre  4 , No- 
vembre 3 , Décembre  2.  Ce  rapport  eft  parfait, 
& les  mêmes  années  de  chaque  révolution  du 
cycle  pafc'hal  font  marquées  des  mê.mes  caraêtères 
jufqu’à  la  réformation  du  Calendrier,  faite  en 
lySz.  Depuis  cette  époque  , îe  qyc/c  pafchal  eft 
devenu  inutile  pour  tous  ceux  qui  ont  embrafte 
la  réformation  du  Calendrier , & il  ne  peut  plus 
fervir  qu’à  ceux  qui  n’ont  point  voulu  s’y  fou- 
mettre. 

Si , depuis  i ySz  , nous  avons  continué  de 
mettre  le  cycle  pafchal  dans  notre  Table  Chro- 
nologique 3 c’eft  l'*.  parce  que  tous  ceux  qui 
fuiveot  ie  Calendrier  réforrné  , ne  l’ont  pas 
adm.is  'auftî-tôt  après  fa  publication  , & eue  la 
plupart  des  Eglifes  Proteltantes  ont  été , jufques 
vers  ces  derniers  temps  , attachées  au  Calendrier 
Jul’en^;  iP.  a.ûn  que  ceux  à qui  il  importe  de 
connoître  le  jour,  que  ceux  qui  fuivent  encore 
cet  ancien  Calendrier  , célèbrent  la  Pâquechaque 
année  , puiftent  le  favoir  par  le  moyen  du  cycle 
pafchal  continué.  Pour  cela  , il  ne  faut  que  jeter 
les  yeux  fur  l’année  de  ce  cycle  , depuis  la  réfor- 
mation dii  Calendrier  3 & la  comparer  avec  ia 
même  .innée  du  cycle  qui  précède  la  réforma- 
tion.  La  Pâque  , ces  deux  années-!à , tombe  le 
même  jour , fuivant  l'ancien  Calendrier.  Par 


27t  C Y C 

exemple  , je  veux  favo'r  quel  jour  les  Proteflans 
ont  cllebré  la  Pâque  en  léoo  : je  jette  les  yeux  fur 
la  Table  Chronologique,  & jy  vois  qu en 
léoo  , c étoit  la  cinquième  annee  tîu  cych  paf- 
cha’  • je  remorte  énfaite  au  cycle  pafchal,  pré- 
cédent , & je  vois  que  la  cinquième  annee  de 
ce  cycle  répond  à Pan  de  J.  C.  1068.  L an  1068 , 
la  Pâque  tombait  le  23  Mars  5 d ou  je  conclus 
fans  crainte  de  me  tromper  , qu  en  léoo  les 
Proteftans  ont  célébré  la  Paque  le  25  Jiars^.  Par 
la  même  opération  , je  trouve  toutes  les  Pâques 
des  Proteftans,  jufqii’à  ce  qu’ils  ayent  abandonne 
l’ancien  Calendrier , Bc  celle  de  tous  ^ceux  qui 
le  fuivent  encore  de  nos  jours  , quelqu  annee 
qa’on  puifîe  me  propofer.  Ces  Pâques  des  fec- 
tateurâ  de  l’ancien  Calendrier  avancent  ou  rac 
culenç,  fur  les  nôtres  quelquefois  d un  mois 
entier  ; tantôt  elles  s’en  rapprochent  p us  ou 
moins  : leurs  mois  ne  s’accordent  point  aufii  ^en- 
tièrement avec  les  nôtres,  ainlî  ; pour  bien  ^ en- 
tendre avec  eux  , il  faut  que  dans  leurs  actes 
publics , comme  dans  leurs  lettres  miiTives  , ils 
ajoutent , vieu.x  ftyle  ou  no’uveau  fiylc.  La  d;ffe- 
rence  de  l’un  & de  l’autre  eft  aujourd’hui  de 
onze  jours , dont  le  nouv'eau  iiy^e  anticipe  fur 
le  vieux  , à caufe  du  retranchement  fait  en  1582. 
Ainfi  , le  premier  du  mois  fuivant  les  Sectateurs 
du  vieux  ftyle , eft  le  1 1 félon  nous  j & le  i9^pour 
eux  eft  le  50  pour  no  Us.  Cette  différente  manière  de 
compter  demande  quelque  attention  , pour  nous 
bien  entendre  avec  ceux  qui  ne  fuivent  pas  le^ca- 
lendricr  réformé.  Mais  revenons  au  cycle  pafcual. 

11  eft  appelé  , par  quelques  Anciens , Annus 
&par  d’autres,  ou  cyclus  magnus. 

Nolis  l’appelons  aujourd’hui  la  ¥ triode  Vidorie.tne,^ 
parce  quelle  4 été  compofée  par  Viélonus  , nauf 
d'Aquitaine,  à la  perfuaftond’Hilaire,  Archidia- 
cre de  i’Eglife  de  Rome , fous  le  Pontificat  de  S. 
Léon-!e-Grand.  Le  P.  Pagi , dans  fa  critique  de 
Baronius,  à l’an  469,  n.  3,  prouve  que  Viétonus 
la  eompofa  l’an  477 , à l’occafion  de  la  difpute 
qui  s’étoit  élevée  entre  les  Grecs  & les  Latins  , 
au  fujet  delà  Pâque  de  l’an  47  7.  Il  fixe  le  commen- 
cement de  çecre  période  a l’année  de  la  Pafticn 
du  Sauveur  , qui,  félon  la  manièie  de  compter 
de  cet  ancien  Auteur  , répond  à l’an  28  de  notre 
-ère  chrétienne  ou  de  l’Incarnation  , comme  nous 
comptons  aujourd’hui.  La  mort  de  S.  Jean  de 
Réome,  rapportée  au  premier  fiècle  des  Saints  de 
l’Ordre  de  S.  Benoît,  eft  ainfi  datée  : Anna  Domini 
quingenceÇimo  iuadeclmo , juxca  quod  in  cyclo  B. 
ViAurii. . . . numerctur  j date  que  le  P.  Mabdlon 
rappor.iÆ  à l’an  759  de  l'Incarnation  , en  fai  Tant 
commencer  la  période  de  Viéforius  avec  la  vingt- 
huitième  année  de  J.  C. 

Mais  cette  rnanière  de  la  commencer  n’a  pas 
duré  long-temps.  Denis-le-Petit , qui  a travaillé 
depuis  fur  la  même  période  , lui  a donné  un  autre 
commencement , Se  il  la  fait  remonter  un  an  au- 
delïus  de  notre  ère  vulgaire  j en  forte  que  la  pre- 


C  Y C 


mière  année  de  J.  C.  répond  à la  féconda  année 
de  la  période  Viéto  tienne  , ainfi  corrigée  par 
Desis-le-Petit.  Marianus  Scotiis  , dans  fa  Chro- 
nique , à l’an  731  , dit  : explicit  magnus  cyclus 
pufckalis  Dxxxcr  annorum,  in  cujus  fecundo  anno  y 
juxia  Dyonijium  naeus  efl  Dominas.  C’eft  ainfi 
que  nous  avons  arrangé  le  cycle  pafchal  dans 
notre  Table  chronologique  mais  nous  ne 
prétendons  pas  que  cet  ordre  ait  ete  unique , 
même  depuis  Denis-le-Petit , & qu’il  ait  été  fuivï 
par  tous  ceux  qui  ont  fiait  ufage  de  ce  cycle  (i). 
V oici  une  date  qui  ne  s’accorde  point  avec  cet 
arrangement.  Elle  eft  tiree  d une  charte  impri» 
mée  parmi  les  preuves  du  nouveau  Gallia  Chrif- 
tiana  ( t.  2.  p.  387)  : Acia  efl  hujufmodi  Ecclejia 
cnrculd. . . . unno  Dominics.  Incdrnutionts  m lxxvj y 
indiaione  xir,  cyclo  pafckalis  x , epaAn  xir  .con.~ 
carrentibus  v.  Ce  cyclo  pafckalis  x ne  quadre  point 
avec  notre  arrangement  ; il  faudroit  cyclo  pafhali 
XIII , comme  on  peut  le  voir  dans  notre  Table 
Chronologique. 

Mais  peut-être  que  cyclus  pafckalis  ne  fe  prend 
point  ici  pour  le  cycle  pafchal  que  nous  expli- 
quons , & qu’il  fe  prend  pour  cyclus  lunaris , 
que  l’Auteur  de  la  charte  auroit  appelé  pafckalis  y 
parce  que  ce  cycle  lunaire  pouvoir  aufii  lervir  a 
faire  conncitre  la  Pâque.  Deux  railons  appuient 
cette  conieiftiire  : i°-  le  cycle  lunaire  x répond  a 
l’an  icjé',  & le  cyde  pafchal  _x  , proprement 
dit , n’y  répond  point  : 2^.  jufqu’ici  nous  n avons 
trouvé  aucune  charte  qui  foit  datee  par  les  années 
du  cycle  pafchal , & nous  en  trouvons  plufieurs 
qui  le  font  par  le  cycle  lunaire.  Au  refie , que 
cette  conjefture  foit  vraie  ou  fauffe  , tl  eft  conf- 
tant  d’ailleurs  qu’il  faut  donner  plufieurs  commen- 
cemens  aa  cycle  pafchal , comme  il  en  faut  donner 
plufieurs  à la  plupart  de  ces  fortes  d époques  (2). 

Blondel , dans  fon  Calendrier  Romain 
neroit  volontiers  au  cycle  pafchal  ou  a la  période 
Viélorienne  , un  commencement  bien  different 
de  celui  que  nous  lui  donnons  en  luivant  Denis- 
ic-Fetit.  cc  Si  l’on  vouloir , dit  cet  Auteur , ca 


(i)  En  dreffant  fur  ce  cycle,  f’e  la  manière  que 

l’e-ipliquonsic!,  routes  les  Pâques  de  l’ancien  Calendrier  dans 

notre  Table  CHRONOLOGIQUE  , nous  ayons  moins  repre- 
fen:é  ce  qui  s’eft  univerleilement  pratiqué  dans  l’Eglile  juj" 
ques  vers  la  fin  du  vin«  fiècle.  qne  ce  qui  auroit  ® ^ 
p-auquer,  comme  on  le  peut  voir  dans  les  notes  qui  tout 
au  bas  des  pages  de  cette  Table. 


(2)  Tans  un  manuscrit  du  College  de  Clermont,  fui- 
rant  le  térooigeaze  du  P.  Labbe  {Eloics  hijîor.  i-  il-  F;  t 
an  marque  ainü  la  date  de  la  mort  du  Roi  Thierri  i v , 
lit  de  Chelles , Roi  de  France  : Hlativitaïc  Domirti  ujque 
:n  pru-fe-  te^n  anr.um  , in  qtto  Theu  ' ericus  , Rcx  prancorurns 
ie/unSus  efi , DCC.  XXXVII  . in  qu>  inàl Sior.e  quintat 
EpnSa  XV  , Conenrr.  i,  Lunx  c rcu  'um  XIII-  XI  V-  X-' 
Kaleni.  Aprilis  , Pafeha.  IX.  KA.  ApriLs  , Luna  XXN , 
XXIV  de  annorum  PXXXII  ^ fecuniiùri  Or.ecos,  CycL9. 
Ce  cyde  de  53a  ans  félon  les  Grecs,  avoit  commence  jS 
ans  tvant  J.  C'. , puifqa’en  737  il  étoit  à la  vingt-q»am® 
année  de  fa  troifième  révolution.  C’eft  un  exttnple,  7*' 
plufieurs  , des  divers  comHienceincns  qu’on  a donnes 
Cycle  Pafcal.  , 

*,  rttrograaaut  J 


C Y C 

SB  rétrosrac^snt , chercher  le  commencement  de 
« cette  période  , il  Éiudroit  prendre  456  années 
» avanr'la  nailfance  de  Notre- Seigneur  ^ dans 
X jaqueile  on  pourroir  fuppofercue  l'un  & l'autre 
" des  deux  cycles  a commer.cé  > lî  nous  voulons  , 
=3  fuivant  notre  ufage  , que  la  première  année 
» des  Chrétiens  ait  deux  pour  cycle  lunaire  , & dix 
. w 'pour  foliire.  Par  ce  moyen  , nous  trouverions 
” que  la  première  période  aura  fini  dans  l'année 
» 7f  depuis  ia  Nativité  , qui  avoir  dix-neuf  lÿowx. 
M cycle  lunaire  , & vingt-huit  pour  folaire  j & 
” partant , que  l'année  76  , ayant  le  nombre  i 
!»  pour  chacun  de  ces  cycles:,  eft  le  commencement 
» de  ia  fécondé  période  5 Tannée  608  j,  celui  de 
M la  troiiième  5 Tannée  1140^  de  la  quatrième  5 
& Tannée  1672  aaroit  été  celui  de  la  cin- 
“ quième  , s'il  n'y  avoir  point  eu  d altération 
dans  ces  cycles  ^ par  la  correction  du  Caien- 
.»  drier  » Ainfi  raifonne  Blondel  ^ qui  marque 
plutôt  ce  qui  auroit  pu  fe  faire , que  ce  qui  s’eil 
fait.  On  peur  remarquer  ^ dans  l'extrait  que  nous 
donnons  de  cet  Auteur  , qu'avec  tous  les  mo- 
dernes 5 il  confond  le  cycle  lunaire  avec  celui  de 
\Ç)  ans.  Il  faut  néanmoins  les  diîîinguer^  comme 
nous  le  faifons  voir  au  mot  Cycle  lunaire.  {L’ An 
de  vérifier  les  Dates.  ) 

Cycle  de  lIndiction,  P^oye^  Ixdiction. 

Cycle  Epique.  Doye:^  Cercle  mythique. 

CYCLEE  , habitant  de  Platée  dans  la  Béotie  ^ 
qui  fut  honoré  dans  ià  patrie  comme  un  Dieu  peu 
dant  la  guerre  contre  les  Mèdes,  par  l'ordre  de 
la  Pythie  de  Delphes  ( cjf,  de  Idolat.  1. 1.  c.  13.  ). 

CYCLOPÉE,  danfe  pantomime  des  anciens , 
dont  le  fujet  étoit  un  Cyclope  j ou  plutôt  un  Po- 
lyphème  aveugle  & eruvré.  Il  paroit  que  dans 
cette  pantomime  le  cyclope  étoit  le  jouet  d'au- 
tres danfeurs  ; d'oùj'on  fit  en  grec  le  proverbe, 
danfer  la  cyclopée  , c'eit-à-dire , être  baloté, 

CYCLOPES,  premiers- habitans  de  ia  Sicile. 
Selon  la  fable  , ils  étoienr  enfans  du  Ciel  & de  ia 
Terre  , dit  üéfiods  ; mais  Homère  les  fait  enfans 
de  Neptune  & d'Amphytrite.  Ils  travailloient 
fous  les  ordres  de  Viücain,  dans  les  antres  du 
Mont- Etna  , à forger  les  foudres  de  Jupiter.  Lorf- 
que  cette  montagne  jetoit  des  flammes , c' étoienr 
celles  qui  fortoienr  de  la  cheminée  des  forges  des 
Cyclopes  ; & le  bruit  qu'occaiionnoienc  les  érup- 
tions de  cette  montagne  , n etoic  autre  chofe  que 
les  coups  donnés  parles  Cyclopes  fur  leurs  enclu- 
mes. Ils  avoieot  auifi  des  ateliers  à Lemnos.  Voye-^ 
Lemnos. 

C'  Les  Cyclopes , dit  Homère  , font  des  gens 
“ fuperbes  , qui  ne  reconnoillenc  point  de  loix, 

& qui,  fe  confiant  à la  providence  des  Dieux, 

» ne  plantent  ni  ne  sèment , mais  fe  nourrifTent 
des  fruits  que  la  terre  produit  fans  être  cui- 
” tîvée.  Le  froment , l’orge  & le  vin  croilfeut 
AntÎQuhés  J Tome  Ih 


Y C 


73 


» chez  eus  en  abondance  ; les  pluies  de  Jupiter 
» grolTiiTent  les  fruits  qui  mûriilent  en  leur  Ei- 
» fon.  Iis  ne  tiennent  point  d’aflemblce  pour,  dé- 
” libérer  fur  les  affaires  publiques,  & ne  fe  gou- 
» vernent  point  par  des  loix  générales  qui  règlent 
» leurs  mœurs  & leur  police  ; mais  ils  habitent 
» les  fommets  des  montagnes , & fe  tiennent  dans 
» des  antres.  Chacun  gouverne  fa  famiîie  St  règne 
« fur  fa  femme  & fes  enfans  j mais  ils  n'ont  point 
» de  pouvoir  les  u.ns  fur  les  autres.  » ils  ont  été 
nommés  Cyclopes , parce  qu’ils  n'avoient  qu’un 
œil  rond  au  milieu  du  front.  Efeuiape  ayant  été 
frappé  de  ia  foudre,  fon  père  ApoUon  n’efant  ven- 
ger fa  mort  fur  Jupiter  , fit  tomber  fa  colère  fin- 
ies fabiicateurs  de  ia  foudre,  & les  tua  tous  à 
coups  de  flèches-  O.n  les  repréfente  ordinairement 
comme  des  antropophages  , dévorant  tous  les 
étrangers  qui  avoient  le  malheur  de  tomber  en'tr®- 
leurs  mains.  Cependant,  malgré  leur  méchanceté  , 
iis  furent  mis  au  rang  des  Dieux  5 <Sc , dans  un  tem- 
ple de  Corinthe,  i!s  avoient  un  autel  (Paufan  il.') 
qui  leur  étoit  dédié , & fur  lequel  on  leur  oîFro.it 
des  facrifices.  Les  principaux  d’entre  les  Cyclopes 
étoient  Polyphime  , Brontés  , Stéropes  8c  Pyrac- 
mon.  Euripide  a donné  une  efpèce  de  farce  en  cinq 
aétes , fous  le  nom  de  Cyclope.  C’efl;  la  fable  de 
Polyphénie , qui  veut  dévorer  Ulyfie  & fes  com- 
pagnons. 

«Les  Cyclopes  éteient  des  géans  - énormes  : 
c’elt  une  allufion  à la  hauteur  des  montagnes  vol- 
caniques ; ils  n’avoient  qu’un  œil  étincelant  au 
milieu  du  front  ; c’elt:  une  allégorie  de  leur  cra- 
tère , & une  traduciion  de  leur  nom  même  , qui 
lignifie  exactement  œiL  londl^  , clrci  lus  i «'4'# 
oculus  ) ; ils  h-abstoient  les  cavernes  de  la  Sicile  : 
ce  font  les  cavités  volcaniques  ; iis  ont  habité 
Tille  de  Lipari , qui  eft  aulîi  un  volcan  ; ils  for- 
geoient  les  foudres  de  Jupiter  , formées  de  trois 
rayons  d’eau,  trois  de  brouillard  & trois  de  feu; 
allufion  aux  phénomènes  qui  accom,.'agaenî  les 
éruptions;  ils  s’appeloienr  ( proprement)  tonnerre, 
foudre  & éclair , parce  que  les  volcans  produifent 
ces  phénomènes  ; dans  les  cavités  de  la  Sicile , 
on  entendoit  retentir  les  bruits  fourds  de  leurs 
marteaux.  Ils  éroient  fils  du  Ciel  & de  la  Terre  , 
à caufe  de  leur  hauteur  8c  de  leurs  racines  pro- 
fondes; ou  ils  étoienr  fils  de  Neptune,  parce  que 
ces  volcans  éroient  entourés  de  la  mer.  =3 

i^Polyphême , leur  chef , n’efl:  autre  chofe  que 
1“ Etna  J fon  nom  ligniiie  en  grec  celui  qui  crie 
beaucoup,  ou  le  mueilïant.  Ainli,  le  géant  Foly- 
botes , dans  la  mer  Egée , fut  également  un  vol- 
can. Polyphême  étoit  fils  de  Neptune  8c  d’Europe, 
à caufe  de  fa  pofition  phyfique  ; ou  bien  Ci  datas, 
en  grec  celui  qui  fecoue  { agita  , dater  , agitacn)  , 

8c  Açftilbe,  en  grec  l’éclair;  ou  de  Neptune  & 
de  ia  Nymphe  Thoofz,  en  grec  la  rapide.  Un  autre 
des  Cyclopes  fe  nommoit  harpes  , en  grec  celui 
qui  reçoit  ÿ un  autre  Pyrcemon  , en  grec  enclume 
enfiammée.  Enfla  (car  de  trop  longues  explications 

M m 


î74  C y C ^ 

deviennent  fuperfiues  ) je  vais  citer  ün  paffage  de 
Jvonnus  J qui  décide  évidemment  la  queftion. 

€c  Les  phalanges  des  Cydopes  accoururent  : leurs 
r>  mains  défarmées  lançoient  des  montagnes  ; les 
•»  pierres  & les  rocs  leur  fervoient  d' armes  & de 
» lances;  un  roc  étoit  leur  hache  ^ & les  flam- 
» mes  de  la  Sicile  étoient  leurs  flèches.  Les  fol- 
» dats  portoient  du  feu  dans  leurs  mains,  Bronté , 

» Stéropé,  Euryale  , Elatreus,  Ægès,  Trachius , 

» & le  fuperbe  Alymèdes.  Mais  Polyphême  , fils 
M de  ÎNeptune,  dont  la  tête  s’élevait  jufqu’aux 
5=  nues , les  furpaffoit  tous.  « ( î\lonni  Dionys. 
l.  xjii.  ).  Peut-on  mieux  défigner  des  volcans  ? 
& ne  voit-on  pas  ici  le  plus  grand  rapport  entre 
les  combats  des  Titans  , d'Aloüs , Typhée  & 
Mimas , & ceux  des  Cydopes  dont  les  armes  font 
des  rochers  ? Que  fera  donc  faventure  d’Ülyffe 
avec  Polyphême  , qui,  pour  fe  venger,  ameute 
les  Cydopes , & jette  des  pierres  à ülylTe,  afin  de 
fubmerger  for.  vaîffeau  ? J'obferve  en  paflant  que 
ces  preuves  diverfes  vérifient  ce  qu'a  découvert  la 
phyfique  moderne  , que  la  Sicile  eut  autrefois  un 
grand  nombre  de  volcans,  dont  l'Etna  relie  feul. 
Les  Cydopes  font  en  effet  en  grand  nombre , & 
Ton  difoit  qu’ils  dévoroient  les  étrangers , dans 
ces  temps  reculés  où  la  Sicile  étoit  inhabitable. 
La  mémoire  de  cette  époque  avoit  donc  paffé  par 
tradition  allégorique  jufqu'à  Homère  , & par  con- 
féquent  on  avoit  celle  du  temps  où  la  Sicile  fut 
habitée,  & commença  à devenir  le  grenier  de 
l’Italie.  Ce  temps  eft  évidemment  défigné  dans 
cette  tradition  par  les  victoires  d’Ulylfe  fur  Poly- 
phême , par  la  punition  qu’Apollon  avoit  infligée 
aux  Cydopes  , pour  avoir  fourni  les  foudres  dont 
fut  tué  fon  fils  Efculape , & par  les  foudres  dont 
Jupiter  les  écrâfa  quand  il  les  précipita  dans  le 
Tartare.  » 

« Le  même  fort  avoit  été  réfervé  à ces  géans 
audacieux,  qui  avoient  form.é  l'infenfé projet  d’ef- 
calader  le  ciel  , qui  lançoient  des  rochers  en- 
flammés contre  les  Dieux , & qui  portèrent  jadis 
l’épouvante  dans  l’Olympe-  Phaeton,  le  Serpen- 
taire, l'intrépide  Orion  en  furent  épouvantés,  & 
chalTés  de  leurs  places  éternelles  ; l'ourfe  elle- 
même  frémit  fous  le  pôle  glacé.  Le  règne  fut  long 
de  ces  hommes  féroces  , & leurs  attaques  furent 
fouvent  renouvelées  ; mais  tous  lesJJieux  réuni- 
rent leurs  forces,  & iis  furent  écrâfés  fous  les 
foudres  de  Jupiter  ; les  montagnes  mêmes  qu’ils 
avoient  lancées  leur  fervirent  de  tombeau;  quel- 
quefois encore  ils  s’agitent  fous  ce  lourd  fardeau, 
& ils  font  trembler  la  Sicile;  mais  Jupiter  les 
tient  en  refpeél , Se  les  campagnes  qu’ils  avoient 
dévallées  font  couvettes  de  riches  moiflons.  Voici 
donc  encore  cette  grande  époque  hiftorique  vifi- 
blement  défignée  ; ce  qui  dans  des  recherches  ul- 
térieures pourra  fervir  à trouver  le  temps  où  la 
Sicile  fut  réellement  habitable.  Qu’on  Hfe  dans 
cet  efprit  Homère,  Nonnus,  Virgile,  Ovide,  la 
Gigantomachie  de  Ciaudien  ; & Ton  fe  confir- 


C Y C 

mera  dans  cette  vérité  , que  ces  géans,  ces  Ti- 
tans, ces  fiers  enfans  de  la  Terre,  ennemis  des 
Dieux  & des  Agriculteurs  , ne  font  autre  chofe 
que  des  volcans.  » 

« Mais  la  Sicile  n’avoit  pas  été  le  feul  théâtre 
de  leur  fureur.  Il  paroît  qu’à  la  même  époque , 
tous  les  pays  que  baigne  la  Méditerranée,  depuis 
la  Sicile  jufqu’au  détroit  de  Marmora  , avoient 
été  ravagés  par  des  volcans.  A la  vérité , tout  cela 
eft  conté  en  langage  allégorique  ; majs  nous  le 
connoiflbns  , & déformais  il  fera  impofiîble  de 
s’y  méprendre.  Seroit-ce  , comme  l’ont  dit  les 
anciens,  que  l’Océan,  brifant  les  barrières  du 
détroit  de  Gibralîar,eût  inondé  un  pays  habité, 
& formé  un  déluge  partiel.^  Toujours  eft-ii  évi- 
dent que  toutes  les  ifles  qui  feroient  les  fom.mités 
échappées  à cette  inondation , ont  été  volcani- 
ques ; Rhodes,  Mycone  , Délos , Anaphé  , Té- 
nédos,  Calydna  , Icaria  , & une  m.ultitude  d’au- 
tre. ( Jfayep  La  belle  Hijioire  des  Voyages  de  M.  le 
Comte  de  Ckoifeuil-Gouff.er , dont  je  ne  puis  citer 
tous  les  pafîàges  ).  Lemnos , l’ille  de  \ ulcain  , 
fut  un  des  plus  célèbres  volcans  de  cette  mer; 
car  par -tout  où  Vulcain  étoit  folemnellem.ent 
adoré , on  doit  être  afluré  qu’il  y avoir  eu  des 
volcans. 

Lemnos  cara  Deo  , nee  fama  notior  Ætne  , 

Aat  Lipares  domus 

( Vnl.  Fl.  l.  il.  V.  95.  ) 
Ventum  erat  ad  rupem  , cajus  pendentia  nigrls 
Fumant  faxa  jugis  , coquicurque  vaporibus  a'êr. 

( Jd.  V.  331.) 

La  Reine  parlant  aux  Argaunautes , leur  dit  : 

Hac  entra  videtis  , 

Vulcanique ,ait , ecce domos ; datevina prêt efque ; 
Forfitan  hoc  factum  taceat  jam  fulmen  in,  antro , 
Non  dabit  ipfa  fidem , daufi  cum  murmura flammas 
Eofpes  , & incujfs.  fonitum  mïrahere  majfs. 

( Id  V.  33J-) 

C’eft  à Jafon  qu’Hypfipyle  faifoit  amfi  voir  les 
volcans  de  Lemnos , que  le  Poète  appelle  le  palais 
de  Vulcain.  » 

c<La  Thrace  éprouva  les  mêmes  ravages  ;il 
que  le  golfe  de  Theffalonique  , appelé  autretois 
lé  golfe  de  Thermes,  ou  des  eaux  chaudes,  pro- 
duifit  cet  effet  en  entrant  dans  les  terres,  & fepara 
l’ifle  d’Eubée  du  continent.  Les  champs  voilms 
furent  embrâfés  précifément  comme  les  campa- 
gnes d’Italie  , & portèrent  également  le  nom  de 
cham.ps  Phlégréens.  Cette  terre  fut  appelée  HyJ- 
tlée , OU  la  brûlée  , ôt  il  y avoit  en 
ville  de  ce  nomMl  y eut  phifieurs  villes  d Hepàej- 
tium  ou  de  Vulcain;  une  à Lemnos,  dont  la  co  ' 
line  voifiue  fourniflbit  la  fameufe  terre  de  Lemnos  j 


C Y C 

■^ne  autre  dans  îa  tribu  Aitamantide  en  Aîtique  , 
avec  un  teînple  dédié  à Vulcain.  Les  monts  vol- 
caniques de  Lycie  s’appeloient  les  monts  Héphef- 
tiens  J & i'on  y voyoit  auflî  une  ville  d’Hépheftie  : 
tout  cela  tient  à des  temps  très-reculés , & fem- 
ble  appartenir  à la  même  époque.  ” 

« Cependant  les  côtes  de  rAfie’ont  long-temps 
fumé  de  ce  même  incendie.  La  Troade  fut  fub- 
mergéc  ^ & il  relia  plufieurs  volcans  fur  fes  bords, 
comme  l'iGe  de  Typhon  & celle  de  Ténédos. 
La  Myfie  fut  long-teftips  expofée  à ces  rava- 
ges 5 & il  faut  les  lire  dans  le  langage  figuré 
qui  en  a confervé  la  mémoire.  Nonnus  nous  a 
Sÿanfmis  cette  peinture  allégorique  fous  le  nom 
aè^ypkée , qui  fut  auflî  un  des  noms  de  F Etna  ; 
tant  il  ell  vrai  que  ces  perfonnages  ont  défigné 
des  volcans  : 

^Ita.  jacet  vafii  fuper  ora  Typhnos  Ætna  , 

Cu]iis  anhelatis  ignibus  ardet  humus. 

( Ovld.  Fuji.  l.  / r,  ) 

Dans  les  Métamorphofes,  c’eft  la  Sicile  entière 
qui  couvre  Typhée  : 

V alla  gigant&is  injecta  ejl  infula  membris 

Trinacris  , & magrtts  fubjeHum  molibus  urget 

Ætkereas  aufum  fperare  Typkoetda  fedes. 

Voici  un  pafiage  de  Pindare  qui  confond  le 
Typhée  ou  les  volcans  d’Afie  avec  ceux  d'Italie  j 
ce  qui  prouve  que  c'étoit  un  nom  générique. 

« L'ennemi  des  Dieux,  Typhée  aux  cent  têtes , 
» qui  fut  jadis  élevé  dans  un  antre  fameux  de  Ci- 
» licie,  Typhée  efi:  couché  dans  le  fond  du  Tar- 
” tare.  Maintenant  les  rivages  efcarpés  de  Cumes 
» & ceux  de  la  Sicile  , prefient  fa  poitrine  velue. 
» L'Etna , dont  le  front  efi;  couvert  de  neige  du- 
» tant  toute  l'année  , cette  colonne  qui  foutient 
» le  ciel,  l’accable  de  fon  poids.  Du  fond  de  cette 
» montagne  fortsnt  des  fources  d’un  feu  pur  & 

» inabordable Ce  reptile  vomit  des  fleuves 

» de  feu  , &C.  ( Pindar.  Pyth.  Od.  I . ). 

M^îaintenant  je  vais  citer  un  pafiage  qui  prouve 
que  ce  nom  de  Typhée  fut  donné  à un  autre  vol- 
can , à celui  àTfckia  , près  de  Naples , autrefois 
Inarme  , Ænaria,  Arima  : 

Tum  fonita  Prockyta  alta  tremit , dirumque  cubîle 

Inarims  , Jovis  imperiis  , impofia  Typhàio. 

( Æneid.  x.  ) 

Et  Claudien  ( de  raptu  Proferp.  l,  iil.  ) ; 

.......  Rapitne  Typhϕa  cervix 

Inarims  ? 

Et  Lucain  ( Pharfale^  l.  r.  ) : 

....  Ccu.  Siculus  fiammis  urgeatihus  Ætnam 


Vndat  apex  : campana  fremens  tsu  faxa  vaporat , 

Conditus  Inarimes  sternâ  mole  Typk&us. 

” La  Cilicie  fut  appelée  auflî  Inarime  , Arime  , 
comme  on  le  verra  dans  le  récit  de  Nonnus.  ce  Les 
» guerriers  alloient  & venoient  dans  le  camp,  avec 
» un  bruit  pareil  à celui  d’un  grand  incendie  qui 
» embrâferoic  le  monde.  La  terre  retenrifibit, 
» comme  lorfque  Jupiter  irrité  la  foudroie  dans 
« les  champs  Ariroéens , où  l'on  dit  qu'eft  la  vafte 
» couche  de  Typhée.  « Homère , d’où  ce  pafiage 
efi  tiré  ( lliad.  il , 628.  ),  fait  allufion  à la  Cilicie. 
Les  Arimes,  dit  Strabon  , habitent  la  Syrie  5 c'efi 
le  pays  d'Aram.  L’Oronte , fleuve  de  Syrie  , s’ao- 
peloit  autrefois  Typhon.  Efchyle  & Pindare  font 
Typhée  natif  de  la  Cilicie.  Toutes  ces  différences 
viennent  de  ce  que  Typhée  étoit  un  nom  de 
volcan.  » 

ce  Cadmus  allant  chercher  Europe,  que  le  taureau 
avoir  enlevée  , parcourut  la  terre  ; ce  il  alla  dans 
" la  grotte  meurtrière  des  Arimes , où  les  monf- 
” très  infenfés  brisèrent  jadis  les  portes  de  l'Olym- 
» pe  Jupiter  , qui  vouloit  donner  le  jour  â 
Tantale  , ( Tantale  étoit  un  mont  de  Myfie,  au* 
près  duquel  -étoit  la  ville  Tantalis , la  fille  de 
Tantale.  Dans  une  éruption  volcanique , il  fut  en- 
touré d’eaux  & de  marais , en  forte  que  ce  Roi 
ne  pouvoir  ni  boire  ni  manger.  P"cyeq_  Niosii 
Plota  étoit  une  ifle  volcanique  de  ces  parages  , & 
fille  d’Eole  , comme  les  volcans  ou  les  ifles 
Eoliennes  d’Itajie  ) , rechercha  les  faveurs  de 
Plota  , fille  d’Éole.  Le  Dieu  cacha  fes  foudres 
fous  une  roche,  ce  La  roche  en  fat  noirde  ; les 
” fontaines  bouillonnoient  par  le  feu  caché,  fem- 
» blable  à une  flèche  acérée.  Le  gouffre  écumant 
» de  Mygdonie  retentifibit  du  bruit  de  la  vapeur  ; 
» & le  Cilicien  Typhée  étendant  fes  mains,  au 
“ fignal  que  lui  en  donna  la  Terre,  déroba  les  ar- 
» mes  couvertes  de  neige, mais  brûlantes,  de  Ja- 
» piter.  “ La  ISÎygdonie  étoit  une  contrée  de  My- 
fie , qui  devint  très-fertile  depuis  , comme  tous 
les  pays  volcaniques  ; {Aut  pingais  Phrygis.  Myg- 
donias  opes.  Horat.  ).  Ce  fut  îa  patrie  de  Niobé, 
roche  volcanique  : là  régna  le  Roi  imaginaire 
Mygdonus , frère  d’Hécube , & père  de  ce  jeune 
Chorèbe , amoureux  de  Cafiandre  , dont  Virgile  a 
célébré  la  valeur  & la  fin  déplorable. 

cc  Nonnus,  qui  fait  quelques  écarts  poétiques, 
trace  enfuite  une  peinture  de  Typhée , dont  la 
voix  horrible  reflem.ble  au  rugifiement  des  bêtes 
féroces,  & qui  réunit  les  fureurs  des  tigres,  des 
lions  & des  taureaux.  Il  attaque  les  deux,  il  épou- 
vante les  confiellations , il  ofe  combattre  la  lune 
elle-même,  ce  Cependant  les  faifons  intrépides  ar- 
» ment  les  phalanges  célefies  ; les  révolutions  des 
« cieux  font  entendre  leurs  cris , la  flamme  brille  , 

« l’air  frémit  du  bruit  de  cette  armée  variée , 

M compofée  de  ceux  qui  habitent  le  Nord , le 

« Sud,  le  Levant,  le  Couchant Orion  dé- 

« gaine  fon  glaive  pour  combattre  le  géant  » } le 

Mm  ij 


2.7^  c y G 

cWen  le  ponrfuit , Opniachus  s arme  , le  aragon 
du  pôle  ^ ie  Chartier , ie  bouvier , tous  réunif- 
fent  contre  Fennemi  commun.  « Cependant  Ty- 
» phée  ébranle  les  fommets  du  CorycuSj  & pe- 
îj  fant  fur  les  dots  du  Cilix  ^ il  confond  de  fa  main 

Tarfc  & Cydnus  «■  ( Le  Corycas  cft  une  mon- 
tagne de  Lvcic:,  Tarfe  en  eft  une  ville  , & le  Cyd- 
Eus  eft  le  fleuve  qui  la  baigne  5 ce  qui  déiîgne  une 
fubmeriîon  de  cette  ville.  ) ».  _ 

« Le  Poète  peint  enfuite  le  combat  allegonque 
du  géant  avec ‘Neptune  . & enfin  avec  .Tupiter  ^ 
qui  le  foudroie  : le  géant  ne  produit  plus^  qu’un 
mugilTernent  fourd  ; Fair  defféché  permet  à peine 
qu’il  tombe  une  foible  rofée;  il  ne  lance  plus  que 
quelques  étincelles;  fes  foudres  ceilent  à 'la  pre- 
fence  de  Jupiter  ».  ( Cet  article  ejt  de  M.  Rabaud 
de  Saint-Eftienne). 

Sur  un  bas-relief  du  Capitole  on  nmit  les  Cy- 
elapes  qui  forgent  des  armes,  lis  font  prefque  nuds, 
& ont'les  deux  yeux  bien  exprimés.  Près  d’eux 
font  placés  trois  guerriers  armés  à l’héroïque  j 
avec  Paiîas  & deux  autres  femmes.^Ces  guerriers 
font  peut-être  ceux  pour  lefquels  Vulcain  avoir 
forgé  des  armes  , Achille  , Memnon  & Enée. 

Sur  un  bas-reliei  de  la  villa  Albani  ( M.onum. 
Inediti , n°.  3b.  )»  on  voit  à Polyphême , outre 
les  deux  yeux  ordinaires,  fon  œil  de  Cyclope , 
très-bien  exprimé  au  .milieu  du  front. 

Cyclopes  ( oa  voit  fur  les  médailles  de  Co- 
rinthe des  ),  Paufanias  ( Ub.  2.  p.  83.  ) dit  que  les 
Corinthiens  leur  avoient  élevé  un  autel. 

. CYCNES.  Voyez^  Cygnus. 

CYDATIANO  {deo).  Muratori  (41.  i.  Tkcf 
infcrlpti.  ) rapporte  une  infcription  , dans  laquelle 
on  lit  Deo  Cydatiana.  Ce  favunt  dît  que  Cyda- 
tianus  étoit  probablement  un  furnom  de  Bacchus. 

CYDIPPE  3 Nymphe  de  Fifle  de  Délos.  Voye:^ 
Aconce. 

Cydîppe  , Frêtre.fte  de  Junon , mère  de  Cléobis 
8c  de  Biron.  Y aye^  Rïton'. 

Cydîppe  ^ une  des  Nyirçhes,  compagne  de 
Cyrène^  raère  d’Ariftée. 

CYDNAj-en  Lycie. 

M.  Combe  feul  attribue  à cette  ville  une  mé- 
daille autonome  d’argent  ^ avec  les  lettres  K.  Y j 
& une  lyre  ( Nam.  Vet.  Hanter,  ). 

CYDON.  Voye:^  Acacallis. 

CYD-ONIA,  en  Crète.  KYAaNlATAK. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  r 

R.  en  argent. 

C.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Leurs  types  ordinaires  font  une  louve  allakant 
un  enfant  , un  aigle  volant  ^ un  croilfant  j un 
raifin. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médaillés  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  d’Augufte  , de  Ti- 
bère j de  Claude,  de  Néron,  de  Yitellius , de 


C Y G 

Vefpafien , de  Domitien  , d’Hadrien , d’Antonin  , 
de  Julia  Domna. 

CYGNE.  Le  Mémoire  que  je  lus  à l’Académie 
des  Sciences  le  Juillet  1783 , & le  29  du  même 
mois  à l’A.cadémie  des  Infcriptions  fur  des  cygnes 
qui  chantent,  n’étant  pas  imprirné  à l'époque  oû 
parut  l’article  cygne  du  DiCîionn.ûre  des  Oifeaux , 
faifant  partie  de  l’Encyclopédie  méthodique  , ?4. 
Mauduit  fe  vit  forcé  de  renvoyer  au  Dictionnaire 
d’Antiqiiités  l’article  des  cygnes  fauvages  ou  chan- 
tanss  c’eft  pourquoi  je  l’insère  ici  prefqu’en  entier. 

Le  chant  mélodieux  des  cygnes , célébré  par 
tant  de  Poètes.  d’Hiftoriens,  & même  de  Natu- 
raliftes  , depuis  Homère  8c  Hélîode  jnfo.u’à  ce 
jour . n’eft  il  que  le  fruit  de  leur  imagmation  ? , . 
Si  au  contraire  il  exifte . pourquoi  ne  l’entendons- 
nous  plus  ? ....  Ce  font  deux  queftions  dont  on 
s’eS  occupé  fouvent  fans  fruit,  & qu’un  heu- 
reux hafard  , fécondé  par  des  recherches  . m’a 
donné  lieu  d’approfondir. 

EHen , qui  écrivcit  fur  l'Hiftoire  des  Animaux, 
fous  le  règne  d’Alexandre  Sévère  , vers  le  milieu 
du  troifième  fiècle , a refufé  le  chant  aux  cygnes 
dans  fon  premier  livre  ( cap.  30y;  mais  dans  le 
vingtième,  ilafture,  d’après  le  témoignage  d‘A- 
riftote,  qu’on  en  avoit  fouvent  entendu  chanter 
dans  la  mer  d’Afrique  . & il  ajoure  qu’il  n’en  fau- 
roir  parler  que  fur  le  rapport  d’obfervateurs  étran- 
gers , n’ayant  jamais  pu  les  entendre  lui-même. 
Pline  n’avoit  pas  été  plus  heureux,  malgré  les- 
peines  qu’il  s’étoit  données  pour  ailifler  à leurs 
concerts  (/zi.  10.  cap.  23.)  : aufti  en  nie-t-if 
Fexiftence,  d’après  fes  propres  expériences  ( . . ., 
Falfo,  ut  arbhror  aÜqaot  experimentis.  }.  Hécatée. 
de  Milet,  cité  par  Elien  dans  fon  onzième  livre, 
(cap.  I.  ) , difoit  que  les  cygnes  des  régions  hj- 
perboréennes  s’apprcchcient  tous  les  ans  des  Prê- 
tres & des  Muficiens  , qui  célébroient.  par  des 
chants  & des  concerts  d’inftrumens  , la  fête 
d’Apollon , Sc  qu’ils  joignoient  leurs  voix  mélo- 
dieufes  aux  Hymnes  facrés-  Lucien  cependant,, 
qui  favolt  diftinguer  les  ohfervations  des  Natu- 
raliftes  des  récits  fuperftitieux , afllire , dans  fon 
Vojrage  d’iralie , réel  ou  fuppofé  {Lucianas  de 
elehro  feu  cygnis,  ) , que  les  cygnes  du  Pô  ne 
chantoient  pas.  Bien  loin  de  célébrer , par  de 
doux  accords  , la  mémoire  de  Phaèton  leur 
ancien  ami , comm.e  le  croyoient  les  Grecs 
ils  ne  pouftbient  que  des  cris  défagréabîes.  Les 
Habitans  des  rives  du  Pô  afîurêrent  aux  Voya- 
geurs que  les  corbeaux  & les  geais  pouvoient  paf- 
fer  pour  des  fyrênes  auprès  d’eux  ; il  ne  leur 
étoit  jamais  arrivé  de  leur  entendre  chanter  riea 
d’agréable , pas  plus  que  de  trouver  fur  les  peu- 
pliers de  l’ambre  formé  par  les  larmes  des  fœura 
de  Phaëton- 

Tant  de  vari.itîons  fiir  un  oifeau  ft  cqrmir  en. 
apparence  des  Grecs  & des  Rc«r.ains  , ont  jete- 
le&  Modernes  dans  une  grande  perplexité.  Moim> 


„ C Y G 

^ Y Acidémie  des  Înfcrîptions , a réfolu  îa  que- 
ftion , en  difant  que  les  Anciens  cnt  faic  chan- 
ter les  cygnes , cornine  iis  ont  fait  parier  les  bê- 
tes ( Aîém. , torrz.  V , pag.  loj.  ).  Cette  mani/re 
de  raifonner  meCiéroit  très  fort  à un  iNatura- 
lille  : au/S  Aldrovande  a-t-ii  fuivi  une  marche 
bien  differente.  J'en  vais  donner  un  apperçu 
après  avoir  fait  obferver  que  je  paffe  exprès  fous 
fiience  la  circonilance  de  leur  mort , que  l’on 
croyoit  être  annoncte  par  des  accens  mélodie'ax. 
On  frit  que  la  plupart  des  animaux , Curant 
leur  fin  approcher  j fe  retirent  dans  des  endroits 
ccartés5&'  que  la  nature  défaillante  ne  fauroit  pro- 
duire des  efforts  J tels  que  le  chant  femble  les  exiger. 

Aldrovande  obferv'a  le  premier  ^ que  la  trachée- 
artère  du  cygne  fauvage  ne  s'inftroit  pas  au  fortir 
du  col  immédiatetr.ènt  dans  la  cavité  du  thorax  ^ 
rnaïs  feulement  après  avoir  ferpenté  dans  une  ca- 
V'ité  du  lîernum  j particulière  à fon  efpèce  , à la 
grue  & à quelques  autres  oifeaux  en  petit  nombre. 

II  attribue  à cette  conformation  de  la  trachée  , 
qui^en  double  prefque  la  longueur,  deux  ufages 
différens  ( Ornitkolog-  lib,  1 9 cap.  i . ) : Tun  de 
conferver  un  plus  grand  volume  d'air,  pour  four- 
nir a la  refpiration  du  cygne  ^ qui  plonge  & bar- 
bote fouvent  pendant  un  quart-d'lieure  entier  ; 
1 autre  de  donner  une  grande  étendue  & un  grand 
volume  a la  voix.  Nous  ne  dirons  rien  du  pre- 
mier ufage  que  le  cygne  domeftique  devroit  par- 
tager avec  le  fauvage , puifque  l'un  & Tautre 
fe  comportent  de  même  fur  l’eau.  Quant  au 
fécond , il  devroit  être  commun  à la  grue  & à 
tous  les  oifeaux  qui  ont  la  trachée  ainiî  confor- 
mée , fans  que  leur  cri  en  foit  cependant  moins 
défagréable.  Tel  fera  toujours  le  fore  des  Natura- 
liites  qui  voudront  deviner  les  caufés  finales  j 
1 erreur  deviendra  le  plus  fouvent  leur  partage. 

La  ftruârure  de  la  trachée  du  cygne  a fait 
prendre  a Aldrovande  Taffirmative  dans  le  par- 
tage des  opinions  fur  le  chant  de  cet  oifeau  -,  il  a 
feulement  reftremt  le  chant  au  cygne  fauvage  , 
d apres  le  témoignage  de  Frédéric  Pendau  & 
de  Georges  Braun. 

Le  premier  lui  avoir  affure  ou’en  le  pro- 
menant dans  une  barque  fur  le  lac  de  Mantoue  , 
il  avoir  fouvent  entendu  le  chant  mélodieux  de 
certains  cygnes.  Braun  difoit  qu’on  voyoit  fur  la 
Manche,  près  de  Londres,  des  troupes  de  cygnes 
qui  voioient_  au-devant  des  vaiiTeaux  , &Yem- 
bloient  féliciter  les  PalTagers  de  leur  retour,  par 
des  cûants  doux  & gracieux.  On  n'entend  plus 
ce  chant  des  cygnes  dans  i'îtalie  ; ils  font  aufïi 
mucLS  fur  le  lac  de  Mantoue  , que  fur  les  bords 
Cil  Caiitre  oc  du  IVicandre.  Des  Voyageurs  mo- 
dernes  les  ont  cherchés  en  vain  fur  ces  fleuves  de 
1 AnCj  d apres  les  traditîoiis  Grecques- 

ce  eil  des  cygnes  Anglois  chantans 
de  .o-raun  ^ li^oughby  8c  Ray'  fon  Commenta- 
tear  , en  ont  nie  i exiftence.  Cependant , Ray 
ajoute  ces  paroles  exprslEves  : « Le  aom  An- 


C Y G 


277 


» glois  Hooper , relatif  au  cri  perçant  que  l'on 
” a donné  au  cygne  fauvage,  annonce  qu'il  a une 
=3  voix  forte  , & qui  peut  être  entendue  de  fort 
loin  ( Cygnum  enim  ferum  vocem  vehementem 
edere  , & qu&  a.  longinquo  audiatur  , -vel  ipfiim 
nomen  Ar.glicum  a clamort  & vociferatione  indi~ 


tum , arguit.  Hooper  W illu^hbii  Ornitkol. , lib.  3 , 
cap.  2.)  «.  Tranferivons  a leur  fuite  un  pafîage 
d'Olaiis  V/ormius  fur  le  chant  du  cygne  ; & nous 
aurons  fous  les  yeux  tout  ce  que  les  Naturaliftes 
des  flècles  précédées  en  ont  écrit.  Ceux  de  notre 
fiècie  n'ont  , pour  la  plupart  , rien  laifle  fur  ce 
chant  J eiitr'autres  M.  Briflbn  , la  première  Ency- 
clopédie {Tome  iil.'}  Sc  Edwards  lui-même,  à 
qui  nous  devons  d'ailleurs  un  très-bon  delfin  du 
cygîie  fauvage.  « Il  y avoir,  dit  Wormius,  da.ns 
" ma  maifon,  un  jeune  homme  très- véridique  , 
" appelé  Jean  Rollorf.  . . . né  en  Norwège; 
» il  m’alTura,  fous  la  foi  du  ferment,  qu'il  avoir 
entendu  un  jour  dans  le  canton  de  Nidros , fur 
» le  rivage  de  la  mer  & de  grand  matin , un 
” bruit  extraordinaire  & très-agréable  , mêlé  ce 
” fifflemens  & de  fons  gracieux.  Ignorant  ce 
» qui  pouvoir  produire  ces  fons , dont  il  ne 
» voyoit  point  la  caufe,  il  m.o.nta  fur  un  promon- 
toire  élevé  , & aperçut  dans  un  petit  golfe 
» voifîn  une  multitude  innombrable  de  cygnes  , 
” qui  rendoient  ces  fons  mélodieux  & les  plus 
" flatteurs  qu'il  ait  jamais  entendus.  J'ai  appris, 
” continue  Wormius  , de  plufieurs  Irlandois  mes 
» Difciples  , que  l'on  entendoir  fouvent  cette 
’>  hamonie  dans  les  endroits  fréquentés  par  les 
” rapporté  , ajoute-t-il  encore  , ces 

» difrérens  témoignages  , afin  de  montrer  , par 
des  expériences  modernes,  que  tant  d' Auteurs 
* iilui'fres  ne  s'éroient  pas  trompés  en  parlant  du. 
" enanr  des  cygnes  {Alafanm  JV ormian.  nl-c.l^') 
^Les  Ornithologifles  en  ont  dilfingiré  deux  ef- 
pècesj  cygnus  manfaetiis  , le  cygne  dosneftiqiie , 
fii/an  des  Anglois  5 &:  le  cygne  fauvage , cygnus 
ficus , en  .Angleterre,  widd'-fwan  ou  hooper.  Le 
principal  caraélère  qui  les  diftingue  l un  de  l'autre 
efl:  l'infertion  , & la  plicature  de  la  trachée-artère 
dans  une  cavité  paniculicre  du  flernum,  avant 
fon  introduéfion  dans  celle  du  thorax.- A,ldrovande 
qui  les  avoir  découvertes- , les  crut  communes  aux 
deux  efpèces.  Ray  ayant  diflequé  des  indi-vidus  de 
l'iine  & de  l'autre  , n’a  trouvé  la  tracliée  ainlî 
repliée  que  dans  le  cygne  fauvage.  M.  Daubenton  a 
confirmé  cette  obfervatfon  furie  cygne  fauvage; 
mais  n'ayant  jamais  diîTéqué  de  cygne  domelfi- 
que,  ce  lavant  Naturaliife  nafliire  pas  que  ce  ca- 
ractère lui  appartienne  ainlî  qu'au  cygne  fauvage. 
Ray  ,'  comme  nous  l'avons  vu  , le  lui  reflife  con- 
flamment , d'après  des  diffedtions  multipliées  des 
uns  & des  autres.  On  peur  l’en  croire  , & éta- 
blir pour^caraélère  diftinétif  intérieur  du  cygne 
fauvage,  l'infertioa  S-r  la  plicature  de  la  trachée- 
artère  dans  le  flernum. 

Le  bec  offre  un  caradière  extérieur  qui  a été 


C Y G 

parfaitement  faifi , quoiqu’il  fe  détruife  après  ,1a 
înort  par  le  defsèchement , comme  on  s en  ap- 
perçoit  fur  le  cygne  fauvage  du  ca omet  du  Roi. 
Dans  le  cygne  doroeilique,  la  ba^e  üu  bec  eft 
recouverte  jufqu a l’œil  dune  peau  noire,  tandis 
que  le  refte  du  bec  eft  rougeâtre.  Dans  le  cygne 
fauvage  au -contraire,  la  pointe  du  bec  eit  noire, 
& la  bafe  jufqu’à  l’œil  ek  tres-)aune.  Willoughby, 
Ray  & plufieurs  autres  dilent  que_  le  plumage 
du  cygne  fauvage  eft  mêlé  de  gris , fur-tout 
vers  les  aîîes  8c  le  manteau.  M.  Bnlion , d^ns 
fa  defcrioîion  du  cygne  fauvage  , faite  fur  un 
individu  'du  Cabinet  de  Madame  de  Bandevilie, 
dit  que  ce  cygne  eft  entièrement  blanc , comme 
le  c^gne  domeftique.  Edwards  eft  du  naême  avis, 
feul  conforme  à la  vérité  5 mais  tous  s accordent 
à repréfeiuer  le  cygne  fauvage  comme  pius  petit 
& plus  léger  que  les  cygnes  de  nos  canaux  j ce 

qui  n’eft  pas  vrai Voila  dans  la  plus 

grande  exadtitudé  tout  ce  qu  on  a écrit  fur  les 
cygnes  jufqu  à ce  jour.  Je  vais  à préfeat  rappor- 
ter mes  obfervations  particulières.  _ 

Ayant  appris  que  ron  confervoît  a la  n^ena- 
gerie  de  Chantilly  une  efpèce  de  cygne  chantant, 
je  m’y  rendis  le  15  Juillet  1783  > ^ ayant 
long-temps  examinés  avec  un  des  Infpedleurs  ( M. 
l’Ecailler)  , je  recueillis  les  remarques  8c  les  ob- 
fervations qu’il  me  communiqua  avec  la  plus 
grande  complaifance. 

En  1740  , un  cygne  , de  l’efpèce  du  cygne 
fauvage,  s’abattit  fur  le  grand  canal  de  Cnantilly, 
y fut  pris  & confervé  pendant  trois  ans , après 
lefquels  il  mourut.  La  grande  jeunefîe  dej’lnfpec- 
teur  à l’inftant  de  cette  mort,  l’a  empêché  den 
conferver  un  fouvenir  diftindl.  En  1737,  un  pa- 
reil , âgé  de  trois  ans , fe  fixa  fur  le  canal  avec  les 
cygnes  domeftiques  , y vécut  pendant  fix^  ans. 
Après  ce  temps,  i!  les  abandonna  de  lui-même, 
oC  fe  tranfporta  dans  un  baSin  qui  eft  place^  au 
milieu  de  la  Ménagerie  , 8c  qui  eft  appelé  le 
baflin  de  la  colonne,  à caufe  d’une  colonne  de 
porphyre , élevée  jadis  dans  le  milieu  de  cette 
pièce  .d’eau.  Un  coup  de  tonnerre  le  tua  en_  1774  ; 
de  forte  que  ces  deux  prem.iers  n’ont  point  été 
obfervés,  ou  l’ont  été  fi  mal , que  nous  ne  les 
rappellerons  plus  dans  ce  Mémoire.  Le  chant  de 
celui  que  la  foudre  écrafa  , attira  , pendant  le 
rigoureux  hiver  de  1769,  les  deux  cygnes  chan- 
tans  aéluellement  vivans , mâle  & femelle.  Ils  fe 
pofèrent  fur  le  canal , où  on  les  reconnut  aufli- 
rôt  pour  des  cygnes  étrangers,  à la  couleur  jaune 
de  la  bafe  de  leurs  becs.  On  chercha  à les  prendre , 
en  leur  jetant  du  grain  , comme  aux  autres  cy  - 
gnes : iis  s’accoutumè-ent  à le  manger  ; & après 
quelques  jours  , ils  s’approchèrent  des  perfonnes 
qui  nourriffent  ces  oifeaux.  Alors  on  jeta  du  grain 
fur  l’eau  du  canal  ; fa  pefanteur  le  précipita  au 


C Y G 

des  nœuds  couians.  Us  étoient  âgés  de  trois  ans 
à-peu  près  \ c’eft-à-dire , qu  ils  n’avoient  plus  dg 
duvet  gris , & n oâroient  qu’un  plumage  entière- 
ment blanc. 

Les  ayant  nais  feuls  dans  le  baflân  de  la  colonne, 
on  leur  coupa , jufqu’à  la  peau , neuf  plumes 
des  ailes.  Malgré  cette  op-cration  , ils  profi- 
tèrent d’un  coup  de  vent  pour  s’élever  au-deffus 
de  la  haie  qui  féparoit  leur  bafiin  du  grand  ca- 
nal , où  ils  fe  mêlèrent  avec  les  autres.  Il  fallut 
recourir  aux  amorces  & aux  nœuds  couians  pour 
les  reprendre.  Voulant  les  fixer  feuls  dans  le  baffin 
de  la  colonne  , i’Infpeâeur  de  la  Ménagerie  les 
fit  ejointer , c’eft-à-dire  qu’avec  des  tenailles  rou- 
gies  au  feu,  on  leur  abattit  le  fouet  des  ailes.  De- 
puis ce  moment , iis  n’ont  plus  quitté  la  colonne: 
fans  être  familiers , iis  fe  Liftent  approcher  pat 
rinfpeéteur , & prennent  de  fa  main  des  laitues 
& d’autres  herbages.  On  leur  a donné  à Chan- 
tilly le  nom  de  cygnes  pâles , à caufe  de  la  peaa 
jaune  qui  recouvre  la  baie  de  leur  bec,  & on  le» 
y appelle  Amplement  Us  pâles. 

Ces  deux  cygnes  firent,  en  1779  , une  première 
couvée  de  fix  œufs,  dont  il  naquit  un  feul  petit, 
mâle,  adtueüement  vivant.  Ce  jeune  individu, 
parvenu  à l’adolefcence , rechercha  la  compagnie 
des  oies  & des  canards  femelles  ; mais  il  en  fut 
rebuté.  Il  a confervé  depuis  cette  époque  une  S 
forte  antipathie  pour  les  canards , qu  il  court  fur 
eux,  & veut  les  tuer.  Il  a l’air  fort  trifte  : cette 
mélancolie  étott  peut-être  produite  par  un  acci- 
dent qui  le  faifoit  boiter  depuis  quelques  jours. 
En  1780,  fes  père  & mère  firent  leur  fécondé 
couvée  de  fept  œufs.  Quatre  petits  vinrent  à 
terme , mais  ils  vécurent  peu  de  jours.  La  trôi- 
fième  ponte  de  1781  fut  aufii  nombreufe  & auffl 
mialheureufe  ; les  cinq  petits  qui  vinrent  feuls  a 
éclore,  moururent  bientôt.  Celle  de  1781  a bien 
réiifti  ; il  en  eft  forti  quatre  jeunes  cygnes  , qui 
font  bien  portans  , & couverts  d’un  duvet  gris 
cendré , plus  clair  que  le  gris  des  jeunes  cygnes 
domeftiques;  ils  font  auflî  plus  forts  & plus  gros 
que  les  jeunes  du  canal , leurs  contemporains. 
L’Infpeâeur  croit  les  reconnoitre  pour  deux  mâles 
Sc  deux  femelles , & il  penfe  qu’ils  feront  plus 
gros  8c  plus  forts  que  leur  père  & mère. 

Ceux-ci  ont , comme  le  cygne  fauvage , R 
bafe  du  bec  jaune  8c  la  partie  cornée  noire. 
pointe  du  bec  eft  beaucoup  plus  effilée  eue  dans 
Je  cygne  domeftique.  Le  tubercule  qui  eft  place  a 
la  bafe  du  bec  de  ce  dernier,  eft  entièrement 
oblitéré  dans  les  cygnes  qui  chantent , comme  L 
repréfentent  auftl  les  deffins  de  Willoughby  k 
d’Ed  vards;  leur  col  eft  plus  délié  , 8c 
n’avoir  que  la  moitié  de  la  grofleur  du  col  des 
cygnes  domeftiques  ; ce  qui  leur  donne  une  grâce 
nngulière.  L’envergure  des  cygnes  chantans  c 
plus  grande  , les  plumes  plus  groftes , ta  tau 
plus  haute , le  col  plus  long  de  quatre  doigts, 
les  genoux  plus  élevés  de  fix  lignes  au  moins  q 


C Y G 

dans  îe  cygne  domeftiquê.  Quand  ils  nagent , ils 
ne  balancent  point  leur  tête  & leur  col  comme 
les  autres,  dont  le  mouvement  relTemble  à celui 
des  barques  j mais  ils  paroiffent  immobiles , & 
fendent  l’eau  comme  un  vaifieaii.  L'Infpei5î:eur 
qui  avoit  examiné , fans  diiTeétion  anatomique , 
les  fquelettes  des  deux  premiers  morts  , leur  a 
conftamment  trouvé  les  os  plus  gros  ; il  en  con- 
clut que  les  cygnes  chantans  doivent  voler  beau- 
coup mieux  & plus  long-temps  que  les  autres. 

L’expérience  a confirmé  ce  foupçon;  car  nous 
les  avons  déjà  vu  s’élever  par-deiïus  des  haies, 
pour  rejoindre  les  cygnes  du  canal , quoiqu’on 
leur  eut  coupé  neuf  plumes  des  ailes  : d’ailleurs 
ils  volent  bien  au-delà  de  la  portée  du  fufil,  & 
s’élèvent  à la  plus  grande  hauteur.  Leur  chant, 
dont  je  parlerai  tout-à-i’heure,  les  fait  diftinguer 
dans  les  airs,  à cette  élévation.  Tout  le  monde 
fait  en  effet  que  le  cygne  domeftiqtie  , pofé  ou 
volant,  ne  fait  entendre  aucun  cri  j il  rend  feule- 
ment un  fon  étouffé  & auffi  foible  que  le  rou- 
coulement des  pigeons,  lorfqii’il  eft  molefté,  ou 
qu  il  appelle  fa  femelle.  Le  chant  en  fit  reconnoî- 
cinq  qui  paffèrent  au-deflus  de  Chant!il7,  & 
s y arrêtèrent  quelques  heures  pendant  l’hiver  de 
1768.  Cette  famille  étoit  compofée  du  mâle  , de 
trots  petits  & de  la  femelle  ; ils  voloient  dans 
I ordre  où  je  viens  de  les  énoncer.  Le  mâle 
alloit  le  premier à la  diftance  de  80  à 100  toi- 
fes  ; il  fembloit  indiquer  la  route  aux  autres  ; il 
étoîî  fuivi  par  les  petits,  qui  paroiffoient  n’avoir 
que  deux  ans  j n’étant  pas  encore  tout  blancs;  la 
femelle  fermoir  la  marche.  Toutes  les  eaux  de 
Chantilly  éroîent  gelées,  à l’exception  d’une  petite 
portion  du  canal  , où  elles  font  vives  & très- 
coalantes  ; ce  fut-Ià  que  s’abattit  la  caravane, 
preffee  par  la  foif.  Le  m.âle  s’approcha  de  l’eau 
courante  avec  précaution  , en  but  , & par  un 
petit  cri  étouffé  , répété  plufieurs  fois  , conq , 
couq , couq , il  invita  fa  famille  à fe  défaltérer 
fans  crainte  : elle  lui  obéit , & le  male  fit  le  guet 
pendant  ce  temps-là.  Dès  qu’un  objet  nouveau 
ou  effrayant  frappoit  fa  vue  ou  fon  ouie  , il 
ai/ertiffoit  la  troupe  par  fon  chant  ordinaire  & 
perçant , & ils  s enfayoienr  de  concert  ; de  forte 
qu’on  ne  put  jamais  les  joindre  , & qu’ils  dif- 
parurent  après  quelques  courtes  ftations 

Cette  vigilance  & cette  tendreffe  pour  leurs 
petits  , les  rendent  d’un  accès  difficile.  Dans  les 
premiers  jours  où  les  petits  aéluellement  vivans 
furent  éclos  , les  père  & mère  chaffoient  loin 
d eux  & battcient  même  leur  premier  enfant , 
âge  de  trois  ans  , qui  vit  feul  & trifte.  Ils  ont  ce- 
pendant fouffert  depuis  quelques  canards  dans 
leur  baffin.  Le  jeune  cygne  n’a  pas  la  même  com- 
p.aifance  pour  ces  oifeaiix , & il  les  poiirfuit  fou- 
vent  avec  coiere-  On  plaça  , il  y a quelques 
années,  une  oie  du  Canada  dans  le  baffin  de  la 
«o-onne  avec  les  cygnes  chantans  ; ce  fut  une 
lource  perpétuelle  de  difputes  & de  combats. 


L’oie  du  Canada  , dont  les  ai'es  rfavoient  peint 
été  rognées , attaquoit  le  cygne  mâle  avec  avan- 
tage ; il  voloit  & fondoit  fur  lai  : celui-ci  fe  dé- 
fendoit  vigoureufement  5 mais  ne  pouvant  s’élan- 
cer hors  de  l’eau,  il  combattoit  toujours  avec  un 
défavantage  marqué.  Il  eut  enfin  l’adreffe  ce  fai- 
lir , avec  le  bec  , le  col  de  fon  ennemi  : il  l’attira 
yigoureufement  à lui;  S:  le  plongeant  dans  l’eau 

plufieurs  reprifes,  i!  cherchoit  à l’étouffer.  On 
s’aperçut  de  cette  manœuvre  meurtrière,  & on 
dégagea  l’oie  de  Canada.  Celui-ci  fur  fi  honteux 
de  fa  défaite,  qu’il  s’enfonça  fous  des  pierres  qui 
font  placées  en  faillie  autour  de  la  colonne.  Il 
fallut  1’  en  arracher  de  force , pour  le  tranfporîer 
ailleurs.  Ce  combat  fait  connoître  la  force  extra- 
ordinaire du  cygne  chantant , qui  contenoit  l’oie 
malgré  fa  défenfe  , quoiqu’un  homme  ait  de  la 
peine  à retenir  ce  palmipède.  Un  cygne  domefti- 
que  n’en  feroit  jamais  venu  a bout  ; j’ai  même 
vu  celui-ci  battu  & bleffé  par  le  cygne  chantant, 
dans  les  expériences  faites  par  les  ordres  & fous 
les  yeux  de  S.  A.  S.  Monfeigneur  le  Prince  de 
Condé  & de  ùîM.  les  Députés  de  l’Académie 
des  Infcriptions. 

V oilà  affez  de  caraiffères  particuliers  pour  faire 
diftinguer  le  cygne  chantant  du  cygne  domeftique. 
Il  en  eft  cependant  encore  un  mieux  prononcé  ; 
c’eff  le  chant-  On  employa  , pour  me  le  faire 
entendre,  un  ftratagême  bien  imaginé.  On  ap- 
porta une  oie  domeftique , & on  la  pofa  fur  le 
gazon  qui  entoure  le  baffin  de  la  colonne.  A 
peine  cet  oifeau  eut-il  touché  la  terre  , que  les 
cygnes  s’avancèrent  fièrement  à la  file  l’un  de  l’au- 
tre, le  mâle  le  premier,  pour  combatîre'ce  nou- 
vel hôte,  ils  approchèrent  de  lui  lentement , en 
enflant  leur  col , lui  donnant  un  mouvement  d’on- 
dulation femblableà  celui  des  reptiles,  & rendant 
des  fions  étouffés.  La  fcène  alioit  être  enfanglan- 
tée , lorfqa’on  reprit  l’oie  par  les  ailes , & on 
l’emporta  hors  de  l’enceinte  : alors  les  deux  cygnes 
fe  placèrent  vis-à-vis  l’un  de  l’autre  , & fe  dref- 
fèrent  fur  leurs  jambes  , étendirent  leurs  ailes, 
élevèrent  la  tête  , & fe  mirent  à chanter  leur 
prétendue  vitfoire  à plufieurs  reprifes.  Pendant 
ce  temps,  ils  avoient  l’air  de  fe  pavaner,  de  fe 
donner  des  grâces,  à-peu-près  comme  le  pigeon 
mâle  fait  auprès  de  fa  femelle.  Us  marquent  cha- 
que ton  par  une  inflexion  de  tête-  Leur  chant 
eff  compofé  de  deux  parties  alternatives  très-di- 
ftinéles.  Ils  commençent  par  répéter  à mi-voix 
un  fon  pareil  à celui  qui  efi:  exprimé  par  ce 
monofyllabe,  couq,  couq,  couq,  toujours  fur  le 
même  ton  : on  l’entendoit  à peine  à cinquante 
toifes.  Ils  élèvent  enfuite  la  voix , en  fuivant  , 
félon  Tobfervation  de  l’Abbé  Arnaud  , les 
quatre  notes  MI  , fa  ; e.e,  mi  , dont  les  deux 

le  mâle  ,■  la.  fem. 

premières  font  du  mâle , &:  les  deux  autres  de  la 
femelle. 

Quoique  leur  chant  ait  quelque  analogie,  pour 


i8o  C Y G 

h qualité  An  foo,  avec  le  cri  déchirant  du  paon, 

^ il  ne  laiffe  pas  de  plaire  à roreille.  Je  ne  me 
.lafToiis  Doint  de  1 entendre , & je  le  leur  ai  faîî^re- 
commencer  trois  ou  quatre  toîs  par  le  meme 
ftratagême.  Il  eft  étonnant  que  ce  chant  foit 
a^-réable  ; car  il  eft  fi  perçant , qu  on  l'earend  ^ 
foir  de  la  butte  d'Apremont_,  monacale  eioignee 
d’une  lieue  de  la  menagerie.  Le  fait  m a etc 
attefté  non-ftulemenc  par  ilnfpecteur  & autres 
prcpofés  à la  raenagerie_ , mais  encoure  par  dos 
habitans  de  Chantilly.  Les  cygn.es  font  enten- 
die  leur  voix  le  matin,  le  loir,  & lorfquüs  font 
afedfés  de  quelques  fenfaticns  fortes  ou  extraor- 
dinaires : auiii  êft-elie  plus  mciodieule  dans  le 
printemps , faifon  de  leurs  amours.  Je  ne  les  ai 
; entendus  que  dans  le  mois  de  Juillet  au  com- 
mencement de  la  mue  , crife  qui  rend  les  oifeaux 
plus  ou  moins  malades;  & j ai  trouvé  encore  agréa- 
ble ce  chant,  que  je  iouvent  repecer. 

Plufieurs  Curieux  & étrangers , à qui  les  Inf- 
■pecîeurs  de  la  Ménagerie  les  ont  fait  entendre 
depuis  que  je  leur  at  appris  1 intérêt  que  ion 
pouvoir  y prendre , ont  ère  lurpris  de  la  force 
& de  la  douceur  de  ce  chant.  U eft  moelleux, 
& remplit  fiatrsuiement  i’oreil'e.  Obfervons  en- 
core que  la  femelle  ne  commence  a cnanter  que 
uelques  fecoHdes  après  le  mâie  : tel  eft  un  rnu- 
cien,  qui,  voulant  accompagner  une  première 
voix , oblerve  des  filences  ; celle-ci  d aineurs  n a 
pas  la  voix  auili  forte  que  le  mâle  ; elle  ne  m a 
pas  paru  chanter  à l unillon , mais  un  ou  piuiieurs  ■ 
tons  plus  bas.  Le  male  chante  ü aoord  mi , fii  j 
oc  pendant  qü’il  pourfuit  re,  mi,  elle  commence 
mi , fa , 6c  toujours  de  même  ; ce  qui  produit  un 
accord  qui  doit  être  agréable  , quand  une  troupe 
nombreufe  de  cygnes  eft  réunie  & chante  en 
même-temps.  Au  refte , ce  cnanc  n eft  pas  s-ufli 
varié  que  celui  des  oiieaux  cnantans  ; mrds  il  i elt 
un  peu  , principalement  dans  la  derniere  noie , 
fur  laquelle  ils  font  une  longue  tenue.  La  nuit  pen- 
dant laqueliê  les' petits , acfueilemer.r  vivans , for- 
tirent  des  œufs,  fut  célébrée  par  des  chants  trcs- 
, variés  & très-fréquens  ; de  forte  que  i’Infpeéfear 
les  entendant,  dit  à fa  femme  qui!  étoit  sûre- 
ment arrivé  aux  cygnes  quelque  événement  ex- 
traordinaire. Il  les  trouva  effeét:  veulent  a la  pointe 
tiii  jour  , accompagnés  de  plufieurs  petits. 

Après  ce  récit  fidèle  de  mes  obfervations  , 
j’examinerai  à quelle  efpèce  de  cygne  on  doit 
rapporter  le  cygT.e  chantant,  6c  quelle  eft  fa 
patrie.  Quant  à la  nomenclature  , je  crois , après 
un  mûr  examen , qu’on  peut  raftocier  au  cygne 
fiauvage  , & n’en  faire  qu’une  feule  & même  ef- 
pèce.  J'avoue  que  ma  première  idée  étoit  de  le 
placer  feul  en  troifième  ligne  , parce  qu’avant  la 
bafe  du  bec  jaune  comme  le  cygne  fauvage,  il  n’eft 
cependant  pas  gris  comme  lui,  mais  tout  b’anc. 
comme  le  cygne  domeftiqu'e.  Le  cygne  chantant  eft 
d’aiiîeurs  plus  haut  & plus  gros  que  ce  der.nier , 

& tous  les  Oruifhoiogiltes  s’accordent  à repré- 


C Y G 

fenter  îe  cygne  fiauvage  comme  pltis  mince  Sc  plus 
petit -que,  ie  cygne  domeftique.  Mais  on  explique 
ta'ciiement  ces  apparentes  variétés  , en  obfeivant 
que  les  cygnes  fauvages  décrits  par  ces  auteurs 
ic  -qui  éîoient  des  individus  ifiolés  ou  égarés  par 
des  coups  de  vent  , marquoient  encore  ; c’eft-à- 
dire , qu’ils  étoient  jeunes  , 8c  avoient  encore 
des  plumes  grifies.  J e!  elf  celui  du  cabinet  du 
Roi.  L’individu  du  cabinet  de  Mme  de  Bandeville, 
décrit  par  M.  Brillon , & celui  d Ldvvards  , font 
tout  blancs,  ainfi  que  les  cygnes  chantans  de  la 
ménagerie  ae  c.hantiiiy.  ; 

Nous  avons  vu  que  Ray  accordoit  au  cygne  fiau- 
vage  une  voix  force  & un  cri  perçant  ; ce  qui 
j prouve  qu’il  en  avoir  entendu  parier  vaguement: 
du  moins  ce  paffage  nous  aut.  rife-t’il  à ne  faire 
qu’une  feule  eipèce  du  cygne  fiauvage  & du  cygne 
chantant.  Lorfqu’on  pourra  diflequer  quelqu’un 
de  ces  derniers , on  verra  fi  fa  trachée  artère  eft 
conformée  comme  celle  du  cygne  fauvage  ; ce 
fiera  la  vraie  caraètériftique  , & le  temps  la  fera 
connoirre.  En  attendant  , fi  l’analogie  peut  être 
de  quelque  utilité  dans  i’hiftoire  Naturelle,  elle 
nous  porte  à croire  que  le  cygne  chantant  doit 
avoir  la  trachée-artère  replice  dans  une  cavité 
particulière  du  fternum  ; car  on  a obfervé  qu’il 
pone,  en  nageant,  la  tête  beaucoup  plus  en 
arrière  que  les  cygnes  ■■iomeftiques.  D apres  toutes 
ces  conlidérations , on  ne  peut-  encore  établir  que 
deux  efpèces  de  cygnes  , le  cygne  domeftique  & 
le  cygne  fiauvage,  auquel  fie  joint  &^v^ec  lequel 
fie  confond  le  cygne  cnancant.  ( La  diaection  qu  a 
faite  M.  Vie  d’ Azir  d’un  de  cts  cygnes  morts  depuis 
peu  a confirmé  ma  conjeèfure  ). 

On  eft  plus  embarraifé  fur  la  patrie  qu’on  doit 
aftîgner  à ce  dernier.  Les  anciens  Naturaliftes 
n’ayant  jamais  diftingué  deux  efipèces  de  cygnes, 
ne  peuvent  nous  donner  aucune  lumière  liir  cet 
objet  J à moins  qu’on  ne  les  entende  par  tout  eu 
cygne  fauvage,  parce  qu’ils  parlent  toujours  du 
chant  des  cygnes.  Nous  trouverions  alor.<^  que  cet 
oifeau  auroit  autretois  habité  les  pays  chauus  ; 
car  le  Caiftre  & le  ..Méandre  font  des  fteuvesd’Aiie, 
& le  Pô  eft  en  Italie.  L’infpecteur  de  la  ména- 
gerie , qui  m’a  donné  tant  de  renfeignemens  fur 
les  cygnes  chantans,  pencheroit  pour  cette  opi- 
nion ; il  croit  en  effet  que  la  Cotie , ou  d’autres 
contrées  méridionales  font  leur  pâme.  Pour  moi , 
je  ne  faurois  être  de  cet  avis , parce  que  le  cygne 
fiauvage  eft  sûrement  un  oifeau  de  paffage  , Se 
qu'il  eft  inouï  de  voir  des  cileaux  quitter  les  paj'S 
chauds  pour  .il’er  dans  les  climats  froids  pendant 

l'hiver.  Habite  t’il  les  régions  feptentrionales? 

Le  paifage  d’Oiaiis  Wormius  1-.  feroit  croire  » 
cependant  Fontoppid.m  , dans  fou  Hiftoire  de  w 
Nôrwége  , dit  .que  les  cygnes  qu’çn  y aperçoit 
font  étrangers  à cette  contrée. 

M.  de  Troil , dans  fies  Lettres  fur  l’Iflande , 

( pag~  iço.  tred.  Franf.  ) afure  pofitivement 

les  cygnes  habitent  cette  iüe»  qu’ils  y pondent , ^ 

qu  î‘S 


C Ÿ G 

qu’üs  l’apa.îîdonnent  pendant:  i’kiver , à l’exception 
de  çueîques  parefieux  ou  traîneurs  ^ & des  petits  ^ 
qui  ne  quittent  point  dan;  l’année  le  lieu  de  leur 
naiflance.  « Le  chant  des  cygnes , ajoute-t-il,  eft, 
a .ce  que  1 on  prétend  j des  plus  agréables  dans 
“ I.es  nuits  froides  & noires  de  i’hiver  ; mais  il  ne 
nous  a point  paru  tel  au  mois  de  Septembre 
Cette  obfervation  eft  conforme  à ce  que  j’ai  dit 
PjUs  haut  du  temps  de  la  mue , où  la  voix  de  la 
plupart  des  oifeaux  s’afîoiblit  & fe  perd  même 
dans  certaines  efpèces. 

Cerefulrat  de  ce  Mémoire  efl  donc  que  le  cygn.e 
auvage  habite  les  pavs  fepientrionaux  ; que  ceux 
de  cette  efpèce , conferrés  à la  mén rgerie  de  Cban- 
tilly,  ont  un  chant;  & que  les  anciens  ne  fe  font 
pas^trompe's  en  parlant  du  ckant  du  cygne.  Iis  ont 
en  attribuant  à tous  les  cygnes  in- 
oiltinéicment  la  faculté  de  chanter  , qui  efr  parti- 
cuhexe  3.U-X  cygnes  fauvages.  Enfin,  on  aporéciera 
Miem.ent , d’après  nos  obrervations,  ]es‘ hvper- 
boÆs  des  Poètes,  qui  ont  eu  dans  la  Nature  une 
b.ne  reelle. 

^ Prcfelleur  de  Copenhague , 
nstii-  .0  iPande  , a aiTuré  depuis  peu  à M.  Eyres  de 
^ ccplay  a Londres,  qu’il  avoit  entendu  des  cvgnes 
auvages  en  lüande,  ou  ils  font  en  grand  nombre , 
cnanter  avec  une  certaine  Cadence  en  volant. 

> ,^7"5  retrouvé  le  cygne  chantant,  & ayant 

euiclie  fes  rnœurs,  je  dcfis,  pour  rendre  aux' an- 
ciens la  |uftice  qui  leur  eft  due,  appliquer  ces  no- 
tions a leurs  écrits,  & en  rétablir  le  véritable 
fens. 

■Cherchons  d’abord  pourquoi  Je  plus  grand 
nombre  des  Auteurs  qui  ont  fait  chanter  les  cy- 
gnes,  entre  lefquels  on  compte  Héfiode , Ho- 
meie  , Eichyle  , Euripide  , Théocrite  , Platon  , 
CaUiaaaque,  Anflcte  , Antipater,  Cicéron  , Vir- 
gi.e  , Lucrèce  , Ovide  , &‘c.  &c. , ont  fixé  au 
moment  au  trépas  cette  faculté  des  cyg.ies.  Nous 
avcr^aejaobfervé  en  ■gém.kalque  les  anciens  n’en 
cu^.injguoie.nt  pas  de  deux  efpdces.  Ariilote  ( De 

Anima  I , ^ ^ ^ /ié.  8,  cap.  iz.  ) feu] 

ps:le,  en  deux  endroits  de  Ton  Hifroire  des  Ani- 
rnaux  , de  cygnes  qui  vivoient  en  fociété  , à l’ex- 
cmfion  ,ars  doute  d'une  efpèce  (bÜuLe.  On  ne 
connoit  point  encore  cette  farouche  efpèce  , oui  a 

, fansotendrefie  pour  leurs  petits 
s entre-tuant  & fe  mangeant  les  uns  les  âu-^rec  ; 
car  on  ne  iauroit  donner  ces  qualités  odieufes  au 
.aiiyage.  Eien-loin  de  tuer  fes  petits  , il  les 
deieml  vigoureiifement  , comme  je  l’ai  dit  plus 
meme  d’ailleurs  a vécu  longtemps 
On  ne  peut  donc  pas 

e.iienure  le  pauage  a Ariltore  du  cygne  fauvac^e 

d-cL'^'  ^‘-“s^relle  encore  I 

oiCarfr'  appelée,  avant  Ariflote, 

pari’épithête 

Euripide  avoir  plus  fait  encore  pour  ce 
volaaie,  caiomnie  fi  injuftement  ; ii  a coLaré, 
■^-itiouués  . Tome  II.  " - 


C Y G 


8i 


dans  fon  Eleâre,  les  cris  de  cette  infortunée  fiiie 
d Agamemnon,  au  chant  plaintif  du  jeune  cygne  , 
qui  pleure  fon  père  arrêté  dans  des  pièges  meur- 
triers. 

Il  parost,  par  la  variété  des  opinions  que  les 
Anciens  ont  eues  fur  les  moeurs  du  cygne  , qu  ils 
i avoient  mal  obfervé  , ou  plutôt  que  le  cygne 
fauvage  ou  chantant  étoit  très-rare  daias  leurs 
contrées.  Ils  ne  l’avoient  pas  apperçu  fouvenr. 
Voulant  donc  concilier  l’ancienne  tradition  du 
enant  ües  cygnes  avec  le  filence  des  cygnes  oui 
vivoieiît  Clans  leurs  canaux,  & des  individus 
iauv-iges  reconnus  par  hafard  & très-mal  étu- 
dies ; iis  aflurerent  qu  ils  ne  chantoîent  qu’à 
iiCLire  ds  leur  inort , & dans  des  endroits  reti- 
res  où  lis  n’ayoient  pas  même  d’aurres  oifeaux 
pour  témoins  de  leur  trépas.  Ce  font  les  propres 
termes  d Oppiea  De  venatione  ).  Il  étoit  difficile 
Civ  comoattre  cette  maniéré  d expliquer  l’ancienne 
tradition  : en  fe  feroit  efforcé  en  vain  de  fuivr-e 
^ mourant  dans  le  creux  des  rochers,  ou 
au  travers  de  ciéferts  impraticables  ; quoique 
dans  Aîhenée  { Lih.  9.  ) , Alexandre  SÎyndien 
amire  2e  contraire , d’après  fa  prétendue  expé- 
rience. Le  cygne  d’ailleurs  vit  lî  long- temps, 
qu’on  lui  attribue  jufqu’à  trois  lîècies  de  vie,  & 
qu  <1  éil  très-rare  d’en  voir  mourir. 

Le  phénomène  cqui  l’exciroit  à chanter  dans 
ce  mornent  fatal,  etoit  encore  plus  furprenant. 
On  difoit  que  les  plumes  de  fa  tète  prenoient  un 
accrciiirement  fubir  en  dedans  du  crâne  , & qu’en 
déchirant  fon  cerveau , elles  lui  arrachoient  par 
ia  force  de  la  douleur  ces  fons  mélodieux.  Ovide 
a chanté  cette  merveille  : 


• . • ■ . , Velati  canentia  dunz 

Trajecîus  penna  tempora , cantat  olor. 

Au  relie. 


. . . . Nec  foU  célébrant  fua  fanera  cygni. 

(Stage,  Jib.  2^  Sylv.  ) 

Le  perroquet  , félon  lui , & l’éléphant  félon 
Oppien  , pleuroient  leur  mort  proc.haine.  Les 
Anciens  attribuèrent  auffi  .cette  propriété  à l’oi- 
feau  de  Vénus,  & cherchèrent  à jullifier , d-^- 
ce:  innocent  fubterfuge , la  tradition  confiante 
<lu  chant  des  cygnes.  Les  Auteurs  modernes  ont 
ete_  moins  refervés;  iis  en  ont  nié  formellement 
l’exillence.  Nous, voyons  aujourd’hui  combie.n  a 
été  nuifible  cette  facilité  à nier  tout  ce  que  nous 
n^avons  pas  encore  retrouvé  ; l’indulgence  & ia  . 
referve  dont  les  Anciens  ont  ufé  envers  leurs 
prcd-ecelîcurs,  devroient  nous  fervir  de  mode'-  • 
mais  que  nous  Tommes  éloignés  de  les  imiter' 
rxcroiim  filii  ^ nox&. 

Les  Anciens  avoient  mieux  connu  la  nature  de 
ce  c.-apt  ccicbre  , que  les  époques  auxquelles  on 
pouvoit  i entendre.  Le  cygne  fauvage  feul  entre 

N n 


zSi  C Y G 

les  oifea'jx  squatlques , a un  chant  remarquable  | 
par  fa  force.  Hélîode  avoir  connu  cette  force ^ qui  i 
le  fiifoit  reffembkr  au  fon  des  inftrumens  à vent. 

II  dit  J dans  le  bouclier  d’Hercuie . que  les  cygnes 
s’élevant  très-haut  dans  les  airs  , faifoient  en- 
tendre une  forte  vois  : KtJtse/ 

5 Cygni  ahlvolantes  mggrtum  clangthant. 

Lucrèce  & pîufieurs  autres  Poètes  l’ont  com- 
parée csprefTément  au  fon  des  clairons  & de  la 
trompette  ; & c’ell  ainfî  que  je  l’ai  entendue  nvçi- 
même.  Ariitophane , en  qualité  de  P oëte  comiquej 
s eft  cru  permis  de  parodier  ridiculement  la  pa- 
tate , comme  il  avoir  fait  de  la  vertu.  Il  exprime 
le  chant  de  tous  les  cygnes  indiSinétement  par  les 
monofylabes  fiffians  , tio  , tia  , tio  , tio  , tinx. 
Virgile  a auffi  appelé  les  cygnes  rauci  : 

Dant  fonkam  ranci  per  fiagna  Idquacia  cygni. 

Mais  ce  Page  Poëte  a voulu  parler  du  cygne 
domeftique  ; car  il  fait  en  cent  endroits  divers 
l’éloge  du  chanr  des  cygnes  en  général.  II  n’y  a donc 
rien  à réformer  dans  les  Ecrits  des  Anciens  fur 
fa  nature  5 ils  en  avoient  des  notions  fûtes  & 
précifet. 

Les  Grecs  ^ qui  avoient  tant  puifé  chez  les 
Egyptiens  , les  avoient  peut-être  reçues  d’eux. 
Orus-Apollo  nous  apprend  que  le  cygne  étoit  fur 
les  bords  du  ISil  l’emblème  de  la  muiîque  & des 
Muficiens.  D’après  cette  allégorie  hiérogiyphiquej 
Paufanias  a pu  dire  que  la  mulique  faifoir  la 
gloire  du  cwgne  : Kbics»  t3  csyifi  fnsriKr;  siixi  ê'cias  ; 
& Callimaque  a pu  l'appeler  l’oifeau  des  Mufesj 

2*‘-'ihs-â^y  opyths-. 

C’eft  à ce  titre  fans  doute  qu’il  fut  confacré  à 
Apollon , le  Dieu  de  la  Mulique , & qu’il  ell  plaçé 
aux  pieds  d’une  de  fes  îlatues  confervées  au  Capi- 
tole. Selon  Homère  , dans  fon  Hymne  à l’honneur 
de  ce  Dieu  ^ le  cygne  qui  joue  fur  les  ondes  du 
Pénée , chante  Phébus  ^ & fait  retentir  les  échos 
des  louanges  du  fils  de  Latone.  Quelques  Poètes 
ont  même  attaché  les  cygnes  au  char  de  ce 
Dieu  , comme  à celui  de  Vénus.  Les  Artilles 
devroient  employer  cette  ingénieufe  allégorie, 
larfqu’iis  veulent  repréfenter  le  conduéleur  des 
Mufes  5 ou  le  génie  qui  infpire  les  Pythies  les 
DevinSj  les  Hyérophantes  & les  Mufieiens  > car 
on  a dit  auffi  que  le  cygne  ne  ch  mtant  qu'.';u 
moment  de  fon  trépas  ^ avoir  la  faculté  de  pré- 
voir l’av'emr  ^ & qu’en  cette  qualité  il  ttoit  con- 
facré à Apollon.  Que  les  Sculpteurs  & les  Pein- 
tres réfervent  donc  au  foleil  le  char  brillant  de 
rubis  8c  de  topazes  ^ les  nuages  dorés,  les  rayons 
de  lumière , & les  coiirfiers  aux  nafeaux  embra- 
fés  ; mais  que  le  paifib’e  Apollon  Mufagète , que 
la  douce  & bienfaifante  Divinité  de  Délos,  foiènt 
portés  fur  un  char  fimple  & mod'efte  , & traînés 
par  les  chantres  mélodieux  du  Ca'iüre  Sr  du 
Méandre. 

L»ur  confécration  à Vénus , & l’agréabk 


C Y G 

fonéiion  de  conduire  en  tout  Heu  la  mère  des 
Amours,  ont  été  célébrées  par  les  Poètes  anciens 
& modernes.  Bocace  ( Geneal.  Deor.  ) en  a cher- 
ché la  caufe  dans  les  iouiffances  phyfiques.  Sans 
revenir  fur  des  tableaux  que  la  décence  éloigne, 
ne  trouveroit-oa  pas  plus  naturellement  cette 
caufe  dans  les  grâces  que  les  cygnes  déploient 
en  chantant  ? Celle  qui  poflede  la  ceinture  des 
Grâces,  la  Déeile  qui  a cordié  le  foin  de  fes 
atours  à ces. trois  Divinités,  doit  attacher  à fon 
char  des  oifeaux  qui  joignent  la  beauté  des  attitu- 
des à la  douceur  du  chant.  Vefpafien  Stroza  , 
Poète  Italien , les  a peints  avec  autant  di  fiddké 
que  d’élégance  dans  les  vers  fuivans  : 

cc  Gantantes  parlter  , parîter  plaadentibus  alis  ^ 
M A'érias  cygni  corripuére  vins  ». 

Vénus  d'ailleurs  eft  née  du  fein  de  l’onde , & 
les  cygnes  habitent  cet  clément  de  préférence 
aux  autres  ; c’eft  pourquoi  on  les  lui  a confacres. 
De-là  ces  volatiles  font  devenus  d’un  augure^ 
La  Déeflè  de  Chypre  les  montre  à Enée , après  là 
tempête  qui  avoir  difperie  fes  vaiiTeaux , pour  le 
raffurer  fur  leur  fort': 

« Afp  ice  bis  fenos  Utantes  agmine  cycnos  ; 

» ij Z reduces  illi  ludunt  fridentibus  alis  , 

» Et  cœtu  cinxêre  polum  , cantufque  dedêre  r 
» Haud  aliter  puppcfque  tua  , pukefque  tuorum  , 

» Aut  portum  tenez  , dut  pleno  fubit  oftia  veto  ». 

( Lib.  i,..£neid.  ) 

Virgile  eft , dans  ce  bel  endroit , conforme  à 
la  tradition  , ainli  que  nous  1 apprennent  tieux 
vers  cités  par  Servius  : 

cc  Cygnus  in  auguriis  lyautis  grat-jimus  aies; 

» Hune  optant  femper  , quia  nunquam  mergitur 
» luzdis  ». 

La  hauteur  du  vol  du  cygne  fauvage  a etc  par- 
faitement connue  des  Anciens.  Nous  ayons  vu 
plus  haut  Héfiode  l’appeller  ^ itgûe  ait 

de  Varus  que  doivent  chanter  les  Foeres  : 

î 

cc  Gantantes  fuklime  ferent  ad  fydera  cygni  ». 

Quand  on  découvrira  quelque  troupe  nom- 
breufe  de  cygnes  faiivages , on  vérifiera  ce  que 
Pline  a écût  de  leur  manière  de  vokr.  Il  nnure 
que  la  troupe  fe  ferme  toujours  en  angle,  comme 
le  batadlon  des  Romains  , appelé  cu-:eus._hes 
gn-'CS  , les  oies  faiivages  Sc  autres  efpèces  yonines 
du  cherchent  J par  cette  forrre  aigue,  a 

fendre  l’air  avec  ;'!us  de  facilité.  Sans  doute_c.  o 
celui  ci  aura  été  . jjalemcnt  guidé  par  fon  i:n.<- C*- 
à voler  en  baiailion  aigu  : mais  ce  feroit  t^cp- 


C Y G 

accor-Jer  à cet  iiiftind: , que  de  tfee  du  cygne  , 
avec  Ovide  ( Métam.  il.  ) : 


^ . Ncc  fe  cxloque , Jovique 

« Crédit  ^ & iajiifle  mijji  memor  ignis  ab  illo , 

» Stagna  petit,  patulofque  lacas  , ignemque  perofi'S, 
» colït , elegit  contraria  fiumina  f,ammîs  j’. 


^*11  refte , la  mort  du  cygne  fauvage  de  Chan- 
driy  , écrafe  par  la  foudre  en  1774  fur  ies  bords 
du  bafîln  de  la  Ménagerie  , auroit  démenti  ce 
'Poëte , fi  l’on  pouvoir  croire  qu’il  eût  dit  férieu- 
fement  que  le  cygne  habitoit  les  endroits  maré- 
cageux ^ pour  être  sûr  d'éviter  le  tonnerre. 

Dans  quelle  contrée  étoienr  fitucs  ces  endroits 
marécageux  j recherchés  du  cygne  chantant  ? Les 
Anctens  en  nommoient  piufieurs.  iis  parlent  des 
bords  du  Caiftre  du  Méandre  , gu  Strymon , du 
Fo  . de  la  Charente  dans  ies  Gaules , de  l’Océan  ^ 
de  la  mer  d’Afrique^  de  rilie  de  PaphoSj  &c.  &c. 
Appliquons  à tous  ces  lieux  divers  ce  que  Pline 
a dît  du  pafiage  des  cygnes  en  générai.  Après 
avoir  parlé  des  cicognes , il  avoue  qu’on  ignore 
l’endroit  précis  de  leur  retraite  j & il  ajoute  ( Lit. 

Z O , cap.  zz.  ) Simili  anferes  olores  railone 
commciint. 


C’efi:  ainfi  qu’à  l’aide  de  recherches  aiifii  agré-a- 
b!es  qu’utiles  ^ fai  retrouvé  dans  les  Ecrits  d;s 
A.nciens  prefque  tour  ce  que  i’obfervaiion  sn’a 
apptis  du  cygne  chantant.  Ce  chant  des  cygnes , 
ce  fameux  yJjso-.ur)  à-icx , qui  étoit  pafïc  en  pro- 
verbe , ne  fera  plus  révoque  en  doute  : les  an- 
ciens font  vengés»  Puifie  ce  fuccès  encourager  les 
A'aturalnles  modernes  à éclairer  du  fiam'oeau  de 
i’obfervation  ies  récits  des  Grecs  & des  Romains  ' 


Iis  verront  avec  étonnement  que  leurs  conncif- 
fances  étoient  folides  & étend  es.  Pour  moi  ^ j’em- 
braflè  ce  trav.iil  avec  zèle,  & je  m’y  dévoue. 

Dans  la  collection  des  pierres  gravées  du  Baron 
de  Stofch  , on  voit  une  cornaline  de  gravure 
ctrufque.  Aiercure  y eft  repréfenté  formant  une 
figure  dont  ie  corps  & le  cou  relTem'oIent  à un 
cygne , & dont  la  tête  elt  celle  d’une  jeune  fille 
voilée  par  derrière.  Ce  fujet  eft  difficile  à expli- 
quer 5 & y/inc.lce!mann  en  convient. 

“ Je  vais  pourtant,  dit  il,  hafarder  mes  niées, 
■quoiqu’elles  ne  me  fatisfaflent  pas  moi- même. 
La  fable  rapporte  que  ( Hygin.  A(iron.  c.  vin. 
p.  441-  inter  aiiciores  Mytegrapkos.  Ed.  Vemfia- 
veren.^  } Jupiter  n’ayant  pu  fléchir  Néméfis  , qui 
1 accabîoit  de  refus  , perfuada  à Vénus  de  fe  tranf- 
former  en  aigle.  Jupiter  prit  enfiiite  la  figure  d’un 
cygne  ; alors  Vénus  , fous  la  forme  de  l’aigle  , fe 
jeta  fur  lui.  Mais^  le  cygne  tâc’na  d’échapper  à 
l’aigle  , & fe  réfugia,  comme  dans  un  afyle  , dans 
le'fein  de  Néméfis , où  le  faux  cygne , c’efi-à-dire  , 
Jupiter  , fatisfit  fes  delîrs.  Néméfis  accoucha  en- 
fuite  d un  oeuf,  que_?'Iercure  jeta  dans  le  fein  de 
i-cda,  & d’eù  naquit  Hélène,  Dans  cette  fable. 


C Y G ,S3 

les  amours  de  Jupiter  & de  Léda  font  bien  diffé- 
rentes de  celles  que  I’o.t:  raconte  ordi.aairemest 
dans  rhiftoire  de  Jupiter  ; mais  il  fe  peut  faire  que 
i--s  Graveurs  *'étrufqucs  ayent  Luiii  ia  tradition 
que  je  viens  d’expoferi  du  moins  cette  figure  bi- 
zarement  compofée  y a q-uelque  rapport.  Hélène 
efi:  née  de  Jupiter  transformé  en  cigne  ; ce  que 
fignifiroit  ici  le  corps  du  cygne  : Mercure  la  lit 
éclore  de  i’œuf , & fur  none  pierre  il  paroît  ia 
modeler  & lui  donner  ia  forme  humaine.  :>» 

Cygne  ( on  voit  un  ) fur  les  médailles  de  Ca- 
miUrina  & de  Ciazomè.ne. 

CYGNES,  ou  CYGNES,  fils  de  Mars,  com- 
battit contre  Hercule  , qui  croit  monté  furie  che- 
val Arion,  & fut  vaincu.  Mars  fut  fi  courroucé 
contre  le  vainqueur  de  fon  fils,  qu’il  voulut  fe 
battre  avec  lui  ; mais  Jupiter  les  fépara  d’un  coup 
de  foudre  ( Hygin.  c.  31-). 

Cygnus  , ou  Cycnus  , fils  de  Neptune  & 
d’une  Néréide , regnoit  à Colones,  dans  la  Tro-ide, 
& étoit  allié  des  Troyens.  II  eut  deux  enfiins  de 
Procléa,  fille  de  Cytîus  , tk  fœur  de  Calétor  , 
qui  fut  tué  au  liège  de  J’roye  par  Ajax  i un  fds 
nommé  Ténés  , Se  une  fille  nommé  Hémichéa. 
Après  la  mort  de  leur  mère,  Cygnus  fe  remaria 
avec  Phüonotne,  fille  de  Craucafus.  Cette  Philo- 
nome  devint  amoureufe  de  Ténés,  fon  beau-fils  5 
mais  n’en  ayant  reçu  que  des  refus,  elle  l’accufa 
auprès  de  fon  mari  d’avoir  voulu  iiii  faire  violence, 
Sr  appuya  fa  calomnie  du  faux  témoignage  d’un 
joueur  de  flûte.  Cygnus  crut  fon  fds  coupable,  & 
le  fit  expofer  fu:  les  flots  de  la  mer,  enfer.mé  dans 
un  coffre  avec  Hémithea  , qui  ne  voulut  point  fe 
féparer  de  fon  frère  j ils  abordèrent  à Ténédos. 
Cygnus  ayant  reconnu  la  calomnie,  alla  dans  cette 
ifle  po  ur  faire  fatisfaciion  à fon  fils.  Il  attacha  fon 
vaiflêau  à un  arbre  ou  à un  rocher;  &,  avant 
d’ofer  prendre  terre  , il  prioit  fon  fils  d’ou- 
blier le  palfé  ; mais  Ténés,  pour  l’empêcher  de 
fortir  de  fa  barque  , coupa  les  cordes  avec  fa  ha- 
che , 8c  Cygnus  s’en  retourna  chez  lui. 

Neptune,  père  de  Cygnus  , l’avoit  rendu  invul- 
nérable. Achille  , qui  combattit  contre  lui  au 
fiége  de  Troie  , voyant  que  les  armes  ne  faifoient 
rien  fur  fon  ennemi , lui  ferra  la  gorge  & l’étouiFa  ; 
mais  dans  le  temps  où  il  fe  préparoit  à ie  dépouil- 
ler , Neptune  l’avoir  déjà  métamorphofé  en  cygne. 
Voyei  Tenés. 

Cygnus  , ou  Cycnus,  Roi  de  Ligurie,  fils 
de  Sthenélée.  Il  étoit  uni  par  ie  fang  à Phaëton  , 
du  côté  de  fa  mère  ; mais  plus  uni  encore  par  les 
iens  de  l’amitié.  Et  ayant  appris  la  mort  de  foa 
ami , il  abandonna  fes  États  pour  venir  ie  pleurer 
fur  les  bords  de  l’Eridan.  Là , il  foulageoit  fa  dou- 
, .sur  par  fes  chants,  jufcti’à  ce  qu’étant  devenu 
vieux,  les  Dieux  changèrent  en  plumes  fes  che- 
veux blancs,  & le  métamorphosèrent  en  cygne. 
Sous  cette  forme,  il  fe  fouvient  encore  de  la  fou- 
dre de  Jupiter  qui  a fait  périr  fon  ami  > il  n’ofe 

N n ij 


234  C y G 

prendre  fon  effor  j il  fs  contente  de  voler  près  de 
la  rerre,  & habite  réiémeriC  qui  ell  le  plus  con- 
traire au  feu. 

Cygnus  , ou  Cycnus  , fils  d’Hyriès.  Voyei 

r article  fuivanc. 

CYGNUS.  ce  II  y a eu , dit  M.  Rabaud  de  Saint- 
ERienne  , fix  Princes  Cygnus  ^ quatre  d’entre-eux 
ont  été  métamorpbofés  en  cygnes.  Je  m^arrête  un 
mornent  ici,  parce  que  i'y  trouve  une  preuve  de 
ce  que  j’ai  avancé  , qu’une  conîiellation  a fourni 
fouvent  à plufieurs  hilïoires.  La  raifqn  en  eft  que 
chaque  peuple  fit  la  fienne  ; que  pour  chaque  peu- 
ple , une  ou  plufieurs  confteîiaîions  furent  leurs 
premiers  Rois,  leurs  héros  , leurs  demi-dieux, 
leurs  protecteurs , auxquels  on  drelTa  des  autels. 
Cet  ufage  venoit  des  Égyptiens  qui , dans  chaque 
ville  & dans  chaque  tribu  , adoroient  l’animal 
célefte  ou  le  perfonnage  allégorique  , le  Décan 
qui  préfidoit  à cette  vilie  & à cette  tribu.  La  my- 
thologie grecque  n’eft  au  fond  que  la  mytholo- 
gie Egyptienne  tranfplanrée.  Les  Dieux  font  Egyp- 
tiens, & font  pris  dans  le  zodiaque  où  courent 
les  planètes.  Les  premiers  Rois  d’Egypte  & les 
premier-s  Rois  de  la  Grèce  font  dans  le  ciel  ; les 
Grecs  adoptèrent  fes  fables  , en  traduifanr  les 
noms  Égyptiens  en  leur  langue  ; & la  collection 
de  toutes  ces  hiltoires  a formé  la  mythologie.  On 
ne  doit  pas  être  furpris  fi  tant  de  perfonnages  pris 
fur  la  même  tapifferie , font  parens  les  mis  des  au- 
tres, & fi  chaque  peuple  ayant  fes  figures  allégo- 
riques dans  ces  temples , nous  avons  un  fi  grand 
nombre  d’hrftoires  toutes  femblables-  » 

ce  Quant  au  Cygnus  , parent  de  Pka'êton  , qui 
mourut  de  chagrin  en  voyant  la  chute  déplorable 
du  cocker  ; comme  le  cocher  to.mbe  dans  ÏEridan  , 
& que  le  Pô  avoir  ce  nom  , on  dit  que  Cygnus 
avoir  régné  en  Lombardie , pays  arrofé  par  VÉri- 
dan.  Un  autre  Cygnus  , fils  de.  Mars  , eut  le  mal- 
heur d’avoir  à combattre  contre  Hercule.  Le 
héros,  monté  fur  le  cheval  Arion , fils  de  Nep- 
tune , en  detnnt  aifément  vainqueur.  Cette  fable 
eil  tirée  dli  voifinage  d^  ces  trois  confiellations 
boréales  , le  cygne  , le  petit  cheval , & Hercule 
agenouillé , armé  de  fa  maffue,  & couvert  de  fa 
peau  de  lion.  =5 

cc  II  y eut  un  autre  Cygnus  qui  combattit  avec 
beaucoup  de  valeur  contre  Achille , lors  de  la 
guerre  de  Troye.  Il  étoit  invulnérable  : en  vain 
Achille  l’accable  de  fes  dards  ; ils  ne  font  que  l’ef- 
fleurer. Enfin  le  héros  le  jette  par  terre  ; il  lui 
preffe  le  cop  de  fes  genoux  robuftes,  &:  l’é touffe. 
Achille  alloit  Je  dépouiller,  mais  il  ne  trouva  que 
des  armes  vuides , & Cygnus  s’envola  métamor- 
phofé  en  cygne.  Celui-ci  étoit  fils  d’Apollon.  » 

ce  Que  dirai-je  de  celui  qui  régnoit  en  TheiTalie  , 
dans  le  beau  vallon  de  Tempe  , fur  les  bords  du 
lac  Hynes  ? Hyries  etoit  fon  pere.  Cygnus , jeune 
homme  valeureux  , avoir  dompté  its  oi féaux , un 
lion  *urîêux,  un  taureau  farouche,  il  denrande  | 


C Y L 

une  récompenfe:  on  la  lui  refufe  il  Ce  ptéciuhe 
dans  la  mer  , Sz  i!  cil  changé  en  cygne.  Lft  ce  par 
hafard  que  cette  fable  s’accorde  avec  l’hlitoire  du 
ciel , où  le  cy^ne  , en  fe  levant , fait  difpatoîtse 
faccer.ivement  le  taureau  , le  lion  , le  vautour  & 
V aigle  , 6c  finit  par  fe  précipiter  lui- même  dans  la 
mer  ? jd 

CYLINDRE.  Fime,  décrivant  une  pierre  pré- 
cieufe  que  l’on  avoir  coutume  de  p-rifer  pour  fa 
longueur,  dit  que  pour  cette  raifon  les  Anifies 
aimcient  mieux  la  Cailler  en  cylindre , que  fous 
la  forme  ordinaire  des  pierres  gravées  ( 37.  r. 
On  trouve  encore  plufieurs  de  ces  cyll  -.drc's  dans 
les  cblieétions  de  pierres  antiques  ; mais  la  plu- 
part ont  été  gravés  par  les  anciens  Perfes.  Pour- 
quoi afFe6ioien:-i;s  cet.e  ferme  particulière  ? . 

CYLINDUS,  fils  de  Phrixus  b:  de  Calciops. 
Voye^  Calcigpe. 

CYLLAB.4RLS,  amant  de  la  femme  de  Dio- 
mède. La  fable  dit  que  Vénus , pour  fe  venger  de 
ce  que  Diomède  avoir  ofé  I attaquer  S-r  la  b’éffer 
à la  main  , infpira  à fa  fem'me  ce  l’amour  pour 
Cyllabarus  , jeune  Argien;  enforte  que  , pendant 
que  Diomède  coinbattoft  au  fiége  de  Troye,  fa 
femme  lui  étoit  inSdelle  à Argos.  On  dit  que  Cyt- 
labarus  croit  fi  puiflant , que  Diomède  n’ofa  pas 
revenir  chez  lui , & s’alla  établir  ailleurs.  Voye:^ 
Diomède.  ( Servîus  in  Virgil.  ). 

CYLLARE,  étoit  le  plus  beau  des  Centaures, 
8r  mari  d’Hylonome , la  plus  belle  des  femelles 
de  cette  efpèce.  Cylhire  fut  tué  dans  le  combat 
des  Lapithes  contre  les  Cenraures  ; & Hylonome 
fe  tua  de  défefpoir  du  même  trait  qui  avoir  percé 
fon  mari.  Ovide  ( lAetam.  liv.  la-  )-  fait  une  def- 
cription  très-agréable  de  leur  beauté  & de  leurs 
amours. 

Cyllarus  fur  aufîî  un  cheval  de  Pollux,  cé- 
lèbre dans  l’antiquité. 

CYLLENE  , mont  d’Arcadie , qui  prit  Ion 
nom  de  Cylléne , fille  d’Élarus  , Roi  d’Arcadie. 
D’autres  , au  contraire  , veulent  que  ce  fût  de  la 
montagne  Cylléne  que  cette  Princeffe  , prodige 
d’efprit  Ik  de  beauté,  prit  fon  nom.  Quoi  qu’il 
en  foit,  cette  montagne  eft  fameufe  chez  les 
Poètes,  parce  que  ce  fur-là  que  Mercure  fut  conçu 
de  Jupiter  & de  Maia.  C’eft  pour  cela  qu’ils  l’ap- 
pellent fi  fouvent  Cyîlénien  , Cyllenius.  Hornius 
( Hijl.  Philol.  L I.  c.  7.  ) ne  croit  pas  cependant 
que  cette  épithète  de  Mercure  vienne  de-là.  II  la 
dérive  du  mot  hébreu  chelil  ^ qui  fignifie  parfait. 

CYMBALA.  1 

CYMB.4LES.  fCet  inftrument  de  mufique 

CYMB  aLUM.  Ceft  défigné  plus  fouvent  par 

KY.VBAA02.  5 

le  plur'e!  cymbale  , que  par  le  fingulier  cymbalum  ; 
ce  qui  le  fait  diftinguer  du  tympanum  , notre  tam- 
bour de  bafque.  D’ailleurs,  la  matière  des  prêt 


C Y M 

jr.ières  étoit  rairain  ; & des  peaux  d’arumaux  fôr- 
moienr  le  fécond , comtr.e  on  le  voit  dans  ce  vers 
de  Stace  ( Tktbaid.  8.  221.  ) : 

. . i . i Gemina  ara  fonant , Idaaque  tergai 

Il  eft  plus  aifé  de  confondre  les  cymbala  avec 
les  crotales  ou  caftagnettes.  C’eft  pourquoi  j ai 
décrit  avec  foin  les  différentes  efpèces  de  cafia- 
gnettcs  à leur  article  générai,  auquel  je  renvoie  le 
Ledleur.  J’infifterai  feulement  ici  fur  la  différence 
qui  étoit  entre  leurs  formes  & celle  des  cymbales 
que  je  vais  dérerminer. 

• Les  cymbales  étoieiit  rondes , concaves  , & 
reffcmbloient  à des  efpcces  de  coupes  ; de- là  vmt 
qu’on  appela  cymbale  un  baSin  , un  vafe-à-boire  , 
un  cafque  même  , Sec.  ( CutulL  zxiu.  29.  ) : 

Leve  tympanum  remugit , cava  cymbala  recrepant. 
Et  Properce  ( 6.  ) : 

Q_ua  numcrofa  fides  , qaaaue  £.ra  rotunda  Cybcles. 

La  forme  ronde  & demi  - fphérique  des  deux 
cymbales  eft  encore  ir.ieux  annoncée  par  leur  com- 
paraifoH  avec  la  feuille  de  la  plante  appelée  coty- 
lédon , ou  nombril  de  Vénus  ( Scribon.  larg.  comp. 
J).  ).  T outes  ces  autorités  prouvent  que  les  cym- 
bales des  anciens  étoient  de  la  même  forme  que 
les  cymb..les  àcs  muuques  militaires  modernes. 

Les  différentes  manières  de  tenir  les  cymbales  , 
les  partagent  en  trois  cfpcces.  i".  On  voit  fur  les 
monurnens  antiques  des  cymbales  , à la  convexité 
defquelles  eft  fixée  une  pointe  ou  un  mar.che  droit, 
que  le  joueur  eitiDoigncit , afin  de  pouvoir  rrapper 
une  cymbale  contre  l'autre.  Cette  première  efpèce 
a pu  facilement  être  confondue  dans  1 explication 
des  monurnens,  avec  le  bonnet  des  Flamines,  ap- 
pelé apex  ( V oyez  ce  afot  ) à cauie  de  la  reiTem- 
blance  de  leurs  formes.  1^.  Une  petite  anfe  ou  un 
petit  anneau  fixé  fur  la  convexité  des  cymbahs  , 
fervoit  à les  tenir  , en  y paffant  le  pouce  de  cha- 
que main.  3“.  Quelques  cymbales  avoient  un  man- 
che fixé  à leu:  convexité  , par  le  moj’en  duquel 
on  les  faifoit  retentir  en  les  frappant  l’iine  fur 
l’autre.  L’addition  du  manche  faifoit  reflembler 
ces  cymbales  à des  bouteilics  plâtres,  pkîàU  par-  ' 
vijp.méL , comme  les  appelle  Raban  Maure  ( Com.-_^ 
ment,  in  Judith.',,  & à des  cuides,  coxendicibus  , 
comme  les  appelle  Pline  ( Ub.  aj.  c.  vit.  >. 

L’ufage  des  cymbales  dont  il  eid  parlé  le  plus 
fouvent  dans  les  anciens  Écrivains  , étoit  cdui 
qu’on  en  faifoit  dans  les  myftcres  de  Cybde  & 
dans  les  Bacchanales.  Tite-I.ive  ( lib.  30.”  8.  ) dit 
même  expreiiémert  que  les  Romains  ne  connurent 
les  cymbales  cu'avsc  les  mvftères  facrés  dont  les 
Etrufques  apportèrent  à Rome  La  connùifTance. 
Ce  fage  Hiftorien  ajoute  que  le  motif  pour  lequel 
on  faifoit  dans  les  orgies  rcligieufes  un  û grand 


C Y M 2g5 

bruit  avec  les  cymbales  & les  tambours  de  bafque , 
étoit  d’empêcher  qu’on  n’entendu  les  cris  & les 
plaintes  de  ceux  que  l’on  afTaîrmoit,  ou  à qui  l’on 
faifoit  violence  ; Occulebat  vim  , quhd  prs,  ulula- 
tibus  tympatwrum  3 & cymbalorum  [irepitu  nulla  vox 
quiritantium  inter  ftupra  Ô ctides  exaudiri  poterat. 
Properce , .qui  n’ell  pas  aufïi  véridique  que  Tite- 
Live , dit  que  Bacchus  apporta  les  cymbales  en 
Italie  C iil.  16.  I.  ) : 

Ilic  uhi  mortales  dextra  cîtm  qu&reret  urhes  , 
Cymbala  Thebar.o  conerepuere  deo. 

Nous  avons  va  plus  haut  Frcperce- appeler  les 
cymibales  ,'  &ra  rotunda  Cybeles  , parce  qu’on  fai-' 
foir  honneur  de  leur  invention  à cette  Décffe. 
De-i.à  vint  qu’on  la  repréfenta  fouvent  fur  les 
monumens  avec  des  cymbales  auprès  d'elle , comme 
fon  attribut  diitindif.  Au  relie  , fans  chercher 
quel  en  fut  l’inventeur , nous  dirons  que  les  peu- 
ples che2  qui  on  célébroic  de  route  antiquité  les 
myftcres  facrés  , furent  les  plus  habiles  joueurs  de 
cymbales  : tels  furent  les  habitans  du  Mont-Ida 
en  Crète  , les  Corybantes  &:  les  Curètes,  habi- 
tans  de  la  même  ifîe,  les  Telchîniens,  peuple  de 
Rhodes  , & les  Samothraces  en  particulier. 

L’horreur  qü’infpiroit  à Rome  aux  gens  fages 
la  licence  des  Bacchanales,  s’étendit  jufqu’aux  inf- 
trumens  qui  retentiffoient  dans  ces  orgies.  Cicé- 
ron reproche  à Pifon  ( 71°.  2q  6’ 22.  } i’idage  des 
cymbales , qu’on  ne  voyoit  hors  des  fêtes  reli- 
gieufes  que  dans  ies  mains  des  hommes  mous  & 
efféminés. 

CYMBIUM , coupe  qui  refTemoloit  à un  na- 
vire, cymoA,  dit  Fellus. 

CYMIE  , en  Æolie.  KTMAiiîN  & kym.aioic. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font: 

RR.  en  argent. 

C.  en -bronze. 

O.  en  or. 

Leurs  types  ordinaires  font: 

Un  cheval  entier  ou  à mi-corps. 

Un  vafe  à anfe. 

Cette  ville  a fait  frapper,  fous  l’aotorité  de  fes 
Préteurs , des  médailles  grecques  en  l’honneur 
d’Antonin,  de  Commode  , de  Maxime,  de  Gor- 
dien Pie,  de  Tranquüline  , de  Valérien,  de  Gaî- 
iien , de  Salonine , de  Sabine  , de  Néron  , de 
Sévère,  d’Alex.-Sévère. 

CY  MO  DOGE,  une  des  Nymphes  que  Virgile 
donne  pour  compagnes  à Cyrene  , mère  d’Ariftée. 

Le  nom  de  cette  Nymphe  de  la  mer,  ainfi  que 
ceux  des  trois  fuivantes  , a pour  racine  le  mot 
qui,  en  grec,  défigne  Vonde. 

CYMODOCEE  , une  des  Nvmphes  qui  durent 
îeurnaiffance  à Cjibèle,  lorfqu’ei'e  transforma  ies 
vaiUeaux  d’Énée  en  Nymphes  de  ia  mer  : c eit  «Us 


C Y M 

çiui,  corame  la  pl^s  éloquente  j alla  apprendre  â 
Énée  le  fort  de  fes  vaiffeaux^  & leur  inetamor- 
phofe  ( Æneid.  lib.  lO.  ). 

CYMOPOLÎE  J fille  de  Neptune  , époufa 
Briirée  J ie  fameux  géant  à cent  !5ras. 

CYMOTHOÉ;,  une  des  Néréides  qui  fe  mon- 
tra favorable  aux  froyens,  & les  aida  à fe  fauver 
de  la  tempête  que  Junon  avoir  excitée  contre- 
eux  (Æ/zei'd.  lib.  i.). 

CYNIQUES.  Pour  leur  originCj  voye^  Cy:<c- 

SARSE. 

Winkeirnann  ( Hifi.  de  U Art.  l.  IV.  ch.  J.  c.  c.') 
dit  du  manteau  double:  « Quand  il  eft  queftion 
d'an  manteau  plié  en  double,  il  fiîut  entendre 
fans  doute  ie  double  dra.p  des  cyniques  ( Horat. 
l.  I.  ep.  17.  V,  2>-.  ).  Il  efi  vrai  pourtant  que  la 
itatue  d'un  Fhilofophe  de  cette  fedte  , de  gran- 
deur naturelle,  qui  eft  à la  villa  Albani,  n'a  pas 
îe  manteau  plié  de  cette  manière-  Cette  figure  elt 
remarquable  par  une  grande  beface,  faite  comme 
une  gibecière  de  chafleur,  qui  défcend  de  l’épaule 
droite  fur  le  côté  gauche,  par  un  bâton  noueux 
& par  des  rouleaux  d'écrits  à fes  pieds.  Cepen- 
dant, comme  les  cyniques  ne  portoient  point  de 
tuniques,  ils  avoieur  plus  befoin  que  d'autres  de 
doubler  leur  manteau  : ce  qui  me  paroît  aufil  plus 
concevable  que  tout  ce  qu'ont  écrit  là-deii'us  les 
Saumaifes  & les  autres  Commentateurs.  Le  mot 
double  ne  peut  pas  non  plus  s'entendre  de  la  ma- 
nière de  jeter  le  manteau  , comme  le  prétendent 
les  favans  ; car  à la  ilatue  de  notre  cynique , le  jft 
du  manteau  ne  diffère  pas  de  celui  de  la  plupart 
des  figures  ajullées  de  ce  vêtement.  » Voyesq 
Diogène. 

CYInISÉA  , fille  d’Ârchifane  , ayant  remparté 
le  prix  aux  jeux  olympiques,  fut  mife  au  nombre 
des  Héroïnes  de  îa  Grèce  5 & , après  fa  mort  , on 
lui  éleva  des  monumens  héroïques  à Oîympie 
{ Paufùn.  V.). 

ÇYNNONESÜS , dans  la  Lybie. 

Golîzius  féal  a attribué  des  médailles  impé- 
riales grecques  à cette  ville. 

CYNNOR.  Koyc^  Myrrha. 

CYNOCEPHALE  , efpèce  de  linge  à longue 
queue,  que  les  Egyptiens  nourrifibient  dans  les 
temples , pour  connoitre  le  temps  de  la  conjonc- 
tion du  io  eil  & de  la  lune;  car  on  prétendoit 
que  dans  cette  circonilance,  le  cynocéphale  ^ privé 
de  la  faculté  de  voir,  refufoit  toute  forte  de  nour- 
riture , & ferrl'loit  s afdîger  de  l’enlèvement  de 
la  lune.  C'eil  Horus  Apoilo  qui,  ( lib.  i.  c.  14.  ) 
rapporte  ce  fait.  Lorfque  les  Égyptiens  , dit-sj 
ailleurs  (c.  ly.),  veulent  exprimer  l'idée  de  la 
îiouvelie  lUne,  ils  reprefentent  un  cyrtocévhale  de- 
bout, la  îete  ornée  d un  uiade.ne,  levant  les  mains 
au  ciel , adreilant  les  prières  à h Déelïe,  dans  l’eC- 


C Y N 

[ pérance  de  recouvrer  i’ufage  de  U vue  dès-qu’el!e 
pourra  fe  dégager  des  rayons  du  foleü. 

Un  témoignage  auflï  précis  s’applique  au  fujet 
repréfenté  fur  une  pierre  gravée  , publiée  parie 
Comte  de  Cayius  ( Rec.  i.  33.  ).  Le  cynocéphale  y 
paroit  dans  la  pofture  de  fuppliaHt  devant  une 
tète  de  Divinité  j & pour  le  mieux  caraclérifer  , 
on  a mis  le  difque  de  la  lune  au-deiTus  du  diademe 
dont  la  tête  eft  ornée.  L'Artifte  a donc  voulu  dé- 
figner  ici  l'irdhnt  où  cette  planète  fe  débarraffe 
de  la  lumdère  du  foleil. 

On  donnoit  le  furnom  de  cynocéphale  à Anub's 
& à Mercure. 

On  ne  fait  fi  dans  les  anciens  monumens  le  cy- 
nocéphale elt  .4nubis  ou  Mercure,  ou  fimplemcnc 
ie  fymboie  de  l’un  ou  de  l’autre.  Ceux  qui  préten- 
dent que  c’eil  Anubis  lui-niènie,  difent  qu’on  le 
repr ifentoit  avec  une  tête  de  chien,  St  que  c’eft 
I pour  cela  que  Virgile  {Æneid.  l.  vm  v.  6^8.  ) 
l’appelle  Latrator , aboyeur.  Ceux  qui  veulent  que 
ce  feit  Mercure , difent  que  ie  chien  lui  étoit 
confacré  j Sc  Strabon  alTure  que  le  Dieu  Cy- 
noccpkale  ctoit  adoré  chez  les  Hermopoli  ains. 
Ce  qu’il  y a de  certain,  c’eil  que  i’Anubis  des 
Egyptiens  étoit  le  Mercure  des  Grecs  & des  Ro- 
mains. Eoyc^  Arüeis  ci-deiLus  , & Vofllus  ( De 
IdoloEl.  I.  c.  27.  ). 

Le  cynocéphale  étoit  une  efpèce  de  finge  , plus 
grande,  plus  farouche  que  les  linges  ordinaires,  ic 
qui  avoir  la  tête  plus  auprcchinte  du  chien,  comme 
Arilîote  la  dit  au  l.  il.  de  l'liifé.  des  Ainim.  c.  8. 
Les  Italiens  i’appelient  babuino  ; les  François  ba- 
bouin , & les  flamands  iaviaen.  Un  cynocéphale 
aiîls  étoit  chez  les  Egyptiens  l’hiéroglyphe  des 
deux  équinoxes  , parce  qu’en  croyoit  qu’il  ren- 
doit  fon  urine  douze  fois  la  nuit  par  intervaâ-'es 
égaux  ; ce  qui  avoir  donné  iieu  , difoit-on,  à la 
divifion  des  heures. 

Dans  le  cabinet  de  Ste  Geneviève  on  voit  un 
•.y  -.océphale  Egyptien  de  porcelaine  bleue  , de 
quatre  pouces  de  hauteur,  li  elt  aills  & appuyé 
lur  les  ceiffes  de  deirière,  fur  fes  mains  & fes  bras 
ui  fe.nt  couvers  en  partie  par  un  vafte  chaperon 
ont  il  eîl  attablé.  Une  figure  de  femme  Eayp' 
tienne  afîlfe  , de  granit  noiiâtre  , & confervée 
dans  le  cabinet  de  RoLuidi  à Rome  ( Hifl.  de  V Art , 
Lv.  il.  chap.  I,  F.  a a.  ) , tient  devant  fa  poitrine 
un  cynocéphale  aiCs  dans  une  calTette  entourée 
de  quatre  rangs  d’hiéroglyphes  , difpofcs  en  co- 
lonne. 

Cynocéphale  a anflî  été  un  nom  de  peuples 
fabuleux  de  i’Ir.de.  Pline  C l.  vu.  ç,  2-),  Auiii- 
GeÜe  ( L ix.  c.  4.  ) & Soiin  ( c.  52.),  difent  , 
d’après  Mégafthène  , que  dans  plufieurs  monta- 
gnes de  l’ir.de  S:  de  l’Échiopie.  il  y a des  nations 
qui  ont  la  tête  d’un  chien  ; S.  Augufiin  le  dit  auSi. 
Ils  ajoutent  qu’ils  aboyoient  comme  des  chiens, 
qu’ils  étoient  farouches  , & que  leur  moi^fiire 
étoit  dangereufe  ; mais  les  relations  de  tous_  les 
modernes  n’en  font  aucune  mention  : c’étoient 


C Y N 

peut-êrrs  des  peuples  qui  ne  vi voient  que  ce  ta. 
chsiîe.  Voilà  ce  qui  donna  occafion  à cette  fable. 
Peut-être  auffi  fe  noiirrüToient  - ils  de  chiens  ^ 
comme  ks  habirans  des  ifles  de  la  mer  du  Sud  : 
ce  qui  leur  en  fit  attribuer  les  inclinations. 

CYNOPHONTES,  nom  moderne  donné  par 
Ehodiginus  à une  fête  qu’on  céiébroit  à Argos 
aux  jours  caniculaires , durant  laquelle  on  tuoit 
tous  les  chiens  que  Ton  rencontroit  ( Athen.  Deip- 
nofoph.  lib.  3.  ).  Son  nom  exprime  en  grec  la  mort 
des  chiens-  Les  Romains  empruntèrent  ce  rit  des 
Grecs.  Voye^  Canicule. 

CYN OPOLIS  J en  Égypte.  KTNOn. 

_ Cette  Ville  a fait  frapper  des  médailles  Impé- 
riales grecques  en  l’honneur  d’Hadrien. 

CYNOSARGE  J chien  blanc.  II  7 avoit  au  Midi 
d vithenes , hors  des  murs  de  cette  ville , non  loin 
du  Lycee_,  un  lieu  un  peu  élevé  dans  le  voifinage 
d un  petit  bois.  Ce  lieu  s’appeloir  cynofarge.  La 
Juperftition  d un  citoyen  alarmé  de  ce  qu’un  chien 
blanc  sétoit  emparé  des  viandes  qu'il  offroit  à 
fes  Dieux  domeîtiques  , & les  avoit  portées  dans 
cet  enoroir^j  y avoit  élevé  un  temple  à Kercuie^ 
par  le  conieil  q un  Oracle  interrogé  fur  ce  pro- 
nige.  On  facrifioit  auilî  dans  ce  temple  à Hébé , à 
Alcmène  & à lolas. 

Il  y avoit  aux  environs  un  gymnafe  uarticnlier 
pour  les  etrangers  & pour  les  enfiins  illégitimes. 
Gn^  donnoic  ce  nom  dans  Athènes  à ceux  qui 
etoient  nés  d’un  père  Athénien  Se  d’une  mère 
étrangère.  C etoit-là  qu’on  accordok  aux  efclaves 
ialioercéj  & que  des  juges  examinoient  & déci- 
Coîent  .es  conreftations  occafionnées  entre  les  ci- 
toyens par  des  naiiTances  fufpeéles  ; & ce  fut  aufil 
o.tns  ce  lie^u  qu  Anriitnènej  fondateur  de  la  feéle 
cynique  s établit  & donna  fes  premières  leçons. 

n prétend  que  fes  oiiciples  en  furent  appelés 
cyniques,  nom  qui  leur  fut  confirmé  dans  la 'fuite 
par  la  fingularité  de  leurs  mœurs^  de  leurs  fenti-  | 
mens  j & par  la  hardieffe  de  leurs  aéiions  & de 
leurs  difcours. 

CYNOSARGÉS  , furnom  donné  à Hercule. 
Ln  citoyen  d’Athènes,  nommé  Diomus  . vou- 
lantoftrirun  facrifice  à ce  demi -Dieu,  un  chien 
b.anc  faifit  la  v:éî!me  & l’emporta.  Diomus . fur- 
pris  . entend  une  voix  qui  lui  ordonnoit  d’élever 
un  autel  dans  I endroit  où  le  chien  s’étoit  arrêté  ; 
ce  qu  il  exécuta  . & il  donna  à Hercule  le  nom  de 
Lynojarges  . en  grec  chien  blanc. 


CYNTHÎUS , 
CYNTBIA , 
CYiNTHIEN . 


l^fj 


C Y O 

furnom  df-Apollon  & fis 

pris  de  la  montagné  deCynthus.  fituée 
au  milieu  de  rifle  de  Déios . où  ces  Divinités 


etoient  nees. 


CYON  . en  Carie,  kyitûn. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font: 
RRRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Cette  ville  a fait  frapper  une  médaille  Impé- 
riale grecque  en  Thonneur  de  Julia  Domna.  . . . 
Pellerin. 


CYPARISSA , dans  lePéloponncfe.  kyhapicv 
CIEQN. 


Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  Impé- 
riales grecques  en  l’honneur  de  Domna  , de  Cara- 
calla.  de  Geta.  de  Sept  -Sévère. 

CYPARISSE . jeune  homme  de  l’ifîe  de  Cos, 
favori  d Apollon:  il  avoir  un  cerf  apprivoifé  qu'il 
aimoit  beaucoup  . & qu’il  prenoit  foin  de  nourrir 
lui-même  > mais  l’ayant  tué  par  mégarde , il  err 
fut  inconfolable  , & pria  les  Dieux  de  lui  ôter  la 
yie._ Les  larmes  qu’il  répandoit  en  abondance, 
épuisèrent  à la  fin  tout  fon  fang.  & Apollon  le 
changea  en  cyprès  , afin  qu’il  fut  toujours  le  com- 
pagnon des  pcrfonnes  amigées. 


, CYP..4iî/55i75 , en  Phocide.  KYH. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RRRR.  en  bronze Pellerin. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

CYPHI , mot  arabe  . qui  figaifie  une  efpèce 
de  parfum  fortifiant. 

Mithridate  donna  ce  nom  à des  trochifques 
aont  les  Fretres  d Egypte  parfumoient  ancienne-- 
ment  leurs  dieux  pour  en  obtenir  ce  qu’ils  leur  de- 
mandoienr.  Il  les  fit  auffi  entrer  dans  la.  compo- 
fition  du  Mithridat . parce  qu'ils  font  exceliens 
contre  les  venins  . contre  la  pefte . centre  l.*s 
maladies  froides  du  cerveau.  & contre  les  fiuxions 
fur  la  poitrine.  Ils  font  compofés  de  raifins  fecs 
de  térébenthine  . de  myrrhe . de  feoenanthe  . de 
capelle  . de  canne  odorante . de  hidlium  / de 
fpic-nard  . de  caffia  lignea  . de  fouchet.  de  grains 
de  genievre  . d’afpalath  & de  fafraaj  à quoi  on 
ajoure  du  miel  bc  un  peu  de  vin  pour  en  former 
une  maflè. 


CVISOoLnE  bymphe  du  Mont-Ida . fut  une 
des  noiirnces  de  Jupner,  qui . pour  la  récom- 
pe.,fer  . la  traïuporta  dans  le  ciel , dit  Hygin  . & 
la  piaça  vers  le  r^ole.  Cynofure  fignifie  en  grec  la 


CÏPHOlNISMr..  Le  cyphonifme  eilvn  rupp]}cc 
des  Anciens  . auquel  les  premiers  Martyrs  ont 
ete  frequernment  expofés.  II  confilloit  à erra 
Jotîc  de  miel  & expofé  au  folei!  à la  piquûre 
des  mouches  & des  guêpes.  Cela  fe  faifoit  de 
trois  maniérés  ; ou  l’on  attachoit  fimplement  le 
pauent  a un  poîe.ru . ou  on  ie  fufpendolVe.n 


288  C Y P ^ 

Tair  dans  un  pannier , ou  on  I étendoit  à terre , 
les  mains  liées  derrière  le  dos.  _ 

Ce  mot  vient  du  grec  ; on  le  fait  dériver  de^ 
J qui  fignifie  le  poteau  ou  pieu  auquel  ori 
attachoit  le  patient , ou  le  carreau  qu  on  lui  met- 
toit  au  COU;,  ou  un  inllrument  dont  on  fe  ler- 
voit  pour  le  tourmenter.' Le  Sçhoiialle  d Arilto- 
phane  dit  que  c'étoit  une  eïpèce  de  cage  de  bois 
ainfi  appelée  de  , courber , parce  eüe 

tenoit  le  patient  qu"on  y renfermoit  in- 
cliné ou  courbé;  D’autres  entendent  par 
un  morceau  de  bois  qu’on  plaçoit  difent-ils , 
fur  la  tête  du  patient , pour  l’empêcher  de  fe 
tenir  droit.  Héfîchius  décrit  le  xlnpay  comme  une 
pièce  de  bois  fur  laquelle  on  tenoir  les  criminels 
étendus  pour  les  tourmenter.  11  ell  affez  vrai- 
femblable  que  toutes  ces  acceptions  diiTérentes 
convenoient  à ce  mot , & qu’il  défignoit  un 
genre  dont  nous  avons  détaillé  les  efpeces.  ^ 

Nous  trouvons  dans  Suidas  un  fragment  d une 
ancienne  loi  qui  condamnoit  au  cypkortijl-.e  pen- 
dant vingt  jours  , & à être  enluite  précipites  du 
haut  d’un  rocher,  en  habit  de  femmes,  ceux 
qui  traitoient  les  loit  avec  mépris  ( Article  de 
V anc.  Encyclop.  ), 

CyPRA  , nom  de  Junon  chez  les  Etrufques , 
le  même  que  Cupra.  Voyez  ce  mot. 

CyPRES  , arbre  qui  étoit  le  fymboîe  de  latrif- 
telfe  , parce  qu’une  fois  coupé , il  ns  re.nait 
plus  3 ou  parce  que  fes  branches  , dépouillées  de 
feuilles  , n’oni  rien  que  de  lugubre  : aulTi  le  plan- 
toit  on  ordinairement  auprès  des  tombeaux , 6e 
le  confacroit  - on  à Pluton , Dieu  des  Morts. 
Yarron  croit  qu  il  paflè  pour  un  arbre  funelle 
ou  funèbre  ( ce  qui  eft  la  même  chofe  ) , à caufe 
de  fon  odeur  , que  l’on  jugeoit  propre  à corri- 
ger celle  des  cadavres.  Veye^  Cyparisse,  pour 
connoître  fon  origine  mythologique. 

Cyprès  d’Orienc,  à feuilles  aiguës,  difpofées 
en  écailles  , & à rameaux  horizontaux. 

L’excellente  qualité  du  bois  de  ce  cyprès  a 
engagé  les  Candicts  à en  faire  de  grandes  plan- 
tations , qu’on  appelle  dos  filis. , tant  elles  font 
de  bon  rapport.  En  enét , cet  arbre , qui  croît 
au  fi!  vite  pour  le  moins  que  le  chêne  , devient 
prefqu’aufii  gros  êc  plus  haut.  Son  bois  eft  très- 
dur,  très-odorant,  inaccelTible  aux  infeéles.  Il 
prend  un  beau  poli  Se  une  couleur  agréable. 
Selon  Thucidids  , on  l’employcit  pour  les  far- 
cophages  des  héros  , & pour  les  caiifes  où  l’on 
enfermoit  les  momies  d’Egypte.  Les  portes  de 
S.  Pierre  à Rome  étoient  aulîi  faites  de  ce  bois  : 
elles  ont  duré  depuis  Conftantin-le-Grand  jufqu’au 
Pape  Eugène  IV  , ceft-à-dire  onze  cens  ans,  & 
tourefois  elles  étoient  encore  parfiiterr.ent  faines  , 
lorfque  ce  Pape  y fubditua  des  portes  d’aîrain. 
Cet  arbre  abonnît  1 air  par  fon  infenfiole  tranfpi- 
ration.  Les  Médecins  Orientaux  envoyoient  les 
poitrinaires  refpirer  dans  l’iile  de  Crête',  aujour- 


C Y P 


d’hiii  Candie,  0.1  ces  arbres  ont  toujours  prof- 
péré. 

Hyppocratc  fit  faire  , autour  d’Athènes  , des 
feux  de  cyprès  & d’autres  bois  icfîneux,  pour 
arrêier  les  progrès  de  la  pelle  , fi  bien  décrite 
par  Lucrèce  ; 6c  le  fuccès  répondit  à fon  attente. 


CYPRl^"^^  } fuinom  de  Vénus.  Il  lui  fqt 

donné  à caufe  de  Fiüe  de  Cypre,  près  de  laquelle 
cette  Déefie  prit  naiffa'ice  dans  l’tcume  de  la  mer, 
ou  par-ce  que  cette  ille  lui  étoit  confacrée. 

CYPROS  , mefure  de  l’Ane  & de  l’Egypte. 
Foyei  MeTRÉTÈS. 

CZERZ/A,  plante.  Foyej  Ai  canna. 

CYPSELUS,  Tyran  de  Corinthe , fils  de  Labda. 
Pour  connoître  fon  hiftoire  mythologique , voye^j^ 
Labda. 

Le  cofife  dans  lequel  fa  mère  le  cacha  pour 
le  foiiftraire  à la  fureur  des  afiaffins , étant  un 


des  plus  anciens  monumens  de  fculpture  grecque 
dont  les  Écrivains  anciens  nous  ayent  laifie  la 
defcription  , doit  trouver  place.- dans  un  Dickion- 
naire  d’AntiquiréS-  ( Paufanias  traduit  par  t At-bé 
Gédoyn  ^ liv.  r.  ). 

« Une  des  rare&és  les  plus  confidérables  du 
temple,  c’eft  un  grand  Corne  de  bois  de  cèdre, 
dont  le  delTus  eft  orné  de  figures  d’animaux, 
les  unes  d’or  , les  autres  d’ivoire  , & les 
autres  gravées  fur  le  cèdre  même.  Cn  dit  que  la 
mère  de  Cypfélus  étant  accouchée  de  lui , Sc 
fachant  que  les  Bachiades  cherchoient  cet  enfant 
pour  le  faire  périr , s’avifa  de  le  cache?  dans 
ce  coffre.  C’eft  le  même  Cypfélus , qui , depuis, 
fur  le  Tyran  dt  Corinthe.  Les  Cypféhdss , fes  def- 
cendans,  confacrèrent  ce  coffre  à Junon  Clym- 
pienne  , en  aêiion  de  grâces  de  ce  que  l’Auteur  de 
leur  nom  ayoit  été  fi  heureufement  fauve.  Le 
nom  même  de  Cypfélus  vient  du  mot  grec 
, area  , dont  les  Corinthiens  fe  fervoient 
pour  fignifier  un  coffre  ». 

“ Quoi  qu’il  en  foit  , il  y a fur  ce  coffre  plu- 
fieurs  inferiptions  en  caradteres  fort  anciens  : 
les  unes  font  compofées  de  lignes  qui  vont  tou- 
jours de  gauche  à droite  , félon  l’ordre  naturel 
& communément  fuivi  ; les  autres  , de  lignes 
qui  vont  en  rétrogradant  , comme  par  filions , 
à la  manière  dont  les  bœufs  labourent  la  terre  : 
c’eft  ce  que  les  Grecs  appellent  jis^rt fùfrA'cy 
dont  nous  voyons  que  le  ftade  fe  double  a la 
courfe  ; quelques-  unes  même  font  écrites  en 
lettres  dont  les  traits  font  fi  brouillés  & fi  con- 
fus , qu’il  n’eft  pas  poffible  de  les  déchiffrer.  Si 
vous  confidérez  ce  coffre  depuis  le  bas  jufqu  en 


haut , vous  ferez  furpris  de  la  quantité  de  hgures 
que  l'on  a gravées  deffiis.  » 

cc  Premièrement , en  bas  , fur  le  devant , vous 
voyez  (Enomaiis  qui  pourfuic  Pélops  fuyant  avec 
Hippodamie.  'Us  ont  chacun  un  char  auele  de 

deux 


CYP 

deus  clievaux  ; mais  les  chevaux  de  Pélôps  ont 
des  ailes.  Er-fuite  vous  voyez  k palais  d'Amphia- 
raüs  , & une  vieille  qui  porte  dans  fes  bras  le 
/eune  Atnphiloque.  Devant  la  perte  du  palais  , 
vous  diftinguez  Eryphiie  avec  fon  collier  : elle 
eft  debout  ^ ayant  à côté  d'elle  fes  nlies  Eurydice 
& Démonaffe  , avec  le  petit  Alcméon  j qui  elt 
repréfenté  cud.  On  a oublié  Alcmène  , s'il  eft 
vrai , comme  le  Poète  Afius  le  dit , qu'elle  fût 
êile  d'Amphiaraüs  & d'Eryphile.  Bâton  j Ecuyer 
d’Amphiaraiis , tient  les  rênes  de  fes  chevaux 
d’une  main  , & une  lance  de  Eautre.  Amphiaraüs 
Z déjà  un  pied  fur  fon  char  : il  tient  fon  épée 
lîue  ; Sr  tourné  vers  fa  femme  ^ on  voit  qu’il 
s’emporte  contr’elle  , & que  peu  s’en  faut  qu’il 
se  la  perce.  Au  défias  du  palais  d' Amphiaraüs  , 
on  célèbre  des  jeux  funèbres  en  l’honneur  de 
Péiias.  Il  y a une  fouie  de  fpecbateurs  ^ au  mi- 
lieu defquels  eir  Hercule  aflis  fur  un  trône  : der- 
rière lui  eû  une  femme  qui  joue  de  la  flûte  phry- 
gienne , & l'infcriprion  la  fait  connoître.  Pifus, 
fils  de  Pérîérès  , Sc.Afrérion,  fils  de  Corneras  , 
montés  c.fiacun  fur  un  char , pouffent  leurs  che 
vaux  dans  la  carrière.  O.n  dit  qu’Allérion  fut  du 
nombre  des  A-g'>n3utes.  Pollux^  Admete  & 
Euphémus  difputent  le  même  prix.  Si  î’on  en 
croît  les  Poetes  , cet  Euphémus  étoit  fils  de 
I^kptune  5 & il  accompagna  Jafon  à rexpédi- 
tion  de  la  Cokiiide.  Quoi  qu’il  en  foit  , on  voit 
lui  qui  remporte  laviétoirc.  D’un  autre 
coté,  Admete  & Morfus,  fils  d’Ampyx,  font  aux 
priies , & foutiennent  le  combat  du  cefte.  Au 
milieu  d’eux  eft  un  homme  qui  joue  de  la  fliite, 
comme  il  fe  pratique  encore  de  notre  temps  , 
pour  animer  les  Pentatkies  au  combat  du  faut. 
Le  combat  de  la  lutte  fe  paffe  entre  Jafon 
8c  Pelée;  ils  paroiffent  de  force  égale.  Eurybotfi 
efl:  dans  la  pofture  d’ain  homme  qui  jette  Con 
palet.  Cet  Eurybote , quel  qu’il  foie , s’eft  rendu 
célèbre  dans  cette  efpèce  .de'  combat.  Mélanion  , 
îSiothée  , Phalarée  , Argius  & Iphiclus  font  les 
cinq  qui  paroiffent  avoir  difputé  le  prix  de  la 
courfe  à pied  ; Iphiclus  remporte  le  prix,  & 
Acalle  lui  met  une  couronne  fur  la  tête.  Cet 
Ipnicius  étoit  le  pere  de  Protéfilas  qui  alla  au 
fiege  de  Troye.  .On  voit , dans  îe  même  tableau, 
plufîeurs  trépieds  pour  les  vainqueurs.  Les  filles 
de  Péiias  afliflent  à ces  jeux  ; l’une  d’elles  eft 
nommée  dans  rinfeription  : c’eft  Alcelte.  lolas  , 
le  compagnon  volontaire  des  travaux  d’Hercu'e  , 
remporte  le  prix  de  la  .eo.urfe  du  char  .à  quatre 
chevaux  ; & c’eft  par- là  que  finiffent  les  jeux 
funèbres  de  Peliis.  On  voit  encore  Hercule  qui 
tue  , a coup  de  fléchés  , l’hydre  de  la  fontaine 
d Amymone  8c  ^iinerve  auprès  de  lui.  Aucune 
infeription  r inaique  n-i  le  héros  ni  l’entreprife  , 
parce  que  1 on  ne  peut  s’y  méprendre.  La  der- 
rière peinture  de  ce  tableau  repréfente  Phinée , 
roi  de  Thrace,  & les  fils  de  Borée,  qui  chaffent  les 
fu-rpies  >j. 

Antiquités  , Tom  II. 


c Y P 

* La  facï  du  côté  gauche  n’eft  pas  moins  rem- 
plie ni  moins  diverfinée.  Vous  y voyez  une 
femme  qui  dent  deux  enfans  dans  fes  deux  bras , 
lun  d’un  côté,  l’autre  de  l’autre;  l’un  blanc, 
I autre  noir  ; l’un  qui  dort , l’autre  qui  fembie 
dormir  ; tous  les  deux  ont  les  pieds  contrefaits. 
Une  infeription  les  fait  connoître  ; mais , indé- 
pendamment de  toute  infeription,  qui  peut  douter 
que  I un  de  ces  enfans  ne  foit  le  Som.meil , l’autre 
la  Mort , & que  la  femme  qui  les  tient  ne  foit  la 
Nuit , qui  eft  comme  la  nourrice  de  l’un  & de 
1 autre  ? Une  autre  femme  , de  figure  gracleufe  , 
en  tient  une  laide  par  le  cou  , & , de  la  main 
droite  , lève  le  bâton  fur  elle  : c’eft  la  Juftice  , 
qui  réprime  & châtie  l'Iajuftice.  Deux  autres 
femmes  pilent  quelque  chofe  dans  les  mortiers  ; 
apparemment  qu’elles  étoient  verfées  dans  la  Phar- 
naacie  : c’eft  tour  ce  que  l’on  en  peut  dire  , faute 
d’infeription.  .Mais  on  ne  fauroit  être  trompé  à 
la  figure  qui  fuir.  Le  Graveur  a eu  foin  de  mar- 
quer c|ue  c’eft  la  belle  Marpeffe,  qu’ Apollon  avoic 
ravie  à Idas  , & qui,  d’eli;-même,  vient  retrou- 
ver fon  mari.  Vous  voyez  enfuite  un  homme  vêtu 
d’une  tunique  , qui  rient  une  coupe  d’une  main  , 
& un  collier  de  l’autre  : il  les  prefente  à Alcmène 
qui  les  reçoit  ; ce  qui  a peut-etre  du  rapport  à ce 
que  difent  certains  Poètes  Grecs , que  Juoiter  prit, 
la  reffemblance  d’Amphicrion  pour  tromper  Alc- 
mêne.  Plus  loin,  c’eft  i'îénélas  en  cuiraffe  , qui, 
l’épée  a la  main,  pourf.u'r  Hélène,  comme  on 
dit  qu  îl  le  fi:  après  la  prife  de  Trove.  Médée  eft 
affife  fur  un  trô'ne  , ayant  Jafon  à fa  ds-oire  , & 
Vénus  à fa  gauche.  Ün  vers  hexamètre  , écrit  au- 
deffus  , fait  connoître  les  perfonnages  : 

M-éiée  efl  a Jafon.  ; Vénus  ainfi  l‘o''ionnc. 

On  voit  aiiflj  les  Mufes  qui  fe  dirpoffnt  à chan- 
ter , Sc  Apollon  qui  leur  donne  le  ton  : i’inferip- 
tion  le  marque  par  ce  vers  : 

Au  concert  des  neuf  Sœurs  Apollon  préludant. 

_ Dans  le  tableau  fuivant , c’eft  Atlas  qui  porte  le 
ciel  8c  h terre  fur  fes  épa  . 'es , comme  le  dit  la 
Fable.  H tient  en  fes  mains  les  pommes  d’or  des 
Hefpcrides.  L’infeription  ne  dit  point  qui  eft  celui 
qui  s’approche  d’Atlas  avec  une  épée  à la  main  ; 
mais  on  conjeâure  aifément  que  c’eft  Hercule. 
On  lit  au-deffus  : 

Atlas  foutient  le  ciel  y & néglige  Us  pommes. 

Après  Atlas  , vous  voyez  Mars  armé  qui  em- 
mène Vénus  : l’infcriprion  marque  feulement  le 
nom  du  Dieu.  Enfuite  c'eft  la  jeune  Thétis.  Pélée 
veut  l’embraffer  ; mais  Thétis  , un  ferpent  à la 
main  , menace  Pélée.  Ce  tableau  finit  par  les 
fœurs  de  Médufe  , qui  pourfuivent  Perfée  dans 
les  airs  ; car  e'Ies  ont  des  ailes  auffi  bien  eue  lui  : 
il  n’eft  parlé  que  de  Perfée  dans  i’infeription 
« Le  derrière  du  coffre  vous  prefente  une  image 

O O 


290  C Y P _ . 

«ie  guerre.  Vous  voyez  àei»  gros  cî  ifîranterie  avec 
quelques  chefs  qui  font  fur  deux  chars.  L'ne  partie 
de  ces  troupes  femble  T?ouloir  en  venir  aux  mains , 
& vous  diriez  que  les  autre',  les  reconivoüTenty  Sc. 
font  prêts  à les  embraiîer.  Les  Interprètes  ne  font 
pas  d'accerd  fur  le  fujet  ûe  ce  taoleau.  Les  uns 
füfert  qu’il  repréfente  les  Etoliens  fous  la  con- 
duit-e  G bxylus , & ranges^  en  baraüîe  contre  les 
anciens  Eléens  : ces  peuples  fe  fouvenant  quils 
ctoient  tous  fortis  de  la  même  origine , mettent 
bas  les  armes , Bc  , d’ennemis  qu’ils  croient  ^ de- 
viennent amis.  Les  autres  veulent  que  ce  foient 
les  Pyli-ens  & les  Arcadiens  qui  vont  fe  livrer 
bttîibe  auprès  de  Phigalée  , fur  le  Jardan.  Mais 
je  r’approuve  pas  le  fentiment  de  quelques  autres 
Oui  prétendent  que  l’aieul  maternel  de  Cypfelus  , 
GUI  étoit  Con.nthien  , & qui  poffedoit^  ce  riche 
cofee  3 eu;  fes  mifons  pour  ne  pas  choifir  un 
fuie:  tiré  de  i aiitoirc  de  Corinthe  ^ & qu’ü  aima 
ir.ieur  faire  graver  quelque  événement  étranger 
qui  d’aifie  :rs  n'eût  rien  de  fort  mémorable.  Pour 
moi  3 je  hafarderai  aufS  ma  cor.iediure. ^Cypfelus  , 
en  remontant  jufqu’à  la  lixième  génération  j fe 
troavoit  originaire  de  Gonufe  j petite  ville  au- 
deiTus  de  Sievone.  Dans  mes  Mémoires  fur  Co- 
rinthe j j’ai  dit  que  Mêlas  3 fils  d’Antaffus,  étok 
' enu  3 avec  quelques  troupes  , pour  s’établir  à 
Corinthe  , mais  qu’Aletès  , à caufe  de  je  ne  fais 
quel  oracle  , ne  l’avoit  pas  voulu  recevoir  : dans 
la  fuite  3 Mêlas  fit  fi  bien  fa  cour  à Aletès  3 qu’a- 
près  beaucoup  d’importunités  3 il  fut  enfin  reçu 
dans  la  ville , lui  & fes  troupes.  C’ell  3 je  crois , 
cêt  événement  que  l’on  a voulu  repréfenter  ». 

ce  II  me  refte  à décrire  l’autre  côté  du  coffre  3 
c'eft-à-dire , le  quatrième  3 en  prenant  par  la 
gauche.  Vous  vovez.  premièrement  Borée  qui 
enlève  Orîthye  ; il  a des  queues  de  ferpens  en 
guife  de  pieds.  Hercule  combat  contre  Géryon , 
& l’on  voit  comme  trois  Géryons  dans  un  même 
corps.  Tbéfée  j qui  fuit,  femble  jouer  de  la  lyre  ; 
Atiadne  eft  à côté  de  lui , & tient  une  cou'onne. 
Vous  avez  enfuite  le  combat  d’Achille  & de 
Memnon  : ces  deux  hères  ont  leurs  propres  noms 
pour  témoins  de  leur  valeur.  Celui  qui  fuit , 
c’eft  Méianion  tprès  de  lui  efi  Atalante  , qui  tient 
Mn  faon.  Hector  Sc  Ajax,  après  s’être  défiés  , 
en  viennent  aux  mains  i la  difeorde  fe  fait  voir 
au  rrudieu.  d’eux , & la  feure  en  eft  hideufe.  C’eft 
eette  Difcèrde  que  Calyphon  de  Samos  a copiée  3 
lorfque  , dans  le  temple  de  Diane  à Ephèfe  3 il  a 
Voulu  peindre  le  combat  des  Grecs  auprès  de  leurs 
vaifieaux.  Enfuire  font  repréfentés  les  Diofeures  : 
l’un  de  ces  frères  n’a  point  encore  de  barbe  i 
Kéi(?ne  eft  au  milieu  d’eux , St  à fes  pieds  Ethra  3, 
fifle  de  Pittheüs,  en  habit  de  deuil.  L’infcripcion. 
eft  telle  : 

Réîènt  avec  Ethra  d’ Athènes  ramenée  far  les 
Tyndarldes. 

îpbidamasj  fils  d’Ametior,  eft  couché  par  terre  j 


CYP 

’ Zi  Cooa,  pour  le  venger  3 fe  bat  contre  Agamemu 
non.  La  terreur  eft  figurée  pat  une  tête  de  lion  fur 
le  bouclier  de  ce  Prince.  On  lit  deux  infcriptions3 
dont  l’une  3 au  - défias  d’iphidamas  , eft  ainfi 
conçue  : 

Coon  venge  la  mort  du  brave  Iphidamas. 

& l’autre  , fur  le  bouclier  d’Agamemnon  , eft  eu 
ces  termes  : 

Le  ferme  appui  des  Grecs  & l'effroi  des  mortels, 

A droite , on  voit  Mercure  qui  préfente  les  trois 
Déeffes  à Paris,  fils  de  Priam , pour  être  jugées 
fur  leur  ;bcauté  ; c'eft  ce  que  dit  l’infcription. 
Diane  vient  après , tenant  un  léopard  d’une  main  » 
& un  lion  de  l’autre  j elle  a des  ailes  aux  épaules  j 
& je  n’en  devine  pis  la  raifon.  La  peinture  fui- 
vantc  repréfente  Caflandre  embraffant  la  ftatue  de 
Miners'e , & Ajax  qui  l’en  arrache.  V oici  l’inC- 
cription  : 

Caffdndre  implore  en  vain  le  fecours  de  Minerve. 

Vous  diftingaez  enfuite  les  malheureux  fils 
d’(Sdipe  : on  voit  Polynice  tombé  fur  fes  genoux  > 
& fon  frère  Ethéocle  qui  lui  met  le  pied  fur  ja 
gorge.  Derrière  Polynice  , eft  une  femme  j à fes 
dents  , aiguifées , & \ fes  ongles  crochus  , on  re- 
conr.oit  un  raonftre  cruel.  L’infcriprion  dit  que 
c’eft  la  Mort , une  des  Parques  , pour  faire  en- 
tendre que  Polynice  cède  a la  force  de  fon  deftin, 
i & qu’E'théocIe  eft  juftement  puni.  Enfin  , vous 
! voyez  Bacchns  couché  tout  de  fon  long  dans  une 
j grotte  il  a de  la  barbe  au  menton  ; ü rient  une 
j coupe  d’or  à la  main , & porte  une  longue  tunique 
i qui  defeend  jufqu’aux  talons  : des  ceps  de  vigne  » 
j des  pommiers  & des  grenadiers  tapiilent  1 enrree 
de  la  grotte». 

« Le  deffus  du  coffre  eft  fans  aucune  infcrip- 
I tion  3 il  faut  deviner  le  deiTein  de  l’ouvrier  par  la 
nature  des  fujets  qu’il  a traités.  Le  premier  qui 
fe  préfente , c’eft  un  homme  Sc  une  femme  cou- 
chés enfemble  fur  an  lie  dans  un  antre  : on  com- 
prend aifément  que  c’eft  Llyfls  & Circe  ; le  tim- 
bre des  femmes  qui  attendent  leur  maitrc^e  a ^a 
porte  3 & l'ouvrage  qu’elles  font , n’en  iàifîént: 
pas  douter;  car  elles  font  quatre,  & leur  occupa- 
tion eft  telle  qu’Homère  l'a  décrite.  On  voit  enfuhe 
un  Centaure,  avec  des  pieds  d homme  par-fc- 
: vant  3 8c  des  pieds  de  cheval  par-derrière.  Près 
î de  lui  font  des  chars  attelés , & des  femmes  de- 
I dans.  Les  chevaux  font  ailés , & leurs  aiies  font 
I dorées.  Une  de  ces  femmes  reçoit  une  armure  de 
^ la  main  d’un  homme.  11  y a toute  apparence  que 
! cela  regarde  la  mort  de  Patroele  , car  je  croirois 
que  ces  femmes  font  des  Néréides  , dont  I une  >. 
qui  eft  Thétis  reçoit  de  Vulcain  les  armes  qn  ly 
avoît  fabriquées  pour  Achille.  En  effet , ceiut 
qui  prefente  ces  armes  paroît  n’être  pas  bien 
ferme  für  fes  pieds , & celui  qui  le  fuit  a 
],’ak  d’un  forgeroivi  il  tient  mêini  des  tenaiüss» 


C Y R 

Dn  pourroit  auffi  croire  cjue  le  Centaure  n’efl: 
autre  que  Chiron  , qui , déjà  pafTé  d’une  vie  à 
Tautre  & mis  au  nombre  des  Dieux , vient 
donner  quelque  confolation  à Achille.  Pour  les 
deux  'filles  qui  fuivent,  portées  fur  une  efpèce 
de  char  traîné  par  des  mulets  j & dont  l’une 
tient  les  rênes , l’autre  a un  voile  fur  la  tête  , 
on  croit  que  c’eft  Nauficaa,  fille  d’AlcinoüSj  qui 
va  au  lavoir  avec  une  de  les  femmes.  Quant  à 
celui  qui  décoche  des  flèches  contre  des  Cen- 
taures J & qui  en  tue  un  grand  nombre , on  ne 
peut  douter  que  ce  ne  foit  Hercule  ^ & l’un  de 
fes  travaux  que  l’on  a voulu  rcpréfenter.  Au 
reftc  J je  n’ai  jamais  pu  favoir  ni  même  deviner 
qui  a fait  ce  coffre.  Pour  les  infcritions,  je  puis 
me  tromper  j mais  je  les  crois  d’Eumélus  de 
Corinthe  : j’en  juge  par  plufîeurs  de  fes  ouvrages  ^ 
'ISc  fur-tout  par  une  Pièce  de  Poéfie  qu’il  a faite 
fur  Délos  ». 

CYRBASIE , même  coeffure  des  Perfes  que  la 
CiDARis.  y ce  mot. 

CYRBES  ET  AXONES.  Ceft  le  nom  que  l’on 
donna  aux  loix  de  Solon  , comme  les  Lacédé- 
moniens donnèrent  celui  de  Rkétra  à celles  que 
leur  donna  Lycurgue.  Les  Cyrbes  contenoient  ce 
qui  regardoit  le  culte  des  Dieux  , & les  Axones 
renfermoient  toutes  les  autres  loix  civiles  & pc- 
iitîques.  Ces  loix  étoient  dépofées  en  original 
dans  l’Acropole  la  citadelle  d’Athènes  , & l’on 
en  avoïc  feulement  des  copies  au  Prytanée.  Elles 
étoient  écrites  fur  des  tables  de  bois  ^ & en  bouf- 
trophédon  y c’cft-à-dire  ^ que  leur  première  ligne  fe 
recourbeit  & revenait  de  la  droite  a la  gauche  , puis 
fe  recourbait  de  même  pour  retourner  de  la  gauche  a 
la  droite  6*  airiji  de  fuite  jufqud  La  fin  , par  une 
feule  ligne  continuée , comme  les  filions  du  labou- 
rage  y au  - lieu  que  chacune  de  nos  lignes  commence 
U la  main  gauche  éi  finit  d la  main  droite.  Plutarque 
dit  que  de  fon  temps  on  voyoit  encore  des  relies 
de  ces  tables. 

CYRÉNAÏQUE.  Les  Rois  de  la  Cyrénaïque 
dont  on  a des  médailles j font: 

Battus. 

Magas. 

PtoTémée  Apion  , d ce  qu’on  croit. 

Médailles  incertaines. 

Le  Silpkiam  eft  le  fymbole  ordinaire  de  la  Cy- 
rénaïque. 

On  a des  médailles  latines  de  cette  contrée 
frappées  en  l’honneur  d’Augufte  & d’Agrippa. 

^ La  tete  & le  nom  kïpana  de  Cyrène , Nymphe 
aimée  d’Apollon , font  gravés  fur  des  médailles 
de  la  Cyrénaïque  , qui  en  portoît  le  nom. 

CYRENE  , Nymphe  de  Thrace , fut  aimée  du  j 
Dieu  Mars , qui  la  rendit  mère  du  fameux  Dio- 
mède Roi  de  Thrace.  Voye-:^  Diomède. 

Cyrène  étoit  fille  d’KypféuS:.  Roi  des  Lapi- 
miSy  fils  de  Pénée  & de  Créufç.  Celle-ci  étoiî 


V 

■fille  de  la  Terre  y & Pénée  étôit  fils  ce  l’Océan. 
Virgile  dit  qu’elle  étoit  fille  du  fleuve  Pénée  , Bz 
qu’elle  habitoit  dans  les  grottes  au  fond  des  eaux 
de  fon  père.  Elle  ne  s'occüpoit  que  de  la  chaiTe  , 
& làîfoit  un  grand  carnage  de  bêtes  'féroces.  Apol- 
lon la  vit  un  jour  ou’elie  combattoit  feule  contre 
un  lion;  il  s’ouvrit  au  centa'Uie  Chiron  du  defiem 
qu  il  avoir  conçu  de  lui  faire  violence.  Chiron  lui 
confeiila  de  prendre  la  voie  de  la  douceur  & de 
la  perfuafion  j mais  Apollon  impatient  l’enleva  , 
La  tranfporta  en  Lybie  j où  il  la  rendit  mère 
d’Ariftée. 

Cyrène.  KTfANAîiîN. 

Son  fymbole  étoit  le  Sylphium. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  Tout  i 
C.  en  or. 

C.  en  argent. 

C.  en  bronze. 

Leurs  types  ordinaires  font  e 
Le  Sylphium. 

Jupicer  Ammon. 

Un  Palmier. 

Une  lyre. 

Pline  dit  que  cette  ville  étoit  célèbre  pôur  les 
pierres  gravées  que  l’on  y travailloit. 

CYRÉNÉENS.  koinon  KïPANAîaN. 

Leurs  médailles  autonomes  font  : 

RRRR.  en  bronze. 

RR.  en  argent. 

O.  en  or. 

CYRIADE  J tyran  fous  Gallicn.  Crsr.mz» 
Pivs  Feux  Augustus.  Quoique  Goiezius  Sc 
UTfinus  rapportent  une  méc'uilie  d’or  de  Cyriade  , 
on  n’en  connoït  point  dans  les  cabinets. 

CYRNEARIUS  Gruter  (643.  2.)  rapporte 
l’infcription  fuivante  ; 

T.  FLAVIO.  AUG.  tlBERTO 
EPAPHRODITO 
CYB»NEARIO.  A.  VIC.  PUB. 

FLAVIA.  AUG.  LIBERTA 
TYCHE.  MAR.  OLE.  D. 

Les  Cyrnearii  fabriquoient  les  vafçs  appelés 
cimeéi. 

CYROGR.4.PHE.  Voyez  Cirographe. 

CYRRHüS  J dans  la  Syrie.  KTrPHCTliN. 

On  a quelques  médailles  Impériales  grecques 
de  cette  ville  frappées  en  l’honneur  de  Trajan^  de 
M.  Aurèle  5 de  Vérus^,  de  Commode, .de  Cara- 
calla^  d’Antonin  des  deux  Philippes  ^ d’Elagabale. 

CYRUS.  Sur  une  carcédoine  du  Baron  de 
Stofeh,  on  voit  un  vieux  Berger  à qui  un  enfant 
aflis  par  terre  fous  un  arbre  , tend  les  mains.  L’ex- 
pofidon  Se  l’éducation  de  Cyrus  ( Herodot.  l.  r. 
c.  II.)  pourroient  bien  être  le  fujec  de  cette  gra- 
vure, feica  V/inkelmaaa. 

O O ij 


CYT 

ÇYSICUS  , Roi  de  Cyfique  ou  Cyzique  j dans 
la  petite  Myfie , reçut  chez  lui  les  Argonautes 
très-favorablement  ; & après  leur  avoir  fourni 
toute  forte  de  rafraïchiffemens  , & les  avoir 
comblés  de  préfens^  les  lailTa  partir.  Mais  un  vent 
contraire  les  ayant  obligés  de  relâcher  pendant  la 
nuit  dans  le  même  portj  Cyfique  croyant  que 
c’étoit  Tes  ennemis  qui  venoient  le  furprendre , 
alla  attaquer  les  Argonautes,  & dans  le  combat 
fut  tué  par  Jafon  même  , qui  eut  beaucoup  de 
regret  de  fa  mort , & lui  fit  de  magnifiques  funé- 
railles. Apollonius  & Valerius  Flaccus  racontent 
cette  fable  dans  leurs  poèmes  fur  les  Argonautes. 

CYTHÈRE  , ifle  de  TArchipel  , aujourd’hui 
Cérigo,  vis-à-vis  de  Crète.  Héfiode  dit  que  Vénus 
ayant  été  produite  de  l’écume  de  la  mer,  fur  por- 
tée d’abord  à cette  ille  fur  une  conque  marine  : 
c’eft  pourquoi  Cytkere  lui  étoit  paniculièrement 
confacrée  ; & le  temple  qu’elle  y avoir  pafToit 
pour  le  plus  ancien  de  tous  ceux  que  la  Grèce  lui 
avoir  confacrés. 

CYTHÉRÉA  J furnom  donné  à Vénus , de 
l’ifle  de  Cytkere. 

CYTHÉRÉUS  , furnom  donné  à Cupidon  , 
comme  au  fils  de  Vénus , Déeffe  de  Cytkere. 

CYTHÉRIADES,  furnom  des  Grâces  qui  ac- 
compagnoienr  Vénus  j elles  étoient  honorées  à 
Cytkere. 

CYTHÉRON.  Voye[  Cithéron. 

CYTHÉROKIUS , furnom  de  Jupiter-  Voyei 
JUNON. 


C Y Z 

CYTHÉRUS  , rivière  de  Péloponèlê  en  Élidel 
Paufanias  met  à fa  fource  un  temple  confacré  aux 
Nymphes  lonides;  & ajoute  que  les  malades  qui 
fe  lavoient  dans  la  fontaine  du  temple  , en  for- 
toient  parfairem.ent  guéris.  Ionides 

CYTHNUS  , ifle.  kyoni. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  ; 

RRRR.  en  argent Pelierin. 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Leur  type  ordinaire  eft  une  lyre. 

CYZICENES , monnoie  ancienne  de  l’Egypte 
& de  l’Afie.  V oye^  Darique. 

Cyzicènes,  falonsà  manger  très-riches  , ap- 
pelés ainfî  chez  les  Grecs , de  Cyzique  , ville  cé- 
lèbre par  la  magnificence  des  bâtimens. 

CYZIQUE , dans  la  Myfie.  KTZlKHNatî. 

Le  fymbole  de  cette  ville  eft  une  tête  de  lian 
de  profil. 

Ses  médailles  autonomes  font: 

RRR.  en  or Pellerin, 

RRR.  en  argent. 

C.  en  bronze. 

Leurs  types  ordinaires  font  î 

Une  tête  de  lion. 

Un  trépied. 

Le  capricorne. 

Deux  poifîbns. 

On  a des  médailles  Impériales  grecques  de  cens 
ville  frappées  fous  l’autorité  de  fes  Préteurs,  en 
l’honneur  de  la  plupart  des  Auguftes , depuis  k 
premier  jufqu  a Claude  Gothique. 


D 


D 


Poüa  expliquer  les  abréviations  & les  fîgîes 
qui  commencent  par  un  ou  plufieurs  D,  ii  faut 
confulter  les  articles  Abréviations  , Consü- 
iaires  ( médailles  ) , Legendes  & Villes 
( médailles  de  peuples  & de  ). 

D.  Le  Diéiîonnaire  de  Grammaire  & de  Litté^ 
rature  fait  connoitre  fufEfamment  les  obfervations 
grammaticales  relatives  à Tufage  & à la  pronon- 
ciation du  D chez  les  Romains.  Je  tfen  rappelle 
ici  qu’une  feule  à caufe  de  fon  utilité  journalière 
pour  la  leélure  des  médailles  & des  infcriptions. 

Le  D qui  eft  à la  fin  de  la  légende  d’une  très- 
ancienne  monnoie  frappée  fous  le  nom  du  peuple 
latin  ( /ati/zoif  ) ^ quoiqu’il  fut  alors  fournis  aux 
Romains  , était  Ordinairement  ajouté  par  les  an- 
ciens a la  fin  des  mots  terminés  par  des  voyelles^ 
comme  il  paroît  dans  ce  qui  nous  relie  de  la  co- 
lonne rollralede  Duillius.Ony  litOTûXümodpour  ma- 
^^'^o^pugniindod,pourpugnanào,pondodpoilTpondo, 
8tc.  C’eli  ainfî  qu’Horace  a dit  {izl.  od.  14. 1 1.  ) 

ominatis 

Piircice  verbis. 

Au  lieu  de  male  ominatis^ 

La  lettre  D étoit-elle  numérale  chez  les  Ro- 
mains ; & û elle  ne  Tétoit  pas  chez  eux , à quelle 
époque  l’efl-elle  devenue  chez  les  modernes  ? 
C’eft  vers  Tannée  ijco  c’efl- à-dire  ^ depuis 
Tufage  général  de  Timprimerie.  Les  Imprimeurs, 
voyant  que  les  Romains  formoient  la  lettre  numé- 
rale M à peu-près  comme  dans  l’écriture  onciale  ^ 
ainfî  CO , imaginèrent  de  former  cinq  cens  , moi- 
tié de  miile^  par  un  càraélère  qui  fût  la  moitié  du 
lien  J c efl-a-dire , par  O.  Pour  aller  plus  vite  , ils 
rapprochoient  de  Tl  le  C retourné  ^ & ils  en  firent 
un  D.  Cette  lettre  étant  devenue  numérale,  fît 
naître  le  vers  fuivant,  dans  laquelle  A efl  fuppofé 
être  aafTi  numéral , contre  Tufage  des  Romains 
snciens  ; ;s  a 

Littera  D velut  A qidngentos  JtgtiificahiC. 

^ mettant  une  barre  fur  le  D de  cette  manière  , 

D , on  lui  donne  une  valeur  décuple  j & il  vaut 
■cinq  mille. 

_ Les  deux  obfervations  fuivantes  prouvent  in- 
vinciblement que  le  D n’étoit  pas  numéral  avant 
1 joo. 

_On  lit  fur  une  vitre  de  Téglife  de  S.  Pierre  à 
Aire  ce  vers  chronographiqae^qui  marque  Tannée 


IO<j4  : BIS  fepteM  prebendas  tv  sacdvine  dedifir. 
Il  y a dans  ce  vers  quatre  D qui  n’entrent  point 
dans  le  calcul.  Cette  lettre  n’étoic  point  encore 
numérale  au  temps  de  la  bataille  de  Montihéri , 
donnée  en  1465  , comme  on  le  voit  par  cet  autre 
chronographe  François,  qui  défîgne  cette  année- 
la  : à Cheval,  y a Cheval , gendaridesci  Ckevai.  Le 
D n’étoit  pas  encore  numéral  en  1485  , comme 
l’Auteur  d’une  differtation  analytique  fur  les  chro- 
nographes  le  prouve  par  une  pièce  de  ce  genre 
faite  fous  Charles  VIIL 

D , diplomatique.  Les  favans  Bénédiéiîns  au- 
teurs de  la  Nouvelle  Diplomatique  , divifenc  les 
D des  médailles  , des  marbres  & des  manufcrits 
en  neuf  grandes  fériés. 

Les  angles  du  D diftinguent  communément  fà 
première  férié.  Ses  lettres  ont  régulièrement  au 
moins  deux  côtés  droits. 

Cette  première  férié  a neuf  divifîons.  Le  plus 
long  vers  la  droite  ; ze,  vprs  la  gauche  5 3e,  en  A } 
4«,  trapézoïde  5 ye,  quarré,  ou  polygone  irrégu- 
lier ; 6e  y triangle  , dont  quelques  côtés  peuvent 
déborder  ; -e , terminés  par  une  courbe.  Les  deux 
premières  divifîons  remontent  à la  plus  haute  an- 
tiquité. La  ze  defcend  jufqu’au  xie  fîècie.  Les 
autres  ne  defcendent  pas  au-del.i  du  ixe  fîècie. 

Le  lie  grande  férié  nous  offre  des  D aigus, 
pour  la  plupart  d’une  haute  antiquité.  Les  D en 
forme  de  B nous  viennent  d’Efpagne,  & s’élèvent 
au  vue  fîècie.  le  fous-férie  peu  aigus;  ze  reffem- 
blans  aux  B,  ou  feulement  aigus  par  le  h.aut  ; 3c 
par  le  bas,  fouvent  avec  exteniîon  d'un  bout  de 
la  panfe  ; 4e  en  pointe  par  le  bas , & un  peu  re- 
courbés par  le  haut  de  la  hafte  vers  la  gauche  ; 
e , en  pointe  inférieure , avec  prolongation  du 
out  de  la  pan.û;,  pour  l’ordinaire  un  peu  courbé 
dans  fon  excédent. 

La  me  férié  contient  des  D.  majufcules  ordi- 
naires. Quand  les  deux  lignes  fupérieure  & infé- 
rieure qui  doivent  commencer  le  demi-cercle,  font 
plutôt  droites  que  rondes,  c’efi:  un  indice  du  fîècie 
d’Augufte  ou  des  temps  voifîns.  A ces  traits  la 
ire  divifîon  de  la  me  férié  fefait  reconnoîrre.  Les 
fuivantes  defcendent  à peine  au  moyen  âge.  ze, 

D perlés,  à hafîe  terminée  en  croiffant,  &c.  3e  , 
contournés  , renverfés  ; 4e , prolongés  par  les 
extenfîons  du  montant  ou  de  la  panfe. 

Les  D de  la  ive  férié  s’ouvrent  en  deffous  ; 
tels  font  ceux  de  la  ire  dîvifion  : ou  en-delfus  ; 8c 
tels  font  ceux  de  la  ze,  ou  leur  halle  efl  prolon- 
gée vers  le  haut , comme  dans  la  3e,  Ces  D 


2^4  13  A O 

oîu  !a  lîgure  de  h minufcuîcs.  RaretneHt  s abaif- 
fent-iîs  au-defibus  du  ixe  fîècle. 

Les  D en  forme  de  P , Q , O,  &c.  donnent  !a 
Ve  férié.  Ses  deux  premières  foas-feries  font  mar- 
quées au  coin  de  la  plus  haute  antiquité.  L'une  a 
la  haüe  à-peu-près  droite,  & Tautre  courbée. 
Elles  engendrent  au  moyen^  âge  la  3e  petite 
fuite,  dont  les  montans  excèdent  haut  & bas  5 
c’eft  le  tk  Anglo-Saxon,  fouvent  (i)  emplové 
fous  les  Rois  Mérovingiens  Sc  Wifigoths,  durant 
les  Eie  & vue  lïècles  j 4e  en  Qj  Ce  en  O,  avec 
un  point  ce.ntra!  j 6e , prefque  en  cœur  des  brs 
temps  i 7e , du  moyen  âge  , à panfe  détachée  de 
la  hafte. 

La  Vi«  férié  en  entier  doit  être  reléguée  au 
bas  temps,  ire  divifion,  D fembiables  à deux  C 
tournés  à contre-fens;  2e,  courbés  en-delTus,  aux 
moins  par  le  bout  fupérieur  de  la  panfe  ; 5e , gra- 
dués ou  coupés  par  une  traverfe  horizontale. 

La  Vile  férié  préfente  des  D majufcules  à 
queue  , notablement  prolongée  en-deifus.  i ".  Dé- 
tachée du  montant,  & fouvent  abaiflee  ; 1^.  cour- 
bée au-delTusj  3°.  s'élevant  obliquement,  li  ell 
peu  de  ces  D.  gaine  foient  antérieurs  au  xe  liècîe. 

De  la  Ville  font  dérivés,  ou  plutôt  c'ell  en  elle 
eue  font  renfermés  les  D onciaux  ou  ronds , 5e 
les  curlifs  des  derniers  tennps.  î®.  S'élevant  par 
une  queue  plus  droite  que  courbe  , ils  ne  s'abaif- 
feut  pas  au-deiTcus  du  vnie  iîècle  ; en  C tour- 
nés à rebours,  renfermés  entre  le  ve  & le  xie  ; 
3^.  encore  anciens,  tiennent  toujours  du  C con- 
tourné i 4°.  peu  diÉférens  de  nos  d curfifs  ; 5°.  à 
queue  courbée  en  delfusi  6°.  à panfe  fermée, 
relacivxment  à ceux  de  la  ire  & 3e  divilion  ; 7°. 
modernes,  à panfe  circulaire  , furmontes  de  leur 
queue  j 8°.  gothiques,  anguleux  eu  polygones. 

La  ixe  comprend  le  d petit  romain  ; 1°.  en  for- 
me d'a 2°.  femblable  à nos  d d'imprimerie.  Il 
s'en  trouve-dans  des  inferiptions  du  ive  fîècle. 

DA  CE,  AAKiA  Se  Dacia. 

Cette  contrée,  réduite  en  Province  Romaine , 
a fait  frapper  des  médailles  Impériales  grecques 
en  l’honneur  de  Trajan. 

Cette  province  a fait  frapper  des  médailles  la- 
tines en  l'honneur  de  Philippe  père  , d’Otacile  , 
de  Philippe  fils,  de  Trajan-Dèce,  d'Herennius, 
d’Kortilien  , de  Treb.  Gallus  , d’Enailien  , de 
Gallien,  de  Valérien  père. 

La  Dace  eft  repréfentée  fur  les  médailles  en  ha- 
bit de  femme  , portant  un  javelot  avec  une  tête 
d'âne , marque  de  fa  valeur.  Les  anciens  avoient 
fait  l'honneur  à cct  anima!  de  l'appeler 
â^TÏriTav  , indomptable  , & on  i’avoit  choifi  dans 
l'Orient  paur  la  m.onture  des  Princes.  Quelquefois 
la  Dace  tient  une  tête  de  bœuf  ou  de  cheval  , à 
eaufe  des  trompettes  paphlagoniennes  , dont  le 
fon  approchoit  fort  du  cri  de  ces  animaux.  Elle 
eü  d'aiftres  fois  aflife  fur  une  cotte  d'armes , avec 

(1)  Le  Elaac  , BjpijnoieB  d’Ifp.  & de  Dsgoberr. 


D A C 

une  palme  3c  une  enfeigne,  pour  défiguev  la  vif'» 
leur  de  fon  peuple. 


DÀCIUS , \ j „ r 
D \C1QUE , f furent  gouvernés  par 

leurs  Rais  particuliers  jufqu’à  la  fin  du  premier 
lîèclc  de  notre  ère.  Le  dernier  fut  Déccbalc,  que 
Trajan  vainquit.  Cette  victoire  lui  acquit  k nom 
de  Dacique , que  nous  lai  voyons  prendre  fur  fes 
médailles  à la  feptième  année  de  fa  puiffance  Tri- 
bunitienne  , l'année  d’avant  fon  vs  Confulat. 
Imp.  Cæs.  Nerva  Trajanuj  Aue.  Germ. 
Dacîcus  P.  M.  Tr.  P.  vil.  Ixfp.  iiil.  Cos.  iiil* 
Des.  V.  P.  P dans  Mezzabarba  , p.  152. 


DACTYLE , travers  de  doigt  ; mefure  linéaire 
du  Péloponèfe,  de  l’Atîique,  de  la  Sicile,  de  la 
grande  Grèce. 

Elle  valoir,  en  mefure  de  France,  /ooVs  de 
pouce , félon  la  Métrologie  de  M.  Pauéton. 

Dactyle,  travers  de  doigt;  mefure  linéaire 
de  la  Phocide , de  l’illyrie , de  la  ThefTalie,  de  la 
Macédoine,  delà  Thrace,  des  Phocéens  en  Afie  , 
& de  Marfeille  en  Gaule. 

Elle  valoir  de  pouce  de  France , félon  la 
Métrologie  de  M.  Paufton. 

Dactyle  , travers  de  doigt  ; mefure  linéaire  & 
itinéraire  de  i’Afie  & de  l'Égypte.  F'oyei  Esba  a. 


Dactyle  , efpèce  de  danfe  grecque  fort  es 
ufage  chez  les  Athlètes , dit  Héfychias. 


Dactyle,  îI  compofoit  avec  l'iambe  la  qua- 
trième partie  du  Isôme  Pythien,  fuivant  Strabon. 

Dactyles.  La  conformité  des  cérémonies 
religteafes  , & le  voifinage  , ont  concouru 

à faire  confondre  les  Cabircs  avec  les  Dac- 
tyles. -On  a même  cru  que  ces  derniers  n'étoient 
qu’une  ponion  des  premiers  (Srraô.  l,  x.p.  321.), 
quoiqu'on  fes  ait  regardés  comme  originaires 
de  Crère.  La  fource  de  cette  erreur  eft  le  furnom 
d’idéens  , qui  leur  venoic  du  mont  Ida  en  Phn'- 
gie , & non  de  la  montagne  du  même  nom,  qui 
fe  trouvoit  dans  Pille  de  Crète , où  les  DaByles 
ne  furent  jamais  établis.  L'autorité  de  Sophocle 
Schol.  Apoll.  Rkod.  l.  I.  V.  ii2o),  d’Epfeore 
( Diod.  L V.  %.  64.  ) , de  Strabon  ( L x.  p.  3-^;)j 
de  DicP'^'rc  de  Sicile  ( liv.  y.  64.  ) , 5:  de  Saint 
Clén  l’Alexandrie  {Strom.  l.x  ,p.  360.),  ne 
permet  ^.as  de  révoquer  en  doute  ce  que  j’avance. 
Allez  fembiables  aux  Joegleurs  de  l’Amérique,  ces 
Dactyles  de  l’Afie  cherchèrent  d’abord  à fe  rendre 
nécelTairescn  exerçant , chez  un  peuple  fauvage> 
la  Médecine.  Ils  y étoient  devenus  fi  habiles , qne 
leur  nom  délîgna  long  temps  en  Grèce  ceux  qui 
profelfoient  cet  art  ( Hesyck.  in  voc.  A«*2t/2<or.  )- 
L'incendie  des  forêts  du  mont  Ida  leur  ayant  de- 
couvert  des  mines  de  fer  ( Clément  Alex.  Strym, 
l.  I.  p.  420.  ) , Üs  enfeignèrent  à le  travailler 
( Marrrtf  Oxon,  epoçh  il.  ) du  moins  une  tradi-'O® 


D A C 

générâle  leur  attribuoic  cette  invention  dont 
l’époque  étoit  fixée,  fous  le  règne  de  Pandion  j 
Koi  d’Athènes  j 1432  ans  avant  J.  C.  ( Uid.  ). 
On  ajoutoit  que  l’invention  de  l’airain  leur  étoit 
encore  due  ( Diod.  l.  v.  x.  6'^.  ).  De  pareils 
fcrvices  ne  pouvoient  manquer  de  leur  attirer 
une  confidération  qu’ils  augmentoient  par  le 
moyen  des  preliiges  & des  enchantemens.  Aufïl 
paffoient-iîs  pour  d’infîgnes  enchanteurs  , fuivant 
Phérécidc  & l’Auteur  du  Poème  de  la  Phoronidc 

Sckol.  Apoll.  Rkod.  l.  1.  V.  1116.). 

Ce  fut  par  ce  dernier  moyen  que  les  Dactyles 
fe  rendirent  recommandables  , non  - feulement 
aux  peuples  de  Phrygie  , mais  encore  aux  habi- 
tans  de  Samothrace.  Diodore  de  Sicile  raconte 
qu’lis  causèrent  à ceux-ci  la  plus  grande  furprife 
en  leur  montrant  l’effet  de  leurs  enchante- 
mens J & la  manière  dont  ils  s’en  fervoient  dans 
les  initiations  & les  myllères.  Cet  Hiftorien 
^ute  qu’Orphée  lui-même  devint  leur  difciple  ^ 
^ apprit  d’eux  ces  cérémonies  ( DiW.  /.  v.  1. 
64.).  Elles  dévoient  être  peu  différentes  de  celles 
des  Jongleurs  ou  Devins  fauvages , dont  l’initia- 
tion conlifte  en  des  pratiques  lîmples,,  fur-tout 
en  des  épreuves  plus  ou  moins  fortes , exigées 
des  afpirans.  Les  conquêtes  de  Séfoftris  dans 
Sc  dans  la  Thrace  y répandirent  le  culte 
^Syptîen.  Les  Cabires  & les  Dactyles  ne  purent 
éviter  de  s’y  conformer  j & d’adopter  même 
une  nouvelle  doélrina. 

Jufqu’alors  les  Dactyles  , comme  le  refte  des 
PélafgeSj  avoient  adoré  le  ciel  & la  terre.  Cou- 
ronnés de  branches  de  chênes  ^ ils  facrifioient 
à cetta  dernière  fous  le  nom  de  Rhée  ; cfeft 
pourquoi  ils  pafsèrent  pour  les  Paredres  ou  afîif- 
taios  de  la  Mère  des  Dieux  ( Apoll.  Argon-  L i . 
V.  1123-23.  Demetr.  Sceps , & lAenardap.  Sckol. 
in  H.  L.).  Leurs  -4uîels  n’étoient  que  des  pierres 
amoncelées  fans  art  , auprès  defqueîles  iis  fe  raf- 
fembloient  peur  honorer  Kelmis  , le  srand  Dem- 
nameneus  & le  puiffant  Aemon  ( Sckol.  Apoll. 
Rkod.  l.  1 , V.  112,  ) qui  , dans  la  faire,  furent 
pris  pour  des  DaByles  , comme  les  Divinités  de 
Samothrace  lavoient  été  pour  des  Cabires.  L’ex- 
phcation  de  ces  trois  noms  fert  à le  prouver. 
Dans  l’ancien  langage  des  Grecs  , Aemon  figni- 
Éoit  le  Ciel  ( Hefyck.  & Etym.  Magn.  in  k.  v.  )• 
Le  mot  Damnameneus  fubfifte  en  partie  dans 
ceux  de  Damna  , nom  que  porroit  Cérès  à Epî- 
daure  ( Herod.  l.  v.  c.  zxxxii.  ) , & de  Domna  ^ 
qu  avoir  Proferpine  à Cyzique  ( PelUrim,  Recueil 
oes  Médaillés,  t,  ni.  pl,  iji.  Cette  viüe  éroit 
peu  éloignée  du  mont  Ida  ^ féjour  des  Dactyles, 
ou  ils  hoaoroienr  la  Terre  , en  lui  donnant  vrai- 
femblablement  l’épithète  de  Damna  ou  de  Dam- 
■namenea  , puiffante  , laquelle  fe  trouve  dans  le 
iragment  de  la  Pnoronide.  On  fait  que  les  Poètes 
anciens^  mettoient  quelquefois  un  genre  pour 
i^autre  ( Vid.  Tkeon.  ad  Arat.  v.  icj  , &c.  ).  Peut- 
ttre  encore  que  r.Axteur  de  ce  dernier  Ouvrage 


D A C 255 

s’eft  fervi  du  genre  mafculin  , parce  que  le  Ciel 
& la  Terre  étoient  repréfentes  l’un  & l’autre 
dans  les  myftères  cabiriques  , avec  la  maraue 
des  deux  fexes,  comme  on  le  voit  dans  Varrô.n, 
.On  lit  dans  le  Lexique  d’Hefychius  , que  Kei- 
mis  étoit  également  le  nom  d’un  Dactyle-  Idéen  , 
& celui  d’un  enfant.  Kelmas  fignifioit  la  peau 
d un  faon.  Ces  mots  étoient  donc  relatifs  à la 
cendre  jeunelTe  de  Cadmille  de  Samothrace , & 
de  ïlacchiis  d’Eleufisj  repréfentant  tous  deux 
d’Egypte.  Comme  eux  , Kelmis  en  aura 
été  l’image.  Cette  conjeélure  a d’autant  plus  de 
fondement , que  dans  les  autres  noms  que  Pau- 
fanias  donne  aux  Dactyles  ( Eliac,  i.  c.  vu.  ) , 
on^  trouve  ceux  de  Jafion  , c’elî:  i’Iacchus  des 
Cretois  ; de  Priapc  (^Lucian,  de  Sahdt.  §,  21.)  ^ 
à caufe  du  Phallus  qui  lui  étoit  confacré  > enha 
de  Pœonius , ce  meme  lacchus , c’eft-à-dire  , 
Dionyfîus  ( Hefyck.  in  k.  v.')  , fuivant  les  pro- 
» fanes.  Hercule  & Epiraède  ne  font  enaés  dans 
cette  nomenclature  , que  pour  défîgner  la  force 
& la  prudence  , qualités  d’ Aemon  , le  Ciel.  Idas 
& Acéfidas  font  de  fîmples  épithètes  ou  fur- 
noms  relatifs  aux  lieux  qu’habitoient  les  Dactyles. 
Ce  ne  fut  qu’à  l’époque  de  l’introduâion  du 
cuite  étranger  , que  Kelmis  prit  place  parmi  les 
Divinités  DaByliqu.es , comme  Cadmille  parmi 
celles  de  Samothrace. 


A cette  époque  en  fuccéda  une  troifîème  , celle 
de  l’apothéofe.  Aemon  , Damnameneus  & Kelmis 
furent  alors  regardés  , fuivant  Stéfimbrote  dans 
fon  livre  fur  les  Myftères  ( Etymol.  Magn.  in  v. 
i^itioi')  , comme  fils  de  Jupiter  & de  la  Nymphe 
Ida,  parce  que  ce  Dieu  ayant  ordonné  à fes  nourri- 
ciers de  3£ter  derrière  eux  de  la  pouflîére  du  mont 
Ida^,  il  en  naquit  les  Dactyles  Idéens.  Cette  fable 
allégorique  , qu’on  expliquoit  aux  initiés  , n’étoic 
pas  la  feule.  Une  fécondé  faifoit  naître  ces  mêmes 
DaByles  de  i’impolïtion  des  mains  d’Ops  ou  de 
la  Terre  fur  le  n^nt  Ida  , lorfque  cette  Déefte 
alla  fe  réfugier  dans  l’ifle  de  Crète  ( Diomed.  de 
Orat.  & part.  Orat.p.  474.).  L’allégorie  eft  fen- 
Ébie  : en  reconnoilïànce  de  leur  invention , les 
premiers  habitar.s  de  l’Ida  parvinrent  Sans  la  fuite 
aux  honneurs  divins  ( Diod.  l,  r.  1 64.  ),  de 
finirent  par  être  regardés  comme  des  Lares  ou 
Divinités  particulières  5 mais  leur  cuite  ne  fut  ja- 
mais aufti  éte.ndu  que  celui  des  Cabires  méramor- 
phofés  en  Diofeorides,  à caufe,  Dns  doute,  du  cré- 
dit qu’avoient  déjà  ces  derniers.  Le  fort  des  Dac- 
tyles reffemhia  davantage  à celui  des  Curètes 
( Hefiod.  ap.  Strah.  l.  x.  p.  323.  ).  Ycyer  Cu- 
RÈTES  , CORYBANTES  & IdEEKS. 


( Cet  article  dt  tiré  des  Recherches  fur  les 
Myfleres  du  Paganifne  , de  M.  le  Baron  ne  Ste, 
Croix  }. 


p.4.CTYLïO]VlAN'CIE  , forte  de  divinatiosc 
j^ui  fe  failoit  par  le  moyen  de  quelques  anneaux 
:ondus  fous  l’afpecl  de  certaines  conftellations  >■ 


2^8  DAM 

furFeftuS,  Alexander  ab^  Alex.  Génial,  dier,  VI. 
8.  Panvin,  de  Civ.  Rom,  c.  37.  Guter,  de  Vet. 
dur.  Pont.  jr.  8.  . 

DAMATRIUS  , dixième  mois  de  Pannce  chez 
les  Thébains  & les  Béotiens.  Junius  ^ dans  fon 
livre  de  Anno  & Menfibus  , le  confond  mal-à- 
propos  avec  le  mois  d’Oâobre  : il  répondoit  au 
mois  de  Juin  & partie  de  Juillet  , & tiroit  fon 
nom  de  ^ en  beotien  ^ qui  elf 

celui  lie  Cérès  en  grec  ^ parce  que  c’eft  dans  ces 
■mois  qu'elle  donne  fes  biens , & que  l'on  fait  la 
-xécolte  des  blés  j dont  ils  rendoient  grâces  à cettè 
PéeflTe. 

DAMES  Grecques  & Romaines.  Voy.  FemmeS;, 
Habits i Cheveux,  Voile,  Chaussure,  &c. 

Dames  ( jeu  de  )•  Il  paroit  que  les  Anciens 
n’ont  pas  connu  le  jeu  auquel  nous  donnons  ce 
nom  , & que  notre  jeu  d'échecs  ou  une  efpèce 
'de  jeu  plus  analogue  à celui  - ci  qu’au  jeu  de 
Dames , étoit  délîgné  par  les  mots  Calculi  & 
Latrunculi.  F” pyej  Echecs. 

-fumom  de  la  bonne  DéelTe  , 

c’eft-à-dire , de  Cybèle  ou  de  Maïa  , félon  Da- 
cier.  Ce  nom  eil  grec , & vient  de  S'Hfcicç , & , 
félon  le  dialecte  dorique  , Jiéicsj  , peuple.  De-là 
svtuicç  ou  djtfeioç , public. 

Ce  furnom  fut  donné  à Cybèle  par  antiphrafe  , 

£ l’on  en  croit  Feftus  , qui  dit  pofitivement  que 
ie  facrifice  offert  à cette  DéelTe  , fe  nommoit 
Damium  y 5c  que  ces  noms  étcâent  pris  du  mot 
grec  pour  , qui  fignifie  public  , 

pour  exprimer  , par  contre  - vérité  , celui  de 
tous  ces  facrifices  qui  étoit  le  moins  public  & 
le  plus  fecret.  En  effet , on  ne  facrifioit  à la  bonne 
DéefTe  que  dans  des  maifons  particulières,  portes 
& fenêtres  fermées,  fans  qu'il  fût  permis  à aucun 
Romme  d’être  préfent  au  facrifice  , & il  étoit 
défendu  aux  femmes , qui  feules  pouvoient  y 
afTÆer,  de  révéler  ce  qui  s'y  palToic } c’efl;  peut- 
être  pour  cela  qu’on  a lî  peu  de  connoilïànce  de 
ce  qui  regarde  la  bonne  DéelTe. 

Mais  Dacier  , dans  fes  Notes  fur  Feftus , pré- 
tend qu’il  fe  trompe  ; que  ce  n’eft  point  par 
contre-vérité  que  ce  facrifice  fe  nommoit  ainfî  , 
mais  parce  qu’il  fe  faifoit  pour  le  peuple  ; & il 
cire  fur  cela  Cicéron  qui  écrit  à Atticus  (/.  i. 
Ep.  10.)  : « Je  crois  que  vous  avez  appris  que, 
pendant  que  Ton  faifoit  le  facrifice  pour  le  peuple 
chez  Céfar  , il  y entra  un  homme  en  habit  -de 
femme.  «Dacier  allègue  auffi  le  Gloflaire  latin  & 
grec  , qui  définit  ce  facrifice , un  facrifice  qui  fe 
faifoit  à Taîr  , en  lieu  découvert,  expofé  à Tair. 

Quelques-uns  difent  que  cette  Oamie  étoit  une 
Dryade,  feinme  de  Faune  , qui  fut  fi  chafte  & fi 
retirée  , qu  elle  ne  vit  jamais  ni  n'entendit  aucun 
homme  que  fon  mari  ; de-là  venoit  ce  grand  foin 
exclure  les  hommes  de  ces  fêtes  , & de  voiler 


DAN 

même,  dans  la  chambre  où  Ton  les  céîébi-oic 
tout  ce  qui  pouvoit  avoir  la  forme  de  mâle,  pein- 
ture , gravure , fculpture , &c.  Les  femmes 
feules',  magnifiquement  parées,  fe  donnoient 
toute  forte  de  licences  pendant  neuf  jours  & 
neuf  nuits , danfant,  chantant  & fe  livrant  à tous 
leurs  goûts. 

EAMIArkiX,}'  la  bonne 

Déeffe  Cybèle , qui  étoit  furnommée  Damie, 
Feftus  Tappelle  ainfi  ; mais  les  meilleurs  Philolo- 
gues lifent  Damiatrix  , au-lieu  de  Damlas. 

DAMIUM.  Voyez  Dxmia. 

DAMNAMENEU S.  Voyez  Dactyles. 

DAMNATI.  Voyez  Condamnés. 


DAN.  Voyei  Den. 

DANACON,!  w • J o j. 

aanakhs  , r Monnoie  de  In-gy^te  & de 

TAfie.  V oye-^  Mehah.  Les  Grecs  donnoient  fon 
nom  à la  pièce  de  monnoie  que  Ton  mettoit  dans 
la  bouche  des  morts,  pour  payer  à Charon  le  paf- 
fage  de  fa  barque.  Voye^  Charon. 

DANAÉ  , fille  d’Acrifius  , Roi  d’Argos  , fut 
enfermée  fort  jeune  dans  une  tourd'airain,par  fon 
p>ère  épouvanté  d'un  oracle  fuivant  lequel  fon 
petit-fils  devoir  lui  ravir  un  jour  la  couronne  & 
la  vie.  Jupiter  , devenu  amoureux  de  cette  Prin- 
cefle  , fe  changea  en  pluie  d’or  , & , s'étant  in- 
troduit dans  la  tour  , rendit  Danaé  mère  de  Per- 
fée.  Acrifius  ayant  appris  la  groftelTe  de  fa  fille, 
la  fit  expofer  fur  la  mer  dans  une  méchante  bar- 
que ; mais  elle  arriva  heureufement  dans  Tifle  de 
Sériphe  , où  elle  fut  bien  reçue  de  Polidaùle  qur 
en.  étoit  Roi , & mit  au  monde  Perfée. 


DANAIDES.  Ce  font  les  cinquante  filles  de 
Danaüs , neuvième  Roi  d’Argos.  Ce  Prince  régnA 
d’abord  en  Egypte  avec  fon  frère  Egy^ptus  5 mais- 
celui-ci  , après  neuf  ans  d’union  & de  concorde, 
fe  rendit  feul  maître  du  royaume  , & fournit  forr 
frère  à fes  loix.  Egyptus  avoit  cinquante  fils  , &C 
Danaüs  cinquante  filles.  Le  premier  voulut  donner 
pour  époufes  à fes  fils  leurs  coufines-germaines. 
La  propofition  effraya  les  Daneïdes  , de  maniéré’ 
qu’elles  s'enfuirent  à Argos  , afin  d’éviter  un  ma- 
riage qui  leur  paroiffoit  impie.  Arges  étoit  em 
quelque  forte  leur  terre  natale  , puifque  la  mai- 
fon  de  JJaraailj  étoit  ifTue  d’Io , qui  étoit  Argienne.. 
Pelafgus  , Roi  d’Argos,  les  reçut  favorablement,. 
& leur  accorda  fa  proteéfion  contre  les  pourfuites 
d’Egyptus.  Cette  arrivée  des  Danaïdes  à Argos- 
■fait  le  fujet  d’une  Tragédie  d’Efchile  , intitulee- 
les  Suppliantes.  Le  Poète  repréfente  les  Danaïaes 
avec  leur  père  , venant  demiander  un  afyle  à .Ar- 
gos, en  qualité  de  fuppliantes.  Pelafgus  jugequ-A 


DAN 

feroît  Inhumain  de  rejeter  îes  prières  de  ces  illar- 
tres  ailes  5 mais  il  lui  paroît  aufli  dangereux  en 
même  temps  de  les  recevoir,  par  la  crainte  des 
armes  d’Egyptus.  Cette  délibération  fait  tout  le 
fond  de  la  Tragédie  grecque- 

L'hilloire  de  Danaüs  & d’Egyptus  parqit  bien 
différente  dans  le  Poète  trag.ique,  de  celle  que 
racontent  les  autres  Poètes  Selon  eux  , Danaüs 
ne  voulant  point  que  Tes  filles  .époufalTent  les  fils 
de  fon  frère  , foir  qu’il  en  fut  détourné  par  un 
oracle  qui  lui  avoir  prédit  quTl  feroit  tué  par 
un  de  fes  gendres  , ou  plus  vraifemblablement , 
qu’il  fe  fiattat  de  faire  des  alliances  plus  utiles 
pour  fes  intérêts  , s’enfuit  d’Egypte  avec  fa  fa- 
rnille  , & fe  retira  à Rhodes , puis  à Argos.  Il  y 
dîfputa  le  fceptre  à Gélanor , en  qualité  de  def- 
cendant  d’Epaphus,  fils  d’Io.  Tandis  qu’il  faifoit 
valoir  fes  prétentions  devant  le  peuple  , un  bœuf 
qui  paffoit  aux  pieds  des  murs  de  la  ville,  fut 
dévoré  par  un  loup  ; on  interpréta  cet  événement 
en  fa  faveur  j on  crut  voir , dans  cet  étranger  , 
une  image  du  loup  & un  ligne  de  la  volonté  des 
Dieux  ; & la  couronne  lui  fut  adjugée.  Voye:^ 
Gelanor. 

Egyptus  , jaloux  des  accroilTemens  que  la  puif- 
fance  de  fon  frère  devoir  recevoir  des  alliances 
qu’il  ailoit  contraéler  , en  choifilfant  cinquante 
gendres  parmi  les  Princes  de  la  Grèce , envoya 
fes  fils  à Argos , à la  tête  d’une  armée  , pour 
réitérer  la  demande  de  leurs  confines.  Danaüs  , 
trop  foible  pour  leur  réfifier,  confenrit  au  ma- 
riage de  fes  cinquante  filles  avec  fes  cinquante 
neveux  j mais  il  fit  jurer  fecrettement  aux  Da- 
xazdes  , qu’armées  d’un  poignard  caché  fous  leurs 
robes  , elles  malTacreroient  leurs  maris  la  première 
nuit  de  leurs  noces.  Ce  projet  s’exécuta , & la 
îeule  Hypermneftre  épargna  fon  mari  Lyncée.  Ju- 
piter pour  punir  ces  filles  cruelles  de  leur  inhu- 
manité , les  condamna  à travailler  éternellement 
dans  le  tartare  à remplir  un  tonneau  percé.  Voye:^ 
Egyptus,  Hypermnestre  , Lyncée,  Bé- 

SRYCE. 

Winkelmann  a cru  en  reconnoître  deux  fur  un 
bas-relief  de  la  ville  Panfili , qui  repréfentc  Or- 
phée. L’une  des  deux  porte  un  petit  Peau , & 
Pautre  une  petite  coquille.  Ce  bas  - relief  peut 
être  aufli  relatif  aux  Thefmophories  ; car  011 
crpyoit  que  les  Danaides  avoient  rapporté  de 
l’Egypte  en  Grèce  le  culte  de  Cérès  & fes  Thef- 
mophories. 

DANAiS  ,-  Nymphe  mère  de  Chrifippe.  Voyez 
Chrisippe. 

DANAÜS  , Roi  d’Argos.  Voy.  DanAÏdes. 
Eiar.'chinî  ( Iftor.  univ.  p.  316.  ) a cru  recon- 
noître , furjan  médaillon  du  Cabinet  Odefcalchi, 
Danaüs  aflifté  de  hünerve  , travaillant  au  vàiffeaii 
qui  deyoit  le  tranfporter  d’Egypte  en  Grèce.  On 
poiirroit  expliquer  de  même  deux  agathqs  onix 
de  la  colleétion  de  Stofeh,  le  monument  d’un 


DAN 


299 


■ Faier  Navalîs  ( Murptt,ori  i.  p.  dxxv.)  ^ Cur  le- 
quel un  homme:  travaille  à unvailTeau,  & le  type 
d’une  médaille  de  la  ville  de  Nicomédie  (Froeücft 
Tentam.  Nnm'.p.  21  y.  ) y mais  Winckelmann  croit 
avec  plus  de  raifon  y reconnoître  Argus  ou  Glau- 
cus  ; car  Athénée  ( /.  7.  ) attribue  à ce  dernier  ia 
confiruétion  du  navire  des  Argonautes.  Voyez 
Argus. 


DANIC,  Thermos,  pitebi,  lupin,  ancien  poids 
de  l’Afie  & de  l’Égypte. 

I!  valoir  , en  poids  de  France  , 7 grains  & f J- , 
félon  la  Métrologie  de  M.  Pauclon. 

Il  valoir , en  poids  des  mêmes  pays  , i f kik- 
kabos,  ou  2 kération,  ou 4 chalcous , ou  8 Sitarion. 


DANSE.  Les  Grecs  durent  aux  Égyptiens 
prefque  toutes  leurs  premières  notions  , dans  le 
temps  qu’ils  étoient  encore  plongés  dans  la  plus 
Ilupide  ignorance. 


Orphée  ( être  réel,  félon  la  Mythologie),  qui 
avoir  parcouru  l’Egypte,  & qui  s’étoit  fait  initier 
aux  myftères  des  Prêtres  d’Ifis , porta  , à fon  re- 
tour dans  fa  patrie , leurs  erreurs.  Auffi  le  fyf- 
tême  des  Grecs  fur  ia  Religion  n’étoit-ii  qu’une 
copie  de  toutes  les  chimères  des  Prêtres  d’Égypte. 

La  danfe  fut  donc  établie  dans  la  Grèce  pour 
honorer  les  Dieux, dont  Orphée  inftituoit  le  culte; 
& comme  elle  faifoit  une  des  parties  principales 
des  cérémonies  & des  facrifices  , à mefure  qu’on 
éleyoir  des  autels  à quelque  Divinité,  on  inventoic 
aufli  pour  rhonorer,des  danfes  nouvelles}  & toutes 
ces  danfes  différentes  étoient  iiommées  facrées. 

II  en  fut  ainfi  chez  îes  Romains,  qui  adoptèrent 
les  Dieux  des  Grecs.  Numa , Roi  pacifique  , crut 
pouvoir  adoucir  la  rudelTe  de  fes  fujets,  en  jetant 
dans  Rome  les  fondemens  d’une  religion  ; & c’eft 
à lui  que  les  Romains  durent  leurs  fuperftitions  , 
& peut-être  leur  gloire.  Il  forma  dabord  un  col- 
lège de  Prêtres  de  Mars  j il  régla  leurs  fondions  , 
leur  afligna  des  revenus  , fixa  leurs  cérémonies  , 
& il  imagina  la  danfe  qu’ils  exécutoient  dans  leurs 
marches  pendant  les  facrifices  , & dans  les  fêtes 
folemnelles.  Voyei  Danse  des  Saliens. 

Toutes  les  autres  danfes  facrées  qui  furent  en 
ufage  a Rome  & dans  l’Italie,  dérivèrent  de  cette 
première. 

Chacun  des  Dieux  que  Rome  adopta  dans  îa 
fuite  , eut  des  temples  , des  autels  & des  danfes. 
Telles  étoient  celles  de  la  bonne  Déejfe  , les  Sa- 
turnales , celles  du  premier  jour  de  Mai,  &c. 
Voye^-les  à leurs  Articles. 

Les  Gaulois , les  Efgagnols  , les  Allemands  > 
les  Anglois  eurent  aufli  leurs  danfes  facrées. 

Tous  les  Anciens  ne  reconnoiffent  pas  égale-* 
ment  Cybèle  ou  Rhée  pour  l’infiitutrice  de  la 
danfe.  Thé ophrafte,  ciré  par  Athénée  {i.  r.  p.  22.), 
difoit  qu’un  Joueur  de  Flûte  de  Catane  en  Sicile  y 
nommé  Andron  , fut  le  premier  qui  s’avifa  d’ac- 
compagnér  les  fons  de  la  flûte  de  divers  m-owve- 
niens  de  fon  corps , qui  marquoient  une  efpèee 

Pp  i; 


300  DAN 

de  cadence.  C’eft  pour  cela  que  les  anciens  Grecs 
exprimoient  le  mot  danfer  par  celui  de  , 

voulant  faire  connoîcre  par-la  que  la  danfe  leur 
venoit  de  la  Sicile.  Après  Andron,  Ciéophante  de 
Thèbes  cultiva  cet  art  avec  fuccès,  & Efchile  , 
qui  le  porta  fur  le  théâtre,  contribua  beaucoup  à 
fa  perfection. 

£rato  & Therplîcore  préfîdoient  à la  danje. 

Les  Grecs  & les  Romains  eurent  fur  la  danfe 
une  manière  de  penfer  très- différente.  Les  pre- 
miers , voifins  & imitateurs  des  Orientaux , en 
faifoient  beaucoup  de  cas.  Nous  voyons , dans 
une  hymne  d’Homère , Apollon  jouer  de.  la  lyre , 
& marcher  en  cadence , *«?.»  Ju- 

piter lui-même , le  Père  des  Dieux  & des  hommes, 
danfe  au  milieu  de  l’Olympe  dans  les  vers  d’un 
ancien  Poète  cité  par  Athénée  ( lib.  i.  c.  19.  ). 
Cornélius  Népos  raconte  d’Épaminondas  , qu’il 
avoir  appris  l’art  de  la  danfe  & la  mulique , & il 
ajoute  que  ces  deux  arts  , méprifés  de  fou  temps 
par  les  Romains , avoient  joui  chez  les  Grecs 
d’une  grande  confidération  .•  Atque  k&c  ad  noftram 
conÇuetadinem  fant  levia  , & potiùs  contemnenda  ,• 
at  in  Gr&cia  utiquc  ohm  magna  laudi  erant. 

Ce  mépris  des  Romains  pour  la  danfe  eft  encore 
exprimé  plus  fortement  dans  le  plaidoyer  de 
Cicéron  pour  Murena  : tiemo,  dit  ce  célèbre 
Orateur  , fere  faltat  fobrîus  , nifi  forte  infanit  ; 
neque  in  Jolitadine  , neque  in  convivio  honefto.  In- 
tempef  ivi  convivii  , amæni  loci  , muitarum  deli- 
ciarum  cornes  eft  extrema  faitatio. 

Dirons  cependant , à la  louange  des  Grecs , 
que  s’ils  attachoient  du  prix  à la  danÇe  , c’étoit 
feulement  à la  danfe  noble  & grave.  Le  trait  fui- 
vant  en  fournit  la  preuve.  Clyftène  , tyran  de 
Sicyone  , ayant  promis  fa  fille  en  mariage  à celui 
d’entre  les  Grecs  diftingués  par  la  naiffance,  qui 
remporteroit  les  prix  dans  des  combats  & des 
défis  relatifs  à tous  les  exercices  du  corps  , la 
refufa  à l’ Athénien  Hippoclide,  à caufe  de  la 
Hiollefle  & de  la  lafciveté  des  mouvemens  qu’il 
avoir  exécutés  en  danfant  ( Herodot.  lib.  vi.  cap. 
128.  ).  On  fait  de  plus  combien  étoient  méprifées 
les  danfes  lafcives  des  Ioniens. 

Dan5E  armée  : c’étok  la  plus  ancienne  de 
toutes  les  danfes  profanes  : elle  s’exécutoit  avec 
l’épée , le  javelot  8c  le  bouclier.  Les  Grecs  l’ap- 
peloient  memphitique  , & ils  en  attribuoient  l’in- 
vention à Minerve. 

Pyrrhus,  qui  en  renouvela  l’ufage,  en  a été 
cependant  reconnu  pour  l’inventeur  , par  quel- 
ques anciens  Écrivains. 

La  jeuneflê  Grecque  s’exerçoit  à cette  danfe , 
pour  fe  diftraire  des  ennuis  du  fiége  de  Troie. 
Elle  étoit  très  propre  à former  les  attitudes  du 
corps  î & pour  la  bien  danfer  , il  falloir  des  dif- 
pofirions.  tïès-heureufcs  & une  très-grande  ha- 
bitude. 

"Toutes  les  différentes  évolutions  militaires  en- 
.Uoicnt  dans  la  compoûtion  de  cette  danfe.. 


DAN 

Dansï  astronomique.  Les  Égyptiens  m 
furent  les  inventeurs.  Par  des  mouvemens  variés  ' 
des  pas  alfortis  , & des  figures  bien  delTinées , ils 
repréfentoient , fur  des  airs  de  caraélère , l’ordre  , 
le  cours  des  aftres  & l’harmonie  de  leurs  mouve- 
mens. Cette  danfe  fubüme  pafia  aux  Grecs , qui 
Ijadoptèrent  pour  le  théâtre.  Koyer  Strophe, 
Épode  , &c.  Platon  & Lucien  parlent  de  cette 
danfe  comme  d’une  invention  divine. 

Danses  Bacchiques  ; c’efl  le  nom  qu’on 
donnoit  aux  danfes  inftituées  par  Bacchus  , 8c 
qui  étoient  exécutées  par  les  Satyres  & les  Bac- 
chantes de  fa  fuite.  Le  plaifir  & la  joie  furent 
les  feules  armes  qu’il  employa  pour  conquérir  les 
Indes,  pour  foumettre  la  Lydie,  & pour  dompter 
les  Tyrrhiens.  Ces  danfes  étoient  au  relie  de  trois 
efpèces  .•  la  grave  , qui  répondioit  à nos  danfes 
terre  à terre  ; la  gaie  , qui  avoir  un  grand  rapport 
avec  nos  gavotes  légères , avec  nos  paflè- pieds  & 
nos  tambourins  ; enfin , la  grave  & la  gaie , mêlées- 
l’une  à l’autre , telles  que  font  nos  chacones  & 
nos  autres  airs  de  deux  ou  trois  caradères.  On 
donnoit  à ces  danfes  les  noms  à’ ommelie  de  cor~ 
dace  8c  de  cinufts. 

Danses  champêtres  ou  rustiques.  Pan  , 
qui  les  inventa  , voulut  qu’elles  fufîent  executees 
dans  la  belle  faifon  , au  milieu  des  bois.  Les 
Grecs  & les  Romains  avoient  grand  foin  de  les 
rendre  très-folemnelles  dans  la  célébration  des 
fêtes  du  Dieu  qu’ils  en  croyoïent  1 inventeur. 
Elles  étoient  d’un  caraélère  vif  & gai.  Les  jeunes 
filles  & les  jeunes  garçons  les  exécutoient  avec 
une  couronne  de  chêne  fur  la  tête  & des  guir- 
landes de  fleurs  qui  defcendoient  de  l’épaule  gau- 
che , & étoient  attachées  au  côté  droit. 


Danses  des  Curètes  et  des  Corib.antes. 
ieloii  l’ancienne  Mythologie  , les  Curètes  & lesr 
Zorybantes  , qui  étoient  les  Minières  de  la  reli- 
;ion  fous  les  premiers  Titans  , inventèrent  cette' 
ianfe.  Ils  Fexécutoient  au  fon  des  tambours , des 
ifres  , des  chalumeaux  , & au  bruit  tumultueux; 
tes  fonnettes , du  cliquetis  des  lances,  des  épees 
le  des  boucliers.  La  fureur  divine  dont^  Us 
■oifîbient  faifis,  leur  fit  donner  le  nom  de  Cory~. 
tantes.  On  prétend  que  c’efl  par  le  fecours  de' 
rette  danfe  qu’ils  fauvèrent  de  la  barbarie  du, 
deux  Saturne  le  jeune  Jupiter,  dont l’éducaticn 


Danses  des,  Fes'Tins.  Bacchns  lès  ihflitua  a- 
fon  retour  en  Égypte.  Après  le  fellin , le  fon  de 
pluiîeurs  inftrumens  réunis  invitoit  les  convives^a< 
de  nouveaux  plaifirs  ; ils  danfoient  des  danfes  de 
divers  genres  ; c’étoient  des  efpèces  de  bals  ou- 
éclatoient  la  joie , la  magnificence  & l'àdrelie- 
philoftrate  attribue  à Cornus  Tinvention  de  ces- 
danfes , & Diodore  prétend  que  nous  h dev-oss 
à Therpfieoie. 


DAN 

Danse  dès  Funérailles.  « Comme  îa  na- 
« ture  a donné  à l’homme  des  gelles  relatifs  à 
3=  toutes  fes  différentes  fenfations  j il  n’eft  point 
55  de  fituation  de  l’ame  que  la  danfe  ne  puiffe 
55  peindre  : auffi  les  Anciens^qui  fuivoient  dans  les 
53  arts  les  idées  primitives  , ne  fe  contentèrent  pas 
»5  de  la  faire  fervir  dans  les  occalions  d’alégrelfe  ; 
M ils  l’employoient  encore  dans  les  circonftances 
>5  folemnelles  de  trilleffe  & de  deuil. 

35  Dans  les  funérailles  des  Rois  d’Athènes  j une 
53  troupe  d’élite  , vêtue  de  longues  robes  blan- 
33  ches  , commençoit  la  marche  ; deux  rangs  de 
33  jeunes  garçons  précédoient  le  cercueil , qui 
33  étoit  entouré  par  deux  rangs  de  jeunes  vierges. 
33  Ils  portoient  tous  des  couronnes  de  branches 
33  de  cyprès  & formoient  des  danfes  graves  & 
33  majeftueufes  fur  des  fymphonies  lugubres. 

35  Elles  étoient  jouées  par  plufleurs  Mufîciens 
33  diftribués  entre  les  deux  premières  troupes. 

33  Les  Prêtres  des  différentes  Divinités  adorées 
33  dans  l’Attique , revêtus  des  marques  diftinc- 
33  tives  de  leur  caraélère , venoient  enfuite.  Ils 
33  marchoîent  lentement  & en  mefure  , en  chan- 
33  tant  des  vers  à la  louange  du  Roi  mort. 

33  Cette  pompe  étoit  fuivie  d’un  grand  nombre 
=3  de  vieilles  femmes  couvertes  de  longs  manteaux 
33  noirs  Elles  pleuroient  & faifoient  les  contor- 
33  fions  les  plus  outrées , en  pouffant  des  fanglots 
33  & des  cris.  On  les  nommoit  les  Pleareufes , & 
=3  on  régloit  leut  falaire  fur  les  extravagances  plus 
>3  ou  moins  grandes  qu’on  leur  avoir  vu  faire. 

33  Les  funérailles  des  particuliers  , formées  fur 
53  ce  modèle  , étoient  proportionnées  à la  dignité 
3=  des  morts  & à la  vanité  des  furvivans  : l’orgueil 
» eft  à-peu-près  le  même  chez  tous  les  hommes  •, 
>3  les  nuances  qu’on  croit  y appercevoir  font  peur- 
>3  être  moins  en  eux-mêmes,  que  dans  les  moyens 
33  divers  de  le  développer , que  la  fortune  leur 
33  prodigue  ou  leur  refufe  33.  ( Traité  hifiorique  de 
la  D-anfe  , tome  I.  l.  il.  e.  vi . ). 

Danse  des  Lacédémoniens^  Lycurgue,  par 
une  loi  expreffe  , ordonna  que  les  jeunes  Sfaar- 
tiates  > dès  l’àge  de  fept  ans  , commenceroient  à 
s’exercer  à des  danfes  fur  le  mode  phrygien.  Elles 
s’exécutoient  avec  des  javelots , des  épées  & des 
boucliers.  On  voit  que  la  danfë  zrméQ  a été  l’idée 
primitive  de  cette  inftitution , & le  Roi  Numa 
forma  la  danfe  des  Saiiens  de  l’une  & de  l’autre. 

La  gymnopédie  fut  de  l’inflitution  expreffe  de 
Lycurgue.  Cette  danfe  étoit  compofée  de  deux 
choeurs  , l’un  d’hommes  faits , l’autre  d’enfans  r 
ils  danfoient  nuds , en  chantant  des  hymnes  en 
l’honneur  d’Apollon.  Ceux  qui  menoient  les  deux 
chœurs  étoient  couronnés  de  palmes. 

La  danfe  de  l’innocence  étoit  très-ancienne  à 
Lacédémone  : les  jeunes  filles  l’exécutoient  nues^ 
devant  l’autel  de  Diane,  avec  des  attitudes  douces 
& modeftes , & des  pas  lents  & graves.  Hélène 
5‘eserçoit  à cette  danfe  lorfque  'ITjéfée  la  vh  > en 


devint  amoureux , & l’enleva.  Il  y a des  Auteurs 
qui  prétendent  que  Paris  conçut  auffi  pour  elle 
cette  violente  paffion  qui  coûta  tant  de  fang  à 
la  Grèce  & à l’Afie  , en  lui  voyant  exécuter  cette 
même  danfe.  Lycurgue , en  portant  la  réforme 
dans  les  loix  & les  mœurs  des  Lacédémoniens  , 
conferva  cette  danfe  , qui  ceffa  dès-lors  d’être 
dangereufe. 

Dans  cette  République  extraordinaire , les  vieil- 
lards avoient  des  danfes  perticulières  qu’ils  exécu- 
toient  en  l'honneur  de  Saturne  , & en  chantant 
les  louanges  des  premiers  âges. 

Dans  une  efpèce  de  branle  qu’on  appÆloît  kor- 
mus  , un  jeune  homme  lefte  & vigoureux , & 
d’une  contenance  fiêre  , menoit  la  danfe  ; une 
troupe  de  jeunes  garçons  doubloit  les  pas  5 une 
troupe  de  jeunes  filles  venoit  immédiatement  après 
eux  avec  des  pas  lents , & d’un  air  modefie.  Les 
premiers  fe  rerournoient  vivement , fe  mêloient 
avec  la  troupe  de  jeunes  filles  , & repréfentoienc 
ainfi  l’union  & l’harmonie  de  la  tempérance  & de 
la  force.  Les  jeunes  garçons  doubloient  les  pas 
qu’ils  faifoient  dans  cette  danfe  , tandis  que  les 
jeunes  filles  ne  les  faifoient  que  fimples  ; & voilà 
toute  la  magie  des  deux  mouvemens  diSérens  des 
uns  des  autres  en  exécutant  le  même  air. 

Danse  des  Lapithes.  Elle  s’exéeutoit  au 
fon  de  la  flûte,  à la  fin  des  feftins , pour  célébrer 
quelque  grande  viâoire.  On  croit  quelle  fut  in- 
ventée par  Pirrithoüs.  Elle  étoit  difficile  & pé- 
nible , parce  qu’elle  étoit  une  imitation  du  combat 
des  Centaures  & des  Lapithes  : les  différens  moa- 
vemens  de  ces  monftres  moitié  hommes  & moitié 
chevaux  , qu’il  étoit  néceffaire  de  rendre  , exi- 
geoient  beaucoup  de  force  ; c’eft  par  cetre  raifori 
qu’elle  fut  abandonnée  aux  payfans.  Lucien  nous 
apprend  qu’eux  fèuls  l’exécuroient  de  Ion  temps. 

Danse  de  l’ArchixïiNE,  dans  Us  funérailles 
des  Romains.  On  adopta  fucceffivement  à Rome 
toutes  les  cérém-onies  des  funérailles  des  Athé- 
niens , mais  on  y ajouta  un  ufage  digne  de  Is 
fageffe  des  anciens  Égyptiens 

« Un  homme  inftruit  dans  l’art  de  contrefaire 
33  l’air  , îa  marche , les  manières  des  autres  hom- 
33  mes,  étoit  choifi  pour  précéder  le  cercueil  : il 
33  prenoit  les  habits  du  défunt,  & fe  couvroit  le 
33  vifage  d’un  mafque  qui  retraçoit  tous  fes  traits  ï 
33  fur  les  fymphonies  lugubres  qu’on  exécutoic 
33  pendant  la  marche  , il  peignoir  dans  fa  danfe 
33  les  aérions  les  plus  marquées  du  perfonnage 
>5  qu’il  repréfentoir. 

33  C’étoit  une  oraifon  funèbre  muette , qui 
33  retraçoit  aux  yeux  du  publÂ:  toute  a vie  du 
33  citoyen  qui  n’éroit  plus. 

33  UArchimine,  c’étoit  ainfi  qu’on  nommoit  cet 
33  Orateur  funèbre,  étoit  fans  partialité  5 il  ne  fai- 
33  foit  grâce  , ni  en  favear  des  grandes  places  dis 
33  mort , ni  par  h crainte,  du  pouveit  de  fes 
33  fuccdTeuîs. 


3ot  DAN 

=’  Un  citoyen  que  fon  courage , fa  genero- 
” iîté  J rélévation  tie  fon  ame  avoient  rendu 
« l’objet  du  refpea;  & de  l'amour  de  la  patrie , 
” fembioit  reparoitre  aux  yeux  de  fes  conci- 

toyens  : ils  jouilîoient  du  fouvenir  de  fes  ver- 

tus  5 il  vivoic , il  agiffoic  encore  5 fa  gloire  fe 
53  gravOit  dans  tous  les  efprits  > la  jeuneiîe  Ro- 
33  maine  frappée  de  l’exemple  , acmiroit  fon 
» modèle  ; les  Vieillards  vertueux  goûtoient  déjà 
« le  fruit  de  leurs  travaux  , dans  l’efpoir  de  re- 
» paroître  à leur  tour  fous  ces  traits  honorables  j 
53  quand  ils  auroient  celle'  de  vivre. 

33  Les  hommes  indignes  de  ce  nom , & nés 
33  pour  le  malheur  de  l’efpèce  humaine , pou- 
33  voient  être  retenus  par  la  crainte  d’être  un  jour 
33  expofés  fans  ménagement  à la  haine  publique  ^ 
»»  à la  vengeance  de  leurs  contemporains,  au  mé- 
» pris  de  la  poftérité. 

33  Cesperfonnages  futiles,  dont  plufieiirs vices , 
»3  rébaiîche  de  quelques  vertus , l’orgueil  extrême , 
33  & beaucoup  de  ridicule,  compofent  le  carac- 
3’  tère  , connoilToient  d’avance  le  fort  qui  les  ar- 
ec tendoit  un  jour,  par  la  rifée  publique  à laquelle 
=3  ils  voycient  expofer  leurs  femblables. 

» La  fatyre  eu  l’éloge  des  morts  devenoit  ainfi 
»’  une  leçon  utile  pour  les  vivans.  La  danfe  des 
33  Arckimines  étoit  alors  dans  la  Morale  ce  que 
33  l’Anatomie  eil  devenue  dans  la  Phyhque  {Traité 
»3  kiftoriqiie  de  la  Danfe  , tome  1.  l.  il.  c,  pr/.)  33. 

Danses  lascives.  On  diftinguoit  ainfi  les 
différentes  danfes  qui  peignoient  la  volupté. 

C’eft  aux  Bacchanales  que  les  danfes  lafelves 
durent  leur  origine.  Les  fêtes  inllituées  par  les 
Bacchantes  pour  honorer  Bacchus  dont  on  venoit 
de  faire  un  Dieu  , étoient  célébrées  dans  l'ivrciTe 
& pendant  les  nuits  : de-là  toutes  les  libertés  qui 
s'y  introduifirent  : les  Grecs  en  firent  leurs  dé- 
lices , & les  Romains  les  adoptère.nt  avec  une 
efpece  de  fureur , lorfqu’ils  eurent  pris  leurs 
mœurs  , leurs  arts  & leurs  vices. 

Danse  de  l’Hymen.  Une  troupe  légère  de 
jeunes  garçons  & de  jeunes  filles  couronnés  de 
fleurs  ^exécutoient  cette  danfe  dans  les  mariages  , 
& ils  expjimoient,  par  leurs  figures,  leurs  pas  & 
leurs  gefies , la  joie  vive  d’une  noce  : c’eft  une 
des  danfes  qui  étoient  gravées,  au  rapoort  d’Ho- 
mère , fur  le  boucher  d’Achille.  Il  ne  faut  pas  la 
confondre  avec  les  danfes  nuptiales  dont  on  par- 
lera plus  bas;  car  elle  n’ avoir  que  des  expreffions 
douces  & modeftes. 

Danse  memphitique.  Elle  fut,  dit  on,  in- 
ventée par  Minerve,  pour  célébrer  la  vidfoire  des 
Dieux  & la  défaite  des  Titans.  Cétoit  une  danfe 
grave  & guerrière  , qu’on  exécutoit  au  fqn  de 
tous  les  inftrumens  militaires. 

Danses  militaires.  On  donnoit  ce  nom  à 
toutes  lys  danfes  anciennes  qu’on  exécutoit  avec 


D A N 

des  armes , & dont  les  figures  peignoient  quel,- 
ques  évolutions  militaires.  Plufieurs  Auteurs  en 
attribuent  1 invention  à Caftor  & à Poilux  ; mais 
c’efi  une  erreur  qui  eft  fuffifamment  prouvée  par 
ce  que  nous  avons  déjà  dit  de  la  danfe  armée. 
Ces  deux  jeunes  héros  s’y  exerçoient  fans  doute 
avec  un  fuccès  plus  grand  que  les  autres  héros 
leurs  contemporains  ; & c’efi  la  caiife  de  la  mé- 
prife. 

Ces  danfes  furent  en  ufage  dans  toute  la  Grèce, 
mais  à Lacédémone  en  particulier  : elles  faifoienc 
partie  de  l’éducation  de  la  jeunefle.  Les  Spartiates 
alloient  toujours  à l’ennemi  en  danfant.  Quelle 
valeur  ne  devoit-on  pas  attendre  de  cette  foula 
de  jeunes  guerriers  accoutumés  dès  l’enfance  à re- 
garder comme  un  jeu  les  combats  les  plus  terribles! 

Danse  nuptiale.  Elle  étoit  en  ufage  à Rome 
dans  toutes  les  noces  ; c'étoit  la  peinture  la  plus 
diffolue  de  toutes  les  aérions  fecrètes  du  mariage. 
Les  danfes  lafeives  des  Grecs  donnèrent  aux  Ro- 
mains l’idée  de  celle-ci , & ils  furpafsèrent  de 
beaucoup  leurs  modèles.  La  licence  de  cet  exercice 
fut  pouffée  fi  loin  pendant  le  règne  de  Tibère  , 
que  le  Sénat  fut  forcé  de  chaffer  de  Rome  , par 
un  arrêt  folemnel , tous  les  danfears  8c  tous  les 
maîtres  de  danfe. 

Le  mal  étoit  trop  grand  fans  doute  lorfqu’on 
y apuliqua  le  remède  extrême  ; il  ne  fervit  qu’à 
rendre  cet  exercice  plus  piquant  :1a  jeuneffe  Ro- 
maine prit  la  place  des  danfeurs  à gage  qu’on  avoit 
chaflés  : le  peuple  imita  la  nobîeffe  ; & les  Séna- 
teurs eux-mêmes  n’eurent  pas  honte  de  fe  livrer  à 
cet  indigne  exercice-  Il  n’y  eut  plus  de  dilrinélion 
fur  ce  point  entre  les  plus  grands  noms  & la  plus 
vile  canaille  de  Rome.  L’Empereur  Domitien 
enfin  , qui  n’éroit  rien  moins  que  délicat  fur  les 
mœurs  , fut  forcé  d’exclure  du  Sénat  des  pères 
conferits  qui  s’étoienc  avilis  jufqu’au  point  d’exé- 
cuter en  public  ces  fortes  de  danfes. 

Danse  pyrrique.  C’eft  la  même  que  la 
danfe  armée  que  Pyrrhus  renouvela,  & dont  quel- 
ques Auteurs  le  prétendent  l’inventeur. 

Danse  du  premier  jour  de  Mai.  A Rome 
8c  dans  toute  ritaüe  , plufieurs  troupes  de  ci- 
toyens des  deux  fexes  fortoienr  de  la  ville  au  point 
du  jour;  elles  alloient,  en  danfant  au  fon  des 
inftrumens  champêtres  , cueillir  dans  la  campagne 
des  rameaux  verds  ; elles  les  rapporroient  de  la 
même  manière  dans  la  ville  , 8c  elles  en  ornoient 
les  portes  des  mai.fons  de  leurs  p.irens  , de  leurs 
amis,  8c  dans  la  fuite,  de  quelques  perfonnes 
conftituées  en  dignité.  Ceux-ci  les  artendoient 
dans  les  rues,  où  on  avoir  eu  foin  de  remr  des 
fables  fervies  de  toute  forte  de  mets.  Pendant 
ce  jour  tous  les  travaux  ceftoient , on  ne  fongeoR 
qu’au  plaifir  ; le  Peuple  , la  nobleiTe  , les  rnagif-' 
tracs , confondus  8c  réunis  par  la  joie  générai  > 


DAN 

fembîoîent  ne  compofer  Q'j’.jne  îVule  famiüe  ; üs 
etoient  tou.9  pares  de  rameaux  naiifans  : être  fans 
Cette  marque  diftinêtive  de  la  fête  ^ anroit  été  une 
efpèce  d infamie.  Il  y avoit  une  forte  d'émulation 
à en  avoir  des  premiers  ; & de-là  cette  manière 
de  parler  proverbiale  , en  ufage  encore  de  nos 
jours  : o/z  ne  me  prend  point  fans  vend. 

_ Cette  fete  j commencée  dès  l'aurore:,  & con- 
tinuée pendant  tout  le  jour  , fut,,  par  la  fuccef- 
fion  des  temps  ^ pouflee  bien  avant  dans  la  nuit. 
Les  danfes  , qui  n'étoient  d'abord  qu'une  expref- 
fion  naïve  de  la  joie  que  caiifoit  le  retour  du 
printemps  ^ dégénérèrent  dans  la  fuite  en  danfes 
galantes  ; & , après  ce  premier  pas  fait  vers  la 
corruption , elles  fe  précipitèrent  avec  rapidité 
dans  une  licence  effrénée  j Rome  , toute  l'Italie 
etoient  plongées  alors  dans  une  débauche  fi  hon- 
Tibère  lui-m.ême  en  rougit  ; & cette 
lete  fut  folemnellement  abolie.  Mais  elle  avoit 
i'^preffions  trop  profondes  ; on  eut  beau 
Ja  defendre  : après  le  premier  moment  de  la  pro- 
mulgation de  la  loi  ^ on  la  renouvela  , & elle  fe 
•Teppdit  dans  prefque  toute  l’Europe^  C'eft-ià 
1 origine  de  ces  grands  arbres  ornés  de  Seurs^  qu'on 
plante,  dès  l’aurore  du  premier  jour  de  Mai  /dans 
tant  de  villes  , au-devant  des  maifons  de  gens  en 
place.  II  y a plufîeurs  endroits  où  c'eft  un  droit 
de  charge. 

Danse  ites  Saliens.  Numa  Pompilias  l'infli- 
tua  en  l’honneur  du  Dieu  Mars.  Ce  Roi  choifit , 
parmi  la  plus  illuRre  noblefïe,  douze  Prêtres  qu'il 
nomma  Suhens  ^ a caufe  du  fü.iitillag£  Sz  pétille- 
ment du  fel  qu’on  jetoit  dans  le  feu  lorfqu’on 
brûloir  les  viâimes.  Ils  exécutoient  leur  dunfe 
Clans  k temple  pendant  le  facrifice,  & dans  les 
marenes  folemnelles  qu’ils  faifoient  dans  les  rues 
de  Rome  , en  chantant  des  hymnes  à la  gloire  de 
Mars.  Couverts  d une  efpèce  de  cuiralfe  d'airain  , 
3ls  portoient  le  javelot  d'une  main,  & ie  bouclier 
de  l’autre. 

De  cette  danfe  dérivèrent  toutes  celles  qui 
furent  inüituées  dans  la  fuite  pour  célébrer  les 
fetes  des  Dieux. 

Danse  théâtrale.  On  croit  devoir  donner 
cette  dénomination  aux  danjes  différentes  que  les 
Andens  & les  Modernes  ont  portées  fur  leurs 
théâtres.  Les  Grecs  unirent  la  danfe  à la  Tragédie 
■&  à la  Comédie  , mais  fans  lui  donner  une  rela- 
tion intime  avec  l’aâion  principale  : elle  ne  fut 
chez  eux  qu  un  agrément  prefque  étranger. 

Les  Romains  fuivirent  d’abord  l’exemple  des 
Grecs  jufqu  au  régné  d’AuguIIe  ; mais  il  parut 
alors  deux  hommes  extraordinaires  , qui  créèrent 
un  nouveau  genre  , & qui  le  portèrent  au  plus 
haut  degre  de  perfeâion.  H ne  fut  plus  queftion 
a Rome  que  des  fpedades  de  Pilade  & de  Batyle. 

e premier,  qui  étoit  ne  en  Cilicie,  imagina  de 
reprefenter  , par  le  feul  fecours  de  la  danfe  , des 
atîîons  fortes  & pathétiques.  Le  fécond , né  à j 


DAN  Î05 

Alexandrie,  fe  chargea  de  la  repréfentaticn  des 
aélions  gaies  , vives  & badines.  La  nature  avoit 
donné  à ces  deux  hommes  du  génie  & de  belles 
qualités  extérieures  : l’application  , l’étude  , l’a- 
mour de  la  gloire  , leur  firent  développer  tontes 
les  reffources  de  l’art.  Malgré  ces  avantages,  nous 
ignorerions  peut-être  qu'us  eüiréht  èxiîîé,  leurs 
contemporains  auroient  été  privés  d’un  genre  qui 
fit  leurs  delices , fans  la  proreétion  fignalée  qu’An- 
gufte  accorda  à leurs  Théâtres  & à leurs  compo- 
fitions. 

Ces  deux  hommes  rares  ne  furent  point  rem- 
places ; leur  art  ne  fut  plus  encouragé  par  le 
gouvernement , il  tomba  dans  une  dégradation 
fenfible  depuis  le  règne  d’Augufte  jufqu’à  celui 
de  Trajan  , où  il  fe  perdit  tout- à-fait. 

Ces  Articles  des  diférentes  danses  , font  de 
V ancienne  Encyclopédie. 

DANSEUR.  Lucien  a introduit  dans  le  banquet 
des  Lapithes  un  danfeur  avec  la  tête  rafée  ; mais 
fes  commentateurs  ne  croyant  apparemment  pis 
la  chofe  décente,  ont  dit  que  ce  paffage  étoic 
altéré.  Une  cornaline  de  Stofeh  nous  montre 
cependant  un  jeune  homme  qui  danfe  avec  des 
callagnettes,  & dont  la  tête  efi  rafée. 

Dans  les  jeux  publics  de  Rome  les  danfenrs  por- 
toient des  plumes  à leur  bonnet. 

DANSEUSES.  Les  danfeufes  qu'on  introduifit 
dans  un  ferlin  où  étoir  Socrate , fautoient  par- 
deffus  des  epees  nues  (^Eien.  conviv.  p,  8yC.  ). 

“ Les  Anciens  artifles  ont  obfervé , dit  Winc- 
kelmann  ( Jïi,?.  de  tan.  liv.  IT.  ch.  3.  ) de  don- 
ner un  air  pofé^  & tranquille,  qui  caraclérifoit  la 
noblefïè,  jufqu  au.x  figures  danfintes , à l’exception 
des  Bacchantes.  Il  y en  a qui  font  d’opinion  que 
dans  les  premiers  temps  de  l’art,  des  artifles  mefu- 
roient  _&  régloient  l'aétion  de  leurs  figures  fur 
les  anciennes  danfes,  8c  que  dans  les  temps  fub- 
fequens  de  la  Grece  , les  danfeufes  à leur  tour, 
pour  ne  pas  franchir  les  bornes  delà  bienféance, 
prenoient  pour  modèle  les  figures  des  llatuaires 
( Athen.  Deipn.^  l.  ïo^.p.  629.  b.  ) Cette  aiTertion 
fe  trouve  atteflée  par  plufieurs  fiâmes  de  fe.mmes 
légèrement  drapées  ; la  plupart  fans  ceinture  & 
fans  aucun  attribut , font  repréfentées  exécutant 
une  danfe  très-décente  ( Molli  diducunt  candida 
geftu  brachia.  Propert.  l.  1.  El.  18.  v.  J.)  î de 
forte  que  celles  mêmes  qui  manquent  de  bras, 
indiquent  par  leurs  attitudes , que  d'une  main  elles 
foulevoient  doucement  la  draperie  par-defîûs  leurs 
épaules,  & que  de  l'autre ‘elles Ta  fourenoient 
du  côté  des  hanches.  Dans  ces  fortes  de  compo- 
fitions  il  faut  que  l’acfion  rende  les  figures  expref- 
fives  & fignificatives;  & comme  plufieurs  de  ces- 
fiatues  ont  une  tête  idéale  , elles  peuvent  repré- 
fenter  une  des  deux  mufès  qui  préfidoient  parti- 
culièrement à la  danfe  , Erato  & Terpfichore 
(.Sckol.  Apollon.  Argon.  /.  3.  v.  v,  i.  in  Tlcfod. 
Es?,  a.  p,  7.  A.  ).  Il  fe  trouve  de  ces  fortes  de 


^4 


DAN 


ftames  dans  les  Villas  Médicis,  Albani  & ailleurs. 
Deux  figures  fembkbles 

dans  la  Villa  Ludoviü.  & plufieurs  ftatues  d Her- 
culaniim,  nont  pas  des  tetes  idéales;  une 
autre  placée  au-dellus  de  lentree  du  palais  Ca- 
raffa-Colobrano  à Naples  , a une  tete  couronnée 
tse  neurs  a une  beauté  fublime.  Ces  ftatues  on. 
PU  en  effet  être  érigées  à de  belles  danjeujes 
nuifque  nous  favons  par  plufieurs  epigrammes  de 

ranthologie  ( A/irÀo/.  /.  4.  c.  3)‘P-  3é2../e5-) 

les  Grecs  accordoient  de  parens  honneurs  a ces 

TT  _ /-tiTô  /~/aC 


ngurci  UC  -- 

queftion^  c’eft  quelles  ont  une  mamelle  nue,  ^ 
qu’une  pareille  nudité  feroit  contre  la  décence  de 
ces  chaftes  déeffes 


Danseurs  de  corde.  Un  profeffeur  de  Dant- 
zic  écrivit , en  1702  , une  diflertation  fur  les 
danfeurs  de  corde  , de  Funambulis  , pleine  a érudi- 
tion & d’une  grande  comioiffancederantiquite.il 
définit  un  danfeur  de  corde  , un  homme  qui  mar- 
che fur  une  groffe  corde  attachée  à deux  poteaux 
oppofés  ; c’eft  -la  précifément  ce  que  fignifie  le 
mot  latin  funambulus  , compofe  de  funts  , une 
corde,  & ^ ambulo , je  marche  ; mais  nos  dan- 
feurs  de  corde  font  plus  : non-feulernent  ils  mar- 
chent ; ils  danfent  encore  & voltigent  fur  la 


corde. 

Les  anciens  ont  eu  leurs  danfeur de  corde 
auffi  bien  que  nous;  les  mots  grecs  Neurobates, 
Sckænobates  , & le  latin  funambulus  , qui  les  re- 
préfente tous  deur  , fe  trouvent  dans  tous  les 
écrivains  anciens,  lis  avoient  encore  des  Crem- 
nohates  & des  Oribates  , c’eft-à  dire , des  gens 
qui  marchoient  fur  le  bord  des  precijiices,  ou  lur 
des  murs  très-étroits.  Bien  plus , Suerone  ( Dans 
Galba,  c.  p.  ) , Séneque  (dans  fon  £/.  Sj  ),  & 
Pline  C Liv.  vul.  c.  2.  ) , parlent  d’Eléphans  aux- 
quels on  apprenoit  à marcher  fur  la  corde.  Acron, 
ancien  grammairien  & commentateur  d’Horace , 
dit  ( Sur  la  fatyre  X du  premier  livre  ) que 
Meffala  Corvinus  s’eft  le  premier  fend  du  mot 
'funambulus , que  l’on  retrouve  dans  Térence. 
Mais  Grodeçk , ce  profefîeur  Dantzikois , dont 
nous  avons  parlé , prétend  qu  il  fe  nompe , & 
que  Meffala  ne  vivoit  qu’après_  Térence-  H a 
raifon  ; Se  Acron  confond  Valerius  Meffaia  , à 
qui  l’on  donna  le  nom  de  Corvinus  dans  la  guerre 
çot*re  les  Gaulois , l’an  de  Rome  40; , deux  cens 
ans  environ  avant  Terence  ; il  le  confond,  dis-je, 
avec  un  de  fes  defcendans,  qui  fut  un  orateur 
fameux  du  temps  d’Horace. 

Les  danfeurs  de  eorde  des  anciens  exerçoient 
leur  art  de  quatre  différentes  manières.  Les  pre- 
miers vokigeoient  autour  d’une  corde  , pomme 
une  roue  autour  de  fon  effieu , & s’y  fufpen- 
doient  par  les  pieds  ou  par  le  cou  ; les  fejconds  y 
voloient  de  haut  en  bas  , appuyés  fur  l’eftomac, 
ayant  les  bras  & les  jambes  étendues  ; les  troi- 


D A P 

fièmes  couroient  fur  la  corde  tendue  en  droits 
ligne  , ou  du  haut  en  bas.  Les  derniers  enfin 
non-fenlement  marchoient  fur  une  corde,  maïs 
iis  V faifoient  auffi  des  fauts  périlleux , & plufieurs 
tours  extraordinaires. 

DANUBE , Fleuve  d’Europe.  Les  anciens  Scy- 
th'-s  l’honorèrent  comme  une  Divinité , à caufc 
de  l’étendue  Sc  de  la  fertilité  de  fes  eaux.  11  eit 
repréfenté  fur  plufieurs  médaillés  de  Trajan. 


P^OH57,  dans  l’IIlyrie  . • • 

Eckhel  a attribué  à cette  ville  une  médaillé  de 
bronze  avec  la  légende  ci-deflhs.  Neumann  lui 
en  attribue  une  fécondé  de  même  métal , avec 
les  feules  lettres  AA. 


DAPALIS,  nom  fous  lequel  Jupiter  fut  honoré 
à Rome  , parce  qu’il  préfîdoit  aux  mets,  dupes ^ 
qu’on  fervoit  dans  les  feftins. 


DAPHIDAS.  Ce  grammairien  fut  puni , dit 
Valère  Maxime , pour  avoir  voulu  fe  moquer  de 
la  Pythie,  en  lui  demandant  s’il retronveroit  bien- 
tôt fon  cheval  , quoiqu’il  n’en  eut  pas  perdu. 
Apollon  lui  fit  répondre  qu’il  le  retrouveroit  bien- 
tôt, mais  qu’il  en  feroit  la  yiélime.  Peu  apres, 
Attalus  fit  précipiter  Daphidas  dans  la  mer  du 
haut  d’un  rocher  appelé  le  cheval  , a eaule 

, JM  /-nntré»  hn. 


DAPHNÉ,  fille  du  fleuve  Penee,  fut  aimee 
d’Apollon.  Ce  Dieu  n’ayant  pu  la  rendre  fenlible, 
fe  mit  à la  pourfuivre  ; & il  étoit  près  de  1 attein- 
dre , lorfque  h nymphe  ayant  invoque  la  divinité 
du  fleuve,  fon  père,  fe  fentit  tout-d un-coup 
métamorphofée  en  laurier.  Le  nouvel  arbre  de- 
vint les  délices  d’Apollon , & lui  fht  fpecialement 
confacré.  C’eft  ce  que  difent  de  Daphné  preiquc 
tous  les  Mvthologues.  Mais  S.  Jean  Chryfoftome 
parlant  félon  l’opinion  des  habitans  d Antioche  , 
dit  que  Daphné  fuyant  devant  Apollon  , la 
terre  s’ouvrit,  l’engloutit,  & produifit  fur  le 
champ  un  arbriffeau  de  fon  nom  , qui  eft  le  1^- 
rier.  Les  habitans  d’Antioche  croyoient  en  e&et 
que  cela  s’étoir  naffé  dans  le  fauxbourg  de  leur 
ville , appelé  Daphné , & qu’il  avoir  pris  fon  nom 
de  cette  aventure. 


Daphné  , autre  Nymphe  de  la  montagne  de 
îlphes , qui  fut  choifie  , félon  Paufanias  par 
Déeffe  fellus,  pour  préfider  a l oracle  qu 
ndoit  en  ce  lieu  avant  qu’Apollon  en  fut  en 
(ffeflion.  Voye^  Leucippe. 

Daphné  , fille  de  Tiréfias  , dont  parle  Dio- 
ire,  prophétifâ  à Delphes,  & y acquit  le  nom 
Sibylle.  Vdyei  Manto. 

Daphné  (Médailles  des  habitans  de  ). 


OAPHKÉES,  D-'-S“ï^,EfHOEE. 


D A P 


SîraNipHolfES  } ^W‘^-oïtDapknipko- 

rie,  iâ  fëce  qu’on  céiébroic  tous  ies  neuf  ans  en 
Séotie , en  l'honneur  d’Apollon  lünénien.  Son 
ïiotii  grec  éroin  Aci<f7a<pop!-i.  En  voici  l’origine: 
Les  Eoliens  qui  habitoient  Arnus  & 8c  les  lieux 
•circotivoiEns  , en  érant  fortis  pour  obéir  à un 
oracle  j vinrent  ravager  le  territoire  de  Thèbes 
qu’alïiégeoieat  alors  les  Péiafges.  Les  deux  armées 
le  trouvant  en  même  temps  dans  l’obligation  de 
■chommer  une  fête  d’ Apollon  j il  v eut  rufoetuion 
d’armes  > pendant  laquelle  les  uns  coupèrent  des 
lauriers  fur  i’Hélicon , les  autres  fat  ies  bords  du 
âeuve  Mêlas  , & tous  en  firent  au  Dieu  une 
offrande.  D’un  autre  côté  Poiémithas , chef  des 
Béotiens , vit  en  fonge  un  jeune  garçon  qui  lui 
faifoit  préfent  d’une  armure  completre , avec 
ordre  de  confacrer  tous  les  neuf  ans  des  lauriers 
au  même  Dieu  -,  & trois  jours  après  ce  fonge , 
ce  général  défit  ies  ennemis.  Il  eut  foin  de  céié-^ 
brer  la  fête  ordonnée  ; & la  coutume  s’en  étoit 
depuis  confervée  religieufement  dans  la  Grèce. 

O.n  prenoiî  le  bois  d’un  olivier,  on  le  couron- 
aoit  de  laurier  Sr  de  diverfes  fleurs , & on  en 
ûéceroit  le  fommet  d’une  fphère  de  cuivre , à 
iaquelie  on  en  fafpendoit  d'autres  plus  petites. 
Le  milieu  de  ce  bois  étoit  environné  de  couron- 
nes pourpres,  moindres  que  celle  qui  en  ornoit 
ie  fommet , & le  bois  étoit  enveloppé  d’une 
étoffe  à frange  de  couleur  jaune.  La  fphère  fupé- 
rieure  défignoit  le  foleil , qui  étoir  Apollon  ; la 
fécondé  repréfentoit  la  lune;  & les  plus  petites 
figuroient  les  autres  planètes  & les  étoiles.  Les 
couronnes,  qui  étoient  au  nombre  de  3 éj,  offroie.nt 
une  image  de  la  révolution  annuelle.  Un  jeune 
garçon  , ayant  père  & mère,  ouvrait  la  marche, 
& fon  plus  proche  parent  portoit  devant  lui  l’oli- 
vier couronné  , qu’on  appeloit  xoff».  Le  jeune 
garçon , appelé  Daphnéphore , le  fuîvoit  le  lau- 
rier à ia  main,  les  cheveux  épars,  & une  couronne 
<i  or  fur  la  tête,  il  étoit  vêtu  d’une  robe  brillante 
qui  lui  defcendoît  iufqu’aux  pieds  , 8c  portoit  pour 
chpiTure  celle  qui  devoir  fon  nom  à iphicrare. 
Saivoit  un  chœur  de  jeunes  filles , portant  des 
’uranches  de  laurier , chantant  des  hymnes , en 
attitude  de  fuppliaates  ; & la  proceâlon  fe  tet- 
uiinoit  au  temple  d’Apollon  Ifmérden. 

DAPHXÉPHORIQÜE  , hymne  des  Grecs, 
chantée  par  des  vierges  dans  ies  dapknéphories , 
■peadant  que  l’on  portoit  des  lauriers  au  reraple 
^Apollon.  La  DLipknépkorique  étoit  du  nombre 
ckanfons  appelées  PanhérJes. 


daphnéus.x  ç „ 

fl APH ; oaruom  uApoïIoîij 
Iss  amours  avec  Daphné. 


f^APiiAIS  5 Sicilien  , fils  de  Mercure  , fut 
•changé  en  rocher  ,_p'iur  avoir  été  infidèle  à une 
■«/Sîphe  qui  raimoit  Sc  qu’il  avoir  aimée.  Diodorc 
Aiuiquiüs  ^ Tome  II. 


D A R Î05 

i dit  qu’il  avoir  promis  fidélité  à cette  Nymphe , 
& fouhaité,  par  uneefpcce  d’imprécation,  d’être 
privé  de  la  vue , s’il  manquoit  de  co.ultance.  Eu 
effet,  il  devint  aveugle  en  punition  de  fon  change- 
ment. On  lui  attribuoit  l’invention  des  vers  buco- 
liques ( Diod.  kift.  l.  4.  c.  86.  }. 

DAPHNOMANCIE , forte  de  dirination  qui 
fe  faifoit  par  le  moyen  du  laurier,  8c  qu’on  nom- 
moit  ainfi , parce  que  ies  poètes  feignoient  que  la 
Nymphe  Daphné , en  fe  dérobant  aux  poiirfuites 
d’Apollon  , avoir  été  changée  en  laurier. 

On  pratiqiioic  la  dapknomancie  de  deux  ma- 
nières : 1°.  en  jetant  dans  le  feu  une  branche  de 
laurier  ; fi  en  brûlant  elle  pétilloit  & faifoit  un 
certain  bruit,  on  en  droit  un  heureux  préfage ; 
c’étoit  au  contraire  un  mauvais  figne  quand  elle 
brûloir  fans  produire  aucun  fon , comme  dit  Pta- 
perce. 

Si  lacet  extînBo  laurus  adufia  foco. 


2P.  L’autre  manière  étoit  de  mâcher  des  feuilles 
de  laurier,  qui  infpiroient  , difoit-on,  le  don  de 
prophétie  : aufli  les  Pythies , les  fibylles,  les  prê- 
tres d’Apollon  n’omettoient-ils  jamais  cette  céré- 
monie ; ce  qui  faifoit  regarder  le  laurier  comme 
le  fymbole  caraélériilique  de  la  divination. 

DAPHNüS  , dans  la  Phocide.  Goitzius  feul 
a attribué  des  médailles  impériales  Grecques  à 
cette  vilie- 

DAPIFER,  Tfom  de  dignité  8e: d’office,  grand- 
maître  de  la  maifon  de  l’empereur.  Ce  mot 
latin  efi:  compofé  de  dapis  , qui  fignihe  un  mecs , 
une  viande  qui  doit  être  fervie  fur  la  table  ; Sc 
de  fera , je  porte  : ainfi  il  figrdfie  proprement 
porte-mets  , porte-viande  , un  officier  qui  porte 
les  mets , qui  fert  les  vdandas  fur  la  table. 

Ce  titre  de  Dapifer  étoit  un  nom  de  dignité  & 
d’office  dans  la  maifon  impériale.  Cet  office  fut 
autrefois  infcitué  en  France  par  Charlemagne, 
fous  le  titre  de  Dapifc-at  & SérJchauffée , qui 
comprenoiî  l’intendance  fur  tous  les  offices  domef- 
tiques  de  la  maifon  royale  ; ce  que  nous  nommons 
Grand-lTaître  de  la  maifon  du  Rot. 

On  lit  dans  une  infcription  antique  rapportés 
par  Muratori  QTkef.  infer.  9 IJ.  3.),  ces  mots: 
DAFiFEK.  CæSARIS. 

On  a trouvé  en  1783 , près  de  St.  Jean  de  La- 
tran  , des  peintures  antiques  qui  reprévutoient 
plufieurs  Dapiferes  , ou  ferviteurs  portant  des 
plats  chargés  de  fruits  : iis  font  vêtus  de  longues 
tuniques  & chaufles  de  fandales  ouvertes.  Le 
fixiême  a fur  fa  tunique  , à la  h.iuteur  du  msüeu 
des  jambes,  des  r-ofettes  de  broderie.  Le  feptième 
a fur  les  bords  de  fa  tunique,  fur  les  bras  ic  dans 
plufieurs  autres  endroits  , des  boifettss , ou  ro- 
fettes  de  broderie. 

PARDANÆ  Jrtes  3 la  magie.  Columri-'e 

Qg 


D R 

^éfigne  par  ces  mots  relatifs  à ceux  de  Dcrda- 
narius  & de  Dardanus , pris  dans  Tacception  de 
Jorcisr,  les  opérations  magiques  ( x.  ) : 

y/a'î  J Ji  nuUa  valet  meiicina  repellere  pefiem  , 

Dardania,  venïan.t  art  es. 

DARDANARIUS.l  ...  . , 

DARDANUS.  j"  _ ^ monopoleur. 

Ce  nomfedonncir  autrefois  à ceux  qui caufoient  la 
diiette  &ia cherté  des  denrées,  far-tout  du  blé, 
en  les  achetant  en  grande  quantité,  & les  ferrant 
enfuite  pour  en  faire  hauiler  la  valeur  , & les 
vendre  à un  prix  exorbitant.  Ces  gens  ont  tou- 
jours été  en  horreur  dans  toutes  les  nations,  & 
oa  les  a févèrement  punis , quand  ils  ont  été 
reconnus. 

Le  mot  Jyardanarîus  venoit  de  Dardanus , qui, 
difoiî-on  , dctruifoit  les  fruits  de  la  terre  par 
une  efpèce  de  forcelierie. 

On  comparoît  les  accaparemens  des  mono- 
pcleurs  aux  prétendus  ravages  opérés  par  ce 
îbrcier.  Tertullien  & Apulée  parient  de  ce 
Dardanus  comme  d’un  grand  magicien  ( TertuU. 
de  anint.  c.  cp.  ) Ut  iftis  jam.  vocabulis  utar , 
quibus  auHrix  opinionum  ifiarum  masïca  fonat  : 
ofientantes  & Typhon  Ù Darianus  .... 
A.pu.lée  {Apolog.  p.  5’44.  ) : Ego  îlle  fim  Pkrynon- 
das  ....  vel  ipfe  Dardanus  , vel  cuicun- 
que  allas  poft  Zoroafirem  & Hofianem  inter  tnages 
eelebratus  ejî. 

DARDANIENS,  (^Midaîlles  des)  Voye^  DAR- 
DANUS J ville. 

DARDANUS , fils  de  Jupiter  & d’Eleétre  une 
des  filles  d^Atlas, naquit  à Corithe,  ville  de  Tpr- 
îhénie  , ou  Tofcane,  quo-iquhl  fût  originairement 
d’Arcadie , félon  Diodore.  Un  déluge  arrivé  de 
fon  temps  en  ce  pays-Ià,  Tayant  obligé  d’en  for- 
tir  , il  fe  tranfportâ  dans  une  ifle  de  Thrace , 
appelée  depuis  Samothrace , d’où  il  fortit  encore 
pour  aller  en  Phrygie,  où  il  époufa  la  fille  du 
roi  Teucer  , à qui  il  faccéda  dans  fon  royaume. 
Il  bâtit  au  pied  du  mont  Ida  une  ville  qu’il 
appela  de  fon  nom  , Dardanie , & qui  fut  la  célè- 
bre Troye.  Son  règne  fut  long  & heureux  ; & 
après  fa  mort , fes  fujets  reconnoiSans  le  mirent 
au  nombre  des  immortels.,  V^oyey_  Coritus  , 
Electre,  Ganymede. 

Dardanus  , dans  la  Troade.  AAPAANiaN. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  t 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Le  coq,  qui  eft  leur  type  ordinaire,  annonce  les 
combats  de  coq.  On  y en  voit  quelquefois  deux 
qui  combattent. 

Cette  ville  a Fait  frapper  fous  l’autorité  de  fes 

Axcfisîites  , des  îaedsiiles  impériales  Grêcq,iies 


D A S 

en  l’honneur  d’Antonin , de  Sévère , de  Domna  ; 
de  Géra , d’Augufte , de  Trajan  , de  Fauftihe 
jeune. 

Dardanus  , magicien.  Voye:^  Dardana- 

RÎUS. 

DARIQUE,  Cyzicène  , chryfos,  monnoie  an- 
cienne de  l’Egypte  & de  î’Afie. 

Elle  valoir  25  liv.  monnoie  de  France  aduelle, 
félon  M.  Pauâon  ( Métrologie.  ).  Elle  valoit  en 
monnoie  des  mêmes  p.ays , 3 tétraftatères , ou, 
6 diüatèreSj  ou , 8 hexadrachmes , ou  , iz  tétra- 
drachrr.es. 

On  en  conferve  d’or,  dans  les  colleélions  des 
médailles  Perfannes  j & on  les  reconnoît  à Idr- 
.cher , ou  foldat  tirant  une  fièche , & agenouillé 
fuivant  l’ufage  des  archers  anciens,  Agéfilas  (PA- 
tarck.  in  Agejil.  ) faifoit  allufion  à ce  type  , lorf- 
qu’i!  difoit  qu’il  avoir  été  chafîe  d’.vfie  par  trente 
mille  archers  t il  entendoiî  par-là  des  dariques  que 
le  Roi  de  Perfe  avoir  difiribués  aux  Grecs  pour  les 
foulever  contre  Lacédémone.  On  croit  que  Da- 
rius le  Mèdê  fit  frapper  les  premiers  dariques. 

DARIUS.  Dans  la  colleéiion  de  Stofch  (qua- 
trième claffe  , n^.  z & 4.  ) , on  reconnoît  fur 
une  Cornaline,  Darius  {Hérod.  l.iil.  c.  8j.  ) élu 
Roi  de  Perfe , au  moyen  du  itratagêtne  dont  .1 
fe  fennt  pour  faire  hennir  fon  cheval.  On  voit 
dans  ce  fujet  trois  figures  à cheval , chacune  avec 
le  cafque  , parmi  lefquelles  on  obferve  que  le 
cheval  de  l’une  des  trois  lève  la  têts  & henruî.  La 
gravure  eil  de  la  plus  belle  manière.  Cet  évé- 
nement étoit  gravé  {Sckol.  Thucid.  l.  1.  c.  129. 
n.  yy.  ) fur  le  cachet  des  Rois  de  Perfe.  Une 
pâte  antique  offre  le  même  fuiet  : il  y a ici  cinq 
figures  à cheval  j mais  au-Iieu  de  cafque,  comme 
dans  la  précédente  pierre,  celles-ci  ont  un  cha- 
peau plat,  femblable  à celui  des  Macédoniens, 
appelle  Xauna.  Le  même  fujet  fe  voit  fur  plufieurs 
empreintes  de  la  même  colleélîon  de  Stofch. 

DASCYLIUM , dans  la  Bithynie.  Goltzius 
feul  a attribué  des  médailles  impériales  Grecques 
à cette  ville. 

DASYLLIUS.  Voyet[  Lasius. 

DATATIM  ludere , jouer  à la  paume  , fe 
lancer  aux  joueurs  alternativement. 

DATES.  Indication  du  temps  précis  da.ns  lequel 
un  événement  s’eft  paffé , ou  dans  lequel  une 
charte  a été  écrite.  Pour  déterminer  la  première 
efpèce  de  dates,  il  faudra  confulter  l’article  Chro- 
nologie & fes  dépendances. 

Pour  déterminer  les  dates  des  chartes , ce  qur 
eft  un  des  principaux  objets  de  la  diplomatique , 
on  confultera  les  articles  A.nnée  , Chiffres  , 
Cycle,  Epacte,  Eres  , Indiction,  & 
tout  la  Table  Chronologique  de  ce  diéiioa 
naire , fes  Calendriers  & le  Glojfaîre  tks 
Dates  qui  fuit.  Tous  ces  articles  forment  uns 


DAT 

îsafe  fur  laquelle  les  farans  BénéditîSns  ont  élevé 
i’ouvrage  précieux  qui  a pour  titre  VArt  de 
vérifier  les  dates. 

Dates  {,Glc faire  des') , ou  Liste  Alphabé- 
tique DES  NOMS  PEU  CONNUS  DE  CERTAINS 
JOURS  DE  LA  SEMAINE  ET  D\j  MOIS. 

Dans  les  Chartes  & autres  anciens  monumens  ^ 
on  trouve  les  jours  de  la  femaine  & du  mois  fou- 
vent  marqués  par  des  noms  particuliers  ^ & depuis 
long-temps  bannis  de  Tufage.  La  lignification  de 
ces  noms  embarraffe  la  plupart  des  Leéleurs.  II 
nous  paroit  donc  indifpenfable  d’en  donner  Tes- 
P'ication.  iSoiis  les  rangerons  dans  Tordre  alpha- 
bétique , en  forme  de  glaiTairej  fans  dillinciion 
de  gre^j  de  latin  & de  François  j & lans  en  exceps- 
ter  les  uimanehês  j délignés  par  les  premiers  mots 
de  1 Introït  de  la  melTe , ou  de  quelques  Répons. 
Si  ces  mots  commencent  parla  lettre  A,  nous  les 
placerons  fous^  1 ^ j & de  même  des  autres  j per- 
fuades  qu  il  elt  plus  aife  de  les  trouver  ainlî  pla- 
cés,, que  lî  nous  les  avions  mis  fous  le  nom  géné- 
nque  de  Dominica,  ou  de  Dimanche.  Quand  un 
Dimanche  , une  Fête  ou  un  autre  jour  font  mar- 
qiæs  par  deux  mots  qui  commencent  par  deux 
difFeremes  lettres,  & dont  Tun  fe  met  av'ant  ou 
apres  ^Tautre  indifféremment , nous  les  mettrons 
fouscnacune  de  ces  deux  lettres,  aimant  mieuxnous 
répéter,  que  a expoier  le  Leéteur  à chercher  un 
mot  où  il  ne  fe  rencontre  point. 

A. 

'Ahfolutionis  dles , le  Jeudi  abfolu  , ou  le  Jeudi- 
Saint. 

Adorate  Dominum,^  Introït  & nom  du  troillèffie 
Dimanche  après  TÉpiphanie. 

Adoration  des  Mages,  îe  6 Janvier.  Vovej  Epi- 
phaaia.  ' 

'A.d  te  levdvi , Introït  & nom  du  premier  Diman- 
che de  l’Avent. 

Anaftafimus , le  jour  de  Paaues  chez  les  Grecs. 
Ammaram  dies , le  jour  des  Ames  ou  des  Mons , 
le  2 rsovembre. 

Antipafeha  ,^Ie  fécond  Dimanche  après  Pâques 
chez  les  ^recs  j que  nous  comptons  pour  le 
-premier.  La  iemaine  qui  commence  par  ce  Dl- 
manche  fe  nomme  Antipafcals. 

Apccreos  , c’eft  le  Carême-prenant  des  Grecs , 
qui  commence  au  Lundi  de  la  Septuagéfîme  \ 

& finit  au  Dimanche  fuivant , jour  de  notre 
Sexagélîme,  palfé  leauel  ils  ne  mansent  plus  do 
chair. 

Appantzo^  Dom^à , ou  Apparitio , feul , le  6 Jan- 
vier. F Oj'Êç  Epiphania. 

Architrichni  dies  , je  fécond  Dimanche  après 
1 Lpipnanie.  Voyer^  Fefium  Ârckkridini.  ‘ 
Ajpiciens  à long'e , premier  Dimanche  d’^vent, 
ainiî  nommé  du  i Répons  du  i Noéiu.rne. 

Afienfa  Domini  , anjcurü’hxii  Alcefo  , T AT. 
4:eniîpm  " 


DAT  joy 

Afcenfio  B.  M.  y.  îa  fête  de  TAffomption , ainfi 
nommée  au  i:<-  aède. 

Aveug^e-né , le  Mercredi  de  la  ive  femaine  de 
Carême. 

B. 

'Bx-ti^ogaç , îaefi  , Ratnifera  , vel  Palmzfera  , le  Dï- 
manche  des  Rameaux  chez  les  Grecs. 

Beneiicta , Introït  & nom  du  Dimanche  de  la 
Trinité. 

Bohordicum , Bouhourdis , OU  Behourdi  & Be- 
hourdjcii,  efpèce  de  joute  qui  fe  faifoit  avec 
des  bâtons , les  I & II  Dimanches  de  Carême. 
Le  Dimence  premier  Behourdi , dans  un  cartu- 
laire  de  Camorai.  Le  Samedi  apres  le  Behour- 
dich.  ( El'ifi.  généal.  de  la  M.  de  Gtiîaes  pr, 

P- 55^-) 

Borde  , Brandones  , Burs. , les  Bordes  , les  Bran- 
dons , les  Bures  ou  les  Bules , Dr  Dimanche 
de  Carême,  & toute  la  femaine  qui  fuit.  V'cye:^ 
le  Glofaire  de  Ducaage  & fort  Supplémep.t  fur 
ces  mots. 

B/'o/ieAerM,  le  Dimanche  des  Rameaux.  {Ducange, 
Suppl.  ) 

C. 

Calènes , îe  aj  Décembre  en  Provence. 

Cananée  (la  ),  le  Jeudi  de  la  première  femaine 
de  Carême. 

Candclatïo , Candelaria  ^ Catideliere  , Calamai 
fécond  de  Février.  V^oytx  îlypapan.ti. 

Cantate  Domino , Introït  & nom  du  IV®  Diman-* 
che  d’après  Pâques. 

Capitilavium , îe  Dimanche  des  Rameaux,  parce 
qu’en  ce  jour  on  lavoir  la  tête  de  ceux  qui  de- 
v'oient  être  baptifés , pour  leur  ôter  la  crafîè 
qu’ils  pouvoient  avoir  contraâée  pendant  ic 
Carême  , les  bains  étant  alors  défendus. 

Caput  Jejurdi , le  jour  des  Cendres. 

Caput  Kalendarum  ^ caput  Nonarum  , caput  Idutimi 
Voyez  Kalendî,  . 

Cara  cognatzo,  le  22  Février.  Voyezi_  Fefium  S.  Fe-; 
tri  Epularezm. 

Caramentrant , le  Mardi-gras. 

Carementranum , eu  Caremeraranus , Carême-CH-; 
trantj  le  Mardi-gras. 

Caremprenium , Carême-prenant,  le  Mardi-gras. 
Carzfizla  , le  22  Février.  Voye^  Fefium  S.  Pétri 
Epiilarum. 

Carnicapium , le  Mardi- gras. 

Carmplariam,  le  ùlardi-gras.  C'eft  ,,.peut-être  une 

îzMtt  ,^0'â.Z  Carnicapium. 

CarnipriviUm  , Carnifpr'ivïum. , fîgniiie  quelquefois 
les  premiers  jours  de  Carême  , & quelquefois 
le  Dimanche  de  la  Septuagéfîme,  parce  qu’on 
commençoit  dès  le  Dimanche  à fe  priver  ou  à 
s’abRenir  de  manger  de  la  chair  , fur-tout  les 
Eccléüaftiques  S;  les  Religieux:  c’eil  ce  qui  fait 
que  ce  Dimanche  eff  auflï  appelé  Curnipri- 
vium , Carnifprlylum ^ O'û.  Pnlvicarnium  Saesr^ 
dotum  J &C, 

Q q t 


50?  DAT 

Carniyprivium  novum , le  Dirnanche  de  la  Quin- 
quagéfîme.  Voyei  Dominka  ad  cames  Levais. 

C armfprivium  vêtus  , le  ^premier  Dîmanche  de 
Cârcnic-  j^v^nîlc  ncuvawinc  ficclc  ^ u^ns  I Egiiic 
Latine  , on  ne  commençoit  rabftinence  que  je 
premier  Dimanche  de  Carême^  & Ion  ne  jeü- 
noic  point  les  quatre  derniers  jours  de  la  fe- 
mainê  de  la  Quinquagéfîme  , comme  nous 
jeûnons  aujourd  hiu. 

Carnîfprivia  ( Inter  duo  ) les  jours  de  la  femame 
de  la  Quinquagéfime. 

Carnivora  , le  Mardi-gras. 

Chandeleufe  (la),  le  2 Février,  Vsyei  Hypa- 
panîi. 

Cheretifmus  , du  grec  x.atgîTi<rp^os  , Salutation , 
Annonciation , le  2^  Mars. 

Circumdederimt , Introït  8c  nom  du.  Dimanche 
de  la  Septuagéfime. 

Claufam  Pafeka ^Vzqaes  clofe,  autrrfois  la  clofe 
de  Pâ-ques,  le  Dimanche  d’après  Pâques,  ou  la 
Ouaflmodo,  Le  Dimanche  fiiivant  s appeloit 
'Dominica  prima  pofl  claufum  Pafena  ^ ( c eft 
notre  fe-cond  Dimanche  après  Pâques  ) Se  ainfî. 
des  fuivans. 

Cœna  Domîni , le  Jeudi-Saint. 

Commemoratio  omnium  fidelium , le  2 Novemore 
chez  les  Latins;  le  Jeudi  avant  la  Pentecôte 
chez  les  Grecs  ; dans  l’Eglife  de,  Mjlan  au  xy  15 
üècie  jufquen  15&2  , îe  Lundi  après  le  ïlle  Di- 
manche d’Oûobre. 

Compaffion  de  laLierge  , ou  Notre-Dame  de 
Pitié  , le  y endredi  de  la  femaine  de  la-  Pafiioa. 

Conceptio  B.  Maria  ^.Conception  de  la  Ste  Vierge, 
le  8 Décembre. 

Confeil  des  Juifs,  le  Vendredi  avant  le  Dimanche 
des  Rameaux. 

Correénon  Fraternelle.,  le  Mardi  die  la  troifièm.e 
femaine  de  Carême. 

D. 

Da  pacem , Introït  & nom  du  XVIIIe  Dimanche 
après  la  Pentecôte. 

D&mon  ,,leDém.onmuet  J le  IlIe  Dimanche 

de  Carême. 

Dedicatio  BafiLica  Salvatoris  ^ la  fête  d‘e  la  Dé- 
dicace deiaBalîüque  ConilantiniennederEglife 
du  Sauveur , ou  de  S..  Jean-de-Latran  , le  9 
ÎN  O vembre. 

Dedicatio  Bajilicarum  SanBorum  Apoflolorum.  Pé- 
tri & Pauli  ^ 20  Novembre. 

Depofitio , le  jour  de  la  miort  d’un  Saint  qui  n’eft 
point  martyr,  ordinairement. 

Deus  in  adjutorium  , Introït  &■  nom  du  Xlle  Di- 
manche après  la  Pentecôte. 

Deus  in  loco  Sanélo , Introït  & nom  du  XI®  Di- 
manche après  la  Pentecôte. 

Dicie  Dominas  , Introït  Sc  nom  du  XXIlï®  & du 
XXIV ® Dimanche  après  la  Pejatecôte. 

Dies  Abfolutionis  , le  Jeudi  abfolu  , Is,  Jeudi- 
Saint. 


D A T 

Dies  Adcratiis  , le  Vendredi-Saint,  dit  audî  Ven.. 
dredi-Aouré. 

Dies  Animarum , le  jour  des  Amies  ou  d.es  Morts^ 
le  2 Novembre. 

Dies  Burarum , jour  des  Bures,  premier  Dimanche 
de  CarêmÆ  Voyeq_  Bords. 

Diss  Burdillini , la  quinzaine  des  Eehourdiches., 
Foyer  Bokordicum. 

Dies  Calendarum.  Voyez  IKalenda. 

Dies  carnem  reiïnquens  ,.en  Hongrie  îe  Mardi-gras,. 
( Perterfy,  Conc.  Hung.  t.  i.pag.  31.). 

Dies  Dominicus , le  jour  du  Seigneur  par  excel^ 
lence,  le  jour  de  Pâques. 

Dies  F eliciffimus , le  jour  de  Pâques. 

Dies  Florum  atque  Ramarum , le  Dimanche  des 
Rameaux. 

Dies  Foco.'-am,  premier  Dimanche  de  Carêmie. 
Foyeq^  Dies  Burarum. 

Dies  Lamentationis , les  trois  jours  de  la  femaine 
Sainte  , où  l’on  chante  Iss  lamentations  de  Jé- 
rémie. 

Dies  Magr.us , le  jour  de  Pâques. 

Dits  Mercurinus , k Mercredi , ainfî  nommé  dans; 
les  ftâtuts  du  Cardinal  deFoix,  en  144A. 

Dies  Myjieriorum , c’eil  le  Jeudi-Saint  , chez  les 
Syriens  & autres  peuples  du  Levant. 

Dies  Nütalis  , le  jour  du  m»arryre  ou  de_  la  mort 
d’un  Saint  , l’anniyerfaire,  de  Félévatibn  d’une- 
Prince  , d’un  Pape , d’un  Évêque , &c. 

Dies  Iseophy'toriim  , les  lîx  jours  entre  le  Dinian~ 
ehe  de  Pâques  & celui  de  Quajimodo.  ^ 

Dies  Ofanr.a,  le  Dimanche  des  Ram.saux. 

Dies  Palmarum  , Bamorum , le  Dimanche  desRa- 


<  qui  précèdent  le  jout 


meaux. 

Dies  Pingues  , les  jours  gïa: 

des  Cendres, 

Dies  SanBus , le  Dimanche.  - 
Dies  SanBi , le  Carême. 

Dies  fcruîinii , les  jours  des  ferutins,  oùj’on  exa— 
minoit  les  Catéchumènes  deiîinés  au  baptême.. 
Il  y avoir  ordinairement  fèpt  fcrutms.  Le  pre- 
mier fe  faifoit  le  Lundi  ou  le  Mercreai  de  la 
troinème  femaine  de  Carême  ; k fécond  , k- 
Samedi  de  la  mêmie  femaine  ; les  cinq  autres, 
le  Mercredi  de  la  quatrième  femaine  ^ 8f^  ks 
quatre  jours  fuivans  dans  pluÊeurs  Éghifs , 
mais  en  d’antres  Egiifes,  ce  n’étoit  point  les- 
mêmes  jours.  H n’y  a que  le  Mercredi  de  la  qua- 
trième femaine  de  Carêmie  qui  ait  ete  par-tout 
k jour  da  grand  ferurin  ; JJies  ^ ou  fsria  magnt 
fcrutirài. 

Dies  folis , le.  Dimanche  appelé  parles  Aftrono» 
TiOmts  le  jour  du  faUil.  ^ r '' 

Dies  viginti  , les  vingt  îours  depuis  Noël  juiqu  3 
l'Octave  des  P.eis.  Lett:es  de  grâce  àt  1*^1 
1423  , la  Veille  des.  vingt  jours  nommes  es 
Petits  Rots. 

Dies  Viridium  ^ k Jeudi-Saint  dans  un  vieux  c» 
iendrier  Allemand.  , 

Dîmanche  B.ehourdich , ou  Dimanch-e  des  brs 


DAT 

don»,  le  premier  Dimanche  de  Carême. 
Dimanche  des  Bares  ^ premier  Dimanche  de  Ca- 
rême- V^oye-:^  Bords.. 

Dimanche  du  mois  de  Pâques  ^ c’eft  le  Dimanche 
de  Quafimodo. 

Dimanche  Repus  ^ ou  Reprus^  le  Dimanche  de  la 
PaSioHj  ainfi  nommé  de  Repofitus ^ parce  que^ 
fumant  îe  Rit  Romain  j la  veille  de  ce  Dimanche 
on  couvre  les  images  des  Saints.  Repus  ^ dans 
notre  ancien  langage,  répond  à Repojîtus. 
Divifio  Apofiolorum  , le  IJ  Juillet.  On  voit  une 
charte  de  Jacques  de  Condé  , de  Condato  , pro 
Ecclejtâ  Condaîenÿ  , datée  in  vigiiiâ  divifionis- 
Apoftolorum  , ann.  1243  , c^’elt-à-dire , le  14 
Juillet  ( M-irnus  op.  Diplom.  t..i  ^ p.  pjp.  ). 
Dodecameron , c'eft  le  nom  que  les  Grecs  donnent 
aux  douze  jours  qui  font  entre  Koèl  & TÉpi- 
phanie. 

Domine  in  tua  mifericordia  , Introït , & nom  du 
premier  Dimanche  après  la  Pentecôte. 

Domine  , ne  longe , Introït  & nom  du  Dimanche 
des  Rameaux. 

Dominica  ad  carnes  Levandas  ^ îe  Dimanche  de  la 
Quinquagéfime. 

Dominica  ad  carnes  toîlendas  , le  Dimanche  de  la 
Quinquagéfime.  oye-^  Carnifprivium  novum. 
Dominica  ad  Palmas. , le  Dimanche  des  Rameaux. 
Dominica  ante  Brandones , îe  Dimanche  de  la  Quin- 
quagéfime. 

Dominica  ante  Candelas , le  Dimanche  avant  la 
Chandeleur. 

Dominica  ante  Litanias  , le  cinquiè.me  Di.manche 
après  Pâques. 

Dominica  ante  SanBa  Lamina  , chez  les  Grecs  le 
Dimanche  , dans  POCtave  de  la  Circonciüon, 
ou  avant  l’Epiphanie. 

Dominica  aperta , tout  Dimanche  qui  n’eft  point  , 
prévenu  par  POfEce  de  quelque  Saint,  ou  d’une 
Oclave. 

Dominica  Afoti,  ou  Bilii  prodigi  ^ chez  les  Grecs 
le  Dimanche  de  la  Septuagéfime , jour  auquel 
on  lit  l’Evangile  de  i’Enfànr  Prodigue  j c’eft 
chez  les  Latins  k Samedi  de  la  deuxième  femaine 
de  Carême. 

Dominica  BenediBa  , le  Dimanche  de  la  Trinité , 
le  premier  après  la  Pentecôte. 

Dominica  Brandonum , Burarum  , Focorum  , le 
premier  Dimanche  de  Carême.  Voye^  Borde. 
Dominica  Ceci-nati,  chez  les  Grecs  lefixième  Di- 
manche Pafea!  , qui  répond  à notre  cinquième 
Dimanche  après  Pâques  ; à Milan , le  Dimanche 
de  TAveugie-né  eft  le  quatrième  de  Carême  : 
dans  le  refte  de^l'Êglife  Latine,  où  l’on  fuit  le 
Rit  Romain , l’EvangHe  de  l’Aveugle-né  fe  lit  le 
Mercredi  de  la  quatrième  femaine  de  Carême  , 
qui  s’appelle  pour  cette  raifon  le  Mercredi  de 
l’Aveugle-nê. 

Dominica  Chananee , le  deuxième  Dimanche  de 
Carême. 

Dominica  de  Fontanis  , Dimanche  des  Fontaines  j, 


D A i. 

1 . V . ^ 

le  quatrième  Dimanche  de  Carême  dar.';  k 
i'erche  & ailleurs. 

Dominica  de  Lignis  ordztis.  Voyez  Bokordicum. 
Dominica  Duplex  , le  Dimanche  de  la  Trinité  , 
parce  qu’il  eft  en  même-temps  le  premier  Di- 
manche après  la  Pentecôte. 

Dominica  , J erufalem , QMztxlivaz  Dimanche  de 
Carême. 

Dominica  in.Alhis,  in  Albis  depofitis  ^poft  AAhas, 
k premier  Dimanche  après  Pâques , la  Qaa- 
fimodo. 

Dominica.  in  Capite  QyiadragefimA  , en  Béarn  , 
Dzmenge  Cabée  , le  Dimanche  de  la  Quinqua- 
géfime. 

Dominica  Indalgentie ,.\tDimzYLChc  des  Rameaux.. 
Dominica  in  Palmis  , in  Ramis  , le  Dimanche  de& 
Rameaux. 

Dominica  in  PaJJlone  Domini  ^ le  Dimanche  de  la- 
Pa&on , le  cinquième  de  Carême. 

Dominica  Lace  prim.a  , fecunda  , &c.  chez  les- 
Grecs  le  Dimanche  après  rExaltation  de  la 
Sai.nre-Croix,  parce  qu'on  lit  ces  jours-ià  i’Évan- 
giie^deS.  Luc.  On  en  com.pte  treize,  dont  le- 
dixième  répond  à notre  premier  Dimanche  de 
l’Avent. 

Dominica  Lues,  décima  quinta  , five  Zaclisi  ,•  c’eft 
le  fécond  Dimanche  après  FEpiphanie  chez  leu 
Grecs  j jour  auquel  on  reprend  la  lecture  de 
l’Evangile  de  S.  Luc. 

Dominica  Lues  décima  fexta  yjtve  Publicani  & Pka~- 
rif&i,  le  rroifième  Dimanche  après  l’Epiphanie 
chez  les  Grecs. 

Dominica  Mapparum  albarum  , le  fécond  Diman- 
che après  Pâques. 

Dominica  Irlattksi  prima  , fecunda  tertia  , &C. 
C’eft  ainfi  que  les  Grecs,  appelknt  les  Diman- 
ches après  la  Pentecôte  , parce  qu’on  lit  ces^ 
jours-Ià  l’Evangile  de  S.  Matthieu,  divifé  par 
fejftions  ; & remarquez  que  le  premier  de  ces: 
Dimanches,  répond  à notre  premier  Dimanche.' 
après  la  Pentecôte,  à la  différence  des  Diman- 
ches des  Grecs  après  Pâques  ,,,qui  anticipoknu: 
d’une  unité  fur  les  nôtres. 

Dominica  Mediana  , le  Dimanche  d®  la  Pafllon.- 
Folcuin.  ,.  dans  fa.  Chronique  de  Laube  , l’ap- 
pelle Mediana  OBava  , peut-  être,  parce  que- 
c’eft  le  huitième  Dimanche  en  commençant  par 
celui  de  la  Septuagéfime  j mais  la  femaine  qui. 
précède  immédiate.ment  ce  Dimanche , s’appe- 
îoit  aufïi  lîebdomada  Mediana. 

Dominica  menfs  Pafehs.  Voyez  Mmlîs  Pafckalis.. 
Dominica  nova , x-veteAn  , chez  les  Grecs  1er. 
premier  Dimanche  après  Pâques.  Voye^^  Anti- 
pefeka, 

Dominica  Olivarum  y le  Dimanche  des  Rameaux». 
Dominica  Orthodoxie  , c’eft  le  premier.  Dimanche;' 

de  Carême  chez  les  Grecs. 

Dominica  , O Canna  ,,Qa  Ofanns  y îe  Dimanche  das' 
Rameaux. 

Dominica  Peralytici . chez  les  Gïses  notre'  trefe- 


310  DAT 

fième  Dimanche  après  Pâques . qa’iîs  appellent 

le  quatrième.  „ . . i,,. 

DoJnica  pofi  Alhas.  Voyez  Dorriiruca 
Dominka  vofi  Afienfam  Dormnt  , re  Dimancne 

dans  roaave  de  PAfceniion.  ^ _ 

T>  • * ■ . o\x  Adorands.  trucis  y 

kttoSe  Dimanche  de  Carême  chez  les 
Grecs  ^ qui  adorent  folemnenement  la  Lroix 
ce"jour-ii,  & toute  la  femaine  fuivante  , qui 
ell  leur  quatrième  femaine  de  Carême. 
Dominicapoft  focos , poft Ignés,  le  Dimanche  apres 
les  Brandons  ou  le  fécond  Dimanche  de 

Carême.  _ , r-  î 

Dominica  poft  fancia  lamina  , CiiSZ  Us  lorecs  j le 

premier  Dimanche  après  rEpiphanie.  ^ 
Dominica  pofi  Strenas , le  premier  Dimancne  apres 
le  premier  Janvier. 

Dominica  prima  , fecunda  , tarda  ante  ISataU  Vo- 
rrini,  le  fécond,  le  troisième  & le  qiiatneme 
Dimanche  de  l’Avent,  dans  un  vieux  calenarier 
Romain,  cité  par  Ducange  au  mot  Domin^a. 
T)omiràca  ŸiLohc^i'^î  ^ FkarijOiiy  ch-7,  ies  GiwCS 
iè  fixième  Dimanche  après  l’Epiphanie. 
Dominica  Qaintana  , Quintane.  , de  ^aintana  , OU 
Quintaim  feul,  le  premier  de  Carême  , qui  eit 
le  cinquième  avant  la  quinzaine  de  Pâques. 
Dominica  Idamifipalmaruin  , le  Dîmanciie  des  Ra- 


meaux. 

Domirâca  Refarredio , ne  marque  point  toujours 
le  Dimanche  de  la  Réfurreaion  du  Sauveur  ; d 
fe  prend  quelquefois  pour  chaque  Dimanche  de 

Tannée.  . „• 

Dominica  Rogadonum  , le  Cinquième  Dimancne 
après  Pâques. 

Dominica  Rofic  , ou  de  Rofa  , ou  Rofata,U  qua- 
trième Dimanche  de  Carême , ainü  appelé , à- 
caufe  de  la  bénédi&ion  d’une  rofe  d’or , que  le 
Pape  fait  ce  jour-Ià.  Il  donne  ordinairement 
cette  rofe  à laperfonne  la  plus  qualhiée  qui  fe 
trouve  alors  à Rome , & l’envoie  même  quel- 
quefois comme  un  rare  préfent  à une  perfonr.e 
éioignce,d’une haute  dignité  S:  d’un  grand  nom. 
On  appelle  encore  à Rome  , 

Dominica  de  Rofa  , ou  de  Rofis , le  Dimanche 
dans  TOctave  de  TAfcenfion  , foit  parce  que 
c’eft  le  temps  où  les  rofes  fieiiriffent,  foit  parce 
qu’on  en  jetoit  autrefois  dans  TEglife  où  étoit 
la  ftation  , lorfque  le  Pape  y ofücioit. 

Dominica  Samariîarâ , chez  les  Grecs  notre  qua- 
tr'èine  Dimanche  après  Pâques , qu’ils  appel- 
lent le  cinquième. 

Dominica  S and  a , ou  Sanda  in  Pafeka,  le  jour 
de  Pâques. 

Dominica  Sancia  TrirJtads  , le  Dimanche  de  la 
Trinité , le  premier  après  la  Pentecôte.  Il  eit 
quelquefois  appelé  le  Roi  des  Dimanches. 

Dominica  de  Transfigiiradone  , le  fécond  Diman- 
che de  Carême , dont  TEvangile  contient  Thif- 
toite  de  la  Transfiguration  du  Sauveur. 

Domirdca  triam  Septimazaruni  Pafckalis  ( dans 


D A T 

des  Lettres  de  Phiiippe-Augufte  au  Tréfor  des 
Chartes  ) vraifem’nlablement  le  fécond  Diman- 
che après  Pâques.  Ce  qui  eft  certain  , c’eft  que 
les  trois  femaines  de  Pâques  commençoient  au 
jour  de  la  Réfurredion.  On  le  voit  par  les  Let- 
tres d’ajournement  du  Roi  Philippc-ie-Long, 
adreü'ées  aux  Pairs  de  France;  Ad  diem  Sabbati 
pofi  très  fepdmanas  inflands  Pafckalis  , vide- 
licet  ad  vigefimam  diem  menfis  ^Æaii,  Ces  Let- 
tres , datées  du  9 Avril  1317,  appartiennent  à 
l’an  1318  , fuivant  notre  manière  de  compter. 
En  effet,  elles  font  antérieures  , comme^iUff 
vifible , au  jour  de  Pâques  de  Tannée  où  elles 
ont  été  données.  Or,  Pâques  en  I3i7tomboi£ 
le  3 Avril.  De  plus  , le  20  Mai  étoit  un  Aeii- 
dredi  cette  année  , & non  pas  un  Saniecii  j mais 
en  1318  Pâques  tomboit  le  23  Avnl  5 & le  2q 
Mai  étoit  un  Samedi,  qui  étoit  celui  de  la  qua- 
trième femaine  après  Pâques.^  Voyei  ces  Lettres 
rapportées  tout  au  long  pages  820,  821  au  il  tom, 
du  P.  Anfclme.  _ 

On  trouve  auOi  Dominica  trîum  feptimanarum  Pen- 
tecofies , même  explication. 

Dominica  Pyropkagi , le  Dimancne  de  la  Quinqua- 
géfime.,  chez  les  Grecs , qui  donnent  ce  même 
nom  à la  femaine  qui  le  précédé,  i^res  ce  Di- 
manche, il  n’eftplus  pe^rmh  dans  TEglife  Grec- 
que d’ufer  de  laitage  jufqu  a Pâques.  ^ 

Dominica  vacans , ou  vacat , c eft  le  nom  qu  on 
donne  dans  TEglife  Latine  aux  deux  Dimanches 
d’entre  Noël  & TEpiphanie , parce  qn’ns  font 
toujours  remplis  par  une  fete  ou  une  Octave. 
On  a encore  appelé,  _ . 

Dominiez  vacantes  y les  DiiTianches  oui  .üiveüt  stS 
Samedis  des  Quatre-Temps  & de  l’Ordination . 
parcs  que  l’Office  de  ces  Samedis  fe  faifant 
autrefois  la  nuit,  il  ne  laiffoit  pomr  affez  de 
temps  pour  faire  un  Office  propre  le  Dimancne 
matin.  Ainfi , ces  Dimanches  étdent_  alors  ap- 
pelés vacantes,  parce  qu  ils  navoienr  point 

d’Oînce  propre.  _ ^ . 

- Domirdca , unam  Doinhu , le  deuxieme  Dimanche 
après  Pâques , ainfi  defigné  dans  le  Journal  des 
Vifites  que  Simon  de  Beaulieu  , Archevêque 
de  Bourges , & Primat  d’Aquitaine  , fit  dans  la 
Province  de  Bordeaux  en  1291.  {Editio  Veneta 
Concil.  t.  xiv , p.  çSé-  ).  ^ 

Dominicain,  pour  Domirdca  , dans  quelques  Au- 
teurs damo'yen  âge,  comme  Dominicumfanclum, 
le  jour  de  Pâques,  Dominicum  fccurfum  poj 
claujum  pafçha,  le  troiiième  Dimanche  apres 
Pâques.  p- 

Dominus  fortitudo , Introït  & nom  du  fixieme  dt- 
manche  après  la  Pentecôte. 

Dominas  illsiminado  mea  , Introït  & nom  mî- 
quatrième  Dimanche  après  la  Pentecôte. __ 
Dormldo  S.  Maris.,  TA^iTomption  de  la  SteTîsrgs» 
le  15  Août.  _ 

Dam  clamarem , Introït  & nom  du  dixième  P'-* 
manche  après  la  Pentecôte. 


DAT 

Dum  medium  Jîkntium  , îe  Dimanche  dans  rCéiave 
de  Noël  ^ & celui  d'après  ia  Circonciiion , iorf- 
qu’il  tombe  la  veille  des  Rois. 

E. 

Eau  changée  en  vin  aux  noces  de  Cana  ,îe6  Jan- 
vier. Voyez  Epiphariia. 

Ecce  Deus  adjwvat , Introït  & nom  du  neuvième 
^ Dimanche  après  la  Pentecôte. 

L Enfant  prodigue  3 le  Samedi  de  la  fécondé  fe- 
maine  de  Carême- 

Epipsnti  3 le  2 Février.  Voyez  Tîyvipan.ti. 
Efiphania  , Theopharâa  , Épiphanie  3 le  jour  des 
Rois  3 en  Gaulois  3 Tiphaine  , Eipkagne  y Eié- 
pjiaine  , Tzépkanie , &c.  Noms  qui  ont  auffi  été 
donnés  au  jour  de  Noël  3 mais  très -rarement  3 
dans  ces  derniers  fiècles , à moins  que  le  nom 
de  Noël  ne  foit  ajouté-,  Eipkaine  de  Noël.  On 
a_  encore  appelé  FEpiphanie,  Apparhio  , appa-- 
rition  ^de  Notre-Seigneur  3 lorfqu'il  s'eft  fait 
connoître  aux  hommes.  Eefium  Stella , la  fête 
de  l’Etoile  3 la  fête  des  Rois , de  l’Adoration 
des  Mages , de  l’Eau  changée  en  vin  aux  noces 
de  Cana  3 du  Baptême  de  Jéfus-chritt.  Toutes 
ces  fêtes  fe  célèbrent  en  un  même  jour  le  6 
Janvier  , excepté  celle  de  Noël , qui  s’eft  tou- 
jours célébrée  le  2j  Décembre  en  Occident. 
Mais  en  Egypte  & en  Grèce  3 on  l’a  auffi  célé- 
brée avec  l’Epiphanie , le  6 Janvier  , dans  les 
premiers  fièeles. 

E^o  mihi  3 Introït  du  Dimanche  de  la  Quinqua- 
géfime. 

Exaltatio  fancha.  Cruels  , fête  attachée  ail  14  Sep- 
tembre dans  1 Eglife  Grecque  comme  dans 
i’Eglife  Latine.  On  prétend  3 fur  la  foi  des 
Acles  de  Ste.  Marie  Egyptienne  3 qu’elle  fe  cé- 
lébroit  ayant  que  l’Empereur  Héracüus  eût 
rapporte  a Jerufalem  la  vraie  Croix  qu’il  avoir 
recouvrée  l’an  618.  Ce  qui  eft  vrai , c’eft  qu’à 
Jérufalem  on  célébroit  le  14  Septembre  l’4n- 
niverfajre  de  la  Dédicace  de  i’Eglife  de  la  Ré- 
furreétion  , bâtie  par  Ste,  Hélène , & qu’en  ce 
jour  on  adoroit  la  vraie  Croix. 

■*  ->  Introït  du  Dimanche  dans 

1 OiRave  de  rAfcenfion30u  du  fixième  Dimanche 
apres  Pâques. 

ExpeBatio  B.  Maria , la  fête  de  l’Expeftation  de 
la  Sainte  Vierge  3 ou  de  l’Attente ‘de  fes  Cou- 
ches 3 le  jour  qu’on  chante  la  première  des 
Antiennes  appelées  les  OO  de  i’Avent.  C’eft  le 
18  Décembre  3 & en  quelques  Egüfes  3 le  16 
du  tnême  mois  3_comme  à Paris3  où  il  y a neuf 
Antiennes 3 a^u-lieu  qu’il  n’y  en  a que  fept  dans 
les  Eglifes  ou  cette  fête  de  l’Expeâation  fe  fait 
le  18  du  mois. 

Exurge  3 Domine  3 Introït  du  Dimanche  de  la 
Sexagefime. 

F. 

Ea^s  efl  Dominus , Introït  & nom  du  fécond 

__  Dimanche  apres  la  Pentecôte, 


La_  Femme  adultère  , le  Samedi  de  la  troiiîèmc 
iemaine  de  Carême. 

Feria  ad  Angelum , le  SIercredi  des  Quatre-Temps 
d Avent,  parce  qu’on  chante  ce  jour-là  i’Evari- 
Mijfus  efi. 

-^eria  caLida , la  Férié  chaude  3 c’eft:  la  foire  de 
S.  Jean-Baptiire  à Troye. 

Feria^frigida , la  Foire  du  premier  Odlobre  au 
meme  lieu, 

Feria  prima  , le  Dimanche. 

quarta  major  ou  magna  3 le  Mercredi.Saint. 
^^tria  quinta  major  ou  magna,  Is  Jeudi-Saint. 
-tria  fecunda  major  ou  magna  , le  Lundi  Saint. 
jjerza  fepti-ma  , major  ou  magna,  le  Saniedi-Saint. 
tenu  jtxta  major  ou  magna,  le  Ven-dredi-Saint.  ■ 
Feria  tertia  major  ou.  magna  , le  Mardi-Saint. 
Feria  magni  Scrutinii , le  Mercredi  de  ia  quatrième 
femaine  de  Carême,  où  l’on  cemmençoit  l’exa- 
men des  Cathecumenes  qu  on  devoir  admettre 
au  Baptême  r8  jours  après. 

Fefium  Animarum,  la  fête  des  Ames,  le  jour  des 
Morts  , le  2 Novembre. 

FefiuTn  Apojîolorum  , la  fête  de  tous  les  Apôtres , 
célébrée  autrefois  le  premier  Mai  chez ‘les  La- 
tins , le  30  Jum  chez  les  Grecs. 

Feftam^  Arckitriclini  , le  fécond  Dimanche  après 
l’Epiphanie,  à caufe  de  l’Evangile  qui  rapporte 
le  miracle  des  Noces  de  Cana. 

Fefium  drmorum  Chrifii.  Voyez  FeBum  Corons, 
Chrifii. 

Fefium  Afinçrum  , fête  ou  cérémonie  autrefois 
célébrée  à Rouen  le  zj  Décembre,  & à Beau- 
vais le  14  Janvier. 

Fefium  Afiymorum , le  jour  de  Pâques. 

Fefium  B.  M.  Cleopks , le  2j  Mai  ancfe.nnement 
a Pans. 

Fefeum.  R.  M.Salome , le  22  Odobre  ancienne- 
ment à Paris. 

Fefium.  Bronckeris.  Voyez  Broncheria. 

Fefium^  Calendarum,  dans  une  charte  de  Marfeille,, 
femble  être  le  jour  de  Noël , que  les  Marfeil- 
lois  appellent  encore  aujourd’hui  Calenes.  Voy, 

^ Fefium.  Calendarum  , au  mot  Kalenda. 

Fefium  Cam.panarum , en  quelques-unes  de  nos 
Provinces,  le  zj  de  Mars,  parce  que  peut-être 
on  fonnoit  beaucoup  les  cloches  à ca'ufe  de  la- 
,fête  de  l’Annonciation. 

Fefium  Candelarum  ou  CandeloCs , la  Chandeleur 
le  2 Février.  Voyez  tîypapànti. 

Fefium  de  Clavis  Domâni.  Voyez  Feflum  Corons 
Chrifii. 

Fefium  Conceptionis  S.  Joannïs  B aptifis  ^ le  20 
Septembre  à Limoges. 

Fefium  Corons  Chrifii  , fête  célébrée  en  Alle- 
magne le  Vendredi  d’après  l’Oftave  de  Pâques, 
ou  le  F endredi  fuivant , fi  le  premier  eft  occupé, 
Ec'-te  fête  eft  encore  appelée  Fefium  Armorum 
Chrifii  3 I.nfirumentorum  Dominiez,  Pa.fionis  , 
Jîafls  , Clavorum  , Src.  Fefium  de  Corona  Sd 
Clayis  Domini  , de  Lancea  & Clavïs  , 


D A T _ 

Fefium  Coron&  Domini , la  fêta  da  k Surcaptpiî 
de  la  fainte  Couronne  par  S.  Louis,  fe  célèbre 
à Paris  le  onziènae  d Août. 

Fefium  Diviftonis  ou  de  Difperfione  Avofiolorum  , 
lorfqif  ils  fe  féparèrenc  pour  aller  prêche^  l'E- 
vangile par  tout  le  monde.  Cette  fête  elt  mar- 
quée dans  plusieurs  Martyrologes  au  1 5 Juillet, 
& au  14  du  même  mois  dans  un  Manufcrit  de 
S.  viétor  de  Pans.  ■ _ _ ^ 

Feftum  Evangelifmi , cinquième  Dimanche  apres 
Pâques.  Cette  fête  , où  Ton  honore  le  com- 
mencement de  la  Prédication  de  Jefus-Chriit , 
étoit  autrefois  attachée  en  piulieurs  ueux  au 
premier  Mai. 

Feflum  Herbarum  , rAlTomption  de  la  Ste  Vjerge- 

Fefiam  Bypapanus  , le  2.  Février.  Voyez  Hypa- 
panti. 

Fejium  Bypodiacop^orum  ou  SuodiaconoTum  , fete 
des  Sous-Diacres , le  premier  de  Pan  daus  quel- 
ques Egîifes,  ou  un  autre  jour  y dans  d autres , 
à la  fin  de  Tannée. 

Fefium  Infirumentorum  Domimcs,  Paljiorâs  , de 
Eanceâ  Domini  , d’r.  Voyez  Fefium  Corons, 
Ckrifti. 

Fefium  Lumîniim  y la  Chandeleur , le  a Février. 
Voyez  Hypapanti.  Chez  les  Grecs , c eîr  I Epi- 
phanie 3 'Esirh  (^scTm. 

Fefium  B.  Maris  de  Nive , Sainte  Marie-aux-Nei- 
ges , que  FEglife  célèbre  le  ^ Août. 

Fefium  S.  Martini  Bullionis  , S.  Martin  le  Bouil- 
lant J le  4 Juillet. 

Fefium  Occursûs , le  X Février.  Voyez  Hypa- 
panti,. 

Fefium  Olivarum , le  Dimanche  des  Rameaux. 

Fefium  omp.ium  Sanciorum,  Fête  de  tous  les  Saints, 
la  Toufiaints,  premier  Novembre,  le  premier 
Dimanche  après  la  Pentecôte  chez  les  Grecs. 

Fefium  Falmarum  , le  Dimanche  des  Rameaux. 

Fefium  S.  Pétri  Epularum  , la  Chaire  de  S.  Pierre 
à A.nîioche,  le  2Z  Février,  jour  auquel  les 
Païens  faifoient  de  gi'ands  repas  aux  tombeaux 
de  leurs  parens;  d'où  cette  fête  a été  auffi  appe- 
lée Cara  cognatio  , Carifiia. 

Fefium  fancii  Regis  , en  Hongrie  , la  fête  du  Roi 
S.  Etienne  , qui  tombe  le  X Septembre. 

Fefium  feptem  Fratrum,  le  7 de  Juillet,  dans  un 
Calendrier  de  Metz. 

Fefium  feptuaglnta  duorum  Chrifii  Difcipulorum  ^ 
le  IJ  Juillet , qui  eil  aafii  le  jour  confacré  à la 
fête  de  la  Dlvifiop.  des  Apôtres  ; ce  qui  a peut- 
être  donné  lieu  à l'Autcur  du  Martyrologe 
François  de  raaporterla  fête  des  foixante-douze 
Difciples  au 4 Janvier,  comme  les  Grecs,  qui 
la  font  ce  joisr-ià. 

Fefium  S.  Simeonis  ^ le  X Février.  Voyez  Hypa- 
panti. 

Fefium  Stells  , le  6 Janvier-  Voyez  Epipkania. 

Fefium  Stuhoram  , la  fêta  des  Foux  , le  premier 
jour  de  Tan  en  plufieurs  villes. 

Fefium  Tranfiationis  Je  fia  , dans  iê  Teflamenc  de 


DAT 

Roterhaus,  Evêque  d'Yqrck  en  1498,  eft  f* 
même  que  la  Transfiguration  , que  nous  célé- 
brons le  6 Août.  C’eft  peutêtre  une  faute,  pour- 
Feflum  Transfigurationis. 

Fefium  SS.  Trinitatis  ; il  y en  avoit  deux  : l’une, 
le  premier  Dimanche  après  la  Pentecôte  j l’au- 
tre , le  dernier. 

Fefium  FaUemrurn  , la  fête  aux  Variés  , le  Di- 
manche après  la  S.  Denis. 

Forenfiis  pour  Feria.  On  trouve  dans  Ludevvig  des 
chartes  datées  Forenfi  III , ForenfiiV.  (Reizq. 
Marzuficr.  tom.  vu  p,  147'  ^54'  )•  ^ Mardi 
& le  Jeudi. 

G. 

Gaudete  in  Domino  ^ Introït  8c  Doin  du  tronieme 
Dimanche  de  l’Avent. 

Genethliacus  dits  Confiantinopolhans  urbis  , la 
Dédicace  de  la  ville  de  Conftantinsple  , le  I9 
Mai. 

H. 

Hebdomada  auikentica  , la  Semaine-Saînte. 

Hebaomada  Crucis  , la  Semaine-Sainte. 

Hebdomas  diac&ncfiima  , la  Semaine  du  renouvel- 
lement c’eft  la  première  de  Pâques  chez  les 
Grecs. 

Hebdomada  duplexe.  \ oyez  Hebdomada  Frinitatis. 

Hebdomada  Expeciatiords  , la  Semaine  d’après 
i’A.fcenficn , qui  nous  rappelle  l’Attente  de  la 
defeente  du  Saint-Efprit  üir  les  Apôtres. 

Hebdomada  Indulgentis , la  Semaine-Sainte. 

Hebdomada  magna  , la  Semaine-Sainte.  On  don- 
noit  auul  ce  nom  à la  femaine  av'ant  la  Pente- 
côte.- 

Hebdomada  mediana  (^uadragefims  , la  quatrième 
Semaine  de  Carême  , celle  avant  la  Paillon.  ^ 

Hebdomada  muta  , la  Semaine-Sainte , parce  qu’on 
ne  fonne  point  les  cloches  les  trois  derniers 
jours. 

Hebdomada  poenalis  ^ peenofia  y la  Semaine-Sainte, 
vulgairement  la  Semaine  péneufe. 

Hebdomada  fiacra  , la  Semaine  avant  Pâques , 
aufll  celle  qui  précède  la  Pentecôte. 

Hebdomada  Trinitatis , la  femaine  après  le  Di- 
manche de  la  Trinité,  appelse  auili  Hebdomada 
d-plex  y parce  qu’elle  ell  en  mêrrie  - temps  la 
Semaine  du  premier  Dimanche  apres  la  Pente- 
côte. 

Hebdomads  Grscs  ; les  femaines  des  Grecs  font 
compofées,  comme  les  nôtres  , de  fe-pt  jours} 
mais*  avec  cette  différence  , que  le  Dimanche 
eft  fouvent  le  dernier  jour  de  la  femame  ,^  au- 
lieu  qu’il  eft  toujours  le  -premier  de  la  nôtre. 
Ceci  mérite  attention  par  rapport  aux  dates. 
Le  nom  d’une  femaine  ne  fe  tire  pas  toujours^, 
chez  les  Grecs  , du  Dimanche  quMa  preceus. 
Dans  certains  temps  de  l’année  , il  fe 
celui  qui  la  fuit,  & qui  en  elt  comme  le 
Aiafi  , la  première  femaine  de  Carême  dasiS^^--^ 


1 


D A 

Calendrier  grec , eft  celle  qui  précède  !e  pre- 
mier Dimanche  de  Carême  , & dans  laquelle 
fe  rencontre  !e  jour  des  Cendres.  La  feraaine 
ade  la  Paflion  ell  celle  qui  eü  fuivie  immédia- 
■remerït  du  Dîmanche  de  ce  nom  ; celle  des 
Jia.meaux , la  femaine  qui  eft  avant  ce  Diman- 
che. Voici  un  exemple  intérelTant  J qu'il  cil:  à 
propos  de  rapporter  fur  celle-ci.  On  lit  dans 
V il'e-Kardouin  ^ que  Conftantîuople  fut  prile 
par  les  François  le  12  Avril  1204,  U Lundi  de 
-Pâques  Flories.  Cette  expreffion  a trompé  quel- 
ques Auteurs,  qui  J faute  de  faire -attention 
que  Vîlie-Hardouin  comptoit  les  femainesà  la 
.grecque  , ont  cru  qu’il  marquoit  par-là  le  len- 
demasn^des  Rameaux  , au-lieu  qu’il  délignoit 
le  Lundi  de  la  femainc  précédente  , qui  effec- 
tivement tomboit  le  12  Avril  en  1204.  La  fe- 
anaine  qui  fuit  les  Rameaux  ne  s'appelle  pas 
cependant  la  femainc  de  Pâques  chez  îes  Grecs, 
tîiais  la  Semaine-Sainte , comme  parmi  nous. 
On  voit  par-là  que  les  femaines  quadragéfî- 
tnales  des  Grecs  ne  répondent  point  à celles 
quoiqu'elles  foient  en  même  nombre 
précifément  que  les  nôtres.  Il  n’en  eft  pas  de 
même  des  femaines  qui  font  encre  Pâque  & la 
Pentecôte  t elles  ne  prennent  point  leur  nom 
«U  Dimanche  qui  les  termine.  La  femaine  , par 
exemple  , qui  vient  après  l'Oiâave  de  Pâques, 
s appelle  , chez  les  Grecs  comme  parmi  nous  , 
la  fécondé  femaine  après  Pâques  j mais  le  Di- 
tnanche^iuivant , qui  eû  notre  lècond  Dimanche 
^ptcs^Pàques , fe  nomme,  parmi  les  Grecs,  le 
troilième , & ainft  des  autres;  en  forte  qu’ils 
comptent  fept  Dimanches  entre  Pâques  & la 
Pentecôte  , celui  de  Pâques  compris,  & autant 
de  femaines.  Après  la  Pentecôte,  ils  recom- 
mencent à compter  le  Dimanche  pour  le  der- 
nier jour  de  la  femaine.  Cependant,  par  une 
contradidiion  fingulière , les  Grecs  ne  lailTent 
pas  d’appeler  en  tout  temps , comme  nous  , le 
Lundi  ie  fécond  jour  de  la  femaine , le  Mardi 
le  troilième,  & de  même  les  fuivans. 

üuiriève  de  S.  Jean  , Huitiève  de  S.  Martin , Oc- 
tave de  £.  Jean , Odave  de  S.  Martin  , & ainll 
des  autres 

Hypapanti , Hypante  , Hypanu  , du  grec 

en  latin  Occurfus , Rencontre  en  françois  : fête 
de  la  Préfentatkjn  de  N.  S.  J.  C.  au  Temple,  où 
fe  rencontrèrent  le  vieillard  Siméon  & Anne  la 
Propketelïe  ; Fejium  S.Simeonis  , Candelarîs,  ^ 

S.  M.arzA  Candelaris.  , Candtlofs, , Candelarum , : 
Luminum , la  Chandeleur  ; en  quelques  provin- 
ccs  la  Chandeleufe  , communément  la  Purifi- 
cation de  la  Sainte  Vierge,  que  nous  célébrons 
îej2  Février. 

L 

^ ) de  Coilaces,  la  Décollation  de  S.  Jean. 
BaïUze  , Hifi.  de  la  Maifon  d‘ Aup,  tome  il, 

P-  ^95; 

Antiqui  tés  J Tome  II, 


, . DAT  3,3 

Jeudi , le  grand- Jeudi , le  Jeudi-Saint , apuelé 
encore  U Jeudi-blanc , à caufe  qu’on  diffribuoit 
en  ce  fainr  jour  des  pains  blancs  aux  Pauvres  ; 
ce  qui  fe  pratique  encore  en  plulieurs  Egiifes 
après  le  lavement  des  pieds. 

Jeudi , Magnzficet , ou  le  Jeudi  de  la  mi-Carême, 
ainlî  nommé  en  Picardie  , du  premier  mot  de 
la  Collecte. 

In  excelfo  tkrono  , Introït  Sr  nom  du  premier  Di- 
manche après  l’Epiphanie. 

In  voluntaîe  tua  , Introït  & nom  du  vinsc-unième 
Dimanche  après  la  Pentecôte. 

Inclina  aurem  tuarn.  Introït  & nom  du  quinzième 
Dimanche  après  la  Pentecôte. 

Inventio  fanS a,  Crucis  , le  3 Mai  chez  les  Latins, 
le  6 Mars  chez  les  Grecs  du  tnoven  âge.  Les 
Grecs  d’aujourd’hui  la  joignent  à la  fête  de 
l’Exaltation. 

Invocavit  me , Introït  & nom  du  premier  Diman- 
che de  Carême. 

loanncs  (S.)  Albus  , fête  de  S.  Jean-Baptifte  ^ 
au  24  Juin. 

Jours  nataux,  les  plus  grandes  fêtes  de  l’année. 
Voyez  Natales. 

Iflifuzzt  dies.  Dimanche  de  la  Paflion , ainfi  nom» 
mé  du  Répons  de  la  Proceffion. 

Jzzhilate  , omnzs  terra  , Introït  & nom  du  troî- 
lîême  Dimanche  après  Pâques. 
ludica  me , Introït  St  nom  du  Dimanche  de  la 
Paflion. 

Jugement^dernier  J le  Lundi  de  la  première  femainc 
de  Carême. 

lufius  es  , Domine  , Introït  & nom  du  dix-fep- 
tième  Dimanche  après  la  Pentecôte. 

IC. 

Kalend&  , dles . Calendarum  ou  Kalendariim  ^ le 
jour  des  Calendes.  C’eft  ordinairement  le  pre- 
mier jour  du  mois  précédent,  auquel  on  com- 
mençoit  à compter  par  les^  Calendes  du  mois 
liiivant.  Nous  trouvons , par  exemple , dans 
les  Annales  publiées  par  Larabecius,  au  tome 
H de  la  Bibliothèque  Céfarienne  , que  Char- 
lemagne, revenant  de  Rome  en  774,  fe  trouva 
à Lauresham  die  Kalendarum  Septembris  , qui 
étoit  le  jour  de  la  Tranflation  de  S.  Nazaire 
dans  cette  Abbaye.  Les  tranilations  des  Reli- 
ques fe  faifoient  alors  le  Dimanche  ; & en  774, 
le  premier  de  Septembre  étoit  un  Jeudi  : ainfi 
le  die  Kalendarum.  Septembris  .ne  figniSe  point 
le  premier  de  ce  mois  : il  lignifie  ce  que  la 
Chronique  du  même  Monaftère  nous  exprime 
par  lit  capite  Kalendarum  Septemhrlum  , c’elt- 
â-dire  , le  XIX  Kaltndas  Septembris , ou  ie 
I4  du  mois  d’Aoùr  , oui  eft  le  premier  jour 
de  ce  mois  , auquel  on  commençoit  à compter 
par  les  Calendes  de  Septembre , & qui  étoit 
en  effet  un  Dimanche  en  774 

Sur  quoi  il  y a deux  remarques  à faire  t 
i".  qa’au-lieu  de  compter  dans  un  ordre  rétro- 

R r 


grade  ^ à la  manière  des  Romains , les  jours 
avant  les  nones  j les  ides  Sc  les  calendes  , les 
Rédaéteuis  des  chartes  du  moyen  & du  bas 
âge  J les  Gomptoient  quelquefois  dans  un  ordre 
dîrecl.  Ainfi,  au-lieu  de  marquer^  par  exem- 
ple le  14  Janvier  par  XIX  CaUrdas  Fehrua- 
rii  I ils  mettent  priml  die  Calendarum  Februa- 
rii  ; & pour  le  jour  fuivant,  fzcuniâdit  Cd- 
leriiarum  Februaril , à la  place  de  XVII  Ka- 
lendas  Februarü  , 8cC.  : Que  j dans  la  date 

de  plufieurs  chartes  , les  jours  des  nones  , des 
ides  , des  calendes  n entrent  point  en  ligne  de 
compte  : autre  différence  entre  les  Romains  , 
qui , dans  leur  fuppiitation , comprenoient  ^ & 
le  jour  même  des  nones  j des  ides  & des  ca- 
lendes J & celui  où  elles  arrivent  5 par  confé- 
quent  où  nous  marquerions  XIX  Kalendas , 
fur  le  modèle  des  Romains  j nos  anciens  ne 
mettoient  que  XVlll 

ISous  remarquerons  encore  que  ^ même  parmi 
les  Romains,  ces  mots  calendes,  nones,  ides, 
n’avoient  pas  toujours  la  même  fignihcation. 
Quelquefois  ils  fe  prenoient  dans  un  fens  ab- 
folu , pour  marquer  tout  Fefpace  de  temps 
qui  avoir  rapport  aux  calendes , aux  nones  & 
aux  ides.  D'autres  fois,  & pour  rordinaire  , 
ces  noms  s’employoient  dans  une  iignh 
fica.tion  plus  reüreinte  pour  défigner  un  jour 
particulier.  Cette  diftindtion  eft  importante 
pour  concilier  des  dates  qui  paroiffent  fe 
contredire.  Par  exemple  , lorfque  Suétone 
dit  que  Tibère  (Pan  784  de  Rome,  31  de 
J.  C.)  garda  le  Confulat  jufqu'aux  ides  de 
Mai  5 il  n'eft  pas  contraire , quoi  qu  en  dife 
le  Cardinal  de  Noris , à une  infcription  de 
Noie  , rapportée  par  ce  Prélat,  monument  où 
il  eft  marqué  que  Tibère  abdiqua  le  Confulat 
le  VII  des  ides  de  Mai.  Ici  le  nom  des  ides  eft 
employé  dans  un  fens  limité  : là  il  embraffe 
tout  Pintervalle  qui  a rapport  aux  ides. 

Xalends.  ou  Feftum  Xalendamm  , fête  ridicule  , 
profané  & toute  païenne , long-temps  célébrée 
à Rome  & ailleurs  le  premier  de  Janvier. 
L’Eglife  a eu  beaucoup  de  peine  à l’abolir. 

L. 

F&tare , Introït  & nom  du  quatrième  Dimanche 
de  Carême. 

Le  Lazare , le  Vendredi  de  la  quatrième  femalne 
de  Carême.  - 

Litap.ia , litanis. , fouvent  confondues  avec  les 
Rogations  parnos  Auteurs,  parce  qu’on  chante 
des  Litanies  aux  Proceffions  des  Rogations, 
&:  que  le  mot  en  grec  eft  la  inême  ch'o.fe  que 
Rogaüo  ou  Supplicatio , en  laun.  Pour  diftin- 
guer  les  Litanies  du  jour  de  S.  Marc  , le  25 
Avril,  des^  Litanies  des  Rogations , on  a fou- 
vent  appelé  les  premières  Litania  major  ou 
Litanîa  Romana  , parce  qu’elles  ont  été  or- 
données à Rome  par  Saint  Grégoire-k-Grand  j 


& les  fécondés  , Litania  minor  OÜ  Litaraa 
Gallicana , parce  qu’elles  ont  été  d’abord 
établies  à Vienne  en  Dauphiné  par  S.  Mamert, 
Evêque  de  cette  ville,  d’où  elles  ont  palTé  dans 
les  Eglifes  de  France  avant  que  d'écrJ  en  ufage 
dans  les  Eglifes  de  Rome  & dans  les  autres 
Eglifes  étrangères. 

Lundi , le  grand-Lundi , le  Lundi-Saint. 

M. 

Malade  de  38  ans,  le  Vendredi  de  la  première 
femaine  ou  des  Quatre-Temps  de  Carême. 

Mardi , le  grand-Mardi , Is^-Mardi-Saint. 

S.  Maria  ad  Nives , le  5 Août.  Loyez  Fefiim 
Maria  de  Nive. 

S,  Martinus  calidus  . S.  Martin  Bouuxant , le  4 
Juillet , jour  de  fa  Tranflation._ 

Marzache,  la  fête  de  l’Annonciation  , ainft  appe- 
lée par  quelques-uns  de  nos  Auteurs  François , 
parce  qû’elle  tombe  en  Mars  le  ly  du  mois. 

Le  Mauvais  Riche,  le  Jeudi  de  la  fécondé  femaine 
de  Carême. 

Memento  met , Introït  du  quatrième  Dimanche 
Dimanche  de  PAvent  autrefois  5 aujourd’hui, 
c’eft  Rorate  Ceeli. 

Menfis  intrans , introiens , les  feîze  premiers  jours 
des  mois  de  31  jours,  & les  quinze  premiers 
des  mois  de  30  jours.  Ces  jours  fe  comptoient 
par  un , deux  , trois , comme  nous  les  comp- 
tons aujourd’hui  ; on  ne  faifoit  qu’y  ajouter  le 
mot  intrans  OU  introiens  ; par  exemple , Die 
XIV  intrante  Maio  , pour  le  14  Mai.  U n’en 
eft  point  de  même  des  jours  marqués  par 

Menfis  exiens  , afians  , flans  , rejians  , les  quinze 
derniers  jours  du  mois.  On  comptoir  ceux-ci 
en  rétrogradant.  Ainlî,  par  exemple  : Acium 
tertiâ  die  exeunte  , aftante  Jiante  , reftante 
menfe  Sevtembri  , ou  bien  Acium  tertiâ  die  exi- 
tûs  menjfs  Septembris  , marque  le  28  Septem- 
bre , en  commençant  à compter  par  la  fin  de 
ce  mois,  & en  rétrogradant  un  le  30 , deux  le 
29 , trois  le  28 , quatre  le  27 , &c.  On  voit 
un  grand  nombre  d’exemples  de  cette  manière 
de  compter , dès  le  dixième  ftècle , dans  le 
GlofTaire  de  M.  du  Cange  5 elle  doit  être  re- 
marquée pour  ne  point  s’y  tromper. 

Les  Grecs  avoient  une  manière  de  partager 
le  mois  fort  approchante  de  celle  ci  Ils  divi- 
foient  leurs  mois  en  trois  décades  ou  dixames, 
& comptoient  les  deux  premières  direékment 
ou  dans  l’ordre  naturel  j Myfis  is-mpAiZ  , 
c’eft  - à - dire  , menfis  ineuntis  j>nmâ  , 
[if.a-hrûe  -atéryi  menfis  mediantls  prima , ou  uieu 
rt^myi  undecimâ.  La  derniere  oixasn^ 

étoit  ordinairement  comptée  à rebours  ■ 

vutU  fy.yaéç  itS'iySa.ry,  dejinentis  menfis  undecima 

pour  les  mois  de  31  jours,  ê'tx.àTii  dedmâ'ço'àî 
ceux  de  30  jours.  Dans  î’un  & l’autre  ca^j 
c’étoit  le  21  du  mois.  Le  compte  étoit  dqn^ 
rétrograde.  Mais  il  femble  que  3 ^ès  k cifl 


DAT 

quiè’-ne  fi&le , les  Grecs  ne  parîageo’ent  plus 
leurs  mois  qu'en  deux  parties  à-peu-près  égaies, 
& qüeç‘Éiïî>5-'s-,Kr!'îîrenfermoir  toute  la  fécondé 
qui  pouyoit  s’étendre  jufqu’à  i j jours.  En  effet , 
Synefius  fe  fert  de  la  date  t}'i;  xh  hxarfj 
t;ç  decimâ  ttrtiâ  definentis  menus. 

* fsnalls , le  mois  fénal , Juillet. 

Menfi.s-  magnus  , le  grand  mois  , Juin  , ainfl 
nommé  , à caufe  qu’il  renferme  les  plus  longs 
jours. 

lÆenfis  Msfjloniiîn , le  mois  des  üîelTons  ( des 
maifTons  ) le  mois  d’Aoûr. 

hle.ifis  novnrum,  le  mois  d’Avril. 

Menfis  pafcha , le  mois  de  pâques , la  quinzaine 
de  pâques. 

Menjls  purgatorius , Février,  à caufe  de  la  purifi- 
cation de_  la  fainte  Vierge  qai  fe  célèbre  le  2 
de  ce  mois  j ou  plutôt,  parce  que  les  Romains 
avoient  coutume  d’o&rir  pour  des  morts  des 
facnfices  d’expiation  en  ce  mois  de  Février. 

Idenjls  undtcirnus  , menjts  dacdecimus.  C’étoit  chez 
Romains  & chez  les  François,  fous  la  pre-' 
mière  race  , les  mois  de  Janvier  & de  Février- 
On  voit  même  des  chartes  du  dixième  fiècle  où 
ils  font  ainfi  appelés. 

Mercredi  des  traditions , celui  de  la  troifième 
feœaine  de  Carême. 

Mercredi  , le  grand- Mercredi  ^ le  Mercredi- 
Saint. 

Mefonejiime , chez  les  Grecs  la  femaine  de  la  Mi- 
Carème  , qui  eft  leur  quatrième  femaine  qua- 
dragéfimale. 

Mefopentecojie  chez  les  Grecs,  c’eR  le  nom 
qu  on  donne  aux  huit  jours  qui  commencent 
le^  mercredi  de  la  quatrième  femaine  après 
pâques , & finiflent  le  Mercredi  fuivant. 

Mifereri  met , Domine , introït  & nom  du  fei- 
zième  Dimanche  après  la  Pentecôte. 

Mijenccriia  Domini,  i.ntroït  & nom  du  fécond 
Dim.anche  après  pâques. 

z'tlijp.i,  le  jour  ce  la  fête  d’un  Saint , comme  lÆljfa 
pjnchi  Joanrds , pour  la  Saint-Jean, 

Mijfi.  Dornîni  , alldaia  , alléluia  , alléluia  , le 
Dimanche  de  quafimodo.  Les  ftatuts  fynodaux 
dt  Gui  de  Hainaut , Evêque  d’Utrecht,  font 
de  l'an  l-^io , feriâ  tertiâ  pefi  mijfas  Domlrd, 
alléluia  , allelvda  , alléluia. 

N. 

Platale  , ou  'Ssatîvitas  Domird , la  nâîfiance  de 
Notre-Seigneut  , le  25-  Décembre.  Fefiorum 
omnium  metropolis , dit  S.  Jean  Chrjrfoflôme. 

Mans  , fête  célébrée  autrefois  dans 
1 eghfele  premier  Janvier.  C’eil  la  plus  ancienne 
de  toutes  les  fetes  de  îa  Sainte-Vierse. 

Natale  S.  Pétri  de  cathedra  , la  chaire  de  S. 
Pierre  à Rome  le  18  Janvier,  oui  Antioche  ’ 
le  22  Février. 

l^atale  , Natalis  , ou,  Naîalis  Dies  , le  jour  du 
siartyre , ou  de  la  mort  d’ua  fai.uî  5 mais  par-  . 


DAT  3 î ^ 

ficulièreraent  d’un  Martyr.  Le  jour  de  la  mort 
d'un  Saint  non-Martvr  eft  ordinairement  appelé 
Depofitio. 

A , les  principales  fêtes  de  l’année,  Voél, 
Pâques , la  Pentecôte  & la  ToulTaint  , dans 
une  charte  de  Pons  , Evêque  d’Arras.  Ces 
_fetes  font  quelquefois  appelées  Jours  nataux. 
Natalis , l’anniverfaire  du  jour  qu’une  perfonne 
difti.nguée  eft  montée  en  dignité  , comme  .le 
^Pape  fur  le  faint-fiége  , &c. 

Natahs  calicis , le  Jeudi-Saint. 

Natalis  S.  Joanrds  Baptifis , c’eft  la  fête  de  la 
décollation  de  S.  Jean  ( le  29  Août  ) dans  les 
anciens  martyrologes  & dans  les  chroniques  , 
à la  différence  de  nativitas  , qui  eft  le  jour  de 
fa  naiftance. 

Natalis  S.  îAarî&  ad  Martyres , ou  Dedicatî» 
îLccleJiaB.  Maris,  ad  Martyres.  Le  martyrologe 
Romain  marque  cette  fête  le  15  Ma:.  C’eft 
Boniface  IV  qui  l’a  inftituce,  lorfqu’il  cham 
gea  en  églife  le  Panthéon  de  Rome. 

Natalis  Reliquiarum , le  jour  de  la  ttanlîatioa 
des  reliques  d’un  Saint. 

Notre-Dame  l'Angevine,  ou  Septembrêche , la 
nativité  de  la  Ste  Vierge,  ainfi  appelée  en  Anjou, 
Notre-Dame  chaffe-Mars , la  fête  de  l’.4nnoncia- 
tien* 

Notre-Dame  de  Pitié,  le  vendredi  avant  le  Di- 
manche des  Rameaux  en  plufieiirs  églifes, 

^ Voye^  compafllon  de  la  fainte  Vierge. 
Notre-Dame  aux  marteaux,  la  fête  de  l’annoncia- 
tion.  N oye^  Daniel , Mil.  Franc,  tom.  i.  p.  135. 
Nox,  l’efpace  de  24  heures  pris  d’un  foir  à un 
autre  foir.  C’étoit  l’ufage  des  Gaulois  & des 
Germains  , félon  Jules  Céfar  & Tacite  , de 
divifer  le  te.mps  par  le  nombre  dî  nuits.  Les 
Francs , les  Anglo-Saxons , & les  peuples  du 
nord  adoptèrent  cet  ufage  qui  avoir  encore  lieu 
dans  la  France  au  douzième  fiècle.  Quot  noBes 
kabet  infans  ifle  ? eft-il  dit  dans  la  vie  de  S. 
Goar.  Non  noBes , dit  Geofroy  de  Vendôme, 
fecundiim  confuetudinem  Laïcorum  , fed  fecun- 
dum  infiituta  canonum  .inducias  pajialamas. 

Nox  facrata,  la  veille  de  pâques. 

O. 

OBava  infaAtium , le  Dimanche  dans  l’oclavî 
de  Pâques , ainfi  appelé  par  Saint  Auguftin. 
Oculi , introït  & nom  du  troifième  Dimanche 
de  Carême. 

Olympias  , fur  la  fignification  qu’on  a donnée  a 
ce  terme  dans  les  bas  temps,  Noye^  ce  qui 
eft  dit  à la  fin  de  l’article  des  Olympiades, 

Ottmes  gentes  , introït  & nom  du  feptième  Df- 
mauche  après  la  Pentecôte. 

Omnîs  terra , introït  & nom  du  fécond  Diman- 
■ cm  après  l’Epiphanie. 


Pams , le  Dimanche  des  ci.nq  pains,  îe  quatrième 
de  carême. 

R r ij 


^i6  DAT 

Valmi  feul , o'a  Valmj.runz  Dûs  ^ !e  Dima.nche 
des  Rameaux. 

Faiaues  Communiant,  ou  paques  Ercommuniantj 
& Pâques  Communiaux,  ie  Jour  de  Pâques 
dans  une  charte  de  Charles  VI  en  1387.  Une 
quittance  rapportée  par  Duchene  eu  datée 
du  deux  Avril,  nuit  de' Pâques  Communiant 
avant  le  cierge  béni-  Monftrelet,  pour  marquer 
le  temps  où  commence  fon  hiftoire,  s'exprime 
alnfi  dans  ie  prologue  : Si  commencera  cette 
jrréfente  chrop.iqueaajour  de  pafques  Communiant, 

Pan  de  grâce  1400.  H fe  prend  auffi  pour  la 
quinzaine  de  Pâques.  Des  lettres  de  grâce  de 
Tan  1389, dans  le  rréfor  des  Chartes,  font  da- 
tées du  lAardi  apres  la  quinzaine  de  Pafques 

. Communiant  y a autres  lettres  de  1 390  portent 
en  date  le  Lundi  de  Pâques  Communiant. 

Pâques  charneux , le  jour  de  Pâques,  a caufe 
qu'on  Y commence  à manger  de  la  chair. 

Pâques-Neves , le  jour  où  commençoic  alors  la 
nouvelle  année  qu’on  comptoir  d apres  la  béne- 
didion  du  Cierge  Pafcal. 

Parafceve , dii  grec  , préparation , le 

Vendredi  Saint,  & quelquefois  le  Vendredi  de 
chaque  femaine. 

Pafcka  feul , le  faint  jour  de  Pâque  ordinaire- 
ment, & quelquefois  la  femaine  de  Pâques, 
comme  Pajc’ialis  dies.  I!  fe  prend  encore  quel- 
quefois , fur-tout  en  Italie  & en  Efpagne  , pour 
d’autres  fêtes  que  pour  celle  de  Pâques  ; mais 
ordinairement  on  y ajoute  le  nom  de  la  fête, 
comme  Pafcka  Pentscofles  pour  la  Pentecôte, 
Pafcka  Erzpka-nU  , oU  Epipkanîorum  , pour 
l’Epiphanie , 8cC. 

Pafcka  claufum , Pâque  cîofè  , Ic  Dimanche  de 
rOâave,,oula  Quafimodo. 

Pafcka-  Competen-tium  , le  Dimanche  des  Ra- 
meaux- , à caufé  du  fv'tnbole  qu’on  donnoit 
ce  jourdà  à ceux  qui  demandoient  le  Baptême. 

Pafcka  flo-rum , floridum  , Pâques  fleurie  k Di- 
manche des  Rameaux-/ 

Pafcka  medium  , le  Mercredi  dass  rodavc  de 
Pâques, 

Pafclia  Petitum , le  même  que  Pafcka  Compe- 
tentium- 

Pafcka  Prlmum , le  îï  Mars,  ainfi  appelé'  par 
plulieurs  anciens , parce  que  Pâques  peut  tom- 
ber ce  jour-là  , & qu’il  ne  peut  tomber 
plus  tôt. 

Pafcka  Rofarum,  la  Pentecôte , lorfque  les.  Rofes 
fieuriffent  ou  font  en  fleur. 

Pafior  horuLs , le  bon  Pafteur , le  fécond  Diman- 
che après  Pâques  , dont  l’Evangile  commence  : 
Ego  fum  pafior  bonus. 

Paufatio  S..  Marû , ie  jour  de  rAffomptior.,  k 
î|  Août, 


DAT 

La  Péeherefle  pénitente , le  Jeudi  de  la  femaine 
de  la  Pafùon- 

Pentecofte,  la  Pentecôte.  Ce  mot  marque  quelque- 
fois, & principalement  chez  les  Grecs , tout  le 
temps  Pafcal  depuis  Pâques  jufqu  a la  Pente- 
côte. 

Pentecofies  media , le  Mercredi  de  la  femaine 
de  la  Pentecôte  chez  les  Latins. 

Peathefis , c’efl  un  des  noms  que  les  Grecs  des- 
noient à la  fête  de  la  Purification. 

S.  Petrus  in  gala  Augufiz , S.  Pierre  aux  liens, 
aufîi  dit  S.  Pierre  Angoul-Aaût  & Angd- 
Aoât. 

Populus  Sion , introït  & nom  du  feco.nd  Diman- 
che de  l’Avent. 

Prefentatio  D.  N.  J.  C. , la  préfentation  de  N.  S. 
au  temple  , k a Février.  V oycj_  Hypapanti. 

Privicarnium  Sacerdotum  , le  Dimanche  de  la 
Septuagéflme.  P'oyei  Carniprivium. 

Profpkonéfime,  c’eft  le  nom  que  ks  Grecs  donnent 
à la,  femaine  de  la  Septuagéflme.  Ce  nom  veut 
dire  invitation  , parce  que  dans  cette  femaine 
on  y annonce  au  peuple  k Carême  qui  ap- 
proche. 

Proteclor  nojîer , introït  & nom  du  quatorzième 
Dimanche  après  la  Pentecôte. 

Puerpérium  , la  fête  de  l’Enfantement , ou  des 
Couches  facrées  de  la  Vierge , le  a6  Décembre- 
chez  ks  Grecs  & ks  Mofeovites. 

Purificatio  B.  MarU  , la  fête  de  la  Purification 
de  h.  Ste  Vierge,  k x Février.  Voyei  Hypapanti^ 

Q. 

Quadragefima  intrans  , Quare fmeniranum  , Carême 
entranr.  P^oyeiq  Carefnentranus. 

Quafimodo , introït  & nom  du  premier  Dimanche 
après  Pâques  , qui  eft  celui  de  l’Ocbve. 

Quindana  , qulndena , quînquenna  , la  quinzaine» 
Quindena  Pafckéi  , la  quinzaine  de  Pâques. 
Ce  font  les  huit  jours  qui  précèdent  la  fêre, 
& les  huit  jours  qui  la.  fuivent- 

Quindena  Pentecofies  , la.  quinzaine  de  la  Pente- 
côte , comm.ençant  à la  Pentecôte  même,  iinu 
Dominzea  in  Quindena  Pentecofies  eft  k fécond 
Dimanche  après  la  Pentecôte-.  On.  trouve  auflà 
Quindena  Nativitatis  , Quindena  Purif.catzaiu, 
Quindena  SanBi  loannzs  Baptific  , Quindena 
SanSz  Mi'chaslis , &c.  même  exphcaî!cn , 
c’eft-à-dire  , que  ces  quinzaines  cemmencefî' 
à la  fête  meme.  Nous  en  avons  la  pra^jj^ 
pouE  la  quinzaine  de  Noël  dans  le  Coscue 
de  Montpellier,  tenu  en  1215.  Pierre  de  Vau- 
cernai  le  date  de  la  quinzaine  de  Noël , & 
acies  k datent  du.  VI  des  Ides  ou  8 de 
Janvier» 

Qumquagefima,  k Dimanche  de  la  QuinquagC' 
flme  ordinairement  , & quelquefois  k temps- 
Pafcal  , qui  eft  de  cinquante  jours  , depajS 
Pâques  jufqa’à  la  Pentecôte  mêmei.  qui  ^ 
cinquantième» 


DAT 

Q'jïntans,  ie  premier  Dimanche  de  Carême. 

a. 

Jtamifpalma , le  Dimanche  des  Rameaux. 

B-eddiie  qds.  furx.t  Ce^Jliris  Cifan  ^ le  vingt-deu- 
xièm.e  Dimanche  après  ia  Pentecôte , ainlî  appe- 
lé par  les  hiftoriens  contemporains  de  ia  ba- 
taille de  \\  eilîenberg  près  de  Prague  , donnée 
le  8 ISovembie  i6zo  j DuTKinica  , dnent-iis  j in 
qua  cantatur  Evar^gelium  , Reddite  , SilC. 

Reminifcere  , introït  & nom  du  iecond  Dimanche 
de  Carême. 

Refaüle-Mois , les  mois  de  Juin  & de  Juillet, 
du  Cange  , fuppL 

Refpice  , Domine  , introït  & nom  du  treizième 
Dimanche  après  la  Pentecôte. 

Refpice  in  me , introït  & nom  du  troifième  Di- 
manche après  la  Pentecôte. 

Révélation  de  S.  Michel  ( Le  jour  de  la  ) , 8 de 
Mai.  Voye-^  Monllrelet^  t.  i , fol.  87  reclo. 

Le  Roi  des  Dimanches  j le  Dimanche  de  la  Tri- 
nité. V^oye:!^  Dominica  fanBe.  Trinitatis. 

Rorate  cteli , introït  & nom  du  quatrième  Diman- 
che de  r.Avent  5 autrefois  c'étoit  Mémento 
met. 

Rofs,  dominica , le  quatrième  Dimanche  de  Ca- 
rême J & celui  dans  POétave  de  rAfeenfion. 
Voye'^  Dominica  Rofu. 

S. 

Sahhatum,  le  Samedi  ordinairement  ^ ou  quelque- 
fois la  femaine  entière.  De-!à  viennent , una  j 
ou  prima  Sabbati , pour  le  premier  jour  de  la 
femaine  , c’eft-à-dire  ^ ie  Dimanche  j fecunda 
Sabbati,  pour  le  Lundis  &c. 

Sabbatum  Acatkifti , c^’ell  le  nom  que  les  Grecs 
donnoient  au  Samedi  de  la  cinquième  femaine 
de  Carême  : ce  jour  étoitfête  à Conftantinople, 
en  mémoire  de  la  délivrance  miraculeufe  de 
cette  ville  affiégée  par  les  Abares  ; événement 
arrivé  Pan  6z6  , & dont  ils  fecroyoient  redeva- 
bles à la  proteéiion  de  la  Sainte  Vierge  Ce 
jour-là  on  chantoit  à Phonneur  de  ia  Mère  de 
Dieu  une  hymne  nommée  Acatkifios  , parce 
qu  elle  fe  chantoit  debout.  Voye:^  Grett^er  , L 
iil.  Ohferv.  in  Coddinum  , c.  7. 

Sabbatum  duodecim  leBionum , Samedi  aux  douze 
leçons,  les  quatre  Samedis  des  Quatre-temps. 

Sabbatum  huminum  , le  Samedi-Saint. 

Sabbatum  Magnum  , le  grand-Samedi  > le  Samedi- 
Saint. 

Sahhatum  vacans , le  Samedi  avant  îe  Dimanche 
des  Rameaux,  ainfi  appelé  à Rome , parce  qu’il 
n avoir  point  d’office,  le  Pape  étant  occupé 
à diftribuer  des  aumônes  ce  jour- là. 

Salas  Populi , tnrroït  & nom  du  dix-neuvième 
Dimanche  après  la  Pentecôte. 

La  Samaritaine,  îe  Vendredi  de  la  Mî- Carême, 
ou  de  la  troifième  ïèmaine  de  Carême. 

Semtiaii  Dies , Voye:^  au  mot  Dies, 


Septimana  , la  femaine.  Voye-^  Hebdcmada. 

Septimana  commuais  , la  femaine  qui  commençoit 
au  Dimanche  après  la  Saint  Michel  de  Septem- 
bre (Haï  taus  Calend.  Medii  avi  , p.  131.) 
Dans  Ludewig  {Rel.  mjf.  t.  m.  p.  493.  J on 
trouve  un  diplôme  daté  A.  1306  F cria  quana 
in  communibus.  C’eft  le  5.  Oâobre. 

Septimana  media  jejur.iorum  P ajckalium  , la  troi- 
fième femaine  de  Carême,  il  ne  faut  point  con- 
fondre cette  femaine  avec  Jîebdomada  mediana 
Qucdragefima..  Celle-ci  eft  la  quatrième  femaine 
de  Carême. 

Septimana  p&nofa,  la  Semaine  péneufe,  la  femaine 
Sainte. 

Seval , le  mois  de  Juillet.  Charte  de  Godefroi  II, 
Sire  de  Perucis  : Ce  fut  fait  tan  del  Incarnation 
Jefu  MCGLXlV  , cl  mois  de  Seval  le  jour 
S.  Jakemé  & 5.  Chrifoife  ( Butkens  , t.  I , pr. 

Si  iniquitates , Introït  & nom  du  vmgt-deuxième 
Dimanche  après  la  Pentecôte. 

Selemnitas  folemnitatum  , le  faint  jour  de  Pàques. 

Safeepimus  , Deus  , Introït  & nom  du  VHR  Di- 
manche après  la  Pentecôte. 

Sufeeptie  fanSls  Crucis  , la  fufeeption  de  la  Ste 
Croix,  à Paris  le  premier  Dimanche  d’Aout. 

T, 

Tejfaraçofie  , c’eft  le  nom  que  les  Grecs  donnent 
au  Carême. 

Tetrada  , le  quatrième  jour  de  la  femaine , ou  le 
Mercredi. 

Theophania  , la  fête  de  Noël  & celle  de  l’Epipha- 
nie , confondues  dans  les  premiers  fiècles  en 
Orient , & célébrées  l’une  & l’autre  le  6 Jan- 
vier. De-là  viennent  ces  mots  Gaulois  Tipka-^ 
gne  y Tipkaine  , Tiépkaine  , Tiephanie  , Tie- 
phaigne  , Tiphaigne  , qui  fignifient  ordinaire- 
ment le  jour  des  Rois.  Voye^^  ttpiphania. 

Des  Traditions  , le  Mercredi  de  la  troifième  fe- 
maine de  Carême  , parce  que  î’Evangile  parle 
des  fauffes  traditions  des  Juifs  , que  les  Difci- 
ples  du  Sauveur  iTobfervoienr  point  dans  leur 
repas. 

Dransfiguratlonis  Dominica  , îe  fécond  Dimanche 
de  Carême  , parce  qu’on  y chante  l'Evangile 
de  la  Transfiguration  de  notre  Seigneur  Jefus- 
Chrift. 

T r ans f.gur adonis  fefium  , la  Transfigutaticui  de 
Notre  Seigneur,  le  6 Août. 

Tyéphaine  , Tiphaine.  oyeq^  Theophania, 

V.  ■ 

Verdi-aoré , pour  Vendredi-adorê , le  Vendredi- 
Saint  , ainfi  appelé  autrefois  parmi  le  peuple, 
à caufe  de  l’adoration  de  la  Croix. 

Veuve  de  Naïm  (la),  le  Jeudi  de  la  quatrième 
femaine  de  Carême. 

Vigilia  Horemii , la  veille  de  S.  Laurent , ou  îe 
9 Août  3 dans  un  Traite  de  Gebbehard , Evêque 


3iS  DAT 

cHalberftat,  pafi'é  l’an  1477  avec  l’Abbava  de 

Quedelinbourg  {Ludewig.t.  10 y p.  93.). 

Les  Vianerons^ie  Vendredi  delà  fécondé  femaine 

de  Carême. 

'^octTu  ydciinditaiis  y Introït  6c  nom  du  cinquième 

Dimanche  après  Pâques. 

/ L‘Ârt  de  Vérifier  les  Dates.  ) 

DATORUM  ludüs.  Foyei  Echecs. 

DATTES  , fruit  du  palmier.  Les  Orientaux  en 
ont  mangé  dans  tous  les  temps  ; ils  en  favoient 
extraire  du  temps  de  Strabon  une  liqueur  fermen- 
tée. Les  Romains  fe  do-nnoient  les  uns  aux  autres 
pour  étrennes , au  calendes  de  Janvier  j des  dattes 
couvertes  de  légères  feailles  dVr  ( Maniai,  in 
Meniis  , a.4.  ) .' 

Aurea  porrigitur  Jani  caryoîa  Kalendis, 

Les  fpedtateiirs  à Rome  mangeoient  'des  dattes 
pendant  la  repréfenntioa  des  pièces  ce  théâtre 
( Maniai,  xi.  32.  ) 

Es  notas  caryotldas  tkeatris, 

DAULIASj  Airnom  qu  Ovide  ( ai  Livi.  zo6.  ) 
donne  à Fhüomèle  parce  que  fon  aventure  mal- 
heureufe  s'étoit  paflee  à Daulis , ville  de  la  Pho- 
cide.  Vcyei  Philomèle. 

DAULIES  , fêtes  que  célébroient  les  Argiens, 
pour  renouveler  le  fouvenir  du  combat  de  ProëtuSj 
Pioi  d'-Argos,,quife  faifoit  nommer  Jupiter ^ con- 
tre Acrifias  J fon  frère. 

DA-üPHINj  conileîlation  qui  a pris  fon  nom 
du  dauphin  d’Arios  , ou  du  dauphin  qui  négocia 
le  mariage  de  Neptune  avec  Amphicrite,.  ou  d’un 
de  ces  mariniers  que  Eacchus  changea  en  dau- 
phins , ou  enfin  du  dauphin  qu  Apollon  donna 
pour  condiiéfeur  à des  Cretois  qui  alloient  dans  la 
Phocide.  On  dit  que  le  dauphin  eft  ami  de  rhom- 
me  J qa’il  n’en  eft  point  épouvanté , & que  pour 
en  voir  , il  va  au-devant  des  vailTeaux , & joue 
tout  au  tour  en  fautant  ; mais  il  fuit  les  vaifieaux 
plutôt  pour  profiter  de  ce  qu’on  jette  hors  du 
bord:,  que  pour  aucun  amour  qu’il  ait  pour  les 
hommes. 

Les  faveurs  qu’obtint  Neptune  d’Amphitrire  j à 
l’aidc  du  dauphin  , méritèrent  à ce  poiffon  Ij  gloire 
d’être  l’attribut  fymbolique  du  Dieu  des  mers. 
C’eii  pourquoi  on  trouve  ordinairement  Neptune 
tenant  un  dauphin. 

Le  dauphin  étoit  peint  fur  le  bouclier  d’ÜlyiTej 
& il  peut  fervîr  à caraccérifer  ce  héros  Grec , ainfi 
que  fon  bonnet. 

Sur  une  cornaline  du  Baron  de  Stofch  , on  voit 
une  barque  fous  b.  forme  d’un  dauphin , dont  l’ex- 
trémité de  la  gueule  forme  l’cperon  ; le  devant  de 
la  tête,  la  proue  ; le  corps  , la  carène  & les  bor- 
dages  5 & la  queue,  la  poupe  le  gouvernail.  Sur 


D A U 

l’épcron  eft  un  lièvre  dans  raâion  de  s’élancer  ea 
courant  -,  fur  ia  barque  , par-deifus  les  rameurr 
un  grand  levrier  courant  de  toutes  fes  forces  ; Sc 
enfin  fur  la  queue  du  dauphin , qui  s’élève  en  for- 
me d’ap/#re,  &'au-deffus  des  deux  timons , ua 
autre  quadrupède  drefie  fur  fes  jambes  de  der- 
rière , qui  3 avec  celles  de  devant  , paroît-jouer 
des  deux  fiâtes.  Cette  pierre  fingiiliète  doit  être  le 
fymboie  de  l’invention  & de  ia  pratique  de  l’art 
de  naviguer. 

Tous  ces  animaux , confîdérés  en  général , fem- 
blent  vouloir  nous  rappeler  que  les  hommes, 
av^nt  que  de  naviguer  , commencèrent  à paffer  les 
eaux  fur  les  quadrupèdes.  Après  ces  premiers  ef- 
fais,  ils  fe  fervirent  des  bois  fiottans , & ils  cher- 
chèrent à imiter  les  poifibns  qui  vivoient  dans 
i'eau  , leur  élément  naturel , où  ils  les  voyoient 
nager  avec  tant  de  facilité  : c’eft  alors  que  pour 
naviguer,  ils  prirent  leur  modèle  fur  les  poilîbns. 
Le  dauphin  fervant  ici  de  vailTeau , nous  apprend 
que  parmi  les  poiifons  , It-daupkin  fut  ce  modèle  : 
fa  forme  l’y  rendoit  plus  propre  que  tous  les  au- 
tres poifibns  ( vie  clâffe  , . 3.  ). 

Une^pâce  antique  de  la  même  colle&'on  offre 
un  vaiilean  couvert  à rames , fous  la  forme  d’un 
dauphin  , avec  le  grand  mât , fa  voile  pliée  , tous 
les  cordages  nécelTaires  , & deux  figures  qui  tra- 
vaillent à^ia  manoeuvre.  Cette  gravure  fe  rapporte 
à la  précéde.nte.  Elle  confirme  ce  que  nous  y avons 
dit , que  le  dauphin  a été  pris  pour  modèle  de  ia 
fabrication  des  vaiiTeaux.  Ôn  voit  dans  le  Mufeum 
Florentinum  une  gravure  femblable  fur  un  jafpe 
rouge  ( t.  il.  tah.  l.  3.  ) j mais  fans  explication. 

Dauphin  , ornements  des  cirques  anciens , qui 
éroient  élevés  fiir  de  petites  colonnes  à l’endroit 
appelé  Spina  circi-  Voye:^  CiRQUE.  On  prétend 
qu’on  élevoit  un  dauphin  à chaque  courfe,  & 
qu’on  pouvoir  compter  le  nombre  des  courfes  par 
celui  des  dauphins.  D’autres  Antiquaires  ont  ajou- 
té qu’ils  éîoient  placés  fur  des  globes , comme 
on'  voit  quelquefois  les  coqs  au  haut  des  clo- 
chers. 

Dauphin  des  anciens.  C’étoit  une  mafle  de 
fer  fondu , ou  de  plomb , fafpendue  au  haut  des 
antennes  des  vailTeau.x.  On  la  laifibit  tomber  fur 
les  natures  ennemis,  qu’elle  perçoit  depuis  le  pont 
jufqa’au  fond  de  cale-  Cette  machine  , appelée 
dauphin,  parce  qu’elle  en  avoit  ia  figure,  étoit  en 
ufage  chez  les  Grecs.  Dans  le  fameux  combat 
donné  dans  l’un  des  ports  de  Syraeufe,  les  Athé- 
niens ayant  été  battus,  les  Syraenfains  les  pour- 
faivirent  jufques  vers  la  terre,  & furent  empêchés 
de  paffer  outre,  dit  Thucydide  , par  les  antennes 
des  navires  qu’on  abaifla  fur  le  palTage.  A ces  an- 
tennes pendoient  des  dauphins  de  plomb , capables 
de  les  fubmerger;  Sc  deux  galères  qui  s’empor- 
tèrent au-delà,  furent  brifées. 

Sur  les  médailles  le  dauphin  entortillé  à un  trs- 
den:  ou  à une  ancre , marque  la  liberté  du  cohh 


D E 

fe-ierce  & l’empire  de  la  tuer.  Quand  il  efr  joint  à 
un  trépied  d’ Apollon  ^ il  marque  fur  les  médailles 
Romaines  le  facerdoce  des  Quindécemvirs  , qui  , 
pour  annoncer  leurs  facrifices  foiemnels  j por- 
to-ient  la  veille  un  dauphin  au  bout  d’une  perche 
dans  les  rues  , parce  qu’on  regardoit  ce  poiffbn 
comme  confacré  à Apollon. 

Le  dauphin  feul  ^ ou  avec  un  trident , eîl  le 
type  ordinaire  d’Ægium  en  Achaïe.  On  le  voit 
Euifi  fur  les  médailles  de  Byzantiumj  de  Carteia  , 
de  Corinthe  J d’Eubée  , de  Larinum  . de  Lipari , 
de  Nifyros,  de  Paedum  j de  RaucaSj  de  Syracufe^ 
de  Tarenre  . de  Thera_,  de  Velia. 

On  voit  un  enfant  nud  , quelquefois  aile  , 
monté  fur  un  dauphin , fur  les  médailles  de  Brun- 
diiiumj,  de  Paelium  & de  Tarente- 

A.  E.  Ces  deux  lettres , qui  fe  trouvent  fouvent 
fur  ies  médailles.  Grecques  frappées  fous  h domi- 
nation des  Romains  , ont  étéexoliquées  dif&lrem- 
ment  par  plulîeurs  Antiquaires.  Avant  de  rappor- 
ter ces  explications  , je  dirai  que  ces  figles  A.  e. 
font  ordinairement  expliquées  aujourd’hui  par  ces 
deux  mots  AH>.f  APXÎKHS  ESOYCIAC  , tribunidâ 
poteftate,  qui  font  écrits  tout-entiers  fur  quelques 
médailles. 

Le  Père  Jobert  difoit,  d’après  Oudinetj  que 

JêS  lettres  A.  E,  CtOiGîît  initiales  ds 
jjiasî  J par  l ordre  du  confeil  de  ville , ou  plus  exa-c- 
ordre  des  états  de  la  province  j comme 
le  fait  obferver  le  Baron  de  la  Bailie,  qui^  d’ail- 
leurs rejetoit  cette  explication  , croyant  ^ avec 
raifon  , qu’aucune  province  n’avoit  pu  accorder  à 
une  ville  la  permiffion  de  battre  monnoie  j droit 
réfervé  à l’Empereur  feui  ou  au  Sénat. 

Hardoamjcet  écrivain  fi  fécond  enconje&ares 
dépoun'ues  de  fondement  ^ a pris  les  lettres  A.  e. 
pour  les  initiales  des  mots  A?«W;a;i  , vota 
publica  ; mais  il  n’a  jamais  pu  citer  une  feule  mé- 
daiüe  qui  vnnt  a l’appui  de  fon  explication. 

Le  Père  Jobert  a dit  encore  fur  les  deux  lettres 
A.  E.  que  les  villes  grecques  jouijfant  du  droit  de 
battre  monnoie  , en  faifoîep.t  frapper  de  deux  fortes. 
Selon  lui  3 celte  qui  n était  que  pour  le  pays  était 
en  grec.  Celle  qu  on  voulait  qui  eût  cours  dans  tout 
l hmpire,  était  en  latin.  l..a  première  portait  les  deux 
caractères  S.  C.  Senatus  Conjulto,  l.a  fécondé  avoit 
le  A.  E.  A<!y,«ar(  Le  Père  Jobert  femble 

parler  en  général  de  la  monnoie  qui  fe  frappoit 
dans  les  villes  grecques;  & cependant  il  eft  cer- 
tain 3 dit  le  Baron  de  la  Bafîie  ^ que  tout  ce  qu’il 
écrit  en  cet  endroit,  doit  fe  reflreindre  aux  feules 
médaillés  d Antioche  far  i’Oronte.  Il  fait  entendre 
que  les  lettres  s.  c.  font  affe-ftées  aux  feules  mé- 
dailles^ grecques  , & A.  £.  aux  m.édailles  latines; 
rien^  n eft  moins  exaâ  que  cette  afïertion.  I!  y a 
piuiieurs  rnedaiiles  grecques  frappées  à Antioche 
fous  Augufte,  fous  Tibère  , fous  Claude  , fous 
Néron  , fous  Galba,  fous  Hadrien  , 8cc.  oui  n’ont 
ni  rua  ni  l’autre  de  ces  caradlères  ; & ûe‘pias  on 


DÉ  pjp 

E-  fe  ''oit  fur  aucune 
médaillé  latine  de  cette  ville.  Au  contraire,,  le 
S- c.  fe  rencontre,  non-feulement  fur  toutes  les 
médaillés  latines , mais  encore  au  revers  d’un  très- 
grand  nombre  de  médailles  grecques  ; Se  jamais 
on  n’a  trouvé  fur  aucune  le  A.  e.  fans  le  s.  c. , 
quoique  le  s.  c-  fe  voye  fans  le  A.  e.  , tant  dans 
les  médailles  grecques  que  dans  les  médailles  Lt- 
tines  Ajourez  à cela  que  les  lettres  A.  E.  ne  fe 
trouvent  fur  les  monnoies  d’Antioche  que  depuis 
Caracalia  ; c’eft-à-dire , depuis  que  cette  ville  fut 
devenue  colonie  Romaine.  Cette  dernière  obfer- 
vation  fuffit  pour  montrer  que  A.  E.  ne  fauroic 
fignifier  Acp/iian  P.Tiuf^Jcts  , décréta  'Provincic.  y 
püifqu  Antioche,  devenue  colonie , avoit  moij-s 
befoin  que  jamaisducenfenrement  de  la  province 
pour  etre  aiitorifée  à faire  battre  monnoie. 

pÉ  à jouer  , tejfera  luforia  , différent  des 
olièlets. 


DÉ  ( jeu  de  ) : jeu  de  hafard  fort  en  vogue  chez 
les  Grecs  8e  chez  les  Romains,  L’origine  .en  eit 
très-ancienne,  lî  l’on  en  croit  Sophocle , Paafa; 
nias  & Suidas , qui  en  attribuent  l’invention  à 
Paiamède.  Hérodote  la  rapporte  aux  Lydiens  , 
qu’il  fait  auteurs  de  tous  les  jeux  de  hafard. 

Les  dés  antiques  étoient  des  cubes  d-e  même 
que  les  nôtres  ; c’eft  pourquoi  les  Grecs  les  appe- 
loient  yJAoi  ; ils  avoient  par  conféqaent  fix  faces, 
comme  V dpigramme  xvii,  du  liv.  xiv  de  Martial 
le  prouve: 


Hic  mihi  bis  feno  numeratur  tejfêra  puncio. 

Ce  qui  s’entend  des  deux  dés  avec  lefquels  on 
jouoit  quelquefois.  Le  jeu  le  plus  ordinaire -étoit 
à trois  dés  y fuivant  le  proverbe,  3 n 

xaSîî  , trois  fx  ou  trois  as  y tout  ou  rien. 

Je  ne  parcourrai  point  les  diverfes  manières 
de  jouer  aux  dés  y qui  étoient  en  ufage  parmi  les 
anciens  ; il  me  fufSra  d’indiquer  les  deux  princi- 
pales-: je  renvoie  pour  les  autres  aux  ouvrages  des 
Erudits , qui  les  ont  raffemblées  dans  des  livres 
compofés  exprès. 

La  première  manière  de  jouer  aux  dés  y 8c  qui 
fut  toujours  à la  mode,  étoit  la  raSe  , que  nous 
avons  adoptée.  Celui  qui  amenoit  le  plus  de  points 
emportoit  ce  qu’il  y avoit  fur  le  jeu.  Le  plus  beau 
coup  étoit,  comme  parmi  nous,  raSe  de-fix,  mot 
dérive  de  f£s;c»  û.(p£?.ùy.  On  le  nommoit  Vénus:  ce 
mot  défîgnoit  dans  tous  les  jeux  de  hafard  le  coup 
le  plus  favorable.  Les  Grecs  avoient  donné  les 
premiers  les  noms  des  Dieux  , des  Héros , des 
hommes  illuftres , & même  des  courrifanes  fameu- 
fes,  à tous  les  coups  différens  des  dés.  Le  plus 
mauvais  coup  étoit  trois  as.  C’eft  fur  cela  qu’Épi- 
charme  a'dir,  que  dans  le  mariage,  comme  dans 
le  jeu  des  dés , on  amène  quelquefois  trois , fix  & 
quelquefois  trois  as.  Outre  ce  qu’il  y avoir  fur  le 
jeu , les  perda.ns  payoient  encore  pour  chaque 


310  DÉ 

coup  malheureux  ; ce  n'étoit  pas  un  moyen  _qa  ils 
euûcnt  imaginé  pour  doubler  ie  jeu  ; c étoii  une 
fuite  de  leurs  principes  fur  les  gens  mameureux  : 
qiiils  méritoient  acs  peines,  par  cela  mêine  qu.  ils 
étaient  malheureux.  Au  refte  , comme  les  aés_  ont 
iîX  faces  , cela  faifoit  cinquante- iix  comb-naifons 
de  coups;  favoitj  üx  rafles,  trente  coups  ou  il  y 
a deux  dés  femblables , & vingt  où  les  trois  dés 
font  différens. 

La  fécondé  manière  de  jotieu  aux  dés , généra- 
lement pratiquée  chez  les  Grecs  & chez  les  Ro- 
mains , ètoit  celle-ci  ; celui  qui  tenoit  lesuM  yom- 
moit  avant  que  de  jouer,  le  coup  qu  il  iounaitoit; 
quand  il  Famenoit , il  gagnoit  ie  jeu,  ou  quelque- 
fois il  laiffoit  le  choix  à ion  adverfaitc  de  nommer 
le  coup  ; & fi  pour  lors  il  arrivoit , il  fubiiloît  la 
loi  à laquelle  il  s’étok  fournis.  Ceft  de  cette  ie- 
confie  manière  de  jouer  aux  dés  que  parie  Ovide 
dans  fon  Art  d! Aimer  , quand  il  dit  ; 

Et  modo  très  jaçleî  numéros  , modo  cochet  apte  , 
Quam  fubeat  partem  calUia  , quamque  'voett. 

{ Mém.  des  infeript.  & Belles-Lettr.  t.  I.  ). 

Comme  la  fureur  du  jeu  s'accrut  à Rome  à la 
deca-dence  de  la  République  , celui  de  dés  prit 
d'autant  plus  faveur , que  les  Empereurs  en  don- 
nèrent l'exemple-  Quand  les  Romains  virent 
Kéron  rifqiier  jufqu’à  quatre  mille  fefterces  dans 
nn  coup  de  dés , ils  mirent  bientôt  une  partie  de 
leurs  biens  à la  merci  des  dés.  ( Chevalier  ie 
Jaucourt.  ). 

On  a trouvé  dans  Herculanum  quantité  de  dés 
en  ivoire , en  terre  cuite , &c.  ils  font  parfaite- 
ment femblables  à ceux  d'aujourd'hui  : l'on  y a 
même  trouvé  des  cornets  en  ivoire  que  les  Grecs 
nommoient  ^vçy;:i , petites  tours , d'où  l'on  avoir 
formé  ie  mot  latin  pyrgus , cornet  à jouer  aux 
dés. 

Dans  les  tableaux  que  l'on  a découverts  à Her- 
culanum, on  voit  une  caricature  qui  repréfente 
Enée  portant  Anchife  , & luivi  d'Iule  : ils  fuient 
la  ville  de  Troyç  ; iis  font  peints  nuds  en  Frîapcs, 
avec  des  têtes  de  chien  , & ils  portent  des  cornets 
pour  jouer  aux  dés.  On  préfame  que  le  peintre  a 
voulu  faire  allufion  à Auguile  & à l'Empereur 
Claude , qui  fe  difoient  ifiTiis  d'Enée , & qui  étoient 
grands  joueurs  de  dés. 

Scheuchzer  & A^Itman  ont  fait  des  recherches 
fur  Forigjne  des  dés  de  bois  ou  de  terre  cuite  , 
que  l'on  trouve  en  grande  quantité  en  labourant 
la  terre  près  de  Zurzach  & d.e  Bade  en  Suifle, 
Ces  Auteurs  croient  que  les  anciennes  légions  Ro- 
maines avoîent  féjourné  pendant  long-temps  au- 
près de  ces  deux  villes,  & que  ces  dés  fervoient  à 
leur  amufement. 

I^^’p-ycondre.  On  voit  dans  le  cabinet  de  Ste 
Geneviève  deux  d/j-à-coudre  antiques  de  bronze , 
qui  reiTennblent  parfaitement  à ceux  dont  on  fe  fert 
ssjGur.G  hui.  L en  en  a auffi  trouvé  à H.erculanuna 


DÉC 

de  fembiabies , excepté  qu  iis  font  ouverts  par  le 
bout. 

DEBOUT  ( fe  tenir  ).  V oye^  Assuîcgere. 

DECAD  ARQUE,  ou  DÉC/ÆUQÜE , Magif- 
trat  eue  Lyfandre  établit  dans  les  villes  de  la  dé- 
pendance d Athènes , après  fa  vlétoire  fur  les  Athé- 
niens. Lyfa.'idre  créa  dix  Magiltrats  dans  chacune 
des  villes  Arh-éniensses , après  en  avoir  chaflê  tous 
les  partions  d'Athènes  ; & il  n'admit  perfonne 
parmi  ces  Magifirats  qui  ne  fût  Ion  hôte  & foa 
arni , ou  qui  ne  lui  jurât  fidélité.  Ainfi , il  fe  rendit 
maître  de  tout  le  gouvernement:  ce  font  ces  dix 
Âiagrdrats  qu  on  appela  Décadar qu.es  & Décadu- 
ques , de  êtact,  dix  & de  commandement, 

magijlrature  i OU  de  ^‘x.u.s  , a'çx.aécç  , Decade  & de 
, j’ai  , je  pcfséde  , je  contiens. 

Dans  Athènes  il  mit  trente  Décadarques. 

DECAlÎtRON  , }■  ^ Égme  , de 

Corinthe  & de  Syraeufe  , toutes  du  même  poids 
& de  la  valeur  de  dix  litres.  Voyez  Litre. 

DÉCAN.  Les  Aftronomes  anciens  & les  Aftro- 
logues  partageoient  chaque  figne  du  zodiaque  en 
trois  parties  égales , qu'ils  appeloient  décans.  Ces 
décans  étoient  fous  la  préfidence  de  quelque  Di- 
vinité particulière.  Le  premier  décan  du  bélier, 
par  exemple  , étok  affigné  a Mars , le  fécond  au 
Soleil , le  troifième  & dernier  à Vénus.  On  trouve 
d'anciennes  fphères  ou  d’anciens  zodiaques  fur 
lefqueis  les  décans  font  perfonifiés  & repréfentés 
fous  des  figures  particulières.  Le  fyftême  Mytho- 
Aftronomique  de  M.  Dupuis  eR  fondé  en  partie 
fur  les  rapports  des  décans  entre-eux,  ou  avec  les 
diverfes  conftellations. 

DÉCANS , bas-officiers  des  troupes  Romaines 
qui  commandoient  à dix  foldats  ( Veget.  il.  8-  ) : 
Èrant  decani  dénis  militibus  pnpofiti , qui  nunc 
caput  contuberniî  voeantur.  Ce  paffage  nous  ap^ 
prend  que  du  temps  de  Végèce  , au  quatrième 
fîècle,les  décans  étoient  appelés  chefs-de- chambre, 

DÉCAPITER.  Ce  fupplice  palfoit  chez  les 
Grecs  & les  Romains  pour  le  moins  odieux  de 
tous  ceux  qui  donnoient  la  mort.  Xénophon  ( Cyçi 
exped.  il.  p.  iç)}.  ) parlant  de  Cléarque  , quiavoit 
été  décapité , appelle  ce  fuppüçe  le  plus  beau  genre 
de  mort;  & Laétance  (_de  mort,  perfec.  c.  ai.  )1  ap- 
pelle une  bonne  mort , bonam  mortern.  Cicéron 
( Verr.  v.  45.  ) dit  que  les  parens  du  fupphcie 
donnoient  une  fomme  au  bourreau  pour  qu’il  lui 
tranchât  la  tête  d'un  feu!  coup.  Un  monument 
de  l’Hiftoire  Eçcléfiaftique  ( Rifi.  pajf.  C&ctli&^x 
&c.  p.  16.  ) nous  apprend  que  le  bourreau  mal- 
adroit étoit  obligé  d'abandonner  fa  viftime  apres 
le  troifième  coup. 

DÉCAPODE  , aeène , mefure  linéaire  de  la  Pho- 
cidsp  de  l'iUyrie,  de  la  Theffalie,  de  la  Mace- 

üoine  * 


DEC 

doînSj  de  h Thrace^  ces  Phocéens  en  Aîie^  & 
és  Msîfsiile  dans  ies  Gaules.  Elle  valoir , en  me- 
fure  de  France^  félon  M.  Pauélon  ( Métrologie  ) 
I toîfe  & Fooo-  Elle  valoir  J en  mefaresdes  mêmes 
pays  , 6 j coudées  médiocres,  ou  lo  pieds  pÿrhii- 
ques,  ou  de  mefure  naturelle,  ou  40  palelies, 
ou  160  dadhyles. 

Décafode  , acène , mefure  linéaire  de  l’Atîi- 
Que  , du  Péloponèfe,  de  la  Sicile  & de  la  grande 
Grèce.  Elle  valou  , en  mefure  de  France , felon 
M_.  Fauâon  ( Métrologie  ) i roife  & Elle  va- 
loir , en  mefures  des  mêmes  pays  3 6 j coudées 
de  rriefure  narureiie,  ou  10  pieds  olympiques  ou 
pieas  grecs,  ou  40  palelles,  ou  s 60 dadiyies. 

Decapode,  acène  mefure  linéaire  & itiné- 
raire oe  1 A fie  & de  l’Egynte.  Elle  valoir  i toife 
& France,  félon  AL  Paiiclon.  Elle  valoir, 

en  mefures  anciennes  des  mêmes  pays,  i 'f  orgyes, 
«U  Z bême  diploun  , ou  4 bé.mè  aploun. 

Decapode  quarrée  , mefure  géodéfique  ou 
gromanque  de  PAfie  & de  PÉgypte.  Elle  valoir, 
en  mefures  anciennes,  2j  coudées  facrées  quar- 
réeSj  ou  Loo  pieds  géométriques. 

DECAPROl’E,  Officier  quilevoit  les  tributs, 
ou  recueîîîoit  ies  tzxes^TJecaprotus  ^ jyeceTTtpriTnus. 
Les  Décapretes  étoient  obligés  de  payer  pour  les 
morts  , ou  de  répondre  à PEmp'ereur  fur  leurs 
biens  de  la  quote-part  de  ceux  qui  mouroient 
(Digejl.  l.  & hh.  uh.  de  Mitner.  Ù Honor.  & j 
I.  30.  de  Foilicîtat.  ).  Cicéron  les  appelle  Decem- 
primi  dans  ion  Oral  fondra  Rofeio. 

Ce  mot  vient  J dix^  & ‘Tt^âros  3 premier  ^ f 

apparemment  parce  qffion  choifilFoic  les  dix  pre- 
miers ou  les  dix  principaux  des  communautés  pour 
faire  ces  levées. 

DÉCARGYRE  , pièce  de  monnoie  en  ufage  1 
■dans  1 empire  Grec.  Le  décargyre  - s' zppeloic  au- 
trement mejorin.e3.8c  vaioit  dix  argyresj  c’eft  de- 
la  que  lui  venoit  fon  nom.  Il  étdit  la  fixième 
partie  d'une  livre  5 car  il  y avoit  foixaste  argyres 
dans  une  livre,  comme  il  paroît  par  la  loi  1 du 
code  TReodoüen ^dp expenj.  lud.,  & la  livre  étant 
ce  douze  onces , le  dicargyre  en  pefoit  deux. 

DECE  , Empereur.  Foye-^  Traja.n-Dèce. 

DECEMBRE  , dernier  mois  de  Pannée  actuelle,  j 
C’étoit  le  dixième  mois  de  Pannée  de  Romulns- 
De-là  vint  qu  il  fut  appelé  Décembrei-de  decem  dix: 
car  les^Romains  commeaçoient  dans  les  premiers 
temps  leur  annee  par  le  mois  de  Mars.  Le  mois  de 
Pécemhre_  éteit  fous  la  proteétion  de  VeRa  : Ro-  i 
mulus  lui  donna  d’abord  trente  jours , Numa  Iç  ' 
a-éduifit  à_29,  & Juîes-Céfar  lui  en  affigna  31'. 

Les  Romains  celebroient  dans  ce  mois  différente.'' 
fêtes  : le  jour  des  Kalendes , la  fête  de  la  Fortune 
qui  fait  enfuite  tranfoortée  au  mois  de  Juillet  ; le 
jour  des  "Nones,  je.  ia  fete  de  Faune  j le  3 avant  ] 
^tiquités  3 Tome  IL 


DEC  521 

c Jes  Ides  , ou  le  onzième  du  mois , ies  Agonaies  ' 
le  iS  avant  les  kalendes  de  Janvier,  c’eft-à-dire^ 
) le  ij«  avant  les  mêmes  kalendes,  ou  le  18  du 
s mois,  les  Opales  , ou  fêtes  d’Ops  ; le  lendemai.n 
coiT^ençoit  la  fête  des  Sigiilaires  5 le  lendemain 
’ c Angéronales , & outre  cela  un 

facnficea  Hercule  & à Cérès.  Le  aie  étoit  con- 
lacre  aux  Lares  j le  izc , c’étoient  les  Larenti- 
^ ^ jeuneffe  , JuvenaUs. 

1 ceiebroir  encore  en  ce  mois  une  fête  appelée 
Septimonium  , dont  Varron  fait  mention  ( L v.  de 
de  Décembre  on  célébroit  la 

réte  des  Saturnales. 

Saturne  était  auffi  particulièrement  honoré  dans 
Cv  mois  ( Qu&fi.  Rom.  34.  Plutarc.  ).  Commode 
tenta  en  vain  de  le  faire  appeler  Décembre-V  Attlo- 
[onîen  ^ à eaufe  de  fa  maîtreffie  Murcia,  qu’il  ai- 
moit  à faire  repréfenter  fous  les  traits  d’une  Ama- 
zone; deguifement  fous  lequel  cet  infenfé  ofa 
paroître  lui-même  dans  ies  fpedades  publics. 

DECEMJUGIS  3 char  attelé  de  dix  chevaux. 

J dit  que  Néron  ( c.  24.  n.  4. } parut  dans 

^ ^de  d Oiy'mpîe  , monte  fur  un  decemjugis 
qu  il  conduifoic  lui-même  : Aarigavit  quoque  plu- 
rzfartam  : Olympis  vero  etiam.  decemjngem.  C’étolï 
une  chofe  inouïe  avant  cet  Empereur  ; & elle  ne 
reparut  plus  depuis  lui  ; car  Ifidore  ait  que  le  plus 
fort  attelage  , celui  que  l’on  employoit  à caufe  de 
«la  pour  honorer  Jupiter,  le  plus  grand  des 
, Dieux,  étoit  de  îix  chevaux  ( xvm.  ) : Stjuga  , 
maximus  carras  , carrit  Jovi  , propter  qubd  maxi- 
mum deorum  fuorum  eunt  ejfe  eredant. 

DECEMPÉDE,  inRrument  dont  les  anciens  fe 
feryaient  pour  inefurer  , règle  de  dix  pieds,  decem~ 
peda,  La  décempede  étoit  un  inllrunicnt  deftiné  à 
arpenter  terres , une  perche  longue  de  dis 
pieds,  d’où  elle  a pris  fon  nom; en  grec  ê'txé.xes. 
Ees.A^rchiceéies  s en  fêrvoient  auffi  pour  donnée 
aux  banmens  & à leurs  parties  les  grandeurs  & les 
proportions  convenables.  Horace  ( l.  il.  Ode  i 
V.  14.)  fe  plaipant  de  ia  magnificence  des  bâti- 
mens  de  fon  fiècle,  dit  qu’il  n’en  étoit  pas  ainfi 
au  temps  de  Rotnulus  Sc  de  Caton;  qu’on  ne 
royoit  point  alors  dans  ies  maifons  des  particu- 
liers , des  portiques  mefarés  avec  k décempede , 

& tournés  au  Nord  pour  prendre  le  frais.  Sau- 
maife  (/kr  Salin,  p.  583.')  a parlé  de  la  décempede. 

Ce  nom  vient  dp  decem.  dix,  & de  pes^pedis  "pied. 

La  décempede  , mefure  itinéraire  des  anciens 
Romains,  vaioit  i toife  & France  , félon 

M.  Pauâon.  Elle  vaioit  , en  mefures  du  même 
peuple  , 2 pajfus  , ou  4 gradus , ou  lo  pûeds  Rq« 
mains. 

Décei.îpède  quarrée , mefure  gromatique  des 
anciens  Romains.  Foye^  Scrupule  de  terre. 

DECEMPEDATOR3  arpenteur  qui  fe  fert  de 
la  decempvdÊ^  Cicétoa  emnioie  es  mot  en  narknt 

S f 


312  DEC 

de  L.  Antonius  ( Vhilîv.  xm.  i30-  . .Æqniipmits 

ügri  puhiici  & privait  decempedator. 

DECEMPRIML  Voyei  Dhcafrote. 

DECEMVIRS  , 7 Maeiftrats  des  Romains ^ 

DECEMVIR  AT,  5 . r • j i 

.créés  avec  autoiité  fouverame  pour  faire  des  îoix 
dans  i'Erar.  On  les  nomma  Décemvirs  ,Tpzrcc  que 
ce  grandpouvoirne  fur  attribué  qu’à  dix  perfonnes 
ensemble,  & feulement  per=dant  le  cours  d une 
année-  Mais  à peine  eurent- ils  joui  de  cet  ctacue 
fouveraineté  , c^u  ils  convinrent  par  fermenu  de  ne 
.rien  négliger  pour  le  retenir,  route  leur  vie.  Rap- 
pelons au'  Lecteur  les  principaux  faits  de  cette 
époque  de  l’Hiiloire  Romaine , & üifons  d abord 
à quelle  occanon  les  Décemvirs  furent  infticues. 

bans  le  feu  des  difpates  entre  les  Patriciens  & 

les  Plébéiens , ceux-ci  demandèrent  qu'on, etaoiit 

des  loix  fixes  & écrites , afin  que  les  jugemens  ne 
fuirent  plus  l’effet  a une  volonté  capncieufe  ou 
d’un  oouvoir  arbitraire.  Apres  beaucoup  tie  re- 
fiilance,  le  Sénat  y acquiefça.  AÂors  , pour  côm- 
pofer  ces  loix  , on  nomma  les  Decemvirs  , I an 
ÿoi  de  Rome.  On  crut  qu  on  devoir  leur  accoruer 
un  grand  pouvoir  , parce  qu’ils  avoient  à dopner 
des^loix  à des  factions  qui  étoient  prefque  irré- 
eonciiiabies.  O.n  fufpendit  la  fonction  de  tous  les 
autres  Magiitrats  , & , cians  les  Comices  , iiS 
furent  élus  feuls  adminiftrateurs  de  la  République. 
Ils  fe  trouvèrent  revêtus,  par-là  de  la  puiifance 
confulaire  & de  la  puilfance  trtbunitienne^  : I une 
donnoit  le  droit  d’alfembler  le  Sénat } 1 autre  , 
celui  d’affemhler  le  peuple  ; mais  ils  ne  convo- 
quèrent ni  le  Sénat  ni  le  Peuple , & s’attribuèrent 
à eux  feuls  toute  la  puilfance  des  jugemens  : Rome 
fe  vit  ainfi  foumife  à leur  empire  abfolu.  Quand 
Tarquin  exerçoit  fes  vexations , Rome  étoit  indi- 
gnée du  pouvoir  qu’il  avoir  ufiirpe  ; quand  les 
Décemvirs  exerçoient  les  leurs,  Rome  fut  étonnée 
du  pouvoir  qu’elle  avoir  donné  , dît  l’Auteur  de 
la  Grandeur  des  Romains. 

Ces  nouveaux  Magiftrats  entrèrent  en  exercice 
de  leur  dignité  aux  ides  de  Mai  j & , pour  infpirer 
d’aîiord  àe  la  crainte  & du  refpeâ:  au  peuple,  iis 
parurent  en  public  , chacun  avec  douze  Lideurs 
auxquels  ils  avoient  fait  prendre  des  haches  avec 
des  faifceaux,  comme  en  portoient  ceux  qui  mar- 
choient  devant  les  anciens  Rois  de  Rome,  La 
place  publique  fut  remplie  p?r  cent  vingt  Lic- 
teurs qui  écarioient  la  multitude  avec  un  falle 
& usa  orgueil  infupportables , dans^  une  viiîe  où 
régnoit  auparavant  la  modeftie  & l’égalité.  Outre 
leurs  Lîétèurs , ils  étoient  en  tout  temps  envi- 
Konnés  d’une  multitude  de  gens  fans  nom  & fans 
aveu , la  plupart  chargés  de  crimes  & accablés 
de  dettes  , & qui.ne  pouvoient  trouver  de  sûreté 
que  dans  les  troubles  de  l’Etat  : mais  ce  qui  étoit 
encore  plus  déplorable,  c’eft  qu’on  vit  bientôt 
à la  fuite  de  ces  nouveaux  Magiftrats  une  foule  de 
jeunes  Patriciens , qui  préférant  la  licence  à k 


DEC 

liberté , s’attachèrent  fervilement  aux  difpenfa- 
teurs  des  grâces , & qui , pour  fatisfaire  leurs 
pallions  & fournir  à leurs  plaifirs , n’eurent  point 
de  honte  d'être  les  miniftres  8e  les  complices  de 
ceux  des  Décemvirs. 

Cette  jeunefle  effrénée  , à l’ombre  du  pouvoir 
fouveràin  , enlevoit  impunément  les  filles  du  fein 
de  leurs  mères  j d’autres,  fous  de  foibles  pré- 
textes , s’emparoient  du  bien  de  leurs  voifins  , 
qui  fe  trouvoit  à leur  bienféance  : en  vam  on 
en  portoit  des  plaintes  au  tribimai  c.tsDécanvirs ; 
les  malheureux  étoient  rejetés  avec  mépris , U 
faveur  feule  ou  des  vues  d’intérêt  tenoient  heu 
de  droit  & de  juftice. 

On  ne  fauroit  imaginer  à quel  point  s affaifïa 
la  République  pendant  une  fernblable  adminiüra- 
tion  : i!  fembloit  que  le  peuple  Romain  eut  perdu 
ce  courage  qui  auparavant  le  faiioit  crainare  8c 
refpeéier  par  fes  voifins.  La  plupart  des  Séna- 
teurs fe  retirèrent  ; plufieurs  autres  citoyens  fui- 
virent  leur  exemple  , & fe  bannirent  eux-mêmes 
de  leur'  patrie  5 cueiques-uns  même  cherchèrent 
des  afyles  chez  les  étrangers.  Les  Latins  & ceux 
qui  fe  trouvoient  aflujetris  à l’autorité  ae  la 
République , méprisèrent  les  ordres  qu’on  leur 
envoyoit , comme  s’ils  n’euflent  pu^iouffrir  que 
l’Empire  demeurât  dans  une  ville  ou  il  ny  avoir 
plus  de  liberté  ; 8c  les  Grecs  8c  les  Sabins  vin- 
rent faire  impunément  descourfes  jufqu  aux  pertes 
de  Rome. 

Quand  tous  ees  faits  ne  feroient  pas  connus, 
ou  jugeroit  aifément  à quel  exces  les  Decemvirs 
portèrent  le  fyftême  de  la  tyrannie , par  le  ca- 
raélère  de  celui  qu’ils  nommèrent  conllamment 
pour  leur  Chef,  par  cet  Appius  Cîaudîus , dont 
les  crimes  furent  plus  grands  que  ceux  du  fils  de 
Tarquin.  On  fait , par  exemple  , qu'il  fit  affafliner 
Lucius  Siccius  Dentatus , ce  brave  homme  q-çi 
s’étoit  trouvé  à fix-vingt  batailles  , & qui  avoïc 
rendu  , pendant  quarante  ans  , les  plus  grands 
fervices  a l’Etat.  Mais  on  fait  encore  mieux  le 
jugement  infâme  qu’ Appius  porta  contre  la  ver- 
tueufe  Vii^inie.  Denis  d’Halycarnaffe  , Tite- 
Live  , Florus , Cicéron  , ont  célébré  à lenvi 
cet  événement  > il  arriva  l’an  de  Rome  304  i & 
pour  lors  le  fpeâaeie  de  la  mort  de  cette  alje 
immolée  par  foa  père  à la  p'udeur  8c  à la  liberté, 
fit  tomber  d’un  feul  coup  la  puiffanee  exorbi- 
tante de  cet  Appius  8c  celle  de  fes  collègues. 

Cet  événement  excita  la  jufte  indignation  de 
tous  les  ordres  de  l’Etat  : hommes  8c  femmes , 
à la  vjile  8c  à l’armée  , tout  fe  fouleva  r toutes 
les  troupes  marchèrent  à Rome  pouf  deii^ter 
leurs  citoyens  de  l’oppreflion  , 8c  elles  fe  ren- 
dirent au  mont  Aventin , fans  vouloir  fe  feparei 
qu’elles  n’euffeat  obtenu  la  deftitution  & E pii-' 
nition  des  Décemvirs.  , . 

Tite-Live  rapporte  qu’ Appius,  pour 
Fînfamîe  d’un  fûpplîce  public  , fe  donna  la 
en  prifon.  Sp.  Appius  , fon  collègue,  eut  le  azems. 


fort  ; les  huit  autres  Décemvirs  cherchèrent  leur 
falut  dans  la  fuite  , ou  fe  bannirent  eux-mêmes. 
Leurs  biens  furent  confifqucs  j on  les  vendit  pu- 
bliquement J & le  prix  en  fut  porté , par  les 
QuelteurSj  au  Tréfor  public.  Marcus  Qaudius  , 
i inltrument  dont  Appius  s’étoit  fervi  pour  fe 
rendre  maître  de  la  perfbnne  de  Virginie  , fut 
condamné  i mort  & il  aiiroit  été  exécuté  fans 
les  amis  J qui  obtinrent  de  Virginius  qu'’il  fe  con- 
tentât de  fon  exil.  Cdft  ainlî  que  fut  vengé  le 
fang  innocent  de  l’infortunée  Virginie  , dont  la 
mort , comme  celle  de  Lucrèce , tira  , pour  la 
ieconde  fois  , les  Romains  de  l’efclavsge.  Alors 
cnacun  le  trouva  libre , parce  que  chacun  avoir 
ete  offenfe  j tout  le  monde  devint  citoyen,  parce 
eue  tout  le  monde  le  trouva  père  : le  Sénat  & le 
Peuple  rentrèrent  d.ans  tous  leurs  droits- 

avantage  qui  revint  à la  République  de 
.^dminilîranon  des  Décemvirs  , fut  le  corps  de 
Droit  Romain , connu  fous  le  nom  de  Loix  Dé- 
£emvirales , & pins  encore  fous  celui  de  Loix 
■des  dou^e  Tables.  Les  Décemvirs  travaillèrent 
^^^ycoup  de  zèle  pendant  la  première  année 
de  leur  Magillrature  à cette  compilation  de  Loix, 
quils  tirèrent  en  partie  de  celles  de  Grèce,  & 
en  partie  aes  anciennes  ordonnances  des  Rois  de 
Rome.  Pdjeç  Tables. 

Je  ne  doute  point  du  mérite  de  plufieilrs  de 


li  E C 


il  ne  nous  relie  cependant  que' 
mais  , malgré  les  éloges  qu’on 


■ces  Loix,  don 
des  fraamens  ; 

-'J  y G-’H 

«n  raie,  il  me  femble  que  la  vue  de  quelques- 
îi.nes  fufSt  pour  dévoiler  le  bue  principal  qui 
anima  les  Décemvirs  lors  de  leur  rédaélfon  5 & 
cette  remarque  n’a  pas  échappé  à l’iUullre  Auteur 
de  VEfprit  des  Loix. 

Le  génie  de  la  République,  dir-ii,  ne  deman- 
doît  pas  que  les  Décemvirs  milTent  dans  leurs 
€ouzc  Tables  les  L.oix  loyales  , fi  fevères  y & 
faites  pour  un  peuple  compofé  de  fugitifs  , d’ef- 
ciaves  & de  brigands  j mais  des  gens  qui  afpi- 
tyrannie  , navoienr_  garde  de  fuivre 
î €q>Mt  de  la  République  ÿ la  peine  capitale  qu^ils 
prononcèrent  contre  les  auteurs  des"  libelles  & 
contre  les  Poètes ,-  n’étoit  certainement  pas  de 
1 efprit  d’une  République , où  le  Peuple  âime  à 
voir  les  Grands  humiliés,  mais  de  gens  qui  vou- 
ioient  renverfer  la  liberté  5 & Cicéron,' qui  ne 
défapprouve  pas  cette  loi , en  a bien  peu  prévu 
les  dangereufes  conféquences.  Enfin , la  loi  qui 
^couvre  le  mieux  les  projets  qu’avoient  les 
Décemvirs  de  mettre  la  divifion  entre  les  Nobles 
& le_  Peuple,  & de  rendre,  par  cet  artifice,  leur 
Magiftramre  perpétuelle  , eft'  celle  qui  défendoit 
^es  mariages  entre  les  Nobles  & le  Peuple-  Heu- 
ii-ulement , apies  1 espulfion  des  Décemvirs , cette 
derniere  Loi  fut  caffée  , l’an  308  de  Rome;  & 
pre.que  toutes  celles  qui  avoient  fixé  les  peines , 
s évanouirent.  A la  venté  on  ne  les  abro<^ea  pas 
cxpre.fsement  ; mais  la  Loi  Porcia  avant  défendu 
de  metere  a mort  un  Citoyen  K^main  , dlçs 


3 ’ ? 

n’ffiïfent  pîas  d’applicadon  C Article  du.  Chevalier 
de  Jaucourt.  ). 

DeczjcîvzRi  SrziTisiTs  , pour  Litibus  juii- 
candis , Magillrats  Romains , tirés  du  Corps  des- 
Centumvirs  , qui  rendoient  la  jultice  avec  le  Fré- 
teur. Les  Décemvirs  prononçcienî  fur  les  affran- 
chiffemens  ( Cicer.  Cac.  c.  33.  & Dom.  c.  29.  ) , 
fur  1 état  des  Citoyens,  fur  leurs  mariages,  & 
fur  quelques  autres  matières  civiles. 

Decjmvis.1  S.ecRoRcrjr , dix  Citoyens  pré- 
pofes  à la  garde  & à rinfpeaion  des  livres  fybil- 
lins  , a la  célébration  des  jeux  apollinaires , aux 
fuppiicarioiis  puDlsques.  Leur  nombre  varia  piu- 
fieurs  fois  , & il  fut  porté  même  à quinze. 

Il  y avoir  auffi  des  Décemvirs  militaires  ; & ea 
différentes  occafions  on  créoit  des  Déceravirs 
pour  régler  & conduire  certaines  affaires , de 
même  qu’à  préfent  on  forme  des  Bureaux  , ou 
nomme  des  Commiflaires  pour  certaines  aââires. 
Ainfi  il  y avoit  des  'Décemvirs  pour  conduire  utie 
Colonie  , des  Décemvirs  pour  préparer  les  feffins 
que  Ton  faifoit  de  temps  en  temps  en  l’honneur 
de  Jupiter  & des  autres  Dieux;  des,  Décemvirs 
pour  avoir  foin  deffacrifices,  &c.  ; & quelquefois 
ce  n’étoient  que  des  Septemvirs  ou  des  Trium- 
virs ,c’ell  à-dire,  que  c’étoient  des  CommilTaires 
que  Ton  créoit  pour  ces  chofes,  &•  que  l’on 
nommoit  Décemvirs  , Septemvirs,  Triumvirs  ou 
Duumvirs,  félon  qu’ils  étoient  dix  , fept,  trois, 
ou  feulement  deux.  V' aye^  Quindecem-vir. 

DECENNALES  , Fêtes  que  les  Empereurs 
Romains  célébroient  tous  les  dix  ans  de  leur  règne 
par  des  facrinces  & par  des  largelTes  au  Peuple. 
Decennalia  fefla. 

Augufte  fut  l’auteur  de  cette  coutume  , & fès 
fuccefTeurs  l’imitèrent.  On  failoir  auiTi  dans  le 
même  temps  des  vœux  pour  l'Empereur,  en  lui 
confirmant  l’Empire  ; & ces  vœux  s’appeloienc 
aufîi  des  vœux  décennales  ou  décennaux.  Depuis 
Antonin  Pie  , on  trouve  ces  jeux  & ces  vœux' 
marqués  fur  les  médailles.  Frimi  Décennales. 
SeCÜNDÏ  DECENNALES.  V-OTA  SOL.  DecE.N'.  IL 
Vota  süscep.  Dschk.  III.  Ces  vœux  fe  fai- 
foient  au  commencement  de  chaque  dixaine  d’an- 
nées; car,  fur  les  médailles  de  Pertinax,  qui  eut 
à peine  quatre  mois  de  règne  , on  trouve  Vota 
DECEN.  & VOTis  DECENNALiBus  ; fur  celles  dc' 
Pupien  , dont  l’empire  ne  dura  pas  deux  ans , 
VOTIS  DECENNALIBUS. 

Struvius  ÇAmiq,  Rom.  Syntagma.  c.  p.  24.7.  J 
croit  que  ces  vœux  avoient  pris  la  place  de  ceux 
que  les  Cenfeurs  avoient  coutume  de  faire  au, 
temps  de  la  République  pour  fa  félicité.  En  effet, 
on  ne  les  faifoit  pas  feulement  pour  le  Prince  , 
mais  encore  pour  l'Etat,  comme  Dion  (/.  p-///. ) 

& Pline  le  jeune  ( /.  x.  e;;.  loi.)  le  marque.nc 
exprelfément. 

Augufte  établît  cette,  fête  pour  conferYar  Teca^ 

S f ij 


5^4  DEC. 

pire  & FaiTîoricé  abfoiue-j  fans  choquer  le  peispîe. 
Penàant  qu'on  la  céiébroit , ce  Prince  avoir  cou- 
tume de  remettre  au  Peuple  toute  i'aütorité  j que 
le  Peuple  , rempli  de  joie  j & charmé  par  cette 
offre  J lui  rendoir  aulîi-tôt. 

DÉCENCff  , frère  de  Magnence. 

Magn.us  Decentius  Cæsar.  j poflea  Av~ 


6USTUS. 

Ses  médailles  font  : 

RR.  en  or. 

RRR.  en  argent. 

RRRR.  en  petit  médaillon  d’argent  : au  revers, 
Frincipi  Juvencuîis. 

RR.  en  médaillons  de  B. 

C.  en  M.  B. , excepté  celles  fur  lefquelles  iî  a 
îe  nom  à’Âugufius. 

C.  en  P.  B. 

Il  porte,  fur  la  plupart  de  fes  médailles,  îe  titre 
de  tres-vai liant  Céfar. 

DECERÎS , 1 . • • J- 

A^KHPis  j”  rameurs 

fur  chaque  rame , ou  dix  rangs  de  rames  de  chaque 
côté. 


BEC  IM  A, 1 
DECIME.,  f 


c’eft  le  nom  d’une  des  trois 


Parques  5 car  les  DéelTes  que  l’on  app>eIoit  com- 
munément Cloiho  , Lachefis  & Atropos , félon 
Varron  & Cæfellius  Vindex  ( cité  par  Aulu-Gelle, 
l.  iil.  c.  lé),  fe  nommoient  None,  Décime  & 
Morte  : Parque  , ù partu  , c’eft-à-dire  de  l’enfan- 
temenr , où  commençoit  leur  empire  fur  la  vie 
de  chaque  homme  ; None  & Décime  , à catife 
des  neuf  & dix  mois  que  l’entant  eft  dans  le  fein 
de  fa  mère  , comme  Varron  l’explique. 

Décime  écoit  encore  le  nom  que  les  Grecs 
donnoient  au  dixième  jour  après  la  naiffa-nce  , 
auquel  on  tmpofoir  un  nom  à l’enfant  j ils  appe- 
loient  aufS  Décime  Aixâm , îe  facrifice  qu’ils  fai- 
foient  en  même  temps. 


Décime  , mefure  de  capacité,  employée  dans 
î’Egypte  & dans  l’Afie.  Foye^  Gomor. 

Decimer.  Les  Romains  ufoient  de  cette  pein^ 
envers  les  foldats  qui  avoîent  abandonné  leur 
pofte  , ou  excité  quelque  émeute  dans  le  camp  , 
ou  qu!  s’étoient  comportés  lâchement  dans-  le 
combat.  Le  Général  affèmbloit  toutes  les  troupes: 
îe  Tribun  lui  amenoit  les  coupables  , & leur  re- 
prochoît  leur  lâcheté  & leur  perfidie  en  préfence 
de  toute  l’armée  5 enfuite  , métrant  leurs  noms 
dans  une  urne  ou  dans  un  cafque  , il  en  tiroit 
cmq  , dix  ou  vingt,  fuivant  leur  nombre  j & le 
cinquième,  le  dixième  ou  le  vingtième  paffoit 
par  le  fil  de  l’épée  > le  relie  étoic  fauve. 

DE  CITJS  mus.  Cer  généreux  Romain  étoit 
monte  lux: un  cour.fier,  lorfquhl  fe  dévoua  pour 
ia  patne  , en  fe  précipitant  au  milieu  des  efea- 
«rons.  Que  l'on  évalue , d'après  cetîe  réflexion  , 


DEC 

l’explication  qui  a été  donnée  d’une  pierre  gravée 
du  Cabinet  de  Srefanoni.  On  y voit  un  guerrier 
nud,  n'ayant  que  le  cafque  & le  bouclier,  ap- 
puyant le  genou  droit  fur  un  autel , & près  de 
s’enfoncer  une  épée  dans  les  flancs.  On  a pris  cet 
Ajax  , fds  de  Télamon,  -çom  Decius  Mas. 

DÉCLAMATION.  Cet  article  appartient  ex- 
clalîvemenr  au  Diéiionnaire  de  Littérature  & 
de  Grammaire. 

DÉCL.4.R.lTiON  de  gu&rre.  Y <yftz  le  Diniojt- 
naire  de  V Art  militaire  , & f ECiALES. 

DÉCOLLER.  Voyei  Déc.4lPixer. 

DÉCORATION.  Foyeip  Clavus,  Anneau, 
Brasselet.  CoiLiER,  Cheval,  &c. 

Décos-Ation  intérieure  des  édifices  romains. 
Nous  avons  donné,  à Farticle  Ch.AMBre  , leur 
ftruéiure  , d’après  %Yir!keîmann.  Ce  Savant  nous 
peindra  aulTi  leur  décoration  intérieure. 

et  Avant  la  découverte  d’Hercalanum , on-aveit 
pu  déjà  fe  former  une  idée  des  décorations  descham- 
bres, parce  qu’on  en  avoir  vu  dans  les  tombeaux, 
dont  l’intérieur  s’efl:  trouvé  reflémblerà  Finténeur 
des  maîfons  d’fierculanum  , de  Refina,  de  Stabia, 
de  Pompeji.  L’ornement  ordinaire  des  chambres 
y confilte  dans  Fendait  des  murs  & dans  les 
petits  tableaux  qui  y font  peints,  repréfentant 
des  payfages  , des  figures  d’homme  , des  ani- 

maux, des  fruits  & des  bambochades  ; car  ancien- 
ment  ces  peintures  tenoient  lieu  de  tapifleries 
( Plutarck.  Jllcib.  p.  563.  l.  21.  ed.  H.  Stepk.  ).  » 

“ Les  Peintres  de  cette  efpèce  s’appeloient , 
chez  les  Anciens,  , c’elî-à-dire.  Pein- 

tres de  petites  chofes  ( Salmast.  in  Spartian.  p.  25. 

M.  ).  » 

ce  Sous  la  voûte  des  chambres  ( d’autres  avoîent 
des  plafonds  de  bois)  régnok  une  petite  cornicher 
en  ftuc . laquelle  s’avançoit  en  faillie  de  deux  ou 
trois  doigts,  & elle  étoit  ou  unie,  ou  bien  ornée 
de  feuillages.  Cette  corniche  coupait  la  partie- 
fupérieüre  de  la  porte,  laquelle,  fuivant  les 
règles  de  F.Archkeéture  , devoir  avoir  trois  cin- 
quièmes de  la  hauteur  de  la  chambre  5 & de  cette 
manière  , la  chambre  fe  trouvoit  coupée  tout  an- 
tour  en  deux  parties.  La  partie  fupérieure , laquelle 
fervoit  comme  de  frife  à la  partie  d'en-bas,  etoit 
à celle-ci  comme  deux  font  à trois.  L’efpace  au- 
delïus  & au-deiTous  de  la  corniche  étoit  partage 
en  compartimens  ou  panneaux . lefqueîs  croient 
plus  hauts  cjue  larges , & avoîent  ordinairernent 
la  largeur  de  la  porte , laquelle  formoit  elIe-meme 
un  de  ces  compartimens  : il  y en  avoit  d’autres 
plus  petits,  ronds  ou  quarrés  , dans  lefqueîs  ort 
peignoir  une  figure  gu  un  p.îyfage.  Au-àeflus  ac 
la  corniche  il  y avoit  la  même  divifion  , mais  de 
manière  cependant  que  les  compartimens^  en 
étoküt  plus  larges  que  iengs,  on  y peiguoit 


D E C 

leurs  auiTî  des  payfages  ^ des  marines  ou  fujets 
femblables. 

a On  voit  une  muraille  divifée  5c  décorée  de  cette 
manière  dans  la  galerie  des  tableaux  à Portici. 
C'eft  un.  morceau  de  plus  de  vingt  palmes  de 
long  (13  pieds  4 pouces  ) fur  quatorze  (9  pieds 
4 pouces  ) de  large.  Cette  muraille  a comme 
nous  Pavons  dit , des  panneaux  au-deflbus  & au- 
deffus  de  la  corniche  ^ laquelle  eft  enrichie  de 
feuillages.  Des  trois  compartimens  d"en  - bas  ^ 
celui  du  milieu  eft  plus  large  que  celui  des  côtés  : 
le  premier  eft  encadré  en  jaune  , & les  autres  en 
rouge.  Entre  ces  panneaux , il  y a des  raies  noires 
avec  des  grotefques  peints  avec  élégance.  Au 
milieu  des  panneaux  , on  voit  des  payfages  fur 
des  fonds  rouges  ou  jaunes.  Au-deuus  de  la  cor- 
niche , il  y a quatre  autres  panneaux  , dont  deux 
tombent  fur  le  panneau  du  milieu  d'en-bas  : fur 
Pun  eft  repréfenté  un  amas  de  m.édaiHes  fur  une 
table  J avec  du  papier , des  tablettes  j une  écritoire 
8c  une  plume;  fur  Pautre^  on  voit  des  poifïbns  & 
d’autres  comeftibles.  » 

« En  1724 , on  découvrit,  fur  le  mont  Palatin  , 
une  grande  falle , de  quarante  pieds  de  long , 
laquelle  étoit  entièrement  peinte.  Les  colonnes 
de  ces  peintures  étoient  aufft  grêles  & aulTi 
extraordinairem,ent  longues  que  celles  des  tableaux 
de  Portici.  Les  figures  & les  autres  objets  repré- 
fentés  fur  les  murs  de  cette  falle  , furent  enlevés 
8c  envoyés  à Parme  , & ces  tableaux  paflerent 
enfuite  à Naples  avec  les  autres  raretés  du  cabinet 
Farnèfe.  Mais,  comme  tous  ces  objets  reftèrent 
encaifles  8c  renfermés  pendant  vingt-quatre  ans  , 
mutes  les  peintures  ont  été  gâtées  par  la  pouf- 
iière  ; 8c  Pon  ne  voit  plus  aujourd’hui , à Capo 
di  Monte  , à Naples  , où  fe  trouve  ce  cabinet , 
que  les  morceaux  nuds  des  murs  fur  lefquels 
ces  objets  étoient  peints.  Il  ne  s’eft  confervé 
qu’une  feule  herma.  ou  caryatide  3 de  moitié  gran- 
deur naturelle  » 

Décorations  de  Théâtre-. 

Décorations  , ornemens  d’un  théâtre  , qui 
fervent  à repréfenter  le  lieu  où  Pon  fuppofe  que 
fe  paife  Paâiion  dramatique. 

Les  Anciens  avoient  trois  fortes  de  pièces  ; co- 
miques, tragiques  & fatyriques  ; ils  avoient  auffi 
trois  fortes  de  fcènes  , c’eft-à-dire,  des  décorations 
pour  ces  trois  différens  genres.  Les  tragiques  re- 
préfentcient  toujours  de  grands  bâtitnens,  avec 
des  colonnes  ^ des  ftatues  & autres  ornemens  con- 
%'enables.  Les  comiques  rep>îéfentoient  des  édi- 
üces  particuliers , avec  des  toits  & de  fimples 
croifées,  comme  on  en  voit  communément  dans 
les  villes  ; &r  les  fatyriques , quelques  maifons 
ruftiques  , avec  des  arbres  , des  roclrers , & les 
autres  objets  que  Pon  trouve  ordinairement  à la 
campagne. 

Ces  trois  fcènes  pouvoient  être  variées  de  pîu- 
fieurs  manières  j mais  la  difpofition  générais  en 


devok  être  toujours  la  même,  & il  fallok  qu’elPes 
euiTent  chacune  cinq  différentes  entrées,  trois  en 
face  , deux  fur  les  ailes.  L'entrée  du  milieu  étoit 
toujours  celle  du  principal  Acteur  : ainfi,  dans  la 
fcène  tragique  , c’étoit  ordinairement  la  porte 
d un  palais  ; celles  qui  étoient  à droite  8c  à gau- 
che , étoient  deftinées  aux  Aâeurs  qui  jouoient 
les  féconds  rôles  ; & les  deux  autres , qui  étoient 
fur  les  côtés,  fervoient,  l’une  à ceux  qui  arri- 
voient  de  la  campagne,  8c  l’autre,  à ceux  qui 
venoient  du  port  ou  de  la  place  publique.  C’étoiï 
a-peu-prcs  la  même  chofe  dans  la  fcène  comique. 
Le  bâtiment  le  plus  confidérable  étoit  au  milieu; 
celui  du  côté  droit  étoit  un  peu  moins  élevé  ; & 
celui  qui  étoit  à gauche  repréfentoit  ordinaire- 
ment une  hôtellerie.  Mais  , dans  la  pièce  faty- 
rique , il  y avoir  toujours  un  antre  au  milieu , 
quelque  méchante  cabane  à droite  , & à gauche 
un  vieux  temple  ruiné , ou  quelque  payfage. 

On  ne  fait  pas  précifément  fur  quoi  ces  déco- 
rations étoient  peintes  ; mais  il  eft  certain  que  la 
perfpeélive  y étoit  obfervée  : car  Vitruve  ( iiv. 
VIII.)  remarque  que  les  règles  en  furent  inventées 
& mifes  en  pratique  dès  le  temps  d'Efchyle  , par 
un  Peintre  nommé  Agatarchus , qui  en  biffa 
même  un  Traité. 

Quant  aux  changemens  de  théâtre,  Servius  nous 
apprend  qu’ils  fe  faifoient , ou  par  des  feuilles 
tournantes , verfatiles  , qui  changeoient  en  un 
inftant  la  face  de  la  fcène  , ou  par  des  châîfis , 
conduBiles  , qui  fe  tiroient  de  part  8c  d’autre  , 
comme  ceux  de  nos  théâtres.  Mais  il  ajoute  qu’on 
levoit  la  toile  à chacun  de  ces  changemens  ; il  y 
a apparence  qu'ils  ne  fe  faifoient  pas  encore  fi 
promptement  que  les  nôtres  (les  Anciens  ievoienc 
la  toile  pour  fermer  le  théâtre , & la  iaiffoient 
tomber  pour  le  découvrir.  ).  D’ailleurs  , comme 
les  ailes  de  la  fcène , fur  lefquelles  la  toile  portoit, 
n’avançoient  que  de  la  huitième  partie  de  fa  lon- 
gueur , ces  décorations  , qui  tournoient  derrière 
la  toile  , né  pouvoient  avoir  au  plus  que  cette 
largeur  pour  leur  circonférence  : ainfi  il  falloit 
qu’il  y en  eût  au  moins  dix  feuilles  Tur  la  fcène  ; 
huit  de  face , & deux  en  ailes  ; & comme  chacune 
de  ces  feuilles  devoir  fournir  trois  changemens,  il 
falloit  néceffairement  qu’elles  fuflent  doubles,  8c 
difpofées  de  manière  qu’en  demeurant  pliées  fur 
elles  - mêmes  , elles  formaffent  une  des  trois 
fcènes  ; 8c  qu’en  fe  tournant  enfuite  ks  unes  fur 
les  autres , de  droite  à gauche , ou  de  gauche  à 
droite  , elles  formafiènt  les  deux  autres  ; ce  qui 
ne  fe  pouvoit  faire  qu’en-  portant , de  deux  en 
deux , fur  un  point  fixe  commun  , c’eft-à-dire , 
en  tournant  toutes  les  dix  fur  cinq  pivots  placés 
fous  les  trois  portes-  de  la  fcène  8c  dans  les  deux 
angles  de  ces  retours  ( Boindin  , fur  les  Théâtres 
des  Anciens.  Mém.  de  V Académie,  des  Belies-Let^ 
très  , t.  1 , ). 

Les  décorations  tournantes  fomroîent  chacune 
us  prilsse  triangaiairs  q.ui  îou,rn9iî.fur  des  pivots» 


DEC 

& préfencoît , à rolonté , use  des  trois  faces  or- 
nées de  peintures. 

Après  la  deftruélion  de  l’Empire  Romain  , on 
oublia  les  décorations  , jufqu’à  ce  que  le  Siennois 
Peruzzi  ( mort  en  1556),  Peintre  & Architevie 
célèbre  J en  rétablit  l’ulage. 

DECRETORIA  ARMA , armes  tranchantes  ^ 

' par  oppoution  aux  armes  des  exercices  , telles  que 
des  fleurets.  Sénèque  dit  ( epifl.  117.)  : Remove 
ifia  'laforia  arma  y decretoriis  opus  efi. 

^ D h CUIS  J decajîs  , decujps  , monnoîe  des  an- 
ciens Romains.  Elle  valut  ^ depuis  la  fondation 
de  Rome  jufqu’a  l’an  , 10  liv.  monnoie  ac- 
tuelle de  France,  félon  M.  Pauèfon  (^Métro- 
iogie.  y. 

Decvis  feptunx fariiincia  y monnoie  de  compte 
des  Romains. 

Elle  étoit  repréfenté  par  ce  figne  X S-^  .4- 
Elle  valoir 

Sept  i onces  de  compte, 
ou  10  as  efîeâifs  , 
ou  IJ  femi-onces  de  compte, 
ou  30.  ficiiiques  de  compte, 
ou  60  femi-liciliqiies  de  compte  , 

DE  CULA , furnom  de  la  famille  TuUîs., 

DECUMÆ.  Vofez  Dixième. 

Dt^CUMANI y Fermiers  du  di  xième  impofé 
5ir  les  terres  labourables.  Cicéron  parle  fou- 
vent,  dans  fes  Difcours  contre  Verres,  de  ces 
Traitans. 

DECURIALES  PuIIarll.  Muratori  ( 239.  6. 
Tkef.  Infcripîion.  ) rapporte  une  infeription  dans 
laquelle  on  Ht  ces  mots  ; & il  penfe  qu’ils  défignent 
les  Rullarii  de  chaque  Décurie. 

DÉCURIE,  „ -JJ. 

DECURIÂ , 5 Compagnie  de  dis  perfonnes 

rangées  fous  un  Chef  nommé  Décurion.  La  cava- 
lerie Romaine  étoit  partagée  en  Décuries.  Roma- 
lus  ayant  divifé  les  tribus  du  peuple  en  centuries  , 
fous-divifa  les  centuries  en  décuries.  Tous  les  Of- 
ficiers de  la  miaifon  des  Auguftes  , furent  rangés 
par  décuries  y ainfl  que  les  Officiers  Municipaux 
des  villes  de  TEmpire, 

Dbcuria  Curiatia,  Collège  chargé  du  foin 
des  facrifices  , compofé  de  Lifteurs  , d’ Appari- 
teurs , de  Curiales  & d’autres  ferviteurs  des  Of- 
ficiers Municipaux  ou  des  Curies.  On  a trouvé  une 
îiiicription  qui  en  fait  foi. 


E.  Antonio 
ÈPITYNCANO 
EICTORI  DEC.  CORIA. 
TIAE.  QüAE.  SACRIS 
PUELICIS  APPARET. 

( Gutker,  de  vet.  Jure  Pont.  il. 


DEC 

DÉCURION  ; Chef  d’une  Décurie , tant  dans 
la  milice  Romaine  que  dans  le  Collège  ou  Aller» 
blée  du  Peuple.  Decurio. 

C’étoit  auffi  le  nom  qu’on  donnoit  aux  Séna- 
teurs des  Colonies  Romaines  , qui  formoient  uns 
Cour  de  Juges  ou  de  Conie  üers,  repréfentant  le 
Sénat  Pvomaiii  dans  les  villes  municipales.  Chi- 
tatum  P acres  Curiales  : konoratt  municipiorum 
Senatores.  Leur  compagnie  fe  nommoit  Curia 
Deçurionum  , & Minor  Senatus.  On  les  appela 
Décurions  , parce  que  leur  corps  n’étoit  fouvent 
compofé  que  de  dix  perfonnes.  Les  villes  d’Italie, 
au  moins;  celles,  qui  'étoient  colonies  , avoient 
part,  fous.Àugufte , aux  éîeétions  des  Magiflrats 
Romains  : les  Déçurions  ou  Sénateurs  de  ces  villes 
donnoient  pour  cela  leurs  fuffrages , que  l’on 
envoyoît  fcellés  à Rome,  un  peu  avant  l’éleétioa 
{Suet.  l.  il.  c.  46.). 

Les  Triumvirs  chargés  de  la  fondation  ou  de 
I etablilTement  de  chaque  colonie  , fixoient  le 
nombre  de  Décurions  qu’elle  pouvoir  exiger  : ils 
en  établirent  cent  à Capoue  ( Cic.  de  Agrar.  il.  ). 
On  les  remplaçoit  enfuite  par  des  citoyens  poffef- 
feurs  de  ioo,oco  nummi  de  fonds  : Effe  autem  tibiy 
dit  Pline,  centum  millium  cenfum  faits  indicat  y 
quod  apud  nos  Decurio  es  ( epifi.  1.  I9.  ).  Vingt- 
Cinq  arpens  de  terre  procurèrent  depuis  le  même 
avantage  ( Leg.  33.  de  Decur.y.  Ce  fonds  de  ri- 
chelîès  étoit  nécelfaire  pour  fubvenir  aux  dépenfes 
auxquelles  les  Décurions  étoient  obligés  ; car  on 
choififfoit  entr’eux  les  Colleéleurs  de  certains  im- 
pôts {Y . Decemprimi.)  y & ils  devoient  faire  re- 
cette pleine.  C’étoit  encore  à eux  à donner  des 
fpefiacles  au  public  ; de  forte  que  la  dignité  de 
Décurion  devint  très  - onéreufe  , & on  employa 
tous  les  moyens  pour  l’éviter  ( Synef.  epifi.  93.  ). 

Toutes  les  affaires  publiques  , & ,sn  particulier 
l’aliénation  des  terreins  du  fifc , étoient  réglées 
par  les  décrets  des  Déçurions  dans  les  villes  de 
l’Empire  , comme  elles  l’ étoient  à Rome  par  les 
Sénatus-confulres.  De -là  vient  qu’on  lit  fur  la 
plupart  des  épitaphes  : dec.  bsc.  décréta  Decu~ 
rionum  , ou  des  formules  équivalentes. 

Décurion  des  Pontifes.  C’étoit  (^Guther.  vet. 
lur.  Pontif.  il.  14,  ^ le  Chef  de  la  Décurie  Curia- 
tia.  II  en  eft  fait  mention  dans  une  infeription 
trouvée  à Milan  : ' 

D.  M. 

c.  VAEERI 
Petroniani 

CECUR.  PONTIF.  SACERD. 

JUVEN.  MED.  CAUSIDIC. 

Décurion.  C’étoit  encore  le  nom  de  quelques 
Pretres  qui  femblent  n’avoir  été  créés  que  pour 
quelques  facrifices  & quelques  cérémonies  parti- 
cu.Uères^,  telles  que  les  facrifices  des  familles  & 
des  maifoiis  privées.  Ils  étoient  çhpilîs  par  Dé- 


DEC 

curies  5 comme  Stravius  le  coBjcâ:ure  ; Si  c’eft 
pour  cela  qirion  les  iiommoit  Décurions. 

Quoi  qu’il  en  foit  de  Torigine  de  ce  nom,  une 
infcription  qui  fe  trouve  dans  Gruter  (p.  cccxlïi. 
TL.  3-),  prouve  ce  que  nous  avons  dit  de  leur 
fondion  j la  voici  : anchialus.  cüb.  AED.  q. 
TER.  IN  AEDE.  DECURIO.  ADLECTÜS.  EX.  CON- 
SENSU  DECURIONUM.  EAMILIAE  VOLUNTATE. 
Voilà  un  Décurion  qui  l’étoit  dans  la  maifon  d^un 
particulier , Q.  Terentius. 

DECURSIO ^ Cav'alcade  faite  dans  les  jeux 
publics  , ou  aux  funérailles  , & dans  les  armées  , 
pour  tenir  les  cavaliers  & les  chevaux  en  haleine. 

DEÇUS,  ■) 

DECUSIS  , > YojtxDEcüis, 

DECUSSIS,  3 

DEDALE  J arrière-petit  fils  d’Ereélée  , Roi 
d’Athènes  , a été  le  plus  habile  ouvrier  que  la 
Grèce  ait  jamais  produit  dans  l’Architedlure,  & 
dans  la  Sculpture  principalement.  On  dit  qu’il 
faifoit  des  ftatues  animées  , qui  voyoient  & qui 
marchoient.  Une  baffe  jaloufie  le  porta  à com- 
mettre un  crime  qui  fut  la  fource  de  tous  Tes  mal- 
heurs. Il  avoit  pris  tant  de  foin  de  former  dans 
fon  art  les  talens  du  fils  de  fa  fœur,  nommé 
Talus  ou  Perdrix  ( Uoye:^  Talus  ),  que  ce  jeune 
homme,  devenu  habile  en  peu  de  tempSjdonna  lieu 
à fot>  oncle  de  craindre  qu  il  ne  l’effaçât  un  jour. 
Dédaie  ne  put  réfîfter  aux  mouvemens  de  fa  ja- 
loufie , & précipita  fon  neveu  du  haut  de  la  tour 
de  Minerve  à Athènes.  Ce  crime  obligea  Dédale 
de  fe  retirer  dans  l’iHe  de  Crète,  où  il  trouva, 
à la  Cour  de  Minos  , qui  étoit  en  guerre  avec  Tes 
Athéniens , un  afyîe  favorable.  Il  y exerça  fes 
talens,  & s’y  fit  un  ami  & an  proteéteur  de 
Minos  : il  y bâtit  fon  fameux  labyrinthe , dont 
la  première  deftination  étoit  de  fervir  de  prifon 
aux  criminels  : mais  il  fe  brouilla  avec  le  Roi  , 
pour  avoir  conftruit  la  vache  qui  fervit  à Pafi- 
phaé  pour  fatisfaire  fon  abominable  paflion 
{ V Pasiphaê.  ).  Minos  fit  enfermer  ce  cou- 
pable Ouvrier  avec  Icare  fon  fils , dans  le  laby- 
rinthe. Cet  édifice  étoit  conttruit  avec  tant  d’art, 
que  , quoique  Dédale  en  fût  l’Architeâe  , il  ne 
put  en  trouver  les  ifiaes  pour  fe  fauver.  Il  eut  re- 
cours à fon  art,  fit  des  ailes  pour  lui  & pour 
fon  fils  ( UoyeT^  Icare.  ) , & s’éleva  dans  l’air  , 
vola  par-demis  les  mers  , & s’abattit  dans  la  Ca- 
labre, vers  les  rochers  de  Cumes  , où  il  éleva  un 
temple  à Apollon  , en  adlion  de  grâces  de  l’heu- 
reux fuccès  de  fa  fuite.  Plufieurs  Princes,  dans  la 
crainte  de  dépi -ire  à Minos  , cui  étoit  très-puif- 
fant  fur  mer,  lui  refusèrent  un  afyle;  mais  il  le 
trouva  enfin  chez  Cocalus,  Roi  de  Sicile.  Minos, 
qui  chercha  long-temps  fon  prifonnier,  apprît 
enfin  le  heu  de  fa  retraite  : il  équipa  une  flotte 
formidable  , fe  mit  à la  tête  , & alla  réclamer 
Dédale  , menaçant  de  déclarer  la  guerre  en  cas  de 


D E D 3,7 

refus.  Cocalus , qui  ne  vouloir  ni  violer  les  droits 
de  l’hofpitalité , ni  perdre  un  hôte  qui  lui  étoit 
fi  utile  par  fon  induftrie,  fit  prier  Minos  de  fs 
rendre  à Cumique  pour  traiter  de  cette  affaire. 
Minos  s’y  rendit  fur  la  parole  de  Cocalus  , & fia 
étouffé  dans  une  étuve  où  il  prenoit  le  bain.  Il  y 
a des  Auteurs  qui  ont  dit  que  ce  furent  les  filles 
de  Cocalus  elles-mêmes,  qui,  charmées  des  pe- 
tits automates  que  Dédale  leur  donnoit  pour 
les  amufer , firent  mourir  Minos  dan.s  le  bain. 
Dédale , pour  reconnoïtre  les  oiigations  qu’il  a voie 
à Cocalus  J fignala  fon  féjour  par  plulleurs  beaux 
ouvrages.  Il  fit  creuferce  grand  canal  où  fe  jetoit 
ie  fleuve  Alabas  , qu’on  nomme  aujourd  hui  Can- 
tera  : il  conftruifit , fur  un  rocher  , près  du  lieu 
où  fut  bâtie  la  ville  d’Agrigente,  une  citadelle 
imprenable  ; trois  ou  quatre  hommes  fuffifoient 
pour  la  défendre.  Il  fit  plufîeurs  autres  ouvrages 
auffi  unies  que  magnifiques  , dont  Diodore  nous 
a donné  la  defeription  : cet  Hiftorien  les  avoir  fou» 
les  yeux.  On  trouvoit  encore , au  rapport  de  Pau- 
fanias , dans  plufieurs  autres  endroits  , des  monii- 
mens  de  l’adreffe  de  ce  fameux  Ouvrier  : les 
Egyptiens  fe  vantoient  d’en  avoir  un  grand  nom- 
bre dans  leur  pays  ; & Virgile  fait  la  defeription 
d’un  beau  monument , où  Dédale  avoit  grave  fon. 
hilloire  & fes  malheurs.  Uoye:^  Cocalus,  Ery- 

CINE. 

La  fable  de  Dédale  eft  expliquée  , félon  V/inc- 
kelmann  {clajfe  vi.  n.  10.  ) , par  une  pâte  antique 
du  Baron  de  Stofeh  , fur  laquelle  on  voit  un  vaif- 
feau  qui,  au  lieu  de  voiles,  efi:  garni  de  deu.x 
longues  ailes  attachées  fur  chacun  de  fes  flancs. 
Cette  gravure  eil  répétée  dans  la  Galerie  de  Flo- 
rence , & nons  apprend  que  Dédale  apprit  aux 
Grecs  à attacher  des  voiles  à leurs  bâtimens  qui: 
alioient  toujours  à rames  avant  lui.  Les  poètes 
embellirent  cette  i.nvention , & composèrent  la- 
Fable  de  Dédale  & d’Icare,  fi  connue,  & répécdle 
fi  fouvem  fur  les  anciens  monumefts. 

» Avant  Dédale  ierllatues  étoient  fans  mou- 
vement & fans  vie  ; à la  manière  des  premiers 
Egyptiens  de  qui  les  Pélafges  avoient  reçu  les 
arts , elles  avoient  les  bras  pendans  & collés  au. 
corps  , les  pieds-  joints  & les  yeux  fermés  , c’é- 
toient  même  pour  la  plupart  des  figures  informes  , 
qui  fe  termlnoient  en  gaine.  Dédale  donna  aux 
lîennes  des  yeux,  8c  mettant  en  mouvement  les 
pieds  & les  mains  , il  varia  leurs  attitudes , 
auffi-tôt  la  renommée  publia  oue  fes  ouvrages 
vivoient  , refpiroient , marchoient  j les  produc- 
tions du  plus  beau  temps  de  l’art  n’infpirèrenr 
jamais  un  pareil  enîhoufiafme  : c’eff  ainfi  qu© 
pour  avoir  mis  le  premier  quelque  expreSio.n 
dans  les  vifages  , quelque  mouvement  dans  le» 
draperies  & quelque  variété  dans  les  teintes, 
Cimabué  obtint  des  honneurs  qui  ne  furent  ac- 
cordés ni  aux  Raphaël  , ni  aux  Correge.  ==> 

« Les  fièdes  fui  vans  prirent  à la  lettre  le» 
exgieflions  e.xagérées  qifayoisnï  enfantées 


32f8  D E D 

rance  & î’étonnement  : on  crut  que  les  ftatues 
de  Dédale  étoient  en  effet  animées , & qu'elles 

fe  mouvoient  d'elles- memes On 

lui  attribue  l'invention  de  la  hache,  du  vülebre- 
quiuj  du  niveau,  de  la  colle  forte,  de  la  colle 
de  poîllon  & de  la  fcie  ; ainfî  Dédale  perfectionna 
tout-à-la-foîs  la  fculpture , les  méchaniques, 
rarchitedlure  J l’aflrologie  & la  navigation.  . . 

. . . Il  eft  étonnant  qu’aucun  des  écrivains 

anciens  & modernes  qui  ont  fait  mention  de 
Dédale , ne  fe  foit  avifé  de  former  le  moindre 
doute  fur  fon  cxiftence  j il  nous  femblc  cepen 
dant  que , fi  l’on  veut  bien  faire  attention  à 
toutes  les  découvertes  dont  on  le  dit  auteur, 
à la  variété  des  talens  & des  connoiifances  qu’on 
lui  attribue,  & au  temps  où  il  vécut,  on  fera 
tenté  de  le  regarder  comme  un  perfonage  pure- 
ment fiétif,  & qu’on  ne  verra  dans  fa  vie  qu  une 
fable  relative  à l’origine  des  arts  dans  la  Grèce. 
Pierres  gravées  du.  Palais  Royal.  I.  pag.  289.  ). 

On  voir  à la  viila  Albani  deux  bas  reliefs  fur 
lefquels  font  rçpréfentés  Dédale  & Icare.  Dé- 
dale fabrique  fur  l’un,  des  ailes  pour  lui,  Sr  fon 
fils  efl:  auprès , ayant  les  fiennes  liées  a fon  dos 
avec  des  bandelettes.  Il  fabrique  fur  l'autre  mar- 
bre la  fécondé  aile  d’Icare.  Sur  les  deux  il  fe 
fert  d’une  petite  hache  ( ) j ce  qui  an- 

nonce que  ces  ailes  étoient  de  bois,  & non  de 
plumes  attachées  avec  de  la  cire , comme  l’ont 
dit  les  poètes  (^éM-onurn.  inediti  Winkelmann.'). 

Les  aventures  de  Dédale  & cflcarg  ont  fouvent 
été  traitées  par  les  graveurs  de  pierres.  Voici 
celles  que  nous  fournit  la  feule  colleclion  de 
Sto.firh.  Sur  une  Agathe-Onyx  Dédale  affis  fai- 
fant  une  aile  pour  fon  fils  Icare.  Quatres  autres 
pierms  repréfentent  le  même  fujet,  & une  ( T. 
il.  lah.  XXXIX.  n°.  2.  ) pierre  gravée  dans 
le  Mufeum  F lorentinum , offre  la  même  idée. 

Sur  une  pâte  de  verre , Dédale  travaille  à la 
feçonde  aile  pour  Icare , qui  eft  debout  devant 
lui , avec  la  première  aile  que  fon  père  lui  a déjà 
attachée.  On  voit  le  même  fujet  parmi  les  ( T. 
il.  PL  L ir.  > pierres  de  Gravelle. 

Sur  une  autre  pâre  de  verre,  Icare  eft  debout  ; 
& fon  père  , un  genou  en  terre , lui  attache 
les  ailes  avec  des  bandelettes  qu’il  tient  en  main. 
On  voit  auffi  fur  un  jafpe  noir  Icare  debout,  avec 
îes^  deux  ailes  attachées  à fon  dos.  Sur  une  Sar- 
doine  - Dédale  eft  en  attitude  de  fuppiiant  à ge- 
noux devant  fon  fils  Icam  , qu’il  conjure  de  ne 
pas  élever  fon  vol  trop  haut.  La  même  idée  fe 
voit  exprimée  fur  une  y Mas.  Flor,  tom.  il.  tab. 
xyixiK,)  Pierre  gravée  du  çabi.net  Vettori  à Rome, 
On  trouve  fur  une  pâte  de  verre , Icare  volant 

qu’il  eft  gravé  fur  une 
C Getpm.  tom.  iv.  tav.  xxil.  ) .Arrache 

dans  le  îlerueil  de  Mafrci.  Lnrin  une  pâte  anti- 
que offre  Icare  tomba.n:  dans  la  mer,  furfte  bvord 
de  iaqu-i-e  on  voit  fon  père  épleré,  levant  iss 
î?<:,u'js  vers  le  ciel. 


D E D 

DED.4LES,  fêtes  que  les  Platée  ns,  peuple 
de  Bcotie,  célébroient  depuis  leur  retour  dins 
leur  patrie  : c croit  pour  remercier  les  Dieux  de 
ce  qu’ils  y étoient  rentrés  , après  en  avoir  été 
chafi'és  par  les  Thébains,  & après  avoir  demeuré 
foixante  ans  chez  les  Athéniens  , qui  donnèrent 
' généreufcment  afyie  dans  leur  ville  à ces  infortu- 
nes citoyens.  D’autres  difent  que  ces  fêtes  furent 
inftituées  au  fujet  d’une  ftatuc  de  bois,  qui  repré- 
fentoit  Platéa  fille  d’Afopus , & dont  Jupiter  fe 
fervit  pour  confondre  la  jaloufie  de  Junon.  Les 
Platéens,  ajoutent-ils,  en  mémoire  de  cet  évé- 
nement, donnèrent  à ces  fêtes  le  nom  de  Dédales^ 
parce  qu’anciennement  toutes  les  ftatues  de  bois 
étoient  appelés  Dédales.  Paufanias  ( X.  rx.  ê.  3.  ) 
rapporte  les  cérémonies  de  cette  fête  , & il 
diftingue  deux  fortes  de  ces  folemnités,  les  grands 
& les  petits  dédales.  Les  premiers  auxquels  tous 
les  Béotiens  affiftoient  , ne  fe  célébroient  que 
de  foixante  à foixante  ans;  ce  qui  revient  à la 
première  origine  que  nous  avons  rapportée.  Les 
petits  dédales  étoient  moins  folemnels  ; iis  fe 
célébroient  tous  les  ans  félon  quelques  écrivains, 
& félon  d’autres,  tous  les  fept  ans.  On  réfervoit 
pour  porter  en  proceffion  , le  jour  de  cette  fête, 
toutes  les  ftatues  que  l’on  avoir  faites  pendant 
l’année  , & huit  villes  tiroient  au  fort  à qui 
aiiroit  l’honneur  de  porter  ces  ftatues;  Platée, 
Coronée , Thefpie,  Tanagre,  Chcronée , Orcho- 
mene,  Lebadée  & Thèbes.  Cette  diftinction  conci- 
lie la  fécondé  opinion  fur  l’origine  des  Dédales, 
avec  la  première. 

DEDALION  , fils  de  Lucifer , & père  de 
Chione,  fut  fi  fâché  de  la  mort  de  fa  fille  Chione, 
que  de  défefpoir  il  fe  précipita  du  fommet  da 
mont  Parnafte.  Apollon  touché  de  compafiîon 
pour  lui,  !e  foucint  dans  fa  chute,  & le  chan.gea 
en  épervier.  Ovide  décrit  fort  au  long  cette  fable. 
Voyei  Chîone,- 

DÉDiCACE.  Les  anciens  dédiaient  aux  divini- 
tés des  boucliers  , des  ftatues , des  trépieds,  des 
places,  des  autels,  des  portiques,  des  temples, 
des  théâtres , des  amphithéâtres  , & d’autres 
lieux  publics  ou  privés.  Les  Romains  qui  déïfiêr 
rent  Ifeurs  Empereurs,  leur  prodiguèrent  ces  hon- 
neurs religieux.  La  dédicace  des  trépieds  & des 
autres  moindres  offrandes  étoit  exprimée  chez  les 
Grecs  par  les  mots  ane0H|:e,  ou  iaftsato  j 
& chez  les  Romains,  par  leurs  équivalens,  nofuit 
& dedïcavit.  On  ignore  s’il  faîioit  chez  les  Grecs 
une  pcrmiifton  pour  dédier  un  monument  pubhç 
à quelque  divinité , & de  qui  on  devoir  l’pbten'îr. 
Quant  aux  cérémonies  de  la  dédicace , elles  étoient 
les  mêmes  que  celles  des  Romains  dont  on  verra 
plus  bas  la  defcnption. 

Les  defcendans  de  Romuius  adoptèrent  rufage 
religieux  de  dédier  les  monumens  publics  & pti' 
vés  de  toute  efpèce  aux  divinités.  Lite  fit  uns 
dédicace  fo'emnclle  du  célèbre  amphithéâtre  ap' 

' pçîs 


D E D 


pelé  aujourd’hui  Colij'ée  ( Suét.  c.  7.  n.  lî.  ) - 
^4j7wki:ksatro  dcdicato  . , . . hlanus  edidit 

izpparazijjimum  largïfjlmuTnque.  Iséron  célébra  la 
dédicace  de  fa  maiibn  dorée  par  des  feinns  des 
jeux  pubdcSj  & par  -d’imnaerdes  largefles  qu’il  fit: 
au  peuple. 

On  gravoit  fur  les  fronîifpices  des  mcnumens 
Bomains  le  nom  de  celui  qui  les  avoir  dédiés. 
C’ait  ainii  qu’on  lit  encore  celui  d’Agnppa  fur 
la  fiiie  extérieure  du  • aârhéon.  Sylia  rebâtit  ie 
Capitole  ; mais  le  feui  bonheur  qui  manqua  à 
la  télicité  confiante  de  ce  Diélùteur  j dit  Tacite 
iliijî.  ixl.  72,  6.)  fat  d’en  taire  la  dédicace^ 
afin  ü’y  voir  fon  nom  gravé  & tranfinis  à la 
poftérité  : Ciiram  victor  Sylia  fufcépzt , neq-aa 
tamen.  dedlcavit  : koc  foliim  ejus  feUcitaii  nega- 
tum.  Cet  honneur  étoit  réfetvé  à Lutatius  Ca- 
tulus  dont  le  nom  brilla  long-temps  fur  le  Capi- 
tole au  milieu  de  ceux  des  Empereurs.  Liuatii 
'Catiiili  nom  en , ajoute  le  même  hiftorien  , inter 
tôt  C^f’ruTS  opéra  ufoue  çd  V itelliam  manftt. 

Du  temps  de  la  Répubücue  , le  peuple  aiïem- 
blé  par  tribus  déféroit  à celui  qu’ii  lui  plaifoit 
de  choifir,  rhonneur  àts  dédicaces  ; & l’on  regar- 
fioît  ces  cérémonies  comme  vaines  & inutiles, 
lorfqu’eiles  n’avoicnt  p.  s été  autorifées  par  un 
plébîfcite  J ou  par  un  Se.natus-Confulte  ( Cicer. 
Attic.  IV.  1.  &\pro  domo  c,  JJ.).  Les  Empereurs 
fe  réfervèrenr  pour  eux,  ou  tour  leurs  reprtfen- 
ta's,  l'honneur  des  dédicaces. 

\oici  les  principales  cérémonies  que  les  anciens 
ôbfervoienr  dans  la  dédicace  de  ieu  s temples. 
D’abord  on  crnoit  le  nouveau  temple  de 
guirlandes  & de  fêlions  de  fleurs.  Les  Veftales 
l’entouroient,  portanr  à la  main  des  branches  d’oli- 
vier, & elles  arrofoient  d’eau  îufirale  les  dehors  du 
temple  ; celui  qui  le  décioit  s’app-cchoit,  accom- 
pagné du  Pontite  qui  i’apix:!oit  poer  tenir  le 
poteau  de  la  porte.  Il  répéroit  enfuite  mot  pour 
mot , d’après  le  pont  fe  , les  paroles  de  la  dédicace  : 
c’eût  été  d’un  très- mauvais  , augure  , que  d’en 
omettre  ou  d’en  changer  une  feule  fyîlabe.  Le 
ponnfe  après  ce'a  orrroit  une  vidlime  dans  le 
parvss  ; en  entrant  dans  le  temple,  il  oignoit  d’hnile 
ia  llatue  du  Dieu  auque'  le  temple  étoit  dédié , 
& la  mettoit  fur  un  ‘ oreiller  ( pulvinar  ) auili 
frotté  d'huile.  La  cérémonie  étoit  confaciée  à la 
poftcrité  par  use  infcriprion  qui  portoit  l’année 
de  la  dédicace , & le  nom  de  celui  qui  l’avoit 
faire.  On  en  renouveloit  tous  les  ans  a mémoire 
à pareil  jour  , par  un  Iscrilice  ou  par  quelque 
autre  folemnité  rarticul-ère. 

On  voit  fur  une  cornaline  du  Baron  de  Stofch 
(II  claife  180C).  J , une  femme  qui  , de  la  main 
droite , v'erfe  quelque  liqueur  fur  un  autel  , & 
de  la  main  gauche  élevée  rient  un  plat  de  fniits, 
tandis  que  de  l’autre  côté  de  l’autel  il  y a un 
homme  qui  joue  des  deux  flûtes.  Il  fembîé  qu’on 
a repréfenté  dans  cette  gravure  h dédicace  d’un 
êiitel , que  les  pauvres  gens  faifoient  en  offrant 
Antiquités  , Tome  JJ. 


D É E 


3-9 


iîmp!e.merit  un  vafe  plein  de  légum-es  cuits 
ÇArifiopk.  Plut.  K.  1198  Conf.  fckol.  cà  S panhcm. 
Noc.  ad  k.  l 'j  porté  par  une  fenunt  autour  de 
l’image  . ou  de  l’autel  qu’on  dédioit. 


DjiDTTITIUS  libertus.  Cajus  ( §.  J.  InJUtct^ 
dejur.  petfon,)  & U!pie.fî  (§■  II-  A:,  l.  fragment  ) 
appellent  ainfî  des  affranchis  fur  le  vifage  defcuels 
on  voyoit  encore  les  marques  des  fuppiices  qu’ils 
avo-.ent  fouaerts  pendant  leur  efclavage,  ou  les 
ftigmates,  témoins  de  leur  fuite.  C’étoit  ia  plus 
vile  clalïè  des  affranchis  ; St  iis  ne  pouvoient  ja- 
mais jouir  des  droits  & privilèges  des  citoyens 
Romains.  Juftinien  les  délivra  de  cette  fiétriffure  , 
& il  abolir  la  claffe  des  affranc’nis  dedithii. 

DEDVCTORES  , cliens  d’un  citoyen  diitin- 
gué  & puiffant  dans  Rome.  On  les  appeloit  ainii  , 
parce  qu  ils  l’accompagnoient  au  Forum  3c  au 
Sénat. 


DÉESSES  , Divinités  du  fexe  féminin  qu’ado  - 
roicnt  les  anciens.  Entre  les  douze  Divinités  de  ;a 
première  claffe,  il  y avoir  fix  Décjfit  ; favoir, 
Junon,  Veila , Minerve  , Cérès  , Diane  & V énus. 
On  diftinguoit  auhi  les  Déeffes  du  Ciel , les  Déejfs 
de  ia  Terre  tz  les  Déejfes  des  Enfers,  il  y eut  des 
Déelfes  qui  s’allièrent  avec  des  mortels,  comme 
Thétis  avec  Pelée , Vénus  avec  Anchife  , &c- 
Mais  c’étoit  une  croyance  généralement  reçue, 
que  les  morrels  favorifés  ainli  par  les  Déejfes  ne 
vivoient  pas  long-temps  ; c’eff  pourquoi  Anchife 
ay-tnt  reconnu  Vénus  pour  une  Divinité,  la  fup- 
piia  d’avoir  compailion  de  lui  ; mais  Lr  Déejfe  le 
raffura  fur  fon  fort  , pourvu  qu’il  fût  difcret, 
AncHISF.  , Deî.I I-DeESSE. 

Les  anciens  ne  s’étoient  pas  contentés  de  fe 
créer  des  Dieux-femmes  ou  d’admettre  les  deux 
fexes  parmi  les  Dieux;  ils  en  avoient  au.ûî  d’her- 
maphrodites. Ainfl  Diane,  félon  quelques  favans, 
étoit  homme  & femme  , & s’appelait  Luuus  ou 
Luna.  Mithra  chez  les  Perfes  étoit  Dieu  & Déejfe, 
8c  le  fexe  de  Vénus  & de  Vulcain  étoit  auffi  dou- 
teux. De-là  vient  que  dans  leurs  inv-ocations  les 
Romains  difoient , ii  vous  êtes  Dieu,  ou  ü vous 
êtes  Déejfe  , comme  Auha-Geile  nous  l’apprend 
( /.  il.  c-  28.  ).  Arncbe  ( Adv.  Gent.  L irï.)  fc 
moque  de  ces  différences  de  fexe  parmi  les  Dieux, 
& dit  que  Cicéron  &r  les  plus  figes  d’entre  Ie.s 
Grecs  & les  Romains  s'en  font  moqués  ouver- 
tement. 

DÉESSES-MÈRES,} 

DttÆ  MATRES,  f Divinités  oui  préli- 

DEÆ  MAIRÆ,  } 

ooient  à la  campagne  &r  aux  fruits  de  la  terre  , 
puifqu’on  les  voit  repréfentées  a’vec  des  fleurs  & 
des  fruits  à la  main  , avant  quelquefois  la  corne 
d’abondance  : en  leur  faifoit  des  offrandes  de  lait 
& de  miel , & on  leur  l'acnfioir  le  cochon  , qui 
fait  beaucoup  de  mal  aux  champs.  Ces  Déejfes- 
m'eres  étoient,  felcn  certains  Mvthoicgues  cités 

T t 


3 -,  O D E -b  . . J 

p'r  Diodora  , les  nourrices  de  Jupiter  qui  2\  &!ei!t 
cris  foin  de  lui  à l'infcu  de  Saturrie  , & ^ 

récomoenfe de  ce  bienfait,  avaient  etep.acees  ^ns 
le  cief,  où  elles  forment  la  conftel  ation  déjà 
grande  Ourfe,  Selon  d’autres  Aiytho^cgues,  ce- 
îoientles  fdles  de  Cadmiis,  bémeie,Jno,  ^gave, 
Autonoé,  qui  furent  chargées  de  3 éducation  oe 
Bacchus.  Le  cuite  de  ces  Divinités  elt  des  pre 
îïiiers  temps  du  paganifme  , & a été  le  plus  uni- 
verfelleînenr  répandu.  Elles  avoiejiî  en  Sicde  un 
temple  très-ancien  dans  la  ville  d Enguie^^ou  1 on 
prétendoit  qu’elles  avcient  apparu. _l  oas  les 
pies  des  environs  venoient  leur  oitrir  des  facru»- 
ces  tnagnifiques,  & leur  rendre  des  honneiits  ex- 
îraordinaires  5 les  Oracles  d’ ApoUon  avoient  meme 
ordonné  à plufeurs  villes  de  les  honorer , pro- 
mettant en  récompenfe  toute  forte  de  prolpe- 
rités,  & une  longue  vie  à leurs  habuans  > en.orte 
que  le  temple  d’Enguie  devint  extrenieincnt  opu- 
lent , & l’on  comptoir  entre  fes  richeifes  trOiS 
miiie  bœufs,  & une  grande  étendue  de  pays.  Ce 
qui  précède  eil  extrait  de  Diodçre  de  okne.^  Le 
culte  des  paflù  d’Egypte  en  Grece, 

enfüite  à Rome  , & dc-là  chez  les  ijauiois , chez 
les  Germains  , chez  les  Elpagnnis  ; car  on  trouve 
par-tout  des  traces  de  leur  culte  : a ou  on  peut 
conclure  que  chaoue  nation  hon-oroit  fous  le  nom 
de  DéiJjls-ntfns  , les  iemmes  qui  s’éroient  diftin-  ^ 
guées  chez  elle  par  quelques  vertus  remarquables. 

On  lit  dans  le  Recueil  de  Gruter  . 9a  i-  a.  ) 
cette  infeription  t deabcs  IvIAirabus. 

L’Abbé  Banier  a écrit  une  diiTertarion  fur  les 
Dêiffes-meres  le  Vi=  vol  des  Mém.  de  l’Ac. 

des  Belles- Lettres. 

SlSiolli, } P””' 

charges  qui  répondent  à celles  des  défe.ifeurs.  Ce- 
pendant on  peut,  foit  poifr  la  nature  & la  qualité 
des  charges,  foit  pour  la  manière  dont  les  OfS- 
ciers  traJtoient  les  affaires  , foit  pour  leurs  autres 
fonctions,  les  comparer  aux  Piocureurs  - Géné- 
raux & à leurs  Subltituts,  ou  aux  Lieutçnans-GéDé- 
rauï  de  police  & aux  ComrrsiiTaîres.  Il  y avoir  un 
défenfeur  de  l’Empire  ou  du  Royaume  , defenfar 
i-ëgni.  il  étoit  chargé  ce  foutenir  les  droits  de  l’em- 
pire , rautorité  du  Prince , la  vigueur  des  loix.  Le 
défenfeur  de  la  ville  , defenfor  civicads  , defsnfor 
flehis,  ïTiaintenoit  les  droits,  les  ufages,  les  cou- 
rûmes dé  chaque,  ville  on  pourroit  peut-être  le 
comparer  au  Confeiîler-  penüonnaire  de  chaque 
ville  de  Hollande.  Cet  Officier  connoiffoit  de  tou- 
tes les  caufes  pécuniaires  au  deffous  d’une  fomme 
aiïez  forte,  & des  crimes  légers.  On  faifoir  par- 
devant  lui  les  îtifinuations  des  teâamens  & des 
donations,  & les  déportions  de  témoins.  C’ell 
pour  cela  qu’il  avoir  fon  archive  ou  fon  greffe. 
( Voir  la  l'lcr;elle_  I y.  & fenator  Cajjlod.  L v/r. 
Epifi.  II.  ).  Ces  défenfeurs  des  villes  ou  cités,  qui 
4î.çi£Uî  ehar|és^  des  premiers  foins  de  la  police 


D É G 

dans  les  principales  villes  chez  les  Romains , ne 
pouvoient  fortir  de  ces  villes  , non  plus  que  les 
Prélidens  des  provinces  ne  pouvoient  Ibrtir  de  la 
province  qui  leur  étoit  confiée  , fi  ce  n’ étoit  pour 
accomplir  un  vœu,  Sc  fous  la  condition  d’y  reve- 
nir coucher  le  même  jour. 

II  y avoir  auffi  dans  les  Gaules  des  déferfeurs 
des  villes.  L’éleétion  de  ces  Magifeats  dépendoit 
du  Préfident  de  la  province-  La  loi  portoit  qa’iî 
les  choiiiroit  entre  les  plus  nobles,  les  plus  riches 
& les  plus  eftimés  de*s  citoyens.  Les  Magifirats 
Romains , jaloux  de  faurorité  de  ces  Officiers , 
tirent  tout  leur  poffibie  pour  les  détruire  i de  forte 
que  l’on  ne  prit  plus  pour  ces  places  imp.ojtantes 
que  des  gens  inconnus,  fans  réputation , onfeurs, 
comme  porte  la  Novelie  1 5 de  Juibnien  , de  dtfenf. 
Ci'vif.  Mais  cela  parut  d’une  trop  dangereufe  eonfe- 
quence  pour  le  fervice  du  Prince  & pour  le  bien 
public.  Cn  les  rétablit.  C V oyeT^  la  Novelie  citee  , 

& Godefroy  fur  cette  Novelle^ii  de  la  M.are,Tr.  de- 
là Fol.  t.  i.  p.  ly  Le  défenfeur  des  pauvnes , 
des  pupilles  & des  veuves  prenoit  loin  de 
affaires.  Les  Diacres,  au  corrmencement  del  egli- 
fe , étoieut  les  défe  feurs  des  pauvres,  des  pupilles 
•&  des  veuves  ; m,is  dans  la  fuite  cet  emploi  de- 
vint une  charge  qui  fut  exercée  par  des  laïques. 
Juilinien  enp  ’.r  e dans  fa  qumziexse  Novelie.  Les 
défeiif  urs  de  i’églife  étoient  comme  les  Comniif- 
faires  & les  Subdélégués  du  i'atriarche.  Le  pre- 
mier ou  le  chef  de  ces  défenfurs  jugeok  avec 
d’autres  défen feurs  , fes  afieiTeuxs  , les  aUaires  de 
moindre  co^nféquence  qui  étoient  du  reflo.t  du 
Patrurehac  , Sc'ii  en  rendoit  compte  enfuice  au 
Patriarche. 

Il  efl  parlé  dan^s  le  droit  Romain  des  dejenfurs  .* 
e’étoient , dans  les  vdles  qui  n’étoient  ni  liores  ni 
privilégiées  , des  Officiers  prépofés  pour  la  répar- 
tition des  impôts  ou  tributs  ; ils  regloient  ce  que 
chacun  des  habicans  devoir  payer.  La,  fonélion  des 
déferfeurs  étoit  femblable  à celle  des_  Cenfeurs  de 
Rome  & à celle  de  nos  élus  : on  ajouta  dans 
fuite  à leur  pouvoir  celui  de  juger  ks  caufes  .om- 
maires  ( Ea  qulnzicme  Nov-  de  l iLmpereur 
nien,  & liv.  4.  de  Defenf.  Civit.  ), 

Défenseur  , farnom  d’Hercnle,  qui  svoit  a 
Rome  un  temole  fous  ce  titre , defenfor.  Les  Sol- 
dats & les  Gladiateurs  à qui  l’on  danneit  un 
congé  honorahle  , venoienî  y fufper.die  ieuiS. 
armes.  _ , , 

On  lit  dans  une  rofcripticn  rapportée  par  -•»>-- 
ratori , ces  mots  {page  dyS")  DefensoRES_ 
NATUS.  Étoient-ce  des  Officie.rs  chargés  du  foin  as 
veiller  aux  intérêts  oa  aux  revenus  particuliers  d& 
Sénat  ? 

DÉGRADATION.  On  infiigeoit  trois  fortes  de- 
peines  aux  foldats  qui  avoient  démérité  ; favoir, 
militis.  mutatio  , de  gradu  dejeBio  3 ssïT  regftiau 
tio , ignomîniofa  mijfo.  ^ f 

La  pre.mièrs  as  ess  peines  étoit  lorfqu  on.S^ 


D É I 


D £ G 

fost  d'un  corps  dans  un  autre  , quand  de  chevalier 
on  devenoic  fantaffin  . ou  quand  un  fantaflin  étoit 
'transféré  dans  les  troupes  auxiliaires  de  frondeurs. 
Ammien  Marcellin  ( I.  xx:x.  ) dit  que  Thécdofe 
voulant  punir  des  Chevaliers  qui  s'éroient  révol- 
tés ^ & voulant  témoigner  en  même- temps  qu’il 
Ce  contentoit  d'une  légère  peine  , les  remit  tous 
au  dernier  grade  de  la  miiicc.  Il  v en  a beaucaup 
d’autres  exemples  dans  ie  code  Théodofien  & dans 
celui  de  Juîtinicn. 

Ce  qui  vient  d'être  dit  des  Soldats  & OlEciers 
îKÜitaires,  avoir  auiïi  lieu  pour  les  autres  Offi- 
ciers qui  étoient  dans  le  même  cas  ; on  les  tranf- 
féroit  pareillement  d'un  corps  dans  un  corps  in- 
férieur, 

La  dégradation,  que  les  Romains  appeloient  de 
grada  dejecizo,  sxu  regradatlo , QUAS c rctrogra- 
datio , & non  degradatio  , qui  n’eft  pas  latin  j avoir 
lieu  iorfque  quelqu’un  perdcit  le  grade  ou  rang 
qu’il  avoir  dans  fa  compagnie , quand  ^ par  exem- 
ple ^ de  Tribun  il  étoit  fait  fimple  Soldat,  ex 
Tribuno  tyrofiebat  ■ ou  comme  on  voit  dans  Lam- 
pnde  ( in  Âlexand.  Scver.  ) un  Sénateur  ayant 
donné  un  mauvais  avis  être  reculé  à la  dernière 
place  da  Sénat,  in  ultimum  rejiciebatar  locum. 

La  dernière  peine, qu’ils  appeloient  ignominlcfa 
mzijïîo  , ou  exaucioratio  , étoic  une  expullîon  en- 
tière de  la  perfonne  à laquelle  on  ôtoir  toutes  les 
marques  d’honneur  qu’elle  pouvoir  avoir  méritées 
précédemment.  ~ 

_ C’eit  ainfi  que  l’on  traitoit  les  Soldats  & Offi- 
ciers militaires  qui  s’étoient  révoltés  , ou  qui 
avoient  manqué  à leur  devoir  dans  quelque  point 
eiTentiei  ; on  leur  orcit  les  marques  d’honneur 
rruiitaires  , infignia  milharîa. 

On  en  ufoit  de  même  pour  les  offices  civils  5 les 
Officiers  qui  s’en  étoient  rendus  indignes,  étoient 
dégradés  publiquement. 

Plutarque  ( Vie  de  Cicéron  ) rapporte  que  le 
Préteur  Lentulus  , complice  de  la  conjuration  de 
Catilina  , fut  dégradé  de  fon  office  , & qu’on  le 
contraignit  d’ôter  en  plein  Sénat  fa  tunique  or- 
née de  pourpre  , pour  en  revêtir  une  noire. 

Sidoine  Apollinaire  ( /iv.  vu.  de  [es  E-pîtres^, 
rapporte  auffi  qu’un  ceitain  .4rnaudus  , qui  avoic 
été  Préfet  de  Rome  pendant  cinq  ans  , fut  dé- 
gradé , exauguratus  , qu’il  fut  déclaré  Plébéien  , 
& de  famille  Plébé'fenrie  , enfin  condamné  à une 
prifon  perpétuelle. 

Les loix Romaines,  & notamment  la  \oijudices , 

( au  Code  Se  Dignit.  ) veulent  que  les  juger  qui 
feront  convaincus  de  quelque  crime,  foient  dé- 
pouillés de  leurs  marques  d’honneur  , & mis  au 
nombre  des  Plébéiens. 

DEGRÉ  de  la  terre , mefure  itinéraire  des  an-  ' 
ciens  Romains.  Elle  valoir  , félon  M.  PauÜon  ; 
< Métrologie  ) en  mefure  du  même  peuple,  7a 
milliarium  , 

Ou  |éoca  décempèdes. 


Ou  72.CC-0  pajjks  , 

Ou  gradus  , 

Ou  jé^ocoo  pieds  Romains. 

Ptolomée  fait  ie  degré  de  éS  milles  \ arabiques , 
& ce  mille  arabique  de  7 Rades  & demi. 

DÉJANIRE  , fille  d’Oènée,  Roi  de  Caiydcn 
fut  recherchée  par  les  plus  putuans  Princes  de  li 
Grèce  s mais  Hercule  l’emporta  fur  tous , après 
avoir  vaincu  Achéloiis.  Le  héros  s’en  retouruoic 
viéforieux  avec  Déjanire  lorfqa’il  fe  trouva  ar- 
rêté fur  le  bord  du  fieuve  Evenus  , qui  pour  lors 
étoit  débordé.  II  ne  fut  inquiet  que  pour  fan 
époufej  car  pour  lui,  rien  n’étoit  capable  de  l’arrê- 
ter. Neifus,  Centaure  fort  robufte,  qui  connoif- 
foit  le  gué,  & à qui  d’ailleurs  Vénus  avolt  appris 
comment  Ü pourroit  tromper  Hercule  ( Vôy:^ 
Adonis  ) , s’offirit  de  pafîèr  la  PrinceiTe  fur  foix 
dos  ; ce  qui  fut  accepté.  Mais  dès  qu’il  fe  vit  à 
l’autre  bord  'de  la  rivière  , il  prit  fa  coarfe  pour 
enlever  Déjanire.  Hercule  , qui  s’apperçut  à i'inf- 
tant  da  mauvais  defîein  du  Centaure,  lui  décocha 
une  de  fes  flèches  , qui  portoient  infailliblemenc 
la  mort.  NefTus , bleflé  mortellement,  fut  bien  fe 
venger , avant  d’expirer  , de  l’un  & de  l’autre  ; il 
prit  fa  tunique  enfanglantée  , & la  donna  à Déja- 
nire , comme  un  remède  affuré  pour  fe  faire  tou- 
jours aimer  de  fon  mari , & pour  empêcher  qu’il 
s’aimât  d'autres  femmes.  Déjanire  , après  avoir 
donné  un  fils  à Hercule , apprit  l’enlèvement  d’iole 
par  fon  mari , & craignit  de  fe  voir  répudiée  : 
elle  eut  alors  recours  au  fatal  remède  du  Centaure- 
Elle  envoya  à Hercule  cette  tunique  , qui  lui  fit 
d’abord  foufrrir  d’horribles  douleurs,  & enfin  cher- 
cher la  mort-  L’.Amour  jaloux  de  Déjanire  , oui 
caufe  la  mort  d’Hercule  , fait  le  fujer  d’une  tra- 
gédie grecque,  les  Trackiniennes  de  Sophocle, 
& d’une  tragédie  latine  de  Sénèque  , i.ntituiée  r 
Hercule  au  Mont-(Eta.  Voye^  HERCULE , HlLLüS  , 

lOLE  J NeSSÜS. 

Déjanire  ayant  appris  le  funefte  effet  de  foit 
préfent , fe  tua  de  douleur  avec  la  maiTue  du 
héros,  & de  fou  fang  naquit  la  plante  appelée 
depuis  Nympkaa  & Heraclipn,  ( Ovid.  Met.  8.  6C 
Diodor.  l.  J.  ). 

DÉJEUNER.  Voyei  Jentacülum. 

DÉiCOON  ,,fiis  d’Hercule  & de  Mégare.  Voye^ 
Mégare. 

DÉIDAMIE,  ou  HIPPODAMIE,  fille  d’Adraf- 
te  , Roi  d’.4rgos,  époufa  Pirithoiis.  Leur  noce 
devint  célèbre  à caufe  du  combat  terrible  des 
Centaures  & des  Lapithes.  Les  premiers  ayant 
voulu  infulrer  les  PriRceffies  qui  affiftoienr  à cette 
noce,  les  Lapithes  défendirent  leur  honneur.  Voy. 
Atrax  , Centaures  , Lapîthes  , Piri- 

THOUS. 

Deid AMIE , fille  de  Lycomèae , Roi  de  Scyros, 
fut  aimée  d’Achiile  , dans  le  temps  que  ce  Prince 
étoic  caché  à la  Cour  de  Scyros  , fous  l’habit  de 

Ttij 


33^  D É I 

fille  ^ & fous  le  nom  de  Pyrrha.  Elle  en  eut  un 
fils  qu’elle  nomma  Pyrrhus  ^ en  mémoire  du  faux 
nom  de  fon  père.  Voye^  Achille  , Lycombde  ^ 
Pyrrhus. 

Sur  un  bas-relief  {Manum.  inédit,  tom.  i.p.  lé.) 
de  la  villa  de  Belvédère  à Frafcati  ^ on  voit  Déi- 
damle  embraffant  les  genoux  d’Achille  j,  & s’effor- 
çant en  vain  de  retenir  ce  héros  qui  , ayant  faili 
les  armes  préfentées  par  ÜlyiTe  brûle  de  fignaler 
fcn  ardeur  guerrière.  Le  même  trait  de  fable  eh 
repréfenté  fur  un  bas-relief  de  la  villa  PanfiiL 

DÉIFICATION.  Voye-^  Apothéose. 

DÉILÉO?!,  compagnon  d’Hercule  dans  fon 
expédition  contre  les  Amazones.  Il  joignit  les  Ar- 
gonautes près  de  Synope  ( VaUr.  FLac.  Argon,  l, 
5.V.114.). 

pÉION  J frère  de  Céixj  c’eft  le  même  que 
Dédalion.  Voyei^  ce  mot. 

DÉIONE  ^ mère  de  Milet.  VoycT^  Muet. 

DÉJONÉE,  fils  d’EurytuSj  Roi  de  Thefïalie  ^ 
époufa  Périgone , dont  il  eutJoxus.  V'i.ye-^  Jo- 
xu&j  PÉRiGONE.  il  fut  aui3  père  de  Dia^  femme 
d’ixion. 

pÉJOPÊE , une  des  quatorze  Nymphes  de  la 
fuîte  de  Junon , & la  plu?  belle  de  toutes  ; la 
Déeffe  l’oifriten  mariage  au  Dieu  des. Vents,  en 
récômpenfe  du  fervîce  qu’elle  le  prioit  de  lui  ren- 
dre , eiï  excitant  une  tempete  contre.  les  Troyens. 
{^Æneid,  l.  i.v.  7I.  ). 

Déjop-ée  , fille  d’AüuSj  une  des  Nymphes, 
compagne  de  Cyrène  , mère-  d’Ariilée. 

DÉIOS  , air,  ou  nôme  de  flûte  en  ufage  chez 
les  Grecs.  ' 

DEIPHILE  , fille  d’Adrahe  , Roi  d’Argos  , 
devoir  époufer  un  fanglier  , félon  t’oracle  d’Apol- 
lon, qui  fe  vérifia  encefens,  quelle  époufa  Ty- 
àée,  qui  portoit  pour  manteau  une  peau  de  fan- 
gliet.  Voyen^  Aerasts.,  Tydée, 

DÉIPH-OBE  , fils  de  Priam , époufa,  apres  la 
E'iort  de  fou  frère  Paris  , la  belle  Hélène  mais 
cette  femme  le-  trahit.  D'intellrgenee  avec  Ménélas 
fon  preiTcer  mari',  dont  elle  voulok  regagner  le 
cœur,  elle  lut  donna  un  lignai  la  nuit  de  la  prife 
de  Troye , & l’introduifit  avec  Ulyiie  dans  i’appar- 
tenaenr  de  Deiphobe , à.  qui  ils  ôtèrent  la  vie  , après 
lui  avoir  fait  fouffrir  les  plus  indignes  trai’cemens. 
Énée  le  vit  dans  les  enfers  tout  fon  corps  étoit 
mutilé  , fon  vî Page  paroisTcit  déchiré  crueli'emenr , 
il  étoit  fans  nez,  fans  oreilles,  fans  mains  5 fés 
ennemis  avoient  laiffé  fon  corps  fans  fépuh.ure  , 
expofé  fur  le  rivage  aux  injures  de  l'air-,  & à la 
voracké  des  oîfeaux  ; Énée , à fon  retour  des 
e-nfèrs  , im  él'eva.  un  monument. 

Énée  de  v^aze  ( in  Tkeophraflo  ) dit  que  les. 
Thérapniens  tie  la  Laconie  rendoient.  un  culte,  par-- 


D Ê I 

tîculfer  à Ménélas  , à Pâtis  & à DéipAoSei 

Déiphobe, Sibylle  de  Cumes,  fille  de  Glaucus 
& Prêtreffe  d’Apollon.  Cvide  raconte  la  manière 
dont  elle  devint  Sibjdle.  Apollon  étant  devenu 
amoureux  de  Deiphobe  , offrit pour  la  rendre 
fenfible,  de  lui  accorder  tout  ce  qu’elle  fouhaite- 
roir  : elle  demanda  de  vivre  autant  d’années  quelle 
tenoit  dans  la  main  de  grains  de  fable  qu’elle  ve- 
noît  de  ramaffer.  Elle  oublia  malheureufement  de 
demander  en  m.ême  temps  de  pouvoir  conferver 
durant  tout  ce  îemps-là  , la  fraîcheur  de  là  jeu- 
neffe.  Apollon  la  lui  offrit  cependant,  fi  elle  vou- 
loir répondre  à fa  tendrefle  ; mais  Déiphobe  pré- 
féra 1 honneur  d’une  chafreté  inviolable  au  piaille 
de  ; jouir  d’une  éternelle  jeuneffe  5 enforte  qu’une 
trifte  & languiffante  yieilleffe  fuccéda  à fes  belles, 
années.  Au  temps  d’Énée,  elle  avoir  déjà  vécu 
fept  cents  ans,  dîfoît-elle;  & pour  remplir  le  nom- 
bre de  fes  grains  de  fable  , qui  devoir  être  la  me- 
fiire  de  fa  vie , il  hii  reftoit  encore  trois  cents  ans, 
après  lefquels  fon  corps  confumé  & dévoré  par 
les  années,  devoir  être  prefque  réduit  à rien.  Oa 
ne  pouvoir  même  la  connoitre  qu’à  la  voix  que  le 
deflm  devoir  lui  l.aifier  éternellement.  Cette  fable 
étoit  fondée  fur  ce  qu’on  croyoit  que  les  Sibylles 
vivoîent  fort  long-temps  , & liir  ce  qu’ Apollon 
pafloit  pour  le  Dieu  qui  connotffoit  le  mieux  l’ave- 
nir. Cette  Sibj'lle,  infpirée  d’Apollon , rendoit  fes 
oracles  au  fond  d'un-  antre  placé  dans  le  temple 
de  ce  Dieu.  Cet  antre  avoir  cent  portes,  d’au  for- 
toienc  autant  d-e  voix  terribles  qui  fàifoienr  enten- 
dre les  réponfes  de  la  Prophéteife.  Déipkoie  étoit 
auiu  Prêtreffe  d'Hécate , qui  lui  avoic  co.nné  îâ. 
garde  des  bois  facrés  de  l’Aveme-.  C’eft  pour  cela.^ 
qu’Enée  s’adreffe  à elle  pour  defeendre  aux  en- 
fers. Les  Romains  élevèrent  un  temple  à cette  Si- 
bylle, dans  le  lieu  même  où  elle  avoit  rendu  fes 
oracles  , & rhonorè'rent  comme  une  Divinité.. 
Foyei  Sibylles. 

DEIPHON  étoit  fils  de  Triptolème  & de  Mé- 
ganire  j il  fur  fi  rendrement  aimé  de  Cérès  , que 
cette  Déeffe  voulut  l’immorralifer.  La  fable  dm 
qu’elle  le  jeta  dans  lesfiammes  pour  le  purifier  Bc 
pour  lui  ôter  tout  ce  qu’il  avoir  de  mortel  Mais 
iVléganire  , mère  du  jeune  Prince  , . alarmée  d'uu 
fi-  étrange  fpeiftacle , voulut  retirer  l’enfant  du. 
feu  , & trc-iibia  , par  fes  cris  ,.  les  myftères^de  la. 
Déeiîe  Celle-ci , of&nfée  , remonta  auifi-tot  ft'-T 
fon  char  tiré  par  des  dragons  & laiffa  Déiphoa^ 
au  milieu  des  flammes,  qui  le  confamètent. 


DEIS.  , Muratori  ( 107-.  6.  Tkef.  Infer.')  rap- 


deis  pour  dis  ou.  diis  i. 


p-Eis  mis 

AD-HÆREXTIBUS  PA-RENTUM* 

SACRUJi. 


333 


DEL 

DÉÎTÉS  ( fuite  des  ).  Oue^ues  Aniiqitaires 
font  avec  leu  s médailles  une  fuite  particulière  de 
Déités , à caufe  de  1 inftrudtion  qu'elle  tournic  en 
leur  ofiFranr  ;es  noms  différens  des  Déités  j les  lym- 
boles , les  temples  & les  autels , & les  pays  où 
elles  étoient  honorées.  On  en  peut  faire  une  belle 
fuite  de  bronze , par  le  moyen  des  villes  Grec- 
ques i où  Ton  en  trouve  une  très-grande  quan- 
tité ; mais  la  plus  agréable  eft  celle  d’argent , que 
fourniffent  les  médailles  des  familles.  On  peut 
porter  cette  fuite  très-loin  dans  l’un  & dans  Tautre 
métal  ^ fî  Ton  veut  emprunter  les  revers  des  im- 
périales , où  les  Déités  font  repréfentées  plus 
agréablement  encore  que  fur  les  médailles  des  fa- 
milles J tant  parce  qu’elles  y ont  tous  leurs  titres 
diftérens  ^ que  parce  qu  ellesy  font  ordinaireme.nt 
repréfentées  de  toute  leur  gran-deur;  de  forte  que 
Ton  y diftingue  rhabillement , les  armes  , les  fym- 
boîes  & les  villes  où  elles  ont  été  plus  particu- 
lièrement honorées. 


DEL  ( Metall.  ).  Voye:^  Dalmatie. 

DELATEURS  j hommes  qui  s’avilirent  fous  les 
Empereurs  jufquà  devenir  les  accufateurs  , ou 
déclarés  ou  fecrets, de  leurs  concitoyens-  Les  ty- 
ranSj  avertis  par  leur  co-nfcience  qu’il  ne  pouvoir 
5'  avoir  de  sûreté  pour  eux  au  milieu  des  peuples 
qu’ils  opprimoient  , crurent  que  le  feui  moyen 
qu'ils  avoient  de  connoitre  les  périls  dont  ils 
étoient  environnés  , & de  s’en  garantir  , étoit  de 
s’attacher  par  l’intérêt  & l’ambition  des  âmes  viles 
qui  fe  répandifiént  dans  les  familles  ^ en  furprif- 
fent  les  fecretSj  & les  leur  déférafi'ent  j ce  qui  fut 
exécuté.  Les  délateurs  commencèrent  par  facririer 
leurs  ennêmis.  Leur  haine  étant  iarisfaite,  iis  lon- 
gèrent à contenter  leur  avarice;  iis  accusèrent  les 


particuliers  les  plus  riches  ^ dont  ils  partagèrent 
la  dépouille  avec  l'homme  fanguinaire  & cruel 
qui  les  enaployoit.  Ils  confuitèient  enfuîîe  les 
frayeurs  incertaines  & vagues  du  tyran  ; & les 
têtes  malheureafes  fur  lefqueiles  fes  alarmes  s ar- 
rêcèrent  un  moment,  furent  des  têtes  profcrites. 
Lorfque  les  délateurs  earen.î  dévallé  la  capitale  , 
exterminé  tout  ce  qu’il  y avoir  d'honnêtes  gens, 
& fatistait  les  paillons  des  Empereurs  & les  leurs , 
îis  fe  vendirent  aux  pallions  des  autres  & celui 
qui  étoit  embarraffé  de  la  vie  d’un  homme,  n’avait 
qu’à  acheter  ’e  crédit  d ian  délateur.  On  leur  avoit 
accordé  îa  huitième , & même  k quatrième  partie 
des  biens  de  l’accufé  ; de-îà  vint  qu'ils  tarent  ap- 
pelés qu.idrupiatores.  Néron  lès  paya  moins,  fans 
doute  pour  en  gager  un  plus  grand  nombre.  .An- 
tonin-le- pieux  en  fit  mourir  plufieuts  ; d’autres 
furent  battus  de  verges  , envoyés  en.  exil , ou  m.is 
au  rang  des  efclaves  : ceux  qui  échapuère.nt  à ces 
châtimens,  écha  pèrent  rarement  à l’infamie.  Les 
bons  Piiaces  n’ont  point  eu  de  ûéhzretrra.  i^Audeuae 
Encyclopédie.  )- 


DÉLÉPHAT" , nom  que  les  Chaldéens  & Iss 
AiTydsDS  donnoient  à Vénus. 


DEL 


DELIACUS  Voyet^  DÉLi.aQUE. 

pELIADE , e’cll:  le  nom  da  vaiifeau  qui  por- 
coit  les  Déliaites  à Déios.  Voyet^  Déliés. 

DELIAQUE,  coquetier  chez  les  anciens,  mar- 
chand qui  vendoiî  la  volaille  & les  œufs , deliacus , 
deliacus  galLnarius.  Les  déliaques  chaponnoient 
les  coqs,  engraiiToient  la  volaille  , & on  les  ap- 
peloit  déliaques  , parce  que  c’écoit  les  habitans 
de  i’ifle  de  Déios  qui  avoient  les  premiers  prati- 
qué cette  opération.  Ils  vendoienc  aufli  les  œufs, 
comme  il  paroît  par  Cicéron  dans  fes  Quefiions 
Académiques  (^liv-  iv.  n.  Sj- )■  Pline  (/.  x.c.  JO.)' 
& Coiumelle  ( l.  vm.  c.  8.  ) parlent  aulïl  des 
deliaques. 

DÉLIASTES,  On  appeloit  ainfî  les  Députés 
d’Athènes  à Déios.  Voye^i  Déliés. 

Ils  portoient  auffi  le  nom  de  Théores  , ©£«««(  ^ 
ceux  qui  vont  voir. 


DELIBAMENTA. 
D ELI  B ARE. 


} 


Dans  Pidiôme  obleur 


& affeélé  des  Pontifes  Romains , les  libations  fai- 
tes aux  Dreux  infernaux  n’étoient  point  appelées 
libamina  ou  libamcnta  , comme  les  libations  faites 
en  l’honneur  des  Divinités  terreftres  & céleftes, 
mais  delibamerita.  L’aftion  de  les  faire  étoit 
exprimée  par  le  mot  defuadere.  Offrir  aux  Dieux 
une  partie  des  mets  que  l’on  devoir  fervir  dans 
un  repas  , s’exprimoit  par  celui  de  delibare.. 


DELICATE  > 

DELICIÆ.  > Les  Romains  défignoient  par 

delictum:.  3 

ces  mots,  des  eufans  Sc  de  jeunes  garçons  que  les 
grands  & les  riches  cievoie.nt  auprès  d’eux,  pour 
s’amufer  de  leurs  jeux  innocens  & de  leur  gaieté 
enfantine.  A l’article  d’ALEXANDitiE  nous  avons 
dit  que  cette  ville  étoit  en  polfeffion.  de  fournir 
aux  Romains  cet  amufement. 

On  abufa  par  la  fuite  de  ces  mots  , oc  ils  défî- 
gnèrent  alors  des  maîtreires  & des  mignor>s.  Une 
infeription  antique  en  fait  foi;  Triae  ephrosy- 
NAE  rufinae  V.  V,  BELicATAE-  Suétone  dît 
de  Vefpafien  qu’H  épe-ufa  Domitilki , fon  aneie.nne 
maitreffê  ^efp.  c.  3.  I-  ) -•  Flaviam  Domicillam- 
d’ix’t  u-jcorem  , ddicatum  olim.  Spart'sen  , pariant 
d’Hadrien  , dit  .aufS  ( Adriun.  c.  4.  ).  : Corrupijje 

eum  Traja.ii  liberîos  , curajjl  délicates  , d’e 

opinio  multa  fi.-mevit  t Cotydon  efi  appelé  dans 
Virgile  ( Eclog.  lE  ).  delicias  domirà. 

DELIES*'^ ^ 1”  inllituée  par  Théfée,, 

lorfqis’après  avoir  vaincu  leMinotaure,  il  ramena 
de  Crète  les  jeunes  Athéniennes  qui  dévoient  être 
facrifiees  à ce  moaitre  , Sc  plaça  dans  un  temple  à 
Athènes  la  Ifariie  de  Venus  q-ti’Ariadne  lui  avoir 
donnée-  Cette  fête-  fe  célébra  toujours  depuis  à 
A^thènes  en  l’honneur  d"  .Apollon.  La  pnncipale 
cétémcsieéteitd:’  anvey  et  uneainb.ilStfc  à i’.Apol- 


334  DEL 

Ion  de  Délos.  Tous  les  cinq  -ans  on  choifiToit  pour 
cela  un  certain  nombre  de  citoyens  qu  on  appe- 
loit  Déüafies.  Cette  députation  partoit  fur  un 
vaiffeaii  dont  la  potipe  éroit  couronnée  de  laurier 
par  la  main  d’un  Prêtre  d Apollon  , & fur  lequel 
on  portoit  tout  ce  qui  étoit  néceflaire  pour  la  fête 
& pour  les  facriSces.  Le  navire  étoit  nommé 
DéLiade , Se  étoit  regardé  comme  facré.  Les  Dé- 
liafles  portoient  des  couronnes  de  laurier.  Quand 
iis  étoient  arrivés  iis  offroient  'd’abord  un  facri- 
üce  à Apollon  j après  le  facrifice  ^ de  jeunes  filles 
exécutoient  autour  de  l’aurel  une  danfe  appelée 
Ttpaiev  , dans  laquelle  3 par  leurs  mouvea-.ens 
embarraffés , & par  la  manière  dont  elles  figu- 
roient  enfemble  , elles  repréfentoient  les  tours  & 
les  détours  du  labyrinthe.  Quand  les  Déiialtès  re- 
venoient  à Athènes  3 le  peuple  aiioit  au-devant 
d’eux 3 & les  recevoir  avec  des  acclamations  répé- 
tées & de  grands  cris  de  joie,  lis  ne  quittoient 
point  leur  couronne  que  leur  co.mmiiîîon  ne  fût 
entièrement  remplie  3 & alors  ils  la  confacroient 
à quelque  Dieu  dans  fon  temple.  Tout  le  temps 
que  duroit  le  voyage  de  Bélos  , le  retour  à 
Athènes  3 & la  cérémonie  e]!e-mêiT>e3  s’appeloient 
les  Délies.  Pendant  ces  jours  facrés  3 les  loix  dé- 
fèndoient  d’exécuter  aucun  cnminel  j privilège 
fingulier  ce  cette  fete  d’Apollon , & que  n’avoient 
pas  même  celles  de  Jupiter  ; car  Plutarque  remar- 
que que  ce  fut  dans  un  jour  confacré  à Jupiter 
qa’sn  fit  prendre  à Phocion  le  poifon  auquel  il 
avoir  été  condamné,  & qujon  attendit 3 au  con- 
traire 3 trente  jours  pour  le  donner  à Socrate , 
parce  que  c’étoit  le  temps  des  Délies. 

Thucydide  ( L ni.  p.  243.  de  la  fécondé  édition 
d’Henri  Etienne  ) dit  que  ce  fut  pendant  l’hiver 
de  la  iixième  année  de  la  guerre  du  Péloponêfe  3 
que  les  Athéniens  célébrèrent  les  Délies  après 
avoir  expié  Pille  de  Délos  & en  avoir  ôté  tous  les 
tombeaux.  Ils  ordonnèrent  auffi  que  perfonne  n’y 
naîtroit  & n’y  mourroit  dans  la  fuite  ; mais  que 
Ton  tranfporteroit  tous  les  moribonds  dans  une 
petite  ifle  appelée  Rkénie , qui  touche  prefque  à 
Délos.  Long-temps  avant  cette  époque  les  Ioniens 
& les  Infalaires  voifins  de  l’Ionie  célébroient  des 
efpèces  de  Délies , c’elt-à-dire  3 des  fêtes  & des 
jeux  femblabies  aux  ÉphéfieS3  qu’ils  célébrèrent 
dans  la  fuite.  Il  y avoir  des  comb-ats  gymnaftiques 
& de  poéfie  ou  de  mufique.  Thucydide  3 à l’en- 
droit cité  ci-deffus  3 en  parle  d’après  Homère. 

DELMATIÇUS , furnom  de  la  famille  Cæ- 

CILIA. 

DELMATIiJS 3 neveu  de  Conftantia.  Flavius 
Julius  Dllliatius  Cjesar. 

Ses  médailles  font  : 

RPiRR.  en  or.  Cette  pièce  eft  au  cabinet  du 

KO!. 

O.  en  argent.  Du  moins  on  ne  croit  pas  qu’il 
en  a!t3  quctque  le  P.  Bandiiri  en  ait  cité. 

R,  ea  P.  B. 


DEL 

DELOS  . ifle  de  la  mer  Égée , fameufe  dans 
l’antiquité.  Junon  , furieufe  de.  voir  Latone  prête 
à mettre  au  monde  le  fruit  de  fes  amours  avec 
Jupiter  3 obtint  de  la  Terre  qu’elle  ne  lui  donnât 
aucun  afyle  pour  faire  fes  couches.  Neptune  3 à la 
prière  rie  Jupiter,  fit  fortir  d’un  coup  de  trident 
l’ifle  de  Délos , qui , pour  n’appartenir  en  rien  à 
la  Terre  3 demeura  flotta.nte  fur  la  mer.  Latone 
s’y  retira  , & mit  au  monde  Apollon  & Diane 
qu’ede  avoit  eus  de  Jupiter  A.pollon  , en  recon- 
noiffance  de  ce  qu’il  y avoit  reçu  le  jour  3 la  rendit 
immobile  3 de  flottante  qu’elle  étoit  auparavant  j 
& la  fixa  au  milieu  des  Cyclades.  La  croyance  où 
l’on  étoit  qu’Apoîlon  & Diane  étoient  nés  dans 
cette  ifle 3 la  rendit  fi  refpeétablcj  qu’il  fut  dé- 
fendu d’y  inhumer  perfonne , comme  étant  une 
terre  facrée;  & les  Perres3  qui  ravagèrent  toutes 
les  ifles  de  la  Grèce  3 ayant  touché  à Délos  avec 
leur  flotte  de  mille  vailfeaux3  n’osèrent  y faire  le 
moindre  dégât.  Le  nom  de  Délos  peut  avoir  été 
donné  à cette  ifle  3 ou  parce  qn’on  ne  la  connoif- 
foit  pas,  fuppofé  qu’elle  exiftât,  ou  parce  qu’en 
elTet  elle  fortit  de  la  mer,  par  l’effet  de  quelque 
tremblement  de  terre  j comme  on  a vu  de  nos 
jours  fc  fermer  dans  la  même  mer  la  nouvelle  ifle 
de  Santorin.  C’efl:  peut-être  d’ailleurs  fur  fon 
nom  qu’efl:  fondé  tout  ce  qu’en  racontent  les 
Poetes;  veut  dire  apparent. 

Apollon  3 difoit-on , paffoic  les  fix  mois  d’été  à 
Délos ^ où  il  avoit  un  Oracle  célèbre;  pendant  les 
autres  mois  de  Vannée  il  habitoir  Patate  en  Lycie. 

Il  y avoit  à Délos  un  autel  fait  avec  des  cornes, 
quipaffoir  dans  l’antiquité  pour  une  des  fept  mer- 
veilles- Voyei  Autel. 

Les  Perfes  témoignèrent  eux  - mêmes  , quoi- 
qu’étrangers  3 le  refpeéf  que  cette  tradition  Heur 
infpirok  pour  l’ifle  de  Délos.  Le  chef  de  la  flotte 
de  Darius  , fuivanr  Hérodote  ( lié.  vi.  c.  97.  ) , 
rappela  les  habitans  de, cette  ifle,  qui  fuyoienr  de- 
vant lui  ; il  leur  fit  favoir  qu’il  n’avoir  aucun  def- 
fein  de  leur  nuire  , & que  le  Roi  avoit  défendu 
que  l’on  fît  aucun  dommage  dans  un  pays  qui 
avoit  donné  naiffance  à deux  grandes  Divinités. 
Des  médailles  frappées  dans  fifle  de  Délos  con- 
firment l’opinion  de  fes  habitans  ; il  y en  a qui 
repréfentent  le  foleil  &:  la  lune  avec  la  légende 
AHAîOï  d’un  côté  , & AHAiAS  de  l’autre  ; & on 
en  voit  avec  les  têtes  d’Apollon  & de  D;ane  ac- 
colées 3 & la  légende  ©££2N  AAEA>î--nN.  Ceft 
pour  cela  que  les  Poètes  donnent  à Diane  l’ép!- 
thète  de  Délia , &:  celle  de  ^yntkia  prife  d’uns 
montagne  dé  l’ifle  de  Delos , Sc  que  l’on  avoir 
élevé  dans  cette  ifle  un  temple  famçus , nomme 
Artemifion. 

D ÉLOS  3 ifle  AH. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  foat  ? 


R RR.  en  argent. Pellerin. 

RRR.  en  bronze Hanter. 

O.  en  or. 


Leur  type  ordinaire  eft  une  Jyrç. 


DEL 

DELPHES  ( Temple  ae  II  nV  a perfonne , 
dit  ie  Cht\iijer  de  Jaucourr^  qui  n^air  oui  par- 
ler du  Temple  de  Delphes  , de  fês  richelfeSj  des 
révolutions  qu'il  a eiTuyées^  des  oracles  qui  fe 
rendoiear  dans  fon  fancruaire  , enfin  du  nombre 
proaigieux  de  gens  deirinés  au  fervice  de  ce 
temple.  Emprunrons  ici  les  iuniiêres  des  favans  ^ 
pour  ralTembler  avec  ordre  Tous  un  poinr-de-vue 
tous  ces  faits  célébrés  par  les  poètes  j & trop 
difperfés  dans  i’hiuoire. 

Le  premier  temple  d’Apollon  à Delphes  , fi 
l’on  en  croit  les  anciens , fut  confiruit  de  bran- 
ches de  laurier  entrelacées  , qu’on  apporta  de 
la  vallée  de  Tempé.  Ce  temple  avoit  préciie- 
ment  la  forme  d’une  cabane  j & le  laurier  éroit 
particulièrement  confacré  à Apollon  j il  fe  l’ap- 
propria lorfque  Daphné , fes  premières  amours  , 
tut  métamorphofée  en  cet  arbre. 

Ce  renipie  ruùique  avant  été  détruit , des 
abeilles  , félon'  la  tradition  populaire,  en  for- 
mèrent un  autre  avec  leur  cire  8e  des  plumes 
d oifeaux.  Quelques  favans  aiment  mieux  fuppo- 
fer  que  ce  fécond  temple  avoit  été  conltruir 
d une  plante  appelée  efpèce  de  fougère  ; 

& je  prcférerois  à cette  opinion  celle  des  au- 
teurs qui  ont  écrit  que  ce  temple  avoir  été 
1 ouvrage  d un  habitant  de  Delphes  , pommé 
F tiras , qu’il  avoit  porté  le  nom  de  fon  fonda- 
teur 5 & je  crois  >,,ue  fur  l’équivoque  du  mot 
ptera , qui  fignîfie  des  ailes , on  avoit  feint  que 
les  abeilles  l’avoient  confiruitayec  des  ailes  d’oi- 
fcaux. 

Le  troifième  te-rpJe  fe  reiTeRt  bien  encore 
du  récit  fabuleux.  H étoir  ^ dit-on  ^ l’ouvrage  de 
\ ulcain  qui  ^ pour  le  rendre  plus  durable, 

1 avoir  fait  d airain  , & avoir  placé  far  fon  fron- 
tifpice  un  groupe  de  figures  d’or  qui  charmoienr 
les  oreilles  par  d agréables  concerts.  Paufa-nias  fe 
decla  e contre  cette  t adition,  Sc  obferve  que  ce 
ne  feroit  pas  grande  merveille  qu’ApoIion  eût  eu 
un  temple  _d  airain  , puifqu’AcÂfius  , Üoi  d’.Ar- 
gos , fie  faire  une  tour  de  ce  métal  pour  enfer- 
rner  fa  fille.  On  ne  fait  pas  trop  de  quelle  ma- 
nière ce  temple  d’airain  fut  détruit  ; les  uns  pré- 
tendent qu  il  fut  abîme  dans  un  tre-mblement  de 
terre  j d autres  qii  il  fut  confumé  par  le  feu.  Di- 
fom  plutôt,  avec  Hardion,  qu’il  difparut  à peii- 
près  comme  les  palais  enchantés  de  nos  Nécro- 
manciens. 

^Le  quatrième  temple  exîfta  réellement,  & fut 
bâti  tout  de  pierres  la  pre.mière  année  de  la  cin- 
quième olympiade,  par  Tropho;  ius  & Agamè- 
ÿs , excehens  architectes.  Apollon  , an  rapport 
d Homère  cui^ embellit  tous  les  fujets qui!  traite , 
en  jeta  lui-me-ms  les  fondemens.  Ce  beau  tem- 
ple  fut  brûlé  dans  la  cinquanre-hisitième  olym- 
pi^ce,  ^48  3ns  ayant  l’ere  vulg  ire. 

Le  cinquième  futconftruit  513  ans  avant  J.  C., 
environ  44  ans  apres  que  celui  de  Trochonius 
«CûAgamedèseut  été  brûlé.  Les  Arophyétions, 


DEL  33s 

ces  juges  fi  célèbres  de  la  Grèce,  qui  s’éroient 
rendus  les  proreéteUx's  de  l’oracle  de  Dehhes  , fe 
chargèrent  du  loin  de  rebâtir  c;  cinquième  tem- 
pie.  Iis  firent  marché  avec  l’architeâe  ( c eroic 
un  corinthien  v,o~v.md  Spinzhare à 3C0  ralens. 
J outes  Ics^  villes  de  Grèce  furent  taxées  -,  8c 
.■vmafis  , alors  Roi  d Egypte,  donna  pour  fa 
part  mihe  talens  pefaiu  d'aromates  précieux.  Les 
Alcméonides,  fanulie  puiffante  d’Athènes,  chif- 
fes de  leur  patrie  par  les  Piiîftratides  , vinrent  à 
^elphes  en  ce  temps- la,  Sc  s oiîrirent  de  conduire 
i éuifice  : ils  ie  rend  rent  beaucoup  plus  magnifi- 
que qu’on  ne  fe  l’ctoit  propolé  dans  le  modèle- 
Enrje  les  autres  embeliifiemens  qu’ils  ajoutèrent, 
iis  ment  à leurs. dépens  un  frontifpice  de  marbre 
de  faros.  Le  refie  du  temple  étoit  d’une  pierre 
qu  îserodote  appelé  -mifiyos  aLo?  , qir.  eft  peut- 
être  'a  même  que  le  parus  de  Pline,  efpèce  de 
pierre  blanche  , dure  comme  le  marbre  de  Paros, 
mais  moins  l elante. 

il  n'cft  pas  poüible  de  détailler  les  offrandes 
■iont  les  divers  temples  de  Delphes  furent  fuc- 
ceffivement  enrichis.  Ce  tréfors  ont  été  fi  vantés, 
que  les  Grecs  les  défignoient  par  l’adjeCtif  Uahu- 
ias-Àavrw,  riche  de  ztute  antiquité.  Ces  richefies 
ne  conlîfioient  néanmoins  dans  le  commence- 
ment, qu’en  un  grand  nombre  de  vafes  & de 
trépieds  d’airai.n,  fi  Ion  en  croit  Théopompe, 
qui  nous  alfure  qu’il  n’y  avoir  alors  aucune  fiatue, 
pas  même  de  bronze.  .Mais  c tte  fimplicité  ne 
dura  guère  : les  métaux  les  plus  précieux  y prî- 
rent_  bientôt  la  place  de  l’airain.  Gygès , Roi  de 
Lydie^,  fut  le  premier  oui  fit  au  temple  de  Del- 
phes des  offrandes  d’une  très-grande  quantité  de 
vafes  d’or  & d’argent  ; en  quoi  ce  prince  fut 
imité  par  Crhus  fon  fucceffeur , par  plufieurs 
rois  & princes,  par  plufieur-  villes,  & même 
par  plufieurs  riches  particuliers,  qui  tous  comme 
à l'envi  les  uns  des  autres , y accumulèrent  par 
monceaux  trépmds  , vafes,  boucliers,  couronnes, 
& ftatues  d or  & d'argent  de  route  grandeur. 
Nous  dirons,  pour  les  évaluer  en  bloc,  que  dès 
le  temps  de  Xerxès  on  faifo  t .monter  les  tréfors 
de  Delphes  aiifii  h.^ut  que  ceux  de  ce  fouverain 
des  Ferfes,  qui  couvrit  i’Keiie'pont  de  vaiffeaux, 

. & qui  envahit  la  Grèce  avec  une  armée  de 
600  mille  hommes. 

Ne  foyons  pas  .fisrpris  que  des  t-éfors  fi  con- 
fidérables  ayant  excité  fucceinvement  la  convoitife 
& la  cupidité  des  rois  & des  nations.  Le  premier 
qui  tenta  de  s’en  rendre  maître,  fut  un  fils  de 
Crias  , roi  des  Eubéens  : cet  événement  efi: 
fi  ancien  qu’il  n’eft  pas  pofSb’e  d’en  fixer  l'épo- 
que.-Le  fécond  pillage  fe  fit  par  Danaüs,  roi 
dArgos,  qui  étart  entré  à main  armée  dans  la 
Grèce,  vola  & brûla  le  temple  de  Delphes, 
l an  ipop  avant  J.  C.  Enfuiteies  Dryopes  s’empa- 
rèrent des  richefies  du  temple  d’Apollon  , fous  la 
conduire  de  Phylas,  leur  Rot.  Hercule  défit  ce  Roi, 

8c  k tua  i an  lipy  ayac:  J,  C.  Phlégias,  &èxs  d’Isgca 


33<5  DEL 

roi  des  Phlégiens , fut  ie  quatrième  qui  pilla 
le  temple  de  Delphes , environ  lapy  ans  avant 
J.  C.  Soixante  & dix-htut  ans  après  Pyrrhus , 
fils  d’AchiÜe  , tenta  ia  même  entrepriiè.  Les 
Crifftens  portèrent  leurs  m ins  impi  s fur  les 
richelTes  de  ce  temple , ans  avant  J.  C.  Le 
fameux  .Xerxès,  Pan  480  avant  J.  C.  envoya 
à Delphes  un  détachement  de  fon  armée  tonni- 
dable,  avec  ordre  de  piller  le  temple  dLApriion  , 
& de  le  détruire  ; mais  fon  entreprife  ne  réufat  pas. 

Les  Phocéens  , peuple  voifin  de  Delphes  , 
pillèrent  le  temple  à trois  différentes  leprifeSj 
dont  !a  première  s'exécuta  36^  ans  avant  i’ère 
chrétienne.  Les  Gaulois  qui  n'avoienc  pas  m ,-ins 
d’avidité  que  les  Phocéens,  tenté' eut  deüx  fois 
îe  même  pillage  ; la  première  fois  Tan  279  avant 
J.  C.  fous  Bre;‘;nas  qui  y fut  tué  , êc  la  fécondé 
fois  114  ans  avant  J.  C. , avec  un  fuccès  plus 
lieurcuXj  mais  non  pas  fans  avoir  perdu  beaucoup 
de  monde  à cette  expédition.  Trente  ans  ap'  ès  ^ 
c’eft-a-dire-  84  ans  avant  l'ère  vulgaire,  les  fhra- 
ces  portèrent  leurs  mains  ûcrüéges  fur  le  temple 
de  Delphes , &c  le  brûlèrent  Pan  6~o  de  Rome. 

Enfin  Tan  819  de  h fondation  de  cette  capi- 
tale du  monde,  Néron  voyageant  en  Grèce, 
n’oubüa  pas  de  viiîter  le  temple  dApollo.n  , & 
y ayant  trouvé  à fo:i  gré  joo  belles  ft-itues  de 
bronze , tant  d’npmmes  iiluftres  que  de  Dieux , 
il  les  enleva,  les  chargea  fur  fes  vaiffeaux,  & 
les  emporta  avec  lui  à R.orrie.  Gc  font  là  les 
principaux  pillages  au  effuya  le  fameux  temple 
de  Delphes , avant  & même  depuis  la  celfation 
de  fes  oracles. 

On  conçoit  bien  qu’un  temple  de  cet  ordre 
.demandoiî  un  grand  nombre  de  miniitres  pour 
îe  delïervir  ; &,  jamais. fon  autel  n’en  manqua, 
îl  y avoit  d’abord  plufieurs  collèges  de  devins; 
.cinq  facvificateurs  perpétuels  , ou  chefs  , immo- 
loient  les  viiélimes , faifoient  paffer  la  facrificature 
à leurs  enfans , & avoient  fous  eux  quantité  de 
facrificateurs  fubalternes  ; un  nombreux  cortège 
de  prêtres  étoienr  chargés,  les  uns  du  dehors, 
& les  autres  de  l’intérieur  du  temple  : ceux  qui 
paffoient  pour  être  les  mieux  inffruits  de  fes 
antiquités , les  expliquoient  aux  étrangers,  & 
leur  montroient  foigneufement  toutes  les  offran- 
des que  la  piété  des  peuples  avoit  confacrées; 
iis  leur  apprenoient  par  qui  telle  ftatue , ou  tel 
tableau  avoit  été  envoyé,  quel  en  étoit  ie  fea- 
îuaire  ou  le  peintre  , .dans  quel  temps  & à quelle 
occafiors  on  l’avois  envové. 

A l’entrée  du  fancsiuaire  habitoit  le  gardien 
de  l’or  d’Apoilon  ; emploi  de  confiance , mais 
des  plus  étendus  & des  plus  pénibles.  Les  pro- 
phètes déjîgnés  pour  accompagner  la  Pythie  dans 
le  fanéluaire , <&'  pour  être  aflis  autour  du  trépied 
fâcre  , tenoîcnt  un  des  premiers  rangs  entre  les 
|niniftres  d Apollon,  parce'  que  c’étoit  à eux  que 
I on  adrefîoit  les  demandes , 8e  qug  l’on  recevoit 
à'm%  les  répoîifçs  de  l’oracle. 


DEL 

En  fortant  du  fanclu.ûre  on  trouvoit  les  fem- 
mes confacrees  au  lérvice  du  Dieu  , qui  lé  rati- 
geoieut  e.n  haie  fur  le  perron  , pour  empêcher 
que  les  profanes  n’approch.:ffent  du  trépied.  D’au- 
tres prêcrelfes  étoient  occjpées  a la  garde  & à 
l’entretien  du  feu  facré  qui  brûloic  jour  8e  nuit, 
ii  y avoit  encore  des  hommes  & des  femmes 
prépofés  uniquement  pour  les  bruns  & les  puri- 
fica  ions  du  temple. 

Si  nous  ajoutons  à toutes  ces  perfonnes  confa- 
crées , les  joiieurs  d’inilrurcens  , les  hérauts  qui 
annonçaient  les  feiHns  publics  les  chœurs  de 
jeunes  garçons  & de  jeunes  filles , choifis  pour 
c.hanter  les  louanges  & pour  danfer  les  danfes 
en  ufage  dans  le  temple  d'Apollon;  nous  conclu- 
rons fans  peine , que  la  plus  grande  partie  des 
habîtans  de  Delphes  croit  employée  a le  fervic 
( Anicie  du.  Chevalier  du  Jaucouît  ). 

Delphes  ( de').  C’étoit  le  plus  fameux 

oracle  du  paganifme,  qui  devint,  pour  aiufi  dire, 
1 oracle  de  toute  la  terre;  il  précéda  le  règne  de 
Cadmus , Sc  fiibfiftoit  même  avant  le  déluge  de 
Deuralion. 

Diodore  de  Sicile  , Strabon , Paufanias , Plu- 
tarque , racontent  que  des  chèvres  qui  paiffoient 
dans  le-c  vallées  du  mont  Parnaffe , s’étant  avan- 
cées vers  une  efpèce  d’antre  peu  connu-,  firent 
des  bonds  étonnans  , & pouffèrent  des  cris  ex- 
traordinaires. Bientôt  les  pâtres,  les  villageois, 
& tous  les  habitans  du  lieu  , éprouvèrent  à leur 
tour  les  mêmes  affeélions  , 8c  fe  perfuadèrent  que 
quelque  dieu  étoit  venu  fe  cacher  dans  le  fond 
de  l’abîme  , afin  d’y  rendre  fes  crtcles.  On  attri- 
bua d’abord  l’oracle  à Neptune  8c  à la  Terre  ; de 
la  Terre , l’oracle  paffa  à Thémis  fa  fille  ; enfuite 
elle  .s’ea  démit  en  faveur  d’Apollon  , qu’elle  ché- 
riiToit  paniculièrement.  Enfin  celui-ci  demeura 
par  fon  habileté  dans  la  fcience  de  deviner,  à la- 
quelle il  s’étoit  appliqué  dès  fa  plus  tendre  jeu- 
ne ffe , demeura,  dis-je,  maître  de  l'oracle,  & 
l’éleva  au  plus  haut  point  de  célébrité.  Ce  détail 
fabuleux  fe  trouve  chez  les  hiftoriens  comme 
chez  les  poètes. 

Apollon  fut  donc  le  dernier  poffeffeur  de  l' Ora- 
cle de  Delphes , & s’y  maintint  avec  plus  ou  monis 
de  gloire,  fuivant  les  conjon&ires , ie  degre  do 
fuperfiition  des  peuples , ou  i’induftrie  des  ^prê- 
tres , jufqu’au  temps  que  les  Thraces  pillèrent 
fon  dernier  temple , Sc  le  brûlèrent  vers  1 an  éyo 
de  la  fondation  de  Rome.  Pendant  ce  long  sfp.ujS 
de  fiècles  , le  temple  d’ApoÜon  regorgea  de  pre- 
fens  qu’on  y envoyoit  de  toutes  les  parties  du 
monde.  Les  Rois , les  Potentats,  les  Républiques, 
& les  particuliers  n’encreprenoient  rien  fans  ! a- 
voir  confulté.  Tout  ce  qu’il  y avoit  d’habitans  a 
Delphes  travailloit  à l’envi  à lui  procurer  des^con- 
fultations  , & à lui  attirer  les  étrangers  , ann  ce 
leur  vendre  les  oracles  au  prix  des  plus  fomptueus 
façrifiçes  & des  plus  magnifiques  offrandes.  Tous 


DEL 

CCS  habitafss  étor’ent  occupés  à l'entretîgn  du  tem- 
ple, aux  facrifices,  ou  aux  cérémonies  qui  concer- 
noient  les  oracles  j tous  briguoient  avec  zèle 
l'honneur  d'crre  les  minillres  d'un  Dieu  qui  les 
comfaloit  chaque  jour  de  nouveaux  bienfaits 
( Voyei  t article  précédent.  ). 

Parmi  ces  minillres  fe  dillinguoienî  ceux  qu'on 
nommoit  les  Prophètes rat.  Ils  avoient  fous 
eux  des  poètes  qui  mettoient  les  oracles  en  vers  j 
car  il  n'y  a eu  que  de  courts  intervalles  de  temps 
pendant  lefqnels  on  les  rendit  en  profe.  L'antre 
d ou  fortoient  les  oracles,  étoit  lîtué  vers  le  mi- 
mont  ParnalTe,  du  côté  qui  regardoit  le 
imài.  C’étoient  les  prophètes  qui  recevoient  les 
paroles  de  la  Pythie  : elle  montoit  fur  le  trépied 
facré  pour  rendre  les  oracles  du  Dieu  , quand  il 
vouloir  bien  fe  communiquer  aux  hommes  5 mais 
les  oracles  qu’elle  prononçoit  n'étoient  point  faits 
pour  le  plailîr  des  oreilles,  ni  pour  porter  dans 
I ame  ce  tendre  intérêt  qu'excitoient  les  poëlîes 
de  Sapho.  La  voix  de  la  Pjahie , dit  Plutarque, 
atteignoit  jufqu’au  de-Ià  de  dix  liècles  , à caufe 
du  Dieu  qui  la  faifoit  parler. 

C eft  à l'oracle  d'Apollon  que  la  ville  de  Delphes 
dut  fa  naifiance  & fon  agrandiffementj  elle  lui 
dut  ^fa  réputation  , & ce  grand  éclat  qui  la  fit  re- 
garder comme  le  centre  de  la  religion,  comme  le 
fejour  favon  des  Dieux.  Quoique  cette  ville  n'eût 
autour  d'elle  que  des  précipices  & des  rochers 
pour  psurvoir  à fes  befoins , l'oracle  d'Apollon 
lui  tenoît  lieu  des  plus  riches  coteaux  & des 
plaines  les  plus  fertiles  5 mais  ce  Dieu  ne  fe  prê- 
toit  pas  toujours  à la  eurioiué  dts  confultans  5 
d'ailleurs  il  étoit  très  avide  de  facrifices,  & très- 
d'fficîle^  à leur  égard.  Si  on  entroit  dans  le 
fandtuaire  dû  temple  fans  avoir  facrifié  , le  Dieu 
étoit  fourd  , la  Pythie  étoit  muette  ( Voye^  fur 
cette  matière  Platarqne  ; les  mém.  de  1‘ Acad,  des 
Infcript.  Van  Dale  , de  oraculis  Etknicorum , & 
i hiftoire  des  oracles  de  Fontenelle),  J'ai  parcouru 
tous  ces  ouvrages  la  plume  à la  main  ; & le  faifant 
dans  les  mêmes  vues  que  Montagne  , je  pratique 
fa  méthode  : ec  Ce  que  je  iis , je  m’en  dégorge , 

M Eon  fans  defiêin  de  publique  inltrudion  ; je 
« prête  attentivement  l'oreille  aux  livres  de  ce 
« genre , en  guettant  fi  j'en  puis  fripoonner  beau- 
" coup  de  chofes  pour  émailîer  ou  étayer  celui-ci 
{ uârticle  du  Ckev.  de  Jaucourt.').  ,, 

Delphes.  Fbyej  Pythie,  Tb.épied. 

Delphes  , dans  la  Phocîde.  AeA^’îîn. 

_ M.  Pellerin  doute  fi  l’on  doit  attribuer  à cette 
ville  une  médaille  d'argent  autonom.e,  fur  laquelle 
oji  ne  lit  que  le  mot  aaî4TKTio  ; & il  croit  que 
c eit  vraifemblablement  le  nom  d'un  Magiftrat. 

^ Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  d'Hadrien,  d'Anti- 
noiis,  de  Facftine-mère , de  Caracalla. 

BELPHINIES , fêtes  que  les  ^jbitîîLS  4'É2i3,s 

A-ntiquités  .Tome  il,  ' '* 


cclébroient  en  l’honneur  d'ApoüoR  Delpkius.  Ce 
Dieu  avoir  été  ainfi  appelé  depuis  qu'il  avoit  pris 
la  forme  d't:n  dauphin  pour  conduire  Caftalius  &: 
fa  colonie  de  l'ifle  de  Crète,  au  Sinus  C ri  (feus , 
aux  environs  duquel  os  bâtit  dans  la  fuite  la  ville 
de  Delphes  , fi  fameufe  par  l’Oracle  d'Apollon. 

delphinium,  une  des  Cours  de  Ju  Jicature 
des  Athéniens  5 on  y éco.utoit  ceux  qui  ne  défa- 
vo’JOjent  point  un  meurtre,  mais  qui  pre'tcndoient 
1 avoir  commis  innocemment.  On  en  attribue  l'ini- 
titiition  à Égée  ; & fon  fils , aceufé  de  la  mort  de 
Pallante,  fut,  à ce  qu'on  dit,  le  premier  coupable 
qu  on  y jugea.  On  1 appela  Delphinium  , à caufe 
de  la  proximité  du  lieu  où  elle  tenoît  fes  iéaa- 
ces  , & du  temple  d'Apollon  Delpkinius. 

DELPHINIUS , nom  d’un  des  mois  de  l'année 
chez  les  Éginètes.  Il  étoit  ainfi  nommé,  d’Apolloa 
de  Delphes  , parce  qu'en  ce  mois-là  , Égine  célé- 
broit  les  Flydrophories  en  l’honneur  de  cet  Apol- 
lon ( Scholiafle  de  Pindare  fur  le  Szs  vers  de  la  F* 
Ode  des  Neméennes , & M.  Ménage , notes  fur 
La'érce  , p.  18.  ).  Dodwel  ( de  Cyclis  , p.  114.  ) 
dit  que  le  mois  Ddphinius  répondoit  au  Panemus 
des  Macédoniens , c’eft-à-dire , à notre  mois  de 
Juin. 

DELPHUS , fils  d'Apollon  8c  de  Thyias , Pre- 
trelTe  de  Bacchus , donna  fon  nom  à la  ville  de 
Delphes.  Poyei  Thyias. 

DELUBRUM.  Quoique  ce  mot  foit  fouvenc 
fynonyme  de  templum  , il  en  différoit  cependant 
dans  la  langue  des  Augures  & des  Pontifes.  Afeo^ 
nius,  commentateur  de  Cicéron  Ip.  17.)  rapporte 
à ce  fujet  deux  opinions  anciennes  : la  première 
donnoit  exclufivement  le  nom  deluhrum  à plufieurs 
petites  sdes  réunies  fous  un  même  toit  5 la  féconds 
réfervoitee  nom  pour  les  temples  dans  lefqueis  o* 
confervoit  de  grands  vafes  d'airain  {labrd) employés- 
pour  laver  les  corps  des'  morts  : tels  éroient  "les 
temples  de  Jupiter  à Dodone , ou  d'Apollon  à 
Delphes,  tous  deux  célèbres  par  le  granil  nombre 
de  bafiîns  & de  trépieds  qui  y étoient  dépofés, 
in  quorum  deluhris  lebetes  , tripodefque  vifuntur. 

Servius  rapporte  ces  deux  opinions , & en  ajoute 
une  troifième  : celle-ci  dérive  le  mot  delubrut» 
d’une  ftatiie  de  Divinité  confacrée  fur  le  lieu 
même,  parce  que  les  premiers  Romains  appelèrent 
liber  une ftatue  groflîèrement  ébauchée,  un  trono 
à peine  écorce  & dégroflî,  a.  lihro  , hoc  eft , k 
rafo  ligna  facîum , quod  grece  s-lani  dicitur.  Ma- 
crobe  a cité  Varron  (Sat.irl.  <1.4.)^  qm’  appelle 
deluhrum  un  temple  fimplement  confacré  ( edes  ) 
auquel  étoit  joint  un  efpace  de  terrein  vuide  de, 
bâtimens,  une  place.  Mais  à cette  première  étymo- 
logie, Varron  en  ajoute  une  fécondé  qui  paroît  iuî 
plaire  davautage  , & qui  nous  paroit  auffi  la  plus 
naturelle:  deluhrum  défigne  alors  i'endroic  le  plus 
retiré,  le  plus  faint,  des  temples,  celui  où  étoit 
piacéa  h itatus  dq  la  Divinité  ; deluhrum . in  qug 

¥ y ' ' 


33?  DEL 

loco  Jimulacrum  deî  dedicatum  efi.  Sicut  ïo^m  în 
eao  figèrent  candelam  , candslabram  avpellatur  , 
itu  in  quo  ponerent  iDeum  , noTniïiütiLm  deluorwTt, 

Les  anciens  étoient  dans  Tufage  de  confacrer 
aux  Dieux  leurs  vieiiles  armes  ou  celles  qu^’ils 
avoient  enlevées  aux  ennemis , & de  les  fufpen- 
dre  aux  piédeftaux  des  ftatues  ou  aux  murs  qui  en- 
touroient  ces  ftatues,  c’eft-à-dire  , aux  murs  de 
îintérieur  des  temples., Or,  nous  voyons  Horace , 
Suétone  & d’autres  Écrivains  Romains  appeler 
délabra  les  murs  auxquels  on  avoit  fiirpendu  des 
armes  & des  dépouil'es.  II  eft  donc  évident  que  le 
mot  delubrum  défignoit  Tendroit  le  plus  fecret , 
îe  plus  myftrérieux  des  temples  anciens.  Horace 
dit  des  temples  de  Carthage  ( $•  i8.  ) : 

......  Signa  ego  Punicis 

oéjfxa  delubris  , é”  arma 
Militibus  fine  cs.de  j dixit , 

Direpta  viài. 

Et  Suétone  dit  aufll  du  temple  de  Mars  ( Vhel.  c. 
S.  n.  Z ) : Stricium  divi  Juiii  gladium  tenens , de- 
traBum  delubro  Mianis. 

Ces  diftindiions  le  perdirent  dans  la  fuite  , & 
l’on  employa  indifféremment  les  mots  templam, 
delubrum  , l’un  pour  l’autre. 

Le  delubrum  d’Apollon  étoit  vers  ⣠ portic^uc 
d’Odlavie  , près  du  cirque  Fiaminius  ( PHn- 
XXXVI.  J.}:  Ad  Octavia  porticum  Apollo  Phi- 
Ufci  Rhodii  in  delubro  fiuo.  La  ftatue  étoit  l’ou- 
vrage  de  Philifcus  de  Rhodes. 

Ce  delubrum  de  Cn.  Dotnidüs,  placé  dans  la 
neuvième  région,  renfermc^it  plufieurs  ouvrages 
du  célèbre  Sccpas  , tels  que  les  ftatues  de  Neptune, 
de  Thétis,  d’Achille,  des  Néréides  , des  Tritons 
( P lin.  XXXVI.  50  • maxima  dignatione  Cn. 
JDomitii  atluhro  in  circo  Flatninio  Nepmnus  ipfe  y 
Ù Thetis  & Achilles. ...... 

Le  deliihrum  de  Jupiter  Stator , placé  dans  la 
région  du  cirque  de  Fiaminius  , nar  Macrobe 
( Sat.  ijI.  4.  ) , étoit  peut-être  le  meme  que  celui 
de  l’article  précédent. 

Le  delubrum  de  Junon-Sofpita , placé  dans  la 
dixième  région  , près  du  temple  de  la  mère  des 
Dieux  , avoit  été  dédié  aux  Calendes  de  Février. 
Il  n’exiftoit  plus  à l'époque  où  Ovide  écrivek  fes 
Faftes  ( il.  55.)  ; 

Principio  menfis  Phrygîa  contermina  ntatri 
Sofpita  delubris  dicitur  auBa  novis. 

Niinc  ubi  funty  illis  , qusris , facrata  Ralendis  , 
Templa  Des.  ï Longo  procubuere  die. 

Rufits  place  le  delubrum  des  Lares  dans  la  hui- 
tième région. 

Le  delubrum  de  Mars  Qradivus.  Temple. 

Le  delubrum  de  Miner ve- Capzra  étoit  au  bas  du 
Jliont-Ccelius , non  loin  de  l’emplacement  qu’©c- 


D E 11 

eupe  aujourd’hui  i’églife  de  S.  Grégoire.  Payer 
Minerve.  t 

Il  y avoit  un  delubrum  dans  le  palais  des  Céfars 
(Plin.  xxxYi.  5.). 

Le  delubrum  de  Y énus  , placé  dans  la  voie  fa- 
crée,  eft  compté  par  Marcellin  entre  les  endroits 
de  Rome  k s plus  dignes  d’admiration. 

Le  delubrum  de  Vefta  étoit  dans' le  Capitole. 
Tacit-e  parle  de  fon  incendie  C Annal,  xr.  41.  i. 

DÉLUGES  de  Deucalion  & d’Ogygès.  Poye:^ 
leurs  articles,  & de  plus  celui  de  Xixutrus.. 

DÊMARCHEXASIUS , c’eft-à-dire  , Tribu, 
nitien,  nom  du  cinquième  mois  des  Cypriots  & 
des  Paphieas  ( Junius  L.  de  anno  & Merifibus.  ). 

Dans  les  notes  fur  Bède , ü eft  pris  pour  le 
fixième  mois,  & onVzp^eWe  Diamarplexios  C’eft 
une  erreur , de  même  que  le  Diamarchefagius  du 
Darium  hifitoricum  Henrici  PantaUonis.  Le  Père 
Hardouin  prétend  qu’il  faut  dire  Aiipiap-'ilttivus. 
( Faér.  Irlenol.  p.  63»  ). 

DEMARCHIE.  On  appeloit  aiiifi  différentes 
intenduices  partagées  feion  les  quartiers  de  la 
ville  d’Athènes  & des  bourgs  de  i’Actique,  à la 
tête  defqueis  étorent  des  Magiftrats  appelés  Dé- 
marques , de  , peuples , & ,,  Princi- 

pauté. 

DÉMARQUE  , Magiftrat,  chef  d’un  peuple, 
c’eft-à-dirc  , d’une  contrée  de  la  campagne.  Les 
Athéniens  divifoient  la  campagne  en  certaines  con- 
trées, qu’ils  appeioient  Aïfsoj  , demi , c’eft-à-dire, 
peuples.  Ils  ëtabuftoienr  dans  chacune  de  ces  co.u- 
trées  un  Magiftrat  appelé  , démarque,  de 

è'rpips,  peuple,  & de  «a;;;!),  gouvernement.  Le  nom, 
du  Magiitrat  eft  formé  de  ces  deux  mots. 

DÉMÉNAGER.  Voyei  Changer  de  maifon. 

DEMENSUM.  Poyei  Nourriture  & RA'. 
TION. 

DEMETER  , > jfonnoient 

AHMHTHE ,5 

à Cérès,  & que  l’on  croit  avoir  été  mis  pour 
Géméter , mère  de  la  Terre.  C’eft  aufli  le  meme  que 
Damater.. 

DEMETRIAS,  en  Theffalie.  AHMHTEIeHK, 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  1 

RR'R.  en  argent. 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or.  ^ 

Leur  type  ordinaire  eft:  une  proue  de  vanneau* 

Demxtri^s  , en-Affyrie.  ahmhtpieûN. 

M.  Combe  attribue  à cette  ville  deux  méaTn.eS 
autonomes  de  bronze  , avec  la  légende  ci-defius. 

DÉMÉTRIES , fêtes  de  _ Cerès , ^ nommées  en 
grec  Aii.Kirfoî,  félon  le  témoignage  d’Héfychius  - 
de  Pâliux  ^Onomafi.  1. 1.  c.  S.).  Ceux  qui  les 


D E M 

brodent  fe  frappoient  avec  des  foaats  compofés 
d'écorces  d'arbres , & qu'on  appeloit .««'faÆ?.  Fa- 
foldus  { Decad.  iz.  feft.  2.  ) ^ citant  ie  20e  livre 
de  Dîodore  de  Sicile  , dit  que  les  démétries  fe  cé- 
lé'broient  le  30  du  mois  Muni-chion.  II  y avoir  à 
Athènes  des  fêtes  de  même  nom  , iniiituées  en 
l'honneur  de  Demétrius  Poliorcètes  ( Atkénée.^ 
l.  12.).  C'étoient  les  mêmes  que  celles  qu'on  nom- 
rooit  auparavant  Dionylîennes  , auxquelles  elles 
avoîent  fuccédé.  Cette  folemnité  arrivoit  ie  trei- 
zième jour  du  mois  Munychion  , qui  fut  dans  la 
fuite  appelé  Démétnon  ( 'Plut,  in  Demetrio.  Diod.  f 
Sicul.  l.  i§.  Eufiath,  Iliad.  ). 

^ pÉMÉTRIüS  I J Poliorcètes  , Roi  de  Macé- 

Qoine.  4HMHTP10Y. 

Ses  médaiMes  font  : 

R.  en  argent. 

O.  en  bronze.  j 

Unique  en  or EckJul. 

Demétrius  II  J Gonatas  j,  fils  d'Antigone, 
Roi  de  Macédoine. 

Ses  médailles  font  : 

C.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Demétrius  I,  Dieu,  Philopator,  Soi^r  : Roi 
de  Syrie,  basiaehs  ah.mhtpiot. 

Ses  médai  lies  font  : 

C.  en  argent. 

C.  en  Bronze. 

O.  en  or. 

Demétrius  II , Dieu , Fhiùdelphe  , Nicacar  : 
Ro!  de  Syrie. 

Ses  médailles  font: 

C.  en  argent. 

C.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Démetriüs  ÎII  , Philopator,  Evergetes,  Cal- 
îinicus  J Dieu  , Philometor,  Soter  : Roi  de  Syrie. 

Ses  médailles  avec  les  titres  de  Philopator , 
Evergeus , Lallinicus  , font; 

RRR.  en  bronze. 

Ses  médailles  avec  les  titres  de  Diru , Philo-  , 
metor  , Soter  , font  : 

RRRR.  en  argent.  * 

RRR.  en  bronze.  1 

O.  en  or.  | 

DEMI-DENIER,  monnoie  ancienne  de  l’Égypte  < 

& de  l'Afîe.  Foyep  Rebute.  ( 

^ DEMÎ-DÉEoSES.  Toute  la  Grèce  étoit  rera- 
pue  de  demi- Dieux  & de  temples  érigés  en  leur  ! 
honneur  5 niaîs  dans  toute  Thiftoire  GrecQue  il  » 
fait  mention  que  dune  feule  demi-Dhfe.  . 

P oye-2^  Emithée. 

D1..MI-DIEÜX.  On  appeloir  ainfï  les  Dieux  du  < 
econd  ordre,  qui  tiroient  leur  origine  des  Dieux;  , 


3 5 9 

tels  éroieat  les  hommes  illuffres  de  la  Grèce  Her- 
cule, Caftor  & PoliuXj  Efculape,  Énée,  &c.  ' 

DEaîI-MÉDIMNE,  Trimodios , mefure  Pvthi- 
q^ue  pour  l'arpentage.  Elle  valoir  , en  mefure  de 
France  , d'aipens,  félon  M.  Pauâon  ( Mé- 
trolcgze).  Elle  valoir,  en  siefures  anciennes- 
3 heéies,  ' 

Ou  6 hémiheéles  . 

Ou  ic-ooo  coudées  médiocres  quarrées. 

1 DEMODOCüS.  C'eft  le  nom  de  ce  Chantre 
qui,  dans  Homère  , chante  en  préfence  d’UlylTc 
& d'Aicinoüs  les  amours  de  Mars  & de  Vénus. 
Les  Mufes,  dit  Homère,  i'avoient  privé  de  fa 
vue , en  lui  donnant  l'art  de  chanter. 

On  voit  fur  une  pâte  antique  du  cabinet  de 
Stofch  un  vieillard  courbé  fous  le  poids  des  an- 
nées, avec  une  longue  barbe  _,  jouant  de  la  lyre. 
Winckelmann  croit , avec  raifon , y reconnoitrè 
Démodoque , le  chantre  du  Roi  Alcinoiis  , dans 
’ÇOdyJf.  ©.  y.  63.  64.)  le  ponrait  de  qui  Homère 
s ell  peint  lui-même.  Démodoque  étant  devenu  par- 
la fl  célébré  , il  aura  été  fans  doute  un  des  fujets 
favoris  des  anciens  ArtiRes.  La  même  coileélion 
renferme  une  cornaline  fur  laquelle  un  vieillard 
eft  affis,  jouant  de  la  lyre  j derrière  lui  une  femme 
eft  appuyée  fur  le  dos  de  fon  fîége  pour  i'entcn- 
dre.  D’après  la  conjedure,  expofée  tout-à-l'heure, 
on  ne  peut  trouver  de  difficultéià  reconnoître  fur 
cette  pierre  le  même  fujet  ; car  tout  s'accorde 
avec  Homère.  La  Mufe , dit-il , aimoit  Démodoque 

\’S  XâîXîy  r£- 

Oium  fupra  moiam  Mufa  dzlexlt  ^ dédit  ver$ 
bonam  maluntque. 

pÉMQE.NÉTE , étoit  un  habitant  de  l’Arcadie, 
qui,  ayant  eu  un  jour  la  témérité  de  goûter  de 
la  chair  d’un  enfant  qu’on  venoit  d’immo'er  s 
Jupiter,  dans  le  temple  de  ce  Dieu,  bâti  fur  le 
Mont-Lycée  , fut  changé  en  loup.  II  reprit  fs 
figure  au  bout  de  dix-ans,  & remporta  un  prix  aux 
jeux  Olympiques. 

DÉMOGORGON  , Divinité  ou  Génie  de  Is, 
Terre,  comme  fan  nom  grec  le  fignine.^C'étoita 
difoit-on,  un  vieillard  craflèux , coiiv  eîc  de  moufie, 
pâle  & défiguré , qui  habitoit  dans  les  entrailles 
de  la  terre.  Il  avoir  pour  compagnon  l’Éteraité  & 
le  Chaos.  S’ennuyant  dans  cette  foütuèe  , il  fabii- 
qua  une  petite  boule  fur  laquelle  il  s’affit  j & s’étant 
élevé  en  l’air  , il  environna  toute  la  ferre  , & forma 
auflâ  le  ciel.  Il  tira  enfuire  de  la  terre  de  la  boue 
enâammée  , qu'il  envoya  dans  le  ciel  pour  éclairer 
le  monde  ; ce  oui  forma  le  Soleil  qu'il  donna  à la 
Terre  en  mariage  : de  cette  union  fortirent  là 
Tartare,  la  Nuit , &c.  On  donnoit  encore  plu- 
fieurs  autres  enfans  a Démogorgon  ; favoir,  la  Dif- 
corde  , Pan , les  trois  Parques,  l’Èrèbe.  C’eft  Bo- 
cace  qui  rapports  ceçts  Théogonie,  comme  l’ayani 


34®  DE  M 

tirée  de  Théodontius , ancien  Auteur  Grès.  J5é- 
tnogorgon  vient  de  AiSi’jM»?  J GeniCj  & de  Viee^ysev  J 
cui  prélide  la  Terre. 

DEMOISELLE  de  Numidie.  Voyei  Pintade, 

DÉMON , ce  mot  chez  les  anciens  phüofophes 
Êgnifioit  quelque  chofe  qui  tient  du  divin  ^ un 
Génie,  Aaïusyicy.  Lcs  Platoniciens  donnoient  Ce 
nom  à certains  êtres  moyens,  rempliflant  le  vuide 
immenie  qui  fe  trouve  entre  Dieu  & les  hommes, 
difpofés  par  étage,  plus  puiffans , plus  éclairés 
les  uns  que  les  autres.  Ils  font,  difoit-on  dans  ce 
fyfîême , pour  ainfi  dire , paffer  de  main  en  main 
ks  vœux  & les  prières  que  les  hommes  adrelfent 
à Dieu , & rapportent  aux  hommes  les  grâces 
dont  Dieu  les  comble  en  échange.  Ce  font  donc 
eux  qui  reçoivent  les  prières  & les  facrifices  j ce 
font  eux  qui  rendent  les  oracles.  A chaque  hom- 
me 3 dit  Ménandre , efl;  donné  en  nailTant  un  Dé- 
mon eu  bon  génie , qui  lui  fert  pendant  toute  la 
vie  de  maître  & de  guide.  Plutarque  dit  de  même 
que  ces  Démons  prennent  quelquefois  des  hommes 
en  amitié  , qu  ils  les  avertifTent  de  leurs  devoirs  , 
les  guidciut  dans  le  chemin  de  la  vertu , veillent  à 
leur  sûreté , & les  tiren-t  des  périls  redoublés  ou 
ces  hommes  fe  livrent  par  précipitation  ou  par 
ignorance.  Ces  êtres  intermédiaires , félonies  an- 
ciens phifofophes  , ne  font  pas  de  limpîes  intelli- 
gences j ils  font  revêtus  d’un  corps  fubtil  & im- 
perceptible à nos  fens.  L’Univers  en  eft  rempli  -,  il 
y en  a dans  l’air  , dans  la  mer,  fur  les  montagnes, 
dans  les  forêts.  Les  Poètes  donnent  aufli  le  nom 
de  Démens  aux  mânes , aux  ombres  des  morts. 
V^oye:^  GÉNIE. 

Démon  ( Ion  ).  Pie  IV  ayant  fait  recommencer 
des  fouilles  à Tivoli , a vu  fon  zèle  récompenfé 
par  de  belles  découvertes  ; mais  entre-autres  par 
celle  d’  un  autel  dédié  au  bon  - génie  , fur  lequel 
®n  lit  r 

ATAea,  AAmom 
AGATHO.  DAEMONÎ 
SACRUM 
. E,  V-  S. 

L’Editeut  du  Muféum  Pio  - Clémentin  , dit 
agréablement  que  cette  découverte  femble  être 
un  remerciement  fait  au  Pape  au  nom  de  l’anti- 
quité, qu’il  prend  tant  de  foin  d’iiluftrer. 

Démon  de  Socrate.  Ce  philofophe  avoir  , 
difoit-on  , un  Démon  ou  efprir  familier  , dont  les 
avertiiTemens  ne  le  portoient  jamais  à aucune  en- 
treprife  , mais  le  détoarnoient  feulement  d’agir 
lorf^u’il  lui  auroit  été  préjudiciable  de  le  faire. 
Après  la  défaite  de  larmee  commandée  par  Lâ- 
ches, dit  Cicéron  {llv.  i.  de  Divinat.  ),  Socrate 
iuyoït  avec  ce  Général  Athénien  ; Se  étant  arrivé 
dans  un  heu  où  aboutifToient  pîufîeurs  chemins 
ihiiéxeiïs,  li  iis  voulut  pas  fuivre  la  même  rouse 


D E M 

qïie  les  autres.  Lorfqu’bn  lui  en  demanda  la  rai-' 
fon , il  répondit  que  fon  Démon  l’en  détoumoit. 
L’événement  jjftiSa  bientôt  l’avis  du  prétendu 
génie.  Tous  ceux  qui  prirent  un  autre  chemin  oue 
Socrate  , furent  tués  ou  faits  prifonniers  par  la  ca- 
valerie des  ennemis.  A la  vérité  , lorfqu  il  alla  |fe 
préfenter  aux  juges  qui  dévoient  le  condamner, 
fon  Démon  ne  l’arrêta  point,  comme  il  faifoît 
dans  les  occaf  ons  dangereufes  : c’eft , dit  Platon, 
parce  qu’il  n’efiima  pas  que  ce  fût  pour  lui  ufj 
mal  de  monrir , fur- tout  à l’âge  & dans  les  cir- 
conllances  où  il  étoit.  Ce  n’éton  pas  feulement 
pour  lui  qu’il  recevoir  ces  avertiffemens  intérieurs  j 
fes  amis  y avoient  aufli  part,  lotiqu’ils  alioiciit 
s’engager  dans  quelque  mauvaife  affaire  qu’ils  lui 
commimiquoient  ; Sé  on  citoit  plufieurs  occafions 
où  iis  fe  trouvèrent  fort  mal  de  ne  l’avoir 
pas  cru.  Il  ell  vraifemblable  que  ce  Démon,  de 
Socrate  J dont  on  a parlé  fi  diverfement,  jufqua 
mettre  en  queilion  fi  c’étoit  un  bon  ou  un  mau- 
vais ange  , n’ étoit  autre  chofe  que  la  julleffe  & 
la  force  de  fon  jugement , qui,  par  les  règles  de 
la  prudence,  & par  le  lecaiirs  d’une  longue  tx- 
périenca  , foutenue  de  férieufes  réflexions  fur  le 
paffé  & fur  le  préfent  , lui  fiifoient  prévoir  1 ave- 
nir , le  fuccès  des  affaires  fur  lefqueUes  il  déhbé- 
roic  pour  lui-même  , ou  fur  lefquelles  d étoit  con- 
fulré.  En  effet,  que  rifquoir-il  d’infiniier  au  jeune 
Charmide  , fils  de  Gîaucus , de  ne  point  aller  com- 
battre aux  jeux  Néméens  ? Sans  infpiration  divine 
il  voyoit,  & fon  incapacité  , & un  certain  asr  de 
ne  point  réuflîr  qui  trompe  très-rarement.  Que 
rifquoit-il  erxore  de  dire  su  généreux  Timarque, 
qu’il  périroit  dans  la  confpiratian  cù  il  s’étoit  en- 
gagé ? A combien  peu  de  confpirateurs  la  fortune' 
eft-elle  propice  ! Quant  au  fond  , Socrate  n’étoit 
peut-être  pas  fâché  de  laiffer  croire  au  peuple  que 
c’étoit  une  Divinité  qui  rinfpiroit  : cette  flatteufe 
opinion  l’accréditoit  infiniment  dans  i’efprit  de 
fes  concitoyens , & le  tiroir  du  niveau  des  autres 
hommes  t avantage  dont  les  plus  grands  politiques 
du  paganifme  ont  toujours  été  fort  jaloux. 

DÉMOPHILE,  c ’efi  le  nom  delà  feptième  des 
dix  Sibylles  que  compte  Varron  ; elle  étoit  ne 
Cumes , comme  la  Sibylle  Déiphobe  ; c’eft  d’elle 
qu’on  a fait  le  conte  des  livres  Sibyllins.  Demo- 
apporta  à Tarquin  l’ancien  neuf  volumes,, 
pour  lefquels  elle  demanda  trois  cens  pièces  d or. 
Le  Roi  la  rejeta  avec  mépris , & la  regarda  comme 
une  folia.  Voyant  cela',  elle  en  jeta  trois  dans  le 
feu  en  préfence  du  Roi  , & lui  demanda- le  meme 
prix  pour  ceux  qui  reftoient:  ce  qui  confirma  lar- 
quin  d-ans  la  penfée  quelle  étoit  folle  ; mais  elle 
en  brûla  e.ncore  trois  autres  , & perfévéra  a de- 
mander le  même  prix  pour  ceux  qui  reftoient,  avec 
menace  de  les  brûler.  Le  Roi  , frappé  de  cette 
perfévérance  , enveva  chercher  les  Augures . 
l’avis  fut  qu’il  devoit  donner  pour  les  trois  hvreî 
qui  reftoient,  tout  k prix  que  la  Sibylle  en  denaart- 


^!t.  Ces  livres  furent  commis  à la  garde  des  Pa- 
triciens , & réputés  facrés  ^ comme  renfermant 
les  deftinées  de  Rome.  Voyer  Sibylles  , Sibyl- 
lins. 

DÉMOPHON  , ou  DÉMOPHOON  ^ fils  de 
Théfée  & de  Phèdre  , accompagna  , comme  un 
lïmple  particulier  J Elphénor  à ia  guerre  de  Troye. 
Après  la  prife  de  cette  ville  j il  retrouva  auprès 
d’Hélène  fa  grand-mère,  Ethra,  mère  de  Théfée , 
& la  ramena  avec  lui.  A fon  retour , il  pafla  à 
Dauhs , chez  Lycurgue  , qui  en  étoit  Roi , & fe 
fit  aimer  de  fa  fille  Phvllis.  (On  peut  voir  les  fmtes 
de  cet  amour  à l’articie  Phillis.  ) En  arrivant  à 
Athènes,  il  trouva  le  trône  vacant  par  la  mort  de 
Alnellhée,  qui  l’avoit  ufurpé  à fon  préjudice,  & 
s’en  mit  en  poffeffion  fans  aucune  difficulté  , comme 
étaat  le  légitime  héritier.  Il  accorda  généreufe- 
ment  fa  proteéiion  aux  Héraclides  qu’Eurifthée 
perfécutoit,  & fit  même  périr  leur  ennemi.  Lorf- 
qu’Orefte,  coupable  de  parricide,  vint  à Athènes, 
Démopkon  ne  voulut , ni  le  renvoyer , ni  l’admet- 
tre à fa  table  : il  s’avifa  de  le  faire  fervir  féparé- 
tnent  ; & pour  juftifier  cette  efpèce  d’alFront , il 
Voulut  qu’on  fervît  à chaque  convive  une  coupe 
particulière  , contre  l’ufage.  Voye^  Coupe  , 
Ethra  j Héraclides  , Macarie. 

DÉMOS,  nom  d’un  des  chevaux  ou  des  cochers 
de  Mars. 

DÉMOSTHÈNE.  Quoique  Démofikene  ait  été 
le  plus  grand  Orateur  de  fon  fiècle  & de  tous  les 
âges,  quoiqu’il  edt  une  ftatue  élevée  dans  Athè- 
nes ( Paufanias , /.  i.y.  19. } ; quoique  fes  por- 
traits de  bronze  & de  marbre  fuffent  expofés  dans 
une  infinité  d’endroits , nous  n’aurions  cependant 
qu’une  idée  très-imparfaite  de  fa  phyfionomie,  fi 
les  découvertes  d’Herculanum  ne  nous  avoient 
pas  fourni  deux  petits  buftesde  bronze  de  ce  grand 
homme.  Ces  morceaux  font  d’une  proportion  plus 
foible  que  le  naturel  5 le  plus  petit  porte  le  nom 
du  célèbre  Orateur  gravé  en  grec  fur  le  focle.  Ces 
deux  têtes,  qui  ont  de  la  barbe,  n’ont  d’ailleurs 
aucune  reffemblance  avec  un  bufie  fans  barbe  , 
travaillé  de  grand  relief,  & défigné  par  le  même  ! 
Bom  -,  il  faut  par  conféquent  que  ce  dernier  mor- 
ceau , découvert  en  Efpagne  , & publié  par  Ful- 
vius  Urfiniis , comme  portrait  de  cet  Orateur  , 
repréfente  quelqu’autre  perfonnage. 

On  pouvoir  croire  , d’après  cela  , que  le  por- 
trait de  Démofikene  ne  s’étoit  confervé  que  dans 
les  deux  bufies  d’Herculanum,  & que  les  monu- 
mens  de  Rome  n’en  ofrroient  pas  le  mokidre  vef- 
tige.  Cependant  l’on  vit  paroître  au  commence- 
ment de  1760  une  empreinte  de  plâtre  , moulée 
fur  un  petit  bas-relief  de  terre  cuite  , d’environ 
deux  palmes  de  hauteur  ( prés  de  feize  pouces  ). 
Ce  morceau , dont  l’original  paroit  perdu,  offre 
ia  figure  de  Démofikene  dans  un  âge  avancé  , avec 
une  ïeiTvOîWânce  parfaitê  aux  deux  bulks  de 


bronze  d’HercuIanum.  L’Orateur  eft  affis  fur  une 
pierre  cubique  , le  corps  à moitié  nud  & la  tête 
penchée.  Enfeveli  dans  une  réflexion  profonde , 
il  tient  dans  fa  main  gauche , qui  efi:  appuyée  fat 
la  pierre,  un  écrit  ou  rouleau,  & il  pafie  la  main 
droite  autour  de  fon  genou.  Son  nom  eit  grave 
fur  la  pierre  de  la  manière  fulvants  : 

AHMOS0ENHS. 

Et  au-defîbus  du  nom  on  lit  le  mot: 
ehiecmî  02. 

Mot  qui  fe  trouve  rarement  chez  les  anciens  Écri.» 
vains  , n’étant  employé  que  pour  déiigner  les  cho- 
fes  placées  fur  un  autel.  Dans  Polîux  , EniBGMioM 
MEA02  eâ  le  nom  d’un  air  chanté  devant  l’autel 
( Poil.  Onom.  l.  4.  Segm.  79.  ).  Cette  pierre  repré- 
fente par  conféquent  un  autel,  B£2mo2,  dans  le 
temple  facré  & inviolable  de  Neptune  , de  l’ifie 
de  Calaurée , non  loin  des  rivages  de  Trézènes  , 
où  Démofikene  avoir  été  chercher  un  afylc  , lorf- 
qu’il  fe  retira  d’Athènes  pour  fe  fouftraire  aux 
perfécuîions  d’Antipater  , gouverneur  de  Macé- 
doine. Il  mourut  dans  cette  ifle  à l’âge  de  foixante- 
deux  ans  , du  poifon  qu’il  portoit  ordinaire.ment 
enfermé  dans  le  châton  de  fa  bague,  pour  ne  pas 
tomber  vivant  entre  las  mains  de  fes  ennemis.  Le 
Démofikene  de  cette  empreinte,  afllsfur  an  autel, 
eft  donc  repréfenré  dans  le  dernier  période  de  fa 
vie , & réduit  à la  cruelle  nécelSté  de  terminer  fa 
carrière.  De  la  forme  des  lettres  de  1 infeription  , 
comparées  avec  celles  du  nom  qui  fc  lit  fur  i’un 
des  deux  bulles  d’Herculanum  , il  réfulteroit  que. 
la  figure  de  plâtre  feroit  plus  ancienne  que  les 
têtes  de  bronze.  Winckeimana  , qu^nous  fournit 
cet  article,  fe  propofoit  de  publier  ( tlifi.  de  l’Art, 
liv.  6.  ch.  3 . D.  ) un  jour  ce  bas  - relief  j mais  la 
mort  l’en  a empêché.  Au  fiècle  de  Paufanias  on 
voyoit  encore  à Calaurée,  dans  le  nipijSe?^^  ou 
le  parvis  du  temple  de  Neptune  , le  tombeau  de 
Démofikene  {Paujhn.  l.  2..  p.  189.  /.  }.}■ 

DAN,  ou  DEN , ancien  Dieu  des  Germains.’ 
Cluvier  affure  ( Germ.  Ant.  l.  1.  p.  224.  ) que 
c’eil  le  même  que  Theur , & xàs,  par  conféquent  j 
car  comme  , félon  lui  , de  Theut  s’eft  fait  zsW, 
Jupiter  ; de  même  de  xil;  s’eft  fait  Aà»  , Dan  ,•  car 
on  a dit  zW,  zér,  & en  dorique  , zés  : de  ces 
obliques  ztvo'î , Zisit  , Scc.  s’eft  formé  le  nominatif 
x>!v , 8c  en  dorique  zdy  , puis  le  z fe  changeant, 
comme  il  arrive  fouvent  en  A,  Aav,  Dan,  qui 
étoit  le  grand  Theut  ou  le  grand  Mercure  Dan 
& Den  , en  Sclaron,  &,  félon  une  autre  pronon- 
ciation, d:{en.  & dejn  , fignifîe  jour,  comme  dies  „ 
qui  vient  de  , génitif  de  'Çùç. 

DENARIAIRE  {Numéraire  fi  AriTK'=“ 

MEXIQUE  des  Romaias. 

DENAMJUS.  Foyei  Denii^  & Sedesxs» 


34“  D E N 

DENATES,  Pénates,  Dieux  domeftiqu23.De- 
îîys-d’Halycarrîaffe(/.  i.)p2tlant  des  Dieux  Pénates, 
dit  que  i'Kiftorien  Timée  a écrit  que  la  figure  ou 
ftatue  , l’effigiu  des  Dieux  Dénates  ou  Pénates , 
îi  etoit  autre  chofe  que  des  bâtons  de  cuivre  ou 
de  fer  courbés,  &un  vafe  Troyen  de  terre  cuite; 
& que  c'eft-là  tout  ce  qu  Ênée  apporta  de  Troye  ; 
mais  il  ajoute  que  pour  lui  il  a vu  un  temple  à 
Home , près  de  la  grande  place  , où  ces  Dieux 
etoient  repréfentés  aCis , fous  la  forme  de  deux 
jeunes  hommes  , ayant  chacun  un  dard  en  main  ; 
que  ce  font  des  fymboles  des  Dieux  tutélaires  ; 
que  la  poftured^un  homme  alfis  marque  la  sûreté; 
que  les  javelots  fignifient  quhls  repoufient  les 
violences  & les  outrages  , & que  la  jeuneffe  dé- 
ligne  raccroilTement  d’un  état;  qu’au  refterinf- 
cription  étoit  Dénates  , parce  que  les  anciens, 
avant  l’invention  de  la  lettre  P,  fe  fervoient  de  la 
lettre  D.  Tel  eft  le  récit  del’Hïftorien  des  Antiqui- 
tés Rom.aines , qui  pourrolr  bien  s’être  trompé. 
Souvent  la  queue  du  P eft  fi  petite  fur  les  mé- 
dailles , qu’il  n’y  a nulle  différence  entre  cette 
lettre  P & un  D.  Il  en  pourroit  bien  être  de  même 
pour  l’infcription  qu’avoit  vue  Denis  - d’Halycar- 
nafie,  où  ,1a  queue  du  P.  pouvoir  être  rongée  par 
le  temps,.  Croire  que  les  anciens  habitans  de  l’Italie 
n’euffent  pas  la  lettre  P , c’eft  une  erreur  que  plu- 
lieurs  noms  propres  de  ce  pays  & de  cette  épo- 
que fi  reculée,  réfutent  fufSfamment  ; par  exemple, 
Capys  , Capecus  , Picns  , Pilumnus  ^ P allas.  Les 
Troycns  avoient  auffi  la  même  lettre  : témoin  les 
Boms  Paris  , Pergama  , Pkryges  , Priamus  , &c. 

DENDR-ÎTIS , furnom  que  les  Rhodiens  don- 
nèrent à la  belle  Hélène , après  lui  avoir  élevé  un 
tem.ple  dans  le  lieu  où  les  femmes  de  la  Reine  Po- 
îixo  i’avoient  pendue.  Helène,  Polyxo. 

DENDROPHORE  , fignifie  proprement  porte- 
arbre  , celui  qui  porte  un  arbre.  On  apneloit  ainfi 
chex  iss  anciens  ceux  qui , dans  certains  facrifices , 
portoient  des  arbres  par  la  ville.  Voye^  Dendro- 
PHORiE.  Le  code  Théodofien  ( de  Pagan.  facr.  & 
temp.  liv.  2.0.  ) parle  de  certains  lieux  donnés  aux 
Frédiens  & aux  Dendrophores , pour  y faire  des 
repas  facrés , & il  les  confifquê.  Ce  mot  fe  trouve 
fouvent  dans  les  anciennes  infcriptions. 

Le  Dieu  Sylvain  étoit  appelé  quelquefois  Tlen- 
àrophore  ^ parce  qu’on  le  repréfentoit  avec  des 
branches  d’arbres  à la  main  ; c’eft  ainfi  qu’il  pa- 
roiftbït  fur  les  théâtres  dans  les  chœurs  des  fui- 
vans  de  Baccbus. 

DendPvOPhore.  C’étoit  auffi  un  artifaa.  Il  y 
avoir  un  corps,  ou , comme  l’on  difoit  chez  les 
Romains,  un  collège  de  Dendrnpkores , qui  fui- 
voît  lesarmees:  on  ne  fait  pas  trop  quel  était  leur 
art  ou  leur  fandiion.  Quelques-uns  difent  qu’ils 
fourniffoient  du  bois  pour  les  tentes.  D’autres 
penfent  que  c’étoient  eux  qui  fournifloient  le  bois 
d ouvrage  néçeflaire  pour  ia  conftruçlion  des  édi- 


D E N 

fices  & des  machines  de  guerre.  Saumaife  ( vers  la 
fin  de  fes  notes  fur  la  Vie  de  Caracalla,  par  Spar- 
tien  ) avoue  que  c’étoit-là  le  fentiment  général  de 
tous  les  favans  de  fon  temps  ; mais  il  n’eft  pas  de 
leur  avis,  & il  dit  que  les  Dendropkor es  des  ar- 
mées n’étoient  point  différens  de  ceux  des  facri- 
fices  don:  nous  avons  parlé  dans  l'article  pré- 
cédent. 

DENDROPHORIE.  Cérémonie  relîgieufe  qui 
confiftoit  à porter  un  ou  plufieurs  arbres  dans  les 
rues  des  villes  à la  fuite  de  certains  facrifices,  Ss 
en  l’honneur  de  quelques  Dieux. 

EzDendropkorit  étoit  d’ufage  dans  les  facrifices 
de  Bacchus,  de  Cybèle,  &:  du  Dieu  Sylvain.  Ar- 
nobe  ( /.  V.  ) parle  de  celle  qui  fe  faifoit  aux  fa- 
crifices de  la  mère  des  Dieux.  Elle  confiftoit  à por- 
ter un  pin  au  travers  des  villes.  On  plantoir  en- 
fuite  ce  pin  en  mémoire  de  celui  fous  lequel  Atys , 
favori  de  ia  Déeife , s’étoit  mutilé.  On  couronnoit 
les  branches  de  cet  arbre , parce  que  Cybèie  avoit 
ainfi  couronné  fon  favori  ; on  entouroit  fon  tronc 
de  laine,  parce  que  la  Déeife  avoit  couvert  de 
laine  la  poitrine  d’Atys,  pour  la  réchauffer  ( Ané- 
midori , l.  il.  c.  42.  Commodian.  litraho.  l.  x.  ). 

Ces  mots  Dendropkore  & Dendropkorie  font 
grecs , & compofés  de  é'ùJssv  , arbre , & de 
,je  porté. 

DENICALES  ferla,  cérémonie  qui  fe  faifoit 
après  les  obsèques  , pour  purifier  ia  famille  des 
morts  f A.  Gell.  222.  ). 

DENIER  , monnoie  ancienne  de  l’Egjpte  & 
de  i’Afie.  Voyei  Drachme. 

Denier  des  Romains.  Les  Romains  fe  fervi- 
renr  pendant  long -temps  de  monnoie  d'airain, 
qu’ils  appeloient  as  au-lieu  , ou  Hbra  , ou 
pondo  , parce  que  cette  monnoie  pefoit  une  livre  ; 
& des  monnoies  grecques  d’or  & d’argent.  Ce 
fut  l’an  de  Rome  485'  que  l’on  commença  à battre 
dans  Rome  de  la  monnoie  d’argent.  La  première 
qui  parut  fut  le  denier , denarîns  , qui  étoit  marqué 
de  la  lettre  X,  parce  qu’il  valoir  dix  as  ; il  étoit 
divifé  en  deux  quinaires  rriàrqués  d'un  V , & ces 
deux  quinaires  fe  divifoient  en  deux  fefierces , 
marqués  de  ces  crois  lettres  L L S.  ( deux  libra  & 
demie)  que  les  copiftes  ont  changée  en  celles-ci, 
H S.  Voyei^  Sesterce. 

Ce  detiier  fut  nommé  confdlaire , à la  différence 
de  celui  qu’on  frappa  fous  les  Empereurs  , & qui 
fut  furnommé  impérial.  Le  denier  confulaire  pe- 
foic  une  drachme  jufte,  ou  la  feptième  partie  d’une 
once.  Le  denier  impérial  n’écoit  que  la  huitième 
partie  d’une  once. 

Le  denier  confulaire  portait  pour  empreinte 
d’un  côté  une  tête  ailée  de  Rome,  5c  de  l’autre  un 
chariot  à deux  ou  à quatre  chevaux  ; ce  qui  faifoit 
que  les  deniers  étoient  appelés  bigati  5c  quadrigatz. 
Dans  ia  faite  on  mit  fur  le  revers  Caftey  & Rsl* 


D E N 

Vax,  &r  quelquefois  une  Victoire  fur  us  char  à 
^eux  ou  quatre  chevaux. 

Toutes  les  évaluations  qui  fuiv'ent  font  tirées 
de  la  Métrologie  ce  M.  Pauéton. 

Denier.  , once  d’argent , monnoie  des  anciens 
Romains  J qui  valut  j depuis  l’an  de  Rome  485 
jufqu’à  l’an  ^37  , 10  liv,  monnoie  actuelle  de 
France.  Elle  valoiî  alors  es  monnoie  dû  même 
peuple  J X quinaires , ' 

Ou  4 fefterces  , 

Ou  io  li\Tes , 

Ou  zo  fembel'esj 
Ou  40  téronces. 

Denier  , fextule  d’argent.  Il  valut,  depuis  l’an 
de  Rome  5-37,  jufqu’à  l’an  344,  i liv-  10  fols, 
monnoie  aétue^le  de  France.  11  valoir  alors  , en 
monnoie  du  même  peuple,  z quinaires. 

Ou  4 fefterces  , 

Ou  £o  as , 

Ou  zo  onces  pefant  de  cuivre  , 

Ou  izo  onces  de  l’as. 

Denier,  fextule  d’argent.  Il  valiît,  depuis  l’an 
de  Rorne  544  iufqu’à  l’an  347 , i liv.  10  fois  , 
monnoie  aéluelie  de  France.  11  valoir  alors  , en 
monnoie  du  m.ême  peuple  , z quinaires,. 

Ou  4 fefterces  , 

Ou  16  as  pefans  de  cuivre  , | 

Ou  ic/z  onces  de  l'as. 

Denier,  fextule  d’argent.  II  valut , depuis  l’an 
de  Rome  347,  jusqu’à  l'an  360,  i liv.  ic  fols, 
monnoie  aétuelle  de  France.  Il  valoir  alors,  en 
pionnoie  ancienne  du  même  peuple,  z quinaires. 

Ou  4 fefterces , 

Ou  I é as. 

Ou  19Z  onces  de  l’as. 

Denier  , fextule  d’argent.  Il  valut,  depuis  Tan 
de  Rome  360  jufqu’à  386,  i liv.  10  fols,  mon- 
noie aéluelle  de  France.  II  valoir  alors , en  mon- 
noie du  même  peuple,  z quinaires. 

Ou  4 fefterces. 

Ou  16  as: 

Ou  19Z  onces  de  Pas. 

Denier.  Il  valut,  depuis  l’an  386  jufqu’au  règne 
de  Claude  ou  de  Néron,  i§  fols,  monnoie  ac- 
îuelle  de  France.  Il  valoir  alors,  en  monnoie  du 
même  peuple , z quinaires. 

Ou  4 fefterces , 

Ou  8 onces  pefant  de  cuivre. 

Ou  16  as  , 

Ou  19Z  onces  de  l'as. 

Pline,  qui  ecrivoi&cous  Vefpafien  , dit  que  de 
ÿon  temps  le  denier  Romain  étoit  égal  à ki  drachme  j 
Attique  ( xx/.  34.  ).  Drackma  Attica  dertarii  ar-  I 
gentei^  kahet  pondus.  On  trouve  en  e^t  parmi  les  j 
médaüles  d argent,  oü  denters  deNérdn,  une  pièce  j 
de  même  fabrique,  de  même  grandeur  & de  même,  i 
i>oids  que  les  autres  , fur  laquelle  eft  écrit  Apaxaih,  i 


D E N 

' Ces  pièces  peitvcnt  tenir  d’argentRn  pour  la  valeur 
de  près  de  1 8 fols  actuels.  L’évaluation  de  ^ 
Paucton  eft  donc  jufte. 

Denier  trigramme.  II  valut,  depuis  le  régna 
de  Claude  ou  de  Néron  , jufqu’à  Canftantin, ^13 
fols  & J , monnoie  actuelle  de  France.  Il  valoir 
alors,  en  monnoie  du  même  peuple,  z quinaires ^ 
Ou  4 fefterces , 

Ou  ib as. 

Ou  ipz  onces  de  Pas. 


Denier  de-Néron.  Il  valut,  fous  Confri 
fes  fücceiTeurs,  de  livre  tournois, 

13  fois.  Il  v4oir  alors  , en  monnoie  du 
peuple  , I 5 livre  de  cuivre. 

Ou  13  Nummusj 
Ou  60  Aftàrions. 


m.tin  Sc 
près  de 
mênie 


Denier  d‘ argent  , Mgz  ^ fcripule  d’argent, 
monnoie  de  la  loi  faliqiie.  Il  valoit  de  la  livre 
tournois  aétuelle,  ou  3 fols  & près  d’un  liard. 

Denier  , ancien  poids  de  1 Afte  & de  rEgvDt& 
V ayrj  DRACHME. 

Denier  de_  Papyrius  , ancien  poids  des  Ro- 
mains. Il  valoit , en  poids  dé  France , 73  grains 
& Il  valoir,  en  poids  des  Romains , i ^ aerîier 
de  Néron, 

Ou  3 fcripules. 

Ou  6 fextans  de  Ceife  , 

Ou  6 ~ fimplium  , 

Ou  zo  7 filiques. 


Denier  de  Néron , ancien  poids  des  Romain»^ 
n valoir,  en  poids  de  France,  | grains.  H yi- 
ioit , en  poids  Romains,  5 fcripules. 

Ou  3 I fextans  de  Ceife  , 

Ou  6 llmplium  , 

Ou  18  filiques. 


Denier  d’ôr.  Four  évaluer  cettemonnoieréeîîe'j; 
ou  de  compte , on  multipliera  la  valeur  du  denier 
d argent  ou  de  la  drachme  ( monnoie  d'Yale  au 
denier  ) par  le  nombre  qui  exprimpit  k proportion 
de  l’or  à l’argent  chez  les  anciens. 

Le  nomore  iz  exp;  imoit  cette  proportion  chez 
les  Afiatiques  & les  Egyptiens,  lOchezIes  Grecs, 
^16  chez  les  Romains. 


DÉNOAIBREMENT,  f^oyei  Cens. 


DFNONCT  ATFT'R  > 

D%NUNCÏATok  } infcrîptton  con. 
fervée  au  Capitole  dans  le-  palais  des  Conferva- 
teurs  , & puoliee  par  Gruter  Çp.  Z3©)  faitmentioiî 
des  dénonciateu-s  des  différentes- régions  de  Rome, 
^ On  croit  que  ces  Officiers  fubaiternes  devoienc 
annoncer  aux  juges  les  crimes  qui  fe  commettoienr 
dans  leurs  régions , îorfou’iîne  fe  préfentoitpo’nr 
d’aceufateur.  Murarorr  (604.  1.  Thef.  ir.fcript.  ) a 
puolié  aulu  deux  iaferiptions  fui  iefquelks  on  iss- 


344-  D E N 

DeNUNTîATOR  REGIONIS  RoMAE  J Sc  DëKÜA*- 
TIATORES  VICOKÜM  RO-MÆ. 

DENT  ATA  ( Ckarta  ).  Le  papier  poli  avec 
une  dent  de  loup  . de  fanglier  ou  de  cheval,  étoit 
appelé  chartcL  dentata.  Érarroe  1 a pris  pour  un  eciic 
mordant.  Mais  Manuce,  dans  les  Notes^fur  la  14'= 
Lettre  du.  fécond  Livre  de  Cicéron,  afonfrere 
tiLs  , a relevé  cette  erreur. 

DENTATUS  , né  avec  des  dents.  Ce  fut  la 
raifon  pour  laquelle  on  donna  le  furnom  Dent.:.tus 
à M.  Curius.  Pline  ( vu.  16.  ) le  dit  expreilément: 
Quofdam  & cum  dentibas  nafci  accci  imus  , ftcut 
M.  Curium  , qui  ob  id  Dentatus  cognominatus  efl. 

DENTELÉES  ( médailles  ) , nummi  ferrait. 
On  déilgne  par  le  mot  dentelées  des  médailles  Grec- 
ques & Romaines , do.nt  la  tranche  ell  dentelée  ou 
garnie  de  dents.  Les  premiers  Ecrivains  qui  don- 
nèrent des  traités  fur  la  Numifmatique,  alTurèrent 
que  l’opération  par  laquelle  on  formoit  avec  la 
lime  des  dents  fur  les  bords  des  médailles,  avoit 
pour  objet  de  prévenir  les  entreprifes  des  taux- 
îiionnoyeurs.  Ceux-ci  ne  couvrantlebronzequ’avec 
une  légère  feuille  d’or  ou  d’argent,  vcyoient  leur 
fraude  découverte  par  la  dentelure.  Les  médailles 
xionfuiaires  d’argent  font  fouvent  dentelées  y mais 
on  n’en  cohnoit  point  dans  les  impériales. 

Cette  opinion  feroic  affez  vraifemblable  > fi  i’on 
ne  trouvoit  pas  des  médailles  dentelées  qui  appar- 
tiennent aux  Rois  de  Syrie , & qui  font  de  bronze. 
Les  fatix-monnoyeurs  ne  contrefaifoient  sûrement 
pas  les  monnoies  de  bronze , parce  qu’ils  n’au- 
■joient  fait  aucun  profit  ; dès-lors  on  ne  dentelait 
pas  les  médâiily  de  ’Dronze  pour  prévenir  leurs 
fraudes. 

Comme  les  médailles  des  Rois  de  Syrie  font  du 
même  temps  que  les  confulaires,  on  peut  en  eon- 
fiure  que  la  dentelure  des  monnoies  fut  une  efpèce 
ce  mode,  c’eft- à-dire , up  goût  particulier  qui 
4ura  plus  d’un  fitcîe. 

Au*  refis  , on  doit  dire  ici  que  les  médailles  Ro- 
maines dentelées  étoient  regardées  du  temps  des 
premiers  Empereurs  comme  d’un  meiCeur  aloi 
que  les  nouvelles  monnoies  impériales.  Les  Ger- 
mains J dit  Tacite  ( Germ.  c.  j.  n,  7.  ) , recher- 
ckoient  les  vieilles  monnoies  des  Romains , en 
particulier  les  deniers  confiilaires , appelés  higati , 
& les  deniers  confulaires  dentelés  : Peçuniam  pro- 
bant veterem  , & diu  notam  , ferrâtes  , bigatofque. 

DENTS.  Les  anciens  remplaçoient  les  dents 
qu’ils  avoient  perdues  5 ils  en  faifoient  d’ivoire , 
& les  attachoient  avec  des  fils  d’or-  La  onzième 
loi  des  XII  tables,  rapponée  par  Cicéron  ( de  leg. 

il.  24.  ) , fait  mention  de  cet  ufage Cui 

nuro  dentes  vintli  erant Et  Martial  dit 

( I.  73.  3.  ): 

Sic  dentata  tlbi  viietur  Ægle 
f,mptis  ojfbus  , Iniicoque  corniM 


DEP 

Les  habîtans  des  iflss  Britanniques  empîoyoient; 
du  temps  de  Soh.n  ( c.  iz.  ) les  dents  des  vaches 
marines  & des  autres  cétacees  à fabriquer  des  poi- 
gnées d’épée  : Dentibas  mari  natantium  btlluarum. 
infgpJunt  enfium  capulos  : candicant  ad  eburneam 
claritatem. 

Sur  un  tombeau  de  la  villa  Albani , publié  au- 
trefois par  Fabrecti,  on  voit  un  cocher  conduifanr 
un  char  à quatre  chevaux  , dont  le  poitrail  ell 
orné  de  fonnettes  & de  dents  de  loup. 

Les  dents  du  même  animal  fervoient  aux  anciens 
à polir  les  métaux  & les  ckarta  , ou  feuillets  for- 
més par  la  réunion  de  plufieurs  écorces  de  ga, 
pyrus. 

DENUNTIÂTORES.  Foyei  Dénongia. 

TEUR.  • 


DENYS  I,  tyran  de  Sicile. 

Ses  médailles  font  : 

Unique.  . , . en  or Torremufz, 


RR en  argent. 

RRR en  bronze. 

Dents  II , tyran  de  Sicile. 

Ses  médailles  font  : 

O en  or. 

O en  argent. 

Unique en  bronze.  . . Torremufa. 

DÉOIS  fut  aimée  de  Jupiter  , qui , pour  h 


tromper , fe  métamorphofa  en  ferpent. 

DÉPILER-  L’ufage  de  fe  déplier  a toujours  eu 
Heu  dans  l’Orient  & dans  tous  les  pays  chauds. 
Il  régna  aufii  chez  les  Grecs,  comme  on  peut  Je 
conjeélurer  d’après  leurs  ftatues , auxquelles  on 
ne  voit  ordinairement  point  de  poils  io4ss  les 
ailTelIes,  ni  au-deffous  du  nombril.  Plufieurs  pal- 
fages  des  écrivains  latins  nous  apprennent  que  les, 
premiers  Romains  fe  faifoient  dépiler  fous  les  aif- 
felles  par  des  efclaves  appelés  Alipilarii , ou  Ah- 
pili  , & que  les  débauchés  pratiquoiént  la  dépi- 
lation fur  toutes  les  parties  du  corps.  On  fe  fervott 
pour  cela  d’un  emplâtre  fait  avec  de  là  poix,  ou 
de  la  réfine , & de  l’huile  ou  de  la  cire  ; compo- 
fition  appelée  Dropax,  Juvénâl  parle  dans  la  hui- 
tième fatyre  ( verf  13.  ) de  la  poix  du  pays  des 
Bructiens , que  bon  employoit  pour  fe  déplier.  ; 

, . . . Nullus  totâ  nitor  in  cutt , qualetn  . 

Bruttia  pr&fiabat  calidi  tihi  fafeia  vifci. 


DEPONTANI.  Ce  mot  défignoit  les/exa- 
;énâires  que  leur  âge  exemptoit  des  emplois  pû- 
dics.  Le  peuple  Romain  donnoit  fon  fufttag? 
50ur  les  élections , en  palTant  fur  un  pont , ou 
:chaffaut  élevé  pour  cet  effet  devant  les  Cotmees- 
iDepontani  étoient  donc  ceux  qui  , pouvant  reru- 
er d’être  élus  pour  des  emplois  onéreux , oe* 
roient  , félon  quelques-uns,  être 
Iroit  de  donner  letir  fuffrage , c’efi-à-dire , 


rcpeuffés  du  pcnr-aitx-fuffrages  j de  fonte  deji- 
ciendi  ( Nonitis  xii.  2.1,  ). 


R 


facrésj  de  les  plier,  de  les  ferrer, 
ferver. 


. - ^ 
de  les  con- 


DEPORTATION.  Cétoft  chez  les  Romains  la 
peine  de  celui  qui  étoit  condamné  à paffer  dans 
les  illes  ; cette  peine  fuccéda  à celle  de  l’inter- 
diélion  de  l’eau  & du  feu,  & les  fuites  en  étoient 
les  mêmes  que  celles  de  la  condamnation  à per- 
pétuité aux  ouvrages  publics.  Les  deportati 
étoient  morts  civilement } ils  perdoient  l’honneut 
& les  droits  de  cité,  ils  ne  pouvoient  plus  tefter, 
& n’avoient  point  d’autre  héritier  que  le  fife  j ils 
confervoient  cependant  ce  qui  eli  du  droit  des 
gens  , & demeuroient  obligés  pour  la  partie  de 
leurs  biens  qui  n’étoit  pas  confifquée.  Lorfqu’ils 
croient  rétablis  c’nez  eux  , ils  ne  recouvroient 
pas  pour  cela  Tordre  qu’ils  renoient  dans  la  milice, 
ni  l’honneur,  ni  les  actions  antérieures,  excepté 
C à Tégard  de  ces  addons)  dans  le  cas  où  on  les 
réintégroit  dans  tous  leurs  biens.  Cette  condam- 
nation prononcée  contre  le  mari , ne  faifoit  pas 
révoquer  de  plein  droit  la  donation  faite  à la 
femme  , mais  il  dépendoit  du  mari  de  la  révoquer. 

La  déportation  étoit  différente  de  la  reléga- 
tion j elle  avoir  quelque  rapport  au  banniiîément 
perpétuel.  Ülpien  dit  què  la  déportation  obligeoit 
à une  demeure  fixe  pour  toujours  , mais  que  la 
rélégarion  pouvoir  être  révoquée  , & qu’elle 
lailToit  plus  de  liberté.  On  peut  en  conclure  que 
la  déportation  n’étoit  plus  révoquée  au  fiècle  de 
ce  jurifconfulte  , c’eft-à-dire,  vers  le  temps  d’A- 
lexandre Sévère. 

DEPOUILLES.  Voye^  Butin:  dans  le  diédon. 
de  V Art  militaire. 

DEPOuiLiEs-Opimes.  Voye^  Opîmes. 

DEPSTICIUS  panis  ( Cato  de  re  rujîicâ  ).  Le 
pain  depjlicius  , c’eft-à-dire,  pétri  fimplement  & 
fans  levain , fe  faifoit  avec  de  la  farine  & de 
l’eau  mêlées  enfemble.  On  répandoit  de  Teau 
fur  la  farine  peu-à-peu , on  pétriffoit  bien  cette 
pâte  , & on  la  faifoit  cuire  fous  un  couvercle 
de  tourtière. 

DEPUT  ATI.  Ce  mot  défîgnoit  ; i°.  des 
armuriers,  ou  de  certains  ouvriers  qui  travaüloient 
à la  fabrique  des  armes  dans  les  forges.  2°.  des 
gens  adifs  qui  fuivoient  les  armées  , & qui , 
dans  ies  actions , étoient  chargés  de  retirer  les  ■ 
biefiés , Sc  d’en  avoir  foin. 

Defutatus nom  d’un  bas-olEcier  de  TEglife 
de  Conftantinople , L-k-st-ssî-oî.  Le  nom  de  député  , 
en  ce  fens , fignifie  un  emploi , & non  pas  une 
enarge  ou  une  dignité.  Le  Député  étoit  chargé 
d appeler  les  perfonnes  de  condition  à qui  le  Pa- 
triarche vouloir  parler , & d'écarter  le  peuple 
quand  ce  prélat  marchoit.  Le  Député  étoit  donc, 
comme  il  paraît,  une  efpèce  d’huiffier,  ou  de 
bedeau.  Il  étoit  àulTi  chargé  du  foin  des  habits 
Aiitiouités  J Tome  II, 


DER  AC,  ancienne  coudée  des  Eevptiens.  Dover 
Coüdee.  ""  ' ^ 

pizRBE , dans  la  Lycaonie.  On  a quelques  mé- 
dailles impériales  Grecques  de  cette  ville,  feloa 
le  P,  Hardoura. 

DERCETO , grande  divinité  des  Syriens , qui 
la  reprefentoient  en  remme  de  la  ceinture  en 
haut,  & terminée  dans  la  partie  inférieure  de  fon 
corps  par  une  queue  de  poiffon.  Voici  comment 
Dtodore  de  Sicile  & Lucien  racontent  fon  hiftoire; 
Derceto  ayant  offenfe  \ enus , en  fut  punie  par 
un  violent  amour  que  la  DéelTe  lui  infpira  pour 
un  jeune  facrificateur  très-beau.  Dercéco  , après 
avoir  eu  de  lui  une  fille  , conçut  une  fi  grande 
honte  de  fa  foibleiïe , qu’elle  fit  mourir  le  jeune 
homme  ; & ayant  tranfporté  Tenfant  dans  un 
heu  défert,  elle  fe  jeta  dans  un  lac,  où  fou 
corps  fut  métamorphofé  en  poiffon.  L’enfant 
qu’elle  avoir  mis  au  monde  fut  la  fameufe  Sémi- 
ramis,  qui , dans  la  fuite  , plaça  fa  mère  au  rang 
des  divinités,  & qui  lui  confacra  un  temple.  Les 
Syriens  , z caufe  de  fa  prétendue  métamorphofe , 
s’abftenoient  de  manger  du  poiffon  , & avoient 
pour  ces  animaux  une  grande  vénération.  Ils 
confacroient  dans  le  temple  de  Derceto  des  poif- 
fons  d’or  & d’argent  , & lui  en  préfentoient  tous 
les  jours  de  véritables  en  facrifice.  Doye^  Atar- 
GATIS  , SÉMIRAMIS. 

Si  Ton  en  croit  Pline,  (i.  c.  13  & c.  23.  ), 
Dercéto  étoit  adorée  à Joppé  , aujourd’hui  Jafa. 
Diodore  de  Sicile  (/.  i.)  dit  que  c’étoit  aux  en- 
virons d’Afeaion.  Seldsn  juge  d’après  Tes  ftatues 
{De  DH  s Syris  Synt.  il.  c.  3.  ),  que  c’étoit  le 
Dagon  des  Philiftins.  C’eft  auffi  la  même  divinité 
que_  Atergatis , dont  on  avoir  fait  Dercéto.  Les 
Syriens  la  faifoient  mère  de  Sémiramis , & racon- 
roient  d’étranges  fables  fur  cette  femme  que  Ton 
avoir  divinifée.  On  peut  les  voir  dans  les  auteurs 
cités  ci-defliis  au  mot  Atergatis,  ou  Ton  trou- 
vera auffi  Tétymologie  de  ce  mot  j & au  mot 
Dagon, 

Selon  Voflius  ( De  idolol.  /.  vil.  c.  10.  p.  lyé.), 
Dercéto  étoit  la  Lune;  Dercéto  a été  appelée  Céto, 
comme  il  paraît  dans  Pline  ( Hijl.  nat.  l.  v.  c. 
13.  ).  De  ce  nom  quelques-uns  pourroient  inférer, 
dit  Voffius  , que  Dercéto  étoit  Andromède,  parce 
que  le  navire  qui  transporta  Andromède,  portoit 
la  figure  du  poiffon  appelé  Cetus , ou  parce  que 
le  prince  auquel  elle  fut  promife  à’abord , étoit 
feigneur  d’une  iSe  habitée  par  des  pirates , eue 
Ton  a pu  comparer  aux  monfrres  marins,  norarsés 
Cete , & appeler  de  leur  nom.  Mais  V offius  affurc 
avec  plus  de  vraifemblance  que  Céto  a été  formé 
de  Dercéto , en  retranchant  la  première  fyllabe, 

DERCILE  & ALIBION  , fils  de  Neptune  , 
enlevèrent  à riercule  ks  bœu^  de  Géryon,  brf- 


34^  DES 

qu’il  paffa  par  la  Lvbia , & les  conduîiîreat  ea 
Etrarie.  V'oy^l  Géryon. 

DERTOSA , en  Efpagne.  C.  I.  A.  D.  Coloma 

Julia  Jlugujla  Dertofa.  ^ 

Cette  colonie  romaine  a fait  frapper  des  me- 
ilailles  latines  en  l’honneur  d’Augufte:,  de  Tibère. 

DÉS  de  Bade,  Voyei  Bade  & Dés, 

DÉS  J monnoie  4es  a'oçiens  Romains.  Voyei 
Bessis. 

DÉS , mefure  linéaire  des  anciens  Romains , 
Voye':^  Bes. 

DÉS , divifion  de  rancienne  livre  Romaine  de 
poids.  Voye[  BÉs. 

DÉS,  mefure  de  capacité  pour  les  liqueurs  des 
anciens  Romains.  Voye-^  Bessis. 

DÉS , mefure  gromatique  des  anciens  Romains. 
"Voyei  Bessis. 

DESAN AUS.  St.  Jérome  dit  dans  la  chronique 
c’Eusèbe,  que  Défanauj  tü  un  fiirnom  d’Hercule, 
très-refpeclé  dans  la  Phénicie,  & que  de  Ton  temps 
encore  les  Cappadociens  & les  Eliens  l’appeloient 
Défancziis.  Dans  le  texte  grec  d’Eufèbe  il  y a 
Diodan.  , Aias'h  , au-lieu  de  Dcfan-aus  , que  S. 
Jérome  y a mis.  Ce  Défanaus  étoit  contemporain 
de  Moyfe  ; quelques-uns  Tappe'ent  Dorfanans  , 
& non  pas  Défanaus.  Louis  Vives  , dans  fes  notes 
fur  le  12.  chapitre  du  XVIII.  1.  de  la  cité  de  Dieu, 
note  n , fera'bie  avoir  lu  Delphina  dans  Eufèbe 
■gourDiodan.  Quoi  qu’il  en  foit,  on  ne  fait  pas  trop 
ce  que  c’eft  que  ce  Défanaus  de  S.  Jérôme,  ni 
ce  Diodan  d’Eufèbe,  parce  que  c’eft  le  feui  en- 
droit de  l’antiquité  où  il  en  foit  parlé.  Voysg^ 
encore  Dorsases  , &-  Selden  , de  Dus  V. 
fynt.  ï.  c.  6. 

DES CENSOR-Jüglte~.  Voye-^  Cataïbates. 

DÉSERTION.  Voyex^  le  Diélion  de  Y Art  Mili- 
taire. 

DESESPERES  des  médecins , defperatî.  Les 
anciens  plaçoient  ces  malades  devant  les  portes 
de  leurs  miifons  5 afn  que  les  paîTans  leur  indi- 
quaffent  quelque  remède  eiScace,  mais  peu  connu 
Servius  y Æneid.  xii.  Ù Ifidor.  x.'). 

DÉSHABILLÉ.  Les  Romains  avoient,  comme 
les  peuples  modernes , un  habillement  commode 
ou  Emple  pour  le  matin.  Nous  l’apprenons  de  l’é- 
pitaphe fuivante  citée  par  Pignorius  (de  fervîs): 

AriOX-  CÆSARIS.  N.  A.  V.BSTE  MATOTINA,. 

DjtSlDERATU S ( Ade  ) , tué  fur  ie  champ 
de  bataille.  On  lit  dans  Muratori  l’infcription  fui- 
Yante  ( Tkef.  infer.  789.) 

D M 

AUR.  CRESCEK 


des 

TiANI.  V.  E ' 

ACIE  DESID  - J 

qui  VIXIT.  AN 
XXV 

AUR.  PISTUS 
EXAR 

RRATRI  CAR 
POSUIX 

DESIDERIUS  , C&far , £rhc  de  Magnence, 

Les  médailles  de  Defderius  ne  font  connues 
que  dans  Stsada,  qui  en  rapporte  une  de  M.  B.-, 
& dans  Goltzius,  qui  en  rapporte  une  fécondé. 

DESIG.  X,  P.  P,  Defignator  deeima  per  pro- 
vincias. 

DESIGN ATOR , nom  de  plufieurs  officiers 
chez  les  Romains.  Les  premiers  indiqués  fur  les 
marbres  par  les  abréviations  de  l’article  précédent, 
fixoientla  fommiC  que  chaque  citoyen,  ou  poffef- 
feur  de,  terre  , dévoie  payer  au  fife  pour  le  dixième 
de  fes  biens. 

Dss  . gîtator  funerîs  , celui  qui  ordonnoiî  les 
convois , qui  aifignoit  à chacun  fa  place.  Il  rem- 
püifoit  les  mêmes  fonctions  que  nos  jurés-crieurs; 
H m-archoit  à la  tête  du  convoi  , précédé  de 
lifîeurs  vêtus  de  noir  , deili.nés  à écarter  la  fouie 
& à exécuter  fes  ordres  ( Horat.  Evifi.  u 

7.6.) 

. . . . Cîim  ficus  prima  calorque 

Defignatorem  décorât  liBoribus  atris. 

La  marque  de  diftiaélion  du  D efgnator  fiinerïs 
étoit  une  branche  ou  une  baguette  de  figuier,, 
fixas , dont  il  eh  fait  mention  dans  les  vers  précé- 
dens  d’Horace , & dans  les  vers  fuivans  du  même 
poète  ( Epoi.  XVI.  46.  ) t 

Suamque  pulla  ficus  ornât  arhorem. 

Design  ATOR  ludorum  , officier  public  qui  , 
dans  les  jeux  & les  fpeciacles,  faifoit  placer  chacun 
^ fon^rang,  y conduifoit  même  les  perfones  dif- 
tiaguees , & faifoit  obferver  ie  li’ence.  Les  Grecs 
appeloient  cet  officier  Airoê'uy.T-^s.  Plaute  en  parle 
dans  le  prologue  dn  Pœnulus  {v.  19. ) i 

N eu  defignator  pr&ter  os  ohamEulet 

N eu  fejTum  ducat , ditm  hifirio  in  feena  filet- 

DESIGNE  ( Conftil  ).  Le  peuple  afîemblé  en- 
comités  élifoit  dans  le  mois  de  juillet  les  confuls, 
n’entrqient  en  fonclion  , au  moins  depuis  1 an 
J qu’au  premier  de  janvier.  Les  confuls  élus 
s’àppeloient  jufqu’à  cette  époque , Confuls  défir 
grJs.. 


DES 

DÊsrcNB  ( Poiïîife  ) -,  Pontife  élu  dans  les  co- 
nticcE-par-rnhus  , :5c  non  encore  confnné  par  les 
Comices-par-caries  , ou  non  encore  aaopté  par 
certains  collèges  de  pontifes.  On  en  voit  un  cité 
fur  un  marbre  antique  ( Guther.  de  vet.  jur. 
Pont.  I.  5.}. 

Sacrata.  bomus  Aügüsto. 

M.  Clodius  pontifex  desig. 

DESlR.  Kcyer  Imexos. 

DESPOTE.'),-  , , , 

AEcnaTHc.f-^°^-  cignite  quont  porte 

îes  derniers  empereurs  de  Conftantinople.  C’eli  un 
mot  grec  qui , dans  fa  première  origine , pouvoir 
être  traduit  en  latin  parle  mot  Herus , & en  Fran- 
çois par  celui  de  Maître  , par  rapport  aux  fervi- 
teurs.  On  fit  de  ce  mot  le  même  emploi  que  les 
■Latins  avoient  fait  du  nom  de  Cafar  comparé  à 
■celui  A’Augufie  j baciaetc,  répondant  à Augujius, 
■&  AEcnOTHC  à Céfar.  Ainfi  Nicéphore  ayant 
fait  couronner  fon  fïîs  Stauracius,  celui-ci  ne  vou- 
lut prendre  queie  nom  de  AecîîOTHCj  iaiiTant 
par  refpeéf  à fon  père  celui  ce  baciaetc.  A 
la  même  époque  les  Empereurs  Grecs  ceirèrenc 
■de  mettre  des  infcriptions  lac  nés  fur  les  mé- 
dailles. Cette  déiicateffe  néanmoins  îie  dura  pas 
long-temps  3 les  Empereurs  fuivans  ayant  préféré 
la  qualité  de  AEcnoTHC  à celle  de  baciaetc, 
comme  Conftantin  & Michel  Ducâs  , Nicépho  e 
Eotoniate  , Romain,  Ciogènes  , les  Comnènes, 
'&  quelques  autres.  À f imitation  des  princes,  les 
princefTes prirent  aiiffi  le  nom  aeciîoina,  comme 
Théodore,  femme  de  Theodophile. 

Il  faut  voir  ce  que  dit  le  P.  Hardouin  {Mé- 
dailles du  jTscle  de  Confiantin  , p.  Ijr.  ),  fur  le 
mot  de  Defpcte,  & fur  celui  de  Bafiieus  5 fes  idées 
font  ingénieufes,  mais  nngulières. 

L'Empereur  Alexis  , furnommé  TAnge  , créa 
une  dignité  de  Dejpote , & lui  donna  le  oremier 
rang  après  l’Empereur , au-deffas  de  l’Aiigufle  , 
ou  Sébaibocrator , & du  Céfar.  Phranzès  nous 
l’apprend  : l.  i.  c.  i.).  Les  Defpotes  etoient  ordi- 
nairement les  fils  ou  les  gendres  des  Empereurs.  Le 
JDefpote  étoit  Collègue  de  l’Empereur,  ou  fon 
héritier  préfomptif.  Le  Dsfpote  fils  de  l’Empe- 
reur , avoir  le  pas  fur  le  Defpote  gendre  de 
l’Empereur.  Cod'n  ( p.  38.)  décrit  les  habits 
-Se  les  ornemens  du  Defpote.  Sous  les  fuccefTeurs 
du  grand  Conftantin  , on  appela  Defpotes  de 
Spam  , les  Princes  fils  ou  frères  de  l’Empereur, 
à qui  l'on  avoir  affigné  la  ville  de  Sparte,  ou  La- 
cédémone pour  app-anage. 

Ce  mot  vient  du  Grec  sVjrsr?#,  & fignifie 
Maître  ou  Seigneur. 

DESSr-RT.  Varron,  Cicéron,  Horace,  Gvîde,& 
•toiis^les  écrivaifis  fuivans , ont  appelé  le  dejfen , 
Tnenfs.  fecunde,  parla  raîfon  que  les  Roma’ns  chan- 
■geoient  de  table  , & que  la  fécondé  table  étoit 
pour  le  fruit,  pour  les  chanfons,  i^s  cantiques^ 


E S 

les  libations  ; car  ie  temps  du  fouper , qui  étoit 
leur  principii  repas,  ne  s’employoit  pas  unique- 
ment à manger  & a boire. 

Les  dejfens  des  anciens  n’ofifroient  ni  moins 
de  dîvernté  , ni  moins  de  magnificence  que  leurs 
autres  ferv’ices,  & ils  étoient  bien  plus  brilians, 
comme  le  dit  Athénée  ( xir.  p.  641.  c.  ). 

Vers  le  déclin  de  la  République  romaine,  les 
femmes  fortoient  de  tab'e  quand  ce  fervice  arn- 
voit  J parce  qu’il  fe  terminoit  quelquefois  par 
des  fpeâacles  auxquels  la  pudeur  ne  permettoit 
pas  encore  au  beau  fexe  de  prenàre  part.  Mais 
quand  les  moeurs  furent  entièrcinent  corrompues, 
les  femmes  ne  connurent  pLis  de  devoirs,  ni  de 
règles  de  décence  ; tout  devint  égal. 


D 


dEuNÈE.}  aveugle  qui  régloiî 

toutes  chofes  par  une  puifTance  dont  on  ne  pou- 
voir ni  prévoir,  ni  empêcher  les  effets.  Toutes 
les  autres  Divinités  étoient  ioumifes  à celle-ci: 
les  deux,  la  terre,  la  mer  & les  enters  croient 
fous  fon  empire,  & rien  ne  pouvoir  changer  ce 
qu’e'ie  avoir  réfolu  j ou,  pour  ;’ar.er  avec  Es  Stoï- 
ciens , le  Def  in  étoit  lui-même  cette  fatale  né- 
cediré  , fuivant  laquelle  tout  arrivoit  dans  la 
monde.  Jupiter  a beau  vouloir  fa--ivsr  Patroclep 
il  faut  qu’il  examine  fa  deftinée , qu’il  ne  connoit 
pas.  H prend  des  balances,,  pèie,  & le  cote  qui 
décidoit  de  la  mort  de  ce  héros  étant  le  plus  pe- 
fant,  il  eft  obligé  de  l’abandonner  a ion  Deftirz^ 
Ce  D eu  fe  plaint,  dans^  le  même  poète,  de  ne 
pouvoir  fléchir  le  Deftin  pour  fon  fils  Sarpédon, 
ni  le  garantir  de  la  mort.  Ovid.  ( ÎÆétam-  lib.  p.  ) 
fait  dire  à Jupiter  qu’ii  eft  fournis  a la  loi  du 
Defiin;  & que  s’il  pouvoir  la  changer,  Eaque, 
Radamante  & Minos  ne'feroient  pas  accablés  fous 
le  poids  de  Içur  vieilleiTe.  Diane,  dans  Euripide, 
voulant  confoler  Hyppolite  mourant , lui  dit 
qu’e;  e ne  fauroit  à la  vérité  changer  l’ordre 
du  Deftin  , mais  que  pour  le  venger,  elle  tuera 
de  fa  propre  main  un  des  amans  oe  énus.  Quel- 
que inévitables  que’  fuilent  les  arrêts^  de  cette 
aveiîp-le  Divinité  , Homèr-e  di;  cependant  qu’ils 
penferent  une  fois  erre  fans  exécution  ; tant  les 
idées  qu’on  avoit  à ce  fujet  étoient  peu  nettes.  Ces 
Deftinées  étoient  écrites  de  tou  e éternité  dans  un 
lieu  où  les  Dieux  alloient  les  confulter.  Jupiter  7 
alla,  dit  Ovide,  avec  Vénus  , pour  y voir  celle 
de  Jules-Céfar.  Ce  p-oëte  ajoute  que  celles  aes 
Rois  étoient  gravées  fur  le  di  mant.  Les  mi.niftres 
du  Deftin  étoient  les  trois  Parques  , eue  l’on  char- 
geoit  du  foin  de 'faire  exécuter  les  ordres  de 
favengle  Divinité.  Un  mythologue  moé-ernedic 
qu’elles  étoient  les  fecrétaires  de  fca  cabinet, 
& les  cardes  de  fes  archives  : l’une  di-doir  les 
ordi'es  de  fon  maître  -,  l’autre  les  écnvoiî  arec 
exa-LriîU'.lef  & la  dernière  les  exécuîojt  ep  fdir.t 
nos  deftinées.  Les  ordres  du  Deftin.  n etoient^ce  ^ 
pendaot  pas  ïeUvinerf;  fixes , qu’usine  puiTent  sers 


34S  DES 

changés  par  un  feul  mor.  Voyez  Caienüs.  Selon 
Héilode,  la  Nuit  feule  engendra  Taffreux  D efiin. 

Winckelmann  a publié  dans  fes  monumenti 
inediei  (-n°.  13  3 ) une  patère  Etrufque  que  pofîe- 
doit  à Rome  le  Siear  Jenkins,  fur  laquelle  font 
gravées  les  defimées  d’Achiüe  & d Hedlor  que 
Tvlercure  pèfe  dans  une  balance.  Elles  font  re- 
préfentées  par  deux  petites  dgures  pofées  debout 
dans  les  plats  de  la  balance.  Apollo.n  e-xamine  at- 
tentivement l’aétion  de  Mercure  , & afin 'de 
mieux  juger , il  fait  pendre  un  bout  de  fa  chla- 
myde  , pour  lui  fervir  d'aplomb  & d’objet  de 
comparaifon  avec  la  languette  du  fléau  de  la 
balance.  Les  noms  des  Dieu.x  & des  héros  font 
écrits  en  caraélères  étrufques. 

DESTITUTION.  A Rome , du  temps  de  la  Ré- 
publique , les  OiSciers  étoient  de  leur  nâture  an- 
nuels j mais  ils  ne  lailToient  pas  d’être  irrévocables 
avant  l'expiration  de  l'année.  En  effet , on  voit 
que  Tarquin  Coliatin  le  premier  des  confuls  fut 
deftivué  de  fon  office  , & Valen'us  Pubiicoîa  mis 
à fa  place;  que  Scipion Nafica & Caïus  Martius, 
aiuTi  confuls  J furent  rappelés  des  provinces  où 
ils  commandoient , fous  prétexte  qu'ii  manquoit 
quelque  cérémonie  à leur  élection. 

La  deftitiLtion  avoir  auffi  lieu  dans  les  emplois 
du  facerdoce  ; témoins  ces  deux  prêtres  de  Rome , 
Cornélius  & Céthégus , qui  furent  deflkués  de 
leur  prêtrife  pour  n'avoir  pas  diffribiié  par  ordre 
les  entrailles  d’une  vidtime.  On  deftitua  de  même 
Quintus  Sulpicius  , parce  que  fon  bonnet  écoit 
tornlié  de  fa  tête  en  facrifiant. 

Caïus  Flaminius  fut  defiitué  de  Toffice  de  maître 
de  la  cavalerie  , parce  que  lors  de  fa  nomination 
on  avoit  ouï  le  bruit  d'une  fouris. 

Les  cenfeurs  ôtoient  auffi , & dégradoient  du 
fénaî  & de  l'ordre  des  chevaliers,  à leur  volonté  , 
pour  des  caufes  fort  légères. 

Enfin  le  fénat  révoquoit , quand  il  jugeoit  à 
propos  , les  proconfuls. 

Les  empereurs  révoquoient  auffi  les  prefidens  & 
autres  gouverneurs  des  provinces,  en  leur  envoyant 
un  fucceffeur  ; de  forte  que  fucc  efforem  mittere  figni- 
fioit , révoquer  l'ancien  officicier  , le  defiitucr. 

Mais  fous  les  empereurs , les  officiers , au-lieu 
d'annuels  qu'ils  étoient  du  temps  de  la  Répu- 
blique , devinrent  prefque  tous  à vie.  Ce  chan- 
gement fe  fit  infenfib'ement  & fans  aucune  loi; 
î’officier  étoit  obbgé  de  continuer  fes  fonctions 
jafqu'à  i'avénement  de  fon  fucceffeur,  & il  conti- 
nuoit  toujours  fes  fondions. 

Si  les  empereurs  révoquoient  quelquefois  cer- 
tains officiers  , ils  ne  le  faifoient  jamais  fans 
caufe.  Auffi  Capitolin  dans  la  vie  d'Antonin , lui 
donne  cette  louange , que  fuccejforem  vivmti  bono 
judicii  nuUi  dédit , qu’il  ne  voulut  même  defiitiier 
aucun  des  officiers  pourvus  par  Hadrien  fon  prédé- 
cefTeur  ; & Lampride  remarque  dans  îa  vie  d'A- 
lexandre Sévère,  que  cet  empereur  s'exprimoit 
toujours  v.nii , grattas  tibi  agit  refpublica , lorf- 


D E S 

qu’il  donnoit  un  fucceffeur  à quelqu’offiLier  ; 
manière  que  l’officier  étoit  remercié  honnête- 


ment. 


P y avoir  aufii  chez  les  Romains  des  commiffions 
qui  ^étoient  différentes _ des  offices,  en  ce  que  la 
fonâion  des  offices  étoit  ordinaire,  & l'autre  feu- 
lement extraordinaire.  Ceux  qui  étoient  charo-és 
de  commiffion , pouroient  auffi  être  deftitués  fans 
attendre  la  fin  de  leur  commiffion. 

DÉSÜLTEÜR.")  c • tr  -L  , 

DESULTOR  f Sauteur  qui  pafle  d un  cheval 

far  un  autre.  Chez  les  Scythes,  les  Indiens  & les 
Numides , les  cavaliers  qui  fervoient  en  guerre 
étoient  très-habiles  défultears,  c'eft-à-dire , qu'ils 
menoient  avec  eux  au  combat  au  moins  deux  che- 
vaux; & quand  celui  qu'ils  montoient  étoit  las, 
iiS  fautoient  avec  beaucoup  d’agilité  & beaucoup 
d’adreiTe  fur  le  cheval  de  main  qu’ils  conduifoient. 
Les  Grecs  & les  Romains  prirent  cet  ufage  de 
ces  nations  barbares , mais  ils  ne  s’en  feivirent 
que  dans  les  jeux,  dans  les  courfes  de  chevaux, 
& jamais  ( au  moins  à ce  qui  paroîc  ) à la 
guerre , ni  dans  les  combats.  Iis  faifoient  auffi 
paroître  des  défulteurs  dans  les  pompes  funèbres. 
Ainfi  c'étoit  une  milice  chez  les  peuples  d'Alîe 
& d’Afrique  dont  nous  avons  parlé  ; mais  chez 
les  Romains  ce  n’étoient  que  des  fauteurs  Sc  des 
baladins.  Quelquefois  ils  avoient,  non  pas  deux, 
mais  quatre  oufix  chevaux  de  front,  & fautoient 
du  premier  fur  le  quatrième  , ou  fur  le  fixième  ; 
c’étoit  là  ce  qu'il  y avoit  de  plus  difficile  , dit 
Euithate.  Homère  ( I/iad.  L zv.)  Hérodote.  (A 
vit.  ) , Tite-Live  ( /.  xxiii.  c.  29  ) , Ammiea 
Marcellin  ( l.  xxij.  ) , Varron  ( De  re  ruft.  il.  c. 
7.  ) , Manüius  ( Afiron.  /.  >.  ) Prpperce  ( /.  v & 
L ir.  El.  il.  V.  35.  ) , Hygin  ( l.  de  fah.  c.  80.  ) , 
Suétone  dans  Jules  Céfar  \ chap.  29.  ) juilifient  ce 
que  nous  venons  de  dire. 

DESULTORîl  Equî.  ün  cavalier  conduifoà 
ordinairement  deux  de  ces  chevaux  dans  les  com- 
bats, & fauîoit  alternativement  de  l'un  fur  l'autre; 
mais  dans  les  jeux  un  feul  homme  conduifoit  quel- 
quefois quatre  , lîx , douze  même  , & jufqu’à 
vingt  de  ces  chevaux , comme  on  le  voit  fur  un 
grand  nombre  de  pierres  gravées , & en  parti- 
edier  fur  celle  qu’à  publiée  le  comte  de  Caylus  ; 
où  l’homrce  paroît,  non  fur  un  char  {Rec.  d’An- 
tif  I . pl.  60.  n.  4.  ) , mais  monté  fur  un  des 
vingt  chevaux.  Gori  ( Muf  Florent,  il.  :.  b, 
parlant  des  chevaux  defultorii  , cite  l’époque  d’un 
prince  Macédonien,  comme  un  des  plus  andens 
exemples  de  cette  courfe ; mais  Homère  nous  en 
donne  une  époque  plus  réculée.  Pour  mieux  pein- 
dre le  courage  &‘raaivité  avec  laquelle  Ajax 
fautant  d'un  vaiffeau  à l’autre,  les  défend  tous 
à-îa-fois,  il  le  compare  à un  homme  qui,  courant 
au  galop  avec  quatre  chevaux , faute  de 
l’autre  ( lliad.  O.  v.  679,  684.  ). 


D E U 

DEUCALIOX  J nis  de  Proiriéthéej  avoit  épouié 
ïmha  J fiils  de  fon  oncle  Epiméthée.  Jupiter 
voyant  croître  la  malice  des  hommes  j dit  Ovide^ 
réfoiüt  {Met.  I.)  d^exterminer  le  genre  humain, 
& de  renfevelir  dans  les  eaux,  enfaifant  tomber 
des  torrens  de  pluie  de  toutes  les  parties  du  ciel. 
Toute  la  furface  de  la  terre  en  fut  inondée,  hors 
une  feule  montagne  de  la  Phocide  ( Cell  le  mont 
Parnaffe  ) que  les  eaux  épargnèrent , parce  que 
les  deux  fommets  étoient  au-delTus  des  nuages. 
C'eft-là  que  s'arrêta  la  petite  barque  qui  portoit 
Deuculion  & fa  femme  : Jupiter  les  avoit  fauves , 
parce  qifii  n'y  eut  jamais  d'homme  plus  juîle  & 
plus  équitable  que  Deucalion , ni  de  femme  plus 
vertueufe  , & qui  eût  plus  de  refped:  pour  les 
dieux , que  Pyrrha.  Dès  que  les  eaux  fe  furent 
retirées,  iis  allèrent  confulter  la  Déeffe  Thémis, 
qui  rendoit  Ces  oracles  au  pied  de  la  montagne, 
au  même  lieu  qui  devint  par  la  fuite  fi  célèbre 
par  l'oracle  de  Delphes.  La  Déeffe  leur  rendit 
cette  réponfe  : Sortet^  du  temple , vozle:^-vous  le 
’vifage  , détache-!^  vos  ceintures  , & jete^  derrière 
vous  les  os  de  votre  grand-mere.  Ils  ne  comprirent 
pas  d’abord  le  fens  de  l'oracle  , & leur  piété  fiit 
alarmée  d'un  ordre  qui  leur  paroiffoit  cruel.  Mais 
JOeucalion , après  avoir'bien  réfléchi,  trouva  que 
la  terre  étant  leur  mère  commune , fes  os  pou- 
voient  bien  être  les  pierres  qu'elle  renfermoit  dans 
fon  fein.  Ils  en  prirent  donc  quelques-unes,  & les 
jetèrent  derrière  eux  , en  fermant  les  yeuxj  auffi- 
tôt  ces  pierres  s'amollirent,  devinrent  flexibles, 
& prirent  une  forme  humaine.  Celles  que  Deu- 
calion  avoit  jetées,  formèrent  des  hommes,  êc 
celles  de  Pyrrha , des  femmes. 

Le  fond  de  *ce  récit  eft  véritable.  Sous  le  règne 
de  Deucalion , Roi  de  Theffalie , le  cours  du 
fleuve  Pénée  fut  arrêté  par  un  tremblement  de 
terre  , entre  le  mont  Offa  & l'Olympe , où  eft 
l'embouchure  par  où  ce  fleuve,  groffi  des  eaux 
de  quatre  autres  rivières , fe  décharge  dans  la 
mer  j & ij,  tomba  cette  année-Ià  une  fi  grande 
abondance  de  pluie,  que  toute  la  Theffalie,  qui 
eft  un  pays  plat,  fut  inondée.  Deucalion , & ceux 
de  fes  füjets  qui  purent  fe  garantir  de  l'inondation, 
fe  retirèrent  fur  Je  mont  Parnaffe  ; & les  eaux  s'é- 
tant enfla  écoulées , ils  defcendirenc  dans  la  plai.ne. 
Les  enfans  de  ceux  qui  s'étoient  fauves,  font  les 
pierres  myftérieufes  du  poète  , qui  repeuplèrent 
dans  la  fuite  le  pays. 

DEUCALION  3 fils  de  JAinos,  fécond  Roi  de 
Crète  , régna  après  fon  père,  & donna  Phèdre, 
fâ  fœur  , en  mariage  à Théfée.  Voye'^  Phèdre. 

Il  fat  grand  père  d'Idoménée. 

DEV'ERRA , Déeffe  des  Romains.  On  ne  fait 
de  cette  Divinité  que  ce  qu'en  dit  S.  Auguftin  au 
VI  liv.  da  la  cité  de  Dieu  ( c.  9.  ) ou  plutôt  ce 
qu'il  rapporte  de  Varron  à fon  fujet.  Les  anciens 
croyoient  que  le  Dieu  Sylvain  entroit  la  nuit  dans 
les  maifons , fe  plaçoit  fur  Iss  corps  de  ceux  qui  1 


E)  E U 

cormoîeftt , & les  accabloit  de  fon  poids.  Auff, 
quand  une  femme  étoit  greffe  , de  crainte  que 
Sylvain  ne  la  vînt  ainlî  incommoder,  on  la  mettoit 
fous  la  garde  des  trois  divinités,  Intercidon,  ou  (fé- 
lon I ivez)  Intercidona,  Pilumne  & Deverra.  La 
ceremonie  fe  faifoit  en  cette  manière.  Four  défi- 
gner  ces  trois  divinités  gardiennes' , trois  hommes 
faifoient  la  ronde  autour  de  la  porte  de  la  mai- 
fon  pendant  la  nuit  5 fs  frappoient  le  feuil  de 
la  porte  d'abord  avec  une  coignée  , enfuite  avec 
un  pilon^,  & enfin  ils  la  nettoyoient  avec  un 
balai  , afin  que  le  Dieu  Sylvain  , voyant  ces  trois 
marques  n'approchât  point  de  la  maifon  qu'il 
reconnoiffoit  avoir  été  mife  fous  la  protedion 
de  ces  trois  divinités  j car,  ajoute  S.  Auguftm, 
Intercidon  eft  ainfi  nommé  , de  i’incifion  d'une 
COîgnée  , à fecuris  inîerfeciione  ; Pilumnus , du  mot 
pilum, -pilon-,  & Deverra,  a feopis , d’un  balai  avec 
lequel  on  balaie  la  maifon  : d’où  l'on  peut  con- 
clure que  Deverra  préfîdoit  à la  propreté  des 
maifons , & que  fon  nom  avoit  été  formé  de 
deverrere  , balayer. 

DEVERRONA , Déeffe  des  Romains.  Voflîus 
( De  idololatr.  l.  il.  c.  61  ) appelle  ainfi  une 
Déeffe  que  l'on  invoquoit  quand  on  entaffoit  le 
bled  , parce  qu’alors  il  falloir  balayer  5 mais  il 
eft  douteux  qu’il  faille  la  diftinguer  de  Deverra, 
dont  nous  avons  parlé  j & peut-être  Voffius  s'eft- 
il  trompé.  La  différence  des  fonctions  que  l’on 
attribue  à ces  deux  Divinités , dont  l’une  préfi- 
doit  à la  naiffance  des  enfans , & l'autre  à la 
récolte  des  bleds  , fi  elle  étoit  réelle  , ne  permet- 
troit  pas  de  les  confondre.  Cependant  leurs  noms 
I ont  une  origine  commune.  Ces  mots  Deverra  Sc 
Deverrona  , viennent  de  deverrere  , ba}a3'’er. 

DEVERRINUS.  Voye^  Pilümnus. 

DEVIANA  , furnom  que  l'on  donnoît  à 
Diane  , parce  que  ceux  qui  aiment  la  chafle 
comme  cette  Déefle,  font  fujets  à s'égarer,  d? 
via  recedere. 

DEUIL.  L'article  Cok'voi  & celui  des  Funé- 
railles , apprendront  les  details  du  deuil  que 
les  anciens  portoient  en  fuivaht  les  morts  aux 
bûchers.  Je  ne  parlerai  ici  que  des  deuils  après 
cette  époque. 

Les  femmes,  dit  Windcelmann  ( Hifi.  de  V Art. 
liv.  4.  ck.  5.  ) , portoient  le  deuil  en  habits  noirs 
chez  les  Romains  comme  chez  les  Grecs  ( Dionyf. 
Dalic.  A.  R,  L.  8.  c.  39.  p.  492.  Ovid.  Met. 
l.  6.  V.  289. }.  Cette  mode  exiftoir  déjà  du  temps 
d'Homère  , q'ui  nous  apprend  que  Thétis,  plon- 
gée dans  la  trifteffe  par  la  mort  de  Patroeîe  , prie 
le  plus  noir  de  fes  vêtemens  ( Hom.  11.  10.  v. 
94.  ).  Mais  fous  les  empereurs  Romains  cet  ufage 
éprouva  un  changement  total , & les  femmes 
portèrent  le  deuil  en  habits  blancs  (Noris  Ce- 
not.  Pifan.p.  357.  ).  Ainfi,  quand  Plutarque  nous 
parle  en  général  des  habits  blancs  pour  le  deuil 


3^0  D E U 

fans  fixer  l’epoque , ii  n’eft  alors  queftion  que  . 
de  Tufage  de  fon  temps  ( xxTxy^.  p. 

482.  /.  20.  ).  Hérodiên  fait  mention  du  deuil 
en  habits  blancs , dans  la  relation  des  funeratiles 
de  f Empereur  Septime-Sévère.  Ii  nous  raconte 
eue  Timage  de  cet  Empereur  faite  de  cire^ 
étoit  environnée  d'un  côté  d'une  troupe  de  fem- 
mes vêtties  de  blanc , & de  i'aiure  du  corps  de 
tous  les  Sénateurs  habillés  de  noir  ( Hérod.  kift. 
i.  4.  c.  P . 128,  ) On  peut  dire  cependant  en 

général  que  , chez  les  Romains  , les  honvines- 
s'habilioient  coaftamment  de  noir  dans  le  deuil , 
comme  nous  l’apprenons  entre  autres  par  un  traie 
de  Trajan  qui , ayant  perdu  fon  époufe  Plotine^ 
porta  Tes  habits  noirs  pendant  neuf  jours  ( Xiphil. 
Hadr.  p.  247.  l.  27.  ) 33. 

Caton  cité  par  Servius  ( hi  Æneid.  iil  ) , dit 
que  les  femmes  quittoienr  pendant  le  deuil  les 
habits  de  pourpre  , & en  portoient  de  couleur 
bleue  J CAruleas  veftes. 

Les  femmes  quittoienr  pendant  le  deuil  tous 
leurs  ornemens , & nég’igeoient  le  foin  de  leur 
parure.  Les  hommes  hüToient  croître  leurs  che- 
veux & leur  barbe  ; ils  quittoienr  les  anneaux 
d’or.  Les  Sénateurs  & les  magiltrats  ne  portoient 
point  de  iaticlave  ni  les  autres  marques  de  leurs 
dignités  , fine  infignibus  mugifiratûs  ( Tacit.  annal, 
iil.  4.  I.  ).  Tous  étoient  vêtus  comme  les  Plé- 
béiens ; les  confuls  eux-mêmes  ne  rendoient  plus 
la  juilice  aiïis  fur  leur  tribunal  & dans  les  chaifes 
CuruleSj  mats  affis  fur  Iss  fiéges  des  préteurs, 
pu  dans  les  bancs  des  tribuns  du  peuple  ( Dio 
lib.  ).  Lucain  peint  dans  les  mêmes  termes  un 
deuil  public  (jJ.  17.): 

Ferale  per  urhem 

Jufiitiam  : latuit  pleheïo  tedus  amicm 

Qmnis  konos  : nuilos  comitata  efi  purpura  fafees. 

On  fermoir  pendant  les  deuils  publics  \s  forum, 
les  cabarets  , tabe^ns  , les  lieux  publics  ; c’eft 
pourquoi  on  abrégeoit  quelquefois  le  temps  des 
deuils.  Feftus  donne  pour  caufes  de  l’accourciife- 
ment  d’un  deuil  public,  la  dédicace  d'une  ades  , 
la  clôture  du  luître , l’accompliffement  d’un  vœu 
pubdc  j & pour  celles  de  raccourcifiTement  d’un 
particulier  la  naiiîan.cs  d’un  enfant , quel- 
ques ftonneurs  accordés  à la  famille,  le  retour  de 
.captivité  d un  père  , d'un  enfant,  d’un  époux  ou 
d un  frété , un  mariage  , la  naiffance  d’un  parent 
plus  proche  que  celui  dont  on  porte -le  deuil,  la 
célébraîion^des  myftères  de  Cérês  & des  çoinplt- 
mens  de  félicitation  à faire. 

On  peut  atouter  aux  ciufes  rapportées  par  Fef- 
tus,  la  célébration  des  ieux  folemnels  & celle 
ues  fjturnales.  Tacite  parlant  de  la  mort  de  Ger- 
Etanicus,  dit  que  le  deuil  ne  prit  fin  qu’à  cau^e 
des  ieux  Mégaléfiens  ( Annal,  ni.  r ) Et 
qu.a  ludorum  Megalenfium  fpeciaculum  jüèrat , 
guam  voiuptatc^  refumerent.  Capitolin  en  fourni: 


D E U 

une  fécondé  preuve  , lofrqu’il  parle  de  k 
mort  du  nis  d’Antonia  ( c.  'zi.  ).  Quant  aax 
faturaales , nous  en  voyons  la  preuve  dans  k 
reiie.don  de  Suétone  , fur  ie  prolongement  du 
deuil  de  Ge:mardcus  pendant  le  temps  de  ces 
têtes  ; ce  qui  etoic  donc  infolite  ( Càlig.  c.  g 
d.  3.  y : non  uLLis  foiatiis  , non  ediciis  inhzber'i 
luctus  publicus  potuu  : duravitque  etiam  per  fefios 
D^cemoris  me  gis  aies. 

Ceux  qui  étoient  dans  le  deuil  ne  fortoient 
point  de  leur  maifon.  Pline  dit  ( Epift.  ix.  13.). 
ldi  cto  sa  Adriam  , rogo  ut  veniat , quia  me  recens 
adhuc  lucius  limine  contincret.  Lorfqa'iîs  commen- 
çoienr  a fortir,  ils  fuyoient  les  fellins,  qui  luget 
abfiinere  débet  d convivüs  ; Eaull.  fentent.  il.  11.), 
les  aiTemblées  & les  fêtes  publiques. 

Gratien,  Valentinien  6c  Théodofe  , fixèrent  à 
un  an  le  temps  des  grands  deuils  \ l fiqua  2.  c. 
de  fec.  napt.  ) par  exemple  celui  des  époux  porté 
par  leurs  temmes  : iis  déclarèrent  infâmes  & 
privées  de  la  fuccefnon  de  l'épo  x défunt,  celles 
qui  en  prendroient  un  autre  avant  l'année  révo- 
lue. Avant  ces  empereurs,  les  plus  grands  deuils 
ne  duroient  que  uix  mois , ou  une  année  de  Numa, 
prince  qui  avoit  le  premier  fixé  ce  temps  à une 
année. 

Il  étoit  d’ufage  dans  le  deuil  de  fe  faire  couper 
les  cheveux.  On  voyoit  fans  cheveux  Ethra,  mère 
de  Théfée  {Faujan.  l.  ïo.p.  8di.  t.  il.  ')  & une 
femme  âgée  dans  un  tableau  de  Polygnote  con- 
fervé  à Delphe  ( Ibid.  p.  804.  /.  27.  & Eurip. 
Pheenif.  v.  373.  ).  Cet  ufage  défignoit  fans  doute 
le  deuil  eonlrant  des  veuves,  comrMe  celui  de  CL- 
temaeftre  & d'Hécube  ( Eurip.  Ipkig.  Aul.  v» 
1438.  Troad.v.  279.  480.  Helen.  v.  IO93.  il 54* 
1248.  ).  Les  enfans  coupoient  auSi  leurs  che- 
veux à la  mort  de  leur  père  {Eurip.  EleB.  v.  ici, 
148.  241.  33).  Epigr  gr.  ap,  Orvil.  anim.  in 
charit.  p.  361  ) ; ce  que  nous  favons  par  l’exemple 
d’Electre  &:  dOrefte  , & ce  que  nous  voyons  par 
leurs  llacues  de  la  Villa  Ludovifî  i Rome , dont 
on  pariera  plus  en  détail  aux  articles  de  ce  héros  6c 
de  fa  .rœur.  Foye^  Cheveux,  Ceinture,  Ban- 
delette. 

Les  anciens  coupoient  les  crins  à leurs  chevaux 
dans  le  deuil  univerfeî  d’une  ville  ou  d'un  pays, 
comme  fit  ( Eurip.  Alcefl.  v.  428.  ) Acniete , 
pour  marquer  fa  douleur  à la  mort  de  fa  femme, 
& comme  firent  les  ( Pluiarck.  Pelop.  p.  296-  c.  ) 
Tlieflâiiens  à la  mort  de  Pélropidas. 


DEVIN CTIO.  ■)  „,  , . r, 

DEVINCIRE.  Ç ^ 

lier  l’amour  de  quelqu’un  par  des  charmes. 
en  voit  une  exemple  dans  la  8‘<,  éçiogue  de  "V  irg^s 
C V.  77.  ) : 


Nccîe  tribus  nodïs  ternos , Arnarylli  , colores- 
Necie  , Arnarylli  , modo  , éf  Vtneris  ^ die  ^ 
•vincula  nedo. 


D E U 

DEVINS  J c’étoieaî  chez  les  Grecs  des  minifires 
de  la  religion  forr  ref.  ectés  : iis  aifiiloient  aux  fa- 
crifices  pour  confulter  les  entrailles  de  la  victime  ^ 
& en  tirer  les  préfages  ; ils  rég;oient  le  temps  j 
la  forme  iU  la  matière  des  facrifices  , fur- tout  dans 
les  occafions  importantes  : on  ne  manquoit  pas 
alors  de  les  confulter  , & de  fuivre  leur  décifîon. 
Au  refte  il  y avoit  deux  fortes  de  Devins  ; les 
uns  étoient  infpirés  par  Apollon  ^ répondoient  par 
oracles  & de  vive  voix  àceux  quiles  confultoient; 
les  autres  ne  s’appliqaoient  qu'à  expliquer  les  pré- 
fages tirés  des  oifeaux  , des  victimes  j ou  les  fon- 
ges.  y oyei  Augures  j Aru.spices. 

DEULTON  , dans  la  Thrace,  Colonia  F/avia 
Pacenjis  Deulton.  C.  F.  P.  D.  COL.  FL.  PAC^ 
DEULT. 

Cette  colonie  Romaine  a fait  frapper  des  mé- 
dailles latines  en  l'honneur  de  Trajân , de  Cara- 
calla  3 de  Macrin  de  Diaduménienj  d'Alexandre 
Sevère  , de  .Marnée  , de  Maximin  ^ de  Maxime  , 
■de  Gordien  J de  Tranquilline^  des  deux  Philippes^ 
d Gracile. 

DEUNiK.  Une  livre  de  douze  onces  moins 
une  once  ; onze  onces  de  la  livre  Romaine  , qui. 
en  conrenoit  douze  ; onze  douzièmes  de  quelque 
chofe  que  ce  foit.  Quoique  ce  terme  foie  pure- 
ment latin  , les  antiquaires  qui  écrivent  en  fran- 
çois  J font  obligés  de  s'en  fervir , parce  que  nous 
n'en  avons  point  dans  notre  langue  qui  y réponde. 

Deunx  , monnoie  de  compte  *des  Romains. 
Elle  étoit  repréfentée  par  ce  figne  Elle  va- 

loir Il  onces. 

Ou  22  femi-onces. 

Ou  3 s dueiles. 

Ou  44  ficiliqaes  , 

Ou  66  fextules , 

Ou  264  fcripules. 

Deunx,  monnoie  des  anciens  Romains.  Elle 
Valut,  depuis  la  fondation  de  Rome  jufqu'à  l'an 
485 . 18  fols,  monnoie  aduellede  France,  fclon 
M.  Pauéton.  Elle  valoir  alors  , en  monnoie  du 
même  peuple , I -V  dextans. 

Ou  I f-  dodrans. 

Ou  I I beflis. 

Ou  I f feptunx. 

Ou  I J femis  , 

Ou  Il  onces. 

Dsunx  , mefure  de  capacité  pour  les  liqueurs 
des  anciens  Romains.  Elle  valoir  18  roquiiles  & 
de  France.  Elle  valoir,  en  mefures  des  Ro- 
mains , TJ  dextans  , 

Ou  I f dodorans,. 

Ou  I I beiiis,. 

Ou  I ^ feptuüx,.- 
Ou  I J fexunx, 

Oa  2 Iqaincunxjr  - 


Ou  2 I triens , 

Ou  3 J quadrans  , 

Ou  y 2 fextans  , 

Ou  1 1 onces. 

Deunx,  mefure  de  capacité  pour  les  grains  des 
anciens  Romains.  C'étoient  les  onze  douzièmes  , 
c eft- à-dire  , les  fl-  du  fetier  ou  de  l'as  F oye:(^  As. 

Deunx  , aivifion  de  l'ancienne  liv're  Romaine 
valoir,  en  poids  de  France  , 5786  grains j valoic, 
en  poids  Romains  , i dextans  , 

Ou  I I dodrans. 

Ou  T l bes  , 

Ou  I I fepcunx  , 

Ou  I I fexuns. 

Ou  2 \ quincunx. 

Ou  2 f triens , 

Ou  3 I quadrans  > 

Ou  y 2 fextans , 

Ou  1 1 onces. 

Deunx  , mefure  linéaire  des  ànciens  Romains^ 
Elle  valoir  10  pouces  de  France.  Elle  valoic, 
en  mefures  du  même  peuple,  i tj  dextans. 

Ou  I 2 dodrans  , 

Ou  I I bes  , 

Ou  I ffeptunx. 

Ou  I |-  fexunx , 

Ou  2 2 quincunx. 

Ou  2 2 triens. 

Ou  3 2.  quadrans  , 

Ou  y 2 fextans. 

Ou  II  onces. 

Deunx  , mefure  gromatique  des  anciens 
mains.  Elle  valoir  663  toifes  quarrées  & de 
France.  Elle  valoir,  en  mefure  du  même  peuple, 

I 7'-  dextans  , 

Ou  I 2 dodrans 
Ou  I I beilis. 

Où  I 2 feptunx  , 

Ou  I I fexunx , 

Ou  2 2 quincunx. 

Ou  2 I triens , 

Ou  3 I quadrans. 

Ou  y 2 fextans  , 

Ou  II  onces. 

DEF OTXIS  numîni  majefiaûque  ejus.  CetKî 
expreffion  , qui  fe  lit  dans  pluiîeurs  inferiptions 
gravées  en  l'honneur  des  Empereurs  , eft  expri- 
mée quelauefoisjaar  les  figlcs  fuivantes  D.  N.  M,- 
Q-  E.^Ceire  bafls  adulation  rappelle  la  folie  de  ce 
Rom.afn  , qui  offrit  a Caligula  de  fe  dévouer  à la 
profpérité.  L'approche  du  momens 
ou  il  devoir  exécuter  fon  fatal  dévouement , le  Ht 
trembler  j mais  le  farouche  Empereur  le  livra  à la 
cruauté  de  ies  vaiers , qui  après  avoir  promené 
dans  toutes  les  rues  cette  viefime  involontaire  , 
parce  de  bandelettes  & de  couronnes  de  verveiae , 


3îi  D £ U 

k précipitèrent  dn  haut  de  ^oy^X.  Caia- 

ho&ra‘. 


Devotus  étoit  auffi  le  nom  de  celai  qui  fe  con- 
fac’-oit  au  lervice  de  quelque  Divinité  particu- 
lière ou  de  quelque  temple.  On  ht  ces  mots  dans 
une  infcriptiôn  q\n  eft  à Rome  ( Guîker.  de  V et. 
Jur,  Pcnt,  ir,  1 y.')  • 


decretum 


ITEM.  DEDICATIONE.  STATEJARUM 
CÆSARUM.  ET.  AUGUSTARUM 
MULSUM.  ET.  CRUSTULA.  PECUNIA 
NOSTRA.  DEVOTIS.  OMNIBUS.  EX 
POPULO.  DEBIMUS. 

DÉVOUEMENT,  aftion  par  laquelle  on  fai- 
foit  le  facrince  de  fa  vie  pour  le  falut  de  la  patrie , 
avec  des  cérémonies  particulières,  & dans  cer- 
taines conjonétures. 

Lkmour  de  la  patrie , qui  étoit  la  bafe  du  ca- 
raétère  des  anciens  Romains,  n’a  jamais  triomphe 
avec  plus  d’éclat  que  dans  le  facrifice  volontaire 
de  ceux  qui  fe  font  dévoués pour  cette  patrie,  à 
une  mort  certaine.  Traçons -en  l’origine,  les 
motifs,  les  effets  & les  cérémonies,  d’après  les 
meilleurs  auteurs  qui  ont  traité  cette  matière.  Je 
mets  à leur  tête  Struvius  dans  fes  antiquités  ro- 
maines, & Simon  dans  les  Mémoires  de  l’Aca- 
démie des  Belles-Lettres. 

Les  annales  du  monde  fourniiïent  plufieurs 
exemples  de  cet  enthoufiafrae  ]!Our  le  bien  public. 
Je  vois  d’abord  parmi  les  Grecs,  plufieurs  fiècles 
avant  la  fondation  de  Rome , ceux  Rois  qui  ré- 
pandent leur  fang  pour  l’avantage  de  leurs  fujets. 
Le  premier  eft  Ménécée , fils  de  Créon , Roi  de 
Thèbes  J de  la  race  de  Cadmus,  qui  vient  s’im- 
moler aux  mânes  de  Dracon  tué  par  ce  PiLice. 
Le  fécond  eft  Codrus,  dernier  Roi  d’Athènes, 
lequel  ayant  fu  que  l’Oracle  promettoit  la  vic- 
toire au  peuple  dont  le  chef  périroit  dans  la 
guerre  que  les  Athéniens  foutènoient  contre  les 
Doriens  , fe  déguife  en  payfan  & va  fe  faire  tuer 
dans  le  camp  des  ennemis. 

Mais  les  exemples  de  Dévouemens  que  nous 
fournit  l’Hiftoire  Romaine,  méritent  tout  autre- 
ment notre  attention  ; car  le  noble  mépris  que 
les  Romains  faifoient  de  la  mort,  paroît  avoir 
été  tout  enfemble  un  afte  de  l’ancienne  religion 
de  leur  pays , & l’effet  d’un  zèle  ardent  pou  ; leur 
patrie. 

Quand  les  Gaulois  gagnèrent  la  bataille  d’AlIîa  , 

1 an  363  de  Rome  , les  plus confidérables  du  fénat 
par  leur  âge  , leurs  dignités,  & leurs  fervices , fe 
dévouèrent  folemneîiement  pour  la  république  ré- 
duite^ à la  derniere  extrémité.  Plufieurs  prêtres  fe 
^'oignirent  à eux ^ Se  iniitèrent  ces  iiiuitres  YieUkrçis. 


D E U 

Les  uns  ayant  pris  leurs  habits  faints,  & les  auî.-*s 
les  robes  confuiaires  avec  les  marques  de  l»ur 
dignité  , fe  placèrent  à la  porte  de  léars  maifons 
dans  des  chaifes  d'ivoire , où  ils  attendirent *av*4 
fermeté  Sc  l’ennemi  Se.  la  mort.  Voilà  le  premier 
exemple  de  Dévouement  général  dont  fHiftoirc 
faffe  mention  5 & cet  exemple  eft  unique.  ( Tin, 
Livej  1.  V.  c.  XXXII.  ). 

L’amour  de  la  gloire  & de  la  profeffion  des  ar- 
mes , porta  le  jeune  Curtius  à imiter  le  généreux  dé- 
fefpoir  de  ces  vénérables  vieillards  , en  fe  précipi- 
tant dans  un  gouffre  qui  s’étoit  ouvert  au  milieu 
de  la  place  de  Rome  , parce  que  les  devins  difoient 
qu’il  falloir  y jeter  ee  que  la  ville  avoir  de  plus 
précieux,  peur  affurer  la  durée  éternelle  de  fon 
empire  ( Tite-Live , liv.  ni.  c.  ri.). 

Les  deux  Décius  père  & fils , ne  fe  font  pa$ 
rendus  moins  célèbres  en  fe  dévouant  dans  une 
occafîon  bien  plus  importante  pour  le  falut  des 
armées  qu’ils  commandoient , l’un  dans  la  guerre 
contre  les  Latins  , l’autre  dans  celle  des  Gaulois 
& des  Samnites , tous  deux  de  la  même  manière^, 
& avec  un  pareil  fuccès  ( Tite-Live , Uv.  vm  & 
X , c.  IX.  ),  Cicéron  qui  convient  de  ces  deux 
faits,  quoiqu’il  les  place  dans  des  guerres  différentes, 
attribue  la  même  gloire  au  Conful  Décius  qui 
étoit  fils  du  fécond  Décius  , & qui  commandoit 
l’armée  Romaine  contre  Pyrrhus  à la  bataille 
d’Afeoli.  ^ .... 

L’amour  de  la  patrie  ou  le  zèle  de  h religion 
s’étant  ralenti  dans  la  fuite,  les  Décius  n eurentque 
peu  ou  point  d’imitateurs , & la  mémoire  de  ces 
fortes  de  monumens  ne  fut  confervéc  dans  l’Hif- 
toire , que  comme  une  cérémonie  abfofument 
hors  d’ufage.  Il  eft  vrai  que  fous  les  Empereurs  il 
s’eft  trouvé  des  particuliers , qui  , pour  leur  faire 
baffement  la  cour  , fe  font  dévoués  pour  eux. 
C’étoit  autrefois  la  coutume  en_  Efpagne,  que 
ceux  qui  s’étpient  attachés  particulièrement  au 
Prince  ou  au  Général,  mouruffent  avec  lui , ou 
fe  tuafient  après  fa  défaite.  Voye:^  CalahoRRA. 
La  même  coutumic  fubfiftoir  auîb  dans  les  Gaules 
du  temps  de  Céf?r.  Dion  rapporte  à ce  fujet  que 
le  lendemain  qu’on  eut  donné  à Octave  ie  furnoni 
d’Augufie,  Sextiis  Pacuvius  , Tribun  du  peuples 
déclara  en  plein  fénat,  qu’à  l’exemple  des  bar- 
bares, il  fe  dévouait  pour  l’Empereur , ^ 
toit  de  lui  obéir  en  toutes  chofes  aux  dépens  de 
fa  vie  jufqu’au  jour  de  fon  dévouement.  Auguim 
fit  femblant  de  s’oppofer  à cette  infâme  flatterie , 
& ne  laîffa  pas  d’en  récompenfer  l’auteur.  _ 

L’exemple  de  Pacuvius  fut  imité.  On  vit  ipu 
les  Empereurs  fuivans  des  hommes  mercenaires 
qui  fe  dévouèrent  pour  eux  pendant  leurs  malam-S  i 
quelques-uns  même  allèrent  plus  loin  ^ ^ ^ 
gagèrent  par  un  vœu  folemnel  à le  donner 
mort , ou  à combattre  dans  l’arêne  ^ entre  ^ 
Gladiateurs,  s’ils  en  réchappoîent.  Suétone  no 
apprend  que  Caligula  reco.nnut  mal  le  zèle 
vagant  dêvu  flatteurs  ce  cet 


D E U 

ebllgei  Impkoyablement  J foit  par  une  crainte 
fuperlHneufe , foit  par  une  malice  affeftéej  d'ac- 
compür  leur  promeife.  Adrien  fut  plus  recon- 
noilTant:  il  rendit  des  honneurs  divins  à Antinous 
qui  s étoit,  dit-on,  dévoué  pour  lui  fauver  la 
vie. 

On  pratiquoit  à Marfeille , au  commencement 
de  cette  république , une  coutume  bien  lîngu- 
Iière.  Celui  qui , en  temps  de  pelle , s’éroit 
dévoué  pour  le  faliit  commun , étoir  traité  fort 
delxarement  aux  dépens  du  public  pendant  un 
au  bout  duquel  on  le  conduifoit  à la  mort, 
après  l'avoir  fait  promener  dans  les  rues,  orné  de 
fêlions  & de  bandelettes  comme  une  viétim.e. 

Le  principal  motif  du  Dévouement  des  Papens, 
étoit  d appaifer  la  colère  des  Dieux  m.alraifans  & 
fanguinaires , dont  les  malheurs  & les  difgraces 
que  I on  éprotivoit , donnoient  des  preuves  con- 
vaincantes : mais  c’étoit  proprement  les  puil- 
fances  infernales  qu’on  avoir  deffein  de  fatisfaire. 
Comme  elles  paflbient  pour  impitoyables  lorfque 
leur  fureur  étoit  une  fois  allumée,  les  prières,  les 
victimes  ordinaires  paroilToient  trop 
foiblespour  la  fléchir;  il  falloir  du  fang  humain 
pour  l'éteindre. 

Ainfi  dans  les  calamités  publiques , dans  l’hor- 
reur d une  fanglante  déroute,  s’imaginant  voir  les 
funes  le  flambeau  à la  main  , fuivies  de  l’épou- 
vante , ^ du  defefpoir  & de  la  m.ort , portant  la 
defolatian  par  tout , troublant  le  jugement  de 
leurs  cnefs , abattant  le  courage  des  foldats , 
renverfant  les  bataillons,  & confpirant  à la  ruine 
de  la  république , ils  ne  rrouvoient  point  d'autre 
remède  pour  arrêter  ce  torrent , que  de  s’expofer 
a la  rage  de  ces  cruelles  divinités,  & d’atrir.T 
fur  eux  mêmes,  par  une  efpèce  de  diverfion,  les 
malheurs  de  leurs  citoyens. 

Aînfiils  fe  chargeoient  d’horribles  imprécations 
contre  eux-rr.êmes,  de  tout  le  venin  de  la  malé- 
diélion  publique,  qu'ils  croyoient  pouvoir  com- 
sniiniquer  comme  par  contagion  aux  ennemis, 
en  fe  jetant  au  milieu  d'e-ux , s’imaginant  que 
les  ennemis  accomplifîbienr  le  facrifice  Se  les 
vœux  faits  contre  eux,  en  trempant  leurs  mains 
dans  le  fang  de  la  viélime. 

^ ?rlais  comme  tous  les  aâes  de  religion  ont  leurs 
cérém.onies  propres  à exciter  la  vénération  des 
peuples  J .&  à repréfenrer  fes  myftères  ; i!  y en 
avoir  de  flnguliers  dans  les  Dévouemens  des  Ro- 
mains, qui  faifoient  une  fi  vive  imprtffion  fur 
les  efpnts  des  deux  partis,  qu’elles  ne  contri- 
buoient  pas  peu  à la  révolution  fubire  qu’on  s’en 
promettoic. 

Il  étoit  permis  , non-f.u!emenî  aux  magifirats, 
mais  rneme  aux  particuliers,  de  fe  dévouer  pour  le 
lalut  oe  1 état  ; mais  il  n y avoit  que  le  général 
qui  pût  dévouer  un  foldat  pour  toute  l’armée  j 
«ncore  falloit-îl  qu’il  fût  fous  fes  aufpices  , & 
enr  ôle  fous  fes  drapeaux  par  fon  ferment  militaire  , 
\The-Live , l.  vr^i , c.  x.). 

And'iquitis  , Tarn  11^ 


D E U 3^3 

Lorfqa’il  fe  dévouait  lui-même  , il  étoit  obligé 
en  qualité  de  m.agiitrat  du  peuple  Romain,  de 
prendre  les  marques  de  fa  dignité  , c’e.fl-à-dire,  la 
toge  bordée  de  pourpre,  dont  une  partie  rejetée 
par  derrière  , forraoit  autour  du  corps  une  ma- 
niéré de  ceinture  ou  de  baudrier  appelée  cirrus 
Gabinus , parce  que  la  mode  en  était  venue  des 
Gabiens.  L’autre  partie  de  la  toge  lui  couvroit  la 
tCiC.  Il  eroit  debout  , le  menton  appuyé  far  fa 
main^droite  par  deflbus  fa  robe,  & un  javelot' 
fous  les  pieds.  Cette  attitude  marquoit  1 offrande 
qu  il  faifoit  tete;  & le  javelot  fur  lequel  il 
marchoit , deiignoit  les  armes  des  ennemis  cu’iî 
confacroir  aux  Dieux  infernaux  , & qui  feroient 
bientôt  renverfés  par  rerre.  Dans  cette  fituation  , 
atmé^de  toutes  pièces , il  fe  jecoit  dans  le  fort  de 
la  mêlée,  & s’y  faifoit  tuer.  On  appeloit  cette 
aétion  fe  dévouer  à la  Terre  8c  aux  Dieux  i.nfer- 
naux.  C’eft  pourquoi  Juvénal,  en  faifant  l’éloge 
des  Décius , a dit  : 

Pro  legïonibus , auxîliis  & pdebe  Latînâ 
Suffiezunt  dis  infernzs  , terr&quc  parenti. 


Le  grand  prêtre  faifoit  la  cérémonie  du  dévoue^ 
! ment.  La  peine  qu’il  prononçoic  alors , étoir 
répétée  mot  pour  mot  par  celui  qui  fe  dévouait. 
Tite-Live , ( liv.  vitt  , c.  ix.  ')  nous  l’a  confer- 
yée,  Sc  elle  ell  trop  curieufe  pour  ne  pas  i’infére:: 
ici. 

« Janns,  Jupiter,  Mars,  Quirinus,  Bellone, 
==  Dieux  domelliques.  Dieux  nouvellement  reçus, 
" Dieux  du  pays;  Dieux  qui  difpofez  de  “nous 
« & de  nos  ennemis.  Dieux  Mânes,  je  vous 
” adore , je  vous  demande  grâce  avec  confiance  , 
8c  vous  conjure  de  favorifer  les  efforts  des 
” Romains,  & de  leur  accorder  la  viéloire  ; de 
« répandre  la  terreur,  l’épouvante  , la  mort  fur 
” les  ennemis.  C’eft  le  vœu  que  je  fais  en  dévouant 
” avec  moi  aux  Dieux  Mânes  & à la  terre  , leurs 
==  légions  8c  celles  de  leurs  alliés  , pour  la  ré- 
» publique  Romaine.  Macrobe  l’exprime  ( Sut. 

ni , ç.  ) en  d’autres  termes,  que  voici». 

“ Dis  Je  père,  ( c’etoit  Pluton  ) , Jupiter,  Mânes, 

» ou  de  queloue  nom  qu’on  vous  puiffe  appeler, 

» je  vous  prie  de  remplir  cette  ville  ennemie , 

» 8c  l’armée  que  nous  allons  combattre  , de 
» crainte  & de  terreur  : faites  que  ceux  qui  per- 
» teront  les  armes  contre  nos  légions  8c  notre 
” armée  , foient  mis  en  déroute  avec  ceux  qui 
» habitent  leurs  villes  8c  leurs  campagnes  : qu’ils 
” foient  privés  de  la  lumière  célefle  ; que  les 
villes  & les  campagnes  avec  les  habitans  de 
» tour  âge,  vous  foient  dévoués , félon  les  loix 
» par  lefcuelîes  les  plus  grands  ennemis  font 
» dévoués.  Je  les  dévoue,  fuivant  l’autorité  de 
» ma  charge  , pour  le  peuple  Romain , pour 
» notre  armée , pour  nos  légions , afin  que 
» vous  conferviez  nos  commandans  8c  ceux  qui 
-5  cosibaîtent  fous  leur  ordre. 

y y 


SS4  D E V 

Uooinlon  que  les  Payens  avo’.ent  de  îa  nature 
de  ces  Dieux  incapables  de  faire  du  bien  , les  en- 
gageoit  d’cffrir  à leur  vengeance  de  perfides  enne- 
Kiis , qu’ils  fupoofoient  être  les  auteurs  de  la 
guerre  & mériter  aufll  toutes  les  imprécations. 
Elles  paiToienr  toujours  pour  eiEcaces  iorfqu’elles 
croient  prononcées  avec  toutes  les  foîemiiités  re- 
qoifes  oar  les  miniifres  de  la  religion  j & par  Es 
hommes  qu’on  croyoit  favorifés  des  Dieux. 

On  ne  doit  donc  pas  être  furpris  des  révolutions 
foudaines  qui  fuivoient  les  Dévouemens^  pour 
la  patrie.  L’appareil  extraordinaire  de  la  cérémo- 
nie l’autorité  du  grand  Prêtre  qui  promettoit 
une  viéfoire  certaine , le  courage  héroïque  du 
général  qui  couroit  avec  tant  d’ardeur  à une  niorr 
affûtée,  étoiant  affez  capables  de  faire  impreffion 
fur  l’efprit  des  foldars,  de  ranimer  leur  valeur, 
& de  relever  leurs  efpérances.  Leur_  imagination 
remplie  de  tous  les  préjugés  de  la  religion  payenne , 
Sc  de  toutes  les  fables  que  la  fuperftition  avoit 
inventées,  leur  faifoir  voir  ces  mêmes  Dieux  , 
auparavant  lî  animés  à leur  perte , changer  tout 
d’un  coup  l’objet  de  leur  haine , & combattre 
pour  eux. 

Leur  général , en  s’éloignant , leur  paroiffoit 
d’une  forme  plus  qu’humaine  ; ils  le  regardoient 
comme  un  génie  envoyé  du  ciel  pour  appaifer  la 
colère  divine , & pour  re.nvoycr  fur  leurs  ennemis 
les  traits  qui  leur  étoient  lancés.  Sa  mort,  au-lieu 
de  conlterner  les  liens , raffuroit  leurs  efprits  : 
♦’étoit  la  confommation  de  fon  facrifce,  & le 
gage  affaré  de  leur  réconciliation  avec  les  Dieux. 

Les  ennemis  eux-mêmes,  prévenus  des  mêmes 
erreurs,  voyant  ce  qui  venoit  de  fe  paffer,  croy  oient 
s’êcre  attire  tous  les  enfers  fur  les  bras  , en 
immolant  la  vidtime  qui  leur  étoic  confacrée.  Ainlî 
Pyrrhus  avant  été  informé  du  projet  du  Dévoue- 
rmrzt  de  Décius  , employa  tous  fes  talens  &:  tout 
fon  art  pour  effacer  les  mauvaifes  impreffions  que 
pouvoir  produire  cet  événement.  Il  écrivit  même 
a Décius  de  ne  point  s’amiifer  à des  puérilités  in- 
dignes d’un  hoinnie  de  guerre,  & dont  la  nou- 
■veüe  faifoit  l’objet  de  îa  raillerie  de  fes  foldats. 
Cicéron  voyant  les  Dévouemcns  avec  plus  de 
fang-froid^,  & étant  encore  moins  crédule  que 
le  Roi  d’Epire  , ne  croyoit  nullement  que  les 
Dieux  fuffenr  affez  injulfes  pour  pouvoir  être 
appaifés  par  la  mort  des  grands  hommes,  ni  que 
des  gens  li  fages  prodiguaffent  leur  vie  fur  un  fi 
faux  principe  ; mais  il  confidéroit  avec  Pyrrhus 
leur  aftîon  comme  un  firatagême  d’un  généra!  qui 
n’épargne  point  fon  fang  lorfqu’il  s’agit  du  falut 
de  fa  patrie  , étant  bien  perfuadé  qu’en  fe  jetant 
aumiiieu  des  ennemis,  il  feroit  fuivide  fes  foldats, 
&'que  ce  dernier  effort  regagneroit  la  victoire  ; 
ce  qui  ne  manquoit  gueres  d’arriver.  Quand  le 
général  qui  s’érott  dévoué  pour  l’armée  périffoit 
dans  le  combat,  & que  fon  vœu  étoit  accompli  , 
il  ne  reftoit  qu’à  en  recueillir  le  fruit , & à lui 
sendre  les  derniers  devoirs  avec  toute  la  pompe 


D E V 

due  à fon  mérite  , & au  fervice  qu’il  venoit  dg 
rendre.  Mais  s’il  arriçoit  qu’il  furvécût  à fa  gloire 
les  exécrations  qu'il  avoit  prononcées  contre 
lui-même  & qu’il  n’avoir  pas  expiées , le  faifoieilt 
confîdérer  comme  une  perfonne  abominable  êc 
haïe  des  Dieux;  ce  qui  le  rendoit  incapable  de 
leur  offrir  aucun  facrifice  public  ou  paiticulier.  H 
étoic  obligé  pour  effacer  cette  tache,  & pour  fe 
purifier  de  cette  abomination,  de  confacrer  fes 
armes  à Vulcain , ou  à tel  Dieu  qu’il  lui  piaifbit, 
en  immolant  une  vidime,  ou  en  lui  faifantquel- 
qu’autre  offrande. 

Si  :e  fcldat  qui  avoit  été  dévoué  par  fon  général 
perdoit  la  vie,  tout  paroiffoit  confommé  heureu- 
fement  ; fi  au  contraire  il  en  réchappoit , on  en- 
terrolt  une  ftariie  haute  de  fept  pieds  & plus , 
& l’on  offroir  un  facrifice  expiatoire.  Cette  figure 
étoit  apparamment  la  repréfentation  de  celui  qui 
avoi:,  été  confacré  à la  Terre  ; & la  cérémonie  de 
l’enfouir  étoit  l’accompüffement  rayftique  du  vœu 
qui  n’avoit  point  été  acquitté. 

Il  n’ étoit  point  permis  aux  Magiftrats  Romains 
qui  y affiftoient,  dedefcendre  dans  lafoiTe  ou  cette 
ffatue  étoit  enterrée , pour  ne  pas  fouiller  la  pureté 
de  leurminiftère  par  l’air  infedéde  ce  lieu  profane 
& maudit,  femblable  à celui  qu’on  appeloit  Si- 
denîal. 

Le  javelot  que  le  confui  avoit  fous  fes  pieds  en 
faifani  fon  dévouement,  devoir  être  gardé  foigneu- 
fement , de  peur  qu’il  ne  tombât  entre  les  mains 
des  ennemis  : ç’eût  été  un  trille  préfage  de  leur 
fupériorité  fur  les  armes  romaines.  Si  cependant 
la  chofe  arrivoit  malgré  toutes  les  précautions 
qu’on  avoir  prifes,  il  n’y  avoir  point  d autre  re- 
mède que  de  faire  un  facrifice  folemnel  d’un  porc, 
d’un  taureau,  Sr  d’une  brebis  ( appelé  Suovt- 
taurilia  ),  en  l’honneur  de  Mars. 

Les  Romains  ne  fe  contentoient  pas  de  fe  dé- 
vouer à la  mort  pour  la  république  , & de  livrer 
en  miême-temps  leurs  ennemis  à la  rigueuydes 
divinités  malfaifantes , toujours  prêtes  à punir  & 
à détruire  : ils  tâchoienr  encore  d’enlever  à ces 
mêmes  ennemis  ,1a  proredion  des  Dieux  maîtres 
de  Eur  fort  ; ils  évoquoient  ces  Dieux,  iis  les 
invîtoient  à abandonner  leurs  anciens  fujets,  in- 
dignes par  leur  foibleffe  de  la  protedion  qui  *ear 
avoit  été  accordée,  & à venir  s’établir  à Rome, 
où  ils  trouveroient  des  ferviteurs  plus  zélés  & p-ns 
en  état  de  leur  rendre  les  honneurs  qui  lenr 
étoient  dus.  C’eft  ainfi  qu’ils  en  ufoient^avant  ia 
prife  des  villes  lorfqu’ils  les  voyoient  réduites  a 
l’extrémité.  Après  ces  évocations,  dont  Macrobe 
nous  a confervé  la  formule  rapportée  plus^haut^, 
ils  ne  doutoient  point  de  leurs  vidoires  &.  deieUiS 

fuccès.  _ _ . . r WnE 

Chaque  citoyen  aimant  fa  patrie,  rien  ne  ftipn  ^ 
pouvoir  l’empêcher  de  facrifisr  fa  vie  au  bien 
l’état , & au  falut  de  fes  concitoyens.  La 
blique  ayant  auffi  un  pouvoir  abfoîu  fur  tous 
particuliers  qui  la  compofoient,  il  ne  fane  P" 


D E U 

s’étonner  que  ks  Romains  dévouaJfcTt:  quelquefois 
aux  Dieux  des  enfers  des  fujcts  pernicieux  dont 
ils  ne  pouvoient  pas  fe  défaire  d’une  autre  ma- 
■ nière,  & qei  pouvoient  ^ par  ce  dévouement , être 
tués  impunément. 

Ajourons  à cette  pratique  les  enchantcmens  & 
ies  conjurations  appelés  dévotioncs,  que  les  magi- 
ciens employoient  contre  ceux  qu’ils  avoient 
deifein  de  perdre.  Iis  évoquoient  pour  cet  eifet^ 
par  des  facrifices  abominables , les  ombres  malheu- 
reufes  de  ceux  qui  venoient  de  faire  une  fin  tra- 
gique, & prétendoient  les  obliger  par  des  pro- 
melîè.s  encore  plus  aftreufes,  à exécuter  leur  ven- 
geance. On  croyoit  que  les  gens  ainfi  dévoués  ou 
cnforceiés  périifoient  maiheureufement , les  uns 
par  des  maladies  de  langueur,  les  autres  par  une 
mort  fubire  ou  violente.  Mais  il  y a bien  de  l’ap- 
parence que  les  différentes  qualités  des  poifons 
qu’ils  employoient  pour  appuyer  leurs  charmes, 
ctoienc  la  véritable  caafe  de  ces  événemens.  ( Ar- 
ticle  du  Chevalier  de  Jaucourt). 

DEDX.  Le  nombre  de  deux  étoit  regardé,  chez 
les  Romains,  comme  de  mauvais  augure  & comme 
le  plus  malheureux  de  tous  ies  nombres.  Comme 
tous  les  mauvais  augures  étoient  confacrés  à Piu- 
ton  , les  Romains  lui  avoient  dédié  le  fécond  mois 
de  l’année  & le  fécond  jour  de  chaque  mois.  Par  la 
même  raifon  les  nombres  pairs  étoient  funeftes, 
& les  Dieux  n’aimoient  que  les  nombres  impaksj 
comme  le  dit  Virgile  : 


ciel  parut  les  en  punir  féverement  -,  car  à peine 
les  vai.ffeaux  furent-ils  en  pleine  mer.  qu’il  furvint 
un  calme  affez  long  pour  donner  à Dexicréoxte: 
le  temps  néceffaire  pour  échanger  fou  eau  contre 
les  précieufes  marchandifes  de  fes  railleurs.  Dexi- 
créonte  retourna  plus  riche  & plus  dévot  que  ja- 
mais à Samos , où  il  remercia  la  DéeiTe  de  fa  bonne 
infpirarion , en  lui  élevant  une  ftatue  ( Cxl.  Rkodig. 
l.  29.  c.  i8-). 

DEXTANS,  mot  qui  exprimoit  chez  les  Ro- 
mains les  4r  d’un  tout  quelconque,  divifible  e» 
12  parties  appelées  uncis,  onces. 

Dextans  , monnoie  de  compte  des  Romains. 
Elle  étoit  repréfentce  par  ce  figne  S~  jH  Elle  va- 
loir 10  onces. 

Ou  20  femi-onces. 

Ou  3®  duelles. 

Ou  40  ficiliques  , 

Ou  60  fextules  , 

Ou  240  fcripules. 

Dextans  , monnoie  des  anciens  Romains.  Elle 
valut , depuis  la  fondation  de  Rome  jufqu’à  l’an 
485 , 16  fols  8 deniers  monnoie  aduelle  de  Fran- 
ce , félon  M.  Pauéton  ( Métrologie  ).  Elle  valojc 
alors,  en  monnoie  du  même  peuple,  i | dodrans. 
Ou  I i beffis. 

Ou  I feptunx. 

Ou  I y femis  , 

Ou  lO  onces. 


Tibère  ( Tacit.  Annal. 


Mumero  Deus  impart  gaudet. 

DEÜX-CENTIÈME.  1 
DUCENTESîMA.  5' 
il.  42.  7.  ) établit  dans  tout  Fempire  Romain  l’im- 
pôt du  denier  5 mais  Caligula  l’abo- 

lit , comme  on  l’apprend  de  fes  médailles  , fur  lef- 
quelles  on  lit  : remife  du  deux-centième , remijpo 
éiucentefima  , R.  CC, 


DEXAMÈNE,  Roi  d’Olène  , beau-père  des 
Molionides.  ^aye:^  Molionides. 

DEXICRÉONTIQÜE  , fiirnom  de  Vénus.  Elle 
fur  ainü  appelée , félon  ies  uns , d’un  charlatan 
nommé  Dexia-éonte , qui  guérit  par  des  enchan- 
remens  & des  facrifices’ les  femmes  de  Samos  de 
leur  fanatifrne  pour  le  culte  de  Vénus,  & de  la 
fureur  avec  laquelle  elles  s’abandonnoient  aux  ac- 
tions par  lefquelles  cette  Déeffe  peu  chafie  vouloir 
être  honorée.  En  mémoire  de  ce  prodige,  on  éleva 
une  ftatue  qu’on  appela  la  Vénus  de  Dexicréonte. 

D’autres  penfent  que  le  Dexîcréonte  , dont 
cette  Vénus  porta  le  nom  , fut  un  commerçant 
qui , ne  fachant  de  quoi  charger  fon  vaiffeau  jeté 
par  les  vents  dans  l’ifle  de  Chypre  , confulta  la 
DéeHe.  Elle  lui  confeüla  de  ne  prendre  que  de 
l’êau.  Le  pieux  Dexicréonte  obéit  j il  partit  du 
port  avec  les  autres  marchands  , qui  ne  manquè- 
rent pas  de  le  plaifanter  fur  fa  cargaifon.  Mais  le 


Dextans  , divifion  de  l’ancienne  livre  Ro- 
maine , valoir,  en  poids  de  France,  3260  grains, 
félon  M.  Pauéton  ( Métrologie).  II  valoir  en  poids. 
Romains,  i j dodrans. 

Ou  I J bes , 

Ou  I f feptunx  , 

Ou  I 7 fexunx,' 

Ou  2 quincunx. 

Ou  2 l-triens. 

Ou  3 I quadrans. 

Ou  5 fextans  , 

Ou  10  onces. 

Dextans,  mefure  de  capacité  pour  les  liqueurs 
des  anciens  Romains.  Elle  valoit  17  roquilies  Sc 
de  France.  Elle  valoit , en  mefure  du  même 
peuple  ,17  dodrans. 

Ou  I ù beffis  , 

Ou  I I feptunx  , 

Ou  I 7 fexunx. 

Ou  2 quincunx. 

Ou  2 } triens  , 

Ou  3 I quadrans , 

Ou  5 fextans  , 

Ou  10  onces, 

Dextans  , mefure  de  capacité  pour  les  folides 
en  ufage  chez  les  Romainsj  c’étoient  les 
fetier.  Voyez  Setier. 

y y 5j 


5î^  D ï A 

Dextans  , mefare  linéaire  des  anciens  Ro- 
mains j elle  valoir  9 pouces  de  Frpce.  Elle 
valoir^  en  mefure  du  même  peuple , 1 j dodrans  j 
Ou  î I bes  J 
Ou  1 feptunx. 

Ou  I J fexunx. 

Ou  2.  quincunx  , 

Ou  2 i triens  , 

Ou  3 J quadrans  , 

Ou  5 fextans  , 

Ou  IG  onces. 

Dextans  , mefure  gromatique  des  anciens 
Romains.  Elle  valoir  603  toifes  quarrées  & ~ de 
France,  félon  M.  Pauclon.  Elle  valoir,  en  me- 
fures  du  même  peuple,  i j dodrans. 

Ou  I 5 beflis. 

Ou  I feptunx , 

Ou  I 7 fexunx. 

Ou  2 quincunx. 

Ou  2 I triens  , 

Ou  3 f quadrans. 

Ou  5 fextans. 

Ou  10  onces. 

DEXTRALE  ( Ifid.  xix,  31.),  bracelet  qu’on 
portoit  au  bras  droit. 

DEXTRATIO , tour  que  l’on  faifoit  à droite. 
Cétoir  une  efpèce  de  culte  particulier  que  les 
Hemains  rendoient  à leurs  Divinités.  Voys^^  Ado- 
ration. 

^DEXTROCHERIUM.  Voyei  Bracelet. 
C’eft  ainfi  que  Capitolin  ( Maxim,  e.  6.  ) appelle 
le  bracelet  de  la  femme  de  Maximin  , qui  ne  poa- 
voit  lui  fervir  que  d’anneau  pour  fon  pouce  : Pol- 
lice  ita  vajîo , ut  uxoris  dextrackerio  uîeretur  pro 
annulo. 

_D.  I.  Muratori  (71.  /.  Tkef.  Infer.)  rapporte 
i’infeription  fuivante , dans  laquelle  il  croit  que 
ces  deux  iîgles  ligniSent  Dea  Ifiii , ou  Diana, 
invicia^  ou  Dso  inyieio,  c’eft-à-dire,  Soli  mhhra  : 

D.  J. 

AEUDIUS 
HERMES 
V.  s.  L.  M. 

piA^  ow  DIE,  otT  DEA  DIA , nom  d’une 
Divinité  des  anciens.  La  DéeiTe  Dia  éroit 
honorée  chez  les  Sic7oniens  & chez  les  Philia- 
fiens.  Elle  étoit  aulfi  connue  & honorée  des  Ro- 
mains , comme  il  paroît  par  le  fragment  des  inf- 
criptions  des  frères  Arvales  , qui  fe  voit  dans 
Gruter  ( p.  cxvn  & fuiv.  ) où  elle  di  nommée 
De  A Dr  A,  cinq  fcîS  (p.  exx  & exxr.  ).  On  r lit 
que  les  frères  Arvales  lui  oîFroient  des  facriSces 
lolemneis , qù  elle  avoir  un  bois  facré  fur  le  che- 
min ou  dans  la  campagne  d’Italie,  Xid  Campanâ, 
a cinq  ttades  de  Rome,  apud  lap.  r y que  les  arbres 


D î A 

de  ce  bois  ayant  été  frappés  de  la  foudre , on  y Sf 
des  lüftrations  & des  iacrifices  pour  puraer  ie 
lieu  ; & qu’on  en  planta  d’autres.  Dans  u.ne^autre 
infeription  rapportée  par  Gruter  ( pag.  exxr^^) 
on  voit  aulfi  qu’il  y avoir  près  de  ce  bois  un  tem- 
ple, ou  une  falle  , ou  un  poriisue,  foutenii  de 
quatre  colonnes  , Tetrafiylon  , dans  lequel  les 
Prêtres  s’aflembioient , & où  ils  tenoient  leurs  af- 
femblces- 

Quelques  Auteurs  modernes  alTurent  que  I3 
Déefj'e  Dia  fut  auffi  honorée  en  Gaule  5 qu’elle  le 
fut  fur-tout  des  Vocontîens  , qui  l’adoroient  par- 
ticulièrement dans  leur  ville  principale  , appelée 
pour  cette  raifon  Dia  Vocontiorum , aujourd’hui 
Die  en  Dauphiné , dont  le  nom  s’eft  formé  de 
Dia.  Ils  fondent  cette  opinion  fur  ce  que  l’on 
trouva,  il  y a quelques  années,  à D/e,  i’inferip- 
tion d’un  taurobole  offert  à la  mère  des  Dieux: 
Matri  Deum  magnæ  ideæ.  Ils  ajoutent  que 
l’on  voit  à D/e,  fur  l’une  des  portes  qui  relient  de 
l’ancienne  ville , une  tête  de  bœuf  fculptée  fur  la 
clef  de  la  voûte  au-dedans  de  la  ville  5 & qu’il  y a 
encore  plufieurs  bas-reliefs  dans  la  même  ville  où 
font  repréfentées  des  têtes  de  bœufs  & de  mou- 
tons avec  des  inftrumens  pour  la  culture  de  la 
terre.  Tout  cela  rend  la  conjedture  aflez  plau- 
fible. 

Du  relie  , on  ne  fait  qu’elle  étoit  la  DéelTe  Dia, 
Quelques-uns  difent  que  c’ étoit  Kébe,  DéelTe  de 
îa  JeunelTe,  fans  en  donner  de  raifons.  Un  Doc- 
teur en  Droit  de  Bâle  , nommé  Séballien  Fefch , 
habile  antiquaire , croyoit  que  Dia  étoit  la  même 
qu’Ops , ou  Cybèle.  Sa  conjeélure  étoit  fondée  fur 
ce  que  Cybèle  & Saturne  fon  mari  paffoient  pour 
les  inventeurs  de  la  culture  de  la  terre  & des  fruits  ; 
& que  les  frères  Arvales  étoient,  comme  il  paroît 
par  le  monument  cité  plus  haut , Prêtres  de  la 
Déeffe  D/A,  & que  ces  Prêtres,  ainlî  que  leur  nom 
femble  l’indiquer , étoient  les  faciifîcateurs  & les 
minillres  des  Dieux  qui  préfidoient  aux  biens  de 
la  terre  ou  aux  fruits  de  la  terre.  Mais  par  la  même 
raifon,  on  pourroit  dire  que  D/A  feroit  Cérès  à qui 
l’antiquité  fabuieufe  croyoit  devoir  rÎHventicn 
des  blés,  îl  y a même  plus;  car  les  frères  -Arvales, 
comme  nous  l’avons  dit  en  fon  lieu,  étoient  Prê- 
tres de  Cérès  & de  Bacchus  ; ils  furent  inllitués 
pour  offrir  leurs  facrifices  , & non  pour  le  culte 
de  Cybèle. 

DIA , femme  d’Ixion,  & mère  de  Pirithoiis. 
Xoyei  IxiON  , PiRITHODS. 

DIABATHRA  , efpèce  de  chaulTure  des  fem- 
mes Grecques.  Poîlux  , Fellus  , Nevîus  , cité  pat 
Varron  , nomment  cette  chauffure  fans  la  décrire- 
Plaute  fait  auffi  mention  des  cordonniers  appelés 
diabathrarii  ( Autul.  ni.  f.  39  ),  fans  en  alTS 
davantage.  Nous  femmes  forcés  de  les  imiter. 

DIABLINTES,  dans  les  Gaules.  D’^omos^ 

Les  médailles  autonomes  de  ce  peuple  fosït 
RRRR.  en  argent.  . . ...  Pdkriru 


D I A 


O.  en  bronze. 

O.  en  or. 

DiACRïENSj  une  des  factions  d’Athènes.  lî  y 
avoir  quelquefois  tr.  is  raCtions  dans  cette  villcj 
& queiquefois  elles  éroier.t  réduites  à deux.  Lorf- 
qu  d s en  trouva  trois  , c’étoknt  les  ai^crü  , les 
peaii  ^ les  paralh  : le  nombre  augmentoit  fui- 
vant  qu  il  fe  trouvoit  des  chefs.  Les  diacrii  deman- 
doîent  le  gouvernement  andocratique  ^ c’eft-à- 
dire  le  gouvernement  des  nobles  ou  des  per- 
fonnes  diftinguées  dans  la  république.  Telles  font 
aujourd  hui  les  republiques  ne  Venife  & de  Gènes. 
Les  pedii  inciinoient  pour  la  démocratie  ^ c’eft- 
a-dire  , pour  le  gouver.nement  du  peuple  ^ ainfi 
qud  fe  pratique  dans  quelques  cantons  de  la 
, “ f ^ comme  il  étoit  d’ufage  à Strasbourgj 
or  qu  eue  avoir  le  titre  de  v^lle  impériale  y car 
alors  il  falloir  pour  entrer  dans.la  Magidrature  de 
ia  Ville,  etre  né  dans  la  roture;  un  noble  qui  au- 
y entrer  , étoit  obligé  de  renoncer  à la 
pratique  encore  au- 
jourd nui  pour  la  Magiftrature  de  la  municipalité. 

DIACTORUS , furnom  de  Mercure,  qui  ex- 
primera fonéiion  princip.ale  de  ce  Dieu,  dvtre 
le  raeiTager  ordinaire  de  Jupiter.  A/axrspsf,  en- 
voyé. 

des  Rois.  On  a donné  faufïement 
ce^nom  à lornement  de  tête  propre  aux  Déeffes, 
a aunoH  en  particulier,  & aux  Reines,  qui  s’élève 
en  pointe  furie  devant.  Winckeîmaon  ne  connoif- 
foit  à Rome  qu’une  feule  tête  avec  de  la  barbe,  à 
la  vida  Albani  , prife  pour  celle  de  Mafliniffa,  qui 
portât  un  diadème  fe.mblable.  11  feroit  imnoflible 
qifentre  un  fi  grand  nombre  de  têtes  de  Rois  ou 
d Empereurs  qui  nous  font  parvenues  j on  n^en 
trouvât  qu  une  avec  l’ornem-ent  appelé  impropre- 
ment diadème  , s’il  eût  été  l’attribut  diltinéfif  de 
la  royauté.  Ce  véritable  attribut  étoit  le  band£A¥ 
royal.  V ayrj  ce  mot. 

DIADUMENE,  celui  qui  fe  ceint  le  front  avec 
un  bandeam  En  des  plus  beaux  ouvrages  du  feuip- 
teur  Polyciete , etoit  fon  diadaméne.  « Il  eli  pro- 
bable , dit  Winckelminn  ( Hifl.  de  l’Art,  liv.  6. 
ck.x.  ) , que  cette  llatue  a été  fouvent  copiée,  & 
qu’une  figure  de  la  Villa  Farnèfe  a été  faite  au 
moins  d’après  une  copie  du  diadumene.  C’eft  une 
figure  nue,  un  peu  au-deifous  de  la  grandeur  na- 
turelle ; elle  fe  ceint  le  fro.nt  d’une  bande  qui  s’eft 
confervee  ( chofe  remarquable  ) ainfi  que  la  main 
qui  attache  cette  bande.  Une  petite  figure  toute 
fcmblîble  , exécutée  de  bas-relief  fur  une  petite 
urne  funéraire  qu’on  voyoit  il  y a quelques  années 
a la.  villa  bmibaldî , portoic  c£tcc  înTcription  i 
Diadu.vîen'i.  Sur  des  bafes  de  marbre  fervant  à 
porter  des  candélabres  antiques,  confervés  dans 
lyglife  de  Agnes,  hors  des  murs  de  Rome, 
siniî  que  dans  la  vida  Bcrghèfe  , on  voit  foitir 


à’unpndceieail!age_artiitement  fait,  des  amours 
qui  s’attachent  des  rubans  autour  du  front. 

i-'L4DLMÉNIEN  , fils  de  Macrin.  M.tRcvs 

OpELias  ÂXTOItlSUS  DlABVMRltlAltUS  C Æ- 

SAR, 

Ses  médailles  font  : 

RRRR.  en  or. 

1!  y en  a une  au  cabinet  du  Roi , & une  autre 
au  cabniet  de  S«  Geneviève  , que  Madame,  mère 
de  M.  le  Regenr,  avoir  achetée. 

RR  en  argent;  RRR.  au  revers  F ides  militam, 
KKi..  en  grand  module,  avec  la  tête  radiée. 

JIR.  en  G.  B,  de  coin  Romain. 

R-  en  Aî.  B. 

RRR.  en  G.  B.  de  la  colonie  de  Beritke, 

RR.  en  M.  & P.  B. 

RRR.  en  G.  B.  grec. 

R en  M.  & P.  B. 

11  paroît  que  Patin  a connu  une  médaille  grecque 
de  M.  B.,  avec  la  tete  du  Diaduménien  d’un  côté  , 
& celle  de  Macrin  de  l'autre.  Vaillant  a donné  ut> 
médaillon  grec  de  bronze  de  ce  Prince.  La  mé- 
daille de  G.  B.  , de  la  colonie  de  Laodicée,  a 
pour  légende:  m.  op.  antqninos.  nob.  cæs.  ; 
& au  revers  Romæ.  fel.  Elle  fait  voir  que 
le  jeune  Philippe  nellpaSj  comîTîe  on  le  croyoîc^ 
le^ premier  des  fils  d’Empereurs  à qui  le  titre  de 
Nobiliffimus  ait  été  donné.  On  a plufieurs  mé- 
dailles de  ce  Prince  frappée  dans  le  même  module 
a Sidon RR. 

Le  furnom  de  Diaduménien  lui  fut  donné 
félon  Lrmpride  ( c.  4.),  parce  que  la  membrane’ 
appelée  vulgairement  coiife , qui  enveloppe  fou- 
vent  la  tête  des  enfans  à leur  naifiance , ferra  telle- 
ment la  tête  du  fils  de  Macrin,  qu’on  ne  put' la 
rompre.  F" jycp  pour  l’explication  du  mot  Diadu- 
W/zfe/z,  celui  de  Diaduméne ^ qui  a la  même  fioni- 
fication  générale.  ° 

DIÆTA , falle  à manger  des  Romains.  Ale- 
xandre-Sévère  en  conftruifir  ( Lamprid.  c.  16.  ) 
plufieurs  dans  Je  palais  de  Rome,  & leur  donna 
le  nom  de  fa  mère  Mammée  , Diau  Mamm.e&. 

PjÆTAPdl  ( Vivian,  l.  2.  naut/i  ) y ceux 
qui  étoient  prépofés  dans  les  navires  aux  falles-a- 
manger , ou  plus  exactement,  à la  diftribution  des 
vivres. 

DIÆFARCHUS  Domus  Aug. , Officier  pré- 
pofé  à la  garde  de  la  falle  à manger  des  Augufres. 

DIALIES  , facrifice  que  faifoit  chez  les  anciens 
le  Dialis.  Voyelle  Dr  ai.!  s. 

Ce  n’étoit  pas  tellement  une  néceffité  que  les 
Dialies  fulTent  offerts  par  le  fiamen  Dialis , que 
d’autres  ne  puffent  les  offrir.  On  voit  meme  dins 
Tacite  ( ann.  hb.  ni.  cap.  Luril.  ) que  s’il  etoic 
malade  ou  retenu  par  quelque  fonélion  publique, 
les  Pontifes  prenoient  fa  place. 

DIALIS  FLAMitN ^ Prêtre  de  Jupiter  à Rome, 


jjS  D l A 

ï!  :ciîoic  Is  pren’îîr  nng  parmi  les  Prêtres,  & RS 

ie  cédoît  dans  les  feibns  qa  au  rontue  oc 

au  Rci  des  facrifices.  il  avoR  h chaîie  d'îvoîre , 
h i-obe  royale  , ranneeW  d’or  : il  pouvou  faire 
p^âcs  aux  c-îinincl^  î oenilioîC  les  armées , oC 
è'doït  les  conjurations  & les  dévouemens  contre 
les  ennemis.  Son  bonnet  éroit  furmonté  d’une 
petite  brarxhe  d’oiivier  , pour  marquer  qu’il  por- 
toiî  ia  paix  par-toat  où  il  ailoit.  Mais  d’aiiietirsil 
étok  fournis  à des  pratiques  fort  gênantes  ; il  ne 
lui  étoiî  pas'  permis  "de  monter  à cheval , de  voir 
une  armee  rangée  en  bataille , de  faire  divorce 
avec  fa  femme  „ d’entrer  dans  une  maifon  o,ù  fe 
trouvoît  un  mort , de  forîir  fans  fon  bonncL  fa- 
cerdota! , & de  jurer  en  aucune  manière,  ni  peur 
quelque  fujet  que  ce  fât-  F" oye\  Fl  amen.  ^ 

Le  nom  du  Flamen  Dialîs  étoit  forme  de_  ài-.s , 
génitif  de  zès,  Jupiter.  Pour  ne  pas  le  confondre 
svcc  les  autres  Prêtres  ne  Jupiter  3 on  doit  fe  ^er- 
vir  de  fon  nom  latin , iiahs, 

DIAMANT  ; les  anciens  ont-ils  connu  l’art  de 
tailler  le  iAzan2(2«r.  & de  graver  lur  cette  lubitance  j 
la  plus  pefante  & la  plus  compacte  de  toutes  ? xA. 
d’Hancârville  l’affure  pofitivement  dans  le  qua- 
trième volume  des  Vafes  Étrufques  au  Comte 
Hamilton.  André  Cornaro  , Vénitien . anno.nça 
en  172-3  3 ( Mercure  cie  France  j Mai  ) une  tetc 
de  Néron  gravée  en  creux  fur  un  Diamant,  qu’il 
affuroit  être  antique  & qu  il  prifoit  douze  milie 
fequins  , 2-64.000  livres-  Quelques  paffi^esMe 
PILne  mal  interprétés  ont  pu  favonfer  l’affertion 
du  premier  ; mais  l’erreur  du  fécond  etl  des  plus 
évidentes , puifqu’on  a fu  depuis,  que  ce  Diamant 
étoit  celui  du  Prieur  Vaini.  annoncé  par  le  Baron 
de  Stoch  '<^pag.  IJ  , pr&f.  iibr.^  gem_.  ant.  c&L  ) 5 & 
reconnu  pour  Touvrage  de  l’habile  Coftanzi  qui 
gravoit  encore  à Rome  vers  le  milieu  du  fiecle- 
Les  Romains  favoient  ( P hm  , ~j  , 4-  ) 
poudre  de  Diamant  entamoit  toutes  les  autres 
pierres  précieufes,  & ils  s’en  lervoient  avantageufe- 
înent  pour  les  travailler.  Mais  ils  J gnoroient  1 art 
de  faire  agir  le  Diamant  fur  lui-même,  & de  tour- 
ner contre  lui  fa  dureté.  Parmi  la  quantité  éton- 
nante de  pierres  gravées  antiques  queues  entrailles 
de  la  terre  nous  ont  reltituéss,  en  n a jamais  ap- 
perçu  aucun  Diamant  poli  ou  grfiVé-  Comment 
les  anciens  n’ont  ils  pas  franchi  ie  court  efpace 
Gui  féparoit  les  deux  procédés  ; &c  comment 
rfont-üs  pas  eîTayé  de  pratiquer  fur  le  Diamant  ce 
qu’ils  pratiquôient  fur  les  pierres  précieufes  ? On 
ne  peut  l’expliquer  que  par  ie  fort  ordinaire  des 
découvertes  : plus  on  paroit  près  de  les  faire  , 
plus  on  s’en  trouve  éloigné;  le  hafard  feul  en 
amène  î’inftanj . & c’eif  à lui  qu’on  dut , en  1476 , 
îa  taille  des  Diamans. 

Sortant  de  la  mine  , le  Diamant  eft  ordinaire- 
ment brut , terne  , & reffemble  à un  fmpie 
caillou.  On  nen  rencontre  point  qui  ait  reçu 
de  la  nature  un  polimeat  entier  > mais  ayant  roulé 


jL,' 


î A 


quelquefois  dans  les  lits  de  rivières  rapides  parmi 
les  fables  Sc  d’autres  Diamans  , il  fe  ttouve légère- 
ment poli  & irrégiiüèrcmen:  facetté.  Il  fe  nomme 
alors  Brut-Ingénu  & Point t-AVive  lorfque  fa  figure 
eft  pyramidale.  Tels  on:  été  les  feuîs  Diamans 
connus  des  anciens  , qui  les  regardoient  dans  cet 
état  comme  deilinés  uniquement  aux  Rois  Sc 
même  {Péine  37,  4,  ) aux  plus^  puiffants.  Ils 
en  avoient  conçu  une  fi  haute  idée  malgré  leur 
imperfeétion  , que  les  foupçons  fur  ie  commerce 
inceftaeux  d’ A grippa  avec  Bé  rénice  fa  fœur.  fem- 
blèrent  fe  réalifer"à  la  vue  d’u;i  Diamant  dont  il 
lui  fit  préfent  (Juv.  fat.  6,  ifj*)-  quatre 

pierres  qui  ornent  l’agraffe  du  manteau  Royal  de 
S.  Louis,  confervé  à S.  Denis,  ne  font  que  des 
Pozntes-Haivts  , OU  pyrami-dcs  a quatre  facvs. 

En  1476 , Louis  de  Berquen , d’une  famille 
noble  dé"  Bruges , à peine  forti  des  clafles , & 
ignorant  entièrement  les  procédés  du  lapidaire , 
s'appercut  que  QttMX  Diamans  sentamoient,  s ils 
érôi'ent'  frottés  un  peu  fortement  !’un  contre 
l’autre.  Ce  léger  apperçu  fit  mitre  dans  ce  jeune 
homme  induftrieux  & retiechi , des  iaees  plus 
étendues.  Il  monte  auffi-tôt  fur  le  ciment  deux 
Diaanans  bruts  , les  égrife  par  un  frottement^ fou- 
tenu,  & parvient  à y former  des  facettes  régulières. 
Bientôt  il  imagine  des  roues  de  fer , fur  lefi^uelles 
il  répand  ia  poudre  de  Diamant  qu  il  ayoit^obte- 
niie  en  les  égriiant , & par  ce  moyen  ingénieux 
il  leur  donne  le  dernier  poliment , fous  la  fojrne 
de  Poinu-Naïve.  Tels  furent  les  premiers  efforts 
de  l’art  pour  tailler  & polir  le  Diamant  : tel  fut 
le  premier  Diamant  taille  pour  Charles  le  Témé- 
raire , dernier  duc  de  Bourgogne.^  Ce  Prince  le 
fit  monter  au  milieu  de  trois  Rubis-Balais  & de 
quatre  grolTes  Perles,  & le  porta  toujours  aucol  fuf- 
pendu  à une  chaîne  d’or.  Il  le  perdit  a ia  bataille 
de  Granfon  ; les  Bernois_  qui  s’en  emparèrent  .e 
vendirent  aux  Fuggers  , riches  négocians  d A-iigs- 
bourg , & ceux-ci  à Henri  \ 111 , Roi  a Angle- 
terre. La  Reine  Marie,  fille  d’Henri,  le  porta 
en  dot  au  Roi  d’Efpagnc,  Philippe  II  ; & 4 win 
ne  le  trouve  pas  à l’Efcurial  avec  les  pierreries  ne 
la  couronne^  il  aura  fans  doute  été  recravau-e 
depuis,  & taillé  en  brillant. 

On  vit  un  fiècle  s’écouler  iiifqu’au  Mnanois 
Clément  Birague,  qui  ola  graver  le  premier  ur 
cette  pierre,  fymbole  de  la  durete.  Les  graveu. 
en  pierres  fines  avoient  peut-etre  re...outv.  e 
peines  infinies  que  demandoit  cette  gravuie,  0 ^ 
plutôt  ie  déchet  fi  fatal  à une  fubftance  dont 
tout  le  prix  gît  dans  le  poids  & le  volume,  w 
Birague  appelé  à Madrid  en  15-64,  patfhrl’ppe  “ * 
voulut  juftifier  le  choix  du  Monarque, 
fur  un  Diamant  le  portrait  de  l’Infant  Dom  v.ar  o , 
que  cet  infortuné  Prince  vouloir  envoj^er 
un  gage  de  fon  amour  à fon  époufe  future  , 
chiduéheffe  Anne , fille  de  l’Empereur  Niaxiini 
lien  II.  Dom  Carlos  lui  fit  encore  graver  1- 

armes  d’Efpagne  fur  le  Diamant  qui  Aormoit 


D I A 

cachet.  Qnelcues  auteurs  onr  fait  honneur  ce 
cette  invention  à Jr.c3'jes  de  Treso  , qui  cultivoit 
Je  même  raient  à ]a  Cour  de  Philippe  il.  Mais 
le  témoignage  du  lavant  Botaniite  Ciuûus  , qui 
connut  ii-irague  dans  fon  voyage  d'Efpagne  en 
1564,  & ceiui  de  Pau!  Lomazzo  fbn  contem- 
porain & fou  compacriote,  dépoL-nt  en  laveur  de 
Eirague.  On  ftit  au  reite  que  ce  travail  a été  très- 
peu  répété  J & que  îa  plupart  des  Diamcns 
gravés  dont  on  a fait  mention , n'éroient  que  des 
faphirs  blancs,  comme  les  appellent  les  joailliers, 
c eil-à-dire  , des  pierres  orientales  fans  couleur. 

Diamant.  Voyt:^  Celme. 

DI  AMASTIGOSE  , fête  de  la  fiagellation  , qui 
fe  faifoit  à Lacédémone  en  l'honneur  de  Diane. 
Les  jeunes  enfans  de  la  première  noblefl'e  fe  pré- 
fentoient  devant  i'autel  de  la  DéeiTe,  pour  y 
être  fouettés  vigourcufement , & quelquefois 
avec  tant  de  cruauté,  qu’ils  mouroient  fous  les 
coups.  Leurs  mères,  pendant  ces  rudes  épreuves, 
les  embralfoient,  &Ies  exhortoient  à fouffriravec 
coriftance  ; aufli  ne  leur  a-t-on  jamais  vu  , dit 
Cicéron,  ( Tufcui.  quts.fi.  il.  ) verfer  une  larme, 
-ni  donner  même  le  moindre  ligne  d’impatience. 
Ceux  qui  étoienr  les  viélimes  de  cette  cruelle  céré  - 
monie , étoient  couronnés  avant  la  fépukure. 
pans  la  fuite , on  fe  contenta  de  fuftiger  ces 
jeunes  gens  jufqu’au  premier  fang.  Cela  fe  faifoit 
apparemment  pour  endurcir  de  bonne  heure  la 
jeunelTe  aux  coups,  & pour  l'accoutumer  aux 
blelfures  & aux  plaies , afin  qu’elle  les  méprifât 
à la  guerre.  Phiioltrate  parle  dans  la  vie  d’Apol- 
lonius de  Thyane  de  la  Diamafligofe , fête  dont 
le  nom  écoit  formé  du  mot  grec,  ontyMsi^/ns , 
-fouetter. 

DJANE  : ce  on  compte  plulieurs  Dianes  , dit 
5’  Cicéron  ; la  pre.mière  fille  de  .îupirer  & de 
* Frefeqoine , qu’on  dit  être  mère  de  Cupidon 
» ailé } la  fécondé , qui  eft  la  plus  connue , ell 
» fille  de  Jupiter  & de  Latone  ; le  père  de  la 
=5  troifième  Diane  éceit  Upis  ; & fa  mère,  Glaucé. 
» C'en;  cette  Diane  que  les  Grecs  nomment  fou  - 
ï’  vent  Upis,  du  nom  de  fon  père.»  Mais  les 
Poètes  & la  plupart  des  ancie.ns  Auteurs  l’ont 
regardée  comme  fille  de  Jupiter  & de  Latone  , & 

. fœur  d’Apollon  : c’elt  à celle-là  qu’on  a rendu  les 
honneurs  divins,  bâti  des  temples  & érigé  des 
autels.  On  dit  que , lorfque  fa  mère  accoucha  , 
Diane  fortic  la  première,  & qu’elle  fervir  à fa 
mère  de  fage-femme  pour  accoucher  d’Apollon 
fon  frère.  Un  talent  fi  précoce  lui  valut  une  place 
au  nombre  des  divinités  qui  préfident  au  mariage. 
Elle  fut  témoin  des  grandes  douleurs  que  fa  mire 
fouffrit  en  accouchant  d’Apollon  ; elles  lui  donnè- 
rent une  fi  grande  averitonpour  le  mariage,  qu’elle 
obtint  de  Jupiter,  fon  père,  la  grâce  "de  garder 
une  virginité  perpétuelle,  de  même  que  Minerve 
fa  fœur  -,  c’eft  pourquoi  l’Oracle  d’Apollon  ap- 


D I A 3,5 

pela  ces  deux  Déexies  les  Ykrges  blanclies. 
L’amour  quelle  eut  pour  la  chafteté,  lui  fit  rhoifir 
pour  compagnes,  des  ^'ierges  à qui  elle  faifoit 
obferver  la  chafteté  avec  beaucoup  de  régularité  ; 
témoin  l’hiftoire  de  Caiiîlo  & celle  d’A-étéon.  Ce- 
pendant on  a dit  qu’elle  avoir  aimé  Endrmion , 
& qu’elle  avoir  eu  pour  lui  beaucoup  de  com- 
plailance.  \ irgiie  raconte  aufii  qu’elle  fe  laifia 
fiirprepdre  par  le  Dieu  d’Arcadie  , qui , transformé 
en  'bélier  blanc,  entraîna  la  Dceife  dans  le  fond 
d u.n  bois  J où  elle  ne  dédaigna  pas  de  répondre  à 
fas  vœux.  Son  cœur  ne  fut  pas  infenfible 
aux  charmes  d’Orion , qu’elle  tua  par  jaloufie. 
(,  f^oyej_  O&ios.  }.  Et  fa  challeté  ne  l’empêchoit 
pas  d’agréer  le  facrifice  que  les  filles  lui  faifoient 
de  leur  virginité.  ( Voyc^  Anotis. 

Son  occupation  la  plus  ordinaire  étoit  la  chaiTe  ; 
c’eit  pour  cela  qu’on  la  regardoit  comme  la  DéefiTe 
de  la  chalfe  , des  forêts  & des  montagnes , & 
qu’on  îa  repréfentoit  ordinairement  avec  l’arc  & 
le  carquois  , Cii  habit  court  pour  la  chalfe  , ayant 
un  chien  à fes  côtes  ou  à fes  pieds  5 quelque- 
fois traînée  dans  un  char  par  des  cerfs  blancs,  ou 
montée  elle-même  fur  un  cerf,  & d’autres  fois 
courant  à p:ed  avec  fon  chien. 

Comme  on  la  prenoit  aufli  pour  la  lune  , on  la 
voit  affez  fouvent  avec  un  croiflanc  fur  la  tête;  ou 
bien  fans  croiiTant,  c.mverte  d’un  grand  voile 
tour  parfemï  d’étoiles. 

Le  refte  de  cet  article  efi  extrait  de  la  dijfierta- 
f.on  de  M.  l abbé  le  Blond,  qui  a remporté  le  prix 
d.  l' Académie  des  I~ifc:  ipïioas  & Belles-Lettres  J en 
lyjl,  & qail  a bien  voulu  communiquer. 

Cicéron,  qut  a compofé  un  ouvrage  fur  la  nature 
des  Dieux , bien  loin  d’apprendre  quelque  chofe 
de  certain  far  leur  origine,  ne  fait  tout  au  plus 
que  nous  expofer  fes  doutes.  Que  pouvoit-ii  dire  en 
effet  fur  ces  êtres  chimériques } Il  a d^ftinqué  trois 
Apollons  ( De  natura  Deor.  llb.  ni-  ) , de  il  di- 
j ftingue  de  même  trois  Dianes,  La  première , fille 
I de  Jupiter  & de  Profierpine , au  on  dit  être  mère  de 
Cupidon  ailé  ÿ la  fécondé  , qui  ed  la  plus  connue, 
efi  , dit-on  , pille  du  troifième  Jupiter  & de  Latone, 
Le  père  de  la  troifième  Diane  étoit  Upis  ; fa 
mère,  Glaucé:  c’ efi  cette  Diane  que  les  Grecs 
nomment  fouvent  Upis,  dunom  de  fon  père.  PIüfieU’’S 
auteurs  donnent  encore  à Diane  d’autres  origines 
( Varro  , 6’c.  ).  Mais  prefque  tons  les  Poètes  s’ac- 
cor-dent  à n’en  reconnoître  qu’une;  elle  étoit,  félon 
eux  , fille  de  Jupiter  & de  Latone  , & fœur 
d’Apollon.  Cette  DéelTe  ordonnant  aux  Cyclopes 
de  lui  fabriquer  des  armes , leur  dit  qu’elle  eft 
fille  de  Latone  comme  A.pollon  ( CalUm.  kym.  in 
Dian.  V.  83.  ).  C’eft  ce  qui  a donné  lieu  aux 
poètes  latins  de  la  défîgner  quelquefois  fous  le 
nom  de  Latonia  ( Æn.  xt.  v-  334  & ry-  & 
alibi,  fi  Non  - feulement  Diane  étoit  fœur  d’A- 
polion  ; elle  étoit  encore  née  en  même  temps 
que  lui  ; circonftance  d’où  il  devoir  réfulter 
une  liaifon  intime  entre  ces  deux  divinités. 


3(?o  . D î A 

Les  auteurs  ont  eu.  foin  de  la  faire  remajc^uer , 
Sc  il  eft  nécefiaire  d’y  avoir  égard  pour  mteui- 
gence  des  monumens  & de  quelques  epitiACtes , 
eominunes  à Tune  & à l autre. 

Ovide  J pour  exprimer  le  culte  que  I on  ren- 
doit  à Diane  en  Scythie  C 
evift.  2.  V,  48.  ) fe  fert  d’une  périphrafe  qui  mar- 
Gue  l’union  de  cette  Ocelle  avec  fon  frété  . 

Confortent  "Phteho  gens  oolit  iLla  Deaiu, 

Et  Sénèque  ( Hertul.far.  v.joy.  ) appelle  Diane 
& Apollon  une  double  Divinité  ; 

Getninamque  numen  , Phcebus  8c  Pkœhi  foror. 

De-là  !e  culte  qui  a été  rendu  au  frere  & a 
la  fœur  dans  le  même  pavs  ; de-là  aulfi  les  monu- 
mens ( Médailles  de  Nacolia , de  Smyrne  ô’c'.  ) quî 
leur  ont  été  élevés  en  commun,  & les  medaihes 
qui  repréfentent  Apollon  d’un  côte  & Diane  ue 
l’autre. 

Les  Grecs  nommèrent  Diane  f'Afnftis.  On  donne 
différentes  étymologies  de  ce  nom  j les  uns  difent 
qu’il  vient  du  projet  confiant  que  X)ia/ze  avoit 
formé  de  garder  toujours  la  virginité.,  è'ia  rà  «srs- 

Ts  xsci  sr-ç  ts'apêîvias  tîTsSy^siav.  AlaCtobc 

prenant  Diane  pour  la  lune  (lié.  xir.  p. 
dit  qu’elle  a été  nommée  Aprtpti? , ccrame  fi  i on 
avoir  dit  àriparlitr,  5 iiiâis  11  aiiroît  etc  auffi  facile 
de  lui  donner  ce  dernier  nom  que  l’autre  5 il  n’au- 
roit  pas  été  plus  difHcile  à prononcer.  Strabon, 
ayant  égard  aux  effets  de  la  lune  qu’il  dit  être  la 
même  divinité  que  Diane , dérive  le  mot  ” Apn- 
^^5 , àTï'ù  Ta  çrsîgf?.  Lcs  latins  1 appelèrent 

Diana.  Mâcrobe  dit  que  ce  mot  eft  formé  du  nom 
Jana  , en  ajoutant  la  lettre  O,  & que  Janae& 
la  même  chofe  que  Luna.  Au  relie , il  n’y  a rien 
d’auSi  conjeétural  que  ces  étymologies. 

Diane  étok  du  nombre  des  grands  Dieux, 
ainfi  qu’Apollon.  Il  femble  qu’elle  étoit  jaloufe 
de  la  pitiraiité  des  furnoms  & des  attributs,  puif- 
qu’elle  ne  vouloir  point  céder  à cet  égard  à fon 
Éère,  & que  s’adreiTant  à Jupiter  ( Callim.  hym.  in 
Dian.  V.  6.  7.  ) , elle  lui  demande  cette  grâce. 
On  peut  dire  que  fes  demandes  furent  exaucées . 
ëc  que  fes  vœux  furent  accomplis.  C'efl  pour 
cela  qu’Grphée  ( Orph.  hymn.  i.  ) qualifie  Diane 
de  Ai's  xàpï  J & qu  Atillophane  ( Jlnfio- 

ph.  Sncrpcotp-  ) l’appelle  ttoAus-.w.kï  ^-/ipo^ùyî  5r«(.  En 
effet,  fes  differens  emplois,  les  qualités  qu’on  lui 
attribuoit,  les  pays  où  on  lui  rendoit  un  culte, 
furent  autant  de  caufes  qui  multiplièrent  fes  fur- 
noms.  ( Nous  ne  parlerons  point  ici  des  furnoms 
topiques  ou  de  pays , parce  qu’ils  appartiennent 
à la  géographie , & qu’ils  ne  demandent  aucune 
explication  ) 

Tout  le  monde  fait  que  la  lune  emprunte  fa 
lumière  du  foleil  ; elle  éclaire  pendant  la  nuit , 
comme  le  foleil  pendant  le  jour  ; d’ailleurs  , étant 
^7  apparence  i’aÜre  le  plus  confidérable  après  le  , 


D I A 

foleil , il  eft  bien  aifé  de  concevoir  comment  les 
anciens  , confondant  Diane  avec  la  Lune , en  ont 
lait  la  fœur  d’Apollon , qu’ils  difoient  être  la  même 
Divinité  que  le  Soleil.  Far  une  progreflîon  d’idées 
on  pourroit  peut-être  même  expliquer  la  raifoa 
de  ce  qu’ils  ont  avancé , en  difant  que  ces  Dieux 
étoient  gémeaux.  Mais  il  nous  fuffitde  favoir  qu'ils 
ont  quelquefois  pris  Diane  pour  la  Lune.  Ho- 
race , dans  fon  poème  compofé  à i’occafion  des 
jeux  féculâires  , fait  adreffer  fes  vœux  à Apollon 
par  les  jeunes  garçons , tandis  que  les  jeunes  filles 
invoquent  Diane  en  faifant  chœur  avec  eux.  Or 
par  les  prières  que  les  dernières  adrelfent  à la 
Déeffe , il  eft  évident  qu  elles  la  regardent  comme 
le  Lune  : 

Slderum  Regina  bicornis  , audi  , 

Luna  , pueLlas. 

Il  n’ert  donc  pas  douteux  que  quand  les  aüteurs 
donnent  à Diane  le  furnom  de  , de  â-m 

qaTÇÙfo? , de  en  grec  , ou  de  luciferaen 

latin  , ils  regardent  Diane  & la  Lune  comme  la 
même  Divinité.  Diane  , honorée  fous  le  titre  de 
'ZeXaa-ipésos , avoit  Un  autcl  en  Attique  , félon  Paa- 
fanias. 

Elle  eft  qualifiée  de  Ludfera  fur  plufieurs  mo- 
numens , 8e  entre-autres  dans  une  infeription  pKr 
bliée  par  Muratori  ( p.  xxxrt.  6.  ) ; 

DIANAE 
tUCIFES-AS 
L.  LICINIÜS 
VITÜLI  LIE 
GRATUS 
V.  S- 

Elîe  eft  aulfi  fumommée  àujpÎTivpi;  dans  Sopho' 
de  ( Trachin.  v.  aiS-  ).  En  effet,  on  la  voit  repré- 
fentée  fur  plufieurs  médailles  avec  le  croiffant  fur 
la  tête  , & une  torche  allumée  dans  chaque  main. 
Le  Comte  de  Cavlus  {Rec.  d'Antiq.  tom.  il.  p.xtr. 
n.  2.  ) a donné  le  deffin  d’une  petite  figure  d’argent 
qui  repr.éferite  Diane  portant  le  croiifant  u une 
main,  & relevant  fon  habillement  de  la  gauche; 
& l'on  pourroit  citer  un  nombre  infini  de  monu- 
mens où  Diane  eft  ainfi  figurée  avec  des  attriDUts 
qui  marquent  fon  rapport  avec  la  Lune.  Quelque- 
fois même  ces  attributs  font  compliqués;  quoi- 
qu’avec  une  torche  on  un  croiftant,  elle  eft  fou- 
vent  armée  d’un  arc  ou  de  flèches  , ,Sc  elle  porte 
le  carquois  fur  l’épaule  ; ce  qui , à la  vérité,  ûé- 
figne  encore  plus  eiairement  que  la  Diane , Dee^e 
de  la  chaffe , eft  la  même  que  la  Lune  ; & 
étoit  la  Diane  de  Ségefte , qui  ornoit  la  galerie  ce 

Verrès.  _ - x 

Le  furnom  de  Cœleftis , qui  a été  donnera  tant 
d’autres  Divinités,  convenoit  très-bien  à uiane, 
confidérée  comme  la  Lune  , & qui  parmi  fes  trois 
demeures  , avoit  entre-autres  le  ciel. 


D I A 

Sc  la  Lune  étoient  îa  siême 
Divîniré  , on  peur  en  intérer  que  cecre  Déeiïe  fur 
nommee  Hécate,  pour  la  même  raifon 

que  !e  Sole?!  avoir  reçu  le  nom  'Ex-xn; , & parce 
quelle  refi. clulToîr  fa  lumière  j mais  je  n^entends 
pas  les  Aîyth')iogues , quand  ifs  difenrque  la  fœur 
d Apollon  étoir  appelée  la  Lune  dans  le  cielj 
Diane  fur  la  terre,  & Hécate  ou  Proferpine  dans 
iss  enfers.  Ces  memes  Mythologues  ont  ajouté 
que  c étoit  de-là  que  Diane  tiroir  les  furnoms  de 
Tffsas-ninç  J de  rp.fioptpcs,  de  Tergemina  & de  Tri- 
forrrns.  Les  commentateurs  en  ont  donné  des  in- 
terpretarions  tout-a-fait  forcées. 

J adopterois  plus  volont.-ers  le  fentiment  de 
Varron  , qui  dit  que  ces  épithètes  faifoisnr  allu- 
iJonaux  phafes  de  la  Lune  : Q nia  eadem  cfl  ac  Luna 
•quatres  vins  fequitur  carrenio  in  ahitadhiem  , lati- 
tuainem  & lor.gitudinem.  Ces  trois  formes  de 
tane  font  fouvent  indiquées  dans  les  auteurs, 
«rini  les  reproches  que  .Médée  fairà  Jafon  ( Ovid. 

eroid.  ep.^  xii.  v.  79.  ) ^ elle  dir  qudl  lui  avoit 
cependant  juré  une  fidélité  inviolable,  par  diffé. 
rens  Dieux,  & par  la  triple  Divinité  de  Diane. 

Per  triplicis  vultits  , arcanaque  facra  Diana. 

t ) J en  invoquant 

iâ  Deeffe  j lui  adrelTe  ainfî  la  parole  : 

Montium  cuftos  nemorumque  , Virgo 
Qua  laborantes  utero  puellas 
Ter  vocata  audis  , adimifque  letho  , 

Diva  triformis. 

Ce  font  vraifemblablement  les  trois  formes  que 
î on  donnoiî  à Diane,  qui  ont  fait  naître  fidée 
de  placer  fes  fzatues  dans  les  lieux  où  trois  che- 
mins aboutiffoient , & de  lui  donner  les  furnoms 
de  de  & pluiieurs  au- 

tres femnlables  chez  les  Grecs,  & celui  de  Trivia 
c.nez  les  Latins. 

On  connoît  des  monumens  fur  lefcuels  Diane 
Tergemina  ou  Triformis,  eft  reprefentée.  Le 
Comte  de  Cayius  ( tom.  v.  pi.  zxv.  ) en  a publié 
deux  Le  premier  , deftiné  pour  un  Laraire'  & 
haut  de  trots  pouces.,  préfente  trois  figures  fépa- 
rées , mais  réunies  en  une  même  perfonne.  Le 
croiffanc , placé  fur  les  épaules  d’une  des  fit^ures' 
ne  perrnet  pas  de  mcconnoltre  la  Déeffe  fou^ rem- 
bicme  de  la  Lune.  Les  autres  figures  font  fans  at- 
tnouis.  Le  fécond  monument  elt  une  cornaHnc 
iingunere  , dont  fauteur  a do  ,né  fexplicarion 

( tom.  va.  pl.  ).  Il 

fondre  ces  reprefentations  de  Diane  avec  celLs 
ces  parques  &_des  furies,  gui  font  également  com- 
pofees^e  trois  figures,  mais  avec  des  attributs 
tout  differens. 

Comme  fon  a cru  long  temps  que  la  Lune  agif- 
foit  fur  les  corps  fublunaires  , on  a attribué  à 
Antiquité^  , Tome  II, 


D î A J 

Diane  plufieurs  innuences  fur  le  fexe  féminin  , 
parce  qu’en  e&et  les  femmes  paroiiléac  avoir  cer- 
tains rapporti  marqués  avec  le  cours  de  la  Lune. 
L.n  conféquence  Diane  étoit  regardée  comme  une 
Deefle  qui  preficioit  aux  accouchemens.  O.n  lui 
aureffoit  des  vœux  , ainfi  qa  à Junon  Lucina  , fe- 
Lncinz  & DianA  ejulatur^ 
& .UdCrobe  ( //j,  VII,  Strah^  c.  i6.  ) en  donne 
cette  ration:  Q_uia  propnutn  ejus  munus  efi  difleti- 
de,i  rimas  carporis , & meatibus  viam  dure  ; quod 
pttrtuz  faluiare  efl.  C’eft  pour  cela 
queue  eit^  furnomraee  «sysrézar  dans  Homère 
( Homer.  lliad.  ar.  } & Théocrite  , & qu’Horace 
dit  qu  elle  donne  du  fecoars  aux  femmes  eu- 
ceintes  : 

Que,  laborantes  utero  puellas  , 

T er  vocata  audis , adimifque  letho. 

En  cette  qualité  de  Déeiïe  qui  préfîde  aux 
accouchemens,  Diane  a reçu  les  mêmes  épithètes 
que  Junon , celle  cixéeui»  & celle  de  Lucina: 

Rite  maturos  aperire  partus 
Lents  îlithyia  tuere  maires  , 

Sive  tu  Lucina  probas  vocari  , 

S eu  Genitalis, 

Les  auteurs  Grecs  lui  donnent  quelquefois  le 
lurnorn  de  , qu  on  lit  fur  une  irifcriptioa 
latine  publiée  par  Gruter  ( p.  mxi.  5 . ) : 

DIANAI  LOCH.  S.  P.  C.  C.  D.  S. 

CINECRIA.  P.  F.  RUFA  POM 
PONIA. 


On  lui  avoit  confacré  dans  la  ville  d’Athènes  un 
temple  où  elle  étoit  honorée  fous  le  titre  de 
félon  le  Schoüafte  d’Apollonius  (inlib. 
I.  V.  Z87.  ).  Les  femmes  qui  accouchoient  pour 
la  première  fois,  faifoient  à laDéelfe  une  offrande 
de  leur  ceinture. 

L’inSuence  que  fon  attribuait  à Diane  fur  les 
accouchemens  & les  accidens  naturels  des  fem- 
tr.es,  font  fait  invoquer,  ainfi  que  Jancn,  fous  les 
dtfferens  noms  de  -^sasi-u^ç  , de  EaiTépa,  de  Safpita 
& d Opifera.  D’ailleurs  pouvait  mériter  *es 
épithètes  pour  des  grâces  particulières  que  fo« 
croyoît  tenir  d’elle  , ou  parce  qu’elle  étoit  cots- 
fidécée  comme  la  Lune  & une  'Divinité  bienfsi- 
fante  qui  co.ntribuoit  avec  le  Soleil  à donner  h 
vie  aux  hommes  , aux  animaux  & aux  plantes. 
.C  eft  fans  aoute  cette  coniîdération  qui  a multî- 
phe  les  mamelles  & tous  les  fv'mboles  dont 
Diane  TEphéefe  étoit  chargée.  Paufanûs  parle  de 
plufieurs  pays  de  la  Grèce  où  la  Déelfe  étoit  ho- 
norée Ibus  le  titre  de  , & entre-autre.s  ea 

Laconie,  en  .4ttiqae  & en  Àrgolide.  L’épithète  de 
eft  employés  par  Apollonius  ( lib.  i.  v. 

Z Z 


3^2  ï)  ï A 

31Z.  >3  & celle  à’Opifera  fe  üt  fur  afle  InCcàp- 
picn  publiée  par  Gruter  ( p-  8-  ) • 

BIAKAI  0?IF£K..^ 

NEMOKENSI 
LAPULEIUS  L.  5» 

ANTIO. 

Quoique  cette  infcription  foit  su  nom  à’un 
^omme^  c^étoîc  fur-tout  pur  tes  Femmes  que 
écoit  invoquée  comme  une  DéefTe  faiut-ure. 

Ainfî  Diane  qui  étoic  iî  recommandable  par  fes 
bienfaits , pouvoit  auiE  Faire  beaucoup  de  mal  : 
elle  pouvoir  envoyer  la  pefte  fur  la  terre  > niais  on 
crovoitque  fa  vertu  meurtrière  ne  s’étendoit  que 
fur  les  femmes  > ce  qui  faifoit  mettre  leurs  morts 
fiibites  fur  le  compte  de  cette  Ueeffe^  comme  1 on 
aîtribuoit  celle  des  hommes  a Apollon. 

Les  titres  fi  diiferens  de.  mère  & de  vierge  font 
donnés  à Diane  fur  deinc  infcriptions.  La  prs- 
Eiièrcj  trouvée  en  Efpagne  3 eft  conçue  en  ces 
termes  ; 

TEMPLUM  OîAMAS 
5IATRI.  D.  D.  APU 
LEIUS  ARCHITEC 
TUS  SUB-TRUXIX, 

La  fécondé  fe  trouve  dans  le  recueil  de  Gruter 
( Grut.  p-.  XX.  12.  Vid.  q^uoq.  fpOTi.  Mijssll,  îLrud. 
Anüq.  feil.  j . ) : 

YIR.  DIANAE  SAGK. 

PRO  SALUTE 

IMP.  GAESARIS  E.  SEPTIMÎ 
SEVERI  PERTINACIS» 

Ces  fumoms , fi  incompatibles  en  apparence  ^ 
peuvent  cependaiit  fe  concilier  en  difant  que  Diane 
awit  reçu  le  titre  de  mire , comme  Déefie  qui  pré- 
£doit  aux  accouche  mens  3 & qui  en  cette  qualité 
étoit  invoquée  par  les  mères  ; ce  iFeîi  qu  un  fur- 
nom  paffager  , & employé  feulement  dans  quel- 
ques circonftances.  Mais  celui  de  vierge  marquoir 
fa  qualité  cffentielle  ^ & parce  qu’elle  s’étoit  vouée 
à cet  état 3 & parce  quelle  accordoit  une  protec- 
tion particulière  aux  jeunes  filles  qui  n’étoient  pas 
encore  mariées,  La  première  demande  que  Diane 
fait  à Jupiter,  c’eft  d’avoir  la  liberté  de  conferver 
toujours  fa  virginité  ( Callin,  Hymn,  in  Diaa. 

V.  6.  y.  _ 

On  dit  que  ce  ne  fut  pas  tant  la  vertu  de  la  csn- 
tinsnce  qui  la  détermina  à ce  choix,  que  la  crainte 
des  douleurs  de  l’enfantement  dont  elle  foupçon- 
noit  les  violences.  Quoi  qu’il  en  foit  , Diane  paf- 
foit  dans  le  féjour  des  Dieux  & chez  les  mortels 
pour  la  vierge  par  excellence.  Callimaque  ( ii>id. 
y.  110.  ) l’appelle  Af7tfu  wuiHun  j , feloa  Eii- 


D î A 


ripide , elle  eft  la  plus  belle  des  vierges  de  l’Olytsy 
pe  (Hippolit.  X.  V.  71.). 

L’abeille  lui  étoit  confacrée , parce  qu’elle  étoir 
lefymboie  de  la  virginité.  Il  n etoit  permis  qu’aux 
filles  vierges  d’entrer  dans  fon  temple  & fon  bois 
facré  à’Éphlfe,  & Strabon  nous  apprend  que  Tou 
prenoit  des  précautions  pour  que  les  Prêtres  de 
ce  temple  , nommés  , puiïent  garder 

leur  virginité. 

Quand  de  jeunes  filles  vouîoient  fe  marier, 
elles  rempliffeient  des  eorbeilles  de  préfens  & des 
plus  beaux  ouvrages  qu’elles  euiient  faits  à i’ai- 
guille , pour  les  coafacrer  à Diane.  Elles  croyoienc 
appaifer  par  ce  don  la  gardienne  de  leur  virgiuité  , 
lorfqu’elks  étoient  fur  le  point  d’y  renoncer. 
C’eft  pour  cela  que  dans  Théocrite  , une  femme 
qui  venoit  d’être  mariée  s’adreffe  à Diane,  en  la 
priant  de  lui  pardonner  cette  aftion. 

Cette  cérémonie  des  corbeilles  fe  faifoit  avec 
une  certaine  pompe } c’étoit  une  efpèce  de  fête 
que  l’on  appeloit  KANKOiOr-lA  , & qui  fut  infti- 
tuée  en  i’honneur  de  Diane, 

Enfin , fi  cette  DéefTe  étoit  fi  jaloufe  de  la  chaf- 
teté  dans  les  perfonnes  qui  lui  étoient  attachées, 
jufqu  a chafter  honteufement  Califto  pour  avoir 
violé  fon  ferment  de  garder  la  virginité  j combien 
ne  devoir  elle  pas  être  fevère  envers  les  temeraires 
oui  auroient  ofé  attenter  à la  fienne  ? Aufli  tua- 
t’elle  Buphagus  ( Paufan.  Arcad.  c.  xYii.)  a coups 
de  flèches  fur  le  Mont  Pholoé , pour  le  punir  de 
fes  entreprifes  hardies 

Le  crime  involontaire  d’A£i:éon  ( Ovîd.  Metam, 
lib.  ul.  ) qui  la  furprit  dans  le  bain  , coûta  la  vie 
à ce  malheureux  chaffeur  : la  DéefTe  le  changea 
en  cerf,  8e  il, fut  déchiré  par  fes  propres  chiens. 
Ce  trait  de  la  fable  eft  repréfenté  fur  quelques 
monumens.  Une  médaille  de  Daldia  , en  Lydie., 
préfente  trois  figures  dé  fem.mes  nues  ; favoir , 
Diane  8e  deux  Nymphes  qui  fe  baigneat  dans  un 
baflin  où  tombe  1 eau  d’une  fontaine  vaifine , 8c 
qui  eft  près  d’un  arbre.  Plus  haut  à droite,  on  voie 
un  temple  à quatre  colonnes , dans  lequel  une 
femme  afîlfe  paroît  tenir  de  la  main  droite  une  cou- 
ronne. Au  bas  eft  un  cerf  courant  qui  regarde  der- 
rière lui  3 êc  de  l’autre  Aftéon  nud  , qui  tient  k 
main  droite  étendue  vers  Diane  dans  le  bain,  cS. 

un  arc  delà  gauche,  félon  les  apparences. 

Malgré  cette  réputation  de  chafteté  fi  bien  éta- 
blie , Diane  ne  fut  point  exempte  de  tout  foupçoir» 
Quelques  auteurs  lui  reprochent  des  liaifons  in- 
times avec  Endymion  : 

Latmius-Endymion  non  ejl  tüi  , Luna-,  pudoru 

Et  fi  l’on  en  croit  Virgile  ( Géorgie.  iiL  v.^^P^ 
elle  eut  quelque  complaifance  pour  le  Dieu  Pan  - 

Pan  DeiLs  Arcadia  captam  te  yLuna  , fefelEt  3. 

In  nemora  altavocans  i nec  ta  afpernata  voeanteitu 


On  tÿouYS  dans  le  précieux  recueil  du  Comî® 


D î A 

Je  Caylus  le  de-fin  d’un  bas  relief  de  iTisrbrej  re- 
préfentant  Diane  en  repos 8e  qui  paroit  fixée  par 
un  DieLs  par  un  amante  qui,  pour  lui  plaire,  eft 
auprès  d elle  fous  la  forme  de  l’objet  dont  elle 
écoit  le  plus  occupée.  Ce  monument  où  la  Déeffe 
paroit  nue  & carefi'anr  un  cerf,  rend  au  moins  fa 
, quelle  que  foit  l’allégorie. 

II  feroit  cependant  poffibîe  de  la  juftifier  en  re- 
gardant le  cerf  qui  ell  à fors  côté  comme  le  fym- 
chafle  pour  laquelle  la  Déelfe  étoit  en 
Ciiet  paffionuce.  C’ étoit  fon  exercice  favori,  & il 
rai.oit  prefque  toute  fon  occupation.  Callimaque 
commence  fon  hymne  en  l’honneur  de  Diane  , en 
la  reprefentant  comme  une  Déeflè  qui  fait  des  traits 
& des  filets  fes  plus  chères  délices. 

_ Elle  fe  contente  d’un  habit  léger  qu’elle  relève 
jufqu  au  genou , afin  de  pourfuivre  avec  plus  de 
faedîté  les  bêtes  faavages. 

Son  amour  pour  la  chalfe  eft  fuffifamment  défi- 
par  les  furnoms  ( Orpk,  Euripid.  Sophocl. 

, Aaya^sTitç  , xuiniycs  , fur  lefqucls  il  eft 
ini^j.e  d.infifter.  Les  Poètes  Latins  lui  donnent 
^lu  1 épithete  de  V enatrix  , de  Jaculatrix  &r  de 
Pkaretrata.  Cette  dernière  fe  lit  fur  une  inferip- 
tJon  recueillie  par  Reinefius  (p.  lo;.  } , qui  étoit 
gravee  fur  le  collier  d’un  chien  : 

DIANAE  PHARETRATAE 
SUM.  SINE.  REDIBO. 

Les  fléchés  de  Diane  portoient  toujours  un 
coup  fur  J elles  éroient  la  terreur  8c  la  perte  des 
animaux.  Ovide,  en  décrivant  fon  retour  de  la 
chaffe,  exprime  ainfi  le  dégât  qu’elle  avoir  fait 
dans  les  forêts  : ( Faj^.  iib.  ii.  v.  163.  ). 

Mille  feras  Phœbe  filvis  venata  redibat. 

Cette  efpèce  de  victoire  qu’elle  remportoit 
foiiyent  fur  les  animaux  les  plus  formidables , lui 
mérita  les  furnoms  de  Viürix  8c  à‘Invicta. 

L’épithête  ipi~'i<pofrss  que  Phiirnutus  donne  à 
Diane , confirme  le  témoignage  des  auteurs  , fur 
le  choix  quelle  avoir  fait  des  montagnes  pour  fa 
demeure  ; 8c  celle  de  Nijxieix  qu’on  lit  dans 
Strabon , marque  combien  elle  aimoit  les  forêts. 
Le  furnom  de  Nemorenjls  , qui  eft  le  même  eft 
donné  à la  Déefte  fur  une  inferiptioa  trouvée  à 
Home  : ( Spon.  Mifcell,  erud.  antiq.  ). 

DEANAE 

:nemorensi 

SACRVM 
M.  ACILIVS 
PLARIANVS. 

Apres  ces  témoignages  & plufieurs  autres  que 
fon  pcrurroit  produire  , il  n’eft  pas  étonnant  que 
Diane  paroiflè  en  habit  de  chaffe  fur  prefque  tous 


les  monumens  qui  la  reprefement.  On  la  voit  fu- 
des  îiiédailies  de  Mytilène , d’Ephèfe,  de  Crete  ' 
d’Hiérocéfarée  en  Lydie,  fur  d’autres  d'Amyntast 

Roi  de  Galatie,  {Ree.  de  Rois  pl.  xix,  i 8c 
d Anthiocus  VIII,  Roi  de  Syrie  ( ibid.  pl.  xii  ) 
lur  des  bas-reliefs  & fur  des  pierres  gravées.  Elle 
eit^ ordinairement  debout  dans  l’attitude  de  quel- 
qu’un qui  court , tenant  de  la  main  gauche  un 
portant  la  droite  au  carquois  qu  elle  a. 
fur  1 épaulé,  comme  pour  en  tirer  une  Sèche  j 
les  cheveux  font  noués  Sc  relevés  par  derrière  5 
on  rem,3rque  quelquefois  le  croiffant  fur  fa  t^tc 
ou  fur  fes  épaules.^  Son  habit  eft  relevé  de  manièra 
que  l extremite  n en  tombe  pas  jufqii^au  genou, 
& lui  découvre  même  une  partie  des  cuiffes  ; ce 
qui  a fait  qu’Ovide , en  comparant  l’habillemenr 
de  chailè  de  \ enus  a celui  de  IDiane^  s^exprijilô 
ainfi  : ( Metam.  Iib.  x.  v.  336  ). 

Nudagenu,  veftem  riîu  fuccinlia  Diané. 


Une  ceinture  qui  arrête  fon  vêtement  au-deffous 
du  fein , le  laiffe  à découvert  ainfi  que  l’épaule 
droite.  ^ 

On  voit  fouvent  au  côté  de  Diane  un  chien 
ou  un  cerfj  fur  un  ancien  monument,  elle  eft 
même  accompagnée  (Afarator.  incript.p.  xxxvu. 
n.  I.)  de  l’un  & de  l’autre 5 & ce  qu’il  y a de 
remarquable  , c’eft  que  ie  cerf  qui  eft  un  animai , 
objet  de  la  chaffe  , fcmble  ici  faire  la  même  fonc- 
tion que  le  chien  , & pourfuivre  avec  lui  d’autres 
animaux.  Peut-être  en  donnant  à la  Déeffe  ua 
cerf  pour  attribut , a-t-on  voulu  exprimer  fon 
agilité , 8c  faire  entendre  qu’elle  l’égâloir  à la 
courfe.  Callimaque  dit  que  fon  char  d’or  eft  at- 
telé de  cerfs  auxquels  elle  a donné  aufll  des  freins 
d’or. 

Les  epithetes-  de  Délia  8c  de  Cynthia  ayant 
été  données  à Diane , ainfi  que  celle  de  Délias  8c 
de  Cynthius  à fon  frère  , prouvent  le  culte  com- 
mun qui  leur  étoit  rendu.  Celle  de  Délia  eft 
employée  par  Virgile  ( Aclog.  5.  ) ; 

Notior  at  non  fit  canibus  jam  Délia  nofiris. 


La  Déeffe  avoit  dans  l’îile  de  Délos  un  tempî* 
de  marbre  nommé  Artémifion',  elle  y étoit  repre- 
fentée  debout,  ie  croiffant  fur  la  tète,  portant 
de  la  main  droite  une  torche,  &c  de  la  "gauche 
un  arc.  Virgile  compare  élégamment  Didon  , en- 
trant dans  le  temple  de  Carthage  avec  tout  foa 
cortège,  à Diane  ( Æn.  i.  v.  498.  ) préfidint 
aux  chœur  des  Nymphes  fur  le  Mont  Cynthiea  r 

Qualis  in  Eurott  ripis  , autperjaga  CynthP 

Exsrcet  Diana  ckoros  , quam  mille  fecats; 

Dinc  atque  hinc  glcmeranzur  Oreades. 

Il  paroît  que  ce  l'ut  à Déics  que  le  culte  de 
JÀ/2/fe^'Oîî333snça  à s etu'oiixÿ  mais  il  ne  tarda  pa-s 

Z Z ij 


3^4  D I A 

à^ie  répondra  dans  d.’rTc'rens  pars  de  !a  Grèca. 
El'e  zvoit  des  temples  & des  autels  à Sycione  & 
dans  les  pays  voifins  de  cette  ville , félon  Panfa- 
■nias  ( Corintk'iac').  En  A c haïe ^ elle  ctoit  honorée 
d'un  cake  particulier , fuivant  le  même  auteur 
{Ackaïc).  Dans  la  citadelle  de  Patra,  dit -il, 
bn  voit  un  remple'de  Diane  Laphria.  ^oyer  ce 
mot.  ^ 

Là  vlhe  de  Patra  s'appeloit  auparavant  Aro'é. 
Les  lomens-sn  furent  maîtres  Quelque  temps  ainfî 
que  de_  deux  autres  villes  , Ànthée  & Mefïatis. 
tes  trois  villes  poffedoient  en  commun  un  cer- 
tain lieu  avec  un  temple  confacré  à Diane  qui  , 
pôm  cette  raifon  ^ fut  furnommée  Tri:laria.  On 
CÊiéoroit  tous  les  ans  des  fêtes  en  fon  honneur. 

^ ^iifanias  dans  fon  voyage  d'Elide , fait  men- 
tion  de  quelques  furnoms  fous  lefqueis  la  Déelfe 
«toit  honorée  dans  cette  province. ( Eiiac.  ii.  c. 

Le  plus  connu  eft  celui  Ax<pasa , dont 
voie!  i onginè.  Aiphee  é'tanc  devenu  amoureux 
de  Diane  y & voyant  qu'il  ne  pouvoit  réuffir  à 
1 epoufer , refolut  de  i’enîever.  On  dit  que  Diane 
eiî  le  fuyant  toajourSj  Tarara  fur  fes  pas  àLetrins 
bu  ii  a*  oit  coutume  d'afllfter  aux  jeux  que  les 
Nymphes  donüoient  j que  pour  le  tromper  elle 
le  rendit  nieconnoiffaDle  en  fe  trottant  le  vifage 
oe^  boue  J ainli  que  celui  de  fes  compagnes  5 & 
qu'Alphée.ne  pouvant  la  diliinguer  des  IN'ymphes, 
s en  retourna  fans  rien  entreprendre.  Ceft  de 
i-amour  d Aiphee  pour  Diane , dit  Paufanias,  que 
les  habitans  de  Letrins  donnèrent  à Diane  ce 
furnom.  Trilîan  ( lom.  2.  p.  ) a publié  une 
médaille  de  Caraca'la  fur  laquelle  il  prétend  que 
Je  type  du  revers  repréfente  Diane  AJphœa.  Quelle 
que  fon  Pallégorie  de  cette  fable , elle  nous 
prouve  au  moins  que  le  culte  de  Diane  étoit 
érabii  en  Elide.  Elle  avoir  un  autel  dans  l'Altis  ; 
& Paufanias  ( Pa-uf.  eliac.  i , c.  , ihid.  eliac. 
2,  c.  22  5?  25,,)  nous  apprend  quelle  étoit 
honorée  dans  cette  contrée  fous  les  noms  de 
, Kcfêaxcs , L'hiftorîen  ignore 

i origine  du  premier  nom.  Le  fécond  vient  de  ce 
que  les  compagnons  de  Pélops  célébrant  des 
|eux_a  rhonneur  de  Diane  pour  la  remercier  de 
la  vidoire  remportée  par  Pélops,  employèrent 
une  danfe  de  ce  nom  & qui  étoit  en  ufage  parmi 
. , habitans  du  Mont  Sipyle.  Le  troilïème  lui  a 
ete  donné  d'un  temple  qui  lui  étoit  confacré 
près  du  Gymnafe  dTlis. 

Auhi-tôt  après  que  les  Cyclcpes  eurent  forgé 
ies  armes _de  D/fi, 7£  pour  la  chaffe,  dit  Callimaque 
(Hymn  in  Dian  v.  87.  ) la  DéefTe  vinten  Arca- 
bte,  fepar  ordinaire  du  Dieu  Pan;  & félon 
Virgile  (Géorgie,  iii , v.  395)  elle  fe  rendit  à 
i invitation  de  ce  Dieu  dé  l'Arcadie  ^ qui  l’a  voit 
appelte  dans  fes  fom&res  forêts;  mais’ foit  que 

aliufion  aux 

montagnes  & aux  forets  d'Arcadie  oui  rendent 
ce  va  VS  tre^propre  peur  la  ch.afTe  ; feirque  cette 
première  anegone  e.n  contienne  auffi  une  fécondé 


D I A 

qui  ait^  rapport  à la  lune  ou  à Diane  , il  eft  cor  A 
tant  néanmoins  que  le  culte  de  cette  Déeffe  étok 
établi  dans  beaucoup  de  cantons  de  la  provinc» 
Elle  y reçut  plulieurs  furnoms  pris  des  lieux  o'\ 
on  lui  avoir  élevé^  des  temples  , érigé  des  autefs 
gc  confacré  des  ftariies.  C'ell  ainfi  qif  eüe  étoit 
appelée  Lycoatis  , de  la  ville  de  Lycoa  fîtuée  aii 
pied  du  Mont  Ménale  (Ptzvhz/î.  Arcad.  c.  xxxvj.'^ 
où  elle  avoir  un  temple  & une  ftatue  de  bronze 
Les  Caphyates  la  nommoient  Cnccalefta,  parce 
qu'ils  céiébroient  tous  les  ans  fa  fête  fur  le  Mont 
Cnacalus  {ihid.  c.  xxiu.)  Elle  avoir  un  bois 
facré  & un  temple  à Cadylée  qui  n'étoit  qu'à  un 
Itade  de  faphyes  : elle  en  reçut  Fépithete  de 
Conciyleatis.  Foyei  ce  mot. 

îl  n'eil:  pas  é.onnant  que  le  culte  de  Diane  fut 
11  multiplié  en  Arcadie;  c'étoit  un  pays  de  mon- 
tagnes & de  forêts  ; ce  qui  a fait  dire  que  le  Dieu 
Pan  l'avoit  choiiî  pour-  fa  demeure.  Il  y a une 
quantité  deiieux  tels  que  Lycoa  ,Lycs.a  y Lyeafuray 
Lyc&us  , formé  du  mot  grec  qui  lignifie  icup,  & 
qui  déf  gnent  que  cette  contrée  abondok  en  loups, 
& croit  par  conféquent  un  pays  où  la  Déelfe  de 
la  chaffe  devoir  être  honorée  d’une  manière  parti- 
culière. 

Le  nombre  des  lieux  ccnfacrés  à Diane  dans 
l'Attique , prouve  que  la  fœur  n’y  étoit  pas  moins 
en  honneur  que  le  frère.  Il  paroît  même  que  ce 
fut  un  des  premiers  pays  où  fon  culte  s'établit; 
car  Paufanias  {Paufan.  Attic.  ) nous  apprend  que 
la  Dce.Te  venant  de  Délos,  aborda  enAttique, 
qu’elie  y chaiTa  pour  la  première  fois  dans  un 
canton  nommé  Agraqtès  de  YlHjfas,  &que  ce. 
fut  de-ià  qu'elle  reçut  le  nom  de  ChafferelTe , 
Elle  étoit  ripréfentée  dans  ce  lieu  avec 
un  arc.  En  entrant  dans  l’Académie  on  voyoit 
pluf  eurs  Itatues  de  Diane  dans  une  enceinte  alTez 
conlidérable  confacrée  à la  Déelfe.  Elle  y étoit 
furnommée  très  - bonne  & très  - belle.  Paufanias 
(^Paufan.  Attic.  c.  xxjx)  croit  que  ces  Uatues' 
repréfentoient  fes  dilférens  attributs. 

Son  cuite  droit  établi  en  Béotie  : c'eften  Aulide 
que  s'elt  palfée  la  fcène  fanglante  du  facn&e 
d'Iphigénie  , fi  célèbre  dans  les  poètes.  ( Lucret. 

lib.  I.). 

Auli-de  quo  patio  Triviaz  Virginxs  aram 
Ipkîanijfaï  turparunt  fanguine  fædï 
Duciores  Danaian. 

Quand  ce  ne  feroit  pas  la  'fille  d'Agamemnos 
qui  auroit  été  immolée  à Diane , mais  une  autre 
princefie  de  fon  nom,  il  n’en  feroit  pas  moins 
vrai  que  la  coutume  barbare  de  lui  offrir  des  vic- 
times humaines  étoit  en  ufage  dans  ce  pays.  Le 
grand  Racine  qui  connoiiToit  fi' bien  les  znaetjS 
&•  qui  favoit  apprécier  leur  siérite  s'appuie  qe 
l'autorité  de  Paufanias  ( Corint/z.)  pour  juftifier 
le  dénouement  de  fa  belle  tragédie  d lphigéifie» 
ii  rejette  h fable  de  la  hidre  fubftituée  par  Diane  ^ 


D I A 

Sr  me:  a 'a  place  de  ia  fiàe  fi’Agameninon  une 
Frinceire  Siie  ûriéîtne;  cependant  Paufanias  ra- 
co^te  ic  fait  dinreremment  yPauJ^zn.  Beoi.  c,  xix.J. 
" Auiiue^  dit  cet  auteur  ^ un  temple 

» de  Diane  & deux  itaïues  de  maibre  blanc  dont 
” 1 une  repréfente  ia  Déefle  po:  tant  deux  torches  j 
” fx  î '-t  repréfente  avec  un  arc  & des 
” que  les  Grecs , fuivaut  i’cracJe 

” Cha'cas , étant  fur  le  point  de  facridcr 
Iphigénie  à i’aucel  de  Diane , Li  Déelfe  elie- 
» meme  lui  fubititua  une  biche.  Les  gens  du  lieu 
confervent  encore  dans  le  temple  une  partie 
" du  tronc  de  ce  platane  dos:  Homère  fait 
rnention  dans  l'iiiade.  Ils  ont  auffi  pour  tra- 
» duion  que  les  Grecs  furent  long-temps  airèrés 
^ en  Aulide  ^ & que  tout-à-coup  les  vents  étant 
devenus  fivorabJes,  chacun  facrina  aiilh-tôt 
en  adtion  de  grâces  la  première  victime  ou’il 
» ^ hstt  mâle  foit  femelle^  & que 

“ de-Ia  eft  venue  la  coutume  qui  s^obferve  en- 
“ cote  dans  le  pays^  d'immoler  à Diane  toute 
==  forte  de  vidîimes  fans  diiHnétion  de  fexe  ». 
Au  refte  cette  hiiloire  eft  racontée  avec  bien  des 
variations  paroles  hilloriens  & les  poètes;  & de 
queicue  manière  que  l’auteur  François  fait  pré- 
lentée , fon  perfonnage  d’Eriphiie  n’en  eft  pas 
moins  heureux  J & il  répand  beaucoup  plus  d’in- 
toute  la  pièce. 

Une  médaillé  d’Apollonie  en  Étoile  j qui  repré- 
ente d un  cote  le  bulre  de  Diane  ( Rec.  de  médail. 
de  P tupi.  & de  ville,  tom.  I.  pi.  xiv,  } avec  le 
rarqucis  fur  l’épaule,  & de  Tautre  une  mâchoire 
de  fanglier  avec  le  fer  d’un  épieu  ou  d’une  lance, 
marque  zStz  le  culte  que  l'on  rendoit  à la  Déefle 
d<ins  cette  contrée  de  la  Grèce.  La  mâchoire  du 
fanglier  furieux  qui  fit  un  lî  grand  dégât  à Calydon , 
& GU  elle  avoir  envoyé  pour  fe  venger  de  ce 
qu  CEnee  avoir  oublis  de  la  comprendre  dans  les 
honneurs  divins  qu’il  avoît  rendus  aux  autres 
«hvinit.'s;  ce  fut  peut-être  la  punition  exercée  par 
Drii/îe  co.ntre  ceshabitans  de  l’EtoIie,  qui  les  en- 
gagea  depuis  a lui  déférer  un  culte  en  lui  donnant 
ie  furnom  àl Elle  étoit  honorée  fous  ce 
titre  a-Naupadie  ( Paufart.Pkoc,  c.  xxx  viir.'),  GÙ  j 
lOn  voyoit  un  temple  élevé  en  fon  honneur, 
ainfi  que  fa  flatue  de  marbre  blanc  qui  ia  repré- 
fentoit  dans  l’attitude  d’une  femme  tirant  de  l’arc. 
On  lit  auflî  cette  épithète  dans  Strabon  ( Srab. 
lib.  V.  p.  2IJ  ) qui  parle  d’un  bois  facré  que  la 
Déefle  avoir  en  Italie. 

Diane  avoît  reçu  le  furnom  de  Pherœ , ville  de 
Theflaiie.  Calümaque  (^kymn.in  Dian  v.  -j9) 
i invoque  fous  ce  nom.  On  le  lit  aufli  dansLyco- 
phron  ÿhycophr.p.  i~6)  ; & il  fe  trouve  fur  une 
lafcriptîon  publiée  par  MuratOîi(rom,  I.p.xxxYiii, 

xi.  2.  ). 

APTEMIAî 
-eEPAIAl  KIM 
TOS  AfSNON, 


D i A « ^ 

Les  Argier.s  félon  Paufmias  ( Paafan.  Ccri^tî 
avoient  une  DDne  Fhéréenne  ainfi  cu^^ii 
^icyonisns  & les  Athéniens;  iis  prètendyienAIë 
la  itarue  de  cette  DéeiTe  leur  avoir  été  apportée  de 
Pkerœ. 

La  Macédoine  & la  Thnce  étant  des  pays  de 
chafle , Uiane  y étoit  en  grande  venéranon.  Ce 
fut  vers  le  Mont  ( Ccilim.  kymn.  in.  Dian. 

V.  1 14.  ) çu  elle  s’achemina  auiTi-tôt  après  qa’eüe 
eut  commence  ue  monivr  fon  char  arte'ié  de  cerfs  ; 
Sr  jes  1 hraces  la  ns-mmoient  B'-tSiç,  félon  Hefv- 
chius  qui  parle  des  fêtes  que  l’on  célébroic  en  fon 
honneur  , & que  l’on  appeioir  H^ièiétia. 

Mais  aucune  ville  du  monde  ne  fe  flanala  autant 
à cet  égard' que  celle  d’Ephéfe.  ( roye-r  oins  bas 
Diane  d'Ephèse  ). 

Le  furnom  nEî-SîKH  qui  fe  lit  fur  une  médaille 
de  Hiérocéfarée  publiée  par  Seguin  {Seg-ain.  feleS. 
numifm.  ) & par  Pellerin  (i2êc.  lies  peapl.  & de 
villes,  îom.  II , pl.  Lxi  , parcit  d’autant  plus 
extraordinaire  qu’il  femble  venir  & qu’il  vient  en 
effet  des  Perfes.  Ces  peuples  avoient  pour  Diane 
une  grande  vénération  comme  nous  i’apprenong 
de  Diodore  & de  Plutarque  {Platarc.  in  Lucullo)  ; 
ils  !’  ’appeloient  Nans.a  ou  Ar.aïtis. 

C’éîcflt  pour  piller  le  riche  temple  qu’elle  avoît 
dans  l'EIymaide  ( Macc.  xr  , 2.  Jofepk. 
lib.  xir.  c.  13.)  qu’Antioc.  ^'us  fe  préparoit  à faire 
un  yovags  en  Perfa  , & qu’il  mourut  dans  cette 
expédition.  Or,  les  Perfes  fe  rendirent  maîtres  de 
la  Lydie;  & ce  fut  du  long  féjoiir  qu’ils  y firent, 
que  les  habitans  d’une  partie  de  cette  province 
furent  appelés  Perjiques.  {Paufan.  Eliac.  I,  c. 
XXV II.').  Les  villes  d’Hypæpa  & de  Hiérocéfarée 
étoip.t  précifément  dans  cette  contrée.  Lorfque 
le  fénat  voulut  abolir  fous  Tibère  le  droit  d’afyle 
dont  jouîiroieiît  plufieurs  temples  de  la  Grèce  , 
chaque  peuple  fit  des  repréfentations  qui  ten- 
doient  à le  conferver  ; quelques-uns  firent  valoir 
l’ancienneté  de  ce  droit  ; ceux  de  Hiérocéfarée 
remontèrent  plus  haut  que  les  autres,  & ils  fou- 
tinrent  ( Tadt.  annaL-m  ) qu’ils  adi-toient 
Perfique  dans  un  temple  dédié  fous  le  règne  de 
Cyrus;  ce  qui  confirme  T’emploi  que  la  ville  de 
Hiérocéfarée  à fait  de  ce  furnom  de  Diane  fur  fes 
médailles. 

Les  Romains  fe  conformèrent  à l’égard  de 
Diane  au  même  plan  qu’ils  avoient  fuivi  pour 
Apollon  & les  autres  Dieux  dont  les  Grecs  leur 
avoient  tranfmis  le  culte.  L’époque  de  celui  de 
Diane  chez  eux  eft  fort  ancien  ; il  précède  même 
les  temps  de  la  république.  Ce  fut  un  trait  de 
politique , pour  unir  à jamais  les  Latins  avec  les 
Romains , qui  porta  Servius  à leur  Êire  bâtir  en 
commun  fur  le  Mont  Aventin  un  temple, de  Diane 
où  les  deux  peuples  dévoient  s’aflembler  tous 
les  ans  pour  y renouveler  les  fermens  de  leur 
première  confédération.  Ce  Roi , dit  Tite-Live, 
(.Lié.  I.),  ayant  confidérablement augmenté la'ville 
de  RomSjSé  ne  vo  wlant pas  devoir  tcujoursi’accroif^ 


D î A. 

fement  de  fa  puiflance  aux  fuccès  de  fes^  armes, 
entreprit  de  donner  a fon  état  une  nouvelle  force 
& en  mêrae-temps  un  nouveau  luftre  par  des 
voies  de  prudence/  Le  temple  de  Diane  a Epk'efe 
éîoit  pour  lors  célèbre  par  tout  1 univers  j on 
croyoit  que  les  villes  d'Afie  s’étoient  réunies  pour  le 
conftruire  à frais  communs.  Servius,  à force  de 
faire  valoir  aux  chefs  des  Latins , avec  lefqueis 
il  sV'toit  uni  à defiêin,  les  avantages  qui  réfultoient 
de  Tunanimité  de  tous  les  peuples  de  la  Grèce 
dans  le  culte  des  mêmes  Dieux,  les  engagea  enfin 
à fe  joindre  aux  Romains  pour  bâtir  à Rome  un 
tem.ple  de  Diane  qui  fût  commun  aux  deux  na- 
tions. Cétoit  donner  évidemment  à cette  ville  le 
titre  de  capitale  de  Tltalie , qu’ils  lui  avoient 
tan:  de  fois  conrefté  par  les  armes-  Mais  quoique 
les  Latins  femblaiTent  avoir  renoncé  à cette  pré- 
rogative , après  avoir  fait  tant  d’eflorts  pour  en 
jouir  , un  Sabin  crut  avoir  trouvé  Toccafion  de 
la  revendiquer,  & de  rendre  à fs  patrie  l’empire 
qu’elle  avoir  perdu.  Il  étoit  né,  dit-on,  chez 
un  parîicü  ier  de  cette  nation , un  bœuf  d’une 
taille  & d’une  beauté  extraordinaire.  Ses  cornes 
eonfervées  pendant  pliifieurs  fiècles  dans  le  vef- 
tibiile  du  temple  de  Diane  où  elles  avoient  été 
attachées , atteRoient  ce  prodige.  Les  devins 
confuités  fur  cet  événement , qui  paroiffoit  mi- 
raculeux , répondire  « que  celui  qui  immoîeroit  à 
Diane  cette  viétirae,  procureroit  à fa  nation 
l’empire  de  l’Italie.  Le  prêtre  de  la  Déeffe  fut 
inftruit  de  cette  réponfe.  Dès  que  le  Sabin  eut 
trouvé  le  temps  qu’il  croyoit  convenable  pour 
faire  ce  facrifice,  il  conduifit  le  bœuf  à Rome 
& le  mena  devant  le  temple  de  Diane.  Le  prêtre 
Romain  jugeant  par  la  taille  de  la  vitlime,  que 
c’étoit  l’animal  dont  l'Oracle  avoir  parlé  , & cher- 
chant à tromper  le  Sabin  : Quallei-vous  faire , 
lui  dit-il?  garde:^-vo_us  d'offrir  a Diane  un  facrifice 
impie.  Q_ue  n’ allf^^vous  auparavant  vous  purifier 
dans  les  eaux  du  Tibre  qui  coulent  au  bas  de  ce 
vallon.. 

L’étranger  touché  de  cette  remontrance  & 
craignant  d’ailleurs  que  fa  négligence  ne  fût  un 
obftacle  à l’événement  qu’il  attendoit , defcendit 
far  le  bord  du  Tibre.  Le  prêtre  profita  de  ce 
temps  pour  immoler  lui-même  le  bœuf,  & il 
s'acquit  par  ce  fervice  important  les  bonnes  grâces 
du  Roi  & de  tout  le  peuple.  Le  temple  de  Diane 
devint  fi  célèbre,  que  le  Mont  Aventin  fur  lequel  il 
étoiî  bâti  fut  nommé  le  Mont  de  Diane.  ( Mar~ 
fiai.  Epigr.  U b.  7 , Epigr.  ~JX  ). 

EfiqulTiis  iomas  efi , domus  efi  tibi  colle  Diane, 

Junon  s’oppofant  à la  marche  d’Annibaî  vers 
Rome,  lui  repréfente  tous  les  Dieux  de  cette  ville 
fe  préparant  à le  punir  , s’il  ofoit  s’avancer;  elle 
lui  peint  Diane  entf  autres  dans  ces  termes.  ( SU. 
lié.  Il,  V.  712.  ) ; 

Jf  qiiù  vklnis  toliitfie  collihus  altof. 


D I A 

lÆolis  Aventinus  , viden  ut  Eatonia  virgo 

Actenfds  quatiat  Pblegethontis  gurgite  tædas. 

Les  Grecs , fuivant  Appien  ( Appian.  de  bell, 
civ.  lib.  I.  ) s’en  fervirent  comme  d’une  forte- 
refie  , & s’y  retranchèrent  comme  dans  un  lieu 
de  défenfe  pendant  la  guerre  civile. 

Il  y avoir  fur  la  même  montagne  un  autre 
temple  de  la  lune  dont  parle  Ovide  : 

Luna  régit  menfies  ; hujas  quoque  tempora  menfis 
Finit  Aveniino  Luna  colenda  jugo. 

II  n’efr  pas  douteux  que  les  Romains  ne  fe 
formaiîent  de  cette  Déeffe  les  mêmes  idées  que 
les  Grecs  , & qu’ils  ne  lui  ayent  donné  les  mêmes 
attributs,  quoiqu’elle  ait  reçu  de  ces  peuples 
d’autres  furnoms  pour  des  raifons  particulières. 
C’efi  ainfi  qu’elle  Fut  furnommée  Rsfiîana  , d’une 
famiile  Romaine  dans  les  terres  de  laquelle  on 
lui  avoir  vraiferablablement  élevé  un  temple  ou 
quelqu’aurre  monument.  Cette  épithète  fe  lit  fur 
une  infcription  trouvée  à Rome  {Spon,  MificelL 
erud.  antiq,  ) vers  la  voie  Appienne  : 

DîANAE  RAESIANAS 
Q.  RAESIVS  Q.  FIE.  SVRDINYS 
eVM  RAESIA  HERCVLANIOLA 
SACRVM. 

A quelque  diftance  de  Rome , en  faivast  la 
voie  Appienne  , on  trouve  une  ville  nommée 
Aricia,  & près  de  cette  ville  un  bois  fameux  & 
un  lac  confacrés  à Diane.  Strabon  ( Strahon.  lib. 
v.p.  239  ) entre  dans  un  détail  circonftancié  fur 
la  pofition  à'Aricia , fur  le  bois  facré  de  la  Déeffe, 
& fur  les  cérémonies  religieufes  qui  y étoient  en 
ufage.  Il  dit  que  ces  facrifices  avoient  quelque 
chofe  de  barbare , & qu’ils  étoient  femblables  à 
ceux  que  l’on  offroit  à Diane  Taurique. 

Le  culte  de  Diane  étoit  établi  en  Campanie: 
elle  avoir  un  temple  célèbre  fur  le  Mont  Tifâte 
où  Sylla  vint  iV elleius , lib,  2,  ) après  fa  victoire 
rendre  grâce  à la  Déeffe.  Pojî  vicloriam  , quà. 
deficendens  lAor.tem  Tifdta  cum  C.  Norbano  con^ 
currerat,  Sulla  grates  Diane,  cujus  numini  regio  ilht 
fiacrata  efi , fiolvit.  II  n’étoit  qu’à  trente  ftades  de 
Capoue , félon  Paufanias  (L’/iuc.  1.),  qui  di- 
avoir  vu  dedans  une  tête  d’éléphant.  Une  infenp- 
tion  trouvée  fur  le  Mont  Tifate,  fait  connoitre 
que  le  furnom  de  Tifatenis  fut  donné  à Diatte^ 

( Spon.  M-ificell.  Erud.  antiq.  ) 

c.  VELLEIO  C.  F.  PAL.  VRBANO 

MAG.  fan.  PIAN.  TIFAT.  HONORAT® 
EQVO  PVBLICO  AB  IMP.  ANTONIO 
CVM  AGERET  AESTAJIS  AN.  V. 

C.  VELLEIVS  VRBANVS  ET  TÜLLIA 
NICE  PARENTES  P.  P.  P» 


D I A 

Diane  écoit  honorée  dans  pIuGeurs  autres  lieus 
d’Italie.  ( Apollon.  Argon,  lib.  iv.  ).  Les  Mes 
AbCyrtldes  on  Brigéides  furent  nommées  aufG  les 
Mes  de  Diane.  Horace  ( lib.  i.  od.  xi)  nous  ap- 
prend que  le  Mont  Algide  lui  étoit  confacré.  Sur 
une  médaille  d’argent  des  Brutiens  elle  cft  repré- 
fentée  de  bout  tenantde  lamain  droite  un  javeiotjSe 
de  la  gauche  une  torche  allumée  avec  une  étoile 
dans  le  champ  & un  chien  à fes  pieds.  Selon 
Thucydide  3 elle  avoir  un  temple  aux  environs  de 
Rhège.  Enfin  3 fon  cu'te  étoit  anfTi  établi  en 
Sicile.  L’on  connoïc  allez  la  belle  ftatuede  Diane 
de  Ségefte , qui  faifoit  un  des  ornemens  de  la 
galerie  de  Verrès. 

=3  Diane  , dit  Winckelmann  ( Hift.  de  V An.  ) 
a plus  que  toutes  les  autres  DéeiTes  fiipérieures 
l£s  formes  & l’air  d’une  Vierge.  Douée  de  tous 
les  attraits  de  fon  fexe3  elle  paroît  ignorer  qu’elle 
eft  belle.  Mais  fes  regards  ne  font  point  bailTés 
Comme  ceux  de  Pallas.  Ses  yeux  pleins  d’alé- 
grelTe  font  dirigés  fur  l’objet  de  fes  plaifirs  3 la 
chalfe.  Cette  Déeffe  3 étant  le  plus  fouvent  re- 
préfentée  en  pleine  courfe  3 porte  fes  regards 
droit  en  avant , &c  , fans  les  arrêter  fur  les  objets 
contigus  3 les  promène  de  loin  devant  elle.  Ses 
cheveux  font  relevés  de  tous  côtés  fur  la  tête  3 & 
forment  par  derrière 3 furie  cou 3 un  nœud,  à 
la  manière  des  Vierges  j mais  fon  front  n’eft  pas 
ceint  du  diadème  > & fa  tête  ne  porte  aucun  de 
ces  ornemens  qu’on  lui  a donnés  dans  les  temps 
modernes  : fa  taille  ell  plus  légère  & plus 
fveîte  que  celle  de  Junon  & de  Pallas.  Une 
Diane  matilée  feroit  auffi  aifée  à reconnoïtre 
parmi  les  autres  Déeffes  , qu’il  eft  facile  , dans 
Homère  3 de  la  diltinguer  des  belles  Oréades  fes 
compagnes.  La  plupart  du  temps  Diane  ne  porte 
qu’un  vêtement  relevé  3 qui  ne  lui  va  quejufqu’aux 
genoux  5 mais  elle  eft  aufti  repréfentée  quelque- 
fois avec  une  longue  draperie  : feule  entre  toutes 
les  Déefles , on  la  trouve  fur  quelques  monumeas 
avec  le  fein  droit  découvert». 

» En  ij^o  , on  trouva  dans  les  fouilles  d’Her- 
culanum  une  Diane  de  marbre  de  4 palmes  de 
hauteur  ( environ  2 pieds  8 pouces)  dont  l’ouvrage 
annonce  les  premiers  temps  de  l’art.  Cette  ftatue 
eft  dans  l’aélion  de  marcherj  comme  la  plupart 
des  figures  de  Diane.  Les  angles  de  la  bouche 
font  tirés  en  haut  j & le  menton  eft  d’une  forme 
étroite  j on  voit  aifément  que  cette  figure  n’eft 
pas  un  portrait , mais  qu’elle  eft  exécutée  d’après 
une  idee  imparfaite  de  la  beauté.  Quoi  qu’il  en 
foiE3  elle  a de  belles  parties  3 & fes  pieds  font 
d’une  telle  fineflè  , qu’on  n’en  trouve  pas  de  pJus 
élégans  aux  figures  véritablement  grecques.  Quant 
aux  détails,  les  cheveux  font  blonds,  ceux  du 
fornmet  de  la  tête  defeendenr  fur  le  front  en 
petites  boucles , & ceux  des  faces  tombent  en 
longs  flocons  fur  les  épaules  j mais  par  derrière 
ils  font  noués  affez  loin  de  la  tête.  Du  refte  elle 
% la  tête  ceints  d’un  bandeau  fut  lequel  font 


D î A 3^7 

travaillées  de  relief  huit  rofes  roiiges.  Ses  dra- 
peries font  blanches  ; ia  tunique  a des  manches 
larges  3 difpofées  en  plis  toaeinés  , & û ch'a- 
myde  eft  piilfée  parallèlement  ainfi  que  la  robe. 
La  bordure  de  la  tunique  eft  formée  par  trois 
petites  bandes  ; l’inférieure  eft  d’un  jaune  d’or } 
celle  qui  la  fuit  immédiatement  eft  large  & dg 
couleur  de  laque,  avec  des  fleurons  blancs  pour 
indiquer  de  la  broderie  : la  troiùème  eft  de  la 
même  couleur.  La  courroie  du  carquoisjqui  paC'e  de 
l’épaule  droite  fur  le  fein,  eft  rouge,  ainfi  que 
celle  des  fandales.  Cette  couleur  rouge  domi- 
nante rappelle  laftatueque  Corydon  promet , dans 
Virgile,  d’érigrr  à Diane  , & qui  devoir  êrte  de 
marbre  avec  des  brodequins  rouges.  La  ftatue 
d’tierculanum  étoit  placée  dans  un  petit  temple 
dépendant  d’une  maifon  de  campagne  fituée  entre 
Pompeii  Sr  Herculanurn  ». 

On  voit  dans  la  galerie  de  Verfailles  une  Diane 
antique  trouvée  à Arles,  dont  la  tête  eft  mioderne. 

c«  Dans  le-  petit  nombre  de  figures  entières 
exécutées  en  albâtre,  confervées  à Rome,  on  trouve 
deux  Dianes  au-deffous  du  naturel  ; la  plus  grande 
eft  à la  maifon  Verofpi  3 & la  plus  petite  à ia  Villa 
Borghèfe.  Mais  c’es  deux  figures  n’ont  d’antique 
& d’albâtre  que  ia  draperie;  la  tête,  les  mains, 
font  modernes  & de  bronze  ; toutes  deux  font 
de  l’efpèce  d’aibâtrs  nommé  J.gatino  , parce 
qu’il  reffemble  à l’agathe  , & qu’il  en  a prefque 
la  dureté  : d’ailleurs  toutes  deux  font  drapées  de 
la  plus  grande  manier®.  A la  Villa  Aibani  on  voit 
auffi  en  albâtre  la  partie  fupérieure  d’une  Diane 
dont  la  partie  inférieure  eft  refîaurée  ». 

Dans  les  hymnes  d’Orphée  Diane  eft  appelée 
Tayve-iTriTrXn , à longue  robe.  Cette  épithète  trouve 
fon  explication  dans  quelques  monumens  antiques 
fur  lefquels  Diane  eft  repréfentée  avec  une  tunique 
qui  defeend  jufqu’à  fes  pieds. 

Sur  une  fardoine  de  la  corieéiion  de  Stofeh , on 
voit  Diane  transformée  en  cerf  qui  combat  le 
Géant  Typhon  ( IP.  clajfe  n°.  1x6  }. 

Diane  paroît  ailée  fur  des  monumens  étrufques. 
Tantôt  elle  porte  des  flambeaux.  Sur  la  bafe  de 
Pouzzolc,  elle  a dans  la  main  gauche  des  épis  8e 
des  pavots, 

Diane  Taurique  tient  une  épée  fur  les  farco- 
phages  du  palais  .4caramboni, 

Diane.Vztxox  étoit  repréfentée  à Sicione  fous 
la  forme  d’une  colonne. 

A Ephèfe  les  prêtres  de  Diane  étoient  eu- 
nuques. 

Les  femmes  faifoient  à Diane  une  offrande  de 
leur  ceinture  après  leur  accouchement.  On  atra.- 
choit  des  têtes  de  cerf  aux  murs  de  fes  temples. 

Di  AK  A reglna  undarum,  Gruter,  (^Tkef.  in~ 
cript.  ) rapporte  une  infeription  dans  laquelle  oa 
donne  ce  farnom  à Diane.  Seroiî-il  relatif  à la 
raêîsmorphpfs  d’-4ftéoa  i 


3^8  D ! A 

DIA^•E  d’Athènes  : c'ell  la  feule  itattie  de  Diane 
à lac  uel  e on  ait  mis  une  couronne  fur  la  têts,  dit 
Eiien,  qui  en  raconte  une  hiftoire  lîngulière.  Un 
jeune  enfant  ayant  ramafTé  & emporté  une  lame 
d’or  tombée  de  la  couronne  de  Diane , fut  amené 
aux  juges,  qui,  le  voyant  dans  un  fî  bas  âge, 
voulurent  l’éprouver  : sis  lui  préfentèrent  des 
offelets  & autres  chofes  femblabies,  propres  à 
amafer  des  enfans , avec  la  lame  d’or.  L’enfant 
prenoit  toujours  cette  lame  préférablemenr  à tout  : 
ce  que  voyant  les  juges,  ils  le  firent  mourir  fans 
aucun  égard  à fon  bas  âge , perfuadés  que  c etoit 
îa  cupidité  qui  lui  avoit  fait  emporter  cette  lame 
d’or.  Les  Athéniens  étoient  d’une  extrême  rigueur 
en  tour  ce  qui  regardoit  les  chofes  divines  ; fi 
: quelqu’un  étoit  convaincu  d'avoir  coupé  une 
branche  du  bois  qu’on  appeloit  le  bois  facré  des 
Héros  3 il  lui  en  coûtait  la  vie  fans  miféricorde. 
Ün  nommé  Atarbe,  ayant  tué  un  moineau  con- 
facré  à Efculape , fut  condamné  au  dernier  fup- 
plice,  quoiqu’il  l’eût  tué  par  mégarde,  ou,  félon 
d’autres , qu’il  l’eût  fait  n’étant  pas  dans  fon  bon 
fens. 

Diane  de  Lacédémone-  Voye:^  Diamasti- 

GOSE. 


Diane  à’Epkèfe , quoique  toutes  les  villes  de 
l’antiquité  aient  bâti  des  temples  en  l’honneur  de 
Diane  , cependant  aucune  ville  du  monde  ne 
fe^fignala  autant  à cet  égard  que  celle  SEphife 
(^laciî.  Annal,  iii.  c.  lxi.  ) parce  que  fes  habi- 
tans  s’enorgueilliffoient  de  la  naiffance  que  Diane 
avoit  prife  dans  leur  pays  ; quoique  les  habitans 
de  Déios  leur  ayeat  contefté  cette  prérogative , il 
eft  certain  néanmoins  que  le  culte  de  la  Déeffe  à 
Jtpkefe  eii  de  la  plus  haute  antiquité.  On  croit 
que  fon  temple  fut  d’abord  bâti  dans  le  goût 
Egvpden.  L’origine  du  cuite  de  la  Diane  d’Epkefe , 
la  fondation  de  fon  temple,  les  différentes  révo- 
lutions qu’il  a éprouvées,  la  de.ciiption  de  la 
ftatue  & de  fes  fymboles , fourniroient  la  matière 
de  plufieurs  volumes.  Les  bornes  d’un  article  de 
ce  diciionaire  ne  permettant  pas  de  di.ûtuteren  dé- 
tail tous  ces  ob;etSj  on  pourra  coafulter  Claude 
Ménétrier  ( Claud.  Menetr.  fymbol.  Dian.  Epk. 
Ital.^ , Poleni  (de  Dian,  Epkef.  tempL  dllfen. 
Joan.^  Volen.  Rom.  17.^2 , & le  Comte  de  Caylus 
C Mem.  Acad.  tom.  ÎKIEX  ) qui  ont  épuifé  en 
cpuelque  forte  la  m-Kière.  Le  premier  a donné 
i exphcat!on  des  d’fîcrens  fymboles  de  la  ftatue, 
tuais  il  s'eil;  écarté  fouvent  du  vrai.  Le  Marquis 
Poleni,  daris  une  diiTe-tation  fur  le  temple  à^Ephiéfe, 
a parlé  aaifi  du  culte  & de  la  ftatue  de  la  Déeffe  5 
fon  ouvrage  eft  rempli  de  recherches  , & recom- 
mandable par  la  critique.  Le  Comte  de  Caylus, 
que  fon  goût  pour  les  arts , & la  connoiiTance 
qu  il  avoir  des  monu'mens  antiques,  ont  rendu  juge 
p.us  competent  qu’aucun  autre  , a traité  ce  fujet 
dans  toutes  Tes  parties  & de  la  manière  la  plus 
fâtisfaiiante.  Cdt  d’après  «es  trois  auteurs  que 


D i A 

nous  allons  faire  une  mention  abrégée  du  temn^* 
le  plus  rameux  qu’att  eu  la  fœur  d’ Apollon  Seo- 
la  ftatue  la  plus  fingulière  qui  ait  exifté.  ^ 
L’incertitude  &,la  variété  des  fentimens  d^as 
les  auteurs  fur  le  temps  de  la  fondation , & fjjj 
le  nom  des  fondateurs  du  temple  de  Diane  à 
Ephefe  ; leur  filence  fur  la  divinité  qu’on  y révé- 
roit  d’abord , & fur  le  culte  qu’on  lui  réndoit 
concourent  à prouver  l’ancienneté  de  cet  étaWif- 
fement.  C’eft  fans  doute  cette  incertitude  qui  a 
fait  naître  l’opinion  félon  laquelle  la  ftatue  de 
Diane  8c  le  temple  même  étoient  tombés  du  ciel. 
La- plupart  des  anciens  auteurs  attribuent  néan- 
rnoins  îa  fondation  de  ce  temple  aux  Amazones. 
Ibz  Ephefus , dit  Pomponius  Mêla , & Dians.  cU- 
rijjlmum  templum  , [quod  Amazones  Ajîâ  poternes 
facrajfe^  traduntar.  Soiin  & Hy  gin  font  à-peu-près 
du  même  fentiment  ; le'  dernier  attribue  cette 
fondation  à l’Amazone  Orrira , femme  de  Mars. 
Cailimaque  & Denis  Periégete  font  aulTi  mention 
des  Amazones  en  pariant  d’Ephèfe  & de  fou 
temple  fameux;  mais  ces  deux  auteurs  Bt  s’expri- 
ment pas  alTez  clairement  à ce  fujet.  Paufanias  eft 
d an  autre  avis  : il  reprend  Pindared  avoir  écrit  que 
les  Amazones  bâtirent  le  temple  de  Diane  à Epk'efe, 
lorfqu  elles  allèrent  faire  la  guerre  aux  Athéniens 
& à Théfée.  Cet  auteur  croit  qu’elles  drefîèrent 
feulement  une  ftatue  à la  Déeffe  , dont  le  temple 
fut  bâti  dans  la  fuite  par  Créfus  & par  Ephéfus. 
Euftathe  raconte  que  les  Amazones  ayant  été 
vaincues  par  Hercule  , & fuyant  ce  héros , elles 
vinrent  fe  réfugier  dans  le  temple  de  Diane , où 
elles  trouvèrent  leur  fureté  , & que  cette 
circonftance  fît  donner  le  nom  (ï Ephefe  à la  ville 
que  l’on  bâtit  depuis  près  de  là.  Si  l’on  en  croit 
Pline  ( Liv.  il.  c.  8j.  ) le  temple  fut  conftruit 
fur  le  bord  de  la  mer  qui  s’en  éloigna , & l’on  re- 
connoiffoit  à l’humidité  du  lieu  que  la  mer  l’avoir 
baigné  autrefois.  Ce  terrein  néanmoins  étant  îîtué 
entre  le  Caîftre  & des  montagnes  d’où  fortent  un 
grand  nombre  de  fontaines , il  ne  feroit  pas  éton- 
nant qu’il  eût  été  de  lui  même  marécageux.  Le 
meme  auteur  affure  qu’on  avoir  choifi  cette  fitua- 
t'on  pour  mettre  le  teuiDle  à l’abri  des  trembie- 
mens  de  terre  ; mass  les  lieux  marécageux  ne  font 
pas  moins  fujets  que  les  autres  à ces  accidens, 
comme  font  très-b;en  remarqué  le  .Marquis  Po- 
ieni  & le  comte  de  Caylus. 

Yitruve  n’entre  dans  a':can  détail  fur  la  con- 
ftruction  du  temple  éî Ephefe  ; il  dit  feulement  qu  il 
étoit  d’ordre  ionique,  & il  rapporte  les  noms  des 
architeéles  qui  y ont  travaillé  Pline  eft  le  feul  au- 
teur qui  no  - S ait  laiffé  une  defeription  de  fa  forme 
& de  fos  dimenfions.  « La  magnificence  durem- 
j-i  pie  èi  Ephefe , dst-il  , mérite  l’admiration  : l’A- 
“ fie  entiere  a employé  deux  cent-vingt  ans  à 
” le  bâtir.  On  choiCt  im  marais  pour  fa  fituarion,, 

JJ  afin  d éviter  le  danger  des  tremblemens  de 
« terre  ; & pour  ne  point  établir  dans  un  terrem 
» peu  folide  des  fondemens  d’un  fi  grand  poids , 

»oa 


D r A 

» on  les  pofa  fur  des  charbons  p'iés  , Sc  fur  des 
•»  peaux  chargées  de  leur  laine.  La  longueur  du 
5»  tempie  elr  de  quacre  cent- vingt  pieds  ^ la  largeur 
53  de  deux  cent-vingt  ; il  eft  orné  de  cent  vingt- 
»3  fepc  colonnes  élevées  aux  frais  d’autant  de 
3»  nois  : ieur  hauteur  elr  de  foixsnte  pieds  j il  y 
53  en  a ttente-lîx  de  travaiilées. 

Le  comte  de  Caylus  fait  quelques  réflexions  fur 
ce  palTage  de  Pline  ^ & il  couvre  de  ridicule  un 
veque  d Avranche  J nomme  Robertus  C&nalis  , 
qu!  apres  la  comparaifon  de  l’églife  éthique  de 
FariS:,  avec  le  plus  fuperbe  tem- 
ple de  la  Grèce  J ne  craint  point  de  donner  la  pré- 
rerence  a la  première. 

Les  richeffes  immenfes  que  le  temple  de  Diane 
ctHîtenoit , f ment  fans_  doute  la  caufe  des  diffé- 
rentes révolutions  qu’il  éprouva.  Il  n’eft  parlé 
dans  les  anciens  que  de  deux  incendies  de  ce  rem- 

F ^ nG-j  Amazones  ^ & le  fécond 

par  i niioftrate  : cependant  il  paffe  pour  avoir  été 
retao.i  fept  fois  j peut-être  que  par  ces  reftitu- 
tions  on  ne  doit  entendre  que  des  agrandilTemens 
confidérables.  Son  entière 
^itrudion  arriva  1 an  a6j  fous  l’empereur  Galüen. 
ün  ne  voit  point  qu’il  au  été  enfuite  réparé  -,  il 
n en  eft  pas  mème_  parlé  depuis  j fi  ce  n’èft  dans 
les  voyageurs  qu'  difent  en  av’oir  vu  des  relies. 

Quant  à la  ftatue  de  Diane  d'Epkife  , elle  eft 
alfez  connue  par  les  copies  multipliées  qui  en 
cxiftenr.  r ^ 

he  corps  ciC  la  ftatue  eft  ordinairement  divifé 
par  bandes  J enforte  que  la  Déefle  y paroît  comme 
emmaiiiorée.  Elle  porte  fur  la  tête  "une  grande  tour 
a piufîeurs  étages  5 fur  chaque  bras,  des  lions  j fur 
la  poitrine  & fur  l’eftomac,  un  grand  nombre  de 
mammeJes.  Tout  le  bas  du  corps  eft  parfemé  de 
diflerens  animaux , de  bœufs  on  taureaux , de 
cerfs  , de  fphinx  , de  cancres  , d’abeilles  , d’in- 
le^es  &c.  On  y voir  même  des  arbres  & d’au- 
tres plantes  5 tous  fymboles  qui  ne  lignifient  peut- 
etre  autre  chofe  que  la  nature  elle-même,  ou  le 
monde  avec  fes  produdions. 

Le  Comte  de  Caylus  a fait  graver  une  ftatue  de 
i^iane  d Ephefe,  qui  le  porte  à croire  que  le  om- 
mier  culte  rendu  à cette  Déelfe  en  Allé,  doit  avoir 
ete  Egyptien.  11  obferve  que  la  vanité  des  Grecs 
qui  les  conduiîoir  a vouloir  pafîer  pour  inventeurs, 

& à s approprier  tout  œ qu’ils  avoient  emprunté 
des  autres  nations  , leur  avoir  fait  désuiier  en 
mule  m.anières  & ce  culte  & la  figure  de  fa 
Déelfe.  La  fucceffion  de  piufieurs  fièclcs  favorifa 
ces  alterations.^  Ce  font  les  Grecs  qui  ont  ajouté 
a ia  figure  primitive  les  cerfs,  les  abeilles,  les 
rofes,  & fur-tout  les  repréfentations  des  divinités  ! 
de  la  mer  que  les  Egyptiens  paroi'fent  n’avoir  i 
m connues  ni  révérées , & qu’ils  n’ont  jamais  j 
placées  fur  leurs  monumens.  Le  Comte  de  Cavlus  i 
reietre  avec  raifon  le  paffage  de  Pline  , d’après  le-  i 
quel  il  paroitroit  que  la  ftatue  de  Diane  n’avoir  i 
îamais éprouvé  de  changemens, malgré  les  révolu-  | 
Antiquités  , Tome  IL 


D I A 

[ tiens  arrivées  au  temple  i Vitigineum  & 

' TniLtatam» 


numquant 


j Plus  les  rnonumens  de  Diane  font  chargés  d’at- 
; ^louts,  moins  ils  paroiiTent  anciens  au  Comte  de 
I Cayius.  La  figure  fimple  eft  félon  lui  la  première 
! idee  ; les  attributs  font  enfantés  par  des  allégories 
I qui  ne  naiffent  qu’apiès  coup.  On  peut  croire  avec 
i Fixant  antiquaire , que  la  figure  originale  de 
I étoit  à-pea-près  telle  qu’il  l’a  fait  deffi- 

ner(  Rec  r.  Mém.  de  J- Acad.  xix.j.Elle  a plus 
conferve  *e  caraélere  Egyptien  que  tous  les  autres 
rnonumens  de  cette  divinité  publiés  jufqu’ici  > 
el  e e-i  d une  extreme  fimplicité  , les  jambes  réu- 
nieSjJes  bras  entièrement  enveloppés  vêtue  & 

dnpofee  comme  le  principal  Orus  de  la  table  Ifia- 
que.  La  feule  addition  Grecque  que  l’on  pourroit 
y appercevoir , font  les  mammeiies  multipliées 
dont  elle  eft  environnée  à une  certaine  hauteur , 
& qu’on  prendroit  aifément  pour  des  fruits.  Les 
Grecs  chargèrent  k ftatue  dé  Diane  de  quantité 
d atributs  , & entr’autres  de  beaucoup  de  mam- 
melles  qui  défignent  fon  abondance  & la  faculté 
qu’elle  avoir  de  donner  la  vie  aux  hommes  Se  aux 
animaux.  C’eft  ainfi  quelle  eft  repréfentée  fur  des 
médailles  de  Domitien  , de  Trajan  , de  Sabine, 
de  Marc-Aurèle  , de  Commode , de  Marnée , 
d’Otacile,  d’ÉrrufcilIe  & de  Galiien.  Ces  médailles 
ont  pour  légende  : apteauc  eoecia,  ou  apte- 
MIC  EOECIÛN.  ^ 

^ La  Diane  d’ÉpheJ'e  B’étoit  certainement  pas  dif- 
férente de  la  Diane  honorée  dans  k plus  petite 
bourgade  ou  fur  k montagne  k plus  ifofée:  c’étoit 
toujours  k Lune,  k Déelfe  de  k chalfe,  k fille 
de  Latone  & k fœur  d’Apollon.  Cependant  Diane, 
avec  tout  autre  furnom,  ne  fut  jamais  auffi  célèbre 
que  Diane  d'Epkéfe.  La  fingularité  de  fa  ftatue, 
la  magnificence  & les  richeftes  de  fon  temple , les 
fêtes  que  l’on  célébroit  en  fon  honneur  , le  con- 
cours de  monde  qui  fe  rendoic  dans  cecre  ville  , 
une  des  plus  confidérablesde  l’Afie,  lui  méritèrent 
k vénération  des  peuples  ; & k fuperftition  peut- 
être  contribua  encore  plus  que  tous  les  autres 
motifs  à l’établilTement  du  culte  de  cette  Divi- 
nité dans  différens  pays.  La,  ville  de  Coiophon 
étoit  trop  voifine  de  celle  à'Épkefe  pour  ne  point 
admettre  le  culte  que  l’on  y rendoit  à Diane.  Aufiî 
voyons-nous  que  fur  une  médaille  de  Domitien  où 
k Déelfe  eft  nommée  ( Vaill.  Urb.  numif.  p.  298.} 
APTEMIC  KOAOCCibJiA , elle  eft  renréfentée  dans 
k même  attitude  & avec  les  mêmes  attributs  que 
celle  à’Épkefe  , c’eft-à-dire , entre  deux  cerfs, 
avec  les  mammeiies,  & les  mains  appuyée'  fur 
des  broches.  Mais  Apollon  ayant  un  oracle  fameux 
à Claros  , dans  k voifînage  de  Coiophon,  les  ha- 
bitans  qui  avoient  donné  le  furnom  de  à 

Apollon  , voulurent  par  conformité  donner  à 
Diane  l’épithète  de  5 elle  fe  lit  fur  une  mé- 

daille de  Trajan  ( Vaili.  Ibid.  ■ aftemîc  k.vapia 
KOAO<i>r2Nii>>j.  La  Déelfe  y eft  repréfentéecomme 
fur  k précédente. 


A a 


370  D I A 

La  villa  de  Magnéae , far  le  Méandre  , ^avoit 
une  grande  vénération  pour  Dhne  ; 
prirent  le  titre  de  fes  Néocores 
Maxime  ( railL  ihid.  ) MArs_hT£^  neqkopû.î 
AFTEMIAOS.  Sur  une  autre  de  l tmperear  ha 
d-en,  ils  lui  donnent  le  t::re  de  aux 

b£cs-fourci!s,  AKTKceprc  ma^nhton  ; eÿ 
ed  r“préfentée  comme  la  I>iane  d.  . a ciiel- 

q-ae  différence  près.  Xénophon,  qui  fait  mention 
du  cuite  que  lui  rendoient  les  Magneuens,  n ex- 
plique point  pour  quelle  raifon  ils  lui  donnèrent 
œtte  épithète.  StrabonC/ih  647.)  dit  que 

fon  temple  étoit  , à la  vérité,  inférieur  a celui 
d'iip/îè/«  quant  à rétendue  de  aux  neneffes  . m^s 
qu  il  le  furpalToit  pour  Félégance  & la  delic^iteffa 
de  rarchitedure.  & qu  à_  rexception  du  temple 
d'Ép-hïfe  & de  celui  de  Didymes.  it  Ci-oit  le  p.us 

grand  de  tous  ceux  d Ane.  . , , j • 

Lé  cuire  de  Diane  d’Ephefe  avoir  ete  auui  admis 
par  les  habitaiis  de  Mécropolis  en  Phrygie  , loit 
â caufe  d’une  alliance  entre  ces  dep  V ^°r'^ 
pour  quelqu  autre  raifon  particulière.  On  lit  fur 
Le  médaille  d’Otacile  M-iTFOnoAEiTûN  apte- 
KiC  ( Vaill.  Vrh.  NeumJf.  p.  298-  > Dveffe 

eft  repréfentée  avec  plufîeurs  rnam.rnelies . ayant 
d’un  côté  & de  l’autre  le  figne  de  la  lune. 

Diane  & Cérès  étoient  regardées  par  _ies  Grecs 
D Ade  comme  une  feule  & même  Divinité  repre- 
featée  fous  düFérens  fymboles  ; c eft  pourquoi 
l’une  & l’autre  étoient  appelées  EsAaxt^î . EuxAia  . 

’^OTi'cùia  y lîâu'Trcivci» 

Sur  une  pierre  gravée  du  Muféum  de  Florence. 
Diane  d’Éph'efe  etl  repréfentée  avec  de  grandes 
ailes;  Diane  en  portoit  aulïl  fur  le  coffre  de  Lyp- 
•feius;  & Paufanias  ( lib.  r.)  avoue  ingénuement 
qu’il  ne  comprenoit  pas  la  raifon  ae  cet  attribut 
extraordinaire. 

Diane  d’Eplièfe  ( On  voit  la  ftatue  de  ) fur 
les  médailles  d’Apamée  de  Phrygie.  ÿ Magneüa 
en  Ionie  . de  Philadelphie  en  Lydie;  d Ephefe. 

DIANIS  manfuetis.  Mupatori  ( 38.  5.  Tkef. 
Infcript.  ) rapporte  une  imeription  grecque . dans 
lamelle  on  lit  ; aptemizin  hpaiais  , Diams 
manfuetis.  C’efî  le  feul  exemple  de  Diane  pnfe  au 
pluriel,  comme  les  Fortune.  8e  les  Junones. 

DIANIUM,  lieu  , bois  ou  temple  confacré  à 
Diane  , locus  Diane  facratus , dit  Feftus.  On  lifoir 
à Romel’infcripîioîî  fmvante  C Gutker.  ds  Jur.  /et. 
Vont.  jil.  4.  ) : 

c.  JUlïANUS 
CAELÎUS  ANT 
E. 


I A 


DIANIUM.  D.  D. 


DIANIUS.  Le  temple  de  Diane . fimé  fur 
Mont' Aventin . lui  fit  donner  ce  fumons 


DIÂPANTON.  \ ^ Tkefaur.  Infir.) 

WA  nANTi2N.  § VJ.'./ 

rapporte  deux  inferiprions  grecques  relatives  à des 
ieûx.  dans  iefquclles  on  lit  le  fécond  mot  {pag. 
651.  6çl.  ) & deux  inferiprions  latines  relatives  au 
rdême  objet , dans  lefquelles  en  lit  le  premier.  Cet 
écrivain  croit  qu’ils  lignifient  que  l’at’nlète  ou  l’ac- 
teur dont  il  eil  fait  mention  dans  ces  inferiptions. 
avoir  été  couronné  dans  tous  les  jeux^.  parce  que 
^lüTsanTcy  veut  dire  toujours  . ou  Amplement  qu’il 
avoit  été  couror=né  avec  l’appîaudiffementdetous. 
ê'iu  Tteoras  J cuîP.  omnium  vlaufu. 

DIAPASMATA . poudres  odorantes  que  les 
anciens  répandoient  fur  leurs  membres  après  s’être 
baignés.  Pline  le  dit  ( x/u.  2.)  : Sucis  odorüus 
contant  . qu&  diapafmata.  vocantur.  C etoient  auffi. 
des  paftillês  que  l’on  mâchoit  pour  fe  parfumer 
l’haleine;  Martial  a employé  dans  ce  fens  le 
ïnot  diapaf ma  { I.  88.  I.  )• 

DIAS  . dans  la  Lycie.  Goltzius^feal  a attribué 
des  médailles  impériales  grecques  a cette  ville. 

DIALCHJSMA  . eft  dans  la  mufique  ancienne 
un  intervalle  faifant  la  moitié  dufemi-ton  mineur. 
Le  rapport  en  eft  irrationel.  & ne  peut  s exprimer 
en  nombre. 

DI4SIES,  fête  qui  fe  célébroit  à Athènes  en 
l’honneur  de  Jupiter.  Ariftophane  parle  des  Diaftes 
dans  fa  comédie  des  nuées  ( Aë.  i.  p.  116.  de 
r édition /Amfterdam  in-li.  1770.  ) ; fur  quoi  fon 
Seboliafte  remarque  que  c’étoit  une  fete  de  Ju- 
piter Milichien.  laquelle  tomboit  à la  fin  du  mois 
Anteltérion.  qui  répondoic  à peu-pres  a notre 
mois  de  Janvier.  Il  ajoute  que  -Apo  - 

lonius  d’Acarnanie  diftmgue  les  Dia.fies  ae  la  tete 
de  Jupiter  Milichien;  & qu’à  ce  que^ quelques- 
uns  difoient.  cette  fête  étoit  ainfi  apperee . par  ce 
que  les  Athéniens  y faifoient  des  pneres  pour  et.e 
exempts  des  dommages  qui  leur  pourroient  arri- 
ver. Enfin  il  rapporte  encore  un  autre  fentimem. 
félon  lequel  les  Diafies  étoient  une  fête  ou  les 
Athéniens  faifoient  <iss  affemblees  publ^ues  - ' 
des  murailles  de  la  ville.  & fy  celebroiem.  Dans 
la  même  comédie  d’Anftophane  {p-  1 

père  dit  à fou  fils  qu’il  lui  avoir  ac^te  un  p--u 
Lar  pour  la  fête  des  Dlafes.  U Scholiz&^  à^^ 
Poète  fait  obferver  (/iir  la  comedie  ^ 

p.  ïiAde  r édition,  de  Geneve  ,tn- fol-  J 

fes  Diafies  étoient  la  grande  é 
cien  . dans  fon  Chandème.  & ^Jgjnt  une 
auffi.  Héfychius  a;oute  que  les  Dffies  , 
fête  qui  fe  célébroit  avec  une  tnfteffe  fingu 

DIASPHENDONÈSE  , fupplice  «ès-cruel.  On 
plioit  à grande  force  deux  arbres , a chacu  ^ 
quels  on  attachoit  un  des  pieds  du 
fuite  onlâchoities  deux  arores.  qui  emp 


D î B 


tins,  péih  ainfî  par  l'ordre  d'AIesaadre.  Aurélien 
fit  pu;iîr  de  cttte  manière  un  foMat  qui  avoir 
commis  un  sduitère  avec  ia  femme  de  fon  hôte. 

DIATONIQUE  , /c-s  ou  cordes  dicto~iqv.es. 
Euclide  diiîingue  fous  ce  nom , parmi  les  ions 
mobiles  ^ ceux  qui  ne  participent  point  du  genre 
epaîs  , même  dans  !e  chromatique  Se  l'enharmo- 
mque.  Ces  fons^  dans  chaque  genre  j fout  au  nom- 
bre de  cinq  5 favoir  le  troifième  de  chaque  técra- 
corde  5 & ce  font  les  mêmes  que  d'autres  appel- 
lent apycnî.  Voyesq_  APYCNI  , GhNRE  ^ TeTRA- 
CORDE. 


DIATRETÂRII. 
DIATRETUM. 
ou  calices  diatreti  ^ 
Koyeqq  CaLIX. 


^ Les  ciièleurs  des  vafeSj 
étoient  appelés  diatretarii. 


pi-^TRIBA , rnot  latin  formé  du  grec 
qui  lignifie  afièmblage  ou  alTemblée  , feélc  ^ aca- 
démie , &c. 


DIALLE.  Kircher , dans  fa  Mufurgie , donne 
une  figure  du  diaule  des  anciens.  t^oyeqq_  Flûte, 
On  appeloit  cette  efpèce  de  flûte  diaule , à çaufe 
qu  eJe  étoit  double,  & par  oppofition  au  monaule, 
quj  etoît  une  flûte  fimple. 

DlÂULffi.  Dans  quelques  Auteurs  on  trouve 
^ue  dans  f ancien  théâtre  tous  les  aéteurs  venant 
à fe  taire,  on  entendoit  un  joueur  de  flûte  qui 
executoit  un  air  dans  Fintérieur  du  théâtre.  Cet 
air  s appeloit  diaulîe  , 8c  probablement  on  Texé- 
cutoit  fur  le  diaule  ; au  m.oins  le  nom  de  diaulie 
le  fait  foupçonner  ; & le  grand  ufage  que  les  an- 
ciens faifoient  de  la  flûte  double  , ou  diaule  , fur 
leur  théâtre , femble  le  confirmer. 

DIAüLODROMES , coureurs  qui  fedifpu  îoient 
»e  prix  de  la  yîtefle  dans  les  j'eux  publics.  Ils  par- 
couroient  un  lîade  en  allant  & un  ftade  en  reve- 
nant , fans  s arrêter  : ce  fut  de-là  qu'ils  prirent  le 
nom  de  dïaulodrome.  Ils  parurent  pour  la  première 
fois  dans  les  jeux  olympiques , à la  quatorzièm.e 
olympiade.  On  les  couronnoit  d’une  branche  d'oli- 
vier fauvage  & Hypenus  de  Pife  eut  le  premier 
cet  honneur. 

DIAZEUXIS.  Les  cordes  homologues  des  deux 
tetracordes , entre  lefquels  il  y avoir  dia:^euxis  , 
fonnoient  la  quinte,  au- lieu  qu'elles  fonnoient 
la  quarte  quand  ils  étoient  conjoints. 

DIBAPHUS  , N 

AISA'POS  J A étoflfe  de  pourpre  d’une  cou- 

Aiba<!>a  , 3 

leur  très  - foncee , parce  qu’elle  avoit  été  teinte 
deux  fois.  Ces  mots  font  formés  de  A/s,  deux , &c 
de  ySaffla  ,Je  teins.  On  vèndoit  la  livre  de  cette 
pourpre,  au  temps  de  Phne , jufqu’à  mille  deniers, 
-environ^ 900  liv.  de  notre  monnoie  aélueüe.  Elle 
fervoit  a former  les  clavus  des  laticlaves , les  bor- 
jiures  de  ia  prétexté , de  la  chlarnyde  des  généraux  , 


D I C 


ni 


ôc  le  pcludarae-T'urn  des  Empereurs.  Horace  dit 
qu  un^  riche  eft  vêtu  d'étoSê  de  pouora  t-.:r.te 

. fois  ( il.  ocL.  l&.  3 J.  ) • De  bis  Afro  murice 
tirutCr  veftiunt 

pICASTERE  , tribunal  de  jufice,  Se  en  parti- 
cuiîer  tribunal  d’Athènes  , où  le  peuple  jugeoit 
iu..'ir;efne  fans  Jvlagiürats, 

piCAi  ISSIMUS  a dans  les  inferiptions  le 
meme.fens  que  Devotissimus.  Vcyc^tt  mot. 

DICÉ  , Divinité  ps  Grecs  ; elle  croit  fille  de 
Jupiter  5c  de  J hemis  ( idejlod.  (jeera  , v.  a ta. 
Tkeog.  V.  902.  ) , Sc  reTpsètable  à tous  les  Dieux 
{Hefiodi  Opéra,  V.  ayj.  ).  Son  office  étoit  d’ac- 
eufer  les  coupables  au  tribunal  de  Jupiter , ( B.e- 
fiod.  Op.  V.  1^-.  ) 8c  de  donner  de  bons  fuccès 
aux  entreprifes  des  hommes  ( Hef.  Tkeog.  v.  904  ), 
Dicé  étoit  vierge  ( Uef.  Op.  v.  234.  ),  pour'" mar- 
quer que  les  juges  doivent  être  d’une  pai-faite  inté- 
grité. On  la  faifoit  fille  de  Jupiter , parce  qu’il  eft 
le  roi  de  TUnivers , le  foitverain  légiflateurj  & de 
Thémis,  parce  quelle  eft  la  Déelfe  de  la  juflice. 

DICÉLIES.  1 

AiKHAiSAi.  > Athenée  ( /.  14-  ) & Suidas  ap- 

AlKHAlTAI.  3 

pellent  de  ce  nom  des  farces  ou  des  fcènes  libres 
confervées  de  l’ancienne  comédie. 

DICERATIUM . ,, 

AIKEPATION  , 5 doub-elxERATION  T' oy. 

ce  mot  ) , impôt  mis  par  l’Empereur  Nicéphore 
fur  chaque  bourgeois  de  Conftantinopie  , pour  la 
réconftruélion  des  murs  de  cette  ville. 


DICHALCON  J double  Chalcon.  Aixaakoît. 

On  trouve  cette  monnoie  parmi  les  médailles 
de  Ckio.  TTyep  Chalcous. 

DICROTA.  Cicéron  ( adAttic.v.  1.  & xvi.  4.) 
défignepar  ce  mot  un  navire.  Les  interprètes  font 
partagés  fur  fon  caraâère  diftinftif.  Les  premiers 
veulent  qu’il  eût  deux  gouvernails  , Tua  à la 
pouppe  & l’autre  à la  proue  j ce  qui  paroît  im- 
praticable. Selon  les  autres , la  dicrota  avoir  de 
chaque  côté  deux  rangs  de  rames  : ê'ix-fons  vou- 
lant dire  qui  bat  deux  coups  à la  fois  , cette  expli- 
cation eft  très-vraifembiable. 

DICTAMNE  DE  CRÈTE,  plante  à tête  écail- 
leufe  , du  milieu  de  laquelle  s’élève  une  fleur  en 
gueule,  8c  des  fleurons  avec  piufieurs  anneaux  , 
qui  forment  un  long  épi  pendant. 

Il  eft  vraifemblabje  que  notre  diclamne  , ou , 
comme  plufieurs  l’écrivent , diSams  de  Crète  , eft 
le  même  que  celui  des  anciens.  En  effet,  d’habiles 
critiques  ont  heureufement  rétabli  un  palTage  de 
Dîofcoride  , défiguré  par  quelques  copiftes  , au 
nioyen  de  quoi  cet  Auteur  ne  dit  pas  que  le  die- 
tamne'jiz  porte  point  de  fleurs  ni  dé  graine  5 mais 
il  dit  que  ni  G fleur  ni  fon  fruit  ne  font  bons  à 
fien.  Pline  qui  coippare  le  diSamv.è  au  poulioï  > 


l-l^  D I C 

ajoute  qu’on  ne  fe  fert  que  de  fes  feuilles.  Theo- 
phrafte  eft  du  même  avis.  Damocrate  , dans  Ga- 
lien , parle  aufli  des  fleurs  du  diaamne  Enfin 
c étoit  un  fait  fi  commun  , & fi  peu  révoqué  en 
doute  J que  Virgile  lui-menie  a décrit  ra  tige  bc 
la  fleur  du  diciamne  de  Crete. 

Hic  Venus  indigna  nati  coneujfa  iolore  , 
HiciamnuTn  genitrix  Creuâ  carpit  ab  Idâ  , 
Vaberihus  caalem  foliis  , & jlore  comantem 
Purpureo.  (Æneid.  lib.  xii.  v.  411.  ) 


« V éous  J touchée  de  voir  qu’une  indigne  tra- 
» hifon  avoit  réduit  fon  fils  dans  un  état  déplo- 
» rable^  va  cueillir  fur  le  Mont-Ida , dans  Tifle  de 
» Crète , du  diBamne , dont  la  tige  eft  garnie  de 
» feuilles  velues  ^ & porte  à fon  fommer  de  longs 
30  bouquets  de  fleurs  purpurines.  » 

Prouvons  J par  la  defcription  botanique  de  cette 
plante^  que  celle  du  Poète  eft  très-exade. 

Le  diBamne  de  Crete  , qui  vient  naturellement 
en  Grèce  & particulièrement  en  Candie  dans 
les  fentes  des  rochers  ^ pouffe  des  racines  brunes 
& fibreufes , des  tiges  dures  & couvertes  d’un  du- 
vet blanc ^ hautes  de  neuf  pouces^  & branchues. 
Les  feuilles  nailfent  deux  à deux  aux  nœuds  des 
tiges  ; elles  font  arrondies  , longues  d’un  pouce , 
couvertes  d’un  duvet  épais  , blanchâtre  : leur 
ode  urfeft  agreabie  ^ leur  faveur  eft  très  — acre  bc 
brûlante.  Les  fleurs  nailfent  au  fommet  des  bran- 
ches, dans  de  petires  têtes  feuillées  en  forme 
d’épi,  & comme  écailleufes,  de  couleur  purpu- 
rine en-dehors.  Ces  fleurs  font  d’une  feule  pièce 
engueule,  d’une  belle  couleur  de  pourpre,  por- 
tées fur  un  calice  en  cornet  cannelé  , dans  lequel 
font  renfermées  quatre  graines  arrondies  très- 
menues. 


LeÆ(5flOT,>2e,quoiqu’originaire  des  pays  chauds, 
peut  néanmoins  endurer  le  froid  de  nos  hivers  , 
pourvu  qu’on  le  plante  dans  un  terrain  fec  & fa- 
blonneux.  On  le  multiplie  de  boutures , qu’on  met 
à l’abri  du  froid  , & qu’on  arrofe  jufqu’à  ce  que 
les  rejetons  ayent  pris  racine  , après  quoi  on  les 
plante  dans  des  pots.  I!  fleurit  au  milieu  de  l’été  ; 
mais  fes  graines  n’acquièrent  guère  leur  maturité 
que  dans  un  climat  chaud,  en  Provence,  en 
Languedoc  & en -Italie. 

Nous  connoifibns  encore  une  fécondé  efpèce 
de  diBamne , appelée  par  les  Botaniftes , diBamnus 
monv.s  Sipyli , origani  foliis.  Flot.  Bat.  Origanum 
montis  Sipyli  . H.  L.  463.  Cette  fécondé  efpèce  a 
été  trouvée  fur  le  .Moat-Sipyle  , dans  l’Afie  mi- 
nenre,  près  du  Meandre,par]eCheva'!er’VVheI!er 
dps  fes  voyages  , & par  lui  envoyée  à Oxford’ 
C eft  une  tres-johe  plante  qui  porte  de  grands  épis 
de  fleurs  d une  beaiite  durable  ; ce  qui  fait  quelle 
mente  une  place  dms  les  jardins  des  curieux  ; elle 

e mu.^-p-ie  z fe  cuinve^  a toss  égards  ^ comme 
la  precedente.  - 


D I c 

! Quelques  étymologiftes  ont  dérivé  aftez  natù- 
I rellement  le  nom  de  diBamne  , de  DiBea , mon 
I tagne  de  Crète  , dont  Virgile  parle  fi  fouvent;  ou  ' 
fi  l'on  aime  mieux,  de  Didamo  , ancienne  ville  de 
l’ifle  de  Crète , territoire  qui  n’eft  plus  aujourd’hui 
qu’une  petite  bourgade  de  la  Canée , dans  l'ifle 
de  Candie.  Le  Ledteur  curieux  d’érudition  fur 
cette  matière,  en  trouvera  dans  l’ouvrage  d’un 
Allemand  nommé  Geyer , . dont  voici  le  titre  • 
Geyeri  ( Joh.  Daniel  ) Thargelus  Apollirà  facer. 
Franco/.  1687.  in-4°.  ( Article  de  M.  le  Chevalier 
de  Jaucourt,  ) 

DICTATEUR.  On  trouvera  dans  le  Diftion- 
naire  à‘ Economie  Politique  & Diplomatique 
toire  de  la  DiBature,  & les  prérogatives  de  ce  maî- 
tre abfolu  des  Romains , dont  le  pouvoir  exDitoit 
néceffaitement  au  bout  de  fix  mois.  Les  Fastes 
Consulaires  renferment  la  fuite  des  DiBateurs. 
Nous  ne  parlerons  donc  ici  que  des  m.arques  dif- 
tinélives  de  leur  dignité. 

Les  Grecs  appeloient  un  DiBateur 
double-Conful , parce  qee  ce  Magiftrat  extraori- 
naire  aveit  feul  l’autorité  des  deux  Confuls , & 
vingt-quatre  Liéleurs  pour  le  précéder,  même  dans 
, la  ville  , avec  les  haches  & les  faifeeaux , tandis 
que  chaque  ConfuI  n’en  avoir  que  douze 

Le  DiBateur  ne  pouvoir  fortir  de  Tltalie , ni 
monter  à cheval.  Plutarque  ( in  Fab.  ) donne  deux 
raifons  de  la  fécondé  défenfe  3 d’abord , parce 
qu’on  plaçoit  la  principale  force  de  Rome  dans 
l’infanterie,  & qu’on  vouloir  y fixer  la  préfence 
du  DiBateur  ; peut-être  aufti  parce  que  le  peuple 
ayant  accordé  un  pouvoir  illimité  à ce  Magîftrar, 
vouloir  lui  rappeler  par  ce  tte  défenfe  que  ce  même 
peuple  lui  étoit  fupérieur.  Cependant  le  Sénat  per- 
mit de  monter  à cheval  au  DiBateur  Fabius  Ma- 
ximus  Verrucolfus,  qui  le  lui  avoit  demandé;  les 
motifs  de  cette  conceffion  furent  le  mérite  ex- 
traordinaire de  Fabius , & le  danger  que  couroit 
la_  république  à cette  époque  , qui  fui  voit  la  ba- 
taille de  Cannes. 

DICTATOR  convivii  c’étoit  le  même  que  le 
Roi  du  feftin.  On  le  confiitiioit  D2:'5Ær^ur  en  plaçant 
une  couronne  fur  fa  tête.  Plaute  décrit  cette  élec- 
tion ( Ferf.  V.  ) ; 

Do  hanc  îihi  forentem/orenti  : tu  eris  fc  DiBatrtis 
nohis. 

DICTÉEN.  Voyeq^  Dictsus. 

DICTERIVM  ,hovL^ox\ntnts , par  le  moyes 

defquelles  les  farceurs  cherchoient  à fixer  l’atten- 

tioa  des  fpeftateurs  ( Varron  apud.  Non. il.  M?')  * 
Et  orthophalLica  attulit  pfalteria  , 

Quibus  fanant  in  Gracia  dicîeria  , 

Qui  fab'ularum  ccrllocant  exordia. 

DICTEUS 3 furnom  de  Jupiter,  pris  de  1 antre 


D I D 

de  D:â:és  ^ où  Rh-^ , fa  mère  , l’avoit  mis  au 
monde , & ou  avoir  été  élevé.  Cette  antre  étoit 
dans  rifle  de  Crète.  Fbjc-j  Abeilles. 

. ^/ÇTYATsE  , Nymphe  de  Tiflede  Crète.  L’an- 
tiquite  a attribué  à la  Nymphe  Dicïynne  Tinven- 
t!on  des  rets  ou  filets  propres  à la  chaflé  ; & c'elr 
de-la  que  fon  nom  lui  fut  donné  ; car  ÿix.Tv:t  en 
gicc  fignifie  un  rets,  rete.  La  Nymphe  Diciynne 
rut  U amie  de  Diane  , que  les  Poètes  les  confon- 
dent e.n  quelque  forte,  ou  du  moins  qu  ils  don- 
nent quelquefois  à Diane  Je  nom  de  Dlâiy.ine. 
D autres  difent  que  DiBynne . ayant  excité  la  paf- 
lion  de  Miaos,  & ne  pouvant  éviter  autrement 
les  pourfaites,  fe^  jeta  du  haut  d’un  rocher  dans 
J,  dans  un  filet  de  pêcheur  j 

<1  ou  lui  vint  fon  nom  ( Antonius  LihtrÆs , /. 

il  en  foitj  avant  qtie  de  s'appeler 
iJiBynne  , elle  fe  nommoit  Britdmartis.  ( Voyer  ce 
mot  dans  Hes  ychiüs.  ).  Les  Éginètes  l’appeloient 
■ÿpn.ea  A’çâia.  Cailimaque  , dans  l'hymne  cu’il  a 
lait  a l’honneur  de  Diane,  dit  que  le  rocher  , ou 
la  montagne  d’où  Britomarr's  fe  précipita  , étoit 
le  irlont  Dîélé  , d’où  il  s’enfuit  que  c’elî  de-là  que 
lui  vient  le  nom  de  DlElynne.  Strabon  {l.  x. 's  dit 
que  plufîeurs  rejetoient  ce  fentiment  de  Callima- 


D I D 


^/T  T-w  A f — i(jiL  cioignes  au 
MontDiâe.  Mais  Voffius  répond  que  ce  n’étoient 
pas  les  Cydoniates  feuls , mais  tous  les  Crétois  , 
qui  donnoient  ce  nom  à Briromartis  5 & quand  on 
dit  que  c’étoientles  Cydoniates,  c’eft  une  Synec- 
doche , c eft  a-dire , qu’on  prend  la  partie  pour  le 
tour.  Voflius  réfute  encore  Diodore  de  Sicile  fur 
ce  que  nous  avons  rapporté  après  lui  de  Minos. 
( V.yei  V ojf.  de  Idoi.  'l.  i.  c,  ij.  à la  fin.  ). 

Dictynne^  en  Crète.  Theupolo  avoir,  dans 
fa  riche  collection , une  médaille  de  cette  ville 
frappée  en  l’honneur  de  Ti^jan. 

DÎCTYNNIES  , fêtes  que  l’on  célébroiî  à 
Sparte  en  î honneur  de  DiBynne  ( Paufanias  In 
Lacon.  fi 

P JDI  A,  famille  Romaine,  dont  on  a des  mé- 
daii'es  : 

RR.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Goltzius  en  a publié  quelques  médailles  incon- 
nues depuis  lui. 

DIDIUS  JULIANUS.  Voyt^  Julien  I. 

piDON,  fille  de  Beius  roi  de  Tyr,  fe  nom- 
moit  auffi  Elile.  Elle  faifoit  remonter  fon  origine 
jufqu  a Jupûer , en  cette  manière  ; Jiupter,  Epa- 


J VAtiVi 

cule  ( C’eft  le  Sichée  de  Virgile.  ).  Sitharbas,  outn 


373 


cette  dignité  cm  lui  donnoit  le  premier  rang  après 
le  Roi , polfédoit  de  grandes  richelfes  ; mais  fe 
défiant  de  l’avarice  du  Roi , il  les  avoit  enfouies 
dans  la  terre.  Fygmaîion  qui  foupçonna  fon  beau 
frered  avoir  un  tréfor,  fans  être  retenu  par  la 
double  alliance  qui  étoit  encre  lui  & Sicharbas, 
^ ^p^pner  au  pied  de  l’autel , dans  le  temps 
qu  II  faifoit  un  facnnce  en  fecret.  Il  cacha  long- 
temps ce  meurtre , flattant  fa  fœur  d'une  vaine 
efperance  , & lui  faifant  accroire  qu’elle  re- 
verroît  bientôt  fon  époux-  Mais  Sicharbas 
prive  des  honneurs  de  'a  fépulture  , apparut  en 
fonge  à Didon  , avec  un  vil'age  pâle  & défiguré  j 
il  Im  montra  l’autel  au  pied  duquel  il  avoit  été 
immolé  5 lui  découvrit  fa  poitrine  percée  d’un 
coup  mortel  , & lui  confeilîa  de  s’éloigner  de  fa 
patrie  , & d’emporter  avec  elle  des  tréfors  cachés 
depuis  long- temps  dans  un  endroit  qu’il  lui  indi- 
qua. Didon,  à fon  réveil  , furprife  & effrayée  , 
prépara  fa  fuite , s’affura  des  vaiffeaux  qui  étoient 
au  port,  & y embarqua  tous  ceux  qui  haïffoienc 
ou  craignoient  le  tyran  , avec  les  richeffes  de  Si- 
charbâs.  If  paroît  que  ce  n’étoit  pas  à Tyr  même 
qu’elle  faifoit  fa  réfidence , mais  dans  une  ville 
maritime  du  voifinage.  Sous  prétexte  de  quitter 
un  lieu  que  la  perte  de  fon  mari  lui  avoit  rendu 
odieux  , elle  demanda  au  Roi  la  permiffion  d’aller 
le  joindre  à Tyr.  Elle  avoit  pris  auparavant  la 
précaution  de  mettre  dans  fa  confidence  ceux  des 
Tyriens  qui  avoient,  comme  elle,  des  raifons 
de  Ce  plaindre  de  la  cruauté  & de  l’avarice  du 
Roi.  Pygmalion  , qui  ne  douta  pas  qu’elle  n’ap- 
portât avec  elle  fes  tréfors  & tout  ce  qu’elle 
avoir  de  plus  précieux,  lui  accorda  fa  dernande. 
La  nuit  fuivante  , elle  embarqua  en  effet  toutes 
fes  richeffes;  mais  elle  mêla  quelques  facs  pleins  de 
fable  avec  ceux  qui  contenoient  fon  or.  Quand 
elle  fut  en  pleine  mer,  eile  fit  jeter  fes  facs  pleins 
de^ fab!e_ dans  la  mer,  fous  prétexte  d’appaifer  les 
mânes  de  fon  époux , à qui  ces  tréfors  avoienr 
coûté  la  vie.  Elle  fit  entendre  enfuite  aux  officiers 
que  le  Roi  lui  avoit  donnés  pour  l’acompagner^ 

& qui  crurent  que  tout  fon  or  étoit  jeté  , que  l’a- 
vare Pygmalion  ne  leur  pardonneroit  jamais  d’a- 
voir laiffé  jeter  ces  richeffes , & qu’ils  n’avoie.nr 
d'autre  reffource  que  d’aller  chercher  une  retraite 
qui  les  mît  à couvert  de  fon  reffentiment.  Ils  la 
crurent  & s’abandonnèrent  à fa  fortune.  Elle  Ce 
fit  jpindre  enfuite  par  ceux  des  T vriens  qui  favoiens 
fon  fecret  ; elle  offrit  un  facrifice  à Hercule , 8c 
mit  à la  voile.  Didon  aborda  d’abord  dans  l’iilede 
Chypre  , où  ePe  trouva  fur  le  bord  de  la  mer 
quatre-vingt  filles , qui  y étoient  allées  par  ordre 
de  leurs  parens,  fuivant  la  coutume  de  cette  l’fle, 
pour  offrir  leur  virginité  à Vénus.  Elle  les  fit 
enlever,  & les  fit  épnufer  à ceux  qui  l’avoienE 
fuivie.  Pygmalion  informé  de  l’évafion  de  fa 
fœur , fe  mit  en  devoir  de  la  pourfuivre  ; mais 
les  larmes  de  fa  mère  , encore  plus  les  remon- 
trances des  prêtres  , qui  le  menaçoienr  de  la 


574  D î D 

colère  des  Dieux  , renrspêchèrenî  de  pourfuivre 
fon  deiTein. 

Didon  continu?,  fa  route  fans  accidi^t , & arriva 
en  Afrique,  où  eile  fut  bien  reçue.  Elle  propofa 
aux  hâbirans  de  la  côte  de  lui  vendre  autp,r  de 
terre  qu’en  Dourroit  contenir  la  peau  d un  bœur. 
Quand  elle  l’eut  obtenu,  elle  fit  couper  e.n  plu- 
fîcurs  lanières  un  cuir , qui , par  ce  moyen , ren- 
teriTia  affez  d’efpace  pour  bâtir  un  fort , nomme 
pour  cette  raifon  Byrfa.  Encreufantles  fondemens, 
en  trouva  la  tête  d’un  bœaf  5 ce  qui  marquoit 
que  la  ville  feroit  un  jour  réduite  en  fervitude- 
Ôn  alla  les  pofer  dans  un  autre  endroit , où  l’on 
rencontra  la  tête  d’un  cheval;  ce  qui  fut  pris  pour 
UH  bon  augure.  Cette  nouvelle  habitation  ayant 
attiré  beaucoup  de  monde  , la  ville  s agfanait 
peu-à-peu,  & forma  dans  la  fuite  cette  redoutaole 
Carthage , qui  devint  l’émuîe  de  Rome.  Quand 
cetétabiiiTemeat  commençaà  prendre  une  forme, 
larbas.  Roi  de  Mauritanie,  voulut  époufer  Di- 
don.; mais  i’amour  qu’eile  confervoit  pour  la  mé- 
moire de  fon  premier  mari , lui  fit  rejeter  cette 
alliance  ; & dans  la  crainte  d’y  être  forcée  par 
les  armes  de  fon  amant  Sc  par  les  vœux  de  fes 
fujers  , elle  demanda  trois  mois  pour  fe  détermi- 
ner. Quand  ce  temps  frit  expiré , eile  donna  ordre 
qu’on  préparât  un  facrifice,  pour  expier  les  mânes 
de  fon  époux.  Elle  fit  élever  dans  un  lieu  fecret 
du  palais  , un  bûcher  , po'ur  y faire  confumer 
tout  ce  qui  avoir  appartenu  à Sicharbas  : elle  y 
monta  elle-même  fous  prétexte  de  hâter  le  facri- 
Êce.  Telle  fut  la  fin  de  cette  courageufe  princeffe. 

Virgile,  par  la  fi-él-ion  la  plus  heureufe  , & qui 
a fait  la  matière  d’un  chef-d’œuvre  de  l’efprit 
humain,  le  4~.  livre  de  l’Enéide,  a terni  toute 
la  gloire  que  la  chafte  & courageufe  Didon  avoit 
méritée  par  fa  mort.  Ce  poëte  pour  rapporter  au 
temps  d’Enée  même,  le  fondement  de  la  haine  des 
Carthaginois  pour  les  R.emains , a imaginé  de 
faire  rencontrer  Enée  & Didon , quoiqu’il  Toit 
certain  que  la  ruine  de  Troye  a précédé  la  fonda- 
tion de  Carthage  de  plus  d’un  fiècle  : il  y a même 
des  auteurs  qui  érablilTeat  entre  ces  deux  événe- 
mens  une  diflance  de  près  de  300  ans;  d’autres 
la  reduifent  à 143  ans.  Le  favant  Bochart  a même 
voulu  prouver  que  la  fameufe  Jézabel , qui  époufa 
Achab  , & qui  caufa  tant  de  troubles  dans  le 
loyaiime  d’Ifraëi,  étoit  nièce  de  Didon. 

Quoi  qu’il  en  foir  j voici  comment  Virgile  a 
déguifé  l’hilloire  de  cette  princeffe.  La  tempête 
ayant  jeté  Enée  fur  les  côtes  de  Carthage , Vénus, 
qui  craignoit  le  caradière  fourbe  des  Tyriens,  & 
ks  pièges  de  l’implacable  Junon , prit  le  parti  de 
tendre  Didon  amoureufe  d’Ente , afin  que  la  paf- 
fion  de  la  reine  fit  de  fes  Etats  un  afyle  affuré 
pour  fon  fils,  tandis  qu’il  feroit  obligé  d’y  relier 
pour  rétablir  fa  flotte.  A cet  effet,  au  moment 
qu’Afeagne , fils  d’Enée,  ailoit  partir  pour  offrir  à 
la  Reine  les  préfens  que  fon  père  deflinoit  à cette 
pnoîslTe  pour  fe  la  rendre  favorable  j Venu.» 


D î D 

plongea  cet  enfant  dans  un  profond  fommeii  ; 15 
tranfporta  fans  qu’il  s’en  appsrçùt  fur  le  mont  Ida, 
dans  l’iîle  de  Chypre,  8c  lus  fubititua  l’Amour.  Ce 
petit  Dieu  joua  le  rôle  d’Afcagne  fi  narureiiemenr, 
qu’Enée  même  , qui  ffétoit  pas  inftruit  de  la  rufe 
de  fa  mère,  y fut  trompé.  II  préfenta  les  riches 
dons  qu’il  étoit  chargé  d’offrir.  Dido.n , charmée 
de  fes  grâces  & de  fa  beauté , le  prit  fur  fes  genoux, 
& ne  fe  laffa  point  de  le  careffer  : le  Dieu  perfide 
faillt  cet  inftant  pour  infinuer  fon  poifon  dans  le 
cœur  de  la  princeffe  ; il  en  effaça  peu-à-peu  le 
fouvenir  d’un  mari  mort,  & le  rempiit  de  l’atnoar 
d’Enée.  Elle  devint  fi  paffionnée,  quelle  ne  garda 
plus  de  mefures  ; & fa  g!o:re  qui  jufqu  alors  lui 
avoit  été  fi  précieufe , ne  fut  plus^un  motif  affez 
puiffint  pour  la  retenir.  Junon  ne  fut  pas  plus  tôt 
informée  de  cet  incident , qu  elle  en  voulut  pro*' 
fiter , pour  empêcher  la  gloire  que  les  Deuins 
prometcoient  à Enée,  en  le  rendant  auteur  delà 
nation  Romaine-  Eile  prend  les  moyens  les  plus 
propres  pour  fixer  Enée  a Carthage,  en  1 uniffant 
à Didon  par  les  liens  de  l'hyménée  : elle  s’en  ex- 
plique avec  Vénus , qui , bien  inftruite  que  toutes 
les  rufes  de  Junon  ne  pouvoient  rien  contre  les 
arrêts  des  Deftins,  s’inquiétoit  peu^que  Didon 
fût  la  dupe  de  fon  amour , pourvu  qu  Enée  forât 
de  Carthage  en  fureté  ; elle  confentit  donc  a tout. 

Quant  à Junon  , voici  le  ftratagême  quelle  em- 
ploya : un  jour  que  Didon  & Enee  etoient  a la 
chaffe  avec  leur  fuite , Junon  excita  une  furieufe 
tempête , qui  força  tout  le  monae  à quitter  la 
plaine  ; toute  la  troupe  fe  difperfa  , & chacun 
chercha  à la  hâte  un  abri  ; Didon  & Enée  fc 
réfugièrent  enfemble  & feuls  d-aiis  une  même 
grotte  qui  fe  trouva  à leur  portée.  Didon  étoit 
trop  amoureufe  pour  ne  pas  luccomber;  & elle 
prit  les  preuves  qu’elle  en  donna  à Enée  pour  un 
véritable  mariage.  Ces  deux  amans , ennivres  de 
plaifir  , ne  gardèrent  plus  de  mefures.  larbas  en 
fut  inftruit  par  la  renommée  ; il  fe  plaignit  a 
Jupiter  , fon  père  , de  l’ingratitude  de  Didon j, 
qui  n’étoit  qu’une  fugitive  , à laquelle  ü ^voit 
donné  afyle  dans  fes  terres , & qui  lui  préferois 
néanmoins  un  avenrurisr , tel  qu’Enée.  Jupiter , 
fenfible  aux  plaintes  de  fon  fils , & fe  rappelant 
d’ailleurs  que  c’étoit  Enée  que  les  Deftins  avoient 
choifî  pour  être  la  tige  de  la  nation  Romaine, 
députa  Mercure  vers  le  prince  Trcyen,  pour  lui 
ordonner  de  quitter  un  lieu  fi  fune'fte  à la  gioire 
qui  iui  éroit  refervée  à lui  & à fa  poftérite.  L 0*’“^ 
des  Dieux  arracha  fur  le  champ  le  pieux  Enee 
à l’enchantement  qui  l’aveugloit  1 il  prit  aufli-£o 
le  parti  de  la  retraite.  Toutes  fes  précautions 
purent  empêcher  que  Didon  ne  pénétrât  fon  ue.- 
fein  ; mais  tan4is  qu’eile  exhaloit  fa  douleur  en 
plaintes , Enée  partit  avec  fa  flotte-  Ce  fut  dan 
le  feu  des  imprécations , que  cette  malheureu 
princeffe  prédit  que  les  defeendans  de  fes 
& ceux  d’Enée  , feroient  toujours  en  gne^Ç  * ^ , 
monta  enfin  fur  un  bûcher  quelle  avoit  mt  pte* 


D t D 

parer  J & fe  perça  le  feia  de  la  propre  épée  dTnée. 
Comme  elle  mourou , dît  \ irgile,  avant  le  temps 
marqué  par  les  Parques  , & qu'elle  périflbic , fans 
l’avoîr  mérité  J par  un  actideat  imprévu,  Profer- 
pine  ne  lui  avoir  pas  encore  coupé  le  cheveu 
auquel  fa  vie  étoit  attachée , & n'as  oit  pas  encore 
dévoué  fa  tête  à PJuton.  Junon , pour  faire  cefîèr 
les  douleurs  de  cette  malheureufe  grinceffe , en- 
voya Iris  lui  couper  le  cheveu  fatal.  C’elf  ainS 
que  "Virgile  , & prefque  tous  les  poètes  qui  font 
fuiv’i , ont  métamorphofé  cette  victime  de  la  foi 
conjugale , en  une  amante  furieufe  & fans  pudeur. 
Cette  princeffe  fut  honorée  à Carthage  comme 
UKe  DéefTe , fous  le  nom  d'Elife , ainfi  qu'on  le 
voit  dans  Juftin  & dans  Veileius  Paterculus. 

DIDORON , mefure  grecque  de  deux  coudées. 
Voye'^  Coudée. 

DIDRACHME,  de  l’Egypte  & de  l’Afie. 

Cette  monnoie  valoir  une  livre  2e  de  la  mcn- 
noie  de  France  aétueüe,  félon  M.  Pauélon  ( Mc- 
trologïe  ).  Elle  valoir , en  monnoie  du  même 
pays,  2 drachmes. 

Ou  4 rébiites  , 

Ou  10  gérah  , 

Ou  12  mehah  , 

Ou  24  pondion  , 

Ou4Sphoîlis, 

Ou  192  kodrantes  , 

Ou  384  pérutah. 

^ Didrachme  , ancien  poids  de  TAfie  8e  de 

I Egypte.  Il  valoir  , en  poids  de  France , 87  grains 
f-,  félon  M.  PauClon  (^Métrologie  ).  11  valoir  en 
poids  des  mêmes  pays  , 2 drachmes, 

Oa  4 grammes  , 

Ou  8 oboles  féminités , 

Ou  12  danic  , 

Ou  1 6 kikkabos , 

Ou  24  kératioH, 

Ou  48  chaicoiis  , 

Ou  9<S  lîtarion. 

Didrachme  , poids  8e  monnoie  des  Grecs.. 

II  valoir,  en  poids  de  France  , 16S  grains  Se  j-, 

& en  monnoie,  2 livres,  félon  M.  Pauétom’il 
valoir , en  poids  & monnoie  des  Grecs , 2 drachmes  , 

Ou  12  oboles. 

Ou  72  ehaicous. 

On  trouve  parmi  les  médailles  de  Rhodes  des 
médailles  de  bronze  frappées  en  l’honneur  de 
Kerya  8e  de  Trajan  avec  leur  nom  8e  aiApaxmon. 

Aelpaîîen  ayant  réduit  la  Judée  en  province 
Romaine  , ordonna  que  tous  les  Juifs  de  l'empire 
payeroient  au  capitole  le  didrachme  qu’ils  payoient 
auparavant  au  temple  de  Jérufalem,  Ils  îe  payoient 
Ænccre  au  temps  d’Origène. 

DIDYME , jumeau , furnom  que  Pindare  donne 
à Diane  pour  marquer  qu’elle  étoit  fœur  jumelle 
d’Apollon.  Didyme  eft  aulTi  le  nom  d’une  des  jfigs 
Cyclades  J où  Apollon  avolï  un  Oracle, 


us 


D î E 

dlEAKÏSTlMAA  ( Pcliax.  lib.  9.  ) . 
que  nous  appelons  en  France  \cjea  des  barras. 

DIESPJTER  , nom  de  Jupiter.  Ce  no.m,  félon 
quelques-uns,  eft  la  même  c.hofe  que  Dios  pâte- ^ 
Jupiter  père  ; ^car  Jupiter  étoit  appelé  en  grec 
Zfüî  ou  Adî  , d’où  viennent  les  cas  obliques  Ajor  , 

3 ^c.  D autres  difent  que  Diefpiter  eii  la  même 
choie  que  Did  pater  , père  du  jour.  S.  Auguftin 
tire  ce  nom  de  dies , jour,  & àé  v anus , produc- 
tion, eafaiitemenr , par-ce  que  c'eft  Juoiter  qui 
produit  le  jour.  Servîus  & Macrobe  font  du  même 
ftnnmenr.  Le  premier  dit  que  dans  la  langue  dés 
Uiques  on  difoit  Lucecius  ^ Sc  Jjiefpitsr  en  Jatin- 
Durefte,  voye^  Jupiter,  c'eil  la  même  Divi- 
nite.^  Struvius  ( Andq.  Rom.  Synt.  c.  iiy.  ) 
paroît  crone  que  Diefpiter  eft  Pluton.  Mais  fi  c’eft- 
ç , opinion,  il  fe  trompe 5 car  dans  Cicéron, 
& dans  l’unfcription  qu’il  cite  d'après  Gruter 
( -ve-.-.  8.  ) il  y a Dis  pater,  8c  non  Diefpiter. 


trouvera  au  mot  Mythologie  les 
Gîiierens  fyftemes  fur-  Tongine  cosnmune  des 
pieux  , & à l’article  de  chaque  Divinité  fon  ori- 
gine, fon  hiftoire,  fes  attributs,  fes  fumoms,  fon 
culte  8e  fes  monumens  particuliers.  Je  ne  parlerai 
ici  que  des  dalles  dans  lefquelles  on  rangeoit  les 
Dieux,  & de  la  beauté  générale  que  les  Artilres 
doivent  donner  à leurs  repré fentations. 

"V'oici  les  titres  les  plus  généraux  fous  lefquels 
on  comprend  les  Dieux.  On  les  divife  ordinaire- 
ment en  Dieux  naturels  8c  Dieux  animés  5 en 
grands  Dieux  8c  Dieux  Subalternes  ; en  Dieux  pu- 
blics 8c  Dieux  particuliers  5 en  Dieux  connus  8c 
Dieux  inconnus  5 ou  enfin  , Suivant  la  divifion 
ufitée  chez  les  îrlythologues  modernes , en  Dieux 
du  ciel  . Dieux  de  la  terre.  Dieux  de  la  mer  8c 
Dieux  des  enfers. 


Dieux  naturels  : on  entend  fous  ce  nom  les 
aftres  Sc  les  autres  êtres  phyfiques. 

Dieux  animés  : ce  font  les  hommes,  qui , par 
leurs  grandes  Sc  belles  actions,  ont  mérité  d’être 
déifiés. 

Les  GRA.NDS  Dieux:  les  Grecs  Scies  Romains 
reconnoiffoient  douze  grands  Dieux,  dont  les 
noms_  étoient  venus  d’Egypte,  dit  Hérodote- : 
c’éteient  les  Dieux  de  la  première  clafie  , ou  , 
comme  s’expriment  les  Mythologues  , les  Dieux 
des  grandes  nations  , ou  les  Dieux  du  confeil ^ ces 
douze  grands  Dieux  étoient , félon  Ennius  , Ju- 
non,  Vefta,  Minerve,  Cérès,  Diane,  "V'énus  , ■ 
Mars,  Mercure,  Jupiter,  Neptune  , Vulcain  Sc 
Apollon.  Une  des  folies  d'Alexandre  fat  de  fe  pla- 
cer le  troifième  parmi  ces  grands  Dieux  , dédai- 
gnant d’être  aflocié  à la  fouie  des  Divinités  fub» 
alternes. 

Dlïüx  fubalternes  , ou  les  Dieux  des  moindres 
nations  : ce  font  tous  les  autres  Dieux  après  les 
douze  grands  que  nous  venons  de  nommer.  Leur 


37«  die 

foule  étoit  innombrable  dans  la  Grèce  & 
l'empire  Romain:  il  n'y  avoir  point _ e 
Rome , die  Tite-Live , qm  ne  fut  p^ein 
de-là  vient  que  Quartilla  uit  : ^otre  pays  efif  p 
de  Divinhh  , qui  U honorent  ae  leur  prcjence  , que 
vous  y trouveriei  plus  facihmerX  un  Drsu  quur 
homme.  Non  contens  de  cette  foule  de  Divim.es 
eue  la  fuperftition  de  leurs  peres  avoir  introduite , 
ks  Romains  embraffoient  le  culte  de  toutes  les 
nations  fubiuguées . & fe  faifoient  encore  tous  les 
jours  de  nouveaux  Dieux. 

Dieux  publics  : c'étoient  ceux  dont  le  culte 
étoit  établi  & autorifé  par  les  loix^  comme  les 
douze  grands  Dieux. 

Dieux  particuliers:  ceux  que  chacun  chmlîf- 
foit  pour  être  l'objet  de  fon  culte  particulier.^  e s 
étoient  les  Dieux  Lares  , les  Pénates  , Ls  âmes 
des  ancêtres  , qu'il  étoit  permis^  à chaque  parti 
culier  d'honorer  comme  il  vouloir. 

Dieux  connus  : dans  cette  claffe , Varron  ran- 
eeoit  tous  les  Dieux  dont  on  favoit  les  noms , les 
fonaions . les  hiftoires , comme  Jupiter , Apollon . 
ie  Soleil,  la  Lune.  &c. 

Dieux  inconnus  : dans  cette  féconda  clalfe 
étoient  placés  les  Dieux  dont  on  ne  favoit  nen 
d'affuré  . & auxcuels  on  ne  laifloit  pas  d eiever 
des  autels  & d'offrir  des  facrifices.  Plufieurs  Au- 
teurs parlent  d'autels  élevés  aux  Dieux  inconnus 
en  pluf.eurs  endroits,  mais  en  particulier  chez  .es 
Athén'ens.  le  plus  religieux  peuple  ae  la  terre  , 
qui  avoient  confacré  un  autel  au  Dieu  inconnu,  de 
n^u>-  cu'il  n'y  en  eik  quelqu'un  auquel  ils  n eulient 
point  rendu  de  cuite.  Cet  autel  funliftoit  encore  du 
temps  de  S.  Paul  : Ayant  vu  en  pajfant . leur  dit  cet 
Apôtre  . un  autel  confacré  au.  Dieu  ikcosnu  , 
ây-iosZ  . je  viens  vous  prêcher  celui  que  vous 
adore fans  le  connoitre. 

Dieux  communs  : Mars,  la  Victoire  Sc  Eeîlone. 


Dieux  asréables.  géniales  : la  Terre  . lEau  . 
le  Feu . l'Air . le  Soleil  & la  Lune. 

Dieux  du  Ciel  : c'etoient  Celus. Saturne , .^u- 
piter  5 Junon , Minerve . Mars , A ulcain . Mercutâ , 
Apollon.  Diane  , Bacchus.  Sec. 

Dieux  de  la  Terre  . Cybèie . ou  la  mere  des 
Dieux Ydîa . les  Dieux  Lares , les  Dieux  Péna- 
tes. les  Dieux  des  Jardins.  Pan.  les Faunes,  les 
Satyres  . Paies  , ks  Divinités  champêtres  . ks 
Nymphes . les  Mufes . &c. 

Dieux  de  la  Mer  : l'Océan  & Thétys . Nep- 
Æiine  & Amphitrîte , Nérée  & les  Néréides,,  Doris 
& ks  Tritons . les  Napées.  ks  Syrènes . Foie  & 
les  Agents , &c. 

Dieux  des  Enfers;  Fiiiton,  Cérès,  Proferpine. 
les  trois  lUges  d'enfer.  Eaque,  Minos  & Rada- 
eianths.  Les  Parques,  le  Defiin.  ks  Furies  . le* 


D I E 


Dieux  Mânes , Charon  . &c.  On  verra  i’hiftoire 
de  tous  ces  Dieux  dans  leur  article  particulier. 

Il  Y a plufieurs  autres  dénominations  générales 
desDieti^r.Comm.eles  Cai)ires,\es  Palices, les  Com- 
pitales  . les  Semones  , les  Dieux  choifis  . SeUBi 
les  Indigetes , les  Pataïques  , les  Pénates  . les  La- 
res  , les  Empires , les  Ethérés  . les  Aîondaïus  Sc 
Supramondains  , les  Matériels  8c  Immatériels  , Sc 
enfin  les  Dieux  des  fphères  cékftes , & ceux  qui 
étoient  hors  des  fphères.  oyei  tous  ces  mots. 

Dieux  des  Gaulois.  Le  Comte  de  Caylus  ( Rec. 
d'Antiq.  iil.  n.  7.  ph  88.  n°.  i.  8t  p.  315.)  a publié 
les  deiTins  d'un  Hercule  & d'un  Jupiter . monumens 
Gaulois.  H dit  à leur  fujet  : « Quelques  peuples 
anciens  ont  eu  la  déiicateiTe  de  ne  point  donner  de 
fexe  à leurs  divinités;  ils  affuroient  quelles  étoient 
à la  fois  mâles  & femelles.  Les  Gaulois  étoient 
dans  ce  principe  avant  d'avoir  été  domptés  par 
les  Romains.  D.  Martin  ( Religion  des  Gaulois . 
prem.  vol.  pag.  & 55^,  55^-)  rapporte  pîu- 
fieurs  repréfentatiûHS  de  Mercure . qui  font 
traitées  dans  cet  efprit  ; ce  qui  mérite  le  plus 
d'attention  dans  ces  monumens  de  D.  Martin, 
c’ell:  ie  détail  de  la  découverte  qu'on  fit,  il  y a 
quelques  années,  fur  la  montagne  de  Framont; 
c‘eil  la  plus  haute  de  celles  qui  feparent  1 A/ace  de 
de  la  Lorraine  ; les  figures  qu’on  y a trouvées, 
repréi entent  ^lercute  . ayant  deux  anneaux  au 
lieu  de  fexe  ; mais  quand  on  a refufé^  cette  préro- 
gative à Hercule . comme  on  le  voit  ici . on  peus. 
fa  refufer  au  refle  de  j'Olympe  ...  _ 

« Ce  Jupiter  qui  paroit  avoir  tenu  quelque 
corps  dans  la  main  qu  on  voit  elevee  eft  encore 
d’un  travail  très- groiTier  ; cependant  les  propor- 
tions générales  ne  font  pas  auffi  mauvaifes 
celles  de  l’Hercule  du-  numéro  précédent.  Il  eft 
nud . & n’a  conftamjment  jamais  eu  de  fexe. 
deux  monumens,  conformes  en  ce  point.  ^ ^ 
conftamment  Gaulois  . donnent  des  preuves  réci- 
proques du  fyfiême  de  cette  nation  fur  la  divsr 

nité  ...  . J 

Ce  que  j'ai  dit  jufqu'à  préfent . dans  cet  article, 
fur  ks  Dieux  , ne  regarde  que  ks  Mytboiogues, 
mon  plan  exige  que  je  m'adreffe  aéfuellemènt  aux 
arciftes.  Ce  fera  AVinckeimann  qui  leur  pariera 


ici.  ^ 

« Les  arands  Artiftes  de  la  Grece  q.o  poJ 
voient,  dït-il,  ( Hifl.  de  t Art.  iv. 

fe  regarder  comme  des  créateurs,  quoiquis 


CVjïlilUiU  v.1.  J -1  * 

iffent  moins  pour  l'entendement  P l 
le  fentiment.  tâchèrent  de  furmonter  la  dure.e 
de  la  matière.  &.  s'il  eût  été  i.- 

imprimer  la  vie.  Dès  la  naiffance  de 
effort  généreux  des  Artiites  donna  iieu  a la  ^ 
de  Pygmalion  & de  fa  ftatue.  Leurs  mains 
trieufes  donnèrent  l'exifience  aux  objets 

religieux  qui.  pour  exciter  la  vénération. 

être  confidérés  comme  jes  types  des 
neares.  Les  premiers  fondateurs  de  la  re 
qui  étoient  Poètes,  fournirent  ks  hautes 


D î E 

pour  les  /Imulacres  de  ces  divines  intelligences  : 
ces  idées  donnèrent  des  ailes  à rimagination  pour 
eiever  Ion  ouvrage  au-defîiis  d’elle-même  & de 
Ja  iphere  ces  fens.  La  concepuon  humaine^  en 
créant  des  divinités  fenfibles,  pouvoir -elle  fe 
figurer  nen  de  plus  digne , rien  de  plus  attrayant 
pour  1 imagination,  que  I état  d’une  jeuneffe  érer- 
nei._e,  que  le  printems  d’une  vie  inaltérable,  dont 
ie  louvenir  feul  nous  enchante  encore  dans  un 
âge  plus  avancé  ? Ce  tableau  étoit  analogue  à l’idée 
de  i imrnutabidté  d’un  être  divin  : la  belle  Ifatiire 
dune  divinité  jeune  & brillante  faifoit  naître 
J amour  & la  tendreffe,  les  feules  affeétions  qui 
lame  en  une  douce  extafe.  Et 
2a  , , 'î®  raviffement  des  fens  que  con- 

rnnj^  i^r  ^ été  recherchée  dans 

toutes  les  religions , bien  ou  mal  entendues..  ? 

Parmi  les  aivimtés  du  fexe  féminin,  on  attri- 

tiX."  ^ perpé- 

> les  autres  DéefTes  qui  l’avoient  perdue 
ppuvoient  la  recouvrer,  & Junon  redevenoit 
erg^  toutes  les  fois  qu’elle  fc  baignoit  dans  la 
ontaine  Canathus.  C’eft  par  cette  raifon  que  le 
e.n  aes  Deefîès  & des  Amazones  eft  toujours 
reprc.ente  comme  celui  des  jeunes  filles  à qui 
iucine  n a pas  encore  délié  la  ceinture  , c’eft-à 
^re  que  le  mameilon  n’ell  pas  encore  développé. 
Cette  réglé  eft  aîTez  confiante,  à moins  que  les 
iJeelTes  n allaitent  un  enfant,  comme Ifîs  donnant 
k fem  a Apis  (l?e/cr.  ^es  pler.  ^r.  du  cab.  de 
.Sro/rA  17.  -O.).  Mais  la  fable  dit  que 

cette  Deefte  avoir  mis  le  doigt  dans  la  bouche 
d Horus  , au  heu  du  mamelon  ( Plutarch.  de  If.  & 
Ojt.)  : c eft  ainfi  qu'elle  étoit  repréfentée  fur  une 
pierre  gravée  du  cabinet  de  Stofeh  (/..  16.  ti°.  éj  ) 
conforniément  fans  doute  à l’idée  reçue.  Suivant 
toutes  les  apparences,  une  ftacue  di  jardin  du 
Pape,  repréfentant  JuHon  affife  qui  allaite  Her- 
cule, nous  oftriroit  les  mamelons  vifibles  , fi 
cette  partie  du  fein  n’étoit  pas  couverte  par  la 
tere  de  1 enfant  & parla  main  de  la  Déeffe.  J’ai 
publie  cette  iiatue  dans  mes  monumens  de  l’anti- 
quité ( Monum.  ant.  n.  14  ) Dans  une  peinmre  an- 
tique  au  pa.ais  de  Barbenni , on  voie  une  préten- 
due Venus  qui  a les  mamelons  très  - apparens  5 
Ci,  confiance^ qui  me  fuffit  pour  avancer  que  ce 
ne  peut  pas  être  une  Vénus ... 

cc  Les  Grecs  ont  figuré  la  nature  intellearuelle 
par  la  marche  légère  j & Homère  compare  la 
vitefie  de  Junon  en  marchant,  à la  penfée  d’un 
fîomme^  qui  parcourt  en  eforit  une  infinité  de 
pays  lointains  qu  il  a vus , & qui  dit  dans  un  feul 
& meme  inftant  ; « j’ai  été  ici  & je  fus  là ...  Une 
image  de  cette  vélocité  eft  la  ccurfe  d’Aralante  : 
elle  vole  fi  rapidement  fur  le  fable , qu’elle  nV 
laifte  aiicun  veftige  de  fes  pieds.  C'eft  ainfi  qu’on 
la  voit  reprefentée  fur  une  amérhvfte  du  cabinet 
de  Stolch  {pag.  337).  L’Apollon  du  Beivedèr 
femoie  p,aner , fans  toucher  la  terre  de  la  plante 
4e  fes  pieds.^  C’eft  cette  manière  iaieiiCljk  de 
Antiquités  ^ Tome 


D I E 


-*77 


msreher  & de  gliflèr,  confacrée  pour  les  Uw 
par  les  Art.ftes , que  Phérécide  , un  L plus  anciens 
Poeies  Grecs,  femoie  avoir  voulu  exprimer  par 
la  forme  de  ferpent  qu’il  donnoit  aux  Divinités  ' 
pour  décrire  figurement  une  marche  dont  on  n’aa- 
perçoit  pas  facilement  la  trace  ( mouum.  ant 

Gyp  <^«5  Divinités  de  l’un  &de  l’autre 

lexe  avoir  fes  aegres  & fes  âges  différens  dans  la 

tom2T4“h‘'”  s’attacha  à rendre 

idéaU  Cette  jeunefte  eft  une  beauté 

laeale  empruntée  en  partie  des  beaux  corps  de 
jeunes  hommes  , en  partie  de  la  nature  des  beaux 
pnuques  & relevée  par  une  taille  au-deffus 
la  ftature  humaine.  C eft  ce  qui  fait  dire  à Platon 
quoa  n avoir  pas  donné  aux  images  des  B/eux 
leurs  véritables  proportions,  mais  celles  que  l’ima- 
gination avxnt  jugées  les  plus  belles  ... 

que  l’on  aperçoit  dans  les  figures 
des  Divmites  males  les  gradations  des  âges  & les 
formes  de  leur  jeuneffe  j on  voit  a-ufll  cette  jeuneffb 
empmnte  dans  un  degré  conveîiable  fur  le  vifae» 
des  Divinités  de  l’âge  fait  : ce  degré  eft  compoié 
de  U force  virile  & de  l’enjouement  de  la  b“Il“ 
jeunefle.  Cette  jeuneffe  fc  manifefte  par  la  fuo- 
preffion  des  nerfs  & des  mafcles  qui  font  peu 
apparens  dans  le  printems  de  l’âge.  Mais  c^ci 
renferme  en  même-temps  l’exprePfton  de  ce  con- 
tentement divin  qui  n’a  pas  befoin  des  parties  ma- 
Kriedes,  deftinees  a la  nourriture  de  notre  corps. 
Uette  aflertion  explique  les  fentimens  d’Epicure 
lur  la  figure  des  Bieux  ce  philofophe  leur  donne 
un  corps  a la  vérité,  mais  uneefpèce  particulière 
de  corps  j du  fang , mais  une  efpèce  particulière  de 
langj  expreftion  que  Cicéron  trouvoit  obfcurs  & 
ininteLfigible  (De  Nat.  Bear.  L.  i.  c.  18.  & 23  ) 

« L exîftence  ou  la  fuppreffion  des  nerfs  & des* 
mufces,  diftingue  Hercule  obligé  de  déployer  la 
force  de  fon  ^bras  contre  des  monftres,  des  bri- 
gands , & éloigné  encore  du  terme  de  fes  tra- 
vaux;^  d liercule,  dépouillé  parle  feu,  des  parties 
groffieres  du  corps  , & parvenu  à la  jouiffance  de 
la  félicité  des  immortels.  L homme  eft  exprimé 
dans  l’Hercule  i arnèfe,  & le  Dieu  dans  l’Hercule 
fameux  Torfe.  Ces  traits 
caracteriftiqr.es  nous  autorifent  à juger  fi  des 
ftatues , rendues  méconnoiffabies  par  la  perte  de 
la  tête  &:  des  attributs,  figurent  un  Bien  ou  un 
homme.  Plein  de  ces  fubîimes  conceptions,  l’ar- 
tifte  élevoit  la  nature  du  marériei  à l’immatériel, 

& fa  main  créatrice  produifoit  des  êtres  exempts 
des  befeins  de  l’humanité , formoit  des  figures 
qui  repréfentoient  l’homme  dans  une  plus  haute 
dignité , & qui  fembloient  n’être  que  les  tvpes 
ou  les  enveloppes  des  efprits  penfans  & des  intel- 
ligences céleftes" 


« Par  ce  moyen,  dit  Quintilier,  la  ftatuç  ds 
Jupîter  3 de  la  ip.ain  de  Phidias^  n^avo:*^  pas 
contribué  à faire  redoubler  de  zèle  , & à augaier.- 
terla  Yénératiqn  poux  Is  Dieu  même  ( Cujus  puU 

B b!» 


37^  DIE 

tkrhudo  adjecijfe  elioaid  ttiam  recepti  religtoni 
'jidetu.r.  ( Quint,  h: L.  12-  c,  îO.  ).  Cecendant 
la  plus  haute  beauté  , comme  Océron  le  fait  dire 
2 Coïta  ( De  Tint.  Deor.  T.  i.  c.  29.  ) 3 ne  peut 
pas  être  donnée  à tous  les  Dieux  dans  le  même 
degré,  de  même  que  le  plus  grand  peintre  ne 
peut  pjs  donner  la  plus  haute  expreffion  à toutes 
les  Heures  de  fon  tableau.  Cette  demande  feroit 
aufil  peu  raifbnnible  que  feroit  celle  d’exiger  d’un 
poére  tragique  qu’il  ne  mit  fur  la  feêne  que  des 
héros 

Pour  rendre  comp'ette  l’idée  toute  céiefte  que 
doivent  prendre  des  Dieux  les  Artiftes , je  joindrai 
à ees  paflages  de  \yinckeimann  deux  autres  ob- 
fervations  de  ce  Pavant  antiquaire  , dont  les  ar- 
îilîes  trouveront  fouvent  i’occaiîon  de  faire  l’ap- 
plication. 

« On  voit  fur  une  pierre  gravée  du  cabinet  du 
Duc  de  Devonshire , qui  porte  le  nom  du  ( Stofeh. 
pier.  gr.  pi.  pd-x  ) graveur,  AiocKOPiAOY,  Dio- 
mède affis  fur  un  autel,  le  Palladium  dans  la 
main,  & la  gardienne  tuée  à fes  pieds.  Devant 
lui  eft  Minerve  fur  une  colonne;  cette  Divinité 
lui  tourne  le  dos,  comme  elle  avoit  fait,  {Strab. 
l.  VI.  p.  x6j.  '■ , difoit-on  , pour  n’être  pas  témoin 
du  facrilége-  C’eft  aiiifî  que  la  ilaaie  de  {Athea. 
Deipjf.  L.  XII.  V.  520  ) Junon  à Sybaris  avoit 
détourné  la  vue,  lorfque  les  Sybarites,  fecoaant  le 
joug  de  la  tyrannie  de  Thélis,  maifacrèrent, 
jofqu’aux  pieds  des  autels , tous  ceux  qui  avoient 
eu  quelque  part  à fon  gouvernement.  Le  Poujfin  , 
par  une  licence  har.lie  , a employé  une  fiCtion 
femblabie  dans  un  deffein  qui  étoit  dans  le  cabinet 
du  Cardinal  Alexandre  Albani y oii  Médée  tue  fes 
deux  fils.  Ce  peintre  ingénieux  y a mis  une  ftatue 
de  Minerve  qui  fe  couvre  le  vîfage  arec  fon  bou- 
clier pour  ne  pas  voir  cette  exécrable  fcène  ». 

« Sur  une  pâte  de  verre , prife  d’une  pierre 
CTavée  antique  , on  voit  Diomède  tenant  avec 
la  main  droite  le  Palladium  qui  paroît  encore 
pofé  fur  fon  piédeftal , quoique  le  Héros  foiîdans 
l’attitude  de  marcher.  La  ftatue  paroît  inclinet  fa 
tête  comme  pour  confentir  à fon  enlèvement. 
Une  femblabie  inclination  de  tête  croit  réputée  , 
par  les  ancier»,  un  figne  d’approbation  des  Dieux. 
Jupiter  ayant  accordé  à Tbétis  fa  demande,  lui 
dit  : ( //.  A.  V,  14.,  & II.  O V.  75  ) Je  te  ferai  un 
fgne  de  tête  pour  t en  ajfurer 

Les  anciens  aimoient  à multiplier  les  Dieux; 
8r  Gomme  c’ étoit  une  prérogative  des  Divinités 
d avoir  chacune  plufteurs  noms,  de  même  ils 
faifoient  deux  ou  plufteurs  Dieux  d’une  même 
divinité.  On  voit  deux  Jupiters  fur  an  médaillon 
de  Mpc-Aurè!e , du  cabinet  du  Roi  : ce  font 
les  deux  Jupiters  nés  en  Arcadie  de 
^ ^ y auflî  deux  Nepîunes 

{.Arifioph.  Plut.  397)  on  comptoir,  fuivant 
Arnobe  {lib.  rv.  ),  jufqu’à  einq.  Mercures,  autant 
4e  Baechusj  de  Jupiter, 


D I F 

Dieux  Frères  r Ptolémée  Philadelphe  , & fon 
frère.  ©££2î:.  AAEAC>aN. 

Leurs  médailles  avec  cette  légende  font 

RR.  en  or. 

R.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

DIFFARÉATION,  e.rpèce  de  facrifiee  qui  opé- 
roit  le  divorce  entre  le  mari  & la  femme , dit 
Feftus.  . . . ^Erct  gsnus  facrifeii , quo  inter  virum 
& mulierem  fiebat  dljfolutio.  La  glofe  d’Iftdore  dé- 
finitenedre  plusbrièvement  la  d-.faréation  : c’ étoit, 
dit-il , le  divorce  entre  le  mari  8c  la  femme , dif 
folutio  inter  virum  & feminam.  Ces  expreffions  ns 
laiflent  aucun  doute  fur  la  nature  de  lu  difaréation , 
qui  rompoit  tous  les  mariages  ; quoique  certains 
écrivains  ayent  voulu  les  reftreindre  à ceux  des 
Prêtres  ou  Pontifes. 

DIFFUSORES , Officiers  qui , dans  les  diftri- 
burions  gratuites  d’huile  ou  d’autres  liqueurs  faites 
au  peuple,  préfidoient  à ces  diftriburions,  oudes 
exécutoient.  On  lifoit  fur  une  ancienne  inferip- 
tion  : EQ.  R,  DIFFUS.  OLEARIO.  EX.  BŒTICA. 

DIGAMMA  , double  gamma  fubftirué  à l’Y 
confonne  fous  le  règne  de  Claude.  Cet  Empereur 
employa  la  perfuaftoFS  ( Sueton,  l.  5.  eap.  41.  ) & 
l’autorité,  pour  faire  recevoir  trois  nouvelles  lettres 
de  fon  invention,  fous  aurant  de  nouvelles  {Tacit. 
Annal.  L î I . c.  4.  > formes.  La  première  étoit  un 
caraâère  uniquement  deftiné  à faire  difeeraer  les 
V confonnes  , des  V voyelles  qui  retinrent  leur 
ancienne  figure.  Quintilien  ( Irîfi.  L c.  8. } ne  jii- 
geoit  pas  défavantageuferaent  de  ratilité  du  di- 
gjmma  de  Claude.  Mais  quelle  en  fut  la  figure  ? 
Tous  conviennent  qu’il  avoit  la  forme  d’une  F > 
tous  ne  conviennent  pas  de  la  manière  dont 
elle  étoit  tournée. 

Sans  parler  des  fitaations  obliques  , notre  F eft 
fufceptible  de  huit  polirions  principales,  horizon- 
tales & perpendiculaires.  Il  ne  s’agit  icf  que  des 
dernières.  Il  n’eft  aucune  des  quatre  fituations  per- 
pendiculaires que  peut  prendre  l’F,  qui  n’ait  été 
attribuée  au  digamma  de  Claude.  Un  des  premiers 
contiouateursdu  Journal  des  SavansC  rem.  5.  p.  jé. 
edit.  de  Plcll  ) en  1677,  ^^1*^  Prince  inventeyir 
de  i’F.  L’Auteur  de  la  Bulle  d‘or  ( ouvrage  cité 
plus  bas  ) des  enfans  Romains  de  qualité , Fieo- 
roni, rapporte  une  fameufe  infeription  de  Claude, 
déjà  publiée  par  Angelo  Roccha  , Grurer  & Fa- 
bretti,  depuis  négligée  & perdue  , enfin  retrouvée 
& coïifervée  par  les  foins  de  cet  Auteur  célèbre^. 
L’F  de  Claude  y paroît  deux  fois  dans  les  mots 
AMPLIAj[rr  , TERMINAjITQ.  Elle  n’eft  , 
comme  0x1  voit  , que  tournée  vers  la  gauche, 
Gori  ( Mufl Etrufe.  t.  2 p.  415.  ) juge  pourtant 
cette  figure  préférable  à celles  qu’on  a données 
jufqu’à  préfent  du  digamma  de  Claude.  Mais  peut- 
être  ce  lavant  homme  n’aura-t’il  pas  fait  attention 
à une  remarque  du  même  Ficoroni^  portant  que 


D I G 

ces  deux  F étoient  doubiement  renverfées  {la  Bollo 
Doro  de  Faaciuli  nobili  Romani  in  Rcma 
4°.  p.  6c).  ).  Au  reôe  , comme  dans  un  ouvrage 
poftérieur  , Gori  ( Difefa  éell‘  alfabeto.  p.  8i.  ) 
reprefente  ies  deux  mêmes  mots  avec  des  on 
2 lieu  de  croire  qu’il  fera  revenu  à l’opinion  com- 
mune. D.  Gancelot  ( Mouv.  Métk.  p.  724.  ^ nous 
donne  cette  figure  L pour  celle  du  digamma  , in- 
vente par  Claude. 

Les  anciens  marbres  du  temps  de  cet  Empe- 
^ ceux  qui  les  ont  ( Gruter.  p.  236.  Ceno- 
tapk.  Pif.  col.  7j8.  ) ccnfukésj  dépofenten  fâv'eur 
de  la  figure  j.  Cbriftiern  Frédéric  Ruhe^  dans 
ion  Specimen  PkiLologia  Numifmatico  - Latina 
( imprimé  en  170S  ) , rapporte  une  partie  des  mo- 
numens  ou  le  digamma  s’efi:  confervé.  L’on  n’en  a 
peut-etre  pas  de  plus  célèbre  & de  plus  avéré, 
touchant  la  forme  du  digamma  de  l’Empereur 
médailles  , publiée  par 
I oeUcia  numifmata  Lutet.  Paris.  1684.  oP.p.  lOf.) 
eguin  , citee  auili  par  le  ( de  prsft.  numifmatum. 
■/%'  P'  ) Baron  de  Spanheim.  Du 

pied  d une  j ainfi  difpofée  , Tort  une  palme.  C’eft 
un  trophée  érigé  au  digamma,  ou  plutôt  à fon  au- 
teur,  acaufe  de  lavidoire  remportée  fur  les  Bre- 
tons. On  reconnoît  au  digamma  les  monumens  du 
temps  du  meme  Empereur.  ( Nouvelle  Diploma- 
tique des  PP.  Bénédiclins.  il.p.  47.}. 

DIQITALIA.  Foyeq^  Gant. 

ancienne  folemnité  d’Athènes,  = 
on  celebroit  le  quatorze  du  mois  Scirrapho- 
Kon  , en  l’honneur  de  Jupiter  Polien  , ou  tutélaire 

n étoic  plus  en  ufage  du  temps 
d Ariftopnane  ; voila  pourquoi  il  fe  fert  du  mot 
JJiipohcae , pour  marquer  une  chofe  du  vieux 
temps. 

Ces  fêtes  étoient  auffl  appelées  Euphonies,  ou 
® ® caufe  d’une  cérémonie  parti- 

cuiieredesD/ipoéiM.  On  plaçoit  des  gâteaux  fur 
ratrepied  de  bronze  , autour  duquel  on  faifoit 
î3sarcher  des  bœufs  choifîs.  Le  premier  de  ces  anf- 
maux  qui  touchoit  aux  gâteaux , étoit  immolé 
farcie  enamp.  îl  y avoir  dans  Athènes  trois  fa- 
rniiies  dont  les  membres  pouvoient  feuls  accom- 
plir  ce  facrifice,  félon  Porphyre  (de  Abflinent.  ab 
Mimalious  ) La  famille  qui  amenoic  les  boeufs 
toit  appeiee  , de  yJtsTpQy , aiguillon  : 

celle  qui  les  chalToic  autour  du  trépied  ^""appeloic 
■Zua-eaiit,  frappe-bœuf,  & elle  defeendefit  de  Thau- 
îon.  LesAcc.rf.ï,  cuifiniers,  étoient  les  troificmes 
qui  maliacroîent  les  bœufs. 

\ oici  la  tradition  qui  fervoit  de  bafe  à cetto 
ndicule  ceremonie,  ün  Prêtre  de  Jupiter  nommi 
Thaulon,  ou,  félon  quelques-uns,  Diomus  & 

^ gâteau  pour  offrir  en 

lâcnnce  au  nf'rp  ?..  __î. 


D r M 


379 


f vengeance  , ri  fe  fauva  pour  éviter  les  pourfu-'r^s 
des  Athéniens.  Mais  ceux-ci  appelèrent  en  iu^;! 
ment  la  hacne  du  Prêtre  , &:  la  déclarèrent  mn->- 
cente,  félon  Pâufanias.  Eüen  dit  aucontraire  qu’on, 
condamna  la  hache  feulement,  & qu’»n  renvo'-^a 
aoious  le  Prêtre  & les  a.filfians.  Quoi  qu^  en  foir 
on^  terminoic  les  Diipolies  en  mémone  de  cet 
evenement  bizarre,  oar  la  fuite -d'un  Prêtre  & 
bœuf  rendu  légalement  fur  la  mort  du 

D Lions  nom  de  Jupiter,  qui  fe  trouve 
dans  larron  { l.  ir.  de  Ling.  Lut.)  & dans  Aulu- 
Gelle  (/.  1".  Ç-  12.  ).  Comme  on  appela  ce  Dieu 
JAner  üc  Diefpiter,  on  l’appela  auffi  lavis  & 
^Ijovis.  r oyey_  les  Dijfertations  du  P.  S.  Jéf. 
imprimées  a Paris  en  p.  284.  ' ’ 

^jliKAios,  jufte.  On  trouve  cette  gîorieufe  épi- 
thète fur_  quelques^  monumens  de  Pertinax,  qm 
la  méntoît  à fi  jufîe  titre.  Septime-Sévère  aSèc- 
rantd  imiter  les  vertus  de  cet  Empereur,  crut  de- 
voir prendre  le  norn  de  Pertinax'5  de  même  aufïï 
Pefcennms  Niger  prit  le  furnom  Aikaios  , qu’oa 
ht  fur  fes  médailles.  Arface,  Phrahate  II,  Roi 
des  Partnes  , & quelques  autres  Souverains  du 
meme  peuple  font  appelés  Aikaios  fur  leur» 
monnoîes  ( Patin  Tkef.  Num.  pag.  20^.  ), 

DILORIS  veftis,  tunique  ornée  de  deux  ban- 
en^or  ■’  rinceaux  brodé» 


entre-ailes  dans  les  jeux  & les 
fpectacles  qes  Romains. 

D.  I.  M.  Mîiratori  (71.  8.  Tkef  Infer.)  ran- 
porte  une  infcnption  qui  commence  par  ces  fio-Ies. 
L les  expaque  ainfi  : Domina  Ifidi  HAagn&'l  ©a 
Deo  Inviao  Mithra.  * s 


’ troupes  qui  combattoient  à 


DIMACHÆ  f 
^ aimaxai  , 
pied  8d  à cheval  comme  nos  Dragons.  Pollux 
( r.  IG.  é.  ) en  attribue  rétabüfièment  à Alexan- 
dre-îe- Grand. 


J..;;:  f "h’'”"  ^ a de  1 utilité  que  re- 

Stou  iagnpukure  ds  cct  aonaal  ).  Après  cesîs 


DIMACdERÜS  , gladiateur  qui  combattoit 
armé  d’une  épée  ou  d’un  poignard  dans  chaque 
main.  Ce  mot  eft  compofé  de  Ns  , deux  fois,  & 
de  pAxai^Tt.,  épée , deux  épées.  Jufte  Lipfe , en  Vai- 
tant  des  différentes  cîaifes  de  gladiateurs,  dit  qu’il 
y en  avoir  qa’on  nommoit  dimackeri , parce  qu’ils 
fe  fervoient  de  deux  poignards.  Il  cite  pour  le 
prouver  l’autoriré  d’Artémidorc  , qui,  dans  fon 
fécond  Livre  des  Songes  , promet  une  femme 
laide,  méchante,  & de  mauvaife  humeur,  à qui- 
conque aura  vu  en  fonge  un  glamateur  combat- 
tant a^deux  poignards  5 ce  qu’il  exprime  par  le  feuL 
mot  û 

DLriANCHEo  ( dates  des  ) fur  les  Charte* 
Voyei  Gioilaire  csi  Dates. 

B b b if 


3^0  D I N 

DIMIXI , lampe  à deux  mêcnes  j dont  on  fe 
fervoit  pour  éclairer  les  thermes. 

DIMÜS , \ ^ g,  Vénus  J 

A£IMGS  y f 

feion  Hélîode  C Theogon.  v.  954-/ 

portrait  ferribîabie  à celui  de  Mars.  MitAn  en  grec 

-iignifie  terreur. 

DINDYME  J femme  de  Méon  , Roi  de  Lydie  , 
fut  mère  de  Cybèle  j félon  Diodorc. 

DINDYMÈVE,  furnom  de  Cybèle  j pris,  ou 
de  Dyndime , fa  mère,  ou  d^une  montagne  de  Phry- 
gie  , appelé  Dir.dymus  , où  elle  étoit  honorée. 
Elle  avoir  auffi  fous  ce  nom  un  temple  à Magnéfie , 
dont  la  fille  de  Thémiiiocle  avoir  été  Prêtreffe. 
Voyei  Cybèle. 

A Vtat'aaat  > a la  renaiiTance  des  Lettres,  les 

Aeiünom.  f 

Philologues  qui  s’appliquèrent  à l’étude  des  lan- 
gues grecque  & latine  , & àla  tradudlion  des  Au- 
teurs anciens , furent  partagés  fur  la  quellion  fui- 
vante  ; les  anciens  ont-ils  eu  vers  le  milieu  du  jour 
un  repas  femblable  au  dz.ié  des  modernes  , & dif- 
tinéi  de  la  Cmna,  ou  repas  du  foir  ? Entre  les  paf- 
fages  que  chacun  d’eux  rapportoit  pour  étayer  fon 
opinion,  il  en  efl  un  qui,  bien  enrendu,  les  eût 
conciliés  tous  , & que  je  vais  employer  dans 
cette  vue. 

Cicéron  dit  dans  fes  Tufculanes  ( Qa&fi.  v.') 
que  Platon  étant  venu  en  Italie  , fut  étonné  d’en 
voir  les  habitans  faire  deux  repas  chaque  jour. 
Cette  furprife  du  philofophe  Grec  nous  feroit 
croire  que  fes  compatriotes  n’en  faifoient  qu’un  j 
& en  cela , iis  fe  conduifoient  comme  les  habitans 
des  contrées  orientales  v^oifines  de  la  Grèce.  Ce  re- 
pas du  foir  étoit  regardé  comme  unique  , parce 
que  c’étoit  le  feul  qui  fût  compofé  de  mets  folides 
éc  fucculens,  tandis  que  le  déjeûner,  c’eft-à-dire, 
la  nourriture  que  l’on  prenoit  le  matin  ou  à midi, 
étoit , chez  les  gens  fobres  , très-léger  & peu  fubf- 
tantiel.  Alexandre-le-Grand  parloir  dans  ce  fens, 
lorfqu’il  difoit  que  le  meilleur  apprêt  pour  le  re- 
pas du  foir , éroit  un  déjeûné  très-léger.  Le  fou- 
per,  d'oiTTov , ou  repas  unique  des  gens  fobres , n’a- 
voit  lieu  en  Grèce  que  le  foir,  comme  on  peut  le 
conclure  de  plufieurs  paffages  des  écrivains  an- 
ciens , & du  8*^  chapitre  du  dix-feptième  Livre 
d’Auiu-Gelie  ; Pkilofopkus  Taurus  accipiebat  nos 
jitkenis  plerumque  ad  id  diei , ubi  jam  vejperaverat  ,• 
id  enim  eji  tempus  ifiic  csnandî  frequens.  îl  n’y  étoit 
donc  pas  queftion  du  dîner  , hlsivoi , c’eft-à-dire  , 
d’un  repas  fubûantiel  fait  dans  le  jour  & avant  le 
Couper,  iorlqu’il  s’agilfoit  de  gens  fobres  , de 
philofophes  tels  que  Platon , ou  de  perfonnes  opu- 
lentes qui  ne  faifoient  aucun  travail  fatiguant, 
Uacratifme  , qui  étoit  alors  appelé  âf/s-cv  ( Voyei 
ces  mots  ) ou  le  déjeuner , leur  fuinroit  pour  fe 
foutenir  jufqu’au  fouper. 

J1  n’en  étoit  pas  de  memsan  Grèce  des  foldats. 


D I N 

des  ouvriers,  des  hommes  de  peine,  &c.  Les  fati- 
gues qu’ils  éprouvoient  dans  l’exercice  des  arts 
mécaniques,  les  obligeoient  à prendre  de  la  nour- 
riture trois  fois  par  jour.  Athénée  ( lib.  i.  c.  9 
10.  ) le  dit  expreffément.  Pour  le  prouver,  il  cite 
des  vers  d’Homère  & d’Efcbyle  ^ qui  font  mention 
pour  les  foldats  du  déjeûné,  du  dîné  & du  foupé, 
Aj.'css,  éebrva  , ê'éfTta  d''  aipne-ai  splra  ; j’ai  réglé  pout 
les  foldats  & les  chefs  que  j’ai  établis,  dit  Pala- 
mède  ( dans  ce  vers  d’Efchyle  cité  par  Athénée  ) 
trois  repas  par  jour.  Athénée  ajoute  que  le  dîné  fé 
faifoJt  vers  le  milieu  du  jour  : S'iiuve)/  ^ 

û apiçûv  ; & que  lui  & fes  convives  l’appeioient 
du  même  nom  que  les  déjeuners  : c’étoit  fans  doute 
parce  qu’il  en  tenoit  lieu  aux  gens  fobres  ou 
opulens. 

La  furprife  de  Platon , rappoîtée  au  commen- 
cement de  cet  article,  annonce  que  les  Romains 
faifoient  à fon  arrivée  en  Italie  deux  forts  repas. 
Celui  du  foir  s’appeloit  cxna  , le  foupé  , & l’au- 
tre prandium  ou  le  dîné.  Le  dîné  tenoit  lieu  de 
déjeûné  aux  gens  fobres  ou  opulens.  Sénèque  dit 
précifément  que  le  lien  confîftoir  en  pain  & en 
figues  de  l’efpèce  appelée  carîcA  ( Epifi.  84  & 87.  ), 
Auifi  ajoute-t  il  qu’il  le  prenoit  fans  table  , fine 
menfia  prandium  , & qu’il  ne  quittoit  même  pas 
alors  fes  tablettes,  nufiquam  fine  pugillarihus.  Ho- 
race dit  d’un  femblable  dîné  ( Sat.  16.)  : 

Pranfius  non  avide,  quantum  inîerpellet  inani 

Ventre  item  dur  are.  

Ceux  des  Romains  qui  éteient  adonnés  auxplai- 
firs  de  la  table,  & qui  vivoient  dans  la  molleffe, 
faifoient  autant  de  dépenfes  & d’apprêts  pour  le 
ûz.vé  que  pour  le  foupé.  . Tels  étoient  ces  Saîiens 
dont  Claude,  rendant  la  juûice  dans  le  fiorum  d’Au- 
gufte  , fentit  le  dîné  ( Suet.  c.  \X.)  ictus  niaore 
prandii , qu’il  alla  fur  le  champ  partager  fans  ache- 
ver l’audience.  Tel  étoit  l’odieux  Verrès , donc 
Cicéron  peint  £ vivement  les  excès  en  tout  genre 
( Verr.  1.  I9.  ).  Quid  ego  ifiius  prandia  , és  cœnas 
commemorem  ? 

Alexandre-Sévcre  ( Lamprid.  c.  30.  ) n’obfervoit 
rien  de  fixe  pour  fes  repas.  Souvent  au  fortir  du 
bain  il  buvoit  du  lait , du  vin  doux  , mangeoit  du 
pain  & des  œufs  ; ce  déjeuné  ne  l’empêchoir  pas 
de  dîner  : jétque  kis  refietius  aliquanfido  prandium 
inibat , aliquando  cibum  ufique  ad  cænam  differebat  : 
fouvenr  aufli  il  ne  prenoit  aucune  nourriture  de 
toute  la  journée  jufqu’au  foupé. 

Midi,  ouïe  commencement  de  la  vu'  heure, 
étoit  l’heure  du  dîné  au  temps  des  Empereurs. 
Suétone  le  dit,  en  parlant  de  Caligula  ( c.  58.  n.  i.  ) 
JSono  Kaî.  Februarii  horâ  quafi  fiepiimâ  , cunUatus 
an  ad  prandium  furgeret , marceficente  adkuc  fioma- 

cho  pridiani  cibi  onere.  L’Empereur  Claude  avoir 
un  goût  fi  effréné  pour  les  combats  du  cirque, 
qu’il  y accouroit  dès  la  pointe  du  jour  , & qu’d  7 
prenoit  même  fon  repas  à midi , brfqu’on 


D I O 

foyoit  Jes  fpedtateurs  pour  leur  donner  le  temps 
^ 34'  }-  Bejiiunis  meridianifque 

adeù  deleciaüatar , <2  prima  luce  ad  fpe^aculum 

defcsnaeret , b meridù  dimijfo  ad  prandium  populo 
perjederet. 


pue  portoit  Cérèslorlou’elie  résnoit 
en  SiciJe.  " 

DIOBOLE  J monnoie  grecque  , valant  deux 
oboles.  Voyei  Obole. 

Galilécj  jadis  Sepphoris. 

^Pellerin  a reftitué  à cette  ville  une  médaille  im- 
periale  grecque  d'Antonin  , que  Vaillant  avoir  at- 
wibaee  a la  Diocéfarée  de  Cappadoce.  Celle  de 
Galiiee  en  avoir  fait  frapper  auSl  en  rhonneur 
d Antonin  , de  Caracalla. 

Cappadoce.  AiorAi- 

^ frapper  une  médaille  impé- 
nale  grecque  en  1 honneur  d^Anfonin,  félon  Vail- 

clilé?^’^  fa  reÜituée  à l^  DiocéfarU  de 

Diocésaree^  en  Cilicie.  Aiokaicapecn. 

»;il  f ^ médaillé  impériale  grecque  de  cette 
Ville  frappée  en  fhonneur  de  Philippe  fils. 

Diocesarée,  en  Phrygie.  Aiokaicapeiqn 
Vaillant  lui  attribué  des  médailles  impérial-s 
iS!"'  fhonneur  de  Commide,  de 

DIOCÈSE.  Le  mot  iloclfe  efi  grec,  & il  figni- 
fioit  autrefois  un  gouvernement , ou  préfeélure 
compofee  de  plulîeurs  provinces. 

TI  n qui  divifa  l’empire  en  DJacèfes 

en  quatre,  qui  furent  le  Àd- 
f d Irahe  le  Dwd/e  d’Illyrie  , celui  d’Orient 
& celui  _d  Afrique.  Cependant  long^temps  avam 
Conftantin,  Strabon  qui  écrivoit  fous 

AL}rVlf''  Romains  avoient 

d vife  I Alîe  en  Diocifes  ; & il  fe  pLint  de  h con 

fufion  que  cela  mettoit  dansia  géographie  na?ce 
qu  ils^ne  divifoient  point  l’Afie  parpeu^ples'  ^mais 
par  Biocef.s,  dans  chacun  defquels  il  v avoir  un 
tribunal  particulier  oui  on  rendoit  la  jufïice  Conf 
gntin  fut  donc  feulement  l’inftituteur  de  cesgSid^' 
Diocef  s qui  comprenoient  plufieurs  métrfpolï 
&.  plufieurs  gouvernemensj  audieu  que  Jes  D/oI 
cefes  ne  comprenoient  auparavant  qu  une  iurif 
diâion  , un  didna,  ou  le  pays  qui  relTonUo  à 

prit  d-abord  plufcuri  '& f”' 

m Dioàfi  comprit  plolieura  pro.inccï Le  Pr“”t 

Pitfeâures.  il  y en  ayoit  même  a y , f.  ro'“f"p“' 


D I O 

Home  5e  les  villes  fuburBicaires.  Ces 
Aiv  x.'roceyfj  contenoient  1 20  provinces.  Chaou^ 
province  avoir  un  Proconfiil  qui  demeuroit  dans 
Ja  capitale  ou  métropole , & chaque  DîoeeCe  un 
V icaire  de  l’Empire , qui  rélîdoit  dans  la  princi- 
pale ville  de  fon  diilricl.  ^ 

l'^êtes  établies  à Mégare  par  Al- 
ca..hous  fils  de  Pelops,  en  l’honneur  de  Dhcl'es , 
Koi  de  Megare  félon  le  Scholiafte  de  Pindare 

L k mn/  en  eîi  fait  mention 

dans  Ineocrite  ( Idyl.  iz.  v.  27.  ) Ce  ooè'e  • 

r£u  Di  Mégariens  de  ce  qu’ils  ont 

reçu  Diodes  avec  plus  d honneur  que  les  autres 
^ rangers,  ajoure  qu’au  commencement  du  prin- 
temps, de  jeunes  garçons  fe  difpuroienr  la  vidoire 
d^ns  le  combat  du  baifer,  auprès  de  fôn  tombeau. 
Ln  ancien  Scholiafte  de  Théocrite  nous  apprend 
1 origine  de  cet  ufage,  en  difant  que  ee  Dioc/ès 

enfd  jeunes  garçons,  s’étanc 

eniui  d Abhenes  pour  fe  retirer  à Mégare  ^ fit  des 
merveiJes  dans  un  certain  combat  j & ou  encou- 
rant de  fon  bouclier  un  de  fes  favoris  , il  le 
lauva , en  perdant  lui-même  la  vie  5 que  les  Mé- 
garips  lui  firent  des  funérailles  magnifiques,  l’ho- 
norerent  comme  un  héros  , & infiituèrent  en  fon 
honneur  un  combat  où  étoient  admis  les  plus 
beaux  garçons  pour  difpiiter  le  prix  du  baifer  Le 
çrix  csnfiltoit  en  uùe 'couronne  que  l’on  donnoic 
a celui  qui  favoit  donner  de  meilleure  grâce  Je 
pms  doux  baifer.  ».  ( Extrait  du  DiM.  de  Trévoux, 
edit.  de  1771.  ). 

DIOCLÉTIEN.  Caius  Vazxkiüs  Dioclz- 

TtASUS  AuGUSTUS. 

Ses  médailles  font  : 

HR.  en  or. 

Celles  qui  ont  feS  Confulats  font  plus  rares  j oa 
es  trouve  jufqu’au  feptième  : ii  y a en  outre  nom 
Dre  de  revers  très- rares. 

R RRR.  en  médaillon  d’or.  Il  eft  au  cabinet  du 

H n argent.  Il  y a des  revers  RR. 
fiR-  en  iTiedaiilons  de  bronze, 

peif  ra"es^‘  ^ font  un 

RR.  en  hL  B.  ou  petits  médaillons  d’Ésypte. 

C,  en  P,  B.  LuZti’â.  &■  d^£]^ypce. 

DIOCLETIEN  ou  DES  MARTYRS. 

« 7 élévation  de  Dioclétien  à l’emoire  ne  fut 
pas  feulement  l’époque  de  la  réforme  que  ij 
Alexandrins  firent  ( comme  nous  le  difons  “à 

1 article  de  i’Er£  ecc!éfiaftiqued’^/^,va-^^«V.  royer 

_ e «e  fut  encore  d une  Ere  nouvelle  qu’ils  ima- 
ginerent , & a laquelle  ils  donnèrent  le  nom  de 
ce  Prince.  Celle-ci  changea  dans  la  faire  de  dé- 
nomination,^ & fut  appelée  l’T.e  d.. 
afin  de  perpétuer  le  fouvenir  de  la  cruelle  oerfé- 
cutipn  que  Diçdétisn  excita  coatjre  les  chrétiens. 


3^1  D î O 

Pour  bien  entendre  cette  période  & la  faire 
cadrer  parfaitement  avec  notre  -Ere  1 incar- 
nation , il  faut  favoir  quelle  étoit  la  ditrerence  du 
calendrier  égvpt:en  & du  notre  ”• 

cc  4var'-  la  réformation  du  caiendner,romain , 
faire  par  Jules -Céfar.  rapnée  des  Egyptiens 
droit  compolee  de  douze  mois  ^ cSacun  de  trente 
70”rs  à la  fin  defqueis  on  ajoutoit  cinq  jours, 
nommés,  par  cette  raifon , Epagomenes , pour 
faire  le  nombre  de  trois  cent  foixante-cinq.  Mais 
comme  il  reftoit  sa  bout  de  chaque  année  mviron 
üx  heures  qu’on  néÿigeoit,  il  arrivoit  de-là  que 
tous  les  quatre  ans  chaque  mois  rétrogradoit  d un 
jour , de  manière  que  dans  i’efpace  de  quatope 
cent-foixante  ans , après  avoir  parcouru  pun 
après  l’autre  toutes  les  faifons  , ils  fe  ïetfouvoient 
au  même  point  où  ils  étoient  au  commencement  , 
avec  la  différence  d’une  année  endere  fur  le  total. 
Le  remède  que  les  Aftronornès  d’ Alexandrie  ima- 
sînèrent  à cet  inconvénient , fut  d’ajouter  tous 
Tes  quatre  ans  un  lîxième  Epagomène,  comme 
Jules-Céfar  avoir  ajouté  dans  le  mêm.e  intervalle 
un  vingt-neuvième  jour  su  mois  de  Février.  Par 
ce  moyen  , il  rendirent  leur  année  fixe  , de  vague 
quelle  éroit , & lui  donnèrent  toute  la  confif- 
tance  & la  régularité  de  l’année  Julienne.  Le  29 
du  mois  d’Août  de  celle-ci , fut  le  terme  auquel  ils 


D I O 

firent  répondre  le  premier  jour  de  leur  année 
commune,  & le  jour  fuivant  commença  leur 
annee  intercalaire.  Sur  quoi  il  eft  à remarquer, 
d’aurès  le  P.  Pstau  , que  cette  apiée  intercalaire 
ne 'concourt  pas  avec  i’année_  biiTextile  des  ro- 
mains , mais  la  précède  immédiatement.  » 

( Cette  réforme  ne  fut  point  parfaite  ûu  premier 
coup  Tmais  elle  fuivit  les  irrégularités  du  calendrier 
Julien  , iufqu’à  i’an  749  de  Rome  , cinq  ans  après 
la  réforme  qu’Augurte  fit  de  ce  calendrier,  Sc 
cinq  ans  avant  ÏEre  de  J.  C.  ) 7. 

cc  C’eft  fur  ce  calendrier  amù  reforme  , que 
pofe  YEre  de  Dioclétien  , dont  le  commencement 


nation  de  l’Ere  des  Mntyrs  Quelle  porte  aufli, 
femb’eroit  devoir  la  faire  reculer  jufqu’en  303  , 
époque  de  l’édit  fanglant  que  cet  Empereur 
donna  contre  les  chrétiens.  Cependant  lufage 
contraire  a prévalu  jufqu’à  nos  jours , ou  l’on 
voit  encore  cette  période  ufitee  parmi  les  Cophtes 
Sc  ies  Ethiopiens.  En  la  fubiHtuant  dans  noLte 
Taè/e  Chronologique  à YEre  d’Alexandrie, 
nous  avons  eu  foin  d’en  marquer  ies^  années 
intercalaires  d’un  allérifque,  pour  empecher  de 
les  confondre  avec  celles  du  calendrier  Ra- 
main  ». 


Taéle  qui  repréfente  la - eorrefpondance  du.  Calendrier  Egyptien  & du  nôtre  , avec  les  noms 

que  Us  Égyptiens  & les  Éthiopiens  donnent  refpeaivement  à leurs  mois. 




Mois  Romains. 


Aoùr 

Seprembre 

Ctiobre 

HoT£îX:bî'e 

Décembre 

Janvier 

Février 

Xfers 

Avril 

Mai 

Juin 

Juillet 

Août 


19. 

z8 

28 

27 

27 

tâ 

î7 

26 

26 

^5 

15 

^4 

îS 

2S 

27 

28 


jour  ' 

jour 

jour 

jour 

jour 

jour 

jour 

jour 

jour 

jour 

jour 

jour 

jour 

jour 

joar 

jour 

jour 

jour 


MoU  Égyptiens. 


Thoth. 

Paophi. 

Atir/r. 

Choéac  eu  Cohiac. 
Tybi. 

Méchir  , ou  Machir. 

Phaménoth. 

Pharmouci. 

Pachon, 

Payoi. 

Epiphi. 

Méfori. 

Epagomeacj, 


Intercalaire, 


Mois  Éthiopiens. 


Somme  réfultante 
à la  fin 
de  chaque  mots. 


Mafcaran. 

TîVmitb. 

Hadar. 

Tacfam. 

Tir. 

Jacatith. 

Magabith, 

Miazia. 

Gimbotb. 

Sene. 

Hamlt. 

Habafe. 


L’aanée  qui  luk  l’intercalaire  commence  an  39  Août.  Mais  comme  elle  concourt  avec  une 
nnée  bûTexdle  Romaine,  elle  finit  le  18  Août  fuivant , & edie  d’après  recommence  le  ip. 


S?i 


Dans  notre  Table  Chb.onqlogique  nous 
faifons  correfpondre  la  première  année  de  l’Ére  des 
Martyrs  à l’an  28)  de  j.  C.,  mais  en  la  coinmen-! 
çant  au  29  Août  de  l’année  précédente.  Les  Éthio- 
piens nomment  les  années  de  l’Ere  des  Martjrrs  , 
les  années  de  grâce.  Ils  ne  comptent  pas  néanmoins. 


par  une  fuite  continue , depuis  l’an  284  de  J.  Ç.  î 
mais  ils  fe  fervent  d’une  période  de  33^,  ^”.^3 
fin  de  laquelle  ils  recommencent  par  l’unité,  fs 
fuivent  auffi  , pour  l’Ère  Mondaine,  le  qalcul  de 
Jules  Africain  , & anticipent  fur  nous  l’Ere  Chré- 
tienne de  8 ans.  {^Ludolphe , /.  3 , çA.  6>  §•  97  J 
^L‘ Art  de  I^érifer  Us  Dates.  J 


O 

DIODAX.  l^oyei  Desakcs. 

DIODOTÜS , Roi  àe  la  Ba-ilriane.  Aïo,  âiot. 

Ses  médailles  font  : 

RRRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

DIOGÈMES.  Le  Comte  de  Cayliis  a publié 
dans  fori  \ P.  Recueil  d’antiquités  (P/.  43.  n. 
■2- ) s lin  monument  repréfentant  D iogines  àa.ns 
fon  tonneau.  Voici  les  obfervations  dontil  Ta  ac- 
compagné. « Le  Père  Pauciauni  fait  deux  réfiex'.ons 
fur  cette  gravure-  Il  y a quelques  années  qu’il  seit 
elevé  une  difpute  affez  vive  entre  deux  hommes 
de  lettres  d’Allemagne  ( Aéi.  Philofo.  vol.  il)  , 
au  fujet  de  l’habitation  de  Diogene.  Chriilian  Au- 
gufte  Heumaanus  a prétendu  d’après  Bayle  j 
que_  Diogène  habitoit  une  petite  raaifon  , con- 
Bruite  de  terre , & des  plus  pauvres  , & que 
tout  ce  que  l’on  difoit  de  fon  tonneau  étoit  une 
fable,  ou  une  allulîon  inventée  par  les  écrivains 
poftérieurs  à ce  philofophe.  Jacques  Hareus  a 
réfuté  cette  opinion  dans  un  petit  ouvrage  ( De 
ioUari  habitstione  Diogenis  Cynici , inféré  dans 
fon  PoÉciLî,  tom.  I.  liv.  & a démontré 

qu’Heumannus  , niant  le  tonneau  de  Diogin  e, 
attaquoit  les  palTages  les  plus  clairs  & les  plus 
formels  de  tous  les  auteurs,  & détruifoit  toute 
la  tradition  de  l’antiquité.  Le  Père  Pacciaudi, 
fuîvant  l’opinion  la  plus  commune  & la  plus  fen- 
fee  , examine  de  quelle  matière  pouvoir  être  ce 
tonneau. 

“ Tous  les  monumens , comme  les  bas-reliefs 
rapportes  par  Spon  (Mifiell.  érudit,  antiquit.  feB. 
av.  ) , les  pierres  gravées  publiées  par  le  marquis 
Walfei  j celle  de  Leonardo  AgoRini  ( Imag.  illuft. 
viror.part.  il.'),  expliquées  parle  Beilori,  repré- 
fentent  Diogène  dans  un  tonneau  , mais  liffe  & 
fans  aucune  apparence  de  cercles } on  peut  croire 
par  exemple  , qu’il  habitoit  dans  un  yafe  de  terre. 

lîngulier  qu’aucun  auteur  n’eût  indiqué  la 
fliftérence  de  fa  fabrique  , s’il  y en  avoir  eu.  De 
Boze_  a rapporté  une  médaille  happée  par  les  Co- 
rinthiens ( Mémoires  de  l’Académie  des  Belles- 
Lettres tom.  XIX.  pag.  476.  ),  en  l’honneur  de 
Lucius  V erus,  au  revers  de  laquelle  on  voit  Diogène 
affis  fur  le  tonneau  ; mais  il  ell  repréfenté  d’une  ma- 
nière qui  ne  met  à portée,  ni  de  décider,  ni 
de  prononcer  fut  la  matière  dont  ce  tonneau  étoit 
compofé.  Le  fentinent  le  plus  général  ell  donc 
qu’il  étoit  de  terri  cuite.  Une  difficulté  que  l’on 
peut  oppofer  a cena  opinion,  & qui  paroït  capi- 
tale , conlîfte  a concevoir  comment  Diogène  pou- 
Toit  haoitet  & fe  retourner  dans  ce  vafe  fans  le 
rompre,  principalement  en  le  conduifantiufqii’au 
temple,  comme  il  le  faifoit,  pour  mendier  ( V^oyeir 
Saint- Jerome, zonrzÆ  Jovaninnum , lib.  //.)  ; d’ail- 
leurs comment  concilier  la  fragilité  de  cette  urne 
récit  de  Lucien  ( Comment  il  faut  écrire 
i hiûoire  ) , qui  dit  que  Diogene,  pour  fe  moquçr 


D I O 

des  préparatifs  que  l’on  faifoit  à Conr^he  pour 
la  guerre  contre  Philippe , roula  fon  tonneau 
jufquau  haut  d’une  colline,  pour  le  laiflèr  tom- 
ber dans  le  fond.  Le  Père  Pacciaudi  lève  ces 
difficultés  par  les  raifons  fuivantes  : les  Grecs  dans 
le  temps  de  Diogène,  ne  pavoient  point  encore 
leurs  rues  5 ce  font  les  Romains  qui  ont  porté  cet 
ufage  dans  la  Grèce.  Voyez  à ce  fujet  Ifidore  ( Lib. 
X V.  Originum.  cap.  ult.  ) : par  conféquent  le  vafe 
étoit  moins  en  danger  de  fe  rompre  j en  fécond 
lieu , la  difficulté  ell  abfolument  levée  par  un 
pafTage  de  Juvenal  ( Satyre  xir.  vers  308.  ). 

Dolia  nudi 

Non  ardent  Cynici  ; Jî  fregeris  , altéra  fiet 
Cras  domus , auî  eadem  plumbo  ccmmijfa. 
nehit. 

Senfit  Alexander  tejta  cum  vidit  in  il  U 
Magnum  kabitatorem. 

» Voilà  donc  deux  moyens  donnés  par  le 
poète , pour  réparer  les  malheurs  qui  pouvoient 
arriver  à l’habitation  du  philofophe  , celui  d’eiï 
avoir  une  nouvelle  5 ce  qui  n’étoit  pas  difficile  j 
ou  celui  de  rejoindre  les  calïlires  ds  l’ancienne 
avec  du  plomb.  En  effet,  Diogène  Laëcre  rap- 
porte dans  la  vie  du  Cynique,  qu’un  jeune  homme 
vif  & emporté  ayant  rompu  le  tonneau  du  phi- 
lofophe, les  Athéniens  le  firent  raccommoder. 
Ce  fait  ell  d’autant  plus  facile  à croire,  que  la 
manière  de  rejoindre  les  morceaux  de  terre  cuire 
étoit  connue  de  tous  les  Grecs  & de  tous  les 
anciens.  Pour  achever  de  convaincre  de  la  poffl- 
bilité  de  ces  faits , je  renvoie  le  leéleur  à l’exa- 
men du  vafe  de  terre  rapporté  dans  ces  recueils 
( Tom.  ly.  Planche  lviii.  nP . iii.  } t il  verra  par 
le  volume,  lapoffibilité  de  contenir  un  homme, 
ainlî  que  celle  de  la  réfiilance , dans  un  vafe 
trouvé  dans  la  grande  Grèce  j d’ailleurs  il  n’jft 
pas  difficile  de  lui  fuppofer  une"  forme  di&é- 
rente.  » 

« On  peut  donc  conclure  que  Diogène  habitoit 
un  vafe  de  terre,  auquel  il  a été  plus  commode 
de  donner  le  nom  de  tonneau , dont  l’ufage  ell: 
plus  général  en  Europe , & le  nom  plus  fami- 
lier. 

Cette  conjeélure  du  favant  Pacciaudi  a été 
réalifée  par  la  découverte  d’un  bas-relief  de  la; 
villa  Albani , publié  & explique  dans  les  monu- 
menti  inediti  de  Winckelmann  ( n'’.  174.).  On 
y voit  Diogène  dans  fon  tonneau,  fur  lequel  eic 
an  chien , parlant  à Alexandre.  Ce  tonneau  dt 
évidemment  un  grand  vafe  de  terre  rond  Se 
rompu.  La  fraclure  eil  raccommodée  avec  deux 
morceaux  de  plomb  taillé  en  queue  d'aronde.  Ü14 
jeune  Athénien  ayant  fêlé  le  tonneau  de  Diogène ^ 
fut  réprimandé  publiquemest.  Ce  bas-relief  eft 
donc  parfaitement  conforme  à i’hiffoire.  Ce  plomb 
qili  réî^blit  ies  gradés  vsfes  de  îeiîe  , dl 


3S4  DÎO 

anîTi  conforme  aux  ufages  des  anciens.  On  trouve 
parmi  les  antiquités  , que  le  cardinal  Albani  avcit 
tiir  tirer  de  l'ancienne  AntLim  , piuiieurs  grarids 
tonneaux  de  terre  cuite  qui  font  raccommodes 
avec  du  plomb.  En  1762  on  en  déterra  un  fem- 
blable  à Sene , canton  près  duquel  fe  recueilloit 
le  Tameux  vin  de  Cécube.  Le  plomb  qui  en  rac- 
commodoit  les  fractures  étoit  en  £ grande  quan- 
tité / qu’il  y en  avoir  au  moins  quinze  livres  Ro- 
maines. ' , . J 

■ On  donne  fans  beaucoup  üe  raiion  le  noin  de 

Diogènes  à plufieurs  huiles  antiques  , dit  Winc- 
kelmann  (_  Pierres  de  Scofck  , v.  ^ le  feul 

caraélère  qui  les  diitingue , eit  la  poitrine  nuw, 
avec  une  légère  drapperie  jetée  fur  l’épauie  gau- 
che. Oh  n’en  connoit  cependant  aqcun  ^veç  le 
nom  de  Diogènes.  En  général  on  lui_  attribue  les 
pierres  gravées  fur  lefc^uelles  on  voit  un  homme 
prefque  nud  ^ ayant  une  beface  ^ un  bâton , ou 
un  chien  près  de  lui.  Elles  font  en  affez  grand 
nombre. 

DIOMÈDE,  Roi  des  Thraces  Biftons  , fils  de 
?dars  & de  Cyrène , avoir  des  cnevaux  furieux , 
qui  vomiiToient  le  feu  par  la  bouche  ; Diomede 
lesnourriflbit,  dit-on,  de  chair  humaine  & leur 
connoit  à dévorer  tous  les  étrangers  qui  avoient 
le  malheur' de  tomber  entre  fes  mains.  Hercule, 
par  ordre  d’Euriilhee , prit  Diomede , qu  il  fit  dé- 
vorer pat  fes  propres  chevaux  5 il  les  amena  enfuite 
à Eurillhée , & les  lâcha  fur  le  mont  Olympe , 
où  ils  furent  dévorés  par  les  bêtes  fauvages.  V^oye^ 
Aedère. 

On  voit  la  punition  de  Diomede  fur  une  pierre 
gravée  de  Stofeh,  publiée  par  Winckeim^nn  (n'^. 
68.  ) , dans  fès  monumenti  inediti. 

Diomède  , fils  de  Tydée , & petit-fils  d Oénee, 
Roi  de  Calydon , fut  élevé  à l’ecole  du  célèbre 
Chiron  , avec  tous  les  héros  de  la  Grèce , Her- 
cule , Théfée,  Caftor&  Pollux,  Achille,  Hedor, 
&c.  Il  eut  pour  femme  Egialée,  fille  djAdrafle  j & 
comme  Diomède  avoir  pour  mère  Deiphyle,  fille 
d’Adrafte,  fa  femme  étoit  fa  tante',  & il_  devint 
gendre  de  fon  aïeul.  11  commanda  les  Argiens  au 
fiége  de  Troye  , & s’y  diftingua  par  mille  belles 
aflions.  Il  combattit  contre  F.nee  avec  tant  da- 
vantage , que  Vénus  fut  obligée , dit  Homère , 
de  couvrir  fon  fils  d’un  nuage , pour  le  dérober  a 
fes  coups  ; Diomède  s’en  étant  apperçu , ofa  atta- 
quer la  DéelTe  elle- même,  qu'il  bleSa  a la  main. 
Dans  une  autre  rencontre , il  ne  craignit  pas  même 
de  fe  mefurer  avec  Mars;  il  blefia  dangereufenaent 
avec  fa  lance  le  Dieu , à qui  la  dcuîéur  fit  jeter 
Vn  cri  épouvantable.  Poyet;^  Mars.' 

Ce  fut  Diomède  qui  entra  de  nuit  avec  Ulyffe 
dans  la  citadelle  de  Troye , & enleva  le  Palladium 
qui  faifoit  toute  la  firetc  des  Trovens.  Il  avoit 
enlevé  auparavant  les  flèches  d’Hercule,  de  i’ifle 
de  Lemnos  , n’ayant  pu  emmener  Philosflète  qui 
étoit  le  pofTeiTeuj.  Aij  retour  de  la  guerre 


D ï O 

de  Troye , ayant  appris  que  V énus  s’étoit  vengée 
par  l’infidélité  d’Egialée,  fa  femme  , de  l’injure 
quelle  avoir  reçue  de  lui  devant  Troye,  il  ne 
voulut  pas  revoir  fa  patrie  , & alla  chercher  un 
établiffement  en  Italie,  où  il  fonda,  dit-on,  les 
villes  d'.'^rpi  & de  Bénévent.  Strabon  dit  qu’a- 
près  fa  mort  , il  fut  regardé  comme  un  Dieu 
dans  ce  pays , & qu’il  eut  un  temple  & un  bois 
facré  fur  les  bords  du  Timave.  Quant  à la  fable 
de  fes  compagnons  , H” Lgialee  , Oiseaux 
de  Diomede.  _ 

On  v-oit  fes  quatre  principales  aaions  fculptées 
fur  un  tombeau  étrufque  de  Gori  ( Infer.  Etrur. 
t.  3.  p/.  39-  )•  D’abord  il  retourne  du  combat, 
blefe  & porté  fur  un  char  : en  fuite  il  reçoit 
les  flèches  de  Philoélète  ; fur  un  côté  il  ' eft 
affis  tenant  le  Palladium  , &:  fur  l’autre  enfin  , 
un  efclave  lave  la  plaie  de  fa  jambe. 

Diomède  eft  toujours  rcconnoifîable  fur  les 
mooumens  , à fa  beaute  & à fa  jeunelie  ; il 
étoit,  après  Achille,  le  plus  jeune  des  chefs  de 
l’armée  Grecque  {,lliad.  H.  112.  ).  Les  artifles 
fe  font  plus  à le  repréfenter  à l’époque  ou  li 
e.nleva  le  Palladium.  Il  y a plus  de  cent  pierres 
gravées  qui  offrent  ce  fujet. 

On  le  reconnoit  aufli  à fon  bouclier  , qui 
ell  toujours  rond  comme  ceux  des  Argiens  fes 
fujers.  D’ailleurs  ce  héros  portoit  ordinairernentun 
cafqiie  conique  & garni  quelque  fois  de  joues, 
apnelé  oblon^a,  Homere  le  dit 

A.‘  V.  25-3.  ). 

Diomède  , fut  aufll  le  premier  nom  de  Jafon. 
Voye:^  Jason. 

Le  grand  étymologifte  & Eufta- 

AiOiVîïliA-  J 

the  ( in  îliad.  A.)  appellent  de  ce  nom,  des 
fêtes  inftituées  en  l’honneur  de  Jupiter-D/omcuj;, 
ou  de  Diomus  , héros  .Athénien  , fils  de  Colyttus, 
de  qui  les  Dioméens , habitans  d’un  bourg  a® 
l’Attique,  avoient  pris  leur  nom. 

DIOMüS.  Voyei  CynosARGès, 

\ Nom  Macédonien  du  mois  d^nS 
AiüN.  } 

lequel  arrivoic  l’équinoxe  d’Automne. 

DIONÉ,  Fille  de  l’Océan,  félon  Héfiode  [péog, 
V.  357.),  & de  Thétis;  félon  Homèrç  ( dans 
fon  hymne  de  Vénus  ) de  Saturne  & de  Cy  e 
étoit  tante  de  Jupiter.  Son  neveu  la  rendit  mer 
de  la  belle  V énus , furnommée  Dionée  , a eau 
de  fa  mère  : c’eft  Homère  qui  rapporte  ce  lam  ^3, 
fable  qui  fait  naître  Vénus  de  lecume  de  la 
n’eil  donc  pas  aufli  ancienne  que  ce  poece , ^ 
elle  n’a  été  imaginéç  que  par  çeux  qui  font  ven 
après  lui. 

DIONÉE  ef:  la  Vénus , femme  de 
& l’obje:  des  amours  de  Mars  ; elle  étoit 

DIQNYSiAqUES  i 


D I O 

DIONYSIAQUES  J ou  Dionysies,  fêtes 
célébrées  dans  toute  ia  Grèce fur -tout  à 
Arhenes  , en  Thonneur  de  Bacchus,  furnommé 
Dionyfus  Elles  fe  divifoient  en  grandes  Sr  petites 
Dionyjiaques  ; il  y avoir  les  anciennes  & les  nou- 
velles, les  Nyêtélies,  & plufieurs  autres.  On  y 
voyoït  des  hommes  travellis  en  lîlènes  , en  pans. 
& en  fatyres  ; on  y portoit  des  phallus  attachés 
a des  perches.  Chacune  des  Dionyjlcques  avoir 
des  fingularités  qui  la  diftinguoient  ; mais  dans 
toutes  regnoient  la  licence  & la  débauche.  Voyei^ 
Bacchanales , Liberales,  Nyctélies. 

DIONYSIUS.^ 

aiontsos.  > C’eft  un  des  noms  que  les 
üiON'Ysus.  J Grecs  donnoient  à Bacchus  , 
pour  faire  alluflon  au  Dieu  qui  étoit  fonpère, 
& au  mont  Nyfa,  où  il  avoir  été  nourri.  Diodore 
parle  d un  Bacchus  a deux  têtes  , ou  à deux  for- 
mes  ,.  comme  on^  repréfente  Janus  & Cécrops  5 
il^  fe  auflî  plufieurs  monumens  où  deux 

tetes  adofiees  repréientent , Tune  Bacchus  barbu, 
ce  1 autre  Bacchus  fans  barbe. 

Dionysius,  efi:  auffi  le  nom  d’un  des  trois 
Anaces , fils  de  Jupiter,  f^oye^  Anaces. 

V , tyran  de  Tripolis,  en  Syrie. 

I ...  J aobe  le  Blond  a publié  une  médaille  de 
bronze  de  cet  ufurpateur. 

DIONYSOPOLIS,  dans  la  Thrace.  Aiony- 

SOnOAEITQN. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
naies  grecques  en  l’honneur  de  Sevère,  de  Domna, 
d Alex.  Severe , de  Gordien. 

Dionysopolis,  dans  la  Phrygie.  AroNïS. 

M.  Neumann  a publié  une  médaille  de  broaze 
autonome  frappee  en  cette  ville. 

a quelques  médaillés  impériales  arecoues 
de  cette  ville,  félon  le  P.  Hardouin.  ^ 

DîOPl  flûte -dont  il  efi  fait  mention  dans 
Athenee.  Dalechamp  prétend  avec  affez  de  vrai- 
femblance , dans  fes  remarques  fur  cet  auteur 
que  la  flûte  appelîee  diopi  etoit  ainfi  nommée  parce 
qu  eile  n’avoit  que  deux  trous  j ce  qui  devoir  four- 
nir une  mélodie  très- bornée. 

DIORPHUS.  27^^  Mithras. 

^ Aios  BOYZ , fêtes  des  Miléfiens,  ainfi  nommées 
QU  bœuf  que  1 on  immoloit  à Jupiter  pendant 
leur  célébration  ( Hejychius  ).  ■ 

DIOSCLRES.  Caftor  & Pollux  éroient  fur- 
nommes  Dz^cures , A,»^  qui  lignifie  fils  de 

Jupiter  ; & Tyndzutdes  parce  que  Léda,  leur  mère, 
etoit  femme  de  Tyndare,  roi  de  Sparte.  Jupiter 
étant  devenu  amoureux  de  Léda  , fe  changea  en 
Anaquites  , Tome  II, 


D I O 

I Ev’gne,  fe  fit  pourfuivre  parVénus  , déguifée  en  ai- 
I gie  , & fe  réfugia  dans  le  feîn  de  la  reine.  Lffrayée 
d abord  , elle  fe  laiflTa  charmer  enfuite  par  les 
accens  mélodieux  de  cet  oifeau  ; eile  en  conçut 
deux  œpfs  ; de  l’un  fornrent  Pollux  & Hélène  j 
Sc  de  1 autre  , Caitor  & Clytemneltre.  Les  deux 
premiers  furent  regardés  comme  fils  de  Jupiter?' 
& les  deux  autres  reconnurent  lyndare  peur  leur 
per^j^de  là  vint  que  Cafior  eut  le  don  derim- 
mortaiité,  dont^ Pollux  fut  privé.  ( Sur  cette 
na.lTance  finguiière  , voyei  Helène  ).  Iis  furent 
cependant  tous  nommes  Tynàandts  . du  nom  du 
niaii  de  leur  mere.  On  les  appelle  aufiî  quelque-' 
rois  les  Callors , Cajiores ^ du  nom  du  premier. 
Dès  qu’ils  furent  nés.  Mercure  les  apporta  à 
Pailène,  pour  y être  nourris  &;  élevés,  lis  allè- 
rent tous  deux  à la  conquête  de  la  Toifon  d’or  ; 
éc  ce  fut  dans  çette  expédition  qu’ils  fe  difiin- 
guerent  principalement.  Au  retour  de  ce  voyage  , 
iis  s attachèrent  à donner  la  chafie  aux  corfaires 
qui  infeftoient  l’Archipel  : ce  qui  les  fit  paffer 
apres  leur  mort  pour  des  divinités  favorables  aux 
Nautoniers.  On  dit  que,  dans  une  tempête,  on 
Vît  deux  feux  voltiger  autour  de  la  tête  des 
Tyndarides , & un  niom.ent  après  l’orage  ceffa. 
On  regarda  depuis  ces  feux  , qui  paroilfent  fou- 
vent^  fur  la  mer  dans  des  temps  d’orage  , comme 
les  feux  de  Cafior  & Pollux  ; lorfqu’on  en  voyoic 
deux  , c’éîoit  une  marque  de  beau  temps  ; s’il 
n en  paroiffoit  qu’un  , c’étoit  un  figne  certain 
d’une  prochaine  tempêta,  & alors  on  invoquoit 
ces  deux  héros.  On  eft  encore  aujourd’hui  dans 
ia  même  opinion  fur  le  préfage  de  ces  feux.  Les 
Diofeures  allèrent  porter  la  guerre  chez  les  Athé- 
niens , pour  ravoir  Hélène  leur  fûeur  , que  Théféc 
avoir  enlevée.  Voye^  Éthra  , Helène. 

Les  deux  frères  ayant  été  invités  aux  noces 
de  Phœbé  & d’Hilaire,  filles  d’Arfinoè  & de 
Leucippe,  frère  de  Tyndare,  les  enlevèrent  3 
leurs  futurs  maris  , & les  épousèrent  eux- mêmes. 
Pollux  s’attacha  à Phœbé,  &^Caftor  à Hilaire, 
que  l’on  nomme  autrement  Éiaire,  ouTalaïre. 
Cette  violence  fut  caufe  de  la  mort  de  Caitor  , 
qui  fut  tué  quelque  temps  après  par  un  des  deux 
époux.  F'oyei  J^s. 

Comme  Pollux  étoit  immortel , étant  fils  de 
Jupiter  , il  pria  fon  père  de  le  faire  mourir  lui- 
même,  ou  de  partager  fon  immortalité  avec  fon 
frère.  Jupiter , qui  ne  pouvoit  changer  l’ordre 
du  deftin , accorda  la  demande  de  Pollux  5 de 
manière  qu’ils  paffoient  alternativement  fix  mois 
aux  enfers  , & fix  mois  fur  la  terre.  Ils  vécurent 
ainfi Jiifqu’à  ce  que  Jupiter  les  eût  tranfportés 
au  ciel , où  fous  le  titre  de  jumeaux,  ils  font 
I un  des  fignes  du  Zodiaque.  Les  Romains  renou- 
velioient  tous  les  ans  , à la  fête  des  Tyndarides  , 
le  fouvenir  de  cette  fiftion,  en  envoyant,  près 
du  temp!e_  des  D:ofcures  ^ un  homme  avec  un 
bonnet  pointu  fetnblable  au  leur , monté  fur  un 

C c c 


^S6 


D î O 


Sc  qui  en  conduifoit  un  autre  a la  main  j 
fur'"  lequel  ü n"y  avoir  perfonne  ; voulant  mara^er 
p?r-]à^  que  de  deux  frères  , il  n en  paroiffoit 

jaTTÏ31S  ^ fois. 

Leur  anothéofe  fuivit  de  près  leur  mort  ; & 
V-s  furent  comptés  au  nombre  des  grands  dieux 
àe  ’a  Grèce:  on  leur  éleva  un  temple  a bparte, 
l-ieu'de  leur  naiffanee , & à Athènes,  qu  ils  avment 
fauvée  du  pillage.  Les  Romains  les  eurent  aufl» en 
grande  vénération  , & leur  eleverent  un  temple , 
par  lequel  on  avoir  coutume  de  jurer  : le  ferment 
Lin.i«  deshommes  éjoj.  Æ*;»-',  c , 

temple  de  Pollux  ; celui  des  icmmes  _^caJtor , 
eu  temple  de  Cailor.  Juftin  dit  que,  dans  une 
bataille  des  Locriens  contre  les  Crotoniates^, 


en  vit  deux  jeunes  hommes  montes  fur  cüe- 
vaux  blancs,  quon  prit  pour  CaLor  & Pohux. 
rhiftoire  fait  mention  de  plufieurs  de  ces  appa- 
ritions : c’étoient,  dit  Paufanias,  des  jeunes  gens 
oui  fe  revêtoient  de  tuniques  blanches  , mettoiem. 
iur  leur  tête  des  bonnets  femblables  a ceux  que 
porîoient  les  Tyndarides,  & qui  en  impofoient 
ainli  aûx  hommes  crédules. 

On  repréfente  ces  deux  héros  fous  la  figure  de 
deux  jeunes  hommes , avec  un  bonnet  pomru , 
ou  légèrement  conique,  comparé  par  Lucien  a 
la  '.-"oitié  d’un  œuf,  fur  le  haut  duquel  paroit 
iouvenr  une  étoile  5 ils  font  à cheval  pour  l ordi- 
naire , ou  ils  ont  des  chevaux  près  d eux.  CaUor 
eft  furnommé.  le  Dom.pteur  de  chevaux , parce 
qu’il  fe  diftingua  dans  cet  arc  a la 
Poliux  étoit  regardé  comme  le  patron  des  Ath.e- 
tes  parce  qu’il  avoir  remporté  le  prix  aux  jeux 
olympiques.  Fbjrj  Anacee  , Cabires  , Feux  , 
Léda.,  Pollux/Tyndare. 

Glaucus  fat  le  premier,  dit  Philcftrate,  qui  les 
appella  Diofeures , lorfqu’il  apparut  aux  Argo- 
nautes dans  la  Propontide.  En  l’an  de  Rome, 
i'ry  le  Dictateur  Polihumius  fit  bâtir  un  temple 
aux  "'deux  frères  , fous  le  titre  de  Diofeures  , 
parce  que  l’on  crut  leur  être  redevable  d’une 
vidoire  que  les  Romains  avoient  remportée  contre 
les  Latins , & dont  la  nouvelle  fut  apportée  à 
Rome  le  jour  même  de 

On  a auffi  donné  le  nom  de  Diofeures  aux 
Cabires,  & à trois  frères  que  Cicéron  nomme 
Aléon  , M-élampus  SiEumolus,  dont  le  père  était 
Atrée , fils  de  Péiops  ( de  Natur.  Déor,  III.  ). 

Un  farcophage  delà  villa Médicis  , à Rome, 
offre  les  Diofeures  enlevant  les  deux  filles  de  Lea- 
cippe , roi  de  Sicyone.  On  ne  peut  les  mécon- 
noître  , à caufe  de  leurs  bonnets  ronds  & coniques, 
fur  un  vafe  de  terre  cuite  du  Vatican,  publié 
par  Montfaucon  & par  V/inckelman  ( n°.  ii , des 
Monuoienti  antickz).  Les  Diofeures  attachent  à leurs 
jambes  l’armure  ufitée  chez  les  anciens,  c’eft-à- 
dire , les  bottines  ouvertes. 


D I O 

« Tg  fie  déciderai  pas,  dit  V/inckeîman , fi  les  fia- 
tues  de  Caftor  & de  Pollux , faites  par  Hégélias , & 
placées  jadis  devant  le  temple  de  Jupiter  tonnant 
(PUp  lih.2,A,cap.i^,^.l6.'),  font  les  memes  figures, 
de  arandeur  coloffale  , qui  fe  trouvent  aujour- 
hui  au  Capitole  : ce  qu’il  y a de  vrai , c efl  qu’el- 
les ont  été  trouvées  fous  cette  coUine.  Une 
certaine  dureté  qu’on  remarque  aux  parties  anti- 
ques de  ces  figures , & qui  caraaerifoit  les  ou- 
vrages d’Hégéfias,  pourroir  donner  du  poids  à 
notre  conjefture  ( Q.^irit.  infi.  orat.  hb.  \z , 
cav  10  ).  De  là  il  faudroit  ranger  ces  üatues 
parmi  celles  qui  font  travaillées  dans  l’ancien 
ftyle,  parce  que  cet  artifte  paroit  avoir  vécu 
avant  Phidias  »• 

■Winckeîmann  s’efi;  trompé  ici  fur  deux  objets 
( félon  un  écrivain  Italien)  :i°.  d dit  qu’on  es 
a trouvé  à l’endroit  où  ils  font  ; tandis  que  Fla- 
minio  Vacca  alfure  qu’ils  l’ont  ete  nü  Ghetto 
degli  Ebrei  ( MemorierP  52.).  x”.  Il  dit  auffi  que 
ceux  d’FIégéfias  étoient  de  marbre;  & iltne 
( 54.  19.  ) les  compte  parmi  les  ouvrages  de 

bronze. 

Dioscures  c les  ) fur  les  médailles  font  le 
fymbole  ordinaire  de  Tripolis,  en  Phœnicie. 

On  voit  leurs  bonnets  avec  les  étoiles^fur  les 
médailles  de  Lacédémone , de  Taba  , de  Catane. 
Ils  font  eux-mêmes  à cheval  fur  les  médaillés 
de  Rhegium. 

DIOSCURI  AS,  en  Colchîde.  Aioskoypiaaoet- 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  î 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

DIOSCURIES  , ? fêtes  en  l’honneur  4éCaftor 
AïosKOïPiA  5 5 , c L 

& de  Pollux  , célébrées  à Cyrène , félon  le  beno- 
lialle  de  Pindare  ( In  Pyth.  Od.  v.)  & fur-tout 
à Lacédémone , où  ces  deux  héros  avoient  -pris 
naiffanee.  ( Paufau.  Mtjfen.  ) On  faifoit  ce  jour- 
là  de  grandes  réjouiffances  ; on  buvoit  largement , 
& Fcn  donnoit  des  jeux , dont  l’exercice  de  la 
lutte  faifoit  la  meilleure  partie. 

DIOSHIERITÆ  , en  Lydie.  AIOSIEPEIT^I^- 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  t 

RRRR.en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Cette  ville  a fait  frapper,  fous  i’autonté  de 
fes  préteurs,  des  médailles  impériales  grecques 

en  l’honneur  d’Augufte , de  Domna , de  Lara 
calla,  de  Geta,  a Elagabale  , de  Fauftine  jeune  , 
de  Marnée. 


D I P 


D I P 

P/OSPOLIS , ou  ville  de  Jupiter , en  Éthiopie  ; 
il  y avoit  là  un  grand  temple  j où  les  Ethiopiens 
alloient  tous  les  ans  , en  certains  temps  , prendre 
la  llatue  de  Jupiter  8e  celles  des  autres  Dieux , 
8e  les  portoient  en  procefiion  dans  les  campagnes 
autour  des  villages  de  la  Lybie , faifant  de  grands 
feftins  pendant  douze  jours.  Théus , dans  Ko- 
méte  J dit  que  Jupiter  étoit  abfent  du  ciel  pour 
douze  jours  j parce  qu^’il  étoit  allé  aux  extrémités 
de  rOcéan , chez  les  Ethiopiens , qui  Tavoient 
prié  à un  feftins  où  tous  les  Dieux  Tavoiest 
fuivi. 

Diospolis  magna^  dans  l’Egypte.  AIOHOAITÛN 
MEr. 

Cette  ville  a fait  frapper  une  médaille  impé- 
riale grecque  en  l’honneur  d’Hadrien. 

Diospolis  parva^  en  Égypte.  AIOIIOAEITHC. 

Cette  ville  a fait  frapper  une  médaille  impé- 
riale grecque  en  l’honneur  d’Antonin. 

Diospolxs  y dans  la  Paleftine.  AïosnoAic. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  de  Domna  , de  Ca- 
racalla , avec  des  années  de  règnes- 

DIOTA.  Il  faut  obferver  que  fouvent  les  an- 
ciens ont  appelle  ampkora  & d'wta,  c'ell-à-dire 
vafe  à deux  anfes  ou  à deux  oreilles  j le  bath 
afiatique,  lemétrétès  attique,  l’amphore  romaine, 
&c. 

D ToTA  , msCarc  grecque  de  capacité.  Koyei 
Amphoreus. 

Dior  A , mefure  de  capacité  pour  les  liqueurs 
des  Romains.  Koye:^  Amphore. 

Diote  , ou  vafe  à deux  anfes  fur  les  mé- 
dailles. Voye^  Vase. 

DIOXIE,  ou  DiAPENTE.  Koye^  ce  mou 

DIOXIPE , l’une  des  fœurs  de  Phaëton.  Voye-^ 
Hsspérides. 

AiiiAATOS.  On  donnoit  ce  nom  à un  javelot 
que  l’on  lançoit  avec  les  deux  mams. 

DIPHILE.  Voyei  Ilione  , Polydore. 

DIPHTERA,  7 A J J 

AKDTEPA,  } vetement  de  peau,  ou  de 

cuir  que  les  efclaves  grecs  metroient  fur  leur 
tunique , diâfns.  On  donna  par  la  fuite  fon  nom 
à leur  tunique  même , lorfqu’elle  fut  garnie  d’un 

capuchon.  ( ni.  IJ.  ) 

C’étoît  en  particulier  le  nom  de  la  peau  de 
la  chèvre  amalthée,  fur  laquelle  on  difoit  que 
Jupiter  écrivait  les  aélions  des  mortels. 


387 


DIPHYE , compofé  de  deux  natures.  Ce  nom 
fut  donné  à Cécrops  par  aliufion  à la  fable  qui 
le  faifoic  moitié  homme  & moitié  ferpenc. 

DIPLE  ,7  , , „ 

AiHAH  S marque  que  les  lecteurs  anciens 

traçoient  à la  marge  des  manufcrits , pour  faire 
diftinguer  certains  endroits  particuliers.  Cicéron 
dit  à Atticus  ( VIII.  Z.  ) : Animaivertuo  ilium 
locum , ubi  erit  è'tTiXn , videbis  de  Cneo  nojiro  ipfe 
yibullus  quid  exifiimet. 


DIPLETHRUM,  double  Plethre.  Voyei 
Plethre. 


DIPLOIS  ,7  J Cl  » 11  ' J’ 

AIHAOIS  S manteau  double  , c elt-a-dire, 

doublé.  Neftor  à caufe  de  fon  grand  âge  en 
portoit  un  pareil,  félon  Homère  ( 11.  K,  134.  ) 
C’eft  d’un  manteau  doublé  dont  parle  Horace  , 
lorfqu’il  dit  de  celui  de  Diogène  ( 1.  Ep.  17.  ) 

Quem  duplici  panno  patientia  vêlât. 

Antipater  appelloit  Diogène,  , à 

caufe  de  ce  manteau  doublé. 

Les  commentateurs  ont  expliqué  la  Diplols 
par  un  manteau  jette  de  manière  qu’il  faifoit  deux 
fois  le  tour  du  corps  ; mais  c’ell  une  erreur. 
Aucun  m.onument  antique  n’offre  de  manteau  ainfî’ 
agencé,  c’cft  donc  d’un  manteau  de  grandeur  ordi- 
naire , mais  doublé,  qu’il  faut  entendre  la  D/Wozf 
des  vieillards  , 3c  celle  de  Diogène  3c  de  fa 
feéfe. 


«Il  efl:  vrai  pourtant , dit  Winckelmann  ( HîjL 
de  l'An.  liv.  4.  c.  3.  j que  la  ftatue  d’un  philofo- 
phe  de  cette  feéte  , de  grandeur  naturelle  , 
8c  de  la  Villa  Aibani , n’a  pas  le  manteau  plié 
de  cette  manière.  Cette  ftatue  fe  diftingue  par  une 
grande  beface , faite  comme  une  gibecière  de 
chaffeur  , qui  defcend  de  l’épaule  droite  fuc 
le  côté  gauche; par  un  bâton  noueux  8c  par  des 
rouleaux  d’écrits  à'  fes  pieds.  Cependant  comme 
les  Cyniques  ne  portoient  point  de  tuniques , iis 
avmient  plus  befoin  que  d’autres  de  doubler  leur 
manteau  : ce  qui  me  paroit  auffi  plus  concevable 
que  tout  ce  qu’ont  écrit  les  Saumaifes  8c  les  autres 
commentateurs.  Le  mot  double  ne  peut  pas  non 
plus  s’entendre  de  la  manière  de  jetter  le  man- 
teau , comme  le  prétendent  les  favans  : à la  ftatue 
de  notre  Cynique,  le  jet  du  manteau  ne  diffère 
pas  de  celui  de  la  plupart  des  figures  ajuftées 
de  ce  vêtement”. 


DlPLOMA.'i 
DIPLOME.  5 


Le  mot  latin  diploma  eft  formé 


du  grec  Aiîs-zo^a,  vafe  double,  8c  depuis  lettre 
double.  Il  délignoit  en  général  une  tablette  corn- 
pofée  de  deux  feuillets  : telles  étoient  les  lettres 

Ccc  ij 


^88  DIP 

de  cité  romsine  félon  Suétone  ( Ner.  c.  12.  4.) 

Fojî  editam  bperam  diplomuta.  civitAtis  Tomans,  Jln- 
gulzs  oicidiî^ 

Viplomata  défignoient  plus  expreflement  des 
lettres  du  prince  délivrées  à un  envoyé  ou  Courier, 
& adrelTées  aux  magiftrats  des  villes  qui  fetrou- 
voient  fur  fon  pafîage,  pour  lui  faire  donner  des 
relais  prompts  & vîtes.  ( PHn.  epifi.  x.  14.  Rex 
Sauront  aies  fcripÿt  mihi  , fffe  qu&dam  , qu&  deberes 
quàm  maturi0Trie  fcire  : quâ  ex  caufa  feftinationem 
tabellarii , quem  ad  te  cum  epiftolis  mijtt , diplo- 
mate adjuvi.  Plutarque  {in  Galb.p.  1056.  c.  ). 

DIPLOMATIQUE. 

N.  B.  Cet  anicle  ejl  extrait  de  la  nouvelle. Di- 
plomatique des  favans  Bénédictins. 

La  Diplomatique  eft  la  fcience  ou  Part  de  juger 
f.îinement  des  anciens  titres.  Elle  a pour  objet 
les  chartes  dont  elle  fixe  Page  par  uneconnoif- 
fance  exaéle  de  la  nature  des  aéîes  , écritures  , 
& des  divers  ufages  propres  à chaque  fiècle  & 
à chaque  nation.  Sa  fin  eft  de  faire-  fervir  toutes 
ces  formalités  au  jugement  favorable  ou  défavan- 
tageux  quhl  faut  porter  des  diplômes.  Elle  ne  fe 
borne  pas  à fournir  dss  moyens  sûrs  pour  recon- 
noxtre  la  vérité  ou  la  faulTeté  des  pièces  > leur 
authenticité , ou  la  privation  de  cette  condition 
toujours  importante , mais  fouvent  effentielle  5 
elle  étend  encore  fes  droits  jufqu’à  régler  les  dif- 
férens  degrés  de  certitude  ou  de  fufpicion  dont 
elles  font  fufceptibles.  Son  utilité  généralement 
reconnue  par  les  efprits  fages  & judicieux  peut 
encore  être  juftifiée  par  les  témoignages  des  fa- 
vans, & les  travaux  infiniment  variés  qu’ils  ont 
entrepris  pour  cultiver  un , genre  de  littérature 
donc  le  fond  eft  inépuifable  , & ^dont  les  fruits 
intéreflent  également  PEglife , PEtat  & la  Ré- 
publique des  Lettres-  Lefeul  détail  de  fes  richelTes 
& de  fes  prérogatives  en  fait  fentir  tout  le  prix. 

Les  archives  en  effet  fur  lefquelles  s’étend  fon 
empire , renferment  & les  monumens  les  plus 
authentiques,  & les  aftes  les  plus  folemnels  de 
la  puiifance  exercée  par  les  fouverains.  Elles  con- 
fervent  leurs  traités  d’alliance  & de  paix , les 
inveftitures  des  grands  fiefs,  les  privilèges  accor- 
dés aux  communautés  féculières  & régulières , 
à la  noblefie,  aux  corps  de  ville,  les  loix  portées 
dans  les  affemhléÆS  générales  de  chaque  peuple. 
Elles  font  les  dépofitaires  des  titres' qui  font  con- 
noître  les  prérogatives  attachées  à la  Couronne  , 
qu!  fixent  les  limites  des  états,  qui  conftatent 
l’équité  .de^  leurs  prétentions  , qui  tranfmettent  à 
la  poftérité  la  plus  , réculée  les  marques  éclatan- 
tes de  la  libéralité  de  ncs  monarques  envers  les 
égüfes.  Elles  publient  l’origine  des  grandes  mai- 
fons,  leurs  généalogies,  leurs  fuccefScns,  leurs 


DIP 

illuftratîons , leurs  alliances.  Elles  fcurnilfent  fur 
l’antiquité  facrée  & profane  les  connoifîances  les 
plus  sûres  & les  plus  lumineufes.  Par  quels  enfei- 
gnefnens  peut-on  décider  avec  plus  de  certitude 
de  la  jurifdiéfion  des  prélats  , de  l’étendue  & des 
bornes  qu’elle  eut  en  certains  fiècles,  de  l’ufage 
qu’ils  en  firent , que  par  les  pièces  dépofées  dans 
les  archives  ? Les  princes  y découvrent  tout  à la 
fois  & les  premières  traces  de  la  grandeur  de 
leurs  ancêtres,  & les  degrés  par  lefquels  ils  font 
montés  au  trône,  & les  moyens  par  lefquels  ils 
font  parvenus  à ce  com.ble  de  gloire  & d’éléva- 
tion, dont  ils  leur  ont  tranfmis  l’héritage.  Les 
eccléfîaftiques  y trouvent  des  preuves  auffi  utiles 
que  magnifiques  de  la  piété  de  nos  pères , les 
magiftrats  les  motifs  de  la  plupart  de  leurs  juge- 
mens , les . nobles  les  titres  de  leur  diftinéfioiT  & 
de  leurs  feigneuries  , les  perfonnes  privées  ceux 
de  leurs  poffeflions  & de  leürs  droits,  f Mém.  de 
Trévoux^  lyiôj  p.  aSî.  ) « ious  les  auteurs 
” qui  traitent  des  archives , conviennent  entf eux 
” de  leur  ancienneté,  de  leur  utilité,  de  la  foi 
” due  aux  pièces  qui  y font  gardées,  aux  copies 
==  & tranfumpts  des  mêmes  pièces  =3. 

Toutes  les  nations  favantes  ont  conçu  une  fi 
haute  eftime  pour  cette  efpèce  de  monumens, 
qu’elles  ont,  comme  à l’envi,  publié  un  nombre 
infini  de  yrecueils  de  diplômes , plus  propres  les 
uns  que  les  autres  à iiluftrer  leur  patrie,  à éclairer 
les  droits  des  fouverains,  à maintenir  les  inté- 
rêts du  public,  & à mettre  des  bornes  auxpré- 
tentions  des  particuliers.  Qui  ne  connoît*  les 
amples  colleèfions  de  chartes  des  Leibnitz , des 
Kettner , des  Ludewig  , des  Schannat , des  Ber- 
nard Paz,  des  Muratori,  des  R.angone , des  An- 
derfon  , des  Rymers.  des  Duchefne,  des  Pérard, 
des  Dachery,  des  Mabillon  , des  Martenne  & 
Durand,  des  Aubert,  le  Myie,  & de  tant  d’autres? 
Avec  quel  foin  & quelles  recherches  les  auteurs 
les  plus  exaéls  n’ont- ils  pas  appuyé  par  des  piè- 
ces juftiScanves  l’hiftoire  des  églifes,  des  ordres , 
des  monaftères,  des  provinces  , des  anciennes 
maifons  de  France,  d’halie  , d’Allemagne  , d’An- 
gleterre , &c.  Et  que  font  ces  pièces  juftifica- 
tives,  pour  la  plupart,  linon  des  chartes  ? On 
connoît  un  grand"  nombre  d’hiftoriens  qui  ont 
fuivi  cette  méthode,  & qui  la  fuivent  encore 
tous  les  jours. 

La  Diplomatique  a rendu  & rend  fans  ceife  à 
l’hiftoire  les  fervices  les  plus  fignale's.  Quel  éclat 
ne  répand-elle  point  fur  oes  lîècles  obfcurs'où, 
l’on  n’apperçoit  que.  de  fombres  lueurs  , fouvent 
moins  propres  à nous  conduire  qu’à  nous  égarer  ? 
Depuis  plus  de  mille  ans  , combien  de  fiècles 
où  les  annales  des  nations  , des  villes  & des 
monaftères  ne  connftent  tout' au  plus  que  dans 
dss  chroniques  sèches,  & ccmmiinémênt  très- 
ftiperficieiles  ? A peine  y cécouvre-t-on  cuelqt'^^ 
traits  dss  moeurs  & des  ufages  particuliers  aux 


DIP 


tem 


mps  & aux  lieux  qu’elles  concernent.  Et  ce 
fecours^  tout  mfuffifant  qu’il  eil , combien  de 
fois  ne  vient-il  pas  à nous  manquer.'  Les  mé- 
dailles , les  infcriptions  & autres  monumens  de 
ce  genre  font  d une  trop  foible  refiource  pour 
diffiper  les  ténèbres  du  moyen  âge. 

Les  archives  fuppléent  à tour.  Sans  elles  les 
généalogies  des  plus  grandes  maifons  ne  Top’- 
ordinairement  que  des  tiffus  de  fables,  des  laby- 
rinthes ou  1 on  fe  perd  à chaque  pas  . où  l’on 
ne  trouve  guère  ci’iffue  qu’il  n’en  coûte  à la  ve- 
nte J fans  elles  la  fuite  des  grands  afSeiers  de  la 
couronne, ^ & prefqae  tous  les  coramencemêns  des 
cours  fuperieures  , des  jurifdiélio.ns  , des  feigneu- 
nes  titrées  demeureroient  enféveiis  dansl’mabli- 
les  privilèges  accordés  à la  noblelTe , aux  villes 
aux  communautés  fécuüères  & régulières  y trou- 
yent  leur  origine , leurs  accroillèmens  ou  leur 
o.minucion.  L hüioire  tant  ecclé.ûaliique  que  civile 
des  provinces,  n’a  point  de  fondemens  plus  fo- 

point  d’interprêtes 
plus  hdeles  ; la  Géographie  ancienne  tient  d'elle 
les  p, us  heureux  dénouemens  : la  Chronologie 
moderne  ne  peut  que  s’égarer  en  miilerencontres, 
les  enartes  ne  la  guident  : les  fujets  fur  lef- 

W d tellement  du  ref- 

lort  dw  la  Diplomatique , qu-’a  peine  peut-on  fixer 
les  limites  de  ces  deux  fciences,  &- qu’il  eftmême 
quelquefois  affer  difficile  de  ne  pas  les  confondre- 
• canonique  & la  Jurifprudence  civile 

lui  foumiffent  une  infinité  de  reffources , dont 
eue  fait  les  reco.mpenfer  avec  ufure. 

Les  anciennes  écritures,  leur  origine,  leurs 

. leurs  changemens 
de  fucle  en  .xecle  leurs  variations  d’un  nays  à 
un  autre  , leurs  ^terations,.  leurs  renouveiiemens 
font  une  partie  effentielle  de  la  Diplomatique  & 
3nfeparab.e_  de^  la  connoifTance  des  manuferits 
Y-aiplomatiqueetenà  iesvechetches  furies  bronzes  ’ 
le^ marbres, les  meda!nes.&  les  monumens  anffi- 
cues.  Aufli  dans  quelle  efînxie  n’efi-elle  pas  ch^z 
tcutes_  les  nations  favantes  ? Que  n’a  t- on 
pas  fait  depuis  le  renouvellement  des  Lettres 

lerîrSs"  ^ recueillir 

les  fruxts  ? Combien  de  coJiedions  d’ades  publics 

&pnves,deregiflres  & de  cartulaires , n’a-t-on 

ps  vu  former  avec  des  peines  & des  dépenfes 

.ncroyaoies  par  les  pius  grands  hommes  d’état  & 

premier  ordre  ; Ces  morceaux 

(°o,L'aoiOurd’hui  comptés  parmiles 

“ richelTes  des  bibliothèques.  Ceft  en- 

celle  du  roi  l’em- 

s’é^b'-v'eif  Snéd'“r’™/“-  Q““dla  réforme 
se.ab.x.  en  -buede  fur  les  ruines  des 

ca..nci;ques  & oes  monaftères,  on  n’eut  rîen  de 

plus  a cœur  que  c'en  raffembier  les  chartes  Ï 

former;  la  chancellerie  du  rovauS?  cJs  a7 


DIP 

ÿ P mat, que  me^^g  . cependant  été  forcés 

rabneateurs  des  faux  adesman- 
ties  chofes  efî'enridies  & 
de  namre  a les  trahir;  qu’il  n’efi  pas  rare  de 

ces  des"  f""  dans  ces  pi 

auffi  rf  tres-certams  de  faulTeté.  ALa-x 

par  to  ÎL4 

^ La  vérité  a pas  coutume  de  fe  montrer  avec  dc^ 

rnarques-  évidemment  difiirMives  ! Lifo  p ' 

donc  ainfi  au  moins  quelquefois.  La  Diplomatique 
a do.nc  ûes  moyens  sûrs  pour  dillinguer  les"n>-s 
vcntables  des  fuppofés  , quoique  les  uiSeï  ne 
foi.tm  pas  applicables  à tous  les  cas.  ^ 

Ceft,  dit-on,  un  charlatanifme  - que  d’aVan 
, Mabiilon^qu’iî  ffieft 

point  de  titre  fabrique  avec  tant  d’artifice  nu’-! 
ne  puiffeetre  découvert  par  un  hfoiJe  an-4an  -- 

éefat  toujours  fentir  par  fon  pro^-e 

éclat , qu  elle  eft  accompagnée  de  tant  de  cm- 
conftances,  que  le  menfon|e;  quelque  Iwé 
qa  li  _Oxt , ne  faiiroit  les'  réunir  toutes  à la  “fois. 


Attaquer  des  principes  fi  lumineux,  ce  n’eft 

la  vexitt  & de  } erreur.  . Comme  le  menfonr.- 
a fos  caraderes,  la  vérité  a les  fiens  Effin'" 
tieliement  une  elle  fe  foutient  d’une  maffièœ 
onliante  & uniforme , dans  toutes  fes  parties 
dans  toutes  fes  çirconftances.  Toniours  feiïbfa' 
Ole  a elle-meme,  die  ne  porte  nui  caraeftèœ  qui 
ne  foie  marque  au  coin  de  la  fi-cérité  A,.  ^ ' 
traiœ  la  faulTeté  fe  trouve  à 
tradidion  avec  die -même.  Ses  voies  fo-it  tof' 
tueufes.  AffirmerSe  nier  les  mêmes  objets;  voilà 
fon  langage,  fon  caradère. 

Lhomm.e  eft  né  pour  la  vérité';  fans  ce/Te  un 
fecret  penchant  l’y  yappdle.  S’il  veut  s’en  écarteî 
conftamment  il  faut  qu’ü  donne  la  tortie  I 

^ ’ quelque  corrompue  cu’elle  puilTe 
eue,  la  corruption  nira  pas  jufqu’à  détruL  en 

la  vanité  meme  1 y voit  avec  complaifax-ice  L'  eft 

ilontTeftS-e  T àaas  une 

oionte  efficace  de  prendre  en  toutes  chofrï 

contre-pié  de  la  vérité.  Un  état  fi  tïoIeSfffieft 

pas  naturel , & tout  ce  oui  ■ 

fauroit  fe  foutenir.  Le  fauffiairrreviend’-ï^d 
toujours  à la  vérité,  malgré  îffi  & fan.  n 
s en  apperçoive.  Elle  perce^  .par'ce.nt  end  JtV 

iv-i?  Dû  II  ne  cherchera  i’I 

. e.Oxi...x,  parce  que  fon  cœur  & fon  eforitn» 
œxont  pas  d accord , parce  que  l’un  & i’aub-’^  ne 
mnr  pas  raus  pour  le  me.nfonge.  D’un  a-rrifi.é 
comment  aüortira-r-i]  des  diofes  suffi  eSSS 


3S>o 


DIP 


que  ia  vérité  & le  menfonge,  fans  que  leur  con- 
trariété le  ttahilTe  ? A force  a accumuier  faux 
fur  faux  , rknpofteur  fe  décèle  immanquablement. 
Les  chofes  peuvent  être  confidérées  fous  tant  de 
faces  qu'il  ell  moralement  impoflible  qu  un  ef- 
prit  borné  pare  à tout , prévienne  tous  les  incon- 
véniens,  réuniife  tous  les  caradères  de  vérité  en 
faveur  du  menfonee.  Cependant  un  feul  carac- 
tère effentiel  manqué , voilà  fimpofture  de'cou- 
verte. 

Epuifé  par  des  efforts  de  tête  _ employés  pour 
fubftituer  le  faux  au  vrai , ébloui  par  les  appa- 
rences  de  vérité  qu'il  a données  a 1 impofture 
fauteur  d’une  pièce  fabriquée  eft  moins  capable 
qu’un  autre  d’appercevoir  les  endroits  foifcdes  ^ 
par  lefquels  elle  peut  être  entamee.  L iinpolteur 
le  plus  artificieux  ne  fauroit  porter  les  précau- 
tions que  jufqu’à  un  certain  point.  Les  ctio-fes 
envifagées  fous  d’autres  rapports  dévoileront  le 
myfière.  En  effet , de  tous  ces  rapports  combi- 
nés , réfulte  une  feule  de  caractères  de  vente  ou 
de  fauffeté  qu’un  Xeul  homme  ne  peut  fainr.  Ce 
fera  précifément  ceux  auxquels  n a pas  penfe  le 
fauifaire  ^ qui  frapperont  d’autres  perfennes , 
ouoiqu’on  les  fuppofe  moins  habiles  que  lui  en 
fait',  d’anciens  ufages.  Quelle  force  n a pas  cette 
réanion  de  caraâères  pour  décider  du  fort  des 
diplômes  ! Quelles  lumières  n’offre-t-elle  pas  pour 
en  faire  le  difcemementl  L’impofture  peut  ap- 
procher du  vrai,  mais  jamais  elle  n’y  parvient 
tout  à fait.  La  difficulté  du  _ difeernement  eft 
quelquefois  grande,  mais  jamais  elle  n’eft  infur- 
tnontable.  Si  elle  l’étoit,  on  ne  pourroit  pas^plus 
prononcer  contre,  que  pour  la  vérité  d’une 
pièce.  Celle-ci  auroit  même  un  grand  avantage  ; 
c’ell  qu’il  eft  très-permis  de  préfumer  la  vérité 
d’us  titre  , & qu’il  ne  l’eft  jamais  d’en  préfumer 
la  fauffeté. 

Au  telle,  fi  du  premier  coup  d’œiI  on  décou- 
vre très  - fouvent  la  fauffeté  des  pièces  fuppo- 
fées,  combien  en  refiera  - t - il  qui  ne  feront  pas 
convaincues  de  faux , lorfqu’elles  auront  fubi  un 
risoureux  examen  , & que  cet  examen  aura  été 
faït  par  des  antiquaires  fages  & confommés  dans 
leur  art?  Leur  jugement  guidé  par  une  longue 
expérience  , fixe  les  bornes  de  chaque 
Voilà  , diront  ils  , l’écriture  de  ce  fiècle.  1 elles 
lettres  n’étoient  point  ainfi  figurées  en  tel  temps. 
Cette  formalité  étoit  alors  furannée.  Ce  Itple 
avoir  ceffé  d’avoir  cours.  Cette  manière  de  feelier 
n’a  commencé  à fe  faire  connoître  que  plufieurs 
ff^cles  après-  Au  contraire,  fi  toutes  les  circonf- 
tances  fe  réuniffent  pour  quelques  ûhi/ûme-f  , après 
un  férieux  examen  j pourquoi  ne  prononceroit- 
on  pas  en  faveur  de  la  fincérité  ? A la  bonne 
heure  qu’on  déclare  une  pièce  fauffe,  parce 
qu’elle  pèche  dans  un  .féal  caraélère  dècifif,  tandis 
qu’on  exigera  le  concours  de  toutes  les  circonf- 
effentklles  p-our  rsconnoître  ia  vérité  d’un 


DIP 

acle.  Mais  du  moins  ce  concours  étant  bien  conf- 
taté,  nul  prétexte  de  foupcon  ne  fauroit  fubfiller. 

Enfin,  puifqu’il  n’efl  point  de  titre  fabriqué 
avec  tant  d’art , qui  ne  puiffe  être  démafqué  ^ 
il  s’enfuit  qu’il  n’en  ell  point  non  plus  de  véri- 
table , qui  ne  puiffe  être  reconnu  pour  tel. 
Ainfi,  de  ce  qu’un  aéle  ne  fauroit  être  convaincu 
de  faux,  ni  même  rendu  fulpeâ: , il  en  réfulte 
néceffairement  qu  il  ell  fincère.^  Nous  difons 
rendu  fufpecl , parce  que  telle  pièce  qui  n’eft  pas 
convaincue  de  faux,  portera  certaines  apparences 
de  fauffeté  qui  ne  feront  pas  péremtoires , mais 
qui  n’étant  pas  détruites  par  des  réponfes  foli- 
des , laifferont  contre  elles  de  fâcheufes  impref-: 
fions.  Alors  en  ne  doit  pas  prendre  de  parti  fixe  , 
qu’on  n’ait  acquis  de  plus  grandes  lumières.  La 
folurion  de  ces  difficultés  peut  dépendre  de  faits 
& d’ufages  locaux , que  le  temps  feul  éclaircira. 
Souvent  les  lumières  ne  manquent  pas,  maison 
manque  de  perfonnes  affez  éclairées  pour  en  faire 
l’application. 

II  ell  abfolument  néceffaire  dans  la^  vérifica- 
tion des  chartes  , . d’être  éclairé  par  des  règles 
sûres.  Mais  comment  pourra-t-on  y recourir  au 
befoin  , fi  l’on  ignore  les  fources  où  elles  doi- 
vent  être  puifées  ? C’ell  donc  à les  découvrir 
ces  fources  , ou  plutôt  à les  mettre  , autant  qu’il 
ell  poffibie  , à portée  de  tout  le  monde , que  nous 
devons  donner  notre  principale  attention. 

Elles  fe  réduifent  à fept , la  matière  fur  la- 
quelle , les  inllrumens  & l’encre  avec  lefquels  les 
diplômes  font  écrits;  la  figure  des  lettres  qui  y 
font  employées;  les  fceaux,  le  llyle,  8c  les  for- 
mules qu’on  y met  en  ufage.  Nous  nous  arrê- 
terons moins  fur  les  trois  premiers  caraâères, 
parce  qu’ils  font  incomparablement  moins  féconds 
que  les  autres.  Les  écritures  nous  offrent  ^des 
richeffes  de  toutes  les  efpèces , & femblent  même 
nous  promettre  des  découvertes  intéreffantes.  Les 
cfitiques  qui  ne  font  point  antiquaires  fe  renfer- 
ment exaâement  dans  l’examen  des  fceaux , du 
ftyie  & des  formules  ; . quoique  les  quatre  _ pre- 
miers caraétères , & celui  des  écritures  ne  ppiffent 
être  difeutés  avec  trop  de  foin.  C’ell  particuliè- 
rement fur  ce  dernier  caraélère  diplomatique , & 
fur  les  trois  fuivans  , que  nous  tâcherons  de  ré- 
pandre toutes  les  lumières  dont  ils  font  fufcepn- 
bies.  Contens  de  traiter  ce  qui  concerne  la  ma- 
tière , les  infirumens  & ïencre  dans  un  petit  nom- 
bre de  chapitres  , nous  confacrerons  des  feérions 
entières  à îa  difcuffion  des  écritures  '^  àes  finaux 
& des  formules. 

Les  fept  caractères  généraux,  dont  on  vient  o.s- 
faire  i’ér.umération  , peuvent  être  envifagés  fous 
deux  faces  différentes.  Les  cinq  premiers^  font 
extrinsèques , & les  deux  autres  intrinsèques. 

Nous  entendons  par  caraâères  intrinsèquesceux 

qui  fout  inhérens  à chaque  aéte , qui  en  font 


D I P 

inieparables  , qui  s’y  retrouvent  toujours  fous 
que-que  terme  qu  il  le  repreduife , & qui  par 
conicquent  ne  font  pas  moins  propres  aux  coviss, 
qu  aux  originaux.  Au  contraire,  les  caractères 
ex..rinséques  font  tellement  attachés  à ces  der- 
niers, quiis  ne  paffent  jamais  aux  copies.  Si 
qudques-uns  denir’eux  femblent  s’y  montrer, 
c eli  toujours  d une  manière  imparfaite  , & qui  1 
les  met  beaucoup  au-delTous  des  autographes.  * 

Quelque  efScaces  que  puiffent  être  les  carac* 
^res  intrinsèques  pour  le  difeemement  du  vrai 
cc  du  taux  , ^ les  extrinsèques  ont  ordinairement 
que.que  choie  qui  frappe  les  antiquaires  d’une 
maniéré  plus  siire  & plus  prompte,  foit  en  faveur, 
toit  au  désavantagé  des  pièces  qu’on  expofe  à 
leur  examen.  ^ 

M.  Heuman,  profelTeur  en  Droit  dans  l’Uni- 
verlite  a ^Itorf , moins  par  pi-e'vention  contre 
les  carafteres  extrinsèques  des  chartes , qu’il  n’a 
pu  ( ^ok.  Heumanni  commentarii  de  re  diplom. 

pag,  ) approfondir  ^ à fon  grand  regret , 
que  par  une^ceriaine  prédilection  pour  les  carac- 
tères intrinsèques  fur  iefquels  il  a eu  toute  la 
liberté  poliible  d’exercer  fon  génie  , demande  en 
grâce  que  perfonne  ne  fe  fâche  contre  ki , s’il 
pesfe  que  les  caradères  extérieurs  des  chapes 
( les  intérieurs  mis  à part  j peuvent  en  impofer 


DIP 

tant  d’anne'es  aura  - 1 - on  trouvé  du  parchem-n 
de  cet  âge,  pour  forger  !e  faux  titre? 
b*  1 écriture  elt  imceie,  fi  elle  elt  irréorochable. 
Jlrzptura  re  la  ^ C ell-a-dire  ^ non  * feuiement  du 
caractère,  & avec  les  traits  convenables  à l’an- 
t.quite  de  fa  date  , mai?- encore  de  cette  antiquité 
meme  ; comme.nt  a -t- elle  été  co.ntrefaite  long- 
temps .^piesr  Sî  le  monogrr.me  eft  véritabk, 
T^nogmmma  verum  : c’ait- à-dire  , s’il  eft  delà  main 
V enanceher,  ou  de  quelque 

officier  a les  craps,  comment  fe  peut -il  faire 

iTérre”"  • Comment  peut- 

il  etre  vrai  _&  faux  tout  à la  fois?  enfin,  fi  k 

fceau  n a rien  de  fufpe<a,7%t7i^i. 
pas  meme  dans  la  ma.niere.  dont  il  elt  attaché  au 
comment  ne  la,ffe-t-ii  pas  d’être  faux,- 
fuppofemr-tout  que  fa  fabrication  fait  polie'rieure 
àt  pmfieurs  fiedesr  E'dt-on  adueüement  le  tvDe 
dun  fceau  du  Xlk  fiècle , . par  -quel  anifiS 
do..neroit-on  a une  cire  re'cente  la  qualité  d’un» 
cire  ancienne  jufqu’a  faire  ilUifion  à la  fasacité 
ces  pius  fages  & des  plus  habiles  antiquaires  ? 


'i  r,  Foii.  y peuvent  en  impoier 

plus  fréquemment.  Nous  n’avons  garde  de  nous 
mettre  eu  colere  contre  un  homme  qui  mérite 
ces  égards  par  le  bon  ufage  qu’Ü  fait  d’une  vafte 
érudition  , & par  la  modeltie  dont  i!  l’afiaifonne. 
Mais  _*ous  le  prierons  de  nous  dire  fi  par  carac- 
<l^artier,  il  entend  une  fimple 
abltradion  faite  de  ces  caraêlères , ou  s’il  fup- 
pole  des  circonftances  où  ils  feroient  peu  favo- 
rables a quelque  titre.  Dans  le  premier  cas,  nous 
_ e launons  foufcrire  à fa  propofiîion.  Car  ils’en- 
fmvroit  que  les  caraftères  extrinsèques  feroient 
des_  moyens  tres-peu  surs  entre  les  mains  des 
antiquaires , pour  juger  de  la  vérité  ou  de  la 
iauliete  aes  diplômes.  Dans  le  fécond  cas  la 
réunion  de  tous  les  caractères  intrinsèques  con- 
tre une  charte,  s’ils  coniîatoient  «les  défauts  ef- 
lentieis  im  porteroient  fans  doute  un  coup  qui 
ne  .auroit  etre  paré  par  les  caraétères  extrinsè- 
ques, dont  il  paroitroit  revêtu,  fans  l’être  véri- 
îablement.  _ 

Ce  qui  fpt  plus  de  peine.,  c’eft  que  notre 
auteur  fem^^.e  fuppofer,  pour  ne  pas  dire  qu’il 
fuppole  en  ettet  qu  une  pièce  pourroit  être  fa-jfTe, 

quoique  le  parchemin,  l’ecriture,  le  monegrame" 
le  fceau  fullent  exempts  de  tome  fufpîdon,  & 

k yémeen  partage.  Si  leparcBe- 

min  efi:  bon  & ventaole , memlranaprobaicdà.- 
a- dire,  ancien,  par  exemple  de  cinq  ou  fix 
ecivs  J & peut-etre  davantage;  comment  après 


Répondre  que  tous  les  âges  ont  produit  dès 
hommes  fort  exercés  dans  i’arî  d imiter  ; ce 
n elt  point  fatisfaire-.  On  peut  contrefaire  les 
antiques^  & z’ufqu’à  un  certain  point  en  attein- 
Ja  vente,  mais  le  peut-on  jufqu’à  ne  Jai.fier  fub- 
liiter  emre  ja  copie  & l’original  nulle  différerice 
qui  puiffe  «re  laifie  par  les  connoilfeursles  piu-s 
experts . Quand  on  y parviendroit , il  n’en 
feroit  pas  encore  ainfi  des  anciennes  écritures.  Il 
ne  lufer  pas  oe  rendre  une  lettre  de  tel  alphabet 
qu  on  voudra , lî  eli  ici  quefiion  de  la  ’roralité 
des  caraèleres  d une  pièce  d’écriture  ; & cette 
piece  dans  fon  tout  n’elt  point  un  modèle  placé 
fous  les  yeux  du  faufiaire , comme  le  tableau  l’eft 
fous  ceux  du  peintre;  car  fi  l’impofreur  avoir  en 
la  difpolition  un  charte,  vraie  qui  remplît  fon 
objet  dans  toute  fon  étendue,  à quoi  bon  en 
forgeroit-il  une  faufie  ? Il  eft  donc  alors 'néce-f- 
laire  qu  il  travaille  d’imagination.  Or  c’eft  kf 
quil  eft  forcé  de  fe  déceler,  malgré  tous  fes  effortsr 
air  antique  qu  il  faut  de  plus  ajouter  à la  naïveté 
des  traits  & des  caraétères , met  un  obftacle 
invinciùle  a toutes  les  relTources  de  la  main  k 
plus  hardie  & la  mieux  exercée , Dourvu  que  fes 
productions,  foient  jugées  au  tribunal  de  qlielque 
expérimenté,  & qui  foit  fur  fes 

Si  les  MabiHon,  les  Baluze,  les  Martène,  & 
les  Muratori  n avoient  pas  été  en  état  de  porte-- 
ordinairement  un  jugement  certain  des  originaux 
qu  ils  ont  eu  fous  les  yeux  , fur  leurs  caradères 
extrinsèques  ; mal  à propos  M.  He-jman  exhor- 
teroit  il  fes  ledeurs  a s’en  rapporter  à leur  auto- 
rite , puifque  chacun  peut  juger  par  foi-même  des 
caraèteres  intrinsèques  des  chartes. 


DIP 


DIP 


Notions  & Principes  univerfels  relatifs  z \z  Dlplomanque  : xhgit^ 
jïénérales  de  vérité,  de  fauffeté  & de  fufpicion  : règles  fauffes  ou 
rnfuiElantes  : règles  fur  l’autorité  des  diplômes  fur  les  arcnives , les 
originaux,  les  copies,  fur  la  matière  des  diplômes,  fur  leur  ftyle  ôc 
leurs  formules , fur  les  dates , les  lignatures  & les  fceaux  : régies  géné- 
rales du  P.  Mabiilon  : règles  particulières  fur  les  diplômes  & les  autres 
aües  des  laïques  & des  eccléfiaftiques. 


N.  B.  Tout  ce  grand  & précieux  arlicle  efi  copié  mot  pour  rnot  de  la.  NOavBZL-e.  DiPZoxATiquE  ; 
ûfin  qu  il  pu'ijfe  faire  autorité  dans  les  différends  qui  s'élèveront  fur  I authenticité  des  chartes^ 


CHAPITRE  PREMIER. 

-Définitions  ^ axiomes,  principes  fuppojitions  qui  fervent  de  fondement  aux  réglés  de  Diplomaàque, 


§.  I.  i.  L en  eft  de  h Diplomatique  corïme 
des  autres  fdences , qui  ne  font  pas  fufceptibles 
de  la  certitude  identique  des  démonftrations  de 
Géométrie.  La  certitude  qui  lui  eft  propre  j eft 
fufceptible  de  degrés  qui  l’augmentent  ou  la  di- 
minuent , à proportion  des  motifs  de  fufpicion 
ou  de  créance  & de  probabilité. 

I . La  certitude  phylîque  eft  un  ferme  acquief- 
eement  de  l’efpnt  à . une  vérité  confiante  j par 
l’expérience  ou  par  le  rapport  des  fens. 

i.  La  certitude  mor^e  eft  une  forte  adhéfton 
de  l’efprit  à une  vérité  fondée  fur  la  réunion  des 
témoignages  ou  des  caraftères  intrinsèques  ^ ou 
même  fur  un  feul,  qui  équivaut  à leur  réunion 
par  l’impoffibilité  manifefte  que  la  chofe  foit  au- 
trement. Ainfi  la  certitude  Phyfico  - morale  eft 
fondée , partie  fur  l’expérience  & les  fens  ^ partie 
fur  l’impoffibiiké  morale  qu’une  chofe  foit  vraie 
ou  fauffe  en  telles  circonftances. 

9.  La  conjeâure  eft  un  jugement  probable  j I 
ou-  une  opinion  fondée  fur  des  apparences , 
touchant  une  chofe  incertaine.  Un  raifonnement 
appuyé  fur  des  indices , & qui  daifie  toujours 
quelque  lieu  au  doute. 

4.  En  general  j,  le  foupçon  en  matière  de  Di- 
plomatique , eft  un  jugement  défavantageux  , 
sccpqipa^gne  de  quelque  doute  au  fujet  de  la 
vérité  d’un  fait  ou  d’une  pièce.  ■ 

5.  Le  finrple  foupçon  eft  une  opinion  défa- 

vantageufe  J fondée  fur  de- pures  poftibiiités  m éta- 
phyfiques.  ‘ ‘ i 


6.  Par  foupçon  légitime  , nous  entendons  celui , 
qui  J fans  mettre  tout-à  fait  l’efprit  en  fufpens, 
& fans  le  porter  à pencher  davantage  pour  la 
fauffeté  que  pour  la  vérité  d’un  fait  ou  d’un  titre, 
ne  laiffe  pas  de  faire  naître  quelque  fcrupule  rai- 
fonnable , plus  ou  moins  fort  l’un  & l’autre.  II 
eft  ordinairement  fondé  fur  l’inobfervation  d’ufage^ 
conftans  au  Cède  dont  il  s’agit  ; mais  ufages , qui 
ayant  varié  dans  les  fiècles  voifins , font  préfumés 
n’avoir  pas  été  fans  exception  dans  celui  ci , quoi- 
que de  fait  les  preuves  en  foient  inconnues  ; ou 
bien  il  s’enfuit  de  ce  que  la  poflibilité  morale  de 
la  vérité  d’un  original  n’eft  pas  démonftrative- 
me'nt  prouvée. 

7.  Le  violent  foupçon  eft  celui  qui  fait  pen-^ 
cher  i’efprit,  -jutant  ou  plus  pour  la  fauffete 
d’un  fait  ou  d’un  titre,  que  pour  fa  vérité.  R 
réfulte  , 1°.  de  l’inobfervation  d’un  ou  de  plu- 
fieurs  ufages  préfumés  invariables  dans  tel  ternps  ; 
parce  que  les  fiècles  voiiîns  ne  fourniffent  a cet 
égard 'nulle  exception,  quoiqu’elle  ne  foit  pas 
moralement  impoflîble  : 2.°.  de  la  contrariété, 
du  moins  apparente,  avec  des  hiftoires  contem- 
poraines, dont  l’autorité  feroit  fi  grande  , qu^elle. 
ne  pourroit  être  balancée  par  un  titre  de  meme 
âge  : 5°.  de  la  réunion  d’un  grand  nombre _ de 
foupçons  légitimes,  qu’on  ne  détruiroit  points 
4'^.  vis-àv!s  des  pièces  revêtues  de  marques  ordi- 
naires d’authenticité,  ce  foupçon  naît  de  ce 
qu’étant  attaquées  par  des  moyens  de  faux,Qyi 
paroiflent  convaincans  , ceux-ci  ne  font  repoulies 
que  par  des  réponfes,  qui  les  infirment 

' quelles  ne  le  détruifent.  Ainfi  le  foupçon  vioienw 


DIP 

& a plus  forte  raifon  le  foupçon  légitime  contre 
les  originaux  authentiques  en  apparence,  & les 
faits  lufEfamment  prouvés , demeurent  fans  effet , 
a moins  que^  les  réponfes  aux  accufations  de 
faux,  appuyées  fur  des  faits,  aient  peu  ou  point 
de  vraifemblance. 

8-  Le  motif  de  fufpîcion  eft  la  preuve  fur  laquelle 
le  loupçon  eft  appuyé.  Le  foupçon  demeurant 
unique , fes  motifs  peuvent  fe  multiplier.  Au 
contraire,  les  foupçons peuvent  augmenter,  quoi- 
que chaque  foupçon  ne  foit  fondé  que  fur  un 
feul  motif. 


, 9*  moyen  fuffifant  de  faux  eft  une  preuve 
de  taux  convaincante,  fondée  fur  fimpoffibilité 
morale,  _qu  mie  pièce  fût  ce  qu'elle  eft,  lî  elle 
etoit  vraie.  Ce  moyen  eft  applicable  aux  origi- 
naux comme  aux  copies. 

lo.-  La  fimple  préfomption  n'eft  appuyée  que 
lur  des  principes  incertains , ou  déduite  par  des 
confequences peu  sures  de  principes  inconteftables. 

rrlf'  préfomption  fe  tire  par  une 

confequence  nêceffaire  d'un  principe  sur. 


D I P 


59Î 


généralement  de  toutes  les  formules,  des  ufaees  ■ 
des  traits  hiftoriques.  ^ ^ 


19.  Les  caraélcres  de  faufleté  font  ceux  qui 
contredifent  les  rapports  hypothétiquement  né- 
ceilaires  , que  doit  avoir  un  diplôme  avec  lefîècle 
auquel  il  a été  fait,  & les  perfonnes  qui  en  font 
les  auteurs  & le  fujet. 


20.  Le  titre  authentique  doit  être  muni  de 
1 autorité  publique , & renfermer  toute  la  foJem- 
nite  convenab.e  a fa  nature,  conformément  aux 
ulages  du  temps  auquel  il  a été  dreffé. 


21.  Nous  entendons  par  les  formules  hiftorî- 
ques  , celles  qui  renferment  les  dates  du  ponti- 
ncar,  du  régné , de  Fincarnation  , ou  quelque 
événement  ou  point  d’hiftoire. 


• appelions  moralement  poffible  ou 

impofflbîe  , ce  qui  eft  tel  dans  telles  circonftan- 
ces,  quoique  le  contraire  foit  non-feulement  pof- 
iifale , mais  réel  dans  d'autres  conjonéiures.  Par 
exemple , il  ^eft  moralement  impoffible  qu'on  ait 
date  les  bulles  des  papes  du  port-confulat  des 
empereurs  au  XIII,  ftècle  j mais  c'étoit  un  ufage 
ordinaire  au  IX. 


12.  ce  On  appelle  preuves  en  juftice  les  ma 
„ loix , pour  découvri 

» fait  “ntdSi'/ 

15.  La  pièce  fâuffe  eft  celle  qu’on  a fuppoféi 
ou  contrefaite , ou  bien  dans  laquelle  on  a inféré 

Sd'eftenSlf™^  franduleufement  quelque 

fufpeéié  légitimement, 

légitimé  qu  on  ne  fauroit  détruire. 

IJ.  La.  pièce  très  - fufpeéle  eft  celle  oui  eft 
attaquée  par  un  ou  parplufieurs  violens  foupçons 

ïaLte 'dff  toutefois^ con- 

rSL'&l'irrr"''' 

16.  Les  caraâères  extrinsèques  des  anciens 
Si*  confident  dans  la  matière,  l'encre,  l'écri- 
tur.,  tes  fceaux  & autres  qualités,  dont  quel- 
ques-unes ne  peuvent  fe  communiquer  aux  copies. 

17.  Les  caradères  intrinsèques  fe  réduifent  au 
fty.e , aux  formules , aux  dates  & aux  faits  bif- 

également  aux  origi- 
naux comime  aux  copies.  “ 

auSs  '[érité  d’un  titre  ne  font 

cSes  L'  I ¥.P?*étiquement  né- 

-idires  quii  a avec  le  fîecie  auquel  fa  da^e 

ou  fes  circonftances  hiftoriques  le  fixent  cfs 
^ Tome  II,  ^ ^ 


2 J.  Par  dates  ge'néraîes,  nous  entendons  celles 
qui  n annoncent  que  la  vie  de  quelque  perfonns 
connue , comme  le  règne  de  tel  prince  I le  pon- 
tmeat  de'  tel  pape,  l'épifcopat  de  tel  évêque,  fans 
en  fpecifier  l'année. 

^4*  dates  fpecifiques,  nous  avons  en  vue 
celles  qui  marquent  précifément  le  lieu  , le  jour  , 
le  mois^,  1 indiâiion  , I année  de  J.  C.  du  ponti- 
ficat, du  règne  j foit  que  ces  dates  foient  unies 
enfemole  en  tout  ou  en  partie , foit  qu'elles  foient 
fépare'es  les  unes  des  autres. 

Les  dates  uniques  ne  font  accompagnées 
d aucune  autre  dans  la  même  charte. 

16.  La  foufeription , le  feing  ou  la  fignatureÿ 
font  des  formalités  qui  certifient,  confirment  ou 
valident  un  aéte , par  l'appofîtion  du  nom  ou  de 
la  marque  de  la  main  de  celui  qui  confient  à 
l'exécution  de  Fade,  ou  de  la  perfonne  prépofée 
pour  le  drefîer,  ou  pour  y rendre  témoignage. 

27.  Une  bulle  eft  une  lettre  du  pape  expédiée 

en  parchemin,  & foliée  en  Cette  défoxitioH 

tiree  du  didionnaire  de  1 academie , comprend 
généralement  toutes  les  bulles  5 celles  qui  font 
confiftoriales , fignées , revêtues  de  monoarammes, 
datées  de  Fincarnation , de  l'indidion  ,“du  pon- 
tificat, & celles  qui  font  dépourvues  de  tous^ 
ou  de  la  plupart  de  ces  caractères , telles  que 
font  les  petites  bulles  d'Alexandre  IIL 

28.  Les  diplômes  généralement  pris  , font  les 
lettres  - patentes  des  empereurs , des  rois , des 
princes , des  républiques , des  grands  feigneurs 
& des  pïçiaîs»  Le  titre  fe  prend  pour  Fade  ou 

Ddd 


55»^  DIP 

pièce  authp.tique,  qui  fert  à établir  un  droitou' 
une  qualité. 

ç.  1 1.  Après  ces  définitions , il  faut  faire  fdvre 
les  axiomes  qui  font  la  bafe  des  principes  gene- 
raux de  la  fcience  des  diplômes. 

1.  Une  chofe  ne  peut  être  & n’être  pas  tout 
à la  fois. 

2.  L'effence  des  chofes  eft  immuable. 

3.  Du  feul  vrai  Ton  ne  conclut  pas  au  faux , 
ni  du  faux  au  vrai. 

4.  Du  fait  on  conclut  au  polfiblej  mais  du 
poOible  on  ne  conclut  pas  au  fait,  ou  bien,  on 
prouve  qu'une  chofe  à pu  fe  faire,  parce  qu  elle 
s'eft  faite.  On  ne  prouve  pas  qu'elle  s'eft  faite, 
parce  qu'elle  a pu  fe  faire,  c'eft-à-dire, 
j!o0hilhé  d'uns  chofe  ne  fuffic  pas  pour  en  etabur 
i’exifience. 

5.  De  rimpolfibie  , on  conclut  à la  non- 
exiitence  du  fait  : de  la  non-exiftence  du  fait, 
en  ne  conclut  pas  à rimpcffible,  ou  bien  , on 
prouve  qu'une  chofe  ne  s'eft  pas  faite , parce 
quelle  n'a  pu  fe  faire 5 on  ne  prouve  pas  qu'elle 
n'a  pu  fe  faire , parce  qu'elle  n'eft  pas  faite. 

6.  De  rimpoffibilité  de  la  non-exiftence  durait, 
©n  conclut  à fon  exifience  ; mais  de  la  poflibi- 
lité  de  la  non-exiftence  du  fait  on  ne  conclut 
pas  à fon  exiftence  5 ou  bien , parce  qu'une  chofe 
n'a  pu  ne  fe  pas  faire , on  prouve  qu'elle  s'eft 
faite;  mais  on  ne  prouve  pas  qu'elle  ne  s'eft  pas 
faite,  parce  qu'elle  a pu  ne  fe  pas  ^faire  : de 
même  de  ce  qu'une  chofe  ne  peut  n'êrre  pas , 
on  conclut  qu'elle  eft  ; mais  on  ne  conclut  pas 
qu'e'Ie  eft  de  ce  qu'elle  peut  n'être  pas. 

7.  Du  non-impoflible,  on  conclut  au  poflible  , 
Se  du  poflible  au  non-impoflible. 

8.  De  l'incertain , on  ne  conclut  pas  au  cer- 
tain , ni  qui  plus  eft , au  ne'ceffaire. 

9.  Du  particulier  , on  ne  doit  pas  conclure  au 
générai. 

IC.  On  ne  preferit  iamais  contre  la  vérité; 
eu  bien  J u l'on  s’eft  écarté  du  vrai,  if  eft  tou- 
jours temps  d'y  revenir. 

Corollaire.  On  peur  découvrir  avec  le  temps 
destautes , des  erreurs,  des  fauffetés  qu’on  n'avoit 
pas  d'abord  apperçues. 

1 1 . On  ne  démontre  point  la  vérité  des  prin* 
cipes. 

I X.  Le  probable  eft  fufceptibîe  de  plus  & de 
moins. 

i;.  Le  plus  probable  doit  l’emporter  fur  le 
moins  probable. 


DIP 

14.  On  ne  préfume  point  la  fauffeté. 

_§,  III.  Voici  maintenant  les  principes  géné- 
raux pour  le  difeernement  des  titres. 

I.  Une  charte  doit  paffer  pour  vraie,  lorfquil 
eft  moralement  impoffible  qu'elle  foit  faufie. 

X.  Une  pièce  doit  pafler  pour  fauffe,  lorfqu'il 
eft  moralement  impoffible  qu'elle  foit  vraie. 

3.  Un  feul  défaut  effentiel,  ou  qui  moralement 
parlant  n'a  pu  fe  glifler  dans  un  aâe  vrai,  prouve 
la  fauffeté  de  la  pièce  dans  laquelle  il  fe  trouve. 

Corollaire  1.  Un  OU  plufieurs  caraéières  évi- 
demment incompatibles  avec  les  temps,  les  lieux, 
les  perfonnes  auxquels  une  charte  originale  fe 
rapporte,  la  convainquent  de  faux. 

Corollaire  II.  Toute  faute  groffière  qui  n'_a  pu 
venir  dans  l'efprit,  ni  échapper  par  inattention  à 
celui  qui  a dreffé  un  original , quelque  ignorant , 
ou  quelque  abftrait  qu'on  le  fuppofe , démontre 
la  fauffeté  de  la  pièce. 

Corollaire  III.  Des  erreurs  capitales  contre 
l’Hîftoire  & la  Chronologie  conftante  & indu- 
bitable , fi  elles  ne  peuvent  être  rejettées , ni 
fur  quelque  événement  , ou  fur  quelque  ufage 
particulier , ni  fur  une  manière  de  compter  plus 
ou  moins  fuivie,  ni  fur  l'inadvertance  , la  flatterie, 
ou  l'ignorance,  elles  opèrent  une  conviction  ma- 
nifefte  de  faux. 

Corollaire  IF.  Une  feule  formule , un  feu!  fait 
qui  ne  peut  certainement  s’allier  avec  un  tel 
fiècle  , telles  circonftances , telles  perfonnes  aux- 
quelles fe  rapporte  un  aéte,  fuffit  pour  le  con-, 
vaincre  de  faux. 

4.  Une  charte  ne  faurott  être  démontrés 
fauffe,  quand  il  eft  moralement  poffibîe  qu  elle 
foit  vraie. 

Corollaire.,  On  ne  doit  point  réprouver,  ni 
même  fufpeéler  un  titre,  parce  qu'il  a 
ractères  communs  à des  pièces  vraies  & faunes. 

5.  Une  pièce  ne  ftiuroit  être  démontrée  vraie , 
quand  il  eft  moralement  poliibie  qu'elle foit  rauüe. 

Corollaire.  On  ne  doit  point  fuppofer 
des  chartes  qui  portent  certainement  quê^tU- 
caraétère  qui  n'appartient  qu'à  une  pièce  faut  e. 

6.  Conféquemment  au  troifième  axiome,  on 
ne  doit  point  fufpeéler,  ou  fuppofer  fauffi^  ujie 
charte , parce  qu'elle  renferme  des  carafteres 
propres  d'une  pièce  véritable.  C'eft  ce 

■ arrivé  à certains  écrivains  au  fujet  d'une  Çh<irt 
de  Guillaume  le  Conquérant,  & d'une  bulle 
pape  Alexandre  IIL 

7.  Les  titres  &:  les  ades  font  faits  pour  prouver, 

& non  pas  pour  être  prouvés,  c'eft-à-dire,  qu  u 

prouvent  par  eux  .mêmes  & de  leur  propre  to 


D I P 

Corollaire  1.  On  doit  préfumer  en  faveur  de 
la  vérité  d’un  diplôme,  même  non-auihentique 
Sf  original , tant  que  fa  fauffeté  n^eft  point  mani- 
feftée  par  des  moyens  convaincans,  ou  du  moins 
fort  probables,  & fans  réplique.  Prefumitur  pro 
injîrumento  ^ nifi  ccntrarium  probttur. 

Corollaire  1 1,  On  ne  doit  pas  lîmplement 
préfumer  de  la  vérité  d’un  titre  authentique  & 
original , il  doit  paffer  pour  conftant , jufqu’à 
ce  que  fa  fauffeté  foit  démontrée  , ou  qu’on 
prouve  au  moins  qu’il  doit  paffer  pour  fufpeét- 

S.  On  ne  commet  point  de  crime  qui  expofe 
à des  peines  rigoureufes , ou  à une  grande  in- 
famie , fans  prétendre  en  tirer  quelque  utilité. 

9.  On  doit  regarder  un  fait  comme  moralement 
poffible  , iorfque  l’ufage , dont  il  eft  une  fuite , 
fubulle  aélueilemênt  J quoique  dans  des  circonf- 
tances  différentes  , ou  lorfqu’on  en  voit  des 
exemples  dans  des  temps  & des  pays  voilîns. 

10.  Il  ne  faut  jamais  établir  des  faits  fur  de 
lîmples  conjeclures. 

1 1 . Des  caradères , qui  du  premier  coup-d’œil 
prefentent  quelque  chofe  de  choquant , non  par 
un  exces  d’ignorance  craffe , mais  par  un  excès 
ffe  fingularité , ne  font  point  des  fignesdefaux, 
mais  de  vérité. 

1 2.  « Les  ades  fuppofés  font  prefque  toujours 
accompagnés  de  quelque  caradère  vifible  de 
fauffeté  », 

13.  Toutes  chofes  d’ailleurs  égales,  il  eft 
abfurde  d’admettre  pour  vrais  & authentiques  les 
diplômes  moins  folemnels , au  préjudice  de  ceux 
qui  le  font  davantage. 

14.  On  ne  doit  prononcer  contre  la  lîncérité 

des  ades , qu’après  y avoir  reconnu  des  vices 
intolérables , qu’on  ne  peut  mettre  fur  le  compte 
des  copiftes.  ^ 

I y.  Un  critique  qui  a la  fageffe  & la  politeffe 
en  partage,  ne  doit  pas  imputer  aux  chartes, 
ni  a ceux  qui  les  pofsèdent , le  crime  de  faux , 
lorfqu’ii  peut  les  en  garantir  par  quelque  inter- 
prétation favorable. 

lé.  Une  charte  fabriquée  ne  doit  être  dé- 
clarée telle,  que  fur  des  preuves  d’une  évidence 
à laquelle  il  fort  impoffible  de  fe  refufer. 

17*  Une  pièce  conteftéemn  juftice  , doit  paffer 
pour  vraie , jufqu’à  ce  qu’elle  ait  été  infcrite , 
& juridiquement  convaincue  de  faux. 

§.  IV.  Ajoutons  à ces  principes  les  lîx  fup- 
polîtions  ou  demandes  fuivantes. 

I.  Quand  on  parle  de  poflîbilité  , d’impoffibi- 
lité , de  nécefficé  en  fait  de  titres,  on  entend 
toujours  nécsflité , poffibilité,  impoffibilité  morale 


D I P 

jdu  hypothétique,  c’eft-à-dire,  qui  fuppofe  les 
rapports  & les  circonftances  dans  lefquels  fe 
trouve  le  diplôme  dont  il  s’agit. 

2.  On  fuppofe  qu’on  puiffe  juger  de  la  vérité 
ou  de  la  fauffeté  des  titres. 

3.  Que  ce  jugement  foit  appuyé  fur  leurs 
caraélères,  tant  intrinsèques  qu’extrinsèques. 

4.  jQue  les  fens  puiffent  faire  connoître , & 
l’expérience  diftinguer  l’écriture  , l’encre  , la 
matière,  les  fceaux  qui  conviennent  à chaque 
liècle. 

5 . Qu’on  puiffe  fixer  l’âge  des  diplômes , & 
fur-tout  des  véritables,  par  leurs  caraélères  non- 
feulement  intrinsèques , mais  encore  extrinsèques. 

6.  Qu’eu  égard  à la  totalité  des  aéles  dreffés 
parles  latins,  on  puiffe  fuppofer  que  chaque 
fiècle  en  a produit  un  nom.bre  à peu  près  égal . 
en  admettant  néanmoins  toutes  les  déduéiions 
raifonnables  qu’on  jugera  néceffaires. 

CHAPITRE  II. 

Règles  générales  fur  la  vérité  & la  faujfeté  des 
DivlÔjîes  des  autres  acres. 

Article  premier. 

Règles  générales  de  vérité. 

^i.  Il  n’eft  point  de  chartes  dont  on  puîffa 
démontrer  la  vérité  avec  une  certitude  méta- 
phyfique, 

2.  Il  eft  moralement  impoffible  qu’une  charte 
foit  fauffe,  lorfqu’elle  eft  revêtue  de  tous  les 
caraélères  de  vérité  qui  lui  font  propres. 

3 . Pour  qu’une  charte  foit  revêtue  de  tous  les 
caractères  de'  vérité,  il  faut  qu’elle  n’en  renferme 
aucun  qui  ne  puiffe  fe  rapporter  au  fiècle  auquel 
elle  doit  appartenir,  & aux  perfonnes  qui  doi- 
vent l’avoir  dreffée. 

Corollaire  I.  Une  pièce  à laquelle  il  ne  manque 
aucun  des  caraélères  du  fiècle  auquel  elle  eil 
attribuée  , doit  paffer  pour  véritable. 

Corollaire  II,  Les  titres  revêtus  de  tous  les 
caraélères  les  plus  ufirés  ay  fiècle  dont  ils  s’an- 
noncent, tirent  de  là  de  nouveaux  moyens  peur 
écarter  les  foupçons  qu’on  pourroit  former  contre 
leur  vérité. 

Corollaire  III.  Les  chartes  qui  ne  renferment 
que  les  caraélères  les  moins  ufirés  du  Cède  au- 
quel elles  fe  rapportent , offrent  par  cet  endroit 
la  preuve  la  plus  évidente  de  leur  vérité. 

4.  Des  caraélères  compatibles  enfemble  & avec 
la  charte  où  ils  le  rencontrent , prouvent  fa  vérité, 

D d d ij 


DIP 


DIP 


Corollaire.  Contre  une  charte  cui  ne  peche* 
58!  du  côté  de  Thiltoire,  ni  da  côté  des  carac- 
tères extrinsèques  , on  ne  tire  jamais  de  moyens 
fuiSfans  de  faux  du  ftyle  & des  formules  j à 
moins  oue  ces  caradlères  intrinsèques  n^’impliquent 
contradiction  J ou  qu’ils  ne  foienr  incompatibles  ' 
entr’eux  ou  avec  ce  titre. 

5-.  Une  pièce  antique,  qui  moralement  par- 
lant, a.  pu  recevoir  tous  les  caraétères  dont  elle 
ell  revêtue,  de  la  part  de  ceux  à qui  elle  eft 
attribuée , ne  fauroit  être  convaincue  d’impoiîure. 

6.  Tout  moyen  de  pure  poffibiiité,  pourvu 
qu’elle  foi t morale,  & qu’elle  s’étende  à tous 
les  caraélères  d’une  pièce,  la  jullifie  de  toute 
accufation  de  faux. 

Corollaire  I.  Une  pièce  revêtue  de  tous  les 
caraétères  eîTentiels.  de  vérité  qui  lui  convien- 
nent , ü elle  eîi  combattue  par  desinconvéniens, 
par  des  contrariétés  apparentes  avec  d’autres 
chartes,  avec  des  hiiloriens  contemporains , elt 
fufEfamment  iüftiSée,  quant  à l’accufation  de 
faux , par  des  folutions  moraiement  poflibles  ou 
vraifemblables. 

Coro'-'aire  II.  Pour  qu’un  diplôme  foit  cenfé 
véritable , il  fufSt  que  tous  fes  caractères  appar- 
tiennent au  temps  dont  il  s’annonce  , foit  qu’ils 
y fo’ent  ordinaires , foit  qu’ils  y foient  plus  ou 
moins  rares.  Qu’ils  foient  donc  untés , ou  du 
moins  qu’ils  ne  ioient  pas  contraires  à l’ufage  da 
temps , on  n’en  doit  pas  demander  davantage. 

7.  Etant  prouvé  qu'il  eft  moralement  poffible 
que  tel  caractère  convienne  à une  charte  , on 
la  lave  de  toute  accufation  de  faux  intentée  au 
fujet  de  ce  caractère  f mais  on  ne  la  met  pas  à 
couvert  des  autres  objeétions  qu’on  pourroïc  for- 
mer contre  elle. 

S.  _D’un  ufage  non  certainement  connu  pour 
invariable , on  ne  peut  tirer  aucun  moy^en  de 
faux. 


» des  contrariétés,  foient poffibles &Vraifetnbîa- 

« blés  ; & c’eft  .agir  contre  la  raifon , que  dê 
w demander  des  preuves  pofitives,  parce  que  le 

fait  en  foi  étant  fuffifamment  prouvé,  il  n’eft 
» pas  jufte  de  demander  qu’on  en  prouve  de  'a 
==  même  forte  toutes  les  circonftances 

Corollaire  II.  On  ne  peut  - raifonnablement 
attaquer  par  de  fimples  conjectures  des  faits  bien 
prouvés. 

Corollaire  III.  Le  défaut  de  vraifemblance  eft 
un  moyen  trop  foible  pour  détruire  des  fa-'tc 
accrédités. 

Après  avoir  employé  des  preuves  très -fortes 
pour  montrer  combien  peu  vraifemblable  eft  la 
p.’-étention  de  Tite-Live,  cm  dit  que  le  fac  de 
Rome  par  les  gau'ipis  fut  fuivi  d’une  défaite  fl 
complette  de  leur  armée , qu’il  n’en  récbapqa 
pas  un  feul  homme:  M Melot,  dans  fa  diife'r- 
tanon  fur  la  pnfe  de  Rome  par  les  gaulois,  pré- 
vient l’abus  qu’on  courroit  faire  de  fes  prin- 
cipes. 

“ Je  n’ignore  pas dit -il,  que  le  défaut 
” de  vraifemblance  eit  un  moyen  trop  ioible 
« pour  détruire  des  faits  accrédités  5 mais  c-mre 
r-ur  que  je  viens  de  relever  dans  le  récit 
« de  Tite-Live,  on  y trouve  encore  une  fauffeté 
" hiftorique  >■>. 

^ Corollaire  î V.  On  ne  doit  point  s’embarraiTer 
d’une  objeftion  qui  n’eft  appuyée  eue  fur  un. 
peut-être. 

Corollaire  V.  Des  préfomptions  , quelque  vio- 
lentes qu’elles  foient,  ne  peuvent  jamais  former 
une  pleine  conviction , telle  qu’il  la  faut  pour 
prononcer  fans  retour  fur  quelque  affaire  que  ce 
foit.  principalement  quand  la  condarrmation  des 
chofes  dom,  comme  ici,  retomber  fur  les  per- 
fonnes.  Il  aarou  été  à fouhaicer  que  M.  Simon 
c'Jt  raifonné  plus  conféauemment  à cette  maxime  , 
loffqifi!  écrivoit  fit  les  chartes. 


Corollaire  1.  Un  titre  qui  contient  des  difpc- 
fltions  inconnues  ou  rares  dans  le  flède  auquel 
on  l’attribue,  n’eft  pas  faux  dans  le  premier  cas 
ni  fufpsift  dans  le  fécond.  ^ 

Corollaire  II.  Un  diplôme  différent  de  que'cues 
autres  pièces  vraies , peut  n’être  pas  faux. 

5.  Toute  ^pièce  qu’on  ne  fauroit  attaquer  que 
par  des  poffibriités  , des  préfomptions , des  côn- 
leaures,  -des  vraifembknces,  doit  être  déchargée 
o.e  ! accrf.iticn  de  taux. 


Cc^o..azre^  i.  Q,,and  ^ l’auteur  de 

/ Ce  psrijer.  cits  par  un  habile  critique,  « ouard 
-.ên  , ciu  eft  d’aiücurs  fuffifamment  attefté 
= eu  comoattu  par  des  inconvéniens  & des  con- 

- tranetes  apparentes  avec  d’autres  hiftoires  j 

- aicre  n fumt  eue  les  folutions  qu’on  apporté 


Corollaire  VI.  On  ne  doit  point  oppofer  des 
raifons  de  pure  critique  à des  actes  anciens  ÔC 
reçus  de  tout  le  monde. 

Corollaire  VII.  Peur  détruire  un  fait  fondé 
f.îr  des^  titres , ,U  tai;î  d'autres  titres , d’autres 
-autorités  fl  preSantes  & fi  précifes  , qu’elles 
puiffent  anéantir  ou  balancer  les  titres  & fts 
autorités  contraires. 

Corollaire  VI IL  Un  fai';  cenftâté  par  des  tlftes 
ne  fauroit  erre  détruit  que  par  des  titres  con- 
traires , ou  par  une  démonftraticn  de  l’impoflibi- 
iiré , que  ce  fait,  ou  ces  titres  foient  véricaolfis, 

Coroilaire.  IX.  Une  charte  n’eft  pas  convaincue 
de  faux  par  l’argument  négatif,  ou  par  le  fllence 
d’un  ou  de  pliifieurs  auteurs',  à moins  qu’l’  ne 


DIP 

fit  impoiïïfcîe  qu’ils  n’en  eufTene  pas  parlé , G 
elle  était  véritable. 

10.  Üne  piece  ne  doit  point  être  accufée  de 
faux  J ou  d interpolation  , fans  que  l'un  ou 
1 autre  fait  ne  foit  confîaté  par  une  preuve  très- 
certaine  , ou  par  le  témoignage  fufSfant  d’un 
ancien  auteur. 

11.  Un  endroit  non  fufpeci:  raclé  ne  rend  pas 
une  piece  faulTe  j ni  vicieufe. 

12.  Les  chartes  raturées  ne  font  point  fuf- 
pecies,  lorfque  les  ratures  font  approuvées.  Les 
eÿaçures  involontaires  n’empêchent  point  que  les 
enÿoits  où  elles  fe  trouvent^  ne  faflent  foi  en 
jui  Ke^  U elles  font  lifibles;  mais  iis  doivent  être 
comptes  pour  rien  ^ lî  les  ejfcçures  fort  approu- 
vées j ou  il  elles  font  volontaires. 

i J.  C ed  une  iilufîon  d’accafer  des  chartes 
de  .aux  fous  prerexre  qu’eiies  foient  crelfées 
par  des  notaires  avant  leur  étabiiirement. 

^4'  Q.Uand  on  connort  le  ilyle  & les  formules 
propres  de  chaque  fiecle  & de  chaque  pays, 
on  J prtitude  morale  que  les  chartes  où  ces 
caractères  ie  rencontrentj  .appartiennent  à tel 
liscle  ^ a ce!  pa}?s. 

Gn  peut  juger  par  le  llyîe  & les 
formules  du  fiecle  auxquels  fe  rapportent  les  copies, 

& les  anciennes^  pièces  faulfes  originales  qui  fe 
feroient  confervées.  Mais  on  juge  encore  mieux 
des  dernières  par  leurs  caraclères  extrinsèques. 

IJ.  Quand  on  connpît-J’écrirure , l’encre,  la 
m,itiere,  les  fceaux  qui  conviennent  aux  diplô- 
mes de  chaque  lîècle  & de  chaque  pays,  on  a 
une  certitude  phyfique  que  relie  pièce  orieinale 
appartient  à tel  fiècie  , à tel  pays. 

^rv//^ire.  Une  charte  qui  fe  dit  d’un  autre 
liecie  , cil  d un  autre  pays , que  celui  auquel 
les  caraâeres  extrinsèques  la  fixent,  eft  fup^ofée  - 
& 1 antiquaire  en  a une  certitude  phyfique'. 

16.  On  peut  fouvent  prononcer  avec  une  cer- 
titude morale  fur  la  vérité  des  diplômes. 

17.  Peu  d anciens  diplômes  qu’on  puiiTe  con- 
vaincre de  faux  ; .moins  encore,  lorfqu’aux  carac- 


D I P 


2-0.  Ni  les  caraéières  propres  des  chartes  ni 
en  general  les  chartes  elles-mêmes,-  orimnales^ o* 
copies  , ne  peuvent  être  des  ouvrages  d’im- 
poiteurs. 

Arf  croyable  qu’on  ait  autrefois 

«brique  des  titres,  fans  prétendre  en  tirer  nul 
avantage. 

22.  Si  1 on  a prétendu  tirer  avantage  des  piè- 
ces nouvellement  fabriquées , on  a compté  s’en 
lervit  ou  peu  après  leur  fabrication,  ou  du 
vivant  je  ceux  qui  les  avoient  fupDofées  , ou 
qui  etoient  complices  de  ces  impôfteurs.,Sans 
ce.a , les  auteurs  ae  la  fourberie  ne  fe  feroient 
pas  propofes  d’en  tirer  eux-mêmes  quelque  utilité 
den-^  ^ huirieme  principe  & la  règle  précc- 

2,.  Quand  les  caraéferes,  tant  intrinsèques 
qu  extnnseques  des  diplômes  , ne  fourniroient  à 
nulle  relfource- contre  de  faux  titres 
djrelles  par  d habiles  mains,  dans  le  temps  & 
.e  lieu  de  leur  date,  parce  que  de  tels  aéfes 
pourroient  reunir  toutes  les  circonftances  , donc 
e defaut  dccouvnroit  l’impofture  , on  ne  man- 
querou  pas  de  moyens  pour  prouver  que  la  con- 
lervanon  de  cesaèfes,  depuis  bien  des  fiècles, 
croît  finon  impolSble , du  moins  improbable. 

24.  Selon  toutes  les  apparences,  il  ne  refie 
plus  dans  les  archives  des  chanoines  & des  moines 
de  fauffes  chartes,  dont  l’antiquité  de  l'écriture 
égalé  celle  de  la  date. 

S il  eft  pofïiDÎe,  il  n’eft  pas  du  moins  pro- 
bable que  quelque  titre  faux  , compote  par  fimple 
amuiement , ou  par  pure  piaifanterie  , & reçu 
fans  mauce  & fans  précaution  dans  des  archives 
p'uD.iques , ou  particulières,  fût  parvenu  jufqu’à 
nous  depuis  une  longue  fuite  de  fiècles. 


A R T 1 c L 


1 1. 


Rê^/es  génémles  de  faufeté. 

I.  Il  eft  morale.ment  impolTibie  qu’un  aAf 
qui  porte  tous  les  caractères  de  faulfeté  for 
vrai.  •*  • 


ttrts  a or'gip.uux  ils  joignent  ceux  des  litres 
authexHnq.xs.  j 

^ 18.  L ek  ces  cnartes  vraies  qui  contiennent 
Ge  raiix  expo.As,  ô;  de  fauifes  qui  en  coHrien- 
nent  de  vcrrabies. 

tç)  Des  caraftè.res  rares' dans  un  fiècie  ,’^mars 
neanmoins  conitans , loin  d’être  contre  la  charte, 
qnj  les  renrerme  , des  moyens  de  faux  , ou  de 
iï'vSé’  P-£^ves  prTfqu-infhilhbles  de 


2,  Une  charte  porte  tous  les  caradères  de 
fauliete , quand  elle  n’en  offre  aucun  qui  puiff" 
convenu-  au  fiècie  & aux  ^xerfonnes  dont  êiie“ 
s annonce. 

V faufie,  quand  en  la  fuppofint 

vraie,  u n ell  pas  pofflble  'c-u’elle  foir  mvêtue 
a un  ou  de  piufreurs  des  caradères  qu’elle  porte. 

Corollaire  I.  Des  caradères  incompatibles 
ectr  eux  , ou  avec  la  pièce  dans  lacueiie  ils  con- 
courent J en  prouvent  la  faulfeté,  ' 


DIP 

Corollaire  IL  La  fuppolîtion  d’une  pièce  eft 
prouvée  par  l’argumenr  négatif  ^ lorfquii  n’eft 
pas  poffibie  qu’on  en  eut  parle , û elle  eut 
exifté. 

4.  Il  eft  des  caractères  de  vérité  dans  un  fiè- 
cle  , lefquels  dans  un  autre  font  des  preuves 
évidentes  de  fauftete. 

J,  On  peut  quelquefois  prononcer  avec  une 
certitude  morale  fur  la  fauifeté  des  diplômes  fup- 
pofés. 

6.  Les  pièces  faufîes  font  ordinairement  aifées 
à reconnoître. 

7.  Il  eft  impoftible  même  qu’une  charte  origi- 

nale foit  vraie;  1°.  lorfque  fon  ftyle  & fes  for- 
mules font  incompatibles  avec  ceux  des  pæces 
du  même  ou  de  tout  autre  genre  ^ de  la  ^ même 
ou  de  toute  autre  nation  limitrophe , du  même  ou 
de  tout  autre  fiècle  voifin  : lorfqu’elie  con- 

tredit des  faits  d’une  certitude  inébranlable^ 
fondée  non-feulement  fur  l’autorité  des  hiftoriens 
contemporains , mais  des  monumens  du  temps 
les  plus  authentiques  ; 5®  lorfque  fon  écrimre, 
fon  encre  & fes  autres  caraéières  extrinsèques 
ne  peuvent  s’accorder  avec  fes  dates  indubitables. 

8.  On  eft  moralement  certain  de  la  faufleté 
d’un  diplôme , qui  contredit  fes  caraébères  intrin- 
sèques par  une  date  , fur  la  certitude  de  laquelle 
on  ne  fauroit  former  aucun  doute  raifonnable. 

9.  Un  diplôme  différent  de  quelques  pièces 
fauffes , peut  n’être  pas  vrai  j comme  un  diplôme 
différent  de  quelques  pièces  vraies , peut  n’être 
pas  faux. 

10.  Le  moyen  de  faux  eft  Amplement  détruit^ 
lorfqu’on  prouve  que  les  caraftères  ne  font  pas 
incompatibles  avec  la  pièce  accufée  , quand 
même  elle  en  auroit  un  ou  plufieurs , donc  on 
ne  trouveroit  aucun  exemple. 

11.  ün  moyen  de  faux  le'gitime  & fuffifantj 
du  moins  en  apparence , ne  faùroit  être  totale- 
ment détruit  J jufqu’à  lever  tout  foupçon  légitime  ^ 
que  par  des  faits  contraires,  aufti  formels  que 

, conftans , lorfqu’il  ne  s’agit  pas  d’une  pièce  au- 
thentique. 

II.  Une  pièce  ne  doit  pas  toujours  paffer 
pour  fauffe,  parce  qu’elle  eft  ainft  traitée  dans 
les  monumens  anciens. 

1 5 . Une  charte  ne  doit  pas  être  mife  au  rang 
des  pièces  fuppofées,  parce  quelle  contient  des 
chofês  fauffes  & fabuleufes. 

14.  On  ne  doit  pas  rejetter  des  diplômes, 
pour  cela  feul  qu’ils  énoncent  des  faits  uniques , 
ou  extraordinaires. 


DIP 

ly.  I!  ne  s’enfuit  pas  qu’un  ancien  aéle  foit 
faux  , de  ce  qu’on  ne  fauroit  rendre  raifon  d’un 
ou  de  plufieurs  faits  qu’il  contient. 

16.  On  ne  doit  pas  rejetter  comme  faux  des 
diplômes,  parce  qu’ils  accordent  de  grands  pri- 
vilèges, ou  quelques  droits  attachés  à la  fou- 
veraineté. 

ly.  Toute  règle  qui  enveloppe  les  vraies  char- 
tes dans  la  condamnation  des  fauffes , doit  être 
réprouvée;  & toute  règle  qui  fait  grâce  aux 
faiix  titres  , eft  fauffe  elle- même. 

18.  Pour  déclarer  juridiquement  des  pièces 
fauffes , il  faut  des  preuves  authentiques  de  trois 
fortes  , preuves  lirtéréraks  , preuves  teftimonia- 
les  , preuves  fondées  fur  des  indices  indubitables, 
& plus  claires  que  le  jour. 

CHAPITRE  III. 

Règles  générales  de  fafpkion , & règles  générales, 
fauffes  ou  infuffifantes 

Article  premier. 
Règles  de  fufpicion. 

î.  La  conjedure  eft  fufceptible  de  plus  ou  de 
moins  de  vraifemblance  & de  probabilité , 
fuivant  que  fes  motifs  font  plus  ou  moins  nome 
breux , plus  ou  moins  foiides. 

I.  Le  foupçon  eft  fufceptible  d’une  infinité  de 
degrés , comme  la  conjecture  dont  il  eft  une 
efpèce. 

3.  La  conjecture  doit  balancer  l’autonte  , lorf- 
que celle-là  eft  très- forte  & très-probable,  & 
celle-ci  peu  vraifemblable  & chancelante,  foit 
parce  que  l’auteur  n’eft  pas  digne  de  foi,  foit 
parce  qu’il  n’eft  ni  contemporain  ni  prefque 
contemporain  , & queA’ailleurs  il  n a pas  eu  des 
mémoires  sûrs. 

4.  Mais  .quand  il  arrive  qu’un  fait  eft  fuffi' 

famment  attefté  par  le  témoignage  d’un  auteur 
qui  a quelque  autorité  , qui  s’explique  ^claire- 
ment  qui  n’eft  point  contredit  par  a autres 

écrivains  , & qu’on  ne  peut^  convaincre  de  s erre 
trompé , pour  lors  l’autorité  doit  l’emporter  lur 
la  conjeéture. 

J.  Un  fait  devient  douteux , quand  il  eft  t:om- 

battu  par  des  conjeétures  extrêmement  tortue»» 
qui  ne  peuvent  être,  ni  détruites , ni  affoibuss* 

6.  Un  fait  établi  par  un  auteur 
teraporain , ne  fauroit  être  détruit  par  f ^ , 
des  autres.  Ilfaudroit,  continue  M-  le 
la  Baftie , en  trouver  quelqu’un  , ou 
ou  du  même  temps  qui  dit  piécifémcnt 
traire. 


D I P 

C’efi  un  excès  de  !a  critique  de  traiter  de 
faux  un  fait  qui  n'ell  que  douteux,  ou  de  don- 
ner pour  fuppofé  un  diplôme  dont  la  foi  eft 
fimplement  fufpedte. 

Corollaire  I.  Un  fait  vrai  eft  quelquefois  ^re- 
gardé comme  faux  par  ceux  qui  devroient  en  être 
les  mieux  inftruits. 

Corollaire  1 1,  Les  conjeêlures  même  plaufibles 
ne  doivent  point  l'emporter  fur  des  faits  atteftés. 

§.  En  matière  de  faits,  toutes  chofes  égales , 
Fauteur  connu  doit  être  préféré  à l'anonyme , 
l'eccléfiaftique  ou  le  religieux  au  laïque,  l'homme 
' en  place  au  f inple  particulier , le  contemporain 
2 celui  qui  n'a  vécu  qu'après  les  événemens 
qu'il  rapporte. 

Règles,  i.  Il  ne  faut  fufpeéler  aucun  livre 
PU  manufcrit  de  fuppofition  ou  d'impofture,  fi 
l'on  n'eft  appuyé  fur  un  témoignage  irrépréhen- 
fible , ou  fur  une  raifon  légitime. 

Corollaire  I.  On  ne  doit  pas  non  plus  fufpeéler 
un  fait  contenu  dans  les  chartes , ni  les  chartes 
elles-mêmes,  fans  une  autorité,  ou  une  raifon 
légitime. 

Corollaire  II,  Les  fimples  foupçons  n'ont  au- 
cune force  contre  les  chartes,  ni  contre  les  faits 
qu'elles  renferment. 

2.  Le  témoignage  d'un  homme  digne  de  foi , 
défintérelfé , & d’ailleurs  contemporain  , qui 
affureroit  qu'un  livre , ou  qu'un  titre  auroit  été 
corrompu  ou  fuppofé,  rendfoit  ce  livre  ou  ce 
titre  fufpeéi  ; mais  il  ne  le  convaincroit  pas  tou- 
jours de  faux. 

3.  On  a beau  multiplier  les  fimples  foupçons 
contre  un  titre  ou  un  fait  bien  attefté,  ils  ne 
doivent  répandre  aucun  doute  contre  la  certi- 
tude de  ce  titre,  ou  de  ce  fait. 

Corollaire.  Tout  argument  de  pure  poflïbilité 
contre  la  vérité  des  titres , doit  être  rejetté 
comme  abfurde , & tendant  au  renverfsment  de 
la  fociété. 

4.  Le  moyen  de  faux  prouvé  , fait  condamner 
la  pièce  & fon  auteur.  Le  foupçon  violent  in- 
valide la  première,  & rend  «nulle  la  preuve 
qu'on  èn  tire.  Le  foupçon  légitime  donne  atteinte 
£ celle-là  , & rend  incomplette  celle  - ci , fup- 
pofé néanmoins  que  ces  moyens  ne  foient  pas 
détruits. 

Corollaire  I.  Une  pièce  légitimement,  mais  non 
violemment  fufpeéïée,  ne  perd  point  toute  fon 
aurorité. 

Corollaire  IL  On  peut  tirer  des  argumens  pro- 
bables d'un  diplôme , contre  lequel  il  y auroit 
piufieurs  foupçons  qui  n’iroient  ‘pas  jufqu  à le 
rendre  douteux. 


DIP 

Corollaire  III.  Une  pièce  qui  fouffriroit  des 
difficultés , ajoutée  à des  pièces , ou  à des 
raifons  inconteftabJes , dans  l'égalité  des  preuves  , 
pourroit  faire  pencher  la  balance. 

Corollaire  I V".  Comme  dans  les  affaires  pure- 
ment civiles , au  défaut  des  preuves  évidentes  , 
on  s’en  tient  fouvent  à la  plus  grande  probabilité  j 
on  pourroit  juger  quelquefois , conformément 
à une  pièce  à laquelle  on  oppoferoit  un  ou 
piufieurs  foupçons  légitimes,  infufiifans  pour  la 
rendre  nulle  & douteufe,  mais  qui  cependant  ne 
pourroient  pas  être  détruits. 

y.  De  nouvelles  preuves  peuvent  élever  le  fim- 
ple  foupçon  à l'état  de  foupçon  légitime,  le 
légitime  à celui  de  violent,  & ce  dernier  juf- 
qu'au  moyen  de  faux. 

6.  Le  moyen  de  faux  peut , par  de  bonnes  ré- 
ponfes,  être  réduit  au  foupçon  violent , le  vio- 
lent au  légitime,  le  légitime  au  fimple  foupçon, 
c’eft- à-dire,  à rien. 

7.  Piufieurs  foupçons  légitimes  fe  réunifiant 
contre  une  pièce,  forment  quelquefois  un  foup- 
çon extrêmement  fort , qui  lui  fait  perdre  toute 
autorité. 

Corollaire.  Pour  que  le  foupçon  légitime  foit 
transformé  en  foupçon  violent , il  faut  ou  que 
fes  motifs  fe  fortifient  & deviennent  plus  prefians,, 
ou  que  de  nouveaux  foupçons  légitimes , accu- 
mulés les  uns  fur  les  autres,  produifent  le  même 
effet. 

8.  Le  foupçon  légitime  ne  fauroit  être  détruit, 
fi  l’on  ne  peut  montrer  d'exception  formelle  , & 
dans  l'efpace  d'emdron  un  fiècîe,  à î'ufage  fur 
lequel  ce  foupçon  eft  fondé , ou  fi  l'on  ne  prouve 
pas  démonftrgtivement  vis-à-vis  d'une  pièce  ori- 
ginale & authentique  la  pofilbilité  morale  de 
cette  exception. 

9.  Le  foupçon  violent  fubfifte  , fi  par  des  faits 
ou  des  ufages  fembiables,  au  moins  des  fiècles 
voifîns,  on  ne  fauroit  prouver  que  tel  fait,  tel 
ufage  n'étoit  point  invariable  au  temps  auquel 
il  fe  rapporte  J ou  s'il  regarde  un  original , quand 
on  ne  juftifie  que  foiblement  fa  vraifembiance  oii- 
fa  poffibiiité  morale. 

!0.  Le  foupçon  légitime  eft  détruit  dès  qu'on- 
prouve,  par  des  faits  contemporains  , que  I’ufage- 
fur  lequel  on  le  fondoit,  n'étoit  pas  fi  confiant, 
qa'ii  ne  fût  réellement  fujet  à des  exceptions. 

î I . Un  foupçon  légitime  contre  une  pièce  , 
même  originale , ne  peut  fe  détruire  que  par  des- 
faits, non  fimplement  poffibles  en  eux-mêmes 
mais  moralement  poffibles , c'eft-à-dire  , dans  les- 
circonftances  dont  il  eft  queftion, 

1 2.  Le  foupçon  légitime  non  détruit,  ne  devîenr 
pas  pour  cda  violent,  ni  le  violent,. moyen  de  faux» 


^oô  DIP 

13.  Les  motifs  fur  lefquels  fost  appuyés  les 
foupçons  violensj  où  pluîiîeurs  foupçons  violens 
réunis,  forment  quelquefois  un  moyen  de  fauXj 
ou  une  preuve  complecte  de  fuppolîtion. 

14.  Un  original  exempt  de  tout  défaut  du 
côté  des  caradères  extrinsèques , ne  doit  pas 
perdre  fon  autorité,  quoiqu'il  pût  fournir  ma 
tière  à des  foupçons  très-forts  en  apparence  du 
côté  des  caradères  intrinsèques , mais  non  mo- 
ralement incompatibles  avec  la  vérité  de  la  pièce. 

I Le  foqpçon  violent  eft  fimplement  détruit^ 
quand  on  montre  quelque  exception  dans  les  fiècles 
voifins  à f ufage  qu'on  préfumeroit  invariable. 

Corollaire.  Dès  qu'un  ufage  eft  préfumé  véri- 
table , le  foupçon  violent  fait  place  au  foupçon 
légitime. 

lé.  Le  foupçon  violent  ne  fauroit  être  totale- 
ment détruit  que  par  des  exceptions  pofitives, 
foit  à tel  ufage  en  particulier  , foit  à des  ufages 
parallèles  du  même  temps. 

17.  Le  moyen  de  faux  ceflant , le  foupçon 
violent  fubfiftera  ; fi , félon  la  définition  7 , une 
formule  de  charte  n’eft  appuyée  de  nul  exemple, 
ni  du  temps  auquel  la  pièce  fe  rapporte , ni  des 
fiècles  les  plus  voilins , le  foupçon  violent  dé- 
truit, le  foupçon  légitime  peut  fe  maintenir. 

18.  Le  foupçon  légitime  détruit,  le  foupçon 
violent  tombe  : le  foupçon  violent  détruit,  le 
moyen  de  faux  n'eft  plus. 

Corollaire.  Le  moyen  de  faux,  de  fufpicion 
véhémente  & légitime  détruit  , la  pièce  celTe 
d'être  fufpede. 

19.  Une  pièce  a toutes  les  apparences  de  faux , 
fans  en  avoir  la  réalité  ; quand  elle  eft  fufcep- 
tible  des  plus  violens  foupçons , quoiqu'il  ne  foit 
pas  moralement  impoffible  qu'elle  foit  vraie. 

2,0.  Une  pièce  qui  porte  toutes  les  apparences 
de  faux,  ne  doit  point  faire  foi  iufqu'a  qu'elle 
foit  juftifiée. 

^21.  Quelque  fauffe  que  paroiffe  une  pièce  du 
côté  de  l'impoffibilité  morale  ; queîqueVufpede 
ou  elle  foit  par^  un  ou  plufieurs  caraélères  défa- 
vantageux  5 fi  l'on  vient  à prouver  par  des  faits 
conftans  que  l'impoffibilité  n'eft  pas  réelle,  qu'il 
y a lieu  à 1 exception , eu  égard  aux  temps , aux 
perfonnes,  aux  circonftances , la  pièce  eft  plei- 
nement juftifiee.  Il  faudroit  même  regarder 
comme  defeétueufe  en  cela , &par  fa  trop  grande 
généralité, toute  règle  qui  la  fiétriroit,  & oui 
iu&roît  d ailleurs  pour  prouver  l'invalidité  d'une 

p-e^ , ou  même  fa  fauffeté  dans  d’auîrss  con- 
jonctures, 


DIP 

Article  II. 

Keghs  générales  faujfes  , ou  infujfîfanteSt 

1.  Prétendre  que  toutes  les  anciennes  chartes 
font  incertaines  , & ne  méritent  guère  la  confiance 
du  public. 

2.  Sufpeâer  d'autant  plus  les  originaux  qu'fis 
font  plus  anciens. 

3.  Faire  dépendre  la  vérité  des  diplômes  an- 
ciens d'une  conformité  rigoureufe , avec  les  mo- 
dèles propofés  par  D.  Mabilion  dans  fa  Diplo^ 
matique» 

4.  Prétendre  que  les  diplômes  poftérieurs  & 
contradiéloires  prouvent  la  fauffeté  des  pièces 
plus  anciennes.  ' 

y.  Conclure  de  l'ufage  d'un  temps  à l'ufage 
d'un  autre  temps  fort  éloigné. 

6.  Suppofer  que  des  archives  peuvent  devenir 
très-fufpecfes  par  les  prétentions  de  ceux  à qui 
elles  appartiennent. 

7.  Toute  charte  qui  porte  des  caraélères  vifî- 
bles  de  fuppolîtion,  foit  par  le  défaut  des  dates 
& des  fignarures,  foit  parce  que  les  temps,  les 
circonftances  & les  perfonnages  qui  paroiffent 
comme  témoins,  ne  quadrent  pas  enfembie  5 foit 
parce  que  le  contenu  fe  trouve  démenti  par  des 
faits  certains  Sc  inconteftabies  , doit  être  rejettée 
comme  une  pièce  faulTe,  en  quelques  archives 
qu'elle  fe  trouve. 

8.  Toute  règle  qui  réprouveroît  ou  fufpefteroit 
un  très-grand  nombre  d'originaux  tirés  de  diffé- 
rentes archives , doit  être  regardée  comme  fauffe. 

Corollaire.  Telle  feroit  la  règle  qui  établiroit 
que  les  anathèmes  & les  malédiftions  rendent 
fufpeétes  les  chartes  qui  les  contiennent. 

9.  Rejetter  comme  faux,  ou  fufpeéter  les  acies 
ou  diplômes , fous  prétexte  qu'ils  renfermeroienr 
des  abus , s'ils  étoient  véritables , c'eft  un  excès 
manifefte. 

10.  Taxer  une  pièce  de  faux,  parce  qu'elle  en 
Cite , ou  qu'elle  s'autorife  d'une  autre  évidem- 
ment fauffe. 

11.  Une  réglé  effentielle , efl  cT  examiner  la  date  ^ 
au  la  chronologie  , des  actes  ou  des  lettres. 

1 2.  ce  Quant  aux  années  de  J.  C.  elles  n'ont 
été  en  ufage  pour  les  chartes  & les  diplômes  que 
dans  l'onzième  fiècle  ». 

13.  Reprouver  une  charte  à caufe  d'une  date 
fautive,  ou  d’un  trait  hiftorique  faux  ou  peu 
exact. 

14.  « Quand  on  trouve  dans  une  feule  pièce  , 

M qui  n'eft  fguîenue  par  des  gens  qm 

interet 


DIP 

M intérêt  às  la  aéfenJre  ^ plufieurs  traits  réunis 
» qui  la  rendent  fufpecle  , elle  doit  paffer  ou 
33  pour  faufle  , ou  au  moins  pour  très-fufpeâe’^. 
Cette  réglé  fe  trouve  dans  la  première  encyclopé- 
die, où  Ton  reconnoîtde  vrais  aétes,  dès  quel' iruérêt 
tiy  efi  pas  mêlé. 

CHAPITRE  IV. 

Règles  generales  fur  les  archives  , fur  leur  conferva- 
tion  , fur  l'ufage  de  la  D i F l o m atxqu  e ^ 
l autorité  des  Diplômes, 

Article  premier. 

Réglés  fur  les  archives  & leur  confervation, 

î.  On  a dû  conferver  les  anciens  diplômes, 

2.  On  a pu  les  conferver  du  moins  auffi  aifé- 
îîsent  que_  les  raanufcrits. 

?•  Les  archives  ecclefîaftiques  remportent  par 
leur  antiquité  fur  toutes  les  autres. 


DIP 


401 


5.  Il  nell  pas  moins  juile  qu’aux  mêmes  con- 
aitions  & dans  les  mêmes  circonftances  les 
archives  eccléliaftiques  confervent  le  même  pri- 
vnege,  fur- tout  par  rapport  aux  charres  anciennes. 

4-  R.  eft  abfurde  de  fuppofer  toutes  les  char- 
tes antiques  , fauffes  ou  fufpeétes. 

fuppofer  fauffes, 
chartes  d’un  ou  dé 

pluiicurs  iiecles  en  particulier, 

6.  On  diftingue  les  titres  authentiques  de  ceux 
qui  ne  le  font  pas  par  leurs  caraêlères, 

7-  Les  archives  des  eccléfiaftiques  & des  reli- 
gieux, ne  renferment  préfentement  oue  peu  ou 
point  de  faunes  chartes  originales. 


8.  S’il  fe  trouve  quelques  pièces  fauffes  dans 
les  anciennes  archives , il  eft  certain  qu’il  s’en 
trouve  up  infinité  qui  portent  les  caraâères 
d une  authenticité  certaine,  & qu’on  ne  pourroic 
attaquer,  fans  renoncer  à toutes  les  lumières  du 
bon  fens  & de  la  raifon. 


^ 4.  Elles  ont,  pour  ne  rien  dire  de  plus 
égale  en  autorité  les  dépôts  publics. 

• y a-t-il  deux  cents  ans,  que  des 

jurnconfultes  calyiniftes  commencèrent  à con- 
telter  aux  pièces  tirées  des  archives  eccléfiaftiques 
le  droit  de  faire  foi. 

6.  Quoique  non-revêtues  des  formes  juridiques 
elles  ne  laiffoient  pas  alors  d’être  admifes  en 
jultice. 


9. ^  Les  archives  monaftiques  , dont  la  fincérité 
a ete  attaquée  avec  plus  d’acharnement,  ont 
ete  reconnues , ou  pour  les  trélbrs  de  chartes  les 
plus  authentiques  & les  plus  facrées,  ou  du 
moins  pour  des  dépôts  publics. 

10.  On  ne  doit  pas  fufpeéfer  la  foi  des  chartes  ; 
uniquement  parce  quelles  ne  fe  trouvent  plus 
dans  aucunes  archives. 

Article  II. 


. 7.  ^On  peut  fuppofer  ' des  chartriers  fufpeéis  : 
on  n en  connoît  point  dont  on  ait  prouvé  qu’il» 
le  devoient  etre. 

S.  Les  eccléfiaftiques  léculiers&r  réguliers  n’ont 
pu , fans  etre  munis  de  titres  inconteftables 
poffeffion  des  domaines  dont  ils  jomT 

9.  Ils  n avoient  pas  befoin  de  faux  titres  pour 
fe  maintenir  dans  leur  poffeffion. 

10.  L ancienne  nobleffe  ne  fe  prouve  que  par 
les  chartes  tirées  du  tréfor  des  anciennes  abbayes. 

R è g l e s.  t.  Toute  pièce  tirée  des  dénôts 
puoiics  , ne  doit  point  être  déclarée  vraie  & 
authentique , indépendamment  de  tous  fes  carac- 
tères de  vente  &d  authenticité,  foit extrinsèques, 
loit  intrinsèques.  ^ 

nnki-  “^'ées  des  dépôts 

non-revêtues  des  formes  juri- 

fln?^  pourvu  qu’elles 

loient  exemptes  de  vices  dfentiels.  ^ 

Antiquités,  Tome  11. 


Régies  générales  fur  l'ufage  de  la  Diplomatique 
& r autorité  des  Diplômes, 

1.  On  peut  juger  de  l’âge  & de  la  vérité  , 
ou  de  la  fauffeté  des  titres  par  leurs  caradères. 

2.  Il  n’eft  pas  impoflîble  de  trouver  de  bons 
antiquaires , capables  de  juger  de  l’antiquité  de 
la  vérité  & de  la  fauffeté  des  diplômes. 

3.  II  n’appartient  qu’aux  antiquaires  de  pro- 
noncer en  experts  fur  les  caradères  extrinsèques 
des  diplômes. 

4.  II  eft  moralement  impoflible  de  fabriquer 
après  coup,  avec  tant  d’art,  un  prétendu  ori- 
ginal ancien  , qu’il  ne  puiffe  être  découverr , 
pour  ce  qu  il  eft,  par  de  bons  antiquaires. 

L P^^  ûe  faits  hiftorîques  finguliers  que 
renferme  une  charte  prétendue  ancienne,  il  elè 
prefque  impoffible  qu’un  fauffaire  ait  pu  la  conf- 
truire  avec  affez  d’habileté,  pour  ne  laiffer  aucune 
prife  aux  m.eilleurs  antiquaires,  quand  même  la 
pièce  ne  leur  feroit  pas  préfentée  en  original. 


CHAPITRE  V, 


6.  La  Diplomatique  trouve  en  elîe-même  une 
certitude  fupérieure  à celle  de  tous  les  monumens 
billoriques. 

7.  L’antiquaire  peut  quelquefois  avoir  une  cer- 
titude phyfico  - morale  de  là  vérité  des  diplômes  j 
mais  à l’égard  de  leur  âge  & de  leur  faulTetéj 
elle  peut  devenir  phyfique. 

8.  II  peut  communiquer  aux  autres  une  certi- 
tude morale  fur  tous  ces  points. 

9.  L’art  de  la  Diplomatique  eft  quelquefois 
réduit  à de  lîmples  conieélures. 

IC.  Les  diplômes  foîemnels  ont  une  autorité 
fupérieure  à celle  de  toutes  les  autres  preuves 
judiciaires. 

II.  L’autorité  des  diplômes  eft  fupérieure  à 
celle  des  monumens  profanes.  De  redipiom.p.  241. 

242.  n.  VJ. 

Corollaire.  Les  infcripîions  j médailles  & autres 
monumens  contemporains  ne  prouvent  pas  tou- 
jours la  fauffeté  des  diplômes  qui  les  contredirent. 

II.  L’autorité  d’une  charte  , toutes  chofes 
égales  J doit  l’emporter  fur  celle  d’un  hiftprien 
du  temps. 

13.  L’autorité  de  l’hiftoire  eft  quelquefois  pré- 
férable à celle  d’une  charte. 

14.  Ce  n’eft  point  un  moyen  fufEfant  de  faux  , 
ou  de  fufpicion , d’oppofer  à une  charte  d’ail- 
leurs exempte  de  tout  vice  , de  n’être  pas  d’accord 
avec  un  ou  plufieurs  hiftoriens,  fulTent-ils  con- 
temporains. 

15.  Un  diplôme,  où  quelqu’un  prend  des  qua- 
lités qui  ne  lui  appartiennent  pas , ne  doit  point 
pour  cela  être  regardé  comme  fufpeét  de  fuppo- 
ftrion. 

îé.  Des  fautes  évidentes  contre  Thiftoire  ne 
prouvent  point  la  faufleté  de  la  pièce  où  elles 
fe  rencontrent , fi  elles  fe  rapportent  à un  temps 
antérieur  ; fi  elles  énoncent  un  fait  arrivé  depuis 
peu  dans  un  pays  éloigné , fi  elles  font  fafpeéies 
de  flatterie  ; fi  elles  peuvent  être  exeufées  par 
quelque  événement  fingulier  ; fi  elles  doivent 
être  imputées  à l’ignorance  ou  à l’inattention  du 
notaire. 

17.  Un  diplôme  contraire  à tous  les  hiftoriens  ^ 
& aux  ufages  des  temps  & des  lieux  j feroit  ;uf- 
îement  aceufé  de  faux. 

18.  Les  papiers  terriers,  les  livres  de  cens, 
&c. , prouvent  toujours  de  feigneur  à vafTal,  & 
ce  feigneur  à feigneur , fuivant  i’ufage  des  lieux, 
quoiqu  i-s  ne  foient  point  revêtus  des  formes 
juridiques  , ni  tirés  des  dépôts  publics  ; mais  ils 
doivent  être  plus  anciens  que  le  débat  fur  lequel 
ils  fout  produits. 


Réglés  générales  fur  les  originaux  Ci  leur  autorité, 

pour  les  difeerner  des  copies  anciennes  . & poui 

juger  des  autographes  par  les  copies. 

Article  premier. 

Réglés  fur  les  originaux  & leur  autorité. 

1.  Tout  titre  revêtu  du  fceau  & de  fignature 
& dont  récriture  eft  d’accord  avec  fa  date  pri- 
mitive , a les  caraétères  d’original  & d’authen- 
tique, & doit  paflTer  pour  tel,  jufqu’à  ce  que  fa 
fauffeté  foit  évidemment  ou  très  - probablement 
démontrée  : ftatur  feripturs,  , & infirumenio , nifi 
contrarium  probetur. 

Corollaire.  Les  chartes  où  ces  conditions  fe 
trouvent  obfervées,  ne  font  pas  moins  authen- 
tiques en  elles-mêmes , que  les  ades  des  notaires 
de  nos  jours. 

2.  Une  pièce  dreffée  par  un  particulier,  en 
préfence  de  trois  témoins , eft  authentique  au 
jugement  de  l’auteur  de  la  glofe  fur  les  décré- 
tales. 

3.  Dans  le  pays  de  droit  écrit,  une  pièce  eft 
authentique  lorfqu’elie  eft  dreffée  par  un  homme 
revêri}  de  l’autorité  publique,  ou  par  un  juge, 
avec  la  foufeription  ou  le  témoignage  au  moins 
de  deux  témoins. 

4.  Les  chartes  originales  & authentiques  juf- 
tiflent  ejles-mêmes  leur  propre  vérité. 

5.  On  ne  doit  pas  plus  exiger  qu’on  prouve  la 
vérité  des  titres  authentiques  , reconnus  pour 
tels , que  celle  des  principes. 

6-  On  prouve  fuffifamment  la  vérité  ^de  tout 
diplôme  authentique  , quand  on  répond  folide- 
ment  aux  objedions  formées  contre  elle. 

7.  On  répond  folidément  aux  ob]eétîons_  for- 
mées contre  la  vérité  de  tout  diplôme  authen- 
tique ,‘ îorfqu’on  fait  voir  qu’elle  eft  moralement 
poflîble  dans  les  circonrtances  ou  il  fe  trouve, 
malgré  les  inconvéniens  & les  contrariétés  hifto- 
riques  qui  fervent  de  bafe  à ces  objeêtions. 

8.  La  vérité  d’un  diplôme  autheiuiqu£  eft 
prouvée,  quand  on  juftifie  que,  malgré  ^les 
objections , elle  eft  moralement  poffibîe  dans  teJes 
circonftances. 

9.  Quoique  les  foupçons  fondés  fur  des  ufages 
fuppofés  invariables , parce  que  les  ^exceptions 
en  font  inconnues,  nepuiffent  être  détiuits  par 
une  fimpie  poffibilité  morale,  deltituée'  de  tout 
autre  appui  , iis  le  peuvent  & le  doivent,  lorl^ 
qu’elle  eft  appuyée  fur  un  diplôme  authentiqua 
& original. 


DIP 


DIP 

Corollaire  I,  Un  originaî  irrépréhsniîbie  du  côté 
de  1 hïdoire  , des  caraitères  extrinsèques  , & des 
formules  incompatibles , n’a  befoin  que  d’être 
préfentépour  détruire  tout  Ibupçon  j foit  violent, 
loit  légitime,  fondé  fur  des  ufages  ordinaires , 
ou  meme  fuppofés  invariables , pourvu  qu’on 
montre  que  l’exception  n’eft  pas  moralement  im- 
poffible. 

Corollaire  II.  La  poiEbilité  morale  fuffit  pour 
détruire  tout  foupçon  contre  un  original  préfent, 
lorfqu’il  elï  authentique. 

Corollaire  III.  La  même  folution  , qui  détruit 
pleinement  le  moyen  de  faux  , diffipe  tous  les 
foupçons , des  qu’on  exhibe  un  original  authen- 
tique. 

Corollaire  I V Lorfqu’après  des  réponfes  in- 
fufHfantes , pour  détruire  entièrement  des  moyens 
de  faux  , il  relie  des  doutes  plus  ou  moins  forts  5 
favoir , fi  certaines  formules  ont  pu  fe  rencontrer 
dans  telles  ou  telles  circonllances , les  foupçons 
légitimés  ou  violens  peuvent  fe  maintenir  contre 
des  chartes  originales  préfentes. 

Corollaire  V.  Les  foupçons  violens  ou  légitimes 
contre  des  originaux , dont  on  fait  l’exhibition , 
fe  tirent  moins  des  formules  que  de  Thilloire 
Sc  des  caraélères  extrinsèques. 

10.  On  peut  prouver  la  vérité  des  titres  au- 
thentiques. 

11.  On  prouve  la  vérité  des  titres  authenti- 
ques , en  les  dillinguant  de  ceux  qui  ne  le  font 
pas. 


40^ 

Article  II. 

Réglés  générales  pour  difcemer  les  originaux  des 
copies. 

1 . Les  originaux  fe  diftînguent  principalement 
des  anciennes  copies  par  les  fignatures  réelles, 
& par  les  fceaux,  foit  qu’ils  fubfilîent  en  nature, 
ou  qu’il  en  relie  feulement  quelque  trace. 

2.  Toute  pièce  fcellée  ell  originale.  Tout  titre 
fcellé  ne  peut  donc  jamais  être  regardé  comme 
une  fimple  copie. 

5.  Une  pièce  qui  fe  dit  fcellée,  & qui  ne 
montre  nu!  vellige  de  fceau  , n’ell  ordinairement 
qu’une  copie. 

4.  Un  diplôme  original  peut  faire  mention  du 
rr.onogramme  du  prince  , ou  du  fceau  , quoiqu’il 
n’y  ait  point  été  appofé. 

y.  Quoique  la  date  & les  fignatures  manquent 
à des  diplômés  fcellés  , ils  n’en  font  pas  moins 
autographes. 

6.  Toute  pièce  fîgnée  par  de  vraies  fouferip™ 
tions  5 ne  doit  point  être  regardée  comme  copie. 

_ 7.  Les  copies  peuvent  être  dillinguées  des  ori- 
ginaux, pour  peu  qu’elles  foient  plus  récentes: 
i^.  par  l’écriture  , 2®.  par  la  date  , par  les 
faits  hilloriques  , 4^.  en  comparant  les  copies 
avec  les  originaux , quand  on  peut  les  recouvrer, 

8.  Une  copie  peut  être  figurée,  même  dans 
les  fignatures  , fans  nulle  fufpicion  de  faux. 


12.  Ces  ^diplômes  authentiques  & originaux  ont 
des  caractères  qui  conviennent  à chaque  fiècle. 

13.  La  multiplicité  des  originaux  d’une  même 
piece  ne  doit  point  la  rendre  fufpeéle  , ni  leur 
porter  préjudice. 

^14.  Toute  différence  entre  plufieurs  originaux 
d une  meme  piece  , ne  fuffit  pas  pour  en  faire 
rejetter  quelqu’une. 

ly.  Les  originaux  peuvent  renfermer  des  fau- 
tes, meme  dans  les  uates,  fans  meritet  d ette 
tenus,  pour  fufpects. 

_ i6._  Dans  les  autographes,  les  apolliües,  les 
interlignes  , la  rature  ou  canceilation,  ne  font  fuf- 
peCces  de  faux  que  dans  les  endroits  importans. 

17.  Une  charte  originale,  à demi  effacée,  pourrie 
de  yetuhe,  ou  rongée  par  les  rats,  neiaiflepas 
ne  raue  ïcn  , pourvu  quelle  foit  lifibie  dans'ies 
enaroîts  euentiels. 


1,8 ■ Les  notices  publiques,  ou 
.es  juges,  ou  feidement  devant 
pétant  de  témoins,  doivent  être 
authentiques. 


palTées  devant 
un  nombre  com- 
reçues  comme 


9.  Une  copie  figurée,  touchant  au  temps  de 
l’ongina!  qui  ne  fubfille  plus , fi  elle  ell  d’un 
fiècle  où  l’on  ne  fceüoit  pas  régulièrement  toutes 
les  chartes , & où  on  ne  les  fignoit  pas  exaéle- 
ment , même  avec  des  croix , fi  le  fceau  & les 
fignatures  ne  font  point  annoncés , il  ell  très- 
difficile  de  difeerner  une  pareille  copie  de  l’ori- 
ginal. 

10.  Les  fautes  d’une  copie,  sortie  authenti- 
que , la  rendroient  fufpecle  , s’il  y paroiffoit  du 
deffein. 


Corollaires  relatifs  aux  copies^  ' 

I.  I!  n’y  a guère  d’auteurs  dans  lefquels  l’on 
ne  trouve  quelques  altérations. 

II.  Quand  elles  ne  confifle.nt  que  dans  des 
mats  peu  eiLentiels , ce  n’ell  oas  une  preuve  de 
falfification. 

III.  Certaines  particularités , que  l’auteur  de 
l’original  ne  fauroit  avoir  écrites , ne  font  pas 
des  marques  de  la  fuppofition  d’une  copie.  • 

IV.  Quelques  circonllances  ajoutées  ne  dé- 
montrent pas  qu’un  aéle  foit  fuppofé. 


^04  D I P 

V , Qusiçucs  cîrconi^snccs  rctrcinchccs  n en 
prouvenr  pas  non  plus  la  fuppofition. 

Vî.  L'addition  de  quelque  point  capital  dans 
une  pièce,  eft  un  moyen  de  faux,  sü  neitpas 
capital,  le  moyen  eft  nui. 

VII.  Le  nom  du  lieu  changé  n'eft  point  une 
preuve  de  faux. 

Vni.  Le  nom  d'un  lieu  reétifié  ne  l’eft  pas 
non  plus. 

IX.  Une  date  qu'on  a prétendu  marquer  plus 
exaéiement,  ne  prouve  pas  qu'une  pièce  loit 
fuppofée. 

X.  On  ne  doit  pas  rejetter  une  pièce,  parce 
qu'on  y aura  inféré  quelque  circonftance  hifto- 
rique  , qui  rend  la  narration  plus  complette. 

XL  Des  notes  anciennes  inférées  dans  le  texte, 
ne  prouvent  pas  qu'il  foit  fallîfié. 

XII.  Des  additions  & des  corredions  très- 
légères  J qui  ne  tombent  que  fur  peu  d'endroits 
d'une  copie  , ne  font  pas  un  moyen  de  faux  fuf- 
fifant. 

Article  III. 

ICegles  pour  juger  des  originaux  par  les  copies, 

1.  On  peut  communément  juger  du  contenu 
de  l'onginai  par  les  copies,  du  moins  quant  au 
fond  & à la  fubftance. 

2.  La  conformité  des  copies  avec  l'original , 
eft  prouvée  par  leur  reffemblance  entr'elles  ; fi 
elles  n'ont  pas  été  prifes  les  unes  fur  les  autres , 
mais  tirées , ou  fur  l’original  même  , ou  fur  des 
copies  authentiques , ou  certainement  exades, 

3.  Quand  les  prétendus  défauts , qu'on  impute 
aux  copies,  & conféquemment  aux  chartes  ori- 
ginales, fe  trouvent  dans  une  infinité  de  pièces 
du  même  genre  & du  même  temps,  les  unes  & 
les  autres  doivent  être  déchargées  de  tout  foup- 
çon , & reconnues  à cet  égard  pour  très-fincères. 

Corollaire,  On  n'a  pas  befoin  de  recourir  aux 
titres  originaux , pour  s'aflTurer  qu'en  tel  & tel 
fiècie  , tels  & tels  diplômes  étoient  revêtus  de 
certaines  formalités,  iorfqu'elles  fe  trouvent  d'un 
ufage  commun  dans  toutes  ou  la  plupart  ds 
leurs  copies. 

4.  On  ne  doit  point  faire  réjaillir  fur  l'original 
les  fautes  des  copies. 

5.  Un  original  non- repre'fenté,  peut  être  con- 
vaincu de  faux  fur  le  feul  vu  des  copies  authen- 
tiques , ou  certainement  tranferites  avec  exadi 
tude  fur  cet  original,  pourvu  néanmoins  que  les 
mêmes  copies  renferment  des  caradères  hiftori- 
ques  qui  ne  puiiTent  s'ajufter  avec  cet  original , 


DIP 

& qu'on  ne  puifle  raifonnablement  mettre  fur 
le  compte  des  copiftes. 

6.  Une  copie  authentique,  pleine  de  fautes 
importantes  contre  l'hiftoire  les  ufages  du 
temps,  rendroit  fufped  un  original , qu'on  ne 
fauroit , ni  repréfenter  , ni  jurtifier  par  d'autres 
copies  authentiques  ou  plus  exades. 

7.  Sur  des  copies  récentes  non-authentiques, 
ou  même  anciennes , dont  l'exaditude  n'eft  pas 
certaine , on  ne  peut  décider  de  la  vérité  des 
originaux. 

8.  On  ne  peut  quelquefois  juridiquement  con- 
vaincre une  pièce  originale  de  faux  fur  la  feule 
infpedion  d'une  copie  authentique. 

p.  Une  copie  ne  prouve  rien  contre  un  ori- 
ginal , s'il  n'eft  sûr  qu'elle  lui  foit  conforme. 

10.  Une  copie  ne  prouve  ni  pour , ni  contre 
un  original,  mais  feulement  contre  elle-même, 
s'il  paroîc  qu'elle  n'ait  pas . été  tirée  de  bonne  foi. 

11.  De  quelques  défauts  que  les  copies  foient 
atteintes , ces  défauts  ne  prouvent  rien  contre 
un  original  qui  en  eft  exempt. 

12.  Quelque  authentique  que  foit  une  copie 
contre  laquelle  on  allègue  des  îbupçons  légitimes, 
elle  ne  doit  pas  ôter  la  liberté  d'ai'oir  recours 
à l'original,  s'il  eft  fubfiftant. 

13.  Il  ne  fufSt  pas  d'affeder  des  doutes  contre 
des  copies  authentiques;  on  ne  peut  exiger  la 
repréfentation  des  originaux  que  dans  le  cas  de 
droit,  ou  qu'on  ait  fourni  contr’eux,  ou  contre 
elles,  des  moyens  valides  de  fufpicion. 

14.  Si  l'on  n’eft  point  afifiiré  que  les  copies 
ont  été  tirées  immédiatem.ent  & fans  mauvaife 
foi  fur  l'original , en  ne  peut  rien  conclure  de 
leurs  fautes  à fon  défavantage. 

1 3.  On  peut , au  moyen  de  plufieurs  copies , 
inconteftablement  prifes  de  bonne  foi  fur  l'origi- 
nal, porter  un  jugement  certain  au  fujet  de  cet 
original , lorfqu'eîles  font  toutes  d'accord. 

16.  On  ne  peut  juger  av^ec  certitude  de  l'ori- 
ginal par  les  copies , quand  il  n’eft  pas  sûr  qu'el- 
les aient  été  féparément  prifes  fur  l'original. 

17.  Une  copie,  même  authentique,  pourroit 
renfermer  plufieurs.  fautes  , fans  qu'elle , ou  foa 
original  fuffent  fuppefés. 

18.  On  ne  doit  point  tenir  pour  fufped  l'origi- 
nal, dont  la  copie  a e'té  vidimée  peu  de  temps 
après  qu'il  a été  drefte. 

I p.  On  peut  plutôt  juger  à l’avantage  qu  au 
défivantage  des  originaux  fur  le  vu  des  copies. 

20.  Les  vidimiis,  Sc  autres  copies  juridiques, 
peuvent  fervir  à démontrer  la  vérité  des  originaux. 


DIP 


DIP 

II,  Dans  toute  copie  qui  ne  prérente  que  des 
fautes  légères,  fi  d'ailleurs  fes  formules  & fes 
faits  hiftoriques  conviennent  à roriginal , ils  prou- 
vent^ en  fa  faveur,  & doivent  faire  préfumer  d 
fa  vérité. 

22.  Si  à ces  avantages  fe  joint  rauthenticité  de 
la  copie , elle  doit  bannir  tout  foupçon  contre 
fon  original. 

25.  Lorfque  l'autographe  ne  fubfifte  plus,  on 
peut  juger  de  fa  vérité  fur  des  copies , même 
non-authentiques , pourvu  qu'elles  foient  remplies 
de  faits  hiftoriques  , 8c  qu'elles  foient  du  moins 
anciennes  de  deux  fiècles. 

24.  Pour  vérifier  la  plupart  des  caraétères  qui 
conviennent  à chaque  fiècîe  , on  n'a  befoin  que 
des  feules  copies  imprimées. 

Article  IV. 

Réglés  fiir  les  cartulaires , les  copies  & leur 
autorité. 

1.  Les  cartuîaires,  qui  ne  font  autre  chofeque 
des  recueils  de  pièces  originales,  méritent  la 
meme  créance  que  les  titres  originaux. 

2.  Les  cartulaires  collationnés  par  l'autorité 
publique  fût  les  originaux , doivent  faire  foi 
comme  eux. 

^ 3.  Les  copies  authentiques , ou  juridiques , 
égalent  en  autorité  les  originaux. 

Corollaire.  Les  titres  & les  privilèges  renou 
veLes  par  les  puilfances,  tiennent  lieu  d’origi- 
naux. 

4-  Les  copies  & les  cartulaires  anciens  ont  une 
autorité  indépendante  de  leur  authenticité. 

Une  copie  non-authentique,  mais  ancienne, 
ne  doit  point  être  rejettée  comme  falfifiée  ou 
taulle  , fans  des  preuves  formelles  de  falfification 
ou  de  fuppofition. 


6.  Des  cartulaires  anciens,  dont  on  connoît 
1 auteur  pour  incapable  d impofiure , ne  doivent 
pas^  etre  fufpeéis , quoiqu'ils  ne  foient  point 
ïê vêtus  de  l'autorité  publique. 

7-  Les  cartulaires  en  forme  de  chronique  , 
mentent  au  moins  la  même  créance  que  les 
meilleurs  hiftoriens. 

8.  Indépendamment  des  formes  juridiques , les 
cartiuaires  ^doivent  faire  preuve  , pourvu  qu'ils 
foient  anterieurs,  foit  aux  loix  ou  coutumes  qui 
ordonnent  de  les  collationner  aux  originaux  , foit 
aux  diôerends  qui  obligent  de  les  produire. 

Corollaire.  Les  cartulaires,  ni  originaux,  ni  au- 
tnptiques , ni  fort  anciens , ne  doivent  pas  être 
îejettes  comme  inutiles,  £ ce  n'efi qu'ils  fufient 


,9-  Qiïsîque  dilTemblance  entre  pîufieurs  cartu- 
laires  de  la  meme  communauté,  ne  prouve  ordi- 
nairement, ni  leur  faulTeté , ni  leur  falfification. 

10.  Les  cartulaires  ne  doivent  pas  étreréprou- 

^ difiinaion,  quand  ils 

renfermeroienc  quelques  pièces  fauffes. 

12.  U plupart  des  originaux  ont  été  tranfcritt 
en  enuer  dans  les  cartulaires. 

13.  Les  mêmes  pièces,  dans  les  cartulaires 
recens , ne  font  point  plus  étendues  que  dans  les 
anciens  , pourvu  que  ceux-ci  ne  foient  point  dis 

chroniques  , ou  des  abrégés  de  car- 

14.  Les  copies  authentiques  peuvent  n'avoir 
pas  une  reiTemblance  parfaite  & rigoureufe  avec 
les  originaux. 

Toute  copie  dreffée  par  l'autorité  publique  , 
elt  cenf^  conforme  a l'original  dans  tous  les 
points  elientiels. 

rare  que  des  copies  authenti- 
drentieilr”'^  originaux  dans  les  chofes  moins 

17.  Les  fautes  des  écrivains , ou  des  copifies 
ne  font  pas  des  motifs  fuffifans  pour  faire  rejetter 

ies  originaux  ou  les  copies. 

18.  Il  n'eft  pas  fort  extraordinaire  que  des 

copies  foient  fautives.  . u «-3 

Corollaire  I.  On  ne  doit  pas  rejetter  les  chartes 
publiées  par  divers  compilateurs , à câufe  des 
feules  fautes  de  dates. 


Corollaire  U Une  wpie  peiit  avoir  des  dates 
fautives  fins  erre  fauffe.  Les  copies  manufcrites 
& imprimer  pedient  fouvent  en  faifantdu  nom- 
bre romain  XI  le  chifre  arabe  2,  & du  ch-fre 
arabe  2 le  nombre  romain  XI.  La  raifcn  en  eft 
que  dans  l'écriture  le  chifre  ii  reffemble  au 
nombre  II. 

19.  Les  cartulaires  hiftoriques  fubfiituent  quel- 
quefois innccemment^  des  dates  plus  connues  à 
celles  qui  le  font  moins. 

20.  Quelque  nombreufes  que  foient  les  fautes 
des  copiltes,  elles  ne  font  prefque  jamais  des 
preuves  de  fuppofition  , ni  de  falfification. 

21.  Elles  ne  doivent  pas  même  rendre  fufoec- 
tes  les  copies  qui  en  feroient  remphes. 

22.  La  corruption  des  copies  ne  doit  ordinai- 
rement etre  attribuée  qu'à  l'ignorance , à la  né- 
giigcnce^  ou  a 1 inacivertance  des  copiftes» 


4 


4o5  DIP 

25.  Des  copies  vicleufes  dans  ies  endroits  hn-  ’ 
ponans  font  fufpeaes  de  falfification. 

1-.  On  peut  vérifier  les  défauts  de  ces  pièces 
rur"dê  meilleures  copies  ^ lorfqu  on  n'a  point  Tori- 
ginal. 

Corollaire.  La  falfification  des  copies  peut  fe 
prouver  par  roriginal  ou  par  des  copies,  foit 
authentiques  , foit  plus  exaétes. 

2 J.  Plufieurs  fautes  groffières  ne  rendent  pas 
fufpedes  de  faux  des  copies  non  - authentiques , 
ni  fort  anciennes.  ^ 

i6.  Telle  faute  qui  fuffiroit  pour  faire  con- 
damner un  original , ne  üiffit  pas  pour  faire  ré- 
prouver une  copie. 

27.  Les  fautes  des  copies  ne  prouvent  ordi- 
nairement, ni  leur  fappofition  , ni  celle  des  ori- 
ginaux. 

28.  Ce  font  des  maximes  conftamment  reçues 

par  tous  ceux. qui  font  inftruits  de  la  Science 
diplomatique  : qu'on  ne:  fauroit  conclure  de 

ce  qu'un  titre  n'exiiie  plus  en  original , que  les 
copies  que  l'on  en  a , foient  l'ouvrage  des  fauf- 
faires , tant  que  l'on  n'eft  pas  en  état  de  démon- 
trer 5 par  le  fonds  même  des  chofes,  que  le  titre 
eft  fuppofé  : 2°.  que  les  erreurs  de  faits,  qui  fe 
trouvent  dans  les  copies  d'aéles , dont  les  origi- 
naux n'exiftent  plus , ne  font,  pas  des  raifons 
fuftifantes  pour  faire  perdre  tout  crédit  à ces 
copies  ; quand  ces  erreurs  de  faits  ne  vont  pas 
à détruire  ce  que  ces  aéles  doivent  établir  , 
comme  leur  objet  principal,  8c  qui  ne  peut  être 
détruit  que  par  des  aéles  contraires , dont  l’au- 
thenticité foit  bien  reconnue,  ces  erreurs  de  faits 
n'étant  le  plus  fouvent  que  des  fautes  de  copiftes, 
ainfî  qu'on  l’a  fait  voir  en  plufieurs  occafions. 

CHAPITRE  VI. 

Réglés  générales  fur  la  matière  , l'encre  &•  C écriture 
des  Diplômes. 

Article  premier. 

Réglés  fur  la  madère  des  chartes  antiques. 

I.  Les  diplômes  , dont  la  matière  paffe  parmi 
les  favans,  pour  avoir  totalement  cetTé  d'être 
en  ufige  environ  im'fiècle  avant  célui  auquel  ils 
apnartiennent,  doivent  être  regardés  comme  fuf- 
pecfs. 

1.  Les  diplômes  écrits  far  une  matière  qui 
n'étoit  pas  encore  en  ufageau  temps  qu’ils  furent 
expédiés,  'dcivenr palfer  pour  très-fufpécls  , & 
mérae  pour  faux',  fi  cette  matière  n'étoit  nas  in- 
ventée. ■ ■ . * 


DIP 

5.  Les  titres,  dont  la  matière  n'auroit été  en 
ufage  qu'antérieurement  à leur  date , fi  cette 
antériorité  eft  uniquement  fondée  fur  ce  qu'on 
ne  connoît  point  de  diplômes  de  telle  matière 
par  exemple  de  papier  d'écorce , auffi  récens  ^ 
ils  ne  doivent  être  réputés  faux  qu'un  fiècle,  ou 
moins,  depuis  qu'on  ne  trouve  plus  de  pièces 
de  cette  matière,  fc  fufpeéls  qa'à  proportion 
qu’ils  fuivent  de  près  ou  de  loin  le  terme  connu 
de  leur  noii-ufage. 

4.  Les  diplômes,  dont  la  matière,  par  exemple 
de  papier  de  coton , n'auroit  été  »etnplcyée  que 
poftérieurement  à leur  date , fi  cette  poftériorité 
n'eft  appuyée  que  fur  ce  qu'on  n'a  jamais  vu 
de  pareils  titres  aulTi  anciens  , ils  ne  doivent 
paiTer  pour  faux  , que  quand  ils  fe  dlfent  de  plus 
d'un  fiècle  avant  qu’on  commence  à trouver  des 
pièces  de  cette  matière,  & fufpeéls  qu'autant 
qu’ils  précèdent  de  plus  ou  moins  loin  le  terme 
connu  du  comm.encement  de  leur  ufage. 

5.  Si  l’on  conferve  le  fceau  ou  les  foufcrip- 
tiens  d'une  charte , dont  on  auroit  effacé  l’an- 
cienne écriture,  fans  parler  .des  -qualités  ou  ca- 
raélères  intrinsèques  de  la  pièce , l’altération  du 
parchemin  aufli-bien  que  la  nouveauté  de  l’encre 
& de  l’écriture  manifefteront  la  fraude. 

6.  Les  chartes  rongées  par  les  r^,  gâtées  par 
la  pourriture,  la  vétufté  , ou  par  quelque  acci- 
dent , ne  laiffent  pas  de  faire  foi. 

7.  Les  effaçures  d’un  aéte  ne  donnent  point 
atteinte  à fa  vérité , ni  à l'autorité  des  chofes- 
qui  ne  font  point  effacées. 

8.  On  peut  reconnoître  la  fauffeté  ^des  pièces 
modernes  à la  marque  du  roi , ou  même  à celle 
du  papetier  j quand  il  eft  certain  que  ces  mar- 
ques n'étoient  point  encore  en  ufage  au  temps 
dont  ces  aéles  font  datés.  Te!  fut  le  jugement 
du  parlement  de  Paris.  Koye\  Cujas,  in  exvoft. 
nov.  44, 

Article  II. 

Réglés  générales  fur  V encre  & l'écriture  des 
Diflômes. 

1.  La  principale  preuve  de  l’antiquité,  ou  de 
la  nouveauté  d’un  diplôme  , & conféquemment 
de  fa  vérité  eu  de  fa  fauffeté , doit  fe  tirer  do 
la  qualité  de  l’encre. & de  l’écriture. 

2.  .Des  diplômes  écrits  en  tout  ou  en  partie, 
ou  feulement  fignés  d’une  ou  plufieurs  perfonnes 
avec  de  l’encre  différente  de  fa  nôtre , en  lettre 
d’or , en  vermillon  , &c. , ne  doivent  point 
munément  paffer  pour  faux_  ou  fufpeéls.  fixais 
s’ils  foHt  poftérieurs  au  Xil.  fiècle,  fans  eue 
très-  folemnels,  ni  dofmés  par  de  grands  ieigneuts, 
ni  en  leur  nom , iis  ne  lont  pas  exempts  de  tou*, 
foupçon  légitime. 


DIP 

5.  Des  diplômes  fignés  en  cinabre,  s’ils  n’é- 
toient  emMes  , ni  des  empereurs , fur-tout  de 
ceux  de  C.  P.  ^ ni  de  leurs  parens  , feroient 

nés  - fufpects  dans  i'étendae  de  Tempire  des 
Grecs.  ^ 

■4-  Tout  diplôme  des  empereurs  de  C.  P. , 
^ui  ne  leroit  pa^s  ligné  en  cinabre  par  l’empereur. 
Oit  en  y appoiant  fon  nom  , foit  en  y marquant 
e mois  & 1 mdiéîion  , devroit  être  réputé  faux, 
ou  du  moins  très-fufpeét. 

f . Plus  1 écriture  des  titres  eîl  ancienne , plus 
on  doit  prefumer  en  faveur  de  leur  vérité. 

_ On  ne  doit  pas  juger  faulTe  une  pièce  ori- 
gma.e  , parce  que  l’écriture  n’en  reifemble  pas 
allez_  a j écriture  repréfentée  dans  les  modèles 
imprimes  & uans  ceux  de  Dom  Mabillon,  ou  à 
ucv  e quelque  pièce  authentique  du  même  temps. 

antiquaires  eft  d’une  nécef- 
Iiteindifpenfable,  pour  prononcer  fur  la  matière, 

p^ômes^"^'’  ^’^criture  & l’antiquité  des  di- 

écritures  du  même  temps  , quoique  de 
ttPen?s'“P une  langue  favante,  ont 
J différences,  de  grands 

.rapports  de  conformité.  ° ' 

9-  Les  écritures  de  différentes  nations,  quoique 
du  meme  temps  & du  meme  caractère,  font 
aifees  a diftinguer. 

10.  D’une  écriture  quelconque  reconnue  pour 
fincere , les  connoiffeurs  peuvent  remonter  aux 

àTSfde'Sj'Scîr''"'”' 

11.  On  peut  communément  difcerner  l’écriture 

ae  iiecle  en  liecle. 

12.  L écriture  curfîve  ell  tellement  propre  des 
diplômes,  qu  on  ne  fauroit  affigner  aucun  temps  , 
aaqud  on  puiffe  prouver  qu’elle  ne  fût  point  en 

^ i?^  De  l’écriture  romaine  curfîve  font  nées  les 
écritures  gothiques,  m.érovingiennes,  lombardi- 
ques  & faxones. 

^ 14.  Il  efl  impoffible  de  contrefaire  d’anciennes 
écritures  , avec  toutes  les  circonflances  dont  elles 
lont  accompagnées  , piulîeurs  fiècles  après  qu’eîîes 
ont  ceffe  d erre  en  ufage. 

ip.  A la  feule  infpeétion  d’un  diplôme  , les 
antiquaires  peuvent  toujours  prononcer  avec  cer- 
titude/ur  fon  antiquité  , quand  on  la  renferme 
dans  1 efpace  de  deux  fiècles. 

Corollaire.  Il  n’eft  point  de  chartes  fabrioutes 
un  temps  confiderable  depuis  leur  date,  qui  ne 

“ ‘«x.ou 


DIP 


407 


i<?.  Lne  charte,  même  authentique  en  aona^ 
rence,  dont  l’écriture  aufîî-bien  que  celle  de^es 
dates,  leur  eÛ  pefférieure  de  plufieurs  fiècles 
doit  etre  réputée  faulfe.  * 

17.  Si  la  date  d’un  prétendu  diplôme  authen- 
que  fctoit  anterieure  de  plufieurs  fiècles  à fon 
écriture,  excepté  celle  de  la  date  qui  feroit  ou 
paroxtroit  ou  temps  qu’elle  annonceroit  , cette 
P ece  ^en  aevroit  pas  moins  paflér  pour  fauffs. 

^iiarte  dont  l’écriture  feroitéi®!- 
^needun  ou  de  plufieurs  fiècles  de  fa  date  fi 
I écriture  de  la  date  ne  différoit  point  de  «fie 

^iauts,  elle  devroit  etre  regardée  comme  vraie, 

& la  faute  de  la  date  rejettée  fur  l’inadvertance 
du  notaire  ou  de  l’écrivain.  uvcrtancw 

19.  Si  l’écriture  & la  date  d’une  charte  étoient 
anterieures  d un  ou  de  plufieurs  fiècles  à l’écriture 

I,  iu  pourroit  pas  conclure  que 

la  chaire  fur  fauffe  ; mais  que  la  date  auroit  été 

p“  wS"  ' “ 

20. ^  Les  dates  de  diplômes  plus  anciennes  que 
leur  écriture,  rendroient  ces  diplômes  légitime- 
ment ou  violemment  fufpecls,  à"  proportion  oue 

é"n--fn4f  écritures  feroient  plus  ou  moinsc 

eiOi£,nees  les  unes  des  autres. 

fouvent  juger  de  la  vérité  , oa 
de  la  faufiete  des  chartes,  par  les  petites  notices 
Q-  aivers  âges  qu  elles  portent,  fur  le  dos. 

22.  La  diverfité  d’écriture  dans  un  acle 
pas^un  indice  certain  de  fa  faulTeté.  En  effet' 
il  n efj  pas  impofSble  qu’un  aéfe  véritable  foie 
écrit  de  üeux  mains. 

C H A P î T R E V î I. 

Fropofttions  & règles  générales  fur  les  formules  £« 

U pyle  aes  Diplômes  Qr>  des  autres  aeies. 

Propositions. 

1.  On  ne  doit  s'attendre  à trouver  d’unifor- 
mite  dans  lesformnles  des  ades  publics,  qu’autant 
quv  leur  flyie  elî  nxe  par  les  loix  ou  par  l’ufage. 

2.  Très-rarement  une  formule  devient-elle  tout 
d un  coup  generale,  lorfquelie  n’eft  ureferite 
par  aucune  Ici , ou  que  la  néceffité  , ou 'quelque 

m.anffeftenree  des  conjo.ndures  du  temps  , 
n oblige  pas  de  i adopter. 

3.  Il  faut  quelquefcis  plufieurs  fiècles,  pour 
quun  mage,  déjà  fort  ordinaire,  devienne  uni- 
forme. 


^oî  DIP 

4.  Plus  les  fiècles  ont  été  ignorans , moins 
• on  doit  exiger  de  pureté  de  Ityle  & de  régularité 
de  formules  dans  les  aétes  publics. 

y.  II  ne  faut  point  chercher  d’uniformité  de 
ftyle  dans  les  anciens  diplômes , par  rapport  à 
i’ufage  ou  à l’omiifion  ce  certains  termes  dans 
le  corps  des  aéles. 

Règles  générales. 

î.  Il  ne  faut  pas  rejetter  des  chartes,  parce 
qu’elles  font  en  meilleur  llyle  que  ne  le  com- 
porte le  fiècle  auquel  elles  appartiennent. 

Z.  Quand  un  fiècle  ne  fournit  qu’un  feul  exem- 
ple d’un  ufage  devenu  peu  après  affez  ordinaire , 
il  ne  faudroit  pas  le  regarder  comme  faux,  ni 
même  comme  fufpeél , s’il  étoifluftifie  par  une 
charte  originale , ou  quelqu'autre  preuve  équiva- 
lente. 

5.  Une  formule  unique,  même  dans  des  pièces 
non-authentiques  & originales , n’eft  ças  toujours 
fufpeéle  } mais  elle  ne  le  doit  jamais  être  , quand 
la  fingularité  vient  de  la  nature  de  la  pièce,  ou 
de  certaines  formalités  qu’on  ne  doit  pas  s’at- 
tendre à voir  renouveller  plufieurs  fois.^ 

4.  Le  petit  nombre  ou  la  rareté  des  chartes , 
, caraétérifées  par  certaines  formules  ou  expreffions, 
ne  peut  convaincre  ces  pièces  de  faux,  ni  les 
rendre  fufpedes. 

y.  Un  feul  mot  fuffit  quelquefois  pour  rendre 
très-fufpeâie  la  charte  où  il  fe  trouve , quand 
il  eft  certain  qu’il  n’étoit  pas  encore  en  ufage  j 
mais  quelques  mots  qu’on  conjeélure  feulement 
s’éloigner  du  génie  du  fiècle  auquel  la  pièce  fe 
rapporte , ne  fuffifent  pas  pour  la  foupçonner  de 
fuppofition. 

6.  On  ne  doit  pas  rejetter  comme  faux  ou 
fufpeéts  les  titres  d’un  fiècle  fort  éloigné , quand 
ils  portent  des  claufes , ou  qu’ils  ufent  de  for- 
mules ou  de  termes  uniques  dans  ces  fortes  de 
diplômes,  s’ils  étoient  alors  employés  , foitdans 
d’autres  ouvrages , foit  dans  des  chartes  diffé- 
rentes , foit  dans  des  pièces  du  même  genre 
chez  des  nations  voifines. 

Corollaire.  On  auroit  tort  de  fufpedler  des 
diplômes,  dont  quelques  formules  ne  fe  trouvent 
point  dans  des  chartes  du  même  temps , lorf- 
qu’elles  font  très-communes  dans  d’autres  pièces 
du  'mêm.e  fiècle. 

7.  Quand  les  formules  font  abandonnées  au 
caprice  des  particuliers , on  ne  peut  rien  con- 
clure à cet  égard  au  défavantage  d’un  titre , de 
fa  diffemblance  avec  un  ou  plufieurs  autres  actes 
du  même  temps  & de  la  même  perfonne. 


DIP 

s.  Une  formule  fingulière  , & même  unique 
pour  le  temps  où  elle  paroit , ne  doit^  point  du 
tout  être  fufpeéte , fût-ce  dans  des  pièces  non- 
authentiques,  quand  on  la  voir  foutenue  par  plu- 
fieurs exemples  dans  l’intervalle  d’environ  un 
fiècle. 

9.  Des  formules  fingulières , deftituées'de  tout 
exemple , dans  l’efpace  d’un  fiècle,  dont  il  exirteroit 
un  nombre  de  titres  fort  confidérable,  paroî- 
troient  fufpeéles , fi  trois  ou  quatre  fiècles  plus 
tard  elles  étoient  devenues  d’un  ufage  ordinaire. 

10.  La  réunion  déroutes,  ou  d’un  grand  nom- 
bre de  formules  inufitées  , chacune  en  particulier, 
dans  l’efpace  de  deux  fiècles , mais  devenues 
trois  oit  quatre  fiècles  plus  tard  d un  ufage  uni- 
verfel , lorfque  la  nature  de  la  pièce  ne  femble 
pas  les  exiger , répandroit  au  moins  fur  fa  vérité 
des  foupçons  très-vioiens. 

11.  Plufieurs  défauts  confidérabîes  dans  les 
formalités  intrinsèques  , ne  prouvent  pas  toujours 
feuls  invinciblement  la  fuppofition  d un  original 
qui  ne  pécheroit  par  aucuns  de  fes  caraéleres 
extrinsèques. 

II.  Les  moyens  de  faux  ou  de  fufpicion , tires 
du  ftyle  d’un  diplôme  , compare  ave^c  d autres 
chartes  de  la  même  perfonne  ou  dumemefiecle, 
font  fujets  à bien  des  méprifes. 

IJ.  On  ne  peut  juger  des  copies  non-authen- 
tiques & récentes,  que  par  les  formules,  le  ftyle 
8c  les  faits  hiftoriques- 

14.  Si  les  formules  d’une  charte  e'toient  fi 
monftrueufes  , qu’elles  n’euffent  pas  meme  de 
rapport  avec  celles  du  fiècle  auquel  la  piece  fe 
rapporteroir,  elle  devroit  paffer  pour  fuppofee. 

ly.  S’il  fe  trouvoit  qu’en  certain  temps,  ea 
certain  pays , les  formules  d’une  efpece_  de  di- 
plôme euffent  été  uniformes , ceux  qui  appar- 
ti'endroient  à cette  claffe , & qui  neanmoins 
s’écarteroient  de  ces  formules , feroient  fufpeas. 

16.  Les  formules  où  l’on  remarqueroit  des 
termes  qui  n’auroient  pas  encore  été  inventes  , 
ou  qui  ne  feroient  plus  d’ufage,  mériteroient 
d’être  réprouvées  auflî-bien  que  les  chartes  dans 
lefquelles  elles  fe  trouveroient, 

17.  C’eft  une  règle  peu  sûre,  d’oppofera  une 
charte  qu’elle  renferme  des  fingularités  dont  la 
coutume  n’étoit  pas  encore  établie  , lorfqu  onne 

peut  le  prouver  que  parues  argumens  négatifs. 

18.  Parce  que  des  prélats , des  princes  & 
feigneurs  fe  louent  eux  - mêmes , ou  fe  laiffenc 
donner  de  grands  éloges  dans  leurs  diplômes , 
en  n’en  doit  rien  conclure  au  défavantage  de 
ces  monumens. 


DIP 

IJ.  Il  ne  rautpas  rufpeéter  des  chartes  j quoi- 
■cae  les  noms  cies  roîs  & des  reines  j dont  elles 
prrisnt,  n y Cient  pas  exprimés. 

• "“'a  f^nroit  fonder  un  moyen  de  faux  j 

r.i  meme  de  fufpîcion  contre  des  diplômes  ^ où 
propres  des  mêmes  perfonnes  feroiént 
cuicremment  écrits. 

Ce  n eft  pas  une  rrufon  pour  former  des 
ioupçons  contre  la  vérité  d"une  lettre  ou  d"une 
t.rarrej  parce  que  les  noms  propres  de  ceux 
qui  les  adi-eiTerofent.  ou  à qui  elles  feroient 
hm7p“em’' défignés  que  par 

d'  ; Pes  préd^éceifeurs 

coi-ps  ùu  diplôme  , 
t:  ;;"e  a î'  Ægnatures,  Sen  de 

lôiùr d “=“  p»«  ””  ™"'f 

_25-  r-fcft  pas  rare  qu’on  croie  avoir  con- 
vaincu des  titres  de  faux  ^ parce  qu  on  les  attribue 
a qui  ils  n appartiennent  pas.  ataiDue 

^^^^^3rtes  ns  doivent  oas  être  ’-ei-’t’-éfc 
comme  fautes  , parce  qu’on  a bien  ou  ma!  rempb 

xeiA.enc  marques  que  par  leur  première  lettre! 

de^trad^-n-!  de  donation  & 

oe  trad.aon , m leur  diftinaion,  ni  la  diverfiré 

de  la  teneur  de  ces  pièces,  quoiqu’elles  as! t 

co™  fiuîS'/  '« 

r.,KHâ  ne  foit  point  fait  mention  de 

({%  enartes  de  donation  en  faveur 

d.s  monalteres , cés  pièces  n’en  font  pas  moins 
exemptes  üe  furpidon,  ^ 


D I P 


409 


coniui  ne  paroiifoient  point,  il  y auroit  de  stands 
inconveniens  d’exiger  cette  for.malité  des  Sècks 
ou  Ion  ne  fe  croyoit  pas  dans  l’obligation  ce  les 
oblerver. 

■J-'  dates  générales  &■  uniques  ne  four* 
niilent  nul  moyen  de  fufpicioAn  , ni  par  leur  géné- 
rante, ni  par  leur  unité. 

4.  L omiffion  d’une  ou  plulieurs  des  dates , 
comme  du  lieu , du  jour  , du  mois  , de  l’année  / 
ne  doit  pas  faire  füfpedter  tous  les  dioiômes  où 
1 on  trouve  ce  défaut. 

y.  Quoique  plulieurs  notices  fsient  munies  de 
dates  , i!  n’elt  point  de  chartes  de  qui  on  en 
doive  moins  exiger. 

6.  Les  notes  chronologiques  toutes  feules, 
priles  féparément  les  unes  ces  autres,  neproduifenc 
guère  de  moyen  de  faux,  ni  même  de  fuipicion  , 
lur  la  folidite  duquel  on  puilTe  compter. 

7.  Une  charte  feroit  convaincue  de  faux  par 
une  date  lîngulière  , s’il  éroit  moralement  impolli- 
ble  que  l’écrivain  l’eût  employée,  ou  fi  les  dates 
étoient  alors  d’une  uniformité  inviolable. 

8.  Les  dates , dont  les  formules  n’ont  nul 
rapport  avec  ceUes  qu’on  obfervuit  danslelîècle 
auquel^  le  privilège  qui  les  renferme  fut  accordé, 
le  rendent  tres-fufpect , fur-tout  iorfque  ces  dates 
conviennent  parfaitement  à un  fiècle  poftérieur. 
Mais  fi  l’ecriture  de  roriginal  qiiadre*  avec  ce 
dernier  fiècle,  & non  pas  avec  celui  dont  la 
charte  porte  le  ùom , il  ne  faut  pas  douter-  de 
la  fuppofition  de  la  pièce. 

9.  On  ne  peut  rien  conclure  des  dates  fautives 
des  copies  contre  la  vérité  des  chartes. 


ay;  L’exprelTion  ts^r.c , ou  ternroris  em 
P^oyee  en  parlant  dune  perfonne  préfe.n'l 

co,.co„,a„„  chartes,  „e  doit  ph  iS  àir. 

I-s’a'a?,"  P""*'  -«P'S-ttsr  ft 

& dp  ^ fokmneis,  pour  fervir  de  rède 

& oe  modeie  a tous  les  autres,  & prétendre 

ISaS'Vjl  ‘°"”=  ’ P”” 

chapitre  VIII. 

Rrg-'es  générales  fut  les  dates  des  DiPzojf^s. 

I.  Le  défaut  total,  ou  l’omifUcn  en-^ère-  d=s 
dates  dans  les^diplômes,  n’eft  pas  ordinairemem 
un  moyen  de  raax  , ni  même  de  uilbicioù.  ‘ 

romaines  n’apDrcuvîfRnt 
Puolics  où  ie  jour  & k nwai  du 

l:S  y icme  il. 


^10.  Üne  erreur  dans  iz  date  des  originaux 
n’eft  pas  une  raifon  fuffifante  pour  les  regarder 
comme  fiifpeas..  ( Voyez  Mabillon  , de  re  dlplorn. 
p.  2ai , le  6 tome  des  œuvres  de  M.  Cochin  , 
p.  iéz , 265.  Défenfe  des  droits  de  l’abbaye  de 
S.  Oaen,  p.  173.  ) 

II.  II  ne  s’enfuit  rien  contre  la  vérité  d’une 
charte  de  la  date  régnante  Ckrîfio. 

11.  Les  variations  dans  les  dates  du  règne  des 
mAnies  princes,  ne  prouvent  point  la  faufleté  des 
diplômes  où  elles  Te  trouvent. 

Corollaire.  Le  fyltême  des  variations  dans  les 
époques  des  règnes  eil  le  feul  véritable. 

1 3 . Les  dates  du  règne  de  nos  rois  variecUt 
fouvenr  entr’elles. 

14.  C’eil  une  règle  très-kjstte  à il’ufion  que 
'.e  tenir  une  charte  pour  taulle,,  feus  prétexte 
que  fa  date  ne  quadre  pas  avec  la  vr.u;  éooGue 
du  règne  d’un  roi  de  France. 


Tff 


410  DIP 

If.  On  tirera  un  moyen  légitime  de  fufpieion 
de  la  variation  du  règne  des  empereurs  & des 
rois  I quand  il  paflera  pour  conllant  que  leurs 
années  ne  furent  comptées  que  d une  feule  époque. . 

16.  Souvent  on  ne  fauroit  concilier  les  années 
des  empereurs  & des  rois , qu  en  comptant , 
pour  la  première  année-  de  leur  règne  , celle  où 
iis  ont  commencé  à régner  ; en  forte  que  l’entrée 
de  l’année  civile  faflfe  le  commencement  de  leur 
fécondé  année  de  règne. 

17.  Pour  concilier  les  dates  des  règnes  j il  faut 
examiner  fi  les  anciens  parlent  d’une  année  com- 
mencée & incomplette,  ou  d’une  année  com- 
piette  & achevée. 

18.  Les  argumens  les  plus  forts  contre  la^verite 
d’une  charte  , tirés  de  ce  qu’il  faudroit  admettre 
des  variations  dans  les  dates  des  princes , ne 
forment  ordinairement  qu’une  probabilité  très- 
légère  , & fouvent  même  nulle. 

19.  II  ne  faut  pas  faire  grand  fonds  fur  les 
fautes  des  dates ..  foit  de  l’incarnation , foit  de 
l’indidlion  J foit  du  règne,  lorfque  ces  erreurs  ne 
font  que  d’un  ou  deux  ans , félon  notre  manière 
de  compter. 

20.  On  ne  doit  pas  pofer  pour  principe  qu’il 
y ait  beaucoup  de  chartes  fauifes  , dont  les  notes 
chronologiques  foient  vraies  : il  fufnt  de  dire 
qu’il  fe  trouve  quelques  chartes  de  cette  efpèce. 

21.  S’il  s’agit  de  copies,  & fur- tout  d’impri- 
més , il  y a beaucoup  de  diplômes  vrais  , dont 
les  notes  chronologiques  font  fauifes;  s’il  s’agit 
d’originaux , on  ne  doit  pas  avancer  qu’il  y.  en 
sit  beaucoup,  mais  quelques-uns  feulement. 

22.  Les  additions  des  dates  vraies  ou  fauffes , 
fur-tout  lorfqu'elles  font  d’un  ufage  pcllérieur, 
non  feulement  faites  dans  les  copies,  mais  même 
dans  les  originaux,  ne  doivent  pas  réduire  ces 
pièces  au  rang  des-  chartes  fauffes  ou  fuppofées. 

25.  Une  charte  ne  doit  pas  être  regardée 
comme  fufpecie , parce  que  la  date  efi:  citée 
différemment  par  deux  auteurs. 

24  Une  date  marquée  en  chifre  arabe  dans 
les  imprimés,  quoiqu’on  ne  fe  fervit  que  des 
chifres  romains,  lorfque  la  pièce,  où  elle  fe 
trouve  , fut  dreffée,  ne  peut  lui  porter  préjudice  , 
à moins  que  la  conformité  de  la  copie  avec 
l’original  ne  fort  indubitable. 

ij.  Il  ne  faut  pas  rejetter  des  chartes  pour 
des  dates  inconnues  de  temps  éloignés. 

26.  On  auroit  tort  de  s’infcrire  en  faux  contre 
des  titres  au  même  lieu , ou  du  même  temps , 
qui  varierpisnt  dans  ieur-s  dates. 


DIP 

ij.  K II  eft  ordinaire  de  voir  de  légères  aité- 
» rations  dans  ies  monumens  les  plus  authenti- 
=15  ques  55.  Nous  ne  balançons  pas  à faire  une 
rèale  de  ce  principe.  Le  P.  Germon  conclut  au 
contraire  de  ces  légères  erreurs  de  dates , qu  elles 
ne  peuvent  venir  que  de  fauffaires  trop  habiles , 
pour  tomber  dans  des  fautes  énormes,  & trop 
peu  pour  ne  pas  fe  tromper  dans  leurs  fuppu- 
tations. 

28.  Quand  on  trouve  une  certaine  date  dans 
un  fiècle , un  royaume  , on  en  doit  conclure 
qu’elle  y étoit  admife  ; mais  il  n’en  /aut  pas 
inférer  qu’elle  fût  alors  feule  en  vogue. 

29.  Si  des  témoignages  précis  d’auteurs  prou- 
vent qu’en  cerrairis  lieux  & en  certains  temps 
on  commençoit  l’année  de  l’incarnation  de  telle 
ou  de  telle  manière , on  n’en  peut  pas  toujours 
conclure,  qu’en  ces  lieux  8e  dans  ces  temps  tous 
les  aères  eccléfiafiiques  Se  civils , de  quelque 
efpèce  qu’ils  fuffent,  portaffent  cette  date. 

30.  Les  dates  annonçant  des  époques  de  règne 
évidemment  contraires  à rbifloire  confiante  du 
temps,  doivent  être  rejettées , 8e  entraîner  les 
pièces  même  dans  leurs  difgraces. 

31.  Si  les  dates  ne  contredifent  pas  formelle- 
ment l’hiftoire  8e  les  monumens  indubitables  de 
l’antiquité,  elles  doivent  être  admifes  quoique 
inconnues. 

32.  La  différence  des  dates  du  règne  des 
princes  dans  differens  diplômes  , n’eft  pas  un 
motif  fuffifant  pour  les  rendre  fufpedes. 

3 3 . B}g’e  faulfe.  L’erreur  des  dates  dans  une 
charte  originale  paroît  8e  paroîtra  toujours  une 
preuve  certaine  de  fauffeté. 

34.  11  ne  faut  pas  toujours  regarder  des  chartes 

comme  fuppofées , parce  que  leurs  datp  fem- 
blent  fe  contredire , & être  contraires  à cehes 
de  quelque  auteur  contemporain. 

CHAPITRE  IX. 

Règles  géînérales  fur  les  foufcriptions  ou.  fignatures> 
fur  les  f ce  aux. 

Article  preîvîïer. 

Règles  fur  les  fgnatures. 

• * ' 

1 . L’omiffîon  des  fignarures  ne  peur  nuire , ni  ^ 
la  vérité  , ni  à l’authenticité  des  chartes , rnem£ 
originales,  principalement  quand  elles 
tefiées  par  un  nom.bre  de  témoins , ou  fcehee- 

2.  Les  aéles  publics  n’en  font^  ni  moins  vra^s, 

ni  moins  authentiques  , pour  n’être  fignes  _qu 
vec  des  croix  par  un  ou  plufieurs  des  témoins. 


DIP 

5 . D^s  chartes  fignées  par  des  abfeas  , ne  font 
pas  pour  cela  fufpedies. 

4.  On  ne  doit  pas  rejetter  les  titres  anciens 
svoir  été  foufcrits  par  des  perfonnes  qui 
” point  encore  au  monde  lorfquhls  furent 

expédies. 

S-  Les  diplômes  originaux  , qui  portent  les 
ngnatures  de  perfonnes  certainement  décédées 
au  temps  de  Jeur  confeâion,  doivent  être  re- 
gardes comme  faux,  ou  fallifiés,  ou  interpolés. 

6.  Il  eft  très-peu  de  lîgnatures  précédées  de 
jignum,  dont  récriture  foit  de  la  main  de  celui 
dont  eft  la  ftgnature. 

7.  Des  chartes  vraies  peuvent  énoncer  qu'el- 
les font  ratifiées,  approuvées  ou  confirmées  de 
la  main  des  intérefiés  ou  des  témoins , fans  qu’el- 
les renferment  aucunes  fignarures  de  leur  façon; 
ou  de  qui  que  ce  foit. 

8.  Les  noms  des  perfonnes  préfentes  à la 
confeétion  des  chartes , tiennent  fouvent  lieu 
de  fignatures  depuis  le  VU.  ftècle. 

9.  Pendant  plufîeurs  fiècies , la  plupart  des 
grands,  pour  ne  rien  dire  des  eccléfiaftiques  & 
des  prélats,  ne  favoient  point  écrire;  ou  s'ils 
le  favoient,  iis  ne  vouloient  pas  fe  donner  la 
peine  de  ligner. 

lO-  Une  ftgnature  n'eft  pas  toujours  faulTe  , 
pour  n'être  point  de  la  main  de  celui  dont  elle 
porte  le  nom. 

_ I î.  Les  chanceliers  n'ont  pas  ligné  tous  les 
diplômes  des  rois  de  France  de  la  fécondé  & 
îroifième  race. 

12.  On  ne  peut  légitimement  oppoferlcs  feings 
ou  monogrammes  du  même  prince  les  uns  aux 
autres  > à caufe  de  la  diverftté  dans  leurs  figures  , 
ou  dans  leurs  traits. 

IJ.  Les  monogrammes  des  rois  & des  empe- 
reurs ne  font  pas  faux , pour  n'être  point  faits 
en  forme  de  croix. 

14.  Des  originaux  ne  font  pas  fuppofés  , 
parce  qu  on  n y trouve  pas  les  monogrammes 
qu'ils  annoncent , ou  femblent  annoncer. 

15.  La  cortiparaifon  des  fignatures  véritables 
avec  celles  qu'on  révoque  en  doute,  ne  peut, 
par  rapport  aux  anciens  diplômes  , opérer  un 
moyen  de  faux,  ni  meme  de  violente  fufpicion. 

Les  memes  perfonnes  écrivent  quelquefois 
différemment  leurs  noms  dans  leurs  fignatures. 
Voyez  Mabillon,  de  re  diplom.  p.  1^4. 

17.  Souvent  les  mêmes  perfonnages  ufent  de 
diverfes  formules  en  foulcrivant.  De  re  diplom. 
Ibid. 


■ 18.  Les  fignatures  des  enfans  ne  rendent  nul- 
lement fufpeéies  les  anciennes  chartes  où  elles 
fe  trouvent. 

19.  La  diverfité  des  mains,  qui  ont  fait  les 
fignatures  d’une  charte  antique  dans  les  pays  où 
le  droit  romain  étoit  en  vigueur,  ne  prouve  pas 
qu'eile  foit  des  mains  de  ceux  dont  elle  porte 
le  nom. 

20. _  La  différence  des  écritures  dans  les  feu- 
feriptions  prouve  ordinairement  depuis. le  IX 
lîecle , fur-tout  dans  les  pays  où  l'on  ne  faivoit 
pas  le  droit  romain , qu'elles  font  véritablement 
de  ia  main  des  foulngnés. 

21.  Des  fouferiptions  vicieufes  par  des  addi- 
tions , ou  expiications  inférées  même  dans  les 
originaux,  ne  doivent  pas  les  faire  rejetter. 

Article  II. 

Règles  générales  fur  les  fceaux. 

1.  Tout  fceau  d'une  forme  beaucoup  plus  ré- 
cente que  la  date  du  diplôme  ne  le  comporte , 
doit  être  mis  au  nombre  des  fceaux  fuppofés. 

2.  Un  diplôme  donné  par  un  de  nos  rois  de 
la  première  ou  fécondé  race , & fceilé  avec  un 
anneau,  repréfentant  ia  tête  de  Bacchus,  de  Ju- 
piter ou  de  quelque  autre  divinité  payenne,  ne 
doit  pas  pour  cela  devenir  fufpeét.' 

J.  Les  images  des  fceaux,  lorfqu’elles  s'éloi- 
gnent trop  de  la  forme  de  celles  du  même  ordre 
& du  même  temps  , & lorfqu'elies  ont  trop  de 
reffemblance  avec  de  plus  récentes  , doivent  palier 
pour  fufpeéies. 

4.  On  ne  doit  pas  traiter  un  diplôme  de  faux  , 
parce  que  fon  fceau  repréfeate  un  prince , un 
évêque,  un  grand  feigneur,  d'une  autre  manière 
qu’on  ne  le  trouve  dans  d'autres  fceaux  , ou  mé- 
dailles, ou  rnonumens;  ou  parce  qu'il  ne  paroît 
pas  relfemblant  au  portrait  qu'en  aura  lailTé 
quelque  auteur  contemporain. 

5.  On  doit  tenir  pourfufpeéf  un  fceau  , dont 
la  cire  eft  d'une  couleur  qui  n’étoit  pas  en  iifage 
au  temps  du  diplôme  fceilé. 

6.  Si  l'on  apperçoit  une  cire  onéfueufe,  8c 
tant  foit  peu  duéliie,  mife  au  dos  d'un  ancien 
fceau  , ce  feroit  une  preuve  qu’on  i’auroit  déta- 
chée d'un  diplôme  pour  la  faire  fervir  à un  autre. 

7.  La  tranfpofition  d’un  fceau  d’une  charte  à 
une  autre  , eft  un  moyen  de  faux  légitime  , mais 
dont  on  peut  s'alTurer  avec  un  peu  d'attention. 

8.  Si  l'on  tfbuve  un  fceau  de  cire  pendant  3 
une  charte  , dans  le  temps  que  l'ufage  de  fuf- 
pendre  cette  forte  de  fceaux  n'étoit  pas  encore 
reçu  5 ou  fi  le  fceau  eft  appliqué  fur  la  charte  , 

Fffij 


412  DIP 

lorfque  Furage  d^ppliquer  ainfi  la  cire  croît 
abolî  ^ on  peut  afiurer  que  îe  fceau  n’ell  point 
du  temps  dont  la  charte  eft  datée. 

9.  Un  fceau  qui  fe  trouverdit  chargé  d’armoi- 
ries ayant  ie  XL  lîècie  j porteroit  un  caradère 
évident  de  fauffeté. 

10.  Si  la  légende  d’un  fceau  antique  eft  auftî 
longue  & dans  le  même  goût  de  celles  des  bas 
fiècles  ; fi  l’on  y trouve  un  nom  propre  qui 
n’ait  pas  encore  été  en  ufage,  on  peut  avec 
raifon  douter  de  la  vérité  du  fceau. 

ï I . On  doit  tenir  pour  faux  , ou  du  moins 
pour  très-fufped  un  ancien  fceau  ^ dans  Finfcrip-  : 
tion  duquel  fe  trouveroit  une  formule  récente, 
par  exemple  ^ fi  un  évêque  du  XL  fiècle  s’y  dîfo’t 
évê(i^e  par  la  grâce  de  Dieu  & da  fiege  apoJîoU^ue ^ 
le  fceau  feroit  vifiblement  fuppo.^ç. 

11.  Pour  'juger  de  l’âge  des  fceaux,-i!  faut 
avoir  égard  aux  lettres  eniployées  dans  leurs  lé- 
gendes. Si  donc  l’on  remarquoit  dans  un  fceau 
duX.  ou  XI.  fiècle  le  caraélère  gothique  mo- 
derne , on  ne  balanceroit  pas  à juger  ce  fceau 
des  bas  temps. 

13.  Nulle  copie  non-authentique  ne  porte  de 
fceau  J fans  fe  rendre  fufpeéle  de  quelque  mau- 
vaife  foi. 

14.  Beaucoup  de  chartes  véritables  & authen- 
tiques ne  font  nulle  mention  des  anneaux  & des 
fceaux  dont  elles  font  fceliées. 

ï 3.  Les  fcèaux  perdus , brifés  & détruits , en 
tout  011  en  partie  , foit  par  vétufté , foit  par 
quelque  accident^  ne  font  point  pour  cela  perdre 
aux  chartes  leur  autorité.  Foye^^-Digefi.  lib.  37. 
ùt.  II.  ieg.  î.  §.  11. 

16.  Des  fceaux  contrefaits  convainquent  les 
pièces  de  faux. 

17.  Le  défaut  de  fceau  dans  les  anciens  titres, 
même  non-foufcrits , ne  fuffit  pas  pour  infirmqr 
leur  autorité. 

18.  Avant  & depuis  que  les  fceaux  furent  de- 
venus communs  & néceiîaires  , iis  ne  fiippléèrent 
pas  -feulement  au  défaut  de  fignatures , niais  ils 
cinrent  encore  aftez  fouvent  lieu  de  témoins. 

19.  Des  chartes  antiques  munies  de  fceaux  , 
mais  fans  dates  & fans  fignatures , n’en  doivent 
pas  moins  être  tenues  pour  authentiques. 

CHAPITRE  X. 

Réglés  gérJrales  de  Dom  Mahillon. 

1 .  c'  On  doit  être  perfuadé,  dit  le  P.  Mahillon  , 

que  je  n’ai  lu,  ni  remarqué  tout  ce  qui  étoit 
« nécelFaire  pour  la  perfedion  de  mon  ouvrage 


D I P 

,3  de  la  Diplomatique  , & qu’au  contraire  bien  des 
chofcs  m’ont  échappé.  C’eft  pourquoi  je  defire 
,3  Sr  prie  très  - inftamment  qu’on  n’interprète 
,0  point  à la  rigueur  les  règles  que  je  donne  ici 
3=  comme  plus  communes  3-. 

2.  « Pour  faire  un  jufte  difcernement  des  an- 
33  çsens  diplômes  , il  faut  beaucoup  de  prudence, 

33  d’érudition  & de  modération  ; & quiconque 
33  n’eft  pas  verfé  dans  l’étude  de  ces  monumens , 

33  n’en  doit  pas  entreprendre  l’examen  33. 

3.  ce  On  doit  toujours  juger  favorablement  des 

33  chofes , loffqu’eües  font  foutenues  d’une  longue 
33  poffeifton , comme  l’ordonnent  les  loix  civiles 
33  & canoniques  33. 

4.  ce  Pour  bien  juger  des  chartes  antiques,  il 
33  ne  faut  pas  feulement  avoir  égard  à l’écriture, 

33  ou  à une“  feule  marque  d’authenticité  ou  de 
33  non  authenticité  , mais  à la  réunion  de  tous  les 
33  caractères  de  ces  pièces  33. 

f.  ce  Un  ou  deux  défauts,  pourvu  qu’ils  ne 
33  foient  pas  eiTentiels  , ne  doivent  pas  porter 
33  préjudice  aux  chartes  originales 33. 

G.  ce  Les  témoignages  des  hiftoriens^  & des' 
33  inferipnons  ne  doivent  pas  être  préférés  à 
33  l’autorité  des  chartes  véritables  33. 

7.  ce  Les  additions  de  l’incarnation , de  l’in- 
33  diction  , de  glofes  & d’autres  chofes  fembk- 
33  blés  qui  fe  rencontrent,  fur-rour  dansles  copies, 

33  n’empêchent  pas  que  les  chartes  ne  foient 
33  véritables  =3. 

CHAPITRE  XL 

Blegles  particulières  Jur  les  originaux  , les  copies  , 
les  diverfes  ejpeces  de  C ha  s.t  s s ; fur  U ma- 
tière , rentre  G'  l’écriture  des  manufents  & des 
Diilômes. 

Article  premier. 

Régies  particulières  fur  les  originaux  , les  copies  & 
les  diverfes  efpéces  de  C hartps. 

1.  Aux  X.  & XL  fîècles  les  originaux  peuvent 
quelquefois  être  difeernés  des  copies  par  aes 
courroies  nouées. 

2.  II  eft  des  originaux,  fur-tout  depuis  le  mi- 
lieu du  XL  fiècle  jufqu’au  milieu  du  XIL  ,_def- 
titués  de  courroies  & de  fceaux , mais  nvarus  ce 
fignatures  réelles  ou  apparentes. 

3.  Une  chatte  de  grande  importance  anteriewe 

au  X.  fié  le , ou  poitérieure  au  milieu  du  NL 
fiècle  , fi  elle  eft  dépourvue  de  fceau,  de  nesuçs 
&c  de  toute  fignature  , doit  palTer  pour  une  CUpiS 
ou  pour  un  fimple  projet  d’aCte. 


D I P 

4.  Avant  le  XIII.  uècle , dans  les  affaires  de 

moindre  eonféquente  , des  chartes  originales 
peuvent  être  privées  de  fceaux  , de  nœuds  & de 
fîgnatures  ; mais  alors  la  nomination  des  témoins 
tient  lieu  de  toutes  ces  marques.  ^ 

5.  Des  copies  renouvellées  en  France,  par 
rautoriré  rovale  , feroient  idipecies  avant  le  Vllî- 
fiècle. 

6.  Les  renouveîlemens  des  titres  ne  peuvent 
être  rufpeéts  fous  préteste  de  trop  d’antiquité, 
shls  ne  remontent  au-delà  du  liècle  de  Charle- 
magne. 

7.  Ce  feroit  un  moven  de  fufpicion  contre  les 
chartes  renouvellées  par  les  rois  de  France  & 
d’Angleterre,  iî  depuis  le  XIII.  liècle  -les  pre- 
miers ne  commençoknt  le  corps  de  l’aéte  par 
vidimiis  ^ 3c  les  Ciconds  p2.t  i/^fpexlrnus, 

_ 8.  On  ne  doit  pas  ordinairement  fufpeâer  les 
vidimus ^ où  les  lettres  ne  font  pas  copiées  telles 
qu’elles  font  dans  i’orisinal  , Sc  dont  o.n  a changé 
leftyle. 

q.  Les  vidimus  même  émanés  de  l’autorité 
fouveraine , ne  peiiyent  pas  Faire  qu’une  charte 
fuppofee  foii  véritable. 

10.  Depuis  le  X.  liècle  des  lettres  oa  aCles  , 
fous  le  nom  de  fuggeftiones  & fuggereni&  ^ ne  fe- 
ront pas  à couvert  de  légitimes  foupçons. 

11.  Des  indicules  en  forme  de  lettres  poflé- 
rieurs  au  X,  liècle  feroient  fufpeâs. 

12.  Les  pancartes  royales  qui  énonceroienten 
détail  tous  les  noms  des  lieux  , dont  elles  con- 
firment la  poffelTicn , feroient  fufpeétes  -avant  le 
‘commencement  du  IX  liècle. 

13.  On  .ne  dillingue  point  sûrement  les  .notices 
des  autres  chartes  , parce  que  les  premières  com- 
mencent ainli  ; notum  ^ noveritis  , novtrint  ^ nojfe 
debetzs , &c. 

14.  Les  notices  des  X.  XL  & XII.  fiècles  fe 
dillinguenc  ordinairement  des  autres  actes,  parce 
que  l’on  y parle  à la  troiiième  perfonne. 

1 y.  Une  marque  sûre  pour  diftinguer  les  no- 
tices des  VI.  VIL  Vlil.*  & IX.  iTècIes,  c’eil 
‘lorfqu’elies  commencent  par  notitia  qualiter^  &c. 

16.  Les  carâêières  des  notices  & des  chartes 
fe  confondent  fur  la  ên  du  XL  liècle. 

17.  Des  lettres  qui  depuis  le  XIII.  liècle  por- 
teroient  le  titre  de  formées  formats. , feroient 
fufpecLes.  Il  en  faut  dire  autant  des  lettres  ap- 
pellées  tracioris  ou  tractatorîs. 

i§.  Depuis  le  XIII.  Uècle  les  pièces  intitulées 
’commonitoria  feroient  fufpedteSi 


DIP  413 

19.  Des  aéles  qui  réuftiroient  l’anathême  avec 
l’excommunication  , non- feulement  comminatoire , 
mais  déjà  lancée  contre  des  perfonnes  délîgnées  , 
deyroient  être  rejettes  comme  fuppofés , s’ils 
n’étoient  poftérieurs  au  VIIL  liècle. 

2C.  Avant  ces  temps  il  .ne  faudroit  pas  rêgar- 
ner  comme  fuipedtes  des  lettres  cù  l'on  pr-anon- 
ceroit  en  general  des  anathèmes  , des  excommu- 
nic.atîDns,  des^nwùeuiCîions  c-ontre  les  ufurpateurs 
des  b^iens  eccictiailiques,  & les  violateurs  des 
privilèges. 

2t.  Les  fratuts  portant  excotnmnnicatio.n  ipfo 
facto , ne  font  guère  plus  anciens  que  le  XIII. 
liècle. 

22.  Des  lettres  d’interdit  fur  tout  un  royaume 
p-anr  le  X.  iîècle,  feroient  fufpedes  ; malades 
interdits  fur  des  égîifes  particulières  & leurs 
dépendances  ne  le  feroient  pas. 

2?.  En  matière  d’appel.,  des  lettres  antérieures 
au  X.  fièt  le , fous  le  nom  àdapofolos  , ou  qui 
en  demanderoient  J ne  feroient  pas  exemptes  de 
fufpicion. 

24.  ^ Des  lettres  qualifiées  patentes  au  XII  liècle, 
ne  mériteroier.t  pas  d’être  fufpeétées. 

2) . L’ufage  des  chartes-parties  , ou  divifées  par 
cyrcgrapkum  ou  par  quelques  autres  mots,  re- 
monte jafqu’au  IX  liècle. 

16.  Les  chartes  divifées  par  l’alphabet  & par 
des  figures , étoient  en  ufage  dès  le  XI  liècle. 

27.  Une  endenture  ou  charte  dentelée-,  por- 
tant la  date  du  X.  liècle , ne  devroit  pas  être 
fufpectée. 

28.  L’ufage  des  chartes  drvifées  a duré  jiif- 
qu’à  notre  fiècle. 

29.  Les  chartes-partie^  de  fceaux , & 

les  endentures  fans  cyrographes , ne  doivent  pas 
être  fufpecles. 

30.  Les  chartes  de  manumi.fTion  ont  eu  cours 
jufqu’au  XVI.  fiècle  inclufivemenr. 

ArticleII. 

Réglés  particulières  fur  la  matière  & rentre  des 
Diplômes. 

1.  Les  plus  anciens  aâes  confervés  jufqu’à 
préfent,^  font  fur  la  marbre,  le  bronze  & en 
papier  d’Egypte. 

2.  On  ne  connort  point  de  diplôme  en  parche- 
min antérieur  au  VI.  fiècle. 

3.  Ü.ne  charte  latine,  en  papier  d’Egypte  ou 
d’écorce  , pcftérieate  au  XIII.  liècle , pourrai* 
être  déclarée  faujTe , au  çoDî3ier.^aient  du  XIII, 


très-fufpeae , pendant  le  cours  du  XII.  !e  foup- 
çon  feroit  légitime  î avant  ce  Cecle  il  perdroit 
toute  fa  force. 

4 Une  charte  de  papier  de  coton  , antérieure 
au  IX.  fiècle,  feroit  fufpefte  à jufte  titre;  plus 
récente  , îe  foupçon  n’auroit  pas  de  fondement 
par  rapport  à une  pièce  grecque. 

5.  Tout  diplôme  de  papier  de  coton  ^ expédié 
en  France  ^ fur- tout  dans  les  provinces  fepte^ 
trionales  , aufïl-bien  que  dans  les  royaumes  du 
Nord  J excepté  la  Ruffie , feroit  fufpeél  ; mais 
à peine  le  feroit- il  dans  les  pays  qui  étoient  en 
commerce  avec  les  grecs  , & point  du  tout  en 
Grèce  , & même  en  Italie  , depuis  ^e  X necle. 

6.  Les  fouDçons  qu’on  pourroit  former  contre 
un  ade  de  quelque  importance  fur  ^ P/Uf-'  “e 

chiffes  , depuis  le  commencement  du  XTl.îiecie, 

feroient  nuis,  durant  le  XII.  très-forts;  aupara- 
vant ils  iroient  jufqu  a conviélion  de  faux. 

7.  Le  papier  & parchemin  timbrés  furent  éta- 
blis en  Efpagne  & en  Hollande,  i an  i5'5'5'  ; a 
Bruxelles,  en  1668  au  plus  tard,  & en  France 
l’an  1673. 

8.  D’anciens  titres  en  parchemin , après  cinq 
8c  fix  cents  ans , 8c  même  davantage , peuvent  le 
trouver,  & fe  trouvent  en  eflfet_  prefque  auffi 
blancs  8c  au0i  propres  que  s’ils  étoient  récens. 

9.  La  couleur  enfumée  du  parchemin  eft  un 
argument  fort  incertain  pour  ou  contre  1 antiquité 
des  chartes. 

10.  Le  velin  des  manufcrits  8c  des  diplômes, 
jufqu’au  déclin  du  XI  fiècle  ,■  eft  blanc  8c  très- 
fin;"  en  forte  que  le  plus  fin  dénote  la  plus  grande 
antiquité. 

ïi.  Depuis  l’an  icoo  jufqu’à  l’an  1400,  le 
parchemin  eir  plus  épais  8c  d un  blanc  fale.  De- 
puis cette  dernière  époque,  fes  feuilles  font 
d’une  épaiffeur  excelfive. 

12.  L’encre  avec  toutes  fes  teintes  8c  fes  cou- 
leurs, n’eft  pas  d’une  grande  teffource  pour  la 
vérification  des  manufcrits  Sc  des  chartes. 

13.  Juger  de  l’âge  de  ces  monumens  félon 
que  l’encre  eft  plus  noire , plus  vive  8c  plus 
lüftrée,  c’eft  s’expofer  à de  grandes  méprifes. 

14.  L’encre  d’or,  le  rouge  & le  cinabre  dans 
les  diplômes , ne  les  rendent  point  fufpeéts. 

Article  III. 

B-égles  particulières  fur  récriture  des  manufcrits  G 
des  diplômes. 

I.  Il  eft  très-peu  de  manufcrits  poftérieurs  au 
VI.  fiècle  , qui  foient  totalement  écrits  en  lettres 
capitales. 


DIP 

2.  Au  XI.  on  trouve  quelques  chartes  entières 
en  ce  caradère. 

5.  Le  VIL  fiècle  fournit  plufieurs  diplômes 
écrits  en  lettres  majufcules  onciales. 

4.  Cette  écriture  paroîtdans  un  grand  nombre 
de  manufcrits  , depuis  le  IV . fiècle  jufqu’au  IX. 

inclufivcment. 

r.  La  demi-onciale  employée  dans  les  manuf- 
crits defcend  à peine  jufqu’au  IX.  fiècle. 

G.  Les  lignes  entières  écrites  fans  diftindion  de 
mots,  caradérifent  les  manufcrits  antérieurs  à 
Charlemagne , 8c  les  diplômes  plus  anciens  que 
Pépin- ie-Bref. 

7.  L’écriture  minufcule  , en  ufage  chez  les 
Romains,  & depuis  chez  les  peuples  barbares , 
qui  démembrèrent  l’empire  , fut  renouvellée  !ous 
Charlemagne. 

8 Des  diplômes  écrits  en  ce  caradère  aux 
Vni.  8c  IX.  fiècles  8c  les  fuivans  , ne  doivent 
point  être  fufpeds.  . 

9.  Des  diplômes,  dont  toute  ou  feulement  une 
partie  de  l’écriture  eft  en  lettres  majufcules^ou 
en  petit  romain  non  lie  , ne  aoivent  pas  etra- 
fufpedés  du  côté  du  caradère. 

10.  Dès  les  premiers  tems  l’écriture  curfive 
romaine  fut  en  ufage  , 8c  donna  naiflance  aux 
écritures  nationales  du  même  genre. 

1 1 . La  curfive  francogallique  ou  mérovingienne , 
plus  compliquée  8c  plus  obfcure  que  la  romaine, 
fut  celle  des  diplômes  de  tous  nos  rois  de  la 
première  race. 

II.  Elle  va  toujours  en  fe  rapprochant  de  la 
minufcule  romaine  non  liée , depuis  la  fin  du 
VIII.  fiècle  jufqu’au  commencement  du  Xil. 

13.  Des  notes  de  Tiron  dans  les  diplômes  de 
la  première  & fécondé  race  de  nos  rois  , & dans 
ceux  des  premiers  empereurs  d’Allemagne,  Is- 
roient  des  caradères  favorables. 

14.  La  fufcription  ou  première  ligne  d un  di- 
plôme des  rois  de  France  de  la  o'd 

fécondé  race , ou  des  premiers  empereurs  d ^ 
magne,  ne  le  rendroir  pas  fufped,  pour  ne 
pas  écrite  en  lettres  hautes  8c  alongées. 

I c.  Quelques  reftes  du  caradère  mérovingien 
ou  carolin  rendroient  fort  fufpeds  des  d^plom 
poftérieurs  au  commencement  dü  XIL  necle. 

i6-  Les  manufcrits  8c  les  chartes  du  IX- 8c  X. 

fiècles  offrent  beaucoup  de  veftiges'  de  la  cari  . 
mérovingienne. 

17.  Au  XIL  fiècle  , l’écriture  vifigotbique  ott 
gothique  ancienne  , cefifa  ^d’être  d’un  ufage  co  1 
mim  chez  les  efpagnols. 


i8.  Au  même  fîècle , le  caractère  lombardique 
dans  les  diplômes  d'Italie  , ne  feroi:  pas  un  moyen 
de  fufpicion. 

ipr  L'Angleterre  abandonna  récriture  faxone  , 
& employa  la  françoife  dans  les  chartes  & les 
livres  fous  le  règne  de  Guiilaume-le-Conquérant. 

20.  Depuis  le  XII.  fièclcj  plus  récriture  ap- 
proche du  XVI. , plus  elle  dépérit  & devient  diüi- 
cile  à lire. 

21.  Le  nouveau  caraélère  gothique  paroît  dans 
les  manufcrits  & les  chartes  j dès  l'entrée  du 

XIII.  fiècle. 

22.  Dans  ce  même  fiècle  ^ plus  qu'en  aucun 
autre  , l'écriture  de  la  chancellerie  varie  félon  la 
diverfité  des  notaires  ou  fecrétaires. 

23.  Dans  les  chartes  du  XIII.  fiècle  , cin- 
quante ans  peuvent  opérer  , par  rapport  aux  écri- 
tures J le  même  effet  qu'un  ou  deux  cents  ans  dans 
celles  des  autres  fiècles. 

24.  Les  .abréviations  devenant  plus  fréquentes 
dans  les  manufcrits  & les  chartes  ^ marquent  une 
moindre  antiquité  ^ à raifon  de  leur  augmen- 
tation. 

25 . La'  multitude  exceffiv'e  des  abréviations 
caraélérife  les  aétes  & les  manufcrits  des  XIII. 

XIV.  Sc  XV.  fiècles. 

26.  Dans  les  manufcrits  de  fix  à fept  cents 
ans , la  conjonétion  &'  fe  trouve  fouvent  mar- 
quée par  une  ligne  courbe  ^ ou  horizontale  entre 
deux  points  •r' 

27.  Les  diplômes  où  les  noms  propres  font 
marqués  par  les  feules  lettres  initiales,  ne  doivent 
point  pour  cela  devenir  fufDeâs,  fur-tout  depuis 
k IX.  fiècle. 

28.  Dès  le  X.  fiècle  , dans  lès  diplômes  , on 
commença  à mettre  des  accens  aigus  fur  les  deux  A 
de  fuite  , pour  les  diltinguer  de  Vu  , cancellarn. 

29.  Les  manufcrits  & les  diplômes  originaux , 
©ù  les  points  font  régulièrement  placés  fur  les  i 
avant  le  XlVi.  fiècle,  doivent  palier  pour  fafpeéts. 

30.  Les  accens  furent  en  ufage  dans  l'écriture 
dès  le  tems  d'Augufte , & dans  l'âge  d'or  de  la 
latinité. 

51.  La  mode  de  faire  entrer  la  conjonétion  & 
dans  les  mors  comme  dans  p & tite  , ceila  dans 
le  XII.  fiècle. 

32.  On  ne  trouve  point  la  diphtongues,  mais 
un  fîmple  e dans  les  manufcrits  & les  chartes  du 
XIII.  fiècle  & les  deux  fuivans  , quoiqu’elle 
paroifle  fouvent  fur  les  fceaux. 


) 

33.  Plus  on  remonte  au  VII^  fiècle,  & plus 
on  trouve  de  barbarie  dans  les  figures  , dont  les 
manufcrits  font  ornés,  hiais  leurs  lettres  h-ftoriées 
& leurs  miniatures  commencèrent  au  XV . fiècle 
à fe  réconcilier  avec  la  belle  nature. 

34.  Les  lettres  r & c des  chartes  & des  ma- 
nufcnts  fe  confondent  depuis  le  XIII.  fiècle , 
par  une  trop  grande  reilemblance  de  leurs  figures  j 
c'eft  un  des  moyens  que  David  Calley  propofe 
pour  juger  de  l'âge  des  écritures. 

3 J.  Après  le  commencement  du  même  fiècle  , 
tes  figures  de  Vn  & de  Vu  ne  furent  plus  ordi- 
nairement  diftinguées  l'ur.e  de  l’autre  5.  mais  on. 
mit  fouvent  deux  accens  fur  Vu. 

36.  L’e  fimple  eft  fréquemment  mis  pour  la 
diphtongue  a dans  les  infcriptions  & les  manuf- 
crits  les  plus  anciens.  Il  ne,  faut  donc  pas  donner 
pour  règle  que  les  fimples  e caraéîérifent  les  mo- 
numens  du  XII.  ou  XlII.  fiècle. 

CHAPITRE  XII. 

Règles  particulières  far  le  fiyle  & les  formules  deS 

diplômes  & des  autres  actes , fur  les  .claufs  pénales 

&*  les  annonces  des  précautions  prfes  pour  authen- 
tiquer les  pièces. 

Article  Premier. 

Règles  fur  le  ftyle  des  actes  eccléfiafiiques . 

1 . Dès  le  IV.  fiècle , les  évêques  mirent  à la 
tête  de  ieurs  lettres  & de  leurs  aftes,  diverfes 
invocations  , enveloppées  fous  des  fymboles  , 
tels  que  le  labarum , la  croix , Talpha  & l'o- 
méga , ou  eK'primées  par  différentes  formules. 

2.  L'invocation  s'elt  toujours  maintenue  en  plu- 
fieurs  aétes  eccléfiaftiques  & dans  les  tellamenSj 
les  aûes  de  foi  & d'hommage,  &c. 

3.  On  ne  doit  pas  acculer  de  fuppofition  les  - 
diplômes.  & les  actes  les  plus  antiques-,  parce 
que  les  prélars  s'y  difent  évêques  ou  abbés  par 
la  grâce  de  Dieu. 

4.  Quoique  dès  le  XII.  fiècle  quelques  prélats 
aient  employé  i'exprelïïon  d'évêques  par  la  mi- 
féricerde  ou  par  la  grâce  du  faint-jiègt  ^ elle  n'a 
paffé  en  formule  qu’au  fiècle  fuivant  , & fur- 
tout  depuis  la  bulle  par  laquelle  Clément  IV. 
prétendit  que  la  difpofition  de  tous  les  bénéfices 
apparrencit  au  pontife  romain. 

5.  Dans  les  quatre  premiers  fiècles  , le  titre 
d'évêque  & celui  de  prêtre  font  fouvent  con- 
fondus. 


4î(? 


DIP 


6.  Les  acles  & les  lettres^  où  les  évémies 
nrennent  le  titre  de  Prêtres  , pendant  ksfieaes 
XI.  XII.  & XIII- , ne  doivent  pom..  pa.oiae 

lùfpects. 

7 Jüftu  au  milieu  du  VIÏÏ.  Lècle,  le  titi^  de 
Dâpê  fut  donné  aux  évêques;  mais  dans  la  fuite 
si  ne  leur  fut  attribué  que  rarement. 

8.  Ofvauroit  tort  de  tenir  pour  fufpeas  les 
aâ;es  & les  diplômes  des  VI.  VIL  & ViL.  ne- 
cles , par  la  raifon  que  le  titre  d archevêque  y 
eft  donné  à des  primats  ou  à desméîropoiitai.nSj 
& même  à certai.ns  évêques. 


Q.  Depuis  le  I\L  dècie  jurqu’au  I|s 

lettres  de  ferviteur  de  J.  C. , de  pec.neur,  ~*e 
fervrieur  d’un  farnt  titulaire , de  lerviteur  des 
ierviteuvs  , d’évéque  humble  & indigne  ^ oe  fervi 
teur  du  trouc*eau  de  J.  C- , Scc. , font  des  titres 
favorables  à la  fincérité  des  lettres  & des  cnar- 
î£s  épifcopales. 


10.  Pendant  le  X.  fiècle  & les  deuxjuivans , 
plufieurs  prélats  fe  donnèrent  à eux-mêmes  ^ 
reçurent  des  titres  & des  éloges  magnmques,  lans 
que  la  plupart  abandonnaflent  les  çxpreiiîons 
iîifpirées  par  l’humiiité  chrétienne. 

11.  Les  rois  carlovirigier.s  traitoient  les  abbés ^ 

& à plus  forte  raifon  les  évêques  ^ è:uh>-fires-  & 

de  révérendijfmies. 


r-,.  Pendant  le  X.  fiècle  & ks  deux  fuivans  ^ 
les  titres  dhiluares  & d ulullriÆnies , de  révé- 
rends J de  révérendaHmes  j de  n ès-renommes  , 
de  glorieux , de  magnifiques , de  nobles  , de 
grandeur  J d’alteîfe  , de  ma^eâe  , &c.  etoient  ue- 
filrés  aux  prélats  non  - feuierneRt  par  ks  notaires , 
mais  encore  par  des  perfonnes  en  place. 


i2.  Les  titres  de  prince,  de  duc,  de  comte, 
de  conful,  pris  par'  des  prélats  avant  le  XL 
fiècle,  feroiênt  fufpeaer  un  diplôme. 

\A.  Dès  le  XL  fiècle  plufieurs  évêqués  mar- 
quèrent dans  leurs  chartes'  le  raii^g  qu  iis  tenoient 
parmi  ieius  préttéceüeurs  de  meme  nom. 

1,'.  Depuis  k IV.  uèck  jufquku  XII.  la  qua- 
lité de  frère  donnée  à des  évêques  par  ks  abbés 
& les  moines,  ne  renciroit  pas  un  awte  fuipeét. 

16.  Anciennement  les  ab&és , honorés ^du  fa- 
cerccce , ne  recevoient  &.  ne  preneient  fouveut 
que  le  titre  de  prêtres. 

17.  Au  IV.  fiècle,  & dans  le  fui  vaut,  quel- 
ques évêques  mirent  leurs  nems  & leurs  qualités 
non  à la  tête  , mais  au  bas  de  leurs  lettres, 
contra  l’ancien  ufage. 


iS.  Les  chartes  vidimees  commencèrenr , au 
plus  tard  au  XIII.  fiècle  , .à  porter  cette  formule  , 
Üttcrjs  non  cancdlatas  , non.  abolitas  , nec  h cliqua. 
Jui  patte  vUiü'as,. 


DIP 

ArticleII. 

Réglés  particulières  far  les  fuferiptions  & le  flyle  des 
DtPLÔitEs  donnés  par  les  princes. 

I.  Les  invocations  exprimées  par  des  fymbcles 
8c  des  traits  raonogrammatiques , ou  exprimées 
tout  au  long , furent  employées  dans  ks  diplô- 
mes originaux  des  rois  de  France  delà  première 
race. 

1.  Les  empereurs  romains  &ks  rois  wifigots, 
Sc  anglo-faxons  des  VI.  VII.  8c  V'IIL^  fiècles , 
comn-Tençoient  leurs  édits  & leurs  diplômes  par 
des  invc'cations  formelles. 

On  pourreit  tenir  pour  fufpeéles  les  chartes 
de  Pépin  - le  - Bref,  qui  renfermeroient  des  invo- 
cations écrites  tout  au  long  au  commencemeRt 
de  la  fufeription  ; cependant  D.  Mabiilon  ne  veut 
pas  qu’on  ks  rejette  fans  examen. 

A.  Tous  les  n-plômes  des  empereurs  d’Occi- 
derit , jufqu’erîviron  le  commencement  du  XIII. 
fiècle , renferment  des  invocations. 

p.  Depuis  Charlemagne  , Tufqu’à  Pbibppe-Ie- 
Bel  inc'unvement , tous  nos  rois  ont  commence 
leurs  diplômes,  au  moins  les  plus  importans , 
par  dîverfes  invocations  formelles. 

6.  L’invocation  de  la  fai.nte  Trinité  , ernployée 
par  Charks-Ie-Chauve  , diftingue  fes  diplômes^de 
ceux  de  Charlemagne  , & fe  maintient  jiifqu’au 
règne  de  Philippe  - le  - Bel  irxlufiveme.nt. 

7.  Les  rois  de  France , avant  le  X. ^fiècle,  & 
les  rois  ou  empereurs  d’Allemagne  , n’ent  jrar.ais 
u^é  dt  nos  dans  la  fufeription  de  leurs  chartes. 

Coroüair.e.  De  là  l’abbe  Godfrci  conclut  qu  a 
iufte  titre,  en  conféquence  de  cette  exprefl’ion, 
le  diplôme  d’Otron  , confetve  à Magdebourg , 
a été'accüfé  de  faux  par  Leabéras. 

8.  Ouelques-uns  de  nos  rois , au  IX.  fietL  > 
firent  précéder  leur  nom  du  pronom^  ego  nans 
leurs  fuferiptions  , mais  cet  ufage  ne  devint  tort 
à la  mode  qu’aux  XL  & Xll.  hecks. 

9.  Le  titre  d’homme  illufire  wt  ou  èq-i" 

tris.,  a été  pris  par  tous  les  rois  detw-r-ance, }U. 
qu’à  Charlemagne  inclufivement- 

10.  Quoiqu’on  pût  regarder  comnfe  fufp-dr  ™ 

. diplôme  où  quelqu’un  des  rois  mérovsngîens 

prendroit  pas  dans  La  formule  initiale  le  trtre  ue 
vir  inlufier,  on  ne  devroit  pas  k re}etter  couîms 
faux,  s’il  n’avoit  point  d’autre  vice. 

II.  Cn  doit  regarder  comme  înduP.uabie^  L* 
diplômes  de  Piprn  - le  - bref,  qui , exempts  ‘-i  a'- 

î leurs  de  toct  autre  défaut , •porterotenc  ^ 

l fuicriptioiî  vir  inlujhtr  ■&  gracia  Dec,  ^ 


DIP 


DIP 

ï 1.  On  ne  peut  ordinairement  décider  du  Tort 
des  diplômes  par  leurs  formules  initiales. 

15.  On  ne  doit  pas  exiger  que  toute  charte, 
donnée  fous  la  première  race  de  nos  rois,  foit 
abfoiument  conforme  aux  formules  de  Marculfe. 

14.  La  barbarie  du  ftyle  & Torthograp^  vi- 
cieufe  , loin  de  nuire  à la  vérité  des  plus  anciennes 
chartes . en  deviennent  la  preuve  depuis  le  VL 
fiècle  jufqu^au  XL 

If.  Toute  charte  en  original,  foit  qu’elle  fût 
donnée  au  nom  du  roi , foit  qu’elle  eût  pour 
auteurs  des  particuliers  laïques,  feroic  au  moins 
fufpeéfe , fi  fon  orthographe  étoit  régulière , 
depuis  le  VL  fiècle  jufqu’à  Charlemagae. 

16.  L’énumération  des  diverfes  efpèces  de 
biens  , renfermés  dans  la  donation  d’un  fonds  ou 
d’un  domaine , loin  d’être  un  titre  de  faufieté 
dans  les  chartes  mérovingiennes  & carlovingien- 
nes , ell  un  caractère  propre  à prouver  leur  vérité. 

17.  Avant  le  VIL  fiècle  , des  diplômes  où 
nos  rois  parloient  au  pluriel,  ne  doivent  point 
pafl'er,  ni  pour  fuppofés , ni  pour  fufpeâs. 

18.  On  ne  doit  pas  rejetter  les  diplômes, 
où  Charlemagne  n’étant  encore  que  roi , eft  qua- 
lifié empereur  , ni  ceux  où  le  titre  de  roi  lui 
eft  donné , après  qu’il  fut  parvenu  à l’empire. 

1 9.  Jamais  les  rois  de  France  n’ont  marqué  à 
la  tête  de  leurs  diplômes,  le  rang  qu’ils  tenoient 
parmi  ceux  de  leur  nom  ; au  lieu  que  les  autres 
îbuverains , depuis  le  commencement  du  X. fiècle, 
ont  fouvent  pris  le  titre  de  premier  , fécond , 
troifième,  &c. 

20.  Le  titre  de  roi  donné  à Eudes , avant  ou 
après  fa  mort  , par  Charles  - le  - Simple , n’eft 
point  un  motif  légitime  de  fufpicion  contre  un 
diplôme. 

21.  Le  titre  d’illuftre,  donné  aux  comtes  par 
les  rois  carlovingiens  , cefia  de  l’être  par  les 
premiers  rois  d’Allemagne. 

21.  On  ne  connoît  point  de  plus  ancien  mo- 
nument, qui  faffe  mention  du  droit  de  juftice, 
accordé  à des  feigneurs  laïques,  qu’un  dipiôme 
donné  l’an  81  f par  Louis-le-Débonnaire. 

23.  La  première  fois  qu’on  trouve  le  nom  de 
fief  feodum , c’eft  dans  une  conltiturion  de  Charles- 
îe  Gras,  reconnu  roi  de  France  i’an  8Sf. 

24.  Au  fiècle  fuivant , on  confondit  les  fiefs 
avec  les  véritab'es  alleus,  & l’on  employa  dans 
les  chartes  le  terme  d’allet^  pris  en  géhéral,  pour 
fignifier  toute  forte  de  poffelfion. 

25.  Il  ne  faut  pas  regarder  comme  fuppofés 
tous  les  diplômes  d’empereurs , dans  lefquels  on 

Antiquités  , Tome  II, 


417 

troureroit  ces  termes  , curia  nofira , ou  caméra 
nofira^  avant  Oîton  I. 

26.  Les  chartes  qui,  avant  Charîes-le-SimpIe  , 
en  france,  & Henri  - l’Oifeîeur,  en  Allemagne, 
fuppoferoient  qu’on  auroit  pofiédé  des  duchés 
ou  comtés  en  propre,  & par  forme  d’héritage, 
doivent  pafîer  pour  faufles. 

2.7- ^ Avant  Henri  - rOifeleur,  en  Allemagne, 
& Robert,  roi  de  France,  les  diplômes  où  ces 
mots  principes  noftri  Sc  autres  femblables  feroient 
employés , ne  devroient  pas  être  regardés  comme 
faux. 

28.  Le  titre  de  principauté  attribué  à des  fei- 
gneurs avant  Conrad  I,  en  Allemagne , pourroit 
rendre  une  charte  fufpeéie. 

29.  Celles  où  des  gentilshommes  & des  fei- 
gneurs particuliers  font  appellés  princes,  fur-tout 
dans  le  XL  fiècle,  ne  doivent  pas  être  rejettées 
à caufe  de  cette  qualification. 

30.  Sous  la  première  race,  & quelquefois  fous 
la  fécondé  & la  troifième , les  fils  & les  filles 
des  rois  portèrent  le  titre  de  rois  & de  reines. 

31.  Les  chartes  où  les  rois  de  France  des  XI, 
& XII.  fiècles  prennent  les  titres  d’empereur  8c 
d’augufte,  ne  doivent  pas  être  fufpeélées. 

32.  Le  titre  de  roi,  tout  court,  eft  tellement 
propre  à Conrad,  premier  roi  d’Allemagne  , qu’un 
dipiôme  fous  fon  nom  , qui  ajouteroit  à rex  les 
mots  Aiamanis.,  Germania. , Francis,  orientalis , &c.  , 
paroîtroit  fufpecl. 

33.  Dans  un  diplôme  de  Conrad  I,  de  Henri  I 
& d’Otton  I , avant  la  défaite  de  Berenger , roi 
d’Italie,  ce  feroit  un  moyen  de  faux  des  plus 
forts , qu’on  leur  donnât  le  titre  d’empereur. 

34.  Il  ne  faudroit  pas  réprouver  des  dip'ômes 
d’Otton  I,  où,  depuis  l’an  i , ilfe  quaiifieroit 
empereur  ou  auguftc. 

3/.  Quoique  les  titres  de  roi  des  François  , ou 
des  romains,  foient  extraordinaires  dans  les  di- 
plômes de  Conrad  I,  & celui  de  roi  des  romains 
dans  ceux  des  rois  François  ou  allemands , anté- 
rieurs au  XL  fiècle,  ce  ne  feroit  pas  un  motif 
légitime  pour  fufpeéîer  un  diplôme  , qui  n’auroit 
point  de  plus  grand  défaut  que  cette  fingularité. 

30.  Les  chartes  des  particuliers  où  Conrad  I, 
Otton  I J avant  fon  premier  voyage  en  Italie , 
& Henri  I feroient  qualifiés  empereurs , ne  fe- 
roient point  fufpedes. 

♦ 

37.  I!  ne  faudroit  pas  fufpefter  des  diplômes 
où  l’empereur  Henri  I ne  prendroit  que  le  titre 
d’avocat,  ou  avoué  des  romains,  ou  d’A^ugufte. 

38,  On  ne  doit  pas  rejetter  les  chartes  des 

Ggg 


5|I§ 


D I f 


empereurs  d’Allemagne,  où,  avant  Frédéric  ï, 
ils  ie  qualifieroient  femper  augufius. 

•’o  Des  diplômes  qui,  avant  le  X.  fiècle  , 
accordent  à des  églifes,  ou  a des  pamcuuers 
des  terres  en  fouverainete , doivent  pafler  pour 
faux  ou  très  fufpeéls. 

40  Les  diplômes  des  rois  de  France  de  la 
nr^mière  & de  la  fécondé  race,  qui  accordent 
à des  églifes  & à des  monaftères  l'exemption  ce 
toute  jurifûiélion  des  juges  publics  ou  royaux, 
ne  peuvent  être  conteftes. 

41 . Le  droit  de  battre  monnoie  accordé  aux 
églifes  & aux  monaftères,  avant  Charles-le-birople, 
en  France,  & Henri  - l'Oifeleur  , en  Allemagne  , 
ne  prouve  point  la  fauffeté  des  diplômes  ou  il 


porte. 


Articie  III. 


Règles  particulières  fur  les  imprécations  , les  claufes 
pénales  , dérogatoires , & les  annonces  de  précau- 
tion pour  authentiquer  les  Difzômes. 

I Les  formules  d'imprécation  dans  les  actes 
eccléfiaftiques  , mifes  en  ufage  dès  le  IV.  A & 
VL  fiècles  , n’ont  fini  qu  apres  le  mmeu  duAlV. 

2.  Les  peines  pécuniaires  portées  dans  les  char- 
tes eccléfiaftiques , ne  les  rendent  pas  fufpeétes 
depuis  l'an  656  jufqu'au  XIV.  fiècle. 

3.  Depuis  le  bommencement  du  XII.  fiècle, 
la  claufe  falvo  jure , dans  les  pièces  émanées  de 
la  puiitance  eccléfiaftique  , eft  un  caraétère  favo- 
rable. 

4.  L'excommunication  ipfo  facio  , réellement 
encourue  fans  autre  jugement , pourroit  rendre 
fufpeâs  les  aéles  antérieurs  au  XIII.  fiècle,  où 
elle  fe  trouveroit. 


5.  Les  adtes  où  les  évêques  n'épargnent  pas 
les  anathèmes  contre  leurs  fucceffeurs , qui  alié- 
neroient  ou  s'empareroient  des  biens  donnés  aux 
églifes  & aux  monaftères , ne  doivent  pas  être 
rejettés. 

6.  Depuis  l'établiffement  de  la  monarchie  fran- 
çoife,  on  ne  doit  pas  fufpeéter  les  anciennes 
chartes  de  donation  ou  de  ceffion , fous  prétexte 
quelles  impoferoient  des  peines  corporelles , 
pécuniaires  & fpirituelles  à ceux  qui  oferoientles 
attaquer. 

7.  Nulle  charte  ne  doit  être  rejettée  comme 
fufpeéte,  parce  qu'on  ne  trouve  plus  dans  les 
églifes , ààns  les  tréfors  , dans  les  archives , les 
fymboles  d'inveftitures  qu'elle  annonce. 

8*  Des  chartes  confervées  dans  toute  leurinté- 
grité, annonçant  des  fymboles  d'inveftiture  com.me 
y étaEî  attachés,  Ee**doiyent  point  pafler  pour 


D I F 

erlginaîes,  fi  ces  fymboles  nV  paroi'flent  plus, 
& s'il  n'en  refte  pas  du  moins  quelque  trace. 

9.  Si  une  charte  , annonçant  une  certaine  ef- 
pèce  de  bâton  comme  attaché  au  bas  de  cette 
pièce^  en  avoir  un  d’un  autre  bois , ce  ne  feroic 
pas  ime  preuve  certaine  de  faufîeté , mais  qu'on 
l’auroit  détaché  du  bas  de  h charte  , & que  fe 
trouvant  confondu  avec  plufîeurs  autres , on  au- 
roit  attaché  de  nouveau  un  bâton  pour  un  autre. 

10.  Un  fceau  de  cire  d'une  autre  couleur  bien 
marquée  que  celle  qui  feroit  annoncée  dans  la 
charte  même,  feroit  un  indice  de  faux. 

11.  Une  charte  royale , annonçant  un  mono- 
gramme qui  n'y  auroit  pas  été  tracé  , n'en  feroit 
pas  moins  vraie , ni  moins  authentique , fi  elle 
étoit  fcellée  ou  fignée. 

12.  Les  aéles  où  il  n’eft  rien  dit  de  i’appofi- 
tion  du  fceau , quoiqu'ils  aient  été  fcellés , ne 
doivent  point  paffer  pour  fufpeéls. 

15 . La  feule  annonce  du  fceau  dans  une  charte, 
prouve  qu'elle  n' eft  point  originale  , lorfqu'on  n'y 
découvre  pas  le  moindre  veftige  de  fceau. 

G H A P I T R E X I I I. 

Rèoles  particulières  fur  les  dates  , les  fceaux , les 

fignatures  des  Diplômes  & des  allés  , tant  des 
> ecciéfiafiiques  que  des  laïques. 

Article  premier. 

Bée gles particulières  furies  dates, 

1.  Les  dates  du  jour,  du  conful  & de  rindiéiion 
fe  montrent  dans  les  aétes  eccléfiaftiques  des  IV. 
V.  & VI.  lîfclês. 

2.  Les  évêques  d'Efpagne  & de  France  com- 
mencèrent , dès  le  VI.  fiècle  , à dater  leurs  actes 
du  règne  de  leurs  rois. 

3.  La  date  de  l'incarnation,  ondes  années  d«. 
J.  C.  J dans  quelques  aûes  publics , avant  le  VllL 
fiècle  , n'eft  pas  un  moyen  fuffifant  de  faux , u 
ce  n'eft  qu'ils  fufleiit  antérieurs  au  commence- 
ment du  VI.  fiècle. 

4.  Depuis  l'an  740 , la  date  de  l’incarnation 
ne  doit  pas  faire  naître  le  moindre  foupçon  contre 
ks  aéies  des  conciles , même  de  France. 

y,  La  multiplication  affeftée  des  dates  oand^ 
chartes,  n'eft  point  une  preuve  d'impofture  j 
l'on  ne  doit  pas  former  des  foupçons  défavant-^ 
geux  aux  pièces  où  elles  fe  rencontrent , ' 

fièrement  depuis  le  IX.  fiècle  jufqu'au  XI  • 

G.  Depuis  le  VIII.  fiècle  jufqu'au  XV . ks  dates 
de  i'épifcopat , de  l'ordinàtion  & du  pontm 


DIP 

ce  doivent  pas  rendre  fufpeds  les  adtes  où  elles 
fc  trouvent. 

7.  Un  diplôme  des  rois  mérovingiens  feroit 
faux,  s^il  portoit  la  date  du  confulat  ou  des  années 
des  empereurs. 

8.  Nos  rois  de  la  première  race  n’ont  daté 
que  très-rarement  leurs  diplômes  de  l’indiélion , 
quoiqu’elle  fut  employée  alors  dans  les  conciles. 

9-  Nul  diplôme  fincère  des  rois  mérovingiens  , 
qui  foit  daté  des  années  de  J.  C.  ou  de  l'incar- 
nation : lî  cette  date  y paroit,  c’eft  qu’elle  y a 
été  ajoutée  par  une  main  poftérieure. 

îo.  La  formule  feliciter-ç&  fréquente  à la  fin 
des  dates  & dans  les  foufcriptions  des  diplômes 
royaux , antérieurs  au  XL  fiècle. 

1 1 . Les  dates  de  l’indiélion  & des  années  de 
l’incarnation  , dans  les  diplômes  des  rois  d’An- 
gleterre du  VII.  fiècle,  ne  font  nullement  fuf- 
peéies. 

• 

_ 12.  Les  diplômes  de  Charlemagne,  datés  de 
l’indiétion  Se  des  années  de  l’incarnation , avant 
& depuis  qu’il  fut  empereur,  ne  doivent  point 
être  rejettes , fi  d’ailleurs  ils  ne  font  pas  répré- 
henfibles. 

13.  Charlemagne  & Otton  I,  aulfi-tôt  après 
leur  élévation  à l’empire  , ont  compté  les  années 
de  leur  règne  , comme  fi  elles  avoient  été  ter- 
minées à cette  dernière  époque , en  forte  qu’ils 
en  ont  omis  les  mois  qui  refioient  à compter  de 
leur  règne , pour  en  rendre  les  années  complettes. 

14.  Dans  les  chancelleries  impériales  & royales 
de  France  & d’Allemagne , fur-tout  pendant  le 
IX.  fiècje,  les  années  des  règnes  fe  comptoient 
quelquefois  en  marquant  une  nouvelle  année  au 
commencement  de  chaque  année  civile  , en  forte 
qu’un  prince  qui  n’ avoir  régné  que  pendant  quel- 
ques mois  d’une  année,  com.ptoit  la  fécondé  an- 
née du  règne  aprèsle"  premier  de  Janvier  de  l’an- 
née fuivante  , & ainfi  des  autres  années  du 
règne. 

L’indiéiion  romaine  fut  fuivie  au  moins 
depuis  le  IX.  fiècle  jufqu’au  XIV. , quoique  cet 
«fage  ait  éprouvé  bien  des  variations.  L’indiâion 
conftantmienne , employée  dans  le  même  fiècle, 
devint  la  plus  commune  en  France  Sc  en  Angle- 
terre au  XIV.  & XV.  fiècles. 

16.  L’indiction  très-rare  dans  les  diplômes  de 
nos  rois  , avant  l’empire  de  Charlemagne , fut 
ordinairement  employée  par  les  carlovingiens  & 
les  capétiens  , jufques  vers  le  milieu  du  XII. 
fiècle. 

^17.  Avant  Charles-le-Gras  qui- commença  à 
régner  en  876 , la  date  des  années  de  l’incarna- 
tion étoit  rare  dans  les  diplômes  de  nos  rois  5 


D I P 41^ 

mais  depuis  elle  y fut  fréquente  , fans  être  néan- 
moins d’un  ufage  ordinaire  avant  Hugues  Capet. 

iS.  La  formule  régnante  Ckrifio  fut  commune 
dans  les  chartes  , au  plus  tard  depuis  le  VI.  fiècle 
jufqu’au  XII. , mais  ordinairement  elle  étoit  ac- 
compagnée d’autres  notes  chronologiques^ 

19.  Les  feules  fautes  de  Chronologie  ne  font 
pas  une  raifon  fuffifante  pour  rejetter  les  diplômes 
& les  autres  aéles  où  elles  fe  trouvent , à moins 
qu’elles  ne  foient  intolérables. 

20.  Les  chartes  dont  les  dates  s’écartent  d’une 
ou  deux  années  de  notre  ère  vulgaire  , fur-tout 
au  XL  fiècle , ne  doivent  pas  pour  cela  paroître 
fufpeéles. 

21.  Un  aéte  qui  feroit  daté  de  l’an  de  grâce, 
anno  gratl& , avant  le  XII.  fiècle  , feroit  fufpeét. 

22.  Une  charte  du  IX.  fiècle  ou  des  fuivans  , 
qui  feroit  feulement  datée  de  l’année  courante  , 
fans  ajouter  les  centièmes  ou  le  millième  , ne 
devroit  pas  être  rejettée. 

23.  Dès  le  XL  fiècle,  au  plus  tard,  l’ufage 
de  commencer  l’année  à pâques  eut  cours,  fans 
donner  l’exclufion  aux  autres  calculs  5 mais  il 
ne  fut  le  plus  commun  que  dans  le  XIU.  & XIV. 
fiècle- 

24.  Les  dates  en  chiffres  arabes  rendroient  fuf- 
peéles  les  chartes  où  elles  fe  trouveroient , avant  le 
XVI.  fiècle. 

2 J.  D.epuis  le  VII.  jufqu’au  XIII.  fiècle , on 
a une  multitude  de  titres  dépourvus  de  toutes 
dates  , lefquels  n’en  font  ni  moins  vrais  , ni  moins 
valides. 

2é.  Des  lettres  royaux  des  XIV.,  XV.  & 
XVI,  fiècles , ne  doivent  pas  être  fufpedes  , 
parce  qu’elles  font  datées  d’un  lieu  où  les  rois 
ne  pouvoient  être. 

27.  Les  fentences  des  baillis  & de  leurs  lieu- 
tenans  , datées  de  Paris,  hors  leur  territoire  , font 
exemptes  de  fufpicion. 

Article  IL 

' Règles  particulières  fur  les  foufcriptions  C-  les 
fgnatures. 

1 . Depuis  le  IV.  fiècle  jufqu’au  XIII.  , des 
aâes  lignés  après  coup  par  des  évêques  abfens  , 
ou  fouferits  par  des  évêques  ou  des  prêtres  pre- 
fens  pour  des  abfens  , ne  doivent  point  être 
rejettes. 

2.  Les  fignatures  d’évêques  &d’abbés , qui  n’ex- 
priment pas  leurs Cèges  & leurs  églifes, ne  rendent 
pas  fafpeéts  les  lettres  Sc  les  aêtes  où  elles  font 

G g g ij 


contenues,  depuis  le  IV-  fiècle  jufqu  au  XII.  in- 
clufivemerK. 

3-  Depuis  le  IX.  fiecîe  jufqu  au  XIV.,  les 
Ciiâttcs  où  les  croix  tenant  lieu  de  fignaturcs  ^ 
£Qj-j^çes  , non  de  la  main  des  fourcnpteurs , 
mais  de  celles  des  notaires , doivent  être  admifes 
fans  diificulté  , fi  elles  n'ont  point  d'autres  dé- 
fauts : la  même  règle  à l'égard  des  S barrées  qui 
précèdent  les  noms  fouferits. 

4.  L'ufage  d'écrire  d'une  feule  & même  main 
les  noms  des  témoins  au  bas  des  actes,  fans  autre 
fi^nature  que  celle  de  1 ecriv'ain  , commença  au 
pkTs  tard  dans  le  VIII.  fiècle  , & fuffit  pour  la 
validité  des  chartes  jufques  vers  le  milieu  du  XII. 
fiècle. 

5.  Les  chartes  épifcopales  , fignée^s  par  des 
monosrammes , ne  doivent  point  etre  lufpeéles  , 
fut-tout  depuis  le  IX.  fiècie  , jufqu  au  Xll.  in- 
clufivement. 

6.  Les  aûes  des  oréiats  contrefignés  par  leurs 
fecrétaires,  avant  le  XV.  fiécle , feroient  fuf- 
peéts. 

7.  Les  rois  de  France  de  la  première  race 
mettoient  ordinairement,  de  leur  propre  main, 
leur  nom  , & quelquefois  leur  monogramme  aux 
diplômes  qu'ils  faifoient  expédier. 

8.  Jamais  roi  mérovingien  ne  figna  les  plaids  , 
les  arrêts  & les  jugemens  rendus  en  fa  préfence 
par  fes  principaux  minlftres  ; feulement  illesfaifoit 
vérifier  par  un  de  fes  référendaires  , fous  la  claufe 
recognovit. 

• 9.  On  peut  légitimement  fufpeûer  un  diplôme 
des  rois  mérovingiens , poftérieur  au  VI.  fiècle  , 
où  les  référendaires , chanceliers  ou  notaires , 
prendroient  ces  qualités. 

10.  Piufîeurs  diplômes  des  rois  de  France  de 
la  première  race , & un  plus  grand  nombre  de 
la  fécondé  , font  fouferits  par  des  évêques  , des 
abbés  & des  feigneurs.  Ces  diplômes , revêtus 
d'un  nombre  confidérable  de  fignatures , font  les 
plus  importans. 

11.  Sous  les  quatre  premiers  rois  de  la  troi- 
fième  race  J la  plupart  des  diplômes  royaux  étoient 
lignés  d'un  grand  nombre  de  prélats  & de  fei- 
gneurs. 

12.  Dans  les  diplômes  les  plus  importans  du 
roi  Henri  I.  & de  fes  fuccefleurs , jufqu'à  Phi- 
lippe-le-Bel  inclufivement , les  noms  ou  titres 
des  principaux  officiers  de  la  couronne  font  mar- 
qués au  bas  de  ces  actes. 

13.  Les  premiers  rois  de  la  troifième  race  fouf- 
crivent  fouvent  aux  chartes  des  particuliers.  Les 
ducs  de  Nonaasdie  en  ufent  de  raê.Tie  5 la  raifon 


en  eft  que  ces  aûes  îi'avoient  ordinairemenî  de- 
force  , qu'autant  qu'ils  étoient  autorifés  de  ces 
princes , ce  qui  fubfiftoit  encore  au  XIV.  fiècle. 

14.  Une  charte  qui,  fous  Charlemagne  & fes 
fuccefleurs , feroit  contrefignée  , avec  la  claufe 
obtulit , feroit  fufpeéte. 

ly.  Les  chartes  même  royales,  qui  depuis  la 
fin  du  XII.  fiècle  portsroient  la  claufe  recognovh^ 
ne  devroient  pas  faire  foi. 

16.  Sous  la  première  race  de  nos  rois,  leurs 
référendaires  ou  notaires  avoient  coutume  de  figner 
les  lettres  royales  3 ils  les  fouferivoient  tantôt 
feuls , & tantôt  après  les  rois. 

17.  Sous  les  rois  mérovingiens , les  chartes  des 
feigneurs  ou  particuliers  étoient  communément 
fignées  & atteftées  par  un  grand  nombre  de  té- 
moins. 

18.  A compter  depuis  Charlemagne  , les  rois 
de  la  fécondé  race  ne  fignèrent  que  par  des  mo- 
nograrmmes, 

19.  En  Allemagne,  tous  les  monogrammes  de 
Conrad  I. , de  Henri  I.  & d'Otton  I. , ayant 
l'an  960 , qui  renfermeroient  les  lettres  à'Aii- 
gujîui  ou  d’Imperator ^ feroient  faifx. 

10.  Avant  Otton  IL,  tout  monogramme  qui 
préfenteroit  les  mêmes  lettres , le  rendroit  fuf- 
peâ,  quoiqu’on  en  ait  des  rois  de  France  plus 
anciens , qui  ajoutent  rex  à leur  nom  propre. 

ZI.  Les  lettres-patentes  des  rois  de  France  ne 
furent  ordinairement  fignées,  fous  les  carlovîn- 
giens , que  par  les  chanceliers  ou  par  les  notaires 
du  palais  , qui  fouvent  faifoient  les  fonétions  de 
la  chancellerie. 

22.  Les  rois  de  la  troifième  race  ont  employé 
les  monogrammes,  les  croix  , les  fignatures , tour 
au  long  de  leur  propre  main  ou  de  celle  de  leurs 
miniftres. 

23.  Les  monogrammes  ne  paroiflent  plus  dans 
les  diplômes,  même  les  plus  importans  de  nos 
rois , après  le  règne  de  Philippe-le-Bel. 

24.  Depuis  Louis-Ie-Gros , perfonne  ne  fouferit 
à la  place  du  chancelier.  S'il  eflabfent,  on  rem- 
place fa  foufeription  par  cette  formule  : 

cante  cancellanà» 

zy.  On  ne  doit  pas  tenir  pour  fufpeéls  les  di- 
plômes royaux  des  VIII. , IX.  fiècles  & des  uii- 
vans,  qui  non-feulement  font  deftitués  de  tou^e 
foufeription  ou  monogramme  , mais  qui  ne  lont 
pas  même  contrefigne's  par  un  chancelier  ou  par 
iui  fubakerne. 

26.  La  fignature  écrite  de  la  propre  main  de 
nos  rois  capénens , dans  leurs  diplômes , a com- 
mencé fous  Philippe- !e-Long  j mais  depuis  Jean  1 • 


DIP 

îîs  lignèrent  plus  fouvent  de  leur  propre  main 
qu'auparavant. 

27.  En  i^Ilemagne,  Maximilien  I.  abolit  l’ufage 
des  monogrammes  , & donna  l’exemple  des  figna- 
tures  manuelles  à fes  fuccelTeurs  > dans  un  diplôme 
de  Tan  148(5. 

28.  Les  chartes  privées,  foufcrites  par  des  no- 
taires publics  au  XII  & XIII.  fîècles  , ne  doivent 
point  palier  pour  fufpeétes.  ■ 

29.  Au  XL  & fur-tout  au^XII.  lîècle , le  très- 
grand  nombre  de  chartes  n’étoit  point  certifié  par 
des  fignatures  réelles,  écrites  tout  au  long  de 
la  propre  main  des  témoins  j mais  il  étoit  auto- 
rifé  par.  leur  feule  préfence. 

30.  Alors  plufieurs  chartes  de  donation  étoient 
doublement  foufcrites  ou  feulement  attellées,  c’ell- 
à-dire , en  deux  tems  différens  , lorfque  l’acSe 
etoit  drelTé , & lorfqu’on  étoit  mis  en  polTelEon, 

31.  La  nomination  des  témoins,  fubllituée  à 
leurs  fignatures , remonte  jufqu’au,  VII.  fiècle  , 
& defcend  en  France  jufques  vers  le  déclin  du 
XIII. , & en  Angleterre  jufqu’au  XIV.  inclufive- 
ment. 

Articlh  III. 

Réglés  particulières  fur  les  fceaux. 

1.  Les  évêques  fefervirent  d’anneaux  pour  fceller 
leurs  aéles  & leurs  lettres  jufqu’au  IX.  fiècle  -, 
alors  ils  commencèrent  à employer  des  fceaux 
propres,  ou  ceux  de  leurs  églifes. 

2.  Depuis  le  IX.  fiècle  jufqu’au  XII. , le  mot 
buUa  fut  employé  de  tems  en  tems  pour  marquer 
les  fceaux  de  nos  rois,  de  quelques  grands  fei- 
gneurs , & fur-tout  des  prélats  & des  chapitres. 
Par  rapport  à ces  derniers  & aux  princes  d’Alle- 
magne , cet  ufage  n’étoit  point  encore  paffé  au 
XIII.  & XIV.  fiècle. 

3.  L’ufage  des  fceaux  de  plomb  remonte  aux 
premiers  fiècles  de  l’ère  chrétienne  , & defcend 
jufqu’aax  derniers. 

4.  Un  diplôme  de  la  première,  de  la  fécondé 
8c  des  co.mmencemens  de  la  troifième  race  de 
nos  rois  , fceilé  en  cire  verte,  porteroit  une 
marque  évidente  de  faulfeté. 

f.  Les  fceaux  de  cire  jaune  ou  rouge,  anté- 
rieurs au  _XII.  fiècle , rendroient  fufpeéies  les 
chartes  qui  les  porteroient.  , 

6.  Tous  les  rois  de  France  de  la  première  race  , 
à l’exception  de  Childéric  , pere  de  Clovis  I , 
& de  Childéric  ill , fe  font  fervis  dé  fceaux 
ronds. 


y.  Tous  les  fceaux  de  la  fécondé  race  de  nos 
rois  , excepté  ceux  de  Zuentebolde  & de  Lo- 
thaire , fils  de  Louis  d’Outremer , font  de  figure 
ovale. 

8.  Zuentebolde , roi  d’Auftrafie  , Lothaire  , 
pénultième  roi  de  France  de  la  fécondé  race, 
& Hugues  Capet , chef  de  la  troifième , & tous 
fes  fuccelTeurs  , à l’exception  du  roi  Robert , ont 
fcellé  leurs  diplômes  avec  des  fceaux  de  forme 
ronde. 

9.  Le  premier  de  tous  les  fceaux  où  paroît 
la  formule  Vei  gratia,  eft  celui  de  Charles-le- 
Chauve,  appofé  à un  diplôme  de  l’an  S39. 

10.  Au  XL  fiècle,  St.  Edouard^  roi  d’Angle- 
terre , Henri  II.  , empereur  d’Allemagne , & 
Henri  I. , roi  de  France  , furent  les  premiers  qui 
fe  firent  repréfenter  fur  leurs  fceaux  aflîs  dans 
des  trônes , à la  manière  des  empereurs  de  C.  P. 

11.  Louis-!e-Jeune  ell  le  premier  des  rois  de 
France  qui  s’eft  fervi  de  fleurs  de  lys  au  contre- 
fcel  de  fes  chartes.  C’eft  donc  une  règle  certaine 
qne  toutes  les  chartes  antérieures  à ce  prince , 
lefquelles  feroient  fcellées  de  fceaux  parfemés  de 
fleurs  de  lys , doivent  être  réprouvées. 

12.  Louis-le- Jeune  eft  inconteftablement  le  pre 
mier  de  nos  rois  qui  ait  fait  ufage  d’un  contre-  fcel  , 
quoique  D.Mabillon  en  falTe  honneur  à Philippe 
Augufte. 

13.  Des  fceaux  fur  lefquels  l’écu  de  France 
eft  réduit  à trois  fleurs  de  lys,  long-tems  avant 
le  roi  Charles  VI,  ne  doivent  point  pour  cela 
être  fufpeifts. 

14.  Les  ducs  , les  comtes  & les  vicomteJ  com- 
mencèrent à avoir  des  fceaux  différens  des  an- 
neaux, lorfqu’ils  rendirent  leurs  dignités  hérédi- 
taires J au  commencement  de  la  troifième  race 
de  nos  rois. 

IJ.  On  ne  voit  des  armoiries  fur  ces  fceaux 
qu’après  le  milieu  du  XL  fiècle , Sc  les  ches^aux 
bardés  n’y  paroiffent  qu’au  XIII. 

16.  Les  fceaux  delà  noblefTe  du  fécond  rang, 
encore  rares  après  les  commcncemens  du  XII. 
fiècle , ne  devinrent  communs  & néceftaires  en 
France  que  vers  l’an  1 1 jo,  & en  Allemagne  qu’au 
Xni.  fiècle. 

17.  En  France,  les  plus  anciens  fceaux  publics 
des  villes  ne  font  que  du  XII.  fiècle. 

18.  Les  chartes  parties,  les  endentures  & les 
cirographes  , fuppléèrent  aux  fceaux  dans  ks  XI. , 
XII.  & XIII.  fiècles. 

19.  Depuis  le  X.  fiècle  jufqu’au  XIV.  indu» 
fivement , nos  rois  n’on:  pas  fait  de  diflicalté 
d’appofer  leurs  fceaux  aux  chartes  de  leurs 
füjets. 


^22  D I P 

20.  Au  X,  fièck , les  <ï4ques  commencèrent 

à faire  mettre  leurs  propres  images  fur  leurs  Iceaux, 
à Texemple  des  rois. 

21.  Une  charte,  fcellée  au  X.  fiècle. avec  le 
fceau  d’un  abbé  , ne  doit  pas  etre  fufpefte  : 
elle  le  feroit  à jufte  titre,  fi  elle  etoit  fceJee  du 
fceau  d'un  curé  avant  l'an  i2Co. 

Z 2.  Les  fceaux  des  communautés  monaftiques  , 
rares  dans  le  XI.  fiècle,  devinrent  communs  au 
XII.,  quoiqu'alors  plufieursmonafièresn’en  euffent 
pas. 

22.  L'ufage  des  contre-fcels  remonte  au  X. 
fiècle , & au  XL  en  France  & en  Angleterre. 

24.  Nul  roi  de  France,  avant  Louis  VII, 
n'a  ufé  de  contre-  fcel  ; nul  prélat  connu  n'en  a 
fait  ufage  avant  Flugues  d'Amiens  , archevêque.: 
de  Rouen , en  1138. 

2 J.  On  ne  connoît  point  de  fceaux  véritables , 
portant  des  armoiries , avant  le  XL  fiècle. 

26.  Depuis  le  commencement  du  XI.  fiècle, 
des  fceaux  de  prélats  avec  des  armoiries , ne  ren- 
droient  point  fufpectes  les  chartes  qui  en  auroient 
été  fcellées. 

27.  Dès  le  X.  fiècle  , les  prélats  fe  fervirent 
quelquefois  de  fceaux  pendans.  L'ufage  en  devint 
fréquent  au  XL  parmi  eux. 

28.  Dès  les  commencemens  de  ce  même  fiècle  , 
Robert , roi  de  France , & Richard  IL , duc  de 
îlormandie  , usèrent  de  fceaux  pendans.  L'ufage 
en  eft  donc  plus  ancien  que, Philippe  I.  & Louis- 
le-Gros. 

29.  Depuis  le  règne  de  ce  prince , des  di- 
plômes de  nos  rois  , dont  le  fceau  feroit  appliqué 
& non  pendant,  ne  devroient  pas  être  admis. 

30.  Après  le  XII.  fiècle  , les  chartes  des  évê- 
ques & des  abbés  feroient  fauffes  , fi  elles  étoient 
fcellées  avec  des  fceaux  en  placard. 

31.  Quand  le  fceau  n’eil  point  annoncé  dans 
une  charte  qui  en  eft  munie,  ce  n'eft  pas  un 
indice  de  faux. 

32.  Depuis  le  VIII.  fiècle  jufqu'après  le  milieu 
du  XII.  , le  défaut  de  fceau  ne  nuit  ni  à l'au- 
thenticité ni  à la  validité  des  chartes. 

33.  La  variation  du  fceau  de  la  même  perfonne 
ne  porte  aucun  préjudice  à la  vérité  des  diplômes 
royaux  & des  chartes  des  feigneurs. 

34.  L’ancienneté  des  chartes  & les  indices 
qu'elles  ont  été  fcellées,  fuppléent  tellement  à la 
perte  des  fceaux  , . que  depuis  le  XL  fiècle , 
nos  rois  & les  tribunaux  de  la  juftice  n'ont  pas 
fait  difficulté  d'admetue  ces  pièces  comme  fai-^ 
fant  foi. 


DIR 

35.  L’annonce  du  fceau  & du  cùographe  dans 
les  chartes  parties  , eft  une  formalité  indifférente 
qu'on  pouvoir  également  exprimer  & omettre. 

DIPONDION , monnoie  de  l'Egypte , & de 
l'Afie,  double  du  Pondion.  Voyei  ce  mot. 

DIPTYQÛES , tablettes  compofées^  de  deux 
feuilles,  ou  morceaux.  fignifie  plié  en 

deux.  On  étendit  par  la  fuite  ce  nom  à toute 
efpèce  de  tablettes  , quel  que  fût  le  nombre  de 
leurs  feuilles , & il  fervit  à les  diftinguer  des 
rouleaux  appeliés  volumina. 

Nous  ne  ferons  mention  dans  cet  article  que 
des  Diptyques  confulaires. 

CXzxxéitn  (.  de  laudib.  flilîcon.  l.  3.  v.-  345.*) 
& la  loi  du  code  Théodofien  ( /ib.  15.  t.  5. 
feq.  I . ) exceptis  confulibus  ordinariis  nulli  prorsùs 

alteri Diptycka  ex  ebore  dunii  facultas  fit  ^ 

nous  apprennent  que  l'ivoire  çtoi*^  1^  matière 
dont  les  con^nXs-ordinaires  les  faifoient  fabriquer. 
On  voit  dans  Sidoine  qu  on  les  appelloit  auffi 
fiafles  , parce  qu'on  y gravoit  le  nom  ^du  conful 
qui  dionnoit  fon  nom  à 1 annee , & qu  ils  croient 
diftribués  au  premier  jour  de  cette  annee.  ( L.  8, 

epift.  6.  ) Confiai  Afierius  anni  fiai  fibres ape- 

ruerat datique  fiafii 

On  voit  encore  plufieurs  de  ces  con- 

fulaires, un  entr'autres  dans  l'églife  de  b.  Lambert 
de  Liège,  qui  a été  publié  & expliqué  dans  le 
fiècle  dernier  ; & c'eft  dans  les  anciennes  eglifes 
que  la  plupart  fe  font  conferves,  parce  que  I on 
écrivoit  au  dos  de  ces  tablettes  les  noms  des 
faints  locaux  & des  évêques  particuliers  dont  on 
faifoit  mention  pendant  la  célébration  des  famts 
Myftères.  Il  y en  a un  femblable  dans  la  cathé- 
drale de  Bourges,  en  France,  royaume  qui  ren- 
ferme autant  de  Diptyques  à lui  feul  que  le  reite 
de  l'Europe.  On  en  voit  en  effet  à Limoges , a 
Saint- Junien  près  de  Limoges  , à Compiegne  , a 
Dijon  , à Moutiers  & à la  bibliothèque  du  roi.  Le 
favant  Gori  avoir  compofé  un  recueil  de  tous  les 
Diptyques  connus  , qui  a été  publié  apres  fa  mor , 
par  Pafferi , en  3 vol.  in-fol.  , où  1 on  remarque 
entr'autres  ceux  de  la  bibliothèque  du  Vatican. 

DIRÆ.  V'oye'^  Imprécations. 

DIRCÉ,  femme  de  Lycus  , roi  de  Thèhes, 
ayant  traité  avec  beaucoup  d'inhumanité  , pen- 
dant plufieurs  années,  Antiope,mère  de 
& d'Amphion,  tomba  enfuite  entre  les  mains^  ^ 
ces  deux  princes,  qui  rattachèrent^ à Suen- 
d'un  taureau  indompté  , où  elle  périt  rniierao 
ment.  Comme  cette  princeffe  avoir  ete  tort 
tachée  au  culte  de  Bacchus  , ce  dieu  L 'vengea» 
dit  Paufanias,  en  faifant  perdre  l'ef{?nt  a ^ ' 
tiope , & en  métamorphofant  le  corps  ûe  Dire  ' 
fontaine.  Vojei  Antiope. 


DIS 

On  voit  cette  malheureufé,  princeffe , attachée 
sux  cornes  d’un  taureau  furieux  par  Amphion  & 
Zéthus , dans  le  beau  grouppe  appellé  Tâ  urea  n 
farTÙfe.  Voyéi  ce  mot. 

DIRIBITORES , officiers  publics  chargés  de 
diitribuer  des  bulletins,  ou  tablettes,  pour  les 
fuffrages  dans  les  comices  & autres  affemblées 
publiques. 

Diribttores.  Apulée  ( II.  p.  55  - ) appelle  de  ce 
nom  des  écuyers-tranchans , diribitores  plufculi  , 
fpleniidè  amicii  , fercala  copiofa.. 

Vl^BITORIUM  J édifice  fomptueux  com- 
mencé & laiffé  imparfait  par  M.  Agrippa.  Il 
étoit  fitué  dans  la  région  du  cirque  de  Fla- 
minms,  & dans  l’enceinte  appellée  fepta.  On 
en  ignore  l’ufage  précis,  mais  on  fait  que  les 
jeux  fcéniques  y furent  joués,  comme  dans  un 
théâtre  ordinaire , & pendant  les  grandes  cha- 
leurs de  l’été  , à caufe  de  fa  vafte  étendue.  ( Dîo. 

zv,  &■  ZIX.  ). 

DIRPHIA  , furnom  de  Junon , tiré  d’une 
montagne  de  l’Argolide  , nommée  Dirphys  , où 
cette  déeffe  avôit  un  temple. 

_ DIS  ; c’eft  un  des  noms  de  Pluton  , il  fignifie 
riche  : comme  on  croyoit  que  les  richeffes  fe 
tiroient  des  entrailles  de  la  terre,  le  dieu  des 
enfers  étoit  regardé  comme  le  dieu  des  richeffes  : 
on  dit  ordinairement  Dis  pater.  "Voyez  dévouement. 
Les  anciens  gaulois  fe  difoient  defcendus  deDA,- 
& fous  ce  nom  on  croit  qu’ils  entendoient  la 
terre , à laquelle  ils  rendoient  les  honneurs  divins, 
t Csf.  de  bell.  gai.  l.  6,  c.  4.  ). 

DIS  ANGITIBUS  Muratori  ( 114.  2.)  rap- 
porte une  infcription  fur  laquelle  on]itI>rs  Azr- 
ciTiBvs  ^ fans  doute  pour  Angitibus  ^ fyno- 
uirne  de  Angitiis,  Voye^  ce  mot. 

DISCERNICULUM , aiguille  de  toilette  qui 
fervoit  aux  femmes  à féparer  ( difcernere  ) en  treffes 
leurs  cheveux. 

- DISCESSIO  J manière  de  connoître  les  opi- 
nions des  fénateurs.  Ils  quittoient  leurs  places 
& fe  réuniffoient  auprès  de  celui  dont  iis  enibraf- 
foient  l’opinion  j difcedebajit  in  panes. 

DISCINCTI , fans  ceinture.  C’étoît  chez  les 
rom.ains  la  marque  de  la  molleffe  & de  la  dé- 
bauche dans  les  villes.  Dans  les  camps  c’étoit  un 
crime  très -grave  de  paroître  fans  ceinturon  , & 
on  le  punit  quelqi^efois  de  m.ort.  (Tacit.Ann.  xn 

i§.  5.  ) 

DISCOBOLE , athlète  qui  faifeft  profçffion 


DIS 


42^ 


de  l’exercice  du  difque , & qui  en  difputoit  le 
prix  dans  les  jeux  de  la  Grèce.  Indiquons,  à 
l’exemple  de  Burette , & d’après  fes  mémoires  , 
l’origine  de  cet  exercice  , fes  progrès  , fes  règles , 
fon  utilité,  l’équipage  des  Difcoboles  pour  dif- 
puter  le  prix  , leur  manière  de  jetter  le  difque  , 
en  un  mot  les  généralités  les  plus  curieufes  fur 
ce  fujet.  . 


Les  commencemens  de  l’exercice  du  difque 
remontent  au  temps  fabuleux.  On  y trouve  Apol- 
lon fe  dérobant  du  ciel  , & abandonnant  le  foin 
de  fon  oracle  de  Delphes,  pour  venir  à Sparte 
jouer  au  difque  avec  le  bel  Hyacinthe.  On  y voit 
ce  jeune  homme  bleffé  mortellement  au  vifage 
par  le  difque  lancé  de  la  main  du  dieu , & les 
autres  circonftances  de  cette  aventure  qu’Ovide 
raconte  avec  tant  d’agrément  dans  le  X livre  de 
fes  m.étamorphofes.  Mais  fans  recourir  à une  ori- 
gine auffi  douteiife , contentons-nous  d’auribuer 
avec  Paufanias  , l’invention  du  difque  à Perfée  , 
fils  de  Danaé.  Nous  apprendrons  de  cet  hiftorien 
grec,  le  malheur  qu’eut  ce  jeune  héros  de  tuer 
involontairement  d’un  coup  fatal  de.  fon  palet 
fon  ayeul  Acrife , & les  fuites  de  cet  événement. 


Malgré  les  deux  accidens  dont  on  vient  de 
parler  , l’exercice  du  difque  ne  laiffa  pas  de  faire 
fortune  dans  les  fiècles  fuivans  j & il  étoit  déjà 
fort  en  vogue  du  temps  de  la  guerre  de  Troye  , 
s’il  en.  faut  croire  Homère.  C’étoit  un  des  jeux 
auquel  fe  divertiffoient  les  troupes  d’Achille  fur 
le  rivage  de  la  m.er,  pendant  l’inaction  où  les 
tenoit  le  relfentiment  de  ce  héros  contre  le  roi 
d’Argos  & de  Mycènes.  Dans  les  funérailles  de 
Patrocle,  décrites  ( au  XIII.  liv.  de  ! Iliade  ^ ) 
on  voit  un  prix  propofé  pour  cet  exercice , 8c 
ce  prix  efi  le  palet  même  que  lancent , l’un  après 
l’autre , quatre  concurrens , 8c  qui  devient  la 
récompenfe  du  vainqueur.  Ulyffe,  dans  fOdylTée, 
( liv.  ) trouve  cette  efpèce  de  jeu,  éta- 

bli à la  cour  d’Aicinoiis , roi  des  Phéaciens. 
C’eil:  un  des  combats  gymniques  , dont  ce  prince 
donna  le  fpeclacle  à fon  nouvel  hôte  pour  l’amufer, 
8e  auquel  le  roi  d’Itaque  voulut  bien  lui-même 
prendre  part,  en  montrant  à fes  antagoniftes 
combien  il  leur  étoit  fupérieur  en  ce  genre.  Pin- 
dare  ( dans  la  I.  ode  des  Ifimioniques  ) célébrant 
les  viélpires  remportées  aux  jeux  publics  parCaftor 
8e  par  Jalaüs,  n’oublie  pas  leur  dextérité  à lancer 
un  difque  : ce  qui  fait  voir  que  dès  les  temps 
héroïques , cet  exercice  étoit  du  nombre  de  ceux 
pour  lefquels  on  diftribuoic  des  prix  dans  iss  fo- 
leranités  de  la  Grèce. 


Les  Difcoboles  jetîoient  le  difque  en  Pair  de 
deux  manières;  quelquefois  perpendiculairement, 
pour  efiayer  leurs  forces,  & c’étoir  comme  le 
j prélude  du  combat  ; d’ordinaire  en  avant , Ôc 
i dans  le  delfein  d’atteindre  le  but  qu’ils  fe  pro- 
j pofoient  : mais  , de  quelque' façon  qu’ils  lancaffent 


'424 


DIS 


cet  inftrument,  îls  le  tenoient  en  forte  qi^ 
fon  bord  inférieur  écoit  engage  dans  !a  mam , & 
foutenu  par  les  quatre  doigts  recourbes  en  devant;, 
perdant  que  fa  furface  poiténeure  etoit  appuyee 
Lntre  le  pouce  , la  paume  delà  mam  & une  partie 
de  favant-bras.  Lorlqu  ils  vouloient  pouffer  le 
difcue  ils  prenoient  la  pofture  la  p us  prome 
r^'onfc!  omette  impulfion  , c^eft-à-dire  , qffils 
L4coient  un  de  leurs  pieds  fur  lequel  iiscour- 
boient  tout  le  corps  ; enfuite  balançant  le  bras 
ch-’roé  du  difque,  ils  lui  faifoient  faire  pîufieurs 
tours  prefque  horizontalement,  pour  le  Æafler 
avec  plus  de  force;  après  quoi  ilsle  poufioient 
de  la  main,  du  bras , & pour  ainfi  dire  détour 
le  corns , qui  fuivoit  en  quelque  forte  la  meme 
impreàion  ; & le  difque  échappé  sppprochoit  de 
r4rrémitéde‘!a  carrière,  en  décrivant  une  ligne 
plus  ou  moins  courbe,  fuivant  la  détermination 
GU  il  avoir  reçue  en  partant  de  la  main  in  Dijco- 
iole.  Properce  peint  ce  mouvement  du  diique  en 
Pair,  quand  il  dit  ( £%•  12,.  éré.  lll.} 

Mijfde  nunc  üfci  pondus  in  orbe  rotat. 


Joubîiois  d’avertir  que  les  athlètes  avoîent  foin 
de  frotter  de  fable  ou  de  pouffiere  le  palet  oc  la 
main  oui  le  foutenoit,  & cela  en  vue  de  le  ren- 
dre moins  g'-iffant  & de  le  tenir  plus  ferme. 

Les  peintres  & les  fculpteurs  les^  plus  fameux 
de  l’antiquité  , s’étudièrent  à repréfent^  au  na- 
turel l’attitude  des  Difcoboles , pour  lamer  a .a 
poilérité  divers  chef-d’œuvres  de  l’art.  Le  peintre 
Taurifque,  au  rapport  de  Pline,  & les  fculpteurs 
Naucvdes  & Myron  fe  fignalèrent  par  ces  fortes 
d’ouvrages.  Quintilien  II.  ch.  XI!I.)  vznic 

extrêmement  l’habileté  de  ce  dernier  dans  1 exe- 
cution d’une  ftatue  de  ce  genre.  On  connoit  la 
belle  ilatue  du  lanceur  de  difque  , qui  appartient 
au  Grand-Duc  de  Tofcane;  mais  on  ignore  le 
nom  du  ilatuaire.  Au  refte , on  ne  peut  douter 
qu’il  n’entrât  beaucoup  de  dextérité  dans  la 
manière  de  lancer  le  difque , puifqu’on  tournoit 
en  ridicule  ceux  qui  s’en  acquittaient  mai , & 
qu’il  leur  arrivoit  fréquem.ment  de  bleffer  les 
fpedateurs  par  leur  mal-adreffe. 


Pindare  nous  a confervé  le  nom  de  l’athlète 
qui  le  premier  mérita  le  prix  du  difque  dans  les 
jeux  olympiques  : ce  fut  Lincée.  Mais  dans  la 
faite , quand  les  exercices  athlétiques  furent  ré- 
tablis en  Grèce  dans  la  XVIII.  olympiade  on 
n’y  couronna  plus  que  les  athlètes  qui  réuniffoient 
les  talens  néceffaires  , pour  fe  diilinguer  dans  les 
cinq  fortes  d’exercices  qui  compofoient  ce  que 
les  grecs  appelloient  le  pentatkle  ; favoir  la  lutte, 
I2  coarfe , le  faut,  l’exercice  du  difque,  ôc  celui 
du  }âve:ot. 


DIS 

On  prefcrivoitaux  Difcoboles , dans  les  jeux  pu- 
blics , certaines  règles  auxquelles  ils  dévoient 
s’affujettir  pour  gagner  le  prix;  enfuite  celui-là 
le  remportoit,  qui  jettoit^  fon  difque  par-delà 
ceux  de  fes  concurrens  : c’eft  de  quoi  les  defcrip- 
tions  de  ce  jeu  qui  fe  lifent  dans  Homère,  dans 
Stace  , dans  Lucien  & ailleurs,  ne  nous  permet- 
tent pas  de  douter.  On  regardoit  la  portée  d’un 
difque,  pouffé  par  une  main  robufte,  comme  une 
mefure  fuffifamment  connue  ; & l’on  défignoit 
par-là  une  certaine  dillance,  de  même  qu’en 
françois  nous  en  exprimons  une  autre  par  une 
portée  de  moufquet, 

Nousapprennons  encore  d’Homère  & de  Stace, 
qu’on  avoit  foin  de  marquer  exactement  chaque 
coup  de  difque,  en  y plantant  un  piquet,  une 
fléché,  ou  quelque  chofe  d’équivalent;  ce  qui 
prouve  qu’il  n’y  avoit  qu'un  feul  palet  pour  tous 
les  antagoniftes , & c’ell  Minerve  elle  même, 
fous  la  figure  d’un  homnie , qui  chez  les  Phéa- 
ciens  rend  ce  fervice  à Dlyffe  , dont  la  marque 
fe  trouve  fort  au-delà  de  toutes  celles  des  autres 
Difcoboles.  Enfin  , Stace  nous  fournit  une  autre 
circonftance  fingulière  touchant  cet  exercice  & 
qui  ne  fe  rencontre  point  ailleurs  : c’eft  quun 
athlète  à qui  le  difque  gliffoit  de  la  main , dans 
le  moment  qu’il  fe  mettoit  en  devoir  de  le  lancer, 
étoit  hors  de  combat  par  cet  accident,  & n’avoit 
plus  de  droit  au  prix. 

On  demande  fi  les  Difcoboles^  pour  diTputer 
ce  prix , étoient  nuds , ainii  que  les  autres  athlètes, 
8c  l’affirmative  paroît  très-vraifemb!able.  En  effet  > 
il  femble  d’abord  que  1 on  peut  inferer  la  nudité 
des  Difcoboles  de  la.  manière  dont  Homère , 
dans  rOdyffée  , s’explique  à ce  fujer  ; car  en 
difant  qu’Ülyffe,  fans  quitter  fes  habits,  fauta 
dans  le  ftade,  prit  un  difque  des  plus  pefans  & 
le  pouffa  plus  loin  que  n’avoient  fait  fes  anta- 
goniftes  ; ce  poète  fait  affez  entendre  que  les  autres 
étoient  nuds  , en  relevant  par  cette  circonf- 
tance la  force  & l’adreffe  de  fon  héros.  De  plus  j 
l’exercice  du  difque  n’ayant  lieu  dans  les  jeux 
publics  que  comme  faifant  partie  du  pentathle, 
où  les  athlètes  combattoient  abfoiument  nuds, 
il  eft  à préfumer  que  pour  lancer  le  palet  üs 
dem.euroient  dans  le  même  état , qui  leur  etoit 
d’ailleurs  plus  commode  que  tout  autre.  Enfin , 
ils  faifoient  ufage  des  onélions  ordinaires  aux 
autres  athlètes,  pour  augmenter  la  force  ^ 
foupleffe  de  leurs  mufcles  , d’où  dépendoit  leur 
viéioire  j or  ces  onétions  euffent  été  incempa-' 
tibles  avec  toute  efpèce  de  vêtemens. 

Ovide,  qui  fans  doute  n’ignoroit  pas  les  cir- 
conftances  effenrielies  des  combats  gymniques, 
décrivant  la  manière  dont  Apollon  & Hyacinthe 
fe  préparent  à l’exercice  du  difque,  les  tait 

depouili£4 


* 


DIS 

ûépouakr  Tun  & l’autre  de  leurs  habits  j &r  Te 
frotter  d'huile  avant  le  combat. 

Corpora  vefie  levant  , & facco  pingiiis  olivi 

SpUndefcunt , latique  ineunt  certamina  difci. 

Faber  , qui  n'eft  pas  de  Favis  que  nous  em- 
braflons  , & qui  penfe  que  les  Difcoboles  étoient 
toujours  vêtus  de  tuniques  , ou  portoient  du 
Rioms  par  bienféance  une  eibèce  de  caleçon  , de 
tablier  , ou  d'écharpe  ^ allègue  pour  preuve  de 
fon  opinion  , les  Difcoboles  repréfentés  fur  une 
médaille  de  l’empereur  Marc-Aiirèle  , frappée 
dans  la  viile  d’ApolIonie  ^ & produite  par  Mer- 
curial  , dans  fon  traité  de  L‘art  gymmaflique } mais 
1°.  cette  médaille  eft  très- fufpeéle , parce  qu’on 
ne  la  trouve  dans  aucun  des  cabinets  & des  re- 
cueils que  nous  connoiffons  : 2.°.  quelque  vraie 
eu  on  la  fuppofe  , elle  ne  peut  détruire  ni  la 
vraifemblance,  ni  les  autorités  formelles  que  nous 
avons  rapportées  en  faveur  àcs  Difcoboles  nudsj 
& elle  prouveroit  tout  au  plus  que  dans  quel- 
ques occafîons  particulières  , dans  certains  lieux  , 
& dans  certains  temps,  on  a pu  déroger  à la 
coutume  générale. 

_ On . fe  propofoit  différens  avantages  de  l’exer- 
cice du  difque  ; il  fervoit  à rendre  le  foldat  la- 
borieux & robufte.  Aufli  lifons  nous  qu’ Achille 
irrité  contre  Agamemnon,  & féparé  de  l’ar- 
mée des  Grecs  avec  fes  myrmidons , les  exer- 
çoit , fur  le  bord  de  la  mer,  à lancer  le  difque 
& le  dard  , pour  les  empêcher  de  tomber  dans 
l’oifiveté,  qui  ne  manque  jamais  de  farfir  pendant 
la  paix  les  perfonnes  accoutumées  aux  travaux 
de  la  guerre.  Animés  par  la  gloire  , par  l’hon- 
neur ou  par  la  récompenfe , ils  fortifioient  leurs 
corps  en  s’amufant,  & fe  rendoient  redoutables 
aux  ennemis.  Un  bras  accoutumé  infenfiblement 
& par  degrés  à manier  & à lancer  un  fardeau 
auffi  pefant  que  l’étoit  le  , ne  rencontroit, 
dans  les  combats  , rien  qui  pût  réfifter  à fes  coups  , 
d’où  il  paroît  que  l’art  militaire  tiroir  un  fecours 
très-important  & très-férieux  , de  ce  qui , dans 
fon  origine , n’étoit  qu’un  lîmple  divertiffement  ; 
c’eft  ce  dont  tous  les  auteurs  conviennent.  Enfin 
Galien  , Aëtius  & Paul  Eginete  , comptoient  auiS 
le  difque  entre  les  exercices  utiles  pour  la  con- 
îervation  de  la  fanté.  ( Article  du  chevalier  de 
Jaxicourt').  Voyec^  DïSCiUE. 

^La  ftatue  de  bronze  de  Miron , qui  portoit  la 
dénomination  du  Difcobole , a été  célébrée  par 
les  anciens  écrivains.  On  voit  au  palais  MalTimî, 
à Rome , une  ftatue  de  marbre  trouvée  dans  la 
villa  Palombara  fur  le  mo.at  Efquilin,  que  l’on  a 
prife  d’abord  pour  une  copié  du  Difcobole  de 
Miron.  Cette  opinion  a été  clairement  prouvée 
parie  defiin  d’une  cornaline  antique  deM.Byres, 
écoiroîs,_  publiée  par  M.  Yifconû  à h fin  du 

Antiquités  , Tome  If 


DIS 


42/ 


tome  I.  du  Mufeum  Fio-Clementin.  On  y voit  une 
figure  d’un  travail  étrufque  , qui  reffemble  par- 
faitement à la  ftatue  du  palais  Mafiîmi,  & qui 
tient  un  grand  difque  de  la  main  droite.  Mais 
elle  ne  reffemble  en  rien  zu  vrétcvAnDifcobole y 
ou  Gladiateur  Borchèfe.  V^oyer  Gladiateur 
Borghéfe. 

On  voit  plufieurs  Difcoboles  dans  la  colleélion 
des  pierres  gravées  du  baron  de  Stofeh  ( claffe  V. 
n'’  21  & fuivans  ).  Ce  qui  ne  doit  pas  paroître 
étonnant , puifqu’on  leur  érigeoit  des  ftatues  en 
Grèce  -,  les  Athéniens  C Atken.  Deipn.  l.p.  J.) 
en  élevèrent  une  à l’honneur  d’Ariftonique  de 
Caryfte. 

DISCORDE , divinité  malfaifante  , à laquelle 
on  attribuoit  non  - feulement  les  guerres  , m.aîs 
auffi  les  querelles  entre  les  particuliers , les  brouil- 
leries  dans  les  ménages  , les  diffenfions  dans  les 
familles.  La  difeorde  , fœur  & compagne  de  Mars* 
dit  Homère,  dès  qu’elle  commence  à paroître, 
s’élève  infenfiblement , & bientôt , quoiqu’elle 
marche  far  la  terre,  elle  porte  fa  tête  orgueil- 
leufe  juique  dans  les  cieux.  Pétrone  la  dépeint 
les  cheveux  épars  & en  défordre , la  bouche 
enfanglantée , les  yeux  battus  & fondant  en  lar- 
mes, grinçant  des  dents  qu’elle  avoir  toutenoi- 
res , diftillant  de  fa  langue  une  liqueur  infeétée 
& puante , la  tête  hériffée  de  ferpens , portant 
un  habit  tout  déchiré  , & agitant  une  torche  de 
fa  main  fanglante.  Virgile  dit  auflî  que  fa  che- 
velure étoit  compofée  de  ferpens.  C’eft  elle  qui , 
aux  noces  de  Pélée  & de  Thétis,  jetta  dans 
l’affemblée  des  dieux  la  fatale  pomme , qui  occa- 
fionna  entre  les  déeffes  la  fameufe  conteftation 
dont  Paris  fut  le  juge  : les  dieux  ayant  refufé  de 
l’être , de  crainte  d’entrer  eux-mêmes , par  des 
fentimens  de  partialité , dans  les  débats  & les 
altercations  qui  font  toujours  les  fuites  de  la 
difeorde.  Voye^  Até,  Paris. 

On  ne  trouve  fur  aucun  monument  cette  di- 
vinité que  les  grecs  appelloient  ipts,  8c  elle  n’eft 
connue  que  par  les  deferiptions  poétiques. 

DISCUSSEURS  , officiers  des  empereurs  i 
qui  recevoient  les  comptes  des  colleéleurs  des 
tribus.  Ils  jugeoient  toutes  les  petites  conteftations 
relatives  à cet  objet  : dans  les  grandes,  on  en 
appelloit  au  gouverneur  de  la  provi.nce. 

disdiapason.  Le  difdiapafon  eft  prefque 
la  plus  grande  étendue  que  puiffent  parcourir  les 
voix  humaines  fans  fe  forcer  ; il  y en  a même 
affez  peu  qui  l’entonnent  bien  pleinement.  C’eft 
pourquoi  les  grecs  avoient  borné  chacun  de  leurs 
modes  à cette  étendue  , & lui  donnoient  le  nom 
de  fyfiême  parfait.  Voyei  Mode,  Genre,  SySi 


Hhh 


^25’  DIS 

DISJOINT.  Les  grecs  donnoient  le  nom 
lelatif  de  disjoints  à deux  tetracordes  qui  Te  fui- 
voient  immédiatement,  lorfi^e  la  corde  la  plus 
grave  de  l'aigu,  étoit  au-deflus  de  la  plus  aigue 
du  <»rave  , au-lieu  d'être  la  même.  Ainfî  , les  deux 
tetracordes , Hypathon  & Diexeugmon , étoient 
disjoints,  & les  deux  tetracordes,  Synnéménon 
& Hyperboléon,  l’étoient  auffi.  Tétra- 

CORDE. 

On  donne,  parmi  nous,  le  nom  de  disjoints 
aux  intervalles  qui  ne  fe  firivent  pas  immédiate- 
ment , mais  qui  font  féparés  par  un  autre  inter- 
valle. Ainfi  ces  deux  intervalles,  ar  mi  & fol  fi, 
font  disjoints.  Les  degrés  qui^  ne  font  pas  con- 
joints, mais  qui  font  compofés  de  deux  ou  plu- 
fieurs  degrés  conjoints , s'appellent  auffi  degres 
disjoints.  Ainfi  chacun  des  deux  intervalles ,_ dont 
on  vient  de  parler , forme  un  degré  disjoint. 

DISJONCTION , c’étoit  dans  l'ancienne  mu- 
fique  l'efpace  qui  féparoit  la  mèfe  de  la  para- 
mèfe,  ou, en  général,  untétracorde  dutétracôrde 
voifin , lorfqu'ils  n'étoient  pas  conjoints.  Cet 
efpace  étoit  d'un  ton,  & s'appelloit  en  grec 
dia^euxis. 

DISOMUM , qui  peut  renfermer 

deux  corps , ou  deux  perfonnes , fynonime  de 
Bisomum.  Voye[  ce  mot. 

DISPENSATOR  , officier  de  la  cour  des  em- 
pereurs chargé  de  toutes  leurs  dépenfes.  On 
donnoit  auffi  dans  chaque  famille  ce  nom  à l’ef- 
clave  qui  faifoit  les  achats"  & les  paiemens  ; les 
grecs  l'appelloient  OtxovofmT. 

DISQUE , palet  très-épais  que  lançoient  les 
difcoboles,  & qui  leurfervoit  à difputer  des  prix 
dans  les  jeux  publics. 

C’éîoit  un  cylindre  plat  à faces  parallèles. 
Gédoyn  , qui  lui  a donné  la  forme  d'une  lentille, 
s'eft  trompé  j il  ell  contredit  par  tous  les  monu- 


D I S 

On  a trouvé  à Herculanum  un  difque  de  bronze 
dont  le  diamètre  eft  de  huit  pouces , & l'épaiffeuj 
de  deux.  11  eft  percé  dans  le  centre;  & cette  ou- 
verture,  oblongue  de  deux  pouces  de  longueur,  fe 
rétrécit  d’un  côté  ; elle  fervoii  à placer  le  doigt 
avec  plus  de  fermeté , quand  on  lançoit  le  difque. 

On  en  voyoit  un  ferablable,  & percé  aii 
centre , fur  un  vafe  peint , confervé  à Naples. 
( Gori  Muf.  Etrufc.  t.  z tab.  ly?.). 

On  connoît  encore  quelques  difques  qui  n’étoient 
point  percés  dans  le  milieu  , tels  que  celui  qu'on 
voit  ferré  contre  la  cuiffe  d'une  ftatue  qui  étoit 
dans  la  maifon  de  V érofpi , à Rome , & dont  le 
delEn  étoit  confervé  dans  le  recueil  du  cardinal 
Albani  ; tel  encore  celui  du  bas-relief  de  fa 
Villa,  cité  plus  haut, 

A Rome  on  l'appelle  aujourd'hui  cafciotto , ou 
gros  fromage  ; en  Tofcane,/ormû.On  voit  dans  la 
grande  colleâion  de  foufres  du  baron  de^  Stofch, 
l'empreinte  d'un  camée,  qui  doit  avoir  été  l’un  des 
plus  exceîlens  ouvrages  de  gravure,  fur  lequel  ii 
y a un  difcobole,  qui  tient  d'une  main  une  corde, 
fans  doute  pour  jetter  le  difque  ; ordinairement  on 
le  jettoit  fans  corde.  Lorfqu'on  faifoit  de  grands 
efforts  pour  le  jetter , on  appuyoit  la  main  gau- 
che fur  le  genou  du  même  côté  , en  retirant  la 
main  droite  avec  le  difque  en  arrière  , pour  lui 
donner  plus  de  force  en  le  lançant  ; c'eft  par  cette 
raifon  qu'il  eft  appelle  ( Hom.  II.  -i-.  v.  431.} 
xafjieficc^tss  ê'iex.os,  difcus  ah  humera  jaüatus. 

On  voit  quelques  difcoboles  gravés  dans  cette 
attitude,  dans  les  colledions  de  pierres  anti- 
ques. 

DISSÉQUER.  Voye^  Anatomie, 

DISTATÉRE , once  d'argent  pur , monnok 
ancienne  de  l'Égypte  & de  l’Âfîe. 

Elle  valoir  4 liv.  % monnoie  aéiuelle  de  France, 
félon  M.  Pauélon  dans  fa  Métrologie. 


mens. 

On  diftinguoit  par  rapport  à la  matière  deux 
efpèces  de  difques  , celui  de  bronze  appellé  'Zùm; 
par  Homère  , & celui  de  pierre  appellé  par  le 
même  poète  ^hnùas. 

Les  difques  étoient  le  plus  fouvent  de  bronzo  , 
8c  travaillés  au  tour.  Celui  qu'on  voit  fur  un  bas- 
relief  de  la  Villa  Albani  ( Monum.  inediti.n°,  I94.) 
a trois  cannelures  circulaires  autour  de  fon  centre, 
& fon  diamètre  eft  du  tiers  de  la  hauteur  d'une  des 
figures  du  bas-relief,  c'eft-à-dire , d'environ  deux 
pieds  huit  pouces.  Il  y avoit  auffi  une  elpèce  de 
difqne  non-percé,  qu'on  jettoit  par  le  moyen  d'une 
courroie  qui  y étoit  attachée  d'un  côté  an  milieu, 
comme  les  courroies  des  boucliers  dans  lefquelles 
on  paffoiî  le  bras  pour  s'en  fervîr. 


Elle  valoit  en  monnoie  des  mêmes  pays, 

I f hexadrachme. 
ou,  2 tétradrachmes. 


ml¥lGUM:  } latins  formés  du  grec 

hsiyUt,  & qui  ont  la  même  fignification.  Ilsde- 
îgnent  dans  les  épitaphes  deux  chambres  placées 
'une  au-deffus  de  l’autre.  On  lifoit  à 
ipitaphe  ( Span.  Mifc.  Erudit,  antiq.  fecl. 

1.  ZQi.  ) : 


L.  Sempronius.  L L Periphemus. 
L.  Sempronius.  L L Amphioneus. 
Disxigum  xecerünt  C.  F. 


D I V 

DITHTRAMBUS  , nom  donné  à Bacchus  , 
& fondé  fur  une  fable  qai  dit  que  les  géans 
ayant  mis  Bacchus  en  pièces  j Cérès  fa  mère 
raflembla  fes  membres  épars  j & lui  redonna  la 
rie } ou  bien  de  ce  qu^il  étoit  né  deux  fois  au 
monde , & qu"il  avoir  franchi  deux  fois  la  porte 
du  monde.  On  donnoit  auflî  ce  nom  à des  hym- 
nes compofés  en  l’honneur  de  Bacchus , dont 
les  vers  étoient  pleins  d'emportemens  & de  fureur 
poétique. 

^DIVALES  , fêtes  célébrées  à Rome , le  21 
décembre en  l’honneur  delà  déeffe Angéronia. 
Elles  furent  établies  à l’occafion  d’une  efpèce 
d’efquinancie  dangereufe  , dont  les  hommes  & les 
animaux  furent  attaqués  pendant  un  aflez  long- 
temps. Voyei  Angéronia. 

C’étoient  les  mêmes  fêtes  que  les  angéronaks  \ 
les  pontifes  facrifioient  ce  ;our-là  dans  le  petit 
temple  de  la  déelfe  Volupia. 

DIVERTICULUM , endroit  ou  un  chemin 
plus  étroit  & moins  fréquenté  rejoint  le  grand 
chemin. 

DIVINATION.  L’homme  toujours  inquiet 
fur  l’avenir,  a cherché  dans  tous  las  temps  à en 
pénétrer  les  fecrets.  La  divination  au  commence- 
ment-,ne  fut  peut-être  qu’un  art  ingénieux  & 
fubcil,  qui.  à force  de  réflexions  fur  le  palfé , 
tâchoit  de  découvrir  ce  qui  pouvoir  arriver  dans 
les  conjonélures  à peu  près  femblables.  Mais 
cet  art  s’accrut  bientôt  d’une  infinité  de  maniè- 
res . fur-tout  en  paflant  par  les  mains  des  égyp- 
tiens &c  des  grecs  : ces  deux  peuples  osèrent  en 
faire  une  fcience  dans  les  formes  . accompagnée 
d’un  long  détail  de  règles  & de  préceptes  ; & 
pour  la  mettre  à l’abri  de  l’examen,  ils  furent 
la  lier  à la  religion  par  différentes  chaînes.  La 
divination  s’exerçoit  par  les  allrologues  . par  les 
augures  . par  ceux  qui  jettoient  les  forts . qui 
interprétoient  les  prodiges  & les  tonnerres  . qui 
confultoient  les  entrailles  encore  fumantes  des 
vidimes  j & tous  ces  gens-là  s’appelloient  en 
général  devins. 

Nous  ne  parlons  ici  que  de  la  divination  arti- 
ficielle . renvoyant  au  mot  théurgie  ce  qui  regarde 
la  divination  naturelle.  La  première  fe  pratiquoit 
donc  de  cent  manières  différentes  j les  quatre 
efpèces  às.divinationiçs'çlüs  générales  étoient  celles 
dans  lefquelles  on  empioyoit  quelqu’un  des  quatre 
élémens.  l’eau,  la  terre,  l’air  & le  feu.  dont  on 
a fait  les  nom^  de  Aéromantie  , Géomantis  . Hy- 
dromantie  Pyromantie.  Il  y en  a une  infinité 
d’autres,  dont  voici  quelques  noms  : Alphitho- 
mantie  . Arithnomantie  , Aftrologie  . Axinomantie ^ 
Bolomantie  ^ Catopîromantie,  Chiromantie  , Clédo- 
nîjmantie  ^ Cofcinomantie  ^ Dadylomantie , Hépa- 
tofçopie  , Litkomantie  , hychnomantîe  ^ lAécromaniie, 


D I X 


427 


Ornîtomantie  , Pégomantie  , PJÿconiantie  . Rabdo- 
mantie . &c.  , dont  on  trouve  les  noms  dans 
les  anciens  auteurs.  On  peut  en  voir  ici  l’expli- 
cation dans  leurs  articles  particuliers. 


DIVISIONES , diftributions  d’argent. d’huile, 
de  vin  & d’autres  chofes  pareilles , que  les  ro- 
mains chargeoient  leurs  exécuteurs  teftamentaires 
défaire  tous  les  ans  pour  l’anniverfaire  de  leur 
mort . foit  au  peuple . fbit  aux  décurions . foit 
à des  corps  d’artifans  . ôec. 

piVlSORES.  On  appelloit  ainfî  chez  les  ro- 
mains des  citoyens  qui  étoient  chargés  par  les 
amis  des  candidats . ou  ^lar  les  candidats  eux- 
mêmes  . d’acheter  les  fuftrages  des  tri  bus.  Quoi- 
que les  divifores  ne  fuffent  pas  flétris  par  les 
loix  , ils  l'étoient  dans  l’opinion  publique.  On 
voit  dans  Suétone  ( c.  5.  i.  ) que  l'on  re- 
prochoit à Oéiavien  , appellé  depuis  Augul’te  . 
d’avoir  pour  père  un  divifor. 


DIVORCE.  V'oyei(_  le  dî^ionnaire  de  Jurifpnis 
dence. 


DIUM,  dans  la  Macédoine. 

Col.  Jul.  Aug.  Diensis.  Colonia  Jiàia  Au* 
gufla  Dienjis. 

Cette  colonie  romaine  a fait  frapper  des  mé- 
dailles latines  en  l’honneur  d’Antonm . de  Sept. 
Sévère.  d’Élagabale.  d’Alex.  Sévèi?.  de  Salo- 
nine,  de  Trajan,  de  Gallien  , de  Domitien.  de 
Trajan  . de  Caracalla.  deMacrin,  deMaxiœin, 
de  Gordien , d’Aémilien. 

Dium  . dans  la  Coéîefyrie.  AEiHNnN. 

On  a une  médaille  impériale  grecque  de  cette 
ville,  frappée  en  l’honneur  de  Géra. 

DIUS,  P'oyei  Fidius. 

Dii/s  . nom  d’un  mois  de  l’année  chez  les 
grecs . é'ôÿ.  C’étoit  le  premier  de  l’année  chez 
les  ^macédoniens  ôc  les  grecs  de  l’Afia-Mineure, 
à Ephèfe . à Pergame , à 1 yr , à Sidon.  en  Lycie  j 
le  fécond  chez  les  macédoniens  de  Syrie,  à An- 
tioche. à Gaze,  à Smyrne.  chez  les  arabes  Sc 
autres  peuples  d’Alîe.  Chez  les  premiers,  il  ré- 
pondoit  au  mois  d’oétobre.  & chez  les  féconds, 
à novembre , chez  les  tyriens  , à décembre  , 
chez  les  lyciens  & les  fidoniens  , à janvier  j chez 
les  bithyniens  au  contraire  . c’étoit  le  fixième  de 
l’année . & il  répondoit  au  mois  de  mars.  ( Fa~ 
bricii  Menol.  42.  44,  40,  47  , 61.  ) 

DIXIÈME.  Les  babyloniens  & les  égyptiens 
donnoient  à leurs  rois  le  dixième  de  leurs  revenus. 
( Arillote  , au  livre  fécond  de  l’économie . & 

Hhh  ij 


42S  D.  M.  - 

Diodorô  deSicile,  au  livre  ciBCuiemede  fa  biblio- 
thèque 5 Strabon  j au  livre  quinzième  de  fa  Géo- 
graphie. ) Les  romains  ex3gèrent_  des  kcujens  _ le 
dixième  des  bleds  qu^iîs  recueilloient  5 & Appîen 
dit  que  ceux  qui  defrichoient  des  terres  3 por- 
toîent  au  tréfor  public  le  dixième  denier  des  re- 
venus de  ces  terres. — . Les  romains  offroient  à 
leurs  dieux  la  dixième  partie  des  prifes  qu^ils 
faifoient  fur  leurs  ennemis  j d'où  vint  le  nom 
de  Jupiter  pr&dator. — . Les  gaulois  donnoient  le 
même  dixième  à leur  dieu  Mars  3 comme  on  voit 
dans  les  commentaires  de  Céfar. 

Caracalla  impofa  le  dixième  fur  toutes  les  hé- 
sédités  , au-lieu  du  vingtième  que  les  empereurs 
percevoient  fur  ces  biens  ; & il  accorda  , par 
forme  de  dédommagement,  le  drojt  de  cités 
tous  les  fujets  de  l'empire  romain.  Cet  impôt 
fut  abrogé  par  fon  fuccefleur  Macrin. 

^ Diis  Manihiis.  De  ces  quatre  figles 

les  deux  latines  font  fynonimes  des  deux  grec- 
ques Ç aux  d'cux  foEterrains  ). 

On  les  trouve  fréquemment  fur  les  tombeaux , 
& leur  explication  ne  peut  être  équivoque , 
lorfqu'il  s'agit  des  romains  om  des  grecs  payens. 
Mais  depuis  que  le  chriih'anifme  eut  acquis  des 
partifatis  dans  ces  deux  nations , on  grava  encore 
fur  quelques  tombeaux  chrétiens  même  ces  figles, 
qui  femblenr  cependant  avoir  été  en  horreur  aux 
difciples  de  J.  C.  de  même  que  les  dieux  mânes 
dont  elles  peipétuent  le  culte  & le  fouvenir. 

Mabillon,  Fabretti  3 Lupi3  dans  fa  differtation 
fur  l'épitaphe  de  Ste.  Sévère  , martyre  j & plu- 
fieurs  .autres  ont  écrit  fur  ces  figles  payennes3 
gravées  quelquefois  fur  des  tombeaux  de  chré- 
tiens. Voici  l'extrait  de  leurs  explications. 

Les  uns  ont  admis  pour  règle  générale  de  re- 
connoître  pour  payens  tous  les  tombeaux  chargés 
des  figles  D.  M.  ou  0.  K.-  Mais  cette  opinion 
eft  démentie  par  un  fi  grand  nombre  de  monu- 
mens  véritablement  chrétiens , & chargés  des  fi- 
gles , qu'il  faut  abfolument  la  rejetter-  En  voici 
deux  des  moins  équivoques,  tirés  l'un  de  la  biblio- 
thèque Barberinepar  Fabretti  ( Tkefinfcr.p.^6^.)  : 

D I M 

TVLI.IE  CASTE  VERE 
CASTE  Q VE  VIXIT 

ANNOS  XXXVII  MESES 

L’autre  de  la  Roma  foterranea  de  Bofio  j par 
k même  Fabretti 


D.  M. 

I D M s 

CAESONIVS.SALVIVS  VOiJS 
MEMORIAE  INNOX  QUI 

VIXIT.  ANNIS.  XX.  M,  VI.  ET 
HO  R.  III.  CVI.  EECERVNT  SVCCISSA 
Mates,  ii  marinvs  eraiik. 

.Le  troifième enfin  tiré  par  Lnpi  (éphaph.  Severs. 
p,  105.)  du  cimetière  de  S.  Hermès,  à Rome, 
que  cet  écrivain  aflure  être  un  monument  chrét 
tien , & qu’il  dit  avoir  vu  8c  examiné. 


© K 

CEiESTI  NA. 


A la  vue  de  ces  monumens  on  n'ofa  plus  nier 
qu'ils  ne  fuffent  chrétiens,'  mais  on  chercha  une 
explication  chrétienne  aux  figles  ©-  K.  & D.  M. 
Les  grecques  ©.  K.  fignifioient , difoit-on , ©e® 
Kritfi,  au  Dieu  Créateur  5 ce  qu’on  affuroit  ce- 
pendant fans  aucune  preuve.  Quant  aux  figles  la- 
tines D.  M.  on  étoit  plus  heureux,  & en  les 
expliquant  par  Deo  magno  ( au  grand  Dieu  ) 
on  s'étayoit  d’une  infcription  fur  laquelle  on 
lifoit  ( Fshreî.  infer,  p.  564=  ) 

DEO  MAC 
NO  ET  ETERN 
O STATIVS  Dî 
ODORVS  QVOT 
.SE  PRECIBVS 
C O M P O T E M 
FECISSET 

V.  s.  L.  M. 

Il  faut  avouer  cependant  que  ces  pieufes  inter- 
prétations fuppofent'de  la  part  des  premiers  chré- 
tiens une  horreur  puérile  pour  toutes  les  exprefiions 
relatives  à la  Mythologie  , qui  efi  démenne  pat 
les  fuivantes  tirées  d'épitaphes  reconnues  par  Fa- 
bretti pour  chrétiennes , foit  aux  mots  in  page, 
foit  au  monogramme^  , &c:  débita  SACRATIS- 

OFFICIA. SANCTIQUE.TUI. MANES. NOEIS. 

PETENTIBUS.  ADSINT ‘ 

AQVA.S.  TAENAREAS DCMVM.  AETEK* 

NAM DIEI  VENERIS(  Epit.  Severa.},Szc, 


DOC 

On  peut  donc  affurer  que.l’ufage  des  quatre 
figles  payennes  fubfifta  pendant  les  premiers  £è- 
cles  du  chriftianirme^  & que  les  chrétiens  n'y 
virent  pendant  long -temps  que  des  expreftlons 
familières  , palTées  en  ufage , & dont  l'emploi  ne 
pouvoir  nuire  à la  foi  des  néophytes-  Pour  ache- 
ver de  porter  à l'évidence  cette  affertion , je 
vais  rapporter  une  épitaphe  chrétienne  dans  la- 
quelle on  lit  les  mots  entiers  Dis  manibus.  Elle 
ell  tirée  de  la  dilfertation  de  Lupi^  citée  plu- 
fieurs  fois  dans  cet  article  j & on  la  voit  dans 
le  mufæum  de  Kircher  au  collège  romain  : Dis 
MANIBÜS-  PRINCIPIO  FILIO  DULCISSIMO  SUO 
POSUIT  QUI  VIXIT  ANNIS  VI  DIES  XXYII  IN 
PACAE. 

D.  M.  1.  Des  matri  Ifîii  ^ ou  Deâm  macrem 
Id&am. 

D.  N.  D02{INUS  NOSTZR. 

Les  premiers  Céfars  avoient  refufé  le  titre  de 
Dominas , Seigneur.  On  commença  à le  donner 
aux  empereurs  fous  Aurélien  , à qui  l'on  frappa 
une  médaille  Deo  et  Domino  nato  Aure- 
lianq.  Sous  le  bas-empire  il  y eut  peu  de  mé- 
dailles ou  de  monnoies  où  ces  deux  lettres 
ne  fe  montralTenr  au-devant  du  nom  des  empe- 
reurs d Occident  Se  de  Conftantinople.  C'eft  peut- 
être  de  la  qu'eft  venu  le  titre  de  fèigneur  roi, 
donne  depuis  long  temps  aux  monarques  françois. 

DOCIMEUM , en  Phrygie.  Aokimeon. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impéria- 
les grecques  en  l'honneur  de  Néron,  de  M.  Aûrèle, 
de  Dorana. 

DOCTOR,  celui  qui  enfeigne,  qai  docet. 

DoBor  lihrarius  , dans  l'épitaphe  fuivante  , dé- 
figne  celui  qui  enfeignoit  l'art  de  préparer  le 
papyrus  ou  le  parchemin  pour  l’écriture.  ( Reine f, 
infer.  claff.  XI.  p°.  ii^.  ) 

C N.  P O M P E I U S 
P H R I X U s 
DOCTOR 
LIBRARIÜS  DE 
SACRA  VIA 
FECîT  SIEI, 


DOD  42^ 

DoSor  fagittarius  étoit  celui  qui  formoit  les 
foldats  à l'exercice  de  l’arc.  ( Spon.  Mifc.  erud^ 
Ant,  feci.  Vil.  p.  256.  ) 

i).  M, 

T.  Flavio  expsdit© 
DOCTORI  SAGITTAR 

FLAVIA  EUPHROSINE 
ET  ATTICA  FILIAE 
P A T R I B.  M. 

Vcyes^  Campidoctor. 

DODONE,  ville  de  l'Écire,  célèbre  dans  le 
paganifme  par  fon  oracle,  fa  forêt  & fa  fontaine. 
Voici  l'origine  de  l’oracle,  fuivant  la  fable  : Ju- 
piter avoir  fait  préfent  à fa  fille  Thébé,  de  deux 
colombes  qui  avoient  le  don  de  la  parole.  Ces 
deux  colombes  s'eoyolêrent  un  jour  de  Thèbes 
en  Egypte , pour  aller , l'une  en  Lybie , fonder 
l'oracle  de  Jupiter  Amman,  & l'autre  en  Epire  , 
dans  la  forêt  de  Dodone , où  elle  s'arrêta , & 
apprit  aux  habitans  du  pays  , que  l'intention  de 
Jupiter  étoit  qu'il  y eût  un  oracle  en  ce  lieu-là , 
L'oracle  s'y  établit  auffi-tôt,  & il  ne  tarda  pas 
d'avoir  un  grand  nombre  de  confultans. 

Dans  cette  forêt  de  Dodone , il  y avoir  une 
fontaine  qui  couloir  avec  un  doux  murmure  aux 
pûeds  d'un  chêne  ; la  prêtrefîe  interprétoit  ce 
bruit , _ & annonçoit  l'avenir  fur  ce  murmure  : 
c'eft  ainfi  que  l'oracle  fe  rendit  dans  les  com- 
mencemens  j mais  dans  la  fuite  on  pratiqua  plus 
de  céré.monies.  On  s'avifa  de  fufpendre  en  l'air 
des  vafes  d’airain , des  efpèces  de  chaudrons , 
auprès  d’une  ftatue  du  même  métal , aufll  fuf- 
pendue,  & qui  tenait  à la  main  un  fouet  d'airain 
à plufieurs  cordes  & mobiles  : lorfque  le  vent 
ébranloit  cette  figure,  elle  frappoit  les  chaudrons, 
qui  s'entrechoquoient  les  uns  les  autres,  & ren- 
doient  un  fon  qui  duroit  affez  long-temps  ; & 
fur  les  variétés  de  ce  fon  on  annonçoit  l’avenir  } 
de  là  vint  le  proverbe  , V airain  de  Dodone , dont 
on  ufoit  quand  quelqu'un  parloir  trop.  Enfin  ce 
furent  les  chênes  mêmes  de  la  forêt  de  Dodone  , 
qui  rendirent  les  oracles,  félon  la  fable. 

On  difoit  encore  que  les  colombes  de  cettS 
forêt  rendoient  des  oracles.  Mais  Hérodote 
nous  a appris  l'origine  de  cette  fable , en  faifanc 
obferver  , que  le  mot  grec  Tii’kua  fignifioir , en 
iheftalie,  une  prophételTe  & une  colombe. 

DODONEL'S,  furnom  de  Jupiter.F.  Dodone. 

DODONIDES , fem  mes  qui  rendoient  les  ora- 
j des  ce  Dodone , tantôt  en  vers , & tantôt  par 
I les  forts.  C'étoient  encore  les  nourrices  de  Bac- 
i chus,  appelées  vjfd  A.dantides. 


DOD 

DODRANSJes  i d^un  tout,  ou  de  l'as.Ce 
mot  eft  formé  de  & de  quadrans  , c eu  1 abrégé 
de  deefi  quadrans  , il  manque  un  quart.  Le  aodmns 
valoir  neuf  onces , c’eft  pourquoi  il  s appelloit 

aUfS  nonuncium. 

Dovrass  y nonuncium,  monnoie  des  aflciens 
romains. 

Elle  valut  depuis  k fondation  de  Rome  jufqu  à 
Tan  48;  : 

1 5-  fols , monnoie  aâuelle  de  France , félon 
M.  Pamélon.  ( Métrologie,  ) 

Elle  valoit  alors , en  monnoie  du  même  peuple , 

I I beflis. 
ou,  I f feptunx. 
ou,  I r femis. 
ou,  9 onces. 

Dodraks,  monnoie  de  compte  des  romains. 
Elle  e'toit  repréfentée  par  cefigne,  S 3* 


n O I 

©U,  I r fexunx. 
ou,  I f quincunxi 
ou  , 2 I triens. 
ou,  3 quadrans* 
ou,  4!  fextans. 
ou,  9 onces. 

VoBRASs , nonuncium , mefure  linéaire  des  an- 
ciens romains. 

Elle  valoit  8 pouces  de  France. 

Dodrans  , nonuncium  , mefure  gromatique  des 
anciens  romains. 

Elle  valoit  542  toifes  quarrées , & de  France. 
DOEAS.  Voyei  Acmon. 

DOIGT , mefure  linéaire  des  anciens  romains. 

Elle  valoit  de  pouce  de  France. 

Elle  valoit  en  mefures  du  même  peuple. 


Elle  valoit  9 onces. 

ou,  18  ferai  - onces, 
ou,  27  duelles. 
ou,  36  ficiliques. 
ou,  54  fextules. 
ou,  21 6 fcripules. 

Dodrans  , nonunïium  yXneÇats  de  capacité  pour 
les  liqueurs  des  anciens  romains. 

Elle  valoit  1 5-  roquiiles  & de  France. 

Elle  valoit  en  mefure  du  même  peuple  , 

I I beffis. 
ou , I f feptunx. 
eu,  I 1 fexunx. 
ou,  I 4 quincunx. 
ou,  2 I triens. 
ou,  3 quadrans. 
ou,  4 r fextans. 
eu,  9 onces. 

Dodrass,  nonuncium , divifîon  de  l’ancienne 
livre  romaine,  valoit  en  poids  de  France , 4734 
grains 5 valoit  en  poids  romains, 

I I bés. 

ou,  I f feptunx. 


I femi-once  &r. 


ou,  ' 2 duelles  & 
ou,  3 ficiliques. 


ou,  18  fcripules. 


Doigt.  Les  doigts  chez  les  romains  étoient 
fous  la  protection  de  Minerve.  ( Seiv.  in  Æneià, 

ni.  ). 


Les  hiftoriens  romains  parlent  de  plufîeurs^  n- 
toyens  qui  fe  coupoient  des  doigts  y afin  g etre 
exempts  dü  fervice  militaire  , comme  devenus 
incapables  de  tenir  fermement  le  bouc  ler  ou 
la  lance.  ( Suet.  Aug.  c.  14-  3’  & 

FL  3.  3.) 


Quand  un  romain  mouroit  fur  le  champ  de 
bataille , ou  dans  un  pays  étranger , on  coupoiî 
un  doigt  à fon  cadavre  avant  que  de  le  bruier. 
On  apportoit  enfuite  ce  doigt  à Rome  , ou  dans 
la  oatrie  du  mort , & on  faifoit  a cette  re  ique 
des  funérailles  aulTi  folem.nelles  qu’on  aurost  pu 
les  faire  au  cadavre  entier  : membrum  abfcinâi  mor- 
tuo  dicebatur,  cum  digitus  ejus  decidebatur , a 

quod  fervacum  jujla  fièrent,  reliquo  torpore  combuj  0. 

(Feftus.  ) 

Lorfque  les  anciens  brûloient  des  parfums  de- 
vant les  divinités,  ils  en  formoient  de 
boules , eu  des  paftilles  qu’ils  prenoient  du  00 
des  doigts  dans  Vacerra , pour  les  jetter  fur  le^  • 
Cette  manière  de  faifir  légèrement  les  P 
étoit  une  pratique  religieufe  , à laquelle  Lacta 
fait  allufion  ( i,  20.  ) lorfqu’il  dit  qu  d ne  voy 


D O I 

«Jans  toute  la  religion  payenne  qu’un  rit  borné  au 
bout  des  doigts , quam  rhum  ad  fummos  digitçs 
pertineutem. 


0 O i; 


431 


femblant  tous  les  deux  enfemble  d’être  vaincus  , 
& ils  élevèrent  leurs  doigts  tous  les  deux  en  même- 
temps  : 


Les  enchères  des  impôts  fe  faifoient  au  doigt 
levé  chez  les  anciens  romains  , c’eft-à-dire  , que 
le  dernier  enchérilTeur  élevoit  la  main  fermee 
avec  un  feul  doigt  étendu , pour  annoncer  fon 
enchère.  Un  ancien  commentateur  d’Horace 

II.  8.  zé.  ) le  dit  expreffément Publicani 

autem  fublato  digita  licitaîionemvecligalium  facie- 
banii 

Pour  appeller  les  efclaves  & en  exiger  quel- 
que fervice  , les  romains  faifoient  un  certain  bruit 
avec  les  doigts , ce  qu’ils  exprimoient  par  ces 
mots  crepitare  digitis.  Les  gens  perdus  de  molleffe 
& de  luxe  ne  quittoient  ni  la  table,  ni  le  jeu, 
pour  fatisfaire  aux  befoins  les  plus  prelTans  de 
la  nature.  Pétrone  ( c.  27.  ) & Martial  ( III.  82. 
if  8c  XIV.  1 19.  ) nous  apprennent  qu’ils  faifoient 
un  certain  bruit  avec  leurs  doigts , & qu’à  ce 
bruit  les  efclaves  apportoient  le  vafe  ignoble  dont 
ils  avoient  befoin.  Cette  obéilTance,  au  lignai  des 
doigts , étoit  devenue  l’expreflion  de  la  fervitude  ; 
&:  Tibulîe  le  cite  pour  annoncer  fon  dévouement 
parfait  à fa  maîtrelTe.  ( i.  2.  32.): 

Et  vocet  ad  digîtî  me  tacimrna  fonum. 

Dans  les  combats  de  gladiateurs,  celui  qui  étoit 
vaincu  avouoit  fa  défaite  en  élevant  un  doigt  ,• 
& par  ce  gefte  qui  pouvoir  être  apperçu  de  tous 
les  fpeéiateurs  , il  leur  demandoit  la  vie.  Ceux- 
ci  l’accordoient  en  élevant  tous  un  pouce, 
ereâo  digito , ou  ils  la  refufoient  en  montrant 
tous  au  vainqueur  le  pouce  renverfé,  obverfo 
pollice.  Celui  qui  donnoit  les  jeux,  faifoit  annon- 
cer au  peuple  le  nombre  & l’efpèce  des  combats 
de  gladiateurs  oui  feroient  livrés  , & en  particulier 
les  combats  à outrance  , c’eft-à-dire  , ceux  où 
le  vaincu  devoir  être  mis  à mort , ad  digitum.  Les 
fpeéiateurs  dans  le  dernier  cas  demandoient  quel- 
quefois la  grâce  du  vaincu , mais  l’éditeur  des 
jeux  étoit  martre  de  la  refufor.  Martial  raconte 
que  Prifeus  & Vérax  ayant  combattu  pendant 
très-long- temps  avec  un  égal  fuccès.  Je  peuple 
demanda  à Domitien  la  grâce , mijpo  , des  deux 
combattans  ; mais  tet  empereur  , qui  avoit  pro- 
mis des  combats  d outrance  , n’y  voulut  pas  con- 
fentir. 

Cum  traheret  Vrijens  , tràheret  certamina  Verus  , 
Effet  Çÿ  aqualis  Mars  mrmfqne  dm  , 

MJffio  fape  vîris  magno  clamore  petita  efi  t 
SedC&far  legiparuitipÇefua. 

Alors  les  deux  gladiateurs  fe  fervirent  d’un  arti- 

fice ingénieux , qui  leur  fauva  la  vie  : ils  firent 


Ttegaavêre pares  , fficcubuere  pares.. 

On  leur  donna  à chacun  une  palme,  & l’uB 
& l’autre  furent  proclamés  vainqueurs* 

Doigt  élevé.  Voyeq^  Prétoriens, 

DOLABELLA , furnom  de  la  famille  CoR- 

NELIA. 

Sur  une  fardoine  de  la  colleéiion  du  baron  de 
Stofeh , on  voit  Diomède  debout , ayant  fon 
bouclier  à fes  pieds  & fon  épée  auprès  de  lui  , 
tenant  de  la  main  droite  la  tête  de  Dolon  qu’il 
vient  de  couper , un  javelot  de  la  gauche  & re-î 
gardant  tranquillement  cette  tête.  La  gravure 
de  cette  pierre  eft  de  la  première  manière , 8c 
elle  eft  achevée  avec  la  dernière  finefle.  Dans 
l’explication  de  cette  pierre  & de  deux  fembla- 
bles  , Winckelmann  balança  d’abord  entre  Tydée 
8c  Diomède,  croyant  que  ce  pourroit  être  le 
premier  qui  s’acharna  tellement  fur  fon  ennemi 
mort , qu’il  en  mangea  le  cerveau  j mais  l’air 
tranquille  & contemplatif  des  figures , le  déter- 
mina à y reconnoître  Diomède  avec  la  tête  de 
Dolon.  Le  même  fujet  a été  expliqué  ( Sca/fà 
lett.  fopra  varj  Mon.  Pl.  LX.  ) par  DolabeUa , 
qui  fit  couper  la  tête  a Trébonius  , un  des 
conjurés^  contre  Céfar,  parce  que  cet  auteur 
vouloir^  à tort  & à travers  trouver  par-tout  des 
faits  d’hiftoire  romaine.  On  fait  d’ailleurs  que 
DolabeUa  n’avoit  point  de  barbe. 


DOLICHE  , dans  la  Syrie.  AOAixAii2N. 


_ Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  de  M,  Aurèle , de 
Maximin. 


DOLICHENIUS , 
DOLICHENUS , f lumom  tous  lequel  oa 

trouve  Jupiter  repréfenté  debout  fur  un  taureau  , 
au  bas  duquel  eft  un  aigle  éployé  : il  eft  armé  de 
pied  en  cap  , le  cafque  en  tête.  On  adoroit  Ju-* 
piter  fous  ce  nom  dans  la  Comagène  à Doly- 
chené  , & chez  les  anciens  habitans  de  MarfeiUe. 


DOUCHODROMUS.  ^ , 
DOLICROS.  5 donnoit  le  pre- 

mier nom  à un  courreur  qui  parcoureit  un  doli^ 
chos , ou  12  ftades,  c’eft-à-dire,  6 en  allant 8c 
6 en  revenant.  Quelques  Philologues  font  la  lieue 
gauloife  égale  à un  dolichos. 


DOLIOLA.  II  y avoir  à -Rome  deux  endroits 
appehés  de  ce  nom  , qui  étoient  confacres  par 
la  religion,  & fm  lefquels  U étoiî  défendu  de 


152  D O L 

cracher,  ubinon  llcet  defpuere.  Le  premier  ( Varr. 
de  ling.  lat.  IF.  32.  ) étoit  auprès  de  la  grande 
cloaque  , & le  refpeâ  qu  on  lui  portoit  venoit 
de  deux  traditions , 1 une  de  ce  qu  on  y avoit 
enterré  des  cadavres  dans  des  VaTes  de  terre 
cuite  îr!-  doliolis  , & l’autre  de  ce  que  certains- 
■objets^religieux  , qui  avoient  appartenu  à Numa, 
y étoient  cachés. 

Le  fécond  endroit , appelle  dollola , étoit  près 
de  la  maifon  du  Flamine  Quirinal  ; c’étoit  là  que 
les  veftaîês , obligées  de  quitter  Rome  à l’arrivée 
des  gaulois  , avoient  enfoui  des  chofes  facrées. 

DOLIUM.  Au  lieu  de  nos  tonneaux,  les  an- 
ciens. fe  fervoient  de  vafes  de  terre  cuite,  ap- 
pellés  dolia , ayant  à peu  près  la  forme  d’une 
citrouille  -,  & ces  dolia  contenoient  communé- 
ment dix-huit  amphore,  ; cette  mefure  eft  écrire 
fur  un  vaiffeau  de  cette  efpèce,  confervé  dans 
la  villa  Albani.  G’eft  de  cette  forme  qu’étoit 
le  tonneau  qu’habitoit  Diogène  , & qu’il  rouloit 
de  côté  & d’autre  pendant  le  liège  de  Corinthe. 
L’orifice  de  ces  vaiffeaux  eft  d’environ  un  palme 
de  diamètre  , fept  pouces  dé  France. 

Foyei  Amphore,  Diogène  & Tonneau. 

Dozium  , Culeus , Calleus , mefure  de  capacité 
des  anciens  romains. 

Elle  valoir  619  pintes,  & de  France. 

Elle  valoir  en  mefures  du  même  peuple  , 

20  amphores, 
ou 40  urnes, 
ou,  xdo  conges, 
ou  J 960  fextarius, 
ou,  1920  hémines, 
ou,  3840  quartarius, 
ou,  7680  açétabules, 

Sjaqn"  \ Héfjichius  défigne  par  ce  mot  des 

lames  de  poignard  cachées  dans  des  bâtons.  Sué- 
tone s’en  fert  dans  le  même  fens  ; ( Ciaud.  c.  1 3. 
n°.  3.  ) reperti  G*  equeftris  ordinïs  duo  in  puhlico 
cum  dolom. 

Tite  - Live  emploie  deux  fois  le  m.ot  dolo 
( xxxvr.  44.  & Kxxvïi.  30.  ) pour  délîgner 
une  efpèce  de  voile  , que- Suidas  ( AoAav  ) appelle 
la  plus  petite  yoile  d’un  navire.  C’étoit  peut- 
être  une  de  celles  que  l’on  ajoutoit  quelquefois 
aux  autres , pour  mieux  pincer  le  vent. 

DOLON , fils  du  Hérault  Eumédes , offre  à Hec- 
tor d’aller  de  nuit  au  camp  des  grecs  examiner 


DOM 

leur  lîtuation  Sr  fonder  leurs  deffeirts  , à condi- 
tion qu’on  lui  donnera  le  magnifique  char  & les 
chevaux  immortels  d’Achille  = avantage  qu’il  pré- 
fère à l’alliance  royale  qu’Hedfor  lui  avoir  offerte. 
Dolon  , pour  fe  déguifer,  fe  couvre  tout  le  corps 
d’une  peau  de  loup  5 & quand  il  eft  près  des 
retranchcmens  des  grecs,  il  imite  la  manière  de 
marcher  des  quadrupèdes,  pour  n’être  point  fuf- 
peéi  3 mais  ce  déguifement  ne  lui  fert  de  rien  , il 
eft  découvert  par  Diomède , qui  le  met  à miort. 


DOMAINE , terres  de  la  république  romaine 
prifes  fur  les  ennemis , & dont  le  produit  formoit 
un  fonds  pour  les  befoiris  de  l’état.  Il  en  eft  parlé 
trop  fouvent  dans  l’hiftoire  romaine  pour  n’en 
pas  faire  ici  un  article. 


Lorfque  les  romains  avoient  vaincus  leurs  enne- 
mis , ils  avoient  coutume  de  leur  ôter  une  partie 
de  leur  territoire;  on  affermoit  quelquefois  ces 
terres  au  profit  de  l’état , & fouvent  aufii  on  les 
partageoit  entre  les  pauvres  citoyens , qui  n’en 
payoient  à la  république  qu’un  léger  tribut.  Ce 
domaine  public  s’accrut  avec  la  fortune  de  la  ré- 
publique, des  dépouilles  de  tant  d’états  que  les 
romains  conquirent  dans  les  trois  parties  du  monde. 
Rome  poffédoit  des  terres  dans  les  différens  cantons 
de  l’Italie,  en  Sicile,  & dans  les  îles  voifines, 
en  Efpagne,  en  Afrique  , dans  la  Grèce  , dans  la 
Macédoine  & dans  toute  l’Afie.  En  un  mot , 
on  incorpora  dans  le  domaine  public  le  domaine 
particulier  de  tant  de  villes  libres  & de  royaumes  , 
dont  les  romains  avoient  fait  leurs  conquêtes. 
On  en  portoit  le  revenu  & le  produit  dans  l’é- 
pargne : c’étoit-là  le  fond  dont  on  tiroir  la  folde 
des  troupes , & avec  lequel  on  fubvenoit  à 

toutes  les  dépenfes  & à toutes  les  néceffités  ' 
publiques. 

Céfar  fut  le  premier  qui  ofa  s’en  emparer 
pendant  la  guerre  civile  contre  Pompée;  il  en 
tira  pour  fon  ufage  quatre  mille  cent  trente  livres 
d’or , & quatre-vingt  mille  livres  d’argent.  Dans 
la  fuite  les  empereurs  imitèrent  fon  exemple , & 
ne  regardèrent  plus  le  domaine  public  que  çommq 
le  leur. 


DOME.  . . 

On  ne  peut  pas  affurer  que  le  temple  bâti  â 
Eleufis  , par  Périclès , ait  eu  une  forme^  circu? 
laire  ; mais  il  eft  certain  ( Plutarch.  Pérrctès  > 
qu’il  étoit  couronné  par  une  coupale  8c  par  une 
efpèce  de  lanterne,  quelque  fût.  fa  forme  géné- 
rale. On  voit-  cette-.lanterfie  8c  cette  coupole^  fur 
le  tambour  d’un  temple  quarté  , _ repréfente  lut 
le  plus  grand  farcophage  qu’on  air  conferye  de 
l’antiquité , & qui  fe  trouve  dans  la  villa  Môirani , 
près  la  porte  de  Saint-Se'baftien  à Rome.  Le 
tambour , ou  dôme,  n’eft  donc  point  une  inven-^ 

lion  moderne,  VOMESTICUS , 


D O M 

DOMESTICUS, 

DOMESTIQUE  J >nom  d’un  ofncier  de  la 
jüOAiESTiKos , J cour  des  empereurs  de 

Conftantmopie.  Fabrot , dans  fcn  gloffaire  fur 
TneophilaiTe  Simsccata  , définit  doméfiique  en 
ge'nérai , celui  qu’on  charge  d’affaires  importantes, 
au  foin  & à la  fidélité  duquel  on  les  commet  : 
un  confeüler  : cajus  fidei graviores  alïcujus  rei  cur& 
committuntiir  : a confiais.  D’autres 
uifent^que  les  grecs  appelloient  domefiifues  ceux 
que  l’on  appelloit  comtes  à Rome,  & qu’ils  fe 
lervîrent  du  nota  de  domefiique  ^ fur  tout  depuis 
que  Je  noni  de  comte  fut  devenu  un  nom  de 
dignité , & qu’il  cefla  d’être  un  nom  d’officier 
fervant  auprès  du  prince.  Ainfi  l’on  appella  do- 
^^fitques  tous  ceux  qui  fervoient  le  Prince,  qui 
1 amoient  dans  l’adminiftration  des  affaires  , tant 
f??  ^ jufiice,  que  dans  les  affaires 

ecclefiafiiques. 

Dans  le  palais,  il  y avoit  le  grand  domefiique , 
ou  le  megadomefiique,  magnus  domefiicus , me- 
gaàomeflicus , que  l’on  appelloit  aufli  par  excel- 
lence le  domefiique^  fimpiément  & tout  court, 
domefiicus  ii  fervoit  l’empereur  à table  , 8c  faifoit 
la  charge  de  celui  qu’on  appelloit , en  Occident , 
dapifer , Qc  auquel  a fuccédé  le  grand-maître  de 
tltt'  toi , ou  bien  il  étoit  dans  l’empire 
d prient,  ce  qu’on  appelloit,  en  Occident, 
grand-fénéchal , major-iome.  Il  coffimandoit  aufft 
l’armée  de  terre  j de  même  que  le  grand  duc , 
magnus  dux , commandoit  celle  de  mer. 

Le  domefiique  de  la  table , domefiicus  menfis, , étoit 
un  officier  créé  depuis  , qui  étoit  au-deffous  du  . 
grand  domefiique  , & faifoit  l’office  'de  féné- 
chal. 

Le  domefiiqus  du  revenu  ou  de. la  maifon  de 
l’empereur  , domefiicus  rei  domefiica , fut  auffi  créé 
dans  la  fuite  , & faifoit  la  fonélfon  de  dapifer ^ 
ou  grand-maître  de  la  maifon  du  prince. 

_ Le  domefiique  des  troupes  de  réferve , domef- 
tlcus  fickolamm  , autrement  domefiique  des  légions  , 
domefiicus  legionum  , étoit  l’officier  qui  comman- 
dojt  les  troupes  de  réferve,  appelîées  écoles  pa- 
latines , fchoU  palatins,.  C’étoient  en  Orient  huit ,. 
& en  Occident  fix  légions,  qui  étoient  toujours 
de  referve  pour  recevoir  & exécuter  les  ordres 
de  ^1  empereur.  Elles  obéirent  d’abord  à l’un  ou 
a 1 autre  des  maîtres  des  offices , &•  enfuite  au 
grand  domefiique  , & puis  au  domefiique  des  écoies, 
qu  on  appelle  auffi  domefiique  des  nombres,  do~ 
mefticus  numerorum.  I!  eft  nommé  quelquefois  do- 
ptejiique  & patrice  des  troupes  de  réferve.  ( Joan. 
^cylityer ^ p.  izy.  Nicephore  Callifie  , /.  VU.  c.  r8. 

uni,  c,  2,  Niçetas  d.e  PapklagopÂe  , vie  d'I- 
gnace ). 

Le  domefiique  des  rnars,  domefiicus  mura  ram  , , 
^Jitiqukés , Toms  lï. 


D O M ^ 

etoit  celui  qui  avoit  l’intendance  de  toutes  le® 
fortifications. 

_ Le  domefiique  des  régions,  c’eft-à-dire  , de  l’O- 
rient & de  1 Occident  , domefiicus  regionum  ; c’é- 
toit  celui  qui  avoir  la  charge  de  toutes  les  affaires 
qui  concernoient^le  public,  dans  îefquelles  le  pu- 
blic avoir  intérêt , à-peu-près  comme  ici  un 
avocat  &^un  procureur-général , excepté  qu’il  fer- 
voit auprès  du  Prince  , & non  pas  dans  un  tri- 
bunal de  juflice  ; c étoit  le  miniltre  pour  les  affaires 
du  dedans  de  l’état.  Anne  Comnène  dit  domefi 
tique  d Orient , domefiique  d’Occident. 

Le^  domefiique  des  icanates  ou  des  cohortes 
militaires,  domefiicus  icanatorum-,  cette  charge  fut 
érigée  par  l’empereur  Nicephore,  en  faveur  de 
fon  petit-fils  Nicetas , fils  de  Michel  Rhangabé  , 
& de  fa  fille , qui  fut  depuis  patriarche  de  Conf- 
tantinople. 

Plufieurs  autres  Officiers  de  guerre  portoient 
le  nom  de  domefiique  , qui  ne  fignifiojt  rien  autre 
chofe  que  commandant- colonel,  ht  domefiique  de 
la  légion  que  Ton  nommait  optimates , c’étoitleur 
commandant,  domefiicus  optimatum.  ht  demeflique 
des  fiateurs  ^ fiatorum  ^ fiator  eil  proprement  ce- 
lui- qui  eft  de  fervice  auprès  d’un  prince  , qui 
eft  à fes  côtés.  Dans  Anaftafe  le  bibliothécaire  , 
il  y a domefiicus  firatorum. 

Le  domefiique  des  légions  d 'Orient  ou  d’Ocr 
cident  , domefiicus  legionum  Orientalium  , Occî~ 
dentalium c’étoit  le  colonel  - général  de  ces 
légions. 

Domestique  , nom  d’un  corps  de  troupes 
dans  l’empire  romain.  Pancirole  croit  que  les 
mefliques  font  les  mêmes  que  l’on  appelloit  pro- 
teàores , qui  étoient  principalement  chargés  de 
garder  la  perfonne  du  prince , dans  un  degré 
élevé  au-deffus  des  prétoriens , & qui  , fous  les 
empereurs  chrétiens,  avoient  le  privilège  de  porter 
le  grand  étendard  de  la  croix.  On  prétend  qu’ils 
étoient  au  nombre  de  3500  avant  Juftinien  , qui 
y en  ajouta  encore  zcoo-  Ils  étoient  partagés 
en  diverfes  bandes  ou  compagnies  , que  les  latins 
appelloient  fckols , & dont  quelques-unes  ont  été  , 
dit-on , établies  par  Gordien.  Les  uns  étoient 
cavaliers  & les  autres  fantaffins. 

Il  y avoit  un  comte  des  domefiiques  ^ dignité 
que  l’on  trouve  marquée  fousÉmilien  , peut-être 
pour  la  première  fois.  Elle  fervit  de  dernier  degré 
à Dioclétien  pour  s’élever  à l’empire  , & elle 
eft  devenue  enfuite  fort  célèbre  dans  le  quatrième 
fiècie.  Les  comtes  ou  commandans  des  domefliques 
étoient  fouvent  des  princes  étrangers , habiles 
dans  la  guerre,  que  l’on'  envoyoit  conduire  des 
armées  contre  les  barbares. 


454  DOM 

Dans  les  tribunaux  de  juftice,  les  domejlîqaes 
étoient  les  minirtres  & les  affefleurs  des  juges  , 
tels  que  ceux  qu^on  appelloit  alors  chanceliers , 
les  greffiers  , Sic. 

DOMICIUS.  On  invoquoit  ce  dieu  dans  le 
temps  des  noces  , pour  que  la  femme  demeurât 
affiduement  dans  la  maifon  de  fon  mari,  & qu’elle  . 
y vécut  en  paix  avec  lui. 

DOMW^Cu's-  }■  appelleeDo- 

miduca , parce  qu’elle  préfidoit  aux  noces  3 & à 
l’entrée  de  la  femme  dans  la  maifon  du  mari.  Saint 
Auguftin  ( de  civit,  1.  VI.  c.  g.  ) parie  d’un  dieu 
Domiducus  à qui  il  attribue  les  mêmes  préro- 
gatives. 

DOMINA.  Voyei  Domiîtus. 

DOMINICA  , femme  de  Valens. 

Albia  Domjnica  Augusta. 

Ses  médailles  ne  fe  voient  que  dans  l’ouvrage 
de  Goltzius. 

DOMINICALES  (lettres)  Voyei  Goncur- 

RENS. 

DO  MINUS,  f ' ^ 

DOMNUS.  y jg  fâche  perfonne,  dit  le 
DOMINA.  i ^j.g  Jobert  jqui  ait  ofe  pren- 
DOMNA.  j j^g  |g 

titre  de  Dominas  avant 
Æmilien  , dont  Goltzius  cite  une  médaille D.  N.  C. 
Domino  nofira  C&fari  Æmiliano  fortiffimo  principi. 
Mais  comme  il  eft  vrai , ainfi  que  le  prétendoit 
Morel , que  cette  médaille  eft  fauffe  3 & que  c’ell 
un  Maximien  déguifé  en  Æmilien  , il  faut  rap- 
porter le  premier  ufage  de  ce  titre  à Aurélien, 
à qui  l’on  a frappé  une  médaille  , Deo  & Do- 
mino nato  Aureiiano. 

Caligula  avoir  tenté  de  prendre  cette  qualité 
Domitien  fit  un  nouvel  effort  pour  fe  la  faire 
donner  ; les  provinces  l’accordèrent  à Septime 
Sévère  & à fes  enfans,  comme  il  paroîr  fur 
une  médaille  d’Antioche  de  Pifîdie  : viBoria, 
D D.  N N. 

Les  Philippes  eurent  auffi  ce  même  titre  ; mais 
jamais  les  romains  ne  le  foufifrirent  avant  le  temps 
d’Aurélien. 

Depuis  le  temps  d’Aurélien  , on  ne  trouve  plus 
le  titre  de  Dominas  juCqa^ à la  médaille  de  Carus, 
Deo  & Domino  Caro.  Dans  la  fuite  , cette  qualité 
eft  devenue  commune  à tous  les  empereurs  , juf- 
qu’à  la  fin  de  l’empire  ; alors  les  empereurs  d’O- 
rient  prirent  le  nom  de  roi  des  romains,  BAclAEïc 


DOM 

Spon  , dans  fes. recherches  curieufes  d’antiqnné, 
( dilfertation  douzième  j s’exprime  ainfi  fur  l’o- 
rigine du  mot  domna  : « La  penfée  d’Oppien  , 
” qui  a cru  que  ce  mot  de  Domna  étoit  une  fyncope 
“ de  celui  de  Domina  , n’eft  pas  fon  jufte;  un 
» auteur  moderne  a pourtant  fait  la  même  faute  , 

& a crû  que  toutes  les  mères  d’empereurs  étoiém 
=5  appellées  domna  ou  domina  ^ ce  qui  eft  oppofé 
” aux  monumens  anciens  que  nous  en  avons.... 
” Le  nom  de  Domna  eft  particulier  à Juîia,  femme 
” de  Sévère  j & quand  celui  de  Pia  eft  ajouté , 
” celui  de  Domna  n’y  eft  pas  ....  Cette  impé- 
=3  ratrice  etoit  fyrienne  j & le  furnom  de  Domna 
” étoit  commun  dans  la  Syrie  Le  titre_  de 
Domna  , qu’on  donne  à Julie,  femme  de  Septime 
Sévère,  « étoit,  dit  M.  Bayle,  un  furnom  de  fa- 
» mille; Trittan  le  prouve  très-doéfement , &c.  » 
( Dîéfionnaire  de  Bayle,  article  Julie  , femme  de 
Septime  Sévère. 

Domjuvs  faciionum  , chef  d’une  des  quatre 
faéfions  du  cirque.  Suétone  dans  la  vie  de  Néron 
( c.  y 72.  6.  ) (^uArentibus  dominis  faciionum . Une 
infcription  citée  par  Panvini  ( de  lad.  cire.  i.  n.  ) 
M.  Aurelio.  libero.  patri.  et  magistro, 

ET  SOCIO.  DOMINO,  et  AGIT ATORI  FACTIONIS 

PRAXINÆ 

DOMIT IA,  hmilkïomzïnCf  dont  on  a dss 
médailles. 

C.  en  argent. 

R.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Les  furnoms  de  cette  famille  font  AHENOÊi 
ARBUS,  CALVINUS. 

Goltzius  en  a publié  quelques  médailles  ,12? 
connues  depuis  lui. 

Domitia  , époufe  de  Domitien. 

D OMITIA  AuGUSTA, 

Ses  médailles  font  : 

RRR.  en  or;  quelques  revers  font  plus  raie^ 

RR.  en  argent.  ■ 

RRR.  en  médaillons  d’argent. 

RRRR..en  G.  B.  de  coin  romain. 

RRR.  en  M.  B. 

On  n’en  connoîr  point  de  colonies. 

RR.  en  M.  B.  grec  , avec  fa  têre^  au  revers dô 
celle  de  Domitien,  ou  avec  les  mêmes  tetes  ea 
regards. 

RR.  en  médailles  de  M.  & P.  B.  frappes®  dans 
la  Grèce  avec  fa  têts  feule. 


D O M 

DOMITIEN  J fHs  de  V efpafien. 
Do-mitiasvs  Augustus  GbkmaSicus, 

Ses  médailles  font  : 

RRRR.  en  me'daillons  d’or  j il  y en  a une  dans 
le  cabinet  du  roi. 

C.  en  or. 

RRR.  au  revers  de  Domina. 

RRRR.  en  or , grec , avec  la  tête  de  Rhef- 
cuporide. 

_C.  en  argent , & RRR.  avec  la  tête  de  Do- 
mina. 

Il  y a d’autres  revers  rares. 

R.  en  médailles  grecques  d’argent. 

RR.  en  médaillons  latins  & grecs  d’argent. 

C.  en  G.  B.  de  coin  romain  j il  y a quelques 
revers  R. 

C.  en  M.  B.  Sc  RR.  au  revers  de  Vefpafien. 
C.  en  P.  B. 

RRR,  en  G.  B.  de  Colonies. 


C.  en  M.  & P.  B.  excepte's  des  revers  diftingués. 
RR.  en  G.  B.  grec. 

C.  en  M.  & P.  B. 


RR.  en  P.  B.  grec , avec  fa  tête  & celle  de 
Julie. 


R.  en  G.  B. 

Ç.  en  M.  & P.  B. 


} 


d’Egypte. 


« Des  ouvrages  de  l’art,  du  temps  de  cet  em- 
pereur , les  plus  beaux  feroient  fans  doute  les  fa- 
meux trophées  de  marbre , appelles  communément 
les  trophées  de  Marius  , fi  l’on  ne  vouloir  pas 
rejetter  la  Validité  d-’une  înfeription  qui  fe  trou- 
voit  au  deflbus  , avant  qu’ils  euffent  été-enlevés 
de  l’endroit  où  ils  étoient,  pour  être  tranfportés 
dans  le  capitole.  (Gruter.  infer.  p.iozx.n°.  i . Fabret. 
column.traj.  p,  io8.  ) Cette infcription  , ditWinc- 
kelmann  ( hifi.  de  Vart^  Hv.  6.  ch.  6.) , indiquoit 
qu’un  affranchi , dont  le  nom  prefque  effacé  étoit 
difficile  à déchiffrer , avoit  fait  élever  ce  monu- 
ment à Domitien  ^ qui  fe  tira  cependant  affez  mal 
de  cette  guerre  , dans  laquelle  ces  mêmes  Daces, 
fous  la  conduite  de  Décéballe  leur  roi,  rem- 
portèrent plufieurs  viâoires  fur  fes  généraux  ; 
malgré  cela  , Domitien  ne  laiffa  pas  de  s’en  glo- 
rifier , & de  vouloir  qu’on  lui  décernât  le  triomphe. 
Xiphilin  nous  apprend,  d’après  Dion  Caffius, 
qu’on  lui  érigea  tant  de  monumens,  que  le  monde 
fe  trouva  rempli  de  fes  ftatues  & de  fes  bulles, 
en  qr  & en  argent.  ( Domit.  p.  217.  ) Il  efl 
vrai  que  certains  auteurs  ont  cru  que  ces  tro- 


D  O M 


45  > 


phées  avoient  été  élevés  à l’honneur  d’Augulle  : 
ils  ont  prétendu  en  tirer  la  preuve  du  lieu  même 
où  iis  étoient  placés.  C'étoit  un  château-d'eau 
des  aqueducs  juliens  , conftruit  par  Agrippa,  c’ell- 
à-dire,  un  réfervoir  , d’où  l’eau  étoit  diftnbuée 
dps  les  différens  endroits  de  la  ville.  On  fait 
d ailleurs  qu’Agrippa  aimoit  à décorer  d’ouvrages 
de  1 art  les  édifices  de  cette  nature  , qu’il  élevoic 
a Rome  (P/A.  l.  36.  c.  24.  §.  9.  ).  Mais  en  fup- 
pofant  que  ces  aqueducs  aient  été  réparés  par 
Domitien  ^ conjeéture  qui  n’ell  pas  détruite  par 
le  lüence  de  frontin  , la  vraifembiance,  en 
faveur  de  mon  opinion  , devient  plus  grande,  lorf- 
que  je  donne  ces  trophées  pour  des  ouvrages  de 
cet  empereur  : je  m’y  trouve  confirmé  par  la 
comparaifon  que  j’ai  faite  de  ces  trophées  avec 
d’autres  morceaux  du  même  genre , découverts 
à la  villa  Barberini  de  Caftel-Gandolfo  , & in- 
crullés  dans  le  mur  , c’eft-à-dire , dans  l’endroit 
où  fe  trouvoit  la  fameufe  maifon  de  campagne 
de  Domitien , & par  la  relfemblance  parfaite  du 
travail  & du  llyle  de  ces  différens  ouvrages  ». 


« Les  ftatues  & les  buftes  de  Domitien  font 
très-rares , parce  que  le  fénac , qui  voulut  flétrir 
la  mémoire  de  ce  méchant  prince , fit  détruire 
ces  images.  Auffi  ne  connoiflbit-on  jufqu’ici  à 
Rome,  comme  portrait  de  cet  empereur,  qu’une 
belle  tête , qui  fe  voit  au  cabinet  du  capitole  , 
& une  ftatue  du  palais  Giuftiniani.  Mais  ceux-là 
fe  trompent , qui  citent  cette  ftatue  comme  étant 
celle  que  Domitia  fon  époufe  ( au  rapport  de 
Procope  ) lui  fit  ériger  après  fa  mort  par  la  per- 
milfion  du  fénat,  qui  avoit  fait  renverfer  toutes 
■ fes  autres  images  : car  cette  ftatue  étoit  de  bronze , 
& fe  voyoit  encore  du  temps  de  cet  hiftorien  , 
tandis  que  celle  qui  nous  eft  parvenue  ell  de 
marbre.  D’ailleurs  il  eft  faux , ainfi  que  l’ont 
avancé  plufieurs  auteurs  , que  cette  ftatue  n’ait 
rien  fouftert.  Elle  a été  brifée  au-deftous  de  la 
poitrine  , & les  bras  font  modernes  ; i!  eft  même 
douteux  que  la  tête  appartienne  à la  ftatue.  J’ai 
dit  qu’on  ne  connoilToit,  comme  portrait  de 
Domitien , que  cette  feule  ftatue , qui  eft  cui- 
raflTée,  parce  qu’on  n’a  pas  remarqué  une  ftatue- 
fans  draperie  & héroique  de  ce  prince  dans  la 
villa  Aldobrandini  ». 


« Au  printemps  de  1758 , on  trouva  une  ftatue 
héroïque , qui  repréfentoit  inconteftablement 
Domitien , dans  un  endroit  nommé  aUe  colonne  , 
entre  Frefcati  & Paleûrine.  Ce  fut  là  qu’au  fiècle 
paffé  on  découvrit  des  inferiptions  , qui  ap- 
prenoient  qu’un  affranchi  de  cet  empereur  y 
avoit  une  maifon  de  campagne.  Le^  tronc  , juf- 
qu’aux  genoux , fans  extrémités , à l’exception 
d’une  main  qui  s’ eft  confervée  fur  les  hanches  , 
fut  trouvé  fous  terre , à peu--  de  profondeur  & 
fort  endommagé.  On  voyoit  des  marques  évidentes 
de  violences  exercées  contre  ce  monument , des 
coups  portés  en  tout  fens,  d’où  il  réfuice  que 
^ I i 1 JJ 


43<^  D O 

dans  ia  fiireut  contre  Dominer  on  avoit  auffi 
renverfé  & brifé  cette  ftame.  La  tête,  détachée 
fut  trouvée  beaucoup  plus  avant  fous  terre  , & 
par  cela  même  beaucoup  mieux  confervée.  Cette 
liatue  , que  le  cardinal  Alexandre  Albani  a fait 
reftaurer  J fe  voit  aujourd'hui  avec  plufieurs  autres 
flatues  impériales  ^ fous  le  grand  portique  de  fa 
inaifon  de  campagne 

DOMITILLE  ( Flavîe  ) femme  de  Vefpafien. 

Diva  Domitilla  Augusta. 

Les  médailles  font  : < 

RRRR.  en  or.  » 

RRR.  en  argent. 

Unique  en  médaillon  d’argent  fourré  & latin, 
dans  un  cabinet  de  Paris. 

R.  en  G.  B.  fa  tête  n’y  efl  pas. 

RRR.  en  P.  B.  grec  d’Égypte. 

, DO  MJ  T lus  DOMITIANUS  , tyran  en 
Égypte  fous  Dioclétien. 

L.  Domitivs  Doaîitianus  Augustus. 

Ses  médailles  font  : 

O.  en  or  5 on  n’eft  pas  afluré  d’en  avoir  en 
argent. 

R.R  en  M.  B.  latin. 

RRRR-  en  petits  médaillons,  ou  M.  B.  d’E- 
gypte. 

Le  P.  Banduri  en  rapporte  une  médaille  d’ar- 
gent ; mais  elle  n’eft  pas  certaine. 

DOMNA  ( Julia  ).  Fbyfç  JuilA. 

DOMUS.  Voye^  Maison. 

DON  AT  A ^ époufe  de  Poftume. 


DON 

JüZlA  Doîtata  AügustaI 

Ses  médailles , telles  qu’on, les  rapporte , fontî 

RRRR.  en  or  ; elles  repréfentent  d’un  côté 
la  tête  de  Julia  Donata  , & au  revers  les  têtes 
des  deux  Poftumes  en  regards , avec  la  légende  : 
SALUS  PRCVINCIARUM. 


On  ne  connoît  point  de  véritables  médailles 
de  cette  princefle  , quoique  Banduri  en  ait  parlé» 

DONATÎVUM.  \ t , -r  ' • 1 J 

DONATIF  ( donatif  etoit  le  don 

qu’on  faifoit  aux  troupes  à l’armée , comme  le 
congiaire  étoit  celui  qu’on  faifoit  au  peuple.  Sau-, 
maife,  dans  fes  notes  fur  l’endroit  où  Lampri- 
diûs  ( vie  d’Elagabale  ) dit  qu’Elagabale  fit  un 
donatif  de  trois  pièces  d’or  par  tête  , c’eft  à 
dire , à chaque  foldat , remarque  que  c’étcit  la 
fomme  ordinaire  & légitime  du  donatif.  Cafaubon 
C dans  fes  notes  fur  la  vie  de  Pertinax  par  Ca- 
pitolin ) raconte  que  Pertinax  promit  jufqu’à. 
trois  mille  deniers  en  donatif  à chaque  foldat  ; 
c’eft  à peu  près  deux  mille  cinq  cents  livres  de 
notre  monnoie.  Le  même  auteur  écrit  que  le 
donatif  légitime  montoit  jufqu’à  vingt  mille  de- 
niers j qu’on  n’avoit  guère  coutume  d’en  donner 
moins , fur  tout  aux  foldats  prétoriens  5 que  les 
centurions  avoient  le  double,  & que  les  tribuns 
& les  commandans  avoient  deux  fois  autant. 
Capitolin  ( dans. la  vie  d’Antonin  Pie  , ) parle  en 
effet  d’un  donatif  ée  vingt  mille  deniers,  promis 
à chaque  foldat  du  camp  prétorien.  ( Notes  de 
Cafaubon  fur  cet  auteur  & fur  Suétone  dans 
Jules  f 

DONS  militaires  ( dona  militaria.  ) 

Voici  une  épitaphe  confervée  à Rome,  dans 
la  maifon  de  Carlo  Giorgi  , & trouvé  près  de 
Nettuno. 


....  R.  EQVIT.  ROM.  . 7 t . . 7 . . . . . . . XVIR 

. . . . LITIB.  IVDIC.  QVAES,.  . . R.  PROVINCIAE 

. . . . RETAE.  ET.  CYRENAR MP.  VESPASIANÎ 

....  AECARIS.  AVG.  LEG.  X.  PRETENS  ....  BONIS.  MILIT ARIBVS. 

7 . . . E.  iMP.  Vespasiano.  Caesar T.  Caisare.  Avg.  F. 

7 . . ELLO.  IVBAÏCO.  CORONA.  MVRALI  VAILARI.AVREA.  HASTIS.  PVRIE. 

. EXILLIS.  BVOByS.TR.  PL.PR.  LEG.PROVINC.  PON7I.  Et.  BlTHYNIAEi 

S.-.AECINIA.  A.  F.  LARGA  VXOR.  ET 
V • - . RCIA.  A.  F.  PRISCILLA.  FILIA.  FECERVNT. 


D O R 

Eüe  fait  rénumération  de  prefque  tous  ks 
dons  militaires  que  les  généraux  donnoient  pour 
récompenfe  aux  foldats  qui  sk'toient  diftingués 
par  queîqukndroit.  Pour  les  connoître  rous^  il 
faut  joindre  à ceux-ci  les  colliers  ^ torques  , les 
anneaux  que  l’on  portoit  au  bras,  armilitt;  les 
pkalersL ^ & enfin  la  double  ou  triple  paie. 

Lorfqu’un  général  triomphoit , il  les  diftribuoit 
à fes  troupes  dans  le  cirque  de  Flaminius. 

Qn  les  portoit  attachées  à des  piques  devant 
le  cadavre  du  mort  dans  les  funérailles. 

DORA  , ville  de  Phœnicie.  AiiPiESiN  & Aîîpa 

& AQPEITON  & AÛFITEîTfîN. 

Ses  médailles  autonomes  font  : 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques , avec  fon  époque  , en  l’honneur 
de  Vefpafien,  de  Trajan,  d’Hadrien. 

DORCADE.  La  chèvre  fauvage  , ou  la  gazelle  j 
appellée  Dorcade , étoit.  révérée  à Coptos. 

On  montroit  des  dorcades  dans  les  jeux  à 
Rome  3 & les  fpectateurs  fecouant  tous  à la  fois 
leurs  toges , s’amufoient  à les  effrayer  & à les 
faire  courir  de  tout  côté.  Martial  fait  mention 
de  cet  araufement  puéril  en  parlant  d’une  Dor- 
cade  , dont  on  devoit  faire  préfent  à un  enfant 
pour  l’amufer.  (4  13.  98  ). 

Delîc'ium  parvo  donahis  âorcada  nato  : 

Jactatis  filet  kanc  mittere  turka  togis. 

DORER.  Voyei  Dorure. 

DORIEN.  On  attribue  l’invention  du  mode 
dorien  à Thamiris  de  Thrace,  qui  ayant  eu  le 
malheur  de  défier  les  mufes  & d’être  vaincu, 
ftit  privé  par  elles  de  la  lyre  & des  yeux.  Pollux 
( Onomaft.  l.  IV.ck.  10)  dit  que  l’harmonie  do- 
rienne  eft  au  nombre  de  celles  dont  fe  fervent 
les  joueurs  de  flûtes.  Probablement  harmonie  li- 
gnifie ici  autant  que  mode.  Voye-;^  Mode.  Peut- 
être  encore  que  Pollux  entend  ici  par  harmonie 
autant  que  genre  ; ce  qui  peut  donner  du  poids  à 
cette  conjeâure  , c’efl  que  d^ns  la  même  phrafe 
îi  parle  d’une  harmonie  jmthonique  ; qu’Ariftide 
Quintilien  parle  de  fix  genres  ancien? , parmi  ief- 
quels  fe  trouvent  le.  dorien , le  phrygien , le  ionien  , 
éc  le  lydien  , qui  font  aufli  dans  Pollux  , & qu’il 
c’y  a pas  eût  de  mode  Jinthonique  , au  lieu  qu’il 
J avoir  un  genre  Jinthonique, 


D O R 


437 


Le  mode  dorien  étoit  un  des  plus  anciens  m.odes 
de  la  Muiique  des  grecs  , & c’étoit  le  plus  grave 
ou  le  plus  bas  de  ceux  qu’on  a depuis  appelles 
authentiques  : on  pourroit  repréfenter  fa  fonda- 
mentale par  notre  C — fol — ut. 


Le  caractère  de  ce  mode  étoit  férieux  & grave  , 
mais  d une  gravité  tempérée  , ce  qui  le  rendoi* 
propre  pour  la  guerre  & pour  les  fujets  de  re- 
ligion. 


^Platon  regarde  la  majeflédu  mode  AbrzVn  comme 
tres-propre  à conferver  les  bonnes  moeurs , âc 
o efl  pour  cela^qu’il  en  permet  l’ufage  dans  fa 
république.  Il  s’appeîloit  dorien , parce  que  c’eft 
chez  les  peuples  de  ce  nom  qu’il  avoir  d’abord 
été  en  ufage.  * ■ 

DORIPE  , femme  d’Anius.  Voye^  Akius. 

DORIS  , fille  de  l’Océan  & de  Thétis,  époufa 
fon_  frère  îSïérée,  & fut  mère  <fe  cinquante  Né- 
réides. C’ell  une  des  divinités  de  la  mer.  Koyei 
Nérée. 

Doris  eft  aufli  une  des  cinquante  Néréides. 


DORMIT.  1 ^ J 

DORJrIITÎO  i delignent  des 

épitaphes  de  chrétiens , qui  les  emplcsyoienr  .à 
la  place  de  monuus  & de  mors.  En  voici  quelques 
exenapies  tirés  du  recueil  de  Fabretti  (p,  552.  ) 


V I c T O R A 
Q U A E VI 
XIT  ANNOS 
XVIII.  ET  M. 
VIII  I.  DEP.  die 
IDVS.  OCX.  DOR 
MIT.  IN  FACE. 


D O R 


43^ 

DORON. 

AI2PON. 


^ Voye^  Palesth. 


Ce  mot  AQPON  , gravé  fur  une  médaille  de 
Chio,  défigne  h monnoie  d’argent  qui  avoit 
cours  dans  l’ifle  de  Chio,  de  même  que  les 
mots  fuivans  y accapia  Aïo  ^ accApia  tfia  , 
OBOAOc , &c.  qu’on  trouve  fur  des  médailles 
de  cette  même  iüe , défignent  fes  autres  mon- 


noies. 


DORSANES.  C’efl:  le  nom  que  les  indiens 
donnoient  autrefois  à Hercule.  ( Hefyckius.  ) Sca- 
liger^  & après  lui  Seiden,  ( de  dns  fyr.  fynt. 
c.  6- p.  187.)  doutent  fi  le  nom  Defanms  , ou 
félon  d’autres  J Dofanaus  , que  S.  Jérôme  j dans 
la  chronique  d’Eufèbe,  donne  à l’Hercule  des 
Phéniciens , ne  feroit  point  Dorfanes , parce  que 
Dorfanaus  & Dorfanes  approchent  alTez.  Quoi 
qu’il  en  foit  de  ce  point , Selden  ne  paroît  pas 
douter  que  le  Dorfanes  des  Indes  ne  foit  le  même 
que  le  Sandes  dés  Perfes , qui , félon  Bérofe  & 
d'autres,  f dans  Agathias  ) étoit  l’Hercule  de  ces 
peuples  , qui  fouvcnt  font  compris  fous  le  nom 
d’indiens. 

Quoiqu’il  foit  difficile  de  donner  l’étymologie 
d’un  ancien  mot  indien,  Voflius  ( de  zdo/o/.  1,1. 
c.  zi.  ) croit  néanmoins  que  celui-ci  peut  venir 
du  chaldéen , dares  ^ qui  veut  dire  fouler  aux  pieds. 
Une  des  principales  louanges  d’Hercule  étoit 
d’abattre  les  tyrans  & de  les  fouler  aux  pieds.  . 


DORSO  y furnom  de  Fabius. 


DORSUALIA y couvertures  de  peaux  d’ani- 
maux, ou  de  draps  que  l’on  mettoit  fur  le  dos 
des  chevaux  & des  bœufs,  foit  pour  tenir  lieu 
de  felles,  foit  pour  les  parer.  ( Treb.  Poil.  Gal- 
lien.  c.  8.)  Procejferunt  etiam  altrinfecus  centeni 
albi  boves , cornihus  aura  jugatis  y Ht  dprfualibus 
fericis  difcùlorihus  pr&fUlgmUs. 

DORURE.  Les  anciens  ont  pratiqué  toutes 
les  efpèces  de  dorure  Rétamage , de  doublage  en 
or,  argent , plomb  & cuivre  ( voyep^  ces  différens 
articles),  que  nous  connoiffons  aujourd’hui; je 
le  prouverai  en  détail  dans  ce  diélionnaire  , qui 
efi:  le  plus  vafie  monument  élevé  à leur  gloire. 

N.  B.  Il  faut  appliquer  à V argenture  ce  qui  va 
être  dit  ici  de  la  dorure , & ne  pas  confondre  le 
doublage  avec  la  dorure. 

Dorure  égyptienne. 

Le  comte  de  Caylus , ( rec.  I.  p.  ij.  ) décri- 
vant un  Ofiris  de  bronze  , de  treize  pouces  de 
hauteur , fait  remarquer  une  des  plus  grandes 
fîngularités  de  cette  figure  , & à laquelle  elle 
doit  fa  confervation  parfaite.  Pour  l’empêcher 
d’étre  altérée  par  le  temps , l’ouvrier  avoit  pris 


D O R 

la  précaution  d’enduire  le  bronze  de  tous  côtés 
d’une  couche  de  plâtre,  épaiffe  d’environ  une 
ligne,  qu’il  avoit  enfuite  dorée  , comme  on  a 
coutume  de  dorer  aujourd’hui  fur  cette  matière. 
La  précaution  de  garantir  ainfi  le  bronze  eft  1111* 
nouvelle  preuve  des  foins  que  les  égyptiens  fe 
donnoient  pour  faire  paffer  à la  polléritê  les 
plus  petits  ouvrages  qui  fortoient  de  leurs  mains. 
On  comprend  aifément  qu’il  a été  néceffaire  d’in- 
troduire quelques  corps,  pour  rendre  la  liaifon 
de  cet  enduit  plus  ferme  & plus  folide  , ûir  une 
matière  liiïe  comme  le  bronze,  & fans  tenue  en 
beaucoup  d’endroits  ; on  s’eft  fervi  pour  cet 
effet,  de  paille  de  riz,  & elle  eft  très-facile  à 
reconnoîrre. 

On  voit  dans  la  colleéfîon  d’antiques  de  Sainte 
Genevieve , un  fphinx  égyptien  , de  bois  de  cy- 
près , qui  conferve  plufieurs  traces  de  fon  an- 
cienne dorure. 

La  dorure  eft  encore  vifible  daris  plufieurs  en- 
droits des  ruines  de  Perfépolis.  ( Greave , defc, 
des  antiq.  de  Perfép.p.  23.  ) 

« Pline,  ditM.  dePaW,  C recherches  fur  les  égypt, 
tom.  l.p.  ZI 9.)  attribue  aux  égyptiens  une  manière 
particulière  de  peindre  fur  l’argent  ; & fi  l’on  pre- 
noit  fes  expreffions  à la  rigueur,  ilferoit  forrdiffi- 
cile  de  les  bien  développer.  Audi  a-t-on_  cru  qu’il 
s’agiffoit  d’une  efpèce  d’émail , ou  bien  d’une 
efpèce  de  vernis  qu’on  répandoit  fur  les  vafes 
de  ce  métal , à peu  près  comme  cette  pâte  noi- 
râtre , dont  eft  enduite  la  table  iuaque , où  on 
a enfuite  incrufté  des  lames  d’argent  fur  un  fond 
de  cuivre.  Mais  la  table  ifiaque  eft  un  ouvrage 
exécuté  en  Italie  , & qui  n’eft  égyptien  que  par 
le  fujet  qu’il  renferme  «. 

« On  peut  être  certain  , que  la  prétendue 

peinture,  dont  Pline  a voulu  parler,  (Æv.  53.  c.  9.) 
n’a  jamais  été  qu’une  dorure  faite  au  feu.  C’eft 
ainfi  qu’on  repréientoit  fur  de  grands  plats  d’ar- 
gent la  figure  d’Anubis  , dont  la  face  devoit  tou- 
jours^ être  de  couleur  d’or  ou  en  vermeil.  Et  c’eft 
là  un  fait  dont  il  n’eft  plus  polfible  de  douter  ». 

cc  Comme  les  loix , qui  concernoient  le  fyÛème 
diététique , dont  j’ai  tant  parlé  dans  _ cet  ou- 
vrage , obligeoient  les  égyptiens  de  purifier  très- 
fouvent  & très-fcrupuleufement  les  vafes,  qui 
fervoient  au  boire  & au  manger,  ils  avoientrai- 
fon  de  n’y  pas  employer  la  cifelure  , comme  les 
grecs  & les  romains  ; mais  feulement  cette  forte 
de  dorure  dont  il  s’agit  ici , & qui  eft  infiniment 
plus  propre  en  ce  qu’elle  ne  fauroit  receler  au- 
cune feuillure  ainfi  que  les  ouvrages  cifeiés.  Et 
voilà  pourquoi  Pline  ajoute  ces  termes  pofitifs: 
pingitque  Ægyptus  , non  cœlat  argentum  ». 

ce  Le  comte  de  Caylus  {rec.  d’antiqu.  tôm.L  p- 
iç)z.  ) décrivant  un  fragment  d’émail , qui  eft  “n 
échantillon  de  la  magnificence  des-ronjains  dans  1 


D O R 

teneur  de  leurs  maifonSj  Faccompagne  .des  ré- 
flexions fuivantes  , qui  appartiennent  direélement 
aux  dorures  égyptiennes.  La  couleur  en  eil  d’un 
bleu  clair  , extrêmement  beau  , & fon  epaif- 
feur  eft  d’environ  fept  lignes  i fa  plus  grande  hau- 
teur eft  de  quatre  pouces  deux  lignes , & fa  plus 
grande  largeur  de  trois  pouces  quatre  lignes  ; il 
faifoit  partie  d’une  incruftation  dont  les  murailles 
croient  revêtues.  Ces  fortes  d’incruftations  étbient 
fouvent  enrichies  d’ornemens  dorés , pareils  à ceux 
que  nous  voyons  fur  ce  morceau.  La  figure^  eft 
drapée  ^ & le  goût  du  deflein  fait  juger  que  Fou- 
vrage  eft  romain.  Elle  repréfente  une  viéfoire,  les 
ailes  déployées^  & tenant  avec  les  mainsune  efpèce 
de  banderolle.  C’eft  ainlî  qu’elle  paroît  fur  pîufieurs 
médailles  du  temps  de  Septime  Sévère  : elle  a 
trois  pouces  trois  lignes-  de  hauteur,  & la  tête 
en  eft  prefqu’effacée.  Cet  ouvrage  devoir  produire 
un  effet  magnifique.  Le  bleu  turquin  de  l’émail 
& les  ornemens  dorés , ont  encore  aujourd’hui 
de  l’éclat  j ■ mais  ce  n’eft  qu’une  foibîe  image  de 
celui  dont  ils  ont  dû  briller  dans  le  temps  qu’ils 
n’avoient  effuyé  aucun  accident.  Ce  qui  mérite 
encore  notre  attention  , c’eft  que  For  a été  mis 
en  feuille  , & a tenu  fur  la  furface  polie  de  l’é- 
mail, par  le  moyen  d’un  mordant,  qui  m’a  déjà 
•étonné  pîufieurs  fois.  Il  n’eft  pas  douteux  que 
la  pratique  de  dorer  ainfi  à froid  ne  foit  très- 
ancienne  : on  la  trouve  exécutée  en  Egypte.  Outre 
les  auteurs  qui  en  parlent , & que  j’ai  cités  dans 
un  mémoire  lu  à l’académie  des  belles- lettres, 
-on  peut  voir  ce  que  le  P.  Sicard  dit  de  l’éclat 
& de  la  confervation  de  ces  dorures  , mêlées  avec 
des  couleurs  rouges  & bleues.  ( 
xom.  II.  & KlI.  ) 

««  On  verra  ici  fans  doute  avec  pîaiftr  l’expli- 
cation de  cette  pratique  des  anciens.  J’en  fuis  re- 
devable aux  expériences  & à Famitié  de  M.  Rouelle 
Faîne , de  l'académie  des  fciences.  La  fimphcité 
de  cette  opération  , que  l’on  a tant  admirée  fans 
la  connoître , nous  avertit  de  fufpendre  notre 
jugement  fur  les  chofes  que  nous  n’avons  pas 
examinées  avec  affez  d’attention.  Les  mordans 
font  des  efpèces  de  vernis  , de  gomme , de  ré- 
tines , qui  n’étant  pas  encore  fecs , ont  |a  pro- 
priété de  happer  les  corps  légers  qu’on  leur  pré- 
fente.  Les  huiles  graffes  qui  fe  deffèchent^  à l’air , 
les  refînes  liquides,  & celles  qui  ont  befoin  d’être 
■«TifToures  pour  obéir  au  pinceau,  font  les  matières 
qui  peuvent  compofer  les  mordans.  On  couvre 
légèrement  & également  Fefpace  de  quelques 
corps  folid-ss  que  ce  foit , quand  on  le  veut  dorer 
ou  colorier.  Lès  anciens  connoiftbient  pîufieurs 
efpèces  de  thérébencine , demaftic , enfin  la  gomme 
de  varni , ou  le  fandarak  , & grand  nombre  de 
réfînes.  Tout  cela  pouvoit  leur  fervirde  mordant,  & 
les  mettoit  en  état  d’en  varier  les  combinaifons  5 
mais  les  matières  les  plus  communes  fe  trouvoient 
fuâSfantes  pour  cette  opérationt  Ce  n’eft  point  au 


D O R 45P 

mordant  que  Fon  doit  la  durée  des  couleurs  , 
c eft  aux  matières  de  ces  mêmes  couleurs , qui  étant 
une  fois  appliquées  & établies , n’ont  pu  fe 
détruire,  puifqu’elles  font  d’une  nature  à n’êtra 
pénétrées  ni  par  l’air , ni  par  l’humidité  ». 

, hleu  & le  rouge  font , comme  js 

1 ai  déjà  dit , les  corps  qui  fe  font  confervés  en 
Egypte  durant  tant  de  fiècles  : voyons  par  quelle 
raifon.  Rien  n’eft  capable  de  détruire  For , fur- 
tout  quand  la  feuille  a été  employée  avec  une 
certaine  épaiffeur } on  a pu  d’ailleurs  répandre 
ces  feuilles  d’or  pulvérifées  fur  le  mordant  li- 
quide, ou  bien  avec  un  pinceau  imbibe  de  ce 
même  mordant  ; & For  aura  tenu , fi  toute  la 
furface  a été  exaélement  couverte  mais  l’or 
employé  de  cette  dernière  façon,  eft  beaucoup 
moins  brillant.  Le  bleu  a la  même  folidité  que 
For  5 c’eft  une  matière  vitrefcible  naturelle  , c’eft 
l’outremer  ». 

Le  rouge'eft  fait  avec  le  cinnabre  ou  le  minium 
des  anciens.  Cette  matière,  foit  minérale,  foit 
faélice,  eft  une  combinaifon  du  fouffre  & du 
mercure  : elle  eft  des  plus  durables  ». 

« La  nature  de  ces  couleurs  les  a donc  mifes 
en  état  de  réfifter  aux  injures  du  temps  , fur-tout 
dans  des  pays  auffi  chauds  que  la  haute  Egypte  , 
& dans  l’intérieur  de  quelques  maifons  de  la  vilie 
de  Rome.  L’une  & l’autre  Ctuation  avoir  les  mêmes 
degrés  de  féchereffe  , ce  que  nous  apprenons  des 
voyageurs  , & en  examinant  des  monumens  tels 
que  celui-ci  , refte  du  luxe  & de  la  fomptuofité 
des  romains  «. 

Dorure  grecque  & romaine. 

On  dorait  anciennement  , comme  on  k fait 
encore  de  nos  jours , les  figures  & les  panneaux 
des  plafonds  & des  voûtes  5 & l’or  d’une  voûte 
écroulée  du  palais  des  empereurs  à Rome , s eft 
confervé , malgré  l’humidité  du  lieu,  auffi  frais 
que  s’il  ne  venoit  que  d’être  employé.  II  faut 
en  chercher  la  caufe  dans  Fépaiffeur  de  l'or  battu. 
des  anciens  ; car , pour  la  dorure  au  feu  , leur  or 
étoit  en  épaiffeur  aux  feuilles  qu’on  emploie  au- 
jourd’hui pour  cet  ùfage  , comme  fix  font  à un  3 
&:  pour  les  autres  dorures.^  comme  vingt-deux  à 
un  , ainfi  que  Buonarotti  nous  Fa  prouvé.  _(  OJfer. 
fopra.  ail.  medagl.  p.  ^-o  — IJ^.)  Foy.  ci-deffus 
Dorure  égyptienne. 

Le  comte  de  Cayîus  ( rec.  III.  pag.  joy.  ) c:te 
un  morceau  de  criftal  de  roche  des  romains , gravé 
au  touret , Sc  doré  dans  la  gravure  qui  repréfente 
un  poiffon. 

Pîufieurs  ftatues  de  bronze  furent  dorées  , ainfi 
que  nous  le  voyons  encore,  par  For  qui  s’eft 
confervé  fur  la  ftatue  équeftre  de  Marc-Aurèle  , 
fur  les  débris  des  quatre  chevaux  & du  char , 
placés  au  fronton  du  théâtre  d’herculanum  , .tur- 


4^0  D O R 

tout  à l’Hercuîe  du  capitoIe  & fur  les  quatre 
chevaux  de  Venife.  ( Maffti.ftat.n°.  lo.  ) La  eon- 
fervarion  de  la  dorure  des  ftatues,  qui^  ont  été 
enfévehes  fous  terre  pendant  tant  de  fiècles , ne 
peut  erre  attribuée  qu'à  répaiffeur  des  feuilles 
d'or,  dont  on  peut  encore  déterminer  le  nombre 
& répailTéur  fur  le  cheval  de  Marc-Aurèle. 

On  ne  peut  voir  encore  , fans  admiration  , les 
bandes  de  bleu  célefte , chargées  de  petites  figures 
en  or , qui  exifient  • dans  les  deux  chambres 
fouterraines  du  palais  des  empereurs , far  le  mont 
Palatin  , dans  la  villa  Bcrghefe  , citées  plus 
haut. 

Dorure  du  marhre. 

On  voit  des  traces  de  ce  luxe  ndicuie^  mis 
à la  mode  par  Néron  , fur  Turne  d'une  nymphe;, 
qui  forme  , avec  un  fatyre  , un  des  beaux  grouppes 
du  Mufeum  Pio-CIementin. 

Les  cheveux  & les  draperies  de  quelques  ftatues 
de  rnarhre  , otFrept  encore  des  tr.aces  d'une  dorure 
qui  étoit  très  apparente  , .fur-tout  à la.  Paiias  de 
Portici , lors  de  fa  découverte.  Oh  trouve  des 
têtes ‘qui  ont' été  entièrement  dorées  , telle  eil 
■entr' autres 'celle  de  l'Ap'ollon  du  capitole.  Quel- 
■quefois  ceftea'oreren'eft  pas  couche'e  far  le  plâtre, 
mais  elle  l'eft  immédiatement  fur  le  marbre.  Pour 
l'ordinaire , les  anciens  ne  fe  fervoient  que  de 
blancs  d'œufs  pour  faire  tenir  l’or  fur  le  marbre  : . 
les  modernes  employent  l’ai-l  pour  le  même  objet, 
îis  en  frottent  le- '772i2rire,.enfuite ils  l'enduifent 
d'un  fiuc  très-fin , fur  lequel  ils  Couchent  la 
dorure.  Quelques-uns  fe  fervent  auffi  du  fuc  lai- 
teux de  figues;  oe  fue,  umdes  plus  acres  & des 
plus  îxiordicans  , paroît  fur;,  la  figue  .lorfqu’elle 
commence  à mûrir  & à fe  détachqr  de  fa  tige. 

La  ville  d’Aix  en  Provence  a fourni  un  fingii-  ’ 
Éer  monument  de  la  dorure  antique  furie  j 

on  y a découvert, une infcription  dé  marbre,  qui 
fans  doute  a fervi  à un  tombeau,  elle  firat  par . 
res  njots  : . 

IN  FRONTE  cï-PhYlI  IN  AGROyPcfXIJ. 

C'cft-à-dire  en  face  du  chemin  VH.  pas  ou 
pieds , dans  le  champ  XÎI.  pas  ; les  caraélères 
bifarrés  font  des  .points  tels  qu'on  les  marquoit 
dans  les  deux , trois  & quatrième  fiècles  de  notre 
è-re.  ■ - , : 

^ Cette  ligne  prouve  par  l’indication  desTnefu- 
res  , que  le  rorabeau  ed  antique  &’  rotnain  ; de  ■ 
plus  les  lettres  de  cette  dernière  ligne  font  do- 
îéés.  ( Cayius  6.  p.  )6o,  ) ' 

4 

Dorure  fauPde. 

. ■f  M ■ - 

Les  anciens  ont  connu  la  dorure,  fauffe  , comme 

iç  voit  far  une  caille  de  momie.  ( Caylns,  ree,  /. 


D O U 

pag.  A.Q.)  Les  peintures  do^î  cette  caifTe  a été 
ornée  font  prefque  toutes  effacées,  principalement 
fur  le  devant , où  il  ne  refte  qu'un  peu  de  dorure 
& diq  bleu  fur  une  épaule;  & cette  dorure  na 
été  faite  qu'avec  du  cuivre. 

DORYL.^UM , dans  la  Phrygie.  aopyaaegn' 

Gette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques,  en  l'honneur  de  Marc  - Aurèle , 
de  Trajan,  de  Maximin  , d'Hadrien. 

DORYPHORES.  C’éroit  chez  les  Perfes  un 
corps  de  troupes  qui  efcortoient  le  char  royal , 
lorfque  le  Roi  alloit  à la  guerre.  Les  Doryphores 
ne  recevoient  point  de  paie  comme  les  autres 
foldats  ; mais  iis  étoient  nourris  des  viandes  que 
l’on  fervolt  fur  la  table  du  prince.  Ils  étoient 
vêtus  de  pourpre  ; leurs  cafaques  étoient  brodées 
en  or , uniforme  , & ils  les  recevoient  des  mains 
du  roi. 

Aoçu^opéÿ,  porte-lances.  On  donnoit  auffi  ce  nom 
aux  perfonnages  muets  qui  formoient  la  fuite  des 
héros  & des  rois  fur  la  fcène  grecque  ou  ro- 
maine. 

DOS.  Sur  une  pierre  gravée  du  duc  de  Devons- 
hire,qui  repréfente  l’enlèvement  ànPalladium  ^ la 
ftatue  de  Minerve,  placée  fur  une  colonne  , tourne 
le  dos  à Diomède  , comme  elle  fit  réellement , 
dit  Strabon,  pour  n'être  p-as  témoin  du  facri- 
lège.  C'eft  ainfi  que  la  ftatue  de  Junon  .à  Syba- 
ris  avoir  détourné  la  vue , félon  Athénée , îorf- 
que  les  .fybarires , fecouant  le  joug  de  la  ty-r 
rannie  deThélis,  maffacrèrent  aux  pieds  des  autels 
ceux  qui  avoient  eu  parc  à fon  gouvernernent. 
Le  Pouffin  a employé  une  ficfion  femblable  dans 
un  dgffin  qui  étoit  chez,  le  .cardinal  Albani,  où 
Médée  tue  fes  deux  fils.  Ce  peintre  ingénieux 
V a mis  une  ftatue  de  Minerve , qui  fe  couvre 
le  vifage  avec  fon  bouclier,  pour  ne  pas  voir 
cette  affreufe  cruauté. 

DOSA , en  AlTyrie.  A O t;  E a N. 

M.  Co.mhe  lui  attribue  une  médaille  autonome 
de  bron'ze , avec  la  légende  ci-deffus  & avec 
l’harpé. 

DQSSENUS  , furnom  de  la  famille  Rubria* 

DQTO,  une  des  Néréides  dont  parle  .Virgile 
au  IX.  livre  de  l’énéïde.  Valerius  Flaccus  ( argon, 
l.  1,  V.  154.  ) en  a fait  auffi  mention. 

DOUBLAGE  des  vaifieaux. 

Léon-Baptifte  Alberti,  dans  fon.  traité  d'arcliif 
teéiure  , (/tV.  y.  chap.  iz.)  s’exprime  ainfi  d'a- 
près une  ancienne  traduélion  fjançoife. 

ts  Dans 


D O U 

« Dans  le  tems  que  je  faifois  travailler  près 
<ia  lac  de  Riccia  , ou  découvrit  le  navire  qu'on 
appelle  le  Trajon.  Il  avoir  demeuré  au  fond 
de  ce  lac  plus  de  1300  ans.  En  le  confidérant 
avec  attention  , je  remarquai  que  fes  planches 
de  pm  & de  cyprès  étoient  encore  dans  leur 
entier.  Ce  vailîeau  avoir  le  dehors  tout  bâti  d’ais 
doubles  , enduits  de  poix  réfine  de  Grèce  , 
calfatés  de  morceaux  de  toile  , & couverts  de 
grandes  plaques  de  plomb  , qui  étoient  attachées 
avec  des  clous  de  cuivre  ».  M.  de  Fougeroux  ^ 
de  l'académie  des  fciences , m'a  communiqué 
cette  citation. 

Doublage  d’or  & d'argent.  Voy.  Doublé. 

DOUBLÉ  d'or,  ou  d'argent.  Dans  quelques 
pays  on  appelle  plaquer  ce  procédé.  Il  eft  très- 
différent  de  V étamage  ( voyet^  ce  mot  J j & de 
la  dorure  ou  argenture  faites  à chaud  avec  Vor  ou 
Y argent  réduits  en  poudre,  & mêlés  avec  des 
fels  , appellées  par  les  ouvriers  argent  fondu.  Pline 
qui  attribue  l'invention  de  Y étamage  aux  gaulois, 
•leur  attribue  auffi  celle  àt  Y argenture  , dont  le 
procédé  eft  analogue  à celui  de  . ce  C’eft , 

» dit-il,  (4  24.  c,  12.)  une  invention  des  gaules 
» que  de  couvrir , à l'aide  du  feu  ( incoquîtur  ) 
« les  ouvrages  de  cuivre  avec  le  plomb  blanc 
JO  ( l’étain  ) fondu , iufqu'à  le  rendre  difficile  à 
0*  diftinguer  de  l’argent  même  ; ils  les  appellent 
» incoctUia.  Les  gaulois  ont  auffi  réuffi  à couvrir 
=0  d'argent  de  la  même  manière  les  harnoîs  de 

=0  chevaux  & les  mors  des  bêtes  de  fomme 

=0  C'eft  dans  la  ville  d'Alexia  ( Alife-en-Auxois) 
oj  qu,ii  ont  commencé.  Les  habitans  du  Bern 
=0  ont  eu  la  gloire  de  perfedionner  ce  procédé  ; 
30  car  ils  l'ont  appliqué  aux  chars  & aux  chariots  : 
=0  ce  vain  luxe  a été  pouffé  jufqu’à  dorer  même 
00  Se  argenter  de  cette  manière  de  petites  ftatues’o. 

Les  mots  fimili  modo  répétés  deux  fois  dans  ce 
paffage  , .après  le  procédé  de  Y étamage  , déter- 
minent Y argenture  Sê  la  dorure , dont  il  eft  qiieftion , 
à Yargent  fondu,  ge  excluent  le  doublé  dont  je 
vais  traiter  dans  cet  article. 

Les  antiquaires  ont  connu  de  tous  temps  les 
raédaiÜes  fourrées,  c'eft- à-dire,  des  médailles 
faites  d’un  métal  commun  , & recouvertes  de 
deux  feuilles  de  métal  riche  0 mais  iis  fe  font 
plus  occupés  à découvrir  leur  ufage , que  le  pro- 
cédé de  leur  fabrication. 

On  trouva  dans  les  fouilles  d’Herculanum  plu- 
fieiirs  vafes  doublés  d'argent , & M.  Fougeroux 
les  décrivit  le  premier  ( antiquit,  d'Hercul. p.^i. 
1770.  ) en  ces  termes  : 

“ Tous  les  vafes,  comme  cafferoîes  & chau- 
derons,  qui  fervoient  pour  la  cuifine , étoient 
garnis  en  dedans  d’une  couche  d'argent.  Nous, 
étamons  le  cuivre  ; les  anciens  l'argentoisnt.  Cette 

Antiqu  'tés , Tome  II, 


D O U 


441 


remarque  ti'a  point  échappé  à M.  de  la  Con 

nter'nTr»^  T-**ioa  f 


que 

pas  un  métal  fain  , & i!  ne  dure  que  peu  de 
temps  , lorfqa’on  l'emploie  à étainer  les  ufteii- 
Ci.es  de  cuifine.  Ceux  que  l'on  a trouvé  argentés  , 
qui  fe  font  bien  confervés  , & que  le  vert-de- 
gris  fembie  n avoir  pas  attaqué,  pourroient  donner 
des  connoiflances  fur  les  moyens  plus  sûrs  & 
plus  durables  que  les  anciens  employoient  pour 
couvrir  le  cuivre  & l’argenter.  Il  fembie  que  nous 
les  ayons  perdu,  ou  au  moins  que  nous  ne  les 
poffédions  pas  auffi  parfaitement  que  les  romains  00. 


Si  cet  académicien  eût  pu  obferver  ces 
files  & les  examiner  de  près  , il 


reconnu  le  doublé  ou  plaqué.  J'ai  été  plus  he 


ulten- 

li  y auroit  fans  douta 
'ai  été  plus  heu- 
reux, comme  on  va  le  voir  dans  l’extrait  d'un 
rapport  fait  en  cette  année  1788,  à l’académie 
des  inferiptions  , le  17  juin  , & à l’académie  des 
fciences  ^ le  y juillet. 

cc  MM.  l’abbé  Haui  & Baumé,  de  l’académie 
des  fciences,  s'étant  adreffé  à l'académie  des 
inferiptions  & belles- lettres  pour  avoir  des  éclair- 
ciffemens  fur  le  goût  du  travail  & le  tems  de  la 
fabrique  d'un  plateau  trouvé  en  Bourbonnois  , 
près  l'ancien  château  de  Chantelie,  l'académie 
a nommé  commiffaires  M.  l'abbé  le  Blond  & moi  : 
voici  le  réfultat  de  nos  recherches  00. 

« Il  y a tout  lieu  de  croire  que  ce  monument 
eft  antique.  On  fait  que  les  romains  employoient, 
même  dans  les  plus  beaux  jours  de  leur  gloire  , 
des  grecs  , pour  l'exercice  des  arts  qui  dépendent 
du  deftîn  , tels  que  l'Architecture  , la  Peinture  , 
la  Sculpture , la  Gravure  & la  Cifelure.  C'eft 
pourquoi  il  y auroit  de  la  témérité  à donner  à 
un  artifte  romain  , plutôt  qu'à  un  grec  , ce  mo- 
nument. Les  romains  régnèrent  long-temps  dans 
les  Gaules  ; mais  les  phocéens  y avoient  fondé 
Marfeille  & quelques  autres  villes  méridionales, 
avant  les  conquêtes  de  Jules  Céfar  oo.  - 

« Les  médailles  de  Marfeille  prouvent , par 
leur  travail , que  les  Phocéens  tranfportèrent  les 
arts  dans  cette  partie  des  Gaules.  Ce  précieux 
germe  y produifit  des  rejettons,  qui  s'étendirent 
le  long  des  deux  rives  du  Rhône  & dans  i’Au-  ' 
vergne  même.  On  trouve  en  effet  dans  Pline 
qu'un  fculpteur  éleva  à Clermont  une  ftatue  co- 
lolTale  de  Mercure  , du  prix  de  400,000  fefterces. 
Obfervons  que  les  romains  prirent  des  grecs  & 
des  rhodiens  en  particulier  ce  goût  pour  les 
coloffes  ; & que  le  nom  du  fculpteur  de  Cler- 
mont eft  un  nom  grec  , il  s'appelloit  Zénodore. 
La  prudence  nous  défend  donc  d'attribuer  ce 
plateau  à des  romains  plutôt  qu’à  des  artiftes 
grecs,  ou  aux  derniers  plutôt  qu’aux  ■ premiers  ; 
mais  i'élégaiîce  des  ornemens  en  atrefte  l'anti- 
quité ». 


Kkk 


D O U 

(Zcs  crncmsns  confident  dans  une  bordure 
chargée  d animaux , de  mafciues  , & d attributs 
des  fêtes  de  Bacciius , traités  de  relief.  Quatre 
naafques  partagent  cette  bordure  en  quatre  di- 
vifions , qui  comprennent  chacune  trois  animaux 
& quelques  fymboies’^. 

« La  nature  des  ornemens  de  ce  plateau  indique 
fon  ufage;  il  éroit  deftiné  à fervir  des  fruits  ou 
des  raifins.  Qétoit  aufli  la  deftination  d"un  pla- 
teau d’argent  trouvé  il  y a peu  d’années  auprès 
de  Touloufe  , & envoyé  à M.  Portai,  de  l’a- 
cadémie des  fciences.  Ce  plateau,  ainfi  qu’une 
petite  coupe  trouvée  dans  le  même  endroit , étoit 
orné  d’une  bordure,  formée  de  même  par  des 
mafques  & des  attributs  bachiques.  Le  travail 
de  ces  deux  morceaux  étoit  véritablement  antique 
& d’un  bon  ftyle 

« Après  ces  obfervations  fur  le  goût  des  or- 
nemens du  plateau,  il  eil  inutile  de  réfuter  fé- 
rieufement  l’opinion  de  ceux  qui  ont  fixé  fa  fa- 
brique au  fièclc  du  connétable  de  Bourbon  , fei- 
gneur  de  Chantelle  ; c’eft- à-dire  , au  XVI.  fiècle 
de  notre  ère  , quatorze  ou  quinze  cents  ans  plus 
tard  que  fa  véritable  époque 

La  partie  méchanique  de  ce  monument  miérite 
une  attention  particulière , parce  qu’elle  annonce 
chez  les  anciens  la  pratique  familière  d’un^  art , 
ou  procédé  que  les  anglois  n’ont  exercé  que 
depuis  un  demi-fiècle,  &:  les^françois  feulement 
depuis  douze  ou  quinze  années.  C’eft  du  plaqué 
ou  doublé  que  nous  voulons  parler.  Le  plateau 
antique  dont  nous  fommes  occupés  n’eft  point 
étamé , pratique  dont  Pline  ( l.  xxxir.  ) attribue 
PinveRtion  aux  gaulbis  : il  n’eft  pas  non  plus 
lîmplement  argenté  avec  un  amalgame  d’argent 
& de  mercure , mais  il  eft  de  cuivre  rouge  , 
doublé  d’argent.  La  feuille  du  m.étal  riche  qui 
recouvre  le  cuivre  eft  auffi  mince  que  le  clin- 
quant , & cependant  elle  s’étendoit  fur  toutes 
les  parties  du  cuivre,  foit  plates,  fois  traitées 
de  relief.  Les  ornemens  ne  font  point  repouffés  , 
c’eft-à-dire,  convexes  en  deffus,  & concaves  en 
delîbus  j ils  ne  s’annoncent  par  aucune  déprelfion 
fous  le  plateau  ; il  eft  donc  évident  que  ce  plateau  , 
moulé  d’abord  en  cuivre  pur , recouvert  enfuite 
de  deux  feuilles  d’argent,  a été  frappé  dans  une 
matrice , & par  des  procédés  analogues  à ceux 
qu’employent  aujourd’hui  le?  fleurs  Tugot  & 
Daumy  , ces  ingénieux  artiftes,  que  l’académie 
des  fciences  a encouragés  par  fon  approbation, 
& le  gouvernement  par  une  proteftion  fignaiée. 

L’adhérence  de  la  mince  feuille  d’argent  au 
cuivre  eft  fi  forte  , qu’elle  a réflfté  en  plufieurs 
endroits  , & au  coup  de  feu  que  les  payfans 
qui  croyoîent  le  plateau  d’argent  maffif  lui  ont 
do.nné  dans  refpoir  de  le  fondre,  & à l’acidité 
du  vinaigre , dans  lequel  fon  dernier  poffciTeur 
l’a  laiffé  plongé  pendant  quelque  temps. 


D R A 

Nous  avons  parlé  du  doublage  de  ce  plateau, 
parce  qu’il  nous  a mis  à m.êm.e  de  juger  par 
analogie  les  uftenfiles  antiques  de  cuivre  doublés 
d’argént , trouvés  à Herculanum  , décrits  en  1770 
par  ïvl.  Fougeroux , de  l’académie  des  fciences  , 
& dans  les  environs  de  Lyon  , &c.  que  nous 
ne  connoiffons  que  par  les  récits  des  voyageurs. 
11  eft  d’ailleurs  bien  agréable  pour  ceux  qui  font 
de  l’antiquité  une  étude  conftante  , de  donner 
une  nouvelle  preuve  de  la  multiplicité  des  con- 
noiflances  que  les  anciens  poffédoient  dans  les 
arts  méchaniques  ainfi  que  dans  les  arts  libé- 
raux. 

DOUBLE  TÊTE. 

Quoique  Ovide  ait  dit  à Janus  î 

Jane  biceps  araii  tacite  labentis  origo  , 

So/us  de  fuperis  , qui  tua  terga  vides. 

On  trouve  cependant  que  Junon  Patulcîa  & 
plufieurs  hermèsj  ont  été  repréfentés  à deux  vifages. 

Les  anciens  avoienr  des  portes  dont  les  battans 
s’ouvroient  à volonté  en  dedans  eu  èn  dehors  5 iis 
en  avoienr  auflî  qui  n’étoient  fermées  que  par  un 
rideau;  dans  ces  deux  cas,  des  gaines, ^chargées 
' de  buftes  à double  tête , & placées  dans  l’épaiffeur 
des  pied  - droits  , faifoient  un  ornement  ^com- 
mun au  dedans  & au  dehors.  C’eft  de  la  fans 
doute  qu’eft  venue  la  multiplicité  des  buftes  à 
double  tête. 

DOUBLE  MANTEAU.  Voyei  Diplois. 

DOUBLES  C lettres).  Lojep  Géminées  (let- 
tres ). 

DOULEUR,  fille  de  l’érèbe  & de  la  nuit, 
félon  Cicéron  ; ou  de  l’air  & de  la  terre  fuivant 
Hygin. 

AOYSAPIA,  fêtes  ou  jeux  inftitués  en  l’honneur 
de  Bacchus.  Il  en  eft  fait  mention  fur  une  mé- 
daille de  Philippe  &■  de  1 rajan-Dece , frappée 
à Boftra,  publiée  par Peilerin. 

DRA^CHME  , denier  , ancien  poids  de  l’Afie 
St  de  l’Égypte. 

Elle  valoir  en  poids  de  France,  45  grains  | , 
félon  M.  Paufton. 

Elle  valoir  en  poids  des  mêmes  pays, 

X grammes. 

ou , 4 oboles  fésninîtes. 

ou,  6 dardes. 


D R A 

ou , 8 kikkabos. 

ou,  12  kérations. 
ou,  24  chaicous. 
ou,  48  fitarions. 

Drachme  , denier , monnoie  ancienne  de 
î'Égypte  & de  l’Afie. 

Eüe  valoir , félon  M.  Paudbon,  en  monnoie 
adtuelie  de  France,  j-^°%deliv. 

Elle  valoir  en  monnoie  des  mêmes  pays  , 

2 rébiites. 
ou , 5 gérah. 

ou , 6 méhah. 

ou,  12  pondion. 
ou,  24  phollis. 
ou,  96  kodrantes. 
ou,  192  pérutab. 

Drachme  , denier , zuz , mith  - cajos , fève 
d’Égypte , ancien  poids  de  rAlîe  &de  l’Égypte. 

Elle  valoir  en  poids  de  France  , raWa  de  livre, 
félon  M.  Paudbon  {Métrologie). 

Drachme  , poids  & monnoie  des  grecs. 

Elle  valoir  en  poids  de  France  , Elon  M.  Pauc- 
ton , ( Métrologie  ) 84  grains  -/j- , & en  monnoie 
i livre. 

Elle  valoir  en  poids  & monnoie  des  grecs, 

G oboles, 
ou,  i.G  chaicous. 

On  trouve  une  médaille  d’argent’ de  Néron, 
avec  le  mot  AFAXMH,  qui  prouve  que  le  denier 
romain  étoit  de  la  même  valeur  que  la  drachme. 

Plusieurs  anciens  écrivains  ont  employé  indif- 
féremment le  denier  pour  la  drachme. 

” DRAGON.  Au  nom  de  dragon,  dit  M.  le  comte 
de  la  Cépède  (^qitadrup.  ovipares  de  l' hi^oire  naturelle 
de  M.  le  comte  de  Bichon  ) l’on  conçoit  toujours 
une  idée  extraordinaire.  La  mémoire  rappelle  avec 
promptitude  tout  ce  qu’on  .a  lu,  tout  ce  qu’on  a 
ouï  dire  fur  ce  monlire  fameux  ; l’imagination 
s’enflamme  par  le  fouvenir  des  grandes  images 
qu’il  a préfentées  au  génie  poétique  : une  forte 
de  frayeur  faille  les  coeurs  timides,  & la  curio- 
lité  s’empare  de  tous  les  efprits.  Les  anciens.,  les 
modernes  ont  toujours  parlé  du  dragon.  Con- 
facré  par  la  religion  des  premiers  peuples,  de- 
venu l’objet  de  leur  Mythologie,  minillre  des 
volontés  des  dieux  , gardien  de  leurs  tréfors , 
fer  vaut  leur  amour  &r  leur  haine,  fournis  au 


D R A 


445 


pouvoir  des  enchanteurs,  vaincu  par  les  demi- 
dieux  des  temps  antiques , entrant  même  dans  les 
allégories  facrées  du  plus  faint  des  recueils  , il  a 
été  chanté  par  les  premiers  poètes , & repré- 
fenté  avec  toutes  les  couleurs  qui  pouvoient  en 
embellir  l’image  : principal  ornement  des  fabies 
pieufes , imaginées  dans  des  temps  plus  récens  , 
dompté  par  les  héros , & même  par  les  jeunes 
héroïnes , qui  combattoient  pour  une  loi  divine  ; 
adopté  par  une^fecende  Mythologie,  qui  plaça 
les  fées  fur  le  trône  des  anciennes  enchantereîTes  , 
devenu  l’emblème  des  actions  éclatantes  des  vaiî- 
lans  chevaliers  , il  a vivifié  la  Poéfie  moderne,  airii 
qu’il  avoir  animé  l'ancienne  ; proclamé  par  la  voix 
févère  de  l’hiltoire;  par -tout  décrit,  par -tout 
célébré,  par  tout  redouté,  montré  fous  toutes 
les  formes,  toujours  revêtu  de  la  plus  grande 
puiffance  , immolant  fes  viélimes  par  fon  regard  , 
fe  tranfportant  au  milieu  des  nuées  avec  la  ra- 
pidité de  l’éclair , frappant  comme  la  foudre , 
diflipant  l’obfcurité  des  nuits  par  l’éclat  de  fes 
yeux  étincelans  , réunifiant  l’agiüté  de  l’aigle  , la 
force  du  lion,  la  grandeur  du  ferpent  ( il  y a 
des  ferpens  qui  ont  plus  de  quarante  pieds  de 
long.  Ovipares tom.  I.  ) préfentant  même  que!-, 
quefois  une  figure  humaine,  doué  d’une  intel- 
ligence prefque  divine  , 8c  adoré  de  nos  jours 
dans  de  grands  empires  de  l’Orient.  Le  dragen 
a été  tout,  & s’eft  trouvé  par-tout,  hors  dans 
la  nature.  Il  vivra  cependant  toujours , cet  être 
fabuleux^  dans  les  heureux  produits,  d’une  imagi- 
nation féconde.  Il  embellira  long -temps  les  images 
hardies  d’une  Poéfie  enchanterefle  : .le  récit  de 
fa  puifianee  merveiiieufe  charmera  les  loifirs  de 
ceux  qui  ontbefoin  d’être  quelquefois  tranfportés 
-au  milieu  des  chimères  , & qui  défirent  de  voir 
la  vérité  parée  des  ornemens  d’une  fi(5lion  agréa- 
ble ; mais  à la  place  de  cet  être  fantaftique, 
que  trouvons-nous  dans  la  re'alité  ? L?n  animal 
auffî  petit  que  foibîe,  un  lézard  innocent  & tran- 
quille, un  des  moins  armés  de  tous  les  quadm- 
pèdes  ovipares , & qui , par.  une  conformation 
particulière  , a la  facilité  de  fe  tranfporter  avec 
agilité  , & de  voltiger  de  branche  en  branche 
dans  les  forêts  qu’ifhabite.  Les  efpèces  d’ailes 
dont  il  a été  pourvu  , fon  corps  de  lézard,  & 
tous  fes  rapports  avec  les  ferpens , ont  fait 
trouver  quelque  forte  de  reflembiance  éloignée 
entre  ce  petit,  animal  & le  rnonftre  imaginaire 
dont  nous  avons  parlé  , & lui  ont  fait  donner 
le  nom  de  dragon  par  les  naturalifies 

Cet  animal  fabuleux  tenoit  beaucoup  du  fer- 
pent quant  à la  forme  ; au_  refte,  chacyae  poèt 
a décrit  ceux  dont  il  parloit,  ainfi  qu’il  a plu 
fem  imagination.  Cet  animal  ne  dormoit  jamais  ; 
c’eit  pourquoi  on  lui  conSoit  la  garde  des  choies 
précieufes.  Il  étoit  confacré  à Minerve  , pour 
marquer  , dit-on,  que  la  véritable  fageffe  ne  s en- 
dort’jamais  : ii  étoit  suffi  confacré  à Bacenus , 

Kkk  ij 


ft.)  /'rt 


444  D R A 

pour  exprimer  ies  fureurs  de  l’Ivreffe  ; & à 
Mars  J pour  exprimer  celles  de  la  guerre.  Plu- 
îarcue  le  donne  encore  pour  attribut  aux  héros. 

DRAGON  d’Aulide.  Tandis  que  la  flore  des 
grecs  s'alTembloit  dans  le  port  d’Aulide , dit 
Homère  J & qu'on  cffroit  aux  dieux  des  iacri- 
fices  à rombre  d'un  platane  ^ un  horrible  dragon.  ^ 
marqueté  de  taches  de  fang , envoyé  par  Jupiter, 
fe  gülTant  de  deffous  l'autel , monta  rapidement 
fur  le  platane  au  haut  d'une  branche  , où  étaient 
huit  petits  pafferaux , caches  fous  des  feuilles 
avec  leur  mère  : il  les  dévora  tousj  & après  ce 
cruel  repas , il  fut  tout  d'un  coup  changé  en 
pierre.  Ce  prodige  épouvanta  tous  les  grecs;  mais 
Calchas  en  tira  une  augure  favorable  : comme 
ce  dragon^  dit-il,  a dévoré  les  huit pafferaux  Se 
leur  mère  , nous  ferons  autant  d'années  à com- 
battre contre  les  troyens , & la  dixième  année 
nous  nous  rendrons  maîtres  de  leur  ville.  Pour- 
quoi , dit  Cicéron  ( au  liv.  2.  de  la  divination  ), 
conjeciurer  plutôt  le  nombre  d'années  , que  celui 
des  mois  & des  jours  ? Quel  rapport  y a - t - i! 
entre  des  oifeaux  & le  cours  des  années  ? 

DRAGON  d'Anchife.  Pendant  qu'Énée  faifoit 
des  libations  aux  mânes  de  fon  père  Anchife , il 
foTtit  du  tombeau  un  dragon  énorme  , dont  le 
corps  formoit  miiîe  replis  tortueux  , & dont  le 
dos  étoit  couvert  d’écaüles  jaunes  & apurées.  Ce 
lerpent  fit  le  tour  du  tombeau  & des  autels  , fe 
gliiîa  entre  les  vafes  & les  coupes,  goûta  de 
toutes  les-viandes  offertes,  & rentra  enfuite dans 
le  fond  du  fépulcre  > fans  faire  aucun  mal  aux 
alîiflans.  Virgile  dit  qu'Enée  prit  ce  dragon  pour 
un  génie  attaché  au  fervice  d'Anchife. 

DRAGON  de  Cadmus.  Voyei  Cadmus. 

DRAGON  de  Delphes.  \]n  dragon  gardoit  l'an- 
tre d'où  Thémis  prédifoit  les  chofes  futures  ; & , 
felon_  quelques  mythologues  , c'étoit  le  dragon 
lui-même  qui  y prononçoit  les  oracles. 

Apollon  venant  à cet  antre  , tua  à coup  de  flè- 
ches le  dragon  qui  lui  en  fermoit  l'entrée , Sc 
s’empara  de  l'oracle.  Foye^  Delphes. 

DRAGONS  de  Cérès.  Le  char  de  cette  déefle 
étoit  tiré  par  deux  dragons  ailés,  qui  latranfpor- 
tèrent  en  peu  de  temps  par  toute  la  terre  , lorf- 
qu'elie  chercha  fa  fille  Proferpine. 

DRAGONS  de  Médée.  Cette  pnneeffe  étoit 
portée  par  les  airs,  dans  un  char  tiré  par  des 
dragons  ailés.  Koye:^  Médée. 

D3.AC0NISUS.  Murotori  ( îoé.  4,  Tkef.  înfeript.) 
rapporte  l'iafcnption  fuivante  , qui  pourroit  être 


D B.  A 

relative  aux  ferpens  que  l'on  adoroit  à Lanavium, 
( Aelian.  XI,  1 <?.  ) 

J ' 

C A R P U s.  A U G,  L. 

P A L A N T I A N U s 
S A N C T I S 

BRACONtBüS. 

B.  D. 

DRAGONS.  V 

DRAGONAIRES.  V Les  barbares  , c elRà- 

DRACONARII.  } dire,  tous  les  peuples, 
excepté  ies  romains , portoient  dans  leurs  armées 
des  enfeignes  d'une  forme  fingulière  & effrayante. 
Ce  furent  pour  l'ordinaire  des  dragons  ou  fer- 
pens ailés.  Curopalate  ( de  ofnc.  Conftantini  ) dit 
queCyrus,  ayant  vaincu  les  aflyriens,  adopta 
leur  tunique  ou  vêtement  militaire  , & leurs  éten- 
dards figurés  en  dragons.  Suidas  en  attribue  de 
femblables  aux  indiens  & aux  feythes.  Les  daces, 
voifîns  des  feythes , n'en  avoient  pas  ^d'autres  , 
comme  on  le  voit  fur  le  monument  éternel  de 
leur  défaite , la  colonne  trajane.  Ce  fut  vers^  le 
temps  de  cette  viéloire  deTrajan  , ou  peu  après , 
que  les  romains  prirent  aufîî  des  dragons  pour 
enfeignes;  & Vegèce  (IL  15-  ) qui  écrivcit 
fous  l’empereur  Valentinien  le  jeune,  dit  que 
chaque  cohorte  ayoit  fon  dragonaire  qui  marchoit 
au  combat  chargé  d'un  dragon  : dracones  per  fin- 
galas  cohùrtcs'a  drâcQnariis  ferantur  ad  pr&liam.  Les 
principaux,  ou  les  chefs  des  dragonaires , mar- 
chpient  auprès  du  prince  ; on  les  reconnoiffoit  à 
leurs  dragons  faits  d'étoffe  de  pourpre  , liés  an- 
haut  des  piques  dorées  & ornées  de  poil , ouvrant 
déméfurément  la  gueule , pour  recevoir  le  vent 
{AmmJ.in.  XVI.  lo.  & 12.)  qui  faifoit  jouer  & 
flotter  leurs  longues  queues  peintes  de  différentes 
couleurs. 

Les  dragons  étoient  brodés  fur  des  étoffes  de 
coton , in  linteo  depicli  ( Tertullian.  Apologet. 
c.  16.)  GU  de  foie  & de  pourpre.  Leur  tète  était- 
de  métal , & le  vent  s'engouffrant  dans  leur 
vafte  gueule,  agitoit  leur  langue  , enfloit  leur 
col , & lès  faifoit  paroitre  Cfflant  comme  de  vé- 
ritables ferpens  , afin  d’effrayer  les  ennemis.  C'eil 
ainfi  que  Sidoine  peint  les  dragons  ( Carm.  V , 
n,  409.  ) : 

.........  Testais  anguis 

Difeurrit  per  tiîra-r.qtte  aciem  , ad  guttur  adiSis 

Turgefeit  sLephyris. 

On  reconnoiffoit  les  dragonaires  à leur  collier 
d'or.  Prudence  ( md  i.  64.  ) décrivant  le 
fupplice  dss  martyrs  Dtnaétrius  & Chelidonius  , 


D R A 

qui  étoient:  dragonaires , dit  qu’on  leur  arracha  îe 
coiiier , marque  de  leur  emploi  : 

Ite  fignartim  magifiri  : ^ vos  trihaai  ahRJîltt. 
^tîreos  anferts  torques «... 

DR^P£ï!IE  \ y'oyei  Espérance  , Neme- 

DRAPÉeI  3 ^ Victoire. 

Gr'&cû.  res  ejl  nihil  velare  y at  contra  Rontana 
ac  miütaris  thoracss  addere,  ( Pliu.) 

Mariette  obferve(roOT.  1.  66.')  que  la  plupart  des 
ftatues  que  les  grecs  nous  ont  laiffées  font  ordinaire- 
ment nues,  ce  S’ils  emplojoient , dît-il , quelque  dra- 
perie , elle  ne  cachoit  qu’une  très-petite  partie 
de  la  figure.  Ils  regardoient  les  vêtemens  comme 
une  fuite  de  befoins  attachés  à la  condition  hu- 
maine j & fur  ce  fondement,  ni  les  dieux,  ni 
les  hommes  célèbres,  qui  participoiènt , félon 
eux , de  la  dît'inité,  ne  dévoient  paroitre  que 
nuds  De  là  vient  que  fur  leurs  pierres  gravées, 
amfi  que  fur  leurs  autres  monumens , on  trouve 
^ Pf ^de  figures  entièrement  vêtues  ; mais  lorf- 
qu^ii  s y en  rencontre  , ns  faut-il  pas  convenir 
qu  elles  font  drapées  de  la  plus  grande  manière  , 
& que  ces  draperies  ofn'ent  quelque  ckofe  d’aufîi 
parfait  que  le  nud  des  plus  belles  Ifatues  grec- 

Dans  toutes  ces  gravures  , les 

étoffés  dont  rart’fte  a couvert  les  figures  font 
fîmples  & légères  ; elles  font  jettées  avec  grâce 
& ne  reçoivent  d’ornement  que  de  la  façon  dont 
elles  font  agencées,  il  n’y  paroit  rien  de  trop 
recherché  dans  le  choix , non  plus  que  dans 
Tordre  des  plis;  ceux  ci  font  en  petit  nombre; 
lans  trop  de  fymérrie  , iis  marquent  le  nud,  & 
loin^de  faire  perdre  à la  figure  quelque  chofe 
de  l’élégance  de  fes  proportions  , ils  contribuent 
à en  indiquer  tous  les  mouvemens.  On  croit  voir 
la  nature  telle  qu’elle  s’eil  offerte  à l’artifte,  fans 
pouvoir  imaginer  qu’il  y ait  rien  ajouté  du 
fien  ». 

Le  drap  , fur  les  figures  antiques . fe  diftingue 
facilement  de  la  toile  & des  autres  étoffes  légères. 

Un  artilîe  françois  , qui  n’a  remarqué  fur  le 
marbre  que  des  étoffes  fines  & tranfparentes  , 

( Falconet  , réft-ex.fur  éaSculp.  p.  ji.  j8.  ) ne  s’eft 
rappeüé  que  la  Flore  -Farnèfe  & quelques  autres 
figures  habillées  de  drap. 

Mais  on  peut  afïurer  hardiment , dit  Winkel- 
mann  , t hift.  de  Part,  liv,  IV.  ch.  y.  §,  /.  d.) 
qu’îl  s’efl  confervé  autant  de  ftatues  de  femmes 
vêtues  d étoffés  de  laine , que  de  ftatues  ajuftées 
de  draperies  légères.  Le  irap  eft  très-reconnoiffable 
à l’ampleur  de  fes  plis,  ainfi  qu’aux  ruptures 
qu’il  contraéloit  lorfqu’on  le  plioit  dans  des 
prefles  après  l’avoir  lavé  & foulé. 


I>  Tv  A 

i~i  > 

“ Quant,  ajoute,  le  même  favant  antiquaires 
( §.  III.  ) au  deftin  des  figures  drapées 

la  iir.effe  du  ract  & la  délicatefîe  du  fentiment^ 
; y ont  moins  de  part  que  la  jiiftefle  du  difeerne- 
ment  & 1 étendue  du  favoir,  tant  pour  l’obferver 
& 1 enfeigner , que  pour  l’imiter  & le  pratiquer. 
Lsia  n empeene  pas  que  cette  partie  de  l’art  n’offrs 
encoie  des  objets  de  recherches  non  moins  inté- 
rehans  pour  le  connoiffeur  que  pour  i’artifte.  La 
draperie  eft  au  nud , ce  que  i’expreflion  eft  à la 
penice  ; & nous  avons  fouvent  moins  de  peine 
à trouver  la  penfee  que  i’expreflion,  ou  la  vraie 
tournure  de  la  penfée.  Comme  dans  les  premiers 
temps  de  1 art  on  faifoit  plus  de  figures  drapées 
que^  de  figures  nues,  & que  cette  maxime  étoit 
fi  géneraie  dans  les  plus  beaux  fiècles  de  la  Grèce 
par  rapport  aux  figures  de  femmes , qu’on  peut 
compter  cinquante  figures  drapées  contre  une 
nue;  il  étoit  naturel  que  les  artiftes  de  tous  les 
^ aîtachaffeDt  pas  moins  à bien  rendre 
1 élégance  de  la  draperie  que  la  beauté  du  aud. 
On  chercha  le  gracieux , non-feulement  dans 
les  attitudes  & les  aéiions,  mais  aufli  dans  les 
habits  & dans  les  ajulremens.  En  effet , les  grâces 
les  plus  anciennes' étoient  repréfentées  vêtues.  S’il 
fuffit  aujourd’hui  à i’artifte  de  bien  étudier  quatre  ou 
cinq  des  plus  belles  ftatues  fans  draperie  pour  bien 
faîfîr  la  beaute  du  nud  , si  a befoin  de  chercher 
l’élégance  de  la  draperie  dans  cent  figures  habil- 
lées.^1!  eft  même  très-rave  de  trouver  une  ftatue 
drapee  qui  reffemble  à une  autre  pour  l’ajufte- 
ment , tanois  qu’il  n’y  a rien  de  plus  ordinaire 
que  de  trouver  "des  ftatues  nues  d’une  refTemblance 
parfaite  : telles  font  en  grande  partie  les  ftatues 
de  Vénus.  Il  en  eft  de  même  des  ftatues  d’A- 
pollon ; la  plupart  femblent  avoir  été  exécutées 
d’après  un  feul  modèle  , comme  l’atteftent  trois 
ftatues  femblables  de  ce  Dieu,  à la  villa  hfé- 
dicis  , & une  autre  au  capitoie.  La  mêmeremarque 
eft  auilî  applicable  à la  plupart  des  jeunes  fa- 
tyres.  Je  dirai  donc  que  le  deffin  des  figures 
drapées  peut  être  nommé  à jufte  ritre  une  \ 
effeEtieHe  de  l’arr.  Peu  d’artiftes  modernes 
exempts  de  critique  par  rapport  à l’habille...^... 
de  leurs  figures  ; ceux  du  fiècle  paffé  ont  tous 
péché  contre  cette  partie  , le  feui  Pouffin  ex- 
cepté 

« Les  modernes  , dît  le  comte  de  Caylus , 
font  dans  l’habitude  de  regarder  comme  des  toges 
toutes  les  draperies  un  peu  amples  , dont  les 
figures  romaines  font  vêtues.  Quand  les  monu- 
mens repréfentent  des  hommes  d’un  certain  âge  , 
on  leur  accorde  promptement  les  honneurs  con- 
fulaires  ; & li  les  draperies  font  moins  étendues  , 
& qu’elles  laifTent  un  plus  grand  nombre  g?  parties 
du  corps  découvertes  J les  figures  pre-unentauffi-tô: 
le  nom  de  philofophes  ; telle  ell  l’opinion  ordi- 
naire ; on  a tort  de  donner  légèrement  ces  fortes 
de  déiiominatiop.s  ; mais  il  faut  convenir  aufli  que 


DRU 


4^5 


DRE 


tres-fouvent  il  eft  prefque  impoffible  de  déter- 
miner l'objet  de  ces  figures 

DRAPEAU.  Les  anciens  r/avoient  pas  de 
irapeaux  faits  comme  les  nôtres.  Les  leurs  étoient 
faits  comme  des  bannières  des  églifes , c'etl-à- 
dire , que  le  drap  où  l'étoffe  n'étoit  point  clouée 
par  un  des  côtés  du  quarré  à la  lance,  mais 
fufpendue  par  deux  de  fes  coins  : teielHe/flia- 
Tum  fur  les  médailles. 

DREPANTJM  , en  Sicile.  APE. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  ; 

RRRR.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  or. 

DRIMAQUE,  efclave  fugitif,  s’étant  retiré 
fur  une  montagne , ramafla  d'autres  gens  de  fa 
forte , avec  lelqueis  il  ravageoit  i'ifle  de  Chio , 
& faifoit  de  grands  maux  aux  infulaites  : pour 
fe  délivrer  d’un  fi  fâcheux  voifin  , ils  mirent  fa 
tête  à prix.  Drimaque  , qui  étoit  déjà  avancé  en 


que  ceux  de  la  ville  vouloient  donner  à celui 
qui  apporteroit  fa  tête , lui  difoit  férieufemer.t  : 
je  fuis  avancé  en  âge  , j'ai  déjà  allez  vécu , 
coupe  moi  la  tête , porte-Ia  à ceux  de  la  ville , 
tu  auras  de  quoi  vivre  aiiez  heureufement  le  relie 
de  tes  jours  ; je  me  prive  volontiers  du  peu  de 
vie  qui  me  relie , pour  rendre  la  tienne  haureufe. 
Le  jeune  homme  s'en  défendit  d'abord  , mais 
il  fut  fi  preffé  par  Drimaque , qu'il  lui  coupa  la 
tête  , la  porta  à la  ville  , & en  eut  la  récom- 
penfe  promife.  Les  infulaires  , charmés  de  la 
générofité  de  Drimaque,  lui  bâtirent  un  temple, 
& le  déifièrent  fous  le  nom  de  héros  pacifique. 
Les,  voleurs  le  regardoient  comme  leur  Dieu, 
iHwi  apportoient  les  dîmes  de  leurs  vols  & 
OT^ndages.  C'eft  Athénée  qui  raconte  cette  hîf- 
îoire.  Drimaque  fut  auffi  nommé  Euménés. 

DRîOPE.  Voyei  Driope. 

Droit  italique.  Koyei  iTALiQüE. 

Droit  latin.  Voyei  Latin. 

DROITE  ( main  ).  Voye^p^  Main. 

DROMÉE.  C'ell  le  nom  d’un  mois  des  an^ 
ciens  crétois , duquel  il  efl parlé  dans' les  marbres 
è’Arondel,  ?.  117,  & dans  les  inferiptions  de 
Reinefius , p.  491.  Prienus  en  parle  auffi  fur 
l'apologie  d'Apulée.  ( jp.  Febr.  Menai,  p.  49.  ) ; 
mais  on  ne  fait  quel  mois  c'étoit. 


DROME  US. 

dromonarii. 

DROMONES.  I On  ^ppdlokdromanes, 

% dfoiioyis , ces  batimens 

AroMOHES.  ) de  tranfport,  & en  par- 

ticulier ceux  qui  approvifionnoient  l'Italie  de 
bled,  du  temps  de  Caffiodore  (variar.leci.  V.16): 
àecrevimus  mille  dromones  fabricandos  ajfumtre  : qui 
Ci  frumenta  publica  pojjînt  convekere , Ci  adverfis 
navihus  , fi  neceffe  fuerii,  ohviare.  On  voit  dars  ce 
texte  que  les  dromones  pouvoienî  être  mis  en  état 
de  défenfe  contre  les  pirates.  Les  matelots  qui 
les  montoient  étoient  appelles  dromonarii.  f ibid. 
lU.  15.) 

DRUJNTILLA  Augufta  , peut-être  fem.me 
du  tyran  Regahen.  Kheli , dans  fon  fuppiement 
aux  empereurs  de  Vaillant  , a publié  ces  mé- 
dailles de  cetre  princeffe  inconnue.  La  fabrique 
des  quatre  médailles  d'argent  de  cette  femme , 
qu'a  vues  M.  Neumann  , reffemble  à celle  des 
médailles  de  Gailien. 

DRUIDES.  C'écoient  chez  les  anciens  gaulois 
les  principaux  miniftres  de  la  religion  , qui  avoieüt 
fous  eux  un  grand  nombre  de  miniftres  fuoalternes, 
tels  que  les  bardes  , \tscabages  , \tsvates  ,\tsfar~ 
ranidés.  Ils  menoient  une  vie  fort  retirée  &c  fort 
auilère  , du  moins  en  apparence.  Cachés  dans 
le  fond  des  forêts , ils  n'en  fortoient  que  rare- 
ment ; & c’étoit-là  que  toute  la  nation  afioit  les 
coKfulter.  Ils  avoient  plufieurs  collèges  répandus 
dans  toutes  les  provinces  des  gaules , où  iis  étoient 
chargés  ds  Fcducation  de  la  jeunelTe.^  Le 
mier  & le  plus  confidérable  de  ces  collèges  étoit 
celui  du  pays  Chartrain  : c’étoit-là  que  réfîdoit 
le  chef  fuprêm.e  des  druides  : c'étoit  dans  les 
bois  de  cette  conîree  que  s offroient  les  grands 
facrifices , & où  fe  faifoient  tontes  les  grandes 
cérémonies  que  Drefcrivoit  la  religion.  Apres 
ce  collège  , celui"  de  MarfeÜle  ^étoit  le  plus  re- 
nommé, fur-tout  le  bois  ou  s affembloient  les 
druides.  La  defeription  qu'en  fait  Lucain  , ( Ho-  3, 
V.  399.)  lorfqu'il  raconte  comment  Céfar  le  fit 
abattre  , infpire  je  ne  fais  quelle  frayeur  reÜgieufe  , 
qui  frappe  & qui  fasfit.  Leurautoriteetoit  u grande, 
même  dans  le  civil , qu'on  n entreprenoit  aucune 
affaire  fans  les  confulter  auparavant.  Ils  prefiuoien^ 
aux  états , réfolvoient  la  guerre  eu  la^  paix  a 
leur  gré , dépofoient  les  magiftrats  & memes  les 
rois,  qua'nd  ils  n'obfervoient  pas  les  oix  ou 
pays  : la  jufiiee  ne  fe  rendoit  que  par  leur  mi- 
niftère;  & ceux  qui  refufoient  de  fe^  rendre  a 
leurs  décifions  , étoient  frappés  d'anatheme  i tout 
facrifice  leur  étoit  interdit , & le  refte  de^  la 
nation  les  regardoit  comme  des  impies  , q u oa 
n'ofoit  même  fréquenter.  Afin  que  leur  dottrine 
ne  fût  connue  de  perfonne  , & quelle  parut 
plus  myfiérieufe,  non-feulement  aux  etrangers. 


DRU 

mais  aux  gauloîs  mêmes , les  druides  n’écnroienî 
rien , mais  ils  chargeoient  leur  mémoire  & celle 
de  leurs  difciples , d’un  nombre  prodigieux  de 
vers  obfcurs , qui  contenoient  leur  théologie , 
& dont  ils  ne  donnoient  Tesplication  qu'avec 
les  plus  grandes  réferves.  Ils  s’adonnoient  à l’af- 
trologie  , à la  divination  , à la  magie , & à tous 
les  preftiges  qui  l'accompagnent } iisfaifoient  croire 
aux  peuples  qu'ils  avoient  le  pouvoir  de  fe  tranf- 
, former  en  différentes  figures  , d'aller  à leur  gré 
au  milieu  des  airs  , & de  faire  routes  les  autres 
folies  des  magiciens  les  plus  experts.  Mais  de 
toutes  leurs  fuperltirions , la  plus  cruelle  étoit 
celle  qui  les  portoit  à immoler  à leurs  dieux  des 
v'ilimes  humaines , ou  de  s'en  fervir  pour  pra- 
tiquer la  divination.  Diodore  ( liv.  ) dit  quils 
immoloient  un  homme , en  lui  perçant  le  corps 
au  deffus  du  diaphragme  : l'homme  tombé  , ils 
écabliffbi  ent  leur  divination  fur  fa  chute  , fur 
fa  palpitation  ^ fur  le  fang  qui  couloir  , & fur 
les  mouvemens  qu‘il  faifoit , ayant.  difoienr-i!s , 
des  expériences  sûres  pour  cela.  Voy.  Gui  de 
Ckêr.e.  SaîÆOLUS  , FÉLAGES  j SeS-PENT  , VeR- 
VAINE. 

Tibère  ( PHn.  3 1.  i.  ) & Claude  ( Sueton.  c.  z6. 

14.  j'firent  tous  leurs  efforts  pour  détruire  les 
druides  & leurs  facrifices  fanglans  j le  premier 
les  de'truifît  dans  Rome  . où  ilss'étoient  introduits 
depuis  les  conquêtes  de  Céfar  ^ & le  fécond  dans 
toutes  les  Gaules.  Il  efl:  cependant  encore  fait 
mention  des  druides  dans  Lampridius  , fous  le  règne 
de  Sévère-Aiexaiidre  ( c.  do.  ) ^ & dans  Vopifcus 
fous  celui  d'Aurélien  ( c.  44.  ), 

Strabon  ( IV.  ) nous  apprend  que  l'attribut 
dillinclif  des  druides  étoit  un  collier  d'or. 

DRUIDESSES.  Les  fem.mes  des  druides  par- 
tageoient  la  confidération  qu  on  avoit  pour  leurs 
miris,  & s'ingéroient  comme  eux  , non-feule- 
ment dans  les  affaires  politiques  , mais  encore  dans 
celles  de  la  religion.  I!  y avoit  des  temples  dans 
les  Gaules  dont  l'entrée  étoit  interdite  aux  hommes  : 
c'étoient  les  druidejfes  qui  y ordonnoient  & y ré- 
gloient  tout  ce  qui  concernoient  les  facrifices  & 
les  autres  cérémonies  de  la  religion.  Mais  elles 
avoient  fur-tout  h réputation  de  grandes  devi- 
nereffes  ; & quoique  les  druides  s'en  mêlaffenr 
quelqiiTois  3 ils  en  avoient  prefqu'entiérement 
abandonnéla  fonction  à leurs  femmes,  foit  qu’elles 
y fuffent  plus  habiles  , ou  qu’elles  füffent  mieux 
tromper.  On  venoit  de  toutes  parts  les  confultet 
avec  une  grande  confiance  : des  empereurs  mêmes, 
quand  ils  furent  maîtres  des  Gaules  , y eurent 
quelquefois  recours,  au  rapport  des  hifforiens. 
Alexandre  Sévère  , avant  de  partir  pour  une  ex- 
pédition, de  laquelle  il  ne  revint  point  , alla 
confiilrer  une  dmideffe  , qui  lui  dit  , en  langue 
gauloife  , félon  Lampride  : alle:^  , nefpérei 
point  la  vicioire , G*  ne  vo^s  fier  pas  d vos  foidats. 


D P.  U 


447 


En  effet , il  fut  a.fiaffiné  dans  cette  campa^rne 
Dioclétien  n'étant  que  fimple  officier  dans""  les 
Gaules  , s'amufoit  à com.pter  fa  dépenfe  , lorfque 
fon  hôtefie  lai  dit  : Seigneur  , vous  êtes  trop  avare. 
Hé  bien  , répondit  Dioclétien  , je  Jerai  libéral 
quand  je  ferai  empereur.  Vous  le  ferei  , dit  bruf- 
qiiennent  la  dmideffe  , apres  que  vous  aure'[  tué  un. 
fanglier , cum  aprum  occideris.  Dioclétien  entendit 
le  mot  aprum  d un  fangüer  , & pour  cela  chafîa 
fouv'ent  au  fanglier  : m.ais  l'orade  regardoit  Aper^ 
beaii-pere  deNumérien.  Dioclétien  le  fit  mourir 
& devint  empereur.  Omrt  \es  druidejfes  ^ femmes 
des  druides , il  y en  avoir  qui  vivoient  dans  le 
célibat , c'étoient  les  veftaîes  des  Gaules  , & 
d'autres  qui , quoique  mariées , demeuroient  ré- 
gulièrement dans  les  temples,  qu  elles  deffervoient, 
hors  un  feul  jour  de  l'année  , qu'il  leur  étoit  permis 
d'avoir  c(tomerce  avec  leurs  époux. 


DRUNCAIRE,  ou  DRUNGAIRE , nom 
d'office  & de  dignité  dans  l'empire  de  Conftan- 
tinople,  irungarius.  Cenomfignifie  commandant, 
cJîsE  Le  grand  drungaire  étoit  une  charge  con- 
fidérable.  Il  y en  avoit  deux  5 celui  qu'on  ap- 
■pelloit  drunganus  bigla,  , & \t  drungaire  de  la  flotte. 
Le  premier  était  le  commandant  des  veilles  eu 
gardes  de  la  nuit.  Il  fervoit  dans  les  armées  de 
terre  fous  le  grand  domeflique  ( /.  i.  tit.  de  aff. 
pràfi  vigil.  ).  Il  eit  marqué  dans  la  vie  de  Sainte 
Théodofe  , impératrice , que  le  drungaire  des 
veilles  étoit  foa  frère.  ( Bo'llanL  aBa  fancl.  feb. 
tom.  II.  p.  555  ).  Le  drungaire  de  la  flotte  étoic 
fous  le  grand  duc  qui  commandait  l’amiral,  le 
protocomte  , les  drungaires  & les  comtes.  Meurfius 
remarque  que  cette  charge  paffa  de  la  flotte  aux 
armées  de  terre.  Sous  le  grand  drungaire  de  la 
flotte , il  y en  avoit  un  autre  qu'on  appeiloit  fé- 
cond drungaire , & dont  Anne  Comnène  parie. 
( Alexia.  l.  XîII.  p.  569).  Voye^  Codinus  , de 
officiis  Confe.  c.  16.  n°.  4 , f,  6 & 7.  Le  P.  Goar 
dans  fes  notes  fur  cet  auteur.  Meurfius,  gloffar. 
du  Gange,  Fabret , gloff.  de  Cedrenus , & de 
Conftantin  Manaffes. 


DRUNGE.  Corps  de  troupes  ainfi  appelle  dans 
l'empire  romain  5 partie  d'une  armée.  Drungus.Qs. 
nom , comme  i!  paroît  par  V égèce , ( /.  III.  c.  1 6.  > 
ne  fe  dit  d’abord  que  des  troupes  étrangères  & 
ennemies  : enfuite,  dans  l'empire  d’Orient  ou  de 
Conftantinople  , on  le  dit  des  troupes  mêmes  de 
l'empire  , & l’on  fit  le  mot  Cefyyas.  Il  revenoit 
à peu  près  à ce  que  nous  appelions  régiment  ou 
brigade,  ou  quelque  corps  felnblable.  Leunclavius 
dit  que  le  drunge  n'étoit  pas  de  moins  de  1000 
hommes,  ni  de  plus  de  4060.  Il  dit  auffi  que 
Ajujyyoç  chez  les  grecs  modernes,  fignifie  le  bâton, 
qui  eft  la  marque  d'un  office  ou  d'une  dignité , 
comme  ugla  chez  les  turcs  , & que  ce  nom  vient 
peut-être  du  latin  tmneus , tronc,  parce  que  ce 
bâton  , ce  feeptre  , étoit  un  tronc  , Sc  s'appelloit 


44^ 


DRU 

Truncus  : mais  il  paroît  par  Vegèce  que  iru-ngus  efr 
un  mot  barbare  Se  non  latin.  Spelmann  croit  qu’il 
elr  faxon  , parce  qu’encore  à préfent  tkrong  en 
angloiS;,fisnifi£  une  grande  multitade  , une  grande 
troupe  d’hommes  a&mblés.  Saumaife  croit  que 
ce  mots’eftfaitde  qui  fignifie  bec,  d’où 

le  vulgaire  en  grec  a fait  pour  fîgnifier 

un  bataillon  , un  grand  nombre  de  foldats  difpofés 
en  bec  ,oude  forte  qu’ils  fe  terminoient  en  pointe, 
& que  pour  cette  raifcn  on  appelioit  <J)at'yy«?, 
bec , aim'i  qu’on  lésa  appelles  tUt  de  ^orc  , comme 
le  témoigne  V’égèce  & Ammien  Marcellin, 
cet  auteur  fur  Vopifcus,  vie  de  Probiis  , p.  43  j , 
& fur  Solin,  p.  311  & 364.  Lambecius  eft  de 
même  fentiment  dans  fongloitaire  furCodin.  Mais 
S.  Nicephore  P.  C.  dans  fon  hiiloire  abrégée^, 
tTrop'îci  y p-  2.6  J difoît  au£  c£  nom  vcnoit 

des  romains.  * 

DRUSES.  Winkelmann  ( hifi.dcC art.l.II.c.  3. 
IIÏ^  indique  comme  une  fingularité,  de  petites  figu- 
res faites  dans  le  goût  égyptien,  & chargées  de  ca- 
raélères  arabes.  Il  en  connoiffoit  trois  de  ce  genre  ; 
l’nne  appartenoit  à Affemani , garde  de  la  biblio- 
thèque du  Vatican  ; l’antre  eft  dans  la  galerie  du 
collège  romain  : toutes  deux,  repréfentées  affifes , 
font  de  la  hauteur  d’un  palme,  C environ  huit  pouces 
de  France.  ) & la  fécondé  porte  des  caraétères 
arabes  fur  les  deux  cuilfes,  fur  le  dos  8c  fur  le 
haut  de  fon  bonnet  applati  ; la  troifième , qui  fe 
trouvoit  dans  le  cabinet  du  comte  de  Caylus  , 
( Caylus  , recueil  d'antiq.  tom.  IV^ , p.  51.  ) eil  en 
pied  , & porte  une  infcription  arabe  fur  le  dos. 
Les  deux  premières  figures  ont  été  trouvées  chez 
les  drufes  , nation  qui  habite  le  Mont  Liban  , 
& il  eft  vraifemblable  que  la  troifième  figure  vient 
du  même  endroit.  Ces  drufes  , que  l’on  croit  def- 
cendans des  francs,  & qui  fe  font^refugiés  dans 
cette  contrée  du  temps  des  croifades , fe  difent 
chrétiens  5 mais  gênés  dans  leur  culte  par  les  turcs , 
ils  adorent  en  fecretde  certaines  idoles , du  nombre 
defquelles  font  les  figures  en  queftion.  Comme  ils 
les  tiennent  très-cachées , si  n’eft  pas  étonnant 
que  ce  foit  uns  fi  grande  rareté  c’en  voir  en 
Europe. 

DRUSILLE  , fécondé  fille  de  Germanicus. 

JuLIA  Drvsizla  AîTGVSTA, 

Ses  médailles  font  : 

O.  en  or  & en  argent. 

RRR.  en  M.  B-  grec , au  revers  de  Caligula, 
frappées  en  mémoire  de  fa  confécration. 

Pi.RR.  en  P.  B.  au  revers  du  même. 

On  n’en  connoît  point  de  latines. 

DRUSÜSj  furnom  des  familles  Claudia  & 
Liyia, 


DRY 

Drusus  ( Nero  Claudius  ) frère  ce  Tibère. 

Nbro  Claudivs  Dritsus  GeRZÎASZICUS 

PRRATOR. 

Ses  médailles  font  ; 

RR.  en  or. 

RR.  en  argent. 

R.  plutôt  que  C.  en  G.  B. 

Elles  ont  été  frappées  fous  le  règne  de  Claude. 

RRR.  reftituées  par  Titus. 

RR.  reftituées  par  Domicien. 

O.  en  M.  & P.  B. 

Il  y en  a une  de  G.  B.  dans  le  cabinet  de 
Pellerm , fur  laquelle  ceux  qui  l’ont  fait  frapper, 
lui  ont  donné  Is  qualité  de  Céfar.  Elle  n’eft  pas 
à la  vérité  de  coin  romain. 

Dru  sus , fils  de  Tibère. 

Drusüs  Cæsar. 

Tiberii  Augusti  filius  divl  Augufiî  nepos. 

Ses  médailles  font  : 

O.  en  or. 

RR,R.  en  argent,  où  il  eft  au  revers  de  Tibère. 

C.  en  G.  B.  avec  fa  tête  ; on  y voit  les  têtes 
de  fes  enfans  portées  far  des  cornes  d’abondance. 

C.  en  M.  B.  de  coin  romain. 

RRR.  du  même  module  au  revers  de  Tibère. 

R.,  reftituées  par  Titus  & Domitien. 

RR.  en  M.  & P.  B.  de  colonies. 

RR.  en  M.  B.  g:  au  revers  de  Germanicus» 

RR.  en  P.  B.  grec. 

I!  y en  a une  frappée  à Sardis  , du  module  du 
M.  B.  fur  laquelle  on  voit  Drufus  & Germanicus 
afl'is  fur  des  chaifes  curules , avec  la  qualité  de 
frères. 

DRYADES,  nymphes  des  bois  : c’étoient  les 
divinités  qui  préfidoient  aux  bois , & aux  arbres 
en  générai.  On  n’entroit  jamais  dans  une  foret 
qu’on  ne  rendit  quelque  hommage  à ces  divinités 
prétendues.  Leur  condition  étoit  beaucoup  plus 
heureufe  que  celle  des  hamadryades,  qui  étoient 
jointes  fi  intimement  chacunes  à leur  arbre 
qu’elles  nailToient  & mouroient  avec  lui;  mais 
les  dryades  avoient  la  liberté  de  fe  promener  & 
de  fe  divertir  ; & pouvoient  futvivre  à la  def- 
truélion  des  buis  dont  elles  avoient  Fintendaime. 
Si  nous  en  croyons  Ovide,  elles danfoient  allez 
fouveut  autour  du  chêne  que 4’impie  Erifichthon 

abattit. 


DUC 

abamr.  avoîent  îa  liberté  de  Ce  ffiarier. 

I aufanias  du  que  la  femme  d'Arcas  j fils  de  Ju- 
piter  & de  Calyîto  , étoit  d^ade.  Virgile  femble 
aire  qu  harydice^  femme  d'Orphée ^ étoit  dryade. 

^ J ^ ^ attention  que  les  poètes 

con  ondent  afîez  fouvent  les  dryades  avec  les 
naya  es,  les  hamadryades,  &c.  Avant  de  couper 
s Stores,  il  falloir  que  les  mîniftres  de  la  reli- 
gjon  d^clarauent  que  les  nymphes  qui  y préfi- 
aoient , s en  étojsnt  retirées,  & les  avoient  aban- 
donnes. V oje^  Hamadryadês. 

Le  mot  dryade  efl;  formé  de  chêne. 

r nymphe,  fille  de  Faune--;  elle  étoit 

II  chalte  que  , pour  éviter  jufqu  a la  vue  des 
nommes , elle  ne  parut  jamais  en  public.  De  là 
vint  que  , dans  les  facrifices  qu'on  lui  offroit 

( ^ aucun  homme  d'y  afîîfier 

DtiYMO  , une  des  nymphes  que  Virgile  donne 
pour  compagne  à Cyrène  , mère  d'Ariftée. 


DUC 


fii'e  d'Euryte,  & fœur  dlole, 
mme  d Hercüie. 


^ la  renaît  leniibls.  Apres  cette-  intrigue  ^ elle 
epoufa  Ai^rémon  , dont  elle  eut  un  fils  nommé 
Amphire.  Dry  ope  fe  promenant  un  jour  près  d'un 
J , bords  e'toient  plantes  de  myrrhes 
& de  lotos , eut  envie  d’oifer  des  couronnes 
de  Heurs  aux  nymphes  de  ce  lieu.  Elle  tenoit 
entre  fes  bras  fon  fils  à qui  elle  donnoit  à teter  5 
Iprfquehe  cueillir  une  fleur  de  lotos,  quelle  lui 
donna  pour  1 amufer-j  mais  dans  le  moment  elle 
s apperçut  qu  il  fortoit  de  cette  fleur  quelques 
gouttes  de  fang,  & que  les  branches  de  l’arbre 
marquoient,  en  tremblant,  je  ne  fais  quelle  fe- 
crette  horreur.  Effrayée  de  ce  prodige  , elle 
voulut  faire  quelque  pas  en  arrière,  mais  elle 
fentit^  que  fes  pieds  épient  attachés  u la  terre 
& qu  elle  faifoit  de  vains  efforts  pour  lés  dégager. 
L écorce  montant  peu  à peu,  enve!opp.à -fout  le 
corps,  & Djyope  devint  elle-même  un  arbre  dé 
lotos.  (^_Ovid.  TOcriî.  7X.  V.  430. ) 

DSOM.  Voyér  Ckôn. 


DUC.  ^ T , , / 

■ DUX. . f dignité  de  duc  etoit 

une  dignité  romame-  fous'  le  bas  empire  ; car  au- 
paravant le  commandement  des  armées  étoit  amo- 
ViDie,  & le  gouvernement  -des  provinces  n'éto’t 
.conféré  que  pour  un  an.  Ce  nom  vient  à duceudo, 
qui  conuisit  ou  qu:  commande.  Suivant  cettéidée, 
les.  prèmiers  ducs  , duces  ^ étoient  les  duetptes 
exercituum  commanaans  des  armées  5 fous  ies.der- 
r.iers  empereurs''  les  gouvemeursedes  ■.provinéêi 
eursnt^  pendant  la  -guerre,  le  litre  de.  ducs.  Dans 
Antiquités  ^ Tome  II. 


44P 


la  fuite  on  donna  la  même  qualité  aus  gouver- 
neurs, même  en  temps  de  paix. 

Le  premier  gouverneur , défigné  fous  le  nom 
de  duc  , ell  celui  delà  Marche  Rhétique  , ou  du 
Grifons  , donc  il  eft  fait  mention  dans 
Cafiiodore.  ( Var.  VII.  4.  ) On  établit  treize  ducs 
dans  1 empire  d Orient,  & douze  dans  l'empire 
d Occident. 


E ît  OccJBseiT. 

Mauritanie. 

Séquanique. 

Tripolitainc. 

Armorique. 

Pannonique  fécondé, 

Aquitanique. 

Valérie. 

Belgique  fécondé. 
Pannonie  première. 
Belgique  première. 
Rhétie. 

Grande  - Bretagne. 


E ^ Orient. 

Lybie. 

Arabie, 

Thébaïde. 

Arménie. 

Phénicie. 

Moéfie  fécondé. 

Euphrate  & Syrie. 

Scythie. 

Paleftine. 

D.ice. 

Ofihoène. 

Moéfie  première. 

Méfopotamie. 

La  plupart  de.  ces  ducs  étoient  ou  des  géné- 
raux romains,  ou  des  defeendans  des  rois  du 
pays , auxquels  en  ôtant  le  nom  de  rois , on 
avoir  laiiTé  une  partie  de  l'ancienne  autorité, 
mais  fous  la  dépendance  de  l’empire. 

Quand  les  goths  & les  vandales  fe  répandirent 
dans  les  provinces  de  l'empire  d'Occident,  ils 
abolirent  les  dignités  romaines  par  tout  ■ où  ils 
s’établirent  5 mais  les  francs , pour  plaire  aux 
gaulois  qui  avoient  été  long-tems  accoutumés  à 
cette  forme  de  gouyernement,_fe firent  un  point 
de  politique  de  . n’y  rien  changer  ; ainfi  ils  divi- 
sèrent toutes  les  gaules  en  duchés  & comtés, 
& ils  donnèrent  quelquefois  le  nom  de  ducs,  & 
quelquefois  celui  de  comtes , comités  , à ceux 
qu'ils  en  firent  gouverneurs.  Voye^  Comte. 

DÜCAT.  L’origine  des  ducats  vient  de  Lon- 
ginus  , gouverneur  d’Italie,  qui  fe'révolta  contre 
Jufiin  le  jeune,  empereur  , fe /fit.  .duc  de  Ra- 
venne_,  & Ce.  nommà  Exarque , .ceR-i-àire  ,fans 
feigneur.  Pour  marquer  forr  indépendance  j'- il  fit 
frapperi-en.  fbn.  nom . à fon  empreinte  des 
monnoies  d’or  très-pur,  &à  24  karaîs,<qui furent 
nommés  ducats  , comme  ditProcope. 

DUCENARmS-,  Ç officier  d armee  qui  avoir 

fous  lui  deux  cents  hçromes.Les  e.mpereurs  avoient 

LU 


4^0 


DUE 


au£fi  des  ductnaires  parmi  les  procureurs  ou  ia- 

tendans,  quüs  appelloienc  procureurs-^^acMfVei  , 

larm  y procuTatorcs  d.u,ctTioTï^ » Les  ju^eS“ 
ducéjtüîi'cs  éroient  ceux  qui  avoient  deux^  cents 
fefterces  de  patrimoine  , la  moitié  du  patrimoine 
d’un  chevalier. 

Dans  les  jeux  du  cirque,  on  appeüoic  aufli 
ducénaires  les  chevaux  qu^on  louoit  deux  cents 
fefterces.  Voyei  Saumaise  furla  vie  dePertinax, 
par  Julius  Capitolinus. 

Les  infcriptions  de  Palmîre  portent  fouvent  le 
nom  de  ducénaire , en  grec 

Les  ducéncdres  étoient  encore  ceux  qui  étoient 
prépofés  à la  levée  du  tribut  Z'ççdlé  dueentefima  , 
le  deux-centième  denier. 

DUCTOR  vsxillL  leg.  Muratori  (345.  v > 
rapporte  une  infcription  dans  laquelle  un  porte- 
cnfeigne  eft  défigné  par  ces  mots. 

DUE^LP  5"  ^ ^ rcmaîne , 

ou  la  trente -fîxième  partie  d'un  tout. 

Duslle,  monnoie  des  romains. 

Elle  étoit  reprcfentée  par  ce  ligne  ü ü dans 
îe  numéraire  erariaire. 

Elle  valoit  alors 

I y ficiîiques. 
ou,  i fextuîes. 

GU , 8 fcripules. 

DuEiiE  , ancien  poids  des  romains. 

Elle  valoit  en  poids  de  France  175  grains  & f. 

Elle  valoit  en  poids  des  romains  , 

1 1 ficiîiques. 
ou,  Z fextuîes. 
ou,  Z J deniers  de  Papîrius. 
ou,  2 J deniers  de  Néron. 

©U,  8 fcripules. 
ou,  14  fextans  de  Celfe. 
ou,  16  fimplium. 
ou  , 48  ficiîiques. 

Duelle  , mefure  linéaire  des  anciens  romains. 

Elle  valoir  —ih  de  pouce  de  France , félon 
M.  Pauûon. 

Elle  valoir  en  mefures  du  même  peuplé , 

I ficilique  & h 
ou,  8 fcripules. 


D U I 

DUILIA,  famille  romaine,  dont  en  n'a  des 
médailles  que  dans  Goitzius. 

DUILLIUS  ( colonne  de  ).  Kaye^  Coloknes 
roftrées. 

DUIS  ou  plutôt  DUS , nom  d’un  dieu  adoré 
autrefois  dans  la  Grande  - Bretagne  , dans  le  pays 
d’Yorck,  & dans  les  autres  pays  cirxor.voifins  , 
dont  les  habicans  étoient  appelles  aurrefoîs  bn- 
gantes. 

On  ne  connoît  le  dieu  Duis  ou  Dus  , que  par 
l’infcription  d’un  autel  antique  trouvé  à Gieî- 
land. 

Cambden  la  rapporte  , p.  563. 

DUI  CI  BRI  G. 

ET  NUM  GG. 

T.  AV  R.  AVRELIAN 
VS  * DD  PRO  SE 
ET  SUIS  S.  M.  A.  G.  S. 

Ce  qui  Cgnifie , félon  cet  auteur  , Dui  civhath 
Brigantum  & numinibus  augufioriim  Thus  AutcUuS 
Aurelianus  dedicavit  pro  fe  ëf  fuis. 

Sur  une  autre  face  de  l’autel , on  lit  : 

A N T O N I N O 
III.  ET  G E T.  C O S S. 

Ce  qui  montre  que  cet  autel  fut  érigé  fous  le 
confulat  d’Antonin  Caracalla  pour  la  troifième 
fois , & de  Géra , c’eft  à-dire  environ  l’an  zeS 
de  J.  C.  Cambden  doute  fi  ce  dieu  n’eft  pomt 
fe  dieu  que  les  angiois  appellent  aujourd’hui  Diw, 
ou  fi  c’eft  un  dieu  topique,  génie  des  bngantes , 
& il  s’arrête  à ce  dernier  fentiment,  parce  que 
les  peuples  de  la  Grande-Bretagne  avoient  alors 
chacun  leur  dieu  : Andates  étoit  celui  de  la  pro- 
vince d’Elfex,  Bélotucadre  du  Cumberland  , 
Vitérinus  & Mogunrus  du  Nortumberland , & 
de  même  Dui  des  brigantes. 

Il  paroit  cependant  qu’il  faut  dire  Dus  ou 
Dutsy  & non  pas  Dut ^ Dui,  dans  Linfcripnon 
eft  un  datif,  dont  le  nominatif  doit  être  l’un  aç 
ces  deux  mots.  Cela  fuppofé,  le  Dus  des  bn- 
gantes  pourroit  bien  être  le  Dis  des  celtes  ou 
gaulois  j car  le  nom  eft  le  même , & il  ne  feroit 
pas  fort  étonnant  que  les  infulaires  de  la  Bretagne 
Peuffent  prononcé  un  peu  différemment  de  ce  que 
Céfar  fahen  parlant  des  gaulois.  D’ailieurs  ces 
infulaires  étoient  originairement  des  ceites  qui 


DUP 


avoient  paffé  dans  cette  ifle  : iis  avoient  mêmes 
mœurs  , même  religion , même  dieu  j Sec.  Après 
tout , Tinfcription  ne  laiffe  pas  d'avoir  fa  diffi- 
culté J car  c'eft  le  fécond  confulat  de  -Géra  qui 
concourt  avec  le  troifiènie  de  Caracaila.  Il  fau- 
droit  donc  examiner  s’il  n’y  a point  IL  entre 
GET.  & COS  S.  ou  même  j û , étant  effacé 
par  le  temps  j on  ne  trouve  pas  encore  la  place 
qu’il  occupoit. 


DULCIARIUS.\  , rr  ■ ■■ 

DULCIUM  ( connfeurs  , duLciani 

vendoient  des  gâteaux  & d’autres  confitures  fai- 
tes au  miel , appellées  dulcia. 


DULOVIÜS.  Muratori  ( içSé.  4.  y.  Thef. 
infer.  ) rapporte  les  deux  inferiptioas  fuivantes, 
trouvées  à Vaifons  , dans  lefquelles  il  eft  fait 
mention  , pour  la  première  fois  , d’un  dieu  Du- 
lovius  J adoré  par  les  gaulois. 


I — ^—p 

JNO  DÜLOVI  VIVO  S. 


DUODECIES  , dodratis , monnoie  de  compte 
des  romains. 

Elle  étoit  repréfentée  par  ce  figne  X S 

Elle  valoit 

9 onces  de  compte, 
ou  J 12  as  efifedifs. 
ou,  18  femt-onces  de  compte, 
ou,  56  ficiliques  de  compte, 
ou,  72  femi-ficiiiques  de  compte. 

DUPLARIS, 

DUPLARIUS,  > foldat romain , qui  rece 

DUPLICARIUS,  } voit  double  paie  à caufe 
de  fes  fervîces  glorieux  : duplicarii  didli , quibus 
ob  virtuîem  duplicza  cibaria  ut  darentur  , injiitutwn. 
( Varr.  de  Ung.  latin,  iv.  lé.) 


DUR 


4JI 


efij  nous  avons  befoin  de  nous  en  fervir  ouel- 
quefois  dans  notre  langue  , quand  nous  parions 
des  monnoies  & des  antiquités  romaines.  Comme 
l’«  dans  les  commencemens  pefoit  une  livre 
le  dupoaaius  alors  en  pefoit  deux  , & c’eft  de  là 
que  fon  nom  lui  fut  donné  ; mais  , quoique  dans 
la  fuite  l’on  diminuât  le  poids  de  Vas , & que 
par  conféquent  l’on  affoiblît  suffi  le  poids  du 
dupondius  ^ il  retint  cependant  toujours  fon  nom. 


Dopondiüs  , monnoie  de  compta 

des  romains. 

Elle  étoit  repréfentée  par  ce  figne  X i.  dans 
le  numéraire  dénariaire. 

Elle  valoit  alors 

I r once  de  compte, 
ou,  2 as  effeétifs. 
ou , 5 femi-onces  de  compte, 
ou , 6 ficiliques  de  compte, 
ou , 12  femi-ficiliques. 

Dupondius  , quinque  libella , monnoie  de 
compte  des  romains. 

Elle  étoit  repréfentée  par  ce  figne  H S S dans 
le  numéraire  feftertiaire. 

Elle  valoit  alors  2 as. 

ou,  4 femis  atrîs. 
ou,  y libella, 
ou,  10  fembella. 
ou,  20  téruncius. 

DupondiüS,  monnoie  des  anciens  romains. 

Elle  valut  depuis  la  fondation  de  Rome  juf- 
qu’à  l’an  qSy , deux  liv.  monnoie  aâuelle  de 
France  , félon  M.  Paufton.  C Métrologie.  ) 

DURAT UM  , dans  les  Gaules.  Dür.it. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RRR.  en  argent.  Pellerin, 

O.  en  or. 

O en  bronze. 

DURMIA  ^ famille  ro.maine  , dont  on  a des 
médailles. 

R.  en  or.  Impériales  d’Augufte. 


DUPONDIUS  , ') 

DUPONDIUM,  > poids  de  deux  livres  , 
DIPONDIUS  , 3 monnoie  valant  deux  as, 

double  as.  Ce  mot  latin  efl  compofé  de  duo , 
deux , & de  pondo  , livre  ; mais , tout  latin  qu’il 


RR.  en  argent. 
O.  en  bronze. 


Goltzius  en  a publié  quelques  médailles 
eonnues  depuis  lui. 

L 1 1 ij 


4^2  D U U 

DUB.NACUS , dans  les  Gaules.  Dornacos 
& Durnacüs. 

Les  médaüies  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RR.  en  argent. 

O.  en  or. 

O.  en  bronze. 

Le  tfpe  ordinaire  eft  un  cavalier. 

DUS.  Fbyej  Durs. 

DUSiENSj  nom  que  les  gaulois  donnoient  à 
certains  démons , que  les  .latins  nommoient  incubi 
onfauni,  & que  les  démonographes  appellent  com- 
munément inciibes,  Voyei  Incubes. 

Saint  Auguftin  ^ dans  fon  ouvrage  de  la  cité  de 
Dieu  , liv.  XV.  ckap.  XXIII.  affure  quhl  7 avoir 
de  ces  fortes  d'efprits  j qui  prenant  la  figure 
d'homme,  fe  rendoîent  fort  importuns  aux  femmes^ 
dont  ils  abufoient  quelquefois.  Nous  examine- 
rons fous  le  mot  INCUBE  J ce  qu'il  faut  pen.ier. 
de  leur  exiftence. 

’ DUUMVïR  , nom  générique  qui  fedonnoitchez 
les  anciens  romains  à plufieiirs  magilïrats^  commif- 
faires  J officiers  J lorfquhi  y en  avoir  deux  pour  la 
mêmefonciion.  Ainfi  il  y a eu  prefque  autant  de 
fortes  de  duumvirs  qu'il  y a eu  d'officiers  chargés 
deux  enfemblede  la  même  adminiftration.il  y eut  des 
dmmvirs  prépofés  à la  conftruction , à la  répara- 
tion, à la  confervation  des  temples  & des  autels. 
C'étoic  le  peuple  -qui  les  nommoir-  Tarquin  en 
créa  pour  faire  des  facrifices,  & pour  la  garde 
des  livres  des  fybilles  , duutnviri  facrorum  , & il 
les  tira  du  corps  de  la  nobleffe  , ou  des  patriciens. 
Ceux-ci  étoient  perpétuels  , & la  charge  de  duum- 
vir  leur  étoit  donnée  à vie.  Ils  étoient  exempts 
de  fervice  à la  guerre , & des  charges  impofées 
aux  citoyens  ; & l’on  ne  pouvoir  fans  eux  conful- 
ter  les  oracles  des  fybilies.  Cette  charge  dura 
jufqu'à  l'an  de  Rome  588.  Alors,  à la  requête 
de  C.  Licinius  &deL.Sextius,  tribuns  du  peuple, 
le  peuple  les  changea  en  décemvirs,  c’eft- à-dire, 
qu'  'au  lieu  de  deux  perfonnes  on  en  commit  dix 
pour  avoir  ce  foin , & l'on  ordonna  que  cette , 
compagnie  feroit  mi-partie  des  patriciens  Se.  des 
plébéiens.  Sylla  augmenta  leur  nombre  de  cinq, 
& ils  furent  appelles  qumdecimvirs . Ce  nombre 
s'accrut  encore  beaucoup  dans  la  fuite.  Se  alla 
jufqu'a  foixante  , qui  retinrent  néanmoins  le  nom 
de  quindecimvirs.  Enfin  ils  furent  abolis  fous  l’em- 
pire de  Théodofe , avec  d'autres  reftes  des  fa- 
perftitions  payenaes.  C'étoient  donc  des  officiers 
qui  confukoient  ks  livres  fybiilins  dans  le  befoin. 
Vopifciis,  dans  la  vie  d'Aurélien  , décrit  les  cé- 
rémonies qui  s'obfervoient  alors.  On  prioit  les 
du.um.virs  de  vouloir  ouvrir  ces  livres  , Se  d'y  cher- 
cher les  deftins  de  l'empire.  On  alloic  au  temple, 


D Y D 

on  feuilletoit  ces  livres , on  en  tiroit  les  vers 
que  l’on  croyoit  avoir  rapport  aux  affaires  dont 
il  étoit  queftion  5 oa  faifoit  des  iuftraticns  fur 
Rome  , Se  des  facrifices  : de  jeunes  enfans  chan- 
toient  des  vers  ; on  faifoit  auffi  un  amburbie  Se 
un  ambarvalle,  c'eft-à-dire,  une  proceiffion  autour 
d^ia  ville,  8e  une  autre  autour  des  campagnes 
( iite-Live,  liv.  V.  liv.  VL  liv.  XLI.  Vopifeus) 
CaÜgaia  ne  jugea  pas  i.ndigne  de  lui  d'être 
nommé  duumvir  fur  une  monnoie  de  Carthage  la 
neuve.  Le  jeune  Juba , accoutumé  aux  manières 
des  romains , prit  le  même  titre. 

Les  duumvirs  capitaux , capitales , furent  auffi 
appelles  uaumvirs  perdaellionis . C'étoit  une  ma- 
giftrature  extraordinaire , que  l’on  ne  créoit  qu'en 
certaines  circonftances  pour  juger  les  crimes  de 
leze  majefté.  Les  premiers  duumvhs  de  cette  ef- 
pèce  fiirenr  ceux  que  l'on  nomma  pour  juger 
Horace,  qui  avoir  tuéfafœur  , après  avoir  vaincu 
les  curiaces. 

A Rome  & dans  les  villes  municipales , les 
duumvis  ^ furnommés  capitaux,  étoient  les  juges 
criminels  , juges  des  affaires  où  il  alloit  de  la  vie 
& d'autres  peines  affiiétives.  On  appelloit  de  leur 
fenter.ee  au  peuple,  qui  feul  avoir  droit  de  con- 
firmer ie  jugement  de  mort  centre  un  citoyen. 
Ils  étoient  tirés  des  décurions.  Deux  iiéteurs 
marchoient  d.evant  eux  avec  les  faifeeaux. 

DUUMVIRS.  municipaux.  Duumviri  municipa- 
les. Les  duumvirs  tenoient  dans  les  colonies  le 
miême  rang , & avoient  la  même  autorité  que 
les  confuls  à Rome,  lis  étoient  pris  du  corps 
des  décurions.  Se  portoientia  prétexte,  ou  toge 
bordée  de  pourpre.  Cette  magiltrature  durmt 
cinq  ans. 

Vigenère  compare  les  duumvirs  municipaux  à 
nos  échêvins.  Ils  étoient  plutôt  ce  que  font  nos 
baillifs  & nos  fénéchaux. 

li  y avoir  auffi  à Rome  des  duumvirs  qui  étoient 
les  commiffaires  de  la  Marine.  Ils  avoient  le  foin 
des  vaifieaux  & des  équipages,  &c.  Ils  furent 
créés  i'an  5-4^  de  Rome. 

■DUX.  Voye?^  Dec. 

DYCTÉUS,  nom  d'un  des  quatre  chevaux 
de  Pluton.  Voye^  Al.4.stor. 

’DYDIME,  en  Icnie,  lieu  célèbre  par  un 
oracle  d'Apollcn.  Licinius  ayant  deffein  de  re- 
commencer la  guerre  contre  CoDllantm  , alla 
confulter  cet  oracle , & en  reçut  pour  réponfe 
deux  vers  d’Homère,  malheureux 

vieillurd  , ce  n'efi  point  a toi  à combattre  contre  les 
jeunes  gens , m nas  point  de  force , & ton  âge 
t'uccahle.  Jufien  voulant  remettre  en  honneur  cet 
oracle  , qui  étoic  tout- à fait  tombé,  prit  le  tkre 
de  prophète  de  l'oraele  de  Dydime, 


D Y s 

DYMACHERUS.  Muratori  ( 6î^.  15.  The/, 
infer.')  F'oyei  DiMACHÆRüS. 

DYNA  J fille  d^Evandre.  Voje^  Paiias. 

DY^ASiÆ , efpèce  de  fouverains  fubalternes, 
dont  les  hil-.onens  latins  font  quelquefois  mention 
apres  les  rois. 

DYRACHIUM ^ en  Lacorde.  Atp.  A.-aKO. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font; 

RRRR.  en  bronze.  Velkrin, 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Dyrrachium  , en  Illyrie.  Ayp. 

Le  fymoole  de  cette  ville  eft  le  double  quarré , 
ou  les  prétendus  jardins  d’Alcinoüs. 

Ses  médailles  autonomes  font." 

C.  en  argent. 

R-  en  bronze. 

O.  en  or. 


D Y S 


zance  l’appelle  , Doufares  ; S:  dit  qufil  y 

avoit  en  Arabie  un  rocher  très  - haut  de  fo'n 
nom  Ass-isîy  Dufera.  E ajoute  qu’il  étoit  ho- 
nore des  arabes  & des  dacharéniens  , qui  font 
les  memes  que  les  nabaîhéniens.  Car  il  v a une 
faute  dans  Héfychuis  ^ lorfqu’il  dit  que  les  naba- 
tneniens  honorent  le  dieu  Doufares.  Il  faut  Ere 
au  heu  de  C’eft  une  remar- 

que de  i homas  de  Pénédo  , dans  fes  obfervations 
fur  Etienne  de  Byzance  ( p.  245.  not.  c,i.  ) Hé- 
ychms  allure  que  Dujares  étoit  le  même  que 
üenys  J ou  ^acchus  ^ que  l’on  prétend  n’être 
autre  chofe  que  le  foleii. 

IShcolaüs  Loenfis,  dans  fes  , croit . 

apres  Man^le  philofophe , que  dans  Tertullien 
11^  faut  hxz  1 hyanantes  , ou  comme  Suidas, 

au  heu  de  Dj/^res.  Denis  Godefroy,  8c 
^res  lui  VolTius,  trouvent  encore  Dyfares  ou 
yuj^ares  dans  un  autre  endroit  de  Tertulüen. 
V 1.  II.  nation,  c.  8.  ) Varfudmam  maurorum 
obodane-dujfirem  arabum  ; ils  prétendent , avec  rai- 
ion  J QU  il  ^fauc  lire  3 obodan  & dujfarem  arabum^ 
La  correélion  eft  très-heureufe.  ( Vojftus,  de  idoî 
l.  II.  c.  i.p.  178.  Selden,  de  dîh  fyr.  fynt.  IL 

c.  4.  p.  193.294.) 


On  y trouve  quelquefois,  outre  fon  fymbole, 
une  vache  qui  allaite  fon  veau,  ou  un  tre'pied. 

Les  rois  de  Dyrrachium  , dont  on  a des  médail- 
les , font  Monunius  & Gentius. 

On  voit  fur  leurs  tnédariles  le  quarré  double , 
fymboie  ordinaire  de 

DYSAR'IS  ou  DïSARES,  dieu  des  ara- 
bes , dît  Tertullien  ( aval.  c.  24.  Difares.  ) Dans 
l’édition  .de  cet  écrivain,  faite  par  Aide,  on  lit 
-Diafares-,  mais  c’eft  une  faute.  Etienne  de  By- 


DYSTRE.  Dyjlrus  , cinquième  mois  fvro- 
maceaqnien  , qui  répond  à mars  en  commençant 
quatre  jours  plutôt.  ( Chaflelain , Eus'ébe , hijî, 
ecclef.  l.  Elll,  c.  3.  fi?  kiérolexicon  de  Macry.  ) Le 
Dyjtre  repondoit  au.  mois  de  février  chez  les 
macédoniens,  les  grecs  d’Afie,  à Ephèfe,  à 
i ergame  , &c. , & au  mois  de  mars  chez  les 
macédoniens  de  Syrie,  à Gaze,  chez  les  arabes 
orientaux.  A Tyr  il  étoit  aufll  le  cinquième  mois  j 
mais  il  répondoit  au  mois  d’avril , & de  même 
dans  la  Lycie^  auflî-bien  qu’à  Sidon.  Chez  les 
acheens  c etoit  le  troifieme  mois  , & il  répondoit 
à mars.  ( Fabricii  menolog.  p.  42.  44.  46,  47.  48,  ) 


E. 


« & E.  Il  çft  difficile  d'établir  une  règle  dans 
la  icience  Nunaifinacique  , fur  le  temps^  où  i un 
de  ces  deux  E a été  employé  de  préfersnce^_a 
l’autre.  Voici  ce  que  les  auteurs  de  la  nouvciie  . 
Diplomatique  ont  dit  a ce  fujet. 

cc  e....  Ce  caraftère  oncial  commence  au 
ob’S  tard  à fe  montrer  fur  les  médailles  vers  le 
mHieii  du  IIL  fiècle.  Quoiqu’il  ne  fût  pas  encore 
ordinaire  fur  la  fin  de  ce  fiècle  & au  commence- 
ment du  fuivant , il  fe  iaüTe  voir  affez  fouvent. 
On  le  trouve  fur  plufieurs  médaillés  de  uadien  , 
d’Aurélien  , de  Probus , & dans  quelques  autres. 
Mais  comme  il  ne  s’y  montre  qu’en  qualité  de 
lettre  détachée  , foit  figie  , foit  nombre  , & que 
bien  d’autres  lettres  grecques  s y rencontrent  ega- 
lement , on  peut  douter  fi  cet  S n eft  pas  une 
lettre  grecque.  Ce  qui  pourroit  prouver  le  con- 
traire, c’ell  i''.  que  parmi  ces  lettres  ^ plufieurs 
latines,  qui  ne  fauroient  fe  confondre  avec  les 
crecGues  , fe  produifent  auffi  fur  les  rangs  égale- 
ment ifolées.  2°.  Ce  qui  paroit  plus  concluant, 
ou  du  moins  plus  probable,  c’eft  que  bientôt  api  es, 
ces  Ê entrèrent  dans  le  corps  meme  des  mots  latins 
fur  les  médailles.  On  en  compte  plus  de  trente 
avant  I)ioclétien  , dans  la  feule  colledion  numif- 
m.atique  de  Banduri.  C’ell  donc  faute  d ei^rnen  , 
que  le  P.  Lupi,  iéfuite,  dit  que  ce  caradere  a 
été  rarement  employé  avant  le  V.  fiecle 

L’obfervation  fuivante  démentira  leur  opinion , 
8c  montrera  le  danger  que  l’on  court  en  genera- 
lifanr  trop  les  faits  paléographiques. 

Un  beau  médaillon  d’or , porte  d’un  côté 
les  têres  de  Ptolémée  Lagus  & de  fa  femme, 
au  revers  celle  de  Ptolémée  Philadelphe  avec 
fon  époufe.  On  voit  à la  tête  l’e  employé,  & 
au  revers  l’E-  Les  deux  fe  voient  aufli  dans  le 
pfipkifme  de  Géla , une  des  plus  anciennes  inf- 
criptions  grecques , faite  long-temps  avant  Aga- 
thocle. 

E grec  & H. 

Les  noms  grecs  terminés  en  ? , que  nous  faifons 
paiTer  dans  notre  langue , changeur  feulement  ïr  en  é 
fermé  ou  mafculin.  Cette  règle  n’eft  cependant 
pas  générale  ; car  les  noms  qui  font  d’un  ufage 
commun  , prennent  l'c  muet  ou  féminin  , comme 
Hékne  , Melpomène,  Terpfichore.  Ceux  au  con- 
traire qui  font  moins  ufîtés , ont  ï'é  fermé , tels 
font  Agavé  , Zété  , Arfinoé,  Arété  , Daphné  , 
Até , 5cc, 


E pour  AE.  rojei  AE.  On  ie  trouve  fréquesa- 
ment  dans  les  infcriptions. 

E numéral. 

On  trouve  dans  plufieurs  diélionnaires , que 
la  lettre  E étoit  chez  les  anciens  une  lettre  nu- 
mérale , qui  fignifioit  2Jo,  fuivant  ce  vers. 

£ quoque  ducentos  & quinquaginia  tenehit. 

Mais  il  faut  remarquer  que  ce  n’eft  pas  chez 
les  anciens  que  cet  ufage  des  lettres  latines  numé- 
rales a eu  lieu.  Ifidore  de  Séville  , auteur  du  fep- 
tième  fiècle  , le  dit  en  termes  exprès  au  premier 
livre  de  fes  origines  , chap.  5.  Latîni  autem  na~ 
TTicTos  üd  litttTüs  TioTi  coTTîpuîüTîtm  Cct  ufagc  fut  in- 
troduit dans  un  temps,  de  barbarie  & d’ignorance. 
Du  Cange  a pris  foin  d’expliquer  cet  ufage  au 
commencement  de  chaque  lettre  de  Ton  favant 
gloffaire  latin-barbare.  Mais  les  faifeurs  de  diétion- 
naire  qui  l’ont  fuivi  & qui  ne  l’ont  point  entendu  , 
ont  dit  qu’on  trouvoit  cette  explication  des  lettres 
numérales  dans  Valérius  Probus.  Du  Cange  ne  le 
dit  point,  mais  il  affure  feulement  qu'on  trouvoit 
cette  explication  à la  page  1683  du  recueil  des 
anciens  grammairiens  , entre  lelquels  font  Valérius 
Probus  , & Pierre  Diacre.  Habetur  vero  illud  cum 
Vakrio  Probo , Paulo  Diacono  j ( il  falloit  dire , 
Petro  Diacono  ) &•  aliis  qui  de  numeris  fcripferunt , 
editum  inter  grammaticos  anticos.  Cette  édition  eft 
de  Wékel  , in-4'’.  de  l’an  léey. 

E.  {Diplom.  des  chartes.')  On  peut  diviferles 
différens  é employés  dans  les  infcriptions  & dans 
les  chartes , en  fept  grandes  fériés. 

cc  L’antiquité  latine  n’a  rien  de  plus  ancien  que 
les  E de  la  I.  grande  férié  ; ils  font  inclinés , i vers 
la  gauche;  2°.  vers  la  droite;  3'^.  à traverfes , fur- 
tout  inférieures,  horizontales  ; 4^’.  obliques  ; y®, 
courbées,  particuliérement  vers  le  haut;  6 . vers 
le  bas  • 7°.  fuivant  l’un  & l’autre  fens.  La  cinquième 
fous-férie  eft  caraaérifée  par  les  prolongations  de 
la  hafte  , foit  en  deffus  , foit  en  delicus  , foit 
en  l’une  ou  l’autre  manière  à la  fois.  Quelques  h 
de  cette  férié  font  moins  anciens  que  les  autres , 
& ils  étoient  fort  en  ufage  chez  les  efpagnols , 
aux  VIL  & VIII.  fiècles. 

Les  E de  la  II.  férié  font  réguliers , ou  du  moins 
tranchent  quelques-unes  de  leurs  traverfes.  Veux 
oui  font  à la  tête  des  deux  premières  fous-ieries 
paffent  le  fécond  fiècle  ; les  fuivans  font  plus 
n^odernes,  prefque  en  raifon  de  leur  rang,  ire- 


E A C 

trûère  fous-férie  ^ terminés  par  des  rondeurs  ou 
tranchées  en  talus  ; deuxième,  par  des  ibmmets 
& des  bafes  ; troifîème , irréguliers , fans  être 
moins  anciens. 

La  nr.  diviSon  donne  dans  les  anomalies  les 
plus  extraordinaires.  Il  ny  en  a de  récentes  que 
dans  la  première  fous-férie  , ainfi  que  dans  la  qua- 
trième : les  autres  doivent  être  au  moins  reculées 
jufqu'au  moyen  âge.  Première  fous-férie  : E en  F ; 
deuxième  , fans  traverfes  intérieures  & fupérieures  , 
& quelquefois  renverfés  ; troilîème  , en  I ; qua- 
trième , en  H ou  E long  des  grecs  ; troifième  j en 
C quarré. 

L'e  oncial  & Ve  mînufcule,  contenus  dans 
la  IV,  grande  férié,  peuvent  être  fuppofés  def- 
cendus  de  TE  en  forme  d’/,  plus  ou  moins  courbée  ; 
1°.  en  /courbée;  a°.  E onciaux  ou  ronds  des 
anciens  tems  ; 3".  continués  jufqu'’au  XII.  tiède, 
avec  des  courbures  particulières  dans  la  traverfe 
& autres  parties  ; 4°.  e minufcules  & curfifs  avant 
le  gothique. 

La  V.  férié  n'admet  que  des  E femblables  à 
deux  c , pofés  Tun  fur  Eautre. 

La  VI.  eft  toute  entière  livrée  au  gothique  ; 
1°.  E en  forme  de  Bordinaire;  2®.  à contre  fens; 
3°.  E plus  ou  moins  en  O,  ouverts  ou  non,  joints 
à des  C J & traverfes  horifontalement  ; 4°.  en  a 
curfifs  , coupés  par  une  traverfe.  Plufieurs  de  ces 
caraétères  appartiennent  au  XI.  fiècie  , nouvelle 
preuve  contre  le  P.  Hardouin  de  l'antiquité  de 
î'é  grec  fermé  quarrément;  5°.  fermés  par  une 
ligne  droite  , ou  unpeu  concaveen  dehors  ; 6'^.  en 
D tranchés  par  le  milieu  ; 7°.  femblables  à des  D 
contournés,  ou  à des  a curfifs , avec  traverfe  me- 
née de  droite  à gauche,  & terminée  dans  la  panfe  ; 
ces  deux  fous- fériés  font  propres  à rEfpagne  ; 
S**,  coupés  par  une  perpendiculaire  unie  , du 
moins  à la  traverfe  ou  en  ovale  ; 9°.  obliquement 
traverfés;  10°.  tenninés  par  une  ligne  doublement 
courbe. 

Nous  ajoutons  pour  VIL  férié , les  e minuf- 
cules gothiques  des  XIV.  & XVI.  fiècles.  ( Nouv. 
dlplomat.  t.  II.  p.  318.)  » 

EACÉES , fêtes  & jeux  folemneîs  qui  fe  cé- 
lébroient  à Egine  , en  l'honneur  d'Eaque  , ancien 
roi  de  cette  ille.  Les  vainqueurs  dépofoient  dans 
fon  temple  les  couronnes  de  fieurs  qu'ds  avoienc 
obtenues.  ( Pindar.  fcholiafi.  nem,  od,  VI). 

EACIDE  , nom  qu'on  donne  fouvent  à Achiile 
& à Pyrrhus  fon  fils,  parce  qu’ils  defcendoient 
d'Eacas.  Paufanias  remarque  que  prefque  tous  les 
Eacides  furent  tués.  On  donnoit  aulfi  ce  nom  à un 
des  fils  de  Pyrrhus  & d'Andromaque.  Voyei  An- 
BB.OMAQUE. 


E A Q 

EAKCS.  Foyrj  VoiLE. 


4y> 


EA.NLS,  Janus  ètoit  ainfi  appelle,  dit  Mrs- 
crobe  , tzh  eunao , parce  qu'il  va  toujours,  étant 
pfjs  pour  le  monde  , ou  le  ciel  qui  tourne  perpé- 
tueiiement.  De-là  vient , ajoute  le  même  auteur, 
que  les  phéniciens  expriment  cette  disrinité  par 
un  dragon  , qui  fe  tourne  en  cercle  , & qui  mord 
& dévore  la  queue , pour  marquer  que  le  monde 
fe  nourrit , fe  loutient,  & fe  tourne  en  lui-même. 
C efl  aufli  pour  la  même  raifon  que  les  romains  le 
repréfentoienr  regardant  de  quatre  côtés.  Il  y avoir 
à Rome  des  faliens,  miniftres  de  Janus,  & qu'on 
appeiioir  aufli  Eanis , du  furnom  de  Janus. 

EAQUE,  fils  de  Jupiter  & d'Egine,  naquit 
dans  i’iiie  d'Egine  , dont  il  fut  roi.  La  réputation 
qu'il  acquit  d'être  le  prince  le  plus  équitable  de 
fon  temps , lui  mérita  chez  les  poètes  une  place 
parmi  les  juges  d'enfer,  entre  Minos  & Kada- 
manche.  li  fut  chargé,  dit-on  , déjuger  les  morts 
de  l'Europe.  Etant  le  fruit  d’une  des  infidéhtés 
que  Jupiter  faifoit  fouvent  à Junon,  cette  déefle 
le  perfécutâ  , comme  les  autres  entans  de  fon 
mari.  Furieufe  de  voir  le  nom  d'Egine  fa  rivale  , 
confacré  par  la  dénomination  de  l'ifle  , à laquelle 
on  l'avoit  donnée  , s'en  vengea  , en  faifant  périr 
tous  les  peuples  qui  l'habitoient , par  la  pefie 
la  plus  cruelle.  Mais  Jupiter  répara  ce  mal  par 
le  prodige  dont  on  parlera  au  mot  Myrmidons.. 
Ce  qui  augmenta  la  réputation  de  ce  prince , 
c'eft  que  i'Attique  étant  affligée  d'une  grande 
féchereffe  , on  recourut  à l'oracle,  qui  répondit 
que  ce  fléau  cefferoit  dès  que  Enque  deviendroit 
l'interceffeur  de  la  Grèce.  Ce  prince  offrit  des 
facrifices  à Jupiter  , & il  furvint  une  grande  abon- 
dance de  pluie.  Les  éginètes , pour  conferver  la 
mémoire  de  cet  évènement  ,qiii  faifoit  tant  d’hon- 
neur à leur  prince  , élevèrent  un  monument  nommé 
Véacée  , où  étoient  les  flatues  de  tous  les  députés 
de  la  Grèce,  qui  vinrent  pour  ce  fujet  dans  leur 
ifle.  Les  athéniens  fe  préparant  à une  expédition 
contre  Egi.ne , donc  les  habhans  ravageoient  les 
côtes  de  l'Aittique , envoyèrent  à Delphes  con- 
fulter  l'oracle  fur  le  fuccès  de  leur  entreprife. 
A.pollon  les  menaça  d'une  ruine  entière  , dit*  Hé- 
rodote , s’ils  faifoie'Dt  la  guerre  aux  éginètes  plutôt 
que  dans  trente  ans  ; mais  ces  trente  ans  pafl'és , 
iis  n'avoient  qu'à  bâtir  un  temple  à & 

entreprendre  la  guerre  , 8c  alors  tout  leur  devo^ 
réufiir.  Les  athéniens  qui  brûloient  d'envie  de  fe 
venger,  coupèrent  l’oracle' par  !a  moitié:  ils  n'y 
déférèrent  qu'en  cequi  regardoitle  tempied’Eijjf'e, 
Sc  ils  le  bâtirent  fans  retardement  ; mais  pour 
les  trente  ans,  ils  s'en  moquèrent;  ils  allèrent 
aufll-tôt  attaquer  Egine  , 8e  eurent  tout  l'avan- 
tage. Eaque  eut  deux  femmes,  premièrement  En- 
G^ide  ouEndéis  , dont  il  eut  Pé'ée  Sc  Télamon. 
Il  la  répudia  pour  époufer  Pfammathé , Tune 
des  Néréides,  dont  ii  m^Phoeus.  As  ope. 


E A S 

Egine  ^ ExdéÏs  , Juges  des  enfsrs,  Mvr- 
51IDONS , Pelée  , Phocus  , Psammothé  , 
Telamon. 

Le  feui  monument  qui  nous  relie  du  culte 
rendu  à £aque  , eir  Tinfcription  fuivanre.  ( Mura- 
torl.  897  ). 

C I L I U s 
C A E N O N I S 
F.  A P U L ü S 
A E A C O 

V.  S.  L.  M. 

Stace  , dans  deux  endroits  de  fes  pcélies , a 
donné  à Èaque  l’urne  , qu’ailleurs  il  avoir  déjà 
placée  dans  les  mains  de  Minos.  ( Stat.  Sylv.  lib. 

2&3.) 

hnmenfis  urnam  qttaïit 

„ Aeacus  umbris . 

.5  • .1.  . Si  qtiis  cü'/i^cius  unqucim 

5,  Mcttrîs^  Çÿ  inferna  rigid’tmtimet  Aeacun  ttrna. 

Properce  l’a  imité,  & ne  parle  que  à£aq-M. 
{ Eleg.  20.  Ub.  Z.  ) 

,,  Inferno  damnes , Aeact , judicio, 

Juvenal  de  même.  . 

,,  .......  Qtias  torqueat  umhras 

,,  Aeacus 

U eft  facile  d’expliquer  cette  contradiction  appa- 
rente , en  faifant  attention  à la  patrie  des  morts  dont 
parlent  ces  trois  poètes,  qui  étoient  latins  & qui  écri- 
voient  pour  des  européens.  Platon  donne  en  effet 
pour  juge  aux  peup’es  de  cette  partie  du  mondsEûque 
fepl,  Sc  Rha'dam ante  eft  prépofé  au  jugement  des 
aüariques  & des  africains  : dès  lors  il  étoit  na- 
turel que  des  romains  redoutaffent  l’intégrité 

Eaque  ^ fans  faire  mention  de  RhadamanteT 

EASPEPi,  déeffe  des  anciens  Taxons.  Enfler. 
Bochart , quî  avoit  entrepris  de  rapporter  les  an- 
ciennes origines  à la  langue  & à là  doctrine  dés 
phéniciens  , précendoit  que  cette  Eafler  êtoit  la 
même  qu’Âftarté.  Ses  fêtes  fe  célébroient  au  com- 
mencement du  printemps',  & de  là  vient  eue  1rs 
taxons  appelloient  Eafler  1^  moîs  auquel  on  cé- 
lébrait la  paque.  Skinnerus  ne  s’éloigne  pas  beau- 
coup de  ce  lentiment,  dans  Ton  étymologie  de 
la  langue  angioiie.  f Huet  },  Bochart,  pour  rau- 


E A U 

procher  ce  mot  de  celui  d’ A flatté , dit  Æflar , 
ou  Eafler-,  mais  Bede  , (i.  de  temporibus  ) d’oùs 
Bochart  a tiré  ceci,  dit  Eafler , & ne  dit  Eafler. 
Il  eli  vrai  que  la  prononciation  A‘Eafler  & celle 
d’ÆJler  , diffèrent  peu  aujourd’hui  en  angîois.  C’é- 
toit  le  mois  d’avril  , que  les  Taxons  appeloient 
Eafler  monta  -,  & les  anglois  appellent  encore 
aujourd’hui  les  fêtes  de  pâques,  Eafter-time , le 
temps  Eafler.  ( Chanaan.  Bochart  ^ c.  41.) 

Ce  mot , dit-on , vient  de  réTurreâion , & 
c’ell  pour  cela  que  les  détracteurs  de  la  religion 
chrétienne  lui  reprochent  de  tenir  la  célébration 
de  la  pâque  des  éaftrées  gauloiTes,  ou  fêtes  de 
la  déeffe  Eafler . ou  Eaflre. 

EAU.  Cet  élément  a été  une  des  premières 
divinités  du  paganiTme.  Thaïes  de  Milet , après 
les  anciens  philofophes , enfeignoit  que  Veau,  étoit 
!e  principe  de  toutes  chofes  , qu’elle  avoit  la  meil- 
leure part  à la  production  des  corps  , qu’eilc 
rendoit  la  nature  féconde,  qu’elle  nourriffoit  les 
plantes  8e  les  arbres  , 8e  que  Tans  elle , la  terre 
sèche,  brûlée,  8e  Tans  aucun  Tue,  demeureroit 
Itérile,  Se  ne  préfenteroit  qu’un  défert  affreux. 
Les  grecs  avoient  pris  cette  opinion  des  égyptiens. 
En  effet  J comme  les  égyptiens  voyant  le  Ni! 
cauTer  la  fertilité  de  leurs  terres,,  pouvoient 
s’imaginer  très-naturellement  que  Veau  eft  le  prin« 
cipe  de  toutes  chofes.  Auffi  avoient-iis  Veau  en 
grande  vénération  , 8c  ils  fe  diftinguoient  même 
dans  ie  cuite  qu’ils  rendoient  à cet  élément,  dit 
S.  AthanaTe,qui  étoit  égyptien.  Hydria, 
Nil. 

Les  anciens  perfes  avoient  un  très-grard  ref- 
peCî:  pour  Vea-u.,  lui  offroient  des  Tacrifices,  8c 
pouffoient  même  ia  Tuperftition  , félon  Hérodote  , 
juTqu’à  n’ofer  cracher  dans  l’^aa,  s’y  baigner, 
s’y  laver  les  mains,  y jetter  ia  moindre  ordure, 
non  pas  même  s’en  fervir  pour  éteindre  le  feu. 
Les  grecs  Sc  les  romains  étoient  trop  Tuperftitieux 
pour  n’avoir  pas  adopté  le  culte  rendu  aux  eaux. 
L’anuquité  nous  fournit  mille  exemples  de  ce 
culte  rendu  chez  eux;  leurs  temples  renfermoient 
les  ftatues  des  fleuves  & des  fontaines  comme 
celles  des  autres  dieux  ; on  leur  avoit  confacré 
des  autels  , 8c  on  .leur  y faifoit  des  libationsSc 
des  Tacrifices.  En  général  , les  anciens  croioient 
que  les  eaux  de  la  mer  8c  des  fleuves  avoient  la 
vertu  d’effacer  les  péchés.  Non , je  ne  pertfepas, 
dit  Sophocle,  que  toutes  les  eaux  du  Danube 
du  Pkafe  puijjent  laver  toutes  les  horreurs  àe  la  dé- 
plorable maifon  de  Labdacus.  Du  culte  tendu  à Vmuu 
en  général,  on  defeendit  aux  eaux  de  la  .mer, 
des  fleuves  8c  des  fontaines  , ou’on  voulut  Tpé- 
cia'ement  diyinifec.  Enfin,  on  créa  un  dieu.Tou- 
yer.àin  des  eaux,  8c  ie  maître  des  autres  divinités 
ÊGiiatiques-  Foycj'  Neptune  , Nymphes. 

eau 


EAU 


EAU  LUSTRALE.  Ce  n’étoîr  autre  chofe 
que  de  Veau  commune , dans  laquelle  on  érei- 
gncit  un  tifon  ardent , tiré  du  foyer  des  facri- 
fices.  c..ette  enu  (e  tenoit  dans  un  v^afe  que  Ton 
plaçoic  à la  porte  , ©u  dans  le  veifibule  ties  tem- 
pics  & ceux  qui  y entroient , s'en  laroient  eux- 
memes  , ou  s'en  faifoient  laver  par  les  prêtres  , 
croyant  avoir  par  là  le  cœur  purifié  pour  paroîcre 
devant  les  dieux.  Quand  il  y avoir  . un  mort  dans 
une  maifon,  on  mettoit  à la  porte  un  grand  vafe 
d eaa  lulbrale  J apporté  de  que'qu'autre  maifon  , 
ou  il  n y avoir  point  de  morts  : tous  ceux  qui  ve- 
noient  à la  maifon  de  deuil , s'afpergeoient  de 
cette  eau.  en  fortant  : on  s’en  fervoit  encore  pour 
laveries  corps  des  morts.  Voyf)^  Néocores. 


Dans  la  feptième  chambre  de  Portici,  on  voit 
parmi  lés  monumens  de  marbre  trois  vafes  quar- 
rés,  creufés  en  rond  ^ dont  les  bords  font  tra- 
vaillés avec  délicatelTe , & oui  fervoient  dans  les 
temples  à mettre  Veau,  luflrale. 


EAU  chaude.  Chaud  (boire). 

EAU  enivrante.  Les  anciens  en  font  foavent 
mention  comme  d’un  phénomène  miraculeux  & 
relatif  au  culte  de  Bacchus.  Nous  favons  au- 
jourd’hui que  les  eaux  gazeufes  ont  un  goût 
piquant,  & renferment  une  vapeur  enivrante 
^mme  le  vin  5 telle  eft  l’explication  des  mira- 
cles de  Bacchus. 


EAUX  & forêts. 


Les  romains  qui  avoient  emprunté  des  grecs 
une  partie  de  leurs  ioix,  avoient  établi  plufieurs 
règles  par  rapport  au  droit  de  propriété  ou 
d’ufage , que  chacun,  pouvoir  prétendre  fur  Veau 
des  fleuves  & des  rivières , fur  leurs  rivages , 
fur  la  pêche  & fur  d'autres  objets  qui  avoient 
rapport  aux  eaux. 

La  confervation  & la  police  des  forêts  & des 
bois  paroiffenc  fur-tout  avoir  toujours  mérité  une 
attention  particulière,  tant  à ca'ufé  des  grands 
avantages  que  l’on  en  retire  par  les  différens  ufa- 
ges  auxquels  les  bois  font  propres , & fur-tout 
pour  la  chaffe,  qu’à  caufe  du  long  efpace  de 
temps  qu’il  faut  pour  produire  les  bois. 

Axufîi  voit-on  que  dans  les  temps  les  plus  re- 
culés il  y avoir  déjà  des  perfonnes  prépofées 
pour  veiller  à la  confervation  des  bois. 

Ariftote  defire,  dans  toute  république  bien 
ordonnée,  des  gardiens  à&s  forêts , qu’il  appelle 
vxàfot , fylvarum  cufiodes. 

Ancus  Martius,  quatrième  roi  des  romains, 
réunit  les  forêts  au  domaine . public  , ainfi  que 
le  remarque  Suétone. 

Antiquités  , Tome  II, 


EBE 


4Î7 


Entre  les  ioix  que  les  décemvirs  apportèrent 
de  Grèce  , il  y en  avoit  qui  traitoieiit  de  glcr.de ^ 
arboribus  & pesorum  paflu. 


Ls  établirent  mê.me  des  magiitrats  pour  la  garde 
& la  confervation  des  forêts , & cette  cemmuTion 
tut  quelquefois  donnée  aux  confu's  nouvellement 
créés,  comme  il  fe  pratiqua  à l’égard  de  Bibulus 
& de  Juie-Céfar , lefquels  étant  confuls,  eurent 
le  gouvernement  général  des  forêts , ce  que  l’on 
défignoit  par  tes  termes  de  provinciam  ad  fylvam 
&“  coLés  ; mais  Cefar  en  fut  très-choqué,  parce 
que  cet  emploi  n’étoit  pas  compté  entre  les  plus 
relevés.  Suétone,  qui  raconte  ce  fait  dans  la  vie  de 
Cefar  , appelle  cet  emploi  provincia  minimi  ne- 
gotii. 


Les  romains  établirent  dans  la  fuite  des  gou- 
verneurs particuliers  dans  chaque  province  pour 
la  confervation  des  bois  , & firent  plufieurs  loîx 
à ce  fujet.  Ils  avoient  des  fcrelHers  ou  receveurs 
établis  pour  le  revenu  & profit  que  la  république 
percevoir  fur  les  bois  & forêts  , & des  prépo'fés 
à la  conferv'ation  des  bois  8c  forêts  ne'cefiaires  au 
public  à divers  ufages.  A.lexandre  Sévère  les 
confervoit  pour  les  thermes. 


ÉBAGES.  Les  gaulois  de  certains egfltons  nom- 
moient  ainfi  leurs  druides. 


EBAOMAFENHS. 

EBAOMH. 

le  feptième  jour  de 
l’honneur  d’Apollon  , appeiîée  e/sAo^î).  Us  chan- 
toient  des  hymnes  en  fon  honneur,  en  portant 
des  gâteaux  8c  des  branches  de  laurier.  De  là 
vint  à Apollon  {Flutarc.  fymp.  lib.  8.)  le furnom 
'S.giê'ap.iiy'irrii.  Héfiode  ( oper.  &■  dies  768.  ) dit  que 
le  feptième  jour  du  mois  étoit  confacré  à Apollon, 
parce  qu’il  naquit  ce  jour-là. 

EBENE.  Pompée  fut  le  premier  qui  apporta 
en  Italie  l'ébene.  Ce  fut  à fon  retour  d’Afie , 
après  la  défaite  de  Mithridate.  Paufanias  ( Arcad.) 
dit  qu’il  y avoit  en  Grèce  plufieurs  ftàtues  des 
dieux  faites  Pline  l’alTure  d’après  Mucien 

de  la  Diane  d’Éphèfe. 

ÉBON. 

Neptune  , & principalement  Bacchus  , font 
connus  par  le  fymbole  des  têtes  de  taureau  à 
face  humaine  , 8c  portent  alors  le  nom  d’ÉBCN- 

■Macrobe  ( Satum.  lib.  I.  c.  XVIII.  ) en  par- 
lant de  ce  dieu  , dit  : liheri  patris  ftmulacra  par- 
tim  puerili  &tate  , partim  juvenili  fingunt  : prsterte. 
harbatâ  fpecie  , fenili  quoque  uti  grsci  ejus  quam 
Bacchopaan  , itemque  Brifea  appellant  ^ Ip  ut 


^ Les  athéniens  céîébroient 
s mois  lunaires  une  fête  en 


(♦)  Dans  d’auires  éditions  BiZcciptiZ , Meurfius  croit  qu’il 
font  Bsjfarec  au  jisu  de  Batce^ea, 

M mtR 


458  EGA 

în  camparâa  neaüolha.nî  celehrant  EBOÎ'îA  COgno- 
mlnantes . Caouccio  ( Wi-  I-  . ) dans  fon 

hiftoire  de  Naples,  rapporte  cette  infcription 
grecque. 

HBONI  EniOANESTATiî 
0 E 12, 

Ebon^  Dieu  très-iUuflre. 

Le  fdvant  Mazocchi  (//L  1.  s.  III,  §.IV.  n°. 
If  .J  dans  fes  Origines  P&ftan&,  prétend  que  cette 
êgure  de  taureau,  que  Ton  trouve  fi  commnné- 
menî  fur  ies  monnoies  de  Naples  & de  la  grande 
Grèce,  fous  les  noms  à'Ebona  & de  Bacckus 
Tanhenopée  , repréfente  Neptune,  qui  dans  Hé- 
fiode  eft  appelié  T^afsas-,  Taurinus^^  ( Caylus  IF^. 
■p^  i6f.  ) Ft^'ei  Bceuf  a tête  humaine. 

EBBRA,  dans  le  Portugal,  ebor. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  latines 
en  rhonneur  d'Augufte. 

EBURARIUS.  On  trouve  ce  mot  employé 
pour  eborarius  dans  une  infcription.  ( fpon.  mifc. 
erud.  Ant.  feS,  VI.  p,  222.) 

Q.  COKSIDIUS  EUMOI.PUS 
F A.  B E R E B U R A R. 

EBURNUS  , furnom  delà  famille  Fabia. 

EBURONES ^ dans  lés  Gaules.  Eburo. 

Les  médailles  autonomes  de  ce  peuple  font  : 

RR.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  br. 

E BUR,0  VICES ^ dznshs  gaules.  Ibrvix. 

Les  médailles  autonomes  de  ce  peuple  font: 

RRRR.  en  bronze.  Pellerin. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

ECAILLE.  Pline  ( lii.  i6.)  p3,rlt  écaille  de 
tortue,  dont  on -ornoit  les  tables,  ies  lits,  8cc. 
■Il  sjo'ùte  que  fous  le  règne  de  Néron  , les  ro- 
mains teignirent^ cette  écaille,  & crurent  ajouter 
un  grand  prix  à fa  valeur  primitive , en  lui  don- 
nant la  couleur  & les  aceidens  nuancés  de  l'érable 
( acer)^  du  Cèdre  ,&  de  rarbxe  quils.appeJloxeiit 

citrea. 

ÉCA.RLATE.  Coccus, 


E C D 

jEC^SrOiî,  jurement  que  les  anciens,  & leurs 
femmes  en  particulier,  emplcj^oient  fouvent. 
C'étoît  l’abrégé  de  per  s.dem  Caftcris  , par  le  tem- 
ple 4e  Cafior.  Quelques  philologues  ont  voulu 
établir  une  différence  entre  ce  jurement  qif  iis  at- 
tribuoient  exclufivement  aux  femmes,  & Ædepol^ 
par  le  temple  de  Pollux.  Mais  on  peut  affurer 
que  cette  différence  eft  chimérique  ; car  il  eft 
certain  que  les  hommes  & les  femmes  juroient 
par  le  temple  de  Pollux.  Ædepol,  quod  jusjurandum 
eft  per  Pollucem  , viro  & foemina.  commune  eft  , dit 
Àulugeile  ( liv.  XI.  ckap.  é.)  Il  eft  bien  vrai  que 
ce  même  Aulugeile  dit  ailleurs,  que  le  jurement 
par  le  terme  Ecaftor , étoit  particulier  aux  fem- 
mes". Mais  il  s’ eft  alors  trompé  ; car  un  .Homme 
jure  Ecaftor  dzns  Plaute  i ( Aftnar.  aS.  5.  fc.  2. 
V 80.  ).  Yoyfz.  mémoires  de  l'académie  des  infcrip- 
tions  , tome  I.  Ce  qu’il  y a de  plus  certain  , c’eft 
que  ies  femmes  ne  juroient  point  par  Hercule  : 
elles  ne  difoient  point  mehercley  le  fcholiafte  d’Au- 
lugelle  croit  que  c’étoit  parce  qu’une  femme 
avoir  trompé  Hercule , & par  là  avoir  été  caufe 
de  fa  mort.  Giraldi  en  donne  une  meilleure  rai- 
fon  ; c’eft  parce  qii’Hercule  avoir  défendu  qu’au- 
cune femme  afiîftât  aux  facrîftces  qu’on  lui  offri- 
roit , depuis  qu’une  ficilienne  lui  avoit  refiifé  à 
boire  lorfqu’il  avoir  grande  foif. 

SlîSiA.’  } 

ECCERE  , per  Cererem  , jurement  des  latins  ^ 
analogue  aux  autres  , tels  que  Ædepol,  Ecaftor. 

Les  anciennes  glofes  l’appliquent  à Cérès  : 
eccerc  , xara  rns  AîîKîjrpüs-.  Terence  s’en  eft  fervi 
dans  le  Rkormion,  act.  z.  fc.  2.v.  j. 

G.  obfecroet,  FK.  f rogabit.  G,  in  îefpes,  P.  eccers, 

ECCRITUS,  roi  d’CEchalie , père  de  la  belle 
Omphâle,  maîtreile  d’H&rcule.  Vcyeq^  Omphaie. 

défendre  les  intérêts  des  villes  , comme  nos  pro- 
cureurs ou  fyndics  modernes.  Pline  le  jeune  en 
fait'mention.  ( Ub  10  epijï.  3.) 

ECDUSIES  , fêtes  inltituées  en  l’honneur  de 
Larcne,  qui  fe  céJébroient  à Phefîus , ville  de 
Crète.  Un  citoyen, de. cette  ville,  nommé  Lam- 
prus  , voyant  que  fa  fortune  ne  fiiffifoit  pas  pour 
foutenii  fa  noblefie,  ordonna  à fa  femme,  ^qai 
étoit  enceinte,  de  faire  mourir  l’enfant ,,  fi  c’étoic 
une  fiüe.  Après  cela,  il  retourna  vifiter  fon 
troupeau.  Pendant  fon  abfence  fa  femme  accou- 
■cha  d’une  'fille  ; -mais  la  tenoreife  maternelle  1 em- 
portant fut  i’obéhTance  qu’elle  devottà  fon  man, 
elle  donna  à cçtte  fiue  Is  nôm  de  Leucippe.!  8^ 


E C H 


E C II 


VJra  à Ton  aiarique  c'étoitun  garçon.  Cepenàant 
la  vérité  ne  pouvant  être  long-temps  cachée  , 
elle  alla  au  temple  de  Latone  avec  fa  fille , & 
conjura  la  déeffe  de  vouloir  bien  la  changer  en 
garçon.  Sa  prière  fut  exaucée.  Les  phefiiens  con- 
facrèrent  la  mémoire  de  es  miracle  par  une  fête 
qufils  nommèrent  tantôt  pun»,  du  verbe 
naître  , parce  que  Leucippe  avoit  acquis  la  viri- 
lité ; & tantôt  E’xJoVi*,  du  verbe  ix.^suy,  quitter, 
parce  qu'elle  avoit  quitté  les  habits  de  fon  pre- 
mier fexe  , pour  prendre  ceux  de  l'autre.  C -An- 
ton. liberalis  , metamorpk.  17.  ) 

préfîdoit  aux  trê- 

Tes  J à la  ceffation  d'armes.  Plutarque  C tn  Æiiac.  ) 
dit  qu'en  entrant  dans  le  temple  de  Jupiter  Olym- 
pien , on  voyoit  à droite  une  colonne  contre  la- 
quelle Iphitus  croit  adofle  avec  fa  femme  Écé- 
chirie  , qui  lui  pofoit  une  couronne  fur  la  tête. 

Le  nom  de  cette  divinité  étoit  le  même  que 
celui  des  armiftices  auxquels  elle  préfidoit. 

ÉCHANSON.  Voye^  Cyatho  [à],  & Po- 

CILLATOR. 

ÉCHECS.  Fréret  ( mém.  de  l’acai.  des  inferip- 
tîons)  a démontré  que  les  anciens  n'ont  pas  connu 
de  jeu  ôi  échecs  tel  qu’on  le  joue  aujourd'hui , 
& que  les  grecs  modernes  le  reçurent  vers  le 
fixiême  lîècle,  pendant  le  règne  du  grand  Chof- 
roës  a des  perfans  qui  le  tenoient  des  indiens. 
Ils  l'appeilèrent  , ^atricion. 

Nous  allons  donc  chercher  uniquement  dans 
cet  article  que!  rapport  il  y avoir  entre  le  jeu  des 
anciens,  appellé  calcule  ou  latruncali , & le  jeu 
moderne  des  échecs.  On  fe  fervoit  d’un  échiquier, 
& de  pièces  blanches  & noires  , ou  blanches  & 
rouges.  ( Epigramma  vêtus.  ) 

Difcolor  ancipiti  fuh  jaétts  calcnlm  aâfl.tt  : 
TSecertamque  fiinul  candidm  atque  ruhens. 

Ces  pièces  éroient  de  terre  cuite  (Perron,  c.  35.) 
intérim  dum  ille  omnium  agmen  teflorum  inter  lufum 
ccmfamit , OU  de  verre  coloré  & de  cnfial  ( Lu- 
can.  ad  Ptfon,  n.  180.  ) : 

Callîodore  modà  tabula  •varisttur  aperta 

Calculus  a Çÿ  vitreo  psragtmtKr  milite  hella  : 

( Martial.  XI V.  20.  ) ^ 

lufidioforura  fi  ludis  bella  lairmium  , 

Gemmeus  ifie  tihî  miles  hoflis  erit. 

Leur  forme,  paroîî  avoir  été  la  même  pour  tou- 
tes , & ronde  d'après  un  paffage  de  Pétrone  3 


dans  lequel  il  eft  fait  mention  de  deniers  d'or 
ou  d’argent  fubftitués  aux  pièces,  ordinaires , Sc 
d'un  échiquierde  bois  de  térébinthe  {cap.  53  .).  — 
Pro  calculés  albis  aut  nigris  aureos  argenteofque  ha- 
bebat  denarios.  Voilà  tout  ce  que  nous  pouvons 
affurer  de  leur  forme , qui  étoit  certainement  la 
même  pour  toutes  les  pièces,  comme  dans  les  dames  j 
car  nous  ne  conaoiuons  aucun  palfage  d’ancîen 
écrivain  qui  parle  de  roi  ou  de  reine.  On  n'en 
peut  citer  qu’un  de  Vopifeus  , mais  qui  a été  mal 
interprêté.  Cet  hiftorien  latin  ( Procul.  c.  15.  ) 
dit  que  le  tyran  Procuius  fe  fit  déclarer  Augufte , 
en  donnant  pour  prétexte  de  cette  éiettion  dix 
parties  de  /urrarzea/i  qu'il  avoit  gagnées  de  fuite, 
où  il  avoit  été  dix  fois  vainqueur , c'eft-à-dire 
imperator , fuivant  l'expreffion  ufitée  de  fon  temps  : 
nam  cum  in  quodam  convivio  ad  latranculos  lude- 
retur , atque  îpfe  decies  imperator  exijfet.  On  a con- 
clu mal-à-propos  de  ce  paffage  qu'il  y avoir  dans 
\ts  latrunculi  une  pièce  appeilée  empereur  o\x  roi. 

Trente  pièces,  dont  quinze  d’une  couleur. 
Si  quinze  d’une  autre , compefoienr  tous  les 
culi  ou  latruncali  ( Cento  de  aléa  ) : 


Triginta  magnos , aduerfofqtie  orhibus  orbes. 

Quant  à la  manière  de  )ouer  aux  calculi  ou  ta~ 
truncuU  , c'eft-à-dire  , de  les  faire  marcher  , pren- 
dre , de  les  laiffer  prendre,  de  gagner  & de 
perdre,  les  écrivains  latins  ne  nous  ont  nenjaiiie 
de  précis  ; Si  nous  n'en  pouvons  juger  que  d’apres 
quelques  paffages  ifolés- 

îl  falloir  deux  pièces  de  même^  couleur,  pour 
en  prendre  une  feule  de  couleur  différente  ( Ovid. 
Trift.  II.  478.  ) : 

Difcolor  ut  reSo  gràffetur  limite  miles  , 

(2tîm  médius  gemtno  calculus  hojte  perst- 

( Art.  amanii  III.  358.  ) 

XJntts  cum  gemino  calculus  hefie  pérît  , 

Bellatorque  fao  prenfus  cum  compare  bellet 
Æmulus , Sÿ  cœptum  Upe  recurrat  optts. 


{Martial.  XIM.  17.  2.): 

Calculas  hic  gemino  difcolor  bofie  pérît. 

Poliux  enfin  dit  ( Onomaft.  IX.  7.  ) qu'après 
.mit  féparé  les  calculi  félon  leur  couleur,  1 art  du 

uconfiftoit  à entourer  avec  deux  pièces  de  m.eme 

Pilleur  une  pièce  de  couîeur  differente  ^ potir 
auvoir  l'enlever. 

Les  joueurs  mettoient  une  grande  oifference 
rtre  l'aétion  de  prendre  une_  pièce , capere  Sc 
>'!e  de  l’embarraffer  ou  de  lui  ferm.er  le  paffage, 
Zre,  Cette  dernière  aétion,  /fg^no,  ne  demanuoir 

^ Mmm  q 


4'5’©  E C H 

qu^’une  pièce  de  la  part  de  TagrelTeur,  & cette 
pièce  agifldit  feule  fur  deux  pièces  ennemies  ; 
de  forte  que  captio  étoit  Tinverfe  de  ligatîo  ^ & 
léciproquement.  ( Lucan.  ai  Fifon.  n,  182.  & 190.) 

Ut  nîveus  nigros , nunc  niger  alliget  albos. 


-âizcipites  fiièit  ille  moras  , fimilifque  ligMo 
CbtigM  ïpfe  dms 

Avancer  une  pièce  pour  commencer  le  jeu  , 
étoit  exprimé  par  les  mots  dare  ^ fubire-,  & Ja 
retirer  ^ ou  faire  une  marche  rétrograde  par  celui 
de  revocare  ( Aufon.  Prof.  Burdigal.  I.  29.  ) : 

Fi arr antem  fids  fer  fingtda  funda  recurfa 
Qha  data  t per  longas  qn&  revocata  moras. 

Ces  obfervations  donneront  rintelügence  des 
vers  fuivans  d'un  ancien  poète , qui  décrit  les 
combats  des  calculi  ( Lucanus  ad  Fifon.  ) ; 

Te  fi  forte  juvat  fludiormn  pondéré  fejfmn 
Idon  langiiere  tamen , lufnfqtie  movere  per  artem. 
CalUdiore  modo  tabula  variatnr  aperta 
Caîculus , vitreo  peraguntur  milite  bella , 

Ut  niveiis  nigros  , fi.c  ^ niger  alliget  alhos. 

Sed  tibi  qitis  non  terga  dédit  ? Qtiis  te  duce  ceffit 
Calculws  1 aut  non  periturus  perdidit  hoflem  ? 
iMille  modis  actes  tua  dirais at , ille  petentem 
Dumfiigit,  ipfe  rapit , longo  venîî  ille  receffu  , 
Qttifleiit  in  fceculis  , hic  fe  committere  rixce 
Audet , Cÿ  in  pradam  venientem  decipit  hoflem. 
Ancipites  fubit  ille  moras  , fimilifque  ligato 
Obligat  if  Je  dîtes,  hic  ad  majora  movettir 
Ut  chus,  iS  fradaprorumph  in  agmina  mandra  , 
Claufaque  deJeSo  populetm  mtenia  valh. 

Inîerea  JeFsis , quamvîs  acerrima  fur  gant 
Tralia  , miîitibus  : plenct  tamen  ipfe  phalange  , 

Aut  etiarn  pauco  fpoliata  milite  -uincis 
ît  tibi  captiva  refonat  manus  utraque  înrha. 

Nous  ne  favons  rien  de  plus  précis^  ni  de  plus 
certain  fur  Tinvemeur  des  calculi , que  fur  la  na- 
ture de  ce  jeu.  Paufanias  dit  ( Corinth.  ) qu'au- 
près  du_  temple  de  Jupiter  Néméen  on  vo;/oit 
un  ternpîe  de^  la  forrune  très-ancien^  dans  lequel 
Paiamede  avoit  dépofé  les  x-écot  ( eCoèce  â’é'hecs 
appellés  calculi  ^htmncuU  par  le^  latins  )qu'i] 
avoit  inventes*  P)  apres  ce  paiïage  on  fait  ordi- 
aairemenî  honneur  de  leur  invention  à Palamède, 


E C H 

qui  les  fabriqua j dit-on,  pour  occuper,  pendant 
les  loiiîrs  du  long  fiège  de  Troyes , les'foldats 
grecs  par  cette  image  de  la  guerre  & des  com- 
bats. Mais  le  mot  xn'fc»  déiîgnant  & les  dés  & 
les  calculi , il  eft  difficile  d'accorder  au  fds  de 
Nauplius  i'inveutisn  des  uns  plutôt  que  celle  des 
autres.  Quoiqu'il  en  foitde  l'inventeur, Pyrrhus, 
roi  de  Macédoine,  acquit  la  réputation  d'un  ha- 
bile joueur  de  calculi  j ce  i'en  afiuroit  même  qu'il 
eflaj/oit  à ce  jeu  les  ilratagêmes  de  guerre  , donc 
l'exécution  le  rendit  lî  fouvent  viéiorieux. 

ÉCHELIDES  , bourg  de  l'Atrique,  ainfi  nommé 
à caufe  d'un  certain  Éckelus , qui  tiroit  lui-même 
fon  nom  d'un  lieu  nommé  iy^os , marais*  On  faifoit 
dans  ce  bourg  des  jeux  folemnels  & des  combats 
pendant  la  célébration  des  Panathénées. 

ÉCHELLES.  Les  grecs  jaloux  d’attribuer  à 
leur  nation  l'invention  de  tous  les  arts , lui  attri- 
buèrent même  celle  des  échelles , inllrumenr  qui 
fe  retrouve  chez  les  peuples  les  moins  civiiifés. 
Ils  faifoient  honneur  de  cette  invention  à Capa- 
née , un  des  fept  héros  qui  alîîégèrent  Thèbes. 
Peut-être  ufage  à ce  fiège  d'une  échelle  dou- 
ble, ou  fufeeptibie  d'extenfion  ; ce  qui  lui  valut 
l'honneur  de  palTer  pour  l'inventeur  de  V échelle 
même  fimpie., 

ÉCHEMON  , fils  de  Priam  & d’Hécube , fut 
tué  par  Diomède  avant  la  prife  de  Troie.  {l'iad. 
lib.  y.) 

ECHETLUS.  Sur  deux  farcophages  érrufques, 
publiés  par  Buonarorti,  fur  un  femblable  de  la 
bibliothèque  du  Vatican,  & fur  un  autre  d'al- 
bâtre , confervé  à la  villa  Albani , on  voit  un 
homme  armé  d'une  charrue  fimple,  c'eft-à-dire , 
d’un  long  bâton  recourbé , combattant  avec  cette 
arme  groffière*  V/inckelmann  croit  que  c’eâ  le 
héros  inconnu  qui  apparut  aux  athéniens  à la 
bataille  de  Marathon  ( Paufan,  lib.  1 .)  , & qui  s'é- 
tant mis  à leur  tête , tua  un  grand  nombre  de 
4 perfes  avec  le  manche  d'une  charrue.  Du  nom  de 
la  charrue,  cxirM  , ce  héros  fut  appelle  Ecketlus  , 
& fut  honoré  d'un  culte  dans  l'Attique* 

ÉCHIDNA,  monfire  femelle  produit  par  Chry- 
faor  Caliyrhoë*  Cemonitre  ne  reffembloit ni  aux 
dieux , ni  aux  hommes  , dit  Héfiode  , ayant  la 
moitié  du  corps  d’une  belle  nymphe , l'autre 
moitié  d'ua  ferpent  affreux  & terrible.  Qtwiqiie 
les  dieux  la  tinfîent  enfermée  dans  un  antre  de 
la  Syrie , cependant  elle  trouva  moyen  d'avoir 
commerce  avec  iyphon,  dont  elle  eutOrthus, 
le  cerbère,  l'hydre  de  Lerne , la  chimère  de 
BeÜéroplKin  , le  fphinx  de  Thèbes , le  lion  de 
Nsmée  , bc  tous  les  monflrcs  de  la  fable*  Héro- 
dote parle  d'une  fécondé  Ecèidna.  Elercule,  dit- 
1 il,  étant  allé  chez  les  hyperboréens  , y trouva 


E C H 

cette  femme  monlîrueufe , avec  laquelle  il  oe- 
meura  quelque  temps  ^ & il  en  eut  trois  enfans. 
En  la  quittant , il  lui  donna  un  arc  , avec  ordre 
de  ne  iatflTer  dans  la  contrée  que  celui  de  fes 
fils  qui  pourroit  tendre  cet  arc.,  Ces  trois  enfans 
s appellèrent  Agatyrfe , Gélon  8e  Scythe.  Quand 
üs^turent  devenus  grands,  Echidna.  exécuta  l'ordre 
<1  i[derçu!e,  fit  fortir  du  pays  les  deux  premiers  , 
qui  n avoient  pu  bander  Tare,  Se  retint  avec  elle 
le^trosfième,  qui  donna  fon  nom  à la  Scythie. 
C elî:  ainfi  que  les  grecs  racontoient  Torigine  des 
fcjthes. 

Il  eft  encore  fait  mention  dans  Paufanias  ( Arcai.) 
d’une  Echidna  ^ fille  de  Styx  , Se  femme  de 
Piras. 

^ ECHINrIDES,  ifles  formées  à Tembouchure 
cm  fleuve  Achéloüs , ^dans  la  mer  d'Ionie.  Il  y 
avoît  autrefois  dans  l'Éîolie,  dit  Ovide  ( met.  8- 
j’930  cinq  rN’’aiades , qui,  ayant  fait  un  facrifice 
dix  taureaux  , invitèrent  à la  fête  toutes  les 
divinités  champêtres , fans  en  prier  le  fieuve 
dieu,  piqué  de  cette  marque  de 
mépris  , enfia  les  eaux  de  fon'  fieuve  de  telle  forte, 
qu  il  ravagea  toute  la  campagne,  & entraîna  dans 
la  nier  les  nymphes  avec  le  lieu  ou  elles  célé- 
broient  la  fête.  Neptune,  touché  de  leur  fort, 
les  métamorphofa  en  ifles.  Ce  font  les  cinq  Ecki- 
nades.  iAoye^  AlcmÉON,  PÉRIMÈTE. 

On  les  appelle  aujourd’hui  Cur:^olan  ou  ijles 
curfolaires , 

ECHINUS  , bracelet  qui  fe  plaçoit  au-deffous 
du  poignet. 

ÉCHION , mari  d’Agavé , 8c  père  du  mal- 
heureux Penthee , fut  un  des  héros  formés  des 
dents  du  dragon,  femées  par  Cadmus.  Vcyei 
Agave  , Cadmus  , Penthée. 

ÉcHioN  J fils  de  Mercure  & d’Antianire  , un 
des  argonautes  auxquels  il  fervir  d’efpion  pendant 
le  voyage  de  la  Coichide  , parce  qu’il  étoit  fin 
& rufé.  C’eft  peut-être  à canfe  de  ces  deux  qua- 
lités que  Valerius  Flaccus,  dans  fes  argonauti- 
ques  ( lih.  i v-  44Î.  ) lui  donne  Mercure  pour 
père. 

ÉCHIQÜIEPx , alveus.  Pline  dit  ( XXXVII. 
2.  ) que  Pompée  apporta  à P.ome  un  échiquier 
large  de  trois  pieds  romains,  8e  long  de  4 , formé 
de  deux  pierres  précieufes,  ègemmis  duabas.On 
doit  fe  rappeller  que  le  mot  gemms.  comprenoiî  , 
outre  les  véritables  pierres  precieufes,  l’albâtre, 
le  jafpe,  le  jade,  i'agathe , &c. 

ECHO,  fxlle  de  l’air  Se  de  la  langue  , dit 
Aufone  , étoit  une  nymphe  de  la  fuite  de  Junon , 


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46'  I 


voifine  du  fieuve  Céphife , qui  fervoit  quel- 
quefois Jupiter  dans  fes  amours.  Lorfque  ce  dieu 
étoit  avec  ^ quelqu’une  de  fes  maitrefles  , écho ^ 
pour  empêcher  Junon  de  s’en  appercevoir  , 
i amufoit  par  de  longs  difeours.  La  déeiTe  ayant 
découvert  fon^  artifice,  réfolut  de  punir  cette  dé- 
mangeaifon  de  parler , & condamna  la  nymphe 
a ne  plus  pjirler  qu’on  ne  l’interrogeât  ,&  a ne 
repondre  qu  en  peu  de  mots  aux  queftions  qu’oiî 
lui  feroit.  Cette  nymphe  babillards  fut  aimée  du 
dieu  Pan , 8c  le  méprifa. 


Enfuite  ayant  rencontre  un  jour  le  beau  Nar- 
cilfe  à la  chaffe , elle  en  devint  e'perdiiement 
amoureufe , & le  fidvit  fans  cependant  fe  laitier 
voir.  Après  avoir  éprouvé  long-temps  les  mé- 
pris de  fon  amant , elle  fe  retira  dans  le  fond 
des  bois,  Sc  alla  fe  cacher  dans  les  lieux  les  plus 
épais.  Depuis  ce  temps  elle  n’habita  plus  que 
ks  antres  Sc  les  rochers.  Là  confumee  par  le 
feu  de  fon  amour  , 8c  dévorée  par  le  chagrin  , 
elle  tomba  dans  une  langueur  mortelle,  & devint 
fi  maigre  8c  fi  défaite,  qu’il  ne  lui  relia  que  les 
os  8c  la  voix  : fes  os  mêmes  furent  changés  en 
rochers,  & elle  n’eut  plus  que  la  voix,  fable 
phyfique  inventée  pour  expliquer  d’une  manière 
ingénieufe  le  phénomène  de  ïécko. 


ÉCLAIR.  Les  arxiens  avoient  coutume  de 
rendre  ur.e  efpèce  de  cuite  aux  éclairs  ^ eo-fai- 
fant  avec  la  bouche  un  bruit  particulier,  appellé 
poppyfma.  Pline  le  dit  expreliément  ( XXViil, 
2.  ) Fuigetras  adorare  poppyfmis  confenfus  gentium. 
cji.  Ariitophaae  fait  mention  de  cet  ufagedans  les 
guêpes.  Ce  culte  étoit  adreffé  fans  doute  chez  ks 
latins  à la  déeffe  des  éclairs , appeliée  Fu/gora. 

ÉCLIPSES.  Les  payens  attribuoient  la  canfe 
des  éciipfes  aux  viütcs  que  Diane  ou  la  lune 
rendoit  à fon  amant  Endymion  dans  ks  monta- 
gnes de  la  Carie.  Mais , comme  fes  amours  ne 
durèrent  pas  toujours  , il  fallut  chercher  une  autre 
czu[e  des  éciipfes.  On  feignit  que  ksforeières, 
fur-tout  celles  de  Thelïalie  , où  ks  herbes  vé- 
nimeufes  étoient  plus  communes , avoient  le  pou- 
voir par  leurs  enchantemens  , d’attirer  la  lune 
fur  la  terre  , & qu’il  falloir  faire  un  grand  bruit 
de  chaudrons  8c  d'autres  infirumens , pour  l’em- 
pêcher d’entendre  ks  cris  de  ces  magiciennes. 
Éuvenal  fait  ailufion  à cet  ufage , lorfqu’il  dit 
d’une  femme  babülarde , qu'eiie  fait  aifez  de 
brait  pour  fécourir  la  lune  , lcrfqu'eik  elt  aitaquée 
par  ks  forcières.  Cec  ufage  a été  emprunté  des 
éaypîiens,  qui  honoroient  Ifis , fymbole  de  la  lune , 
avec  un  bruit  pareil  de  chaudrons , de  tymbaks 
8c  de  tambours. 

Plutarque  dit  que  de  fon  temps  on  n’ofoit 
encore  à Rome  expliquer  qu’en  fecret  la  caufa 
naturelle  des  éciipfes  , parce  que  cette  connoif- 
fance  aurcit  privé  ks  devins  de  leur  emplqi. 


ECU 


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Anaxagoraj  contemporain  de  Pérlclès , & qui 
mourut  la  première  année  de  la  foixante-huitième 
olympiade , fut  le  premier  qui  écrivit  très-clai- 
rement & très  hardiment  fur  les  diverfes  phafes 
de  la  lune  , & fur  fes  écltpfes  ; félon  Plutarque^ 
tref -hardiment , parce  que  le  peuple  ne  fouffroit 
pas  encore  volontiers  les  phylîciens.  Auffi  les 
ennem.is  de  Socrate  réuffirent-ils  à le  perdre  ^ en 
l’accufant  de  chercher,  par  une  curiofité  crimi- 
nelle , à pénétrer  ce  qui  fe  palîe  dans  les  cieux. 

Les  généraux  romains  fe  font  fervis  quelquefois 
des  éclipfes  pour  contenir  leurs  foldats , ou  pour 
les  encourager  dans  des  occafîons  importantes. 
Tacite,  dans  fes  annales,  Hv.  I.  ch.  XXVIII. 
parle  d'une  éclipfe  ^ dont  Drufus  fe  fervit  pour 
appaifer  une  fédition  très  violente,  qui  s'étoit 
élevée  dans  fon  armée.  Tite-Live  rapporte  que 
Sulpiciiis  Galius,  lieutenant  de  Paul  Emile  dans 
la  guerre  contre  Perfée,  prédit  aux  foldats  une 
éclipfe  qui  arriva  le  lendemain , & prévint  par  ce 
moyen  la  frayeur  qu'elle  auroit  caufée. 

Plutarque  dit  que  Paul  Emile  facrifia  à cette 
occahon  onxe  veaux  à la  lune , Si  qu'il  immola 
le  lendemain  à Hercule  vingt  un  bœufs , dont 
il  n’y  eut  que  le  dernier  qui  lui  promit  la  viftoire , 
& encore  fous  la  condition  qu’il  n’attaqueroit 
point  , mais  qu’il  fe  défendroit  feulement. 

Nicias , général  des  athéniens , avoir  réfolu  de 
quitter  la  Sicile  avec  fon  armée  ; mais  une  éclipfe  de 
une,  dont  fon  imagination  fut  frappée,  lui  fit  perdre 
le  moment  favorable , & caufa  la  mort  de  ce 
général,  & la  ruine  de  fon  armée;  perte  lî  fu- 
r.efte  aux  athéniens , qu’elle  fut  l’époque  de  la 
décadence  de  leur  patrie.  Alexandre  mêm.e , avant 
la  bataille  d’Arbelle,  fut  effrayé  d’une  éclipfe 
de  lune;  il  ordonna  des  facrifices  au  foleil,  à 
la  lune  & à la  terre , comme  aux  divinités  qui 
caufoient  ces  éclipfes. 

C’eft  ainfi  que  l’ignorance  de  la  caufe  des 
éclipfes  en  a fait  long-temps  un  objet  de  ter- 
reur pour  la  crédulité  populaire.  On  vit  ce- 
pendant quelquefois  des  généraux  à qui  leurs 
connoiffances  en  Aftronomie  ne  furent  inu- 
tiles. Pévicîcs  conduifant  la  flotte  des  athéniens, 
il*  arriva  une  éclipfe  de  foleil , qui  caufa  une 
épouvante  générale  ; le  pilote  même  trembloit  : 
Periciès  le  raiTura  par  une  comparaifon  fami- 
lière ; il  prit  5e  bout  de  fon  manteau  , & lui  en 
couvrant  les  yeux , il  lui  dit , « crois-tu  que  ce 
33  que  je  fais  là  foit  un  figne  de  malheur  ? Non, 
33  fans  doute  , dit  ce  pilote  : cependant  ^ c’eft 
33  auflî  une  éclipfe  pour  toi , Sc  elle  ne  diffère  de 
33  celle  que  tu  as  vue,  qu’en  ce  que  la  lune  étant 
33  plus  grande  que  mon  manteau  , elle  cache  le 
33  foleil  à un  plus  grand  nombre  de  perfonnes33. 

Agaïhocle , roi  de  Syracufe , dans  une  guerre 
d’Afrique,  vit  guffi  dans  un  jour  décifif  la  terreur 


fe  répandre  dans  fon  armée  au  moment  d’une 
éclipfe-,  il  fe  prefenta  a fes  foldats , leur  en  exp’: 
qua  les  caufes , & diSpa  ainfi  leurs  craintes.  On 
raconte  encore  des  traits  de  cette  efpèce  à i’cc- 
cafion  de  Sulpitius  & de  Dion , roi  de  Sicile. 

JECKjCsrji,  r\  Il  • r 

ECLOGARII.  5 appeJoit  ectoga,  du  met 

grec  iy-Àoya-. , les  endroits  choifis  dans  les  'ou- 
vrages des  écrivains , & recueillis  par  des  abré- 
viateurs  nommés  eclogariz. 


ECLOGIUM.  Le  mot  eclogia  défignoir  chez 
les  latins  des  poèmes  compofés  à la  louange  des 
morts  , & que  l’on  attachoit  à leurs  portes  pen- 
dant les  funérailles  & le  deuil.  Cicéron-  en  fait 
mention  ( de  Fin.  II.  5 ) non  eclogia  monumen- 

torum  fignificant  hoc  velut  ad  ponam  ? Uno  ore  oui 
plurims,  confentium  gentes  , populi  primarium  fui jjt 
virum.  L’on  donna  par  extenfion  le  nom  d’ec/o- 
gium  à une  épitaphe  & aux  vers  gravés  fur  les 
tombeaux  à la  louange  des  morts , tels  que  ceux 
d’Augurte  , compofés  pour  Drufus. 


ECLUSES.  Diodore  de  Sicile  dit  ( liv.  I.  2". 
partie.)  : « on  a fait  un  canal  de  communication, 
33  qui  va  du  golfe  Pélufiaque  dans  la  mer  rouge. 
33  Nécos  , fils  de  Pfamméticus , l’a  commencé  ; 
13  Darius , roi  de  Perfe , en  continua  le  travail , 
33  mais  il  l’interrompit  enfuite  fur  l’avis  de  quel- 
33  ques  ingénieurs  qui  lui  dirent , qu’en  ouvrant 
33  les  terres  il  inonderoit  l’Egypte , qu’ils  avoient 
33  trouvé  plus  baffe  que  la  mer  rouge.  Ptolémée 
33  fécond  ne  laiffa  pas  d’achever  l’entreprife  ; 
33  mais  il  fit  mettre  dans  l’endroit  le  plus  favo- 
33  table  du  canal , des  barrières  ou  des  éclufes  très- 
=3  ingénieufement  conftruites,  qu’on  ouvre  quand 
.3  on  veut  paffer , & qu’on  referme  enfuite  irès- 
33  promptement  ; c’efl:  pour  cela  que  le  fleuve 
33  prend  le  nom  de  Ptolémée  dans  ce  capal  qui 
33  fe  décharge  dans  la  mer , à l’endroit  ou  eff 
33  bâtie  la  ville  d’Arfinoé  33,  Il  eff  démontré  par 
ce  paffage , que  les  .éclufes  fervoient  encore  du 
tems  de  Diodore.  On  retrouve  aujourd’hui  le  radier 
fur  lequel  elles  éroient  établies  , & ce  monument 
a été  découvert  près  de  Suez  , à ^i  entree  du 
canal , qui  exifle  encore,  & qu  un  travail 

rendrait  navigable  fans  y employer 
fans  menacer  l’Egypte  d’inondations.  ( Ion 

a fait  par  ordre  du  fultan  Mufapha  un  travail  parti- 
culier fur  cet  objet  important.  ) Rien  ne  peut  en 
effet  juftifier  la  crainte  des  ingénieurs  de  Darius, 
lors  même  que  leur  nivellement  aurait  ete  pnsm 

moment  des  plus  hautes  marces.  Il  n eff  pas  u.o.u 
important  d’obferver  que  toute  «ne  pr  ie  C:. 
riithme  offre  le  terrem  le  ° 1 Jouze 

excavations,  dans  le 

qui  «,>3re  le  fo'‘“ŸP  e ÏÆ.  J.nl 
Nil  ,u.  To,:.) 

la  medicerranee  3 i ■necxc.  i.  2 


ECO 

ECMAGORAS , fils  a Hercule  & de  Phillo. 

Voyei  Phillo. 

tCOLE  de  phiiolbphes.  On  voit  à la  villa 
Albani , une  mofaïque  repréfentant  une  école  de 
philofofihes  qui  dillertent  fur  le  globe  terreitre. 
Elle  a ete  trouvée  dans  la  Romagne,  autrefois 
l^Ümbrie  , près  de  l'ancienne  Sarfina , la  patrie 
ce  Plaute.  Wirxkelmann  en  a publié  le  deiTin 
& une  explication  dans  fes  monumenti'  inediti , 
n°,  185. 

EoORCE  d'arbres  J d’arbrififeaux  & de  joncs. 

Les  anciens  J & fur-tout  les  indiens^  faifoient 
oes  étoffes  pour  s'habiller  avec  les  écorces  du 
rr,orus  papynfera,  comme  les  othaïtiens  le  prati- 
uent  encore  j c'étoit  la  laine  des  arbres , dont 
efi  fouvent  queltion  dans  Strabon  & dans  De- 
^Périégète.  Hérodote  { Izb.  j.  c.  98.)  parle 
o.e  1 ecorce  d'un  rofeau  employée  au  même  uiage  j 

Ts  çxcjy.  Les  prêtres  égyptiens  portoient 

des  chaulfures  faites  avec  Vécorce  du  papyrus  , 
félon  Hérodote.  ( lib.  z.  c.  37jPIine  c.  j) 

appelle  ces  écorces  de  joncs  filées , linum  orcho- 
menium.  Ils  msttoient  aufli  en  ufage  pour  leurs 
habits  le  duvet  de  Vacanthus , la  fubitance  iai- 
neufe  de  i apocinum  ^ les  filamens  du  mufa. 

ECORCE  D'ARBRE. 

( Article  extrait  de  la  nouvelle  diplomatique  des 
favans  bénédictins  }, 

« Nul  ancien  monument , nu! -texte  for.mel 
des  auteurs  nefixenr  au  jufte  l’invention  des  papiers 
a écorce  d’arbre,  mais  piufieurs  en  confiatent  i'u- 
fage.  On  a fouvent  confondu  le  papier  d'Egypte 
avec  le  papier  à’écorce  d'arbre.  Pour  trancher 
court  à tant  de  meprifes,  un  favant  de  ce  fiècle 
a trouvé  un  fecret , dont  le  fuccès  ne  feroit  pas 
douteux , il  le  remède  n'étoit  pire  que  le  mal. 
C'elt  de  nier  qu'il  ait  exifié  ou  qu'on  ait  jamais 
fabriqué  de  papier  à^écorce  d'arbre-  Mais  avant 
que  de  nous  engager  dans  la  réfutation  d'une  opi- 
nion fi  particulière  , il  nous  paroît  important  d'é- 
carter tout  ce  qui  nous  détournerait  du  but  que 
cous  nous  propofons 

« lA écorce , en  tant  que  matière  propre  a 
recevoir  l'écriture  , peut  être  envifagée  fous  trois 
rapports  i dans  fa  totalité,  dans,  fa  partie  la  plus 
interne  ou  la  plus  v.oifiiie  du  bois,  & dans  fa 
fuoerficic.  -1°.'  Dans  fa  totalité  j les  anciens  em- 
ployoient  pour  écrire  Vécorce  ne  certains  arbres. 
Ils  ne  faifoient  que  la  polir  ; ils  en  retranchoient 
les  parties  e.xtérieures  les  plus  grofficres,  & la 
façonnoient  en  forme  de  table.  Iis  détachoient 
les  lames  ou  les  pellicules  les  plus  minces  de  l'in- 
térieur de  l’écorce  , liber  , pour  en  compofet  une 


ECO  45j 

erpèce  de  papier.  3°.  Ils  ne  dépouillèrent  pas  tou- 
jours les  arbres  de  leur  écorce  interne  pour  s'en 
fervir  en  guife  de  papier.  Ils  fe  contentèrent  quel- 
quefois de  Vécorce  extérieure  de  certains  arbres, 
ie  cérifier  , le  prunier  & le  bouleau.  On 
en  fait  encore  au  befoin  la  meme  ufage  en  Amé- 
rique ; témoin  la  lettre  du  p.  Poncet,  Jéfuite, 
écnte  du  Canada  en  1647  , & coniervée  dans  ia 
bibliothèque  de  St.-Germain-des-Prés-  Ces  fortes 
de  pellicules  extérieures  n'ont  fans  doute  rien  de 
commun  avec  le  papier  cV écorce.  Mafféi  n'en  parle 
pojnr  J & c eir  une  matière  abfolurrieiit  étrangère 
à la  queition  que  nous  allons  traiter  ^5. 

” E).  Mabilîon  , dans  fa  diplomatique  , D.  Ber- 
nard de  Aiontfaucon  , dans  fa  paléogiaphie  & fon 
fupplément  de  l'antiquité  expliquée,  reprennent 
ceux  quinemettent  nulle diftinélion entreie  papier 
d Egypte  & le  papier  à’écorce.  Maftéi  leur  re- 
proche à fon  tour  d'avoir  donné  dansl'écueü  dont 
ils  ont  averti  les  autres  : ce  pour  les  combattre 
d une  maniéré  qui  ne  leur  laiiie  aucun  moyen  d'é- 
viter fes  coups  , il  leur  oppofe  trois  propofitions. 
La  première,  qu'on  n'a  peut-être  jamais  écrit 
d'acte  fur  Vécorce  : la  fécondé  , que  fi  l'on  en  a 
écrit , nul  ne  s'eft  confervé  jufqu'à  nous  : la  troi- 
fième  , que  le  papier  à'écorce  d'arbre  eit  une  chi- 
mère , & que  jamais  on  n'en  a fait  ==. 

_ « Nous  pourrions  aifément  foutenir  la  conîra- 
diétoire  fur  tous  ces  points.  Mais  comme  il  eit 
d une  conféquence  allez  médiocre  de  favoir  fi 

I on  a écrit  des  actes  fur  Vécorce  fans  apprêt , vu 
ia  difficulté  où  ils  ont  été  de  réflfier  jufqa'aujcut- 
d'hu!  aux  injures  du  tem.ps,  & que  d'ailleurs  per- 
fonne  ne  réclame  en  faveur  de  leur  exifience  ac- 
tuelle , nous  innfierons  peu  fur  cet  article.  L'efîen- 
tiei  eit  de  prouver  qu'on  a fait  du  papier  d’écorce  ^ 
& c'eir  à quoi  nous  devons  particuliérement  nous 
attacher.  La  iiaifon  des  autres  queftions  avec  celle- 
ci  , leur  procurera  les  éclaircifiemeiis  dont  elles  ont 
befoin  ». 

cî  Au  refie,  il  n'eft  pas  naturel  de  penfer  que 
Mafîéi  ait  avancé  des  opinions  fi  fîngulières,  fans 
être  fondé  fur  de  bonnes  preuves.  I!  convient  donc 
d'examiner  d'abord  fi  elles  font  fuffifantes  pour 
faire  revenir  les  favans  de  leurs  anciens  préjugés. 

II  a eu  fous  les  yeux  une  vingtaine  d'anciens  mo- 
numens  de  la  nature  de  ceux  qu'on  a coutums 
de  confondre  avec  le  papier  à’écorce.  Leur  ma- 
tière , leur  liffure , leur  compofition  parfaitement 
uniformes  le  perfuadent , que  tous  font  de  papier 
d'Egypte.  Nous  en  avons  vu  davantage,  revêtus 
des  mêmes  caraéfères  , & nous  nous  croyons  éga- 
lement en  droit  d'en  inférer  qu'ils  font  tous  de 
papier  d'Egypte  : mais  nous  n'en  concluons  pas 
qu'il  n'exifie  nulle  part  de  papier  à’écorce  d'arbre  ». 

« Les  auteurs  nous  apprennent  qu'on  faifoit  de 
Vécorce,  ainfi  que  dubois  , des  tables  ou -tablettes 
pour  écrire.  Il  n’y  veut  pas  voir  que  ces  écorces 


ECO 

fervoient  à drefisr  des  aâ-es  & à la^  fabrique 
d4in  papier,  dont  on  formoit  des  feuilles  d une 
étendue  conSderable , même  afîez  épaiffes  pour 
être  pliées  & mifes  en  rouleaux.  Mais^^ fi  les  aéles 
n'étoienc  jamais  écrits  far  i écorce  , d’où  vient  que 
les  légiflateurs  permettoient  d’employer,  dans  les 
teftamens  mêmes  , toutes  fortes  de  matières  ? Après 
cela  , ne  faudroit-il  pas  au  moins  que  ïécorce  n’eût 
pas  été  une  matière  fur  iaquelie  on  eût  eu  cou- 
tume d’écrire,  pour  fuppofer  qu’elle  n’auroic  pas 
été  de  mife  dans  quelque  efpèce  d’aéle  que  ce 
fût  ? Pourquoi  encore  les  gens  de  loi  faifoient- 
i's  un  fi  grand  ufage  des  tables,  foit  de  bois, 
foit  à’ écorce  ^ enduites  de  cire , & par  cette  railon 
appeliées  cera -,  final  adie  ne  fût  jamais  drefié  fur 
les  dernières  ? Les  premiers  peuples  qui  habitèrent 
ritaüe  n’écrivoient  que  far  Vécorce  8c  les  tables 
de  bois.  Croira  - 1 - on  qu’ils  ne  contrafloient 
entr’eux  nulle  alliance , nul  engagement , nul  traité 
par  écrit  » } 

^tcEfi-ce  que  Caffiodore  , Fortunat , Xiphilin  , 
Hérodien,  n’avoient  pas  en  vue  le  papier  d’é- 
co.ye , lorfqae  le  premier  oppofoit  la  rudefle  de 
ïécorce  au  poli  du  papier,  que  le  fécond  exhortoit 
fon  ami  Flavus  , au  défaut  de  papier,  de  lui  écrire 
fur  des  tablettes  de  frêne  , ou  fur  ïécorce  du  hêtre , 
& lorfque  les  deux  derniers  nous  parlent  de  ta- 
blettes de  tilleul  à l’ufagé  des  empereurs  Domi- 
îien  & Commode  ? Que  réfulte-t-il  de  ces  textes 
êc  de  quelques  autres  allégués  par  Maflféi  > Qu’on 
faifoiî  de  bois  & à‘écorce  plufieurs  tables  ou  ta- 
blettes à écrire , fans  autre  apprêt  que  de  lefpolir, 
ou  tout  au  plus  de  les  enduire  de  cire;  mais  il  ne 
s’enfuit  nullement  que  la  fabrique  de  papier  d’é- 
corce  foit  un  être  de  raifon  ”. 

« Le  filence  de  Pline  , fur  le  même  fujet , 
n’ell  pas  plus  décifif.  S’il  ne  réfervoit  pas  à 
traiter  ailleurs  du  papier  à‘écorce  d’arbre,  c’eft 
( pourroit-on  répliquer  ) que  la  manière  de  le 
faire  , prife  fur  le  modèle  du  papier  d’Egypte , 
n’étoit  pas  encore  inventée  de  fon  temps.  D’ail- 
leurs , le  filence  d’un  feul  écrivain  ne  prouvera 
pas  contre  des  textes  d’auteurs  contemporains, 
& moins  encore  contre  des  faits. 

« Marcianus  Capelîa  réduit  la  matière  de  tous 
les  livres  au  papier,  à la  toile  , au  parchemin , 
à ïécorce  du  tîiieul.  Mais  outre  que  l’énumération 
n’eft  pas  exaéte , & qu'il  pouvoir  également  en- 
tendre par  papier , celui  d'écorce  8c  celui  d’Egypte; 
conclure  du  mot  écorce  que  ce  n’étoit  point  une 
écorce  transformée,  en  papier,  c’eft  un  peu  trop 
fubtilifer  , ce  feaible.  N’eft-ce  pas  un  des  griefs 
de  Mafféi  contre  les  modernes , de  ce  que  fouvent 
ils  tranfportent  au  papier  d'Egypte , les  noms  de 
tilleul  & d’écorce?  Ne  pouvoit-on  pas  autrefois 
ufer  du  même  langage,  en  parU-Pt  du  papier  d’écoree 
d’arbre 


ECO 

« L’ilîuftre  italien  croit  trouver  un  argument 
fans  réplique  , dans  ces  paroles  de  Symmaque  : 
In  ccîcdices  aut  tiliéL  pugïllares  transfer enda  \ ne 
facilis  fenecins  papy  ri  fcripta  corrompat.  De- là  il 
infère  qu’autre  chofe  eft  d'écrire  fur  du  tilleul, 
autre  chofe  d’écrire  fur  du  papier  : que  comme 
ie  tilleul  de  Symmaque  annonce  des  tables  de 
bois , fon  papier  fignifie  du  papier  d’Egypte.  Mais 
ne  pouvoit-on  pas  tirer  du  tilleul , & des  tablettes 
de  bois  , & du  papier  d’écorce  ? Seroit-il  d’ailleurs 
impoffible  de  prouver  par  Mafféi  lui-même  , que 
le  papier  dont  parle  Symmaque  , étoit  d’écorce 
. d’arbre  , & non  pas  de  papyrus  ? Jugeons-en  par 
les  qualités  qu’il  attribue  au  papier  d’Egypte.  Il 
n’effc-.pas,  dit-il,  fujet  à fe  corrompre  par  i’hu- 
midité  ,,  fi  funefte  au  parchemin  & aux  papiers 
de  coton  & de  chife.  Mis  en  rouleau  , & garanti 
des  accidens  extérieurs  , il  conferve  fon  encre 
fans  altération , & fe‘  maintient  dans  fa  confif- 
tance  naturelle  : tandis  que.  notre  papier  , même 
étant  pré.fervé  de  l’eau , fe  pourrit  par  la  feule 
humidité , fe  coupe  & fe  déchire  par  les  plis 
qu’il  contraéfe , fe  confirme  & par  l’air  & par 
la  pouffière.  Peu  à peu  fa  couleur  s’altère,  les  mots 
s’effacent  & difparoilTent , & l’écriture  fe  con- 
fond. Puifque  Symmaque  avoir  tout  à craindre 
pour  la  vieillelïe  de  fon  papier  , il  devoir  donc 
avoir  des  défauts  affez  femblables  au  nôtre  ; dé- 
fauts qui  le  rendoient  très-différent  du  papier  d’E- 
gypte  «. 

« A-t-on  des  tablettes  de  tilleul , ti/IU  pugilh- 
res  des  V. , VL  8c  VII.  fiècles  ? Nous  avons  ce- 
pendant divers  monumens  de  ces  fiècles  en  papier 
d’Egypte.  Ainfiles  écrits  deSymmaque  n’auroient 
pas  été  fi  en  sûreté  fur  des  tablettes  de  tilleul  que 
fur  ce  papier.  Pourquoi  donc  leur  donner  la  pré- 
férence fur  une  matière  que  les  feuls  livres  de 
Numa  dévoient  prefque  faire  regarder  comme  in- 
corruptible ? Par  conféquent , le  papier  pour  la 
corruption  duquel  il  craignoit  fi  fort  de  la  fuite 
des  années , devoir  être  d’une  autre  matière.  Or 
de  l’aveu  de  tout  le  monde  , s’il  y avoi:  alors  un 
papier  diftingué  de  celui  d'Egypte  , il  ne  pouvoir 
être  que  d'écorce  d’arbre.  Comment  après  cela 
Mafféi  peut- il  en  nier  i’exiltence 

« Selon  Suidas , le  tilleul  porte  une  écorce  fem- 
blable  à celle  du  papyrus  ; rien  n’empêchoit  donc 
d’en  faire  le  même  ufage.  En  vain  le  dcéle  Mar- 
quis répond-il , qu’il  y a des  tilleuls  en  Italie , & 
que  leur  écorce  ne  fe  divife  pas  en  pellicules  minces , 
comme  celles  du  papyrus.  Qu’en  faut-il  conclure, 
finon  que  notre  tilleul  n’eft  pas  celui  de  Suidas , ou 
que  fi  c’eft  le  même , on  le  faifoic  paffer  par  des 
préparations  qui  ne  nous  font  plus  connues  ? De 
quelque  efpèce  que  fût  ce  tilleul , la  relTemblance 
des  couches  intérieures  de  fon  écorce  avec  les  tu- 
niques du  papyrus , ne  pouvek  réfulter  que  de 

quelque 


ECO 

quelque  apprêt,  ou  de  la  narnière  de  cctacher  les 
lames  corticüss,  qui  étoient  les  plus  v'oiliues  du 
bois 

“ Theophraftc  parle  des  bandelettes  d'écorce  de 
bois  , fur  lefquelles  on  écrivoit  des  noms.  Pline, 
apres  avoir  diftingué  le  tilleul  mâle  & le  tilleul 
renieüe  , ale  nettement  : qu^entre  le  bois  & Vé- 
corce  de  ce  dernier^  on  trouve  de  minces  enveloppes, 
compofees  de  plulîeurs  membranes.  Quoi  de  plus 
propre  pour  faire  du  papier  èé écorce  ? Cent  fois 
le  même  auteur  fe  fert  des  mots  tilia  , pki  lyrea  Sc 
phiiura  , pour  exprimer  les  enveloppes  ou  lames 
les  plus  déliées  de  IVcorce- des  plantes.  Un  tel  lan- 
gage n ett-il  pas  vifiblernent  emprunté  de  la  nature 
des  pellicules  , tirées  de  IVcorce  du  tilleul,  dont, 
fuivast  Xheophrafte  & Pline , on  faifoit  des  ru- 
bans & des  bandelettes  ? Or  en  augmentant  leur 
largeur , on  ne  pouvoir  trouver  une  matière  plus 
analogue  aux  tuniques  du  papyrus  , & plus 
propre  former  du  papier  à-peu-près  femblable 
a celui  d Egypte  , dont  on  manquoit  prefque  tou- 
jours dans  les  contrées  éloignées  de  la  mer  Mé- 
diterranée , & quelquefois  meme  dans  celles  qui 
en  étoient  les  plus  proches.  Continuons  de  tourner 
en  preuves,  contre _ le  fyftême  de  MafFéi , les 
paffages  fur  lefquels  il  sVfforce  de  i'étayer  ». 


ECO 


KXte  d’ülpjen  n’a  donc  p.as  été  bien  entendu  p.ir 
le  favant  Marquis  : ou  bien  il  n’a  pas  fenti  l’m- 
convénient  de  rouler  autour  d’un  cylindre  des 
tables  dVcoccf  , comme  fi  c’eût  été  du  papier  ou 
du  parchemin  «. 


« Il  eft  des  arbres  à la  vérité  dont  les  écorces 
extérieures , telles  que  celles  du  cérifier , poiiroienc 
rormer  des  rouleaux;  mais  cette  propriété  ne  fau- 
convenir  à tout  ce  qui  s’appelle  phyllra  ou 
tilio..  Car  par  ces  termes  , oul’on  entend  le  tilleul, 
dont  1 ecorce  totale,  ainfi  que  celle  que  fournirok 
■a  fupeificie  , n eft  point  pliable  à la  manière  de 
la  peau  extérieure  du  cénfier  ; ou  l’on  entend  l'é- 
corce la  plus  intime  , Toit  du  tilleul , foit  de  toute 
autre  plante.  Mais  l’écorce  interne  du  tiileu!  & de 
tom  autre  arbre,  envifagée  feule,  n’a  par  elle- 
même  nulle  ccnfiltance,  fi  elle  n’eft  travaillée  &: 
fortifiée  par  1 application  de  plufîeurs  couches  les 
unes  fur  les  autres.  Il  eft  donc  également  nécef- 
faire  , 8c  pour  la  rendre  propre  à recevoir  récri- 
ture , & pour  pouvoir  la  mettre  en  rouleau  , 
d’en  faire  du  papier.  Le  tilleul  d’Uî'  ien  n’efi  cer- 
tainement que  du  papier  à'écerce  ; & l’on  ne  peut 
lui  prêter  une  notion  différente  fans  tomber  dans 
quelque  abfurdité.  On  faifoit  donc  autrefois  du 
papier  d’écorce^->. 


« En  voici  un , dont  il  conclut  qu’on  ne  fit 
jamais  de  papier  d' ecorce  d’arbre , & par  lequel 
nous  croyons  pouvoir  démontrer  tout  le  contraire. 
Sous  le  nom  de  livres  , Ulpien  comprend  toutes 
fortes  de  volumes , foit  en  papier , foit  en  par- 
chemin , foit  en  quelque  autre  matière  que  ce 
ÇuifTe  être.  Enfuite  il  mer  en  queftion  s’ils  doivent 
erre  remis  aux  légataires,  à qui  le  teftateur  a 
donne  fes  livres  , iorfqu’üs  font  compofés  deplu- 
fieurs  feuilles  de  papier , de  parchemin,  d’ivoire 
& de  toute  autre^  matière,  ou  qu’ils  confiftent 
en  des  tables  cirées.  Ici  l’oppofition  entre  volu- 
mina  & coiïces  ou  codicilli  eft  frappante.  Les  pre- 
miers lignifient  certainement  des  rouleaux  , 8c  les 
féconds  des  livres  , compofés  de  plufîeurs  feuilles  , 
çomme  le  font  aujourd’hui  les  nôtres.  Ceux-ci 
pouvoient  être  de  la  meme  matière  que  ceux-là  j 
mais  celle  qui  formoit  des  livres  fembiables  aux 
nôtres,  ne  pouvoir  pas  toujours  être  employée  dans 
les  rouleaux.  L’ivoire,  par  exemple,  le  cuivre, 
le  marbre , le  bois  8c  Yéeorce  meme  du  tilleul 
fans  aprêt , ne  pourroient  en  former.  Il  n’eft  pas 
pluspoffible  de  rouler  des  tables  de  cette  écorce  au- 
tour  d’un  cylindre,  que  d’y  rouler  des  tables  de  bois 
& dlivoire.  MafFei  fe  trouve  néanmoins  réduit  à 
foutenir  cette  poffibilité,  s’il  a bien  compris  letexte 
de  l’ancien  jurifeonfuke , dont  il  sXutorife.  Afon 
avis , le  tilleul  dont  parle  Ulpien  , ne  -doit  pas 
être  mis  au  rang  des  papiers , mais  au  rang  des 
fimples  écorces. Km  contraire,  le  jurifeonfuke  compte 
les  livres  faits  de  tilleul  parmi  les  papiers , cuirs 
ou  parchemins  , dont  on  formoit  des  rouleaux.  Le 
Antiquités , Tome  IL 


« On  peut  tirer  un  nouvel  argument , en  fa- 
veur de  l’exiftence  de  ce  papier,  des  paroles 
fuivantes  de  S.  Ifidore.  Liber  ejî  canicis pars  in- 
ténor .....  Mfi  autem  medium  quoddam  inter  lignsm 
ii  corticem.  Et  encore  : ii'bet  eft  interior  tunica 
corticis , qu&  ligna  coharet  , in  qua  antiqui  fcri'be- 

bant Quia  ante  ufum  charte  vel  memhra- 

narum  , àe  lîbris  arborum  vo'uminaftebant,  il  re'fu'te 
de  ces  textes , que  les  livres  Sc  les  volumes  d’é- 
corce des  anciens  n’étoient  ni  la  totalité  de  l’écorce, 
ni  fa  peau  extérieure.  Lear  écorce  , appeÜée  livre, 
ne  fat  ni  l’une , ni  l’autre , comme  ces  textes 
le  prouv'ent  évidemment  : puifqu’eüe  étoir  mi- 
toyenne entre  l'écorce  8c  le  bois , Sc  que  d’ailleurs 
on  ne  peut  faire  des  volumes  ou  rouleaux  d’une 
matière  aufli  peu  flexible  que  V écorce  des  arbres , 
prife  dans  fa  totalité». 

« L’auteur  de  la  vie  de  Diéfys  de  Crète  , dit, 
qu’il  compofa  fix  volumes  d'écorce  de  tilleul  , en 
lettres  phéniciennes,  fur  la  guerre  de  Troyc, 
Nouvelle  preuve  de  l’exiftence  du  tilleul.  Comme 
le  nom  de  papier  a été  donné  dans  la  fuite  à 
des  fubftances  qui  n’ont  rien  de  commun  avec 
le  papyrus  ; phiiura  fut  appliqué  de  même  à des 
papiers  très-différens  de  ceux  de  l'écorce  du  tilleul. 
On  tiroir  cette  dénomination  de  tilleul , 

parce  que  c’étoit  de  fes  pellicules  , placées  entre 
i’écorcÊ  8c  le  bois  , qu’on  fabriquoit  l’ancien  pa- 
pier èé écorce  n. 

« Chez  les  peuples  feptentrionaux- , le  hêtre 

N n n 


>^66  ECO 

tenoit  lieu  de  tilleul.  Aufll  dans  leur  langage, 
le  nom  de  livre,  boo\)  fe  confond-il  avec  celui 
du  hêtre». 

« Un  écrivain  du  Nord  a pris  un  fentîment  entiè- 
rement oppofé  à celui  de  rüluftre  italien  que  nous 
réfutons.  Il  prétend  nous  mettre  fous  les  yeux  la  ma- 
nière de  fabriquer  le  papier  dVcorce  d^arbre.  Elle  fe 
réduit  à celle  dont  on  faifoit  le  papier  d’Egypte. 
Selon  lui , les  anciens  tiroient  du  tilleul  plufîeurs 
pellicules  avec  le  fer , ils  les  arrangeoient_  à 
contre  fens  les  unes  far  les  autres,  & les  unif- 
foient  enfcmble  avec  de  la  colle  ». 

« Nous  n’infifterons  pas  fur  la  preuve  que 
le  P.  de  Montfaucon  a cru  pouvoir  tirer,  en 
faveur  du  papier  à" écorce  d’arbre,  de  l’ét^'mo- 
logie  des  termes  %«>.aS'îis  , 

employés  parle  fchoiiafte  desBafiliques.  En  effet, 
Euilathe  applique  au  papier  d’Egypte, 

êc  du  Gange  prouve  par  plus  d’une  autorité, 
qu’on  a pris  ce  terme  pour  du  papier  de  coton  ». 

« Montrer  du  papier  d’écorce -d’arbre  aétuel- 
letnent  exiftant,  ce  feroit  fans_  doute  la  preuve 
la  plus  décifîve  qu’on  en  auroit  fait.  Mais  nous 
ne  pouvons  en  difeonvenir  ; la  plupart  des  an- 
ciens papiers , qu’on  donne  pour  être  d’écorce 
d’arbre,  font  réellement  de  papier  d’Egypte.  Sans 
nous  arrêter  aux  auteurs  qui  ont  confondu  ces 
papiers,  ceux  même  qui  font  attentifs  à en  faire 
la  diftinftion , n’ont  pas  laiffé  de  prendre  l’un 
pour  l’autre.  Si  D.  Mabillon  a bien  faifi  le  fens 
de  Lambécius , le  favant  abbé  de  Godwic  non 
plus  que  D.  Légipont  ne  font  pas  exempts  de 
cette  méprife.  Ils  attribuent  la  qualité  & la  na- 
ture de  papier  d'écorce  d’arbre  à une  charte  de 
pleine  fécurité,  gardée  à Vienne  en  Autriche, 
repréfentée  au  naturel  fur  l’original  par  Lambé- 
cius dans  fa  bibliothèque  impériale  , & d’après 
lui,  par  D.  Mabillon,  dans  fa  Diplomatique. 
Le  dernier  auteur  interprète  ces  mots  de  Lam- 
bécius , ex  cortice  arbores  , du  papier  d’Egypte , 
ajoutant  que  c’eft  une  efpèce’  d'écorce.  Il  ne  de- 
voir donc  pas  entendre  autre  chofe  ; quand  Brif- 
fon , publiant  une  autre  charte  de  pleine  fécu- 
lité  , d’après  l’autographe  , confervée  dans  la 
bibliothèque  du  roi,  ufe  de  ces  termes  ; ex  cor- 
ticeo  regii  bihliothecs,  archetypo.  En  effet,  cette 
dernière  pièce,  longue  de  fept  pieds,  dont 
récriture  efi  figurée,  & le  texte  publié  dans 
îe  fupplément  de  la  Diplomatique,  n’eft  certai- 
nement pas  de  papier  d’écorce^  mais  de  papier 
d'Egypte  ». 

« Cette  confufion  de  langage  laifTe  un  fujet 
légitime  de  douter,  fi  l’on  ne  doit  pas  tenir  pour 
papier  d’Egypte,  tout  ancien  monument,  an- 
noncé fous  le  nom  de  papier  d’écorce , à moins 
qu’il  ne  foit  marqué  par  des  caradères  propres 


ECO 

& diftindifs.  «Teleft,  au  jugement  de  D.  Bernard 
» de  Montfaucon , un  grand  rouleau  du  fénateur 

Antonio  Capello , à Venife  , qui  contient  un 
» ade  juridique , fait,  il  y a environ  8co  ans, 
» dans  la  ville  de  Riéti , autrefois  Réate».  Mais 
Maffei , qui  depuis  a fait  l’acquifition  de  ce  pré- 
cieux diplôme , n’a  rien  remarqué  qui  le  dilfingue 
du  papier  d’Egypte  ». 

ce  Ange  Roccha  dit  avoir  vu  dans  la  biblio- 
thèque du  Vatican  plufieurs  monumens  en  papier 
d’Egypte.  Et  tout  de  fuite  il  continue  de  la  forte  : 
j’ai  vu  auifi  une  autre  pièce  en  écorce , mais  plus 
grolfière,  de  façon  qu’on  y reconnoît  parfaitement 
Yécorce  d’arbre  i fed  rudiorem  , atque  itaiit  arborés 
CokteX  ejfe  omnino  dignofcatur.  Elle  etoit  con- 
fervée avec  beaucoup  de  foin  chez.  Aide  Ma- 
nuce.  Le  même  auteur  déclare  avoir  vu  un  livre 
d’écorce , dont  les  pages  étoient  fi  minces,  qu’on 
en  auroit  pris  deux  pour  une.  Elles  n étoient 
imprimées  que  d’un  cote  en  caraderes  indiens. 
Ce  livre  apporté  des  Indes , fut  offert  au 
Sixte  V.  par  le  général  des  Auguftins  dechauués. 
Mais  ce  n’eft  pas  fur  ces  fortes  de  livres  d ecorcs 
que  les  favans  font  partagés». 

« S’il  relie  au  monde  quelque  rnonument  de 
l’ancien  papier  d’écerce  , c’eft  affurément  un  ma- 
nuferit  de  l’abbaye  de  Saint-Germain-de.s-Prés. 
Nous  y avons  obfervé  des  différences  fenfibles 
avec  les  manuferits  & les  diplômes  de  la  biblio- 
thèque du  roi  & des  archives  de  S.  Denis.  Mal- 
à-propos rejetteroit-on  ces  différences  fur  la  di- 
verlîté  des  papiers  d’Egypte  , dont  les  uns  étoient 
plus  épais  que  les  autres , ou  fur  quelque  accident 
qui  auroit  collé  enfembie  plufieurs  feuilles  du 
papier  de  ce  manufent.  i°.  Le  plus  ou  moins 
d’épaiffeur  du  papier  d’Egypte  ne  venoit  pas  de 
la  multiplicité  de  fes  feuilles , collées  les  unes 
fur  les  autres  -,  mais  de  la  proportion  avec  la- 
quelle les  deux  qu’on  uniffoit  enfembie,  s’éloi- 
gnoient  du  centre  de  la  plante  appeliée  papyrus  , 
ou  de  la  quantité  plus  ou  moins  grande  de  colle 
qu’on  y employoit.  2°.  Si  l’obfervacion  de  Maffei 
eft  vraie  , le  papier  d’Egypte  n’a  rien  à craindre 
de  l’humidité.  Ainfi  les  Veuilles  ne  peuvent  d’el- 
les-mêmes fe  coller  enfembie.  3®.  Celles  du  ma- 
nuferit  de  Saint-Germain  font  trop  égales  &fem- 
blables  entr’elles,  pour  qu’on  pu  ffe  foupçonner 
qu’eiies  auroient  été  collées  les  unes  contre^ les 
autres  par  pur  accident.  On  ne  peut  pas 
le  dire  du  dernier  feuillet , qui  paroît  être  double 
des  autres.  4°.  Le  papier  d’Egypte , quoique  tres- 
mince,  a de  la  folid'.té  & de  la  confîllance.  Le 
papier  d’écorce,  quoique  plus  épais,  fe  rompt 
aifément , & s’en  va  par  pièces  ou  pellicules , 
qui , détachées  de  la  fuperficie  du  papier , font 
évanouir  l’écriture.  Voilà  en  quel  état  fe  trouvent 
les  cinq  feuillets  du  manuferit  que  nous  décrivons. 
5°.  ils  font  noR-feukment  plus  épais,  & coropo-es 


ECO 

de  plus  de  tuniques  que  ceux  du  papier  d'Eg>’pte , 
iis  paroiflent  encore  plus  greffiers.  Or  c"eft-là, 
félon  les  làvans  ^ un  caradlère  paKicuIier  au  papier 
d'écorce.  Du  refte^  à Tégard  de  ce  manuferit 
fînguiierj  nous  ne  faifons  que  fouferire  au  juge- 
naent  des  anciquaires.  Tous  Font  cru  de  papier 
dî écorce.  Nous  en  excepaons  néanmoins  D.  Ma- 
billon.  Quand  il  compofa  fa  Diplomatique , il 
ne  le  rangea  qu’au  nombre  des  manuferits  en 
papier  d’Egypte.  Peut-être  en  penfa-t- il  autrement 
dans  la  fuite.  Mais  D.  de  Montfaucon  , qui  avoir 
approfondi  la  matière  j foutient , fans  héfiter  , 
que  c’eft  du  papier  dî écorce  d’arbre  «. 

« C’eft,  fans  doute,  au  fujet  de  ce  manuferit 
que  Thomas  Dempiler  s’explique  avec  les  fenti- 
mens  de  la  plus  vive  admiration , 8c  qu’il  rend 
témoignage  aux  livres  à' écorce  d’arbre  actuellement 
exîftans  dans  les  bibliothèques”. 

“ Dempfter  ajoute , qu’il  a vu  des  fragmens 
d’Hérodote  & de  Polybe  fur  du  papier  d’écorce  5 
mais  ce  n’eft  pas  à Saint-Germain-des-Prés.  Le 
feul  manuferit  en  écorce  qu’on  y pofsède,  au  moins 
depuis  plus  d’un  demi-fiècle,  ne  renferme  pas  un 
feul  mot  grec.  On  pouvoir , à la  vérité , lui 
faire  dire  tout  ce  qu’on  vouloit,  après  que  les 
Mabülon  & les  Montfaucon  n’avoient  ofé  entre- 
prendre d’en  rien  déchifrer , bien  loin  d’en  drelfer 
une  notice  exaCte.  Sans  nous  croire  ni  auffi  ha- 
biles, ni  plus  heureux,  nous  allons  en  donner 
une  connoiffance  fuffifante,  pour  ne  laiffer  défor- 
mais à perfonne  la  liberté  d’y  fuppofer  des  écri- 
tures qui  n’y  feroient  point  en  effet.  Les  preuves 
morales  que  nous  avons  données  de  l’exillence 
réelle  du  papier  d’écorcc , fondé  fur  ce  manuferit, 
feront  , au  moins  par  rapport  à nous , appuyées 
de  preuves  phyfiques,  réfultantes  de  l’Anatomie 
exacte  que  nous  en  avons  faite  ». 

ce  Des  cinq  feuillets,  dont  il  eft  compofé, 
deux  étoient  jufqu’ici  adhérons  à la  couverture 
de  parchemin  , & les  trois  autres  encadrés  dans 
des  bandes  de  la  même  matière.  Ainlî  huit  pages 
feulement  paroiffoient  à découvert.  La  reliure, 
& peut-être  même  la  réunion  de  ces  feuillets, 
eft  affez  moderne.  Il  ne  fe  trouve  jamais  moins 
de  quatre  couches  dans  chaque  feuillet , fi  ce 
n’elt  quelles  aient  été  enlevées  exprès  ou  par 
accident.  On  en  compte  dans  quelques-uns  un 
plus  grand  nombre». 

« A peine  peut-on  remarquer  de  légers  vefti- 
ges  d’écriture  fur  certains  feuillets;  & l’on  ne 
fauroit  prefque  en  diflinguer  les  lettres , fans  les 
mouiller.  Plufîeurs  membranes  , dont  ces  feuillets 
font  compofés  , cachent  des  lettres,  qu’on  ne  peut 
appercevoir  qu’en  détachant  quelqu’une  de  ces 
pellicules.  Alors  diverfes  fortes  d’écritures  fe 
laanifeftenf,  même  d’une  ligne  à l’autre.  L’une 


ECO 

efl  fur  une  couche , l’autre  fur  une  autre.  Celle  ci 
appartient  à l’écriture  romaine  courante , celle-là 
eft  en  écriture  romaine,  demi-onciale  pour  la 
grandeur,  minufeuîe  pour  la  forme,  & pour  le 
contour  tirant  fur  l’écriture  courante.  I!  y a des 
pages  où  l’on  trouve  des  lignes  difpofées  en  des 
fans  contraires.  L’âge  de  diverfes  fortes  d’écri- 
tures paroît  quelquefois  éloigné  de  plus  d’un 
fiècle.  On  diroit  que  fur  des  feuilles  ancienne- 
ment écrites , mais  dont  les  lettres  s’étoient 
confondues , ou  avoient  été  effacées , on  auroit 
appliqué  des  couches  blanches , pour  les  faire 
fervir  à de  nouvelles  écritures.  Or,  fi  les  plus 
récentes  font  du  VI.  ou  VII.  fiècle  au  plus  tard  , 
( ce  qu’on  peut  démontrer  par  le  caratfère  même  ) 
de  quelle  antiquité  ne  doivent  pas  être  les  au- 
tres ? « 

“ Tout  le  manuferit  eft  en  lettres  & en  langue 
latines.  Nous  ne  doutons  pas  qu’il  ne  renferme 
des  aéfes  publics.  C’eft  peut-être  même  une  por- 
tion des  regiftrss  murâcipaux  de  quelque  cité. 
Nous  croyons  y avoir  obfervé  des  dates  de  ca- 
lendes , de  nones,  d’ides  & de  confiais.  Nous 
y avons  lu  fort  diftinéfement , au  bas  de  la  cin- 
quième page , Xlin  kalendas  maias.  Il  eft  vrai 
que  kalendas  eft  abrégé,  ainfi  que  le  mot  confit, 
libus  en  d’autres  endroits  ; mais  ce  font  des  abbré- 
viations  ordinaires  à ces  termes.  Nous  n’avons 
pu  lire  nulle  part  le  nom  même  des  confiais , fi 
ce  n’eft  celui  de  Théodofe,  encore  paroît-il  d’une 
main  poftérieure  à la  plupart  des  écritures  , quoi- 
que vraifemblablement  du  temps  de  cet  empe- 
reur, & du  V.  fiècle.  Ce  qui  confirme  que  notre 
manuferit  a fait  partie  des  regiftres  publics , ou  , 
pour  le  moins,  qu’il  renferme  des  aéle^qu’on 
y avoir  inférés  , c’eft  qu’il  y eft  fait  une  mention 
fréquente  de  teftamens  , d’ades , de  chartes  , 
d’etirégiftremens,  de  procureurs  chargés  de  les 
demander,  de  lîgnatures  , de  peine  du  quadruple, 
de  prife  de  pofTeffion  , &c.  Tels  font  les  prin- 
cipaux traits  des  pages  6 , 7 , 8 , &c.  Peu  s’en 
faut  que  nous  n’y  - ajoutions  la  page  y.  On  y 
parle  en  fécondé  perfonne  ; & fi  ce  n’eft  pas  un 
ade  en  forme  d’épître,  il  eft  difficile  de  n’y  pas 
reconnoîîre  une  lettre.  Quoi  qu  il  en  foie,  ces 
pages,  & les  i.  & 9-  font  celles  où  l’on  dé- 
chifre  plus  de  mots.  Nous  y en  lifons  quelquefois 
deux  ou  trois  de  fuite.  Mais  , à l’exception  de 
la  9 page , & à plufieurs  égards  de  la  8 , les 
lacunes  qui  futviennent  fans  ceffe , otent  la  con- 
noilTance  du  fujet  précis  qu’on  y traite». 

cc  A juger  de  ce  manuferit  par  fon  écriture 
extérieure  ïa  plus  ordinaire , il  ne  fauroit  être 
plus  récent  que  le  VL  fiècle.  Le  peu  de  latin 
qu’on  y déchifre . femble  devoir  le  faire  remon- 
ter encore  plus  haut.  Rien  ne  s’y  écarte  de  la 
Dureté  du  ftyle,  ni  d’une  bonne  orthographe  , 
excepté  certaines  lettres  fur  lefqaelles  on  varia 


ECO 

de  tout  temps.  En  creufant  dans  ce  manufcrit , 
nous  avons  découvert  des  lignes  entières , ca- 
chées fous  une  ou  deux  membranes,  quoique 
ordinairement  aucune  apparence  de  lettre  n'indi- 
quât cette  découverte,  pas  même  après  avoir 
levé  la  première  couche.  A-t-on  donc  collé,  fur 
ce  papier  déjà  écrit,  de  nouvelles  lames  écorce  ? 
C’elî  ce  qu'on  pourroit  conclure  de  la  différence 
des  caraéberes  qui  relient  à la  fuperficie , & de 
ceux  qu’on  ne  fauroit  appercevoir  qu'en  portant 
le  fer  dans  le  fein  de  ce  manufcrit.  Mais  com- 
munément ces  lignes  , pour  ainlî  dire  fouterraines, 
du  dehors  du  papier  ont  pénétré  affez  avant 
dans  fon  intérieur,  & s’y  font  confervées,  tandis 
que  l'air  & le  tems  ont  totalement  fait  difpatoître 
l’encre  & les  lettres  de  la  furface  «• 

“ Ces  découvertes  nous  ont  enhardi  à détacher 
les  deux  pages  adhérentes  à la  couverture  j mais 
la  première  ne  l'a  pu  être  qu'en  partie , parce 
qu'en  quelques  endroits  elle  eft  percée  à jour, 
& qu'en  d’autres  elle  étoit  réduite  à une  feule 
membrane,  bien  qu'il  y eût  des  portions  de  ce 
feuillet  compofées , à l’ordinaire,  de  plufieurs. 
Le  dernier  , prefque  double  des  autres  par  i'épaif- 
fcur,  après  avoir  été  détaché  de  la  couverture, 
nous  a laifle  voir  environ  vingt-deux  lignes  d'é- 
criture mérovingienne  , & par  conféquent  diffé- 
rente de  celle  du  relie  du  manufcrit.  L'antiquité 
en  efl  au  moins  du  VIL  fiècle  } mais  elle  pour- 
roit être  plus  grande,  puifque  nos  lettres  méro- 
vingiennes ne  font  autres  que  l'écriture  cou- 
rante des  romains.  Nous  avons  commencé  d'abord 
par  diflinguer  quelques  mots  dans  cette  der- 
nière page.  Bientôt  nous  y avons  lu  quelques 
verfets  des  chapitres  ai  & 2^  de  l’exode,  & 6 
& 18  du  lévitique  jL 

« Depuis  que  nous  avons  pénétré  dans  les 
entrailles  de  ce  manufcrit,  & qu’une  efpèce  de 
diffedton  nous  a fait  connoître  plus  parfaitement 
la  nature  de  la  matière  dont  il  efl  compo.^é , 
nous  y avons  reconnu  fouvent  des  couches  d’é- 
corce tout  à- fait  femblables  à celles  des  écorces 
d’arbres.  On  en  peut  même  dillinguer  de  diffé- 
rentes efpèces.  Il  eft  vrai  qu’on  y remarque  auflî 
quelques  membranes , en  petit  nombre , affez  ref- 
femblantes  aux  lames  du  papyrus.  Si  elles  n’en 
font  pas  véritablement,  il  falloir  que  certaines 
pellicules  èéécorce  d’arbres  euffent  une  grande 
aflSnité  avec  elles.  Mais  fi  elles  font  de  papier 
d’Egypte , il  i enfuivra  qu’on  faifoit  quelquefois 
une  forte  de  papier  du  mélange  des  membranes 
de  papyrus  & à! écorce  d’arbres  ». 

ÉCRAIN-  Voye^  Dactyiiotheca. 
ÉCREVISSE  de  mer. 

v,e  cruftacee  etoic  le  fymbole  de  plufieurs  villes 
grecques  Se  ficibennes.  11  forme  la  ccèfture 


Ê C R 

d Amphitrire  fur  les  médadies  des  brutiens  dans 
la  grande  Grèce.  Peut-être  étoit-il  auffi  le  fymbole 
de  Mars  : au  moins  voit-on  dans  la  Chauffe  ce 
dieu  fur  une  pierre  gravée,  ayant  le  pied  droit 
fur  une  écrevijfe  de  mer.  L'Océan  porte  far  les 
monumens , ainfi  qu'Amphitrite , des  ferres  d'é- 
creiijfe  dans  fa  coeffure.  Foycç  Amphitrite 
Océan,  Lerne.  * 

L'Ecrevisse  de  mer,  ou  le  Craie  ^ fert  de 
type  aux  médailles  d'Acragas  en  Sicile, de  Cos, 
d'Hymère,  de  Cume,  deTélos  Sc  des  Brutiens. 

ÉCRITURE. 

Des  marques  ayant  d’abord  été  tracées  fans 
deffein,  & comme  par  une  efpèce  [de  badinage  î 
l’homme  s’en  fera  fervi  dans  la  fuite,  pour  fe 
rappeller  le  fouvenir  de  certains  faits  qu’il  crai- 
gnoit  d'oublier , ou  de  certaines  obligations  qu'il 
fe  propofoit  de  remplir.  Ces  marques  ne  figni- 
fioient  ni  des  fons , ni  des  mots , mais  une  to- 
talité de  chofts,  une  aélion,un  événement  avec 
toutes  fes  circonflances.  La  multiplication  de  ces 
lignes  donna  naiffance  à la  première  écriture.  On 
en  fentit  l'utilicé  j on  fe  la  communiqua  ; on  la 
perfeélionna  ; on  en  fit  un  art.  Et  bientôt  chaque 
caraâère , qui  n'exprimoit  que  des  chofes  va- 
gues, fut  deftiné  à rendre  des  penfées  fpécifi- 
ques , & les  modifications  même  de  ces  penfées. 

La  plus  ancienne  écriture  ne  tranfmit  donc  ni 
aux  abfens,  ni  à la  poftérité , les  fons  de  la  voix 
par  des  lettres  femblables  aux  nôtres.  Elle  expri- 
ma par  des  images  ou  des  fignes , foit  naturels , 
foit  arbitraires  , les  idées,  les  fentimens  , lesju- 
gemens  : bien  qu’à  parler  à la  rigueur  , ces  der- 
niers^ fuffent  d'abord  plutôt  fous-entendus  que 
figurés. 

Parmi  les  caraétères  fymboliques,  dont  nous 
parlons , les  uns  étoient  les  portraits  greffiers  des 
aftres  , des  plantes , des  animaux  & de  différentes 
parties  de  la  nature  5 les  autres  ne  peuvoient 
paffer  que  pour  des  figures  de  pur  caprice.  1 eîs 
furent  les  hiéroglyphes  de  l'Egypte , tels  les  ca- 
raâères  de  la  Chine.  «Le  moyen  d'exprimer  les 
» penfées  par  des  peintures,  ou  repréfentations 
» des  chofes  dont  on  parle,  eft  celui  qu'em,- 
» ploient  encore  aujourd'hui  les  fauvages  du  Ca- 
» nada,  & celui  dont  fe  fervoient  les  mexicains 
» avant  que  les  efpagnols  euffent  détruit  leur 
» empire». 

Si  tous  les  peuples  de  la  terre  étoient  demeurés 
attachés  à leur  écriture  primitive , ils  auroient 
continué  de  s’entendre  par  écrit , malgré  la  di- 
verfité  de  leurs  langues.  Les  mêmes  chifres  ara- 
bes , les  fignes  du  Zodiaque , des  Planètes  & de 
l'Algèbre  font  également  entendus  , quoique 


E C R 

différemment  prononcés  par  ies  di%'ers  peuples 
de  "Europe.  U ne  feroit  donc  pas  impôffible  , 
d inventer  une  écriture  qui  pût  être  entendue 
de  toutes  les  nations  du  monde  , & que  chacune 
prononceroit  en  fa  propre  langue. 

Le  projet  d“une  écriture  unirerfelîe  n’eff  pas 
demeure  dans  la  pure  polîibilité.  Plufieurs  farans 
homrnes  ont  tenté  de  le  réduire  en  pratique. 
Wilkins  , eveque  de  Chefter,  & le  fameux  Leib- 
nitz^ ont  entrepris  des  travaux  confidérables  pour 
1 execution  de  ce  deffein.  On  peut  même  avancer 
c)u  il  eft  exécuté  en  partie  ^ quoiqffil  put  Têtre 
d’une  manière  beaucoup  plus  parfaite. 

Les  favans  de  la  Chine , du  Tonquin , de  la 
Gochinchine , de  la  Corée  & du  Japon , ont 
des  caraéières  communs  qu’ils  lifent  chacun 
dans  leurs  langues  , quoique  très  - diffemblabies 
entr'elks. 

U écriture  fut  toujours  ou  perpendiculaire  comme 
celle  des  chinois , ou  finueufe  comme  les  runesj 
ou  horizontale  comme  la  nôtre , & celle-ci  va 
fixer  principalement  notre  attention.  On  peut  dif- 
tinguer  quatre  fortes  ÿ écritures  horizontales , 
celle  qui  marche  de  gauche  à droite , celle  qui 
va  de  droite  à gauche  ^ & une  troifième , qui 
les  réunit  en  allant  & revenant  par  des  lignes 
parallèles  vis-à-vis  du  point  d'où  elle  eft  partie. 
Celle-ci  fe  fubdivife  en  deux  efpèces  , fuivant 
qu’elle  commence  par  la  droite,  ou  par  la 
gauche. 

Les  orientaux  ont  toujours  écrit  de  droite  à 
gauche.  Les  occidentaux  depuis  long-temps  écri- 
vent de  gauche  à droite.  Les  premiers  en  com- 
muniquant leurs  lettres  aux  féconds , leur  appri- 
rent fans  doute  a régler  , comme  eux , la  mar- 
che de  leur  écriture. 

Les  étrufques  retinrent  fi  bien  cette  mar- 
che , qu’ils  ne  l’abandonnèrent  que  très  - rare- 
ment, pour  fuivre  celle  des  occidentaux,  ou 
pour  réunir  l’une  & l’autre  à la  fois.  Prefque 
tous  leurs  monumens  , dont  on  a formé  des 
recueils  de  plufieurs  volumes  , renferment  des"" 
earaélères  tournés  conftamrnsnt  de  droite  à gau- 
che , & des  lignes  gardant  la  même  direélion. 

Les  grecs  ( au  moins  le  préfume-t-on  ) em- 
brafsèrent  auffi  d’abord  cette  manière  d' écrire , 
foit  que,  comme  Pélalges  venant  de  l’Orient, 
ils  l’euffent apportée  avec  eux,  foit  que,  comme 
déjà  établis  dans  ces  contrées,  que  nous  appel- 
ions Turquie  en  Europe,  ils  l’euflent  reçue  de 
Cécrops  ou  de  Cadmus.  On  n’y  a pourtant  point 
encore  déterré  d’infcription  , qui  conftate  qu’ils 
aient  obfervé  de  former  toutes  leurs  lignes  à 
l’erientale. 


E CR 


46'p 


Ce  n’eft  pas  qu’on  n’ait  découvert  des  écritures 
commençant  de  droite  à gauche  ; mais  aufS  tôt 
elles  reviennent  de  gauche  à droite  , lorfqu’elks 
font  compofées  de  plufieurs  lignes. 

Les  huiis  qui  défolèrent  l'empire  romain,  fous 
la  conduite  d’Attila  , écrivoient  de  droite  à gau- 
che. Leur  alphabet  conlîftant  en  trente  - quatre 
caraéteres,  a été  publié  par  Hickes  , à la  page 
8 de  fa  préface.  On  prérend  que  les  reftes  de 
ces  huns  portent  aujourd  hui  le  nons  de  zikules. 
Ils  occupent  une  partie  de  la  Tranfilvanie.  Mol- 
nar  , dans  la  préface  de  fa  grammaire  hongroife  , 
parlé  de  leur  écriture  comme  d’une  chofe  aélueile- 
ment  exiftante. 


Écriture  des  égyptiens.  Nous  entendons 
parler  ici  feulement  d'une  écriture  courante , & 
non  hiéroglyphique , dont  nous  traiterons  à leur 
article.  Les  reftes  de  cette  écrfrâze  courante  font 
fi  rares  , que  nous  avons  de  grandes  obligations 
au  comte  de  Caylus,  qui  les  a recueillis  avec 
foia.  C’eft  lui  qui  va  parler  dans  cet  article. 


Les  cinq  planches  publiées  par  le  comte  de 
Caylus,  dans  fon  recueil  {tom.I.p.  éy.),  j-g, 
préfentent  un  morceau  de  toile , qui  lui  a appar- 
tenu autrefois,  & qui  fe  trouve  aujourd’hui  au 
cabinet  de  Ste.-Geneviève.  Sa  longueur  eft  de 
deux  pieds  quatre  pouces  fix lignes,  de  fa  hauteur 
de  fax  pouces  fept  lignes  ou  environ  j car  les  bords 
font  effiles  , & par  conféquent  inégaux.  Il  eft  d'"- 
vifé  en  plufieurs  colonnes  parallèles , formées  par 
des  caraftères  égyptiens.  Il  n’eft  écrit  que  d’un 
cote  J I ecnîure  en  eft  noire  , à la  réferve  des  pre- 
miers mots  de  chaque  colonne  , qui  fur  l’original 
font  tracés  en  lettres  rouges , ( & qui  dans  la  co- 
pie fe  trouvent  fouügnés  ) ; le  caraflère  en  eft 
ferme  , & n’a  pas^  été  fait  au  pinceau  : les  lignes 
de  divifion  & de  réparation  ont  été  tirées  à vue  & 
fans  règle.  Les  figures  fimplement  deflînées  au 
trait  ne  font  réhauflees  par  aucune  couleur  ; mais 
on  peut  affurer  qu’elles  font  touchées  avec  un  ef- 
prit  & une  légéreté  que  ne  défavoueroient  pas 
des  nations  plus  vives  que  les  égyptiens. 


Cette  bande  de  toile  eft  terminée  par  une  ef- 
pèce  de  compartiment,  qui , outre  plufieurs  mots, 
contient  des  vafes  & des  quarrés  peints  en  rouge, 
couleur  qui  a été  placée  fans  aucun  foin  , & qui 
défignoit  peut-être  que  ces  corps  étoient  de  terre 
cuite. 

Les  figures  deflînées  au  deffus  des  colonnes  vont 
de  gauche  à droite , tandis  que  Récriture  va  en 
un  fens  contraire.  Ceux  qui  defireront  de  plus 
grands  détails  fur  ce  monument , pourront  con- 
fulter  le  II.  tome  ( planche  LIV.)  du  fupplément 
de  X antiquité  expliquée  ^ où  il  eft  gravé  ; mais  on 
ne  doit  pas  fe  fier  entièrement  à la  copie  que 


470  Ê C R 

l’auteur  en  a donnée.  En  l’exainînant  avec  atten- 
tion, on  s’apperçoit  qu  il  s y eu  glnie  bien  des 
fautes  I & cette  raifon  a^  engage  le  cofnte  de 
Caylus  à le  publier  de  nouveau,  &le  plus  exacte- 
ment qu’il  a été  poflîble.  Il  a fallu  pour  cela  l’é- 
tudier avec  foîn  i déîarçher  routes  les  lettres  bien 
marquées,  les  arranger  dans  un  certaîh  ordre , & 
s’en  fervir  pour  difcerner  celles  qui  fie  font  pas  li- 
libles.  Quand  des  efforts  réitérés  n’ont  pu  refti- 
tuer  des  mots  dont  il  ne  reftoit  plus  que  de  foibles 
traces,  il  a mieux  aimé  lés  négliger  &,Ies  rem- 
placer "par  des  points,'  que  de  les  préfenter  fou's 
une  forme  étrangère;  c’eft  ce  qui  a augrnehté 
dans  la  copie  le  nombre  dés  lacunes  que  l’on  voit 
dans  l’original  ; mais  il  a tâché  de  rapporter  les 
différentes  fortes  de  Jettres  que  l’on  y voir  , & 
c’eft  ce  qui  doit  fûffife. 

Suivant  lé  P.  de  Montfaucon,  ce  morceau  de 
toile  fervbit  à ^ couvrit  une  momie.  L’on  voit  en 
effet  qu’il  avoît  'été  éndüît  dé  bitume.  La  cou- 
leur brune  que  cette  préparation  lui  avoit  donnée  , 
paroît  moins  aufoürd’hùi  qu’elle  ne  pâroîffoit 
quand  il  appartenoit  au  favant  comte  , parce  que 
dans  la  vue  de  le  conferver  on  l’a  collé  depuis 
fur  une  toile  ; mais  fans  la  première  préparation 
il  ne  feroit  pas  vraifemblablement  venu  jufqu’à 
nous. 

Les  égyptiens  traçoient  quelquefois  fur  les 
bandelettes  des  momies , des  hiéroglyphes  ou  des 
lettres  proprement  dites.  Kirckher  a fait  graver 
plufteurs  morceaux  de  toile , chargés  de  fymboles , 
qu’il  a expliqués  avec  le  même  fuccès  que  ceux 
des  obélifqnes;  & au  commencement  de  ce  fîècle. 
Maillet,  conlul  de  France  au  Caire,  dit  avoir  vu 
une  momie  , autour  d'eiaquelle  on  trouva  une  bande 
de  toile  ornée  défigurés  & de  caraélèrps.  Cette 
bande  ayant  été  mife  en  lambeaux.  Maillet  en 
ramaffa  fix  ou  fept  aunes  en  huit  pièces  , qu’il  en- 
voya en  France' au  chancelier  de  Pbntchàrtrain  : 
elles  ont  enfuite  été  difperfées  ; mais  il  ÿ a appa- 
rence que  le  morceau  gravé  dans  ces  planches  en 
faifoit  partie.  ( Caylus.  I.,p.p.  6$  ).  . 

Le  même  comte  a publié  ( ^.pl.  2(5.  ) un  autre 
morceau  èC écriture  égyptienne.  Les  caraélères  dont 
cette  toile  eft  chargée,  font  écrits  de  droite  à gau- 
che : ils  occupent  pat  une  feule  ligne  le  tiers  de 
fa  largeur,  qui  peut  être<^£  deux  pouces.^  V écriture 
eft  formée  par  une  très-belle  main , qui  doit  avoir 
fait  ufage  du  pinceau.  La  canne  & toutes  les  ef- 
pèces  de  rofeau  ne  pourroient former  des  contours 
àéliés  &:  renflés  avec  autant  de  fineffe  & de  pré- 
cifion  que.  ces  caraétères  en  préfentent  ; ce  qu’il 
va  d'afliiré,  & ce  qui  eft  fondé  fur  l’expérience 
que  ce  favant  en  a faite , c’eft  qu’on  ne  peut  les 
bien  imiter  que  par  le  moyen  du  pinceau.  Il  eft  bon 
d’obferver  que  cette  pratique  eft  celle  que  les  chi- 


E C R 

noU  emploient  encore  aujourd’hui  pour  leur  écrl. 
ture , dont  on  ne  peut  s’empêcher  d’admirer  la 
netteté. 

Voici  les  rarfonnemeiis  du  favant  comte  fur  ces 
reftes  précieux  Sc  prefque  uniques  de  {"écriture 
égyptienne  noîi  hiéroglyphique  ( rec.l.pag.  70. 

a Tous  ces  monumens  donnent  une  première 
forte  èd écriture  affez  uniforme.  En  les  rapprochant 
les  uns  des  autres , on  formem  une  lifte  de  carac- 
tères errufage  parmi  les  égyptiens  ; mais  afin  de  ne 
pas  trop  groffir  cette  lifte,  il  faut  obferyer  que 
dans  {"écriture  dont  trous  parlons  , on  plaçoit  quel- 
quefois plufieurs  lettres  au  delfus  l’une  de  l’autre , 
& que  d’autres  fois  certaines  lettres  ne  paroiffent 
diftinguées  entr’elles  que  par  des  efpèces  d’accens 
& de  points.  Il  faut  avoir  égard  à ces  fingulariîés, 
& l’on  trouvera  qu’après  les  réduftions  qu’elles 
donnent  occafion  de  faire  , la  lifte  des  caraélères 
égyptiens  eft  encore  très-nombreiife  ; ce  qui  vient 
peut-être  de  ce  que  la  même  lettre  fe  configurok 
diverfement , fui.vant  laplace  qu’elle  occupoit  dans 
un  mot.  Mais  comme  il  s’agit  bien  moins  ici  de 
découvrir  l’alphabet  de  la  langue  égyptienne 
que  de  s’affurer  qu’il  émanoit  des  hiéroglyphes , 
il  fuffira  d’avoir  une  affez  grande  quantité  de  lettres 
ifolées,  & de  les  comparer  avec  les  figures  re- 
préfentées  fur  les  monumens  égyptiens.  Or  je  puis 
affurer  que  l’on  appercevra  entr’elles  la  liaifon  la 
plus  intime , & les  rapports  les  plus  fenfibles  ; & 
pour  s’en  convaincre,  on  n’a  qu’à  jetter  les  yeux  fur 
le  n°.  I.  de  la  XXVI^.  planche.  J’y  ai  fait  graver 
fur  une  première  colonne  une  fuite  d’hiéroglyphes, 
tirés  la  plupart  des  obélifques , & dans  une  co- 
lonne correfpondante , les  lettres  égyptiennes  qui 
viennent  de  ces  hiéroglyphes.  On  trouvera , par 
exemple , quele premier  hiéroglyphe  ,repréfentant 
une  barque  , a produit  un  élément  Récriture  , dont 
la  valeur  a pu  varier , fuivant  les  points  ou  les  traits 
dont  il étoit  affeélé  ; que  le  troifième  hiéroglyphe, 
qu’on  croit  être  l’image  d’une  porte  , en  perdant 
fon  arrondiffement , a formé  la  lettre  qui  lui  eft 
parallèle;  que  la  figure  d’homme  ou  d’animal  ac- 
croupie, âun®.  IV. , eft  devenue  une  lettre  qui 
ne  conferve  que  les  linéamens  du  fymbole  ori- 
ginal ; enfin  que  le  ferpent , figure  fi  fouvent  fur 
les  monumens  égyptiens  , ,n°.  XIX. , s .eft  change 
en  un  caraétère  qui  retrace  encore  aux  yeux  le» 
finuofités  -de  ce  reptile.  On  trouvera  aufti  que 
d’autres  hiéroglyphes , tels  que  le  2,^ le  5,  leé, 
le  1 1 > le  I ; 5 &c.  ont  paffé  dans  {"écriture  cou- 
rante , fans  éprouver  le  moindre  changement.  Au 
refte , ce  n’eft  ici  que  le  I^er  effai  d’une  ope- 
ration qui  pourroit  être  pouuée  plus  loin,  '6c  dans 
laquelle'  on  appercevroit  peut-être  des  rapports 
différens  de  ceux  que  j’ai  établis  entre  certaines 
lettres  & certains  hiéroglyphes  ; mais  en  Saperai , 
l’examen  des  lettrés  égyptierines  prouve,  viüblsp 


471 


E C K 

ment  leur  origine  ; & plus  il  eft  approfondi;,  plus 
il  ferc  à confirmer  le  fendment  de  Warbur- 
ton 

« Ce  n'efl;  pas  feulement  à cette  efpèce  de 
lettre  que  le  principe  de  cet  auteur  s'applique. 
On  doit  rétendre  encore  à une  forte  a écriture 
égyptienne  que  les  monumens  nous  préfentent , 
& dont  on  trouvera  un  modèle  au  n°.  II.  de  la 
planche  XXVI.  C'eft  u.ne  infcription  publiée  allez 
peu  correétement  par  M.  Rigord , ( mém.  de  Tré- 
voux , juin  , 1704  ) & par  le  P.  de  Monifaucon  ^ 
Cantiq.  expi.  t.  II.  pl.  Liy.')8c  dont  je  donne  une 
copie  plus  exaéte,  d'après  l'original  que  j'avois  vu 
dans  le  cabinet  du  préfîdent de  Mazaugues.il  s'en 
trouve  de  femblables  & en  grande  quantité  fur  les 
rochers  du  montSinaï,&  Pocock  en  a rapporté  plus 
de  quatre- vingt  dans  la  relation  de  fon  voyage;  mais 
il  auroit  dû  nous  avertir  que  quelques-unes  de  ces 
infcriptions  font  en  arabe , & que  d'autres  fois 
on  voit  des  mots  de  cette  langue  mêlés  confu- 
fément  avec  des  mots  égyptiens.  Cependant , quoi- 
que Pocock  ait  tout  copié  fans  choix  & fans  dif- 
tinélion  , fa  copie  même  prouve  le  fentimenc  que 
j'avance.  Uécriture  y eft  difpofée  dans  un  ordre 
naturel  ; on  u'y  voit  pas  ces  efpèces  de  points  , 
d'accens  & de  traits  qui  font  fur  nctre  bande  de 
toile  j en  un  mot , elle  eft  affez  reflemblante  à 
celle  de  Pinfcription  que  je  produis  ». 

« En  admettant  cette  double  efpèce  de  lettre  j 
on  eft  d’accord  avec  les  anciens  qui  reconnoiffent 
deux  fortes  èî écritures  égyptiennes celle  qu'ils  ap- 
pelloient  facerdotale,  8c  celle  qui  étoit  connue 
fous  le  nom  de  vulgaire.  La  première , confa- 
crée  à des  ufages  religieux , & propre  à voiler 
les  myftères  de  la  théologie , Étoit  fans  doute 
îrès-difEcile  à lire , 6c  c'eft  peut-être  celle  des 
bandelettes  des  momies  ; la  fécondé  devoir  erre 
plus  fimple  8c  plus  familière.  C'eft,  à mon  avis, 
celle  de  la  plupart  desinfcnpnons  du  mont  Sinai, 
êc  de  l’infcription  gravée-'dans  la  planche  XXVI. 
J'ignore  fi  ces  deux  fortes  Récritures  ont  été  for- 
mées l’une  de  l’autre  ; mais  il  me  paroit  qu  elles 
avoîent  quelques  lettres  qui  leur  étoient  com- 
munes ; & ce  qui  eft  plus  effentiel  à mon  objet  , 
qu'elles  tiroient  également  leur  origine  des  hié- 
roglyphes. Cette  dernière  propofition  a été  prou- 
vée plus  haut  par  rapport  à la  première  efpece 
de  lettres  égyptiennes  , & elle  le  fera , je  crois, 
quant  à la  fécondé  , fi  l’on  veut  faire  attention  au 
n®.  III.  de  la  planche  XXVI. , où  1 on  a repré- 
fenté  dans  une  colonne  quelques  lettres  égyptien- 
nes , tirées  de  l'infcription  gravée  au  n°.  IL  , & 
dans  une  colonne  relative  les  h; '/oglyphes  qui 
ont  produit  ces  lettres.  Ainfi , fous  quelque  af- 
peét  qu'on  envifageles  catadlères  égyptiens , tout 
concourt  à prouver  qu'ils  viennent  des  hiérogly- 
phes , & à donner  uae  forte  d'évidence  au  prin- 
cipe de  Warbuton  ». 


E C R 

ÉbR.iTü5.E  des  phéniciens. 

( Cet  article  fe  lie  immédiatement  avec  le  précédent 
nous  efi  fouirà  par  le  même  favant  corme 

« Ce  point  une  fois  établi  » îffàudroit  examiner 
fi  les  lettres  égyptiennes  ont  forméles  phéniciennes. 
Cette  queftion  eft  d'autant  plus  difficile  à ré- 
foudre, que  les  monumens  phéniciens  font  encore 
plus  rares  que  ceux  des  égyptiens.  Nous  ne  con- 
noiflbns^  qu’une  de  leurs  infcriptions  , qui  n’a  pas 
meme  été  trouvée  en  Phénicie.  Nous  avons  quel- 
ques médailles  frappées  à Tyr,àSidon,  en  Si- 
cile, à Carthage  , à Malthe,  &c.  avec  des  ca- 
raélères  qui,  relativensent  à ces  divers  pays , 
femblent  avoir  éprouvé  quelqu’altération.  Ce- 
pendant il  paroît  en  général  qu’ils  ont  une  très- 
grande  affinité  avec  les  égyptiens  ; & j’en  donnerai 
pour  preuve  les  monumens  donc  j'ai  parlé,  & 
fur-tout  l'infcription  de  la  planche  XXVI.  L’é- 
criture  reffemble  fi  fort  à la  phénicienne,  que 
Rigord  (^mém.  de  Trévoux , juin  1704.  ) n'a  pas 
craint  de  lui  donner  ce  nom.  Mais  le  P.  de  Mont- 
faucon  & le  P.  Calmer  en  ont  mieux  jugé,  en  la 
déclarant  égyptienne.  En  effet , elle  eft  gravée 
au  deffpus  d'un  bas-relief  égyptien  ; 8c  de  plus  , 
elle  ne  préfente  point  de  lettre  qui  ne  foit  dans 
notre  bande  de  toile  , & dans  les  infcriptions  du 
mont  Sinaï.  Qu'il  me  foit  donc  pçrmis  d'avancer 
comme  un  principe  prefque  démontré  , que  les 
lettres  égyptiennes  doivent  leur  origine  aux  hié- 
roglyphes, & comme  une  très-forte  conjecture 
quelles  ont , à leur  tour , donné  naiffance  aux 
phéniciennes  : les  grecques  viennent  des  unes  ou 
des  autres.  Les  lettres  femblent  donc  avoir  pafle 
des  égyptiens  aux  phéniciens  , aux  grecs,  aux 
latins , &c.  » 

«Il  fuit  de  là,  que  rien  ne  facilireroit  plus 
l'intelligence  de  Y écriture  égyptienne  que  celle 
des  caractères  phéniciens  , dont  on  nous  a donné 
quelques  alphabets  , avec  lefquels  on  ne  peur  rien 
expliquer.  On  fera  peut-être  plus  heureux  dans 
la  fuite , Sc  j'ofe  le  préfager  fur  deux  raifons 
également  fortes  ; 1°.  parce  que  le  phénicien  ref- 
fembloit  extrêmement  au  fàmaritain  , tant  par 
rapport  au  fond  de  la  langue  , que  par  rapport 
à la  forme  des  lettres  5 2".  parce  que  fur  des 
médailles  frappées  en  Phénicie  on  croit  voir  le 
nom  de  quelques  villes  exprimé  dans  la  langue 
du  pays.  Si  ces  monumens  fe  multiplient,  s'il 
s'en  découvre  de  plufieurs  villes  différentes  qui 
donnent  lieu  à des  interprétations  également  fui- 
vies , également  certaines  , on  pourra  fe  flatter 
d'avoir  un  véritable  alphabet  phénicien  ; & c'eft 
alors  qu'on  devra  s'exercer  fur  égyptienne, 

dont  on  voir  un  fragment  au  n°.  IL  de  la  planche. 
Je  doute  cependant  que  le  fuccès  réponde  pleine- 
ment aux  efforts  qu’on  fera.  Pour  retrouver  l’al- 
phâbsc  d'une  langue  qu'on  ne  parle  plus , il  faut 


472  E C R 

favoir  au  fficins  qüe  cètte  langue  a bien  des  rap- 
ports avec  quelqu'une  de  celles  que  Ton  connoît; 
comment  pourrciit-on  autrement  faire  des  analyfes 
& des  combinaifons  ? Comment  fixer  la  quantité 
de  lettres  qu'on  doit  réunir  pour  en  corapofer 
un  mot  ? Or  il  paroit  que  la  langue  égyptienne 
dont  il  s'ell  confervé  bien  des  mots  dans  les  an- 
ciens auteurs  & dans  la  langue  cophte,  différoit 
effentiellement  de  la  phénicienne  ; & par  une  con- 
féquence  nécefiaire  , que  nous  manquons  de  points 
d'appui  pour  nous  élever  jufqu'à  elle  ^ & parve- 
nir à l’intelligence  des  caraétères  qu'elle  em- 
ployoit  ». 

« Màis  fi  cela  paroît  vrai  quant  à Y écriture  rap- 
portée au  n®.  II.  de  la  planche  XXVI. ^ la  chofe  eft 
encore  plus  certaine  à l'égard  dés  lettres  tracées 
fur  notre  bande  de  toile.  Comme  elles  ont  en- 
core moins  de  conformité  que  les  phe'niciennes , 
& que  les  abbféviations  y font  très-fréquentes  , 
elles  feront  mille  fois  plus  difficiles  à pénétrer  ^ 
& je  ne  fais  fi  l'on  ne  pourroit  pas  dire  qu'elles 
feront  à jamais  inaccelEbles  aux  efforts  desfavans. 
Mais  je  ne  prétends  pas  fixer  le  terme  de  leurs 
recherches  & de  leurs  efpérances  ; & quels  que 
foient  les  progrès  que  l'on  fera  dans  ce  point  de 
critique  ^ je  ferai  content  fi  les  obftacles  que  je 
viens  de  détailler  fommairement  fervent  d’excufe 
à ceux  dont  les  efforts  feront  inutiles , & relèvent 
k gloire  St  le  mérite  de  ceux  qui  auront  réuifi. 
( C&ylas.  1.  JO  ) », 

Écriture  en  clous  j ou  de  Perfépolis.  Vbyei 
PSRSÉPOIIS. 

Ecriture  des  manufcrits  trouvés  à Hercula- 
num,  & des  manufcrits  grecs  en  particulier. 

« Tous  les  mots,  fans  aucune  exception  , font 
écrits  en  lettres  unciales,  & ne  font  féparés  ni 
par  des  points , ni  par  des  virgules  ; rien  n'in- 
dique k divifion  des  mots  , lorfqu’il  s’en  trouve 
quelques-uns  de  divifés  à la  fin  d'une  ligné  ; on 
ne  rencontre  aucun  figne  d'interrogation,  ni  autres 
qui  puiffent  aider  à la  prononciation , ou  nsarquer 
les  endroits  qui  demandent  qu’on  élève  la  voix.  Les 
fignes  de  ponâuation  ne  devinrent  plus  fréquens 
qu’à  l’époque  où  k connsiffance  de  la  langue  grec- 
Cfue  reperdit.  Mais  il  y a fur  quelques  mots  d’autres 
fignes  inconnus  , & dont  on  parlera  plus  bas. 
Quant  à la  grandeur  & à k beauté  des  lettres , 
on  peut  hardiment  les  comparer  à celles  des  édi- 
tions rares  de  quelques  auteurs  grecs  de  Lafcaris , 
& à celles  du  PLndare  d’Oxfort.  Ceux  qui  font 
à portée  de  voir  le  fameux  & ancien  manufcrit  des 
fcptante  dans  la  bibliothèque  du  Vatican,  peuvent 
prendre  une  idée  encore  plus  claire  de  k forme 
& de  k grandeur  de  ces  lettres , qui  dans  le 
manufcrit  fir  les  vertus  & les  vices  font  un  peu 
plus  grandes.  Il  faut  cependant  remarquer  que  dès 


E C R 

le  temps  où  la  ville  d’HercuIanum  fubSfioît,  le 
caraélère  italique  étoit  en  ufage,  commele  fait  voit 
un  vers  d’Euripide  , écrit  fur  un  mur  ». 

« La  forme  des  lettres  eft  différente  de  l’idée 
que  l’on  fe  fait  ordinairement  de  Y écriture  de  ces’ 
temps  anciens;  car  les  caraéfères  avec  des  jambages 
qui  s’avancent , tels  que  dans  le  eL,  ont  été  placés 
dans  les  fiècles  poftérieurs  par  ceux  qui  croient  avoir 
examiné  avec  le  plus  de  foin  Y écriture  des  anciens 
grecs.  Baudelot  (i  ) dit  fur  cela  très-hardiment  & fans 
exception,  que  les  lettres  grecques,  formées  de  cette 
manière , font  des  temps  pofiérieurs  ; c’eft-à-dire , 
fuivant  l’idée  qu’on  a attachée  à cette  expreffion, 
des  derniers  temps  des  empereurs  romains.  Toutes 
les  tables  où  font  figurés  les  anciens  caradères 
grecs,  fuivant  les  différens  âges,  & qui  ont  été 
mifes  au  jour  jufqu’à  préfent,  font  fautives:  on 
peut  le  prouver , fur-tout  par  les  médailles.  Par 
exemple , l’oméga  écrit  mêlé  parmi  des  lettres 
unciales , le  P.  Montfaucon  le  donne  au  temps 
de  Domitien , tandis  qu’on  le  trouve  employé 
deux  fiècles  auparavant , fur  des  médailles  des  rois 
de  Syrie  ; & on  le  voit  dans  k même  forme 
italique  dans  l’infcription  gravée  fur  le  bord  du 
grand  vafe  de  bronze  , confervé  dans  le  capitole, 
dont  Mithridate  Eiipator , le  dernier  prince  fa- 
meux de  fa  branche  parmi  les  rois  de  Pont,  avoir 
fait  préfent  à un  gymnafe  qu’il  avoir  fondé. 
Cette  efpèce  de  chronologie  eft , comme  l’on  voit, 
fujette  à l’erreur , & peut  nous  faire  prendre  des 
idées  très-fauffes  des  chofes.  Si  quelqu’un , par 
exemple  , vouloir  déterminer  l’antiquité  de  ce 
fameux  fragment  de  ftatue  d’un  Hercule  qui  eft 
placé  au  belvédère  , & qu’on  nomme  le  torfe 
de  Michel  Ange , & que  pour  en  fixer  l’époque 
il  eût  recours  à l’infcription  qui  s’y  trouve,  & qui 
donne  le  nom  de  l’artifte  ainfi  écrit  Ar°AAâ)Ni“s  : 
faudroit-ii , parce  que  des  antiquaires  ont  avancé 
que  l'oméga  ainfi  formé  avoir  pris  naiffance  fort 
tard , qu’il  plaçât  l’auteur  de  cette  admirable 
ftatue  dans  des  fiècles  où  l’oH  ne  trouvera  point 
de  fculpteur  capable  de  produire  un  fi  beau  tra- 
vail J Et  que  deviendroient  alors  les  idées  qu’il 
eft  jufte  d’avoir  fur  les  progrès  & l’état  de  l’art  (i)î 

Les  caradères  qui  fe  diftinguent  par  une  forme 
particulière  font  ceux  que  voici,^,  X > ® > ' j > 
dX  , P , i le  figma  eft  toujours  rond.  Ces  letses 


(i)  {Utilité  des  voyages  , tom.  Il,  p.  117.  ) 

{^)  On  ne  peut  pas  contefter  que  les  plus  beaux 
jours  de  la  Sculpture  n’aient  été  les  mêmes  qui  ont 
éclasré  dans  la  Grèce  le  règne  du  grand  Alexandre  , 
& qu'à  mefure  que  l’empire  romain  a perdu  de  fa 
fplendeur , les  arts  fe  font  éclipfés.  Mais  il  eâ  pour- 
tant vrai  que  fous  Adrien  ils  reprirent  une  iiouveHe 
vigueur  , & que  rien  n’eft  çemparable  pour  la  finefle 
du  trait , à la  ftatue  du  bel  Antinoüs , qui  fut  faite 
alors, 

font 


E C R 

font  employées  plus  fréquemment  fur  des  iufcrip- 
îions  grecques  du  fécond  fiècle  des  empereurs  & 
des  fècles  faivans  , que  dans  les  précédens  ; Sc 
qusiquefo:s  un  jambage  s’avance  vers  la  direction 
oppoiée,  comme  on  le  voie  fur  une  lampe  de  terre, 
rapportée  parPafferiCi)  A lOK/^HT  ( Wi.i- 
keiman  ^ lettres  fur  Hercule.ninn'). 

Echit  ure  des  gaulois. 

rnonument  de  ce  genre  qui  fublirte  , 
£)x\z  pierre  écrite  de  Saulieu  en  Bourgogne.  Le 
petit  nombre  de  caraélères  gaulois  que  l’on  y 
apperçoit,  a exerce  la  lagacité  de  piuiîeurs  écri- 
vains 5 pms  qu’on  puiffe  avoir  aucune  certitude 
de  la  réuiTite.  On  trouve  cette  pierre  & fes  carac- 
teres  graves  dans  le  VI.  volume  de  l’hiltoire  de 
Bourgogne  , par  l’abbé  Courtépée. 

Ecriture  des  runes.  Voye^  Runes. 

Écriture  des  latins. 

f écriture  latine  de  la  plus  haute  antiquité , com- 
parée a celle  d’Augufte,  en  étoit  non-feulement 
dîllinguée  par  des'' qualités  accidentelles,  mais 
auffi  par  la  forme  effentielle  des  caraélè.-es,  des  pro- 
portions &delafymmétne.  Sur  l’an  568  avant  J.C. 
dite  Live  rappelle  une  vieille  loi,  écrite  en  lettres 
antiques,  qui,  félon  Quintilien , ne  refferribloient 
pas  à celles  de  fon  temps.  Voilà  donc  dès  le  com- 
mencement de  Rome  au  moins  deux  fortes  d’é- 
critures  latines  bien  caraéiéri fées.  Des  témoignages 
certains  en  conftatent  l’exilfence  , & ne  iaiîTent 
aucune  reffource  au  doute.  On  n’en  doit  pourtant 
pas  conclure  que  l’ufage  de  \‘ écriture  antique  fût 
alors  totalement  aboli,  mais  qu’il  n’étoit  plus  à 
la  mode. 

Pourroit-on  fe  flatter  de  voir  reproduire  fous  nos 
yeux  cette  ancienne  écr/wre  , d’après  des  originaux 
inconîeftables  i C’ait  fur  quoi  nous  ne  croyons  pas 
qu’on  puiife  héflrer  un  moment;  relie  à favoir  juf- 
qu’à  quel  degré  d’antiquité  il  faudra  les  reculer. 
Peut-être  ne  fauroit-on  produire  aucun  monument 
dont  h date  précife  dévance  de  plus  de  300  ans 
la  naiffance  du  Sauveur  : il  efr  cependant  très- pro- 
bable qu’il  en  exiile  encore  de  plus  anciens  au 
moins  de  deux  ftècles. 

Si  deux  des  tables  de  Gubio  égaloient  par  leur 
antiquité  celle  des  pélafges  , à qui  l’on  en  attribue 
la  compofition  , i!  ns  feroit  pas  poffibîe  de  mon- 
trer un  plus  ancien  modèle  des  lettres  latines  : 
mais  leur  conformité  avec  les  caraftères  d’environ 
zoo  ans  avant  J.  C.  , les  a fait  regarder  par  plu- 
fleurs  favans  plutôt  comme  des  copies  ou  pièces 


(i)  Paferi  Luc.  t.  I.  tué.  14. 
Antiquités  , Tome  II. 


Ü C R y 

renouvelkes , que  comme  de  véritables  proto- 
types. Elles  ne  feront  donc  mifes  qu’au  niveau 
des  loix  romaines  agraires,  du  fenatus-confulte 
contre  les  bacchanales,  de  quelques  médailles 
confulaires,  ou  tout  au  plus  de  i’infeription  dreiTée 
en  1 honneur  de  i ucius-Barbatus.  Au  défaut  d une 
antiquité prodigieufe que  fembloient  alTurer  à notre 
écriture  ces  taoles  eugubines,  eftiraées  de  plus  de 
3000  ans,  les  inferiptionsde  la  fécondé  & troifiètr.e 
efpèce  ou  premier  genre  des  éoïtures  lapidaires 
& métalliques  , publiées  dans  la  nouvelle  diploma-~ 
tique  des  favans  bénédiélins , quoique  de  beaucoup 
poftérieures  à cette  époque  , répondront  fuffi- 
famment  aux  caraétères  qu’atmient  en  vue  Quin- 
tilien  , Tire- Live  & les  autres  anciens.  C’eft 
tout  dire,  qu’elles  font  tirées  d’après  ce  que 
ritaiie  a déterré  de  plus  antique  depuis  trois  ûècles. 
Avant  leur  découverte  , les  tabks  eugubines  mifes 
à part  , le  monument  érigé  à Lucius-Barbatus 
ne  cédoit  le  premier  rang  à nul  autre  , lî  ce  n’eîl 
peut-être  à quelques  médailles-  La  colonne  rof- 
trale  de  Duiiiius  eil,  à la  vérité  , d’une  date  plus 
ancienne  : les  antiquaires  toutefois  paroiffe.nr  moins 
difpofés  à la  croire  originale  que  rétablie.  Ne 
pouffons  pas  ici  plus  loin  ie  dénombrement  des 
inferiptions  antiques  ; il  fuffit  de  jetter  les  yeux 
fur  les  quatre  premières  efpèces  du  premier  genre 
àts  écritures  lapidaires  & métalliques  , pour  y voir 
raffemblé  tout  ce  qu’à  cet  égard  l'antiquité  nous 
a tranfmis  de  plus  précieux.  Ces  morceaux  peu- 
vent fe  partager  en  trois  âges.  Les  plus  récens 
précèdent  l’ère  chrétienne  de  près  de  deux  cents 
ans  : plufîeurs  des  genres  fuivans  renferment  en- 
core quelques  pièces , qui  ne  remontent  pas  moins 
haut. 

Déjà  rinfcrîption  de  Lucius  - Barbatus  , les 
épitaphes  des  furius  , les  loix  agraires  & ro- 
maines , & autres  monumens  encore olus  antiques  , 
avoient  perdu  quelque  chofe  de  l’ancienne  ru- 
deffe  des  écritures  latines,  lorfqu’on  vit  paroîîre  , 
fi  même  on  ne  doit  pas  la  faire  remonter  plus 
haut , une  fécondé  branche  de  vieille  écriture  , 
mais  plus  polie  & particulièrement  affeélée  aux 
médailles.  Touche-t-elie  à l’origine  des  caraélères 
latins  Eft-eî!e  émanée  de  cette  écriture  rude  & 
groffière , eftimée  la  plus  antique  ? Seroit-elle 
née  jdu  commerce  des  romains  avec  les  grecs, 
long-temps  avant  que  les  derniers  euffent  fubi  le 
joug  de  l’empire  ? C’eft  fur  quoi  nous  ne  voyons 
pas  qu’on  puiffe  aifément  fe  décider.  Pour  l’or- 
dinaire on’fe  contente  de  la  reculer  jufqu'à  la 
première  guerre  punique  ; mais  on  a des  As  d’une 
écriture  à-peu-près  femblable,  de  beaucoup  anté- 
rieurs à cette  époque.  II  fembleroit  donc  que  dès 
la  plus  haute  antiquité  les  romains  auroient  eu 
deux  fortes  Récritures  capitales , l’une  impo- 
lie & qu’on  peut  traiter  de  ruftique  , l’autre  plus 
régulière  & dont  on  ufoit  fur-tout  dans  les  fa- 
briques des  monnoies.  C Nouvelle  diplomatique  ). 

O O O 


474  E C R 

Écriture  romaine-  Quoique  la  figure  des  let- 
tres fe  foutienne  affez  bien  pendant  les  trois 
premiers  fiècles  de  notre  ère , elle  ne  laine  pas 
de  perdre  infenfiblement  quelque  ehofe  de  fes 
belles  proportions  , &-fur-rout  de  cette  élégance 
qui  caraétérife  fi  bien  l’empire  d*Augufte  & de 
fes  üiccefleurs  immédiats.  Les  déclins  de  Vécri- 
ture  Airent  d’abord  prefque  imperceptibles.  Mais  , 
dès  le  III.  fiècle , elle  fe  dégrada  trop  fenfîbie- 
ment , pour  qu’il  foit  pofllble  de  fe  diflimuler 
fa  décadence.  La  forme  des  lettres  ne  fut  pas 
moins  altérée  fur  la  monnoie  que  leurs  propor- 
tions. On  quatra  les  lettres  anguleufes  j on  arrondit 
les  carrées.  Les  orneme.ns  fuperflus , déjà,  trop 
fréquens , le  dévinrent  encore  davantage  fur  les 
marbres  & les  tables  de  bronze.  On  vu  éclore 
de  nouveaux  genres  èi écritures , qui  fouv'ent  expo- 
fés  à des  variations  promptes  & fuivies  , fe  mul- 
tiplièrent en  tant  d’efpèces , qui!  eft  difficile 
d’en  fixer  le  nombre.  Les  monumens  métalliques 
& lapidaires , fans  donner  l’exclufion  aux  carac- 
tères irréguliers  & ruftiques^,  & fans  fe  réduire 
aux  plus  parfaits  , continuèrent , il  eft  vrai , juf- 
qu’au  V.  fiècle  , de  repréfenter  ï écriture  réfor- 
mée , telle  à peu  près  qu’elle  fe  montra , lorf- 
Qu’on'  la  vit  toucher  à l’apogée  de  Ton  élégance. 
Elle  n’eut  pas  un  fort  auffi  favorable  fur  les 
^médailles.  Ses  pertes  & fes  déchets  n’y  furent 
l?ourtant  pas  d’abord  bien  marqués.  Les  premiè- 
res atteintes  portées  à fa  beauté  s’y  font  fentir , 
mais  bien  foiblement  dès  la  fin  du  premier  fiècle. 
Durant  toute  l’étendue  du  II.  fa  décadence 
n’avance  J pour  ainfi  dire,  que  pas  à pas.  Au  con- 
traire J depuis  le  milieu  du  III.  elle  fe  manifefte 
fur  les  médailles  & les  monnoies  aux  ycux  les 
moins  attentifs , & femble  m,enacer  \‘ écriture 
d’une  ruine  totale  & précipitée.  L’excès  du  mal 
en  fut  le  remède.  Dès  le  commencement  du  IV. 
fiècle  J dn  corrigea  cette  écriture  métallique;  & 
fi  fon  ancienne  élégance  ne  fut  pas  tout  à fait 
rappellée^  on  s’en  rapprocha  beaucoup.  La  ré- 
forme ne  s’étendit  pourtant  qu’aux  fabriques  de 
monnoies  ^ & même  ne  s’y  foutint  pas  plus  d’un 
fiècle.  Le  mai  gagnoir  cependant  fur  les  marbres 
& autres  matières  dures  de  toutes  parts. 

Mais  pourquoi , comment  & par  quels  degrés 
X écriture  romaine  fe  corrompit-elle  i Le  plus  ou 
le  moins  d’ufage  qu’on  fit  de  la  manière  d’écrire 
la  plus  élégante  . & la  mieux  proportionnée^  peut 
également  fixer  & fon  état  le  plus  floriffant , & 
le  premier  degré  de  fa  décadence.  Le  caraétère 
écrafé,  avec  les  applatiflemens  des  angles  en 
furent  le  fécond.  L’introduélion  de  quelques  let- 
tres de  différentes  cfpèces  J avec  celles  du  même 
genre  , doit  être  regardée  comme  le  troifième. 
Tant  qu’on  fe  renferma  dans  ces  altérations  lé- 
gères j^fi  l’élégance  de  ï écriture  fouffiit  un  peu  ^ 
fa  forme  effentielle  ne  fur  pas  corrompue.  Mais 
tout  fut  perdu , qaatui  oa  eut  commencé 


E C R 

d’ajouter  la  confufion  des  divers  genres  iXécraure 
aux  premières  atteintes  données  à la  beauté  de 
fes  traits.  Ce  fut  donc  là  le  quatrième  degré 
de  fa  décadence.  Une  autre  forte  de  corrupnon 
ne  tarda  pas  à fuivre.  Elle  confiftok  à mêler 
ou  réunir  dans  la  même  infcription  des  caraélères 
de  divers  ordres  j par  exemple , le  minnfcule  ou 
le  curfif  avec  le  capital.  Nous  en  voyons  les 
préludes  dès  le  commencement  du  IV.  fiècle ^ 
& même  dès  la  fin  du  ilL  Le  mal  ne  fit  qu’aug- 
menter dans  la  fuite. 


Au  V.  le  dépériffemeni  de  X écriture  devint  fi 
commun  , &c  quelquefois  fi  énorme , qu’on  a cru^, 
depuis  le  renouvellement  des  belles-lettres  ^ de- 
voir en  faire  un  crime  aux  goths  & aux  wifigots. 
Oh  les  a même  voulu  charger  de  l’horrible  in- 
vention de  X écriture  curfîve , trop  difficile  à lire 
aujourd’hui  , pour  être  l’ouvrage  des  romains , 
& néanmoins  trop  ordinaire  dans  leurs  tribunaux 
avant  l’établiffement  des  goths  en  Italie , peur 
être  Celui  de  ces  barbares.  Après  cela^  comment 
n’aur©it-on  pas  mis  fur  le  compte  des  francs, 
des  lombards  & des  anglo-faxons  les  écritures 
franco-gailiques  ou  mérovingiennes,  lombardiques 
& faxones  ? Sur  qui  rejetteroit-on  la  dépravation 
de  toutes  les  fortes  Récritures  aux  VI  & VII 
lîèdes,  s’ils  n’en  étoient  pas  coupables  î Voilà 
donc  les  caraéières  latins  changés  & corrompus 
par  les  wifigots , les  francs  , les  lombards , les 
Taxons , en  Efpagne,  dans  les  Gaules,  en  Italie  , 
dans  la  Grande-Bretagne.  Ces  vaines  accufations 
feront  diffipées  ailleurs  ; mais  les  difcuffions  , ou 
elles  nous  jetteroient , détourneroient  trop  long- 
temps nos  regards  , qui  ne  doivent  être  îci_  fixés 
que  fur  les  continuelles  révolutions  des  écritures. 


Arrive  le  glorieux  règne  de  Charlemagne  : 
X écriture  fe  renouvelle,  les  belles  capitales  ro- 
maines font  remifes  en  honneur , ou  cultivées 
avec  plus  de  foin.  Tous  les  caraétères  acquiè- 
rent quelques  degrés  de  politefîe  ou  de  fimph- 
cité.  L’on  fixe  la  minufcule,  on  la  perfeérionne, 
on  l’accrédite  , & fi  on  ne  lui  fait  pas  encore 
tenir  lieu  de  routes  les  autres  écritures  , du  moins 
l'emp!oie-t  on  dans  prefque  toutes  les  fortes  de 
pièces,  où  l’on  fc  fervoit  auparavant  delà  capi- 
tale, de  l’on.ciale  & de  la  curfive.  Elle  fouffre 
peu  de  déchet  jufqu’au  XÏI.  fiècle  ? auquel  elle 
fe  transferme  en  gothique  par  le  changement  de 
fes  rondeurs , foit  en  angles  , foit  en  carrés.  Le 
gothique  l’avoit  déjà  foumife  à fa  tyrannie  , qu  il 
n’avoît  alors  livré  que  de  légères  attaques  à la 
majufcule. 


Jufqu’au  IX.  fiècle  , l’ufage  le  plus  autorifé  par 
1 pratique  , ne  penr-etroit  guère  de  confondre 
;s  divers  or.dres  Récriture.  Il  étoit  rare  de  trani- 
orter  les  lettres  d une  ciaffie  à ure  autre  : fi 

ueiqaefois  on  franchiffoit  dette  ligne  de  féparatioBi 


E C R 

las  lettres  empruntées  fa  trouvolent  prefque  tou- 
jours en  petit  nombre  ; mais  depuis  le  X com- 
mencé, la  licence  n^’eut  plus  de  bornes.  Tou- 
jours elle  alla  croiffant , jufqu’à  ce  qu'elle  eût 
enfanté  cet  affreux  gothique,  ^ont  le  renouvelle- 
ment des  lettres  , après  trois  fiécles  de  ^combats, 
n'a  pas  encore  totalement  délivré  l'Europe.  La 
tendance  des  é<.ntures  à ce  gothique  moderne  fe 
fait  fentir  aux  perfonnes  attentives , dès  que  le 
mélange  de  différentes  fortes  à! écriture  commence 
à fe  montrer.  Quoique  du  IV  au  IX  fiècle  il  fe 
fût  gliué  dans  V écriture  bien  des  bizarreries  , que 
des  traits  & des  lettres,  qui  plus  eft  , tout  à fait 
barbares  , en  euffent  fouvent  défiguré  la  beauté  j 
néanmoins  il  eft  vrai  de  dire  qu'elle  s'avançoit 
d'un  pas  très-lent  vers  ce  nouveau  gothique. 

Le  goût  du  beau , & fiir-tout  d'une  écriture 
affez  propre , qui  s'étoit  paffablement  maintenu 
durant  le  IX  fiècle , dégénéra  par  degrés  en  af- 
feétarion  puérile.  Aux  ornemens  recherchés  hors 
du  fein  de  la  belle  nature  , fuccéda  la  manie  , 
d'abord  pour  l'extraordinaire  , enfuire  pour  le  ri- 
dicule Sc  le  grotefque.  Le  mal  ne  fît  qu'empirer 
jufqu'au  XIII  fiècle , vraie  époque  du  gothique 
régnant.  Au  XIV  fiècle  fes  excès,  pour  ne  pas 
dire  fes  extravagances  , furent  portés  à leur 
comble  en  écriture , comme  en  architeélure.  L’une 
& l'autre  parurent  alors  plus  furchargées  de  co’ifi- 
chets , plus  hériffées  de  pointes , & conféquem- 
ment  plus  affreufes.  Le  gothique  majufcule  fondé 
fur  le  mélange  de  la  capitale , de  la  minufcule 
& de  l’onciale , eut  pour  effence  & marque 
caradériftique  les  coupes , les  bafes  & les  fom- 
mets  transformés  en  parties  intégrantes  de  fes 
lettres.  Il  faut  pourtant  avouer  qu’au  milieu  de 
fes  plus  épaiffes  ténèbres,  on  ne  laiffe  pas  de 
rencontrer  quelques  infcriptions  fort  courtes, 
telles  que  celles  des  monnoies  & des  fceaux , qui 
ne  fe  fenten:  que  peu  ou  point  de  fa  corruption. 

La  curfive,  en  tant  que  bien  différenciée  de 
la  minufcule,  fe  tint  plus  long-temps  qu'elle  , 
& que  la  majufcule  même,  à couvert  de  la  dé- 
pravation du  gothique.  Mais  au  XIII.  fiècle,  il 
pénétra  par- tout;  & fi  quelque  pièce  en  parti- 
culier en  fut  privée  , en  généra!  nulle  forte  à'écri- 
ture  n’en  fut  exempte.  Ses  fuccès  fe  multiplioient 
de  jour  en  jour  ; à vue  d’œil  il  fembloit  gagner 
du  terrain.  Rarement  toutefois  parvint -il  dans 
la  majufcule  à furpaffer  en  nombre  routes  les 
autres  lettres  avant  le  XIV.  fiècle.  Quelque  étendue 
que  fût  au  XV.  fa  domination  , il  ceffa  dès- 
lors  de  jouir  tranquillement  de  fes  conquêtes.  Si 
quelque  monnoie  , fi  quelque  fceau  fut  aupara- 
vant fouflrait  à fes  atteintes,  ce  fut  comme  par 
hazârd  & fans  confequence.  Le  gothique  alloit 
toujours  fon  train  & ne  pouvoir  manquer,  fé- 
lonie cours  ordinaire  deschofes,  de  tout  envahir. 


E C R 

fans  que  rien  pût  mettre  des 
prifes. 


47? 


bornes  a fes  entre- 


Cependant  il  fe  répandit  en  Italie  un  goût 
pour  les  beües-Iettres  & pour  les  antiquités  ro- 
maines, qu!  ne  tarda  pas  à rappelier  celui  des 
anciens  caraétères.  Ses  ccmmencemens  furent  foi- 
bles , & fmvirent  au  moins  de  près  ceux  du 
XV.  fiècle.  Ses  progrès  étoient  déjà  confidéra- 
bles  avant  fon  milieu  ; mais  depuis  ils  devinrent 
rapides,  & causèrent  une  grande  révolution  dans 
tous  les  genres  èi  écriture.  Aufii , dès  que  l'art 
de  l’imprimerie  parut  en  Italie,  y reçut  - il  un 
nouveau  degré  de  perfeéiion , par  l'ufage  que 
plufieurs  y firent  du  caractère  romain,  au  préjudice 
du  gothique,  employé  par -tout  ailleurs.  Sur  le 
déclin  du  même  fiècle,  Y écriture  fomaine  reffufeitée 
paffa  les  Alpes  ; mais  quoique  reçue  pour  toujours 
fur  le  fceau  de  l'empereur , elle  n’eut  cours  que 
dans  la  haute  Allemagne.  Le  reÛe  fut  pour  elle 
un  pays  impénétrable,  où  l'empire  du  gothique 
ne  pouvant  plus  s'étendre,  fe  changea  dans  la 
plus  horrible  tyrannie.  Les  fiècles  fui  vans  eurent 
beaucoup  de  peine  à fecouer  en  partie  le  joug 
d'une  coutume  trop  invétérée.  Depuis  que  le 
gothique  s’eft  vu  chaffé  des  imprimeries  latines 
d'Allemagne,  il  a confervé  affez  de  crédit,  pour 
maintenir  fes  droits  fur  tout  ce  qui  s'écrit  en 
allemand , & même  fur  toutes  les  écritures  cur- 
fives.  Un  de  nos  meilleurs  écrivains  le  voyant 
fi  enraciné  dans  ce  pays,  a cru  qu'on  auroitdû 
l’appeller  plutôt  allemand  que  gothique.  Mais  fi 
les  allemands  y font  demeurés  plus  long-temps 
attachés  que  prefque  toutes  les  nations  de  l’Eu- 
rope , il  ne  feroit  pas  difficile  de  prouver  , que 
loin  d'en  être  les  auteurs , ils  s'en  préfervoient 
encore,  ou  que  du  moins  iis  n’en  étoient  pas 
totalement  infeéfés,  tandis  qu'il  dominoit  paifi- 
blement  chez  leurs  voifins.  Il  ne  feroit  donc  pas 
jufte  de  leur  imputer  en  particulier  une  écriture 
odieufe  , qui  leur  fut  long-temps  commune  avec 
tant  d'autres  peuples. 

Dès,  avant  la  moitié  du XVI. fiècle,  la  France 
l'avoit  prefque  totalement  exclue  de  fes  infcrip- 
tions lapidaires  & métalliques,  pffi-bien  que  de 
fes  imprimeries , elle  ceffa  entièrement  fur  le» 
monnoies  fous  Henri  IL  Notre  curfive  ne  fit 
pas  le  mêm.e  accueil  à la  romaine,  elle  lui  donna 
néanmoins  entrée  avant  la  fin  du_  XVI.  fiecle. 
Celle-ci  put  bien  y produire  infenfiblement  quel- 
que réforme  ; mais  elle  ne  prit  le  deffus  que  de- 
puis le  milieu  du  XVII.  fiècle.  Il  faut  même 
l'avouer,  le  gothique  s’y  eft  ménagé  bien  des 
réferves.Nous  ne  pouvons  pas  eiKore  nous  glo- 
rifier d'avoir  épuré  toutes  nos  écritures  courantes 
de  cette  lèpre.  Heureux  même  fi  nous  ne  voyons 
pas  un  jour  les  relies  du  gothique,  qui  la  désho- 
norent, reprendre  le  deffus&caufer  une  révolution, 

O O O ij 


475’  E C R 

dont  nous  crovons  appercevoir  les  préludes.  ( Nou- 
veile  Diplomatique.  ) 

Ecriture  palmyrénienne.  Fcyei  Palmyre. 

- Écriture.  ( Diplomatique  des  chartes.  ) Voyei 
les  différens  articles , Lombarde,  Mérovin- 
gienne , Onciale  , &c. 

écriture  examinée  avec  foin  fcur.nir  des  carac- 
tères excluSfs  de  certains  fiècles  , & convenables 
à d^autres,  Ces  caraiftères  feront  à quelques  égards 
dccififs.  Sous  u.ne  face  différente , iis  n’offriront 
féparément  que  des  degrés  de  probabilité , qu’il 
faudra  réunir  & calculer  ; c’eft  à-dire  , qu’i's  ap- 
partiendront au  même  ordre  de  preuves  tyae  celles 
qui  naiffent  des  indices  tirés  du  parchemin  , du 
fceaa,  de  l’encre,  &c.  Le  réfuîtat  des  uns  & 
des  autres  opère  fouvent  la  certitude  ; quelquefois 
on  ne  fauroit  les  tirer  du  cercle  de  la  vraifem- 
blance  ; mais  !e  plus  fouvent  cela  n’arrive  que 
parce  qu’on  n’a  pas  fu  failîr  ou  faire  valoir  tour 
ce  qui  pouvoir  concourir  à fixer  l’âge  d’un  an- 
cien monument,  ou  parce  qu’on  a prétendu  fe 
renfermer  dans  un  efpace  de  temps  trop  étroit. 
En  étendant  cette  durée  on  parvient  à la  ctj- 
îirude. 

Quoique  le  même  fiècle  & la  même  province 
ne  fuffenr  pas  bornés  à un  feul  genre  , il  ne  s’en- 
fuit pas  qu’on  ne  puiife  difeerner  celle  qui 
convient  à chaque  âge,  & même  quelquefois  à 
chaque  pays.  Les  goûts,  les  manières  & les  modes 
changent  pour  l’ordinaire  infenfiblement  ; m.iis 
quand  on  les  réunir  fous  un  coup  d’œil  & qu’on 
les  compare , au  bout  d’un  ou  deux  fiècles  , on 
y découvre  bien  de  la  différence. 

A ne  confîdérer  les  diverfes  fortes  d’écritures 
que  par  leurs  claffes  ou  leurs  genres  , elles  ne 
laifferont  pas  de  concourir  à manifsfier  leur  âge. 
Des  manuferits  totalement  écrits  en  capitales , en 
tant  que  difiinguées  des  onciales  , ne  feront  pas 
portérieurs  au  VIIL  fiècle.  Ceux  mêmes  qui  font 
en  onciale  , s’ils  ne  font  point  partie  de  Y écriture 
fainte  , s’ils  ne  font  point  à l’ufage  des  offices  di- 
vins , s’ils  n’ont  point  été  faits  pour  quelque 
prince,  feront  au  moins  du  VIÎI.  fiècle.  Mais 
quelque  livre  que  ce  foit , entièrement  en  onciale , 
fera  jugé  antérieur  à la  fin  du  X.  fiècle.  Cette 
règle  eft  applicable  même  aux  grecs. 

Un  manuferit  en  onciale  , dont-  les  titres  des 
livres  répétés  au  haut  de  chaque  page  , & ceux 
des  livres  placés  tant  à la  fin  qu’au  commence- 
ment de  chaquè  traité  , & les  lettres  initiales  des 
alinéa  paroiffent  fans  ornemens , appartient  à la 
plus  haute  antiquité.  Les  manufcrits  néanmoins 
dont  les  titres  des  traités  feroient  en  capitale  5 
ruftique  ou  négügécj  pourroieot  être  du* même 
âge. 


E C R 

Lorfque  la  capitale  commence  à fe  mêler  avec 
l’onciale  dans  les  titres , & que  les  initiales  des 
alinéa  font  fouvent  en  capitales , quoique  Mafféi 
nous  donne  ce  caraélère  pour  un  figne  de  la  plus 
grande  antiquité  , hous  le  regardons  an  contraire 
comme  un  indice  d’un  âge  plus  récent.  H eft 
ordinaire  au  ÎX.  fièck  , dans  les  manufcrits  même 
en  îrdnufcule , & fréquent  dès  le  VIII.  îskus  ne 
p>ourriofîS  néanmoins  regarder  cet  indice  comme 
abfoiument  incompatible  avec  quelques-uns  des 
lus  anciens  manufcrits,  fans  les  rabaiiTer  cen- 
de'rabiement  au  deffous  de  i’âge  que  leur  ont 
afiigné  les  plus  favans  hommes  ; mais  nous  jugeons 
beaucoup  plus  favorablement  du  mélange  de  ces 
quatre  minufcules  e,  % , W,  ‘Z , avec  l’onciale. 
Nous  ne  les  avons  jamais  rencontrées  à la  fois  dans 
des  manufcrits  en  onciale  , qu’ils  ne  fuffent  anté- 
rieurs au  VIL  fiècle. 

L’onciale  à jambages  tortus  , à traits  brifés 
ou  détachés,  & d’ailleurs  foutenue  du  concert 
des  autres  indices , égale.ment  avantageux , fe 
fera  pour  l’ordinaire  déclarer  du  V.  fiècle.  Seule  , 
elle  n’exciueroir  pas  le  VL  ni  peut-être  même  to- 
talement le  VIL , mais  fa  fin  & les  fuivans. 

La  petite  onciale,  d’une  élégante  fimpüciré^ 
fans  bafe  ni  fommets  , anguieufe  dans  fes  con- 
tours , à queues  plutôt  terminées  par  les  demi- 
pleins  que  par  des  déliés , s’annonce , au  coup 
d’ceii , pour  tout  ce  qu’on  peut  imaginer  de  plus 
ancien  en  fait  de  manufcrits. 

L’onciale  demi- tranchée  fent  le  VIL  fiècle , ob 
le  commencement  du  VIII.  fans  exclufion  des 
précédens.  Elle  efi:  déjà  quelquefois  pleinement 
tranchée  au  V.  & VI.  Alors  fes  traies  font  fou- 
vent fimaiTifs  , qu’ils  fernblent  doubles  ou  triples; 
C’eft  apparemment  fur  leur  modèle  qu'on  ré- 
forme l’onciale  aux  VIÎI.  & IX.  fiècles.  L’air 
de  celle-ci  eft  pourtant  plus  vif,  le  tour  plus 
recherché  & la  coupe  plus  nette.  Faute  d’avoir 
bien  ftîfi  cette  difparité  fur  les  rapports  généraux 
de  reifemblance  , peut  être  feroit-on  quelquefois 
tenté  de  rabaiiTer  quelquefois  aa  IX.  fiècle  ces 
écritures  du  VL  ; mais  le  plus  léger  examen  des 
autres  caracières  remcîira  fur  les  voies. 

La  -minufcule  des  V.  & VI.  fiècles  eft  com- 
munément plus  large  & que  la  nôtre,  &;  que 
celle  des  temps  poftérieurs.  Elle  conferve  ordi- 
nairement plufieurs  lettres  majuicules , comme 
i'N  & I R.  Quand  la  dernière  eft  minufcule , 
elle  prend  quelquefois  la  forme  de  ïu , ou  du 
moins  le  jambage  gauche  defcend-il  beaucoup  pTs 
qu’il  ne  tait  dans  nos  petites  r romaines.  La 
groTc  minufcule  n’a  pas  l’air  de  la  nôtre  avant 
fe  VIII.  fiècle.  La  conformité  ne  fut  jamais  plus 
grande  que  fur  le  déclin  du  IX.  & le  commen- 
cement du  X.  fiècle.  Au  VII.  elle  préfente  quel- 


ECU 


477 


E C T 

ne  diofe  de  niitoyen  entre  la  dernière  & celle 
U VI.  Au  XL  les  rondeurs  de  la  minufcule  com- 
me.'icent  à fe  perdre.  Les  angles  y fuccèdent  & 
bientôt  les  pointes , qui  confomment  enfin  le 
gothique. 

Une  autre  forte  de  minufcule  romaine^  fou- 
vent  très  pente,  approchoit  de  notre  plus  belle 
curfive.  Quoique  d'un  affez  grand  ufage  aux  V.  & 
VL  lîècles  , elle  ne  fervoit  dans  les  manufcrits 
que  pour  appofer  des  notes  ou  des  fommaires  , 
ou  pour  repréfenter  d'anciennes  foufcriptions;  Peut- 
etre  étoit-elle  propre  à plufieurs  de  ceux  qui  n'a- 
voient  pas  exercé  leur  main  à l'écriture  des  aâes 
publics. 

La  curfive  romaine,  telle  qu’elle  étoit  employée 
dans  ks  tribunaux  , change  fenfiblement  de  forme 
de  fiecle  en  fiècle  : ce  changement  devient  plus 
remarquable  depuis  le  VL  Alors  elle  femble  dé- 
générer en 'mérovingienne  & lombardique.  Celle- 
ci  depuis  le  X.  fiècle  , contraéte  une  tournure 
qui  mène  droit  au  gothique. 

^ La  Franco-Gallique  J curfive  bien  caraâérifée , 
s’annonce  au  moins  du  VIII.  fiècle.  Si  elle  eh  très- 
liée  & compliquée,  elle  remonte  au  VIL  La  faxonne, 
à ce  feul  titre , quoique  rare  au  XL  fiècle  , fur- 
tout  dans  les . manufcrits  ,.11  l'on  en  excepte  ceux 
d Irlande , pourroit  abfelument  n'être  pas  plus 
moderne  ; mais  les  diverfes  formes  qu'elle  prend 
décideront  plus  précifément  de  fon  âge.  C Nouvelle 
diplomatique  ). 

Écriture  repaffée. 

Les  grecs  du  bas-empire  adoptèrent  un  moyen 
finguiier  pour  faire  revivre  les  anciennes  écritures ^ 
qui  commençoient  à s’effacer,  & peut-être  auffi 
pour  apprendreà  écrire.  Ce  futderepalferlaplume 
fur  tous  les  caractères  de  certains  manufcrits.  Ils 
s'approprioient  en  effet  par  cette  méthode  tous 
les  traits  du  cataélère  antique.  La  différence  de 
l’encre  découvre  ces  nouvelles  écritures  aux  per- 
fonues  attentives  : les  lettrines  non  renouvellées 
!e  font  encore  plus  infailliblement  ; mais  rien  n’eft 
plus  décifif  que  les  lettres  ou  les  lignes  non  re- 
touchées. On  voit  plufieurs  pages  de  cette  forte 
dans  le  manufcrit  grec  220.  de  la  bibliothèque 
coifline  , maintenant  de  Sc.-Germain-des-Prés. 

Cette  obfervation  a échappé  à plufieurs  diplo- 
matiftes. 

ECTION  J père  d’Andrcmaque. 

ECTOXIuJS , i un  de  ces  hommes  qui  naquirent 
des  dents  du  dragon,  femées  par  Cadmus.  Voye^ 
Cabmus. 


ÉCUEILS. 

Comme  l'on  dépeignoit  les  êtres  malfaifans  fous 
une  forme  redoutable  ou  effrayante  , on  repré- 
lente  les  écueils  dangereux  fous  des  figures  de 
geans  ou  de  monftres.  C'cfi  ainlî  que  Y écueil  ai. 
cyonius  , fitué  dans  i'illhme  de  Corinthe  , avoir 
ete  autrefois  un  géant.  Il  voulut  enlever  les  bœufs 
d Hercule  , car  on  trouve  Hercule  car-tout  ; 
mais  le  héros  le  tua. 

Voici  u.n  autre  roc  perfonnifié  5 &:  fon  hifioire 
donne  une  idée  de  la  manière  de  conter  les  faits 
phyfiques  dans  le  génie  allégorique  des  anciens 
temps. 

Il  y avoir  un  chemin  qui  conduifoit  de  l’ifthme 
^ Mégare  ; comiiue  tout  ce  pays 
efl^  nerifïe  de  rochers  ^ la  route  etoit  Fort  mau- 
vaife  Sc  remplie  de  précipices.  Il  y avoir  en  par- 
ticulier un  paffage  étroit  fur  les  rochers  de  Sciroa 
( c'ell-à-dire,  les  rocs  taillés  de  , Jdndo  ).  Le 
voyageur,  menacé  d'un  côté  par  des  rocs  qui 
pendoient  fur  fa  tête,  & de  l’autre  par  la  nier 
qui  mugifio-it  à fes  pieds,  n’y  pafToit  qu'en  trem- 
bjant  5 il^n’y  avcit  aucun  hofpice  fur  la  route  pour 
s y rafraîchir  :on  la  changea  depuis.  Voilà  l’hilloire 
phyfique  ^telle  que  la  rapporte  Strabon  {Strab. 
geogr.  lib.  p.  ) : la  voici  contée  dans  le  langage 
primitif. 

n y avoir  un  géant  nommé  Sciron  , qui  fe  te- 
noit  à ce  paffage':  ce  brigand  faifoit  jeûner  les 
pafïans,  puis  il  leur  mettoit  du  pain  à terre,  ou 
il  les  engageoh  à lui  laver  les  pieds  , & comme 
ceux-ci ^fe  baiffoient,  il  les  prenoir  par  le  pied 
& les  Jettoit  dans,  la  mer.  Tkéfée  ^ qui  purgea 
cette  route  de  brigands  de  la  même  ’efpècerie 
jetta  dans  le  précipice.  La  terre  & la  mer , dit 
Ovide  ( métamorph.  lib.  7.  ) , refufoient  également 
de  recevoir  fes  os  ,•  long-temps  le  jouet  des  ondes 
ils ^ durcirent  enfin,  & iis  devinrent  ces  rochers 
qui  portent  encore  le  nom  de  Sciron.  Un  des 
plus  fameux  travaux  de  Théfée  eft  un  fait  pure- 
ment phyfique;  & on  lui  attribua  un  grand  nombre 
d’aéfions  pareilles  , qui  ne  peuvent  être  faites 
par  un  feul  homme  , & qui  font  l’effet  de  la  ci- 
vilifation  & de  l'indullrie. 

Citons  encore  quelques  écueils  perfonnifiés:  tout 
le  monde  connoît  les  écueils  de  Ckarybde  & de 
Scylla , beaucoup  plus  dangereux  autrefois  qu’ils 
ne  le  font  aujourd’hui.  Ckarybde  eft  à droite  , 
& Scylla  à gauche  5 Ckarybde  fur  la  côte  de  Sicile, 
& Scylla  Çi\r  celle  d'Italie.  Dans  le  langage  figuré 
des  premiers  temps  , Charybde  ( noni’  féminin  ) 
étoit  une  belle  femme  , voleufe  ir.figne , & qui 
comme  Alcyoneus  , comme  Cacus  & d’autresmon  - 
tagnes,  voulut  enlever  les  bœufs  d'HercuIe  ; mais. 
Jupiter  la  foudroya  3 & comme  cet  écueil  avoic 


478  ECU 

le  pied  dans  l’eau  , on  peignoit  cette  femme  avec 
uae  énorme  queue  de  poiffon. 

V écueil  de  Scylia.  fut  perfonnifié  de  même  : 
fon  nom  eft  féminin  ; Ton  en  fit  une  femme.  Les 
flots  venoient  s’7  brifer  avec  brait  contre  les  ro- 
chers ; on  dit  qu  elle  étoit  entourée  à la  ceinture 
de  chiens  & de  loups  ^ qui  hurloient  & aboyoient 
fans  cefle. 

Ceci  eft  regardé  fans  doute  comme  une  fable 
toute  pure  ; mais  il  eft  utile  d’obferver  comment 
elle  entre  dans  l’hiftoire.  Scylia  n’avoit  pas  tou- 
jours été  difforme  : jeune  & belle , elle  avoir  été 
aimée  de  Claufus -,  Circéen  fut  jaloufe,  elle  em- 
poifonna  la  fontaine  où  Scylia  alloit  fe  baigner  ; 
celle-ci  devint  hideufe  ^ & de  défefpoir  elle  fe 
jetta  dans  la  mer  ^ où  elle  devint  skyll , skull , 
efcueil  ^ écueil.  Mais  fi  la  cruelle  Circé  ( qui  n’eft 
pas  la  Circé  du  Pont  ) n’eft  autre  chofe  que  la 
montagne  volcanique  j voifine  de  Scylia  , & con- 
nue aujourd’hui  fous  le  nom  de  monte  Circelle  , 
comment  fera-t-on  entrer  cette  magicienne  dans 
l’hiftoire  ? Comment  a-t-elle  donné  un  ou  deux 
fils  à Ulyffe?  Et  comment  recevoir  fans  allégorie 
cette  fameufe  aventure  du  héros  grec  ? oye^ 
Circé.  ( Article  de  M.  Rabaud  de  Saint-Étienne  ). 

ÉCUREUIL. 

Le  comte  de  Caylus  a publié  ( rec.  V.  pl. 
XXIII.  ) le  deffin  d’un  écureuil.  Ce  petit  éca- 
reuil  ^ mangeant  & dreffé  fur  fes  pattes  de  der- 
rière ^ ou  plutôt  affis  félon  le  mouvement  natu- 
rel de  cet  animal , prouve  que  les  romains  ne 
cherchoient  que  la  feule  repréfentation  des  ani- 
maux J car  on  ne  voit  pas  que  Y écureuil -néiX  été  con- 
facré  à aucune  divinité,  ni  qu’il  ait  fervi  d’image 
ou  de  corps  à aucun  fymbole.  Il  ne  préfente  à 
i’efprit  que  l’adreffe  & l’agilité  dont  la  nature 
a pourvu  ce  petit  animal.  Celui-ci  eft  d’un  affez 
bon  travail. 

ECUYERS , qui  aîdoient  à monter  à cheval 
avant  l’ufage  des  étriers.  Voye[  anaboaeis. 

Ecuyers  , armîgeri  J fcutigeri  , ferviteurs  des 
guerriers.  Homère  , en  parlant  des  héros  de  la 
guerre  deXroye,  fait  fouvent  mention  de  ces 
écuyers  dont  la  naiffance  & la  condition  étoient 
fouvent  relevées.  C’étoient  alors  des  jeunes  gens 
qui  fe  formoient  au  métier  des  armes  , fous  la 
conduite  des  guerriers  célèbres.  Les  écuyers  ne 
furent  fouvent  que  des  ferviteurs  à gages. 

pCUYERS,  armîgeri  équités. 

Les  écuyers  romains  étoient  des  compagnies  de 
|ens  de  guerre  armés  d’un  éçu  & d’un  javelot. 


ECU 

Ils  étoient  fort  eftimés , mais  néanmoins  inférieurs 
pour  le  rang  à d’autres  gens  de  guerre , qu’on 
appelloit  gentils  , gentiles.  Ceux-ci  formoient  des 
cohortes  ou  compagnies  de  foldats  prétoriens 
c’eft-à-dire , deftinés  à la  garde  & à la  défenfe 
du  prétoire  ou  palais  de  l’empereur.  Le  maître 
des  offices  avoir  fous  lui  deux  écoles,  fckoU  diffé- 
rentes , l'une  pour  les  gentils  j l’autre  pour  les 
écuyers.  - 

II  eft  parlé  des  uns  & des  autres  avec  diftinc- 
tion  dans  Ammien  Marcellin , ( lih.  XIV.  XVI. 
XVII.  XX.  & XXVIII.  & in  notitia  imperii 

romani  ). 

Pafquier  , dans  fes  recherches  (;tom.  1.  lîv,  II. 
chap.  XVI.  ) , remarque  que  fur  le  déclin  de  l’em- 
pire romain  il  y eut  deux  fortes  de  gens  de  guerre, 
qui  furent  fur  tous  les  autres  en  réputation  de 
bravoure  ; favoir , les  gentils  & les  écuyers  , dont 
Julien  l’apoftat  faifoit  grand  cas,  lorfqu’il  féjournoit 
dans  les  Gaules  j c’eft  pourquoi  Ammien  Marcellin 
( liv.  XVII.  ) rapporte  que  ce  prince  fut  affiégé 
dans  la  ville  de  Sens  par  les  ficambres , parce 
qu’ils  favoient  fcutarios  non  adejfe  nec gentiles  , ees 
troupes  ayant  été  répandues  en  divers  lieux  pour  les 
faire  fubfifter  plus  commodément. 

Scintule , cornes  [labuli , comte  de  l’étable  de 
Julien,  eut  ordre  de  choifir  les  plus  alertes  d’entre 
les  écuyers  & les  gentils  , ce  qui  fait  voir  que 
c’étoit  l’élite  des  tr.'upes  ; & Pafquier  obferve 
que  les  écuyers  n’étoient  point  fournis  ordinaire- 
ment au  comte  de  l’étable  , qu’ils  avoient  leur 
capitaine  particulier  , appellé  fcutarierum  reâor , 
& que  ce  fut  alors  une  commiffion  extraordinaire 
donnée  à Scintille. 

Procope  rapporte  que  vingt-deux  de  ces  écuyers 
défirent  trois  cents  vandales. 

Les  empereurs  faifant  confifterla  meilleurè  par- 
tie de  leurs  forces  dans  les  gentils  & les  écuyers, 
& voulant  les  récompenfer  avec  diftinétion , 
leur  donnèrent  la  meilleure  part  de  la  diftribution 
qui  fe  faifoit  aux  foldats  des  terres  à titre  de 
bénéfice. 

Les  princes  qui  vinrent  de  Germanie  établir 
dans  les  Gaules  la  monarchie  françoife , imitèrent 
lesromains  pour  la  diftribution  des  terres  conquifes 
à leurs  principaux  capitaines  ; & les  gaulois  ayant 
vu  fous  l’empire  des  romains  les  gentils  & les 
écuyers  tenir  le  premier  rang  entre  les  militaires 
& pofféder  les  meilleurs  bénéfices  , appellèrent 
du  même  nom  ceux  qui  fuccédèrent  aux  mêmes 
emplois  & bénéfices  fous  les  rois  français. 

Ecuyers  - tranchans.  Les  romains  créèrent , 
fous  les  empereurs , une  efpçce  de  luxe , que 


EDI 

Pon  a peine  à croire.  Ils  faifoient  apprendre  à 
leurs  écuyers  tranchans  à couper,  à fervir  les  vian- 
des en  cadence  & au  fon  des  inllrumens  , & avec 
des  geftes  étudiés  comme  ceux  des  pantomimes. 
Pétrone  le  dit  expreffément  ( c.  ) prccejjltfcijfor, 
ù'  ad  fymphoniam  ita  gefliculaîus  laceravh  obfonium, 
lU  pur  ares  Dariam  hydraule  cantante  pugnare. 

EDEMUS  ^ habitant  de  Cythnus,  auquel  fes 
compatriotes  rendirent  un  cühc.i^CUrtiens  Alexan- 
drin. Protrept.  ) 


EDESSA,  dans  la  Macédoine.  EAEccESîN 
& EAECCAIÜN. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  Thonneur  de  M.  Aurèle  de 
Carjcalia,  de  Macrin,  de  Diaduménien , de 
Philippe-père , de  Maxime  , de  Gordien- Pie  ; de 
Livic  , de  Tranquilhne,  de  Marnée. 

EDESSE  & OSRHOENE.  Les  rois  à’EàeJfe  & 
d'Ofrhoene,  dont  on  a des  médailles  font  Abgare 
& Mannus  fon  fils.  VoyeT^  leurs  articles. 


QKCS , c étoit  pour  encourager  & faciliter  le 
commerce.  Voilà  le  motif  principal  de  ces  mo- 
numens  , toujours  grands  par  leur  objet,  & dont 
les  ruines  témoignent  encore  une  fi  grande  magni- 


L admiration  qu'elle  nous  caufe , efi:  d'au- 
tant mieux  tondée,  que  ces  bâtimens  étoient 
places  a des  diilances  très-voifines  , & qu'ils  font 
répétés  , toujours  félon  la  même  intention , dans 
les  trois  parues  du  monde.  ( Caylus  z.  p.  364.) 

EDILE.  , \ „ 

EDILITE.  3 confultera  les  dictionnaires 
de  Jurifprudence,  d'Hiftoire  & d'Économie-Di- 
piomatique , pour  connoître  l'hiftorique  de  VédUité 
& les  ronftions  des  eailes.  Nous  ne  parlerons  ici 
que  de  leur  habillement.  Seuls  entre  les  édiles  de 
toutes  les  clalTes,  les  éà7«-curu]es  rendoient  la 
jultîce  comme  les  Gcnfuls.&  les  préteurs,  c'eft-à- 
dire , aflis  fur  des  chaifes  curuies , & vêtus  de  la 
prétexté. Les  autres  ne  portoient  aucun  habillement 
diftinclîf,  & l'on  ne  pouvoir  les  reconnortre  qu'aux 
ferviteursouhuifiiers  qui  les  acrompagnoient.  Ils 
rendoient  la  juftice  aflis  far  des  bancs  , comme  les 
tribuns  & les  quefteurs. 


Edesse  , en  Syrie  , félon  d'autres  en  Méfo- 
potamie-  EAEcca&eaeccAIQN,  & quel- 
quefois MAF.  ATF.  ANTO.  P,  A E c C A.  Marcia 
Aurélia  Antoniana  Edejfa.  Devenue  colonie  ro- 
maine, cette  ville  afait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  d'Augufte,  de  Tibère, 
d'Hadrien  , de  Sévère , de  Caracalla,  de  Macrin, 
de  Marnée^ de  Gordien-Pie,  de  Domna,  de 
Maefa,  d’Élagabale,  de  Maximin,  de  Tranquii- 
line  , de  Dèce  , &c. 

ÉDEUS,  ouUdéus,  frère  d'Eétonias.  Le  de- 
vin Tiréfias.  rapportoir  fon  origine  à ce  compa-- 
■gnon  de  Cadmus. 

ÉDIFICES. 

Ce  feroit  mal  juger  les  romains,  que  d’attri- 
buer ce  grand  nombre  édifices , dont  ils  ont 
rempli  toutes  les  provinces  conquifes , à une  fri- 
vole ofientation  , ou  à une  fimple  envie  de  bâtir. 
La  plaifanterie  que  fit  le  muficien  Stratpnicus 
( Athénée , Hb.  VIII.  c.  aux  habitâns  de 
Myleua  , ville  de  Carie , ne  peut  convenir  à un 
peuple , dont  le  gouvernement  étoit  aufîî  fage 
que  celai  des  romains.  Il  entroit  beaucoup  de 
politique  dans  le  projet  de  leurs  bâtimens  ; c'etoit 
pour  entretenir  leurs  troupes  dans  l’habitude  du 
travail , pour  occuper  leurs  efdaves , pour  cap- 
tiver leurs  nouveaux  fujets,  que  les  romains  or- 
noient  les  villes  & les  pap  fournis,  en  y faifant 
ékver  des  temples , des  théâtres  &■  des  portiques. 
S'ils  formoient  des  ports,  des  chemins,  des  aque- 


EDICTVM.  ■) 

EDITIONES.  > Edition  chez  les  latins  fe 

EDITOR.  y difoit  de  ces  fpeétacies  que 
le  peuple  exigeoît  de  certains  magiftrats , & 
qu’ils  donnoient  à leurs  frais  ; on  les  défi- 
gnoit  par  munus  eütam  5 edere  munus , d’où  ils 
e'toient  appelles  les  éditeurs,  editores.  Ces  fpec- 
tacles  en  ruinèrent  un  grand  nombre.  Les  quef- 
teurs, les  préteurs,  &c.,  étoient  particuliére- 
ment obligés  à eette  dépenfe.  S'il  arrivoit  à un 
magiftrat  de  s’abfenter , le  fife  la  faifoit  pour 
lui , & en  pourfuivoit  le  rembourfement  à fon 
retour.  Ceux  qui  s’y  foumettoient  de  bonne 
grâce  , indiquoient  par  des  affiches , ediBum  lu- 
dorum , le  jour , le  nombre  & i'elpèce  des  gla- 
diateurs , le  détail  des  autres  jeux  , & cela  s'ap- 
peüoit  munus  oftendere  ^prsenuntiare.  Cette  largefîe 
donnoit  ce  jour-là  le  droit  de  porter  la  prétexte  , 
de  fe  faire  précéder  de  liâeurs,  de  traverfer 
le  cirque  fur  un  char  à deux  chevaux,  & quel- 
quefois l’honneur  de  manger  à la  table  de  l’em- 
pereur. Si  les  fpeétacies  étoient  pouffes  fort 
avant  dans  la  nuit,  on  étoit  obligé  de  faire 
éclairer  le  peuple  avec  des  flambeaux. 

Fefius  eft  témoin  que  V éditeur  jeux  pour  les 
funérailles  portoit  une  prétexte  noire  : pr&texta 
pulla  nulli  alii  licebat , quant  ei  qui  funus  faciebat. 
Symmaque  fait  fouvent  mention  des  diptyques  , 
ou  doubles  tablettes  d’ivoire  peintes,  que  \ éditeur 
envoyoit  avec  d’autres  préfens  à fes  amis  après 
la  célébration  des  jeux  : ( epift.  II.  80.  ) filr‘^' 
nofier  Symmachus  , peraêto  munere  canaidato  , offert 


E G s 


480  E D U 

îibi  lona.  .....  Qut.fo  ut  ejus  nomine  dlptycka  & 


apopkoreta  fufcipere  di^smipd  y q^ui  apparatui  ejus 
pliira  & pr&clari  tribuiftïs.  Domino  , & principi  nofiro 
euro  circumdetiiin  diptychum  mijl^  C&teros  atrneos 
ebiimds  pugillaribus  (y  caniftellis  argenteis  kono- 

favi (F.  54.  ) diptychum  candi  datz  , 

& apookoreticum  librarum  argenti  duarum  mifimus  , 
cpvrobare  cupientes  çditiord  nofirs.  te  non  anime 
defuife. 

ÉDONE.  Voyet^^  Ædo. 


D.  M. 

M.  T E R E N T I PATER 
NI  EX  K.  R.  C I T E R I O R £ 
AESONENSI  AN.  XVI  II 
LICINI~US  POLYTIMUS 
LIBERT.  ET  EDUCAXOR, 


Cette  princefle  fut  changée  ^ félon  Bocace, 
en  chardonneret  J qui  déplore  encore  fon  infor- 
tune par  un  chant  ^ qui  j tout  agréable  quhl  eft , 
a pourtant  toujours  quelque  chofe  de  lugubre. 
On  a raconté  fa  métamorphofe  autrement  au  mot 
Ædo  ^ & elle  diffère  encore  au  mot  Pandarée. 
Les  variations  des  poètes  & des  auteurs  mytho- 
logues permettent  rarem.eFst  de  rapporter  j d'une 
façon  uniforme  , deux  fois  Fhiftoire  du  même 
perfonnage. 

ÉDONIDES.  On  appelloit  ainfi  les  bacchantes 
qui  célébroient  les  myftères  de  Bacchus  fur  le 
mont  Édon  > aux  confins  de  la  Thrace  & de  la 
Macédoine.  Voje:^  Bacchantes. 

ÉDUCA  J divinité  qui  préfidoit  à Téducation 
de  la  jeuneffe. 

ÉDUCATION  de  deux  enfans.  Winckelmann 
a publié  dans  fes  monumenti  inedhi  ( n°.  184)  le 
deffin  d'un  ancien  bas-relief,  fur  lequel  eft  repré- 
fentée  l’éducation  de  deux  enfans  d’une  naiffance 
diftinguée.  L’un  âgé  de  dix  à douze  ans,  tient 
un  diptyque  , cot/ief/Zz,  ou  une  tablette  double, 
longue  & affemblée  par  une  charnière.  Un  pé- 
dagogue, demi-nud  comme  les  anciens  philofo- 
phes , tient  un  rouleau , voiumen  , & parle  à cet 
enfant.  Un  homme  portant  un  mafque  tragique 
à longue  chevelure le  montre  au  même  difeipie. 

Plus  loin  une  femme  couverte  d’amples  drape- 
ries & aiSfe , regarde  un  enfant  nud  de  quatre 
ou  cinq  ans,  qu’une  vieille  femme,  la  nourrice- 
fans  doute  i lui  amène.  A côté  de  cette  dame  eft 
placé  fur  un  cippe  hexagone  un  globe  que  deux 
femmes  touchent , & dont  elles  femblent  expli- 
quer ie  méchanifme  au  petit  enfant. 

tcDUCATGR.  Ce  mot  délîgnoit  chez  les  ro- 
naams  un  précepteur  ou  pédagogue.  O.n  le  trouve 
gravé  fur  un  marbre,  qui  eft  confervé  à la  viiia 
Albani.  ( Muratori  Tkef.  infcrîpt,  lozi.  i.) 


ÉDIJLA,  E'dulia  ou  Edujia  ^ déeffe  qui  préfi- 
doit aux  viandes.  C’étoit  aufù  une  des  déefles 
proteétrices  de  l’enfance  : lorfqu’on  févroit  les 
enfans  , & qu’on  commençoit  à leur  faire  prendre 
de  la  ncmrriture  foüde , on  faifoit  de  leurs  nou- 
veaux mets  un  lacrifice  à Édule.  ( d erent.  Phorm, 
Donat.  in  i.  feen.  i.  ac}.  & Nonnius  Marcellus  & 
S.  Augufl,  de  civitate  Del.  IF'.  IL  ) 


M^FATA’’  5“  Termes  particuliers  dont  les  au- 
gures fe  fervoient  pour  défigner  l’aélion  de  ren- 
fermer le  templum  , ou  lieu  d’obfervation  , dans 
cerraines  limites.  C F^arr.  de  lins.  Lat.V . 7.  ) 


EFFERRI  8c  ferri , expreffion  des  augures 
pour  défigner  la  confecration  d un  arore , laite  par 
ia  chute  du  tonnerre  fur  fon  feuillage. 


ÉGÉE,  roi  d’Athènes,  fut  père  de'Théfée.  Lorf- 
qu’i!  envoya  ce  jeune  prince  combattre  le  mi- 
notaure , il  lui  commanda  expreffément  d’arborer, 
à fon  retour  , le  pavillon  blanc  : ayant  vu 

de  deffus  un  rocher , où  fon  impatience  l’avoir 
conduit , revenir  le  vaifleau  de  fon  fils^  fans  ce 
pavillon  blanc  ( car  Théfée  avoir  oublié  l’ordre 
de  fon  père  ) crut  que  fon  fils  étoit  mort  ; & , 
fans  attendre  d’autres  éclairciffemens , n’écoutanr 
que  fon  défefpoir,  il  fe  jetta  dans  la  mer.  Les 
Athéniens,  pour  confoler  leur  libérateur  de  la 
perte  de  fon  père , élevèrent  celui-ci  au  rang 
des  dieux  de  la  mer,  ie  déclarèrent  fils  de  Nep- 
tune , & donnèrent  fon  nom  à toute  la  mer , qui 
s’appelle  aujourd’hui  l’Archipel.  Voyei  Andro- 
GÉE  , Médée,  Thésée. 

Esée  de  Cilicie.  Voyet^  Ægæ. 

ÉGÉON , c’eft  le  nom  que  les  hommes_  don- 
nent au  géant  que  les  dieux  appellent  Briaree, 
dit  Homère  ; il  étoit  fils  du  ciel  & de  la  terre, 
& fut  un  de  ceux  qui  firent  la  guerre  aux  dieux. 
Il  avoir , félon  Virgile  , cent  bras  & cent  mains, 
cinquante  bouches  & cinquante  poitrines,  il  vo- 
mifloit  des  torrens  de  fiammes  , & oppofoit  aux 
foudres  de  Jupiter  autant  d’épées  &c  de  boücliers. 

Neptune  , 


E G E 

Neptune , apres  ^ Î'avoîr  vaincu , le  précipita  dans 
la  mer  -,  mais  s étant  enfuite  reconcilié  avec  lui , 
il  1 admit  au  rang  des  divinités  marines.  C^ell 
du  fem  de  la  mer  qu'il  fecourut  les  titans  contre 
Jupiter. 


E G I 


48 1 


phofe  de  la  nymphe  en  fontaine.  Cette  force 
ayant  été  depuis  appellée  /iicar  camcenizni^  ^ \)Qi^ 
des  mufes , quelques  romains  difert  qu  Égérie 
Cioit  une  des  mufes  & non  une  nymphe. 


} nymphe  de  la  forêt  d'Aricie , qui , 
leion  Ovide,  époufa  Numa  Pompilius  , & qui 
a ' ' de  fes  confeils  dans  le  gouvernement. 
Apres  la  mort  du  roi , elle  quitta  le  féjour  de 
Kome,  retourna  dans  fa  première  retraite,  où, 
ail^e  au  pied  d'une  montagne  , elle  verfoic  fans 
celle  des  pleurs  ; lorfqu’enfin  Diane , couchée 
de  1 affliéiion  d’uné  époufe  li  tendre,  la  changea 
^ une  fontaine  , dont  les  eaux  ne  tarilTent  jamais. 
Ovide  feul  a fait  f met.  ij.  J47.  ) à‘Egérie  la 
femme  de  Numa  ; les  autres  poètes,  & mèmè 
les  hiftoriens  de  Rome,  racontent  que  Numa, 
pour  faire  croire  que  les  loix  qu'il  dounoit  aux 
romains^  avoient  quelque  chofe  de, divin,  fei- 
gnent d aller  confulter  la  nymphe  Ègérie  dans  la 
foret  d Aride,  & fe  vantoit  d'avoir  de  fréquens 
^tretiens  avec  cette  divinité  fur  le  gouvernement. 
Denys  d'Halicarnaffe  ( lih.  i . ) ajoute  “ que  Numa 
« prévoyant  qu'on  ne  l'en  croiroit  pas  fur  fa  parole, 
=♦  voulut  en  donner  des  preuves  lî  évidentes , 
que  les  plus  incrédules  ne  puffent  révoquer  en 
M doute  fes  converfations  réglées  avec  Égérie.  Il 
yj  fit  un  jour  appelle!'  au  palais  plulîeurs  romains  , 
” la  lîinplicité  de  fes  appartemens, 

yy  où  l'on  ne  remarquoit  rien , ni  de  riche  dans 
les  meubles  , ni  d'affeété  dans  les  ornemens  , 
î,  où  l’on  manquoit  même  des  chofes  les  plus  né- 
» ceffaires  pour  donner  fur  le  champ  un  grand 
3,  repas.  Enfuite  il  les  congédia , & les  invita  à 
3,  revenir  le  foir  fouper  chez  lui.  Les  conviés 
3,  rendus  au  palais  à l'heure  afEgnée,  il  Jesre- 
33  çoit  fur  de  fuperbes  lits;  les  buffets  fe  trouvent 
33  garnis  de  vafes  précieux , la  table  couverte 
yy  de  toutes  fortes  de  mers  les  plus  délicats  & 
33  les  plus  exquis , que  nu!  homme , dans  ce  temps- 
33  là,  n'eût  pu  préparer  dans  un  intervalle  li 
33  court.  La  compagnie  , furprife  de  l'abondance 
33  & de  la  richeife  de  tou:  l'appareil , ne  douta 
» plus  qu’il  n’y  eût  en  effet  une  déeffe  qui  l’aidât 
33  de  fes  avis,  & dont  il  fuivît  les  confeils  dans 
33  la  manière  de  gouverner  L’hifloriea  qui  ra- 
conte ce  prodige , n’en  garantit  pas  la  vérité  ; 
car  il  ajoute  tout  de  fuite  , « que  ceux  qui  ne 
33  mêlent  rien  de  fabuleux  dans  Thiftoire , difent 
33  que  ce  fut  un  trait  de  la  fageffe  de  Numa  , 

33  de  feindre  qu’il  avoir  des  entretiens  avec  la 
33  nymphe  , pour  faire  refpeéler  fes  loix  , comme 
33  a elles  fuflent  émanées  de  la  part  des  dieux  =3, 
Quoi  qu’il  en  foit , les  romains  étoient  fi  perfua- 
dés  que  Numa  converfoit  avec  Ègérie  , qu’ils 
allèrent,  après  fa  mort,  dans  la  forêt  d'Aricie, 
hors, la  porte  Capène,  pour  la  chercher;  mais 
n’ayant  trouvé  qu’une  fontaine  dans  le  lieu  où 
fe  rendoir  ce  prince  ils  publièrent  la  métamor- 
Antîquités  ^ Tome  71, 


Egerie,  une  des  nymphes  qui  préûdoient  aux 
accouenemens  , félon  Feflus,  &que  les  femmes 
enceintes  invoquoient  dans  leur  grofTcfTe,  afin 
queLe  leur  procurât  une  heureufe  délivrance.  On 
croît  que  ce  n’eft  qu'un  furnom  de  Juuon,  qui 
exprimoit  fa  fonclion. 

EvjbRSîS  y chanfon  des  grecs  pour  le  lever 
des  nouvelles  marjees.  Byepi^'is'  figniHe  révcH, 

/ — — 

EGESTA  , en  Sicile,  ou  5ej^£/a.ErEZTAiaN. 

Les  médaillés  autonomes  de  cette  ville  font  i 

RRRR.  en  bronze.  VelUrin, 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

^ Quelques  auteurs  lui  attribuent  les  médailles 
d Afpendus , avec  fa  légende  extraordinaire. 

Cette  ville  a fait  frapper  une  médaille  impé- 
riale grecque  en  l’honneur  d’Augufle. 

ÉGESTEjfiiîe  de  Hippotas,  noble  Troyen , 
fut  envoyée  en  Sicile  par  fon  père,  de  peur 
qu'elle  ne  fût  expofée  au  monllre  que  Neptune 
avoit  fufeité  pour  punir  Laomédon.  Criniûis , 
fleuve  de  Sicile,  en  devint  amoureux,  & fe 
changea  en  ours  , pour  la  féduire.  Égefte  dtvinz 
mère  d;i  fameux  Acefte  , qui  régnoit  en  Sicile 
lorfqu’Énée  y paffa  , après  la  ruine  de  Trofe. 
T^oyei  AcESTE  , CrINISUS. 

ÉGÎALE  J une  des  trois  grâces , félon  quel- 
ques anciens  écrivains.  Voye^  Grâces, 

ÉGIALÉE,  fille  d'Adrafte,  roi  d'Argos,  étoît 
femme  de  Diomède , qui  , étant  fils  de  Tydée  & 
de  Déïpile  ,, fille  d'Adralle  , devint  auflî  gendre 
à‘  Aàrz&s.  Égialée  fut  fi  déréglée  dajis  fes  mœurs , 
que  l’une  des  imprécations  d’Ovide  contre  Ibis  , 
fut  de  lui  fouhaiter  une  femme_ -fembiabie  à 
Egialée  , bru  de  Tydée.  On  dit  que  ce  goût 
pour  la  proftitution  lui  fur  infpiré.  par_  Vénus, 
en  punition  de  la  bleffure  que  Diomède  avoir 
faite  au  bras  de  cette  ' déeffe.  Elle  s'attacha 
entre  autres  à Çyllabarus  , que  ^ d'autres  nom- 
micnt  Comète,  fils  de  Sthélénus:,  auquel  ce  roi 
avoir  laiffé  l'intendance  de  fa  maifon,  & le 
gouvernement  de^on  royaume,  pendant  qu'il 
feroit  au  ïiège  de  1 roye.  Non  contente  de  désho- 
norer fon  mari , elle  attenta  à fa  vie,  dès:  qu’il 


^Sa  E G I 

fut  de  retour  à Argos.  Il  ne  put  fauver  fa  vie 
eju^en  fe  réfugiant  dans  le  temple  de  J unon^  a ou 
il  fe  retira  en  Iralie.  il  y a c]uî  difentj  qu  ayant 
appris  la  mauvaife  conduire  de  fâ  femrne^ilne 
voulut  pas  rentrer  chez  lui  5 & alla  droit  en 
Italie.  Diomèee. 

Égialée.  Voyei  Apollcnies  , Pitho. 

Égialse.  (médailles  d"  ) Poyf^ÆGiAïus. 

ÉGIBOLE  , ou  égobole  J facrifice  qu"on  faifoiî 

à la  grand'mèreCybèle,  en  immolant  une  chèvre. 

C^eft  aufll  un  furnom  deBacchus.  V-  Ægoeole. 

ÉGIDE.  Les  poètes  donnent  le  nom  dVgrVe 
à tous  les  boucliers  des  dieux.  Agamemnon , 
dans  Homère , menace  les  troj'ens  de  la  colere 
de  Jupiter  : ce  dieu  ébranlera  contreux  , dit  - il  ^ 
fa  redoutable  égide.  Cette  égide  de  Jupiter  étoit 
couverte  de  la  peau  de  la  chèvre  Amalthée.  Le 
même  poète  dit  Apollon  couvrit  le  corps 
d’Hector  de  fon  égide  d’or  ^ pour  le  garantir  de 
la  corruption.  Mais  depuis  la  viélore  de  Minerve 
fur  le  monllre  égide , le  nom  en  fut  donné  parti- 
culiérement au  bouclier  de  cette  déeffe.  Dans 
riliade  J Minerve  couvre  fes  épaules  de  la  redou- 
table , de  rinvincible  & de  Timmortelle  égide , 
de  laquelle  pendent  cent  rangs  de  franges  d’or , 
merveilleufement  travaillées  & d’un  prix  infini. 
Autour  de  cette  étoient  la  terreur , la  que- 
relle , la  force , h guerre  5 &:  au  milieu  paroiifoir 
la  tête  de  Gorgone , environnée  de  ferpens. 

fe  prend  aufll  quelquefois  pour  la  cuiraffe 
de  Minerve.  fuivant  i’étymologie  grecque, 

eii  une  peau  de  chèvre , dont  on  couvroit  les 
boucliers  du  temps  d’Homère. 

Apollonius  ( Argon,  l.  4.  v.  1 349.  ) introduit 
une  des  trois  héroïnes  de  laLybie,qui  apparu- 
rent à Jafon,  vêtue  à"&gis  ou  de  peau  de  brebis, 
üne  épigrarame  fur  ces  trois  héroïnes  parle  des 
courroies  qui  pendoient  de  Vegis  ^ Jorfque  les 
peaux  n’étoient  pas  attachées.  Ces  courroies  ont 
par  la  fuite  été  transformées  en  ferpens  par  les 
poètes. 

Une  pre-ave  cérame  qas  Y égide  n’étok  point  pn 
bouclier , c’eft  que  fur  une  pierre  gravée  du  cabinet 
du  duc  d’Orl^ns  > cité  plus  bas,  la  même  figure, 
dont  le  bras  gauche  eft  enveloppé  dans  Yégfk , 
a fbn  bouclier  pofé  à terre  auprès  de  fes  pieds. 

' Dans  la  collsékion  des  pierres  du  baron  de 
Stofeh- , :o.n.  -Yok  f c/ajfe  IL  n°.  48.  ) une  pâte 
avec,  le  mot  N eue  0-ï,t  nom  du  graveur.  Jupiter 
y paroît  de’aout-,'  fans  barbe,  tenant  la  foudre 
de  la  main  droice  ; 8è  il’  a fon  bras  gauche  enve- 
loppé dans  c’eft-à-djrej  dans  une  peau 

de- ïbevre^ -comme  il- k- ferok  tos  «n  celle  fort 


E G I 

long.  Cette  pâte  peut  autorifer  CêlTJ  qui  dérivent 
àeVégide  le  furnom  , Aiylo^o;  , de  Jupiter,  quoi- 
que ■ Spanheim  ( obf.  in  calLim.  kjrt^  . in  Jov.  v.  49.  ) 
trouve  cette  opinion  deftituée  de'  fondement. 

Pellerin  a publié  une  médaille  de  Domitien, 
au  revers  ( klel.  de  Med.  tom..  1.  pl.  ÿ.  ) de 
laquelle  on  voit  une  femme  , la  tête  cafquée , 
tenant  de  la  main  gauche  un  bouclier.  Si  lan- 
çant de  la  main  droite  un  trait.  Sur  fes  épaules 
hotte  un  petit  manteau , aux  bords  duquel  font 
attachés  des  ornemens  pour  indiquer  la  Minerve 
Tritonia  , ainli  nommée  du  fleuve  Triton,  près 
duquel  on  i’honorok.  Hérodote  qui  en  fait  men- 
tion 3 rapporte  la  fingu'tarité  de  fon  vêtement  ; 
mais  en  iifant  avec  attention  le  texte  de  1 hifto- 
rien,  ( Hb.  JV.  edit.  TVeffeiing,  p.  364.  ) on 
verra  que  l’habillement  des  femmes  de  Lybie , 
auquel  il  compare  celui  de  Minerve  Tritonu  ^ 
étoit  fait  de  peaux , & que  les  extrémités  de  ces 
peaux  de  chèvre , ou  égides , étoient  terminées 
en  aiguillettes  j il  ajoute  que  les  lybiennes  met- 
toient  par-deiïus  leurs  robes  ces  jieaiix  de  chè- 
vres , fans  poil  , après  les  avoir  préparées  & paf- 
fées  à une  teinture  rouge  ; & que  les  grecs  , qui 
, avoient  emprunté  des  lybiens  cet  habillement  dé 
Minerve  , l’avoient  nommé  du  mot  grec  «4  5 
qui  lignifie  chèvre.  li  parok  donc  que  1 egide  de 
Minerve  n’étoit  originairement  que  fon  cerfet 
fait  de  peau  de  chèvre,  que  l’on  orna  par  là 
fuite  de  la  tête  de  Médufe.  Cela  s’accorde  affez 
bien  avec  l’expreffion  dont  fe  fercHomere  ( Itiaa, 
£.  V.  7 5 S.  ) lorfqu’il  peint  la  déefie  endoffant  la 
redoutable  égide  , 8c  fe  préparant  au  combat 
contre  Mars.  Or,  Yégide  pouvant  être  regardée 
comme  une  efpèce  d’arme  défenfive  , on^  tran.- 
porta  depuis,  par  extenlion  , cette  dénomination 
au  bouclier  de  la  déefie  , lur  lequel  en  repré- 
fenta  la  tête  de  Médufe  , d’après  la  fable  par 
laquelle  on  fuppofoit  que  Minerve  avoir  offert 
fon  bouclier  à Perfée,  pour  qu’il  y pût  voir, 
comme  dans  un  miroir,  la  tête  de  Médufe,  & 
la  toucher , fans  s’expofer  à être  pétrifié.  C Pterres 
du  due  d‘Gs.LiANs ^ tom,  J.p.  53.) 

On  voit  à Portici  une  Pallas  de  grandeur  na- 
turelle, & qui  furpafiè  en  beauté  toutes  ks 
autres  fiatues  de  marbre  : félon  toutes  les  appa- 
rences elle  n’a  pas  été  faite  en  Italie.  Winckel- 
mann  k croyois  plus  ancienne,  & prefque  au 
temps  des  premiers  grecs  ; il  dotinok  pour  preuve 
que  le  vifage  de  cette  figure  a un  certain 
tête  de  rudefie , & que  les  plis  de  fon  babule- 
‘ ment  font  roides , & forment  comme  des  tùyaux 

paraÜèlés.  L’attribut  le  plus  remarquable  eit  fon 

égide  attachée  au  cou  , & enfuite  ' jettée  fur  k 

bras  pour' tenir  lieu  de  bouclier  , peut- erre  dans 

le  combat  contre  les  titans  , d’autant  quePàfias 
eft  ici  repréfentée  en  aétien  de  courir  , & levant 
^lle  bras  droit  comme  pour  lancer  un  javeioî* 


E G I 

Les  empereurs  paroilTent  quelquefois  avec 
Végide  fur  les  médailles  & les  llatues. 

Egide.^  On  voit  cet  attribut  de  Minerve  fur 
les  médailles  de  Comana,  de  Cabiraj  de  Sy- 
racufe. 

Egide  , monftre  qui  vomifToit  du  feu  par  la 
bouche,  & qui  fit  de  grands  ravages  dans  la 
Fhrygie  , dans  la  Phénicie  , PEgypce  & la  Lybie. 
Minerve  combattit  ce  monilre  par  ordre  de  fon 
père  ; & , après  l'avoir  vaincu  , en  porta  la  peau 
fur  fon  bouclier.  Et  de  ià  le  boucher  de  la 
dé-efle  fut  lui-même  nommé  égide. 

ÉGILIE,  Voye;^  Égialée  , femme  de  Dio- 
mède» 

ÉGINE,  fille  du  fleuve  Afope,  fut  aimée  de 
Jupiter  , qui , pour  la  tromper  , fe  changea  en 
feu.  Se  elle  devint  mère  d'Eaque.  Le  dieu, 
pour  dérober  fa  maitrelTe  à la  vengeance  du  père, 
qui  la  cherchoit  de  tous  côtés  pour  la  faire  mou- 
rir , la  métamorphofa  en  ifle , qui  fut  depuis 
Pîfle  àéigine.  D’autres  difent  qu’après  avoir  mis 
Battue  au  monde  , elle  fe  retira  en  ThelTalie , 

<«i  elle  époufa  Aétor,  donc  elle^  eut  plufieurs 
enfans.  Fbyfj  Actor,  Asope  , Eaque. 

Égine  ( talent  d’ ).  Voyc^  Talent. 

■ Élien  dit  que  les  éginetes  avoient  inventé  la 
monnoie.  ( Kar.  kifi.lib.  n.  c.  lo.  ) Le  même 
peuple  célébroit  tous  les  ans,  pendant  feize  jours, 
en  l’honneur  de  Neptune , des  fêtes  dont  Plu- 
tarque parle  fort  au  long  dans  fes  queftions  P 
grecques.  Les  hommes  libres  étoient  admis  feuls 
à ces  fêtes  & à ces  repas  : les  efclaves  man- 
geoient  alors  feuls  & retirés , d’où  leur  vint  le 
furnom  Elles  étoient  terminées  par  un 

facrifice  offert  à Vénus. 

Égine  ( médailles  d’ ).  V.  Ægina. 

ÉGIPANS.  V.  Ægipans. 

ÉGIRE  , l’une  des  huit  Hamadryades,  filles 
d’Oxilus.  V.  Hamadryades. 

ÉGISTHE  naquit  de  l’incefte  de  Thyefie  avec 
fa  fille  Pélopée.  K.  Atrée.  Il  tua  Âtrée  fon 
oncle.  Agamemnon , fils  d’ Atrée , en  partant 
pour  la  guerre  de  Troye  , fe  réconcilia  de  bonne 
foi  avec  Égifihe  , lui  pardonna  publiquement  la 
mort  de  fon  père,  & lui  confia  fa  femme  & fes 
enfans  , avec  le  foin  de  fon  royaume.  Sa  con- 
fiance fut  auffi  rnal  récompenfée,  qu’elle  avoir 
été  imprudente*.  Égifihe  devint  amoureux  de  Cly- 
temneftre  ; mais  il  ne  put  triompher  de  fa  pudeur , 
qu’après  atsoir  écarté  un  muficien-poète,  qu’Aga- 


E G N 

merrmon  avoit  laifie  auprès  d’eîie  , & qui  b fou- 
tenoit  dans  la  vertu  par  fes  chants.  Ce  furveiilant 
incommode  étsnc  écarté , Égifihe  fe  fait  aimer 
de  Clytemneftre;  Sf  , malgré  l’avis  que  les  dieux 
lui  donnèrent  par  îe  rr.iniilère  de  Mercure,  de 
s abftenir  de  l’adultère  qu’il  méaitoit  , il en- 
traîna la  reine,  perfécura  & éloigna  les  entans, 
fit  périr  le  père  , s’empara  du  trône , dont  il 
jouit  fept  ans.  Mais  le  jeune  Orefte  vint  venger 
la  mort  de  fon  père  & de  fon  ayeiil , Se  tua  le 
tyran  dans  fon  propre  palais,  félon  Sophocle  & 
Éfchyle;  ou  dans  le  temple  d’Apollon,^  félon 
Euripide,  qui  raconte  ainfi  fa  mort  : Égfihe , 
accompagné  d’Orelle , qu’il  ne  connoît  pas , 
veut  offrir  un  facrifice  aux  dieux.  Après  avoir 
immolé  une  geniffe , il  en  examine  les  entrailles  , 
& paroît  tout  d’un  coup  effrayé  , comme  s’i  ly  eût 
lu  fa  deflinée.  Greffe,  le  voyant  occupé  à con- 
fidérer  le  cœur  palpitant  du  taureau  immolé , le 
frappe  à mort  fur  l’autel  même.  V.  Clytem- 
NESTRE  , OrESTE  , ThYESTE. 

ÉGLÉ,  la  plus  belle  des  Nayades,  dit  Vir- 
gile. V.  Nayades. 

Elle  fut  aimée  du  foîeil  ou  Apollon,  qui  la 
rendit  mère  des  trois  Grâces.  V.  Grâces. 

Ce  nom  eft  grec , & fignifie  lumière  , 

fplendeur. 

Églé,  fille  d'Efculape  & d’Epione,  & fœur 
du  fameux  Machaon. 

Églé,  une  des  Grâces.  V.  Grâces. 

Églé,  la  plus  jeune  des  trois  fœurs  de  Phaëton. 
V.  Héxiades. 

Eglé  , l’une  des  trois  Hefpérides. 

EGNATIA,  famille  romaine,  dont  on  a des 
médailles. 

R.  en  argent. 

RRR.  en  bronze,  d’Augufte. 

O.  ea  or. 

Les  fumoms  de  cette  famille,  (ont  M axi m vs  ^ 
Rvfvs, 

Goltzius  en  a publié  quelques  médailles , in- 
connues depuis  lui. 

Egkàtja  , ville.  E" . Gnati A. 

EGNATULEIAj  famille  romaine,  dont  on  a 
des  médailles. 

RRR.  en  argent. 

O en  bronze. 

O.  en  or. 


Ppp  îf 


E G Y 


E G Y 


ErXYTPîXTPiAl , ■)  filles  & femrnes  grecqueSj 

ErXTTi-IAI,  3 , . 

qui  portoient  Teau  iuftrale  aux  funérailles  , & qui 
alloient  faire  des  libations  de  cette  eau  ^ ou  de 
vin  J furies  tombeaux. 

Leur  nom  éroit  formé  du  mot  , va/e  •• 

& i'eau  verfée  fur  k tombeau  skppelloir  âyrovifMa, 
ou  ou  /C'^-rXct.  Sur  les  farcophages  des  gar- 
çons , ce  font  de  jeunes  hommes  qui  font  repré- 
fentés  répandant  Teau  des  libations  ; ce  font  des 
filles  qui  rendent  les  mêmes  honneurs  aux  mânes 
des  jeunes  perfonnes  de  leur  fexe.  Mais  ceux 
qui  avoient  perdu  la  vie  avant  d'être  forris  de 
l’enfa.nce.j  n'avoient  point  de  part  aux  libations 
religieufes. 

ÉGOPHAGE,  furnom  de  Junon.^  Hercule  ^ 
après  s'être  vengé  de  fes  ennemis  ^ bâtit  un  tem- 
ple à Junon  , dans  Lacédémone  ^ parce  qu'il  ne 
La  voit  pas  trouvée  contraire  à fa  vengeance  , 
& lui  immola  une  chèvre,  d'où  elle  prit  le  fur- 
nom  aEgopkage , c'ell-à-î re  , mange  - chèvre. 
V.  Hipocoon. 

ÉGOPHORE.  Quelques  auteurs  donnent  ce 
nom  à la  Junon  Égopkage. 


ÉGOS  POTAMOS  (médailles  de  ).  F.  Ægos. 


ÉGOUT.  V.  Cloaqüe. 


EGREGIATUS.X  c 
EGREGII.  r 


le  bas-empire  on  ap- 


pelloit  egregii  des  officiers  du  prince,  que  ce 
nom , ou  plutôt  la  dignité  appellée  egregiams , 
plaçoit  au-deiTous  des  ^erfectijfimi.  Il  en  eft  fait 
mention  plulîeurs  fois  dans  le  code  ihéodofien, 
dans  Caffiodore  ( Var.  1.4.)  &c.  Les  privilèges 
des  egregii  étoient  ( /.  11.  C.  de  qu&fiion.  ) de  ne 
pouvoir  être  appliqués  à la  queftion,  ni  punis 
des  mêmes  fuppiices  que  les  plébéiens.  Uegre- 
giatus  étoit  ordinairement  accordé  à ceux  qui 
avoient  eu  l'adminiilration  des  grandes  provinces  , 
qui  avoient  exercé  les  charges  & les  emplois  du 
palais  impérial , & aux  c&fariani. 


EGYPTE, 

te  Le  Delta , qui  eft  prefque  toujours  ce  que 
les  anciens  ont  entendu  par  le  mot  Egypte,  peut 
être  confidéré  comme  un  fedeur  de  cercle  de 
quinze  cents  ftades  nautiques  de  rayon  , & fous- 
tendu  par  un  arc  de  feize  cents  ftades , en  forte 
que  fa  fuperficie  s’évalue  à 1,199,45-0  ftades  quar- 
rés  , faifant  6,5-37,000  arpens  de  France,  à raifon 
d-e  5 ife  arpens  pour  un  'ftade  ; mais  parce  que  les 
deux  branches  du  fieuve  , appellées  l'une  àgathos 
dœmon,  & l'autre  atribiticos  , qui  font  les  côtés  du 
fedeur  , Sc  interceptent  k Delta , font  cojifidéra- 


blement  arquées  & rentrantes , que  le  Delta  ren- 
ferme p'u.fears  grands  lacs , & eft  entrecoupé  d’une 
infinité  de  canaux  , on  peut  déduire  de  l’étendue 
précédente  un  bon  tiers  , & ne  compter  que 
4, 2 39,000 arpens,  égaux  à 28,000,000  de  nickebi , 
pnaàanos  ou  aroures , que  Hancélida,  géographe 
ancien  , affigne  à la  baffe  Egypte.  L'Heptanome 
& la  Thébaïde  forment  une  longue  lifière  de  ter- 
rein  refferré  entre  des  montagnes  & des  plaines 
de  fable  furies  deux  rivages  du  Nil-  Sa  largeur 
la  plus  étroite  eft  , félon  Hérodote,  entre  les  mon- 
tagnes d’A.rabie  & de  Lybie  , où  elle  n'a  pas  plus 
de  200  ftades  : ailleurs  cette  largeur  paffe  rarem.ent 
300  ftades , félon  Strabon.  Prenant  une  largeur 
moyenne  de  250  ftades,  & admettant  avec  Hé- 
rodote que  la  longueur  de  cette  lifière,  depuis 
le  fommet  du  Delta  jufqu'à  Syène  foit  de  4200 
ftades,  nous  aurons  fa  fuperficie  de  1,050,000 
ftades  quarrés  , qui  valent  5,712,500  arpens  , 
en  forte  que  la  baffe  Egypte , l'Heptanome  & la 
Thébaïde  contiendront  enfemble  9,961,500  ar- 
pens 

“ Sérofiris  divifa  autrefois  tout  ce  pays  entre 
les  habitans  ; il  donna  à chacun  une  égale  por- 
tion de  terre  , ne  s'en  réfervant  rien  pour  lui  : 
il  chargea  chaque  poffeffeur  de  lui  payer  tous 
les  ans  un  certain  tribut  qu'il  régla.  Et  fi  l'héri- 
tage de  quelqu'un  étoit  endommagé  ou  diminué 
par  le  débordement  du  fieuve,  on  alloit  trouver 
le  roi , on  lui  expofoit  ce  qui  étoit  arrivé , & auffi- 
tôt  il  envoyoit  fur  les  lieux  des  experts  qui  ar- 
pentoienr  le  terrein  , afin  de  reconnoître  de  com- 
bien il  étoit  diminué  , & de  ne  faire  payer  le 
tribut  qu'à  proportion  de  ce  qui  en  étoit  refté 

II  n'y  a point  de  peuple  fur  la  terre  à qui 
les  bleds  & les  fruits  coûtent  moins  de  travail 
qu'aux  égyptiens.  Ils  n'ont  point  la  peine  de 
mener  une  charrue  , de  fillonner  la  terre  , 
ni  de  lui  donner  aucune  des  façons  qu'exige 
ailleurs  la  culture.  Mais  quand  le  fieuve  s’eft  de 
!ui-inême  répandu  fur  les  campagnes,  & qu'il  s'en 
eft  retiré  après  les  avoir  engraiffées  de  fon  limon  , 
alors  chacun  enfemence  fon  champ  ; & pour  re- 
couvrir le  grain , on  lâche  des  pourceaux , qui 
foulent  la  terre  en  y marchant.  Ainfi  ils  attendent 
en  repos  le  temps  de  la  moiffon  ; & quand  ce 
temps  eft  venu  , il  fe  fervent  de  même  de  ces 
animaux  pour  fouler  le  grain  & le  faire  fortir 
des  épis  J de  forte  qu'ils  n'ont  d'autre  peine  que 
de  le  nettoyer  & dé  le  ferrer.  Les  égyptiens  cul- 
tivent I’ol}'ra  , qui  eft  la  zea  ( le  riz  ) , 8c  ils  en 
font  du- pain  ou  des  gâteaux.  Ils  ufent  d'une  boiffon 
qui  eft  faite  avec  de  l'orge , car  il  n'y  a point 
de  vignes  en  Egypte.  Voilà  ce  que  nous  apprend 
Hérodote  de  la  culture  en  Egypte , dont  quel- 
ques-uns des  procédés  ne  parmffent  ni  raifon- 
nables  , ni  croyables 


E G Y 

K Le  Nil  J qui  tient  lieu  de  laboureur  eft  ^êyp‘^ 
( Plin.  Lib.  Xb'Iil. , cap.  xriii.  ) , commence 
à fe  déborder  vers  le  folftice  d'été , ou  vers  la 
pleine  lune , qui  en  eft  le  plus  proche.  La  crue 
des  eaux  fe  fait  d’abord  avec  lenteur;  eàe  eli 
véhémente  & impétueufe  durant  le  temps  que 
le  foleil  eft  dans  le  ligne  du  lion  ; elle  fe  rallentît 
au  paft'age  du  foleil  dans  la  vierge;  elle  cefi'e  en- 
tièrement lorfque  le  loleil  eft  dans  la  balance.  Si 
Lafcenlion  des  eaux  n'excède  pas  douze  coudées 
( vingt  pieds  de  roi  & demi  ) ^ la  famine  eft  cer- 
taine ; il  en  eft  de  même  lî  elle  excède  feize  coudées 
( 27  pkds  y ).  Les  eaux  mettent  d’autant  plus  de 
tômps  à fe  retirer  que  l’inondation  a été  plus 
conîidérable  j ce  qui  oblige  à différer  le  temps 
des  femaiiles.  On  croyoit  communément  que  i'u- 
fage  du  pays  étoit  de  répandre  la  iémence  auffi- 
tôt  après  la  retraite  des  eaux,  & de  lâcher  en 
fuite  des  porcs  qui  l’enfouifloientenla  foulant  avec 
les  pieds  ; & Pline  ne  répugne  pas  à croire  que 
dans  les  temps  les  plus  reculés  cette  méthode  ait 
été  pratiquée  dans  les  terres  très  - humides  & 
boueufes.  Il  n’en  coûte  encore  guère  plus  de 
trrvail  aujourd’hui  pour  enfemencer  ces  terres; 
mais  au  moins  eft-il  certain  qu’on  les  laboure  lé- 
gèrement après  avoir  répandu  la  Iémence  dans  le 
limon  que  le  fleuve  a dépofé.  Cetre  opération 
fe  fait  vers  le  commencement  de  novembre  ( dé- 
cembre ).  Sienfuire  quelques  laboureurs  le  donnent 
la  peine  d’extirper  les  mauvaifes  herbes  du  bled 
en  le  fardant , la  plupart  au  moins  négligeant 
cette  pratique , ne  vont  revoir  leurs  champs  que 
la  faucille  à la  main  , ce  qui  fe  fait  vers  la  fin  de 
mars  ( d’avril).  La  moilTon  eft  entièrement  faite 
avant  le  mois  de  mai  ( de  juin  ).  Comme  le  fond 
du  terrein  n’eft  que  du  gravier,  & que  le  grain 
n’eft  enterre  que  dans  le  limon,  le  chaume  ne 
s’élève  jamais  à la  hauteur  d’une  coudée  (20  pouces 
8c  demi }.  La  récolte  eft  par-teut  abondante  ; 
le  bled  qui  croît  dans  les  marais  à‘ Egypte^  c’eft-à- 
dire,  dans  le  Delta  8e  les  lieux  voifins,  eft  d’une 
qualité  inférieure  à celui  qui  vient  dans  la  Thé- 
baïde  ». 

« Le  récit  de  Strabon  diffère  par.  quelques  cir- 
conftances  de  celui  de  Pline.  XJ  Egypte  eft,  dit-il,  . 
très-  fertile  de  fa  nature  ; les  eaux  du  Nil  y dé- 
pofent  un  limon  qui  la  fertilifent  merveilleufe- 
ment , & lui  fait  produire  une  prodigieufe  quan- 
tité de  bleds  & de  toutes  fortes  de  fruits.  Plus 
le  débordement  des  eaux  de  ce  fleuve  eft  con- 
fidérable , plus  il  y a de  terres  arrofées  ; mais  au 
défaut  de  crues  naturelles , les  habitans  ont  trouvé 
le  moyen  de  faire  arrofer  autant  de  terres  dans 
les  moindres  débordemens  que  dans  les  plus  grands, 
ce  qu’ils  obtiennent  par  le  moyen  des  réfervoirs 
8c  des  digues.  Avant  le  temps  où  Pétronius  fût 
gouverneur  a Egypte  pour  les  romains  , la  plus  : 
grande  fertilité  avoir  hea  fi  les  crues  étoient  de 
quatorze  coudées  ; fi  elles  n’étoient  que  de  huit 


E G Y 48; 

coudées,  la  difette  8c  la  famine  fe  faiibieat  fen- 
tir  ; mais  par  les  foins  de  Pétronius  , lorfque  les 
eaux  s’éievoient  à douze  coudées  feulement , il 
y avoir  une  grande  abondance  de  bleds  8c  de 
fruits;  & iorfqu’elles  ne  s’élevoienr  qu’à  huit 
coudées,  perfonne  n’étoic  incommodé  de  la  fa- 
mine. Lorfque  le  Nil  fe  déborde  , toutes  les 
campagnes  font  inondées  ; il  ne  telle  que  les  ha- 
bitations qui  font  placées  fur  des  collines,  ou 
fur  des  terralfesconftrüiîespcur  cela.  Les  grandes 
villes,  les  villages  8c  les  hameaux  femblent  alors 
comme  des  illes  éparfes  fur  la  fuperficie  des  eaux. 
L’inondation  arrive  i’éié  8c  dure  quarante  jours. 
Après  ce  temps  les  eaux  bailfant  peu  à peu , les 
terres  fe  découvrent  8c  fe  fèchent  dans  l’inter- 
valle de  foixante  jours  ; 8c  plus  l’émerfion  fe  fait 
avec  célérité , plutôt  on  laboure  8c  l’on  enfe- 
mence  les  terres,  principalement  dans  les  cantons 
les  plus  hauts  8c  les  plus  expofés  aux  ardeurs  du 
foleil.  Les  rives  du  Nil , au  midi  du  Delta  , font 
fubmergées  de  la  même  manière  ; cependant , il 
y a un  efpace  de  quatre  mille  ftades  où  le  NU 
ne  fort  point  de  fon  baflin.  Au  relie , il  n’y  a 
de  terres  inondées  que  celles  qui  font  fituées  fur 
les  deux  bords  du  fleuve , 8c  dont  l’étendue  eft 
rarement  de  trois  cents  ftades  de  part  8c  d’autre 
de  fon  lit.  Cette  longue  lifière,  qui  borde  le 
Ni!  des  deux  côtés  , avec  le  Delta  , font  pro- 
prement la  partie  habitable  de  V Egypte  ». 

« Les  terres  en  Egypte  rendent  cent  pour  un  , 
félon  Pline  ( lib.  XVIII.  cap.  X.  ).  Ammien  Mar- 
cellin ( lib.  XXll.  ) dit  que  dans  les  années 
où  le  Nil  monte  à feîze  coudées , les  terres  rap- 
portent près  de  foixante-dix  pour  un  : jacii  femen- 
tes  in  loco  pinguis  cefpitis  cum  augmenta  fere  fep- 
tuagefimo  renafeuntur.  Ces  deux  obfervations  peu- 
vent être  également  exaéles.  Dans  certains  lieux  , 
les  terres  produifent  cent,  8c  dans  d’autres  foixante- 
dix  pour  un.  Le  même  canton  peut  aufli  pro- 
duire une  année  cent  pour  un , tandis  que  l’année 
fuivante  il  ne  produira  que  foixante-dix.  Prenons 
le  moindre  produit  pour  le  courant,  8c  fuppo- 
fons  que  la  terre  rende  foixante-dix  pour  un,  un 
arpent  de  France  rendra  fur  ce  pied  plus  de  trente- 
fix  feptiers  de  bled , femence  prélevée  , 8c  pourra 
nourrir  au  moins  quinze  perfonnes  dans  ces  cli- 
mats chauds,  où  l’on  confomme  moins  de  pain 
que  dans  les  pays  froids.  Les  terres  font  renou- 
vellées  8c  en  quelque -forte  rajeunies  tous  les  ans- 
par  le  limon  gras  qu’y  dépofent  les  eaux  ; ces 
terres  font  donc  reftibles.  Je  fuppofe  qu’on  en 
mette  la  moitié  en  bled , Sc  le  relie  en  autres  pro- 
duisions 8c  pâturages  , Y Egypte  à ce  compte  pour- 
toit  avoir  une  population  de  près  de  trente-deu» 
millions  d’habitans  ^ 8c  je  n’entends  par  Y Egypte 
que  le  Delta 

« On  peut  fuppofer  ces  terres,  foit  qu’on  les 
çmploiç  à produire  du  bled , foit  qu’on  les  em- 


E G y 

ploie  à d’autres  uCages,  de  meme  valeur  & de 
meme  produit  que  ii  elles  étoient  toutes  enfe- 
mencées  en  bled.  Nous  pourrions  ainfi  évaluer 
toutes  les  richeffes  annuelles  de  la  baffe 
à ifi,6c4jCco  feptiers  de  bled  qui,  à raifon  de 
,o  livres  le  feprier  , feroient  3,052^080,000  liv. 
je  notre  monnoie.  Nous  lifons  dans  le  quarante- 
fvptième  chapitre  delà  genèfe  , que  leség>'?Ke^, 
pQur  obtenir  du  patriarche  Jofeph  , devenu  pre- 
mier  miniffre  de  Pharaon , du  bled  pour  leur 
durant  un  long  temps  de  famine  , 
avoient  été  obligés , non  feulement  de  donner 
tout  ce  qu’ils  poffédoient  d’argent  & d’or  , mais 
encore  qu’ils  avoient  été  forcés  de  vendre  leurs 
rroupe^'-ix,  leurs  terres  & leurs  perfonnes,  & 
que  pour  être  rachetés  de  cette  fervitude , on 
lés  avoir  affujettis  , en  leur  rendant  leurs  terres, 
a payer  tous  les  ans  au  roi  la  cinquième  partie 
de  tous  les  fruits  qu’elles  preduiroient  : tribut 
accablant  qui  paffa  en  loi,  & fe  percevoir  encore 
au  tqmps  de  Moïfe.  De  ceci  & du  calcul  pré- 
cédent, on  pourroit  inférer  que  les  rois  de  la 
baffe  Egypte  avoient  un  revenu  annuel  de  la 
valeur  de  plus  de  fix  cents  millions  de  notre  mon- 
noie.  Mais  on  rabattra  beaucoup  de  cette  pro- 
digieufe  fomme  , lî  l’on  confidère  , 1°.  qu’il  y 
a ifans  doute  des  terres  en  Egypte  de  qualité  bien 
inferieure  à celle  dont  nous  venons  de  parler  ; 2°.  que 
les  terres  des  Prêtres,  qui  dévoient  être  d’une 
grande  étendue  , étoient  exemptes  de  toute  im- 
polîtion;  3°.  que  les  foldats  j'ouiffoient  dans  ce 
pays  de  la  prérogative  fingulière  de  pofféder 
chacun  douze  aroures  de  terres,  que  le  prince 
leur  donnoit  , en  les  exemptant  de  toute  charge 
publique  autre  que  le  fervice  militaire.  Or  douze 
aroures  valent  i.  817,  c’eft-à-dire , un  peu  plus 
d’un  arpent  & quatre  cinquièmes.  VE^pte  en- 
tretenoit  annuellement  quatre  cents  mille  hommes 
de  troupes , comme  Hérodote  le  témoigne  ( iib. 
Il^  ) S cef  objet  feul  faifoit  donc  un  produit' 
de  762,700  ârpens  francs  de  toute  taxe  j mais 
les  armées  égyptiennes  ont  été  beaucoup  plus 
nombreufes  à d’autres  époques.  Strabon  (jtttg.  561.) 
dit  qu’au  deffous  de  Memnoniori  on  voyoit  en- 
core de  fon  temps  les  tombeaux  des  anciens  rois 
de  Thèbes  , près  defquels  étoient  des  obéiifques 
& des  inferiptions , qui  faifoient  connoître  les  ' 
richeffes  de  ces  rois  , leur  puiffance , l’étendue 
de  leur  empire,  leurs  revenus , & le  nombre  de 
leurs  troupes  , qui  fe  montoient  à un  million 
d’hommes-  Au  refte , le  tribut  onéreux  du  cia-  ^ 
quième  des  fraits  dé  la  terre  fut  réduit  & dimi- 
nué de  beaucoup  dans  la  fuite  ; car  , au  rapport 
de  Strabon  ( lib.  XVII.  p.  54g.  ) , Cicéron  , dans 
quelqu'une  de  fes  harangues , ne  faifoit  monter 
le  revenu  d’Auiete , père  de  Cléopâtre , qu’à 
douze  mille  cinq  cents  talens  , qui  ne  font  guère 
plus  de  foixante-dix-huit  mil'üons  de  notre  mon- 
fioie.  V Egypte  , & par  ce  mot  il  faut  toujours  , 
entendre  le  Delta,  payoic  encore  moins  fous  la 


E G y 

domination  des  arabes,  puifque,  fuivanî  le  rap. 
port  du  géographe  Hancehda  , elle  ne  payoït  que 
douze  militons  de  deniers  d'or,  qui  valent  douze 
mille  talens , ou  foixante-quinze  millions  de  la 
monnoie  de  France  ; & tout  cet  impôt  étoit  ré- 
parti fur  une  étendue  de  vingt-huit  nnllions  d’a- 
roures  , qui  font  tout  le  terreiu  de  la  baffe  Egypte, 
Cette  impofidon  revient  à dix-fept  livres  quatorze 
fous  par  arpent  de  France 

cc  La  pêche  du  lac  Méris  , dans  l’Heptanome , 
étoit  encore  d’un  produit  conlidérable  pour  les 
rois  Egypte.  Ce  lac  étoit  fitué  près  du  labyrinthe  , 
dans  les  plaines  fablonneufes  du  côté  de  la  Lybie. 
Il  avoir  de  tour  trois  mille  fix  cents  ftades , ou 
foixante  fchènes  , & s’étendoit  en  longueur  du 
nord  au  midi.  Cette  courte  defeription  ne  don- 
nant pas  précifément  la  forme  du  lac  Méris  , ne 
peut  fervir  à en  déterminer  l’étendue  j il  paroît 
que  c’étoir  un  long  canal , où  le  travail  des  hommes 
avoir  fécondé  U nature  du  local.  Le  Nil  lui  com- 
niuniquoit  fes  eaux  , qui  defeendoient  durant 
lïx  mois  , Si  qui  durant  fix  autres  mois  s’en  re- 
tiroient.  Pendant  leffix  mois  que  l’eau  s’écouloit, 
la  pêche  rendoit  au  roi  chaque  jour  un  talent 
d’argeitt  j & pendant  les  fix  mois  qu’elle  y rentroit , 
la  pêche  ne  valoir  plus  que  vingt  mines  ».  ( Ar~ 
ticle  extrait  de  la  Mi:TRoi.oGis  de  M.  Paublon  ). 

Égypte. 

Les  médailles  autonomes  de  ce  pa^'s  font 

RRRR.  en  or.  Pellerin. 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  argent. 

Les  rois  d’Egypre,  dont  on  a des  médaifles, 
font  : 

Ptolémée  I.  Soter. 

Bérénice  , femme  de  Ptolémée, 

Ptolémée  II.  Philaàelphe. 

Dieux  frères,  ©Ei2N.  AAEA^UK. 

Arfinoé. 

Ptolémée  III.  Éverghes. 

Ptolémée  IV.  Pkilopator, 

Ptolémée  V.  Epiphanes. 

Ptolémée  VI.  Philometor, 

Ptolémée  VII.  Évergltes  II, 

Ptolémée  VIII.  Soter  II. 

Cléopâtre  , mere  de  Ptolémée  VIII  & IX. 

Ptolémée  IX.  Alexandre. 


E G Y 

SélènCj  femme  de  Ptoiéméa  VIîI. 

Bérénice , femme  de  Ptoiémée  X. 

Ptolémée  X.  Alexandre  II. 

Ptoiémée  XII.  Dyonifîus. 

Ptolémée  XIIL 

Cléopâtre , dernière. 

Médailles  incertaines. 

Le  fymbole  ordinaire  de  V Egypte , fous  ces  rois , 
ell  un  aigle  pofé  fur  un  foudre  ; il  y en  a deux  , 
lorfque  la  fouveraineté  efi:  partagée. 

En  général  j les  fymboles  de  VÉgypte  fur  les 
monumens  , font  Thippopotame , la  figure  du 
Nil  5 affife  ou  couchée , le  bulle  de’  Sérapis  , la 
fleur  de  lotus,  le  buûe  d'Ilîs,  le  SÜlre  , &c. 

Les  villes , ou  les  nomes  de  VEgypte,  Alexan- 
drie exceptée,  ont  fait  frapper  des  médailles 
impériales  grecques  en  l’honneur  d’Hadrien , 
quelques-unes  pour  Antonin  & une  ou  deux 
pour  M.  Aurèle  , trois  pour  Etrufcilîe,  une  pour 
Commode,  une  pour  Vefpafien  ,une  pour  Vérus. 

Cés  médailles  égyptiennes  annoncent  ordinaire- 
ment l’année  où  elles  ont  été  frappées. 

On  a un  nombre  prodigieux  de  médailles  im- 
périales grecques  , frappées  dans  la  feule  ville 
d’Alexandrie.  Quelques  curieux,  & Theupolo 
entr’autres , les  ont  raffemblées  pour  en  former 
une  fuite  particulière. 

ÉGYPTIEN-....  ENNE  ( calendrier 

année ) Ti  ère  de  Dioclétien. 

ÉGYPTIENS.  CoftamÊS  des  égyptiens. 

Les  anciens  naturels  de  VEgypte  , fuivant  Dio- 
dore  de  Sicile  , ( tom.  I.  fol  o-,  ) , fe  couvroient 
de  peaux  d’animaux.  Celles-ci  furent  remplacées 
dans  la  fuite  par  la  tunique , c’étoit  l’habillement 
qui  fe  portoit  immédiatement  fur  le  corps  j la  plu- 
part des  nations  anciennes  s’en  font  iervi  ; mais 
les  uns  portoknt  la  tunique  fans  manches , d’autres 
avec  des,  manches  , d’autres  la  portoient  plus  am- 
ple ou  plus  étroite,  comme  ou  le  dira  à fon  ar- 
ticle  La  tunique  éioit  ordinairement  com- 

pofée  de  deux  pièces  , à peu  près  de  la  forme 
d’un  quarré  long  , couvrant  la  poitrine  & le  dos , 
fe  réunifiant  par  les  angles  fupe'rienrs  fur  les  épau- 
les , laiflant  une  ouverture  au  milieu  pour  paîTer 
la  tête.  Les  pièces  fe  rapprochoient  enfuite  fous 
les  aiflelles  , toujours  en s’élargiffant  vers  le  bas, 
avec  une-  différence  marquée  dans  la  longueur 
pour  les  femmes.  La  tunique  croit  afîujenie  par 


E G Y ^87 

une  ceinture , afin  de  laiffer  au  corps  la  liberté 
du  mouvement. 

Habillement  des  femmes,  Hérodote  ( liv.  II.  fol. 
i2i.  ) obferve  que  les  femmes  égyptiennes  ne  por- 
toient qu’un  feabit.  On  trouve  efleétivement  des 
ftatues , qui  font  vêtues  d’une  fe?ule  tunique , fi 
bien  appliquée  au  corps  , que  fans  les  bords  pro- 
noncés légèrement  aux  pieds  ou  à la  moitié  des 
jambes,  qui  décèlent  la  tunique  , on  croiroit  ces 
figures  nues.  On  en  trouve  cependant  avec  de 
petits  plis  fins,  qui  indiquent  une  étoffe  très- 
légère  j d’autres,  placées  au  mufeum  du  capitoie, 
font  drapées  comme  les  femmes  grecques,  mais 
fans  ceinture.  On  dira  fans  doute  que  ces  dernières 
ont  été  travaillées  dans  le  ftyle  imité  des  anciennes 
figures  égyptiennes  : l’empereur  Hadrien  avoit  fait 
fculpter  par  des  arttftes  grecs  différentes  figures 
dans  le  flyle  & le  coflumie  égyptien  ; mais  il  fuffit 
que  l’imitation  ait  été  fidelle.  Au  refie,  cette  ac- 
cord d’Hérodote  avec  quelques  m.onumens,  fe 
trouve  balancé  par  d’autres  llatues  & bas-reliefs 
en  grand  nombre,  ou  l’on  diflingue  clairement 
au  delius  de  la  tunique  un  fécond  vêtement  & 
le  manteau. 

Winckelman  , dans  fon  hifloire  de  l’art  chez  les 
anciens  { tom.  l.  fol.  88-  ),  croit  qu’Hérodote, 
par  ces  mots  un  féal  habit , n’a  voulu  défigner  que 
l’habit  de  deffus  , fans  parler  du  manteau  ni  de 
la  tunique.  Ne  feroit-il  pas  plus  probable  que 
rhsflorien  grec  eût  défigné  feulement  les  femmes 
du  commun  ! Car  la  belle  llatue  d’Ifis , ( ou 
ë’une  de  fes  prêtreffes  ) , de  la  galerie  du  capi- 
toîe , outre  la  tunique  longue  à manches  pro- 
longées jufqa’aux  poignets  , porte  encore  l’habit 
de  deffus  & le  manteau.  Cet  ouvrage  n’efl  pas 
égyptien  , mais  fait  par  un  arrifle  grec  fur  le  Coi- 
rume  égyptien.  Une  figure  de  femme  , d’un  petit 
bas  - reiief,^  du  palais  Mattéi,  repréfentant  une 
procefiion  égyptienne  ( apuleus  metamorphofeon 
Lib.  11.  ) a ia  tunique  fans  manches  , avec  les 
bords  fupérieurs  joints  fur  les  épaules  : elle  porte 
deux  ceintures,  une  fous  le  fein,  à l’ordinaire, 
& l’autre  fur  les  hanches  : fa  tunique  paroît  ou- 
verte des  deux  côtés  , depuis  le  bas  jufqu’à  une 
certaine  hauteur.  La  tunique  que  l’on  voit  fur  les 
monumens  égyptiens  ne  diffère  tfe  celle  des  grecs 
que  par  la  roideur  du  ftyle.  En  générai  on  ob- 
ferve dans  les  ouvrages  des  artiiles  égyptiens  eue 
pour  montrer  le  niid  , ou  pour  exprimer  la  fineffe 
de  l’étoffe , ou  enfin  pour  firifre  certaines  règles 
preferites  aux  ar.tifles  j iiscolloient  au  corps,  non- 
feulement  la  tunique , mais  encore  l’habit  àe 
deffus.  {_Muf  capitol,  tom.  x.fig.  78 , 75 , 84  ).  La 
flatue  d’Ifis  a cet,  habit  de  deffus  lié  avec  ié  man- 
teau par  un  gros  lioefid  fur  ia  poitrine;  il  eft  d'une 
étoffe  moins'  fine  que  la  tunique , & ne  dèfcend 
pas  jufqu  aux-  pieds.  On  voit  Is  même  agencement 


4S8  E g y 

a une  figure  du  même  bas-reiiei-  du  palais  ^dai.- 
tei-  L’habit  de  deffus  entoure  le  corps , mais  il 
V a c^ueioue  légère  différence  dans  la,  ^mam\,re 
dont  ;1  etl  attaché  fur  la  poitrine  ^ de  même  que 
celui  d’une  figure  d’homme  du  même  monument  ^ 
dont  le  lefte  du  corps  ell  nud. 

Le  manteau  fe  plaçoit  au  deilus.de  l’habit  j 
& couvroic  le  dos  & les  épaules.  Il  eli  bordé  de 
franges  à la  ftarue  d’Ifis  du  capitoie , & parcic 
beaucoup  plus  étroit  du  haut  que  du  bas.  Bot- 
ta.n  {AIiif/capûoL  tom.-}.foL  140.)  appelle  ce 
manteau  palla , pour  fe  rapprocher  ue  la  del- 
cription  d’indore , laquelle  cependant  convient 
mieux  au  pallium.  U croit  auffi  que  ce  que  nous 
avons  défigné  comme  habit  de  delïus  & comme 
manteau,  ^ne  forme  qu’une  feule  pièce  ; cepen- 
dant la  dirtinêtion  des  oièces  eit  très-vifibie  ^ tant 
à la  belle  Ihtue  d’Ifis  ‘ qu’à  une  autre  ilacue  de 
la  même  déeffe  , confervée  aufll  dans  le  mufeum 
du  Capitole  ; celle-ci  a le  pan  du  manteau  , qui , à 
la  belle  Ilîs^  defeend  du  bras  droit  „ ramœé  devant 
le  corps  far  le  bras  gauche.  Quant  à la  forme 
du  manteau,  on  peut  croire  quil  reffembloir, 
ainfi  que  l’habit  de  deffus,  à la  chJamyde  des 
grecs  , mais  avec  une  plus  grande  ampleur.  Sur 
un  autel  de  granit  , confervé  dans  la  villa.  Me- 
dicis ^ un  des  plus  anciens  monumens  en  relief, 
confervé  jufqu’à  nous , & reprefentant  une  pro- 
cefiion  égyptienne  dans  le  genre  de  celles  dont 
Apulée  a parlé  (^métamorph.  lib.  II.) , on  voir 
une  femme  qui  porte  une  petite  ftatue  d Harpo- 
crate  ; elle  eft  enveloppée  dans  un  manteau  fem- 
blable  au  pallium  des  grecs  ; ce  qui  prouve  de 
nouveau  que  les  femmes  égypiiennes , excepté 
peut-être  celles  du  commun , ne  fe  bornoient 
pas  à la  fimple  tunique.  Leur  habillement , & fur- 
tout  la  tunique,  étoient  en  général  d’une  étoffe 
très-fine  & très-légère  ; les  fcuîpteurs  l’ont  quel- 
quefois exprimée  par  des  plis  étroits  & parallèles  j 
aufli  de  la  Chauffe  ( grand  cabinet  rom.  fol.  é?  , 
fig.  36.)  les  a-t-il  pris  pour  des  étoffes  rayées, 
très-communes  en  Egypte  , félon  Caylus  ( recueil 
d’antiq.  tom.  5.  fol.  52.  ) ; & Bottari  ( Muf. 
capitol,  tom.  t^-fol.  14?-)  pour  des  feuilles  de  pal- 
mier. On  peut  croire  cependant  que  c’eft  l’effet 
du  ftyle  égyptien.  Pietro  délia  Valle  {reyfe  invele 
voomaeme  gevyefien  des  werelts  1.  àeel.  fol.  110} 
aflure  que  les  figures  , peintes  fur  les  caifies  qui 
renferment  les  momies , font  vêtues  de  fin  Im , 
matière  dont  les  égyptiens  fabriquoient  principa- 
lement leurs  étoffes. 

Les  femmes  égyptiennes  fe  coèffoient  avec  les 
cheveux  feuls,  comme  on  le  voit  à plufieurs  figures, 
ou  les  enveloppoient  dans  des  bonnets  de  diffé- 
rentes formes.  Cette  coëffure  eft  celle  de  la  ■ 
plupart  des  ^tètes  égyptiennes  , qui  fubfiftent  au- 
jourd  huî.  L’étotte  encoure  le  front,  puis  defeend  ; 


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de  deux  côtés  fur  la  poitrine  , formant  deux  ban- 
delettes , avec  des  plis  égaux  & parallèles.  C’eft 
ainfi  que  font  fculptées  les  cailles  des  momies } 
& les  antiquaires  donnent  en  général  à cette  cou- 
verture de  tête  le  nom  de  mitre.  Quelques  ftatues 
confervées  au  capitole,  & fculptées  par  ordre 
de  l’empereur  Hadrien,  (.  Muf.  cap,  tom.  3.j%.  78, 
80  , 84  ) , ont  des  mitres  , dont  les  bandes  qui 
pendent  fur  la  poitrine  font  plates , & de  la  lar- 
geur de  deux  doigts  5 ce  ne  font  proprement  que 
les  extrémités  de  la  bande  qui  bordent  le  bonnet  fur 
le  front , & qui  fe  détachant  de  la  tête  derrière 
les  oreilles,  defeendent  de  chaque  côté  fur  la 
poitrine.  Une  figure  d’homme  porte  ( 
tom.  ^.fig.  89.  ) un  bonnet  de  la  même  forme. 
Il  paroît  de  là  que  ce  bonnet  étoit  commun  aux 
deux  fexes , quoique  plus  commun  parmi  les 
femmes.  V.  Cheveux. 

Plutarque  rapporte  ( opufe.  moral.)  que  les  fem- 
mes égyptiennes  ne  portoient  point  de  chauffure , 
afin  , dit-il , qu’elles  s’éloignaffent  moins  fouvent 
de  leurs  demeures.  Winckelmann  ( hift.  de  1 art. 
liv.  IL  c.  I.  ) a obfervé  auffi  qu’aucune  figure 
égyptienne , excepté  une  feule  , ne  portoit  ni  Ibu- 
lierSj  ni  fandales  ; fi  par  figure  il  défignoit  une 
ftatue  , la  réflexion  luivante  devient  inutile  à fon 
égard  , mais  il  n’a  pas  fait  attention  à l’autel  de 
granit  de  la  villa  Medicis  , ouvrage  incontefta- 
blement  égyptien , où  une  des  figures  a les  pieds 
enveloppés  dans  des  bandelettes.  On  ne  fauroit 
douter  que  ce  ne  foit  une  chauffure , quoique  la 
nature  du  granit  & la  groffièreté  du  bas-relief 
empêchent  de  bien  diftinguer  les  formes.  Pietro 
deila  Valle  ( reyfe  in  vele  voomaeme  geweften  , deel  ^ 
fol.  1x3.)  affure  d’ailleurs  avoir  vu  une  momie 
chauffée  de  fandales  liées  avec  des  bandelettes  , 
comme  en  porte  la  belle  ftatue  d’Ifis.  Il  ne  faut 
donc  pas  prendre  à la  lettre  le  texte  de  Plutarque  ; 
ou  peut-être  fon  obfervation  ne  tombe-t-elle  que 
fur  les  femmes  du  commun. 

Hibillement  des  hommes.  Les  égyptiens  coupoient 
les  cheveux  à leurs  enfans  , & les  laiffoient , tête 
nue , expofés  à toute  la  chaleur  du  climat.  ( Eléro- 
dot.  lib.  3.  ) Delà  cette  dureté  fingulière  du  crâne, 
dont  parle  Hérodote  , qui  remarque  auffi  que  les 
égyptiens  devenoient  rarement  chauves.  Cependant 
à l’âge  de  puberté  ( ïdem  , lib.  2. , cap.  9.  ) , on 
leur  couvroit  la  tête  d’une  efpèce  de  bonnet , 
décrit  plus  haut , que  l’on  appelle  mitre.  Elle  différé 
de  cette  coëffure  des  femmes  fur  une  belle  ftatue 
de  la  galerie  du  capitole,  en  ce  que  les  deux 
bouts  qui  pendent  fur  la  poitrine  , font  plats  , 
forment  plufieurs  plis  exprimés  par  des  lignes 
horifontales  & parallèles. 

Entre  toutes  les  variétés  qu’on  remarque  dans 
les  coëffures  égyptiennes  , les  plus  fimples  fe  rap- 
prochent 


E G Y 


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prochent  de  la  forme  des  bonnets  fcuîptés  fur 
les  csiiTes  de  momies.  On  en  trouve  d'autres 
qui  J par  leur  bizarrerie  ^ femblent  appartenir  aux 
fymbofes.  Dans  le  deuil , ilsfe  coupoient  la  barbe  j 
& laiSbient  croître  leurs  cheveux. 


Suivant  Hérodote  , les  hommes  portoient  deux 
babits  ; fuiv'aiit  Apulée  ( mêtamorph.  lib.  z.  ) ce 
pouvoient  etre  deux  tuniques  ; car  c»  dernier  nous 
rapporte  qu  étant  redevenu  homme , un  de  ceux 
qui  compofoient  la  troupe  facrée  d’ifis , le  cou- 
vrit de  fa  tunique  fupérieure  > Hérodote  aura  donc 
voulu  parler  de  tuniques  au  heu  d'habits  de  delTus  , 
comme  1 entendWinckelmann.  Il  eft  eâêélivemenc 
plus  naturel  de  porter  deux  tuniques  que  deux 
habîcs  de^  de/Tus , d'après  la  forme  de  cet  habit 
& d apres  fon  nom.  Hérodote  appelle  calajiris 
i habit  des  égyptiens , qui  defeendoit  jufqu'à  la 
moitié  des  jambes  , avec  une  bordure  au  bas. 
Ferrarius  ( de  re  vefiiariâ.  , pars  fecitnda  , lib.  IV , 
cap.  iz.  ) prend  cet  habillement  pour  une  tunique  ^ 
avec  des  galons  ou  des  franges.  Une  ftatue  d'A- 
nubis  ( muf.  cap.  tom.  fig.  8y.  ) du  mufeum  ca- 
pitolin , porte  une  tunique  courte  , avec  des  man- 
ches prolongées  jufqifau  coude  : elle  eft  ceinte  fur 
les  rems,  à la  manière  des  romains. 


Sur  la  aalafiris , les  égyptiens  portoient , fuivant 
Hérodote  ( Herodot.  lib.  II  ^ cap.  é.  ) , un  habit 
de  lame  blanche  ; ou  fuivant  la  traduéiion  de  Fer- 
rarius  { de  re  vefiiaria  ^ pars  2.  lib,  IV,  cap.  iz.’)  ^ 
un  pallium  de  laine  blanche  5 ou  enfin  celle  de 
Beger  (îkefâSr.  Brandenb.  part,  l,  fol,  221.),  Va- 
miculum  ; cetîe  variété  prouveroit  que  la  déno- 
mination d Hérodote  eft  générique.  Il  eft  pro- 
bable qu  outre  le  palBum  , les  égyptiens  fe  fervoient 
aufll  de  la  .cklamyde  ou  du  fagum  , manteau  de 
guerre  & de  voyage. 


Des  rois.^  Les  rois  égyptiens  , fuivant  Hérodote 
{ Hérod.  lib.  II.  cap.  12.),  portoient  un  cafque 
xi  airain  au  lieu  de  diadème.  Bianchini  ( iftoria 
409'  ) prend  pour  des  rois  les  figures 
bonnets , qui  font  fcuîptés  fur  les 
obélîfques  5 ce  _ bonnet  eft  peut-être  un  cafque 
royal.  Diodoredit  que  pour  exprimer  la  force  & la 
puifîance,  ces  rois  portoient  farlatêtela  dépouille 
d^  un  lion , d'un  taureau  , d'un  dragon  , des  bran- 
cnes  d arbres , du  feu  ^ & quelquefois  même 
des  parfums  exquis. 

• ^ royal  étoit  , autant  qu'on  peut  le  con- 
jecturer , une  tunique  longue  & à longues  mancheS) 
ou  flola  , tumqiie  femblable  à celle  d'Ifis.  C’étoit 
la  fans  doute  i'aabiî  de  cérémonie  ; car  la  ftatue' 
c Anubis  uu  capitole  ne  porte  quhine  tunique 
courte  , amü  que  les  figures  des  obéfifques , que 
diancnmi  prend  pour  des  rois  ; d'où  nous  pouvons 
Ihabir  des  monarques  égyi'tiens  ne 
ditteroiî  pas  de  celui  des  rois  de  ia  Grèce , au 
4^.!^iiuités  , Tome  II. 


moins  quant  à la  Jlola  & au  pallium,  en  temps 
de  paix , à la  tunique  courte  Sî  à îa  chlamyde  et» 
temps  de  guerre  ou  en  voyage. 

L'anneau  qu'ilsportoient  e'toitune  marque  d’au- 
torité; il  fervoit  probablement  de  fceau  ou  de 
cachet.  Cependant  Pline  remarque  ( Hb.'XXXlU, 
cap.  I . ) qu’en  Egypte  & dans  tout  l'orient  on  fe 
contentoit  des  feules  lettres.  Baudelot  ( rutilité 
des  voyages  qui  concerne  la  connoifiance  des  mé- 
dailles, &c.  tom.  I.  fol.  3,16.  ) interprète  ce  paf- 
fâge  de  Pline , des  lettres  qu'on  gravoit  fur  les 
cachets  au  heu  de  figures  ou  d'autres  objets  , em- 
ployés pat  les  grecs. 

Nous  ne  connoiflbns  pas  exaètement  la  forme 
qu'avoient  les  colliers  d'or  des  rois  à" Egypte  ; ils 
pouvoient  reffembler  à celui  qui  prend  fur  la  poi- 
trine d'un  chat , dieu  égyptien.  Il  eft  compofé  de 
petits  grains  longs  & fendus; ils reffemblent  beau- 
coup à de  petites  coquilles  blanches , appellées 
cauris  : ce  collier  foutient  une  amulette  à tête  de 
coq  ( Caylus  J recueil  d'antiquités  , tom-  V , pl. 
IJ.).  Pietro  délia  Valle  ( Reyfe. ...  I.  deel,  fol. 

1 13  ) dit  avoir  vu  une  chaîne  d'or  pendue  au  cou 
de  la  momie  d’un  jeune  homme,  avec  une  mé- 
daille qui  defeendoit  fur  la  poitrine,  fur  laquelle 
étoit  empreinte  une  figure  d'oifeau  & plufieurs 
caraSères  inconnus.  Peut-être  que  les  juges  por- 
toîÆt  ainfî  la  petite  ftatue  de  la  juftice  ou  de  la 
vérité , laquelle  , félon  Elien  ( hiftoires  diverfes  * 
liv.  IV,  ch.  54),  était  gravée  fur  un  faphir. 

Le  feeptre  des  rois  d'Egypte  & d'Ethiopie  eft 
décrit  par  Diodore  ( Diodore  , liv.  5.)  fous  ia 
forme  d'une  charrue.  V.  le  mot  Charrue.  C'eft- 
là  tout  ce  que  les  anciens  nous  ont  laifte  fur 
les  habillemens  des  monarques  égyptiens  ; il  faut 
y ajouter  que  leurs  habits  étoienr  de  couleur 
pourpre  ( Jofeph , antiquités  judaïques , tom.  ï , 
fol.  ÿ6  ). 

Les  prêtres.  Iis  avoient  la  tête  & mêmie  tout-le 
corps  rafé,  félon  Hérodote.  Ils  étoîent  aulïi  delà  plus 
grande  propreté.  Iis  portoient , fuivant  Diodore  , 
f Diod.  de  Sicile,  !.  lit)  des  feeprres  comme  les  rois. 
Le  manteau  qu'ils  portoient  fur  la  tunique  , & la 
tunique,  étoient  èe  lin  blanc  , ou  de  coton  , feule 
étoffe  dont  les  prêtres,  félon  Hérodote,  pouvoiert 
ufer.  L.  Pignorius  croit  reconnoître  fur  la 
table  ifiaque  ( menfa  ifiaca  , fig.  S.  ) des  prêtres 
avec  des  bonnets , qui  leur  environnent  les  oreilles, 

& couvrent  un  peu  le  cou,  ayant  la  forme  de  'a 
partie  inférieure  du  cafque  royal  des  obéiifques.  Ci-s 
prêtres  portent  des  tuniques  longues,  avec  des  man- 
ches prolongées  jüfqu'au  coude  , & une  ckauffure 
femblable  à celle  qu'a  déngnée  Hérodote.  Ce 
font  des  fandales  ou  fouüers  faits  de  bandes  de 
papyrus.  Ces  bandes  étoient,  félon  Appien,  {liv.  . 
V.  ) , de  couleur  blanche  à Alexandrie.  Apu- 
lée ( métamorphof.  lib.  II/)  leur  donne  des  ceiiusiss 

Qqq 


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de  lin  blanc,  nlacées  fur  la  poitrine.  Ils  la  por- 
toient,  fuîvant  Diodore  , dans  le  aeuu  pour  l.s 
rois  ; mais  ni  i’un  ni  l’autre  n ont  ait  s i.s  avoient 
d’autres  habiüemeus. 


L-s  femmes  , félon  Hérodote  , ne  pouvoient 
fa^re  les  fondions  des  prêtres  ; ainfi  celles  que 
nous  vovons  fur  les  bas  reliefs  devroient  être  ex- 
c>u“sdu  facerdoce.  Cependant  Strabon 
fol  ^9,-  ) parle  de  prêtreiTes  ; & BanmerCMy- 
"thologie  , îom.  IL  fol.  599.)  leur  donne  la  che- 
velure des  prêtres.  Ce  dernier  place  fur  la  tete 
<ks  uns  & des  autres  des  couronnes  ne  neurs, 
CO  nme  on  en  voit  aux  figures  du  bas-relief  du 
palais  Mattéi , qui  portent  les  inftrumens  des  ia- 
crifices  & les  emblèmes  des  divinités.  Il  fe  pour- 
rok  au  refte  , que  l’inftitution  des  pretrefies 
fût  poftérieure  à Hérodote  , ou  que  cet  hiiio- 
rien  parlât  feulement  des  femmes  mariées,  comme 
le  penle  le  comte  de  Caylus.  ( Recueil  d anti- 
quités , tom.  7 , fol.  ) 

Ues  armes.  Il  feroît  difficile  d’indiquer  quelles 
ont  été  les  armes  défenfives  des  égyptiens.  Hé- 
rodote ( liv.  7.  c.  7.  ) dit  , à la  vérité,  qu’lis  por- 
toient  des  cafques  } mais  cela  n apprend  pas  la 
forme  qu’avoient  ces  cafques  , qui  diôeroient  fans 
doute  du  cafque  royal.  Une  figure  du  bas-relief 
€<Trptien  du  palais  Mattéi  ^ elt  la  feule  qui  pour- 
roit  nous  donner  une  idée  de  cette  armure  5 elle 
porte  un  bonnet  lié  âutour.de  la  tête,  & orné 
de  deux  plumes , forme  alfez  femblable  à quel- 
ques cafques  grecs  ^^quoique  , fuivant  Hérodote, 
fa  forme  égyptienne  étoit  plus  coupée  & moins 
fimple.  La  cuiralTe  étoit  ordinairement  de  lin 
( ilerôdote  lih.  il,  c.  il),  comme  celle  qu'Amafis 
envoya  à Lacédémone,  & qui  étoit  tiffue  de 
fils,  dont  chacun,  malgré  fa  fineiTe  , étoit  com- 
pofé  de  trois  cents  foixante  autres  fils.  Elle  étoit 
enrichie  "de  broderies  en  or  , en  laine  & en  coton, 
femÜiables  à celles  que  l’on  remarque  fur  les 
.cairafles  grecques.  Cüikasse. 

Les  boucliers  égyptiens  étoient  grands  & très- 
convexes.  Les  amies  ofi'enfives  étoient  ( Héro- 
dote) une  épée  dont  on  ignore  la  forme,  la 
pique  , le  poignard  & la  hache. 

L’ufage  des  enfeignes,  ou  étendards , a corn- 
mencé  de  bonne  heure  chez  les  égyptiens.  C’é- 
îûient  des  figures  d’animaux  , portés  par  les  chefs 
au  bout  d’une  pique,  qui  faifoient  reconnoître  à 
chaque  füldat  fa  compagnie , & empêchoient  le 
défordre.  ( Diodore  de  Sicile.  ) Cette  invention 
ayant  procuré  des  viétoires,  le  peuple  crut  les  de- 
voir à ces  animaux;  & ceil:,  félon  Diodore, 
ce  qui  en  a occafionné  le  culte. 

La  cavalerie  Se  les  chariots  de  guerre  étoient 
corûîus  en  Egypte  da  temps  de  Séfoltris.  C De 


Ê G Y 

Torigine  des  loix,  arts  & fciences  , tom.  2 ; 
fol.  éiS.  ) Séibftris  ( Diodore  ) fe  faifoit  tramer 
dans  un  char  à quatre  chevaux  attelés  de  front. 

Il  n’efi  pas  polfible  de  décrire  la  forme  de  ces 
chars  , parce  qu’on  n’en  retrouve  fur  aucun  mo- 
nument égyptien.  Cependant  un  au-.eur  moderne 
affure  feul  , que  l’on  voit  des  chars  fur  quelques 
monumens  de  la  Thébaïde.  (Recherches  pktlofo- 
fkiqu.es  fur  les  égyptieas  & chinois  , tom.  z , jo/, 

SSO-) 

Des  faerifices  & de  quelques  ufages  particiâisrs 
des  égyptiens. 

Les  égyptiens  adoroîent  plufieurs  animaux  j 
mais  ils  croient  bornés  par  leur  culte , 
dans  le  choix  des  viaimes.  Cétoient  des  bœuts 
ou  des  veaux  qu’ils  iramoloient  le  plus  fouvenr. 
Hérodote  ( Hhro  fecundo  ) détaille  quelques  par- 
ticularités de  ces  faerifices.  Un  des  prêtres  exa- 
minoit  la  vidirae  ; elle  ne  pouvoir  avoir  aucuns- 
poiîs  noirs  , ni  ceux  de  la  queue  henfles  ou  iné- 
gaux. il  faiioit  trouver  fur  la  langue  de  1 animal 
les  marques  qui,,  félon  les  principes  des  pretres 

proavoient  fa  pureté.  Apres  ce  rigoureux  examen, 

on  lui  appliquoit  par  le  moyen  d une  terre 
argilleufe  , une  marque  imprimée  fur  du  papyrus^ 
Enfuite  il  éto-it  conduit  près  de  l’aute! , on  aliumoit 
le  bois  , puis  on  confacroit  l’animal  en  faifant  fur 
fa  tête  des  libations  de  vin  , enfin  on  l’immoloit. 
La  tête  étoit  jettée  au  loin,  avec  des  impréca- 
tions , comme  étant  chargée  des  maux  ou  des 
malheurs  , dont  pouvoient  fe  voir  menacés  ceux 
qui  offroient,  le  Yacrifice,  & même  l’Egypte  en- 
tîère.  « Lorrau^’ils  facrifient  un  bœui  a lUS 
( c’eft  encore  Hérodote  qui  pane  ) hs  en  vuident 

Is  ventre,  y laiflant  feulement  la  graiCTe;  abattent 

enfuite  toutes  les  extrémités  de  la  bête  , pins 
rempliffent  le  corps  de  farine, ^de  miel,  de  fi- 
gues, de  myrrhe,  d’encens  & d autres  aromates. 
Ainfîpréparé,  on  place  ce  corps  fur!efeu,&on  1 ar- 
rofe  d’huile  & de  vin==.  Ces  cérémonies  dévoient 
pratiquer  à jeun;  & pendant  tout^le  temps  que 
la  viétime  étoit  fur  le  ' feu , on  fe  frappoit  la 
poitrine  ; mais  après  le  facrifice , on  mangeoit 
l’es  refies  des  victimes. 

Quant  à la  forme  des  autels  des  égyptiens 
elle  eft  décrite  à l’article  Autel.  Ce  peuple  avoir, 
comme  les  grecs  , l’ufage  des^.arche-pieds  pour 
les  perfonnes  difiinguées. 

Des  repas.  Suivant  Diodore,  les  égyptiens  ovx 
connu  de  bonne  heure  l’uUge  de  manger  couchés 
fur  des  lits.  11  dit  , en  parlant  du  tombeau  d’Ofi- 
mandias , Se  des  édifices  qui  l’accompagnoient  , 
un  des  plus  beaux  palais  , contenant  vingt  tables: 
entourées  de  leurs  lits,  fur  lefquelles  étoient  li& 
images  de  Jupiter , de  Junon  k du  roi  mîinz,. 


En  égypf^  il  étoît  à la  Sti  des  repss 

de  voir  entrer  dans  la  falle  un  ferviteur  portant 
la  repréfentadon  d’une  momie,  ou  corps  mort 
embaumé  , de  la  grandeur  d’une  ou  de  deux 
coudées,  qu’il  naontroit  à tout  le  monde,  en 
difant  *:  buve:^  & divertiffé^-vous , vous  dtviendrt^ 
femblables  k ceci.  Quelques  auteurs  difent  que 
c’étoit  nnfqueUtts;  mais  on  fait  que  la  religion 
égyptienne  défendoit  la  diffeétion  d’un  corps  bu* 
main.  On  ne  doit  pas  s’étonner  de  trouver  cette 
bifarrerie  chez  un  peuple , qui  différoit  prefqu’en 
toutes  chofes  des  autres  nations.  En  effet , les 
égyptiens  écrivoient  de  la  droite  à la  gauche  ; 
les  femmes  en  Egypte  portoient  les  fardeaux  fur 
les  épaules,  & les  hommes  les  portoient  fur  la 
tète , &c.  On  peut  voir  d’autres  Angularités  de 
cette  efpèce  dans  Hérodote  ( Ub,  2.  ). 

II  ne  faut  pas , dit  M.  André  Lens , peintre 
de  Bruxelles  , auteur  du  cofiume  des  peuples  an- 
ciens , que  la  roideur  du  fîyle . égyptien  em- 
pêche les  artiftes  de  retracer  leurs,  habits  , 
ou  leurs  ornemens.  On  peut  leur  conferver  la 
forme  caradérilfique , en  évitant  cette  roideur  ; 
il  ne  faut  jamais  s’éloigner  du  bon  goût , mais 
imiter-  les  grecs , qui  ont  toujours  écarté  de  leurs 
compofitions  ce  qui  pouvoir  ternir  la  nobleffe  dans 
les  figures  principales.  Ils  ont'  fait  renaître  dans 
leurs  ouvrages  les  diverfes  nations  , en  pronon- 
çant leur  caradériftique  fur  quelques  figures  de 
moindre  conféquence  ; tel  eft , par  exemple , le 
beau  bas-relief  de  la  villa  Borgèfe , fur  lequel 
Priam  eft  repréfenté  au  pied  d’Achille  fans  le 
bonnet  phrygien.  Il  eft  fâcheux  que  les  anciens 
écrivains  ne  nous  aient  pas  tranfmis  des  détails 
plus  diftinéls  fur  les  habillemens  des  égyptiens , 
parce  les  monumens  qui  nous  relient  de  ce  peu- 
ple , paroiffent  pour  la  plupart  être  exagérés.  Il 
paroît  vraifemblable  que  ce  ftyle  fingulier  , ayant 
été  une  fois  admis  par  le  gouvernement,  étoit 
devenu  une  loi  pour  l’artifte,  à qui  il  étoit  dé- 
fendu très-expreffément  de  s’en  écarter,  félon 
Platon. 

Les  ^arts  & les  fciences  ayant  été  tranfportés 
de  V Égypte  dans  la  Grèce , dont  les  fages 
d’ailleurs  voyageoient  continuellement  en  Egyp- 
te-, il  eftaftez  probable,  que  la  différence  dans 
i’habillement  n’étoit  pas  auffi  grande  que  les 
monumens  paroiffent  l’indiquer.  La  plupart  de 
ceux-ci  , qui  étoient  fymboliques,  ou  des  co- 
pies ferviles  & maniérées  des  plus  anciennes 
fculptures,  ne  reiTembioient  peut-être  en  rien  à 
l’ufage  ordinaire.  Cette  conjecture  a eiigagé  M. 
Lens  à ne  faire  ufage(dans  fon  coflume  que  nous 
citons  fouvent  avec  plaifir  ) que  des  monumens 
les  moins  bifarres  & les  moins  éloignés  du  goût 
des  grecs.  On  peut  fe  conformer  à ce  goût , quand 
on  n’a  pas  des  preuves  pofitives  d’ufagss  con- 
traires i 3c  on  peut  le  faire  avec  d’autant  mains 


de  fcrupuie  , que  la  Grèce  fut , à diverfes  repri- 
fcs  , peuplé/,  pir  fies  égyptiens  8c  des  Phéniciens, 
tels  que  Danaüs  Sc  Gaumus. 

Monumens  & flyle  des  égyptiens-. 

Winckelmann  va  parler  ici.  Les  égyptiens., 
dit -il  ( kift.  de  l’art , liv.  2.),  fe  font  peu 
écartés  de  leur  premier  ftyle  ; auffi  n’ont-iîs  ja- 
mais atteint  dans  l’art  ce  degré-  de  perfection 
auquel  font  parvenus  les  grecs.  Plufieurs  caufes 
les  en  ont  empêché  : la  forme  de  leurs  corps , 
leurs  opinions,  leurs  coutumes,  leurs  loix  civiles 
& religieufes  , le  peu  d’eftime  qu’ils  avoient  pour 
les  artiftes , & fans  doute  un  défaut  de  talent  Ôc 
d’élévation  de  la  part  de  ceux-ci. 

La  première  caufe  du  caraélère  particulier  de 
l’art  des  égyptiens  , fe  trouve  dans  leur  configu» 
ration  , qui  n’ avoir  pas  l’avantage  d’exalter  l’ame 
de  leurs  artiftes,  & d’éleyer  leur  imagination  à 
la  beauté  idéale.  La  nature  qui  avoir  tant  favorifé 
les  femmes  égyptiennes  du  côté  de  la  fécondité 
( Plin.  l.  7.  c 5c.  Seneca , nat.  qu.  l.  3.  c.  25.), 
les  avoir  fingulièrement  négligées  à l’égard  de  la 
figure.  Avare  de  fes  dons  pour  les  femmes  de' 
V Égypte,  elle  les  prodiguoit  à celles  AtYÉtrurie 
8c  de  la  Grèce.  Cette  obfervation  porte  fur  une 
forme  chinoife  qui  caradérife  les  égyptiens , &que 
l’on  remarque  conftamment  à leurs  ftatues,  aux 
figures  de  leurs  obélifques  & de  leurs  pierres 
gravées  ( on  ne  fauroit  fe  former  une  idée  plus 
nette  de  la  forme  des  têtes  égyptiennes , qu’en 
confuitant  le  deffin  d’une  momie  dans  Beger. 
Tkef.  Brand.  t.  g.  p.  402.  & celui  de  la  momie 
décrite  par  Gordon  ; Ejfay  toward  explaning  tke 
kieroglypkica  figures  on  tke  cojfin  of  an  antient 
mummy , London , lyn.  fol.  ) Elle  n’auroit  pas 
dû  échapper  à ceux  qui  de  nos  jours  ont  tant 
écrit  fur  la  refferoblance  des  chinois  avec  les 
anciens  égyptiens.  Efchyîe  dit  pofîtivement  que 
ce  peuple  différoit  des  grecs  par  la  configuration. 
(^Æfch.  fuppl.  V.  506.  ) Ses- artiftes  ne  pouvoient- 
donc  pas  chercher  la  variété,  puifqu’elle  ne  fe 
trouvoit  pas  dans  la  nature  qu’ils  avoient  fous 
les  yeux.  La  température  conftamment  égale  du 
pays  , fâifoit  que  la  nature  toujours  une  dans  fes 
operations  , 3c  toujours  plus  uniforme  aux  extré- 
m'ités  qu’au  centre,  ne  s’écartoit  guère  de  fes 
formes  "exagérées.  La  conformation  particulière 
aux  têtes  des  ftatues  égyptiennes , fe  retrouve  auffi, 
dans  les  têtes  des  perfonnes  peintes  fur  les  momies. 

On  fait  d.e  plus  que  les  égyptiens  avoiept  le 
teint  bafané  ( Heredot.  liv.  1.  Propert.  liv.  i. 
El.  24.  V.  13.  fufeis  Ægypîi  alumnis  ) , couleur 
qu’on  donne  aux  têtes  repréfentées  fur  les  mo- 
mies peintes  {problem.feS.  14.  p.  114. /.  i.  ed. 
Sylbourg  ) de  là  vient  que  le  mot  Af/us-rtafn 
gnifioit  halé,  brûlé  par  le  fole.il  ( Euflath.  ad 


E G Y 

Odyjf.  Ap.  1484.  4 aé.yli  eft  de  fait  que  I« 

viiagas  peints  fur  les  caiffes  des  î T”* ‘T! 

U uonc  a tort  qu  Alexandre 

Gordon  avance  qu’ils  ont  etc  difierens  j félon  les 

provinces. 


Qaand  Martial  parle  d’un  beau  garçon  d’£- 
fyfte  { Martial,  l.  4.  ep.  4Z.  ),,  il  entend  par- 
là  un  jeune  homme  né  en  Égypte  de  parens 
grecs  : les  écrivains  latins  ont  fouvent  parlé  de 
l’extrême  licence  de  la  jeunefle  de  ce  pays , fur- 
tout  de  celle  d’Alexandrie  ( Jüvena/.yâr.  1 5 ^.4^. 
Quint.  Jufi.  lih.  i.  c.  i.  p.  19.  ).  C’étoit  un  grec, 
cet  Apoiauftus  de  Memphis  en  Égypte  , ce  cé- 
«bre  pantomime  que  Lucius Vérus  amena  à Rome^ 
8c  dont  la  mémoire  s’cft  confervéc  Air  plufieurs 
infcriptions. 

On  s’autorife  d’une  remarque  d’Ariftote  ( pco- 
bltm.  fech.  14.  p.  II5.  ed.  Sylbourgii.')  pour  dire 
que  les  égyptiens  avoient  l’os  de  la  jambe  tourné 
en  dehors.  ( Pignor.  tab.  If.  p.  55  O Elle  ne  re- 
garde peut-être  que  ceux  qui  étoient  voifîns  des 
éthiopiens , & qui  avoient  , comme  ces  derniers  , 
( conf.  Bochart . hiero^.  P.  1- P-  9^9") 
écraféj  les  figures  de  femmes  égyptiennes , avec 
une  taille  affez  déhée,  ont  lefein  d’une  extreme 
greffe  ur.  Comme  les  artiftes  égyptiens , félon  le 
témoignage  d’un  père  de  l’églife  , imitoient  la 
nature  telle  qu’ils  la  trouvoient  C Tkeodoret.  fir- 
mones  3 . ) nous  pouvons  juger  de  la  conforma- 
tion du  fexe,  par  leur  manière  de  traiter  les 
llatues.  Cette  forme  particulière  n’avoit  rien  qui 
empêchât  les  égyptiens  de  jouir  d’une  parfaite 
fanté  > fur-tout  ceux  de  la  Haute-Ægyprr , à qui 
■Hérodote  {l.  p.  74.  /.  2.7.  ) attribué  cet  avan- 
tage par-deffus  tous  les  autres  peuples.  _ Cette 
affertion  ell  encore  appuyée  fur  l’obfervation  fui- 
▼ante  : c’eft  que  parmi  la  grande  quantité  de  têtes 
de  momies  égyptiennes  , examinées  par  le  prince 
de  Radzivil  j il  ne  s’en  n’eft  pas  trouvée  une 
feule  à laquelle  il  manquât  une  dent,  ou  même 
qui  en  eût  de  gâtées.  ( RadsfviL  peregrin.  p.  190.) 
La  momie,  confervée  à i’inftitut  de  Bologne, 
lert  encore  de  preuve  à une  remarque  de  Pau- 
ianias  , qui  dit  qu’on  voyoit  en  Égypte  des  hom- 
mes d’une  taille  extraordinaire  ( Pauf.  l.  \.  ) : 
car  le  corps  de  cette  momie  a onze  palmes  de 
longueur  ( fept  pieds  quatre  pouces , s’il  s’agit 
ici  de  palmes  romains  ). 


Les  égyptiens  furent  de  tous  temps  de  rigides 
obfervateurs  des  anciens  réglemens  qui  concer- 
Boient  leurs  coutumes  & leur  culte,  iis  y furent 
encore  très-attachés  fous  les  empereurs  romains 
( V/alton  ad  Polyglot.  Proleg.  2.  §.  18.,  & non- 
fealement  dans  la  Wamt-Égypte , mais  aufiî  à 
Alexandrie  : car,  fous  le  régné  d’Hadrien,  2I 
s’éleva  une  émeute  dans  cette  ville  , parce  qu’on 
ft’f  trouva  pas  de  bœuf  qui  eût  les  qualités 


E G Y 

requifes  pour  repréfenter  le  dieu  Apis.  ( SpartiktSf 
p.  6.  ) L’inimitié  d’une  vide  contre  une 
autre,  relative  au  culte  d’un  de  leurs  dieux, 
fubfiftoit  encore  alors.  ( Plutarch  de  If  & Ofir.  ) 
Quelques  écrivains  modernes  ont  affuré,  fur  les 
témoignages  prétendus  d’Hérodote  8e  de  Diodore, 
que  Cambyfe  avoit  totalement  aboli  le  culte  des 
égyptiens,  & leur  ufage  d’embaumer  les  morts» 
Rien  de  plus  faux  que  cette  aflértion , puifqu’a- 
près  cette  époque,  les  grecs  eux-mêmes  firent 
embaumer  leurs  morts  à la  manière  des  égyptiens  , 
commeWinckelmann  l’a  prouvé  dans  fes penfées  fur 
limitation  des  omrages  grecs  ( gedanken  ilber  die 
nackakmung  der  grieckifchen  werke , p.  90.  ) , en 
parlant  d’une  momie  qui  portoir  Air  fa  poitrine 
cette  iafcription  grecque  , £ v-l-v  x î.  ( Par  rap- 
port aux  lettres  de  cette  infcription , il,  faut 
favoir'lque  le  tau  avoir  chez  les  grecs  à'Égypt& 
la  figure  d’une  croix , comme  on  peut  le  voir 
dans  un  ancien  & précieux  m.anufcrit  du.  nou- 
veau teftament  fyriaque  , écrit  fur  du  vélin. , & 
confervé  dans  la  bibliothèque  des  Augulïins  de 
Rome.  Ce  manufcrit  in-folio  eft  de  l’an  616 ,8c 
a des  apoftiiles  grecques  : on  y lit  entre  autres 
mots  , celui-ci  l -+-  d i q £ pour  H T A i p E.  A 
l’égard  de  la  momie  qui  a donné  lieu  à cette 
digreffion  , on  la  voyoit  autrefois,  à Rome,  dans 
la  maifon  délia  Valle,  & elle  fe  trouve  mainte- 
nant parmi  les  antiquités  éleélorales  de  Drefde.  > 
Les  égyptiens  fe  révoltèrent  plus  d’une  fois  fous 
les  fucceffeurs  de  Cambyfe , & ils  eurent  depuis 
lui  des  rois  de  leur  nation , qui  fe  foutinrent 
pendant  quelque  temps  avec  le  fecours  des  grecs  ; 
il  y a grande  apparence  qu’ils  reprirent  alors 
leurs  anciens  ufages.  ( Hereiot.  L é.  > 

Les  égyptiens  confervoient  certainement  encore 
leur  culte  antique  fous  les  empereurs,  comme 
on  le  voit  par  les  ftatues  d’Antinous , les  deux 
de  Tivoli  & celle  du  Capitole.  ( Muf.  Capitol, 
t.  ni.  t.  75.  ) Ces  ftatues  font  exécutées  fur  le 
modèle  de  celles  des  égyptiens,  8c  conformes  â 
la  figure  de  l’Antinoüs  Égypte  , tel  qu’il  étoit 
révéré  dans  ce  pays , particulièrement  dans  la  ville 
qui  confervoit  fon  tombeau  , ( Eufeb,  pr&p.  ev, 
l.  2..  ) 8c  qui  prit  de  lui  le  nom  d’Antinoée. 
( Paufaa.  l.  8.  Pocock’s  defcr.  of  the  eafi.t.  i, 
p.  73.)  Dans  les  jardins  du  palais  Barberini,  on 
voit  encore  une  ftatue  de  marbre,  femblable  à 
celle  du  Capitole  , & même  un  peu  plus  grande 
que  le  naturel,  mais  fans  la  tête  originale.  Dans 
la  villa  Borghèfe,  on  en  trouve  une  troifiême  de 
la  grandeur  d’environ  trois  palmes  (deux  pieds.) 
Toutes  ces  ftatues  ont  une  pofition  roide  , les 
bras  pendans  perpendiculairement , dans  le  goût 
des  anciennes  égyptiennes.  On  voit  donc  que 
l’empereur  Hadrien,  pour  engager  les  égyptiens  à 
rendre  un  culte  à la  ftatue  de  fon  favori  , fut 
obligé  de  lui  donner  une  forme  adoptée  encore 
par  ce  peuple  exclulîvement  à tout  autre» 


E G Y 

Ce  fait  nous  prouve  encore  que  les  égyp- 
tiens ne  laifsèrenc  pas  ci^’innover  dans  leurs 
anciennes  coutumes  rcligieufes , & de  prendre 
quelque  chofe  des  grecs  relativement  à la  forme 
des  llatueSj  objets  de  leur  vénération. 
l.  1.  c.  78.  91.  ) Rien  n'“égaloit  au  refte  l'averfion 
de  ce  peuple  pour  tous  les  ufages  étrangers , & 
principalement  pour  ceux  des  grecs,  avant  qu'ils 
en  euiïent  fubi  le  joug.  Cette  averfion  a dû  mfpi- 
rer  à leurs  artiltes  une  grande  indifférence  pour 
les  fuccès  des_  autres  nations  dans  fart,  par 
conféquent  arrêter chaz  les  égypnenj  les  progrès  des 
fciences  & des  arts.  Comme  il  étoit  prei'crit  à 
leurs  médecins  de  ne  pas  employer  d'autres  re- 
cettes que  celles  qui  fe  trouvoient  confignées  dans 
les  livres  facrés  j de  même  il  n'étoit  pas  permis 
à leurs  artiftes  de  s'écarter  de  l'ancien  ilyle.  C'eft 
ainfi  que  les  loix  bornoient  l'efprit  de  chaque 
génération  à imiter  fervilement  la  manière  des 
générations  précédentes , & profcnvoient  route 
innovation.  Platon  nous  dit  ( leg.  L.  z.  ) que  les 
llatues  exécutées  de  fon  temps  en  Egypte , ne 
difiéroient  ni  par  la  forme,  ni  par  aucun  autre 
point  de  celles  qui  y avoient  été  faites  mille  ans 
auparavant  ; ce  qu'il  faut  entendre  feulement  des 
ouvrages  exécutés  par  des  artiftes  originaires  de 
V Egypte^  avant  que  ce  pays  pafsât  fous  la  domi- 
nation des  grecs.  L'obfervation  de  cette  loi  fut 
inviolable  , parce  qu’elle  avoir  fon  principe  dans 
la  religion,  aînfi  que  tolfce  la  conftitution  du 
gouvernement  de  VEgypte. 

A l'exception  des  fculptiires  exécutées  fur  les 
édifices , il  paroît  que  les  égyptiens  ne  firent  de 
Itatues  J avec  des  formes  humaines,  que  pour  leurs 
dieux , leurs  rois , leurs  princes , leurs  prêtres. 
De  là  vint  qu'ils  ne  connurent , point  de  variété 
de  formes.  Car  les  dieux  de  VEgypte  étoient  des 
rois  qui  avoient  jadis  gouverné  ce  royaume  , eu 
du  moins  ces  dieux  étoient  regardés  comme 
les  anciens  monarques  { Diod.  Sic.  l.  i.  L 46. 
l-  5.  & /.  21.  ) & les  anciens  rois  étoient  prê- 
tres. ( Plat.  Polit.  ) C'eft  du  moins  ce  qu'on  peut 
croire  de  plus  raifonnable,  puifqu'aucun  écrivain 
ne  nous  apprend  fi  l'on  a érigé  en  Égypte  des 
ftatues  à d'autres  perfonaes. 

Winkeîmann  a prouvé  que  les  anciens  ouvrages 
égyptiens  àécèïtm  deux  manières  OU  ftyles  , aux- 
quels il  faut  afliMer  deux  différentes  époques.  La 
première  aura  duré  vraifemblablement  jufqu'à  la 
conquête  de  VEgypte  par  Camby  fe  j la  fécondé  aura 
continué  tout  le  temps  que  les  naturels  du  pays 
cultivèrent  l'art  de  la  Sculpture , fous  la  déno- 
mination des  perfes  , & enfuite  fous  celle  des 
grecs.  II  a prouvé  auffi  que  les  imitations  des 
ouvrages  égyptiens  ont  été  faites  en  grande  partie 
fous  l'empereur  Hadrien.  Ses  preuves  ont  deux 
oojets  principaux  pour  bafe  j le  defiîn  du  nud  & 
le  deffin  des  figures  drapées. 


E G Y 


4P  3 


Dans  l’ancien  ftyle  des  égyptiens  , le  deffin  du 
nud  a des  qualités  fenfibies  & caraétérilliques  qui 
le  ciiftinguent,  non -feulement  de  celui  des  autr« 
nations , mais  ««core  du  ftyle  poftérieur  du  même 
peuple.  Les  caraélères  de  leur  defiin  font  pris  de 
l'enfertibîe  de  la  figure  , Se  de  chaque  p^artie 
confidérée  féparcment. 


Le  caraélère  générai  & principal  de  ce  ftyle 
dans  le  deffin  du  nud  , eft  le  contour  de  la  figure 
forrné  par  des  lignes  droites  & peu  failiantes  Tca- 
raélère  qui  eft  auffi  propre  à l'Architeéture  & aux 
ornemens  de  ce  peuple.  De  là  vient  que  Stra- 
bon  {geog.  l.  17.  ] , en  portant  fon  jugement  fur 
un  temple  de  Memphis , reproche  deux  défauts 
confidérables  aux  figures  égyptiennes  : en  premier 
lieu , de  manquer  de  grâces , ( divinités  auxquelles 
les  égyptiens  ne  facrifièrent  jamais  ( Hérodot.  /.  2 ). 
En  fécond  lieu  , d'être  dénuées  de  ces  formes 
pitîorefques  qui  charment  : la  pofition  des  figures 
eft  roide  Se  gênée-  Quelques  auteurs  anciens  ont 
de  plus  affuré  qu'un  des  caraélères  généraux  des 
figures  égyptiennes,  étoit  d’avoir  les  pieds  ferrés 
parallèlement,  comme  on  les  voit  aux  anciennes 
ftatues  de  bronze  étrufques  5 mais  c'eft  à tort,  & 
cette  pofition  des  pieds  ne  fe  trouve  qu'aux  figures 
affifes.  Dans  les  figures  debout , les  pieds  ne  font 
pas  placés  fur  une  ligne  parallèle , & l'un  avance 
toujours  plus  que  l’autre..On  voit  à la  villa  Aibanî 
une  figure  d'homme  de  quatorze  palmes  de  hau- 
teur ( environ  huit  pieds  & demi  ; , dont  un  pied 
eft  à trois  palmes  ( environ  vingt-un  pouces  ) de 
diftanee  de  l'autre.  Aux  figures  d'hommes  en. 
général  les  bras  font  pendans  le  long  des  côtés  , 
auxquels  ils  font adhéréns  j par  conféquent,  ces 
fortes  de  figures  ne  dénotent  aucune  aétion  qui 
doive  être  exprimée  par  le  mouvement  des  bras 
& des  mains.  Cette  immobilité  confiante  prouve 
non  l'ignorance  des  artiftes  , mais  une  règle 
invariable  , adoptée  pour  fervir  de  modèle  à 
l'exécution  de  toutes  les  ftatues.  D'ailleurss^I'acrion 
que  les  égyptiens  donnoient  à leurs  figures  fe  mon- 
trent fur  les  obélifques  & fur  d'autres  ouvrages  ; 
& peut-être  même  ont-ils  fait  des  ftatues  avec 
les  mains  libres  , comme  le  feroit  croire  celle 
qui  repréfentoit  un  roi,  tenant  une  fouris  dans  une 
de  fes  mains  ( Hérodot.  l.  z.  ) , fi  cette  ftatue  , 
au  lieu  d'être  une  figure  affife,  avoir  été  debout. 
Aux  figures  de  femmes  , il  n'y  a que  le  bras 
droit  d'adhérent  au  côté  ; le  bras  gauche  eft  plié 
fous  le  fein.  Pour  les  figures  placées  debout  fur 
le  devant  du  liège  de  la  îiatue  de  Memnos,  elles 
ont  les  deux  bras  pendans.  On  en  voit  auffi  plu- 
Ikurs  qui  font  accroupies  ou  affifes  fur  leurs  jambes 
pliées;  d'autres  font  agenouillées.  Telle  étoit  l'at- 
titude des  trois  divinités,  appellées  Eli  nixi  , 

( feft.  dii^  nlxi  ) , & placées  à Rome  devant  le 
temple^  de  Jupiter  olympien.  Outre  cette  unité 
de  deffin , les  os  & les  mufcles  ne  font  que  foi- 
bkment  indiqués  : les  nerfs  Se  les  veines  ne  le 


E G r 


font  point  du  tout.  Les  genoux  , les  chevilles  des 
Die^s‘&  le  tour  du  coude  paroiffent  avec  les  faillies 
du  na^iurel.  Le  dos  n^eü  pas  vifible,  la  ftatue 
étant  ordinairement  appuyée  contre  une  colonne  ^ 
fau»  du  même  bloc.  Cependant  1 Antinous  dont 
nous  avons  parlé  plus  haut  a le  dos  libre.  Les 
contours  peu  ondoyans  de  ces  figuresjont  caufes 
Gue  la  forme  en  eft  étroite  & ramaüée  : forme 
pat  laquelle  Pétrone  cherche  à caradérifer  le 
llyle  de  cette  nation.  C c.  z.  p.  i?.  edft. 

Burman-n..  ).  Les  figures  égyptiennes  fe  diftinguent  • 
auffi  par  le  refferrement  du  tronc  au-deffus  des 
hanches. 


Ces  caradères  diltinaifs  du  ftyle  egypuen  , 
foir  les  contours  & la  forme  en  lignes  prefqae 
droites,  foit  la  foible  indication  des  os  & des 
mufcles,  foulirent  une  exception  par- rapport 
à la  manière  dont  les  animaux  font  traites.  Lntre 
les  ouvrages  d’une  execution  remarquable  ^ en  ce 
genre,  Winckelmann  cite  un  grand  fphinx  de 
bafalte  , confer^^é  dans  la  villa  Borghefe  ( Kircheri 
(Edip.  Æg.  tom.  t,.p.  469.  ) , un  autre  de  granit  , 
qu’on  voyoït  jadis  au  palais  de  Chili  à Rorne, 
& qu’on  trouve  aujourd’hui  parmi^  les  antiquités 
d“  Drefde  , deux  lio.ns  de  la  montée  du  capitole, 
& deux  autres  de  la  fontaine  , àkt  fontane  felice 
( Kircker.  1.  cit.  p.  463  }.  Ces  animaux  font  traites 
avec  beaucoup  d intelligence  , avec  des  travaux 
très-variés  & des  contours  coulans  & amenés  de 
loin.  Les  grands  attachemens  des  épaules  & des 
Sancs,  qui  ne  font  point  indiqués  dans  les  figures 
humaines  , font  très  - apparens  dans  celles 
des  animaux  : ces  parties  , conjointement  avec 
les  veines  des  cuiffes  8c  des  autres  membres, 
font  d’une  exécution  vigoureufe  & élégante.  On 
ne  peut  douier  que  ce  ne  foient  des  ouvrages 
égyptiens  , puifque  les  lions  de  la  fontaine  font 
caraélérifés  par  des  hiéroglyphes  qui  ne  fe  trou- 
vent pas  aux  animaux  égyptA-’î.r  de  fabrique  pofie- 
rieure.  Il  en  eif  de  même  du  fphinx  de  Drefde  , 
dont  la  bafe  porte  auffi  des  caradères  hiérogly- 
phiques. Les  fphinx  de  l’obélifque  du  foieil  au 
champ  de  Mars  font  du  même  ilyle  , & les  têtes 
font  d’une  favante  exécution.  Cette  diverfîté  de 
ilyle,  qui  fe  trouve  entre  les  figures  humaines 
& celles  des  animaux , fert  de  preuve  à ce  qui 
a été  dit  plus  baut.  Les  premières  devant  re- 
préfenter  des  divinités  ou  des  perfonnages  con- 
fhcrés  aux  dieux , parmi  lefquels  on  range  auffi 
les  rois,  avoient  leur  pofition  & leurs  attitudes 
déterminées.  L’artifte , afl'eivi  à des  règles  gé- 
nérales , fixées  pat  la  religion  même  , n’ofoit  ja- 
mais s’en  écarter  dans  larepréfentation  des  figures 
humaines  ; mais  en  fculptant  des  animaux  il  avoir 
plus  de  liberté  de  montrer  fcn  adrèffe.  Repréfen- 
tons-nous  le  fyftême  de  l’ancienne  manière  des 
égyptiens , par  rapport  aux  figures  humaines  feules  , 
comme  le  fyftême  du  gouvernement  de  Crète 
fe  de  Sparte , oûil  n’étoitpas  permis  de  s’écarter 


E G y 

le  moins  du  monde  des  anciennes  maximes  de 
leurs  légiflateuTS.  Les  animaux  feuîs  n’étoient  pas 
compris  dans  ce  cercle  religieux. 

Nous  ajouterons  que  pour  bien  faifir  le  carac- 
tère du  ftyle  dans  le  deffin  du  nud , il  faut  fur- 
toui^examiner  les  extrémités  , la'  tete  , les  mains 
& les  pieds.  Les  têtes  égyptiennes  ont  les  yeux 
plats  & tirés  obliquement  : ils  ne  font  point  en- 
foncés comme  on  les  voit  aux  Itatues  grecques  , 
ma's  prefqu’à  fleur  de  tete  , de  forte  que  1 os 
de  l’œil , fur  lequel  les  fourcüs  font  indiqués  par 
une  faillie  tranchante , paroît  tout  aplati.  Dans 
les  fi^'ures  égyptiennes , dont  les  formes  ont  quel-- 
que  chofe  d’idéal , fans  avoir  cependant  une  beauté 
idéale  entièrement  déterminée,  on  ne  voit  pas 
que  les  artiftes  foient  parvenus  a donner  de  la 
grandeur  à cette  partie  du  vifage , tandis  que 
les  grecs  ont  fu  imprim.er  cette  qualité  à leurs 
airs  de  tête  , en  cherchant  & en  parvenant  a 
donner  au  globe  de  l’œil  une  lîtuation  plus  en- 
foncée J artifice  par  lequel  ils  cherchoient  à pro- 
duire des  effets  de  lumière  fe  de  couleur. 

Les  fourcils  , les  paupières  & le  bord  des  lèvres 
font  ordinairement  indiqués  par  des  lignes  gravées 
en  cr£ux.  Une  tête  de  fcrntiie  tres-sncienne  ^ plus 
grande  que  le  naturel  , de  bafalte  verdâtre , & 
confervée  à la  villa  Albani  , a les  yeux  creux , & 
les  fourcils  marqués  par  une  raie  convexe,  aplatie  , 
de  la  largeur  du  petit  doigt  : cette  raie  monte 
jufqu’aux  tempes  , où  elle  finit  par  un  angle  fail- 
lant  ; de  l’os  inférieur  de  l’œil  part  une  raie  fem- 
blable , qui  va  fe  terminer  aux  tempes  par  une 
femblablefeaion.  hes  égyptiens  n’ avoient  pasméme 
l’idée  de  ces  doux  profils  des  têtes  grecques  ; le 
contour  du  nez  de  leurs  figures  eft  tracé  comme 
dans  la  nature  commune.  L’os  de  la  joue  eft  fail- 
lanr  & fortement  indiqué  5 le  menton  toujours  ra- 
petiffé  & tiré  : tout  cela  donne  à l’ovale  du  vifage 
un  air  d’imperfeélion  fe  de  mauvaife  grâce.  La 
feiffion  de  la  bouche,  ou  la  clôture  des  lèvres, 
qui,  dans  la  nature  ( du  moins  celle  des  grecs  fe 
des  europe'ens , ) defeend  un  peu  vers  les  angles 
de  la  bouche , fe  trouve  tirée  en  haut  chez  les 
égyptiens.  La  bouche  de  leurs  figures  elr  toujours 
fermée,  de  manière  que  les  lèvres  ne  fontfeparees 
que  par  unefimple  incifion  , tandis  que  la"  piupart 
des  divinités  fur  les  marbres  grecs  ont  les  lèvres 
ouvertes.  Ce  qu’il  y auroit  de  plus  extraordinaire 
dans  la  configuration  des  égyptiens  , feroient  les 
oreilles , £ elles  avoient  été  placées  effeéliyernent 
auffi  haut  dans  le  naturel  qu’on  les  voit  à la 
plupart  de  leurs  figures.  Les  oreilles  y font  pl-acees 
fingulîérement  haut , & de  manière  que  le  bout 
de  roreüle  fe  trouve  être  prefque  parallèle  aux 
yeux  : on  peut  s’en  affurer  par  l’examen  des 
caiffes  de  momie,  d’une  tête  avec  des  yeux^rap- 
portés , confervée  dans  la  vigne  Akieri , d uns 


E G X 

Sgure  aflire  ^ placée  à la  pointe  de  Tcbélirque 

Barberini- 

La  forme  des  mains  chez  les  égyptiens  ell:  celle 
que  Ton  obferveroit  dans  les  mains  d"un  homme 
qui  ne  les  a pas  mai  faites  naturellement maîS 
qui  n'en  a pas  pris  foin  , ou  qui  les  a négligées. 
Les  pieds  de  leurs  ftatues  fe  dillinguent  de  ceux 
des  figures  grecques  ^ en  ce  qu'ils  font  plus  piats 
& pius  larges  ; de  plus  , les  orteils , qui_  font 
tout  aplatis  & qui  n'offrent  pas  plus  d'articula- 
tion que  les  autres  doigts  ^ ont  une  foible  di- 
minution dans  leur  longueur , le  petit  doigt  du 
pied  n'eft  pas  non  plus  courbé  ni  ramalTé  en 
dedans  , comme  aux  pieds  grecs.  Il  eft  vrai  que 
les  enfans  en  Egypte  avoient  les  pieds  nuds  ( 

Sic,  l.I.)  , & que  leurs  doigts  n'étoient  pas  gênés 
par  des  chauffures  ; mais  ce  n'ell:  pas  à cette  caufe 
feule  que  l'on  doit  rapporter  la  forme  particulière 
de  leurs  pieds , c'eft  aufîi  à la  forme  reçue  des 
l'âge  des  premières  figures-  Les  ongles  -ne  font 
indiqués  que  par  des  incifions  angulaires,  fans 
aucun  arrondiffement. 

Les  égyptiennes  du  capitoîe,  dont  les 

extrémités  fe  font  confervées  , ont  les  pieds  d'une 
longueur  inégale , & ont  cela,  de  commun  avec 
la  plupart  des  ftatues  grecques , même  celles  de 
l'Apoiîon  du  belvédère , & du  Laocoon.  L'une 
de  ces  figures  a le  pied  droit , qui  porte  le  corps  , 
de  trois  pouces  d'un  palme  romain  ( deux  pouces 
françois  ),  plus  long  que- l'autre.  Cette  inégalité 
eft  fondée  fur  la  perfpeélive.  On  a voulu  donner 
au  pied  , placé  en  arrière  , ce  que  la  vue  pour- 
roit  lui  faire  perdre  par  les  fuyans.  Le  nombril 
des  figures  égyptiennes  d'hommes  & de  femmes 
eft  finguüérement  creux  & profond. 

Winckelmann  recommande  foigneufement  à 
fes  leéleurs  de  ne  pas  juger  les  ouvrages  égyptiens 
d'après  les  planches  gravées  qu'on  a données 
avant  lui , & de  prendre  garde  aux  parties  ref- 
taurées.  Parmi  les  figures  qui  fe  trouvent  dans  Boif- 
far-d , Kircher  & Montfaucon  , il  n'y  en  a pas 
une  qui  ait  les  caraftères  du  ftyle  égyptien  tels 
qu'on  vient  de  les  décrire.  La  partie  inférieure 
du  vifagede  la  prétendue  lus  du  capitoie  ( Mont- 
faucon  , ant.  expi.  fuppl.  i.  pl.  36.  muf.  Cap.  f.  3^ 
tav.  ) , la  feule  des  quatre  grandes  ftatues 
de  cette  coUeé?cion  qui  foit  de  granit  noir, 
n'eft  pas  antique , elle  eft  reftaurée.  Les  bras  &c 
les  jambes  de  cette  même  ftatue,  ainfi  que  des 
deux  autres  de  granit  rouge , font  aufli  réparés , 
mais  ces  réparations  ne  frappent  pas  aifément  les 
yeux.  Nous  paffons  fous  filence  tant  d’autres 
reftau  ratio  ns  de  figures  égyptiennes  , très-faciles 
à remarquer:  de.  ce.  nombre  eft  la  tête  moderne 
d'une  figure  de  femme  du  palais  Barbe'rini , por- 
tant devant  elle  , dans  une  caffette , un  petit 
anubis  , ainfi  que  celle  d’une  figure  d’homme 


E G Y 


4P? 


fembîable , que  Ton  voit  dans  Kircher.  Il  en  eft 
de  même  des  jambes  d'une  petite  figure  debout 
de  la  villa  Borghèfe. 

Après  avoir  difcuté  le  deffin  du  nud  du  pre- 
mier ftyle  , il  feroir  à propos  de  parler  de  la 
configuration  particulière  des  divinités  égyptiennes 
& de  leurs  caraélères  : on  lès  trouvera  aux  ar- 
ticles particuliers  de  ces  divinités  répandus  dans 
ce  dictionnaire.  Quant  au  deffin  des  draperies 
de  ce  même  ftyle  , il  a été  expofé  plus  haut 
dans  les  habillemens  des  égyptiens.  Nous  allons 
donc  paffer  au  ftyle  poftérieur , ou  au  fécond 
ftyle  des  artiftes  égyptiens.  Nous  examinerons 
comme  dans  l'article  précédent  le  deffin  du  nud 
feulem.ent , parce  que  nous  avons  affez  décrit  l'a- 
juftement  des  figures. 

Le  cabinet  du  capitoie  nous  offre  deux  ftaîues 
de  bafalte  , & la  villa  Albani  une  figure  faite  de 
la  même  pierre , qui  peuvent  nous  fervir  de  point 
de  comparaifon , & nous  donner  une  idée  des 
deux  manières.  Il  faut  obferver  que  la  tête  de 
cette  dernière  figure  eft  reftaurée. 

Le  vifage  de  l'une  des  deux  premières  ftatues 
( muf.  Capit.  l.  c.  tav.  -9.  ) femble  s'écarter  un 
peu  de  la  forme  égyptienne  ordinaire,  quoique  la 
bouche  foit  encore  tirée  en  haut,  & que  la 
menton  foit  trop  court  , deux  caraélères  qui 
diftinguent  les  anciennes  têtes  égyptiennes.  Les 
yeux  font  creux  , & il  y a apparence  que  dans 
l'origine  ils  ont  été  remplis  d’une.^  autre  manière. 
Le  vifage  de  la  fecoisde  ftatue  ( muf.  Cap.  l.  c. 
tav.  80.)  approche  encore  plus  de  la  formegrecque  , 
mais  i'enfemble  de  la  figure  eft  mal  deffiné , & 
elle  eft  trop  courte  de  proportion  : les  mains  font 
d'un  deffin  pius  élégant  que  dans  les  figures  de 
l'ancien  ftyle,  & les  pieds  font  fculptés  de  la 
manière  or-dinaire  , excepté  que  l'artifte  les  a tenus 
un  peu  plus  écartés.  La  pofition  & l'attitude 
delà  première  &de  la  troifième  figures  rdremblent 
parfaitement  à c.^Iles  des  anciennes  figures  égyp- 
tiennes : elles  ont  les  bras  pendans  perpendicu- 
lairement, & à l'exception  d'une  ouverture  faite 
avec  i’oütii  à la  première  figure  , elles  les  ont 
entièrement  adhérens  aux  côtés.  D'ailleurs,  elles 
font  toutes  deux  adoffées  contre  une  colonne 
quadranguiaire  , félon  la  manière  égyptienne.  La 
fécondé  figure  a les  bras  plus  libres  fans  être 
féparés  du  corps  : elle  tient  d'une  main  une  corne 
d’abondance^  remplie  de  fruits.  Contre  l’ufage 
ordinaire , le  dos  de  cette  ftatue  eft  dégagé  Sc 
n'a  point  de  colonne  pour  appui. 

Ces  figures  ont  été  faites , félon  la  conjeciure 
de  Winckelmann  , par  des  mslttes  égyptiens ^ mais 
fous^a  domination  des  grecs , qui  introduifirenc 
en  Egypte  leurs  dieux,  ainfi  que  leur  manière  de 
txavailler  , & q lâ  de  leur  côté  adoptèrent  tme 


49*^  E G Y 

partie  des  ufages  de  ce  pays.  Comme  les  egyptzens 
du  temps  de  Platon  , c'elt  à- dire  du  temps  ou 
ils  s'cfForçoient  de  fecouer  le  joug  des  perfesj 
faifoier.t  encore  des  ftatues , ainfi  que  nous  avons 
vu  ci-delfus  par  le  récit  du  difciple  de  Socrate; 
il  eiltrès-probable  que  fous  les  Ptolomées  la  Sculp- 
ture a été  encore  pratiquée  par  des  maîtres  de 
leur  nation  : ce  qui  donne  un  nouveau  degré  de 
■ probabilité  à cette  conjeélure , c'eft  Pobfervation 
.coallante  de  l'ancien  culte.  Une  chofe  dillingue 
encore  fouvent  Us  figures  du  dernier  ftyle , c'ert 
qu  elles  n'ont  point  d'hiéroglyphes  ^ tandis  que 
la  plupart  des  anciennes  llatues  font  chargées 
de  fes  caraéières  ^ tant  fur  leur  bafe  quq  fur  la 
colonne  à laquelle  elles  font  adoffées  ; mais  en 
général  la  marque  caraâériffique  c'elt  le  ftyle  , 
te  non  les  hiéroglyphes  ; car  quoiqu'il  ne  s'en 
trouve  point  dans  les  imitations  des  figures  égyp- 
tlemies  , dont  il  fera  queftion  dans  l'article  lüi- 
vant  J il  ne  s'en  fuit  pas  que  les  ftatues  des  temps 
reculés  en  portent  toujours  ; on  en  voir  même 
beaucoup  qui  n'ont  pas  la  moindre  trace  de  ces 
figures  fy^mboüques.  Tels  font  deux  obélifques  de 
ï\:îTnc  , celui  qui  eft  devant  S.  Pierre  & celui  qui 
eft  près  de  fainte  Marie-Majeure.  Pline  a fait  la 
même  remarque  fur  deux  autres  obélifques  f ^.36.)  ; 
de  plus  , le  lion  de  la  montée  du  capitole  n'a 
puint  d'hiéroglyphes  j & l'Oârîs  du  palais  Bar- 
berini  n'en  a pas. 

Nous  allons  enfin,  à l’aide  de  Winckelman  , 
parler  des  figures  égyptiennes  qui  ont  plus  de 
reffemblance  avec  les  anciennes  que  n'en  ont  celles 
du  fty’.e  pofténeur,  & qui  cependant  n’ont  point 
é«é  faites  en  Egypte  , ni  par  des  maîtres  égyptiens. 
Ce  font  des  imitations  des  ouvrages  antiques  , 
adoptés  par  les  romains,  lorfqu’ils  introduifirent 
çhez  eux  le  culte  de  cette  nation.  Les  plus  an- 
ciennes productions  faites  dans  cette  manière 
iont  ( félon  Winrkelman),  deux  figures  d’Ifis  , 
fuAleux  bas-reliefs  de  plâtre,  légèrement  fàülans, 
qui  étoient  placés  dans  une  petite  ^des , au  parvis 
du  temple  d’ïfis,  découvert  dans  les  fouilles  de 
Pgmpéia.  Le  défaftre  de  cette  viile  étant  arrivé 
fous  le  règiue  de  Titus  , il  eft  évident  que  ces 
figures  font  plus  anciennes  que  celles  qu’on  a dé- 
terre'es  dans  la  villa  Adriana , près  de  Tivoli. 
Sous  ce  dernier  empereur,  qui  étoit  fîngulièrement 
luperftitieux  , malgré  toutes  fes  connoiffances, 
la  vénération  pour  les  divinités  égyptiennes  paroît 
s'être  plus  répandue  que  jamais.  Séduit  par  l'exem- 
ple , le  peuple  aura  fans  doute  fuivi  les  pratiques 
luperftiîieufes  de  fon  maître.  Ce  prince  fit  bâtir 
à fa  maifon  de  campagne  de  Tibitr  un  temple  qu'il 
nomma  Canopus , & qu'il  décora  des  ftatues  de 
divinités  égyptiennes:  La  plupart  des  ouvrages 
imitée  ont  été  trouvés  dans  les  fouilles  des  palais 
d’Hadnen.  Dans  les  unes,  il  fit  copier  exaéèe- 
fîienc  les  figures  anciennes  : dans  les  autres , il 


Æ G Y 

combina  l'art  des  égyptiens  avec  celui  des  grecs  f 
de  forte  que  l’on  voit  de  ces  monumens  qui  ^ 
par  leur  pofe  & par  leur  contours,  reifembler.c 
parfaitement  aux  anciennes  figures  ésy-.îi:nr.:s  ; 
c'eft-à-dire,  que  ces  ftatues  font  poLcs  dvoi.cs, 
fans  aélion  , les  bras  pendans  perpendicuidremenc 
& attachés  aux  côtés  ; les  pieds  pôles  parallèle- 
ment, & le  dos  appuyé  contre  une  colonne  an- 
gulaire- D’autres  placées  à la  vérité  dans  la  même 
pofition  J ont  cependant  les  bras  libres , avec 
lefquels  elles  portent  ou  montrent  quelque  chofe. 
Il  eft  fâcheux  que  ces  figures  n'aient  pus  toutes 
leurs  têtes  antiques  ; car  la  tête  fournit  toujours 
les  principaux  indices  du  ftyle.  C'eft  ce  qu'il  elt 
bien  eflentiel  de  remarquer,  parce  qu'il  paroît 
que  ceux  qui  ont  écrit  fur  les  ftatues  égyptienptes 
n'en  ont  pas  toujours  été  inftruits , & Bottarî 
lui  même  s’eft  arrêté  long- temps  à décrire  la  tete 
de  la  belle  Ifis  du  capitole , fans  remarquer  la 
partie  reftaurée  ( muf.  Capit,  tom,  3.  fig.  8î, 
pag.1^2.). 

Parmi  les  ftatues  du  ftyle  égyptien  imité , on  en 
remarque  particuliérement  deux  de  granit  rou- 
geâtre ( Maffei  raccolta  di  Jlatues  fol.  148.  ) , pla- 
cées contre  le  palais  épifcopal  de  Tivoli,  & l'An- 
tinoüs  égyptien  , confervé  au  cabinet  du  capitole. 
Cette  dernière  figure  eft  un  peu  plus  grande  que 
le  naturel  : les  deux  premières  font  prefque  use 
fois  plus  grandes,  ont  la  pofe  des  plus  ancienries 
figures  égyptiennes , font  comme  elles  adofiees 
contre  une  colonne  angulaire , & de  plus  elles 
portent  des  hiéroglyphes.  Elles  ont  les  hanches 
& la  partie  inférieure  du  corps  couvertes  d’un  ta- 
blier, la  tête  coëffée  d'un  b'onnet  avec  deux  bandes 
unies  qui  defeendenten  avant.  De  plus  , ces  figures 
portent  fur  ia  tête  une  corbeille , à la  manière 
des  caryatides  ; & la  corbeille  & la  figure  font 
faites  du  même  morceau.  Or  comme  ces  ftatues 
en  général  relfemblent  parfaitement  aux  ouvrages 
égyptiens  du  premier  ftyle  , foit  pour  l'attitude  , 
foie  pour  la  forme , il  ne  faut  pas  s'étonner  fi  pref- 
qiie  tous  ceux  qui  ont  traité  de  l’art  leur  ont 
affigné  la  plus  haute  antiquité.  On  s'en  eft  tenu 
à la  forme  apparente  , fans  examiner  avec  atten- 
tion les  différentes  parties,  feules  capables  d_e 
démontrer  le  contraire,  ta  poitrine,  qu'on  .voit 
aplatie  aux  anciennes  figures  d’hommes,  le  trouve 
haute  & impofante  à celle-ci.  Les  côtes  au  def- 
fous  de  la  poitrine  , qui  ne  font  point  du  tout 
apparentes  aux  premières , font  indiquées  forte- 
ment aux  dernières.  Là  , le  corps  au-defius  des 
hanches  , eft  extrêmement  refterré , ici  ii  paraît 
dans  toute  fa  plénitude.  Dans  celles-ci , les  arti- 
culations des  genoux  font  plus  diftinétes  que  dans 
cel'es-ià  ; lesmufcles  des  bras  & des  autres  parties 
y frapoent  d’abord  les  yeux.  Les  omoplates  , qui 
font  à peine  indiquées  dans  les  premières  figures 
s'élèvent  aux  dernières  avec  un  fort  arrondiffemecr, 

& Iss 


E G Y 

pieds  approc-fiîit  de  bien  près d*k  forme  grecque. 
Mais  la  plus  grande  diférence  le  trouve  dans  e 
viiagCj  dont  \s.fa.irs  n^cll  nullement  dans  le  goût 
égypcien , & donc  les  airs  de  tête  ne  reiremblenc 
pomt  à ceux  de  cette  nation.  Les  yeux  ne  font 
pas  aâ-ur  de  tête  comme  dans  la  nature  & les  plus 
anciennes  têtes  égyptiennes  ; on  les  a très  enfonces, 
d'après  le  fyllême  grec  , peur  relever  l’os  de  l'œ:! , 
& pour  ménager  un  effet  de  lumière  & d'ombre. 
Outre  ces  formes  grecques  , on  y voit  une  con- 
figuration entièrement  reffembiante  à la  ph}diono- 
miede  f Antinoiis  du  ftyle  grec  : ce  qui  a fait  croire 
à Winckelmann  que  ces.ftatiies  offroient  vérita.bie- 
raent  une  repréfentation  égyptienne  de  ce  beau 
jeune  homme.  L' Antinous  égyptien^  du  cabinet 
du  Capitole , décèle  encore  mieux  le  ftyle  mixte 
de  l'Egypte  de  la  Grèce  , la  Iratue  étant  libre 
de  tous  côtés  fans  être  adolTe'e  contre  une  colonne. 
A ces  ûatues  , on  peut  joindre  dittérens  fphinx.  h 
la  villa  Albani , on  en  voit  quatre  de  granit  noir , 
dont  les  têtes  ont  une  forme  qui  n'a  pu  être  conçue 
ni  exécutée  par  des  maîtres  égyptiens.  Les  ftatues 
d'iüs  en  marbre  ne  doivent  pas  être  rangées  dans 
cette  clalTe  : faites  entièrement  dans  le  ifyle  grec  , 
elles  n'ont  été  exécutées  que  fous  les  empereurs  ; 
car  du  temps  de  Cicéron  , le  culte  de  cette  di- 
vinité n'étoit  pas  encore  reçu  à Rome  ( de  nat.  deor. 

i.î.c.  IC)  ). 

Entre  les  bas-reliefs  reconnus  pour  des  imita- 
tions, il  faut  fur-tout  diftinguer  un  morceau  de 
bafaite  vert,  expofé  dans  la  cour  du  palais  Mattéi, 
& repréfentant  la  proceffion  d’un  facrifice  C R. 
Sartholi  admit.  ). 

Winckelmann  a relevé  uneméprifede  Warbur- 
ton  ( effais  fur  les  hiéroglypk.  p.  294.  ),  qui  çroyoit 
que  la  fameufe  table  ifiaqiie  étoit  un  ouvrage  fait 
à Rome.  Cette  opinion  eft  tout  à fait  deftituée  de 
fondement,  & il  paroiffoit  ne  l’avoir  adop'ée 
que  parce  qu'elle  cadroit  avec  fon  fvifême.  Quoi 
qu'il  en  foit , ce  monument  a tous  les  caraéières  de 
l'ancien  ftyle.  Les  hiéroglyphes  qui  s'y  trouvent 
& qui  ne  fe  rencontrent  fur  aucuns  des  ouvrages 
imités  par  les  romains  , fourniiTent  des  raifons  pour 
foutenir  fon  antiquité  & pour  réfuter  l'opinion 
de  Warburton. 

Outre  les  ftatues  & les  bas-reliefs  conlîdérés 
comme  des  imitations  3 il  faut  encore  mettre  dans 
cette  clafte  les  canopes , exécutés  ordinairement 
en  bafaite , Se  les  pierres  gravées  , travaillées  du 
temps  des  empereurs,  mais  chargées  de  figures 
& de  fymboles  dans  le  goût  égyptien,. 

^ Parmi  les  pierres  gravées  , tous  les  fearabées  , 
c'eft-à-dire,  toutes-  les  pierres  dont  la  partie 
convexe  repréfenre  un  efearbot  gravé  en  relief, 
& dont  le  côté  uni  offre  uns  divinité  égyptienne  , 
travaillée  en  creux,  font  des  temps  poftérieurs. 

Antiguités , Tome  11. 


E G Y 


457 


Les  écrivains  qui  tiennent  ces  pierres  pour 
très-antiques  ( Kaicer , pier.  gr.  /.  3.)  n'allèguent 
point  d'autre  preuve  qui  conftitue  cette  haute 
antiquité,  que  la  médiocrité  du  travail  : mais  ils 
ne  connoilfent  point  de  caraéfères  qui  indiquent 
la  manière  des  anciens  égyptiens.  Toutes  les  pier- 
res gravées  ordinaires,  repréfèntant  des  figures 
ou  des  têtes  de  Sérapis  ou  d'Auubis,  font  du 
temps  des  romains. 


Sur  ces  monumens,  en  effet,  Sérapis  n'a  rie» 

égyptien.,  c'eft  le  Pluton  des  grecs  ; 8c  Ma- 
crobe  affure  que  le  culte  de  cette  divinité^vient 
de  la  Thrace  , & qu'il  ne  fut  introduit  en  Egypte 
que  fous  le  premier  des  Ptoléraée.  {Macroh.  Saturn. 
l.  I.  c.  7.  p,  179.  Huet.  Dem.  evang.  prop.  4. 
e.  7.  p.  100.  ) Le  cabinet  de  Stofeh  renfermok 
quinze  pierres  gravées  avec  l'image  d’Anubis,  Sc 
elles  étoient  toutes  des  temps  poftérieurs.  Lés 
pierres  nommées  abraxas  font  généralement  re- 
connues aujourd'hui  pour  des  fymboles  myfti- 
ques  des  gnoftiques  & des  baftiidiens  y hérétiques 
des  premiers  fîècies  du  chriftianifme , & leur  travail 
eft  il  mauvais , qu'il  ne  mérite  aucune  confidé- 
ration. 

Voici  encore  une  obfervatlon  qui  fervira  à 
caraétérifer  les  monumens  égyptiens.  Les  artiftes 
de  cette  nation  creufoient  quelquefois  les  yeux, 
pour  y inférer  des  prunelles  d’une  matière  diffé- 
rente , ainfi  qu'on  le  voit  à une  tête  de  la  villa 
Aibani  , & à l’Ifis  du  fécond  ftyle  égyptien  du 
Capitole.  A une  autre  tête  de  la  villa  Albani, 
faite  du  plus  beau  granit  à petits  grains  , on  re- 
marque que  lès  prunelles  font  terminées  avec  un 
outil  pointtK,  & non  pas  polies  comme  la^ête. 

Les  . autres  produélions  de  la  Sculpture  égyp- 
tienne, confiftent  en  figures  taillées  dans  la  pierre 
de  travaillées  de  relief,  c'eft-à-dire,  que  les 
figures  y font  de  reliefs  quant  à elles-mêmes, 
üt  qu'elles  ne  le  font  pas,  quant  à l'ouvrage 
dans  lequel  on  les  a travaillées,  étant  arafées  avec 
la  furface  de  la  table.  Les  artiftes  de  cette  na-; 
tion,  fe!onWiKckelmann,ne  faifoient  des  ouvrages, 
appelles  aujourd'hui  de  relief  ^ qu'en  bronze  : la 
forme  8e  la  fonte  donnoient  les  faillies  requifes 
aux  objets. 


Quand  il  a écfk  que  les  bas-reliefs  proprement 
dits  n'étoient  exécutés  qu'en  bronze , il  favoit 
très- bien  qu'il  y a des  pierres  à' Egypte  qui  offrent 
des  ouvrages  de  relief,  tels  que  les  canopes  de 
bafaite  vert.  Mais  on  doit  fe  rappeller  qu'il  a 
placé  les  canopes  au  rang  des  imitations  pofté- 
ricures,  faites  du  temps  des  romains.  Une  tête 
de  femme  en  marbre  blanc , faire  dans  l'ancien 
ftyle  ég-,ptien , 8e  enclavée  dans  les  murs  du  capi- 
tole , près  de  la  demeure  du  fénateur,  fembleroit 
dépofer  ici  contre  ce  favant , parce  qu'elle  n'eft 

Rrr 


E I D 

pas  exécutée  dans  le  goùr  égyptun , mais  dans 
le  <^oût  srec , & parce  qu'elle  a beaucoup  de 
linllie.  Toutefois  fi'l'on  examine  ct’.K  zcte  avec 
une  lunette,  on  arpercoit  qu  e.!e  efi  e reUe  d un 
ouvrage  plus  conilJérabie  & qu  e.ie  a ete  rap- 
ponée  dans  les  temps  modernes  iur  une  table  de 
marbre.  On  voit  très-bien  que  cette  tere  a etc 
travaillée  de  relief  en-dedans  du  premier  marbre 
d'où  on  l’avoit  tirée. 


ÉGYPTUS  , frère  de  Danaüs , donna  fon  nom 
à i'Égypte,  où  il  régna.  II  fur  père  de  cinquante 
fi's , qu:  épousèrent  les  cinquante  filles  de  Danaüs. 
Voje^  Danaides  j Danaüs. 

El  a été  fouvent  employé  par  les  grecs  pour 
l’i  fimple. 


Dans  les  titres  des  tragédies  d'Euripide , qui 
accompagnent  la  ilatue  a la  vibe  Albani,  on  Ia 
fouvent  El  pour  I,  par  exemple  eicOKPATHc 
pour  ICOICFATHC.  Réciproquement  on  lit  fur 
la  table  iliaque  Tîxos  pour  teixos.  Les  romains 
adoptèrent  cette  locution  dans  les  premiers  temps 
de  leur  république  : on  lit  dans  les  anciens  pié- 
bifcites  &'  dans  les  anciennes  formules  de  loix , 
leïhertas  , eidus  , preimus  , ferveilius , opeimius  , 
plebd,  au  lieu  de  lilertas  , idus , primas  ^ fervi- 
iius  , opimius  , pkbl. 

EiAZixJsGruter  (ai-  2.  ) rapporte  deux 

infcriptions , fur  iefquelles  on  lit  Jovi  EiAzio 
pour  JoYi  Jazio.  Vojei  Jaziüs. 

EIKÎIÎT.  Ce  mot  défigne , dans  les  infcriptions 
grecques  , le  portrait  ou  la  itatue  de  quelque 
citoyen  qu'une  ville  ou  une  confédération  faifoit 
placer  dans  un  endroit  public,  pour  récompenfer 
fes  fervices , ou  reconnoitre  fes  largeiTes. 


E L A 

célefte , furmonta  bientôt  celle  des  veaux  marins. 
On  verra  la  fuite  de  cette  fable  aux  articles  de 
MÉKÉLAS  £-  de  pRQTEE. 

Eidothée  , fille  d'Eurythiis_,  roi  de  Carie  , 
mère  de  Biblis  & de  Caunus.  Milet. 

EIONE  , une  des  cinquante  Néréides. 

ÉJONÉE,  beau-père  d'Ixion  , perdit  la  vie  par 
la  malice  de  fdn  gendre.  Feyep  Ixion. 

EIRÈNE,  déeile  de  la  paix.  Voyei  Irène. 

ÈISÉTÉRIES , fêtes  d' Athènes , dans  lefquel- 
les  on  facrifioit  à Jupiter  & à Minerve,  pour 
le  falut  de  la  république.^  Leur  jour  étoit  le 
premier  de  l'an,  & celui  ou  les  magiftrats  en- 
troienc  en  charge.  (Saiüaf.) 

Jupiter  &'  Minerve  étoient  honorés  cejour-là 
d'un  culte  particulier  fous  les  noms  ue  /3s;Aei7ar& 
de  g,isxala,  de  bon  confeii. 

ELÆA , en  Æolie.  EAAiTûN- 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  ; 

RRRR.  en  argent.  Peilerin, 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Cette  ville  a fait  frapper , fous  l'autorité  de 
fes  prêteurs , des  médailles  impériales  grecques 
en  L'honneur  d’Hadrien  , de  Sabine , d'Antonin  , 
de  Commode  , de  Sévère,  de  Domna  , de  Piau- 
tille  , d'Hérennius  , de  Lucius  Cæfar , de  Fauf* 
rine  jeune  , de  Caracalla  , d'Hérennius. 


EICTON.  FeyeîCNEPrï. 

EIDOMÊNE,  mère  de  Mélampas.  Voye^ 
Mélampas. 


ELÆU&A  , sue  fur  la  côte  de  CÜicie,  appellée 
poftérieurement  Sébafie eaaiotsicn. 

Les  médailles  au-tonomes  de  cette  ille  font: 


EIDOTHÉE , fille  de  Protée , dieu  marin.  Mé- 
néias,au  retour  de  Troye  , ayant  - été  jetté  par 
la  tempête  dans  une  :fle  deferte , près  deLEgypte , 
& y étant  retenu  long-temps  par  les  vents  con- 
traires . Eidothée , touchée  du  malheureux  état 
où  elle"  le  voyoir  , fortit  de  la  mer  pourle  fecou- 
rir,  & lui  apprendre  de  quelle  façon  il  pourroit 
fe  rendre  Protée  favorable.  Elle  plaça  en  embuf- 
cade  Ménéias  avec  trois  de  fes  compagnons^ fur 
k bord  de  la  mer,  dans  des  peaux  de  moaftres 
marins , afin  qu'lis  parulTent  faire  partie  du  trou- 
peau du  dieu;  mais  comme  ces  peaux  rendoient 
nne  odeur  infupportable , qui  les  fuffoquoit  , 
Eidothée  leur  mit  à chacun  dans  ks  narines  une 
goutte  d'aœbroilîej  oui  répandant  une  odeur 


RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

ELÆOTEESîUM  ^ partie  des  Gymnafes  & 
des  Paiertes  , où  l'on  frjnttoit  d'hiiiie  ceux  qui 
dévoient  lutter  & combattre.  Vitruve  en  fait 
mention.  C’étoit  fans  doute  ia  même  pièce  que 
l'on  appcilait  encore  Alypteriam  & Unctuarium. 

ÉLAGABALE  , mal  nommé  Eéliogahale^  dieu 
qu’on  adoroit  à Émèfe  , ville  de  la  Haute-Syne, 
& qu'oH  croit  être  le  foleil.  Ce  dieu  etoit  repre- 
fenté  fous  la  figure  d'une  grande  pierre  taillée 


E L A 


E L A 

i 

en  forme  cône.  L’emDereur  Antonin , fur- 
Dominé  E.LagabaU,  OU  ïiéiiogzkaîe.  ^ ayant  été 
prêtre  de  ce  dieu  dans  fa  jeuneflcj  réfolut 
d'érabür  fon  culte  dans  tout  l’empire^  au  préju- 
dice de  tous  ks  autres  dieux.  Il  fit  apporter  d^ii- 
ir.èfe  à Rome^  la  ftatue  èLS.lagabalus  ^ lui  bâtit 
un  temple  magnifique  5 tranfporta  dans  ce  temple 
tout  ce  que  la  religion  des  romains  avoit  de  plus 
facré  ; le  feu  de  V efta  , la  ftatue  de  Cybèle , 
les  boucliers  de  Mars  ^ &c. , & enfin  il  voulut 
qu'on  ne  reconnût  point  d’autre  divinité  dans 
tout  l’empire  que  fon  dieu.  Il  fit  apporter  de 
Carthage  la  ftatue  de  Célefte,  & la  maria  avec 
ELtigabalus  : les  noces,  par  fon  ordre , en  furent 
célébrées  à Rome  & dans  toute  l’Italie  j & tous 
les  fajecs  de  l’empire  furent  obligés  de  lui  faire 
les  préfens  de  noces.  Le  règne  de  ce  dieu  ne 
dura  pas  plus  long-temps  que  celui  de  fon  pro- 
tedeur.  L’empereur  Alexandre,  fuccefteur  ÿtla.- 
gibale  ^ renvoya  ELjgababus  àEmèfe.,  & fupprima 
fon  cuite  i Rome.  Voyei  Céleste. 

Le  dieu  Elagabalus  eft  appelle  dans  quelques 
infcriptions  Sol  A lag  as  a l u s.  \^s.  dernier  des 
Antonin  eft  appellé  fur  fes  médailles  sacsrdos 
j)Ei  Elagasazi.  On  lit  fur  une  autre  mé- 
daille de  cet  empereur  sakct.  deo  solx  Elaga- 
BALo.  Peut. on  douter  après  cela  oyî Eiagahahs 
ne  fût  le  foieil  des  phéniciens  , & qu’il  ne  faidc 
appeller  fon  prêtre,  le  dernier  des  Antonin, 
Eiûgabale , félon  la  langue  phénicienne , plutôt 
qu  Réiiagabale  , traduction  grecque  du  mot  phé- 
nicien. 

ÉlAgabalb  , furnom  du  rfernier  des  Antonin  , 
fous  lequel  il  eft  connu , quoiqu’on  ne  le  iife 
pas  fur  fes  médailles. 

Marcus  Aurelius  An  ton  inus 

A U G U s T ü E. 

Ses  .médailles  font  : 

R.  en  or  5 il  y a plufieurs  revers  RR. 

C.  en  argent;  il  y a quelques  revers  R. 

Il  y a dans  le  cabinet  du  roi  d’Efpagne  une 
médaille  d’argent  à.’Eiagahalz , fur  laquelle  en 
lit  , dans  la'  légende  du  côté  de  la  tête, 
ANTONINUS  V. 

R.  en  G.  B.  de  coin  romain  ; quelques  revers 
font  RR. 

C.  en  M.  B. 

RR.  en  G.  B.  de  colonies , excepté  d’Anticche. 
'R.  en  M.  & P.  B. 


R.  en  G.  B.  grec. 

C-  en  M.  & P.  B. 

C.en  médailles,  de  M.  B.  frappées  en  Égypte. 

Les  médaillons  latins  de  bronze  de  ce  prince, 
font  très- rares;  ils  le  font  moins  en  grec  : on 
en  a un  fameux  latin , formé  de  deux  cuivres 
fur  lequel  ©n  voit  au  revers  de  la  tête  de  ce 
prince  le  triomphe  de  fon  dieu  Elagabalus , repre- 
fenté  en  forme  de  cône,  fur  un  char  traîné  par 
quatre  chevaux  ; il  a été  publié  par  le  rnarquis’ 
Caponi , & eft  à préfent  au  cabinet  du  roi. 

Il  eft  très  - aifé  de  confondre  les  médailles 
des  Antonin , parce  qu’ils  ont  été  plufieurs  qui 
ont  porté  le  même  nom;  les  deux  plus  difficiles 
à diftinguer  , font  Caracalia  & Æiagabale  , tous 
deux  fe  nomment  M.  Aurel.  Antoninus.  Les  favans 
experts  dans  la  connoiffance  des  médailles  ,_recon- 
ncüFent  aifément  la  différence  des  deux  vifages, 
& la  greffe  lèvre  à’ Élagabale  , & la  mine  fa- 
rouche de  Caracalia  ; mais  il  faut  que  les  moins 
habiles  aient  recours  à l’étoile  qui  diitingue 
gabale.,  & au  titre  de  GermarJeus , que  l'on  ne 
trouve  qu’à  Caracalia  ; quoique  ces  deux  carac- 
tères ne  fe  trouvent  pas  fur  toutes  les  médaillés 
latines  de  ces  deux  princes.  Quant  aux  grecques, 
dont  la  tête  eft  moins  ^diftinéte  , les  favans  y 
font  toujours  embarraffés  , parce  qu  elles  n ont 
précilément-  que  la  même  légende.  M-  ATF. 
ANTS2NEINOC. 

El-agdbale,  qui  monta  fur  le  trône  à l’âge  de 
quatorze  ans , & qui  mérita  par  fes  défordres 
le  furnom  de  Sardanapale  romain , ne^  pouvoit 
taire  fervir  les  arts  qu’à  fatisfaire  fes  goûts  extra- 
vagans  & bifarres.  On  regarde  cepencantf^oirime 
un  ouvrage  de  fon  temps  une  ftatue  de  remme 
de  grandeur  naturelle,  confervée  à la  viLaAlbani. 
Elle  repréfente  une  femme  déjà  fur  le  retour  , 
avec  un  vifage  fi  mâle,  que  la  draperie  feule 
en  indiqae  le  fexe  : fes  cheveux  font  tout  lîmpie- 
ment  peignés  par-deffus  la  tête  , relevés  & atta- 
chés par-derrière.  Elle  tient  dans  fa  main  gauche 
un  rouleau  écrit  ; ce  qui  elt  extraordinaire  dans 
les  fleures  de  femmes.  De  la  on  croit  que  c eft 
Mæfa,  fa  grande-mère,  qu’il  menoit  toujours 
au  fénat,  ou  Soëmias,  fa  mère  , qui  ayoït  accès 
au  confeil  privé  de  l’empereur  , & qui  pré.fidoit 
à un  fénat  de  femmes , dans  lequel  on  rendoi: 
des  arrêts  fur  les  habits,  fur.  les_modes  & furies 
galanteries  des  femmes.  ( Lampred.  Héliogab.  ) 

ÉLAÏRE  , ou  Talaïre  , eft  la  même  que  Hi- 
laire. Roy  Hilaire. 

ÉLAÏS,  êlle  d’Anbs.  Rojrij  Anius. 
ÉLAN  A.  Voyei  Æla, 


B,  r r ij 


ELAPHEB  O LIA.  On  donnoit  ce  nom  à Diane, 
parce  qu'elle  tuoit  des  cerfs.  De  sa«?<>s  , cerf  ^ 5e 
Ûe  , je  lance, 

ÉLAPHÉBOLIES,  fêtes  d’Athènes,  où  l’on 
îmmoloit  des  cerfs  à Diane  , parce  qu’elle  avoit 
beaucoup  aimé  la  chaffe  du  cerf.  Et  comme  cette 
fête  fe  célébroit  dans  le  mois  de  mars , on  donna 
à ce  mois  le  nom  à’Elaphébolion. 

Les  éphaholies  des  phocéens  e'toient  aufll  célè- 
bres. Réduits  aux  dernières  extrémités  pat  les 
theffaliens,  les  phocéens  réfolurent  de  fuivrele 
eonfeil  de  Daiphantus.  Pour  cela  ils  drefsèrent 
un  grand  bûcher,  fur  lequel  ils  placèrent  leurs 
femmes , leurs  enfans  & leurs  richeffes , avec 
des  citoyens  chargés  d’y  mettre  le  feu  s’ils  étoient 
vaincus  dans  le  combat.  Mais  ils  furent  vain- 
queurs, & ils  inllituèrent  en  mémoire  de  cette 
terrible  reffource  la  fête  des  éphaholies , où  ils 
offroient  à Diane  un  cerf  de  pâte.  C Aithen.  Deipk. 
hb.  XIV.  ) 

ÉLAPHÉBOLION  , mois  chez  les  grecs^  qui 
répond  à nos  m.ois  de  février  & de  mars.  Il  étoit 
confacré  aux  chaffeurs , & tiroir  fon  nom  de  ce 
qu’on  y immoloit  des  cerfs  à Diane.  C’eR  pen- 
dant ce  mois  que  fe  célébroient  les  troifèmes 
Dionyfaoues.  ( Libanius  3Z.  orat.  & Eullath.  in 
XVI.  Ub.  lliad.) 

ÉLARE  , nymphe  , fille  d’Orchomène  , fut 
aimée  de  Jupiter  , dont  elle  eut  le  géant  Tityus. 
Voye:^  Tityus. 

ELATEA  , dans  la  Phocide.  EAATEîllN. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font: 

RRRR.  en  bronze.  Bellerin. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

EAKESinEiiAOS.  Homère  donne  aux  troyennes 
eette  épithète,  pour  défigner  les  longues  tuni- 
ques traînantes  dont  elles  étoient  vêtues. 

ÉLECTRE.  Ce  nom  a été  donné  chez  les 
grecs  à pîuaeurs  filles  & femmes  des  temps  hé- 
roïques , & même  à des  nymphes.  Quelques 
interprètes  ont  dérivé  ce  nom  de  fans  - mari  ^ 
«AïX'3-ça!-,  à caufe  delà  fille  d’Agamemnon.  Mais 
cette  étymologie  ne  peut  convenir  aux  autres 
femmes , ou  filles  du  même  nom.  II  eit  donc 
plus  vraifemblable  de  le  dériver  de  la  couleur 
blonde  que*  les  poètes  grecs  fe  pîaifoient  à don- 
ner aux  cheveux  des  femmes,  qu’ilschantoient.Dans 
ce  cas  3 élecire  vient  de  eleHram  ^ or  pâli 


E L E 

par  fon  mélange  avec  l’argent.  Voici  les  plus 
célèbres  élecires  des  grecs. 

Electre,  fille  de  l’Océan,  époufa Thaumas , 
dont  elle  eut  Iris  & les  Harpyes  , félon  Hé- 
fiode.  Voyei  ThaüMAS. 

Électre  j fille  d’Atlas , une  des  Pléiades  , fut 
aimée  de  Jupiter,  qui  la  rendit  mère  de  Jafioa 
& de  Dardanus,  un  des  auteurs  de  la  nation 
troyenne.  On  dit  que-,  depuis  la  ruine  de  Troye, 
de  chagrin  elle  ne  voulut  plus  paroître,  parce 
qu’en  effet  cette  étoile  des  Pléiades  eit  fore 
obfcure.  Voye^  Pleïades. 

Électre  , fille  d’Œdipe,  & fœur  d’Antigone. 

Électre,  fille  d’Agamemnon  & de  Clytem- 
neftre.  Homère , en  parlant  des  filles  de  ce 
prince , ne  fait  aucune  mention  d’Eleclre.  Madame 
Dacier  prétend  qn  Elecire  n’eft  pas  un  nom  propre, 
mais  un  furnom  , qui  fut  donné  à Laodice.pour 
marquer  qu’elle  n’avoit  été  mariée  que  fort  tard  , 
& qu’elle  étoit  demeurée  long-temps  fille.  Au 
refie,  ce  furnom  a Elecire  lui  a été  donné  que 
par  les  poètes  tragiques.  Electre  fauva  le  jeune 
Orefte  fon  frère  de  la  fureur  d’Égifihe  , qui  vou- 
loir le  faire  périr  : elle  fut  long-temps  elle-même 
la  viélime  de  la  cruauté  de  fes  tyrans,  toute  oc- 
cupée à fe  garantir  de  leurs  em,buçhes  ; car  on 
n’ofoit  l’attaquer  ouvertement  , dans  la  crainte  du 
peuple.  Pendant  qu’Orefte  étoit  dans  laTauride, 
Electre  ayant  reçu  la  faufîe  nouvelle  de  la  mort  de 
fon  frère  & de  Pylade  , fe  rendit  auffi-tôt  dans  ce 
pays , pour  éclaircir  davantage  un  fait  qui  l’inté- 
relibit  lî  Tort  ; & la  première  chofe  qu’elle  y 
apprit , fut  que  c^étoit  Iphigénie  elle-même  qui 
avoit  immolé  fon  frère.  Tranfportée  de  rage  &c 
de  défefpoir,  E le  ci  re  prit  fur  Faute!  un  tifon  en- 
flammé , & elle  aüoit  crever  les  yeux  à fa  fœur, 
lorfque  heureufement  Orefie  parut.  Après  que 
la  reconnoiffaace  fut  faire,  ils  s’en  revinrent  tous 
trois  à Mycènes;  là,  pour  trom.per  leurs  perfé- 
cuteurs  , ils  confirmèrent  le  faux  bruit  de  la  mort 
d’Orefte , qiii  fe  tint  caché  jufqu’au  moment  qu’l! 
trouva  propre  à fatisfaire  fa  vengeance.  Egifthe 
& Clytemnefire  périrent  de  fa  main  5 mais  Electre 
fut  complice  du  crime  , & Sophocle  lui  fait  dire 
un  mot  affreux,  tandis  qu’on  égorge  fa  mère  : 
frappez  , redoublez^  , j’i/  efl  pojjible.  Cette  mort  a 
fait  le  fujet  de  piufieurs  tragédies  de  Sophocle  & 
d’Euripide.  Efchyle  a traité  le  même  fujet  , fous 
le  titre  des  Coépkores , Sec. 

Egifthe  avoit  forcé  Electre  d’époufer  un  homme 
noble  à la  vérité  , dit  Euripide  , mais  dont  la 
nobleffe  étott  éclipfée  par  l’indigence.  Afin  de 
n’avoir  rien  à craindre  de  fon  relTentimeni , ce 
mycénien  , homme  de  bien , devint  fon  piotec- 


E L E 

teur  plutôt  que  fon  mari , & ne  la  regarda  que 
comme  un  dépôt  facré  que  les  dieux  lui  avoient 
confié , & dont  ii  fe  démit  dès  qu’Orelre  fut 
remonté  fur  le  trône.  'EleSrc  époufa  alors  Pylade  , 
dont  elle  eut  deux  enfans , Strophius  & Médon. 

Ou  voit  à la  villa  Pamfiîi  une  ftatue  SRUBn , 
qui  a toujours  été  appellée  ftatue  de  Clodius 
( Voye^  Clodius  ) ^ mais  à tort  ^ félon  Winc- 
îcelmann. 

On  voit  C Winckelmann , hifi.  de  Fart.  l.  y.  c.  6.  } 
un  autre  grouppe  dans  la  même  villa,  qui  mérite 
également  d'être  rangé  dans  la  clalTe  des  ouvrages 
fupérieurs.  Ce  grouppe  eft  de  Menelaiis , difciple 
de  Stéphanus,  comme  nous  l'apprend  i'infcription 
grecque  ; & ce  Scéphanus  eft , fuivant  toutes  les 
apparences  , le  même  que  celui  qui  s'étoit  rendu 
célèbre  par  fes  hippiades,  ou  fes  amazones  à 
cheval  j il  eft  connu  fous  la  dénomination  du  jeune 
Papyrius  & de  fa  mère  , dont  Aulugelle  a raconté 
l'aventure  ( noùt.  att,  l.  i.  c.  Cette  dé- 
nomination a été  généralement  reçue  , parce  qu'on 
étoit  accoutumé  jufqu'ici  à chercher  prefque  tou- 
jours des  hiftoires  romaines  dans  l’antique , tandis 
qu'on  auroit  dû  recourir  à Homère  ou  au  temps 
héroïques,  pour  expliquer  les  fujets  traités  par 
les  artiftes  anciens  =3. 

« Cela  fuppofé , & en  faifant  réflexion  que 
c'eft  ici  un  ouvrage  d’un  artifte  grec  , qui  n'aura 
pas  choifi  un  trait  peu  important  de  i’hittoire 
romaine  , lorfqu’il  pouvoir  fe  fignaler  par  des 
figures  héroïques  du  haut  ftyle,  nous  parvenons 
à démontrer  la  fauflété  de  la  dénomination  reçue. 
Je  penfe  aufll  qu'on  pourroit  fort  bien  révoquer 
en  doute  l'hiftoire  du  jeune  Papyrius , qu'Auiu- 
geile  avoir  extraite  d'un  difcours  de  Caton  l’an- 
cien , & qu’il  avoir  écrite  de  mémoire , comme 
il  le  marque  lui-même,  fans  avoir  l’original  fous 
-les  yeux.  Catotüs  verba  haie  prorfus  commeata- 
rio  indidijfem  , fi  libri  copia  fuijfet  id  temporis  ciim 
hic  dicîizvi.  On  pourroic  , dis-je  , révoquer  en 
doute  cette  hiftoire , d’après  ce  que  le  grammai- 
rien latin  y ajouta,  favoir,  que  les  fénateurs 
avoient  coutume  d’amener  au  fénat  leurs  fils, 
lorfqu'ils  avoient  pris  la  prétexte,  c'eft- à-dire , 
lorfqu'ils  avoient  atteint  l'âge  de  dix-fept  ans. 
Pour  appuyer  ce  douce , on  pourroit  s'aucorifer 
du  témoignage  de  Polybe.  Cet  hiftorien  judicieux 
réfute  deux  écrivains  grecs,  qui  avoient  avancé 
que  les  romains  menoient  leurs  fils  dans  le  fénat 
dès  l'âge  de  douze  ans  , ce  qui  n'eft  , dit-il , ni 
croyable , ni  vrai,  à moins  , ajoute-t-il  ironique- 
ment , que  la  fortune  n'eût  aufli  donné  en  partage 
aux  romains  d’être  fages  dès  leur  naiflance.  Ce- 
pendant quoique  Polybe  , comme  beaucoup  plus 
ancien,  mérite  qu'on  ajoure  plus  foi  à fon  témoi- 
gnage; je  ne  veux  pasinfifterfurla  réfutation  -d'Au- 
lugeüe,  pareequ'enSn  ce  qui  n'étoir  pas  convenable  j 


E L E yoi 

pour  un  enfant  de  douze  ans  pouvoir  l’être  pour  un 
jeune  homme  de  dix-fept  ans.  Quoi  qu’il  en  foit, 
Aulugelle  eft  le  féal  écrivain  qui  faffe  mention  de 
cet  ufage  ». 

« La|  figure  du  prétendu  Papyrius  me  fournit 
la  principale  raifon  pour  faire  rejetter  tout  fujet 
de  l’hiftoire  romaine.  D'abord  elle  eft  nue  , & 
par  conféquent  héroïque,  c'eft-à-dire  , elle  eft 
telle  que  les  grecs  figurent  leurs  héros,  au  lieu  que 
les  romains  avoient  coutume  , non-feulement  de 
vêtir  leurs  hommes  iliuftres,  mais  encore  de  les 
couvrir  de  la  cuiraffe.  Qu'on  me  permette  de  citer 
encore  une  fois  le  paftage  de  Pline  : Gr&ca  qmdem 
res  efi  ^ nihil  velare  ; at  contra  romana  , ac  militatis 
thoraces  addere  ». 

Après  m'être  convaincu  que  ce  fujet  ne  pou- 
voir pas  répréfenter  l'aventure  de  Papirius  , J’ai 
cru  y trouver  Phèdre  déclarant  fa  paffion  à Hip- 
polyte,  parce  que  rexprefllon  dans  la  phyfiono- 
mie  du  jeune  homme , dénoteroit  l'horreur  que 
lui  infpire  une  pareille  déclaration  : tel  étoit  mon 
fentiment  dans  la  première  édition  de  mon  hdloire. 

“ Ce  qu'il  y a de  certain,  c’eft  que  l’expreffion 
dû  jeune  hommje  n'indique  pas  la'  moindre  trace 
d'un  fourire  malin , ni  d’un  air  fournois , que  quel- 
ques écrivains  modernes  ont  prétendu  y trouver  , 
& cela  parce  qu'ils  s’en  font  repofés  fur  la  dé- 
nomination établie.  Mon  efprit  étoit  tombé  fur  ce 
fujet,  fachantque  les  anciens  i'avoient,  non-feii- 
lernent  repréfenté  très-fouvent,  mais  qu'il  fe  trou- 
voit  encore  aujourd'hui  répété  fur  divers  bas- 
reliefs  , dont  il  fe  trouve  deux  à la  villa  Aibani , 
& un  à celle  de  Pamfiü.  Ce  qui  me  fit  naître 
ueiques  douces  contre  ma  découverte  , c'eft  que 
e cette  m.anière  Phèdre  découvriroit  elle-même 
fa  p.ifiion  à Hlppolyte , ce  qui  feroit  contraire  à 
la  fable  de  la  tragédie  d’Euripide.  Je  ne  pouvois 
pas  non  plus  lever  les  difficultés  que  m’oppofoîent 
les  cheveux  courts  , tant  de  Phèdre  que  d’Hippo- 
lyte  , qui  les  porte  ici  auffi  courts  que  Mercure. 
Les  adoiefeens  de  cet  âge  portoient  des  cheveux 
plus  longs , par  conféquent  ceux  de  cette  figure  dé- 
notent quelque  chofe  d’extraordinaire  ». 

« Plein  de  ce  doute,  je  confidérois  de  nouveau 
cet  ouvrage , lorfque  je  fus  tout  à coup  frappé 
d’un  trait  de  lumière  qui  m'éclaira , & cela  par 
la  circonftance  qui  m'avoit  paru  iaexplicabie  juf- 
qu'aiors  ; favoir  les  cheveux  coupés.  Je  crois  donc 
voir  dans  ce  grouppe  le  premier  entretien  qu'£- 
AiSre  eut  avec  fon  frère  Orefte,qui  étoit  plus  jeune 
qu'elle  : tous  deux  ne  .pouvoient  être  repréfentés 
qu'avec  des  cheveux  renaüTans.  Sophocle  nous 
apprend  q'SEieBre  voulut  fe  faire  couper  la  cheve- 
lure par  fa  fœur  Chryfothémis  ( ce  qu'il  faut  re- 
garder comme  fait  ) , pour  la  dépofer  avec  celle 
de  cette  fœur  fur  la  tombe  de  leur  père  Agamem- 


f02  E L E 

r.on  , en  de  la  durée  de  leur  aSîiélîon  ( So- 
pkocl.  Liici-.  V.  fl.  4(0.  ).  Et  c'étoit  ce  qu'Orefte 
avoir  déjà  fait , & même  avant  qudi  fe  tût  décou- 
vert à ÈleSre.  Ces  cheveux  , que  Chryfothémis 
trouva  fur  la  tombe  de  fon  père  , lui  firent  con- 
icéfurer  l'arrivée  de  ce  frère  chéri  à Argos  ( ibid. 
V.  oof  j.Orelie  s'étant  entièrement  fait  coniioittej 
Eiecîre  le  prit  par  la  main  & lui  dit:'; Je  te  tiens 
par  U main  ( ioid.  v.  1 25^8  ) ■'  Action  qui  fe  trouve 
figurée  dans  ce  grouppe  ; car  Elecire  tient  fa  main 
droite  fur  le  bras  du  jeune  homme  , & pofe  la 
main  gauche  fur-^bn  épaule.  En  général  ^ on  peut 
ie  repréfenter  ici  la  fcène  touchante  de  VEieSre 
du  tragique  giec  j où  on  lit  leur  entretien.  Il  paroît 
d'aiilears  que  le  fiatuaire  s’eft  plus  attaché  à faivre 
la  tragédie  de  Sophocle  que  les  coëphores  d'Ef- 
chyle.  Le  caraâère  du  premier  entretien  d'Orefte 
avec  Elecire  eft  ciiEnctement  rendu  dans  les  airs 
de  tète  des  deux  figures.  Vous  voyez  les  yeux 
d’Orelle  inondés,  peur  aiidl  dire,  de  larmes, 
& fes  paupières  gonfiées  à force  d'avoir  pleuré  ; 
il  en  eit  de  même  ÿlE.ieSre  , vous  lifez  fur  fa  phv- 
fionomie  la  joie  & la  îriiteffe,  l’atrenuniiemcnt  & 
rabattement  ==. 

« Comme  je  crois  qu'Oreile  & 'Elecire  font 
les  vrais  perfonnages  de  ce  grouppe,  je  dirai  que 
je  les  ai  reconnus  au  même  ligne  qu'Efehyle  rait 
connoître  Orefie  & tLledtre  1 c'eil-à-dire , aux 
cneveux  {_Æfchyl.  coïpk.  v,  léé.  178.):  car  il 
les  montra  à fa  fœur  pour  lever  tous  fes  doutes 
( ihii,  V.  224  ).  Quoique  cette  voie  d’amener 
la  reconnoiiTancs  de  deux  perfonnes  dans  le  pian 
d’une  tragédie  foit,  fuivant  Ariltote,  la  moins 
heureufe  des  quatre  fortes  de  reccnnoiiTances 
dramatiques,  on  peut  dire  néanmoins  que  ce  ligne 
concourt  ici  plus  qu'aucun  autre  au  dénouement 
d’une  repréfentation  vraifemblabîe  ( Eoct.  c.  13  ). 

ÉLECTRroES,  ifle  que  les  anciens  fuppo- 
foienc  être  à l'embeuchure  du  Fô.  Phaëton, 
ayant  été  frappé  de  la  foudre  , tomba  dans  une 
de  ces  iües,  où  ii  fe  forma  un  lac  dont  les  eaux 
devinrent  brûlantes,  & d’une  odeur  11  forte, 
queies  oifeanxqui  paffeient  par-delTus,  tomboient 
morts.  On  dttqae  depuis  ce  temps  là  on  y trouva 
beaucoup  d’ambre,  appelîé  en  grec  , d’où 

ell  venu  le  nom  à^éUàriàes. 

ÉLECTR.ION,  fils  de  Perfée  & d’A.nGro- 
mè-ie,  régna  à Mycènes  j ii  époufa  fa  nièce  Anaxo, 
& de  leur  mariage  naquit  Alcmène.  Dans  la 
gserre  qu’il  eut  centra  les  téléboëns,  ayant  été 
obligé  de  fortir  de  fes  états , il  en  confia  le  gou- 
vernement à xAmphitrion  fon  neveu.  Après  avoir 
heurenfement  terminé  cette  guerre  , il  revenoit 
victorieux  chez  lui , ramenant  de  grands  trou- 
peaux de  vaches  qu’il  avoir  enlevés  aux  ennemis. 
Arnphitrion  alla  au-orvanr  de  lui , & voulant 
arrêter  une  vache  qui  s'îtoit  échappée  , il  jetca 


E L E 

après  elfe  fa  maffue,  qui  tomba  fur  Elecirion^ 
& l’étendit  mort.  Fojeç  éliiPHiTRiON. 

ÉLECTfilONR , fille  du  foleiî  & de  la  nym- 
phe Rhotié,  eut  peur  feeurs  les  Héliades  : étant 
morte  vierge,  elle  reçut, chez  les  rhodiens  les 
honneurs  héroïques. 

ELECTRUM J ambre  jaune , ou  fuccin. 
Ambre. 

flSJS.  & les  romains  dé- 

fignèrent  par  le  mênie  mot  l’ambre  jaune  & un 
alliage  d’or' &- d’argent,,  dont  la  couleur  appro- 
choic  de  celle  de  l’ambre.  C’eit  de  ce  dernier 
electTuni  dont  nous  allons  parler  dans  cet  article. 
Pline  le  décrit  en  ces  termes  ( i'iv.  23.  ch.  4.). 
« Il  y a toujours  de  i’a'gent  mêlé  à l'or  5 iorfque 
l’argent  forme  la  cinquième  partie  de  l’alliage  , 
on  l’appelle  elecirum  ; cet  alliage  ell  le  produit 
de  l’art , & fe  fait  en  mêlant  l’argent^  à-  l’or  ; 
s’il  ell  plus  fort  que  d’un  cinquième  d’argent  , 
Lalliage  devient  aigre  & ne  s’étend  plus  fur  l'en- 
clume Eekeirum  étoit  donc  de  l’or  au  titre 
de  19  karats  ■=% , & un  peu  plus.  Serviiis^  ( cd 
Æneid.  lib.  8.  v.  402.  ) porte  l’argent  jufqu’à  un 
uart  dans  l’alliage  appellé  eiea’um.  On  ne  peut 
outer  après  ces  témoignages  de  la  nature  de 
V elecirum  : c’ell  pourquoi  les  ar.dens  enfaifoiert 
un  troifîème  métal , ou  alliage  précieux , qu’ils 
plaçoient  immédiatement  après  l’or  & l’argent. 
Iis  attribuoient  aux  coupes  faites  de  YeUctrum^ 
la  prétendue  vertu  de  décéler  les  poifons  qui  y 
étoient  verfés  ; & Pline  indique  à l’endroit  cité 
plus  haut , les  deux  lignes  auxquels  on  recon- 
noîlfoit  cette  vertu,  premièrement  aux  iris  qui  fe 
formoient  alors  fur  les  parois  des  coupes  d’e(fc- 
trum  , fecondement  à 'un  pétillement , pareil  à 
celui  des  fubfiances  enflammées  , qui  fortoit  de 
ces  coupes. 

Ce  que  dit  le  même  écrrvain  de  l’éclat  dont 
brilloit  aux  lumières  YeleBram.,  & qui  étoit  plus 
agréable  à l'œil  que  celui  de  l'or  pur , nous 
paroît  plus  vraifemblabîe. 

ÉLÉEN,  furnom  donné  à Jupiter,  à caufe 
d’un  riche  temple  qu’il  avoir  dans  la  ville d'Ê’/tb 
fur  le  Pénée  , dans  lequel  on  lui  avoir  confacré 
■ une  ftatue  d’or  , & une  ilatue  d’ivoire  d’une 
grandeur  énorme,  feiteparle  célèbre  Phidias. 

ÉLÉGIAQUE,  nôme  pour  les  fiûtes  trille '& 
plaintif,  inventé  par  Sacadas  , argien. 

ÉLÉLÉEN  • - , 

ELELEUS  f c elr-a  dire,  qui  cne  beau- 
coup, qui /air  beaucoup  de  bruit  : on  donna  le 
furac-ci  d"Eléuen  à Eacchus,  pour  marquer  que 


E L E 


E L E 

ts  culte  «le  ce  dieu  étoit  fort  bruyant.  Les  Bac- 
chantes  font  auffi  cueîquefois  appelléâs  Éléléïdts  , 
pour  ia  irième  raifon. 

ELEKCHI,  boucles  d'oreilles  ^ d’où  pendoient 
des  perles  eblongues  & terminées  en  poires  ren- 
verfées.  Les  dames  romaines  attachoient  un  grand 
prix  aux  biioux  de  cette  efpèce  , comme  on  le 
voit  dans  ce  poiTags  de  Pline.  ( IX.  îy.  ) Eienckos 

bznos  ù'  ternos  atiribus  (^fiLfper.dere)fem.i- 

narum  gioria  efi  : & dans  ces  vers  de  Juvenal  ( fat. 

FJ.  4jfo): 

Nil  non.  permittit  mulier  Jlii  , turps  putat  nit, 

Cum  viüdas  germaas  coUq  clrcurndedit , & cum 
Autibus  extenüs  magnos  eornmif.t  eUnchos. 

ÉLÉNOPHORIES..  Foye^  Hélénopkosies. 
ÉLÉPHANT. 

Sur  une  pâte  antique  du  cabinet  de  Stofoh , on 
voit  Cérès  aliîfe  fur  un  char  traîné  par  deux 
étéphans.  Les  éLéphans  rendent  celte  pâte  très- 
remarquable.  On  trouve  en  effet  des  empereurs 
fur  des  chars  attelés  de  deux  & de  quatre  élé- 
pk&ns  ; Fauiiine  eit  traînée  de  même_par  des  élé~ 
phans  ; Bacchus  entra  triomphant  à Phèbes  j fur 
un  chanraîné  par  les  mêmes  animaux^  Sé  ils 
étoient  confacrés  à Plutcn,  félon  Artémidore. 
( Cuper.,  de  éléph.  ex.  j . c.  2.  ) Mais  on  n'avoit 
jamais  obfervé  de  divinité  autre  que  Bacchus  , 
traînée  par  des  éLéphans.  Peut-être  faïu-il  recon- 
noître  fur  la  pâte  de  Stofch  quelque  impératrice 
déifiée  fous  l’emblême  de  Cérès  : telles  furent 
Statiiia , femme  de  Néron  ^ Sabine , époufe  d'Ha- 
drien j & quelques  autres. 

Les  têtes  S éLéphans , qui  font  gravées  fur  la 
cuiraffe  da  prérendu  Pyrrhus  ^ qui  ell  au  Capi- 
tole, ont  fait , fans  autre  fondement,  donnera 
cette  ftarue  le  nom  du  roi  d'Épire , parce  qu'il 
fut  le  premier  qui  conciuifit  des  élépkans  en  Italie  , 
& parce  qu’on  avoir  repréfenté  des  éLéphans  fur 
fon  tombeau,  à Argos.  Mais  cette  dénomination 
eiL  ma!  fondée  , comme  on  le  verra  à l'articie  de 
Pyrrhus. 

II  n'eft  point  fait  mention  chez  les  hifioriens 
grecs  a éLéphans  employés  dans  les  armées  avant 
!e  fiécle  d'Alexandre.  Ses  généraux  en  prirent 
i’üiage  des  indiens , & ils  en  ramenèrent  en  Ea,- 
rope.  On  les  plaçoit  à la  tête  de  l'armée  , afin 
que  leur  cri  effrayât  les  foldats  ennemis.  Ils  por- 
toient  des  tours  de  bois  , dans  lefquelks  dix , 
quinze,  & même,  félon  quelques  .écrivains, 
trente  foldats  accabloient  l'armée  ennemie  de 
traits  & de  flèches.  Lorfqus  les  armées  fe  mê- 
Soient , les  éLéphans  fouloie'nt  aux  pieds  & écra- 
foient  tout  ce  qui  fe  trouvoit  fur  leur  paffage. 


501 

Mais  îi  arrivoit  quelquefois  que  les  blefîures  les 
faifoient  entrer  en  fureur,  & qu'ils  écrafoient 
indiitindtement  amis  & ennemis.  Ce  danger  con- 
tribua cependant  moins  à l'abandon  de  cette 
efpèce  de  machines  de  guerre,  que  la  cherté  de 
leur  entretien.  Un  éléphant  mange  jufqu'à  cent 
livres  de  riz  par  jour. 

Agatarchides  dir  ( Ehatîas  Cad.  2 y©,  c-  2 y.  ) 
que  les  nomades  ri'Afie , les  égyptiens  & les 
numides  s'éroienr  nourris  de  chair  èLéLéphant. 

Les  romains  virent  des  éLéphans  pour  la 
première  fois  l'an  472  de^  Rome,  dans  les 
armées  de  Pyrrhus , roi  d'Epire  , qui  étoit  venu 
en  Italie  au  fecours  des  tarentins.  Ce  fut  dans 
la  Lücanie  que  les  éLéphans  parurent  à la  fuite  de 
fon  armés  ; de  là  vint  que  les  romains  les  appei- 
loient  des  bœufs  de  Lucanie,  ioves  Lucas.  Sept 
ans  après , les  confuis,  M.'Carius  Dentatus  & L. 
Corneiüs  Lentulus  , conduifirent  les  éLéphans  de 
Pyrrhus  dans  le  triomphe  qui  fuivit  la  défaite 
de  ce  prince  & de  fes  alliés  , les  famnites  & les 
Iticaniens.  On  en  vit  plulieurs  fois  depuis  orner 
les  pompes  triomphales. 

L’an  .yoz  de  Rome  , on  fit  entrer  dans  les 
jeux  publics  des  éLéphans  y ils  y combatcbent 
entr'eiix  , ou  contre  d'autres  animaux , & contré 
des  gladiateurs  qui  les  immoloient  au  plaifir  des 
romains.  Sous  le  règne  de  Néron  , un  éléphant., 
monté  par  un  chevalier,  defcendit  de  l'étage  le 
plus  élevé  d’un  amphithéâtre  dans  l'arène,  en 
marchant  fur  une  corde.  ( Suet.  lier,  c.  ti.n.  y. 
& Xiphil.  LXI.  ) On  dreffait  las  éLéphans  à porter 
des  lumières  peur  éclairer  les  empereurs  dans  des 
fêtes  noéturnes.  ( Suet.  J.  C.  c.  37.  n.  3.  &. 
Dio.  XLlll.  ) 

Apollonius  ( Phîlofirat.  de  vit.  11.  6.  ) parla 
cErxvr éléphant  qu'A,lexandre  avoir  confacré  au  fo- 
leil.  Ses  dents  étoient  ornées  de  colliers  d'or  fur 
lefquels  on  lifoit  : Alexandre , fils  de  Jupiter , 
offre  au  foleii  Ajax  ( c'étoit  le  nom  de  l'animai.  ) 

Le  fenat  fit  élever  en  l'honneur  de  Balbin  , de 
Maxime  & de  Gordien  des  flatues  placées  dans 
des  chars  attelés  de  quatre  élépkans,  Caffiodore 
parle  dé  éLéphans  de  bronze , qui  étoient  dans  la 
voiefacrée.  ( Var.  X.  30.) 

Viéler  place  dans  la  huitième  région  VéLépkann 
aux-kerbes.  C'étoit  peut-être  celui  qu'AugulIe 
avoir  fait  fondre,  8r  que  l’on  àppe’Ioit  ainli,  à 
caufe  du  marché  aux  herbes  qui  n'en  étoit  pas 
éloigné. 

L'éternité  eit  défignée  dans  une  médaille  de 
l’empereur  Philippe  , par  un  éléphant  , far  le- 
quel .eiV  monté  un  enfant  qui  tient  des  fièthes. 


S'ai  E L E 

Plus  lourent  néanmoins,  cet  anstnai  pîace  far 
les  médailles  i défigne  des  jeux  publics. 

En  effet , en  y faifoir  fouvent  paroître  des 
iiépkans , & les  médailles  ont  fouvent  marqué 
cette  magnificence,  comme  robferve  Spanheim 
(,pag.  163.  164.  ) ; on  y voyoit  m.ême  quelque- 
fois des  é éçhaas  drelTcs  à danfer  , ou  du  moins 
à marcher  fur  la  corde,  ou  à jouer  à la  paume. 
( Id.  pag.  i6ç).  ) Sur  les  médail-es  de  Ju'es 
Cstfar,  frappées  au  temps  de  la  république , où 
il  n’écoit  pas  permis  de  mettre  la  tête  des 
triumvirs  fur  les  monnoies  , on  grava  pour  type 
un  é.'éphant , parce  qu'en  langue  punique , Céfar 
fignifia  é.épkant.  On  mit  enfuite  un  éléphant  fous 
les  pieds  de  ce  héros , pour  marquer  la  viétoire 
qu'il  remporta  en  Afrique  fur  Juba.  ( Jo'strt.  ) 
T riftan  explique  autrement  cette  médaille , & 
dit  que  Y éléphant  y paroît , parce  que  cet  animal 
étoit  en  Italie  le  fymbole  de  la  puiffance  royale  , 
ou  fouvcraine  , ainfi  qu’Artémidore  nous  l’apprend. 
(Z,.  II.  c.  iz.  Triflan.  I.  p.  30-)  Eeger  ( dans 
le  Tkefaurus  Brandeburgrcus  ,tom.  l.pag.  241.  ) dit 
que  Yélêpkant  étoit  aufiî  le  fymbole  de  la  piété 
envers  les  dieux , parce  qu'on  croyoit  qu'il  ado- 
roit  le  foleil.  Il  étoit  particuliérement  confacré  à 
Bacchus  ( ib.  pag.  i6o.  ) , & il  accompagne  quel- 
quefois les  myftères  de  ce  dieu , pour  défîgner 
fon  voyage  & fes  conquêtes  dans  les  Indes. 

Éléphant.  Cet  animal  fert  de  type  aux  mé- 
dailles d'Apamée  de  Syrie. 

ELÉPHANTINE  , efpèce  de  flûte  inventée 
par  les  phéniciens  , au  rapport  d’ Athénée.  On 
peut  conjeclurer  avec  raifon  que  les  flûtes  étoient 
d’ivoire  , & leur  nom  vint  de  cette  matière. 

ELEVATION  ( 1'  ) de  la  main  ou  du  pied, 
en  battant  la  mefure,  appellée  levé,  marquoit 
chez  les  anciens  le  temps  fort.  C’elt  le  contraire 
aujourd’hui. 

ÉLÈVES  , alumnî  & difceraes. 

Les  éPeves  des  ouvriers  s'appelloient  alumni  ou 
dîfcentes.  On  trouve  fur  les  infcriptians  ; alumni 
argent ani , &c. 

On  appelloit  élèves  des  princes,  ceux  qu'ils 
avoient  élevés  & nourris  dès  l'enfance  : alumnus 
Ilruji Cafaris,  Faujîine,,  &C. 

ÉLEUSîNE,  mère  de  Triptolême,  félon  ies 
argiens. 

ELEUSINIES  , myflères  de  la  déeffe  Cérès, 
cérémonies  qui  fe  pratiquoient  en  fon  honneur. 
On  fait  ces  fortes  de  noms  féminins  , parce  qu’on 
fous-entend  fêtes,  ou  cérémonies.  Les  éleufnies 


E L E 

étoient , chez  les  grecs , les  cérémonies  les  plus 
fâcr-cs,  d où  vient  qu  on  leur  donna  , par  excel- 
lence J ie  nom  de  myftetes . On  préccnUoit  que 
Ocrés  ene-méme  les  avoient  initicuées  à LUujis  , 
en  mémoire  de  i'aîfcction  avec  laquelle  Es  athé- 
niens la  reçurent.  C eit  ainfi.  qu'Ilocratc  en  parie 
dans  fen  panégyrique  5 mais  Diodore  de  Siciie  dit 
au  contraire  1 1-  Vi.)  que  ce  turent  les  athéniens 
qui  liuîituèrcnî  les  euùji.nes  , par  rcconnoùiancc 
de  ce  que  Oérès  leur  avoir  appris  à mener  une 
vie  moins  ruuique  & moins  barbare.  Le  même 
auteur  , auprem.er  livre  de  fa  bibliothèque,  avoir 
raconté  cette  infiiiucion  d'une  au:re  manière.  Il 
y raconte,  qu'une  grande  lècherciî'e  ayant  caufé 
une  dilétte  aifreulé  dans  la  Grèce  , i'Égypte  , qui 
avoir  eu  cette  année  là  même  une  récolte  très- 
abondante  , fit  part  de  fes  richeflè«  aux  athéniens. 
Erechthée  leur  apporta  du  bled  j en  recoanoillance 
de  ce  bien  , il  fut  créé  roi  d’Athènes  , & ii 
apprit  aux  athéniens  les  myflères  & la  manière 
dont  l’Egypte  les  céiébroit.  Ce  récit  s'accorde 
av'cc  ceux  d'Hérodote  ( 1.  I.  ) & de  Paufanias, 
qui  aflureiit  que  les  grecs  avoient  pris  leurs  dieux 
des  égyptiens.  1 héodoret  ( 1.  I-  gT&canicar.  affec- 
tion. ) écrit  que  ce  fut  Orphée  , &:  non  pas  Erech- 
thée qui  fit  cet  établifiément , & qui  inflitua  pour 
Cérès  ce  que  les  égyptiens  pratiquoient  pour 
Ifis.  Le  fchoiiafte  d'Euripide  ( fur  l'aicefle  ) fait 
auiTi  honneur  de  cette  invention  à Orphée. 

Ces  myftères  fe  célébroient  à EUujts  , & cette 
ville  étoit  fi  jaloufe  de  cette  gloire,  que  réduite 
aux  dernières  extrémités  par  les  athéniens  , elle 
fe  rendît  à eux  à cette  feule  condition  , qu'on 
ne  lui  ôteroit  pas  les  éleujînies,  car  elles  étoient 
regardées  non  co.mme  des  fêtes  particulières  à 
cette  ville , mais  communes  à tous  les  grecs. 
On  fait  en  général  que  ces  myftères  confiitoient 
à imiter  ce  que  les  tables  enfeignoient  de  Cérès  , 
ainfi  qu’Arnobe , La  dance  & piufieurs  autres  écri- 
vai.ns  l'ont  aiîuré.  I!  y avoir  de  grandes  & de 
petites  éleufinics.  Celles  dont  nous  venons  de  rap- 
porter l'étabiilfement  font  les  grandes.  Les  pe- 
tites furent  inftituées  en  faveur  d'Hercule  5 car 
ce  héros  ayant  fouhaité  d’être  initié  aux  premières 
éleujînies  , Se  les  athéniens  ne  pouvant  lui  accorder 
fa  demande  , parce  que  la  loi  défendoit  d’y  ad- 
mette les  étrangers , ne  voulant  cependant  pas  lui 
faire  efluyer  un  refus , ils  inflituèrent  de  nouvelles 
éleujînies , auxquelles  ils  lui  donnèrent  part  : & 
ceiles-ci  turent  appellées  petites  éleujînies.  Les 
grandes  fe  célébroient  dans  le  mois  boédromioa  , 
qui  répondoit  à-peu  près  à notre  mois  d'août  ; & 
les  petites  au  mois  anrheftérion,  qui  répondoit  au 
mois  de  janvier. 

On  ne  participoit  à ces  myftères  que  par  degré  ; 
d'abord  on  fe  punfioit , enfuite  on  étoit  reçu  aux 
petites  éleujînies  , & enfin  l’on  étoit  admis  & 
initié  aux  grandes.  Ceux  qui  n'écoient  encore 

que 


E L E 

que  des  petites , s’appelloient  my^es , & ceux 
qui  avoienr  part  aux  grandes,  ou  éphores , 

c’eH  à-dire  , infpecteu.rs . II  y avoir  ordinairement 
cinq  ans  d'épreuve  pour  pailer  des  petits  myftères 
aux  grands  j quelquefois  on  fe  contentoit  d'un 
an.  Après  cela  , on  étoit  admis  à voir  ce  qu'il  y 
avoit  de  plus  fecret,  tous  les  rits  & les  céré- 
monies les  plus  cachées.  C' étoit  le  roi , quand 
il  y en  eut  à Athènes,  qui  avoit  foin  de  faire 
célébrer  les  éleufinies  , avec  quatre  adjoints  qu'on 
lui  donnoit.  La  fête  duroit  plufieurs  jours  ; on  y 
couroit  avec  des  torches  ardentes  en  .main  j on  y 
facrifioit  plufieurs  vidtimes , non-feulement  à Gé- 
rés , mais  aulfi  à Jupiter.  On  faifoit  des  libations, 
& on  répandoit  deux  vafks  , l'un  placé  à l'Orient, 
& l'autre  du  côté  de  l'Occident  : on  alloit  en 
pompe  , & , s'il  èft  permis  de  parler  ainfi , en 
proceffion  à Eleufis,  en  faifant  de  temps  en  temps 
des  paufes  ,,  où  l'on  chantoit-  des  hymnes  , & l'on 
immoloit  des  viélimes  : ce  qui  fe  pratiquoit  tant 
en  allant  d'Athènes  à Eleufis  , qu'en  revenant 
d’Eleufis  à Athènes.  Tertullien  décrit  dans  fon 
livre  contre  les  Valentiniens  , la  figure  ou  fymbole 
que  l'on  voyoit,  & qu'il  éroit  fi  exprelfément 
défendu  de  divulguer.  Théodoret,  Arnobe  & 
Clément  Alexandrin  en  parlent  auffi.  Ceux-ci 
difent  que  c'étoit  la  repréfentation  des  parties 
fexiielles  de  la  femme  ; & Tertullien  celle  des  par- 
ties fexuelles  de  l'homme.  Le  lendemain  de  la  fête, 
le  fénat  s’alfembloit  à Eleufis,  apparemment  pour 
examiner  fi  tout  s'étoit  paffé  dans  l'ordre.  Meur- 
fius  a fait  un  traité  fur  les  ékufinhs , où  l'on  trouve 
de  plus  grands  détails  fur  ces  fêtes.  Le  feholiafie 
de  Pindare  ( olymp.  od.  9 ) dit  que  les  éleujïnies . 
fe  célébroient  à l'honneur  de  Cérès  & de  Pro- 
ferpine  , & que  le  prix  étoient  de  l'orge.  L'empe- 
reur Hadrien  fit  célébrer  à Rome  les  éleufinies^  8c 
leur  célébration  ne  cefiTa  que  fous  l'empire  de 
Théodofe  l’ancien. 

Comme  les  initiés  étoient  obligés  de  garder  un 
fecret  inviolable,  & que  la  loi  condamnoit  à mort 
quiconque  auroit  ofé  publier  les  myftères  , on  eft 
peu  inftruit  fur  leur  véritable  objet.  Les  premiers 
chrétiens  afluroient  qu’il  y régnoit  une  grande 
licence  ; mais  ce  préjugé  eft  contraire  à la  loi 
de  ces  fêtes , qui  exigeoit  beaucoup  de  retenue 
& même  une  shafteté  allez  févère  de  la  part  de 
ceux  qui  fe  difpofolentà  y être  admis , des  femmes 
mêmes  qui  y préfidoient  j & de  plus  aux  purifi- 
cations &■  aux  ablutions  qu'on  y pratiquoit.  Peut- 
être  que  les  défordres  qu'on  leur  a reprochés  n’é- 
toient  pas  de  la  première  inftitution , & ne  s'y 
gliffèrent  que  dans  la  fuite.  Quelques  auteurs  mo- 
dernes croient , avec  fondement , que  le  fecret 
des  myftères  n’étoit  fi  fort  recommandé  que  parce 
qu'on  y découvroit  aux  initiés  b véritable  hif- 
toire  de  Cérès  & de  fa  fille  , qu'il  étoit  impor- 
tant de  cacher  au  public  ; on  craignoit  que  le 
peuple  venant  à favoir  que  ces  deux  prétendues 

Antiquités  , Tome  II. 


E L E joÿ 

déeffes  n’avoîent  été  que  deux  femmes  mortelles, 
ne  méprifât  leur  culte.  Cicéron  infinue  cette  opi- 
nion dans  fon  premier  livre  des  Tufeuianes.  Toy, 
Mystère. 

ELEUSIS , dans  l'Attique.  eAetsi. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font: 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Leurs  types  ordinaires  font  : 

Cérès  dans  un  char  tiré  par  des  ferpens  ailés. 

Un  fanglier. 

ÉLEUSIUS.  F'ojei  Hyonne. 

ÉLEÜTHÊRE,  ville  que  Bacchus  fît  bâtir, 
dit-on  J en  mémoire  de  la  liberté  qu'il  rendit  à 
toutes  les  villes  de  Béotie,  avant  de  partir  pour 
les  Indes. 

ÉLEUTHÉRIE  , déelTe  de  la  liberté , que 
les  grecs  honoroient  fous  ce  nom.  Quelquefois 
ils  difoient  au  pluriel,  ëim  , dieux  libres, 

ou  dieux  de  la  liberté.  F'oye^  Liberté, 

ÉLEUTHÉRIES , fête  en  l’honneur  de  Jupi- 
ter , furnommé  EUutherius  , ou  le  libérateur, 
qui  avoit  un  temple , fous  ce  nom , proche  de 
Platée,  ville  de  Béotie.  Elle  fut  inftituée  en 
mémoire  d'une  célèbre  victoire  que  les  grecs 
gagnèrent  fur  les  perles , qui  y perdirent  trois 
cents  mille  hommes  , commandés  par  Mardonius. 
Cette  fête  fc  célébroit  tous  les  cinq  ans,  par 
des  courfes  de  chariots,  & des  combats  gym- 
niques. 

Le  fchoüafte  de  Pindare  ( Olymp.  od.  7.  ) die 
que  les  éleutkérles  étoient  célébrées  à Platée. 
Les  députés  de  toutes  les  villes  de  la  Grèce  s'y 
raflembloient.  Et  là,  après  avoir  fait  des  libations 
fur  les  monumens  des  grecs  morts  dans  le  combat, 
le  magiftrat  invitoit  à haute  voix  leurs  mânes  au 
repas  facré.  On  célébroit  encore  ces  éleutkéries 
au  temps  de  Plutarque. 

Les  famiens  célébroient  aufîî  des  éleutkéries  en 
l'honneur  de  l’Amour.  (.Atk.  deipn.  lîl.  ) 

On  appelloit  encore  éleuthéries  les  fêtes  que 
célébroient  les  nouveaux  affranchis,  le  jour  où 
ils  recevoient  la  liberté  , b.i-jéifin. 

ÉLEUTHÉRIÜS , furnom  de  Bacchus  chez 
les  grecs  j c'eft  le  même  que  le  liber  pater  des 

Sff 


505  ELI 

latins.  C'étoit  aufïi  un  furnom  de  Jupiter.  Voye^ 
Eleuthbries. 

ÉLEÜTHERNAj  en  Crète.  eaey©e?naiqn. 


E L P 

Pellerin  en  a publié  une  médaiîle  de  bronze 
autonome , avec  la  légende  eaeiaiqx. 

ÉLISE.  Koyei  Dieox. 


Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

R.  en  argent. 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  fhonneur  de  Tibère. 

ÉLEÜTHÉROPOLIS  , dans  la  Paleftine, 

EAEreEFOnOAITCN. 

On  a une  médaille  impériale  grecque  de  cette 
■ville  , frappée  en  l'honneur  de  Julîa  Domna. 

ÉLEUTHO,  nom  de  Lucine,  déeffe  qui 
préiîdoit  aux  accouchemens  Eleutho , Ihahyia  ^ 
Lucina.  Ce  nom  ne  fe  trouve  que  dans  PindarSj 
i O^ymp.  od.  VI.  ) où  le  fcholiafte  de  ce  poète 
lui  donne  pour  fynonime  ieAnS-uia,  llllthyia  -,  ce 
qui  montre  quE/eutko  eft  la  même  chofe  que  la 
déeffe  Iliithyie  ou  Lucine.  Aufli  Pindare  n'en 
parle-t-ii  que  pour  marquer  qu'elle  préfdoit  aux 
couches.  Ç'eil  Apollon,  félon  lui , qui  l’envoie 
à celle  d'Evane,  avec  les  parques.  Le  fcholiafte 
remarque  que  ce  ne  fut  pas  feulement  pour  pro- 
curer à ia  mère  un  heureux  enfantement  , mais 
encore  pour  donner  à l’enfant  de  nobles  incli- 
nations , de  belles  qualités. 

Ce  mot  vient  ou  verbe 

inuiité , qui  fignifie  je  viens  , parce  que  cette  déelfe 
etoit  cenfee  venir  à propos  pour  fecourir  les  fem- 
anes  en  couche..  C'eft  peut  - être  la  m_^ure  du 
vers  qui  a forcé  le  poè_:e  à créer  ce  mot,  & 
à l'employer  au  lieu  à’iEukyia:  car  on  ne  voit 
point  qu  il  tiit  en  ufage , & qu  ii  fe  trouvât 
aiiieurs.  ( Dicîion.  Trévoux,  ) 


ÉLISÉE. 

ÉLISIEN. 


} 


Foyeç  Élysien. 


ÉLISS  A , divinité  des  carthaginois , qui  hono- 
roient  fous  ce  nom  leur  fondatrice  Didon.  Voyc^ 
Dxdon. 


ELLOTIDE. 

ELLOTIES 


F'oyei  ^ 


HelloTIDE. 

Helloties. 


ELOÉIM,  Sanchoniaton,  cité  par  Eufèbe,  met 
cette  divinité  au  rang  des  grandes  & des  prin- 
cipales. ( Erspar.  evs.ngel.  } 

VT  Q^jTJ?yJ_ 

‘ r Les  latins  donnoient  au  mot 

elogium  une  fîgniScation  beaucoup  plus  étendue, 
& fouvenr  très- différente  de  celle  que  noos  y 
avons  attachée  : ce  mot  lignifie  quelquefois  caufe  , 
motif  d'un  arrêt , chef  d'accufation , mention 
injurieufe.  C'eft  ainfi  que , dans  le  droit  écrit , 
la  raifon  que  le  père  apporte  dans  fon  teftament , 
pour  exhéréder  fon  fils , eft  appellée  elogium.  Si 
un  fils  fait  dans  fon  teftament  un  éloge  infamant 
& injurieux  de  fon  père,  pour  i'exhéréder  , le 
teftament  eft  nul  & invalide. 

- De  plus , elogium  étoit  prefque  fynonime  à VAü- 
/u^,  quand  on  parloir  des  monumens;  & alors 
il  répondoir  à notre  mot  générique , infcription. 
Suetonè  ( Calig.  c.  24.  ) l'emploie  dans  ce  fens  : 
très  gladios  , in  necem  fuam  pr&paratos  Marti  ultorî, 
addito  elogio  , confecravit.  Sous  les  ftatues  des 
cochers  du  cirque,  devenus  célèbres  , on  gravoic 
un  elogium , qui  apprenoit  le  nombre  & l'efpèce 
de  leurs  viéloires.  Elogium  eft  quelquefois  une 
épitaphe.  ( virgil  Cul,  n.  410.  ) 


Elle  AT  ORES.  \ . ... 

ELICES  f latins  appeüoient  eltees 

les  grandes  conduites  d'eau,  & élicatores  les 
înfpectîons  de  ces  conduites. 

ELICIUS  ^ furnom  latin  de  Jupiter.  Voyer 
Jupiter, 


ELINn  , nom  que  les  grecs  donnoient  à la 
chanfon  ou  à i'air  particulier  aux  tifferands. 

ELIS , dans  le  Péîopon.nèfe.  haeiiin. 

médailles  impériales  grecques  de  cette 
i honneur  d'Hadrien  , de  M. 
Aareie^  de  Sc-vere,  de  Caracaila. 


Jlis  tumulus  fnper  inferitur  ; tum  fronte  locatut 
Elogium... 

Lorfqu’un  écrivain  parle  des  femmes  publiques» 
elogium  eft  i'afîîche.qui  contenoit  leurs  noms  & 
le  prix  de  leur  proftitiition.  ( Tertull.  de  fpeS.  c. 
17.  ) S'il  parle  de  l'appel  des  juges  aux  empe- 
reurs, elogium  étoit  Faceufation  renfermée  dans 
l’écrit  qu'on  leur  préfentoit. 

ELFE,  fille  du  Cyclope  Polyphème  , fut  en- 
levée, félon  Diodere  , par  Ulv'ffe.  Les  îeftrigons, 
alliés  de  Polyphè.me  , l’arrachèrent  à Ülyffe,  & 
la  rendirent  à fon  père.  Fbjeç  Polyphème. 

ELPHENOR,  fils  de  Chaicodon,  de  la  race 


E L Y 

de  Mars  , C Homer.  Oiyf.  lo.  ) commandoiî  au 
fiège  de  Troye  les  beliiqueax  Abances  d'Eubée  ^ 
qu’il  avoir  amenés  fur  quarante  vaiffeaux.  Les 
fiis  de  Théfée  ïy  accompagnèrent  comme  de  fim- 
ples  particuliers. 

ELPIS  J famien , bâtit  dans  Samos  un  temple 
à Bacchus , qu'on  appelia  Bacckus  à gueule  béante  , 
par  allufion  à un  événement  fingulier  que  Pîme 
raconte  en  ces  termes  : « Elpls  ayant  abordé 

en  Afrique  J & étant  defcendu  à terre,  trouva 
« un  lion  qui , la  gueule  béante , fembloit  le 
» lUHiacer  : il  grimpa  fur  un  arbre  en  invoquant 

Baccbus  ; ( car  on  a ordinairement  recours  aux 
« vœux  quand l'efpérance  s’’évanouic.)Le  lion  qui 
3»  auroit  pu  facilement  atteindre  E/pis  , ne  courut 
M pas  après  lui  j mais  il  vint  à pas  lents  fe  cou- 
5=  cher  au  pied  de  Tarbre,  ouvrant  toujours  fa 

» grande  gueule,  non  pour  Feffrayer,  mais  plutôt 

^ pour  l'exciter  à compaffion.  En  voici  la  caufe  : 
M mangeant  avec  trop  d’avidité , un  os  s'étoit 
» fiché  entre  fes  dents , rempêchoit  de  manger, 
« & il  étoit  fort  tourmenté  de  la  faim.  Cet  ani- 
» ma!  regardoit  Elpis,  qui  demeuroit  expofé  à 
» fa  fureur,  s'il  avoit  voulu  lui  nuire,  & il 
M fembloit  le  fupplier  de  lui  tendre  une  main 
“ ofScieufe.  Elpis ^ retenu  par  la  peur,  & plus 
” encore  par  l'étonnement,  fut  quelque  tems 
“ fans  fe  mouvoir  ; mais  il  defcendit  enfin  ; alors 
“ le  lion  s'approchant  de  lui , lui  préfentant  fa 
“ gueule  ouverte,  il  arracha  l'os.  On  raconte, 
“ ajoute  Pline  , que  , pendant  tout  le  temps  que 
==  le  vailfeau  à’Elpis  demeura  fur  la  côte  , le  lion 
M reconnoiffant  ne  manqua  pas  de  lui' apporter 
» fouvent  quelque  pièce  de  gibier-j:>. 

Elpîs  , nom  grec  de  l'efpérance.  Voye[  Es- 
pérance. 

ÉLUE , fîxième  mois  des  hébreux.  Il  répondoit 
en  partie  au  mois  d'août,  & en  partie  au  mois 
de  feptembre. 

ÉLYME.  Athénée  penfe  que  la  flûte  appeüée 
de  ce  nom , n'étoit  pas  différente  de  la  flûte 
phrygienne.  Il  rapporte  encore  que'  Xélyme  in- 
ventée par  les  phrygiens,  fuivant  Juba,  avoir 
été  furnommée  Sditalienne  , à caufe  de  fa  grof- 
feur  qui  égaloit  celle  des  fcytaks  des  laconiens. 
Voye^  SCYTALE. 

Héfychius  appelle  élymt  la  partie  de  la  flûte 
à laquelle  tenoit  la  glotte. 

Polîux  dit  que  Xélyme  étoit  de  buis. 

ÉLYPxUS,  en  Crète.  eAypion. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 
RR.  en  argent. 


E L Y j07 

RRR.  en  bronze.  Hanter. 

O.  en  or. 

' Leurs  types  ordinaires  font  : 

Une  abeille. 

Une  tête  de  bélier. 

Une  chèvre. 

ELISÉE , ou  champs  élyfées  ; c’éroit , dans 
la  Théologie  des  ancfens,  la  demeure  des  âmes 
juftcs  après  la  mort.  Là,  dit  Llomère  ( Qdyjf.  e^.  ) 
les  hommes  mènent  une  vie  douce  & tranquille  : 
les  neiges , les  pluyes , les  frimats  n'y  défolent 
jamais  les  campagnes  : en  tour  temps  on  y refpire 
un  air  tempéré  ; d'aimables  zephirs  qu;  s elevent 
de  l’Océan,  rafraîchhient  continuellement  cette- 
délicieufe  contrée.  La  , dit  Virgiie  , ( ^6.  ) 

règne  un  air  pur,  & une  douce  lumiere  eit  ré- 
pandue fur  les  campagnes  : les  haoitans  de  ces  lieux 
ont  leur  folei!  & leurs  affres.  Kélîode  & Pindare 
ajoutent  que  Saturne  eff  le  fouveram  des  champs 
élyfées , qii'il  y régné  avec  fa  femme  Khca  , & 
qu’il  y fait  régner  le  fiecie  dor,  qui  a ece  u 
court  fur  la  terre.  P^mère  & Virgile  n'y  admet- 
tent que  des  jeux  innocens  , & des  occupations 
dignes  des  héros  qui  les  habitent.  Dans  le  poète 
grec , l’ombre  d'Achille  fait  la  guerre-aux  bêtes 
féroces;  & dans  le  poète  latin  , les  héros  moyens 
s'y  exercent  à manier  des  cnevaux,  a laire  des 
armes  , au  combat  de  la  lutte  ; les  uns  oanfent  , 
les  autres  récitent  des  vers.  Mais  les  poètes  vo- 
luptueux y font  trouver  des  occupations  & des 
plaifirs  plus  conformes  à leurs  inclinations.-  En 
quel  endroit  du  monde  étoit  cette  demeure  for- 
tunée? Sur  cet  objet  les  anciens  n'étoient  point 
du  tout  d’accord.  Les  uns  placent  les  champs 
élyfées  au  milieu  des  airs  ; d'autres  dans  la  ^lune 
ou  dans  le  foleii;  d’autres  dans  le  centre  de  la 
terre;  Platon  dit  qu’ils  font  fous  la  terre  , c'eft- 
à-dire , dans  l'hémifphère  de  la  terre  diamétrale- 
ment oppofé  au  nôtre,  ou  aux  antipodes.  Ho- 
mère les‘ établit  à l’extrémité  de  la  terre  d'au- 
tres veulent  que  ce  foit  dans  les  liles  de  i Océan, 
qu'ils  appelloient  fortunées  , & que  nous  croyons 
être  les  Canaries  , peu  connues  alors  ; enfin  chez 
quelques-uns  c' étoit  le  charmant  pat'S  de  la  Bé- 
tlque  C aujourd'hui  la  Grenade  ) où  ies_  phéni- 
ciens avoient  fouvent  voyagé,  & qu'ils  treu- 
voient  un  pays  admirable,  arrofé  de  fleuves  , de 
ruifieaux  & de  fontaines  , entrecoupé  de^  plaines 
charmantes,  de  bois  & de  bocages  ^enchantés  ; 
les  montagnes  enfermant  des  mines  d'or  & d'ar- 
eent , Scia  terre  fourniffant  abondamment  t-t ut 
ce  oui  eff  néceffaire  à la  vie.  Comme  ils  ne  con- 
noiffoient  rien  de  plus  beau  , ils  fouhaitèrent  d'y 
faire  un  éternel  féjour,  & fournirent  peut-être 
aux  grecs  la  première  idée  de  leurs  champs  éiy- 
fées s^on  dit  peut-être^  car  des  favans  prétendeni; 

S f f ij 


508  E M A 


E M B 


que  cetîê  idée  a été  priie  ti'une  coutume  des 
égyptiens , qui  enrerroicnt  les  cojps  de  ceux 
qu’ils  vouloient  honorer  , dans  un  bocage  déli- 
cieux au-delà  du  lac  Querron. 

Si  le  récit  contenu  dans  le  pafiage  fuivant  de 
Diodore  ell  vrai , il  a pu  fervir  de  bafe  à la 
ficifon  des  champs  élyfées.  Diodore  de  Sicile  dit 
que  la  fépultnre  commune  des  égyptiens,  étoit 
au-delà  d’un  lac  nommé  Aehérufii  ; que  le  mort 
étoit  apporté  fur  le  bord  de  ce  lac  , au  pied  d'un 
tribunal  compofé  depiulicurs  juges  qa:  informoier.t 
de  fes  vie  & mœurs.  S’il  n’avoic  pas  été  ticéie 
aux  loix,  on  jettoit  le  corps  dans  une  folle  eu 
efpèce  de  voierie  qu’en  nomrncitîi:''ri2«.  S’il  avoir 
été  vertueux,  un  batelier  conduifoit  Je  corps 
au-de!idu!ac  dans  une  plaine  embeilie  de  prai- 
ries , de  ruiffeaux  , de  bofquets  & de  tous  les 
agrémens  champêtres.  Ce  heu  fenommoit  écy/ont 
ou  les  champs  élyfées  , c’eft-à  dire  , pleine  fatif- 
fiaion  , féjour  de  repos  ou  de  joie. 

Au  reite  , h les  poètes  ont  varié  fur  la  lîriie- 
îion  des  champs  élyfées , ils  ne  font  pas  plus 
d’accord. fur  le  temps  que  les  âmes  y ^ doivent 
demeurer.  Anchife  fem.ble  inlînuer  à Énée  fon 
fils,  qu’après  une  révolution  de  milie.  ans,  les 
âmes  buvoient  de  l’eau  du  fleuve  Léthé , & ve- 
noient  dans  d’autres  corps  ; en  quoi  Virgile  adopte 
en  quelque  manière  la  fameufe  opinion  de  la 
MécempÇcofe,  qui  a eu  tant  de  partifans  , & 
qui  devoir  encore  fon  origine  aux  égyptiens. 

ÉMACÜRîES.  Voyci  AÎMAKOyPIA. 


à cet  effet  , & qui  probablement  étoient  des 
flûtes  emhatériennes . Voye:^  Embater1£NK£. 

li'emhaterie  fervoit  régler  les  pas  des  foldats, 
quand  ils  marchoient  à l’ennemi.  Tel  avoir  été. 
peut-être  l’air  fur  lequel  Tyrtée  avoir  chanté  fes 
vers. 

Cette  marche  étoit  certainement  à deux  temps, 
& ne  changoit  point  de  rr.efure , comme,  tous 
ics  autres  airs  des  grecs,  qui  ch-angeoient  de  me- 
fure  fuivant  que  le  rythme  des  paroles  i’exigeoit. 
Car  ce  n’ell:  qu’avec  beaucoup  de  peine  qu’on 
peut  parvenir  à marcher  régulièrement,  en  réglant 
les  pas  fur  un  air  d’un  mouvement  à trois  temps  ; 
8c  il  eli  impoffible  que  pluiieurs  hommes  puiflent 
marcher  unifcrmémer.î  en  changeant  de  pas, 
comme  il  le  faut  quand  la  rflefure  change. 

Cette  marche  étoit  encore  d’un  mouvement 
grave  & pofé  5 car  l’on  fait  que  les  lacédémo- 
niens- étoient  de  tous  les  peuples  ceux  qui  mar- 
choient avec  Je  plus  de  gravité  à l’ennemi. 

EMB  ATÉRîENNE , efpèce  de  flûte  des  grecs, 
dont , au  rapport  de  Pollux  , iis  fe  fervoient  en 
voyageant , apparemment  pour  rendre  le  chemin 
moins  pénible  & moins  ennuyeux. 

Cette  flûte  , furnommée  embatérier.ne  , propre 
à la  marche,  pourroit  bien  être  celle  fur  laquelle 
les  lacédémoniens  exécutoient  leur  marche  ap- 
pellée  embatexie. 


ÉMAIL.  L’émail  n’étant  qu’un  verre  opaque, 
on  renvoie  au  mot  Verre. 

EMANSIO.  j -r 

EAIANSOR  % Les  romains  appelloient  cOTÆra- 

_/or,  le  foldar  qui  s’étoit  éloigné  de  fa  cohorte 
pendant  un  temps  aire'/,  court  no.mmé  emanfio. 
Le  nom  de  déferteur  , ne  lui  étoit  donné 

qu’après  un  temps  d’abfence  beacoup  plus  long 
& réglé  par  les  loix  militaires.  {'Cujac.  obf  VÎ. 

16.) 


EMBAUMEMENS.  De  tous  les  peuples  an- 
ciens , il  .n’y  en  a aucun  chez  lequel  l’ufage  d’em- 
baumer  les  corps  ait  été  plus  commun  que  cher 
les  égyptiens  j ils  le  tenoient  fans  doute  des  éthio- 
piens , chez  qui  les  réiînes  & les  gommes  font 
très-abondantes.  Les  éthiopiens  en  employoient 
pour  les  embaumemer.s , qui  éîoient  tranfparentes  , 
telles  que  celles  de  Copal , & que  des  grecs 
après  les  avoir  examinées  très  rapidement,  prirent 
pour  du  verre.  Les  égyptiens  employoient  les 
bitumes  au  même  uflige. 


ÉMATHION  , fils  de  Tithone , étoit  un  tyran 
de  l’Arabie,  dont  Hercule  purgea  la  terre.  ( Dio- 
dore  de  Sicile.  ) 

ÉMA.TURIbS  , c’étoit  une  fête  du  Pélopon- 
nèfe,  où  les  jeunes  garçons  fe  fouettoient  au 
tombeau  de  Pélops  , jufqu’à  ce  Que'lefang  dé- 
coulât fur  ce  même  tombeau.  Le  nom  de  ces 
fêtes'  étoit  forme  du  mot  Al/iaroa,  jenfanglante. 
iailess’appeüoientauSl  ém.acuries^A.jiax.isjtix.  Vpye:^ 
ces  mots. 

EMB.ATERIE,  nom  d,’une  marche  des  lacédé- 
moniens, qui  s’exécutoit  fur  des  flûtes  propres 


• Nous  allons  rapporter  ce  qn’Hérodote  nous 
en  a tranfmis,  & nous  y joindrons  les  obferva- 
tions  du  favant  chymifle  Roüeile  ( mém.  de  Aacad. 
des  feienc.  ). 

Dans  l’Egypte,  dit  Hérodote,  il  y a des  hommes 
qui  font  métier  éC emhaumer  les  corps.  Quand  on 
leur  apporte  un  mort  , ils  montrent  aux  porteurs 
des  modèles  de  morts  peints  fur  da  bois.  On 
prétend  eue  la  peinture  ou  figure  la  plus  recher- 
chée, reprc'fente  le  pli.-dius  facré;  iis  en  mon- 
trent enfuire  une  fécondé , qui  étant  inférieure 
à la  première , ne  coûte  pas  fi  cher  , & une 
troi  fième  qui  ell  au  plus  bas  prix  : ils  demandent 


E M B 

enfuite  fuivant  laquelle  de  ces  trois  peintures  en  1 
veut  que  le  mort  foie  accommodé.  Après  qu  on 
eft  convenu  du  modèie  8c  du  prix  ^ les  porteurs 
fe  retirent  5 les  emi^umeurs  travaident  s & voîc; 
comment  ils  exécutent  l’embaumement  ie  plus  re- 
cherche. 

Premièrement  ils  tirent  avec  un  fer  oblique  h 
cervelle  par  les  narines  ; iis  I.i  font  fortir  en  partie 
de  cette  manière , & en  partie  par  le  moyen  des 
drogues  qu'ils  introdaiient  dans- la  tête:  eniinre 
ils  font  une  incifion  dans  ie  flanc  avec  une  pierre 
d'Ethiopie  aigaifée  ; ils  tirent  par  cette  ouverture 
les  vifeères , iis  les  nettoient , les  pafTent  au  v:n 
de  palmier , & dans  des  aromates  broyés  ; enilute 
ils  rempliuent  ie  ventre  de  myrrhe  pare  broyée  , 
de  canelle  & d'autres  parfums  ( excepté  l'en- 
cens ) , & ils  le  recoufent.  Cela  fait  ^ ils  faient 
le  corps,  en  le  couvrant  de  narrum_  pendant 
foixante- dix  jours.  Ce  terme  expiré,  iis  lavent 
le  mort , Tenveloppent  avec  des  bandes  de  toile 
de  lin  coupées,  & enduites  d’une  gomme  dont 
on  fe  fert  en  Egypte  en  guife  de  colle.  Les  parens 
le  -reprennent  en  cet  état , font  faire  un  étui 
de  bois  de  form.e  humalneq  y placent  ie  mort, 
le  tranfportent  dans  un  appartement  deftmé  a ces 
fortes  de  caiffes  , le  drefient  contre  le  mur  & 
l’y  laiffent.  Voilà  la  manière  la  pins  chère  & la 
plus  magnifique  dont  ils  embaument  les  morts. 

Ceux  qui  ne  veulent  point  de  cts'embaumemens 
fomprueux  choifîiTent  la  fécondé  manière  , Sc  voici 
commient  leurs  morts  font  embaumés. 

On  remplit  des  feringues  d'une  liqueur  onc- 
tueufe , qu’on  a tirée  du  cèdre  , appeüée  cédria , 
on  injedte  le  ventre  du  mort  de  ceite  liqueur , 
fans,  lui  faire  aucune  incilion,  & fans  en  tirer  les 
entrailles.  Quand  on  a introduit  l’extrait  du  cèdre 
par  le  fondement , on  le  bouche , pour  empêcher 
l’injeélionde  fortir.On  faie  enfuite  le  corps  pendant 
le  temps  preferit  ; au  dernier  jour  en  tire  du  ventre 
la  liqueur  du  cèdre.  Cette  liqueur  a tant  de  force, 
qu'elle  entraîne  avec  elle  le  ventricule  & les  en-  - 
rrailles  confumés  ; car  le  nitre  difiout  les  chairs , 

& il  ne  relie  du  corps  mort  que  la  peau  & les 
os.  Quand  cela  ell  achevé  , les  embaumeurs  ren- 
dent le  corps  fans  y faire  autre  chofe. 

La  troifième  manière  ^ embaumer  vî employée 
que  pour  les  moins  riches.  Après  les  injeclions 
par  le  fondement , on  mer  le  corps  dans  ie  nitre 
pendant  foixante-dix  jours  , & on  le  rend  à ceux 
qui  l’ont  apporté. 

A la  leélure  de  ce  palTage  , qui  ell  peut-être 
pîusexacl  & plus  étendu  qu’on  n’étoit  en  droit  de 
l’attendre  d’un  fimple  hillorien,  on  obferve  ce- 
pendant qu’il  n’elt  ni  affez  précis  , ni  affez  cir- 
conftancié,  pour  l’employer  à faire  i’expofitioa 


’ E M B 50^ 

! d’un  art.  Il  fal’cit  cu’on  pratiquât  des  incifions 
- a i.i  -coitrine  , au  bas  ventre,  5cc.  fans  qu:.i  toute 
la  capacité  intérieure  du  corps  n’aurou  point  été 
injeétée  , ôc  les  vifeères  n’auroient  point  été  con- 
furaés.  Il  ell  à préfumer  qu’on  iavotc  avec  loin 
ie  corps  avant  que  de  le  faier  : c’étoiî  encore 
ainfi  qu’ea  le  débarraffoit  des  reftes  du  naurm  & 
des  liqueurs  quand  il  aveit  été  lalé.  On  ne  peut 
douter  qu'on  ne  finit  par  le  faire  fécher  à l'air 
ou  dans  une  étuve. 

On  appliqiioit  enfuite  fur  tous  les  corps  Sc  fur 
les  membres  féparément , des  bandes  de  toile  , 
enduites  de  gomme  j mais  en  l’emmailietoit  de 
plus  avec  un  nouveau  bandage  également  gommé, 
les  bras  croifés  fur  la  poitrine,  & les  jambes 
réunies. 

Dans  \' emiaum,ement  véritable , la  tête,  le  ventre 
& la  poinins  étoient  pleins  de  matières  réfineufes 
& bitumineufes  , & le  relie  du  corps  en  était 
couvert.  On  retenoit  ces  matières  par  un  grand 
nombre  de  tours  de  toile.  Après  une  couche  de 
bande , on  appliquoit  apparemment  une  couche 
à’ embaumement  fondu  & chaud  , avec  une  efpèce 
de  brolTe , puis  on  couchoir  de  nouveaux  tours 
de  bandes  , & fur  ces  nouveaux  tours  une  nou- 
velle couche  de  matière  fondue , & ainfi  de  fuite , 
jufqu’à  ce  que  le  tout  eût  une  épaiffeur  conve- 
nable. 

Il  eft  difficile  de  décider  fi  Y embaumement  de 
la  dernière  efpèce  étoit  un  mélange  de  bituma 
de  Judée  feul.  La  momie  de  fainte  Geneviève  , 
fur  laquelle  Ko  u elle  fit  ces  obfervations , ell  em- 
baumée avec  le  piirafphalre  j mais  elle  a des  bandes 
de  toile  fine  de  coton , & elles  font  en  plus  grand 
nombre  qu’aux  autres  m.omies.  Cependant , ie  plus 
grand  nombre  des  momies  étant  apprêtées  avec 
le  mélange  du  bitume  de  Judée  & de  cédria, 
ca’on  peut  appelier  le  piffafphaite  , on  peut  croire 
que  cet  emhaumemera  eft  de  la  fécondé  efpèce. 

La  dépenfe  ce  la  caille  qu’on  donnoic  à la  mo-  - 
mie  étoit  confidéra’Dle  ; elle  étoit  de  fycomore  , 
ou  de  cyprès  d'Orient,  d’une  feule  pièce  , crea- 
fée  rl’outii,  & ce  ne  pouvoir  être  queie  tronc 
d’an  arbre  fort  gros. 

Il  y avoir , félon  toute  vraifemblance , des  fortes 
à’ embaàmemens  relatifs  à la  différence  des  bandes 
qu’on  trouve  fur  les  momies  , greffes  ou  fines. 

Le  dernier  bandage  étoit  chargé  de  <;araélères 
hiéroglyphiques  , peints  eu  écrits.  On  y entre- 
mêloit  auffi  de  petites  flatues  de  divinités , des 
amulettes , &c.  &c. 

La  matière  de  Y embaumement  le  plus  précieux 
étoit  une  compofition  balfamique  , femblable  à 
celle  qu’on  a trouvée  dans  ies  chambres  des  mo- 


510  E M B 


E M B 


mies , confen'ée  dans  un  vafe , & il  eft  évident  | 
que  cet  emh^umeme-t  avoir  auffi  fes  variétés.  On  j 
2 trouvé  des  momies  dont  les  ongles  étoient  j 
dorés  J d'autres  avoient  des  caiffes  de  granit  ou 
de  porphyre  : quelques-unes  étoieat  renfermées 
- dans  des  tombeaux  magnifiques. 

Il  fembleque  le  travail  des  embaumeurs  pouvoir 
fe  diitribuer  en  deux  parties;  lâ  première , qui 
confiitoit  à enlever  aux  corps  les  liqueurs,  les 
graiiles  & autres  caufes  de  corruption,  & aies 
delTécher  ; la  fécondé  , à défendre  ces  corps 
defféchés  de  Inumidité  & du  contaét  de  i'air.  - 

Les  fondemens  de  ce  travail  font  renfermés  en 
partie  dans  la  defcription  d'Hérodote  ; mais  il 
fâiîoit  les  y déconvrir , corriger  ce  qui  y eft 
mal  préfenré , jaftifier  ce  qui  eft  bien  décrit , 
tenter  quelques  expériences  fut  les  matières  bal- 
famiques  & bitomineufes  des  momies  , imiter 
les  embaumemens  égyptiens,  & voir  s'il  n'y  auroit 
pas  quelques  moyens  d'iinitarion  fondés  fur 
les  principes  chimiques  qui  dirigent  aujour- 
d'hui les  anatomiftes  dans  la  préparation  de  leurs 
pièces. 

On  peut  réduire  à deux  fentimens  tout  ce  qu’on 
a écrit  fur  cet  objet.  Quelques  écrivains  ont  pré- 
tendu que  le  corps  entier  faié  étoit  embaumé  d'une 
manière  telle  que  les  matières  balfamiques  , ré- 
fineufes  & bitumineufes  s’étoient  unies  avec  les 
chairs,  lesgraiffes,  les  liqueurs,  & qu’elles  avoient 
formé  enfemble  une  maffe  égale  ; les  autres  ont 
afi'aré  qu'on  faloit  le  corps,  qu'on  le  deiîechoit', 

& qu'on  lui  appliquoit  enfiiite  les  matières  bal- 
famiques. Quant  au  deffèchement , comme  l'hu- 
midité eft  une  puiffante  caufe  de  corruption  , ils 
ont  ajouté  qu'on  féchoit  le  corps  à la  fumé.e  , 
ou  qu’on  le  faifoir  bouillir  dans  le  piffafphalte  , 
pour  en  confumer  les  chairs  , graiffes , Scc. 

On  peut  objeérer  contre  le  fentiment  des  pre- 
miers, l’expérience  connue  de  certains  corps  qui 
tombent  en  pourriture  dans  des  maladies  parti- 
culières , où  il  eft  abfolument  i.'npoffibled'abforber 
les  fluides  par  des  matières  réfiiieufes  & balfa- 
miques ; matières  qui  ne  s’uniffent  point  avec  l’eau. 
D’ailleurs  , les  momies  font  parfaitement  fèches  , 

& l'on  n'y  remarque  pas  la  moindre  trace  d’hu- 
midité. 

Le  fentiment  des  féconds  eft  plus  conforme 
à la  raifoa.  Il  eft  certain  qu'on  trouve  des  momies 
dont  les  os  font  entièrement  décharnés  ; c'eft 
l’état  où  fe  trouvoit  la  momie  décrite  par  Sryph  ; 
mais  il  y en  a d’autres  où  les  chairs'  font  con- 
fonoues  avec  îe  bitume,  fans  être  enlevées r on 
en  a vu  même  dont  le  vifage  étoit  confervé  & re- 
connoiflable  5 tells  eft  la  momie  de  fainte  Gene- 
vieveî 


Le  natrum  des  anciens  étoit  un  aîkali  fixe , puIG 
qu'ils  s'en  fervoient  pour  nettoyer,  dégraifler 
blanchir  les  étoffes  , les  toiles, ’&  pour  faire  le 
verre.  Notre  nitre  ou  faîpêtre  eft  au  contraire 
un  fel  moyen  qui  ne  dégraiffe  point  les  étoffes 
qui  conferve  les  chairs  , qui  les  fale  comme  le 
fei  marin,  &'qui  conferve  leurs  fucs.  'L^natrum 
des  anciens  agilToit  fur  les  chairs  d'une  manière 
tout  oppsfée  à notre  nitre  ; il  s'uniffoit  aux 
liqueurs  lymphatiques  , huileufes  , gralfes  , les 
féparoit  du  relie  , faifoit  l'effet  de  la  chaux  des 
'tanneurs  & autres  ouvriers  en  cuir , & épargnoit 
les  mufcles  , les^  tendons , les  os. 

Hérodote  dit  dans  la  première  façon  à'emlau-^ 
mer ^ qu'on  lavoit  le  corps  avant  que  de  l'enve- 
lopper de  bandes.  C'eft  ainfi  qu'on  enlevok  les 
relies  des  matières  limphatiques.  & du  natrum  , 
fources  d'humidité.  Les  embaumeurs  ne  faloîenc 
donc  le  corps  que  pour  le  delTécher  ; mais  le 
natrurp^^  en  reliant,  eût  retenu  & même  attiré 
l’humidité,  comme  c'eft  la  propriété  des  fels 
alkaiis. 

natrum  agilfant  fur  les  corps  commela  chaux, 
il  n'étoit  point  permis  de  faler  pendant  plus  de 
foixante-dixjours.  En  effet  , comme  il  arrive  aux 
durs  enchaujfenés , le  natrum  auroit  attaqué  les  fo- 
lîdes.  Un  fel  neutre  n’opère  pas  en  fi  peu  de 
temps  , comme  il  paroît  à nos  viandes  féchées. 

Mais,  dira-t-on , fi  îe  natrum  étoit  un  aîkali, 
pourquoi  ne  détruifoit-i!  pas  î C'eft  qu’il  eft 
foible  J qu  il  ne  rcffemble  point  à la  pierre  à cau- 
tère , mais  au  fei  de  la  foude  & au  fel  marin. 

II  eft  à préfumer  qae  de  nos  jours  Bils  pré- 
paroit  fes  pièces  anatomiques  en  falant  le  corps 
avec  un  fel  alkali , à la  manière  des  égyptiens  ; 
méthode  qu'une  odeur  aromatique  ne  fervoit  qu'à 
déguifer.  Ciauderus  en  étoit  perfuadé  , mais  il 
fe  trompok  fur  les  effets  du  fel  alkali  ; il  croyoit 
que  l'alkali  volatil  s’uniiToit  aux  parties  putrides, 
& qu'il  étoit  retenu  dans  les  chairs  du  cadavre. 

On  pourroit  demander  fur  le  premier  embau- 
mement dont  parle  Hérodote  , à quoi  bon  rem- 
plir le  corps  de  myrrhe  & d’aromates  avant  que 
de  le  faier  ? En  le  falant  on  emporte  en  partie 
ces  aromates  ; car  le  natrum  agit  pmffamme'nt  fut 
les  balfamiques,  en  formant  avec  leurs  huiles 
une  matière  favoneufe  , foluble , & facile  à em- 
porter  pas  les  lotions.  îi  femble  qu'il  faudroit 
placer  la  falaifon  & les  lotions  avant  l'emploi  des 
aromates. 

Il  y a tres-peu  de  momies  enveloppées  de  toiles 
gommees , appliquées  fans  réfine  immédiatement 
fur  le  corps  deiféché  ; elles  ont  communément 
deux  bandages.  Le  corps  & les  membres  fonï 


E M B 

chacun  féparénaent  entortillés  de  bandes  de  toile 
rélîneüfe  ou  bitnsnineufe  : telle  eft  la  première 
enveloppe.  La  fécondé  efl:  formée  d'autres  bandes 
de  toile,  fans  réfîne  ou  bitume,  qui  prennent 
le  tout  & retnmaillorent  comme  les  enfans.  Celles- 
ci  ont  pu  être  enduites  de  gomme. 

Les  momies  nous  parviennent  rarement  avec 
le  fécond  bandage  ; les  arabes  le  détachent  pour 
enlever  les  petites  ilatues.  Les  momies  ne  font 
pas  toutes  renfermées  dans  des  caifles  ; c'eft  pour 
les  garantir  du  contaét  de  l’air  qu’on  y a employé 
la  rélîne. 

Une  fécondé  critique  qu’on  peut  faire  d’Ké- 
rodote  eft  relative  à fon  fécond,  embaumew.ent. 
Sans  incifîon , l’injeétion  par  le  fondement  ne 
remplira  point  le  ventre  , elle  ne  parcourra  qu’une 
petite  étendue  d’inteftins.  D’ailleurs , la  liqueur 
de  cèdre  eliun  baume  ou  une  réiine  fans  force, 
fans  aclion  corrofive.  Si  donc  l’on  employoit  le 
cédria , c’étoit  comme  aromate  , mais  î’injeétion 
étoit  de  natrum.  Le  cédria  n’a  pu  avoir  lieu  dans 
X embaumement  qu’après  la  falaifon  & les  lotions. 

La  cervelle  fe  tiroit  par  un  trou  fait  artificielle- 
ment aux  narines , dit  Hérodote  ; mais  ce  fait 
eft  nié  par  M.  Lech  , qui  a trouvé  dans  une  momie 
d’Egypte  l’os  cribreux  fain  & entier. 

II  n’eft  pas  concevable  qu’on  embaumât  tous 
les  égyptiens.  Le  peuple  fe  contentoit  d’é- 
tendre fur  des  lits  de  charbons  fes  morts , em- 
maillotés de  linges  , & couverts  d’une  natte  fur 
laquelle  on  amaffoit  fept  à huit  pieds  de  fable. 

’ Quelle  durée  X embaumement  ne  donnoit-i!  pas 
aux  corps  ? Il  y en  a oui  fe  confervent  depuis 
plus  de  deux  milie  ans.  On  a trouvé  dans  la 
poitrine  d’un  de  ces  cadavres  une  branche,  de 
romarin  à peine  defféchée. 

La  matière'  de  la-  tête'  d’une  momie  , encore 
affez  molle  pour  que  l’ongle  y pût  entrer  dans  un 
temps  chaud,  & peu  altérée,  érant  mife  dans 
une  cornue  fur  un  feu  modéré  , a donné  d’abord 
an  peu  d’eau  infipide  , qui,  dans  la  progreffio.n 
de  !a  diftillation , eft  devenue  acide.  I!  a paiTé  i 
£n  même  temps  une  huile  limpide,  peu  colorée, 
ayant  l’odeur  de  fuccin.  Cette  huile  s’eft  enfuits 
épaiffie  3c  colorée  ; elle  s’eft  fi.gée  en  fe  refroi- 
diffant , fans  perdre  l’odeur  de  fuccin.  Sa  liqueur 
acide  n’a  pu  cryftallifer , à caufe  de  fa  trop  petite 
quantité. 

On  peut  voir  dans  le  mémoire  de  Rouelle  les 
expériences  qu’il  a faites  fur  les  matières  dont  il 
préfumoit  qu’éîoient  compofés  les  embaumemens , 
Une  réflexion  générale  qui  réfulte  de  ces  expé- 
riences, c’elt  qu’en  y e.mpIoyant  la, poudre  de 


EMB  5îi 

cannelle  & d’autres  ingrédiens  qui  attirent  l’hu- 
midité , on  confulte  plutôt  le  nez  que  l’art.  Enfin 
elles  démontrent  trois  fortes  à’ emhaumemens  , un 
avec  le  bitume  de  Judée  feu!,  un  fécond  avec 
le  mélange  de  bitume  & de  la  liqueur  de  cèdre 
ou  cedna , & un  troifième  avec  le  même  mé- 
lange & une  addition  de  matières  réfineufes  & 
aromatiques. 

Le  D.  Grevv , auteur  du  Mufœum  - regalis- 
focietatis  , dit  que  les  égyptiens,  pour  embaumer 
ies^  corps , les  faifoient  bouillir  dans  une  chau- 
dière avec  une  certaine  efpèce  de  baume  liquide, 
parce  que  dans  les  momies  qu’on  conferve  dans 
ia^  collection  de  la  fociété  royale , le  baume  à 
pénétré  non-feulement  les  chairs  Se  les  parties 
molles,  mais  même  les  os,  au  point  qu’fis  font 
tout  noirs,  comme  s’ils  avoient  été  brûlés.  Coyrp 
Egyptiens  & Moüies. 

EMBLA.  Vcyei  Asküs. 

EMBLEMA.  Ce  mot  eft  purement  grec, 
formé  du  verbe  jetter  dedans, 

inférer.  Suétone  rapporte  que  Tibère  le  fit  rayer 
d’un  décret  du  fénat,  parce  qu’il  e'toit  tiré  d’une 
autre  langue.  Les  grecs  donnoient  le  nom 
aux  ouvrages  de  m.arqueterie , & à tous 
les  ornemens  des  vafes,  des  meubles,  deshabits. 
Les  latins  fe  font  Xctvisaemblema  dans  le  même 
fens.  Quarsd  Cicéron  reproc'ne  à Verrès  les  lar- 
cins des  ftatues , & des  autres  pièces  bien  tra- 
vaillées qu’il  avoir  volées  aux  ficüiens,  il  appelle 
emblemata  les  ornemens  qui  y étoient  attachés , 
& qu’on  en  pouvoir  féparer.  Les  latins  ont  fouvent 
comparé  les  figures,  les  ornemens  d’un  difcours  à 
ces  emblemata.  Lucillius,  ancien  poète  latin,  vou- 
lant louer  ( Cicer.  orat.  c.  44.  alibi  ) un  ora- 
teur, dit  que  tous  fes  mots  étoient  arrangés 
comme  des  pièces  de  marqueterie  i 

Quam  lepide  compoftA  , let  îeJferulA  cmnes^ 

Ariepavimenti  ^ atque  emblemate  vermiculats. 

Nous  ne  nous  fervons  point  du  mot  èl emblème 
en  ce  fens  j mais  les  jurifconfultes  fe  font  tou- 
jours feivis  du  mot  latin  emblemata,  pour  expri- 
mer ces  forces  d’omemens  , parce  que  le  grec, 
fignifîe  tout  ce  qui  eft  inféré,  appliqué, 
ajouté  à une  autre  chofe  , pour  lui  fervir  d’orne- 
ment. 

EMBOLIARIA  muller  Muratori  ( Tkef.  660. 
4.  ) rapporte  une  infcription  fur  laquelle  on  lit 
ces  mots  : Poüux  ( Us,  U.  cap.  4,  ) appelle 
EfctoKia'.,  de  petits  filets,  qui  fervoierit  à la  chafle 
des  petits  animaux.  Seroit-ce  un  fens  détourné 
de  ce  mot,  qui  atiîoit  fait  donner  le  furnora 


512  E M B 


E M B 


d'’É’OT^o//ar/Æ  aux  femme  s ds  thsàtrs  J qui  tendoient 
des  pièges  aux  hommes  comme  les  courcifanes  ? 

EMBOLISME  , intercallation. 

Emholifmus.  Les  grecs  fe  fervoienr  de  "année 
lunaire  , qui  ell  de  3 34  jours  5 mais  pour  l'ap- 
procher de  l'année  folaire,  qui  eft  de  fans 
compter  quelques  heures  de  part  Sc  d'autre,  ils 
ajoutoient,  tous  les  deux  ou  tous  les  trois  ans  , 
un  treizième  mois  lunaire , qui  s’appelloit  emlo- 
limœiLs  , parce  qu'il  étoit  inféré  & intercalé.  Em- 
iolifme  vient  du  grec  , formé  de 

inférer. 


EMBOLUM, 1 , J . , 

EMBOAON,  f 

vires  anciens,  ou  plutôt  toute  la  partie  baiTe  de 
la  proue,  où  l'on  plaçoic  l'éperon  , rofimm  ^ au- 
devant  de  laquelle  on  attachoit  l'animal  qui  fer- 
voit  d’enfeigne  particulière  au  navire , & aux 
côtés  de  laquelle  on  peignoit  deux  yeux , pour 
lui  donner  une  reflemblance  avec  une  tête  d'hom- 
me , ou  d'animal.  Winckelmann  a publié , dans 
fes  monumenti inediti , un  vafe  étrufque  du  Vatican , 
fur  lequel  un  navire  eft  repréfenté  fous  la  forme 
d'un  poiflbn  , dont  la  proue  eft  figurée  par  la 
tête  de  l’animal.  Ce  favant  l’a  cependant  prife 
pour  la  poupe,  peut-être  à caufe  deîbn  élévation. 


EMBRASSEMENT.  Les  romains  mettoient 
ordinairement  une  diffe'rence  entre  ces  trois  mots, 
cfculum , bafium  ^ ^ fuavium.  Le  premier  apparte- 
noit  à l'étiquette  ou  à l'ufage , le  fécond  à l’ami- 
tié , & le  troifième  à l'amour  : ofcula  o^ciorum 
fiLîit  , bafia  padicorum  aÿ'eciuum. , ftiavia  libidirMm  , 
■vel  amorum,  dit  Donatus  , interprête  de  Térence 
( in  Eun.  III.  Z.  3.  ).  Quoique  cette  diftinction 
n'ait  pas  éfé  fuivie  conftamment  par  les  écrivains 
de  Rome,  elle  eft  cependant  effentielie  à rap- 
porter ici,  pour  l’intelligence  de  plufieurs  pafla- 
ges  latins. 

Les  romains  baifoient  îenr  main,  & l'éten- 
doienr  enfuite  vers  les  ftatues  des  dieux  ou  des 
empereurs  , & vers  les  pèrfonnes  qu'ils  vou- 
ioient  honorer.  Cette  aétion  étoit  exprimée  par 
ces  mots  , à fade  jaBare  mamis  , par  ceux-ci , 
jaSare  bafia,  ou  ofcula.  Les  joueurs  de  âûte,Ies 
chanteurs  , les  pantomimes  , &c.  qui  paroiflbient 
fur  les  théâtres  de  Rome , faiuoient  le  peuple 
de  cette  manière,  ■&  en  pliant  le  genou  gauche 
pour  s'incliner.  Tacite  raconte  de  Néron  , que 
parolffant  fur  le  théâtre , il  fa  fournit  à cette 
humiliation  ( annal.  XVI.  4.  3.  ) : pofiremo genu- 
fiexus  , &*  ccetum  ilium  manu  vemratus  efi.  Dans 
le  cirque  , les  cochers  qui  entroient  dans  la  car- 
rière ,__faîuoient  auffi'le  peuple  en  baifant  la  main 
donc  ilstenoient  leur  fouet  , ou  le  fouet  même  : 
Xiphilin  l'affure  de  Caracalia,  ( LXXIX.) 


j Lorfque  deux  romains,  qui  fe  connolffoient ; 
fe  rencontroient , ils  s embmjfoient  au  front  Sc 
même  fur  la  bouche.  Martial  fe  plaint  Ibuvent , 
dans  fes  épigrammes,  de  cet  ufage  fatiguant  8c 
incommode.  Les  parens  , même  ceux  de  différent 
fexe , s'embrafibient  auffi  lorfqu'iîs  fe  rencon- 
troient  j & Properce  reproche  à fon  amie  les 
embrajfemens  qu'elle  recevoir  de  plufieurs  hommes 
fes  prétendus  parens  ( II.  y.  7>  ) : 

Quinetiam  falfos  fingis  tibi  fapè  propinquos  , 
Ofcula.  nec  défunt  qui  tibi  jureferant. 

On  blâmoic  Tibère  de  ce  qu'il  embrajfoit  rare- 
ment ceux  qui  fortoient  de  fes  audiences 
c.  to.  ) j Néron  de  ce  qu'il  ne  les  embrafibit  ni 
en  les  abordant , ni  en  les  congédiant  ( Suet. 
c.  37.  ) j Caligula  de  ce  qu'il  étoit  avare  d'c.'n- 
braffemens  ( Diod.  LIX.  ).  i rajan  au  contraire  fut 
loué  de  ce  qu’il  embrajfoit  les  fénateiirs , en  les 
abordant  8c  en  les  congédiant  ( P/in.  paneg.  c.  14.), 
tandis  que  fes  prédécefl'eurs  leur  donnoient  leurs 
pieds  à baifer,  ou  leur  rendoient  leur  faiut  de  la 
main  feulement  : non  tu  dvium  amplexas  ad  peats 
tuos  deprimis,  nec  ofculum  manu  reddis. 

Nous  ne  parlerons  point  des  autres  embrajfe^ 
mens  ; nous  ajouterons  feulement  que  les  anciens 
embrajfoient  quelquefois  leurs  amis  ou  les  enfans 
en  tenant  les  deux  oreilles.  Cette  manière  d’c«- 
brajfer  s’appelloit  TjuVpav , ou.  ofculum  , le 

baifer  de  la  cruche  , parce  que  l'on  prenoit  la 
tête  de  celui  qu'on  vouloir  par  les  deux 

oreilles,  comme  on  foulevoit  une  cruche  à deux 
anfes,  appellée  xlnfo..  Théoerîte  ( Idylhv.  i 31-) 
en  fait  mention.  Plaute  en  parle  fouvent.  ( 

UT.  3.78.) 

Prehende  auriculis  , compara  labella  cum  labellis. , 

Et  dans  le  Pcenus  ( i . 1.  165.): 

Sine  te  exorem  ,fine  teprendam  auriculis , fias  dem  favîum. 


Les  motifs  de  cette  maniée  A' embrajferlcs  en- 
fans  en  particulier,  ont  été  fi  bifarement  imaginés 
8c  expofés  par  Clément  d’Alexandrie  , {Jîromat. 
V.')  & par  Plutarque,  '(  de  auditu.  ) que  nous 
nous  abftiendrons  de  les  rapporter.  Au  refte, 
on  fait  que  l'oreilie  étoit  chez  les  anciens  le 
fymbole  de  la  mémoire  5 on  fait  de  plus  que  les 
romains  touchoient  l'oreille  de  ceux  qu’ils  ap- 
pelloient  en  témoignage  ; c'eft  fur  ces  deux  faits 
que  les  interprètes  ont  fondé  une  manière  parti- 
culière à’embrajfer  les  enfans , qui  n’avoit  proba- 
blement d'autres  motifs  qu’un  ufage  vague  Sc  in- 
fignifiant,  comme  on  en  voit  tant  d'autres  chez 
toutes  les  nations.  , , 

EMERAUDES, 


E Aî  E 

É‘vjERAUDE  3 fmaragàiis , 

: ButFon  ( pas 


Ê'M  E 


5'«5 


“ Les  anciens 

. de  La  èAinériIogie 


: yop  : ton- 


m.IIL 


d'où  cet  article  eil  ex- 


, J «wa-fc  -w-v 

ftüt } J an  rapport  deXhéophrat’te  ( lagid,  ii  gemm, 
• 44  ) J i£  piauoient  à porter  V émeraude  en 
bague  3^  aSn  de  s'égarer  la  vue  par  fon  éclat  & 
fa  coUienr  iaave  ; ils  la  taiiloierit , foit  en  ca- 
bochon ^ pour  faire  flotter  la  lumière,  foit  en 
tjo.e  pour  ja  réfléchir  , com ne  un  miroir,  foit 
en  creux  regalier  , dans  lequel  , fur  un  fond 
ami  de  1 œu  , yenoit  fe  peindre  les  objets  en  ra- 
‘ij!l  ^ eit^aînfl  que  l’on  peut,  entendre  ce  q-ae 
dit  I line  ( A ero  princeps  glapatoran  pugtias  fi>ec- 
tuf^ac  fmaragdo.  lib.  XXX Hî.  rP.  i6.  ) d’un  em- 
pereur qui  voyoit^dans  une  émeraude  les  combats 
dvS  gladiateurs:  vcicïvxüt  Vemera^de  ces  ufages^ 
ajoute^  le  natuplifte  romain  , & refpectanc  fes 
beaiues  natureiies , on  fembloic  être  convenu  de 
ne  point  1 eutanaer  par  le.burin  , cependant  il  re- 
connoit  liü-même  ailleurs  que  les  grecs  avoient 
CUCiqueiois  grave  fur  cette  pierre  , dont  la  dureté 
n efl  eu  à-peu-près  égale  à celle  du  criflal  de 
roche  & des  belles  agathes  ( lV.  XXX'/ll , ,-2°.  5 ; 

Il  parie  de  àmiéTâcraides , fur  chacune  defquelks 
etoit  gravée  ^Aniymone , rune  des  Dabaides.; 
& -dans  îè  meme  livre  de  fon  hifloire  natareliè  , 
n°.  4 il.  rapporte  la  gravure  des  à une 

epoqae  répond  en  Grèce  au  règne  du  der- 
nier des  1 arquins.  Selon  Clément- Alexandrin,  le 
fameux  cachet  de  Polycrate  étoit  une  émeraude 
gravee  par  Théodore  de  Satnos  CR.  Clem.  A/ex. 
piiag.  lib.  III.  ),  Lorfque  Lucullus  , ce  rornain  fi 
célébré  par_  les  richeffes  & par  fon  luxe,  'aborda 

Alexandrie,  Ptolémée,  occupé  du  foin  de  lui 
plaûe  , ne  trouve  rien  de  plus  précieux  à lui  offrir 
qu  une  emeraude, fur  laquelle  étoit  gravé  le  por- 
trait du  monarque  égyptien  ( Vlut.  in.  Lucul.  ) «. 

«Je  ne  conçois  pas  , continue  le  comte-  de 
Biifîon  3 comment  on  a pu  de  nos  jours  révoquer 
en  doute  lexiftence-de  cette  pierre  dans  l’ancien 
condnent  , & nier  que  l’antiquité  en  eût  jamais 
eu  connoiffance  ; c’eft  ceoendânt  l’aflertion  d’un 
auteur  ..recent  ( M.  Datens  ),  qui  prétend  que  les 
anciens  n’avoient  pas  connu  Y émeraude  , fous  pré- 
texte que  dans  le  nombre  des  pierres  auxquelles 
lis  ont  donné  le  nom  de  fmaragdus , plufieurs 
ne  font  pas  des  émeraudey,  mais  il  n’a  pas  penfé 
cz  mot  fmaragdus  étoit  une-  dénomination  gé- 
nérique pour  toutes  les  pierres  "vertes  , puifque 
une  conyprend  fous  ce  nom  des  pierresmpaques3 
qm  -embient  n ette  que  des  prafes  ou  même  des 
jaipes  verts  ; mais  cela  n’empêche  pas  que  la  vé- 
ritablene  foit  du  nombre  de  ces  fma. 
ragdes  des  anciens  : il.  eft  meme  affez.  étonnant 


Z , i -- -..-i it*-  uanc 

^ bnllans  , & aux  caraéfères  très- 

Qilnnéhrs  fous  iefquels  

.t  pourquoi  chercher  à 
aéitiquités^  Tome  II. 


moîgnagès  , en  je  les  rapportant  pas  exa'âement  ? 
far  exemple  3 fauteur  dre  Théophraile  comme 
ayant  parle  d’une  é.Tzc.Tjace -de  cuacre  coudées  de 
longueur, -&  d’un  obéiifqiie  iY émeraude  de  qua- 
rante coudées  ; mais  il  n'ajanre  pas  que  le  natu- 
raiirte  grec  témoigne  fur  ces  faits  un  doute  très- 
niarqué.i  ce  qui  prouve  qu’il  connoiffoit  alfez 
là  vérkahle  émeraude  pour  être  bien  perfuadé  qu’oa 
n en  avoir  jamais  vu  de  cette  grandeur.  En  effet  , 
Xneopnmite  dit  en  propres  termes  : que  Y émeraude 
efi  rare  tj'  ne  fe  trouve  jamais  en  grand  volume  . - 
E51  h tr~aeia,  y.di  ré  à p-eyàAit  (^de  lapid.y 

à rnoins , ajoute-t-il , qu’on  ne  croie  aux  mé- 
“ moues  égyptiens,  qui  parlent  à' émeraude  de 
quatre  & de‘  quarante  coudées  Mais  ce  font 
chofes  3 continue-t-ii  , q\iil faut  laijfèr fur  leur  bonne 
foi  i & à fégard  de  la  colonne  tronquée  ou  du- 
cippe  AJmeraude  du  temple  -d’Hercule  à Tyr  , 
dont  Hérodote  fait  auffi  mention  , il  dit  oue  c’eft 
fans  doute  une  ià'Æz  émeraude.  Nous  conviendrons 
avec  M.  Dutens,  que  des  dix  om  douze  fortes 
de  fmaragdes , dont  Pline  fait  1 énumération  , 
la  plupart  ne_  font  en  effet  que  de  fauffes  éme- 
raudes / mais- il  a dû  voir  comme  noiK,  que  Pline 
en  diftingué  trois  comme Tupérieures  à toutes  les' 
autres.  La  première  eft- l’éiKeruade -nommée'- par 
les  anciens , pierre  de  fc-ythie  , & qu’ils  ont  dit 
être  la  plus  belle  ^de  routes.  La  fécondé , qui  ' 
nous  paroit  être  auffi  une  émeraude  véritable , eft  la 
é^zérrfa/ze  , à laquelle  Pline  attribue  la  même  dureté 
& le  même  éclat  qu’à  X émeraude  feythique,  mais  qui, 
ajoure-t-il  , 611  toujours  fort  petite.  La  troilîème^ 
qû'ii  Kàomxfxe  émerauie  de  Coptos , & qu’fl  dit 
être  en'  morceaux  affez  gros  , mais  qui  eft  moins 
parfaite  , moins  tranfparente  , & n’ayant  pas  ïe 
vif  éclat  d-es  deux  premières.  Les  neufs  autres 
fortes  étoient  celles  de  Chypre , AY Ethiopie , à’Her- 
minie,  de  Perfe  , de  Médïe  , de  YAttique  ^ de 
Lacédémone  , de  Carthage^  & celle  d’Arabie , nom- 
mée Ckolus La  plupart  de^  celles-ci , difent 

les  anciens  eux-mêmes,  ne  méritoient  pas  le  noln 
A" émeraudes  , & n’étoient , fuivant  l’expreffioh 
de  Théôphrafte,  que  de  faulTes  émeraudes , pfeu^ 
dofmaragdi.  On  les  trouveit  communément- dans  ^ 
les  environs  des  mines  de  cuivre  , circonftance  qui 
peut  nous  les  faire  regarder  comme  Ats  fluors  verts 
(ou,  peut-être  même  des  malachites  ).  Il  eft  donc 
évident  que  dans  ce  grand  nombre  de  pierres 
auxquelles  les  anciens  donnoient  le  nom  géné- 
ri_qu-g  de  fmaragdes , ils  avoient  néanmoins  très- 
bien  fu  diftinguerSe  connoîtrel’é/72eri2z^df  véritable 
qu’ils  caraéiérifent,  à ne  pas  s’y  méprendre, 
par  fa  couleur  , fa  tranfparencç  & fon  éclat  ( Voy, 
ihéophrafte,  n°.  44;  & Pline,  liv.  XXX VIL, 
n°.  16  ).  L’on  doit  en  effet  la  féparer  & la  pla- 
cer à une  grande  diftance  de  toutes  les  autres 
pierres  vertes  , telles  que  les  prafes , les  fluors 
verts  3 les  malachites  , 8c  les  autres' pierres  vertes 
opaques  de  la  claffe  du  jafpe-,  auxquelles  les  an- 
ciens appliquoient  impropi^menr  ^ génerique-- 

i tt 


\ 


514  E M B 

ment  ie  nom  de  fnzsrag-iis.  Ce  n etoïc  donc^pas 
d'éwerÆiiie  , mais  de  quelques-uns  de  ces  laux 
& erands  fmaragdes  , qu'étoient  faites  les  colonnes 
& les  ftatues  prétendues  d emerauae  oont  P^t'-e 
rantiquité  (telle  étoit  encore  la  Itatue  üe  Mi- 
jjgjyi.  faite  iî émeraude  ^ ouvrage  fameux  üe  L>i- 
pœnus  & Scyliis.  de  Fia.  verr.  ) , de  meme 
que  les  très- grands  vaîesou  morceaux  d emerauaes 
que  Ton  montre  encore  aujqurd  hui  dans  quel- 
ques endroits , tels  que  la  grande  jatte  du  trefor 
de  Gênes  , appellée  \tfaini-graai.  La  Con^mine  ^ 
cüi  trouvé  à Gcncs  uy£c  los  princes  Corlini  j 
petits  neveux  du  pape  Clément  XII , a eu  j p^r 
leur  ntoyen  , occalion  o examiner  attentivement 
ce  vafe  a la. lueur  d"un  flambeau.  La-  couleur  lui 
parut  d^un  vert  très-foncé  ; il  n y apper^ut  pas 
ia  moindre  trace  de  ces  glaces  , pailles  , nuages 
& autres  défauts  detranfparence  fl  communs  dans 
les  émeraudes  & dans  toutes  les  pierres  précieufes 
un  peu  groffes , meme  dans  le  criftal  de  roche  ; 
mais  il  y d;fling«a  très-bien  plufleurs  petits  vides 
femblables  à des  bulles  d’air , de  forme  ronde  ou 
obiongue  , telles  qu  il  s’en  trouve  commucément 
•dans  les  criftaux  ou  verres  fondus  , foit  Lianes  , 
doit  colorés.  Le  doute  de  la  Condamine  fur  ce 
,va.fe:foit  difantd’éOTeraade,  n’eft  pas  nouveau-  Il 
eli  , dit-il , clairement  indiqué  par  les  expreflions 
qaemployok  Guillaume  , archevêque  de  Tyr , il 
y a quatre  flècks,  en  difant , <10- à la  prife  de  Ce- 
farée  , ce  vafe  échut  pour  une  grande  fomme  dl argent 
MX  génois , qui  le  crurent  a émeraude  , &*  qui  le 
TTïOîitrent  encore  comme  tel  ê?  comme  miraculeux  auX 
*i^oyûgcurs . Au  rçite#  continue  i auteur  j li  ne  tucnt 
qu’à  ceux  à qui  ces  foupçons  peuvem  déplaire, 
de  les  détruire  s’ils  ne  font  pas  fondes  ( ue 
tacad.  des  fciences , année  1757  , p.  ^4Q,&  fuiv.) 
tels  que  la  oierre  verte  , pefant  vingt-neuf  livres  , 
donnée  par'Charlemagne  au  couvent  de  Reiche- 
mau  près  Confiance'',  que  M.  Coxe  ( lettres, 
iul-  la  Süiffe  , page  21.  ) foupçonne_  être  un 
Ipath  fluor  vert  , traniparent  , ^ne  lont  que 
des  primes  ou-  des  prafes,  ou  meme  ues  v^erres 
faélices.  On  voit  dans  le  cabinet  de  iainta  Ge- 
neviève deux  gros  fragmens  de  verre  teint  en 
couleur  d’émeraude , trouvés  dans  un  ancien  tom- 
beau égyptien.  Or  comme  ces  émeraudes  fuppo- 
fées  ne  prouvent  rien  aujourd'hui  contre  l’exif 
tence  de  la  véritable  émeraude ces  mêmes  erreurs 
dans  l’antiquité  ne  prouvent  pas  davantage-®.. 

cc  D’après  tous  ces  faits  j comment  peut-qn  dou- 
ter de  î’exifience  de  ï émeraude  en  Italie,  en 
Grèce  & dans  les  autres  parties  de  l’ancien  con- 
tinent , avant  la  découverte  du  nouveau  r Com- 
ment  d’ailleurs  fe  prêter  à la  fuppoflnon  forcée 
que  la  nature-  ait  réfervé  exciufivement  à l’ Amé- 
rique .cette  production  qui  peut  fe  trouver  dans 
tous  les  lie.üX-où.  elle  a formé  des  crifiaux  ? Et 
r.e- devons- nous  pas  êîre  .circonfpects  , lorfqij’il 
5 agit  d’àiinettjedes.faics  exuâQràtnairesSe  ifolés^ 


E M E 

comme  le  feroit  celui-ci  ? Mais  indépendamment 
de  la  multitude  des  témoignages  anciens,  qui 
prouvent  que  les  émeraudes  étoient  connues  & 
communes  dans  l’ancien  Continent  avant  la  dé- 
couverte du  nouveau  , on  fait,  par  des  obferva- 
tions  récentes,  qu’il  fe  trouve  aujourd’hui  des 
émeraudes  en  Allemagne,  en  Angleterre,  en  Italie  ? 
& il  feroit  bien  étrange  , quoi  qu’en  difent  CyÇl- 
qaes  voyageurs , qu’il  n’y  en  eut  point  en  nüe. 
Taverniêr"&  Chardin  ont  écrit  que  les  terres  de 
l’Orient  ne  -produifoient  point  d’émeraudes-,  & 
néanmoins  Chardin , relateur  véridique  , convient 
qu’avant  ia  découverte  du  nouveau  jnonde  les 
perfans  tiroient  des  émeraudes  de  1 Egypte , &C 
que  leurs  anciens  poètes  en  ont  fait  mention  ; 
que  de  fdn  temps  on  connoiffoit  en  Perfe  trorS 
fortes  de  ces  pierres  ; favoir  , l’émeraude  d Egypte  , 
qui  eft  la  plus  belle,  enfuite  les  émeraudes  vieilles 
&■  les  émeraudes  nouvelles  : il  dit  m'ême  avoir  vu 
plufleurs  de  ces  pierres , mais  il  n’en  indique  pas 
la  différence,  & il  fe  contente  d ajouter,  que 
quoiqu’elles  foient  d’une  tres-belle  couleqr  , Se 
d’un  poli  vif,  il  croit  en  avoir  vu  d’amTi  bellès  , 
qui  venoierit  des  Indes  occidentales  ; ceci  prou- 
veroit  ce  que  l’on  doit  préfumet  avec  raifon, 
c’êft  que  l’émeraude  fe  trouve  dans  1 ancien  Con- 
tinent auffi  bien  que  dans  le  nouveau  , & qu  ede 
efi  de  même  nature  en  tous  lieux  ; mais  comme 
l’on  n’en  cenncît  plusdes  mines  en  Egypte  ni  dans 
l’Inde  , & que  néanmoins  il  y avoir  beaucoup 
d’émeraudes  en  Orient  avant  la  découverte  du 
Nouveau- Monde,  ces  voyageurs  ont  imaginé  que 
ces  anciennes  émeraudes  avoient  été  apportées^  ûu 
Pérou  aux  Philippines,  & de  là  aux  Indes  oneu- 
tales  & en  Egypte.  Selon  Tavernier  , les  anciens 
péruviens  en  faifoient  commerce  avec  les  hahi- 
tans  des  îles  orientales  de  l’A.fle-  ; & Chardin , 
en  adoptant  cette  opinion , dit  que  les  émerauaes 
qui  , de  fon  temps  fe  trouvoient  aux  Indes  orîen- 
t'ales,  en  Perfe  & en  Egypte,  .venoient  proba- 
blement de  ce  commerce  des  péruviens,  qui  avoi.ent 
traverfé  la  mer  du  . Sud  long- temps  avant  que- 
les  efpagnols  enflent  fait  la  conquête  de  leur 
pays  ; mais  étoit-il  néceflaire  de  recourir  à-  une 
rappofîtion  auffi. peu  fondée  pour  expliquer  pour^ 
quof  l’on  a cru  ne  voir  aux  Indes  orientales, 
en  Égypte  & en  Perfe , que  des  émeraudes  des 
Indes  occidentales.  La  raifôn  en  eft  bien  Ample, 
c’eit  qüe^:lg.s  émeraudes  _Çoxït  les  mêmes  par-tout, 
& que  comme  les  anciens  péruviens  en  avoient 
ramaffé  une  très-grande  quantité,  les  efpagnols 
en  ont  tant  apporté  aux  Indes  orientales,  qu'elles, 
ont  fait  difparoître  le  nom  & l’origine  de  celles 
qui  s’y  trouvoient  auparavant,  & que  par  leur 
entière  & parfaite  renemblance  , ces  émeraudes 
de  l’Afie  ont  été  & font  encore  aujourd’hui  coa- 
fondues  avec  les  émeraudes  de  l’Amérique  «• 

« Cette  opinion  que  nous  réfutons  pafoitnlêffs 
que  le  produis  o’uiie  eueur  de  iiomendature  5 


E M E 


E M I 


les  naturatiftss  técens  out  donné  ^ avec  les  joail- 
liers , la  dénomination  de  pierres  orientales  à celles 
qui  ont  une  belle  tranfparence  j & qui  en  ntême 
temps  font  affez  dures  pour  recevoir  un  poli  vif  ; 
& ils  appellent  pierres  occidentales  celles  qu  ils 
croient  être  du  même  genre , & qui  ont  moins 
-d'éclat  & de  dureté.  Et  comme  V émeraude 
n’eil  pas  plus  dure  en  Orient  qu'en  Occident , 
ils  en  ont  conclu  qu’il  n'y  avoir  point  dé émeraudes 
orientales  , tandis  qu'ils  auroient  dû  penfer  que 
cette  pjerre  étant  par-tout  la  même  , comme  le 
crylhl  , l'améthylle  , &c.  elle  ne  pouvoit  pas  être 
reconnue  ni  dénommée  par  la  différence  de  fon 
éclat  & de  fa  dureté  ». 

Ce  font  J dit  M.  PaW  , les  arabes  qui  ont  pro- 
bablement imaginé  la  table  fmaragdine,  ou  cette 
prodigieufe  lame  dî émeraude , fur  laquelle  Her- 
mès ( perfonnage  qui  n'a  jamais  exifté  ) grava  à 
la  pointe  du  diamant  le  fecret  du  grand-œuvre. 
Il  y a aujourd'hui  des  Bédouins  affez  enfans  ou 
affez  imbécilles  , pour  croire  que  cette  table 
eft  cachée  dans  le  harem  ^ ou  la  plus  grande  des 
pyramides  de  Gifeh  ; mais  il  a lî  peu  été  queftion 
d'y  enfévelir  quelque  fecret , qu'on  n y a pas 
ttouvé  une  feule  infcription , ni  dans  la  falîe  d’en 
haut , ni  dans  celle  d'en  bas  ; & s'il  y a eu  des 
caractères  hiéroglyphiques  gravés  fur  les  faces  ex- 
térieures de  ce  monument , il  faut  que  le  tems 
les  ait  effacés , car  il  n'en  refte  plus  de  tmce. 
Je  fais  bien  ce  qui  a donné  lieu  à cette  tradition 
des  arabes  : ils  ont  manifeftement  confondu^  la 
table  Jmaragiine  avec  ce  coloffe  à" émeraude  , qu  A- 
pion  , cité  par  Pline  , difoit  encore  être  de  fon 
temps  J renfermé  dans  le  labyrinthe  , quoique 
ce  ne  puiffe  avoir  été  qu'un  ouvrage  de  verre  colo- 
ré, comme  les  égyptiens  en  faifoient  déjà  du  temps 
de  Séfoftris  ; car  il  faut  rejetter  l'opinio^n  de  ceux 
qui  difent  qu’ils  y employoient  le  prême  d éme- 
raude, mot  barbare,  corrompu  de  celui  de  prafe. 
Cette  fubftance  n'enveloppe  pas  la  vraie  éme- 
raude , au  moins  dans  les  mines  de  l'Egypte  ,^ou 
î'on  en  connoîî  deux  : l'une  à l’Occident  du  Nil , 
au  pied  de  la  côte  Lybique , entre  Ipjon  8c  Tkata  ; 
& l'autre  vers  le  bord  du  Golfe  Arabique , un 
peu  au-delà  du  vingt-cinquième  degré.  Cette  der- 
nière ne  paroît  pas  dans  l'antiquité  avoir  appar- 
tenu aux  rois  d’Egypte  , comme  on  feroit  tenté 
de  le  penfer , mais  aux  rois  de  l’Ethiopie,  qui 
foutinrent  à cette  occafion  une  guerre , où  l’on 
voit  qu'ils  réclamèrent , comme  une  partie  de 
leur  domaine,  & la  ville  de  Phylé,  & la  mine 
a émeraude  ( I ).  L'arabe  Abderrahman  , qui  l’avoit 


(i)  Héliodor.  Æthtopic.  lié.  IX. 

On  voit  par  îa  narration  de  cet  auteur  que  les 
perfans,  en  conquérant  l’Égypte,  s’étoient  auffi  ein- 
parés  de  la  mine  Sémeraude  , Sc  qu’ils  furent  obligés 
de  reftituer  aux  éthiopiens  , d’où  ie  conclus  eue  cette 
mine  leur  avoir  appartenu  long  temps  avant  l’époque 
de  la  conquête. 


vîfîté,  dît  qu’on  y trouve  ces  pierres  enveloppées 
dans  une  matière  blanchâtre;  qu'il  y en  a de  trois 
efpèces  , dont  aucune  n'eff  ni  prême  , ni  prafe, 
& qu'on  les  rend  toutes  ^us  tranfpàrentes  en  les 
plongeant  dans  l'huile  chaude. 


Le  comte  de  Cayîus  parlant  d’une  mofaïque 
qui  avoir  appartenu  à Ficoroui , & qui  avoir  été 
trouvée  à Ronie  , dit  C d'iânt.  lïl.pl.  je;. 
n°,  I.)  qu'on  voyoit  des  émeraudes  communes, 
mêlées  aux  morceaux  de  -marbre  de  différentes 
couleurs,  dont  fes  cubes  étolent  formés. 


EMERITA,  dans  le  Portugal. 

Col,  Emerit-a  AriotLSTA.  Coîonîa  Emerîta 
Augufia. 


Cette  colonie  romaine  a fait  frapper  des  mé-< 
dailles  latines  ên  l'honneur  d'Aiigulïe , deLivie, 
de  Tibère. 


EMERITUM.  1 ^ ...  ■ , 

EMERITUS  s On  appeaoit  chez 

les  romains,  la  récompenfe  accordée  à un  foi- 
dat  qui  avoit  bien  fervi  pendant  un  certain  nom- 


Les  favans  ne  peuvent  pas  affurer  avec  certi- 
tude fi  elle  confifioic  ou  en  argent,  ou  en  terre, 
ou  dans  l'une  & l'autre  à la  fois,  & s'il  n'y 
avoit  aucune  différence  entre  Yemeritum  8c  le  præ- 
mium.  L'hiftoire  nousapprend  qu'Augufte  accorda 
( Dion.  LV.)  aux  prétoriens  foco  drachmes  , & 
aux  autres  foldats  300  ; qu'il  avoir  réglé  le  terme 
de  X émérite , & les  récompenfes  des  différentes 
fortes  démérites  ; que  parmi  ces  émérites  les  unS 
dévoient  avoir  fervi  feize  ans,  d’autres  vingt, 
Caligula  réduifit  à la  moitié  la  récompenfe  de 
Xéméritat  prétorien.  émérite  ou  vétéran  , de 
quelque  rang  qu'il  fûf,  étoit  très-eftimé , & il 
ne  lui  étoit  point  permis  de  s'abaifier  au. vil  emploi 
de  délateur.  ( Martian.  l.  dejferri  ff.  de  jure  fifei.  ) 

ÉMILîEN. 


C.  ou  M.  Julius  Æmilius  Æmilianus 
Augüstus. 

Ses  médailles  font  : 

RRRR.  en  or  ; on  en  connoît  plafieurs  revers. 
R.  en  argent. 

Le  revers  qui  a pour  légende  Concordia 
Aug.  , ert  fort  rare  ; mais  il  n’appartient  poins 
à Emiiien, 

RRR.  en  G,  B.  de  coin  romain. 

T tt-ü 


E M M 

RRR.  en  M.  B. 

RRR.  en  P.  B. 

RRRR.  en  G.  B.  de  colonies. 

RRR.  en  M.  B. 

RRRR..  en  G.  B.  grec; 

Peut  - être  n"en  exifte  - t - il  point  en  M.  & 
P.  B. 

Émilien  ( Alexandre  ) tyran'  en  Égypte  , 
fous  Galiien.  • 

Tiberiüs  Cestiüs  Alexander  Æmilianüs 
Augustus. 


■ ■ E 'M”  P 


fc.vlivliiLiii , oanfe  inventee,  difoi:-orr  na- 
un  des  fuivans  de  Bacchus,  dans  la  conquête 
des  Indes,  bile  reçut  le  nom  de  fon  inventeur 


cc  Vemmélie  étoit  une  danfe  tragique  , & c'é’-oit 

la  feule  J parmi  les  danfes  pacifiques /à  iaqudie 

» Piaton  accordât  fon  fuffrage  =>3.  ( Mémoires  de 
ï académie  des  injcri^z.  îom,  I.  ) 


Emméiie. 

Meurfius  dit  pofirivement  j dans  fon  traité  de 
/a  danfe  , que  ce  mot  éloit  non-feuiement  le  nom 
d'une  danfe  J mais  encore  celui  de  Pair;  & il 
prouve  cette  alTerticn  par  un  paiTage  d'Euftathius. 
Pollux  ( Onomafi.  cap.  7.  §.  i.âe  po'étis 
1 emméiie  au  nombre  des  chants  ou  airs. 


Ses  médailles  font  î 

. O.  en  or  & argent  ; celles  d'argent  âr  de  bronaCj 
avec  des  légendes  latines  j rapportées  dans  le 
catalogue  de  Mézabarba  , font  fufpeétes, 

RRRR.  en  M.  B.  grec,  ou  approchant  de  cette 
forme.  Émilien  eft  _repréfenté  en  bufte,  ayant 
la  tête  ornée  d'un  diadème , & tournée  de  la 
droite  à la  gauche.  Il  tient  un  bouclier,  fur  le- 
quel paroît  un  animal  qui  s'élaece  5 il  y a au 
revers  un  aigle  qui  a les  ailes  déployées.  Il  étoit 
de  cette  manière  dans  le  cabinet  de  Beauvais. 

EMISA  , dans  la  Syrie. 

On  a quelques  médailles  impériales  grecques 
de  cette  ville,  félon  le  P.  Havdomn. 

Emisa,  dans  la  Phœnide. 

EMIcQN.  ECOAONIAc.  Emifena  colonie. 

Cette  colonie  romaine  a fait  frapper  des  mé- 
dailles en  l’honneur  d'Antonin,  de  Caracalla, 
d'Elagabale,  d'Alex.  Sévère,  deDomna. 

EMÎSSTONES  equorum  in  circo  ^ courfes  de 
chevaux  dans  le  cirque. 

ÉMITHEE.  Voyeq_  Émîthée. 

EMMAILLOTER.  Voye^  Berceau. 

'e  m o'  n e I o I. 

Mafques  ayant  la  barbe  taillée  en  pointe  , ou 
en  -forme  de  coin,  ccmme  celle  des* pantalons 
du  théâtre  italien. 

EMMÊLES.  Les  Tons  emmeles  étoîent  chezTes 
grecs  ceux  de  la  voix  dilLLae  , chantante  & ap- 
préciable q-ai  peuvent  donner  une  mélodie. 


EA4FEREÜR  C' Agathe  de  1‘  }.  Voyer  Apo- 
théose aAvguJîe. 

Empereurs  romains.  On  cherchera  dans,  le 
iiclion.  d économie  politique  , ce  qui  conjiituoit  lent 
dignité? 

Les  empereurs  romains  _paroilTerit  toujours  fur 
les  monumens  publics  fans  aucun  attribut  de 
monarque,  mais  comme  les  premiers  de  leurs 
concitoyens  & comme  joui/Tant  de  privilèges 
egalement  dillribues  , tnyûiiùi.  Les  figures  qui  les 
accompagnent,  parojlTent  être  égales  à leur  maître  j 
& celui-ci  n eil  diftingue  des  autres  que  parl'ac- 
tion  principale  que  1 artifte  lui  a donnée.  Jamais 
une  figure  qui  préfente  quelque  chofe  à un  em- 
pereur ( Winckd.  kifi.  de  l’art.  IV.  r.  5.  ) ne  plie 
le  genou,  fi  Ton  excepte  les  captifs;  & aucun 
perfqnnage  ne  leur  parle  la  tête  inclinée.  Quoi- 
que la  flatterie  allât  tres-Ioin  à Rome,  fous  les 
empereurs  tyrans,  puifque  nous  favons  que  le  fénat 
fe  profteriia  aux  pieds  de  Tïhère  { .Sueton.  Tiber^ 
c-  24.  ) , nous  dirons  cependant  à la  gloire  des 
artifles  , qu  iis^  ont  comervé  long-temps  fur  leurs 
ouvrages  la  dignité  de  l'homme  dans‘la  capitale 
du  monde,  comme  ils  avoient  fait  à Athènes, 
dans  le  temps  de  fa  fplendeur.  Obfervez  que 
I on  a excepte  les  captifs,  en  parlant  des  monu- 
mens parvenus  ju.fqu'à  nous  nous  favons  de 
plus  J que  des  rois  ont  donné  v'oiontairemenc 
cette  marque  de  foumifflon  aux  généraux  romains. 

I iursTQi.s  nous  spprçnci  JPottzp^i , ^ ouc  X'v2r3.’’£‘> 
roi  d’A  ménie  , ve.noit  de  fon  plein  gré  voir 
1 ompée.  Eîàrit  i-arrive  a la  porte  du  camp  des 
ce  cheval , détacha  fon  épée 
de  d'.  .ius  fon  épaulé  , & la  remit  aux  deux  lic- 
teurs qui  étoient  ailés  à fa  rencontre  : iorfqu’il 
parut  devant  Pomp;  e , il  'dépofa  la  tiare  à les 
pieds,  & s'y  proifetna  lui-même. 

Piufieurs  ouvrages  modernes  nous  font  voir 
combien  peu  on  a été  attentif  à Tobrervation  du 
coftame  far  ce:  objet.  Entre  plufieurs  exemples. 


E M P 

j]  fufSra  d’en  rapporter  un  feul  : c^efl:  un  bas- 
reiief  qui  a été  exécuté  dans  ce  fiècle , à Rome  ^ 
pour  la  fontaine  de  Trévi  ^ & qui  repréfente 
l'architeéie  offrant  le  plan  de  cet  aqueduc  à 
Marcus  Agrippa.  Le  feuipteur  moderne  j non 
content  d^avoir  donné  une  longue  barbe  à cet 
iliuftre  romain  , contre  la  vérité  des  médailles  & 
des  marbres  ^ a placé  rarcHiteéte  ancien  avec  un 
genou  en  terre. 

Les  empereurs  ^ fous  ce  nom  impofant , qui , 
dans  fon  origine  , ne  fîgnifioir  qu'un  général, 
s'étant  rendus  maîtres  de  la  république , reunirent 
dans  leurs  perfonnes  toutes  les  charges  les  plus 
conlîderabîes  de  I état,  & toutes  les  prééminences 
affectées  aux  différentes  dignités  : ils  portèrent 
la  chlamyde  couleur  de  pourpre,  qui,  fuivant 
Eutrope  5 ( Irb.  p.  ) défignoiî  l’empire  j d’autres 
veulent  cependant  qu’elle  ait  été  donnée  aufli  aux 
généraux,  h’empereur  feul  avoir  les  faifeeaux, 
qu'on  portoit  devant  lui  entourés  de  lauriers 
( Herodien  , liv.  j.  ) 8c  lui  feul  avoir  ( Ti/Ie- 
mont^  hifi.  des  emp.  tom.  III.  part.  I.  foi  180.) 
dans  fa  chambre  une  petite  ftatue  de  la  viéloire, 
en  or.  Muratori  (^annali  dltalia  , tom.  I.  foi  594.) 
dit  que  c'étoit  une  liatue  de  la  fortune.  Héro- 
dien  nous  apprend  encore  , qu'on  portoit  du  feu 
devant  les  empereurs  & les  impératrices  ( Hérod. 
liv.  I.  Liv.  2.  liv.  7.  );  dfffinéiion  que  l'on  ne 
trouve  point  fur  les  monumehs. 

Com.me  les  autres  citoyens , les  empereurs 
n’employèrent  pour  leurs  habits  que  la  laine , le 
coton,  ^ le  lin,  & plus  tard  cette  efpèce  de  foie 
dont  Pline  fait  mention.  La  véritable  foie  étoit 
fî  rare  & n chère  du  temps  même  des  empe- 
reurs ^ que  Marc-Aurèle  ne  voulut  pas  garder,  & • 
fit  vendre  publiquement  un  habillement  fabriqué 
de  cette  matière.  Auréiien  ne  voulut  point  que 
fa  fenme  achetât au  poids  de  i'or,  un  habit  de 
foie.  Eiagabale  fut  le  premier  des  qu'on 

Vit  paroître  en  public,  revêtu  d'un  habillement 
tiffu^de  foie,  fans  mélange.  Ce  ne  fut  que  fous 
le  règne  de  Julhnien  qu'on  commença  à cultiver 
les  vers  à feie  en  Italie,  ou,  pour  mieux  dire  , 
en  Europe. 

^ Dès  la  fin  de  la  république , les  habiîiemens 
oes  citovens  romains  & de  leurs  chefs,  avoænt 
aeja  . bemcoup  perdu  de  leur  fîmpliciié.  Ün  fiècie 
çpies  , Caliguia  afrecta  de  ne  porter  aucun  ha- 
m!,ement  de_  fo  ancêtres,  m civil,  ni  militaire. 

le  Yoyoït  foutent  vêtu  d’une  pœnvla  de  pour- 
pre  ornée  ^'de  pierres  précieufes  5 ü portoit  auffi 
ces  hapits  a manches.,  des  habits  de  foie  , ou 

A femme , & des  bracelets. 

<->0  erost  cnoque  de  voir  Néron  ( Suetonias  ) 
couvert  d'une  chlamyde  à étoiles  d'or,  cu'i! 
portoit  fur  une  tunique  de  pourpre.  Qu'auroit- 
on  c't  alors  du  iafts  de  Dioclétien , qui  porta 


E M P 


517 


des  perles  jufques  fur  la  chaulTure  ( Eutroph  ^ 
-lib.^  9-  ) j qui  exigea,  comme  les  rois  de  Perfe, 
qu  on  fe  profternàt  devant  lui  ? On  blâma  ouver- 
tement Conlîantin , d’avoir  ajouté  des  perles  à 
I habit  impérial  : auffi  ces  ornemens  étrangers 
ne  manquèrent  pas  d'altérer  les  formes.  On  vit 
ces  habiîiemens , fi  nobles  & fi  élégans  dans  leur 
première  limpücité,  prendre  un  air  bifarre  Scune 
roideur,  qui  les  rendirent  bientôt  méconnoilîable.s. 
V'^oyez  les  médailles  des  empereurs  de  Conftanti- 
nople.  Plufieurs  auteurs  ont  prétendu  que  Conftan- 
tin,  le  premier  , a toujours  porté  le  diadème  j il 
eft  au  moins  certain  qu'il  en  changea  la  forme, 
en  y ajoutant  des  bandes  qui  croifent  fur  la 
tête. 

_ En  un  mot,  les  bons  avant  Dioclé- 

tien,  n eurent  dans  leurs  habületnens  civils  ou 
militaires  , d’autre  dilîinétion  que  la  couleur  de 
pourpre  ; & le  nombre  & la  forme  en  étoienc 
les  mêmes  que  pour  ceux  des  citoyens  aifés.  Iis 
ne  portoient  dans  Rome  que  la  tunique  avec 
la  toge  ^ 8c  ils  ne  prenoient  l'habit  m.ilitaire , 
c eft-a-dire , la  cuiraiTe  fur  la  tunique,  les  bot- 
tines ouvertes,  le  paludamentum  ^ le  cafque,  le 
boucher,  la  lance,  &c.,  que  hors  des  murs  de 
Rome.  Céfar  étoit  revêtu  de  la  toge , lorfqu'il 
fut  afîafline  dans  le  fénat.  Aiigulîe  portoit  une 
epee  cachee  fous  fa  toge  le  jour  qu'il  régla 
la  réforme  des  fénateurs.  Sévère  s'étant  préfenré 
aux  portes  de  Rome  , en  habit  m.ilitaire,  fuivî 
de  toutes  fes  troupes , defeendit  de  cheval , & 
s’étant  revêtu  de  la  toge,  il  entra  dans  la  villa 
en  habit  civil. 

Les  généraux  & les  empereurs  font  communé- 
ment reprefentes  armes  comme  les  grecs  , ayant 
le  paludamentum  pour  manteau. 


Empereurs.  Les  noms  de  roi  & ài empereur 
ont  été  employés,  l'un  pour  l'autre,  dans  le  moyen 
âge.  On  a desunonumens  fur  lefquels  Dioclé- 
tien , Conftantin  & Charlemagne  étant  empereurs^ 
ne  portent  que  îe  titre  de  rois.  On  a donné  fou- 
yent^  le.  titre  d’augufte  ou  ^empereur  à Clovis , 
à Pépin  , plufieurs  autres  rois  de  la  fécondé 
race  , & même  ce  la  troifième.  Dans  une  charte 
de  Eecton,  évêque  de  Langres , datée  de  la  25 ‘• 
année  du  règne  de  Charlemagne  , c'eft-à-diie , 
de  l'an  791  , ce  monarque  eft  appelle  empereur. 
Or,  on  fait  qu’il  ne  parvint  à la  dignité  impé- 
riale que  huit  ou  neuf  ans  après- 

EmpePvEurs  ( mecatiles  des  ).  Veye:^  Impé- 
riales. 

EMPIRES.  Ciî  ccnnoirdansi'hiiloire  ancienne 
Quatre  granues  monarchies,  eu  quatre  grands 
empires  J cenn  des  ’oa’oylor.iens,  chaldéens  & a-ffi- 
rrens  j celui  des  medes  ou  des  perfes  5 ïempi's 


J, s EMP 

des  çrecs , qui  commence  & finit  a Alexandre  , 
puifc^u'à  la  mort  fes  conquêtes  furent  divifees 
entre  fes  capitaines , & celui  des  romains.  Les 
deux  premiers  ifont  fubfifte  que  dans  1 Unent } 
le  troiûême  en  Oncnc  Sc  partie  en  ^Occiücnt  > 
l’erTjp/re  romain  dans  prefque  tout  1 Occident , 
connu  pour  lors,  une  partie  de  TOrient,  & 
dans  quelques  cantons  de  TAfrique. 

des  aflyriens,  depuis  Ninus,  fils  de 
Bélus,  qui  le  fonda  l’an  du  monde  1757  J félon 
le  calcul  d'UifériuSj  a fubfîfté  jufqua  Sardana- 
pale,  leur  dernier  roi,  en  52f7  , & a par  confé- 
quent  duré  plus  de  cinq  cents  vingt  ans. 

U empire  des  mèdes  , commence  'par  Arbace 
i’an  du  monde  ? 2 ^7 , efi  réuni , fous  Cyrus  , ^vec 
celui  des  babyloniens  & des  perfes,  l’an  3408. 
Ceft  à cette  époque  que  commence  proprement 
Y empire  des  perfeSj  qui  finit  deux  cents  foixante 
ans  après,  à la  mort  de  Darius  Codomanj  ian 
du  monde  3674- 

empire  des  grecs , à ne  le  prendre  que  pour 
la  durée  du  règne  d’Alexandre,  commença  Tan 
du  monde  3674,  & finit  a la  mort  de  ce  con- 
quérant, arrivée  en  3681.  Si  par  empire  des  grecs 
on  entend  non-feulement  la  monarchie  d’Alexan- 
dre, mais  encore  celle  des  grands  états  que  fes 
fucceffeurs  formèrent  des^  débris  de  fon  empire , 
tels  que  les  royaumes  d’Égypte  , de  Syrie , de 
Macédoine , de  Thrace  & de  Bithynie , il  faut 
dire  que  Y empire  des  grecs  s’eft  éteint  fucceffîve- 
ment  & par  parties;  le  royaume  de  Syrie. ayant 
fini  l’an  du  monde  3939;  celui  de  Bithynie  onze 
ans  plutôt,  en  5928;  celui  de  Macédoine,  en 
3836;  & celui  d’Égypte,  qui  fe  foutint  le  plus 
long-temps  de  tous , ayant  fini  fous  Cléopâtre , l’an 
du  monde  3974  : ce  qui  donneront  précifément 
trois  cents  ans  'de  durée  à Yempire  des  grecs  , 
à commencer  depuis  Alexandre  jufqu’à  la  deftruc- 
tion  du  royaume  d’Égypte  , fondé  par  fes  fuc- 
ceffeurs. 

L’empire  romain  commence  à Jules- Céfar  , 
lorfque  vidorieux  de  tous  fes  ennemis  , il  eft  re- 
connu dans  Rome  didateur  perpétue!  l’an  708  de 
■la  fondation  de  cette  ville , quarante  - huit  ans 
avant  Jéfus-Chrift,  & du  monde  l’an  3950.  Le 
liège  de  Yempire  eft  tranfporté  à Byfance  par 
Confiantin  , l’an  3 34  de  Jéfus-Chrift  , onze  cents 
quatre-vingt-dix  ans  après  la  fondation  de  Rome. 
L’Occident  & l’Orient  fe  trouvent  toujours 
réunis  fous  le  titre  iY empire  romain^  & fous  un 
feul  ou  deux  princes , jufqu  à ce  que  , fous  le  règne 
de  Conftantin  & d’Irène , les  romains  proclament 
Charlemagne  empereur , vers  l’an  800  de  Jéfus- 
Chrift.  Depuis  cette  époque  l’Orient  & l’Occi- 
dent ont  formé  deux  rmprrMféparés;  celui  d’Orient, 
gouverné  par  les  empereurs  grecs,  a commencé  ' 


E M P 

en  Sot  de  Jéfus-Chrift  ; & après  s’être  affciblî 
par  degrés , il  a fini  dans  la  perfonne  de  Conftantin- 
Paléologue,  l’an  14^5. 

EMPLOCIES , fêtes  d’Athènes  , pendant  lef- 
quelles  les  femmes  paroiffoient  avec  leurs  cheveux 
treffés  : ce  que  lignifie  emplocîes , ifiTrx'oxict ^ trelTe 
de  cheveux. 

EMPORIÆ,  en  Efpagne,  EMnopiTiîN, 
EMHOF. 

Les. médailles  autonomes  de  cette  ville  fonts 

C-  en  argent. 

C.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Leur  tj^pe  ordinaire  eft  Pégafe  volant- 

Emporiæ  , en  Sicile,  emiiop. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RRR.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  or. 

EMPORITJM,  c’étoit  à Rome  un  lieu  oé 
s’affembloient  des  marchands  de  mie! , de  fruits 
& d’autres  pareilles  denrées.  Il  y en  avoit  un 
dans  la  troifième  région  près  de  la  Métafudante 
il  tenoit  tous  les  neuf  jours.  Il  y en  avoir  un  autre 
hors  de  la  porte  2 rigemina , près  du  campus  na- 
valis  ; les  bateaux  y abordoient  : il  étoit  fitue 
dans  la  treizième  région  , pavé  & entouré  de  pa- 
lilTades.  Ce  fut  Aurélien  qui  Penferma  dans  Rome, 
lorfqu’il  en  étendit  l’enceinte. 

A Athènes,  les  emporii  curât  ores.,  ou  épimitetes 
du  marché  , étoient  chargés  de  veiller  à ce  qu’on 
ne  diftribuât  aucune  mauvaife  denrée  dans  les 
marchés;  à ce  qu’on  y vendît  à bon  poids  & à 
bonne  mefure  , & à ce  qu’aucun  particulier  n’en- 
leyât  plus  de  vin  & de  blé  qu’il  ne  lui  en  faüoit 
pour  fa  confommation  dom.eftique  : ce  qui  reltoit 
étoit  acheté  par  l’état,  porté  dans  des  magaüns, 
& donné  aux  pauvres  à un  prix  modéré. 

EMPOUSE,  F'oyei  Empuse. 

EMPREINTE.  On  tire  des  empreintes  des  mé- 
dailles, des  monnoies  , de  cachets,  des  pierres 
gravées  , c’eft-à-dire,  on  en  prend  artiftement  la 
repréfentati&n  fembîabîe  à l’original , çar  le  moyen 
d’un  corps  mou.  Comme  d’un  côte  on  ny 
fauroit  réuflir  fins  en  favoir  la  manœuvre  Sc 
que  de  l’autre  il  eft  auffi  utile  que  fatisrauant 


pour  un  vrai  curieux  d'avoir  en  fa  pofTefTion  le 
plus  grand  nombre  qu'il  eft  poffible  Semprdntts 
urées  fur  les  plus  belles  pierres  gravées  & les 
autres  ouvrages  de  l'art,  on  fera  bien  aile  de  ià- 
voir  la  manière  de  les  faire.  Nous  allons  1 ap- 
prendre aux  lefteurs  d'après  Mariette. 

Cette  pratique  n'a  rien  de  difEcile  dans  les  gra- 
vures en'creux;  toute perfonne,  pour  çeu  quelle 
ait  d'adrelfe  , en  eil  capable  ; les  matières  qu'on 
emploie  le  plus  ordinairement  pour  cette  opéra- 
ration  font  la  cire  d'Efpagne,  le  foufre  & le 
plâtre. 

La  pre.mière  a cet  avantage , que  les  empreintes 
fe  font  fur  le  champ  fans  beaucoup  de  préparation, 
& que  la  matière  encore  liquide  s'infinuant  exacte- 
ment dans  toutes  les  cavités  de  la  gravure , le 
relief  qui  fort  eft  prefque  toujours  très-complet 
& très-net  j il  s'agit  feulement  d’avoir  de  la 
meilleure  cire  de  graveur. 

Au  lieu  de  cartes  à jouer , il  faut  fe  fervir 
d’une  limple  feuille  de  papier  bien  uni , pour  y 
appliquer  la  cire  ; mais  pour  le  faire  avec  foin 
& avec  propreté  , on  aura  une  aftiette  d’argerjt , 
qu'on  mettra  fur  un  réchaud  rempli  de  feu  ; & 
lorfqu'elle  fera  fufEfamment  échauffée  , l’on  y po- 
fera  dans  le  fond  un  morceau  de  papier  bien 
feCj  fur  lequel  on  répandra  la  cire  qu’on  aura 
fait  fondre  en  Fexpofant  au  feu , & non  en  la 
préfenrant  à la  flamme  d'une  bougie  ; on  évite 
par  ce  moyen  que  la  fumée  ne  s'attache , comme 
il  eft  ordinaire  , au  bâton  de  cire  & n'en  altère 
la  couleur.  On  tiendra  pendant  quelque  temps  la 
cire  en  fufion  , on  la  remuera  ; & quand  on  verra 
qu'elle  eft  bien  unie  & bien  liée  , on  y imprimera 
le  cachet , & il  eft  comme  indubitable  qu'il  en 
fortira  une  bonne  empreintre. 

Mais  commetouces  les  précautions  n’empêchent 
point  la  cire  d’être  une  matière  caftante,  qui 
fe  fend  aifément , Mariette  étoit  d’avrs  qu'on 
renonçât  aux  empreintes  de  cette  efpèce  , à moins 
qu'une  néceftité  n'y  obligeât  5 c'eft-a  dire  , qu’il 
n'y  eût  aucune  efpérance  de  retrouver  i’occafion 
de  cirer  autrement  l'empreinte  d'une  belle  pierre 
gravée  qui  fe  préfente , de  qu’il  fallût  abfoiument 
le  faire  fur  le  champ.  ■ 

On  trouv'e  encore  un  autre  défaut  aux  empreintes 
en  cire  d'Eipagne  ; elles  ont  un  luifant  qui  ne 
permet  pas  de  jouir  de  la  gravure  , & ôte  le  repos 
qui  doit  y régner  ; c'eft  pourquoi  les  connoifteurs 
préfèrent  les  empreintes  qui  fe  font  avec  le  plâtre  : 
Ja  difticulté  eft  de  trouver  du  plâtre  affez  fin , 
Sc  peut-être  vaudroit-il  mieux  prendre  des  mor- 
ceaux de  talc  ( gypfe  fin  , ainfi  nommé  par  les  ou- 
vriers ) , les  faire  calciner  foi-même  dans  un  feu 
ardent , & quand  ils  feroient  refroidis , les  broyer 


dans  un  mortier  en  poudre  le  plus  fin  qu'il  feroit 
poflibîe.  Enfuite  on  palfera  piufieurs  fois  cette 
pouffière  au  tamis,  & on  l'emploiera  comme  on 
fait  le  plâtre  , en  la  coulant  un  peu  claire  fur  la 
furface  de  la  pierre  gravée , qu'on  a eu  la  pré- 
caution d’entourer  d'une  carte  ou  d’une  petite 
lame  de  plomb  , pour  contenir  le  plâtre  & em- 
pêcher qu’il  ne  fe  répande  au  dehors. 

Mais  les  ew.premtes  qui  Te  font  au  foufre  mé- 
ritent encore  la  préférence  , parce  qu'il  eft  plus- 
aifé  d'y  réufllr  , & que  la  diverlîté  des  cou'eurs 
qu'on  leur  peut  donner,  en  rend  î’afpeél  plus  agréa- 
ble. Voici  comme  il  faut  y procéder. 

On  fera  fondre  dans  une  cuillère  de  fer  , fur 
un  feu  modéré , autant  de  foufre  qu’on  aura 
deffein  d’en  employer  , & îorfque  ce  foufre  fera 
liquéfié,  on  le  jettera  dans  la  couleur  dont  on 
le  voudra  colorier.  Sur  u.ne  once  de  foufre,  on 
ne  peut  mettre  moins  d'une  demi-once  de  cou- 
leur , autrement  les  foufres  feroient  trop  pâles. 
Lecinnabreou  le  vermillon,  la  terre  verte,  Tochre 
jaune,  le  mafticet,  ainfi  que  le  noir  de  fumée, 
font  de  toutes  les  couleurs  celles  qui  s’incorporenc 
le  mieux  avec  le  foufre  ; mais  fi  la  jonéfion  de 
ce  dernier  minéral  fe  faifoit  moins  difficilement 
avec  la  mine  de  plomb  pulvérifée  très  fin  , ce 
feroit  une  des  teintes  les  plus  flateufes  à la  vue. 
Celle  que  donne  le  vermillon  eft  aufli  fort  bon.ne  j 
& quand  on  veut  qu’il  ait  plus  de  brillant , on 
frotte  à fec  avec  un  pinceau  & un  peu  de  carmin' 
la  furface  de-  l’empreinte. 

La  couleur  jettée  dans  le  foufre,  on  aura. at- 
tention de  tenir  la  cuillère  dans  une  agitation  con- 
tinuelle, tant  afin  que  le  foufre  ne  s'attache  point' 
à la  cuillère  & ne  fe  brûle  point , que  pour  fa-_ 
cilicer  l'incorporation  de  la  couleur.  Pendant 
ce  temps-là,  il  fe  forme  fur  la  furface  du  foufre 
une  efpèce  de  craiTe  ou  d'écume,  qu’il  en  faut 
réparer  & enlever  avec  une  fpatule  ou  le  tran- 
chant d'un  couteau.  Au  bout  d'un  demi-quart-^' 
d'heure,  la  cuillère  étant  toujours  reftée  fur  le' 
feu,  pour  empêcher  le  foufre  de  figer,  on  verfe 
le  foufre  par  inclinaifon , ou  fur  une  feuiile  de 
papier  huilée , ou  fur  une  feuille  de  fer-blanc 
bien  placée  , & on  l'y  laine  refroidir  : le  foufre 
en  fort  ayant  la  forme  d'un  gâteau.  Cette  pre- 
mière préparation  eft  pour  le  colorier  & le  pu- 
rifier de  fes  ordures  les  plus  groflières. 

Veut-on  faire  empreintes  , on  coupe  un 
morceau  de  ce  gâteau  de  foufre  , on  le  fait  fondre 
une  faconde  fois  dans  la  cuillère  de  fer,  toujours 
fur  un  feu  modéré  ; on  la  remue  pour  l'empê- 
cher de  brûler;  on 'en  enlève  encore  la  crafte  , 
en  cas  qu'il  en  paroift'e , & l'on  en  verfe  dou- 
cement fur  la  pierre  gravée,  qu'on  a préparée  pour 
recevoir  ce  foufre  liquéfié.  On  l’a  enveloppée. 


s 20  E M ? 

Cl!  plutôt  on  Ta  environnée  d/un  morceau  as  carte 
fine  ou  d'un  papier  tort , qui  étant  alFujerti  avec 
un  fi!  de  laiton  , Sc  repüé  tous  la  pierre  , de  façon 
que  le  foufre  ne  puùTe  échapper  par  aucune 
ouverture  J prend  ia  figure  d'un  petit  godet  : ou 
bien  l'on  y met  autour  une  petite  lame  de  plomb 
mince  , qui  embratTe  exactement  ia  pierre.  Ces 
difrerens  moyens  réuÆiTent  également^  on  choi- 
lîra  ceiui  qui  conviendra  le  mieux. 

A peine  le  foufre  aura-t-il  été  verfé  dans  cette 
efpèce  de  petit  moule , qu'il  commencera  à fe 
figer;  mais  fans  lui  en  donner  le  temps  , & lerf- 
qu'on  jugera  qu'il  fe  fera  déjà  formé  fur  ia  fur- 
face  de  la  pierre  une  légère  couche  de  foufre 
figé.  Gui, -comme  une  peau,  s'y  fera  étendu  & 
Lt  couvrira  toute  entière  , on  furvidera  prompte- 
ment dans  ia  cuillère  le  foufre  encore  liquide  , 
pour  le  verfer  tout  de  fuite  & en  remplir  le  même 
moule,  jufqu'à  ce  qu’ii  y en  ait  affez  pour  don- 
ner du  corps  à ï empreinte.  C'eft  ainfi  qu'on  évite 
les  fouffiures. 

^ Quelque  temps  après  le  foufre  étant  figé,  on 
rètera  de  defius  la  pierre  gravée , qui  s'en  dé- 
tachera aifément  & fans  la  moindre'  effort;  & 
il  ne  faut  point  douter,  fi  l'on  a ufé  de  toutes 
les  précautions  qu'on  vient  d'indiquer,  que  Vem- 
preinte  ne  fok  exaéie  & parfaite  ; mais  pour  peu 
qu'elle  manque  en  quelqu'endroit , on  ne  doit  pas 
balancer  d’en  recommencer  une  fécondé  ; le  même  ■ 
foufre  fervira  , & l’opération  n’efi  ni  afléz  coû- 
teufe  , ni  aiTez  fatiguante  pour  craindre  de  la 
répéter. 

Telles  font  les  différentes  pratiques  qu'il  faut 
obferver  toutes  les  fois  qu'on  fera  des  empreintes 
pec  les  pierres  gravées  en  creux  ; & rien  comme 
l’on  voit  n'eft  plus  fimple.  Il  n'en  eft  pas  de  même 
des  gravures  en  relief,  dont  on  voudra  pareille- 
ment avoir  des  empreintes  ; celles-ci  exigent  une 
double  opération  , car  ia  première  empreinte  on 
en  feroit  ne  donneroit  qu’un  creux,  & il  s’agit 
d'avoir  un  relief  femblable  à l'original. 

Il  faut  donc  commencer  par  mouler  le  relief, 
& en  tirer  un  creux  qui  fervira  à faire  V empreinte 
de  relief  ; & c'eft  ce  qui  eft  prefque  toujours 
accompagné  de  grandes  difficultés  , & qui  devient 
même  impraticable  dans  certains  cas.  Si  le  relief 
eft.plat  ou  de  très-baffe  taille , le  moule  fe  fera  ai- 
fément  avec  du  plâtre  fin  ; mais  pour  peu  que 
les  objets  aient  de  la  faillie,  & qu'il  y ait  des 
parties  éminentes  , travaillées  & fouillées  en- 
deffous  , ce  qui  ne  peut  guère  rnanquer  de  fe  ren- 
contrer dans  un  relief,  le  plâtre  dont  on  fe  fert 
pour  faire  le  moule  fe  loge  dans  les  cavités  ; & 
quant  on  veut  le  féparer  de  la  pierre  gravée, -non- 
içukment  il  ^en  reire  dans  ces  petits  creux  où  il 
Sifto-.t  inunue,  mais  ces  arrachemens en  sntrauieut - 


E M P 

louvent  d'autres  plus  confidérabies  encore  • Je 
moule  demeure  imparrait  & ne  peut  point  .Servir. 

Après  avoir  fakplufieurs  tentatives,  l'on  n'a 
rien  trouvé  de  mieux  pour  faire  ces  moules  que 
la  mie  de  pain  Sc  la  colle  forte.  Voici  la  mamere 
de  procéder. 

Il  faut  avoir  de  la  mie  de  pain  très-tendre , 

■ d'un  pain  _ qui  foit  peu  cuit,  ce  qu'on  appelle 
du  pain  cuit  gras.  On  la  prend  entre  fes  doigts, 
on^la  manie  & remanie  à plufieurs  reprifesj  juf- 
qu  à ce  qu'elle  commence  à devenir  pàteufe  : on 
y mele  alors  tant  foit  peu  de  vermillon  ou  de 
carmin  : on  ia  repétrit  encore  j & quand  on 
eft  parvenu  à ia  rendre  bien  molle  & bien 
fouple , on  y imprime  le  relief,  qu'on  retire 
fur  le  champ,  & le  moule  fe  trouve  fait  & 
affez  bien  formé  ; car  cette  pâte  a une  efpèce 
de  reffo'rt  naturel  , qui  fait  qu'eSle  fe  prête  fans 
fe  déchirer  ; & comme'  elle  embraffe  affez  exac- 
tement un  relief  dans  toutes  fes  parties  , elle  s'en 
iépare  aufli  fans  former  aucune  réuftance. 

Si  en  fe  détachant  de  la  gravure  quelques  por- 
tions de  la  pâte  qui  étoient  entrées  dans  des  ca- 
vités ont^eté  obligées  de  céder  à des  parties  fail- 
iantes  ^qu'elles  ont  rencontrées  dans  leur  chemin 
& de  s écarter , elles  ont  bientôt  repris  leur  place. 
En  peu  de  temps  cette  pâte  fe  durcit , & elle 
acquiert  affez  de  confiftance  pour  devenir  un 
rnoule  capable  de  recevoir  le  plâtre  ou  le  foufre 
liquide  qu'on  y veut  couler  ; mais  elle  a un  dé- 
faut effentiel , quelque  bien  .pétrie  qu'elle  foit, 
elle  ne  s inlîüue  jamais  affez  parfaitement  dans . 
tous  les  petits  traits  de  la  gravure  , elle  demeure 
toujours  grade  & pâteufe  ; de  forte  que  les  reliefs 
qui  fortent  de  ces  fortes  de  moules  , n’ont  aucune 
'fineffe,  & font  privés  de  tous  ces  détails  qui 
donnent  i’ame  & i'efprit  à un  ouvrage. 

C’eft  eequi  a fait  imaginera  un  curieux,  homme- 
adroit  , d'employer  plutôt  la  colle  forte.  Il  eft 
un  inftant  ou  fortant  d'être  mife  en  fufion , elle 
a la  rneme  foiipieffe  , le  même  reffort  que  ia  mie 
de  pain  réduite  en  pâte  ; & rendue  à fon  premier 
^ même  dureté  que  celle-ci  étant 
féchée.^  Ce  cürieux  ayant  fait  fondre  de  la  colle 
forte  dont  fe  fervent  les  ménuiCers , la  verfe 
encore  toute  chaude  fur  le  relief  qu'il  veut  mou- 
ler , en  ufant  des  mêmes  précautions  qu'on  prend 
pour  les  empreintes  'de  foufre  ; & quand  la  colle 
entièrement  prife,  eft  encore  molle  , il  retire 
légèrement  fa  gravure , qui  refte  imprimée  dans 
ia  maffe  ae  la  colle.  Celle-ci  fe  durcit  prompte- 
menu,  & produit  un  moule  auffi  net  & aufli  exaél 
qii  il  eft  pofllble  , dans  lequel  on  peut  couler  du 
plâtre  ou  du  foufre,  & l'oa  en  tire  un  relief' 
affez  jufte. 

Mais 


E M P 

Mais  f-  !s  trop  de  failire  d^une  gravure  a rendu 
l’opérarion  du  moule  difficiie  , les  empreintes  qu'on 
doit  faire  dans  ce  même  moule , rencontreront 
encore  plus  d'obftacles,  & il  ne  faut  pas  même 
efpérerqu  elles  féuffilTent  jamais.  Quelques  moyens 
qu'on  emploie , il  y aura  toujours  quelque  par- 
tie du  relief  qui  ne  pouvant  fe  dépouiller , reliera 
dans  le  creux  du  moule.  Il  faut  renoncer  à faire 
des  empreintes  de  ees  fortes  de  gravures  trop  faii- 
lantes  & trop  e'vidées. 


E N C 


52t 


EMPÜSE.  C'étoit  un  fpedtre  horrible  que  la 
terrible  Hécate  faifoic  voir  aux  infortunés.  Ce 


pbantôme  changeoft  à tout  moment  de  forme. 
L'un  de  fes  pieds  étoit  d'airain,  & l'autre  étoit 
celui  d'un  âne  , d’où  lui  tinrent  les  furnoms 
ovoxba?  & dyss-xeAiî,  c’eif-à-d:re , qui  à la  jambe 
d un  âne.  Le' portrait  qu'en  fait  AiiftophanCj, 
dans  les  grenouilles  ( aci.  I,  fc.  4.  ) eil  fort  plai- 
fant.  La  manière  de  conjurer  ce  fpectre,  étoit 
de  lui  dire  des  injures. 


Les  empreintes  faites,  on  en  abat  les  balèvres  ; 
on  les  logne^  on  les  bme  5 on  leur  donne  une 
forme  régulière.  Pour  dernière  façon,  on  les  en- 
vironne de  petits  morceaux  de  carton  doré  fur 
îa  tranche , où  elles  fe  trouvent  renfermées  comme 
dans  une  bordure,  & qui,  outre  cette  propreté 
qu  ils  y mettent , leur  fervent  encore  de  rempart 
contre  le  choc  , & les  rendent  plus  durables.  Si 
I on  a beaucoup  de  ces  empreintes  , on  leur  donne 
un  ordre  ; & pour  les  pouvoir  conlidérer  com- 
modenaent,  on  les  colle  fur  des  cartons  ou  fur 
des  planches , qui , comme  autant  de  layettes , 
fe  rangent  dans  une  petite  armoire,  ainll  qu'il 
eil  d’ufage  pour  les  médailles. 


Suidas , Hefychius  , Euftathe  ( Oiyjf.  A.  ) , 
Denys  Périégète  ( v.  724.  ) en  parlent  auffi.Ce 
monftre  prétendu , dont  on  ne  croyoiî  ordinai- 
rsment  voir  que  la  partie  fupérieure  , & rarement 
les  pieds , ou  le  pied  unique , fit  naître  le  pro- 
verbe, changeant  comme  Empufe. 

_ EN  eft  fouvent  mis  pour  IN  dans  les  inferip- 
tions  latines  les  plus  anciennes.  On  lit  fur  la 
colonne  roftrale  au  capitole  : en  Siceliad.  & 
ENQUE  EODEM  MACESTRATOD  pour  in  Sidlia , 
&c.  Dans  le  calendrier  delà  bibliothèque Farnèfe  , 
qui  eft  gravé  fur  du  marbre  , on  lit  à côté  de 
certains  jours  EN  pour  /iV,  abrégé  de  istercifos 
dies. 


Il  eft  encore  une  autre  façon  de  faire  des  em- 
preintes des  pierres  gravées  ; mais  qui  ne  pou- 
vant pas  être  de  longue  dure'e,  n'eft  que  pour 
le  moment  où  l'on  eft  bien  aife  de  juger  du  tra- 
vail d'une  gravure  en  creux.  Ce  font  les  emprein- 
qui  fc  font  avec  la  cire  molle.  L'on  ne  voit 
guère  de  curieux  qui  ne  veuille  avoir  à la  main 
de  quoi  faire  de  ces  empreintes  , &qui  ne  porte 
pour  cela  de  la  cire  fur  lui.  On  en  fait  remplir 
de  petites  boctes  qui  fe  ferment  à vfs,  & aux- 
quelles on  donne  a.ftez  volontiers  la  fieure  d'un 
petit  ^ceut.  La  compoficion  de  cette  cire  eft  par- 
ticulière , & l'on  nous  faura  même  gré  d’en 
donner  ici  la  recette  de  Mariette. 

Sur  une  once  de  cire  vierge  qu'on  a fait  fondre 
doucement  dans  un  vaiffeaa  de  terre  verniffé , 
fans  la  trop  échauffer , & dans  laquelle  on  a mis 
un  gros  de  fucre  candi  broyé  très  - fin  , . qui 
en  accélère  la  fufion,  on  jette  ( la  cire  e'tant 
tout  à fait  liquide  ) une  demi-once  de  noir  de 
fumée  qu’on  aura  fait  recuire  pour  achever  de 
le  dégraiffer  , & une  goutte  de  térébentine  ; on 
remue  le  tout , fe  fervant  d’une  fpatule , jufqu’à 
ce  que  toutes  les  drogues  foient  parfaitement  in- 
corporées j & apres  1 avoir  tenue  un  peu  fur  le 
feu,  pn  retire  la  cire,  onlalaiffe  refroidir,  &on 
en  fait  un  pain. 

Pour  ce  qui  eft  des  pâtes  ou  empreintes  de 
verre  , qui  imitent  parfaitement  les  pierres  fines, 
& qui  moulées  deffus , en  font  des  copies  fideües  ; 
Vqyeç  Pate. 

Antiquités  , Tome  II, 


ENCADDIRES , prêtres  des  carthaginois  , 
confacrés  au  culte  des  dieux  Abaddires.  Toye^ 
Abaddir,. 

ENCAUSTIQUE  ( peinture  ).  Voyei  le 
diélion.  de  Peinture  ,&  l'article  Cire  punique 
dans  celui-ci. 

ENCAUSTUM ^ encre  pourpre  dont  fe  fer- 
voient  les  empereurs  grecs  pour  leurs  fignatures  , 
& dont  l'empereur  Léon  ( /.  6.  C.  ) défendit 
l'ufage  à toute  autre  perfonne.  Uqyej  Encre. 

ENCELADE  , un  des  plus  redoutables  géans 
qui  firent  la  guerre  à Jupiter,  fils  de  Titan  & 
de  la  terre  , voyant  les  dieux  viélorieux  , il  pre- 
noit  la  fuite  lorfque  Minerve  l'arrêta  en  lui  op- 
pofanr  i'ifle  de  Sicile  , & Jupiter  le  couvrit  du 
mont  Etna.  C’eft  - là  qu'accablé  fous  le  poids 
énorme  de  cette  montagne , & à demi-brulé  de 
la  foudre  , il  s'eft  ouvert  un  foapirail  : c'eft  lui 
dont  i'haleineembrâfée  exhale  les  feux  du  volcan  i 
lorfqu'il  effaie  de  fe  retourner,  il  fait. /trembler 
la  Sicile , & une  épailTe  fumée  obfcurcit  l'air, 
d'alentour.  Nojeq_  Géans. 

ENCENIES , fête  qu'on  célébroit  à la  dédi- 
cace de  chaque  temple  , àîa  reconflruélion  d'une 
maifon , enfin  quand  on  commençait  quelque  entre- 
prise , comme  le  dit  Suidas. 

ENCENS.  Pline  ( XIII.  i.  ) affûte  quel'f^- 
cens  u'a  été  admis  par  les  grecs,  dans  les  facrifices, 

V YV 


E N G 


522  E N G 

que  depuis  la  guerre  de  Troye;  & que  Ton 
employoic  encore  , à cette  époque , les  arbres 
& arbriffeaax  odcians^  pour  donner  un  goût 
agréable  à .'a  fumée  des  victimes  que  Ton  brûloir, 
ou  aux  fumigations  religieufes.  Les  grecs , tou- 
jours avides  de  merveilles  , difoient  que  cet  ufage 
datoit  du  moment  où  un  jeune  homme  très- 
pieux  , appelle  hlbar^us , avoir  été  métamorphofé 
dans  Tarbre  d’où  diflÜle  X encens.  Cette  fable  avo  it 
pour  fondement  le  nom  grec  de  X encens  ^ Ailavus. 

Encens  (coffret  à ).F'cyei  Acerra. 

Le  grain  d'encens  que  i’on  jettoit  dans  le  feu 
facré  , e'toit  rond  : Pline  le  dit  . en  terme  exprès 
Çhifi.  nat.  lib.  XII.  c.  14.  ) en  pariant  de  Parbre 
qiii  porte  Xencens  : guod  ex  eo  rotanihate  gutt& 
pependit  mircXum  vocamus  ; & il  ajoute  que  cette 
cfpèce  à' encens  étoit  confacrée  à la  religion  , reli- 
giopJ  tributum , ne  fexuS  aller  ufurparetur ; on  le 
tenoit  avec  deux  ou  trois  doigts.  Laélance  ( V. 
19.  ) dit  : tkura  tribus  digitis  ccrnprekenfa  in  focam 
jaâare;  & S.  Jérôme  écrit  dans  fon  épître  à 
Idéliodore  : non  efl  in  co  tantiim  Jervitns  idoii  ^ 
(i  quis  duobus  digitiilis  tkuriz  comprelfa  in  bufium  ars, 
jaciaî.  Telle  eit  précifément  rattitude  exprimée 
dans  le  monument  que  préiente  le  rP.  i.  de  la 
pî.  6(>.  du  IV.  vol.  des  recueils  d’anriquft.  du 
C.  de  Caylus.  Le  volume  ouïe  rouleau  que  cette 
figure  tient  dans  fa  main,  n’eft  peut-  être  que  l’en- 
veloppe qui  renfermoit  Xencens  avant  le  facrifice. 
Juvenal  parle  de  Xencens , & de  Ion  enveloppe , 
dans  ce  vers,  où  il  dit:  {fat,  Xîîl.  v.  iij.) 

uiut  cur 

In  carbone  tuo  charta  pia  tkure  foluta 
Ponimus  ? . 

Ce  que  Rutgers  ( Xar.  Cric.  l.  V.  c,  q.  ) prend  , 
fans  vraifemblance  , pour  un  rouleau  , fur  lequel 
étoient  écrits  les  vœux  que  l’on  adreffoit  au  dieu 
dans  le  facrifice. 

ENCHANTEMENS.^  Charmes  , 

Hécate  , & tomes  les  efpèces  de  Divination. 

ENGLYSEÜS.  Muratori  ( Tbef  1048.  5.  ) 
rapporte  une  infcription  fur  laqu.elle  Enclyjeas  ell 
appelle  le  dieu  particulier  de  Gaza  en  Paleftine. 
C’eft  ]-a- feule  fois  qu’il  en  eil  fait  mention  dans 
l’antiquité. 

ENCOMBOMA,  \ . 

EFROîAEGMA,  | pctit  mantcau  olanc  quc 

portoient  les  efclaves  grecs  par-deffus  leur  tu- 
nique ( Pollux  ) comme  habit  de  deifus  ; il  étoit 
commun  aux  efclaves  des  deux  faxes  : de  là  vient 
k fynonimfê  des  taotS  f)x.ou.g,ck-a(Arits  & 


EFKfl.MIOrFACOC  EÏC  TON  ATTOKPATOPA, 

ENCOMIOGRAPHUS  imperatoris.  Muratcri 
( Tkef.  6jo.  I . ) rapporte  une  infcnption  grecque , 
trouvée  à Thèbes  en  Eéotie  , fur  laqueile  on  lit 
ce  furnom  donné  à un  thébain  , appeiié  Zofme. 

ENCRE.  ïXencre  des  anciens  n’étoit  pas  fî 
fluide  que  la  notre;  il  n’y  entroit^pas  devitno!. 
C’eil  ce  que  que  i’on  peut  juger  à i''ortici , par  la 
couleur  des  lettres  qui  font  encore  plus  noires 
que  les  manufcrits,  quoique  ceux-ci  foient  prefque 
convertis  en  charbon.  Cette  couleur  en  facilite 
beaucoup  la  lecture  ; car , 11  on  eût  employé  de 
X encre  faite  avec  du  vitriol , elle  aurolt  changé 
de  couleur , fur-tout  ayant  été  expofée  à la  cha- 
leur du  feu,  & elle  feroir  devenue  jaune  comme 
X encre  de  tous  les  vieux  manufcrits  écrits  fur  du 
parchemin.  De  plus  , une  encre  de  cette  qualité 
auroit  corrodé  les  pellicules  délicates  du 
comme  il  efl  arrivé  dans  les  manufcrits  écrits 
fur  des  peaux  : car,  dans  le  plus  ancien  Virgile 
& le  Térence  , manufcrits  de  la  bibliothèque  du 
Vatican,  les  lettres  font  enfoncées  dans  Je  parche- 
min ; quelques-unes  même  y ont  fait  des  trous , 

. causes  par  l’acide  corrofif  du  vitriol. 

, Ce  qui  prouve  que  Xep.rre  des  manufcrits  d’Her- 
culanum  n’a  pas  été  fluide,  c’ell  la  faillie  des 
lettres  ; ce  qui  s’apperçoit  lcrfqa’on  regarde  à la 
lumière  une  feuille , & qu’on  la  tient  horizon- 
talement, toutes  les  lettres  paroiflent  en  relief 
fur  le  papier  , par  conféquenr  cette  encre  reifem- 
ble  plutôt  à celle  de  la  Chine  qu’à  la  notre  , 
& n’eft  qu’une  efpèce  de  couleur  épaiffe.  A cela 
fe  rapporte  un  paffage  de  Démoilhène  (1), 
où  cet  orateur  reproche  à Efc.hine,  que  la  pau- 
vreté l’avoit  réduit  dans  fa  jeuneffe  à balayer  les 
écoles,  à elTuyer  des  bancs  avec  une  éponge  , & 
à broyer  Xencre  , ( rs  pAxav  Tel/Sas  ) J ce  qui  montre 
que  Xencre  demandoit  les  mêmes  préparations  que 
les  couleurs  des  peintres  , & qa’eiie  n’étoit  point 
fluide.  C’eft  auffi  ce  que  fait  voir  celle  qu’on  a 
trouvée  dans  un  encrier  découvert  à Hercuianum  ; 
elle  paroît  comme  une  huile  graffe  avec  laqueile 
on  pourroit  encore  écrire  aujourd’hui. 

Un  favant  de  Naples  a dit  que  Xencre  des  an- 
ciens pouvoir  êtie  le  fuc  noir  du  poiftbn  , connu 
fous  le  nom  de  s'eche  ^ qui  pour  cela,  en  Italie, 
s’appelle  aujourd’hui  calamaro.  Cette  liqueur  étoit 
nommée  chez  les  grecs  , qui , fuivant  le  com- 
mentaire d’Héfychîus , n’étoit  autre  chofe  qu? 
le  /Ks'xas  tA  c-zinriag,  U'^noir  de  la  fepia.  Peifonns 
n’ignore  que  cette  liqueur  fert  de  défenfe  à ee 


(l)  Orat.  srtPJ  s*?-  fil  4t-  ‘i.  fin.  4.  edtt. 
Aid.  IJJ4. 


E N C 

oohTon  contre  d’autres  grands  poiffons  qui  le  pour- 
fiiivent } il  lâche  alors  ce  luc  de  fa  veille  > 
ce  qui  rend  Teau  trouble  & noire , & le  dérobe 
à la  vue  de  fes  ennemis.  C’eft  ainiî  que  le  renard  ^ 
pourfuivi  par  les  chiens , lâche  fon  urine  j guîj 
par  la  force  de  fon  odeur  , détourne  les  crdens 
de  la  voiej  & facilite  au  renard  le  moyen  de 
s’échapper.  Mais  il  ne  paroît  par  aucun  paüage  , 
dit  Wtnckelniann  , que  les  anciens  aient  fait 
uiâge  de  ce  fuc  de  la  seche.  Nous  favons  cepen- 
dant que  les  peuples  feptentrisnaux  préparent 
ànjourd’bui  leur  encre  avec  le  fuc  de  "la  sèche 
& Talun.  Dans  les  fîècles  de  l’antiquité,  les  afri- 
cains compofoienr  leur  encre  avec  la  sèche  & le 
jus  des  pavots. 

Aliatias  dit  avoir  vu  de  Yencre  compofée  de 
poils  de  chèvre  brûlés  5 cette  encre  éroit  un  peu 
rougeâtre , luifante , & elle  s’unilfoit  fi  bien  au 
parchemin  qu’on  ne  pouvoir  l’en  détacher , Se 
qu’elle  ne  changeoit  jamais  de  couleur. 

Y'encre  des  anciens  , dit  la  nouvelle  Diploma- 
tique 3 n’avoit  de  commun  avec  la  nôtre  que  la 
gomme  Se  h couleur.  On  l’appelioit  atramentum 
fcriptorium  ou  librarium  , pour  la  diîiinguer  de 
Y atramentnm  futorium  ou  calckantnm.  Au  lieu  que 
Yencre  d’aujourd’hui  efl  compofée  de  vitriol , de 
noix  de  galle  Se  de  gomme  j le  noir  de  fumée  , 
ou  la  fuie  de  la  réfine  , de  la  poix,  des  torches 
Se  des  fourneaux,  étoit  la  bafe  de  celle  des  an- 
ciens. A la  fuie  on  fubfh'tuoit  quelquefois  le  tartre 
ou  la  lie  de  vin  , l’ivoire  brûlée , les  charbons 
pilés.  Y’ encre,  dont  on  fe  fervoit  pour  écrire, 
quelles  que  fuiTent  les  drogues  dont  elle  étoit 
compofée,  fe  faifoit  toujours  au  foleil,  Sc  ne 
paiïbit  peut-être  jamais  au  feu.  i elle  étoit  Y encre 
du  temps  de  Diofcoride  & de  Pline  le  naturalille. 
Elle  n’étoiî  pas  encore  différente  au  VII.  fiècle  , 
comme  le  prouvent  les  origines  de  S.  Ifidorede 
Séville. 


E N C 


>2? 


leurs  celle  qui  s’y  reproduit  le  plus  eonltammei'.t. 
L’ufage  en  étoit  fi  général  dès  le  fiècle  d'Au- 
güfte,  qu’on  regardoit comme  un  figne  d’une  grande 
afSiétion , que  les  titres  d’un  livre  n’eu  fùfTent 
pas  formés. 


AVc  tltalas  minio  nec  cedrj  ckarta  notetar. 

^ II  ne  s’en  trouve  pourtant  plus  où  elle  règne 
d’un  bout  à l’autre.  Mais  dans  un  afTez  grand 
nombre  , elle  fcmble  partager  avec  \encre  noire 
toute  l’étendue  des  volumes.  Telles  étoient  ces 
anciennes  rubriques,  qui  occupoient  quelquefois 
des  pages  entières  : elles  reviennent  fans  celle 
dans  les  euchologes  & les  pontificaux.  Cette  cou- 
leur n’éroit  pas  feulement  deftinée  à récriture 
des  titres  & des  lettres  initiales  , elle  étoit  en- 
core placée  à la  marge  , pour  faire  obferver  au 
lefteur , foit  par  des  notes  diverfement  figurées  , 
foit  par  de  courtes  remarques  , les  traits  du  texte , 
dont  l’excellence , la  finguiarité  ou  l’excès  dé- 
voient attirer  fon  attention.  A la  fin  d’un  livre  , 
l’écrivain  vouloit-i!  énoncer  fon  nom , en  quel 
lieu  , en  quel  temps  il  l’avoît  écrit,  pour  qui  & 
par  quel  ordre  il  l’avoit  fait , tout  ce  détail  étok 
fouvent  exprimé  en  carnétères  d’une  couleur  diffé- 
renre_  du  corps  de  l’ouvrage,  ordinairement  ea 
vermillon. 


Y‘ encre  pourpre  ell:  beaucoup  plus  rare  dans 
les  diplômes  que  dans  les  manufcrits.  Jamais  on 
n’a  -vu  des  chartes  totalement  écrites  d’une  autre 
encre^  que  la  noire.  Cependant  Hgumann  dit  , 
d’après  Baldus,  que  ce  Jurifconfulte  avoit  vu  un 
certain  privilège  entièrement  écrit  .avec  de  Yencre 
pourpre,  mais  peint  avec  tant  d’art,  qii’!l  pa- 
roiflbit  tantôt  rouge  , tantôt  noir  , tantôt  de  cou- 
leur d’or , fuivant  que  fes  différentes  pofitions 
faifoient  réfléchir  la  lumière.  Cette  merveille  eft 
commune  à tous  les  manufcrits  & diplômes  de 
vélin  pourpré. 


Le  noir  eft  tellement  la  couleur  de  Yencre, 
qu’on  ne  conçoit  pas  communément  que  ces 
deux  idées  puiifent  être  féparées.  Cependant  y 
il  y a eu  & il  y a encore  des  encres  ronges , 
bleues , vertes  & même  jaunes.  Les  unes  & les 
autres  , à la  dernière  près,  furent  employées  plus 
fréquemment  par  les  écrivains  des  manufcrits  que 
celles  d’or  & d’argent.  Iis  en  formoient  les  titres 
& les  premjères  lettres  des  livres  , des  chapitres, 
des  paragraphes.  Malgré  la  diverfîté  des  drogues 
& le  plus  ou  le  moins  de  vivacité  des  différens 
rouges,  rien  de  plus  ordinaire  aux  auteurs  du 
moyen  âge  que  de  confondre  leurs  noms  , & 
fur-tout  ceux  de  cinabre  St  de  pourpre.  Le  ver- 
millon minium  , avec  lequel  on  écrivoit  les  titres 
des  livres , étoit  d’un  rouge  incomparablement 
plus  éclatant  que  celui  dont  on  teignoit  les  feuilles 
de  certains  manufcnts.  C’eft  de  toutes  les  cou- 


Y’encre  rouge  parut  élevée  au  deiTus  de  toutes 
les  autres  par  le  choix  qu’en  firent  les  empereurs 
d’Orîent,  pour  foufcrire  les  lettres,  aéfes,  di- 
plômes, dreffe's  en  leur  nom,  ou  émanés  de 
eur  autorité.  Elle  étoit  d’abord  compofée  du  fang 
de  la  pourpre  , coquillage  dont  on  peut  v’oir  une 
defcription  fort  étendue  dans  Pline  le  naturalifte. 
C’eft  avec  la  pourpre  cuite  au  feu  & avec  fes 
écailles  réduites  en  poudre  qu’on  faifoit  cette 
encre  facrée  ,fccrum  encauftum  , qu’il  étoit  défendu, 
fous  peine  de  la  vie,  d’avoir,  de  rechercher  eu 
de  tâcher  d’obtenir  des  ofSeiers  qui  en  avoient 
la  garde.  Agir  autrement , c’étoit  fe  rendre  fuf- 
peà  d’afpirer  à la  tyrannie  , s’expofer  à la  perte 
de  tous  fes  biens  & même  au  dernier  fupplice. 
D’un  autre  côté,  la  loi  qui  impofoit  des  peines 
fi  rigoureufes  ne  permettoit  pas  de  reconnoître 
pour  raferits  impériaux  ceux  où  la  fignarare  du 

V v V ij 


S2-i  E N C 

prince  J en  forme  d^’allocution , ne  feroitpas  faite 
ou  enluminée  avec  V encre  pourpre.  Les  foufcrip- 
tions  des  empereurs,  depuis  ce  refcrit  de  fan 
470 , changèrent  plufieurs  fois  de  formules , 
jufqu'à  ne  pas  avoir  entr'elies  le  plus  léger  rap- 
port de  reiiemblance  : mais  la  couleur  rouge  s'y 
Icutint  aulfi  long-temps  que  dura  rempire  des 
grecs. 

On  ne  fait  point  au  julle  quand  les  empereurs 
commencèrent  à ligner  de  la  forte.  Si  l'on  pou- 
voit  s'en  rapporter  à Conftanrin  Manafsès , on 
eroiroit  que  Théodore  le  jeune  étoit  dans  i'ufage 
de  foufcrire  en  lettres  rouges  ; ce  qui  pourroit 
fuppofer  une  coutume  encore  plus  ancienne.  Au 
moins  , la  loi  de  Léon  I.  ne  renferme- t-ei!e 
aucune  exprefflon , d’où  Ton  puilTe  inférer  Tintro- 
duéiion  de  quelque  pratique  nouvelle  dans  les 
lîgnatures  impériales.  Juilinien  , au  VU*,  fiècle  , 
foufcrivit  en  cinabre  les  aétes  du  concile  , fur- 
nommé  in  trullo.  Les  lettres  de  Léon  ITfaurien, 
adreffe'es  à Grégoire  II.  auiîècle  fuivant,  étoient 
munies,  à l'ordi-naire,  de  fa  fignature  en  cinabre. 
Les  conciles  généraux  des  VIII.  & IX'.  fiècles 
furent  foufcrits  de  la  même  façon  par  les  empe- 
reurs. Léon-le-Grammairien  rapporte  que  Léon- 
ie-Philofophe  aiuorifa , par  fa  fignature  en  cina- 
bre , xmaSapsas,  une  perfonue  qu’ii  avoir 
fait  partir  pour  la  Syrie.  On  pourroit  raffembler 
plufieurs  autres  témoignages  femblabies  du  même 
temps.  Les  loix  & les  auteurs  qui  ont  parlé  des 
foufcriptions  impériales , durant  les  X.  XI.  XII. 
XIII.  XIV.  ^ XV'.  fiècles,  conviennent quTi- 
les  étoient  peintes  en  rouge  , en  lettres  rouges  , 
en  cinabre.  Les  diplômes  exiiians  des  empereurs 
de  Conftanrinople  , foit  grecs  , fort  François  , 
conllatent  prefque  uniformément  le  même  ufage. 
Le  décret  d'union , conclue  entre  les  grecs  Se 
les  latins  au  concile  de  Florence , fut  foufcrit  par 
l'empereur  Jean  Paléologue , en  lettres  rouges  , 
fur  plufieurs  exe.mplaires. 

Nous  ne  favons  ce  que  veut  dire  le  P.  AI- 
phonfe  Coftadau,  lorfqu'ii  s'exprime  ainfi  dans 
fon  craité  des  figrzes  de  nos  penjées.  ce  Les  mêmes 
empereurs  s'approprièrent  une  certaine  liqueur 
=3  d'or  & d’argent , avec  laquelle  ils  écrivoient 
fur  un  fond  de  couleur  de  pourpre , afin  que 
» cette  ’iiqueur  eut  plus  d’éclat  & de  beauté 
N'auroit-i!  point  confondu  avec  cette  liqueur  la 
taxe  que  l'empereur  faifoit  lever  fur  l'indufirie 
tous  les  cinq  ans,  & qui  s'zppe’lok  chryfjrgyre , 
c'efî-à-dire,  or  & argent,  parce  qu'apparemment 
cette  iiT.poâtion  pouvoir  être  payée  en  argent 
comme  en  or,  au  lieu  que  les  autres  ne  pou- 
vorent  hêtre  qu'en  ce  dernier  métal  ? S’il  avoir 
prétendu  que  les  empereurs  grecs  donnoient  des 
drplémes  e.n  caractères  d'or  & d’argent  fur  un 
fond  de  pourpre,  c'dl  un  fa;t  dont  nous  con- 
viendïior.s  fans  peine.  Ivîais  dans  ce  cas , fl  n'aa- 


E N G 

roit  pas  dû  dire  que  les  empereurs  écrivoient 
avec  cette  liqueur  , puifqu'iis  le  faifoient  avec  la 
pourpre,  le  vermillon  ou  le  cinabre,  & qu'on  ne 
trouve  nulle  part  de  fignatures  faites  avec  une 
liqueur  qui  foit  tout  à la  fois  d’or  & d'argent. 

Ce  droit  de  ligner  en  cinabre  , dont  les  empe- 
reurs avoient  été  long-temps  fi  jaloux  , ils  com- 
mencèrent au  XIF.  fiècle  à le  communiquer  à 
leurs  proches  parens  , & même,  félon  du  Gange  , 
dans  fes  noces  fur  Anne  Comnène  25  j.  J 
à leurs  grands  officiers.  Ifaac  Lange  l'accorda  3 
fon  oncle  1 béodore  Caltramonite  5 Michel  l'an- 
cien permit  à fon  fils  Ardronic  de  jouir  du  même 
privilège.  Celui  - ci  fignoit  donc  de  fa  main , 
comme  le  rapporte  Pachymère  ( lib.  6.  ch.  29.  ) 
Andronic  par  la  gra,,e  ae  Dieu  , roi  des^omains , 
Mais  Michel  s’étou  réfervé  de  fouferire  , avec 
les  rr.êmes  caraétères , ie  mois  & l'indiclion , 
ufage  particulier  aux  empereurs  grecs  des  XIL 
& XIIF.  fiècles.  C'eft  ce  qui  mettoit  alors  une 
diftinéîion  fufnfance  entr’eux  bc  leurs  parens, 
à qui  ils  donnoient  la  permifiion  de  ugner  en 
lettres  rouges.  ' 

Montfaacon  demande  fi  le  cinabre  ou  la  cou- 
leur pourpre , employée  dans  les  fignatures  des 
empereurs,  différoir  du  'vermillon,  dont  les  titres 
des  livrés  manuferits  , même  chez  les  grecs , 
étoient  communément  décorés.  I!  conclut  qu'il 
faut  une  grande  expérience  pour  diiiingner  des 
matières  fi  relTembl antes.  Il  ne  paroît  pas  même 
trop  convaincu  qu'elles  fufîenr  réellement  di^é- 
rentes.  C'eft  ce  qui  lui  fait  croire , ou  qu’on  ne 
tenoit  plus  fi  rigouieufemeRt  la  main  à l'obfer- 
vation  de  la  loi,  ou  qu'elle  ne  s'étendoit  qu'aux 
fignatures  des  lettres  & des  chartes.  Mais  comme 
avant  & depuis  la  défenfe  de  l'empereur  Léon-lax 
Grand,  les  grecs  n'ont  jamais  cefTé  d'orner  leurs 
livres  de  lettres  rouges , & que  la  loi  ne  per- 
mettoic  pas  même  de  faire , ou  de  garder  chez 
foi,  Y encre  pourpre,  il  nous  femb’e  que  , dans 
les  premiers  temps,  la  difl'méîion  ne  devoit  pas 
être  difficile.  Les  empereurs  n'ayant  pas  confervé 
fcrupuleufement  l'ulage  de  la  pourpre  j mais  s'é- 
tant contentés  de  fouferire  en  lettres  rouges,  il 
ne  fut  plus  depuis  interdit  aux  particuliers  d'en 
ufer  , fi  ce  n'eft  dans  les  épïtres  , les  aéles  ou 
les  diplômes.  Auffi  Pachymère  dit-il , en  termes 
formels,  que  les  empereurs  firent  fuccéder  dans 
leurs  fignatures  ie  cinabre  à la  pourpre. 

Si  la  liberté  de  fouferire  avec  cette  encre  facrée 
fut  refireinte  aux  empereurs , ©u  aux  princes  de 
leur  fang,  dans  toute  l'étendue  delà  domination 
des  grecs,  les  fouverains  & ies  feigneurs  qui.  ne 
leur  étoient  pas  fournis,  affectère.nt  quelquefois 
de  s'arroger  la  meme  prérogative.  On  voit  des 
diplômes  de  Charles-le-Chauve , avant  & après 
qu'il  fut  parvenu  à la  dignité  impériale^  eu  fen 


tnohogramtnfi  & la  fignature  de  fon  chancelier 
font  en  rouge.  Les  princes  & les  archevêques  de 
Capoue , foufcrivoient  auüi  leurs  chartes  avec 
le  vermillon. 

A régard  des  chartes  des  particuliers,  il  y en 
eut  dont  les  lettres  initiales  étoier.t  rouges  , ver- 
tes ou  bleues.  D.  Mabiilon  n'en  avoit  rencontré 
qu'une  delà  première  efpèce.  Celles  où  les  autres 
couleurs  paroiffent,  ne  font  pas  moins  rares. 
Hickes , dans  fa  differtation  épiftoiaire , fait  men- 
tion d'une  charte  , intitulée  placitum  , du  temps 
de  Güîllaume-le-Conque'rant , &dont  l’infcriprion 
eft  en  lettres  rouger.  Il  y parie  encore  d'un  titre  , 
dont  deux  croix  font  en  vermiücn.  L'acre  rouge 
& Yencre  bleue  fervoient  prefque  indifféremment 
aux  grecs  pour  les  titres  & les  lettres  initiales 
de^  leurs  livres.  Mais  la  bleue  n'y  paroit  guère 
ou  entremêlée  avec  la  rouge  , & queiqueiois  même 
alternativement.  La  couleur  verte  eft  bien  plus 
fréquente  dans  les  manufcrits  des  latins  que  dans 
ceux  des  grecs.  Encore  y paroit-elie  plus  parti- 
culiérement reléguée  aux  derniers  temps.  Lorfque 
les  empereurs  de  Confiantinople  fe  refervoient  à 
eux  feuls  la  puiffance  de  foufcrire  en  cinabre  , 
ayatu  leur  majorité  , leurs  tuteurs  ne  fignolent  les 
diplômes  & autres  expéditions  qu'en  encre  verre. 
La  jaune  a été  peu  employée  dans  les  manufcrits 
depuis  éoo  ânsj  & par-tout  où  elle  i'a  été,  elle 
fe  trouve  fouvent  prefque  effacée.  « On  fe  fert 
« auffi  à la  Chine  A’&ncre  rouge  j mais  ce  n'eft 
« guère  qu’aux  titres  & aux  infcriptions  des 
" livres 

Obfervons  ici,  que  la  diverfité  de  couleur  , 
dans  récriture  des  manufcrits  & des  chartes  an- 
ciennes, vient,  non-feulement  de  la  diverfité  des 
encres , mais  encore  de  la  difpofition  du  vélin  , 
ou  de  ce  que  la  plume  aura  été  plus  ou  moins 
chargée  de  liqueur , ou  de  ce  que  l'écrivain  aura 
plus  ou  moins  appuyé  fa  main  en  écrivant  j ou 
enfin  de  ce  que  Yencre  aura  été  plus  ou  moins 
Suide. 

Les  bretons  & les  anglo-faxons  n’employoient 
pas  few, ement  Yencre  dor  dans  leurs  manufcrits, 
ils  faifoient  éclater  la  même  magnificence  dans 
leurs  diplômes.  Ceci  regarde  particuliérement  les 
rois  anglo-faxons.  Albcric  en  fa  chronique  , fait 
mention  d un  privilège  en  lettres  d'or , accordé 
a 1 abbaye  de  Glafton  par  S.  tdmond  , roi  d'An- 
gleterre. Peu  de  temps  après,  le  roi  Edgar  es 
donna  un  ou  1 or  ne  fut  pas  plus  éparané.  Ces 
roîs  fe  conte.nîoient  neanmoins  pour  l'ordinaire  , 
d'écrire  ou  de  faire  marquer  à la  tête  de  leurs 
diplômes  , ou  de  leurs  fignatures,  des  croix  d’or  : 
en  quoi  ils  etceut  fouvent  imités  par  les  nréîats 
& les  grands  tie-  leur  royaume,  qui  foufcrivoient 
aufli  avec  des  croix  en  or  diverfement  figurées. 


Quant  à la  compofition  de  notre  encre,  elfe 
etoit  inconnue  aux  anciens,  ou  du  moins  n'en 
ufoient-ils  que  pour  teindre  en  noir  leurs  cuirs. 
Avec  quelques-unes  de  nos  encres , on  n'écrit 
pas  commodément  fur  Tivoire,  ce  qui  fe  faifoit 
lans  peine  avec  celle  des  anciens.  Ils  avoient  des 
tab.ettes  & des  livres , non-feulement  couverts 
d ivoire , mais  dont  tous  les  feuillets  étoient  de 
cette  matière.  Scaliger  a été  repris  par  Voflius , 
pour  avoir  nié  qu'on  pût  écrire  fur  l'ivoire , 
comme  s d étoit  permis  d'argumenter  de  notre 
encre  a ceue  des  anciens.  On  peut  donc  faifir  des 
différences  pien  caraéîerifées  entre  ces  deux  encres  , 
quoîQu  apres  tout  on  ne  laifle  pas  d'écrire  far 
i'iyoiie  avec  de  Yencre  commune,  pourvu  qu'elle 
foit  un  peu  forte. 

Des  chartes,  dont  on  feroit  remonter  l’âge  fort 
haut  , fi  elles  fe  trouvoient  écrites  d'une  encre 
entièrement  femblable  à celle  dent  on  fait  main- 
te.nanr  ufage , pourroient  pardà  devèhir  fufpeftes. 
Mais  il  n'appartient  qu'a  des  antiquaires  très- 
habiles  & très-exercés  , de  porter  des  jugemens 
fi  délicats.  Car , quoique  bien  des  encres  antiques 
fe  terniffent  & s'effacent , que  quelques  - unes 
deviennent  rougeâtres  , jaunâtres  ou  pâles , ces 
defauts  font  rares  dans  les  diplômes  antérieurs 
ap  X®.  fiècie.  On  en  trouve  des  exemples  plus 
fréquens  dans  les  manufcrits.  Cependant  Gafley  . 
qui  3 en  1734  , a puDlié  le  catalogue  de  ceux  du 
roi  d'Angleterre  attefle  que  les  couleurs  des 
encres  font  auffi  vives  fur  des  manufcrirs  de  mille 
ans,  que  fi  elles  avoient  été  appliquées  depuis 
un  fiècie.  Il  infifte,  à la  vérité,  particuliére- 
ment fur  les  lettres  en  or.  Mais  on  peut  porter 
le  même  jugement  fur  Yencre  d’un  nombre  con- 
fidérable  d'anciens  manufcrirs  latins.  Ceux  des 
grecs,  en  écriture  courante,  tire.nf  fouvent  un 
peu  fur  le  rouge,  quand  ils  appartiennent  au  IX^'. 
QU  XL  fiècie. 

Quand  les  livres  étoient  décorés  de  lettres 
initiales , formées  de  figures  ce  poiffons  , d'oi- 
feaux,  de  quadrupèdes,  de  fleurs  & autres  orne- 
mens  , l'enlumineur  étoit-  dilfinguç  po.ur  l'ordi- 
nairè  de  l'écrivain.  Dé  là  tant  de  manufcrirs , 
fur-touc  depuis  le  XIIF-  fiècie,  font  dépourvus 
de  ces  lettres  qui  ont  été  iailTees  en  blanc. 

La  qualité  de  Yencre  encore  plus  que  le  temps  , 
& divers  accidens  auxquels  les  chartes  & les 
manufcrits  font  expofés,  les  r'endênf  quelquefois 
indéchiffrables.  I!  ne  reite  alors  point  d'antre 
reffourcé  , que  de  faire  revivre  les-  écritures  dônf 
les  traits  échappent  aux  yeux  lès  plus,  perçans. 
Quand  on  prend'  cette  réfolutién fl-  né  ftiit  ja- 
mais employer  des  fécret's'  dé'Hàfùré-'à  fournir" 
prétexte  à la  mauvaifê  foi.  Etfi  l’rin  eri  veut  faire 
ufage  , fiir-tout  par  rapport -à  des  ehofês  qifi 


END 

peuvent  être  àe  quelque  conféquence  , on  coït 
toujours  obferver  les  précautions  prefcrites  par 
ies  loix.  Par-là  ^ non-feule;nent  on  fatisfait  à la 
probité  , mais  on  ne  court  pas  les  rifques  de  voir 
les  actes  qu"on  produit  ^ rejettes  par  la  juitice  ^ 
pour  avoir  été  abbiés  fans  le  concours  de  l’au- 
torité publique.  Au  relie  ^ les  perfonnes^  fans  hon- 
neur & fans  religion , ne  doivent  pas  fe  flatter 
d'en  impofer  aux  tribunaux.  Si  Ton  lb:t  pas 
toujours  les  fecrets  qu'on  aura  employés , pour 
faire  revivre  Vencre , on  s’appercevra  "du  moins 
aifément  qu'on  en  a employé  quelqu'un.  D’un 
autre  côté , l’on  auroit  tort  d'interdire  des  fecrets 
utiles  J pourvu  qu'on  en  fafle  un  ufage  légitime, 
& avec  fubordination  dans  tout  ce  qui  eil  de  la 
conapétence  de  la  juftice- 

EKCYTUM  ^ ( Caîo.  de  re  ruftlca.)  pâtiiTene 
des  romains. 

« U encytum  fe  fait  de  la  même  manière  que 
les  gjohi.  i Voyei  ce  mot.  ) La  feule  différence 
coniîile  à faire  palfer  la  pâte,  dont  il  ell  com- 
pofé,  dans  un  moule  creux  & troué,  qui  lui 
donne  une  forme  élégante.  On  le  met  dans  de 
l'huile  chaude,  & on  le  retourne  lorfqu'il  eft  tiède. 
On  le  frotte  d'huile  , pour  lui  donner  de  la  cou- 
leur } & on  le  fert  avec  du  miel , ou  avec  du  vin 
mêlé  de  miei«. 

ENDÉIDE , ou  Endeis  , fille  du  centaure 
Chiron  & de- la  iwmphe  CJiarido , époufa  Éa- 
que  , dont  elle  eut  Pelée  & i élamon  ; ayant  été 
enfuite  répudiée  pour  Pfammathe,  une  des  Né- 
réides , elle  engagea  fes  enfans  à tuer  le  fils  de 
fa  rivale. 

Éaque  ayant  découvert  fes  mauvais  deffeins  , 
chaffa  de  l'ifle  d'Égine  la  mère  & les  enfans  , 8c 
les  condamna  à un  exil  perpétuel.  Pbjej  Pelée, 
Telamon. 

_ ENDAMATIE  , air  d'une  forte  de  danfe  par- 
ticulière aux  argiens.  On  n'en  fait  pas  davantage. 

ENDENTURÈS.  Les  fa  vans  Bénédidins, 
auteurs  de  la  nouvelle  Diplomatique , ont  confacré 
le  mot  Cirographe  ( Vcye^  ce  mot  dans  ce  Dic- 
tionnaire ) pour  exprimer  les  figures  , les  fymboles 
& les  mots  tracés  fur-des  chartes-parties,  ou 
pancles,  & deftinés  à être  coupés  en  deux  ou 
plufîeurs  parties.  Ils  ont  donné  aulfi  au  mot  en- 
dentures  l'acception  particulière  , qui  défigne  des 
chartes  - parties  dont  les  fedions  ne  font  point 
faites  en  ligne-  droite , mais  en  zig-zag,  pour  for- 
mer des  de-nts  de  fcie.  Nous  fuivrons  leur  exem- 
ple dans  cet  article , qui  èft  le  complément  du 
mot  Cirographe,  & que  nous  avons  extrait 
en  entier  de  leur  grand  ouvrage. 


È N D 

Lss  tr.dentures  confervèrent  les  cirograpkes  jaf- 
ues  vers  le  déclin  du  XIV.  fiècle.  Ce*  fut  pes- 
ant le  mê.me  fiècie  que  les  chographes  alphabé- 
tiques eurent  !e  plus  de  cours  dans  les  chartes 
ûf.erAAs  d’élngleterre.  Bientôt  on  y panagea  par 
la  moitié  ceux-ci  : charta  cyrographata  , ckarta  in- 
dentita.  Enfin  indentura  prit  faveur  , & fervit  fi-é- 
que-mment  d'infcription  diviïee.  On  y employa 
même  ks.c  indentura  J ou  feulement  une  partie  du 
denner  mot.  Comme  alors  les  endentures  en  lan- 
gage normand  & même  anglais  devinrent  à la 
mode  , elles  portèrent  fouvent  pour  cirographe 
endenture  ou  indenture  , mot  quelquefois  précédé 
du  pronom  démonfiratif  cefl  ou  this  j mais  il  ell 
unguher  qu’on  rencontre  ceft  endent.  fervant  de 
cirographe  à une  charte  toute  latine.  Peut- être 
avoit-on  voulu  d'abord  la  faire  françoife,  peuî- 
etre  elt-ce  une  méprife  de  l’écrivain.  Mais  il 
n etoit  pas  rare  de  ne  divifer  que  le  commence- 
ment du  mot  endenture  ou  inienture  dans  leschartes 
écrites  en  normand  ou  en  anglois. 

Quand  on  eut  une  fois  inventé  les  endentures  , 
il  fem’ple  qu’il  y avoir  un  excès  de  précaution  à 
les  divifer  encore  par  des  lettres  coupées  en  diffé- 
rens  fens  & en  portions  inégales.  Cependant  ce 
ne  fur  qu' environ  au  bout  de  deux  fiècles  qu'on 
commença  à négliger  ces  czrograpkes  en  Angle- 
terre , & lurtout  dans  les  chartes  françoifes.  Mais 
en  quelque  langue  qu'elles  fuifent  écrites  , le  par- 
tage des  lettres  ou  des  mots  étoit  réellement  inu- 
tile. En  effet,  quelle  nécefliré  de  les  divifer  par 
le  mot  cyrographum  ; ou  quelque  chofe  d’équi- 
valent : Rapprochées  les  unes  des  autres  , elles 
ne  perrnettoient  pas  de  douter  qu'elles  n'eiilfent 
fait  partie  de  la  même  feuille  de  parchemin.  Ce- 
pendant en  ne  laifia  pas  d'y  marquer  alTez  long- 
te.ms  des  lettres  maj’ufcules , pour  être  partagées 
à l'ordinaire.  Kickes  cite  une  endenture  où  le 
mot  ’Y'fograpkum  fe  trouve  coupé  par  la  moitié  f 
mais  il  avoue  qu'enfin  l'Angleterre  fe  difpenfa 
d'ufer  d'une  précaution  dont  l’inutilité  étoit  re- 
connue. C'ell  ce  qu'il  prouve  par  un  diplôme 
d’Edouard  III. , de  l’an  1373.  Auffi  n'eft-ce  que 
fur  le  déclin  du  XIV.  fiècle  qu'on  commença  à 
donner  cours  aux  endentures  fans  interfeâion  de 
ettres.  Mais  l'ancien  ufage  ne  laiffa  pas  de  fe  fou- 
tenir  long- temps  après.  Quoique  de  jour  en  jour 
il  tombât  endéfuétude,  il  n'avoît  pas  totalement 
celTé  en  1402,  même  dans  les  chartes  en  langage  an- 
glois,  où  quelquefois  iMen  paroifioit.  On  ne  voit 
plus  à préfent  de  lettres  coupées  fur  les  enden- 
tures d'Angleterre. 

Quoique  la  dénomination  de  cyrographa  fut 
particuliérement  affedée  aux  chartes  parties , & 
tnême  -aux  er^dentu-es  dans  les  premiers  temps, 
ejles  en  acmettoient  encore  d'autres.  Mais  avec 
le  fecours  ïi-es  peiipArafes,  ce  mot  prenoit  cent 


END 

formes  différentes.  Si  les  chartes  étoisnt  civifées 
par  des  lecîres  de  raiphabec  j on  les  appelloit 
j-£r  a^ph-dhctum.  divîja  3 chü.ft&  per  al~ 
^'■.aoeîu^i  aivijd-  ou  pürtiî&  ^ charts,  ce  pacio  per 
apkabetum  fcript&  & 'çartitA.  Si  elies  étaient  par- 
tagées par  le  mot  cyrograpkam. , elles  fe  qualifioient  : 
char  ta,  per  cyrograpkum  interfecta  , fcrîpta  per  cy- 
rographiim  divija. , paetiones  per  cyrographum  divi- 
fum  roDorata  ^ ckanula  chirographo  ai-vij&  ^ chirta 
in  modum  cyrographi,  charta  chirograpJiata  , feripia 
ckirographi^ata  ^ pagina  fub  cyrsgrapko  àivifs, ^ &c. 
h)3!S  bien  plus  rrequemmenc  chirographa,  ckyro- 
grapha  , ou  piUtOt  cirograpka  , cyrograpka  ^ 8c  même 
nyrographi. 

Les  en.ientu.res  donnèrent  naiflance  à de  nou- 
veaux noms.  Chez  les  Anglois  , elles  étoîent  ap- 
pellées  chartes  communes  , parce  que  chacun  des 
contraétans  en  erriporîo.'t  une  part  , qui  renfer- 
moit,  comme  on  fait,  la  totalité  du  contenu  de 
la  piece.  Cette  dénomination  pouvoir  également 
convenir  aux  chartes-parties.  Les  endentures  re- 
prefentant  les  dents  d^une  feie  ^ tirèrent  de  leur 
figure  des  noms  incommunicables  à toute  autre 
efpece  de  chartes  : tels  étoient  ceux  de  charta 
indentata  & dtindentura.  Ils  ne  leur  ont  point  été 
appliqués  après  coup.  Souvent , depuis  le  XIII. 
fiecle  revoia,  les  en.dentu.res  fe  Qualifient  ainfî. 
Rien  alors  de  plus  commun  en  A.ngieterre  , où 
elles  croient  & font  encore  ordinaires , que  de 
voir  des  chartes  commencer  par  cès  mots"  ; hac 
indent ur a ; ceft  indenture  : ikis  endenture  : tkis  in- 
denture. 


END 


T27 


Le  Viotn  Ae  pfallia  n’eit  pas  aufiî  eFentiellement 
propre  aux  enâentures  ; il  peut  convenir  aux  chartes- 
parties,  & même  aux  diplômes  en  général;  ce- 
pendant, il  fembie  plus  fpécialement  attribué  à 
ces  deux  efpèces  de  titres.  On  le  trouve  ufîté 
a îsapîes  en  ce  fens.  Les  normands  peu- 
voient  avoir  apporté  de  leur  pays  Fufaae  de 
partager  les  chartes  d'une  même  teneur  ; mais 
pour  le  nom  , il  le  trouvèrent  fur  les  lieux.  Le 
gioflaire  de  Ducange  a été  enrichi  de  ce  terme 
comme  de  ^beaucoup  d'autres,  par  fes  derniers 
éditeurs.  Aiais  ils  n'ont  pas  cru  devoir  indiquer 

I origine  d'un  mot  qui  paroît  fort  extraerdinafire. 

II  faut,  ce  fembie,  le  chercher  dans  ou  dans 

Le  premier  fignifie  des  cifeaux,  dont  on 
fe  fervoit  pour  couper  le  parchemin  , & parta- 
ger les  originaux  doubles  avec  les  infcnptions 
intermediaires , foir  en  lignes  droites  , foit  en 
forme  de  dents  de  feie.  Le  fécond  vent  dire  un 
frein  : on  regardoit  les  énderaures  comme  le  fi-e-n 
le  plus  puiiTant  pour  arréte-r  les  fuperchenes.On 
grec  a ete  fore  en  uiage  au  royaume 
ne  ^sapies  , & qu'un  grand  nombre  de  locutions 
de  ^ cette  langue  ont  pafle  dans  celle  qu'on  y 
pane  encore  aujourd'hui. 

Spelman  n'a  point  connu  de  chartes  dentelées 


cnez  les  anglois  avant  l’an  I2i<?,  ni  George  Hickes 
avant  leoS,  ni  Rymer  avant  ii9j  , ni  Madox 
enfin  avant  l'an  ii8f.  L'ufage  des  enâentures  ne 
devint  générai  que  fous  Henri  IIL  ; mais  ob  ne 
peut  mer  qu'il  ne  fut  bien  établi  fous  Henri  II. 

examinoit  avec  foin  les  archives  des 
egnfcs  ü' Angleterre,  on  en  découvriroit  fans  doute 
encore  de  plus  anciennes. 

rn  France  , le  P.  Mabülon  n’en  avoir  point 
vu  d anterieures  a 1 an  icé.  Malgré  ccitte  date  , 
qui  fembie  donner  a nos  enâentures  près  d'un 
liècle  d'antiquité  fur  celles  des  anglois  , loin 
ne  leur  envier  I invention  d'un  ufage  qui  leur  a 
paru  fi  be.au  ^ & fi  utile  , qu'ils  l'ont  régulière- 
ment obfervé  dans  la  plupart  de  leurs  contrats  -, 
penaant  cinq  à fix  fiècies  ; il  leur  en  fait  hon- 
neur & fondent  qu'ils  le  pratiqiioient  dès  le 
fiècle.  Il  avance  ce  fait  fur  un  texte  d'In- 
guife , lequel  eft  fufceptibîe  de  deux  fens  ; mais 
il  fufEt  pour  prouver  que  les  endentures  avoient 
cours  en  Angleterre  dès  le  XL  fiècle. 

Speiman  parle  d’une  charte  divifée  en  .fept 
endentures  : elle  avoit  été  donnée  par  Henri  Vli. 
roi  d'Angleterre,  au.fujet  de  fa  chapelle.  Cette 
pièce  appartenoit  conféquemment  au  XV,  ou 
Xyi-  fiècle.  Madox  en  rapporte  plufieurs  de  la 
fin  du  règne  de  Fîenri  VIII  ; au  lieu  que  la  dernière, 
qui  ayoït  paiTé  par  les  mains  de  D.  Mabillon  , 
n étcit  que  de  i an  1 344.  D.  Lobineau  a publié 
uiye  charte  de  1 an  i39'j  , laquelle  fe  qualifie  elle* 
w.etxie  endenture . Le  premier  de  ces  deux  favans 
bénéditiins  fembie  confondre  les  chartes  dentelée 
avec  les  cv.zties  parties  ; & celle-ci  avec  les  di- 
plômes d'une  même  teneur  , iorfau’il  dit  que  l'u- 
fage  des  cmiies  paricles  fut  en  vigueur  jufqua 
ce  que  celui  des  dentelées  eût  pris  ledeffus.' 

Ces  dernières  , & celles  qui  étoient  partagées 
en  ligne  droite  , fe  maintinrent,  long-temps  en- 
femble.  Pendant  le  XL  & XII.  fiècle , en  An- 
gleterre même  , les  chartes  dentelées  n’étoient  pas 
fi  communes  que  celles  qu'on  divifoir  en  ligne 
droite. 

Les  endentures  écrites  en  deux  langues  font  fort 
rares. 

L’ufage  des  chartes  divifées  s’eft  mieux  con- 
ftrvé  en  ^Angleterre  que  chez  les  nations  voifines. 

1 bornas  Madox  & Ry'rner  nous  apprennent  qu'il 
a duré  jufqu'à  notre  fiècle  ; la  "figure  en  a pour- 
tant un  peu  change.  Autrefois  on  les  faconnoit 
en  forme  de  dents  de  feje , & quelquefoi's"  même 
on  les  ^decoupoit  en  d'autres  dents  plus  petites  ; 
aujourn  hui  la  pratique  la  plus  commune  eü  de 
les  partager  en  lignes  ondées  & fans  interfefîion 
de  lettres. 

Les  cnartvS-parties  fe  divifoient  par  le  hautî 


yaS  END 

par  le  bas  & par  ies  cotés.  On  choiliiToit  i’une 
de  ces  manières  , ou  Ton  en  pratiquoit  pluSsisrs 
à la  fois  , feicn  ie  nombre  des  exemplaires  qu^on 
prétendoit  rirer. 

Les  divifions  par  le  haut  & par  les  côtés  font 
les  plus  communes  , celles  par  le  bas  paroiffent 
un  peu  plus  rares.  La  difficulté  de  ies  ajufter  avec 
les  iceaux  a fans  doute  beaucoup  contribué  à leur 
rareté.  Le  peu  d^’ufage  que  les  angio-faxons  fai- 
foient  des  fceaux  ne  mettpit  point  ie  même  obfta- 
cle  aux  réparations  par  ie  bas  de  leurs  cirographes. 
Audi  y étoient-elles  aflez  communes.  Quand  en 
France  la  divilion  fe  faifoit  par  le  bas , on  n'y  re- 
piioit  pas  ie  parchemin  : alors  on  attachoit  quel- 
quefois ies  fceaux  au  haut  de  la  pièce.  U y a une 
charte  dans  les  archives  de  Jumièges  , qui  porte 
deux  fceaux  dans  fa  partie  fupérieuro.  Elle  eft 
du  XIF.  iîècle.  On  trouve  au  même  endroit  une 
endzntiLre  dé  l'an  1 28a,  dont  les  i ettres  font  parta- 
gées par  ie  bas. 

Les  lettres  & les  infcriptions^  placées  à î'inter- 
feétion  des  exemplaires  de  la  même  charte  , font 
en  lignes  horizontales  ou  perpendiculaires  ^ dans 
Fordre  naturel  eu  renverfé.  Elles  font  perpendi- 
culaires aux  chartes  qui  les  ont  à leurs  côtés; 
horizontales  à celles  qui  les  portent  à leur  marge 
fupérieure  ou  inférieure.  Lorfqu'elles  font  per- 
pendiculaires , elles  vont  en  montant  ou  en  def 
Cendant  3 . & leurs  moitiés  de  caraélères  fe  mon- 
trent au  côté  gauche , ou  bien  au  côté  droit , 
ou  à tous  les  deux  à la  fois.  Si  elles  font  hori- 
zontales, l'ordre  des  lettres  elt  naturel,  pourvu 
que  la  moitié  fupérieure  du  cirograpke  foit  au 
pié  d'un  exemplaire  , & que  l’inférieure  fe  trouve 
à la  tête  de  l'autre.  Mais  fi  le  cirograpke  ou  l’inf- 
cription  étoit  en  même-temps  au  haut  de  toutes 
les  deux  , l'une  des  moitiés  d'infcription  avoit 
fes-  lettres  dans  un  ordre  renverfé  , & de  plus 
elles  marchaient  de  droite  à gauche. 

Le  même  renverfement  étoit  immanquable  tou- 
tesles  fois  que  ie  bas  des  deux  charresfe  touchoit, 
au  moyen  du  cirograpke  qu'elles  partageoient 
cntr'elles.  Il  pouvoir  encore  avoir  lieu  par  rapport 
aux  chartes , dont  le  haut  ou  le  bas  étoit  appliqué 
au  côté  de  celles  donc  elles  dévoient  être  ré- 
parées. 

Si  les  chartes , divifées  par  le  haut , ne  peu- 
vent manquer  de  -renverfer  l’ordre  des  lettres 
d’une  des  moitiés  de  leur  cirograpke,  lorfqueles 
deux  exemplaires  le  partagent  dans  leur  partie 
fupérieure  , celles  qui  font  toutes  les  deux  éga- 
lement coupées  par  le  bas , ne  fauroient  non  plus 
éviter  le  même  accident;  mais  néanmoins  dans 
un  fens  contraire.  La  pièce  qui  çort&Y interfeciion 
du  haut  des  lettres , les  montre  dans  leur  fens 


END 

naturel;  & celle  qui  n'a  que  le  bas  de  ces  lettres, 
ies  préfente  dans  un  ordre  renverfé. 

Mais,  fi  de  deux  chartes-parties,  ou  derJe- 
lées,  l'une  avoit  fa  moitié  de  cirograpke 
& l'autre  en  bas  , les  lettres  , dont  il  feroit  com- 
pofé  , n'éprouveroient  nui  dérangement , ni  dans 
l'une  , ni  dans  l'autre.  Air, fi , la  partie  fiipérieiire 
du  cirograpke  feroit  toujours  au  bas  de  l’une , & 
la  partie  inférieure  au  haut  de  l'autre  de  ces 
pièces.  Il  eft  au  furplus  affez  inutile  de  favoir , 
fi  la  charte-partie , parallèle  à celle  qu’on  a entre 
les  mains,  porte  fon  cirograpke  en  haut,  en  bas, 
de  côté  & à quel  coté.  On  peut  affurer  néan- 
moins qu'on  trouvera  rarement  des  chartes  divi- 
fées par  le  bas  de  Tune  & l'autre  manière  que 
nous  venons  d’expofer.  En  voici  la  raifon.  Les 
cirographes  ne  donnèrent  pas  long-temps  exclufion 
aux  fceaux;  & ceux  qui  en  précédèrent  l’ufage, 
ne  fe  trouvent  pas  en  fort  grand  nombre.  Il  étoit 
aftez  difficile  d'unir  l'appofiîion  du  fceau , avec 
celle  du  cirograpke , au  bas  d'une  charte. 

Dans  un  temps  où  l’on  n’appliquoit  plus  les 
fceaux  fur  le  parchemin , il  étoit  ordinaire  de 
le  replier  par  le  bas  , pour  y fufpendre  plus 
commodément  le  fceau  de  cire , ou  de  toute 
autre  matière.  Une  charte,  munie  de  fceau  & 
de  cirograpke  par  le  bas,  ne  pouvoir  admettre ce- 
pii.  Et  fans  ce  pli  , ie  fceau  couroit  rifque  d'être 
emporté  avec  fon  attache  , fi  le  parchemin  n'étoit 
très-fort. 

Les  lettres  majufcules  qui  compofoient  les  ciro- 
graphes , étoient  quelquefois  d'une  encre  rouge  , 
ou  d'une  autre  couleur  également  frappante.  Mais 
ordinairement  elles  ne  fe  diftinguoienr  de  récri- 
ture des  pièces  mêmes , que  par  la  grandeur  & 
la  force  dé-  leurs  traits,  ou  par  les  ornemens 
gothiques,  dont  elles  étoient  plutôt  furchargéss 
qu'embellies, 

D.  Mabillon  avoit  lu  dans  le  gloffaire  de 
Spelman , qu’on  ne  partageoit  pas  feulement  les 
endentures  en  deux  & en  trois  exemplaires  origi- 
naux , mais  en  fept , 8e  quelquefois  même  juf- 
qu'en  onze.  Il  falloir  donc  que  le  texte  de  ces 
pièces  annonçât  un  fi  grand  nombre  de  divifions. 
En  effet , du  feul  cirograpke  qu'on  trouve  marqué 
fur  quelqu’un  des  exemplaires  d’un  titre  divifé , 
jamais  on  ne  pourra  conclure  que  le  parrage  en 
ait  été  fait  entre  plus  de  cinq.  Encore  n’y  a-t-ii 
que  les  exemplaires  du  milieu  qui  puiffent  pré- 
fenter  autant  de  cirographes  que  de  bords.  Ainfi , 
lorfqu’une  charte-partie  , ou  dentelée , n’étoit  répa- 
rée qu’entre  quatre  ou  cinq  contraâans , une  feuie 
des  pièces  pourroit  réunir  trois  ou  quatre  des 
irjicnptions  divifées. 

Souvent 


Souvent  elles  n^’étoient  autres  qiie  le  tnoî 
cyrographum  plufieurs  fois  répété.  On  ne  laiffoit 
pourtant  pas  de  varier  les  cirograpkes.  Mais  très- 
îréqueniment  en  Angleterre,  quand  les  endentures 
E^écoient  coupées  qu'en  trois  ou  quatre;  i°.  le 
terme  cyrograpkum  fe  trouvoit  au  haut  des  exem- 
plaires ; Z®,  au  lieu  d'être  encore  marqué  tout  au 
long  fur  leurs  côtés , ou  d'y  faire  place  à un 
autre  mot,  on  paroiffoit  feulement  en  répéter  le 
commencement  ou  la  fin  , comme  graphum , ou 
, ou  graphum  , &c.  Cette  pratique  qui  paroît 
d'abord  un  peu  bifarre  , étoic  fondée  fur  le  nom- 
bre des  contraélans  qui  dévoient  emporter  chacun 
leur  part  de  la  charte. 

Suppofons  , pour  mieux  nous  faire  entendre , 
qu'une  pièce  dût  être  partagée  en  quatre,  on 
écrivoit  au  milieu  du  parchemin  deux  fois  cyro- 
grapkum  tout  de  fuite,  de  forte  que  ce  mot 
répondoit  précîfément  à la  largeur  de  chaque 
paire  de  ces  chartes.  Après  quoi  le  même  mot 
croit  écrit , toujours  avant  leur  réparation  , une 
troifième  fois  au  milieu  des  quatre  côtés  de  ces 
quatre  pièces , c'eft-à-dire,  fuivant  leur  longueur, 
de  manière  que  la  dernière  infeription  coupoit 
les  deux  autres  à angles  droits.  On  conçoit  que 
la  pièce  de  parchemin , divifée  en  quatre  par  le 
milieu  de  chaque  cirographe , donnoit  à chacun 
des  contra  élans  une  moitié  de  ce  mot  en  ligne 
horizontale,  plus  un  quart  de  la  troifième  inferip- 
tion en  ligne  perpendiculaire.  Il  n'eft  donc  pas 
étonnant , quand  on  n'a  fous  les  yeux  qu'un  des 
quatre  exemplaires  , qu'outre  le  cyrograpkum  placé 
au  haut,  on  life  fur  l’un  des  côtés,  tznibtcyrogr. 
tantôt  aphjim,  &c.  fuivant  que  le  dernier  czro- 
grapke  occupe  plus  ou  moins  de  place  fur  les 
endentures  fupérieures  ou  inférieures.  Par  ce  moyen 
on  rendoit  une  feule  infeription  commune  aux 
quatre  parties  contraélantes.  On  pouvoit  même 
la  partager  entre  un  plus  grand  nombre. 

Les  anglo-faxons  ne  faifant  prefqu’aucun  ufage 
des  fceaux,  il  ferable  que  pour  y fuppléer, 
ils  inventèrent  la  manière  de  dreffer  des  chartes , 
dont  la  vérité  pût  être  conllatée  par  le  rapport 
jufte  qu’auroient  enfemble  les  traits  des  lettres  . 
d'un  ou  plufieurs  mots  coupés  par  la  moitié  fur 
différentes  chartes,  & qu’on  rapprochoit  au  befoin. 
C'étoit , fans  doute  , le  principal  caraélère  d'au- 
thenticité dont  les  chartes  anglc-faxones  puffent 
être  revêtues.  La  plupart  de  leurs  fignatures  étoient 
de  la  main  de  l'écrivain  de  l'aéle.  Dépourvues 
de  fceaux  Sc  de  fouferiptions , par  quelle  autre 
formalité  pcuyoient-  elles  devenir  authentiques, 
que  par  des  cirograpkes  ? 

Les  François  les  empruntèrent  des  anglois , félon 
les  apparences , & les  mirent  en  ufage  long- 
temps avant  qu'ils  euffent  des  règles  fixes  de 
la  manière  dont  ils  dévoient  dreffer  leurs  chartes. 
Antiquités , Tome  21. 


Aufli  cette  unique  formalité  tenoit-elle  lieu  chez 
eux , comme  chez  les  anglois , de  fceaux , de 
fouferiptions  & de  témoins.  Ils  les  dreffoient 
même  fimplement  en  forme  de  notices , & 
comptoient  tellement  fur  la  force  & l’autorité 
de  leurs  cirograpkes , qu’ils  faifoient  quelquefois 
dépendre  la  confervation  des  terres  cédées , de 
celle  de  la  pièce  où  étoient  marqués  ces  «ce- 
graphes. 

Le  premier  degré  d’authenticité  ajouté  au 
cirographe , ce  fut  de  dreffer  la  charte-partie  ea 
préfence  des  témoins.  Le  fécond  fut  d'y  appofet 
. un  ou  plufieurs  fceaux. 

Jufqu’au  XII'.  fiède  les  fceaux  furent  affez 
rares,  même  en  France.  Il  n'y  avoir  en  effet 
auparavant  guère  que  des  princes , cm  des  fei- 
gneurs  titrés  qui  en  fiffent  ufage.  Les  prélats 
& les  communautés  s’en  fervoient  auffi';  niais 
cela  n’étoit  ni  générai , ni  invariable.  Les  ciro- 
graphes  étoient  déjà  fort  à la  mode  en  France  ; 
& cependant  une  abbaye , auffi  célèbre  que 
celle  de  Corbie , n’avoit  pas  encore  de  fceau , 
s’il  en  faut  croire  du  Gange.  Il  l’avance  fur  l’au- 
torité d’un  ancien  manuferit,  qui  parle  d’un 
temps  où  , faute  de  fceau,  cette  églife  ne  pou- 
voir traiter  que  par  la  voie  des  yhartes -parties. 
An  refte,  ce  défaut  de  fceau  à pu  ne  durer 
qu'un  temps  limité,  & n’être  arrivé  que  parce 
qu’on  auroit  perdu  ou  renouvelle  le  fceau  de  ce 
monaftère.  En  un  mot,  le  texte  cité  en  preuve, 
ne  dit  point  que  l’abbaye  de  Çorbie  n'eût  encore 
jamais  eu  de  fceau. 

Quoi  qu'il  en  foît , on  ne  doit  pas  être  plus 
furpris  de  rencontrer  des  chartes-parties  privées 
de  fceaux  , que  des  endentures  fans  cirograpkes. 
Les  plus  anciennes  chartes  divifées , non-feule- 
ment d’Angleterre  , mais  encore  de  France  , n’en 
avoient  point  ; & leur  première  inftitution  étoit 
de  s’en  paffer.  Cependant  ils  ns-  tardèrent  ms  à 
s’y  introduire.  Du  Gange  & D.  Mabillon  obfer- 
vent , que  les  chartes-parties  , ou  dentelées  , étoient 
fcellées  du  fceau,  non  de  la  perfonne  qui  les 
devoir  garder  dans  fes  archives,  mais'  de  celle 
avec  qui  elle  avoir  contrarié.  Affurément  on  ne 
peut  révoquer  le  fait  en  ffoiite  , pourvu  qu  on 
ne  fuppofe  pas  que  ce  fût  un  ufage  confiant. 
Car  il  n’étoit  point  du  toitt  rare , que  l’une  & 
l’autre  pièce  fuflent  fcellées  tout  à la  fois  des  deux 
fceaux  des  parties  contraélantes.  Nous  n’en  cite- 
rons ( hifl,  de  Paris,  V.  p.  6oo.  ) qu’un  feul 
exemple  ; mais  il  eft  péremptoire  pour  la  France. 
C’étoit  auffi  une  pratique  ordinaire  en  Angleterre, 
jufque  vers  la  fin  du  XIIF.  fiècîe,  de  fufpendre 
les  fceaux  de  tous  les  intéreffés  , Sc  des  juges  ou 
arbitres  , même  aux  endentures. 

A la  vérité , une  nouvelle  mode  s’établit , Sc 

Xxx 


S30  END 

devint  dominante  , parmi  îes  anglois  j au  ficcîe 

fuivant , par  rapport  aux  C^eft  d edes 

dont  ont  voulu  parler  , fans  doute  , les  favans 
hommes  que  nous  venons  de  citer.  Dans  les 
temps  antérieurs , Tufage  de  ne  pas  réunir  tous 
les  fceaux  des  contraélans  8c  des  juges  , fur  les 
mêmes  charîts-parths  ou  endentures  , ne  fut  point 
nniverfel.  Mais  quand  on  fut  convenu  de  fuivre 
la  pratique  annoncée  par  ces  auteurs  j les  juges 
ou  arbitres  mirent  encore  ^ du  moins  pendant  un 
remps  , leurs  fceaux  fur  toutes  les  endentures  qu’ils 
faifoient  dre  fier. 

ENDOSIMON  ■■ji^mufiqne  des  anc.  ')  ainfî  s’ap- 
pelloit  chez  les  grecs  ce  que  le  maître-chantre  j 
ou_  le  conduéleur  des  chœurs  , donnoit  à ceux 
qui  les  chantoient , pour  leur  fervir  de  règles 
comme  le  rapporte  Bulknger  dans  fon  traité  de 
theatro. 

ENDOVtLLKUS, 

Endovellcus  , Endovollicus.  Nous  ne  çonnoiffons 
ce  dieu  que  par  douze  infcriptions , que  Gruter 
a mifes  dans  fon  recueil , pages  LXXXVII.  & 
LXXXVIII.  Ces  infcriptions  ont  toutes  été  trou- 
vées à Villa- Viciofa  , bourg  de  TAlenrejos,  ou 
les  rois  de  Portugal  ont  un  château  : ce  qui 
montre  que  c’étoit  un  dieu  particulier  de  ce  pays. 
Elles  renferment  des  vœux  faits  à ce  dieu ^ lequel  , 
outre  les  trois  noms  qui  font  écrits  plus  haut , 
porte  dans  la  dixième  inlcription  celui  de  ENO- 
BOLICÜS:;  mais  apparemment  qu’il  manque  un 
D,  ou  dans  Gruter  s ou  dans  l’infcription.  Les 
épithètes  qu’on  lui  donne  , font  : DEO  ENDO- 
VELLICO,  DEO  SANTO  ENDOVELLICO. 
La  première  le  qualifie  de  dieu  d’une  puiffance  s 
ou  d’une  divinité  très-excellente , très-efficace  , 
DEO  ENDOYELICO  PRÆSTANTISSIMI 
ET  PRÆSENTISSIMI  NUMINIS.  C’eft  tout 
ce  qu’elles  nous  apprennent» 

Les  èfpagnols  joignoient  à Hercule  ce  dieu, 
fous  le  titre  de  dieux  tute'laires.  On  croit  que 
c’efl  le  même  que  Mars. 

ENDROMIS  , nom  que  les  grecs  donnoîent , 
félon  Pollux  le  grammairien  , à la  chauifure  de 
Diane , qui , en  qualité  de  ckajferejfe  , devoir  en 
porter  une  fort  légère  j aufïï  donnoit-on  le  même 
Bom  à celle  que  portoient  les  coureurs  dans  les 
jeux  publics.  On  croit  que  c’étoit  une  efpèce 
de  bottine,  ou  de  cothurne,  qui  couvroit  le 
pied  & une  partie  de  la  jambe,  & qui  laiflbit 
à l’un  8c  à l’autre  toute  la  liberté  de  leurs  mou- 
vemens. 

Les  latins  avoîent  attaché  à ce  mof  une  figni- 
fication  toute  différente,  puifqu’ils  défignoient 
pax-fà  une  forte  de  manteau  épais  & greffier  , 


END 

dont  les  athlètes  fe  couvroient  après  la  lutte  J 
le  pugilat , lacourfe,  la  paume  & les  autres  exer- 
cices violerrs,  pour  fe  garantir  du  fioidj  au  moins 
Martial , dans  un  e'pigraojme , attribue-t-il  toutes 
ces  propriétés  au  vêtement  qu’il  nomme  enèicmis. 

Le  poète  latin  appelle  Vendromîsnn  habillement 
greffier , fabriqué  par  les  gaulois  - féquanois  , 
defliné  à garantir  du  froid  comme  de  la  pluie, 
8c  il  l’oppofe  aux  toiles  fines  de  lin  ou  de  coton, 
fabriquées  dans  l’Orient , comme  l’extrême  de 
lapefameur  & de  l’épaiffeur  (^Martial.  IK.  19,  i.)î 

Hane  tibi  feqttanicis  pir.guem  textricis  dlumnam^ 
Qurs  Lacedismonium  barharn  nomen  hahet  ? 

Sordida  ; fed  gelido  non  afpernanda  decembn 
Dona , peregfinam  nûttimps  endramida. 


EideMs  ventos  hoc  munere.  teSus  & imbres. 

Non  Jic  in  tyria  Jindone  teSus  eris- 

Uendromis  était  fâns  doute  un  manteau  de 
même  nature  que  le  gnufape , excepté  que  ce  der- 
nier étoit  garni  de  longs  poils. 

ENDYMATIES.  Les  endymades  étorent  des 
danfes  vêtues , qu’on  cxécutoit  dans  l’Argolide 
au  fon  de  certains  airs  compbfés  pour  la  flûte. 
Plutarque  en  parle  dans  fon  traité  de  la  Mufique, 
mais  fi  laconiquement,  que  l’on  ignore  fi  ces  danfes 
entroient  dans  le  culte  religieux  , fi  elles  étoient 
militaires,  ou  fi  elles  n’avoient  lieu  que  dans  les 
divertilTesnens , foit  publics , foit  parrieaiiers. 
Quelle  qu’en  ail  pu  être  fa  deflination,  il  eft 
toujours  certain , que  les  danfeurs  y étoient  vêtus; 
au  lieu  que  leslacédémoniens  , voifins  des  argiens, 
& leurs  maîtres  dans  l’art  militaire  , danfoient 
tout  nuds  dans  leurs  gymnopédies.  Leür  nom 
étoit  formé  du  grec  ■vêtements 

ENDYMION , fils  d’Æthlius  Sr  de  Chaijee  , 
félon  Apollodore,  régna  dans  l’Eiide.  II  ctoiî 
d’une  fi  grande  beauté,  que  la  Lune  en  devint 
amoureufe.  Jupiter  lui  ayant  permis  de  efemander 
ce  qu’il  aimeroit  le  mieux  , il  choifit  de  dormir 
toujours  & d’être  immortel , fans  vieillir  jamais 
en  cet  état.  C’étoit  fur  une  montagne  de  Carie  , 
appellée  Lathmos , qu’il  dormok , & la  Lune 
l’honoroit  de  fréquentes  vifîtes.  Lucien  s’eâ 
moqué  de  cette  fable  dans  un  dialogue  entier. 
Paafanias  parle  plus  férieufement  de  ce  prince. 
« La  fable , dit-il , raconte  qu’Endymion  fut 
» aimé  de  la  Lune  , & qu’il  en  eut  cinquante 
»:>  filles  : mais  une  opinion,  plus  probable  , c’eft 
M qu’il  époufa  Allérodia;  d’autres  difent  Chre-*, 
= mie  , fille  d’Ithomus,  8c  petite  fille  d’Amphic- 
îî  tyon;  d’autres  Hypéripné,  fille,  d’ Areas,  §5 


35 


E N E 

qu’il  eut  trots  EîSj  Péon^  Épéas  & Étolus, 

sr  avec  une  fille  nommée  Eurydice Les 

M éléens  & les  héiacléotes  ne  s’accordent  pas 
JJ  fut  la  mort  à‘ E/tdymion  ; car  les  éléens  mon- 
» trent  fon  tombeau  dans  la  vnlle  d’Olympie  , fie 
JJ  les  héracléotes , qui  font  voifins  de  Milet  j 
» difent  qa  EndyTrùon  fe  retira  fur  le  mont  Lath- 
« mos.  En  effet,  il  y a un  endroit  de  cette 
» montagne,  que  l’on  nomme  encore  aujourd’hui 

JJ  la  grotte  £ Eniymzon  ■», 

Les  dernières  paroles  de  Paufanlas , font  croire 
qu’il  y a eu  deux  Endymions , i’un  roi  d’ÉIide , 
& l’autre  ce  beau  berger  de  Carie. 

Pline  { /.  2..  c.  9.  ) en  nous  apprennant  qu’En- 
dymion  paffoit  pour  avoir  obfervé  le  premier  les 
msuvemens  de  la  lune , indique  le  fondement 
fur  lequel  on  a élevé  la  fable  de  fes  amours 
avec  cette  planète.  Cette  origine  confirme  l’opi- 
nion très-vraifemblable  des  favans,  qui  placent 
dans  le  ciel  étoilé  le  berceau  de  la  Mythologie. 

PÏufieurs  monumens  antiques  repréfentent  les 
amours  de  Diane  & ddEndymion  j mais  aucun 
n’offre , dans  un  jour  auffi  favorable , la  rare 
beauté  de  ce  jeune  chafleur,  que  le  bas-relief  du 
capitoie  , fur  lequel  il  paroît  avec  fon  chien , 
feul,  affis  fur  un  rocher,  & plongé  dans  un  pro- 
fond fommeil- 

Sur  un  farcophage  du  capito’.e,  on  voit  Endy- 
tnion  endormi  dans  les  bras  du  dieu  du  fommeii  j 
& Diane.,  qui  a quitté  fon  char,  vient  le  voir, 
précédée  d’unamour  portantune  torche.  La  même 
fable  efi  repréfentée  fur  un  autre  farcophage  du 
même  mufeum.  Morphée  y paroît  endormi  avec 
des  ailes  de  papillon  au  dos , & de  petites  aîies 
d’oifeaux  à la  tête. 

ÉNEE,  fils  de  Vénus  8c  d’Anchife,  étoit  du 
fang  royal  de  Troye  par  AfTafacus,  fils  cadet  de 
Tros  , fondateur  de  Troye.  Vénus  avoit  eu  ce 
êis  d’Anchife  , lorfqu’i!  paiffair  les  troupeaux 
de  fon  père  fur  le  mont  Ida.  Pendant  le  fiège 
de  Troye,  Eoée  fe  battit  contre  Diomède,  & 
aliok  fuccomber , iorfque  Vénus  le  déroba  à la 
vue  de  fon  ennemi , & le  mit  entre  les  mains  d'A- 
poHon.  Ce  dieu  l’emporta  au  haut  de  la  citadelle  , 
où  il  avoit  un  temple  , panfa  lui-même  fes  plaies; 
Sc  après  lui  avoir  rendu  toutes  fes  forces,  & 
jnfpiré  une  valeur  extraordinaire,  il  le  fit  repa- 
roître  à la  tête  des  troyens.  Enéc  fe  battit  encore 
contre  Achille.  Le  combat,  dit  Homère  , fur  long 
&■  douteux  : à la  fin  le  prince  troyen  al'.oit  fuc- 
comber, Iorfque  Neptune  , foiUcité  par  Vénus  , 
l'enleva  du  combat.  La  nuit  delà  prife  de  Troye  , 
E-nie  entra  dans  la  citadelle  d’IÜum,  & la  dé- 
fendit jufqu’à  l’extrémité;  enfin  ne  pouvant  la 
isdivpx,  il  fortit  par  une  fauffe  porte  , avec  tojjt 


Ë N E 531 

ce  qu’ri  y avoit  de  troyens  renfermés  dans  cette 
citadelle,  & fe  battit 'en  retraite  jafqu’âu  mont 
Ida.  Là , s’étant  joint  à ceux  des  troyens  qui 
avoient  échappé  à l’embrafement  , il  rafiernbla 
une  flotte  de  vingt  vaiffeaux  , fur  laquelle  il  s eia- 
barqua  pour  fe  tranfporter  avec  fa  colonie  eo 
Italie. 

Le  poème  de  Virgile  a rétabli  la  réputatîbfi 
d‘Er,ée , que  pluficurs  des  anciens  éîorer.t  fort 
éloignés  auparavant  d’hono-rer  comme  un  héros; 
CD  le  regardoit , au  contraire,  ainfiqu’Anténor, 
comme  un  malheureux  qui , avoit  livré  fa  patrie 
aux  grecs.  En  effet,  étoit  il  poffible  que  fans 
quelque  inteliigeuce  avec  les  grecs  , maîtres  du 
pays , ces  deux  hommes  euffent  pu  équtper  fans 
obilacle  des  vaiffeaux  fous  leurs  yeux , pour  fe 
retirer  en  Italie.  D’ailleurs  , on  reconnoît  que 
l’on  avoit  pofé  des  gardes  dans  les  maifons  de 
ces  deux  traîtres , qui  ne  furent  point  pillees  i 
déplus,  qu’en  partageant  les  dépouilles, on  leur 
avoit  rendu  tout  ce  qui  leur  appartenoit , fie  que 
ce  fut  alors  feulement  qaEnéc  fe  vit  poffeffeur 
du  palladium  , qu’i!  apporta  en  Italie.  d’ail- 
leurs étoit  niéprifé  de  Fi  tam  , quoiqu’il  fut  fon 
gendre,  fie  ce  fut  un  des  motit  de  fiitrahTon; 
il  voulut  fe  venger  de  ce  mépris.  Quor  qa  il  en 
fait , il  arriva  en  Italie , après  fept  ans  de  nar 
vigation,  8c  fut  bien  reçu  de  Latinus,  roi  des 
aborigènes  , qui  s’allia  avec  lui  8e  en  fi-t  fon 
gendre  8e  ida  fuccelleur. 

Après  la  mort  de  Latines , Enie  régna  fur  les 
troyens  8e  fur  les  aborigènes  , qui  ne  firent  plus 
qu’un  même  peuple  , fous  le  nom  de  latins.  î! 
eut  des  guerres  à foutenir  contre  fes  voifins  ; & 
dans  un  Tombât  contré  les  étruriens,  il  perdit  la 
vie,  âgé  feulement  de  trente- huit  ans.  Comme 
on  ne  trouva  point  fon  corps,  on  dit  que  Vénus, 
après  l’avoir  purifié  dans  les  eaux  du  fleuve  Nu- 
micus  , où  il  s’étoit  noyé,  l’avoit  mis  au  rang 
des  dieux.  On  lui  éleva  un  tombeau  fur  les  bords 
du  fleuve,  & on  lut  rendit  dans  la  fuite  les  hon- 
neurs divins  , fous  lé  nom  de  Jupiter  Indigète. 
Virgile  raconte  qu  Enée  , en  arrivant  en  Italie  . 
alla  confulter  la  Sibylle  deCumes,  qui  le  con- 
duifit  dans  les  enfers  & dans  les  champs  éiyfées, 
où  il  vit  tous  les  héros  troyens  , Sc  fon  père,  qui 
lui  apprit  ce  qui  devoir  arriver  à toute  fa  poftérité  : 
épifôde  de  l’invention  du  poète.  Mais  les  hif- 
toriens  rapportent  un  autre  fait  auffi  mervedieux  ; 
Enée  avoit  eu  ordre  de  l’oracle  de  s’arrêter  en 
Italie  , à l’endroit  où  une  truie  blatxhe  mettroit 
bas  fes  petits.  Lorfqu’il  y fut  arrivé , comme  JÎ 
fe  préparoit  à offrir  une  truie  en  facrifice,  la 
bête  s’échappa  des  mains  des  facrificateurs , 8c 
s’enfuit  du  côté  de  la  mer.  Enée  fe  fouvena.nt 
de  i’oracie  la  fuivit,  jufqu’à  ce  qu’elle  s’arrêta 
dans  un  lieu  fort  élevé  , où  il  entendit  une  voix 
foitant  d’un  bois  voüîn , qui  lui  dit  que  c’éîoit 


là  qii^il  deyoit  bàt'r  une  ville  j & qu’après  y avoir 
demeuré  autant  d’années  que  la  truie  auroit  fait 
de  petits , les  deftins  lui  donneroient  un  éta- 
blilTement  plus  confidérabîe.  Enée  obéit,  & bâtît 
la  viüe  de  Lavirdum.  Quant  aux  vaiffeaux  à" Enée 
changés  en  nymphes  , voy.  Vaisseaux. 

Il  y a fur  Enée  une  autre  tradition  , appuyée 
fur  d’affez  fortes  conjeélures,  & fur  le  témoi- 
gnage de  plufieurs  hilloriens  ; c’eft  que  la  ville 
de  1 roye  ne  fut  point  détruite  j qxiEnée  la  ga- 
rantît du  pillage  & du  feu , qu’il  ne  la  livra 
pas  lui-même  aux  grecs  , & qu'il  y régna  fort 
long-tems.  C’eft  ce  que  Homère , ionien  d’ori- 
gine, & voifin  des  troyens  J fait  prédire  à Nep- 
tune dans  l’iliade , parce  que , du  temps  de  ce 
poète,  la  poftérité  à'Enée  régnoit  peut-être  en- 
core fur  cette  ville , & qu’il  vouloit  lui  être 
agréabk , en  faifant  prédire  au  dieu  de  la  mer 
ce  qu’il  voyoit  de  fes  propres  yeux.  Voy.  An- 
cHisE  , Anius  , a scagne  , Chevaux  , Creuse, 
Didon,  Lavinie,  Troye. 

Plufieurs  médailles  & pierres  gravées  repre- 
fentent  Æn/e,  portant  fon  père  Anchife,  &con- 
duifant  fon  fils  Afcagne  par  la  main.  Sur  une 
cornaline  de  la  colleâion  de  Stofeh  , qui  offre 
le  meme  fujet , Anchife  tient  un  panier  dans  le- 
quel font  renfermés  les  dieux  Pénates.  Cet  aéle 
de  piété  filiale  a été  tourné  en  ridicule  dans  une 
caricature  trouvée  à Herculanum.  Voye^  Cari- 
cature. 

ENFANS  des  dieux  : on  donnoit  fouvent  le 
nom  d’enfans  des  dieux,  i'^.  à plufieurs  perfon- 
nages  poétiques  ; c’eft  ainfi  que  l’Acheron  étoit 
fijs  de  Cérès  ; les  nymphes  filles  d’Acheloüs  j 
l’Amour  fils  de  la  Pauvreté;  Écho  fille  de  l’Air, 
& une  infinité  d’autres  ; 2°.  à ceux  qui  étant 
les  imitateurs  des  belles  adions  des  dieux,  & 
qui  excellant  dans  les  mêmes  arts , paffèrent 
pour  leurs  fils , comme  Efculape  , Orphée  , Li- 
nus  ; ceux  qui  s’étant  rendus  fameux  fur 

la  mer , éroient  regardés  comme  les  enfans  de 
Neptune  ; 4°,  à ceux  qui  fe  dittinguant  dans  la 
guerre  , étoient  fils  de  Mars;  5°.  à ceux  dont 
le  caraéière  reffembJant  à celui  de  quelques 
dieux,  les  faifoit  paffer  pour  leurs  fils.  Étoit- 
on  éloquent , on  avoir  Apollon  pour  père  ; • 
fin  & rufé  , on  étoit  fils  de  Mercure  ; 6®.  à ceux 
dont  l’origine  étoit  obfcure  ; ils  étoient  réputés 
enfans  de  la  terre,  comme  les  géans  qui  firent  la 
guerre  aux  dieux,  comme  Tagès,  inventeur  de 
la  divination  étrufquey  7°.  à ceux  qu’on  trouvoit 
çxpofes  dans  les  temples  ou  dans  les  bois  facrés  ; 
ils  croient  enfans  des  dieux  à qui  ces  lieux  étoient 
confacres  ; teHur  Erichtonius.'S®.  Quelque  prince 
avoit  eu  intérêt  de  cacher  un  commerce  fcancia- 
leux,  on  ne  manquoit  pas  desdonner  un  dieu 
pour  pere  a I enfant  qui  en  nailToit  •'  ainfi  Perfée 


r paffa  pour  fils  de  Jupiter  & de  Danaé  ; ainfi 
t Romulus  pour  fils  de  îvlars  & de  Rhéa;  Her- 

- cule  fils  de  Jupiter  & d’Alcmène.  9°.  Ceux  qui 
t étoient  nés  du  commerce  des  prêtres  avec  les 
s femmes , fqu’ils  fubornoient  dans  les  temples , 

étoient  cenfésen/ana  des  dieux  , dont  ces  fcélérats 
étoient  miniftres.  10®.  Enfin  la  plupart  des  princes 
: & des  héros  qui  ont  été  déifiés  , avoient  des  dieux 

- pour  ancêtres  , & paffoient  toujours  pour  en 
; être  les  fils  ou  les  petits-fils. 

i Chez  les  grecs,  un  enfant  étoit  légitime  & . 
: mis  au  nombre  des  citoyens,  lorfqu’il  étoit  né 
d’une  citoyenne , excepté  chez  les  Athéniens , 
ou  le  père  & la  mère  dévoient  être  citoyens  Sc 
: légitimes.  On  pouvoitcéler  lanaiffance  des  filles, 
mais  non  celle  des  garçons.  A Lacédémone  , on 
; ; préfentoit  les  enfans  aux  anciens  & aux  magif- 
trats  , qui  faifoient  jetter  dans  l’Apothète  ceux 
en  qui  ils  remarquoient  quelque  défaut  de  con- 
, formation.  Il  étoit  défendu , fous  peine  de  mort, 
chez  les  thébains  , de  celer  un  enfant.  S’il  arrivoit 
qu’un  père  fût  trop  pauvre  pour  nourrir  fon  en- 
■ s portoit  au  magiftrat,  qui  le  faifoit  éle- 
ver , & dont  il  devenoit  l’efclave  ou  le  domef- 
tique.  Cependant  la  loi  enjoiguoit  à tous  indif- 
; tinélement  de  fe  marier  : elle  puniffoit  à Sparte, 
& ceux  qui  gardoient  trop  long-temps  le  céli- 
bat , & ceux  qui  ie  gardoient  toujours.  On  ho- 
noroit  ceux  qui  avoient  beaucoup  d’enfans.  Les 
' mères  nourriffoient,  à moins  qu’elles  ne  devinffent 
enceintes  avant  le  temps  de  févrer  ; alors  on  pre- 
noit  deux  nourrices. 

Lorfqu’un  enfant  mâle  étoit  mé  dans  une  mai- 
fon  , on  mettoit  fur  la  porte  une  couronne  d’o- 
livier , on  y attachoit  de  la  laine  fi  c’étoit  une  fille. 
A Athèaes,  aufîl-tôt  que  l’enfant  étoit  né,  on 
l’alloit  déclarer  au  magiftrar  , 6e  il  étoit  inferit 
fur  des  regiftres  deftinés  à cet  ufage.  Le  hui- 
tième jour , on  le  promenoir  autour  des  foyers  î 
le  dixième  , on  le  nommoit,  & l’on  régaloitles 
amis,  conviés  à certe  cérémonie.  Lorfqu’il  avançoit 
en  âge,  on  l’appliquoit  à quelque  chofe  d’utile.  On 
refferroit  les  filles  , on  les  affujetriffoit  à une 
diette  auftère  ; on  leur  donnoit  des  corps  très- 
étroits  J pour  leur  faire  une  taiile  mince  & lé- 
gère ; on  leur  apprenoit  à filer  & à chanter.  Les 
' garçons  avoient  des  pédagogues  qui  leur  mon- 
troient  les  beaux  arts,  la  Morale,  la  Mu  tique, 
les  exercices  des  armes , la  Danfe , le  Deffin , 
la  Peinture  , &c.  Il  y avoir  un  âge  avant  lequel 
ils  ne  pouvoient  fe  marier;  il  leur  falloit  alors 
le  confentement  de  leurs  parens  ; ils  en  étoient 
les  héritiers  Eb  intefiat. 

Les  romains  accordoient  au  père  trente  jours 
pour  déclarer  la  naiffance  de  fon  enfant  , on  l’an- 
nonçoit  de  la  province  par  des  mefl'agers.  Dans 

- les  commencemens , on  nfinferiveit  fur  les  rer 


E N F 

giftres  publics , que  ies  enfans  ôes  familles  dil- 
tinguées.  L'ufage  de  faire  un  préient  au  temple 
de  Junon-Luciae  éîoic  très-ancien  5 on  le  trouve 
inftitué  fous  Servius  Tullius.  Les  bonnes  mères 
élevoient  elles- mêmes  leurs  filles  : on  confioit 
les  garçons  à des  pédagogues , qui  les  condui- 
foient  aux  écoles  & ies  ramenoient  à la  maifon  ; 
ils  paffoient  des  écoles  dans  les  gymnafes , où 
ils  fe  troiîvoient  dès  le  lever  du  foleil  , pour  s'exer- 
cer à la  courfe  ^ à la  lutte  , &c.  Ils  mangeoient 
à la  table  de  leurs  parens  j ils  étoient  feulement 
aiTis  &non  couchés  3 ils  fe  baignoient  féparément. 
Il  étoit  honorable  à un  père  d'avoir  beaucoup 
À'enfans  : celui  qui  en  avoit  trois  vivans  dans 
Rome  , ou  quatre  vivans  dans  l'enceinte  de  l'I- 
talie, ou  cinq  dans  les  provinces,  étoit  difpenfé 
de  tutelle.  II  faiioit  le  confentement  des  parens 
pour  fe  marier;  & les  enfans  n'en  étoient  dif- 
penfés  que  dans  certains  cas.  Ils  pouvoient  être 
déshérités.  Les  centum-virs  furent  chargés  d'exa- 
miner les  caufes  d'exhérédation;  & ces  affaires 
étoient  portées  devant  les  préteurs , qui  ies  dé- 
cidoient.  L'exhérédation  ne  difpenfoit  point  V en- 
fant de  porter  le  deuil.  Si  la  conduite  de  Ven- 
fant  étoit  mauvaife,  le  père  étoit  en  droit  de 
le  chalTer  de  fa  maifon , ou  de  l'enfermer  dans 
une  de  fes  terres , ou  de  le  vendre , ou  de  le 
tuer  ; ce  qui  toutefois  ne  pouvoir  pas  avoir  lieu 
d'une  manière  defpotique. 

Chez  les  germains , à peine  V enfant  étoit-il 
né,  qu'on  le  portoit  à la  rivière  la  plus  voifine; 
on  le  lavoir  dans  l'eau  froide  5 la  mère  le  nour- 
riffoit  ; quand  on  le  févroit , ce  qui  fe  faifoit 
affez  tard , on  î’accoutumoit  à une  diette  dure 
& fimple  ; on  le  lailfoit  en  toute  faifon  nud 
fuivre  les  beftiaux  ; il  n’étoit  aucunement  diltin- 
guê  des  domeftiques , ni  par  conféquent  eux  de 
lui  : on  ne  l'en  féparoit  que  quand  il  commençoit 
à avancer  en  âge  ; l'éducation  continuoit  toujours 
d’être  auftère  ; on  le  nourriffoit  de  fruits  cruds , 
de  fromage  mou,  d’animaux  fraîchement  tués,  &c. 
On  l’exerçoit  à fauter  nud  parmi  des  épées  & 
des  javelots.  Pendant  tout  le  temps  qu'il  avoit 
paffé  à garder  les  troupeaux  , une  chemife  de 
lin  étoit  tout  fon  vêtement,  & du  pain  grofîîer 
toute  fa  nourriture- 

Les  grecs  & les  romains  ernmaillotoient  les  en- 
fans  avec  des  bandelettes , comme  on  le  pra- 
tique aujou-rd’hui.  On  le  voit  fur  une  médaille 
d'Antonin,  publiée  par  Seguin,  au  revers  de  la- 
quelle eft  placé  l’accouchement  de  Rhea.  Phi- 
loftrate  ( lih.  i.  n°.  z6.  ) dit  que  Mercure  fut 
enveloppé  de  bandelettes  par  les  Heures.  An- 
toine Liberalis  fait  un  récit  bien  étrange  fur  les 
langes  de  Jupiter.  Il  dit  qu'ils  étoient  confervés  _ 
par  les  créîois  ; mais  de  manière  que  perfonne 
ne  pouvoir  les  voir.  Quatre  téméraires  en  étant 


E N F 

venus  à bout,  furent,  ajoute-t-il  , changés  en' 
oifeaux. 

Les  enfans  des  grecs  étoient  habillés  comme 
leurs  pères  & mères  , & leurs  vêtemens  avoienc 
la  même  forme.  Leur  chevelure  feule  en  dîfteroit. 
Celle  des  garçons  étoit  fouvent  longue  & flot- 
tante , parce  qu'ils  ne  la  coupoient  que  dans 
l'adolefcence.  Quelquefois  ils  la  portoient  longue 
& frifée  , comme  celle  des  jeunes  filles  : c eft 
ainfi  qu’on  voit  fur  des  médailles  de  iarente, 
tous  les  cheveux  du  petit  Taras,  liés  derrière 
& vers  le  haut  de  la  tête,  c'eft-à-dire  , qu'ils 
les  portoient  trelfés  en  forme  de  natte  ronde  , 
appellée  corilU. 

Les  enfans  des  romains  portoient  ordinairement  la 
tunique,  & par  delTus  la  toge,  jufqu'à  l'âge  de  douze 
ans.  On  en  voit  un  habillé  de  cette  manière  fur  un 
bas-relief  de  la  villa  Médicis  {adm.  rom.  ant.fol.  41 
fur  d'autres  monumens , ies  enfans  lont  vêtus  de 
la  chlamyde.  1 arquin  l'ancien  ( P lin.  4 53.  c.  i.  ) 
donna  à fon  fils  la  toge  prétexte  & la  bulle, 
à l'occafion  d'un  triomphe.  Plutarque  ( vie  des 
hommes  , iliuft.  tom.  I.  , fol.  161.  ) veut  ce- 
pendant que  cet  ufage  foit  plus  ancien  , Sc  qu'ii 
étoit  établi  en  confidération  des  Sabines  , à la  paix 
des  romains  arme  cette  nation.  Les  garçons  por- 
toient la  toge  prétexte  depuis  l’âge  de  douze 
ans  ( velUius  paterculus  ) jufqu'à  dix-fept  , ou  fui- 
vant  d’autres  ( Ferrarius^  de  re  vejt.  lih.  2.  cap,  i ) , 
jufqu'à  quinze  feulement.  Les  filles  la  portoient 
jufqu'au  moment  de  leur  mariage. 

La  huila  étoit  une  petite  boule  d'or  C grand 
cabinet  rom.  fol.  102.)  , ou  même  de  cuir  pour 
le  peuple  ( Pline  , lib.  33,  ch.  1.  ),  que  les 
fans  portoient  attachée  à un  ruban  , ou  à un  filet 
autour  du  cou  , & qui  leur  pendoit  fur  la  poi- 
trine. Quant  à la  tunique  , appellée  alicula , qu'on 
leur  attribue , elle  ne  différoit  de  la  tunique  or- 
dinaire que  par  fa  petiteife. 

Il  y avoit  chez  les  romains  un  grand  nombre 
de  divinités  chargées  de  veiller  à la  naiffance  & 
à la  confervation  des  enfans.  Voici  les  noms  de 
la  plupart  : quant  à leurs  fonétions, on  les  verra 
dans  leurs  articles  particuliers.  Carnea,  Cunina, 
Deverra  , Edula  , les  dieux  Epidotes  , Fabuiinus, 
Intercidona,  Juventa,  Levana  , Nafcio,  ou  Na- 
tio,  Nondina  , Orbona  , OlTiIago , Paventia,  Pi- 
cumnus , Pilumnus  , Flumia  , Statilinus , Vagi- 
tanus. 

Les  grecs  mettoîent,  à la  vérité,  leurs  enfans  fous 
laproteélion  de  quelque  dieu  , mais  ils  n’en  avoient 
pas  créé  de  particulier  pour  remplir  ces  fondions. 
La  mère  de  Platon  { otympiodor  vita  Platon.  ) porta 
"fon fils  fur  le  mont  Hymette , & l’y  recommanda 


534  E N F 

à Pau  , aux  Nymphes , & à Apollon -Bercer. 
Winckelmann  conclut  de  ce  paflage  & du  grand 
nombre  de  monumens , fur  lefquels  on  trouve  des 
Faunes  jouant  avec  des  enfans  ou  portant  des 
enfiiTis , que  ceux-ci  étoient  fous  la  protedlion 
partiedière  des  Faunes  & des  autres  divinités 
champêtres. 

Lors  môme,  dit  Winckelmann  ( Iiiil.  de  l’art, 
i.  ÎV . ch.  6-  ) , que  le  haut  ftyle  ne  feroit  pas 
defeendu  jufqu’à  la  conformation  des  enfans  , ces 
êtres  d’une  conformation  imparfaite,  lors  même 
que  les  martres  de  ce  ftyle  , donc  les  principales 
penfees  tendoient  à rendre  des  corps  d’un  dé- 
veloppement parfait , n’auroient  jamais  effayé  de 
repréfenter  des  formes  chargées  de  chairs  fu- 
perflues,  fur  quoi  cependant  nous  n’avons  au- 
cune ceicitudc  ; toujours  eft-il  sûr  que  les  artiltes 
du  beau  ftyle , en  cherchant  le  tendre  & le  gra- 
cieux , fe  font  aufij  prepofés  pour  but  d’expri- 
mer !a  nature  naïve  des  enfans,  Ariftide  , qui 
peignit  une  mère  expirante  avec  fon  nourriflon 
attaché  à la  mammeiie  ( Pline  ,1.  5 j.  c,  56.  n°’. 

) , aura  fans  doute  repréfenté  un  enfant  nourri 
de  lait.  Sur  les  pierres  gravées  les  plus  an- 
ciennes, l’Amour  n'eft  pas  figuré  comme  un  petit 
enfant  , mais  comme  un  adoiefeent , ayant  de 
grandes  aiies  d’aigle  , telles  que  la  plus  haute  an- 
tiquité' en  donnoit  à prefque  tous  les  dieux. 

Les  artiltes  du  fécond  âge , tels  que  Solon  & 
Tryphon,  donnèrent  à l’Amour  une  nature  plus 
enfantine  & des  ailes  plus  courtes  : c’eft  dans  cette 
forme  & dans  la  manière  des  enfans  de  Flamand 
qu’on  voit  ce  dieu  fur  une  infinité  de  pierres 
gravées.  C’eft  ainfi  encojre  que  font  figurés  les 
enfans  des  peintures  d’HercuIanum  , particuliére- 
ment ceux  qui  font  peints  fur  un  fond  noir  dans 
des  tableaux  de  la  même  grandeur  que  ceux  qui 
repréfentent  les  belles  danfeufes.  Nous  citerons, 
comme  les  plus  beaux  qui  foitnt  à Piome, 
à la  villa  A!b  ani  un  cupidon  endormi , au  ca  | 
pitoie  un  enfant  qui  joue  avec  un  cigne  ( maf. 
ç.apit.  t,  J.  tav.  64.  ) ; à la  villa  Negroni  un  autre 
enfant^  monté  fur  u.n  tigre,  .avec  deux  Amours, 
dont  l’un  cherche  à effrayer  i’autre  par  un  mafque  : 
ces  morceaux  fufSfcut  pour  prouver  combien  les 
anciens  artiftes  réufîiffoient  dans  l’imitation  de 
la  nature  enfantine.  Mais  le  plus  bel  enfant  que 
rantiquité  nous  ait  tranfmis  , quoiqu’un  peu  mu- 
tilé , eft  un  petit  faîyre  d’environ  un  an  , de  gran- 
deur naturelle,  & confervé  à la  viiia  AJbani  : 
c’eft  un  bas-reiief , mais  d’un  faillant  fi  marqué  , 
que  prefque  toute  la  figure  eft  de  ronde-boffe. 
Cet  enfant , couronné  de  lierre,  boit  probable- 
ment à un  outre  qui  manque  , avec  tant  d’avjdité 
& de  volupté,  que  les  prunelles  des  yeux  font 
tout-a-fait  tournées  e.u  haut , 8c  qu’on  ne  voit 
qu  une  trace^  du  point  de  l’œil  Ces  monumens 
euvenî  fervir  à détruire  un  yiçux  préjugé , de- 


E N F 

venu,  on  ne  fait  pourquoi,  une  vérité  qu’on 
ne  conteftoit  plus,  favoir  que  les  anciens  artiftes 
font  fort  inferieuis  aux  modernes  dans  la  confi- 
guration des  enfans. 

Enfans  ( Athlètes.  ) 

Les  athlètes  , fuivant  Platon  (i) , étoient  divifés 
en  trois  claiïes,  des  enfans,  nAiAiKSiN,  des 
jeunes  gens,  ArENEiQN,  & des  hommes, 
ANAFQN. 

Les  athlètes  en/aer  étoient  admis  aux  feux  pu- 
blics, depuis  douze  ans  jufqu’à  dix- fept5*les 
jeunes  gens, depuis  dix-fept  ans  jufqu'à  vingt  ;Ics 
hommes,  depuis  vingt  & au-defius.  Deux  marbres 
de  Cyzique,confervés  dans  le  cabinet  de  i’académie 
des  inferiptions , nous  préfentent  des  athlètes  de 
tontes  ces  trois  ciaftes,  ( Caylus  Rec.  i.p.zu.) 
Cet  ordre  n’étoit  pas  le  même  dans  toutes  les 
villes.  A Athènes,  les  enfans  ne  paftbient  dans 
la  claffe  des  Éphèbes  qu’à  l’âge  de  dix  huit  ans 
accomplis;  les  Éphèbes,  à vingt  ans  accomplis, 
étoient  inferits  fur  le  rôle  des  hommes. 

Enfans  fur  les  médailles. 

Les  dieux  marins , Méiicerte , Palemon  & 
Portumne , foit  qu’ils  ne  faffent  que  la  même  déité 
fous  trois  noms  différens,  foit  qu’on  les  ait  re- 
gardés comme  trois  dieux,  n’ont  que  le  même 
fymboie  ; car  ils  font  repréfentés  par  un  enfant 
aflls  fur  un  dauphin  , 8c  ils  défignent  les  yeux 
de  î’Ifthme , qui  furent  inftitués  par  Sifyphe  , en 
l’honneur  du  premier  de  ces  dieux. 

Sur  les  médailles  de  Tarente,  cet  enfant  eft 
Taras. 

Enfans  nés  de  père  Sr  de  mère  libres  & 
vivans.  On  exigeoit  ces  qualités  dans  les  enfans 
qui  rideient  les  facrificateurs  dans  leurs  for, étions. 
Sur  les  monumens  qui  repréfentent  des  facrifices , 
on  les  voit  portant  le  coffret  à l'encens , ou  les 
patères,  pour  les  libations,  quelquefois  jouant 
de  la  fiûte  double.  Dans  une  infçription  rap-^ 
portée  par  Muratori  ( pag.  5 1 z.  ra.  i . Thefinfeript.  ) 
ils  font  défignés  par  ces  mots  ? pueri  ingenui  pa-, 
tremi  Û?  m&tremi  fenatorum  filii  referentes  ad  aram 
in  pateris  ad  facrificia. 

ENFEP^S  , nom  général  pris  pour  fignifier  les 
lieux  dellinés  à la  demeure  des  âmes  après  la 
mort.  Selon  les  philofophes  , Y enfer  étoit  égale- 
ment éloigné  de  tous  les  endroits  de  la  terre; 

8c  Cicéron , pour  marquer  qu’il  importe  peu  de 
mourir  en  un  lieu  plutôt  qu’en  un  autre,  dit; 
en  quelque  lieu  que  l’on  foit , on  a autant  de 
chemin  à faire  pour  aller  en  enfer.  Les  poètes 


(i)  Vlatv  de  Upius  , l.  Vif, 


E N F 

ont  fixé  certains  lieux  comme  l’entrée  des  enfers  ; 
tel  cjueleSeuve  Lé:hé-  du  côté  des  Scythes; 
en  Épire , la  caverne  Achérufia  , la  bouche  de 
Piuton  J près  de  Laodicée  ; & la  caverne  du  Te- 
nare  , auprès  de  Lacédémone.  Uiyffe,  pour  def- 
cendre  aux  enfers  , alla  , dit  Hçmère  , par 
rOcéan  au  pays  des  cimmériens  : Énée  y entra 
par  l’antre  du  lac  Averne.  Xénophon  dit  qu’Her- 
eule  entra  aux  enfers  par  la  péninfule , nommee 
AckénifiaAe  , près  d’Héraclée  du  Pont.  A Lier' 
mione  j il  y avoir  , félon  Strabon , un  chemin 
fort  court  J pour  aller  aux  enfers  \ c’elt  pour  cela 
que  ceux  du  pays  ne  mettoient  pas  dans  la  bouche 

du  mort  le  prix  du  paflage  pour  Charcn 

La  demeure  des  enfers  ell  décrite  diverfement 
par  les  anciens.  Apulée  fait  paffer  Piyché  par 
)a  caverne  du  Ténarc , pour  aller  jufqu’au  trône 
de  Pluîon  : au  bout  de  la  caverne  elle  trouve 
le  fleuve  Achéron , ovi  elle  pafle  la  barque  de 
Charon,  & va  delà  droit  au  trône, _ gardé  par 
le  cerbère.  Voici  e»  abrégé  la  defcription  que 
Virgile  fait  des  enfers  : au  milieu  d'une  tenc- 
breufe  forêt,  & fous  d’affreux  rochers,  eft  un 
antre  profond  , environné  des  noffes  eaux  du 
lac....  ....  A l’entrée  de  ce  gouifre  infernal , 
font  couchés  le  chagrin  & les  remords  vengeurs. 
Là  réfîdent  les  pâles  maladies  , la  trille  vitiilefle , 
la  peur  , la  faim  , l’indigence  , le  travail,  la 
mort , le  fommeil  fon  frère  , & les  joies  funelles^ 
Enfuite  on  voit  la  guerre  meurtrière , les  eumé- 
nides  & la  difcorde  infenfée.  Là  font  encore 
pliifieurs  autres  monftres,  tels  que  les  centaures, 
les  deux  fcyila , le  géant  Briarée , l'hydre  de 
Lerne,  la  chimère,  les  gorgones,  les  harpyes 
& le  géant  Géryon.  Après  cela  commence  le 
chemin  qui  conduit  à i’ Achéron  , fur  lequel 
règne  le  redoutable  Charon,  nocher  des  enfers. 
Le'  fleuve  pafle,  on  entre  dans  le  féjour  des 
ombres,  que  le  poète  divife  en  fept  demeures  : 
la  première  eft  celle  des  enfans  morts  en  naiflant, 
qui  gémiflent  de  n’avoir  fait  qu’entrevoir  la  lu-  ; 
mière  du  jour  ; la  fécondé  étoit  occupée  par  ks 
viélimes  d’un  faux  jugement , qui  les  a condam- 
ses  à une  mort  injufte  ; dans  la  troifième  étoient 
ceux  qui,  fans  être  coupables,  mais  vaincus  par 
le  chagrin  & les  misères  de  la  vie , ont  attenté  , 
à leurs  jours  ; la  quatrième , appellée  le  champ 
des  larmes , étoit  le  féjour  de  ceux  qui  avoienr 
éprouvé  les  rigueurs  de  l’amour , Phèdre , Procris, 
Didon , &c.  ; la  cinquième , le:  quartier  des  fa- 
meux guerriers  qui  avoienr  péri  dans  les  combats  t 
l’affreux  tartare  , prifon  des  fcélérats  , faifoit  la 
fixième  demeure,  environnée  du  bourbeux  Co- 
cyte , & du  brûlant  Phlégéton  ; là  régnoient  les 
parques  & les  furies.  Enfin , la  feptième  demeure 
étoit  le  féjour  des  bien  - heureux , les  champs 
élyfées On  plaçoit  dans  l’enfer  cinq  fleu- 

ves, le  Cocyte,  l’Âchéron,  le  Stjx,  le  Pyri- 
phlégéton  , ou  Phlégéton,  & le  Léthé  ; leurs 
propriétés  font  détaillées  dans  leurs  articles ..... 


E N N 55^ 

Les  divinités  qui  prt'fidoienr  aux  enfers , étoient 
Pluîon  , qui  avoir  la  fuprême  puifiance  , & Pro- 
ferpine,  fon  époufe;  les  trois  juges,  Éaque,  Mmes 
& Radamante  ; les  parques  , les  furies , Sc  les 
dieux  mânes.  Voyer^toas  ces  articles. 

ENGASTRIMYTE.  Voyei  Ventriloque. 

ENGUIE,  Tille  de  la  Sicile,  célèbre  par  fon 
temple  des  déciles  - mères.  Voye-^  Déesses- 
Mères. 

ENHODîA,  Muratori  ( 99.  2.  Jhef.  ) rap- 
porte une  infeription  gravée  fur  un  cippe , où 
il  eft  fait  mention  de  la  déeffe  Enkodia , comme 
de  la  déelTe  des  chemins , viarum  prsfes  , die 
Feftus.  De  là  on  peut  conclure  qu'elle  étoit  la 
même  divinité  que  Dhne-Enhodia, 

ÉNIPÉE,  ou  Éniphée,  flenve  du  Péloponèfe, 
qui  tombe  dans  l’Aiphée.  Vcyei  Tyro. 

ENMONiAEIA,  jeux  qui  étoient  particuliers  aux 
villes  qui  les  donnoient  en  leur  nom  & à leurs 
frais.  Il  en  eft  fait  mention  fur  des  médailles  de 
Sévère  - Alexandre  & de  Gallien , frappées  à 
Alagnéfîe  en  Lydie. 

ENNA,  lieu  où  Cérès  faifoit  fa  demeure  or- 
dinaire, en  Sicile  ; il  y avoit  de  belles  prairies  , 
arrofées  de  fontaines  d’eau  vive  ; C’eft-là  que 
Proferpine  fe  promenoir  lorfqu’eile  fut  enlevée. 

ENNA  & HENNA , en  Sicile.  EHNAmK. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  r 

R.  en  bronze. 

O.  en  argent. 

O.  en  or. 

Leurs  types  ordinaires  font  une  charrue  traînée 
par  deux  ferpens,  un  fanglier. 

Devenue  municipe,  elle  a fait  frapper  des 
médailles  de  familles. 

ENNEADÉCATERIDE  eft  un  cycle  ou  une 
période  de  dix-neuf  ans,  années  foiaires.  Feje-j^ 
Cycle.  Ce  mot  eft  grec,  formé  tieuf^ 

de  é'î**,  dix,  6c  d’fri»?  , année. 

Tel  eft  le  cycle  lunaife  Inventé  par  Méthon  , 
à la  fin  duquel  la  lune  revient  à peu  près  atj 
même  point  d’où  elle  eft  partie;  c’efl  pour  cette 
raifon  que  les  athéniens,  les  juifs,  & d autres 
peuples  qui  ont  voulu  accommoder  les  mo!s  lu- 
naires avec  l’année  folaire,  fe  font  fervis  de  Vennéa- 
décacé'ide , en  faifant , pendant  dix-neuf  ans, 
fept  ans  de  treize  mois  lunaires , & les  autres  dé 
douze. 


535  ENS 

]Jennéudécatér:ie  des  juifs  eft  proprement  un 
cycle  de  dix-neuf  années  lunaires,  qui  commen- 
cent à molad  toku , c'eft- à-dire  , à la  nouvelle 
lune , que  les  juifs  fuppofent  être  arrivée  un  an 
avant  la  création.  Chacune  des  3“,  6',  8',  11% 
14',  17%  19%  &c.  années  de  ce  cycle,  font 
embolifmiqaes , ou  de  383  jours  21  heures , & 
les  autres  communes  , ou  de  3 34  jours  8 heures. 

Uennéndécatéride  des  juifs  eft  donc  de  6939 
jours  16  heures.  D*où  il  s^enfuit  que  {‘ennéadé- 
caiéride  des  juifs  diffère  de  V ennéadécatéride  ju- 
lienne , ou  de  dix-neuf  années  juliennes , d’envi- 
ron deux  heures  ; car  dix-neuf  années  juliennes 
font  6939  jours  18  heures. 

ENNOMUS , le  plus  favant  des  augures  de 
l’Alie , commandoit  les  myiîens , auxiliaires  de 
Troyejmais,  avec  tout  fon  art,  il  ne  put  éviter 
la  mort  fur  les  bords  du  Xanthe , où  Achille 
le  tua. 

ÉNOBOLICO  ( Gruter  88.  6.  ).  C’eftEN- 

DOYELICÜS. 

ENÔPTROMANTIE , forte  de  divination, 
qui  fe  pratiquoir  par  le  moyen  d’un  miroir.  Les 
enchantemens  , par  un  miroir,  fe  faifoient,  félon 
Spartien,  de  telle  forte,  qu’un  jeune  garçon  qui 
avoir  les  yeux  bandés,  ne  lailïoit  pas  d’y  voir 
dedans.  Les  magiciennes  deThenaiie  fe  fervoient. 
pour  deviner,  d’un  miroir,  où  elles  écrivoient 
avec  du  fang  ce  qu’elles  vouloient  répondre. 
Ceux  qui  les  avoientconfultées  , lifoient  leurs  ré- 
ponfes,  non  pas  dans  le  miroir,  mais  dans  la 
lune , à ce  qu’elles  prérendoienr  ; car  leurs  en- 
chantemens avoient  la  force  de  faire  defcendre 
la  lune.  Ce  mot  eft  formé  de  E'yaîvrpa» , miroir  , 
& dé  y.cr.'iTiia , divination. 

ENRAYER.  Vcye[  Suffi  amen. 
ENROLLEMENT.  Voyf^  le  diélion.  de  l’an 

militaire. 

ENSEIGNES  militaires. 

L’ufage  des  eufeignes  ou  étendards  a commencé 
de  bonne  heure  chez  les  égyptiens.  Des  figures 
d’animaux  , portées  par  les  chefs  , au  bout  d’une 
pique  , faifoient  connoître  à chacun  fa  compa- 
gnie , & empêchoient  le  défordre  (Diodore  de 
Sicile  ).  Cette  invention  ayant  procuré  des  vic- 
toires, le  peuple  s’en  crut  redevable  à ces  ani- 
maux. Diodore  penfoit  que  de  là  dérivoit  leur 
culte. 

^Chez  les  grecs,  dans  les  temps  héroïques, 
c’étoit  un  bouclier,  un  cafque  çu  une  cuirafte  , 
-fixée  au  haut  d’une  lance,  qui  fervoit  d'en/tignes 
militaires.  Cependant  Hcmere  nous  apprend  qu’au 


Ê N S 

liège  de  Troye,  Agamemnon  prit  un  voile  de 
pourpre,  & l’éleva  en  haut  avec  la  main,  pour 
le  taire  remarquer  aux  foldats,  & les  rallier 
à ce  fignaî.  Ce  ne  fut  que  peu  à peu  que  s’in- 
trodiiiHt^  l’ufage  des  enfeignes  avec  les  devifek 
Celles  des  athéniens  étoient  Minerve  , l’olivier 
& la  chouette  ; les  autres  peuples  de  la  Grèce 
avoient  aulfi  pour  enfeignes  ou  les  figures  de  leurs 
dieux  tutélaires  , ou  des  fymboles  particuliers  , 
élevés  au  bout  d’une  pique.  Les  corinthiens  por- 
toienr  un  pégafe  ou  cheval  ailé  ; les  Meffenieus 
la  lettre  grecque  M,  & les  lacédémoniens  le  A, 
qui  étoit  la  lettre  initiale  de  leur  nom. 

Les  perfes  avoient  pour  enjeigne  principale  un 
aigle  d’or  , au  bout  d’une  pique , placé  fur  un 
chariot , & la  garde  en  étoit  confiée  à deux  offi- 
ciers de  la  première  diftinâion,  comme  on  le  voit 
à la  bataille  de  Thymbrée  , fous  Cyrus.  Xéno- 
phon  , dans  la  cyropédie  , dit  que  cette  enfeîgtie 
fut  en  ufage  fous  tous  les  rois  de  Perfe.  Les 
anciens  gaulois  avoient  auffi  leurs  enfeignes , & 
juroient  par  elles  dans  les  ligues  & les  expéditions 
militaires  ; on  croit  qu  elles  repréfentoient  des 
figures  d’animaux  , & principalement  le  taureau  , 
le  lion  & Tours. 

Les  romains  n’eurent  d’abord  pour  enfeigne 
qu’une  poignée  de  foin  ( Plut.  Hom.  il/.  Ovidii. 
fafi.  lib.  5.  ),  élevée  au  bout  d’une  pique:  mais 
cette  fimplicité  ne  dura  guère , Taigle  devint , 
bientôt  i’enfeigne  diftindive  des  légions  : chacune 
( Lipfus  , de  militia  romana ^ lib.  4.  dial.  J.  ) avoir 
la  lienne  , qui  étoit  portée  au  haut  d’une  pique  , 
& pofée  fur  une  bafe  fculptée  ( cabinet  rom.  pan. 
^.  fig.  If.  ) ; cette  aigle  étoit  le  plus  fouve.nt 
d’or  , quelquefois  d’argent.  Pline  obferve  qu’a- 
vant le  fécond  confulat  de  Marius  , ( Ub.  10  , 
cijp.  4.  ) on  portoit  pour  enfeigne  différens  ani- 
maux, comme  fangiiers,  chevaux,  minotaures, 
louves,  mais  que  ce  général  conferva  Taigle  feuî. 
Du  temps  des  empereurs,  c’étoit  fouvent  une 
main  (.colonna  traj.  fol.  5.)  par  allulîon  au  nom 
des  manipules  , ou  comme  Temblême  de  la  con- 
corde. On  voit  auffi  fur  la  même  colonne  une 
aigle  {ibid.  fol  ^6.)  , avec  le  portrait  de  Tem- 
pereur  au  deftous. 

Les  enfeignes  font  communément  ornées  de  cou- 
ronnes fur  les  monumens,  & chargées  de  petits 
boucliers , clupei  , fur  lefqueîs  il  y avoir  probable- 
ment des  portraits  , ou  d’autres  emblèmes  rela- 
tifs aux  événemens  particuliers  de  chaque  légion. 
On  y remarque  auffi  <îes  créneaux , comme  tro- 
phées des  villes  prifes,  ou  des  becs  de  galères. 
Ces  trophées  , que  les  foldats  avoient  continuelle- 
ment devant  les  yeux , & qui  leur  rappelloient 
leurs  anciens  exploits , étoient  bien  propres , 
fans  doute , à ranirner  leur  courage  dans  les 
combats. 

H 


ENS 

I!  paroît  par  Tacite  ( annal,  lih.  5.  ) , qu’après 
la  mort  de  Germanicus  ^ les  légions , en  ligne  de 
triftelTe  , fupprimèrent  pour  un  temps  3 tous  les 
ornemens  des  enfeignes.  Ils  en  agifldient  proba- 
blement ainfî  dans  les  autres  démonftrations 
de  deuil  ou  dans  les  calamités  publiques.  Sur 
une  enfeigne  de  la  colonne  trajane»  on  voit 
au  deffus  de  Taigle  un  petit  étendard  , vexillum , 
su  milieu  duquel  étoic  écrit  le  nom  des  cohortes 

6 des  centuries  3 afin  que  chaque  foldat  pût  re- 
connoitre  la  lîenne.  C’eft  Vegèce  ( de  re  milit. 
lih.  X.  cap.  13.)  qui  nous  inftruit  de  cette  circonf- 
tance  ; mais  cet  auteur  écrivoit  du  temps  du 
Bas-Empire.  Dans  les  liècles  antérieurs , le's  ma- 
nipuli  feuls  avoient  leurs  fignes  (^Lipfius  de  milU 
îia  fomana  , /zi,  4 , dial,  y ),  & ils  compofoient 
les  cohortes  qui  n’en  avoit  pas  en  propre.  Quel- 
quefois on  attachoit  limplement  le  ■vexillum  au 
haut  d’une  pique , fans  autre  ornement.  Ceux 
de  l’infanterie  étoient  rouges  ( Servius  far  le 
V.  I.  lib.  8.  Enéid.  Polybe  3 liv.  63  ch.  7 ) 3 
excepté  celui  du  conful  3 qui  étoit  blanc  : la  cou- 
leur bleue  diftinguoit  ceux  de  la  cavalerie  ( Ser- 
vius ibidem')  ; ils  étoient  fixés  au  haut  d’une 
pique  , à cette  efpèce  de  foutien  ( cap.  rom,  part. 
f.  fig.  ij.  ) 3 qu’on  voit  quelquefois  furmonté 
d’un  aigle  3 & ils  avoient  des  franges  & des  ru- 
bans ( adm'ir.  rom.  antiq,  fol.  16,). 

Le  laharum  3 cet  étendard  au  milieu  duquel 
Conftantin  fit  placer  le  monogramme  de  Jefus- 
Chrift  ( Anton.  Agofiin.  dial,  fopra  le  medaglie , dial. 

7 ^ med.  14.  ) 3 différoit  du  vexillum.  en  ce  qu’il 
étoit  tendu  & confervoit  fa  forme  quarrée  3 comme 
on  le  voit  fur  une  médaille  de  Théodofe  j en 
quoi  il  différoit  auftl  du  vexillum  , qui  fe  ren- 
contre fréquemment  fur  la  colonne  trajane  3 
& qui  n’étoit  attaché  qu’au  bord  fupérieur.  Peut- 
être  ces  étendards  n’étoient-ils  point  alors  appelés 
labamm.  PluEeurs  prétendent,  en  effet 3 que  ce 
mot  eft  du  bas-empire.  Vegèce  ( de  re  milit.  lih. 
2.  3 cap.  13.)  attribue  aux  romains  de  fon  tefiips  3 
ces  étendards  en  forme  de  dragon  3 qui  fervoient 
^'enfeigne  aux  nations  barbares  : celles-ci  étant 
devenues  dans  la  fuite  auxiliaires  des  romains  3 
elles  confervèrent  probablement  leurs  fignes  3 & 
les  mêlèrent  parmi  les  aigles  des  légions.  C’eft 
fans  doute  dans  ce  fens  que  Vegèce  parle  3 de 
même  que  quelques  modernes  après  lui  , puif- 
qu’on  ne  trouve  rien  de  femblable  dans  les  Eccîes 
qui  précédèrent  la  décadence  de  l’empire.  Voy. 
Aigle  3 Dragon  , Draconnaire  3 Laba- 
RüM,  &c. 

On  trouve  dans  les  coîleérions  d’antiques  plu- 
fieurs  repréfentations  d’animaux  pofés  fur  des 
plinthes.  Les  trous  qui  traverfent  ordinairement 
ces  plinthes,  paroiffent  avoir  fervi  aies  fixer  au 
haut  des  piques,  & les  font  reconnoître  pour 
des  enfeignes.  Le  comte  de  Caylas  en  a publié 

Antiquités  ^ Tome  H. 


E N T 

plufieurs,  & entr’autres  deux  léopards  mâle  8c 
femelle.  ( Rec.  111.  pl.  64.  ) 

Enseignes  militaires  fur  les  médailles  de  colo- 
nies. Peyeç  Colonies. 

Enseignes,  ou  pone-enfeignes.  On  voit  plu- 
fieurs de  ces  officiers  fur  les  médailles  d’allocution, 
rangés  autour  de  l’empereur  qui  harangue  les 
troupes.  Ils  paroiffent  d’une  manière  plus  dif- 
tinde  fur  la  colonne  trajane,  où  l’on  voit  que 
leur  caradère  dillindif  eft  conftamment  une  dé- 
pouille d’ours  eu  de  lion , attachée  fur  leur  cafque 
& flottant  fur  les  épaules. 

Enseignes.  Dans  les  fouilles  de  Pompeia , 
on  a trouvé  un  phallus  de  grandeur  déméfurée, 
peint  fur  le  m.ur  d’une  maifon , où  il  fervoit 
à‘ enfeigne.  On  en  voit  le  deffin  dans  le  recueil 
des  antiquités  d’KercuIanum. 

ENTELLA , en  Sicile,  enteaainûn. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

O.  en  oir. 

RRR.  en  bronze. 

RRR.  en  argent. 

Leur  type  ordinaire  eft  Pégafe  volant. 

ENTERRER.  Les  différens  peuples  de  ranti- 
qüité  ont  pratiqué  différens  ufages  pour  la  def- 
trudion  des  corps.  Les  uns  les  ont  brûlés,  d’autres 
les  ont  enterrés  ^ quelques-uns  les  ont  brûlés  ou 
enterrés  à différentes  époques,  & plufieurs  enfin 
ont  pratiqué  aux  mêmes  époques  ces  deux  ufa- 
ges. 

Les  Égyptiens  enterroîent  les  morts,  ou  ils  les 
embaumoient.  Le  cercueil  qui  exifte  encore  dans 
la  chambre  qui  occupe  le  centre  de  la  grande 
pyramide , attefte  le  premier  ufage.  Ils  avoient 
même  une  loi , confervée  par  le  divin  Platon  , 
qui  défendoit  èé enterrer  un  homm.e  dans  un  en- 
droit où  un  arbre  auroit  pu  croître.  Les  rois  & 
les  grands  de  Memphis  , obfervèrent  fcrupuleu- 
fement  cette  loi  5 car  le  terrein  fur  lequel  font 
bâties  les  pyramides,  & placées  les  fépultures 
royales  de  la  Thébaïde  , n’eft  qu’un  rocher  fté- 
rile.  Plutarque  dit  qu’il  y avoit  en  Egypte , deux 
er  droits  où  l’on  vouîoit  être  enterré  de  préfé- 
rence à tous  autres , c’étoient  les  environs  de 
Memphis  , où  fe  trouvent  encore  aujourd’hui 
les  momies,  & les  environs  d’Abydus. 

On  voit  3 dans  Xénophon , Cyrus  ordonner 
que  fon  corps  foit  c/zterré.  Les  mages , fes  fujets,' 
ne  brûloient  pas  les  corps  ; mais  ils  les  laiffoient 
dévorof  aux  qifeaux  de  proie.  Les  autres  per.^es 

Yy  y 


E N T 


5-38  E N T 

Iss  enîerrolinî.  ( XeTiopk.  Cyrop.  JLerodct,  lib.  y. 
cap.  9.) 

QusI<5uss  auteurs  ont  dit  les  grecs  n enfs- 
velirent  jamais  aucun  mort  dans  leurs  temples 
& dans  leurs  villes;  mais  c'efl:  une  erreur.  On 
voyoit  en  Laconie , dans  le  temple  d'Amyclée  ^ 
le  tombeau  d'Hyacinthe , fils  d'Amyclèsj  fous 
une  ftatue  d'Apollon.  C Paufarâas^  3.1.)  Cet 
exemple  étoit  fréquemment  répété , comme  an 
peut  le  voir  par  les  livres  de  Paufanias^  & des 
écrivains  grecs. 

Ces  témoignages  nous  apprennent  que  l'ufage  de 
brûler  les  corps  , n'étoit  p5s  général  chez  les 
grecs.  D'ailleurs  les  lacédémoniens  enterraient  leurs 
morts.  Lycurgue  avoit  ordonné  que  ceux  qui 
auroient  perdu  la  vie  dans  les  combats,  feroient 
enterrés  avec  des  branches  d olivier , & que 
ceux  dont  la  valeur  avoit  été  la  plus  diftinguée  , 
feroienc  enveloppés  dans  un  drap  rouge  , défen- 
dant de  placer'autre  chofe  près  de  leur  cadavre. 
A Athènes,  Solon  n'avoit  permis  d'OTreccer  avec 
les  corps  que  trois  habits. 

Les  étrufques  n'étoient  pas  dans  l'ufage  de 
brûler  les  corps.  Les  tombeaux  de  marbre,  rap- 
portés par  Demfier,  Gori,  &c.  ne  permettent 
pas  de  douter  qu'ils  ne  les  enterrajfent. 

Un  philologue  célèbre  {AL  ab  Alexandra  dier. 
génial.  Lib.  3.  cap.  2.  ) a écrit  que  les  romains 
ne  brûloient  pas  les  corps  dans  les  premiers  lîè- 
cles  de  leur  ville , & qu'ils  les  enterraient mais 
qu'ils  avoîent  réglé  depuis  par  un  décret  , décréta 
fanxerunt  ^ qu'on  les  brûleroit , parce  que  les  en- 
nemis déterroient  leurs  cadavres  & les  infultoient. 
Cette  opinion  eft  dénuée  de  fondement , car  on 
ne  peut  trouver  aucune  trace  de  ce  prétendu 
décret.  De  plus  il  eft  démenti  par  le  grand  nombre 
de  tombeaux  quiexiftent  encore,  dans  lefquelson 
voit  que  des  cadavres  ont  été  dépofés  , & du 
temps  de  la  république,  & fous  le  règne  des 
empereurs.  Gruter  rapporte  auffi  pîufîeurs  inferip- 
îions  qui  parlent  de  corps  entiers  renfermés  dans 
le  fein  de  la  terre. 

D.  M. 

1.  IVLI.  EPIGONI 

VI  X I T.  ANN  I S.  X XVI.  M.  V.  E>.  XII. 
eORPUS.  INTEGRUM.  CONBITÜM 
E,  IVEIVS  GAMVS-. 

PATER.  FILIO.  PIISSIMO.  . 

Pag.  x>cixxxrJii.  le,  édition, prima. 


I.  IVLIVS.  GA  MTS 
DIS.  MANIBDS 
L,  IVEI.  MARCEIEI 
NEPOTIS  SVI 
VIXIT.  ANN.  V 
DIEBVS.  XXXXI 
eORPVS.  INTEGRVM 
CONDITVM 
SARCOPHAGO. 

Pag.  D c X X X I X.  8. 

Fabretti  ( infeript.  pag.  17.  ) cite  encore  à ce 
fujet  l'infcription  fuivante  : 

O s s A.  F A E 
SUE.  F V N D. 

TRIBVNALIS 
TERRA.  TECTA 

Et  celle-ci  qui  eft  accompagnée  de  deux  fque» 
lettes  gravés  à fes  deux  côtés  : 

CRITONIA.  Q.  L.  PHILENIA 
POP  A.  DE.  INSVLA. 

Q.  C R I T O N I.  P.  L.  D A S s I 
SCALPTORIS.  VILARI 

SIBI.  SVÎSQVE.  POSTER 
E O R. 

Il  eft  donc  certain  que  dès  les  commencemens 
de  Rome  , on  brûla  & on  enterra  les  corps  , que 
le  fécond  ufage  fut  d'abord  plus  fréquent  que 
le  premier  ; mais  que  par  la  fuite  le  premier  de- 
vint le  plus  ordinaire  par  la  force  de^  la  mode 
feule , & fans  aucune  loi.  Pline  ( hifi.  lib.  III- 
cap.  i.  ) le  dit , & il  obferve  que  plufieurs  fa- 
milles, & entr'autres  la  famille  Cornelia  , jufqu'au 
diélateur  Syüa  , confervèrent  l'ufage  6.‘ enterrer  les 
corps.  Ce  patTage  de  Pline  a paru  obfcur  à quel- 
ques philologues  ; mais  il  devient  clair  & exprelftf, 
lorfqu'ii  eft  rapproché  de  celai  ( lib.  VII.  cap. 
XVI.^  où  il  dit  que  l'on  ne  brûioit  les  corps 
humains  qu'après  qu'ils  avoient  acquis  des  dents  , 
non  hominem  prias  quam  genito  dente  cremari.  De 
là  vient  que  Juvenal  déiigne  un  enfant  par  ces 
mots  ( fat.  XV.  ) minor  igné  rogi  , trop  jeune 
pour  être  brûlé-  De  là  eft  venue  aufli  la  diftinc- 
tion  établie  par  les  anciens  jurifconfultes,  entre 
les  mots  corpus  & ofa,  qui  eft  exprimée  d^s 


YinCctiptioa  fuivante  , rapportée  par  Fabretti 

( ibiiem.  ) 

IN.  LA  T.  P.  II.  L.  P.  III  I. 

HVIC.  LOC&.  ITVS.  AMBITVS.  DEBETVR 
ET.  SI.  CORPVS.  INFERRE.  VOLIT.  SIVE  OSSA 
L I C E A T. 

L’ufige  a enterrer  les  corps  , qui  avoir  été 
moins  pratiqué  depuis  Sylia^  que  celui  de  les 
brûler,  commença  , fous  les  empereurs  chrér'ens , 
à régner  feul.  Macrobe  qui  florilfoic  fous  le  règne 
de  Théodofe  le  jeune  ( Saturnal.  iib.  Vil.  c.  n.  ) 
dit  expreffément  que  de  fon  temps  on  ne  brûloir 
plus  les  corps  : bicet  urendi  corpora  defiinctorum 
ufus  nojlro  f&culo  nuUus  fa. 

Les  gaulois  brûloient  les  corps  dû  temps  de 
Jules- Céfar  , ( ûe  belle  gaüico , lib.  6.  ) de  forte 
que  Ton  ne  p^eut  attribuer  qu’aux  francs , leurs 
vainqueurs  dans  les  IIP.  IV'.  & V.'  fiècles  , fa 
quantité  prodigieû|e  d’anciens  cercueils  que  Ton 
déterre  tous  les  jours  en  France. 

ENTHEA.  Cybèle  eft  appellée , dans  Martial , 
îa  mère  Entkéa , qui  veut  dire  la  divine  , ou  la 
fanatique , ou  la  déefîe  aux  enthoufiafmes.  E fÔE»;, 
divin. 

ENTRAILLES  des  viélîmes.  C’étoit  la  fonc- 
tion des  arufpices  d’examiner  les  entrailles , pour  ' 
en  tirer  des  préfages.  Cicéron , dans  fes  livres 
de  la  divination  , après  avoir  fait  voir  affez  vi- 
vement quelle  extrême  folie  c’étoit  de  confukerdes 
entrailles  d’animaux,  réduit  les  partifans  des  Aruf- 
pices, à répondre  que  les  dieux  changent  les  en- 
trailles dans  le  moment  du  facrifice , afin  de  mar- 
quer par  elles  leur  volonté  & l’avenir } fur 
quoi  il  fe  récrie  ainfi  : « ahl  que  dites-vous  ? 11 
=>  n’y  a point  de  vieilles  lî  crédules  que  vous. 
M Croyez-vous  que  le  même  veau  ait  le  foie  bien 
» difpofé,  s’il  eft  choifi  pour  le  facrifice  par 
M une  certaine  perfonne  , & mal  difpofé  , s’il  eft 

choifi  par  un  autre  ? Cette  difpofition  de  foie 
55  peut-elle  changer  en  un  inftant,  pour  s’accom- 
.55  moder  à la  fortune  de  ceux  qui  facrifient  ; 
55  ne  voyez-vous  pas  que  c’eft  le  hazard  qm  fait 
»5‘  le  choix  des  viélimes  ; l’expérience  même  ne 
55  vous  l’apprend-elle  pas?  Car  fouvent  les  en- 
j5  brailles  d’une  viêlitae  font  tout- à-fait  funeftes  j 
5»  & celles  de  la  viftime  qu’on  immole  immé- 
55  diatement  après,  font  les  plus  heureufes  du 
55  monde.  Que  deviennent  les  menaces  de  ces 
>5  premières  entrailles^  Ou  comment  les  dieux 
55  îe  font-ils  appaifés  fi  promptement  ? mais  vous 
=5  dites  qu’un  jour  il  ne  fe  trouva  point  de  cœur 
55  à un  bœuf  que  Céfar  facrifioit  ; & que , comme 
5’  cet  animal  ne  pouvoit  cependant  pas  vivre  fans 
55  ea  avoir  un  , il  a fallu  nécelfairement  qu’il  fe 


55  foit  retiré  dans  le  mome.nt  du  facrifice.  Eft-il 
55  poflîbic  que  vous  ayez  affez  d’efprit  pour  voir 
55  qu’un  bœuf  n’a  pu  vivre  fins  cœur,  & que 
’5  vous  n’en  ayez  pas  affez , pour  voir  que  ce 
55  cœur  n’a  pu  en  un  moment  s’e;ivoIer  je 
55  ne  fais  où  ? Cicéron  ajoute  un  peu  plus  bas. 

55  C’eft  un  ancien  mot  de  Caton  , & qui  eft 
55  connu  de  tout  le  monde  , qu’ii  s’étonnoir  qu’un 
55  arufpice  qui  rencontroit  un  autre  arufpice  , ne 
55  fe  mît  pas  à rire  ; car  de  toutes  les  chofes 
55  qu’iis  ont  prédites,  combien  peu  font  arrivées? 

55  Et  lorfqu’îl  en  eft  arrivé  quelqu’une  , que  peut- 
55  on  alléguer  pour  fah-e  voir  qu’elle  ne  foit  pas 
55  arrivée  par  hazard  ? Lorfqu’Apnibal  , réfugié 
55  auprès  du  roi  Prufîas  , lai  confeüloit  de  com- 
5’  battre , & que  ce  roi  lui  eut  répondu  qu’il  ne 
55  i’cfoit,  parce  que  les  entrailles  des  viélimes 
55  n’éroient  pas  favorables.  Quoi , lui  répliqua 
55  Annibal , v'ous  aimez  mieux  vous  en  rapporter 
55  aux  entrailles  d’un  boeuf,  qu’à  l’avis  d’un  vieux 
55  général  55? 

ENTREES  ( grandes  & petites).  Fbyq  Ad- 

MISSIONIS. 

ENTRE  - R.OI.  V.oyet^  Interrex. 

ENVIE.  Les  poètes , tant  grecs  que  latins , 
ont  déifié  V envie  , avec  cette  différence , que 
comme  chez  les  grecs  le  mot  eft  mafculin , 
ils  en  ont  fait  un  dieu  j & , au  contraire , les 
latins  en  ont  fait  une  déeffe , parce  cfainvidia 
eft  féminin.  Il  ne  paroît  pas  qu’on  ait  jamais 
érigé  des  autels , ni  des  ftatues  à X envie.  Lucien 
& Ovide  en  ont  fait  des  defcriptions  poétiques, 
prifes  fur  les  envieux  même.  V’oici  comme  parle 
Ovide  : « Une  trifte  pâleur  eft  peinte  fur  fon 
55  vifage,  elle  a le  corps  entièrement  décharné, 
55  le  regard  fombre  & égaré , les  dents  noires 
55  & mal-propres , le  cœur  abreuvé  de  fiel , & 
55  la  langue  couverte  de  venin.  Toujours  üvnée 
55  à des  fouhaits  inquiets  & chagrins,  jamais  elle 
55  n’a  ri  qu’à  la  vue  de  quelques  maux  ; jamais 
55  le  fommei!  ne  ferma  fes  paupières.  Tout  ce 
55  qui  arrive  d’heureux  dans  le  monde , l’afflige 
55  & redouble  fa  fureur  ; elle  met  toute  fa  joie 
55  à fe  tourmenter , à tourmenter  les  autres , & 
55  elle  eft  elle-même  fon  trifte  bourreau 

ENYALIUS.  Hiftiarus  de  Milet , ancien 
auteur  grec  , qui  avoir  écrit  i’hiftoire  de  la  Phé- 
nicie , difoit,  au  rapport  de  Josèphe  , que  cèr- 
tains  prêtres  avoient  porté  les  fâcrifices  de  Ju- 
piter Enyalius  dans  la  camp,igne  de  Sennaar , 
c’eft-à-dire,  dans  la  partie  de  la  Méfopotamie, 
qui  eft  la  plus  proche  du  cor.fluer.t  de  l’Eu- 
phrate & du  Tigre.  Voftius  ( de  idol.  orig.  & 
prog.  l.  I.  c.  i6.  ) croit  que  Jnpkcr  Er.yaiiu:  eft 
Mars,  & que  ce  Mars  des  afl'yriens , ou  baby'- 
loniens  , n’eft  autre  que  Nemrod.  On  convient 


E O L 

feulement  Enyalins  efi:  un  furnom  de  ^ Jvîars. 
Macrobe  le  dit  politivement , & Iss  poetes  ^ a 
Texemple  d'Homère j,  lui  donnent  cette  épithète. 
D'autres  difent  cnEnyalw  eft  le  fils  d'Enyo  ou 
de  Bellone  , Ejusî  o’ioj.  Cependant  Denis  dHa- 
licarnalTe  , qui  dans  fon  fécond  livre  dit  quEnya.- 
liiis  chez  les  fabins  ctoit  le  même  que  Quinnus , 
ajoute  qu'on  ne  fait  pas  bien  au  vrai  fi  Er.yalius 
eli  Mars,  ou  quelqu'autre  divinité  égale  à Mars 
en  puiifance  & en  h- nneur;  qu’à  la  vérité,  il 
en  eft  qui  difent  cyi  r nyaiius  elt  ie  dieu  qui  pré- 
fide  à la  guerre  & aux  armes  ; mais  que  d’autres 
les  diftingueat.  Voye:^  Enyo  , d’où  ce  mot  vient. 

ENYO.  Quelques  auteurs  difent  que  le  dieu 
Mars  portoit  le  nom  a Enyalius  ^ parce  qu'd  étoit 
fils  de  Jupiter  & à‘Enyo , déeffe  de  la  guerre. 
Stace  dit  qn'Enyo  préparoit  les  armes , les  che- 
Taux  & le  char  de  fon  fi!s_,  lorfqu'il  alloit  au 
combat.  Phurnutus  > dans  fon  traité  de  navara 
deorum,  rapporte  que  les  auteurs  varient  fur  l'ori- 
gine & les  fonélions  a Enyo  : les  uns  difent  qu’elle 
étoit  mère  ^ les  autres  foutiennent  qu'elle  étoit 
fille  , d'autres  enfin  attellent  qu'elle  étoit  fimple 
nourrice  du  dieu  Mars  ; mais  il  ajoute  que  tous 
les  mythologiltes  s'accordent  à dire  qu  Enyo, 
en  grec , fignifie  qui  donne’,  qui  excite  le  cou- 
rage J la  valeur  & la  fureur  dans  le  cœur  des 
combattans.  L'interprête  de  Lycophron  dit 
quEnyo  , fœur  des  Gorgones  , étoit  une  épithète 
que  Ton  donnoit  à Junon.  Héfiode  , dans  fa  ' 
Théogonie , attefte  cyoEnyo  étoit  fille  de  Phorcynos 
fc  de  Ceto  , & par  conféquent  qu'elle  étoit  fœur 
des  Phorcinides.  Gn  lit  dans  Paufanias , quEnyo, 
ainfî  .que  Pailas , préfidoit  à la  guerre,  & la 
dirigeoit. 

ÉOLE  , fils  d’Hipotbès  , defcendant  de  Deu- 
calion  5 ou  fils  d'Helien,  fils  de  Jupiter  j ou  fils 
de  Jupiter  même , fut  le  dieu  ou  le  roi  des 
vents.  “ Dans  un  antre  vafre  & profond  Eole 
tient  tous  les  vents  enchaînés  , dit  "Yirgile , 

M tandis  que  les  montagnes  qui  les  renferment, 

» retendirent  au  loin  de  leurs  mugiiTsmens.  Ce 
» dieu  qui  les  gouverne,  alGs  fur  la  plus  élevée 
5D  de  ces  montagnes  , appaife  leur  furie  & s'op- 
pofe  à leurs  efforts  j s'il  ceffoit  un  moment  de 
5D  veiller  fur  eux,  le  del , la  terre,  la  mer, 

=0  tous  les  élémens  feroient. confondus.  La  fagelfc 
33  de  Jupiter,  qui  a prévu  ce  danger,  les  a em- 
33  prifonnés  dans,  des  cavernes  obfcures,  & les  a 
» chargés  du  poids  des  plus  hautes  montagnes. 

33  1!  leur  a en  même-temps  donné  un  roi,  qui  : 
33  sût  à propos,  fuivanr  les  loix  qui  lui  fe.'-oient 
33  prefcrites,  les  retenir  dans  leurs  prifons,  ou 
53  les  mettre  en  liberté  33.  Junon  voulant  éloigner 
Énée  de  J''Itaîie , pria  Eole  d'exciter  une  fem- 
pêts.  AuSi-tôt  il  enfonça  fa  lance  dans  le  fianc 
de  la  montagne l’cntr'cuvrit.  Tous  les  vents, 
à l’inftanî , fortirent  impétueufement  de  leurs 


E O U 

cavernes,  fe  répandirent  fur  la  terre,  fur  la  mer,: 
& excitèrent  la  pj,usafïi-eure  tempête.  Ülylfe  étant 
venu  confulter  Eole^fur  fon  voyage,  & lui  ae- 
mander  les  moyens  de  faire  une  heureufe  navi- 
gation , Eole  lui  donna  les  vents  enfermés  dans 
une  peau  de  bouc , 8c  lia  lui-même  cet  outre 
dans  fon  vaiffeau  avec  un  cordon  d'argent  , afin 
qu’il  n’en  échappât  pas  la  moindre  haleine  : il 
laiiTa  feulement  en  liberté  le  zéphir,  auquel  il 
donna  ordre  de  conduire  les  vaiûeaux.  Mais  les 
compagnons  d'ülyffe  s'imaginant  que  cet  outre 
renirsrmoit  des  tréfors,  dont  Ülyffe  ne  vouloir  pas 
leur  faire  part,  prirent  le  temps  qu'il  étoit  en- 
dormi pour  ouvrir  l'outre.  Dans  ie  moment  les 
vents  fortirent  avec  fureur , & excitèrent  une 
horrible  tempête  , qui  les  fit  prefque  tous  périr. 
Homère  ajoute  qu  Éo/e  voyant  revenir  Ulyfîè 
après  la  tempête  , le  renvoya  avec  indignation, 
comme  un  homme  chargé  de  la  colère  des  dieux. 
On  donne  à Eole  douze  enfans , lix  filles  & fix 
garçons,  qui  s'étoientrhanés  enfemble,  les  frères 
avec  les  foeurs.  On  dit  qu’une  de  ces  filles  fut 
féduite  par  Neptune  changé  en  taureau.  Ce  font 
apparemment  les  douze  vents  principaux , qui  fe 
‘ mêlent  fouvent  dans  les  orages.  li  eut  pour  fils 
Créthéus,  Salmonée  & Sifypjie.  J^oye^pÉLiAs. 

Le  feu!  monument  fur  lequel  en  voie  le  nom 
de  ce  dieu,  eft  une  infeription  rapportée  par 
Muraîori.  TAe/.  infer.  1979.  4. 

A E O L.  C O N T I N U.  A T O R I 
CAE.  FAUSTINIANXJS 

■ MIE 

E E G.  ,I  I 

V.  S.  £.  M. 

Sur  un  tombeau  antique  ( Antiq.  hort&.  lih.  5. 
P;  8.  ) Fontanini  a reconnu  Bacchus  appuyé  fur 
Eole.  Ce  dernier  eft  repréfenté  avec  de  la  barbe 
& des  allés.  Bacchus  eft  conduit  à Ariadne  par 
Eole , dont  elle  avoir  imploré  le  fecours. 

EOLIENNES  ; ^ ce  font  fept  petites  iflés , 
placées  entre  fltaiie  & la  Sîcik  , appellées  au- 
jourd’hui les  ifts  ,de  Lipari , dont  la  principale- 
eft  remplie  de  volcans  : ce  qui  fit  placer  dans 
cette  ifle  les  forges  de  Vulcain,  d’où  elle  prit^ 
nom  de  Vulcanie  ; enfuite  étant  gouvernées  par 
To/e,  elles  en  portèrent  aufiî  le  nom.  Homère  ne 
parle  que  d'une  ifle  éolienne , qu'il  dit  être  fiot- 
tante,  ceinte  tout  autour  d'une  forte  muraille 
d’airain  , & bordée  en  dehors  de  rochers  %f- 
carpés. 

EORIES.  F'oyei  Aeïtides. 

EOUS  , un  des  chevaux  du  foîeil,  qui  défigne 
l’Orient,  h»,  Oriem. 


EPA 

^ACHTÉES  J fêtes  que  les  athéniens  céîé-- 
broient  en  Thonneur  de  Cérès,  & en  mémoire 
de  la  douleur  qu'elle  reffentit  en  arprennant 
l'enlévement  de  fa  fille.  Ce  mot  eft  compofé  de 
sVl  sûr^  & de  douleur. 

EPACRIUS  ( Jupiter  ) , Es-sxpiss- , ou  des 
montagnes  , eft  placé  fur  piuiîeurs  médailles  , & ' 
fur  des  pierres  gravées.  On  le  voit  auiïi  fur  un 
médailion  très-rare,  avec  Neptune  & Pluton, 
& Tinfeription  ©so;  AICFAOI  , dû  montarà. 

EPACTES.  L'année  folaire  commune  contient 
30)  jours,  & l'année  lunaire  commune  5f4.  Il  y 
a donc  dans  la  première  onze  jours  de  plus  que  dans 
la  fécondé.  Ainfi  pour  égaler  l'année  lunahe  à 
la  folaire,  il  faut  ajouter  .onze  jours  à la  pre- 
ffiière , & ces  onze  jours  font  ce  qu’on  appelle 
épacies.  Elles  augmentent  d'un  pareil  nombre  cha- 
que année  commune  , parce  que  le  cours  de  la 
lune  avance  d'autant  fur  celui  du  foleil.  Les  années 
bifTextües  étant  de  366  jours,  la,  lune  avance 
de  12 '"jours  fur  le  foleil  ces  années-!à.  Mais  les 
calendriers,  tant  l'ancien  que  le' nouveau,  font 
arrangés  de  manière  qu'on  n'y  fait  aucune  atten- 
tion aux  années  biffextiles  , & qu'on  fe  contente 
d'augmenter  les  épacies.  du  nombre  onze  comme 
dans  les  années  communes.  Il  n'y  a que  l'année 
du  cycle  de  dix-neuf  ans , précédée  de  Yépacîe 
29  , jufqu’à  k réformation  du  calendrier,  & celle 
qui  a I pour  nombre  d'or,  depuis  1 596  jufqu'en 
1900  exclulivement,  queles  compiitifles  augmen- 
tent \ts  épaSes  de  12  au  lieu  de  ii,  & cela 
afin  qu'au  bout  de  19  ans  les  comme  les  nou- 

velles lunes,  recommencent  à marcher  dans  le 
même  ordre  que  le  cycle  précédent.  On  peut 
remarquer  cet  ordre  dans  notre  Table  Cns.o- 
KOLOGiQVE , en  edtaparant  un  cycle  avec  l'autre. 
On  y verra  auffi  que  les  épacies  augmentent  de 
Il  au  lieu  de  ii  dans  les  années  que  nous  venons 
de  nommer. 

Pour  y découvrir  cet  ufa^e  plus  aifément , il 
faut  favoir  comment  les  cc^putilles  font  leur 
addition  à'épades  chaque  année.  S'ils  en  comp- 
tent Il  cette  année,  iis  en  compteront  22 l'année 
prochaine  , en  y ajoutant  1 1 ; l'année  fuivante  , 
en  ajoutant  encore  ri  , ils  en  compteront  33  , 
ou  plutôt  ils  en  compteront  3 , parce  qu'étant 
arrivés,  par  leur  addition,  à un  nombre  audefTiis 
de  30,  ils  retranchent  le  nombre  de  30,  & cc 
qui  relie  eft  Vépacie  qu'ils  cherchent.  Cela  fuppofé , 
il  eft  aifé  de  comprendre  qu'au  lieu  de  1 1 , ils 
ajoutent  12  pour  l'année  qui  fuit  l'é/JiiCTe  29 , de- 
puis J.  C.  jufqu'en  1582;  pour  l'année  qui  fuit 
Vépacie  19,  depuis  1 396  jufqu’en  1700,  & encore 
pour  l'année  qui  {akïépacie  18,  depuis  l'an  1700 
jufqu'à  l'an  1900  exclüiîvemetit.  Si  l'année  qui 
fuit  VépaSe  îp  ^ on  n'ajoutoit  que  1 1 , on  ne 
compteroiï  cette  année  que  lo  Tépaüe  ; 29  & 


EPA 


5*4 1 


Il  font  4c;  retranchez  50,  refte  lo,  & par 
conféquent  en  n'ajourant  que  11  , il  ne  faudroic 
compter  que  lo  dTpacies.  Cependant  en  en 
compte  1 1 après  29 , comme  en  le  voir  dans 
notre  Table  Ckrootologique  , depuis  J.C.  ]'üf- 
qu'en  1 382.  II  faut  donc  que  les  compuîiftes 
ajoutent  12  à 29,  pour  l'année  qui  fuit  celle  qui 
eft  marquée  de  ïépaeie  29.  Il  en  eft  de  même 
depuis  1700,  pour  l’année  qui  fuit  Vépacie 
Cette  année  eft  ainfi  marquée  * dans  notre  Table 
Chronozogtque  , ou  cet  aftérifque  tient  lieu  de 
30.  Or,  18  & Il  ne  font  que  29  ; il  faut  donc 
ajouter  ii.<T épacies  au  lieu  de  ii  , pour  les  an- 
nées qui  font  marquées  de  cette  petite  étoile, 
que  nous  nommons  aftérifque.  On  voit  que  les 
anciens  & les  nouveaux  computiftes  s'accordent 
parfairemenr  , en  ajoutant  12  T épacies  au  lieu  de 
Il  J pour  une  certaine  année  du  cycle  de  19 
ans.  Mais  il  s'en  faut  bien  que  les  uns  & les 
autres  conviennent  fur  la  manière  de  compter 
les  épacii's. 

Les  nouveaux  computiftes  comptent  autant 
T épacies  chaque  année  , que  la  lune  avoir  de 
jours  le  dernier  décembre  qui  a précédé.  Par 
exemple,  on  comptoir  en  l'année.  1760 , I2d’/- 
pacies , parce  que,  félon  le  comput  eccléfîaftique  , 
le  31  décembre  1759,  lune. 

Cependant  il  y a une  exception  , qui  eft  que 
depuis  1596,  la  première  année  du  cycle  de  19 
ans,  on  ajoute  une  unité  au  nombre  des  jours  que 
la  lune  avoir  le  dernier  décembre  précédent- 
Exemple}  en  1784,  la  lune  a eu  29  jours  le 31; 
décembre,  & néanmoins  le  premier  janvier  fui- 
vant,  on  a compté  30,  ou  * Tépaâie^  parce 
que  l'an  1786  concourroit  avec  la  première  année 
du  cycle  de  19  ans,  ou  avoir  i pour  nombre 
d’or.  C'eft  au  fond  la  même  raifon  pourquoi 
l’on  ajoute  12  aux  épaéîes  18,  19  & 29.  lî  n'en 
eft  point  ainfi  des  anciens  computiftes.  Ils  comp- 
toient  autant  T épacies  , chaque  année , que  la  lune 
avoir  de  jours  le  22  mars  ; omni  anno,  dit  le 
vénérable  Bede , auota  luna  in  undecimo  calenda- 
mm  aprilis  evenerit , tota  eoàem  anno  epaHa  erit. 
Ce  font  ces  épacÜes  anciennes , dont  les  chartes 
font  datées,  que  nous  marquons  dans  notre  Tahle 
C11S.0NOZOGJQUE,  depuis  la  première  année  de 
notre  ère  chrétienne  jufqu'à  la  réformation  du 
calendrier  , faite  en  1 382  } fur  quoi  nous  remar- 
querons que  les  anciens  computiftes  ne  donnoienr 
pas  tous  le  même  commencement  à leurs  épaBes. 
Quelques-uns  en  effet  commençoient  aies  compter 
dès  le  mois  de  feptembre,  avec  les  égyptiens  , 
quatre  mois  pleins  avant  ceux  qui , fuivant  l'ufage 
des  romains,  ne  commençoient  à les  compter 
qu'avec  le  mois  de  janvier.  EpaBst , dit  encore 
le  vénérable  Bede,  incipîunt  fecundiim-  agyrtios 
a.  calenàis  feptemhris , fecundiim  romanes  a caiendis 
januarii.  Nous  trouvons  dans  les  chartes  des  no- 
taires, qui  ont  fuiyi  l'ufage  des  égyptiens,  & 


5’42  EPA 

d’auîres  qui  ont  fuivi  celui  des  romains.  Com- 
mençons par  les  premiers.  Dans  ie  t-ome  des 
Anecdotes  de  D.  Martenne , coJ.  264,  on  voit 

une  charte  ainfi  datée  : ccia  fu.nt  k&c anno 

S.O  încamaîione  Domini  jMXCIlI , indiciione  I, 
epacla  I , parce  que  cette  charte  n’a  point  été 
donnée  avant  le-  mois  de  feptembre , epacia  1 ell 
bon  , fuivant  i’afaga  des  égyptiens.  Si  elle  avoir 
été  donnée  avant  le  mois  de  feptembre,  ou  fi 
celui  qui  l’a  écrite  , avoir  fuivi  î’ufage  des  ro- 
mains J il  i’auroit  datée  epacia  XX,  comme  on 
la  voit  marquée  , en  1093  > dans  notre  Table 
Chroxologiqd:e  , où  nous  fuivons  les  romains 
dans  notre  manière  de  compter  les  , fans 

aucun  égard  à celle  des  égyptiens,  parce  qu’il 
n’eft  pas  pofTible  de  tout  marquer  dans  une  table, 
qui  doit  être  claire  & fans  confufion.  Le  même 
tome  des  Anecdotes  qui  vient  d’être  ciré,  pré- 
lente, col.  346,  une  charte  de  Louis- le-Gros , 
ainfi  datée  : anno  Domini  MCXKII.  . . . epacia 
XXXI,  concurrentibus  XIL  Cette  date  epacia 
XX  XI  eft  bonne  , en  fuivant  la  manière  de 
compter  des  égyptiens  ; mais  en  fuivant  celle 
des  romains , il  faudroit  epado-  X X,  comme  elle 
eft  indiquée  dans  notre  Table  CrrsorroiOG/çErs 
pour  l’an  1117.  II  en  eft  encore  de  même  d’une 
autre  charte,  rapportée  par  D.  VahTette  , ,tom. 
II,  fol.  3 II,  de  fes  preuves  de  l’hiftoire  de 
Languedoc.  Telles  font  les  dates  de  cet  aéle  : ‘ 
f&cia  charta  ijîa  menfe  novembris , feria  XII,  '■ 
epacia  XI , luna  XI , anno  videlicet  ab  incarna.-  \ 
tione  Domini  MCXLIIÎI.  II  faut  lire  MCXLV,  1 
félon  D.  Vaiffette.  En  effet,  toutes  les  dates  de 
cette  charte  conviennent  à l’an  1143;  &le/èr/a 
V^II , menfe  novembris  réuni  avec  lana  VI , prouve 
qu’elle  a été  donnée  cette  année  1143,  le  24 
novembre , qui  étoit  un  famedi , comme  on  peut 
le  voir  dans  nos  deux  Calbudriers  lunaire  & 
folaire.  Pour  Yépacie  XI,  au  lieu  de  XXV,  elle 
ne  peut  plus  faire  de  difficulté,  après  que  nous 
avons  prouvé  qu’il  y avok  des  notaires  qui  chan- 
geoient  les  épades , dès  le  mois  de  feptembre , 
avec  les  égyptiens.  En  voici  une  preuve  bien 
claire , tirée  de  celles  de  la  dernière  hiftoire  de 

Bretagne  , tom.  î,  col.  éi2  : h&c . confirmatio  | 

fada  efi anno  ab  incamaùone  Domini  MCLIl 

menfe  feptembris  , in  exaltatione  fandA  Crucis 
luna  II,  feria  I,  cyclus  folaris  XIII  epada 
XXIIÎ,  concurrentes  II,  claves  terminorum  XIV  I 
indidione  X X.  Selon  les  romains , il  faudroit 
epada  XII p mais  epadn  XXllI  eft  bon  , fuivant 
les  égyptiens , dans  une  charte  , donnée  comme 
eft  celle-ci  , au  mois  de  feptembre.  Donc  toutes 
les  dates  font  exades,  à l’exception  de  luna.  II, 
qui  paroît  être  une  faute  de  copifte  , pour 
luna  XL 

. cet  ufage  des  égvptiens 

aïe  été  très-fuivi  par  nos  anciens  > mass  pour  le 
prouver,  il  faudroit  un- grand  nombre  de  chartes 


EPA 

qui  euffent  été  faites  dans  les  quatre  derniers 
mois  de  l’année  ; & c’eft  ce  qui  nous  manque. 
A l’égard  de  celles  qui  ont  été  données  dans  le 
mois  de  janvier , & les  fept  mois  fuivans,  quoi- 
que les  épades  y foier.t  fouvent  marquées^,  elles 
ne  peuvent  être  rapportées  en  preuve  , ^ ni  de 
i’ufage  des  romains  , ni  de  celui  des  égt^ptiens. 
La  raifon  en  eft  bien  fenfible  5 ce  font  les  mêmes 
épades  dans  les  huit  premiers  mois  de  l’année, 
félon  l’un  & l’autre  ufage.  Amfi,  en  rappor- 
tant , comme  nous  allons  faire , un  certain 
nornbrede  ces  chartes,  données  depuis  le-mois 
; de  janvier  jufqu’au  mois  d’août  inclufivement, 
notre  but  eft  moins  de  démontrer  l’ufage  parti- 
culier des  romains^  que  de  prouver  l’ufage  gé- 
néral de  nos  ancierjs.  En  effet,  la  manière  dont 
ceux-ci  com.ptoîent  les  épades , eft  fi  différente 
de  la  nôtre , qu’elle  m.érite  d’être  atteftée  par 
des  autorités  affez  nombreufes,  pour  ne  iaifftr 
aucun  doute  fur  ce  que  nous  avons  dit. 

Le  premier  exemple  que  nous  trouvons  des 
épades  ajoutées  aux  dates  des  lettres  , «u  des 
chartes,  eft  tiré  d’une  lettre  inférée  dans  la 
vie  de  S.  Benoît  d’Aniane , où  les  moines  de 
l’abbaye  d’Inde  , rapportent  la  mort  de  ce  faint 
Abbé  en  ces  termes  : obiit  autem  feptuagenarius  , 
tertio  idus  februarii  , anno  ab  incarnatione  Domini 
odingenteftmo  vigefimo  primo  , indidione  XIX, 
concurrente  I , epada  décima  quarta. 

Un  autre  exemple  du  même  fiècle  , eft  de  Ro- 
dyade-,  prêtre  de  la  ville  d’Amiens , qui  date 

ainfi  fon  ordination  : ego  Rodradus IIIl 

nouas  mardi  , facerdotalis  miniflerii  trepidus  fufeepi 
oficium  anne  incamationis  dominicA  DCCCLIII , 
indidione  I , epada  XI î,  concurrente  XI,  L. 
VU,  ( il  faut  luna  XIX  J ) termina  pafckalilX, 
bal.  aprilis,  . 

Le  Fl  tome  des  Anecdotes  de  D.  Martenne, 
va_  nous  fournir  d’autres  exemples  pour  les  fiècles 
fuivans.  Une  charte  d’Hubert , évêque  de  Té- 
rouenne,  pour  l’abbaye  deFécamp,  ( col.  214,) 
eft  ainfi  datée  : aduih  Fifcanni  in  capitula , anno 
ab  incarnatione  Domini  MLXXX , epada  XXVI, 
indidione  III.  Et  col.  260 , charté  de  l’-empereur 
Henri  III  , data  II  idus  augufli. . . ...  anno  domi- 
nicA  incamationis  M.XCII , indidione  X X,  epada 
/X.  Col.  584,  charte  de  Berthe,  ducheffe  de 
Lorraine  , ainfi  datée  ; ada  fait  hoc  anno  ah 
incarn.  Dom.  MCLXXXI , indid.  IX,  epaSa 
VII,  concurr.  IV. 

Dans  ces  chartes  de  différens  'çzys,\es  épades 
font  toujours  marquées  fuivant  le  calcul  de  nos 
anciens  computiftes,  qui  comptoient,  ainfi  qu’on 
l’a  dit , autant  -aépades  chaque  année , que  la 
lune  avoir  de  jours  le  22  mars.  Il  n’y  a qu’à 
jetter  les  yçux  ftjr  notre  Table  Chronologique 
& notre  Calendrier  lunaire  , pour  fe  convaincre 
de  la  vérité  de  ce  que  nous  î fons.  Il  n’y  a point 


EPA 

ici  de  variété  dans  nos  chartes  : elles  s’accor- 
dent toutes  fur  cet  article , & toiles  les  épactes 
f font  marquées  de  la  même  manière,  excepté 
celle  qui  répond  à la  première  année  du  cycle 
de  19  ans,  qui  eit  tantôt  epacia  XXIX,  tantôt 
epaEla  nulla.  Il  eft  bon  de  fe  fouvenir  de  ces 
deux  manières  de  marquer  une  même  épaSe  ^ 
pour  n’y  être  point  embarraffé,  quand  on  ren- 
contrera epacia  nulla , que  nous  n’avons  point 
marquée  dans  notre  Table  Cjironozogiqup. 

Mais  pourquoi  les  anciens  computifles  romp- 
toient-ils  autant  Sépacles  chaque  année,  que  la 
lune  avoir  de  jours  le  za  mars  ? Et  quel  ufage 
pouvoient-ils  faire  de  ces  épaBes  ? Le  voici.  La 
pâque  ne  pouvant  arriver  plutôt  que  le  zz  mars, 
il  importoit  de  favoir  quel  étoit  le  quantième  de 
la  lune  de  ce  zz'.  jour , parce  qu’en  étant  inftruir , 
on  favoit  en  même-temps  fî  cette  lune  qui  couroit 
le  zz  mars , étoit  la  lune  pafcale , ou  ne  l’étoit 
point  ; & voici  comment  on  le  favoit.  Si  le  nom- 
bre des  épacles  étoit  audeffus  de  lé,  ce  nombre 
audeffus  marquoit  que  la  lune  qui  couroit  le  zz 
mars,  n’étoit  point  la  lune  pafcale,  mais  que 
c’étoit  la  lune  fuivante.  Au  contraire,  fi  le  nom- 
bre des  étoit  au-deffbus  de  16,  il  marquoit 

que  la  lune  qui,  cette  année-là,  couroit  le  zz 
mars , étoit  la  lune  pafcale , & qu’il  n’en  falloit 
point  chercher  d’autre. 

Ceci  deviendra  clair  par  l’application  de  cette 
règle  aux  deux  premières  années  du  nombre  d’or, 
ou  cycle  de  19  ans.  La  première  année  de  ce 
cycle,  nos  anciens  comptoient  zp  d’épaBes.  Ce 
nombre  eft  audeffus  de  lô  , par  conféquent  la 
lune,  qui  couroit  le  zz  mars  cette  année -là  , 
n’étoit  point  la  lune  pafcale,  c’étoit  la  fuivante, 
dont  Je  premier  jour  tomboit  le  Z3  du  même 
mois.  Voyons  maintenant  la  fécondé  année  du 
même  cycle.  Nos  anciens , cette  année  , comp- 
toient onze  épaties.-  Onze  eft  audeffous  de  16  , 
donc  la  z'.  année  du  cycle  de  19  ans,  la  lune 
qui  couroit  le  zz  mars,  étoit  la  lune  pafcale. 
Tout  cela  peut  fe  vérifier  fur  notre  Table  Chro- 
NoLoGtQ^üE-  & notre  Caibnorier.  lunaire.  Tel 
eft  l’ufage  que  les  anciens  faifoient  de  ituxsépaBes^ 
outre  celui  dont  nous  avons  parlé  plus  haut. 
Obfervons  encore  qu’il  n’étoit  pas  rare  dans  le 
onzième  fiècle,  de  dater  les  chartes  de  deux 
épaBes  différentes , la  majeure  & la  mineure.  La 
première  eft  la  foiaire  , qm  fe  confond  avec  les 
cqncurrens  j la  fécondé  eft  la  lunaire , dont  on 
vient  de  -traiter. 

Nous  nous  fervons  aujourd’hui  de  nos  épaBes  , 
pour  connoître  les  nouvelles  lunes  de  chaque 
mois  pendant  tout  le  cours  de  l’année  , comme 
nous  1 expliquons  d’une  manière  plus  étendue 
dans  l’avertiffement  qui  eft  à la  tête  de  notre 
CALErroRiER  lunaire  , où  nos  nouvelles  épaBes 
font  marquées  comme  dans  îoiis  Iss  calendriers. 


P A 

Nous  remarquerons  feulement  Ici , que  ces  nou- 
velles épaBes  ^ comme  il  a été  déjà  dit  plus  haut , 
quoique  plus  exaétes  que  les  anciennes,  n’indi- 
quent pas  néanmoins,  avec  toute  k précificwi 
aftronomique  , le  commencement  de  la  Bouvelle 
lune,  que  fouvent  elles  l’anticipent  d’un  jour , de 
deux  & même  de  trois,  & que  rarement  elles 
l’indiquent  au  jour  qui  lui  eft  propre.  Ainfi  l’on 
cliftingue  le  commencement  de  la  lune , fuivant 
l’ufage  ordinaire,  de  ce  même  commencement, 
fuivant  l’exadtitude  aftronomique.  (Article  extrait 

de  1‘  Ab-T  SB  VÉB.JB1BR  ZBS  SATBS.) 

EnA,K.TIQc.  ( Mercure.  ), 

Mercure  étoit  adoré  parles  famiens,  feus  le 
nom  d’fVéxT;!)? , fur  le  bord  de  la  mer,  parce  qu’il 
préfidoit  à la  navigation.  On  le  repréfenroir  alors 
affis  fur  un  promontoire , comme  on  le  voit  fur 
des  médailles  de  Tibère. 

ÉPAGOMÈNES,  fubft.  & adj.  pl-  terme  de 
Chronologie.  Epagomènes.  Les  égypderfs  , les 
chaldéens,  q-ui  fe  régloient  par  l’année  de  Na- 
bonaffar , la  partageoient  en  douze  mois  égaux  , 
de  30  jours  chacun  5 mais  parce  que  iz  fois  50 
ne  font  que  360,  & que  le  foleii  emploie  363 
jours  à parcourir  fon  orbite  , après  leur  douzième 
mois,  ils  ajoutoient  5 jours,  qu’ils  appelloient 
épagomenes. 

Ce  mot  nous  eft  venu  des  aftronomes  grecs , 
qui  ont  appeilé  ces  y jours  épagomenes  ^ c’eft- 
à-dire  , ajoutés,  fur-ajoutés  , de  tsrffuper  , & «yâ!,- 
duco. 

ÉPALIÜS.  PGyrj  Hylius. 

ÉPAPHUS  , fils  de  Jupiter  & d’Io  , fut  en- 
levé , après  fa  naiffance,  par  la  jaloufe  Junon, 
&•  donné  à garder  aux  Curètesj  ce  qui  étant 
venu  à la^connoiffance  de  Jupiter  , il  les  fit  tous 
mourir.  Épaÿkus  devenu  gr-and,  eut  un  différend 
avec  Phaëton  , & lui  reprocha  qu’il  n’étoit  point 
fils  du  Soleil , comm.e  il  s’en  vantoit  ; il  ajouta 
que  Ciymène , fa  mère , n’en  avoir  fait  courir 
le  bruit , que  pour  couvrir  fes  galanteries.  Ce 
reproche  engagea  Phaëton  à aller  trouver  le  So- 
leil dans  fon  palais.  V '>ye[  Phaëton. 

fut  père  de  Lybie,  ou  de  Lyfiaiaffe, 
mhe  deBufris.  Foye^  BusiRis,  le. 

Hérodote  ( l.  /.  & l^  IL  ) dit  cnÉpipkus  eft 
l’Apis  des  égyptiens  ; que  c’eft  le  nom  que  les 
grecs  donnoient  à Apis.  Eüen  dit  la  même  çhofe 
(1.  XI.  des  animaux,  c.  10.  ).  Mais  il  ajoute  que 
les  égyptiens  s’inferivoient  en  faux  contre  cette 
opinion,  & qu’ils  affuroient  cpxEpaphus  n’avoit 
exifté  que  plufieurs  fiècles  après  A.pis.  Voflîui 
( de  idol.  L I.  c.  29.^  ) croit  que  les  égyptiens 
avoient  raifon  : c^Épapkus  étoit  aïeul  d’Agenor, 


£ 


^44  EPA 

Sc  bîfaïauî  de  Cadîr.us  ; mais  les  grecs  avoient 
rambition  de,  paiTer  pour  avoir  donne  les  dieux 
à l’Égypte.  Evaphus  etoit  fils  de  Jupiter  & d’Io  ^ 
& par' conséquent  petit-fils  d’Inachus,  qui  avoir 
jette  les  fonnemens  du  royaume  d’Argos.^Fbyej 
les  métamorphofes  d'Ovide  J 1.  I.  v.  749.  Eusèbe 
dans  fa  chronique,  Servius  fur  le  3'.  1.  de  FÉnéide, 
Macrobe,  1.  III.  des  fatarnales,  c.  G. 


ÉPAULES.  Les  anciens  tiroient  divers  pré- 
fages  des  treffaillemens  fortufts  que  Ton  reffentoit 
dans  ks  épaules.  Si  c'étoit  dans  la  droite , Lar- 
tifasY  devoir  en  conclure  qu'il  lui  furviendroit 
quelque  profit,  Eefclave  devoir  augurer  un  profit , 
Sc  la  mort  de  fon  maître,  la  fille  un  bon  ma- 
riage, la  veuve  quelque  gain,  le  marchand  des 
profits,  le  pilote  un  heureux  voyage  , l'époufe 
de  la  joie.  Le  ireffaillement  de  ïépaule  gauche 
préfageoit  des  pièges  rendus  par  quelque  femme  î 
mais  des  pièges  qui  ne  dévoient  pas  être  nuifîbles. 
( Nympkus  de  augur,  1.  c).  ) 


EPAULIERES,  l . , , . ^ 

ÉPAULETTES,  !a  cuiraffe,  ou 

armure  particulière,  qui  défend  les  épaules  du 
foldat , & le  haut  de  fon  bras.  On  en  trouve 
fur  plufîeurs  monumens  antiques.  Elles  font  très- 
apparentes  à une  petite  ftatue  de  bronze , con- 
fervée  dans  la  galerie  du  collège  de  S-  Ignace  , 
à Rome,  & qui  repréfpnte  un  foldat  farde.  Ce 
foldat  tient  de  la  main  gauche  un  bouclier  rond 
devant  fon  corps  ; mais  à une  certaine  dillance  , 
& fous  ce  bouclier  trois  flèches , dont  on  ap- 
perçoit  les  bouts  empennés  qui  excèdent  le  bou- 
clier ; de  la  main  droite  il  porte  l’arc.  Il  a la  poitrine 
couverte  d'un  corcele*  court,  & les  épaules 
garnies  à’ épadlUres . Cette  armure  fe  voit  auffi 
fur  un  vafe  de  la  colleélion  du  comte  de.  Maf- 
îriHi , formée  à Noie  ; & fur  un  autre  morceau 
de  ce  genre  de  la  bibliothèque  du  Vatican 
^ Dempfi.-  etrur.  Dans  un  monument, 

publié  par,  Winckelmann  dans  fes  monumenti 
inedhi  n°.  197,  on  voit  un  gladiateur,  avec  une 
pareille  armure  fur  les  épaules.  'Vépadiere  de 
cette  figure,  ainfi  que  celles  des  figures  cirées 
plus  haut , eft  de  forme  quarrée;  mais  fur  la  figure 
farde,  elle  a la  forme  des  épaulettes  qu’on  voit 
fut  les  uniformes  de  nos  tambours.  Au  relie , 
cet  ufage  de  défendre  les  épaules,  avoir  été 
en  ufage  chez  les  grecs  des  temps  les  plus 
reculés.  Héfiode entr’autres armures,  donne'  Vépau- 
It'ere  à Hercule  ( Scut.Herc.  v.  128.),  & le  fcho- 
liafte  de  ce  poète  la  nomme  Saravjoy,  mot  formé 
de  préferver. 


E P E 

' que  de  ce  jour.  On  dornoit  le  même  nom  aux 
préfens,  fur-tout  aux  met  oies  que  le  mari  re-e 
voit  de  fcn  beau-père.  Ces  préfens  fe  t'anfpo”- 
toient  publiquement  & e;.  cérémonie  j un  i-une 
homme  vêtu  de  blanc,  & enant  à la  mam  un 
flambeau  allumé,  précédoit  a marche. 

ÉPÉE.  Les  anciens  attribuoient  l’invention  des 
épées  aux  curètes  ; & Claadien  leur  donne  cette 
arme  comme  un  caradère  diftinétif  ( Rapt.  Pr&. 
ferpin.  II.  zGç).  ) ; 

Seu  tu  fanguineis  uhilanùa  Dindyma  galUs 

Incolis  , & JîriSos  Cutetum  refpicis  enfes. 

Épée  des  grecs. 

Les  grecs  portoient  Vépée  fous  l’ailTelle  gauche 
( d’où  lui  venoit  le  nom  d’ l’xaMyio;') , de  manière 
que  le  pommeau  touchoit  à la  mammelle  gauche. 
IJépée  étoit  prefque  horizontale , & faifoit  à peine 
un  angle  de  trente  degrés  avec  l'horizon.  Le  cein- 
turon , ou  baudrier  , qui  confiftoit  en  une  fimple 
courroie  , étoit  lié  autour  du  fourreau  vers  le 
haut,  pafibit  fur  la  poitrine,  de  là  fur  l'épaule 
droite,  & defcendant  enfuiteûir  les  reins,  alloir 
s’attacher  vers  la  pointe  du  fourreau.  On  voit 
difiinciement  ce  détail  à une  belle  ftatue  héroïque 
de  la  villa  Albani,  où  l’on  diliingue  même  les 
franges  qui  terminent  les  deux  bouts  du  ceinturon. 
Il  faut  obferver  que  cette’  manière  de  porter 
Yépée  , eft  propre  non-feulement  aux  ftatues  hé- 
roïques & aux  guerriers  nuds  , mais  encore  aux 
empereurs  romains  , lorfou’^ls  font  repréfentés  à 
V héroïque^  Lors  même  qu’ils  n’ont  pas  Yépée , on 
en  voit  le  ceinturon  dans  cette  pofition , comme 
à la  ftatae  de  Domitien  de  la  villa  Albani.  La 
pointe  du  fourreau , qui  alloit  en  s'élargilTant 
depuis  la  garde,  portoit  le  nom  du  champignon^ 
Mvx.ris , dont  elle  avoir  la  forme. 

Le  fourreau  étoit  orné  de  clous  d’argenf. 
(Ihad,  B.  45’.)  La  garde  étoit  ordinairement 
très-riche.  Sur  celle  du  roi  Paufanias  ( Fa/er. 
Maxim.')  on  voyoiî  un  quadrige  artiitement  fculpté. 
Les  héros  du  liège  de  Troye,  avoiènr  fouvent , 
comme  Agamemnon  ( Iliad.  r,  v.  272.  ) , un 
poignard  ou  couteau  lié  au  fourreau  de  Yépée» 
Quant  à la  matière  de  Yépée  des  anciens  grecs , 
Héfiode  parle  Cépées  d’airain.  ( Seat.  Herc.  v. 
^2.1.  ) Sa  formé  paroît  dans  ces  premiers  temps 
aVoir^  été  droite  , s’élargilTant  depuis  la  garde 
jufqu’au  dernier  quart  de  la  longueur',  où  la 
pointe  fe  fbrmo-t  afifez  brufqueménr. 


EPAULIES;  c’eft  ainfi  que  les  grecs  appelioient 
îe  lendemain  des  noces.  Ce  jour  les  parens  & 
les  convies  faifoient  des  préfens  aux  nouveaux 
rnaries.  On  l appelloit  épaulie.,  parce  que  l’époufe 
îiHabitoit  pas  la  maifon  , de  fon^épouz 


Les  lacedémoniens  fe  fervoient  d’une  épée  £ 
courte,  qu’un  plaifant  difoît  que  les  charlatans 
pouvoient  l’avaler.  ( Tlutarc.  in  Lyaurgo  £-  Age- 
fiiao.  ) Elle  étoit  courbée  comme  une  faux 
c elt-à-dire  , comme  les  cimetères  , ou  fabres , 
& s'appelloit 

Épées 


r P E 

Épées  diS  perfes  & des  barbares. 

On  peut  affûter  en  général , que  les  barbares 
portent  fur  les  monumefis  anuques  des  épees 
courbées,  ou  des  fabres.  Les  perfes  en  faifoient 
auffi  ufage.  ( Quint.  Cure,  ) Sur  la  colonne  tra- 
jane  cette  obfervation  eft  confirmée  relativement 
aux  barbares,  daces,  fartnates  & autres;  il  y a 
quelques  exceptions  peu  nombreufes. 

Épée  de  Perfée.  Koye:^  HarpÉ. 

Épées  des  étrufques. 

Elles  étoient  femblables  à celles  des  grecs  j 
& s’élargiffoient  depuis  la  garde  prefque  jufqffà 
la  pointe. 

Epées  des  romains. 

Les  romains  fe  fervirent  probablement  des  mê- 
mes épées  que  les  grecs  & les  étrufques , juf- 
qff  aux  guerres  d'Annibal , temps  où  ils  adoptèrent 
Yépée  des  celtibériens.  Voye::^  plus  bas  Tarticle 
des  épées  des  celtibériens. 

Les  romains  ne  portoient  jamais  Yépée  qu’avec 
î’habit  militaire  ; & perfonne  n’auroit  ofé  le  parer 
de  ces  deux  attributs  de  la  milice , fi  fon  nom 
n’y  eût  pas  été  inferit.  Il  paroît  par  le  paffage 
fuivant  de  Pétrone , que  les  véritables  militaires 
avoient,  ou  s’arrogeoient  le  droit  de  défarmer 
les  ufurpateurs  de  leurs  attributs , & même  de 
les  maltraiter  de  paroles  8c  d’aâions(  cap.  12.  ): 
hs,c  locutus  gladio  cingor  latus , mûx  in  publicum 
profiUo , furentifque  more  omnes  circumeo  porticus. 

Notavit  me  miles:  &,  quid  tu,  inquit  , 

eommillto , ex  qua  legione  es  , aux  cujus  centuria,  ? 
Cum  conflanti0mè,  & centurionem  , & legionem  ejfem 
ementitus  ; âge  ergo  , inqüit  ille , in  exercitu  vefiro 
pkacajiati  milites  ambulant  ? Cum  deinde  vultu , 
a.tque  ipfa  trépidations  mendacium  prodidijfem  , 
ponere  jujjit  arma  y & malo  cavere. 

Chez  les  romains  on  quittoit  Yépée  lorfqu’on 
fe  rendoit  prifonnier , ou  même  lorfqu’on  fe  re- 
connoiffoit  vaffal  d’un  perfonnage  illuffre.  C’efi: 
ainfi  que  Tigrane , roi  d’Arménie  ( Plutarck.  in 
Pompeio  ) , fut  averti  par  les  foldats  de  Pompée , 
de  leur  remettre  fon  épée  avant  d’aborder  leur 
général.  Les  liéfeurs  étoient  chargés  de  prendre 
les  épées  de  ceux  qui  abordoient  les  confiais.  Sous 
les  empereurs  ce  fut  un  crime  capital  de  s’appro- 
cher d’eux  avec  une  épée  nue^  même  par  oubli. 

Uépée  & la  hafte  étoient  les  attributs  des  pré- 
teurs, 8c  on  les  plantoit  devant  leur  Cège  : 
( Cyprian.  epifi.  II.  ) hafia  illic  , iS  gladius 
ciraifix , prefio  efi.  Mais  Yépée  étoit  encore  plus 
particuliérement  la  marque  de  la  dignité  des  pré- 
fets du  prétoire  : enfem  gefiabat , dit  Hérodien  , 
( lib.  III,  2.  3.  ) c&teraque  omnia  fuprems,  dignitaîis 
injignîa. 

Antiquités  , Tome  II, 


E P E ^4;, 

De  quel  côté  les  romains  portoient-ils  Yépée  > 
Cette  queftion  a fort  occupé  les  philologues  des 
deux  derniers  fiècles.  Le  réfultat  de  leurs  recher- 
ches eft  qu’ils  l’ont  portée  des  deux  côtés  alter- 
nativement, à différentes  époques,  8c  quelquefois 
à la  même  éppque  , fuivant  les  grades  militaires. 
Poîybe  J qui  vivoit  du  temps  de  Scipion  8c  de 
Lælius,  place  Yépée  du  côté  droit  ( VI.  21.  ). 
Josèphe  ( III.  ) dit  que  les  foldats  piétons  de 
Titus , portoient  une  épée  du  côté  gauche  , 8c  du 
côté  droit  un  poignard  d’environ  un  pied  Fran- 
çois de  longueur.  Selon  Jean  d’Antioche  ( 
eéf)ea,ioX<>Y.  8c  épifi.  Dionif.  ) cité  pat  Saumaife 
( not.  in  Spartian.  p.  i ^y.  1 36.  ) , les  foldats 
prétoriens  portoient  toujours  Yépée  du  côté  droit; 
ce  qui  les  diftinguoit  des  autres  foldats. 

Sur  la  colonne  trajane , les  épées  des  foldats , 
des  enfeignes  8c  des  fimples  prétoriens,  font 
toujours  du  côté  droit.  Celles  de  l’empereur , 
des  officiers  prétoriens , des  tribuns  Sc  des  cen-. 
turions,  font  toujours  du  côté  gauche.  Toutes 
font  larges  8c  très-larges  par  le  bout,  avec  de 
grandes  8c  fortes  poignées. 

On  y voit  un  poignard  court  8c  large  à un  foldat 
qui  travaille  aux  retranchemens. 

Épées  des  germains. 

Les  épées  des  germains  étoient  communé-^ 
ment  recourbées , comme  on  le  voit  dans  les 
trophées  de  la  colonne  trajane.  Elles  y paroiffent 
quelquefois  droites.  Les  germains  les  portoient 
attachées  à un  baudrier.  Ces  peuples  fe  fervoienc 
auffi  de  la  maffue  , de  l’arc  8c  de  la  hache  : 
celle-ci  eft  repréfentée  femblable  à la  hache  des 
amazones. 

'Év'k'ES  des  gaulois  , des  celtibériens  qm  efpagnols. 

Les  épées  des  gaulois  , du  temps  de  Brennus  , 
étoient  longues  C Tite-Live,  décad.  4,1.8. 
ben.  1.  4.  ) , fans  pointe,  8c  reîomboient  ( Polybe, 
1.2.  c.  6.)  fur  la  cuiffe  droite,  fufpendues  à 
des  chaînes  de  fer,  ou  d’airain;  quelques-uns, 
en  petit  nombre , avoient  des  baudriers  d’or  eu 
d’argenr.  Athénée  ( Deipn.  l.  XIV.)  cite  Poffi- 
donius , qui  difoit  que  les  anciens  gaulois  joi- 
gnoient  un  poignard  à leurs  épées , comme  les 
héros  du  fiège  de  Troye,  cités  plus  haut. 

Les.  efpagnols  avoient  des  épées  fort  courtes 
(Tite-Live,  décad.  3.  1.  2.),  pointues 8c  tran- 
chantes de  deux  côtés;  ils  fe  fervoïent  aul5 
d’un  poignard  d’un  pied  de  long.  La  médaille 
d’Augufte  , avec  la  légende , Hifpama  recepta , 
publiée  par  Goltzius , repréfente  une  pique  dont 
le  fer  eft  très-alofigé , 8c  félon  Morel , un  bau- 
drier replié,  que  Vaillant  a pris  pour  xiVA  épée 
d’une  forme  très-fingulière , qui  étoit  en  ufage 
chez  ces  peuples.  Ilsfe  fet voient  aufii  de  dards 


54'<^  E P E 

ejatiérement  de  fer  , & à plufîeurs  crochets. 

( Appian.  Alexand.  l.  ) 

A Veiuj  terri  de  M.  le  comte  de  Coronel , 
près  de  Bapaume  en  Artois  , on  a trouvé  depuis 
peu  d'années,  fous  un  monticule,  plus  de  cent 
iquelettes  de  gaulois , ayant  à le?ür  droite  des 
fers  de  lance,  & des  épées  à leur  gauche. 

Les  épées  trouvées  à Velu,  font  de  fer  & 
droites.  Elles  ont  deux  pouces  de  largeur  fur 
quatorze  à quinze  de  longueur , non  compris  la 
foie.  Ces  lames  font  termirées  par  une  pointe 
de  trois  à quatre  pouces  de  largeur.  Elles  n’onf, 
comme  nos  fabres,  qu'un  taillant,  quieft  d’acier; 
leur  dos  plat  Ôc  quatre , fabriqué  en  fer  doux , 
eft  épais  de  trois  lignes. 

L'épailTeur  de  ces  épéte  Ec  leur  pointe  les  ren- 
dent bien  différentes  de  celles  que  portoient  les 
gaulois  qui  fuivirent  Brennus.  Polybe  ( éiè.  IL 
eap.  dit  qu'elles  n'avoient  pas  de  pointe, 
8c  qu'on  ne  pouvoir  s'en  fervir  que  pour  tailler; 
il  ajoute  qu’au  premier  coup  elles  fe  faulToient , 
Sc  fe  repüoient  comme  les  inllrum.ens  appeliés 
firigites.  Les  foldais  gaulois  étoient  obligés , pour 
s'en  fervir  encore  , de  les  redrelfer  en  les  pref- 
fant  contre  terre  avec  leurs  pieds  ; pratique  in- 
compatible avec  l’épaiffeur  des  épées  de  Velu. 

Suidas,  au  mot  rapporte  le  paflage 

fuivant,  que  Cafaubon  , Jufte  Lipfe  & Valois 
attribuent  de  concert  à Polybe.  « Les  celtibériens 
« (peuple  qui  habitoit  la  province,  appellée  au- 
« jcurd'hui  Bîfaaye^  excellent  dans  la  fabrique 
» des  épées  : car  celles  qui  forcent  de  leurs  atte- 
M liers,  font  très-avantageufes  pour  frapper  d'eftoc 
& de  taille.  C'eft  pour  cela  que  vers  le  temps 
des  guerres  d'Annibal , les  romains  renoncèrent 
« à leurs  anciennes  épées,  & adoptèrent  celles 
» des  efpagnols.  Ils  les  imitèrent  pour  la  form,e 
& pour  la  fahrication  ; mais  jamais  ils  ne  purent 
» amener  le  fer  au  même  degré  de  pureté  & de 
perfeétion  ». 

En  effet , il  paroît  impoffible  de  fabriquer  des 
évées  meilleures  que  celles  des  tombeaux  de 
Velu. 

L'acier  qui  en  forme  le  taillant  eft..fî  bon, 
que  malgré  douze  fiècles  de  vétulfé , & une  rouille 
épaîffe  d'une  ligne  en  quelques  endroits  , qui  auroit 
dû  en  affoiblir  la  force , il  coupe  encore  même 
le  fer  trempé.  La  foie  qui  fervoit  à fixer  la 
grande  épée  dans  fa  poignée , eft  d'un  fer  lî  bon 
& fi  pur , qu'elle  a fouffert  d'être  pliée  & re- 
pliée fix  fois  avant  que  de  rompre.  Sa  rupture  a 
feit  voir  un  grain  argentin  & clair,  tandis  que 
nos  fers  doux  du  commerce  ont  toujours  un 
grmn  plus  cendreux  & plus  grisâtre.  L'habile 
attifte  ( M.  Daumy  , fabricant  de  doublé  ) avec 
qui  j'en  ai  fait  l'examen,  le  compare,  pour  la 
douceur  & pour  l'aptitude  à recevoir  le  poli. 


E P E 

' au  meilleur  fer  d’Efpagne  , à celui  que  les  bif- 
cayens  obtiennent  par_  le  procédé  appelle  forges 
' catalanes.  On  peut  croire  qtîe  c'eft  à ce  procédé  , 
employé  de  tous  temps  dans  les  Pyrénées  & dans 
les  provinces  adjacentes  , que  les  celtibériens 
. dévoient  la  bonté  de  leurs  épées.  Les  romains  ne 
fe  fervoient  probablement,  pour  fondre  le  fer, 
que  de  hauts  fourneaux  de  différente  forme  ; car 
Pline  les  défigne  par  le  mot  fomaces  ( lîb.  5^. 
c.  i.^.)  qui  ne  peut  indiquer  les  forges  catalanes , 
où  l'on  travaille  dans  un  grand  creufet  de  ma- 
çonnerie, & fans  fourneaux  proprement  dits.  De 
là  vint  peut-être  la  difficulté  infurmontable  qu'ils 
trouvèrent  toujours  à imiter  la  bonté  des  épées 
celtibériennes , lorfqu'ils  en  eurent  adopté  les 
dimenfîons  & la  forme. 

Il  ne  refte  pas  affez  èé épées  antiques  de  fer, 
pour  les  comparer  avec  les  épées  trouvées  à V élu. 
Je  n'en  connois  que  cinq,  celle  d'Hstculanum, 
deux  qui  étoient  à Lyon,  dans  la  colleétion  d'an- 
tiques du  collège  occupé  par  les  Jéfuites , & 
deux  autres  trouvées  dans  les  fouilles  du  Châtelet, 
faites  par  M.  Grignon.  Le  cabinet  du  roi  ne 
renferme  qu'un  poignard  de  fer , dont  la  lame 
ayant  à peine  neuf  pouces  de  longueur  , ne  peut 
être  citée,  de  même  qu'un  poignard  de  fer  d'un 
pied  de  longueur,  trouvé  dans  les  fouilles  du 
Châtelet.  Quant  à 'éépée  d'Herculanum , voici 
les  feuls  renfeignemens  qui  nous  foient  parvenus 
àfon  fujet.Winckelmann  nous  les  fournit.  ( Dé-r 
couverte  d'Herculanum , pag.  115.  Paris,  1784.) 
« Il  y a,  dit-il,  à Portici,  une  épée  avec  une 
3:>  lame  de  fer  d'un  peu  plus  de  trois  palmes 
« romains  de  long  ( 24  pouces  de  France)  dont 

le  fourreau  eft  garni  de  gros  clous  plats  ; elle 

relTemble  à Xépée  d'Agamemnon , & à celle 
« qu'Ajax  reçut  d'Heélor  ( II.  A.  v.  29  , & 
” H.  V.  J03.  Cette  defcription  eft  trop  con- 
cife  pour  fervir  de  bafe  à une  comparaifon. 

Le  comte  de  Caylas  ( rec.  I.  pag.  241.  ) qui 
a parlé  des  épées  du  collège  de  Lyon , dit  fîm- 
p'ement  que  l'une  des  deux  étoit  entière  , fans 
taire  mention  de  leur  ferme;  c'eft  pourquoi  j'ai 
demandé  des  éclaircilTemens  au  bibliothécaire 
aâuel  de  ce  collège.  En  voici  le  réfultat.  L’épée 
entière  a difparu  ; celle  qui  refte  n'eft  pas  entière  , 
& cependant  fa  longueur  eft  de  vingt-cinq  pou- 
ces fix  lignes,  prefque  doubles  des  épées  deVéa. 
Quant  à la  largeur  elle  eft  de  29  lignes  au  com- 
mencement du  tronçon  , & de  vingt-un  à la  pointe. 
La  rouille  l'a  tellement  défigurée , qu'elle  paroît 
d'une  épaiffeur  égale  dans  le  milieu  & dans  les 
bouts  ; de  forte  qu'il  feroit  téméraire  d'aflurer 
qu'elle  ait  eu  deux  tranchans , ou  un  feul.  Cette 
longueur  de  vingt-cinq  pouces  & demi , moin- 
dre encore  que  celle  de  ï’épée  entière  , fait  con- 
jecturer que  c'eft  une  arme  du  moyen  âge , & 
non  une  épée  antique.  Elle  ne  peut  donc  être 
comparée  à celles  de  V élu. 


E P E 

L’abbé  de  Terfan  pofsède  les  Atvct  épces , 
le  poignard  & un  tronçon  d’épée , tous  de  fer  ^ 
trouvés  dans  les  fouilles  de  la  ville  gauloife , 
lîtuée  fur  la  montagne  du  Châtelet.  Le  tronçon 
ÿépée,  ou  plutôt  de  fabre,  qui  a encore  huit 
à neuf  pouces  de  longueur  ^ reffemble  {aarfÿte- 
rnentâux  deux  épées  àc  Veluj  tant  par  l’épaineur 
du  dos,  que  par  la  largeur  de  la  lame;  inars  les 
relies  de  fon  tranchant  n’ont  pas  conferve  autant 
de  force.  Quant  aux  deux  épées , elles  ont  cha- 
cune deux  tranchans,  la  plus  grande  a environ 
vingt-trois  pouces  de  longueur , non  compris  la 
foie  qui  en  a près  de  quatre.  La  plus  petite  n ell 
large  que  d’environ  vingt  pouces , & fa  foie  en 
a près  de  cinq. 

Les.  défauts  de  la  fabrication  ferotent-ils  la 
caufepour  laquelle  les  épées  romaines  de  fer  ont 
toutes  été  détruites  par  le  temps  & par  la  rouide, 
tandis  que  nous  voyons  ici  deux  épées  gauloifes 
prefqu’entières  ? L’aveu  que  fait  Polybe  de  la 
fupériorité  des  fabriques  celtibériennes  fur  les 
romaines,  autorife  cette  conjeélure.  Quoi  qu  il 
en  foit  , nous  ne  pourrions  aujourd  hui  fa- 
briquer de  meilleures  armes  que  les  epées  de 
Velu,  qui  font  dépofées  dans  le  cabinet  de  Ste. 
Geneviève. 

Épée.  Les  feythes,  dit  Hérodote,  adoroient 
une  épée  à&  fer,  qui  repréfentoit  le  dieu  Mars, 
ou  le  dieu  de  la  guerre.  On  a dit  de  Mercure, 
qu’il  avoir  volé  Y épée  de  Mars , pour  dire  qu’il  ; 
fut  un  grand  guerrier. 

Épée.  ( Nouvelle  Diplomatique . J < 

"L’épée  qu’on  voit  fi  fouvent  fur  les  fceaip , 
eft  le  plus  ancien  fymbole  de  l’autorité.  L epee 
nue  paroît  aux  contre-fcels  & ûir  fceaux  équef- 
tres  des  rois  , des  ducs , des  comtes  anciens. 
Elle  étoit  particuliérement  la  marque  de  la  fou- 
veraineté  de  ces  derniers , comme  le  feeptre 
l’eftde  celle  des  rois.  Les  ducs  de  Normandie 
étoient  extrêmement  jaloux  du  droit  de  1 epée.  • 
A peine  dans  toute  la  province  trouveroit  - on 
une  douzaine  de  hautes -’uftices  feigneuriales , 
qu’on  appelloit  alors  placita  fpau , établies  de 
leur  temps.  Arnoal  de  Lifieux , ^ dans  1 epitaphe 
de  Henri  I,  dit  qu’il  porta  l^ÿée  en  Normandie, 
Je  le  feeptre  eu  Angleterre.  Hie  gladium , feeptra 
gerebat  ibi.  Les  épées  furent  plus  courtes  & plus 
aiguës  dans  les  commencemens;  mais  dans  la  fuite 
elles  devinrent  fi  pefantes,  qu’on  les  attacha  par 
une  chaîne  au  bouclier , ou  à la  cuirafle.  A l’exem- 
ple des  grands  feigneurs  du  royaume  , Bernard 
d’Andufe  avoir,  en  1175,  un  fceau  particulier , 
qui  marquoit  tout  le  luftre  de  fa  maifon.  Il  re- 
préfentoit des  deux  cotés  le  feigneur  d’Andufe 
à cheval  , le  cafque  en  tête,  & Y épée  à Iama.ki, 
“ fymbole  de  la  fouveraineté , ou  d’une  domina- 
» tion  fupérieure 


E P E SYÎ 

ÉPÉMÉNIDÉS.  Voyex^  Épiménides. 

ÉPÉRASTE , fameux  devin  , qui  defeendoit 
de  Clytius  , fils  d’Alcméon.  Il  gagna  le  pr^  aux 
jeux  olympiques  : & l’on  voyoit  fa  itatue  a vjlym- 
pie.  ( taufan.  Æliac.  ) - 

ÉPERON.  î!  n’eft  pas  douteux  que  les  anciens 
n’euffent  des  éperons , & qu’ils  n'en  fiiTent  ufage. 
Les  grecs  les  appelloient  3» , pofnre.  Virgile, 
ainfi^ue  Silius  Italicus,  nous  les  défignent  par 
cette  expreffion  ,fenatâ  calce  ( Ænéid-  XI.  714-  ) • 

Quadrupedemque  citumferratâ  calce  fatigat , 

dit  le  premier  ; 

St  le  fécond  ( VII.  6<)6.  ) : 

Ferratâ  calce  , atque  effasâ  largus  habenâ 

CujiBantem  impellehat  equum. 

Térence  en  fait  aulfi  mention  , contra  flymulum 
ut  cakes.  Cicéron  caradérife  cet  inftrument  par 
le  mot  cû.W,-  il  l’emploie  même  dans  un_  fens 
métaphorique,  tel  que  celui  dans  lequel  Anilotc 
parloit  de  Caliifihène  & de  Théophrafte  , lorf-  . 
qu’il  difoit  que  le  premier  avoir  bêfoin  d’aiguülon 
pour  être  excité , & l’autre  d un  frein  pour  !e 
retenir.  Il  paroît  donc  que  l’ufage  des  éperons.^. 
pris  danslefens  naturel,  étoit  ancienneme.nt très- . 
fréquent.  Nous  n’en  voyons  cependant  aucune 
trace  dans  les  monumens  qui  nous  refient,  & 
■fiir  lefque's  le  temps  n’a  point  eu  de  prife  ; mais 
on  doit  croire  , après  les  autorités  que  nous  ve- 
nons de  rapporter,  que  cette  armure  ne  confiilant 
alors  que  dans  une  petite  pointe  de  fer , fortant 
en  arrière  du  talon  , on  a négligé  de  la  marquer 
& de  la  repréienter  fur  les  marbres  & fur  les 
bronzes. 

Le  père  de  Montfaucon  eil  de  ce  fentim.ent. 
Nous  trouvons  dans  fon  ouvrage  une  gravure 
qui  nous  offre  l’image  d’un  ancien  éperou.^  Ce 
n’eil  autre  chofe  qu’une  pointe  attachée  à un 
demi-cercle  , qui  s’ajufioit  dans  la  caliga  , ou  dans 
le  campagus  , ou  dans  Y ocre.t , chiuffures  en  ufage 
dans  ces  temps  , & qui  tantôt  éto’ient  fermées  , 
& tantôt  ouvertes.  A une  des  extrémités  ^ du 
demi-cercle  , étoit  une  forte  de  crochet  qui  s’in- 
féroit  d’un  côté.  Le  moyen  de  cette  infertion  ne 
nous  eft  pas  néanmoins  connu.  L’autre  bout  etoic 
terminé  par  une  tete  d homme. 

Les  antiquaires,  dit  le  comte  de  Cay'u  { ree. 
III.  pl-  9.  Î-)  qui  doutoit  peut-être  de  l’an- 

tiquité de  Yéperon  cité  par  Montfaucon , n’ont 
point  encore,  que  je  fâche,  rapporté  à’éperca. 
à l’ufage  des  anciens.  Cet  inilrument  de  fervice 
n’ell  même  marqué  fur  aucun  monr.mer.t  qui  re- 
préfeate  des  hommes  à cheval. ^Celui-ci  eft  de 


us 


E P E 


cuivre  j c^eft  an  témoignage  de  plus,  pour  Tufage 
confiant  de  ce  métal , chez  les  anciens  : du  refte  , 
cet  éperon  n^a  point  de  rholette  roulante  & mo- 
bile comme  les  nôtres  y il  n^eft  compofé  que 
d'une  pointe  fixe  & fohde , car  elle  eft  fondue 
avec  la  pièce , & cette  pointe  étort  certainement 
dangereufe^pour  les  chevaux  j c'efi  la  feule  re- 
marque qu'on  puifle  faire  fur  ce  petit  monument, 
dont  la  confervation  eft  complette , Sc  la  patine 
aflez  belle. 

P 

JtPERON  dé  navire.  Voyt-:^  Rostrum. 

ÉPERVIER  , oifeau  qui  étoit  én  grande  véné 
ration  chez  les  anciens  égyptiens  , parce  qu'il 
reprefentoit  le  Soleil , ou  leur  grand  dieu  Ofiris. 
^ Plutarch.  de  IJ.  iy  Ojif.'j  Si  quelqu'un  avoit  tué 
nn  de  ces  animaux  , foit  volontairement , ou  par 
megardê , il  efoit  irremifiîbîemeht  puni  de  mort , 
qomme  pour  Yliis.  Il  y avoir  dans  la  Haute- 
Egypte  un  temple  confacré  à ces  oifeaux  , fitué 
dans  une  ville  appellee  la  ville  des  Éperviers  ^ 
Les  prêtres  de  ce  temple  étoient 
charges  de  nourrir  un  grand  nombre  éperviers ^ 
d ou  ris  furent  appelles  i , nourriciers 

d’éperriers.^  Chez  les  grecs,  Yépen^ier  étok  con- 
facre  au  Soleil , ou  a Apollon  , dont  il  étoit  !e 
prompt  & fidèle  meffager.  ( Odyf.  XF.  525.  ) 
Il  fervoit  pour  les  préfages.  Il  étoit  auffi  un  des 
^mboies  de  Junon  , parce  qu'il  avoit  la  vue  fixe 
& perçante,  eortime  cette  déefie , quand  la  jaloufie 
ia  raiiort  ggrr.  Strabon  parle  en  particulier  d'un 
epenier  à Eûiiopis,  auquel  on  avoit  dédié  un 
temp^  dans  Lille  de  Phyléj  il  étoit  fort  grand 
& difterent  des  nôtres,  & même  de  ceuxd'É- 
que  cet  animal  mouroit,  on  lui 
en  fublhtuoit  un  autre  de  même  efpèce,  & 
a Ethiopie  : de  là  il  étoit  apnellé  k roi  du. 

“n  Sui  étoit  près  de  mourir. 

Le  comté  de  Caylas , parlant  d'un  épervier 
■qui  tient  aans  fon  bec  un  ferpent,  dit  que  les 
égyptiens,  tourmentés  par  les  ferpens,  furent 
conduits  par  la  reconneiffance  à révérer  les  ani- 
maux qui  les  delivroient  de  ce  fiéau.  Cependant 
Il  lui  paroit  qu  ils  ne  regardoient  point  LeW-vicr 
comme  une  divinité , & que  fa  figure  n'étoit  ordi- 
namement  employée  que  comme  un  fymbole. 
iCaylus  IV.  p.  ^ 

A,?"  au  palais  Barberini,  une 

ayant  une  tête  épervier , qui 
defî^ne  Ofins , ou  1 Apollon  des  grecs.  Il  v a 
^ans  le^cabinet  Rciandin  dé  la  même  ville  ^up 

haut  de  21  pouces  Te 

le  haï"  & applatipar 

le  haut,  & attache  fous  la  tête  avec  deux  iiem. 

Gori , dans  fes  injriptiones  EtrurU  ( tom.  III 
pi.  ô.  ) a publie  ie  de^n  d'un  éperykrd,  ma^b/e; 


E P H 

tenant  une  fonris  dans  fes  ferres,  couvert  d’une 
efpecede  chaperon  fait  avec  des  plumes,  & 
laiflant  lès  yeux  découverts.  On  lit  fur  la  baf- 
qui  le  porte.  Le  nom  à’Arckath  ^ nrêtre  df.  ret 
oifeau  de  proie  , à Afforus  en  Sicile.^ 

EPÉUS  fiu  fils  d Endymioft  & d'Hypéripné 
&frere  de  Peon  & dEtolus.  Endymion  pro- 
pofa  dans  Olympie,  dit  Paufanias-,  un  prix  de 
là  coarfe  aux  trois  princes  fes  enfans;  ce  prix 
etoit  la  fucceffion  à fon  royaume.  É/’éai  remporta 
la  vidoire , & régna  , après  fon  père , fur  les 
eleens , qui  furent  appellés , de  fon  nom , épéens. 
Etolus  fe  retira  chez  les  curètes,  qui  fe  nom- 
de  fon  nom  j & Péon,  incon- 
folaole  d avoir  été  vaincu  dans  une  occaficn  de 
cette  importance , alla  chercher  fortune  hors  de 
G patrie.  S étant  arreté  fur  les  bords  du  fleuve 
Axius  J il  donna  fon  nom  à cette  contrée , qui 
lut  depuis  appéllée  /a  Péonie. 

_ Pline  ( lib.  V.  c.  6.')  attribue  à Èpéus  l’inven- 
non  du  bélier  & d'autres  machines  de  guerre. 
Cette  opinion  a autorifé  Virgile  à nommer  ÉpAx 
pour  le  conftrudeur  du  cheval  de  Troye  ( Æn^ii^ 
II-  264.  ) : 

• Er  ipfe  doli  fabricator  Epeus, 

, > Batk  , Artaba , niefure  de  capacité 

de  1 Afie  & de  l'Egypte. 

Elle  valoir  en  mefures  de  France  53  pintes 

Elle  valoit  en  mefures  anciennes  des  mêmes 
3 1 1 mécrétès. 

ou,  2 fépheî. 

ou , 3 modios. 

ou , 72  log. 

{ Métrologie  de  M.  Pauélon.  ) 

■ 3 Hypbi , mefures  dé  capa- 

cité de  1 Afie  & de  l'Egypte. 

p,  valoit  en  mefures  de  France  2 boifieaux 

Elle  valoit  en  mefures  anciennes  du  riiême  pays, 

I I métrétès. 
ou , 2 féphel. 

ou,  3 modios. 

( Métrologie  de  M.  PauBon.  ) ' 

E^ABTis  , écharpe  rouge.  Les  foldàts  & les 
cnalleurs  i entortilloient  autour  de  leurs  bras, 
que  la  brievete  des  manches  de  la  tunique  laiffoit 
a découvert.  { Pollux  IV.  iZ.  } 


E P H 


t^ÈBARQUE. 

ï4>HBAPXOrNTOS. 

ïnE4>HBAPXOïNT02. 

ephebeum. 

Éphébarque,  fous  - éphébarque  ^ 8tC.  On 
conllruifoit  dans  les  grandes  villes  des  gymnafeS , 
pour  inftruire  & perfectionner  les  athlètes  dans 
les  exercices.  Parmi  les  différentes  pièces  qui 
compofoient  ces  grands  édifices,  celle  où  les 
jeunes  gens  , les  épkebes^  apprennoient  leurs  exer- 
'cices  en  particulier,  s^’appelloit  £'<piî/!'.  Vitruve 
j(  Theophtift.  in  caraü.  V'itruv.  l.  Pi  c.  il.)  qui 
a décrit  la  Itruéture  de  ces  gymnafes  , a placé 
Y ephebeum  au  milieu  des  deux  portiques  extérieurs. 
Un  officier  particulier  préfidoit  aux  exercices  & 
à rinitruélion  des  épkèées  ( Aman,  in  epiB. 
l.  III.  c.y.)  8c  s'appelloit  épkébarque  , 

Suivant  un  marbre  de  Cyziqne,  cet  officier  aVoit 
à Cyzique  unaide,  ou fous-éphébarque, 

^ Caylus  2.  pag.  2l6.  ) 

EPHÈDRE  J nom  que  Ton  donne  à un  ath- 
lète. Les  athlètes  tir'oient  au  fort , pour  connoître 
ceux  qui  combattroient  enfembie.  On.  apparioit 
ceux  qui  avoient  des  lettres  femblabies.  Mais  fi 
le  nombre  des  athlètes  étoit  impair,  celui  qui 
leftoit  fans  antagonifte  , étoit  mis  en  réferve 
pour  fe  battre  contre  le  vainqueur  ;&  cef  athlète 
impair  s'appelloit  îçib'fos , Ephedre. 

Plutarque  fait  une  application  heureufe  de  ce 
mot  à Craffus  -,  il  dit  quh'l  étoit  YEphedre  du 
combat , & comm^  un  athlète  de  réferve , qui 
tenoit  en  refpeél  Céfar  & Pompée. 

EPHEMERIDE  ( Ab  ).  AB  ephemerîde. 

ÉPHESE , ville  d'Ionie  dans  TAfie  rhineure, 
célèbre  par  fon  temple  de  Diane  , une  des  fépt 
merveilles  du  monde.  Voje[  Dîaïîe. 

hoïiqa’ Eph'èfe  fut  affiégée  par  Créfus  , les  habi- 
tans,  dit  Hérodote,  lièrent,  avec  unê  corde, 
les  murs  de  la  ville  à la  lîatue  de  Diane,  pour 
confacrer  leur  ville  à la  déejfe  , lui  en  faire  un 
préfent , & l'engager  à la  défendre.  On  difoit 
que  cétte^ville  avoir  pris  fon  nom  d'une  femme 
îiommée  Ephefe  , mère  d' Amazo  , dont  les  ama- 
zones ont  tiré  leur  nom  & leur  origine.  En  effet  , 
ce  font  les  amazones  qui , félon  Pline , ont  bâti 
cette  ville.  ( XXV.  c.  Z9.  ) Mais  Eusèbe  rap- 
porte qu'Androcus,  un  des  fils  de  Codrus,  roi 
d'Athènes,  la  bâtit  autrefois  du  temps  de  David, 
& y établit  le  fiège  de  fon  empire.-  Syncellè 
appelle  Andronic  le  fondateur  à’ Ephefe. 

Ephefe  fut  réduite  en  province  romaine  l'an  de 
Rome  624,  & 130  avant  l'ère  vulgaire.  Les  pro- 

confids  d'Afis , ne  dévoient  aboîdel  dans  leur 


E P H ^4^ 

province -que  par  Ephefe.  C’eft  'pourquoi  cette 
ville  prcBoit  le  titre  de  la  première  d'Afie. 

Éphèse  , en  Ionie.  E^ESiûN. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font: 

G.  en  argent.  Ce  font  des  Cittophores. 

R.  en  bronze. 

Unique en  or Pellerîn. 

Leurs  types  ordinaires  font  : 

Une  abeille. 

Un  cerf  à mi-corps , ou  entier. 

Diane  avec  des  cerfs , ou  avec  fes  foutiens. 

_ Cette  ville  a fait  frapper  dés  médailles  impé^. 
riales  grecques  en  l'honneur  de  la  plupart  des 
Auguftes , depuis  le  fucceiTeur  de  Céfar , jufqii'à 
Velérien  le  jeune.  M.  l'abbé  le  Blond  , de  l'acadé- 
mie des  Infcriptions  & Belles-Lettres , a prouvé 
que  les  époques  gravées  fur  ces  médailles , ont 
pour  ère  i'aU  130  avant  J.  C.  624  de  Rome. 

EPHESIENNES  ( lettres  ) , litter&  ephefîà,. 
Lettres  magiques  auxquelles  on  attribuoit  cette 
propriété,  que  quiconque  les  prononçoit  avoir 
auffi-rôt  tout  ce  qu'il  defiroit-  Elles  étoient  écri- 
tes fur  la  couronne , la  ceinturé  & les  pieds  de 
la  ftatue  de  Diane  à‘Épkefe;  8ç  c'éft  pour  cela 
qu'on  les  appelloit  lettres  d" Ephefe,  ou  lettre!^ 
éphéfennes.  Elles  avoient  aüffi  la  vertu  de  chaffer 
les  mauvais  efprits  des  corps  des  poffédés  à qui 
on  les  faifoit  prononcer.  ( Plut,  fympof  l.  ‘7. 
qaejî.  5.)  ^ 

EPHESIES  , fêtes  qu’on  célébroît  à Épkèfe  en 
i'iionneur  de  Diane.  De  toutes  les  circoofiances 
de  cette  folemnité , nous  ne  connoilTons  que 
celle-ci  ; c'eft  que  les  hommes  s'enivroièht  pieu- 
fement,  & pafî’oient  la  nuit  à mettre  la  ville, 
& fur-tout  les  marchés,  en  tumulte. 

ÉPHESTIA  ou  ÉPHESTIE,  ville  de  l'ille 
de  Lemnos.  Epheflia.  Elle  étoit  fituée  au  pied 
d'une  montagne,  célèbre  par  la  chûce  de  Vul- 
Cain.  Les habitans  rappellent  aüj’ourd'hui  Cockyno, 
C'eft  de  la  montagne,  dont  on  vient  de  parler, 
que  l'on  tiroit  autrefois,  comme  on  fait  encore 
aujourd'hui  , la  tërre  figillée  àvéc  beaucoup  de 
cérémonie. 

ÉPHESTIES , fêtes  en  l'honneur  de  V ülcaîn , 
dans  léfquelles  trois  j’eunês  garçons,  portant  des 
torches  allumées  , couroient  dé  toutes  leurs  for- 
ces 5 celui  qui  avoir  atteint  le  but  le  premier, 
fans  avoir  éteint  fa-torche  , gagnoit  le  prix  deftinè 
à cette  conrfe.  Cé  mot  eft  forme  dé 
Vdeain, 


E P H 


ÉPHSSTION,  favori  Alexandre  , fut  mis , 
après  fa  mort , au  rang  des  dieux  par  ordre  de 
ce  prince , qui  prétendit  fe  confoier  par  là  de 
la  perte  d'un  ami.  On  lui  bâtit  auffi-tôt  des  tem- 
ples ; on  inilitua  des  fèces  en  fon  honneur  j on 
lui  fit  des  facrifices  5 on  lui  attribua  des  guérifons 
miraculeufes  ; afin  qu'il  n'y  manquât  rien  , on 
lui  fit  rendre  des  oracles.  Lucien  dit  qu'Alexan- 
dre  , étonné  d'abord  de  voir  la  divinité  d'A^A^/ 
tion  s'établir  fi  facilement , la  crut  enfin  vraie 
îui-même  , & fe  fut  bJn  gré  de  n'être  pas  feu- 
lement dieu , mais  d’avoir  encore  le  pouvoir  de 
faire  des  dieux. 

ÉPKESTRIES  J fêtes  établies  à Thèbes  , 
dans  lefqueiles  on  habilîoit  en  femme  la  llatue 
du  devin  Tiréfias  , & on  la  promenoir  ainfi  par- 
la  vilie.  Au  retour  de  la  promenade , on  la 
déshabüloit  pour  lui  remettre  un  habit  d'homme  : 
on  prétendoit  défigner  par  là  le  changement  de 
fexe  que  la  fable  lui  attribue.  Le  mot  éphefirie 
fignifie  une  forte  d'habit  grec.  F".  Tirésias. 

ÉPHESTRIE,  •>  U-  « 

ÉPHESTRIDÊ  r Helychms  & 

Artémidore  difent  exprefîement  être  le  même 
habillement  que  la  chlamyde. 

ÉPHÈTE  J magiilrat  chez  les  athéniens.  Epke:a, 
épketes.  Les  épketes  furent  inlHtués  par  le  roi 
Démophon , pour  connoître  des  meurtres  commis 
par  accident.  Ils  étoient  cent;  cinquante  athé- 
niens y & cinquante  argiens.  Dracon  étendit  en- 
fuite  leur  jurifdiâion.  fis  n'étoient  mis  dans  ce 
polie  qu'à  cinquante  ans  j & dévoient  être  d'une 
réputation  bien  faine,  voyei  Smdas  , Pollux  , 
Samuel , Petit , comment,  in  kg.  L.  VIII.  tît.  I. 
Franc.  Roffæus  , Archocal.  au.  E,  III.  c.  5 . Ubo 
Emmius  , de  rep.  athen.  où  il  dit  , pag.  20  , que 
Dracen  tranfporta  aux  épketes  uns  partie  de  l'au- 
torité  de  l'aréopage. 

ÉPHIALTE  > uH  des  deux  Aloïdes.  Voyei 
Aloïdes. 

ÉPHIALTES  , ou  Hyphialtes , ce  que  les  latins 
appelloient  incubesSzfaccubes.Q'ttoxtnt  desefpèces 
de  fonges , dont  on  a fait  des  divinités  ruitiques. 
Voyei^  Incubes. 

EPHIPPIA.  Voyei  Sell&i 

EPHOD.  Voye:^  HÉBREUX. 

ÉPHORES  , magiftrars  qui  étoient  établis  à 
Sparte , pour  bala^ncer  & réprimer  l'autorité  des 
roiS;,  & pour  en  être  les  infpeéteurs}  ainfi  les  ro- 
mams  établirent  a Rome  les  tribuns  du  peuple, 
pour  arrêter  & modérer  la  puiffance  des  confuîs. 
Lçs  q>kores  ont  quelquefois  çkaffé  & fait  mourir 


Ê P r 

.les  rois.  Ils  abolifloient  la  puilTance  des  autre® 
magiftratS  j & faifoienc  rendre  compte  de  fa  con- 
duite à qui  bon  leur  fembloit.  Lycurgue  av.oit 
bien  compris  que  l'intelligence  parfaite  entre  le 
peuple  & le  fouverain , efl  la  bafe  & le  fondei- 
ment  de  leur  félicité  récipisique.  Pour  maintenir 
cette  intdligence  , il  avoit  établi  les  épkores , ou 
infpeéteurs , qui  n'obfervoient  pas  moins  la  con- 
duite du  roi,  que  celle  du  peuple , & te  noient 
fi  bien  dans  l'éqUilibre  l'im  & l'autre , que  l’au- 
torité royale  ne  penchoit  jamais  vers  la  dureté, 
ou  la  tyrannie,  ni  la  liberté  populaire  vers  la 
licence  & la  révolte.  Les  épkores  , dans  les  con- 
jonéiures  importantes , faifoient  agréer  au  peuple 
tout  ce  qu’on  avoit  réfolu.  Agéfilas,  au  milieu 
de  fes  conquêtes , qui  faifoient  déjà  trembler 
le  grand  roi , s'arrêta  & retourna  fur  fes  pas , 
par  déférence  pour  les  épkores , qui  le  rappel- 
loient  ; tant  la  modératioir  avoit  pour  lui  de 
charmes , elle  lui  paroifToit  plus  glorieufe  que  les 
conquêtes.  Tous  les  auteurs  ne  conviennent  pas 
que  les  épkores  aient  été  établis  par  Lycurgue. 

Ce  mot  vient  du  grec  eipo^âv,  examiner, 

ÿ ÉPHYDR.IADES,  nymphes  qui  préfidoîent 
aux  eaux  ; quelquefois  on  les  nomme  fimplement 
Hydriades.  Le  mot  ell  formé  de 
& de  èVi,  yàr.  Parthenius , dans  fes  Erotiqiies 
( c.  14.  ) parle  des  Épkydriades. 

ÉPHYRÉi  nom  d'une  rrymphe.  Hérodote  en 
parle  fur  le  témoignage  d Eumélus,  fils  d’Em- 
phylfte , qui , dans  fon  hiftoire  de  Corinthe  , 
difoit  quEphyré  avoit  la  première  habité  le  ter- 
ritoire de  Corinthe. 

La  nymphe  Éphyrè  n'eft  connue  que  pour  a^îr 
donné  fon  nom  à Corinthe.  ,Elle  étoit  fille  de 
rOcéan  8c  de  Thétys.  Car  Éphy-e  eft  aufli  un 
nom  de  cette  ville  du  Péloponèfe,  comme  oh 
le  voit  dans  Ovide,  Mét.  hv.  IL  v.  259.  dans 
la  Pharfale  de  Lucain,  1.  VI.  v.  fy.  De  là  vient 
que  le  même  Lucain  appelle  les  murs  de  Durazzo, 
les  murs  épkyriens , zu  vaèms.  .Ephyreaque 

meenîa  fervat  , parce  que  Durazzo  avoit  été  fondé 
par  un  Corinthien,  nommé  Virgile  {Georg. 

II.  V.  464.)  dit  de  l’airain  épkyréen  , pour  de  l'ai- 
rain de  Corinthe  : & Claudien,  ( de  bello  Gu. 
V.  619.  ) les  filles  épky tiennes , pour  corinthiennes. 

EPIS  de  bled.  Les  égyptiens  ( Diodor.  Itb.  I, 
p.  9.  ) ayant  fini  les  moiffons , ofFroient  à Ifis 
des  épes  de  bled.  Les  grecs  8c  les  romains  coi^ 
ronnoient  d’épis  Cérès  & fes  temples.  Les  épis 
dans  la  main  des  ftatues  & fur  les  médailles  ^ 
annoncent  les  foins  qu'un  prince  s'étoit  donne 
pour  approvifionner  fa  ville.,  ou  fimplement  la 
fertilité  d'un  pays.  C'eft  pour  la  dernière  raifon 
que  les  médailles  d'Alexandrie , de  Carmo  > en 
Efpagne , de  l'ifle  de  Cbio , des  Abêtira , peuple 


EPI 

ie  TAttiquc,  d’ÉréfuSj.dans  l'ifle  de  Lesbôsj' 
des  Léontins,  peuple  de  Sicile  ^ &c.  offrent  des  , 
épis. 

U épi  de  bled  étojt  auffi  un  attribut  d"”  Apollon. 

( IfUcrob.  Saturn.  î.  I.  23.  ) Sur  les  pierres 
gravées  un  ou  plufieurs  épis  de  bled , font  le 
fymbole  du  mariage  ^ célébré  par  ConfarrÉA- 
TiON  ( voye^  ce  mot  ) chez  les  romains. 

ÉPIBATERIUS  J furnom  d’Apollon.  ^ Dio- 
mède , à fon  retour  de  Troye , fitbâtir  j à Tré- 
zène  J un  temple  à Apollon , fous  le  nom 
ééÉpibatérius , ou  dé  bon  retour^  parce  que  ce 
dieu  Tavoit  fauvé  de  la  jempête  ^ qui  fit  périr 
une  partie  des  grecs  dans  leur  retour.^En  grec  ^ 
je  reviens , eft  exprimé  par  le  mot  nnZatia. 

ÉPïCASTE,  eft  la  même  que  Jocafte  , mère 
d’CEdipe.  Uiyfïe  dit,  dans  Homère  , qu’il  a vu 
aux  enfers  k belle  Evicafte , qui  auffi-tôt  qu’elle 
avoic  eu  connoiffance  de  fon  incefte  avec  CEdjpe , 
s’étoit  pendue  de  défefpoir.  V'éye^  Jocaste. 

Épicaste  , fille  d’Égée , fut  une  des  femmes 
d'Hercule,  qui  la  rendit  mère  de  Theflala. 

ÉPICÊDE.  Servius  ( Ecl.  F.  lo.)  nous  ap- 
prend que  Xepicedium  différoit  de  ï epitaphium. 
U epicedium  étoit  une  pièce  de  vers,  ou  un  dif- 
cours,  que  l’on  récitoit  en  l’honneur  d’un  mort, 
au  moment  qui  précédoit  la  fépulture  de  fon 
corps,  comme  dans  ce  vers  de  Virgile; 

ExtinBum  nymphe,  crudeli  funere  Dapknîm. 

\J epitaphinm  ne  fe  récitoit  qu’après  la  fépûl- 
ture , & fe  gravoit  fur  le  tombeau. 

ÉPICLIDIES  , fêtes  que  les  athéniens  avaient 
inftituées  en  l’honneur  de  Gérés.  Héfychius , qui 
nous  a tranfmis  leur  nom , ne  nous  en  dit  pas 
davantage, 

ÉPICNÉMIDIENS.  Foyei  Locriens-Épic- 

NÉMIDIENS. 

ÉPICOMBES , bouquets  enrichis  de  mon- 
noies,  ou  pièces  d’or,  d’argent  & de  cuivre, 
qu’un  fénaCeur  iettoit  au  peuple  , lorfque  l’empe- 
reur de  Conftantinople  fortoft  de  l’églife.  Il  y 
avoit  ordinairement  dix  mille  de  ces  bouquets , 
& chaque  bouquet  renfermoit  au  moins  trois 
pièces  d’or  & trois  pièces  d’argent. 

ÉPICRÈNE , fêtes  que  les  lacéde'moniens 
célébroient,  & qu’ils»appelloient fon- 
taines : c’eiî  tout  ce  que  nous  en  favons. 

ÉPICTECTÜS,  contrc'e  de  la  Phrygie.  xniK- 

fTHT. 


E P I yji 

Les  médailles  autonomes  de  cette  contrée  fon»; 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Leur  type  ordinaire  eft  un -cheval  debout. 

ÉPIDAURE  , ville  du  Péloponnèiè , célèbre 
parie  temple  d’Efculape,  qui  étoit , dit  Strabon  , 
toujours  plein  de  malades,  8e  de  tablettes , où 
e'toient  décrites  les  guérifons  obtenues  dans  ce 
temple.  Foyei  Esculafe. 

Épidaure  , dans  l’Argolide.  En.  en  mono- 
gramme, &EniAAYPOT. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  fcnfî, 

R.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Cette  ville  a fait  frapper  une  médaille  impé- 
riale grecque  en  l’honneur  d’Antonin. 

ÉPIDAURIES,  fêtes  en  l’honneur  d’Efcufape; 
elles  avoîent  commencé  à Epidaure  , 8c  elles  fu- 
rent établies  enfuite  à Athènes.  Foye[  Escuxape. 

-ÉPIDELIUS , furnom  d’Apollon.  Ménophanès, 
qui  commandoit  la  flotte  de  Mithridate  , ayant 
faccagél’ifle  de  Délos  , pilla  le  temple  d’ Apollon, 
8e  un  barbare  jettadans  lamerlaftatue  du  dieuî 
mais  elle  fut  rapportée  par  les  flots  de  la  mer , 
qui  la  poufsèrent  fur  la  côte  de  la  Laconie, 
près  du  promontoire  de  Malée.  Les  lacédémo- 
nîens  la  reçurent  avec  refpeéi,  & bâtirent,  au 
même  endroit,  un  temple,  qu’ils  confacrèrent 
à Apollon  Epidéiius  , comme  pour  marquer  qu’il 
étoit  venu  de  Délos. 

ÉPIDÉMIES  > fêtes  que  les  argiens  célébroient 
en  l’honneur  de  Junon  , 8e  les  habitans  de  Délos 
& de  Milet,  en  l’honneur  d’Apollon  , lorfqu’ils 
avoient  évoqué  les  dieux  tutélaires  de  ces  lieux  , 
& qu’ils  les  croyoient  préfens  dans  leur  ville. 
Foye:^  Évocation. 

ÉPIDOTES  5 c’étoientles  dieux  qui  préfidoient 
à la  croifiTance  des  enfâns , comme  l’annonce  le 
mot  irrté'iéisfti  , j’augmente. 

ÉPIDROMUS , voile  de  la  fécondé  grandeur  , 
placée  à la  pouppe.  ( Héfychius  3c  If  doras.) 

ÉPIEU.  Foyei  CONTÜS. 

ÉPIGAMIE,  faculté  de  contrafter  des  maria- 
ges entre  les  citoyens  de  deux  villes  grecques  , 
exprimée  dans  leur  traité  d’alliance.  Xéaophon 
en  parle  dans  la  Cyropédi-ê. 


S^2  E P I 


EPI 


ÉPIGÉE,  ÊIs  d’Hfpfiflus^  fut  dans  la  fuite 
appelle  Uranus , & fa  fœur  Gé ; c’eft  le  nom 
des  deux  enfanSi  dit  Sanchoniaton  ^ que  les^recs 
ont  donné  au  ciel  & à la  terre.  Le  mot  Epigée 
fignifie  en  grec  ^ au-  dejfus  de  la  terre. 

ÉPîG'ES,  nymphes  de  la  terre ^ par  oppolî- 
tîon  aux  nymphes  uranies  ^ ou  nymphes  du  ciel. 
Épigies  J ou  terrefires  , ont  la  même  fignification. 

ÉPIGONES.  La  guerre  des  épigones  ; c’eft 
la  guerre  que  firent  les  fils  ou  les  defcendans  de 
ceux  qui  avoient  péri  dans  la  première  guerre 
de  i hèbes,  dix  ans  auparavant.  Cette  fécondé 
guerre  fut  plus  heureufe  pour  les  argiens  j ils  ne 
perdirent  perfonne  de  marqué  qu’Egialée^  fils 
d’Adraftej  au  lieu  que  dans  la  première,  tous 
les  chefs , excepté  Adrafte  , y étoient  morts. 
Laodamas  , fils  d’EtéocIes , fut  chaffé  du  trône  j & 
Therfandre  J fils  de  Polynice,  y monta.  F^oye:^ 
Adraste.  eViVovos- , né  apres. 


la  tragédie,  ceft-à-dire,  la  quatrième  Se  der- 
nière, qui  renfermoit  la  eataftrophe  ou  le  dénoue- 
ment de  Pintrigue,  & répondoit  à notre  cin- 
quième aéte  ; au  lieu  que  l épilogue  étoit  un 
hors-d’œuvre  , qui  n’avoit  tout  au  plus  que  des 
rapports  arbitraires  & fort  éloignés  avec  la  traw 
gédie.  JFoyeiExGDE.  " 

ÉPIMÉLÊTES  C les)  étoient  chargés  d’entre- 
tenir 8c  de  réparer  les  temples.  ( Arifiot.  Pdhic. 
F7.  c.  8.  ) Ces  officiers  font  nommés  fur  les 
médailles  d’ Antioche  en  Carie,  & fur  une  mé- 
daille de  Stratonicée  , publiée  par  M.  Neumann. 

A Athènes,  Es  épiméPetes  étoient  les  dix  infpecd 
teurs  des  ports,  chargés  de  v’eiHer  à l’emploi 
du  bled  apporté  fur  les  vaiffeaux. 

ÉPIMÉLETTES  ; c’étoient  les  miniftres  du 
culte  de  Gérés,  qui  ferv oient  principalement  la 
roi  des  facrifices  dans  fes  fonâions. 


ÉPILÉNÉES,!  . -c  r CT-  ' 

EPILENÆA  % iacnhces  que  Ion  raifort  a 

Bacchus.  Ils  étoient  accompagnés  de  danfes  pan- 
tomimes , où  l'on  imitpit  les  vendangeurs  qui 
foulent  les  railîns. 


EPILEPSIE.  Les  romains  rompoient  les  affem- 
blées  des  comices,  lorfqu’un  des  affiftans  étoit 
attaqué  fur  le  champ  à’épilepfie.  De  là  vint  le 
nom  latin  de  eette  maladie,  morhus  comhialis. 
Caton,  cité  par  Feftus,  nous  apprend  ce  fait, 
qui  eft  auffi  configné  dans  les  vers  fuivans  de 
Serenus  Sammonicus  : 

P-Jl  fuViti  fpecies  morit , oui  nomen  ah  iUo  efl  , 
Quod  fieri  nohis  fiiffragia  jujia  recufat. 

Srspe  etenim  memhris  acri  languore  caducia 
Concilium  popvli  lahes  horrenda  diremit. 

ÉPILER.  Voyei  Dépiler. 

ÉPILOGUE  , dans  la  Poéfie  dramatique  des 
anciens , etoit  les  paroles  qu  un  des  ptincioaux 
aéteurs  adreffok  aux-  fpeélateurs,  lorfque  la  pièce 
étoit  finie,  qui  contenoient  ordinairement  quel- 
ques réflexions  relatives  à cette  même  pièce,  8c 
au  rôle  qu’y  avoir  -joué  cet  afteur. 

Lypilogue  n’a  pas  topjours  été  d’ufage  fur  le 
théâtre  des  anciens , & ne  date  pas  du  même 
temps  que  le  prologue.  Il  eft  vrai  que  ’plufieurs 
auteurs  ont  confondu  dans  le  drame  grec,  V épi- 
logue avec  ce  qu’on  nommoit  exode  ^ tromoés 
parce  qu'Ariftote  a défini  celui-ci  : une  partie 
quart  récité,  lorfqâe  le  chæur  a chanté  pour  la  der- 
mére  /ow.  Mais  ces  deux  chofes  étoient  en  effet 
auffi  difte-rentes  que  le  font  nos  grandes  8c  nos 
petites  pièces,  r exode  étant  uns  des  parties  de 


ÉPIMÉNIDE,  grand  prophète  des  CrétoisJ 
vivoit  du  temps  de  Solon.  Dans  fa  jeunefie  , 
ayant  été  envoyé  par  fon  père  pour  garder  les 
troupeaux  dans  la  campagne , il  s’égara  au  milieu 
du  jour,  8c  entra  dans  une  caverne,  ou  il  fut 
furpris  d’un  fommeil  qui  dura  cînquante-fept  ans. 
Ayant  été  éveillé  par  du  bruit , il  chercha  encore 
fon  troupeau , croyant  n’avoir  dormi  que  peu 
de  temps,  8c  ne  l’ayant  pas  trouvé,  il  s’en  re- 
tourna a fon  village , où  il  vit  que  tout  avoit 
changé  de  face  : il  voulut  entrer  dans  fa  maifon  , 
où  on  lui  demanda  qui  il  étoit  : enfin,  fon  cadet , 
qui  croit  déjà  vieux,  l’ayant  à peine  reconnu  , 
il  lui  conta  fon  hiftoire.  Le  bruit  s’en  étant  rée 
pandu  par  toute  la  Grèce , on  le  regarda  depuis 
comme  un  hcmme  favorifé  des  dieux,  & on 
l’aüoit  confulter  comme  un  oracle.  Diogène 
Laèrce , qui  a pris  la  peine  de  nous  conferver 
cette  tradition  populaire,  ajoute  qu’il  y a des 
gens  qui  ne  peuvent  croire  qu’il  ait  tant  dormi  j 
mais  feulement  qu’il  fut  quelque  temps  errant , 
pour  acquérir  la  connoiflance  des  fimples.  Il  dit 
encore  qu’il  devint  vieux  en  autant  de  jours  qu’il 
avoir  dormi  d’années.  Ce  fommeil  Épiménide 
donna  heu  à un  proverbe  que  cite  Lucien  d;ins 
fon  Timon  ; un  fommeil  plus  long  que  celui  d’Épi^ 
ménide.  Êpiménide  ayant  été  confuké  par  les  athé- 
niens, pour  favoir  comment  ils  pourroient  ap- 
paifer  les  dieux , 8c  faire  ceffer  la  pefte  oui 
ravageoit  leur  pays,  répondit  qu’il  falloir  laîffer 
aller  dans  les  champs  des  brebis  noires,  8c  les 
faire  fuivre  par  des  prêtres,  pour  les  immoler 
dans  les  lieux  où  elles  s’arrêteroient , en  l'hon- 
neur des  dieux  inconnus  j •&  par  ce  moyen  la 
pefte  tefla  entièrement.  Depuis  ce  temps,  dit 
D:og_ene  Laèrce  , on  trouve  dans  les  champs  de 
TAtrique , plufieurs  autels  élevés  aux  dieux  incon- 
nus. On  rapporte  plufieurs  prédiétions  qu’il  fit  aus 

* athénieas 


EPI 


EPI 

athéniens  & auxiacéde'moniensj  &on  lui  attribuoit 
un  grand  nombre  d^ouvrages  qui  ne  fublîitoient 
plus.  Enfin  , il  mourut  âgé  de  deux  cens  quatre- 
vingt-neuf  ans  ^ feion  la  tradition  des  crétois  ^ 
qui  lui  offrirent  des  facrifices  après  fa  mort, 
comme  à un  dieu.  Les  lacédémoniens,  qui  fe  van- 
toient  aufS  d'avoir  fon  corps  , lui  élevèrent  ^ dans 
leur  ville,  des  monumens  he'roïques. 

EniMHNION,  1 ri  • r . - 1 

EPIMENIJJM  î faiaire  & nourriture  des 

efclaves  pendant  un  mois  ( Juvenal.  Sat.  VU. 
tio.'j  : 

......  Aut  veteres  maurorum  epimenîa  , hulbî. 

ÉPIMÉTHÉE,  fils  de  Japet  ge  de  la  belle 
Oymène  , époufa  la  célèbre  Pandore  , dont  il 
eut  Pyrrha , femme  de  Deucalion.  Hefiode  lui 
donne  répithète  d’infenfé,  fans  doute  à caufe 
de  fa  curiolîté.  Voye:^  Pandore. 

La  fable  ajoute  qu’il  fut  métamorphofé  en 
finge.  V :yei  Pithécuse. 

Dans  la  coîleâion  des  pierres  gravées  de  Stofch, 
on  voit  une  cornaline  , ( IIP.  clajfe  n».  14.  ) fur 
laquelle  fzioitEpimhhée  ouvrant  la  cafTette  fatale 
de  Pandore,  d'où  fortirent  les  maux  qui  inon- 
dèrent la  terre.  Il  ell:  nud  jufqu'à  la  ceinture, 
ayant  un  cafque  en  tête,  & devant  lui  un  bâton 
avec  un  fsr  crochu  , ou  un  croc  femblable  à la 
fauîx  de  Saturne,  & à la  fourche  dé  Plutpn. 
Lcjcroc  marque  apparemment  la  généalogie  à‘Epz- 
.•  car  s’il  étoit  fils  de  Japet , qui  éroit  fils 
d’üranus  & frère  de  Saturne,  le  graveur  a pu 
lui  donner  un  attribut  diftindlif  de  Saturne. 

EPIMÉTRUM , partie  de  la  cargaifon  totale 
d’un  vaifTeau , qu’on  accordoit  aux  pilotes,  & 
dont  ils  pouvoient  difpofer  à leur  profit.  C’écoic 
une  forte  d’indemnité  ou  de  récompenfe  par  la- 
quelle on  fe  propofoit  de  les  encourager  à leurs 
devoirs.  Quand  on  regardoic  Y épimétrum  comme 
une  indemnité  , il  défignoit  le  déchet  d’une  mar- 
chandife  pendant  le  voyage  : alors  ce  droit  étoit 
d’autant  plus  confîdérable  que  le  voyage  avoir 
été  plus  grand.  lY épimétrum  ou  déchet  accordé 
aux  pilotes  pour  les  vaiffeaux  de  la  flotte  d’Alexan- 
drie, étoit  de  quatre  livres  pefant  fur  cent  livres 
de  froment,  ou  d’un  boilTeau  fur  vingt- cinq. 

L eÿimetTum  etoit  aufïl  la  fomme  que  les  empe- 
reurs permettoient  aux  receveurs  publics  de  lever 
au-delà  de  l’impôt,  pour  les  indèmnifer  de  leur 
travail,  ou  des  frais  detranfport,  ou.  à\x  déchet 
fur  les  impôts  levés  en  nature. 

EPINE  - BLANCHE , ou  aubépine.  Les  ro- 
îua'a  yportoient  dans  les  mariages  des  torches  de 

ÂJiti^uités  f Tome  II, 


sn 


branches  ^aubépine , parce  que  cet  arbriffeau 
avoir , difoit  on  , la  propriété  d’écarter  les  ma- 
léfices. On  en  atrachoit  auffi  des  branches  aux 
fenêtres  des  chambres  où  étoient  les  enfans 
nouveaux-nés , pour  les  mêmes  raifons.  Ovide 
les  a chantées  dans  les  faftes  ( VL  2.9.  ) : 


Sic  futus  fpir.am , qtiâ.  trijtes  pellere  pojjet 
A foribus  noxas  , hcec  erat  alba. , dédit. 

( V-  I7L) 

Virgaqae  Janalis  de  Jpina  ponitur  dlhâ  , 
Qua  lumen  thalumo  pana  fentjira  dabat, 
Eoji  ïLlud  neque  àves  cunas  violà£e  feruntar ; 
Et  reâiit  puero , fuifuit  ante  , color. 


EniNIKIA , J , , . „ 

EPINICIA  f Victoire  , & feres  qua 

l’on  célébroit  après  la  viéioire  : fequenti  dieiSatt, 

. Ner.  c.  43.  n°.  4.  ) l/ttum  inter  l&tos  cantaturum 
epinicia  , qua  jam  nunc  Jibi  componi  oporteret.  On 
en  attribuoit  l’origine  à Apollon , qui  voyant 
Jupiter  vainqueur  de  Saturne,  fe  couronna  de 
laurier,  prit  un  manteau  de  pourpre  , & fit  rendre 
à fa  lyre  des  fons  harmonieux  , pour  amufér  lés 
divinités  pendant  le  feftin.  ( TiW/,  U.  5. 7.  ). 

ÉPIONE,  femme  d’Efculape,  fut  mère  de 
Machaon,,  de  Podalirius  , & de  quatre  filles , 
Hygiéa,  Eglé , Panacée  & Info.  Fbyeç  ESCDLAPE. 

ÉPIPHANÉA , -en  Syrie-  Eni<ï)ÀNE£2N.' 

Les  médailles  autonomes,  de  cette  ville  font: 

RRRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

_ Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  d’ÉIagab'ale , de 
Tibère.  L , 4 f \ 

Épiphanéa  , dans  la  Cilicie.  EnpfANEaN. 


Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  , avec  fon  e'poque  , en  l’honneur 
de  GofdiemPfe,  de  Sévère,  de'  Caràcalla.’ 

ÉPIPHANÉS  J furnpm  donné  à Jupiter  : il 
fignifie  , qui  ' eft'  préfent , qui  -apparoit  , pour 
marquer  que  ce  dieu  faifoit  fouvent  fentir  fa  pré- 
fence  fur  la  terre,  ou  par  le  bruit  du  tonnerre  & 
des  éclairs,  ou  par  de  véritables  apparitions, 
pour  y voir  fes  inaîtreiTes.  Voyet;_  Cat  aieâtès., 

ÉPIPHANÉS  & Cailiniçus  , rois  de  Con34 
magène.  B^^siAEfiiS  ïioi, 
ji-  A 33%  - 


5^^ 


EPI 


EPîSEME  9 J ou  xoVîî-a  5 fur  !es  îr,éc!aiiles. 
On  je  trouve  à Ja  place  de  Tfi  fur  quelques  mé- 
da  liles  de  Lipari  ; fur  une  médaille  d^Acmonia  , 
.en  Phrygie,  frappée  en  Phonneur  de  Néron. 
( ^Jeumann.  ) 

ÉPISODE.  Voye[  ie  dictionnaire  de  lîttéraîure. 

EFiSTATEj  commandant,  celui  qui  com- 
mande, qui  a le  gouvernepient. 

Evlfiate.  Ce  mot  eft  en  ufage  , quand  on  parle 
de  Pancien  gouvernement  d'Athènes. 

\Jé-piflate  étoîî  un  fénateur  d’Athènes  en  jour  de 
pi-éiider.  Les  dix  tribus  d’Athènes,  élifoient  cha- 
cune au  fort,  par  an,  cinquante  fénateurs,  qui 
ccmpofoient  ie  fénat  des  cinq  cents.  Chaque 
tribu  5 tour  à tour , avoir  la  préféance , & la 
cédoit  fuccefTivement  aux  autres.  Les  cinquante 
fénateurs , en  fonctions  , fe  ncmmoient  prytanes  -, 
le  lieu  particulier  ou  ils  s’aiTembloient , prytanée  ; 
& le  temps  de  leur  exercice  , ou  de  la  prytanie  , 
ciuroit  trente-cinq  jours.  Pendant  les  tre;ïte-cinq 
jours , dix  des  cinquante  prytanes  préfîJoient , par 
femaine,  fous  ie  nom  de  proëdres  -,  8c  celui  des 
proëdres , qui  dans  le  cours  de  la  femaine  étoit 
-en  jour  de  prélîder  , s’appelioit  épïfiate.  On  ne 
pouvoir  l’être  qu’une  fois  en  fa  vie , de  peur 
qu’on  ne  prît  trop  de  goût  à commander.  Les 
fénateurs  des  autres  tribus  ne  lailToientpas  d’opi- 
ner , félon  le  rang  que  le  fort  leur  avoit  donné, 
mais  les  prytanes  convoquoient  l’aflemblée , les 
proëdres  en  expofoient  le  fujet,  Yépiflate  de- 
mandoit  les,  avis.  Il  faut  remarquer  que  de  dix 
proëdres  de  chaque  femaiae  , il  n’y  en  avoit  que 
fept  qui  préfidoient  chacun  Ton  jour,  & trois  qui 
ne  le  faifo-ent  point , & n’étoient  point  épiflates. 
Les  dix  p-'ëdres  élifoient  les  isçx  épiftates.  Voyei 
pRYTANE. 

Ce  non» , qui  eft  grec  , vient  d’sV/ , fuper^  & 
de  IWitw , fto.  Un  épïfiate  étoit  celui  qui  étoit  fur 
Jes  autres,- le  chef  des  autres. 

EV/sTaTjfjreâ MatTEi».  Muratori(  2025.  2.  Téhefé) 
rapporte  une  infcriprion  drefîée  en  l’honneur 
d’un  b blochécaire  d’Hadrien  , qui  prend  le  titre 
de  préftdent  du  muféiim  d’Alexandrie. 

E’msTioS,  domeftîque.  Surnom  de  Jupiter. 

EPISTOMlUiM.  Voye^  Rosinet. 

EPISTULIS  {ab).  On  trouve  dans  Muratori 

€ib  epîfiulis  aug.  ^ laîinis  aug,  ^ C&faris  aug,  ^ 
iatinis  auguftomm,  gr&cL  gmcis  8^  latinis  , &c. 

EniTA<i'roN.  ■> 

EPIT APHIÜM.  Ç Ly :iîrgue  C Plutarch.  in  lycé) 
s’avoit  permis  de  graver  des  épitaphes  ^ quç  Puy  j 


E PI 

les  tombeaux  des  citoyens  morts  à îa  guerre  Sj 
oes  temmes  mortes  en  couche. 

L«  recueils  d’infbrîptions  antiques  fbnt  rem- 

p.is  d e.itapkes  aont  les  unes  étoient  gravées  fur 
les  tombeaux  a autres  fur  des  cippes  ou  petites 
colonnes  , rondes  ou  carrées,  placées  fur  les  fé- 
puitures,  d autres  enfin  etoient  fimplement  écrites 
en  lettres  rouges-  fur  les  tombeaux  , ou  fur  les 
murs  du  columbarium  au-deffus  des  urnes.  Cette 
ecnture  rouge  parcit  fouvent  dans  les  catacom- 
bes uC  fur  les  urnes  de  terre  cuite  qui  renferment 
les  cendres  de  quelques  éîrufques. 

On  aonnoit  aufïi  le  nom  àé épitaphe  aux  vers 
que  1 on  chantoit  en  l’honneur  des  morts  lejour 
de  Içurs  obsèques,  8c  que  l’on  répétoit  tous  les 
ans  à pareil_  jour.  On  l’a  pris  depuis  généralement 
pour  i infcriprion  qu’on  met  fur  les  tombeaux, 
tantôt  en  vers , tantôt  en  profe  , pour  conferver 
la  mémoire  des  défunts. 

Les.  grecs  mettoient  ^fimplement  le  nom  de  celui 
qui  étoit  mort , avec  l’épithète  éo/z /lomOTe  , bonne 
femme;  d ou  vient  i exprelEon  jruiEÔi,  faire 
bon,  pour  dire  , faire  mourir.  Les  athéniens  met- 
toient  feulement  ie  nom  du  mort,  celui  de  fon 
pere , & celui  de  fa  tribu.  Les  romains  ajou- 
wient  au  haut  de  leurs  épitaphes  ; aiis  manibus. 
Quelquefois  les  épitaphes  étoient  remplies  de  mo- 
ralités,  accompagnées  de  p'èces  de  Sculpture  8c 
d Architeéture  , qui  ne  fêrvoient  pas  feulement 
a ornement  aux  tombeaux,  mais  encore  d’inftruc- 
tion  à la  poftéîité,par  les  aétions  illuftres  qu’elles 
repréfentoient , & par  les  penfées  morales  qu’el- 
les exprimoienti 

ÉPITHALAME  , poëme  compofé  à l’occa- 
iion  d un  mariage  j chant  de  noce , pour  félicitef 
des  epoux. 

Le  mot  ephhülame  vient  du  grec  , 

& ce  dernier  , en  ajoutant  fignifie  chant 

nuptial:  en  elt  la  véritabic  ét>  mclogie. 

_ Or  les  grecs  nommèrent  ainfi  leur  chant  nup- 
tîsî  J psrcc  QU  ïls  sppcliojîînt  ^ l^spparcc* 

Pépoux  ; & qu’après  la  folemhité  du 
re..;n  ; 8c  lorfque  les  nouveaux  mariés  s’éroient 
retires,  iis  chantoient  Pépithalame  à la  porte  de 
cet  appartement. 

EPIl  HRICADIES.  Héfÿchius  ne  nous  a con- 
ferve  de  ces  fetes  d’Apollon,  que  leur  noiii 
feul. 

ÊPITRAGlia,  furnom  donné  à Vénus,  parce 
qu  elle  fe  changea  en  chèvre. 

Thefée  étant  près  d’aller  ea  Crète,  pour  tuer 
le  minoraure  fit  des  facnfices  à Apollon  & à 
Venus;  & 1 oracle  de  Delphes  lui  ordonna  ck 
prer.cire  Venus  pour  guide  , §e  de  lui  immolef 


E P O 

une  chèvre  fur  le  bord  de  la  mer , hauelle  fut 
changée  en  bouc  , dVjù  vient  le  furnom  Ëphragia, 
de  r:»yo;  , hircus  ; auiîî-tôt  la  déelTe  lui  apparut 
fous  la  figure  d’une  chèvre. 

ÉPITROPEj  forte  de  juge,  ou  plutôt  d’ar- 
bitre que  les  chrétiens  grecs , qui  vivent  fous 
la  domination  des  turcs,  choififfent  dans  plufieurs 
vihes  , pour  terminer  les  différends  qui  s’élèvent 
entr  eux  , & pour  éviter  de  porter  ces  différends 
devant  les  magiftrars  turcs. 

II  7 a dans  chaque  ville  divers  épitropes,  Spon 
remarque  dans_  fes  v'oy'ages  , qu’à  Athènes  il  y 
en  a huit  , qui  font  pris  des  differentes  paroiffes 
& appelles  vecckiardi  ^ c’eft-à-dire  , vieillards. 
Mais  Athènes  n’eft  pas  le  feul  endroit  où  il  y 
ait  des  epuropes  : on  en  trouve  dans  toutes  les 
jfles  de  1 Archipel.  Quelques  auteurs  latins  du  V'. 
fîècle  appellent  epitropi ^ ceux  qu’on  appelloit  plus 
anciennement  villici,  & qu’on  a dans  la  fuite 
appelles  vidâmes. 

Dans  des  temps  encore  plus  réculés , les  grecs 
empjoyoient  le  terme  iTTfr^û-ms  dans  le  même  fens 
que  les  latins  employoienr  celui  de  procarator ^ 
ceft-à-dire  que  ce  mot  déiîgnoit  chez  eux  un 
commiffionnaire  , ou  l’intendant.  Voye?  Procu- 
rât or. 

Ainfi  les  commiffionnaires  des  proviflons , dans 
les  armees  des  perfes , font  appelles  çpérropi  dans 
Hérodote  & Xénophon. 

EiioRij  facrebat^,  faifoit.  Ce  mot  accompagne 
fouvear  le  nom  d’un  fculpteur  , gravé  fur  des 
monumens  antiques.  Il  nous  apprend  ordinaire 
ment  que  le  fculpteur  nommé  a imaginé  & exécuté 
Ce  morceau  de  Sculpture.  Cependant  ils’efi  trouvé 
gravé  fur  des  copies. 

Deux  flarues  àt  fetyres  , trouvées  près  de  Gen- 
, fous  le  inoDticuie  appelle  drlonte  Cagnolo , 
étant^  de  meme  grandeur,  de  même  forme  enfin 
fembiaRcs  en  tout;  toutes  deux  font  donc  copiées 
d un  rneme  original , ou  l’une  , au  moins  , eff 
la  copie  de  1 autre  i Dans  ces  deux  cas,  leurs 
infcriptions  nous  montrent  qu’on  employoit  l’ex- 
preffion  EHOISI,  f a cimb  a pour  marquer 
que  J on  avo't  copie  des  ftatues  : ainfî  cette  ex- 
prefiion  n indique  pas  toujours  dans  le  fculpteur 
l'auteur  original  de  la  ihnje 
<3u  il  dit  avoir  faite. 

E P O N A , deeffe  qui  éîoit  chargée  du  foin 
des  chevaux.  Il  y en  a qui  la  nomment  Hippona, 
Elle  préfidoit  aux  haras  & aux  'écuries.  G'uter 
{§7.  6.)  rapporte  une  infcriptio.n  gravée  à l’hon- 
neur à^Epona, 

JÉPONGES.  Les  grecs  & les  fomains  » qui 


E P O ^^7 

ne  couvroient  pas  de  linge  leurs  tables  à manger  , 
les  lavoient  & les  effuyoient  avec  des  éponges. 

I!  y avoit  dans  les  amphithéâtres  un  endroit 
retiré , deftiné  aux  befoins  fecrets  des  gladiateurs. 
Senèque  ( epf.  70.  } raconte  qu’un  germain,  con- 
damné à combattre  jufqu’à  la  mort  centre  les 
bêtes,  fe  retira  dans  cet  endroit,  & enfonça 
dans  fon  gofier  un  bâton  garni  d’une  éponge,  def- 
tiné aux  befoins  des  gladiateurs.  Il  ne  trouva 
que  ce  moyen  d’échapper  par  une  mort  prompte 
aux  longs  fupplices  quii’atrendoient  fur  l’arène. 

ÉPONYîvŒS,  furnom  des  archontes  d’A- 
thènes. 

On  trouve  fur  les  médailles  des  femmes  qui 
ont  exercé  cette  charge.  ( Neumann.  ) 

L’ Archonte-Eponyme  donnoit  fon  nom  3 l’aa- 
née  j ce  que  fignifie  le  furnom  Éponyme. 

' EPOPEE,  mère  de  Marathon. 

ÉPOPÉE,  père  de  Nyâiimène. 

ÉPOPTES.  E'oyei  Mystères. 

EPOPTES , furnom  de  Neptune.  Ce  dieu 
avoit  près  de  Mégalopolis  , en  Arcadie  , un  tem- 
ple , avec  une  flatue  fous  la  dénomination  d’oè- 
fervateur^  eVojî-Çüf. 

Du  temps  de^  Paufanias  , il  ne  reftoit  de  cette 
flaitue  que  la  tête  feule.  ( Arcadie.  ) 

ÉPOQUE  des  médailles. 

Les  époques  font  les  dates  des  années  du  règne 
des  princes  ; ou  de  la  durée  des  villes,  foit  depuis 
leur  fondation , foie  depuis  quelque  événement 
remarquable , d’où  elles  ont  commencé  de  compter 
leurs  années.  Ces  époques  donnent  un  grand  mérite 
aux  médailles , à caufe  qu’elles  règlent  sj|rement 
!a  chronologie  ; ce  qui  fert  beaucoup  à éclaircir 
les  faits  hifiariques  C’eff  avec  leur  fecours  que 
Vaillant  a fi  bien  débrouillé  toute  l’hiftoire  des 
rois  de  Syrie,  où  les  noms  femblables  des  prmees 
font  une  grande  confufion  ; & c’ell  par-là  que 
le  cardinal  Noris,  célèbre  antiquaire  du  grand- 
duc  , a fait  tant  de  découvertes  utiles  dans  fon 
livre  de  épo.his  Syro-Macedonum. 

II  efi:  vrai  que  fur  ce  point  les  grecs  ont  été 
plus  foigneux  que  les  romains,  & les  derniers 
fiècles  plus  exacts  que  les  premiers  ; en  effets 
les  médai'Ies  romaines  ont  rarement  marqué  d’an- 
tre époque  que  Celle  du  confalat  de  l’empereur 
dont  elles  repréfeutent  la  tête,  & de  la  puiiîânce 
de  Tribun.  Or,  ni  l’une,  ni  l’autre  ne  font  affû- 
tées , parce  qu’elles  ne  fuivent  pas  toujours 
l’année  du  règne  de  ce  même  prince,  Sc  qus 


55 s E P O 

difScilement  Tannée  de  la  puiflance  de  Tribun 
répond  à celle  du  confulat.  La  raifon  en  eft  » cjue 
la  puilTance  de  Tribun  fe  prenoit  régulièrement 
d'année  en  année  ; au  üeu  que  Tempereur  n’étanr 
pas  toujours  Confal  ^ Tintervalle  de  l'un  à Tautre 
confuiatj  qui  fouvenr  étoit  de  pluueurs  années^ 
gardoit  toujours  Vépoque  du  dernier.  Par  exem- 
ple J Hadrien  eft  dit , durant  plufieurs  années  , 
Cos.  ÎIIj  de  forte  que  Ton  ne  fauroit  par- là 
faire  aucun  ordre  alluré  pour  les  différentes  mé- 
dailles qui  ont  été  frappées  depuis  Pan  de  Rome 
872,  que  ce  prince  entra  dans  fon  troifième 
confulat  J jufqu'à  fa  mort,  qui  n'arriva  que  vingt 
ans  après. 

Les  grecs  au  contraire  ont  eu  foin  de  marquer 
exaétement  les  années  du  règne  de  chaque  prince  , 
Se  cela  |ufques  dans  le  plus  bas  empire,  où  les 
revers  ne  font  prefque  chargés  que  de  ces  fortes 
ài époques  , fur-tout  après  Juftiriien. 

On  ne  parle  ici  que  des  médailles  impériales  j 
car  à l'exception  de  certaines  villes , toutes  les 
autres  que  Goltzius  nous  a données,  n'ont  point 
à’ époques  y & c'eft  ce  qui  embarraffe  extrêmement 
la  chronologie.  Pour  les  rois , Ton  y trouve  plus 
fouvent  les  époques  de  leur  règne  ; le  père  Har- 
douin , dans  fon  Antirrhétique , a publié  des 
îTiédailies  du  roi  Juba  , dont  Tune  marque  l'an 
32,  d'autres  Fan  36,  40,  42  & 45. 

Quelques  colonies  marquoient  auffi  leur  époque, 
comme  nous  voyons  dans  les  médailles  de  Vi- 
minacîum  , en  Msefîe  , qui,  fous  Gordien  qu'elle 
commença  , marque  un.  I.  IL  &c.  fous  Philippe, 
an.  Vil.  &c.  fous  Décius,  an.  XI. 

Or  le  commencement  de  ces  époques  doit  fe 
prendre , tantôt  du  temps  que  la  colonie  a été 
envoyée  , tantôt  du  règne  du  prince  à qui  elle 
étoit  foumife  alors  ; tantôt  du  règne  de  quelque 
autre  prince  qui  lui  avoir  fait  quelque  nouvelle 
grâce  j d'où  il  eft  arrivé  quelquefois  que  la  même 
ville,  telle,  par  exemple,  qu' Antioche,  s'eft 
fervi  de  différentes  époques,  à quoi  il  faut  faire 
«ne  attention  férieufe,  pour  ne  pas  confondre 
les  faits  dont  les  médailles  nous  ont  confervé  le 
fouvenir. 

Les  villes  grecques,  foumifes  à l'empire,  étoient 
jaloufes  d'une  épojae  particulière,  c'étoit  de  l'hon- 
neur qu'elles  avoient  eu  d'être  Néocores  , c’eft- à- 
dire,  d’avoir  eu  des  temples , où  s'étoient  faits 
les  facrifices  folemnels  de  toute  une  province  en 
l'honneur  des  princes  ; & d'avoir  fait  repréfenter 
des  jeux  publics , avec  la  permilïîon  du  prince , 
ou  du  fénat. 

Les  villes  demandoient  cette  permiffion  avec 
inftances  , & elles  croyoient  être  fort  honsrées 
quand  elles- pouvoient  i'obtènir  plus  d'une  fois  5 


E P O 


aufîi  voyons  nous  quelles  étoient  atfondves à 
conferver  la  mémoire  fur  les  médailles. 

Elles  marquoient  auffi  quelquefois  le  nombre 
des  années  du  règne  de  leurs  archontes , foù  le 
premier  archonrat , foitle  fécond,  &c.  On  trouve 
fur  une  médaille  de  Philippe,  frappée  à Hadria- 
noteros , AFX.  A , premier  archonrat  d’un  ma- 
giftrat  appelié  Socrate. 


Les  époques  des  empereurs,  c’eft-à-dîre,  îeç 
années  de  leur  règne,  font  marqnées  prefque 
toujours  fur  le  revers  , en  une  de  ces  deux  ina- 
n ères.  Quelquefois  en  exprimant  les  moty 
entiers,  ETOïc  Aekatot,  &c.  Plus  fouvent 
par  les  fimples  chifres  , & le  mot  abrégé  E.  ou 
ET.  A.  B.  prefque  toujours  par  le  lambda  antique 
L , qui  fignifie  , félon  la  tradition  des  antiquaires, 
Auy-atayTùç , motpcëtique,  & inufité  danslelan- 
gage  ordinaire  , mais  qui  veut  dire  anno,  & qui 
probablement  étoit  plus  commun  en  Egypte  que 
dans  la  Grèce , puifque  c'eft  fur  les  médailles, 
de  ce  pays  qu'il  fe  trouve  toujours.  Nous  avons 
cependant  un  Canope  au  revers  d'Antonin  , avec 
ETO r c.  B. , comme  nous  avons  du  même  empe- 
reur , fur  un  revers,  l.  enatot,  & plufieurs 
autres  ( Patin.  ) avec  les  limples  chifres  L.  z.  l. 
H.  L.  I r,  chargés  de  la  figure  de  l'équité  , de 
la  tête  de  Sérapis  , & d'un  dauphin  entortillé 
autour  d’un  trident. 

Les  époques  des  villes  font  communément  ex- 
primées par  le  fimple  chifre,  fans  e.  ni  l.,  & 
le  nombre  le  plus  fcible  eft  ordinairement  pofé 
le  premier  ; ainfi  dans  les  médailles  d’Antioche  , 
44  eft  marqué  AM,  & non  MA.  Dans  une' mé- 
daille de  Pompeio  - polis,  qui  a d'un  côté  la 
tête  d’Aratus,  & de  î’autre  celle  de  Chryfippe  , 
©.  K.  c.  au  lieu  de  c.  K.  e.  225,  &c. 

Dans  le  bas-empire  grec,  les  époques  font  mar- 
quées en  latin  , anno  111.  V.  &'  VII.  &c.  Depuis 
Jaftin  jufqu'à  Théophile,  elles  occupoiént  le 
champ  de  la  médaille,  fur  deux  lignes  du  haut 
en  bas  , comme  dans  Juftin  : 


Dans  Juftinien , 


A 

4- 

N 

N 

1 ^ 

0 

J-IIL 

Ainfi  dans  les 
autres.  Il  y en 


Kyu.  1 ufiéiu  cjLi  ccTu  iur  iC  nauL  uu 

hamp  de  la  m^ailîe , comme  dans  Focas  8c 
[ps  Héraclius.  Depuis  Théophile  l’on  ne  trouve 
nus  â époques , ni  grecques  , ni  latines. 

La  plupart  des  années  de  rois , marquées  fur 
es  œédaÙies , ne  commencent  pas  à courir  du 


E P O 

jour  où  les  princes  font  montés  fur  le  trône } 
f année  dans  laquelle  cet  événement  eft  arrivé, 
eft  ordinairement  comptée  pour  la  première  du 
règne,  quand  même  le  prince  n^avoit  régné  que 
pendant  un  ou  deux  mois  de  cette  année.  On 
compte  une  fécondé  année  au  premier  mois  de 
Tannée  qui  la  fuit,  &c. 

Le  cardinal  de  Ncris , dans  fa  lettre  fur  une 
médaille  d’Hérode  Antipas,  fait  remarquer, 
d’après  Kepler  & Pérau,  que  les  juifs  comp- 
toient  les  années  de  leurs  fouverains  du  mois  de 
Nifan,  qui  précédoit  Tavénement  de  ces  princes 
au  trône  5 de  forte  qu’ils  comptoient  une  fécondé 
année  au  i.  de  Nifan  fuivant,  quelque  peu  de 
tciiips  qu’ils  cu-T^nt  régné  auparavant.  Il  le  prouve 
par,  un  paffage  de  Jofephe,  qui  ne  fouffre  point 
de  difhculcé..  LeTalmud  eii  formel  fur  cet  ufage; 
■prima  aies  Nifan , y efl-il  dit  , ejl  novus  annus 
regum.  Annus  iUe  -efl  à qüo  rrj.m.zrars  £r  f-ppuîare 
irpcipiehant  annos  regum  fuorum  in  contraciihus , 
ckirograpkis  publicis  omnibus  iufirumentis  & di- 
piomatibus  qui  ad  annos  Ù menfes  regis  regnantis 
compombantur.  On  voit  auffi  par  le  même  livre 
& par  d’autres  monumens  J comme  le  prouve 
Samuel  Petit,  que  les  juifs  comptoient  les  années 
des  empereurs  & des  autres  princes  étrangers , 
du  mois  Tifri,  qui  avoir  précédé  leur  avènement, 
quand  même  il  ne  fe  feroit.  écoulé  que  quelques 
mois  & même  un  feul  jour.  C’eft  à î’aide  de  ces 
principes  qu’on  peut  expliquer  les  dates  d’années 
des  princes  juifs  , qui  fe  trouvent  fur  les  médail- 
les de  Philippe  le  Tétrarque,  d’He'rode,  rai.de 
Calcide , d’Hérode  Antipas,  d’ Agrippa.  I.  & 
d’Agrippa  le  jeune. 

Les  égyptiens , dit  Tabbé  Bellei , qui  nous  fert 
ici  de  guide,  fuivoient  aufli  Tufage  particulier  de 
compter  une  nouvelle  année  de^ègne  au  Thoth , 
ou  premier  jour  de  leur  année  civile  ( 29  août  ) ; 
en  forte  qu’ils  comptoient  une  fécondé  année  au 
Thoth  , qui  oavroit  une  année  nouvelle,  quand 
le  prince  n’avoir  régné  que  peu  de  tems  aupara- 
vant. Le  P.  Pagi  {ad  an.  6^.  n.  3.  ) a obfervé 
que,  fans  cette  méthode,  on  ne  peut  expliquer 
la  date  d’une  fecorî,de  année  de  Galba,  ni  la 
cinquièine  année  d’Elagabaîe,  gravées  fur  des 
médailles  égyptiennes.  C’eft  par  la  même  mé- 
thode que  le  baron  de  laB.'.ftie  expîique  la  huitième 
année  , L h , dé  ' l’empereur  Probus  , far  des 
médailles  frappées  en  Egypte. 

Le  cardinal  de  Noris  a prouvé  que  les  habitans  ‘ 
-d’Antioche  & de  Laodicée,  en  Syrie , comptoient 
de  même  une  nouvelle  année  de  règne  au  com- 
mencement de  leur  année  civile.  Amenfe^àquo 
annum  ordiebantur,  n-amerârunt  , quod  & de  annis 
imperii  Juin  Cafaris  Antrockenfes  ac  Laodicenfes 
fecïfe  in  volumlne  de  annis  Syro-Macedonum  de- 
monjîravi. 


E P O 


$S9 


Tel  étoit  auflî  Tufage  de  la  ville  deTyr.  Trajan 
fut  adopté  par  Nerva , créé  Céfar , & revêtu 
de  la  puiflance  tribanitienne  le  18  de  feptembre 
de  Tan  97  de  J.  C.  Le  1 9 oétobre  du  mois  fui- 
vant,  premier  jour  de  Tannée  civile  de  Tyr,  les 
habitans  comptèrent  la  deuxième 
du  règne  de  ce  prince  ; & le  19  octobre  de 
; Tan  116  J ils  comptèrent  la  21'.  année,  KA. 
Sans  cette  connoiffance  , on  ne  pourroit  concilier 
les  monumens  avec  la  durée  du  règne  de  Irajan  , 
qui  ne  fut  pas  de  20  ans  complets. 

Ajoutons  Tufage  particulier  de  la  ville  de  Sé- 
ieucie,  près  des  bouches  de  TOrente.  Nous 
avons  vu,  dit  Tabbé  Bellei,  dans  le  cabinet  de 
Tabbé  de  Rotheiin  , un  beau  médaillon  , frappé 
par  les  habitans  de  cette  ville  , en  Thonneur  de 
Galba  , la  2'.  année  de  fon  règne  , E T o T s, 
NEOï  lEEOï  B.  Galba  ii’avoit  régné  que  neuf 
mois  & treize  jours  , à compter  reême  du  3 avril 
de  l’an  é8 , jour  auquel  il  fut  proclamé  Augulle, 
en  Efpagne,  du  vivant  de  Néron,  ou  fept  mois 
fept  jours , fi  Ton  compte  de  la  mort  de  Néron  , 
vers  le  12  juin  de  la  même  année  68.  Galba  fut 
tué  à Rome  le  ly  janvier  69.  Les  habitans  de 
Séleucie  comptèrent  donc  une  2^.  année  du  règne 
de  ce  prince , au  commencement  de  leur  année 
civile,  c’ell-à-dire , à l’automne  qui  fuivit  fan  avè- 
nement au  trône,  Voye^  Année  , Ere. 

EPOTIDES.  C’étoient  deux  poutres  fixées  à 
la  proue  des  vaifieaux  aux  deux  côtés  de  Tépe- 
ron,  pour  défendre  le  bâtiment  du  choc  des 
vaiffeaux  ennemis. 

ÉPOUSES  grecques. 

On  voit  fur  un  bas-relief  de  la  villa  Borghèfe  , 
encaltré  dans  la  façade  au-deffous  de  la  corniche, 
les  noces  de  Licus  &'de  JJkcé.Uépoufe  z la  tête 
voilée  d’un  pan  de  fon  manteau  {pallium'),  ou 
■d’un  voile  que  les  romains  appeilo!ent._^ÆOT;?i£a;?î. 
Apulée  ( Métamorpk.  ) & Piaute  ( Cafina.  aB,  4, 
feena  2.  ) donnent  aux  époux  & aux  époufes  des 
couronnes  de  fleurs,  Vépoufe,  en  Béotie  ( Plu- 
tarch.  ) mettoit  une  couronne  de  feuilles  d’afperges 
iau-deffus  de  fon  voile  : on  ne  diftingue  pas  clai- 
rement de  quelle  forme  eft  i’efpèce  .d’habit  ou 
:de  manteau  que  porte  Y époux,  à caufe  de  Téioî- 
qnement  du  petit  bas-relief.  La  vieille  femme 
iplacée  à côté,  eft  probablement  la  nourrice, 
pdEqu’anciennement  les  filles  en'étoient  toujours 
accompagnées.  Au  refte,  les  habiliemens  8c  les 
cérémonies  ont  du  varier  chez  les  différens 
peuples  de  la  Grées.  P.tr  exemple  , chez  les  béo- 
tiens & les  lociiens,  les  fiancées  { PLutarch.  ) 
offroient  des  facrifices  fur  un  autel  d’Encléa  ou 
Diane,  placé  fur  la  grande  place  j & àDeiphes 
oh  préfe.htoit  une  coupe  remplie  de  vin , dans 


S6o  E P T 

laquelle  l’époux  & Yépoufe  buvoient  après  avoir 
fai:  des  libations.  Il  peut  y avoir  eu  ailleurs 
d’autres  formalités , fcit  avant  ^ foit  après  le  ma- 
riage. On  accompagnoit  Vépoafe  avec  ries  torches  5 
elles  étoient  au  nombre  de  cinq  chez,  les  romains. 
La  torche  nuptiale  étoit  portée  par  la  mère  de 
Yépoufe,  ou  par  une  de  fes  proches  à fon  défaut. 
Les  parens  & les  amis  la  conduifoienr,  au  fon  des 
inftrumens  ^ à la  maifon  de  fon  époux.  La  maifon 
étoit  ornée  de  branches  de  lauriers  & de  feftons. 

Epouses  romaines. 

Uépoufe  (^Vetronlus  & Taciti  annales  lib.  I j ) 
avoir  la  tête  couverte  d’un  voile  zçy)t\\é  fiammeum. 
( Voye:^  un  bas-relief  du  palais  Jaftiniani.  ) La 
forme  de  ce  voile  eft  douteufe,  le  mot  velamcn 
étant  générique.  Pline  ( Ub.  ii.  cap.  8.)  dit 
qu’anciennement  le  fiammeum  étoit  de  couleur 
jaune  ; par  le  mot  anciennement , il  faut  entendre 
que  cet  Ufage  d’employer  la  couleur  jaune  n’exif- 
toit  plus  du  temps  de  Pline. 

Selon  SoîériuSj  cette  couleur  fut  remplacée 
par  le  blanc  & par  le  pourpre.  ( de'pileo, 

c&terifque  capitis  tegminibus , ^c.  fol.  10 y.) 

Les  cheveux  de  la  nouvelle  mariée  étoient  par- 
mgés  ( Plutarchus)  ce  jour-là  avec  la  pointe  d’un 
javelot , en  mémoire  des  combats  livrés  lors  de 
1 enlevement  des  fabînes.  léépoufe  portoît  une 
couronne  (Valère-Maxiras)  de  verveine^  & étoit 
conduite  chez  Y époux , précédée  de  cinq  torches 
de  bois,  félon  Pline  ( lïb.  j6.  cap.  18.),  une 
defquelles  étoit  diftinguée  comme  la  principale. 
La  maifon  étoit  ornée  en  dehors  de  guirlandes 
êc  de  feftons. 

EPPJA , famille  romaine  dont  on  a des  mé- 
dailles. 

RRR.  en  aident. 

RRR.  en  bronze» 

O.  en  or. 

EPRIA,  famille  romaine  dont  on  a des  mé- 
dailles. 

HRRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent.' 

EP  A APHONE,  nom  d’nnportique  delà  ville 
a Ulympie  dans  lequel  on  avoit  ménagé  un 
écho , qui  repétoiî  la  voix  fept  fois  de  fuite.  II 
y a grande  apparence  que  l’écho  fe  trouva  là 
pr  hafard  & qu’enfuite  les  grecs,  grands char- 
tatans , en  firent  honneur  à l’art  de  i’architeaie. 


E Q ü 

ÈPTONÏE , mère  de  Tmolus.  V.  Tmolus. 

Ees  romains  donnoient  ce  nom 
aux  citoyens  que  1 on  invitoit  au  repas  facré, 

ÉPÜLONS,  miniftresfacrés,  établis  chez  les 
romains,  pour  préparer  les  feftins  facrés  dans  les 
jours  folemnels  ; ces  feftins  n’étoient  que  pour 
les  dieux.  Les  épulons  avoient  le  privilège  déporter 
la  robe  bordée  de  pourpre,  comme  les  pontifes, 
& d etre  exempts  de  donner  leurs  filles  pour 
être  veftales.  Iis  furent  établis  l’an  de  Rome  yyS. 
{Liv.lih.  Leur  nombre  varia.  Ils  furent 

d’abord  trois,  puis  fept,  enfuite  dix. 

EPULUM , repas  facré  des  romains.  Voye:^ 
Repas. 

ÉPYTüS , fils  d’Hippothoüs.  Fbyeç  Ogoa. 

Épytus  , fille  - de  Msrope  , fuivant  Paufanîas.. 

Épytus,  pète  de  Lyncée.  Hippius. 

ÉQUESTRE  ( l’ordre  ) étoit  l’ordre  des  che- 
valiers. yoyei  Cheyaliers. 

f 

Equestre.  I!  y avoir  à Rome  une  ftatue 
équefre  de  la  Fortune  ; ce  qui  la  fit  appeller  la 
Fortune  équeftre.  Sut  les  bords  de  l’Altis,  à Olym- 
pie,  on  voyoit  les  autels  de  Junon  équeftre,  is, 
Neptune  équefire  , de  Mars  équeflre  , & de  Mi- 
nerye  équefire.  ( Paufan.  Lib.  y.  ) Muraton  ( Thef. 
infcr.  6xC.  1 ) rapporte  une  infeription  dans  la- 
quelle il  eft  fait  mention  d’un  jeu  ,‘agon , célébré 
en  l’honneur  de  Jupiter  équefire. 

EQUESTRIA.  On  défignoit  par  ce  mot  les 
quatorze  gradins  de  l’amphithéâtre  , affeétés  à 
l’ordre  équefire  par  Rofcius  Otho.  Les  écrivains 
latins  ont  défigné  quelquefois  par  le  feul  mot 
quatuordecim , ces  gradins  qui  diftinguoient  les 
chevaliers  du  fénat  & du  peuple.  ( Senec.  benefic. 
l.  y.  c.  9.) 

ÉQUIRIES , nom  d’une  fête  de  l’ancienne 
Rome. 

Eqairta.  Les  équirles  étoient  la  fête  des  che- 
valiers. Elle  fe  célébroit  par  des  courfes  de  che- 
vaux. "Varron  & Ovide  en  parlent,  celui-ci  dans 
fes  faites,  L.  IL  y.  Sfy;  & celui-là  dans  fon 

L.  de  lingu.Y.  Varron  dit  qu’on  la  célébroit 
dans  le  champ  de  Mars,  & Ovide- marque  que 
c etoit  le  27'.  jour  de  février.  Feftus  ajoute  qu’elle 
fut  inftuuée  par  Romulus  à l’honneur  de  Mars.  , 
Les  equiries  S appello.’ent  autrement  jeux  curules, 
ludi  curules.  Ovide,  dans  fes  faftes,  L.  IIÎ- 
517,  parle  encore  d’autres  équirles,  qui  fe  célé- 

brokns 


E Q ü 

broienr  quinze  jours  plus  tard , la  veille  des  ides 
de  mars  j cVit-à-dire,  le  14  de  ce  mois  , far  le 
bord  du  Tibre  ^ à Tendroit  où  eil:  aujourd'hui 
la  place  Navone,  & non  dans  un  cirque  parti- 
culier, comme  quelques  auteurs  r ont  imaginé. 

Lorfque  le  Tibre  inondok  le  champ  de  Mars  ^ 
on  cé'ébroit  les  équiries  fur  le  mont  Coé.ms. 
Ovide  ( Faji.  III.  521.)  ; 

Qui  t amen  ejeSa  Ji  farte  tensiitur  unda , 

Co’élius  esciviet  puLyerulentus  ecuos. 

ÉQUITATION.  Uhiitorique  de  cet  article 
fe  trouve  dans  le  dictionnaire  hülorique. 

Sur  une  pierre  gravée  du  baron  de  Stofch  ^ 
en  voit  un  cheval  qui  porte  en  avant  les  deux 
jambes  du  même  côté.  C'eft  ainfî  que  marchent 
les  chevaux  de  Caftor  & de  PoHux  au  capitole; 
les  quatre  chevaux  antiques  de  bronze , qui  font 
fur  le  portail  de  Téglife  de  S.  -Marc  à VenifCj 
te  le  cheval  de  la  flariie  équeilre  de  Nonsus  Balbus 
à Portici.  On  a donné  la  même  allure  aux  che- 
vaux dans  quelques  ouvrages  faits  vers  le  temps 
de  la  renaill’ancc  des  arts  ; tels  font  entf autres 
les  figures  équeilres  de  deux  capitaines  de  la 
république  de  Florence,  qui  font  peintes  au  dôme 
de  cette  ville. 

Ce  netoit  pourtant  pas  la  manière  confiante  de 
faire  marcher  les  chevaux  des  anciens.  Le  cheval 
de  bronze  de  Marc-Aurèle^  le  cheval  du  même 
empereur,  en  bas-relief,  à l'arc  de  triomphe  qui 
porte  fon  nom  , tous  ces  chevaux  portent  en  avant 
une  jambe  de  devant  & une  jambe  de  derrière 
des  côtés  oppofés,  comme  les  loix  de  la  Mé- 
chanique  y obligent  tous  les  animaux , afin  qu'ils 
marchent  avec  fermeté  & sûreté. 

On  trouve  fur  plufieurs  pierres  gravées  des 
cavaliers  qui  mentent  à cheval  du  côté  droit  : 
ainfî  ce  ne  feroit  point  une  faute  que  feroit  un 
arrifte  , û dans  un  fujet  des  temps  héroïques  ii 
plaçoît  des  cavaliers  vers  le  côté  bas  du  montoir. 

Les  cavaliers,  dans  les  jeux  publics , fe  ferroient 
Je  corps  avec  des  bandelettes , pour  foutenir  la 
vîteiTe  de  la  courfe.  On  voit  diilinélement  ces 
bandelettes  fur  une  calcédoine  de  Stofch. 

On  favoit  que  les  anciens  ne  fe  fervoient  pas 
d’étrier  j mais  on  ignoroit  comment  iis  y fup- 
pléoient.  Winckelmann  nous  l’a  montré  d’après 
une  pierre  gravée  du  baron  de  Stofch  , fur  laquelle 
on  voit  un  cavalier  qui  monte  à cheval , mettant 
fon  pied  droit  fur  un  crampon , placé  à une 
certaine  hauteur  de  terre  vers  le  bas  de  fa  pique. 
Cette  pierre  éclaircit  en  même-temps  un  pafTage 
de  Xénophon  ( de  equitam  c.  7.  §.  i.  ) qui 
avoir  toujours  été  mal  interprêté.  Il  dit  que 
le  cavalier  voulant  montçr  à cheval , doit 
Antiquités  J Tame  11. 


E R A J (7 1 

empoigner  de  la  main  gauche  les  branches  du  mors  ; 

mais  qj’ii  doit  obferver  de  ne  pas  les  faifir 
” avec  trop  de  roideur,  de  peur  qu’ccanc  obligé, 

ou  de  fe  prendre  aux  crins  pour  s’élever,  ou 
” de  s’élancer  de  la  pique  pour  monter,  il  ne 

faffe  remuer  le  cheval». 

Monter  à cheval  à l’aide  de  la  pique  , fe  dit 
en  grec  és-o'  dmrrr.o&t , cu’d  ne  faut  pas 

confondre  avec  irri  S'iou.  Cette  phrafe  étoir  une 
' expreffion  c ii  aire  5 r,>.l<ns  irri  éopo  fiqnifioit  un 
moinement  à ia  droite,  que  l’on  appelioit  ainfî 
à caufe  de  la  pique  tenue  de  cette  main.  KAjAî 
trrl  fîgni.fioit  la  manœuvre  à la  gauche  ; 

car  on  portoit  le  bouclier  de  cette  main. 

ÉQUITÉ,  nom  d'une  divinité. 

Æquitas.  Martianus  Capeila,  L.  IL  n’en  fait 
qu’une  de  Thémis  & î’*  VEqurié.  Confeülère  & 
miniftre  de  Jupiter , elle  porte  une  balance  en 
main , & des  épis  de  blé  en  l’autre.  Pindare  , 
ode  13,  des  olympioniques,  dit  cu’Eunomie  , 
Dicé  & la  Paix  font  filles  de  '{Equité.  Et  Germa- 
rdeus  Céfar  , dans  fa  traduction  du  poème d’A- 
ratus  , dît  qu’Héfxode  la  fait  fille  de  Jupiter  & 
de  Thémis;  qu’elle  s’appeÜoir  piemiérement  Jujîa, 
puis  Jujiitia , &r  que  Nigidius  l'appelle  v'irgimm 
jufiam,five^  aqu'uatem  ^ qui  n’eft  autre, 
ue  cette  Érigone , qui  eft  placée  dans  le  zo* 
iàque  entre  le  lion  & la  balance. 

EQUULEUS.  Voyei  Chevalet, 

ERADÆ  J dans  l’Attique.  e?aa. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  î 

RRRR.  eft  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

KPAIA , fêtes  qui  étoîént  infrituées  en  l’honneur 
de  Junon.  Il  en  eft  fait  mention  fur  une  mé- 
daille de  Philippe , père , frappée  à Tyr,  publiée 
par  Pellerin. 

ÉRANARQUE , nom  d’office  chez  les  grecs  : 
celui  qui  préfidoit  aux  aumônes  des  pauvres. 
Eranarcha.  Quand  quelqu'un  chez  les  grecs  étoit 
réduit  à l'indigence,  qu’il  érc'it  captif,  ou  qu'il 
avoit  une  fille  nubile  q à laquelle  il  ne  pouvoir 
trouver  d'établiffement , faute  de  ’oien  , il  y avoit 
un  magiftrat , ou  officier  public , qui  faifoit  une 
affemblée  d’amis,  & les  taxcit  chacun  fes  fa- 
cultés , pour  fubvenir  à la  néceffité  de  celui  qu’on 
en  vouloir  tirer.  Csc  officier  s’appelloît  Eranarque, 
du  mot  grec  £P*v«î  , aumône ^ contrihtaion  ; Sc 
commandement , intendance . C’eft  ce  que^  nous 
apprend  Cornélius  Nepos,.  dans  la  vie  d’Epami' 
noadâs,  c.  y. 

B b b b 


S6z  ERE 

ÉRARIAîRE  ( nu^iéralre.)  As-ITHMÉ- 

TiquH  des  romains. 

ÉRATO.  La  mufe  É:^:o  préïldoit  aux  pR'ürs 
des  noces.  {Sckoliafi.  ApoUorz.  Argonaut/Hb.  5. 
V.  I . ) Elle  efr  figurée  fur  les  rriédailles  de  ia  fa- 
ï-aiüe  FoiTiponia  , par  une  tête  couronnée  de  lau- 
rier , derrière  laquelle  eft  placé  le  archet 

de  la  lyre.  Ou  voit  au  revers  h lyre  pofée  fur 
une  colonne. 

Dans  les  peintures  d’Herculanum  > elle  tient 
une  lyre^  fur  le  marbre  de  rapothéofe  d’Homère, 
elle  danfe.  Elle  feule  porte  une  lyre  fur  le  fir- 
cophige  du  Capitole  J où  font  repréfentées  les 
îT.ufes. 

Érato  préiîdcît  à la  FEilofophie  , & Phurnutus 
rapporte  les  étymologies  les  plus  frivoles  de  fon 
nom , pour  faire  aüufî  >r.  à cette  fcience.  Peut- 
être  qu’une  ailufion  auffi  légère  i’a  fait  préüder 
à la  Poéfie  érotique,  en  dérivant  fon  nom  ^tto 
tS  isairù;  , de  l’amour. 

Érato  eft  auüî  une  des  cinquante  Néréides. 

Érato  , dryade , femme  d’Arcas , fils  de  Jupiter 
& de  Caliilo.  Elle  en  eut  trois  fils. 

ERCEUS  ( Jupiter  ).  F'oyei  Herceus. 

ÈRE.  Voye:^  à leurs  articles  particuliers.  Vire 
eccléfiafiique  d^Alexandrie , Vire  eccîéuaiiique 
d’Antioche,  Vère  de  Confîantinople  , Vire  des 
féleucides  ou  des  grecs  , Vire  céfarienne  d’Antio- 
che J Vère  d’Efpagne , Vére  de  Dioclétien  ou  des 
martyrs.  Vire  de  l’Hégire,  Vère  d’Abraham,  Vère 
de  Nabonaffar , Vère  de  Tyr  , Vère  de  Jales- 
Céfar  ou  julienne,  Vère  aciiaque , Vére  de.i’aP 
cenfion  , Vère  des  arméniens  , Vère  gélaléenne  , 
ou  Vère  d’Ifdégerde  , Si  Vère  de’ Malek-Schah- 
Dgélaleddin,  l’èri.  mQndaine.des  juifs  modernes. 

Eres  gravées,  fur  les,  médailles  : 

Ere  d’xAbila,  en  Syrie,  date  de  Père  de  Pompée, 
commençant  l’an  690  de  Pioine.  ( BelUy.  ) 

Adada V'oyei Pa-MPHylie',  &c. 

Ère  d’Adana  , en  ’Cilicie,  appeîlée  auffi  An- 
tioche far  le  s aras -J  date  de  Pan  755-  de  Rorne. 

( Belky.)  ■ ■ y — 

Ere  d’Æges,  en  Cilicie-,  commence  Pan  707 
de  Rome.  ( Pellerin.l) 

Ère  d’AIexandre-!e-Grand , date  de  ia  défaite 
ce  Darius,  Pan  421  de  Ro'me.' 

^Ere  d’A.Iexandne:i.près  d’iiTus.eh  Cilicie  ^pror 
cède  de  Pan^s87  ‘is  Rome..  ( Vèaiilant.) 

Ère  d’Amafie,'-dàre‘  de  Pa^'*de  Rome' Tir?; 
{BelUy.). 


ERE 

Ère.  d’Amuffis  du  Pont,  commence  à Pan  7^ 

de  Home,  ( rfàcnn,)  , ^ 

Ère  d’Anazarbe,  date  de  Pan  -5,-  de  Rome. 
( BcLcy.  ) 

....  .Année  facjée  des  peuplés  d’Orient , étoi: 
leur  année  civiie,  a caufe  de  la  folemnkédes  facri- 
fices  qu:  en  confacroient  le  commencement 
( Bdley.  ) 

Année  nouvelle  facrée  des  peuples  d’Orient, 

étoiî  la^folemnitéanniverfaire  de  PaVénement  des 
princes  à l’empire.  ( Ibid.  ) 

A^nnie  nouvelle  première  àts  romains  , étoit 

le  jour  de  Pavénement  des  princes  , en  quelque 
mois  de  l’année  qu’il  arrivât.  ( Ihid.  ) 

Ère  I-'’.  d’Antioche  fur  l’Oronte  , en  Syrie , 
eft  Père  de  Céfar;  & la  IF.  eft  Père  d’Ausefie. 
( PelUrin.  ) 

Èie  d’A.ntioche  près  de  PHippus,  procède  de 
Pan  690  de  Rome. 

Ère  d’Apamée  , en  Syrie  , eft  celle  des  féleu- 
cides. 

Ère  d’Aradus,  en  Phœnicie  , procède  , fuivant 
Noris  & Vaillant,  de  Pan  de  Rome  495. 

Ère  d’Aréthufe  5 en  Syrie,  procède  de  l’an 
68)  de  Rome.  ■(  Noris.  ) 

Argos,  frontière  de  Pamph3die  & de  Cilicie  - • • . 
Foyei  Pamphylie  , &c. 

Ère  double  d’A,fcalon , commence  la  I-'.  à 
Pan  5)0  de  Rome,  8c  la  IF.  à Pan  696  de 
Rome.  ( Pellerin.  ) 

Aifpendus Pa?.îphylie  , &c. 

Attaiia. . . .'.  Vàyei  Pampkyx'ie  , &-c. 

Ère  d’Augufta,  en, Cilicie,  com.mence  à Pan 
de  Rome  77). 

Ère  d’Augufte , date  de  la  vicfoire  éiAcîium  , 
l’an  de  Rome  723. 

Dates  fur  des  médailles  de  Marc  - A.urèle , 
partent  du  règne  _d’Antonin-Pie  , fon  père  adoptif. 

Ère  de  Bâlanée^  Syrie  , date  de  l’an  de  Rome 
630.  ( BelUy.) 

. Ère  de  Bcryte  , procède,  de  Pan  1 15  des  féleu- 
cides , 297  avant  J.  C.  ( Lièhe.  ) 

Ère  de  Bkhynie , commence  à l’année  472  de 
Ptome  ( Beiley)-,  à Pan  474  de  Rome,  feion 
Haym,  qui  paroît  moins  bien  fondé. 

, Ère  des  xo:'s-:du.Bofphore.,;daîe  de  Pan  4,) 7 
de;Rpme.  .0'  - .i  ' ; ■ . .•  ' 

Eré'd.e-Éoftr'ÿ]' en  Arabie,  daté  de-  Pan  8)95 
’ itr'},  C.- icf.  ’ 


ERE 

Ère  de  Botr>'S,  procède  de  Tan  de  Rome  705. 

( Non  s.) 

ÈredeByb'aSj  procède  de  Tan  754  de  Rome. 

(■  No  ris.  ) 

Ere  de  Canathaj  dans  la  Céiéfyrie  , date  de 
Tan  de  Rome  690. 

. Ère  de  Capïtoüas,  en  Céléfyriej  procède  de 
Tan  de  Rome  838.  ( Noris.  ) 

Dates  fur  des  médaiües  de  Caracalla,  partent 
du  temps  où  il  fut  déclaré  Augufte,  ou  du  com- 
meccement  du  rèane  de  Sept.  Sévère , fon  nère. 

( Pellerin.  ) . , _ 

Ère  de  Carthage , finit  ia.6  ans  avant  J.  C. 

Ère  de  Céfar,  date  de  yoS  de  Rome. 

Ère  de  Céfarée  du  Liban  j ell  celle  des  féleu- 
cides.  ( Pdlerin.  ) 

Ère  de  Céfarée  de  Philippe,  en  Phœnicie, 
eft  celle  d"A!exandre-le-Grand  , & procédé  de 
Tan  42.1  de  Rome.  ( PeUerin.) 

Ère  de  Chalcis,  en  Çéiéfy rie  procède  de  Fan 
845’  de  Rome.  (Noris.) 

Ère  de  Cibyre  de  Pbrygie,  date  de  Fan  de 
R.ome  770. 

ColybrafTüs ESy-q  Pamphylie  , Src.  ' 

Ère  de  Gommagène  , en  Syrie,  • procède -de  ^ 
l’an  824  de  Piome.  ( JV'or;h.  ),  y 

Dates  fur  des  médail'es  de  Commode , .partent 
du  règne  de  Marc-Aurèle , fon  père.  ( Pelierin.) 

Coracefium p"oyei  Pampkylie  , &c. 

Ère  de  Corinthe , devenue  colonie  romaine  , 
procède  de  Fan  710  de  Rome.  ( Vaillant.) 

Dates  fur  des  médailles  de  Crifpine , partent 
du  commencement  du  règne  de  Sept.  Sévère. 

( Pelltrin.  ) , 

Ère  de  Cyrrhus,  efi:  celle  des  féleucides.  . 

Dates  fur  les  médailles  de  la  Dace  , font  les 
années  de  Philippe. 

Ère  de  Damas  fefl:  celle  des  féleucides.  ( AWA.)  ■ 

Ère  de  Diofpolis  , en  Paleftine  , procède,  de 
l’an  de  Rome  846.  ( Vaillant.  ) . 

Ère  de  Dium,  dans  la  Céléfyrie,.  date  de  Fan 
de  Rome  690.  ( Belüy.  ) 

Ère  de  Dora  , en  Phcenicie,  procède  de  Fan  de 
Rome  690,  ère  de  pompée. 

Ere  d’Edeffe  , eft'  celle  des  féküciâeL  (Nôrisl)  ■ 

Dates  fur  les  médailles  des  rois  d’Egypre,  font  , 
des  années  de  règne.  ( Pdkrir.)-  • • 


ERE 

Ère  d’Emèfe  , eft  celle  des  féleucides.  ( Noris.) 

Ère  d’Éphèfe,  procède  de  Fan  130  avant  Fère 
vulgaire , 624  de  Rome , où  elle  fut  réduite  en 
province  romaine.  ( Le  Blond.  ) 

Ère  d'Epiphanée  de  Syrie  , date  de  Fan  de 
Rome, 690.  ( Bdley.) 

Ère  dlÉpiphanée,  en  Cilicie,  date  de  l’an  de 
Rome  790.  ( Belley.  ) 

Ère  de  Fîavio-polis , en  Ciücie  , procède  dé 
Fan  de  Rome  817-  ( Pellerin.  ) 

Ère  de  Gaba  , en  Phœnicie  , procédé  de  Fan 
ce  Rome  693. 

Ère  de  Ga'bala,  en  St'^rie,  eft  celle  de  Jules4 
Céfar.  ( Noris.  ) 

Ère  de  Gadara  de  Paleftîne , eft  celle  de 
Pompée. 

Ère  de  Gadara  de  Pérée  , eft  celle  de  Pompée. 

Ère  -de. Gaza,  procède  d.e.  Fan  693  de  Rome. 
( Noris.  ) 

Ere  de  Germanîeoplolis  f en.&phlagoçiej  date 
de  Fan  747  de  Rome.  ( Bddey.  ) 

Èré  des  grecs , qui  diftère  d’une  . année  de 
Celle  des  féleucides,  date  de  Fan  '311  avantJ.C. 
441  de  Rome. 

Ère  d’Hadtianopolis.,  en,  Thrace,  procède  de 
Fan  885  de.-Jlome.  ( Vaillant.  ) 

- Ère  dèHiéndcéfarée.»  en  Lt'die  > procède  de 
Fan  de  Rome  779.  ( Vaillant.  ) 

Ère  d’H'yrcaîée  , en  Phfygie,  date  de  Fan  de 
Rome  365.  ( Beiley.  ) 

J.  c.  eft  né  en  734  de  Romej  & c’eft  de  là 
que  procède  Fère  vulgaire. 

' Ere  dTliunj  procède  de  l’an  de  Rome  67.3  i 
"(  Vaillant.  ) 

Ère,.dlrénopolis  , eu  Güeie  , procède  de  Fan 
de  Rome  S03.  ( Vaillant,  ) 

Ère  de  Juba  ,1 , eft  celle  de  fon  règne,  Sc  date 
de  Fan  de  Rome  ééS.  . 

_■  JI,  éft  celle  de,  fon  règne,  & 

date'  de  ‘Fàhnee  de.  Èo-ms  ,724. 

..  Laërtes.  . . pA.MPfîYiiE  , Sic. 

Ère  de  Laodicée  de"  Carie , .pj-bcèdè  de  Fan 
âs-yRomt..^  Veillât,) 

Ère  de  Laodicée  du  Liban,  eft  celle  des  fèleu- 
cidss.  ( V^illam-t).  - ...  - . . 

Ere  de  Laodiséèr-JuSa  de  Syrie', • procède  de 
Fan  706  de  Rome.  ,-^-  . . 

Ère  r‘.'dè  Leücaée,  en  Céléiyrie  , date  de 

B b b b ij 


ERE 


ERE 


i’an  it  Rome  717  j & la  IF-  de  Tan  80 1 ds 
Blsme.  ( Belky.  ) 

Lyrbé Foyei  Pamphylie,  &c- 

Ère  de  Magnéfîe , dt  celle  d’Alexandre.  ( Pel- 

lenn.  ) 

Ère  de  la  Mauritanie  j date  de  795  de  Rome , 
époque  de  fa  réduéiion  en  province  romaine^ 

Ère  de  Mopfueife  de  Cilicie  . procède  de  l’an 
épô  de  Rome.  ( Vaillant.') 

Ère  de  Néapolis  de  Samarle , procède  de  l’an 
■de  Rome  823.  ( hioris.  ) 

Ère  de  Néocéfarée  de  Cappadocej  procède 
ce  l’an  815  de  Rome.  ( Vaillant.  ) 

Ere  de  Néoclaudicpolis  ^ en  Paphlagonie  j 
date  de  i’an  de  Rome  747.  ( BAlty,  ) 

Ère  de  Nisopolis  , en  PalrRine  , date  de  l’an 
71  de  J.  C.  ( Beéhy.) 

Ère  d’Orthoiiade , en  Phœnicie  j eft  celle  des 
féleucides. 

Ère  de  Palmure , êft  celle  des  féleucides. 

Pampkylie  & de  PiJIdie  ( époques  de  pluiîeurs 
villes  de  ) fous  Valérien  le  père,  fous  Gallien , 
fous  Saionine,  fous  Salonin  & fous  Valérien  le 
jeune,  marquent  le  nombre  de  folemnités  & de 
facrifires  particuliers , célébrés'  par  chacune  ■ de 
ces  viiies,  pour  le  mrême  objet.'  QBeiley.) 

' Ère  de  Panéas.  Fdyeç  Ère  de  Céfarée  de  Phi- 
lippe. , _ - - 2 , ^ 

Ère  des  rois  Parthes , ou  Arfaeides  , éil  la 
îaeme  quel’ère  des  grecs.  {Barîkelemi  5)cPeUerin.') 

Ère  de  Pella,  dans  la  Céléf/rie,  date  ce  l’an 
de  Rome  690.  ( Belùy.  ) 

Ère  de  Ph-Hadelphie  de  Palefline,  eff  celle  de  ,, 
Pompée.  {Pellerin.  ) 

Ère  de  Philadelphie,  oa  Rabatb  , efl  celle  de 
Pompée.  ( Noris.  ) 

Ère  de  Pompée,  fuivie  pendant  quelque  temps 
à Séieucie  de  Syrie  , date  de  i’an  de  Rome  690'. 

Ère  de  Pompéiopolis , en  Cilicie , .procède  de  ' 
l’an  éSy  de  Rome.  (Vaillant.  ) - 

Ère  des  rois  de  Pont,  date  de  l’an  707  de 
Rome.  ( Belûy.  ) _ -c 

Ère  de  Ptolémaïs,  procède  de  l’an  de  Rome 
706-  ( Noris.  ) , - . . 

Ère  de  la  reine  de  Pont  Pythodorîs , date  de 
i’an  47  avant  J.  C.  ( Belley.  ) 

Ère  de  Rabathmoma , dans  l’Arabie  Pétrée 
procède  de  Pan  81 1 de  Rome.  ( Vaillant,  f 


1 Erede  Ramatha,  en  Paleftine,  procède  de 

' i an  640  de  Rome.  ( Vaillant.  ) 

Ere  de  Raphia,  procède  de  l’an  de  Rome  693. 
(x\ons.) 

Ere  de  Rhéfena,  en  Méfopotamie,  procède 
de  l’an  de  Elome  885.  ( Bions.  ) 

Ere  Ph  de  Rhofos,  en  Syrie , date  de  Pan 
706  de  Rome  j & la  IF.  de  l’an  de  Romeva;. 
(Bdley.)  7 ^ 

SagalalTus Fqyq  Pamphylie,  &c. 

^ Ere  de  Samofate  de  Comagène,  procède  de 
l’an  de  Rome  824.  ( Nons.  ) 

Ere  de  Scythopolis  de  Paleftine,  date  de  i’an 
706  de  Rome.  ( Belley.') 

Ere  de  Sébafte,  en  Syrie  , procède  de  l’an 
729  de  Rome.  ( Noris.  ) 


Ere  de  Sébafte  , en  Cilicie  , date  de  Pan  73  ç 
de  Rome.  ( Belley.  ) 

Ere  des  féleucides,  qui  diffère  d’un  an  de  Père 
des  grecs , date  de  Pan  a 1 2 avant  J.  C.  ; tiAz 
de  Rome. 


Ere  de  Séieucie  , en  Syrie  , date  pendant  quel- 
que temps  de  Pan  690  de  Rome,  ère  de  Pompée  j 
enfuite  de  Père  d’A.ugufte. 

Side Pamphylie,  &c. 

Ere  de  Sidon  , procède  de  Pan  (>43  de  Rome  j 
& quelquefois  eile^.elt  la  même  que  celle  des 
féleucides. 

Erede  Sinope,  devenus  colonie  ro.maine,  pro- 
cède de  Pan  706  de  Rome.  ( Vaillant.  ) 

Syedra Eoyrç  Pamphylie,  &c. 

Ere  de  Syrie  , eft  la  même  que  Père  des  fé- 
leucides. 

Ere  de  Taba,  en  Paleftine,  procède  de  Pan 
650  de  Rome.  { Pellerin.  ) 

Ere  de  iibériade,  en  Galilée,  procède  de  i’an 
770  de  Rome.  ( Vaillant.  ) 


Ere  de  Tial'es,  en  Carie  , procède  de  l’an 
698  de  Rome.  ( Vaillant.  ) 

Ere  de  Trapézus , procède  de  Pan  Si 6 de 
R-Ome.  ( Frœiich.) 

‘Ere  F',  de  ir;pol!s,  en  Phcenicîe,  eft  celle 
des  féleucides;  & la  ÎF.  celle  de  Pompée. 

Ere  F',  de  Tyr , eft  celle  des  féleucides.  ; IF. 
procède  de  l’an  628  de  Rome  ; IIF.  Père  de 
Septime  Sévère , l’an  ici  de  J.  C. 

x^ates  fur  les  médaillés  de  Viminacîum,  font 
les  années  'de  Philippe  & de  Gordien. 


ERE 

Ere  de  Zéla  fur  le  Pont  - Euxîn  , procède  de, 
l’an  de  Rome  707.  ( Vaillant.  ) ^ ( 

ÉRÈBE  étoit  fils  de  Chaos  ( Tkeog.  y.  12.5.) 
félon  Héfiode  :,de  fon  union  avec  la  Nuit , na- 
quit le  jour.  Érehe  eft  un  mot  phénicien  j qui 
fignifie  les  ténèbres  de  la  nuit  : on  fait^  naître 
le  jour  de  VÉrebe  Sc  de  la  nuit,  c’eft- à-dire  5 
des  ténèbres , parce  qu’elles  précédèrent  la  lu- 
mière qui  fait  le  jour.  Voye^  Amour. 

Ér'eée  fe  prend  auifi  dans  un  autre  feus  chez 
les  anciens  J pour  une  partie  de  Tenter;  c’eft 
proprement , dit  Servius , cette  partie  de  Tenfer  , 
où  demeurent  ceux  qui  ont  bien  vécu  ; car  pour^ 
les  champs  élyfées  ^ dit-il , il  n’y  a que  ceux 
qui  font  purifiés  qui  y aillent  ; fuivant  le  paffage 
de  Virgile  J il  y a peu  d’habitans  de  cet  heu- 
reux féjour.  II  y avoir  un  facerdoqe  particulier  ' 
pour  les  âmes  qui  étoient  dans  l’Érèbej  comme 
ilparoîtpar  Tinfcription  fuivante  trouvée  à Metz  : 

M.  A N T O N I U s.  MARTIAL. 

P O N T I F.  C U R.  lui  V I R. 

S A C R O R.  PJt  E B I. 

ÉREBEA3  dans  la  Bithynie.  EFEBOIûn. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  Thonneur  de  Commode. 

ÉRECTHÉE  , fixième  roi  d’Athènes  : la  terre , 
dit  Homère,  ayant  enfanté  le  généreux  Érecihée , 
Minerve  prit  foin  de  Tallaiter  elle-même, Je  le 
plaça  dans  fon  magnifique  temple  d’Athènes.^  Jatant 
en  guerre  avec  les  eieufiens,  il  apprit  de  l oracle 
qu’il  feroit  viétorieux,  s’il  vouloir  iuimoler  à 
Proferpine  une  de  fes  fiües.  I!  en  avoir  quatre 
qui  s’a’imo'ient  fi  étroitement,  qu’elles  promirent 
avec  ferment  de  ne  pas  furvivre  ks  unes  aux 
autres  ; de,  s’ôter  la  vie  quand  Tune  d’elles^  la 
perdroit.  ÉreBhée  ayant  fait  immoler  Othonée, 
fa  fille  aînée,  les  autres  furent  fidelles  à leur 
ferment.  Les  athéniens,  en  reconnoiflànce  ^du 
facrifice  que  le  101  avoir  fait  pour  leurs  intérêts, 
le  mirent  au  nombre  des  dieux , apres  fa  mort , 
& lui  bâtirent  un  temple  dans  la  citaddle  d’A- 
thènes. Euripide,  dans  ,fa  tragédie  dion,  dit 
que  Neptune  précipita  ErecihJe  tout  vivant  dans 
le  fein  de  la  terre,  qu’il  entr’ouvnt  d'un  coup, 
de  fon  trident;  & que  , dans  le  même  lieu  où  il 
fut  englouti  , fa  fille  Creüfe  fut  féduite  quelque 
temps  après  par  Apollon.  Voye^  C R E ü S E , 
Othonée. 

, Érecthée  , fils  de  Pandion  , fils  du  précédent 
ÉrsciAée,  fuccéda  à fes  pères  au  trône  d’Athènes. 
Il  eut  quatre  fils  & quatre  filles.  Deux  de  ces 
filles  font  célèbres  chez  les  poètes  ; favoir , 


ERG 

Procris  8c  Orithye..  Fcye^ORiTHYE,  Proçris. 

Vbyei  aujjt  EuMOLPF. 

JLRECTORES  ovorumSf  delphînorum.  C’écoient 
des  gens  prépofés  dans  les  cirques  , pour  mar- 
quer les  courfes  , en  plaçant  fous  les  yeux  des 
fpeétateurs  un  certain  nombre  de  dauphins  fculptés, 
& de  corps  arrondis  en  forme  d’œufs. 

ÉRÉOLE,  ancien  poids  de  TAfie  & de  TÉ- 
gypte.  Vcyei  Chalcoüs. 

ÈRES  des  Médailles.  Voyei  Ère. 


ÉRÈSE, 
ERES  US 


.} 


ville  dansTifle  de  Lesbos.  L’orge' 

qui  croiffüit  dans  fon  territoire,  donnoit  une  fa,- 
rine  fi  blanche,  que  Mercure  y ailoit,  difoit-on, 
en  acheter , pour  faire  du  pain  aux  dieux. 


On  lit  fur  les  médailles  iV  E refus  ^ les  mots  abrér 
gés  EPESi  & EiP & EP  en  monogramme. 

Ses  médailles  autonomes  font.* 


RRR.  en  argent. 
RRR.  en  bronze. 


O.  en  or. 

Leurs  types  ordinaires  font  des  épis, -des  rai- 
fins  J des  couronnes  d’épis. 

ERETRIA,  dans  TEuboée.  epetpieiin. 
Les  médailles  de  cette  ville  font  : 

R.  en  argent. 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Leurs  types  ordinaires  font  : 

Un  taureau  couché. 

Deux  raifins. 


ERG  ANE , furnom  de  Minerve,  déejfe  des  ans  ^ 
’lji'/a  , les  arts.  On  lui  aitnbuoit  en  effet  l’inven- 
tion de  plufîeurs  arts  , tels  que  Tart  de  la  guerre  , 
l^art  de  Tarch'teélure , Tart  de  filer , de  faire 
de  la  toile,  de  la  tapifferie,  & des  étoffes  de  fo;e 
& de  laine.  On  la  fait  encore  l’inventrice  des 
chariots,  & de  Tufage  des  trompettes  & de  la 
flûte.  Enfin,  on  croyoit  qu’elle  avoir  la  première 
enfeigné  à planter  & à cultiver  Tolivier.  Eüe 
avoir  un  autel  à Athènes  , fous  le  nom  à’Ergane  ; 
& les  defeendans  de  Phidias  y facrifioient,  dit 
Paufanias.  Le  coq  étoit  confacré  à Minerve. 
( Paufan.  6.  ) 

ERGASTULE,  lieu  fouterrein,  ou  cachot 
qui  ne  recevoit  le  jour  que  par  des  foupiraux 
étroits  , où  les  romains  resiermoient  à leurs 


S66  E R I 

campagnes  les  efclaves  condamnes  pour  quelques 
forfaits  aux  travaux  les  plus  pénibles.  Un  ergaf 
vAe  pouvoir  contenir  jufqu'à  quinze  hommes  : 
ceux  qui  y étoienc  confinés , s’appelloient  ergaf- 
tules  , & leur  geôlier  ^ ergaftulaire.  On  y précipita 
dans  la  fuite  d’honnêtes  gens  j qu'on  enlevoic  & 
qui  difparoilToient  de  la  fociété,  fans  qu'on  sût 
ce  qu’ils  croient  devenus.  Ce  défordre  détermina 
Hadrien  à faire  détruire  ces  lieux.  Théodofe 
ordonna  la  même  chofe  par  une  autre  conlîdéra- 
tion  5 à caufe  du  défordre  caufé  dans  la  fociété 
par  les  ergaf  aies  ^ lorfqu'iis  étoient  mis  en  li- 
berté par  des  faftieux  qui  brifoient  leurs  fers,  & 
qui  fe  les  affocioient. 

On  imprimoît  fur  le  vifage  des  ergaf  aies  des 
notes  ou  des  lettres  5 ou  on  leur  rafoit  la  moitié 
de  la  tête,  afin  de  les  rendre  reconnoilTables , s'ils 
chercîaoient  à fuir. 

ERGATIES  , fêtes  d’Hercule  à Sparte.  Elles 
étoient  relatives  à fes  travaux,  appelles  sfya. 

ERGAV^ICA,  en  Efpagne. 

Mun.  ErgAVICA.  Municiplum  Ergavica. 

Cemunicipe  a fait  frapper  des  médailles  latines 
en  i'henneur  d'AuguÛe , de  Tibère , de  Caligula. 

ERGINUS,  roi  des  minyens , étant  arrivé  à 
un  âge  fort  avancé , voulut  fe  marier.  Il  demanda 
à l'oracle  s’il  auroit  des  enfans  : l’oracle  lui  ré- 
' pondit  qu’il  en  auroit  d’une  jeune  femme.  Il  fe 
confornaa  à cet-te  réponfe,  & fa  femme  donna  le 
jour  àTrophonius  & à Agamède.  Uojcç  ces  deux 
mors.  li  fit  la  guerre  aux  thébains  ; Créon,  leur 
roi , implora  le  fecoars  d'Hercule , qui  tua  Er- 
ginus  à2.m  un^combat,  défit  toutes  fes  troupes, 
prit  Orchomène,  faccagea  la  ville  des  minyens, 
& brûla  le  palais  du  roi.  Voye^  Mégare. 

Erginus  , un  des  argonautes,  fils  de  Neptune, 
étoit  fort  habile  dans  la  navigation  , il  partageoit 
la  fonétion  de  pilote  avec  Tiphis. 

ÉRIBÉE,  belle-mère  des  Aioïdes.  Ces  redou- 
tables géans  eurent  la  témérité,  dit  Homère, 
de  charger  de  chaînes  le  terrible  Mars  , & de 
le  garder,  en  cet  état,  treize  mois  dans  une  prifon 
d’airainTLe  dku,  qui  ne  refpire  que  les  allarmes, 
y feroit^peut-être  relié,  fi  la  charmante  Éribée  , 
belle-mère  des  Aioïdes,  ne  l'eût  fait  favoir  à 
Mercure.  Celui-ci  vint,  fans  qu'ils  s'en  apper- 
çuffent,  délivrer  Mars,  que  la  trifteffe  & la  pe- 
fanteur  de  fes  fers  avoient  déjà  prefqu'entiére- 
ment  abattu. 

Eullathe  explique  aliégoricuerrent  cette  fable  ; 
Oius,  l'un  des  deux  Aioïdes,  c’ell  rinfouélion 
qui  vient  par  l'ouïe  : Éphialte , Pautre  Aloïde, 
c’eft  le  bon  naturel , qui  fe  meut  par  lui-même , 


E R I 

tous  deux  ils  chargent  de  chaînes  Mars  , c’eft-i- 
dme,  la  paffion  brutale  & infenfée.  le.m 

belle  mère,  c'eft  la  difcorde,  la  fédkion,  vraie 
marâtre  de  rmllruétion  & du  bon  naturel  : elle 
fe  ferr  de  îviercure,  c'ell-à-dire  , de  la  perfuâ- 
fion  & de  la  fraude  , pour  délivrer  ce  fufeuy 
Quelle  allégorie  forcée  ! ^ 

ERIBÉE.  Voye-^  Péribée. 

ERICHTONIUS , quatrième  roi  d'Athènes, 
etoit  fils  de  Vulcain.  Jupiter  , pour  dédommager 
ce^  dieu  du  malheur  qu'il  avoir  d'être  boîîeux , 
lui-permît  d’époufer  Minerve.  La  déelTe  refufa 
cette  alliance  j & Vulcain  ayant  voulu  lui 
faire  violence , elle  défendit  la  virginité , à la- 
quelle elle  s'étoit  vouée  , avec  une  vigueur  qui 
rendit  inutiles  tous  les  efforts  du  dieu  , dont 
l'amour  s'exhala  dans  les  airs.  Minerve  en  ramafia 
les  traces  dans  du  coton  , qu’elle  jetta  du  ciel  en 
terre.  De  là  naquit  Erichtonius  j mais  au  lieu  de 
jambes  , il  fe  trouva  avoir  deux  ferpens  qui  lui 
en  tenoient  heu.  Minerve  l'enferma  dans  une 
corbeille,  dont  elle  confia  la  garde  aux  filles  de 
Cecrops.  Voyei  le  refte  de  la  fable,  au  mot 
Aglaura. 

Erichtonius  , pour  cacher  la  difformité  de  fes 
jambes , imagina  i'ufage  des  chariots , dont  il 
fut,  dit-on,  l’inventeur.  II  régna  cinquante  ans, 
& mérita  , après  fa  mort , d'être  placé  dans  le 
ciel,  où  il  forme  la  confteüation  é’Auriga,  ou 
du  charretier.  Virgile  ( Géorgie.  III.  113.  ) parle 
de  fon  invention  : 

Frimus  Erichtonius  currus  & quatuor  aufus 
Jungere  equos  , rapidifque  rôtis  infft&re  viSor. 

Érichtoniüs,  père  de  Tros , fuccéda  à 
Dardanus  dans  le  royaume  des  phrygiens,  & 
régna  quarante-fix  ans.  Voye^  Ganymède. 

ÉRICINE.  Fbyfç  Érycine. 

ERICIUS.  Voyei  Cheval  de  Frife. 

ERIDAN  , aujourd’hui  le  Pô  , fleuve  d’Italie. 
Il  y a une  conftellation  ne  ce  nom. 

L‘Eridan,  le  Rkeidan  de  la  Prufle,  le  Rhodan 
des  Gaules,  efl  un  nom  générique  des  fleuves, 
du  primitif  R , rhé  , rouler  , couler  , courir  ; 
& '«oiià  pourquoi  il  y a plufîeurs  Eridans  chez 
les  anciens.  Le  A’//  fur-tout,  des  bords  duquel 
font  venues  les  hiltoires  aflronomiques  , portoit 
le  nom  àiEridan.  Dionyfius  dit  que  VEridan  prend 
fa  fource  dans  les  Pyrénées  : ce  fleuve  céleile  efi 
encore  appelié  Kelùs , Gyon  ^ Océan.  Le  fleuve 
du  ciel  fur , pour  chaque  pays  qui  reçut  cetre 
fable  , le  principal  fleuve  de  ce  pays  5 & voilà 
encore  la  raifon  pourquoi  la  fable  aflronomique 


E R 1 


E R I 

is  trouve  {ÿrcharg;;e  d'une  fable  gt'ograpbiqne. 
Ici  c'eit  ïjLris.j.a  de  Prude  , qui  a fut  la  Pble 
dei'amb'.ej  des  cygnes  & des  peupliers , parce 
cu'tl  y avoit  beaucoup  de  cygnes  fur  fes  eaux , 
que  fes  rivages  étoient  bordés  de  peupliers,  & 
que  la  goîTime  qiu  en  découloit,  fe  figeoit  ea  lar- 
,mes-  On  trouve  encore  aujourd’hui  T'tvtéce , IV- 
Uaron  des- grecs,  les  larmes  d é/eÆ-t?  fur  les  bords 
de  la  mer  bahique.  ( M.  Rabaud  de  St.  Ejîienne.  ) 

ÊRIGONb:.  , fille  d'Égyfthe  Se  de  Clytem- 
neftre,  époufa  Orefte,  quoiqu'il  ük  Ton  frère  de 
mère,  & en  eut  un  fiis , nomme  Pentkile,  qui 
faccéda  au  trône  de  fon  père  : Érigone  , après 
la  mort  d'Orefte  , fe  confacra  au  fervice  de  Diane. 

Ej.îgons  , fille  cPïcarius,  fur  aimée  de  Bac- 
chus  , qui , pour  la  féduire  , fe  changea  en  grappe 
de  raifin.  Eories. 

C'eft  elle  qui  forme  dans  le  ciel  le  figne  de 
la  vierge.  Voyez  Icare. 

ERINNihS  ; c'efi  !e  nom  que  les  grecs  don- 
noient  aux  furies.  Elles  avoient  un  temple  à Athè- 
nes, proche  de  i'A,réopage  feus  ce  nom.  Veye^ 
Furies. 

ÉRINNîS  étoit  une  des  trois  furies , qui  voloit 
fans  ceîfe  dans  les  airs,  pour  répandre  fur  la  terre 
le  mai  à pleines  mains.  Les  poètes  donnent  ce 
nom  en  général  à une  méchante  femme  qui  a 
caufé  beaucoup  de  maux.  Ainfi  Virgile  ditqu'Hé- 
lène  fut  YÉrinnys  de  fa  patrie  ; & Lucam  , que 
Cie'opâtre  ïm  YErinnys  de  Lltalie.  Voye^  Furies. 

Érinnis.  Les  arcadiens  contoient  que,  pen- 
dant que  Gérés  cherchoic  fa  fille  , Neptune  qui 
la  rencontra  J en  devint  amoureux  , & la  féduifit, 
qu'elle  en  conçut  un  fi  grand  déplaifir , qu  après 
s'être  lavée  dans  Je  fleuve  LadoE , elle  alla  fe 
cacher  dans  une  caverne.  Cependant  la  ilérilité  & 
la  pefte  commençant  à ravager  toute  la  terre  , 
pendant  l’abfence  de  la  déeffe  , les  dieux  k firent 
chercher  de  tous  cotés  , fans  qu'on  en  pût  ap- 
prendre aucunes  nouvelles,  jufqu'à  ce  que  Pan, 
en  gardant  fes  troupeaux , la  découvrit  & en 
avertit  Jupiter.  Ce  dieu  envoya  les  parques , 
qui,  par  leurs  prières,  lui  firent  quitter  fa  re- 
traite. La  caverne  étoit  en  Arcadie  , & on  y 
voyoit  une  fiatue  de  Céres  , vêtue  de  noir  , avec 
une  tête  de  cheval , tenant  une  colombe  d'une 
mam  , & un  dauphin  de  l’autre.  Les  arcadiens 
l'appeilèrent  Céres  la  noire  ou  Érynnys  , parce 
que  l'outrage  que  lui  avoit  fait  Neptune  , l’avoit 
rendue  furieufe.  Dans  leur  idiome,  expri- 

moit  la,  fureur.  ( Paufan.  Arcad.  ) 

ERIPHILE  étoit  fœur  n'Adrafie , feirurie 
d’Amphiaraüs , & mère  d’Alcméon,  qui  la  fit 
mourir.  Quand  il  fallut  marcher  contre  ks 


S67 

thebains,  A.rrçhiaraüs,  à qui  fonefprit  prophéticue 
avoit  appris  qu’i!  y périroit , fe  cacha  pour  n'r 
point  aller.  Polvnice,  plus  intérefie  que  qui  que 
ce  fût  à groflir  i'yrmée  qui  devoir  aller  attaquer 
1 hèbes  , gagna  Â.-ffAi/e , en  lui  faifanî  préfent 
du  Lmeux  collier  dont  on  parlera  à k fin  de  cet 
article.  A ce  prix  elle  découvrit  le  iieu  cù  Son 
rnary  s'étpit  caché , & on  l'en  fit  fortir.  li  re- 
lufoit  cependant  toujours  de  marcher , & détour- 
noit  même  les  autres  chefs  de  s'engager  dans 
cette  expédition,  leur  afiuranc  qu’ils  y périroient 
tous.  Mais , en  époufant  Eriphiie , il  étoit  con- 
venu de  s’en  rapporter  à fa  déciiîon  , dans  tous 
les  différends  qu'il  auroit  avec  Adrafte.  Eriphiie 
décida  en  faveur  de  fon  frère.  Amphiaraiis  fat 
donc  obligé  de  partir  5 alors  il  donna- ordre  à fes 
fils  de  le  venger , en  faifant  mourir  leur  mère  , 
dès  qu'lis  feroient  en  âge  de  le  pouvoir  fa=re. 
Ampiuaraiis  périt,  comme  il  l'avoit  prédit,  avec 
les  autr«  chefs  de  l'armée,  à l’exception  ri'A.- 
dralte.  1 herfindre  , Jiis  de  Polynice  , fengea  à 
une  féconde  expédition  contre  Thèbes.  I!  gagna 
encore  Eriphiie,  en  lui  donnant  le  péplum  dont 
on  va  bientôt  parler.  Elle  fut  engager  Ailcméon 
à ,fe  mettre  à la  tête  de  l’entrepriLe , qui  fut 
heureufej  Thèbes  fur  pillée  & ruinée.  AUeméon, 
à qui  il  avoit  répugné  jufqu'alors  de  tremper  fts 
mains  dans  le  fang  de  fa  mère,  s'y  détermina, 
en  apprenant  qu'elle  s'étoit  encore  iaüré  gagner  , 
pour  l’expofer  iui-mê.me  à une  expédition  dan- 
gereufe.  Quelques  auteurs  feutiennent  que  fon 
frère  Amphiiocus  l’aida  dans  ce  parricide  ; mais 
le  plus  grand  nombre  attellent  le  contraire.  Feyaj 
Au.raste  , A-LCMÉon  . Ampkiara,üs  & Cal- 

LYRHOé. 

’VTici  rhilloire  de  ce  fameux  collier  & au  pé- 
plum , qui  tentèrent  fi  fort  Eriphiie.  Les  poètes 
ne  font  pas  d'accord  fur  l’origine  du  collier.  Il 
étoit  d'or  ; & , félon  quelques-uns  , Vénus  en  avoit 
fait  prélent  à Hermione  fa  fille,  quand  elle  fe 
maria  à Cadrons.  D’autres  ont  dit  qu'il  vencit 
originairement  de  Jupiter  , qui  l'avoit  donné  à 
Europe;  que  celle-ci  le  donna  à Cadmus qui 
en  fie  préfent  à Hermione.  D'autres  enfin  difenî 
ue  Vuicain  en  fut  l’ouvrier  : il  eu  fit  une  efpèce  , 
e talifiman  , qui  devoit  être  funelce  à toutes 
celles  qui  le  porreroient.  Il  choifit  des  matières 
& des  figures  malfaifantes  ; il  y mêla  entr'autres 
chofes  les  cendres  qui  étoient  refiées  fur  fon  en- 
clume, après  avoir  fabriqué  les  foudres.  Four  fe 
venger  de  l'affrcnt  que  lui  avoit  fait  Vénus,  fon 
époufe , Vuicain  donna  ce  fatal  collier  à Her- 
mione , fortie  de  l’adultère  de  cette  déefie  avec 
Mars.  Hermione  en  fit  don  à Semèle  fa  fille, 
d'où  il  parvint  à Jocafte,  mère  de  Polynice,  qui 
le  donna  à Eriphiie.  Toutes  ces  femmes  eut 
effiéiivemenî  péri  malheureufement.  Cen'efrprs 
tout  ; il  fut  ccnfacré  , comme  on  Fa  dit  à l'ar- 
ticle de  Caiiyrhcéj  dans  îe  temple  de  Delphes. 


^<58  E R I 

Quand  ce  tsri'ple  fut  pi'Ié  par  les  phocéens , 
une  femme  ofa  s’en  faire  une  parure  : fon  fi's 
aîné  fut  furie  champ  fa:â  parles  furies  , & brûla 
fa  mère  avec  fa  maifon.  Quand  il  fut  porté  à Del- 
phes , il  fut  jette  dans  une  fontaine  , où  il  refta 
jafqu’au  fac  du  temple.  On  ne  pouvoit  ie  toucher 
fans  ofrenfer  le  Soleil  , qui,  fur  le  champ,  élevok 
des  tempiêces.  . 

•Quant  au  peplam , c’étoit  une  efpèce  de  robe 
rnagioue,  qui  fut  donnée  à Hermione  par  Vul- 
c-iîii  J il  avoit  la  même  vertu  que  le  collier,  & 
âl  paffa  fucceffivement  dans  les  mêmes  mains. 
Voyei  Hermione. 

■ ÉRISîCHTHON  étoit  fils  de  Triopas,  fils  de 
Neptune  & de  Canace  , & un  des  aïeux  maternels 
d’Ülyifejil  paffoit  pour  un  de  ces  impies  qui 
méprifent  les  dieux,  & ne  leur  offrent  jamais  de 
facrifîces.  Il  eut  un  jour  la  témérité  de  profaner, 
à coups  de  hache , une  de  ces  antiques  forêts  que 
la  religion  rendoit  refpedtables  ; celle-ci  étoit 
fi  Icialement  confacrée  à Cérès.  Au  milieu  de 
te  bois  étoit  un  vieux  chêne  extrêrriement  haut, 
dont  les  branches  étoienr  ornées  de  guirlandes , 
de  fubans  & de  tableaux , qui  repféfentoient 
rhiftoire  des  prodiges  qu’avoir  opérés  la  divinité 
de  ce  lieu.  Les  dryades  aîloient  fouvent  danfer 
fous  ce  chêne,  donc  le  tronc  avoir  quinze  cou- 
dées de  circonférence.  Erifichthon  ordonn*  à fes 
gens  d.e  le  couper  ; comme  il  s’apperçut  qu’ils 
héfitoient , il  prit  la  coignée  , & le  frappa  lui- 
même.  On  vit  auffi  - tôt  l’arbre  trembler , les 
feuilles,  les  branches  & les  glands  changer  de 
couleur;  oa  entendit  même  l’arbre  pouffer  des 
gémiffemens , & l’on  vit  le  fang  eouler  en  abon- 
dance. On  entendit  une  voix  fortir  du  creux  du 
chêne,  qui  dit  qu’elle  étoit  une  nymphe  chérie 
de  Cérès , qui  vengeroit  bientôt  fa  mort.  Rien 
ne  put  arrêter  l’impie  Erificktkon , l'arbre  fut 
abattu.  Les  dryades  de  la  forêt,  craignant  pour 
elles  & pour  les  bois  qu’elles  habitoient,  allèrent 
prier  la  déefïe  qui  les  protégeoit,  de  les  venger 
de  cet  impie.  Cérès  le  punit  d’une  majiière  bien 
cruelle;  elle  lui  envoya  la  faim  , qui  pénétra  juf- 
qu’au  fond  des  entrailles  de  ce  malheureux;  pen-  ' 
dant  qu’il  dormoit , elle  répandit  fon  venin  dans 
fa  bouche,  dans  fon  gofier,  dans  fa  poitrine, 

& le  fit  couler  dans  fes  veines.  Erificktkon,  à fon 
réveil,  fe  fentit  dévoré  delà  faim  la  plus  vio- 
lente : plus  il  mangea , moins  il  fe  rafTafia;  &, 
après  avoir  e'puifé  toutes  les  reffources  lui 
put  procurer  l’induftrie  de  fa  fiüe,  il  fe  dévora 
lui --même  pour  fe  nourrir.  Voyei^  Métra. 

Ovide  a chanté  cette  métamorphofe.  ( LU.  S. 

V.  70f.  ) 

Sur  une  cornaline  gravée  du  baron  de  Stofch  , 
on  voit  un  homme,  avec  de  la  barbe,  ayant  une 
eomoiiae  fur  la  tête,  tenant  des  deux  mains  une 


E R O 

. hache  avec^  ü coupe  im  arbre,  La  figure 

eit  nue  & à l’héroïque  ; ce  qui  a fait  croire  à 
Winckeîmane  , que  ce^  fujet  fe  rapportoit  à quel- 
que trait  ce  la  fable  , d’autant  plusqu’il  eft  fouvent 
répété.  II  lui  fembie  qu’on-  peut  y voir  Erifch- 
tkon,  qui  coupe  une  forêt  confacrée  à Diane. 

LabefaSaqtie  tandem 

IStbus  inraimtris  , adduSaque  funibus  arbor. 
Corruit , & multam  projiravzt  pondéré  fylvam. 
Attonitcs  dryades  damno  nemorifque  fuoque 
Omnss  germanœ , Cererem  cum  vejlibus  atris 
Marenîes  adeunt , pcen-arr-que  Eryf.chthonh  orant. 

f Ovid,  Métam.  Vîll.  fab.  xi.  ) 

On  peu*  confulter  les  obfervations  de  Grono- 
vius  ( Gorlii  iacHl.  p.  ii.n.  174.  ) fur  un  fujet 
femblable.  Selon  ( Mrjf  Florent,  t.  XCILL  n.  9.) 
Goti , c’eil:  Lycurgue,  ruinant  les  vignes  enThrate, 
oùHrégnoit.  Ce  pourroit  auffi  être  Halyrrhotius , 
filsdeî'^fptune  , {Schol.Arijloph.  Nub.  V.  looi.  ) 
qui , voulant  couper  les  oliviers  produits  par 
Minerve,  fe  blelîa  grièvement , & mourut  de  fa 
blcffure. 

\ ERIZA,  en  Carie.  EPf. 

' Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font: 

’ RRRR.  en  bronze.  BclUrin. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

ERMENSUL.  Voyet^  Irminsttl.- 

ERMINETTE,  hache  recourbée.  V.  As  cia. 

ERNE  UM.  ( Cato  de  re  ruflica.  ) 

cc  Vous  ferez  l’etTzeüTn  de  la  même  manière  que  lé 
placenta,  ( voye:^  ce  mot)  en  y mettant  les  mê- 
mes ingrédiens.  Après  les  avoir  bien  mêlés  dans 
une  auge  de  bois , on  les  met  dans  une  kirnea 
de  terre , que  l’on  plonge  dans  une  marmite  de 
cuivre  pleine  d’eau  chaude,  dans  laquelle  on  les 
laiffe  cuire  auprès  du  feu.  Quand  Yerneum  eft  cuit, 
on  caffe  Yhimea  pour  le  fervir. 

EROGATOR  étoit  dans  les  armées  romaines 
un  officier  chargé  de  diftribuer  aux  foldats  les 
vivres  & le  prêt.  On  l’appelloit  Erogator  annon& 
militarls  , pour  le  diftinguer  de  Y erogator  obfo- 
niorum,  officier  chargé  par  les  empereurs  de  dif- 
tribuer des  vivres  au  peuple. 

ÉROMANTIE.  Fbyey  Aéromantie. 

ÉROPE,  fille  d’Éurifthée , roi  d’Argos , ayaBt 


E R Y 

époufé  Atîéc,  fe  laifTa  féduire  par  Tîij-ene  fon 
beau-frère  J dont  elle  eur  deux  fils,  qui  furent 
la  fource  d'une  infinité  de  crimes  & de  malheurs. 
Atrée  ayant  découvert  l'infidélité  de  fa  femme, 
la  chafia  de  fa  cour,  & fe  vengea  horriblement 
fur  les  en  fans  nés  de  l’adultère.  -Erese  avoir  trahi 
fan  mari  déplus  d'une  façon  ; Atrée , fon  mari , 
avoir,  dît-on,  un  bélier  à toiforî  d'cr , don:  la 
confervation  devoir  faire  tou:  le  bonheur  de  fa 
famiiie.  Ercpe  facilita  à Thyelle  les  moyens  de 
le  dérober  5 premier  fuietdeia  ditifion  qui  régna 
depuis  entre  les  deux  frères.  Aby«:jATRE2, 
T k Y E s T E . 

ÉROS  ; c'efî  le  nom  grec  de  V -Amour ^ ou  de 
Cupidon.  Fojej  Iméros  Sc  Amour. 

^ ÉROSTRATE , ou  Eraftoftrate , éphéfien  ; 
ccÜ  lui  qui  ^s'avifa  de  briller  le  fameux  temple 
de  Diane  à Éphèfe , pour  faire  parler  de  lui. 

Diane  d'Epkefe. 

ERGTIDES , ou  Erotidies , fêtes  en  l’honneur 
à'Eros  , ou  Cupidon.  Les  thefpiens  les  cclébroienr 
de  cinq  en  cinq  ans  avec  grande  foleninité  & beau- 
coup de  magnificence.  Il  y avoir  auffi  des  jeux  de 
même  nom  , & des  combats  de  muüciens.  C 
Utr.  Erotlc.  Paufan.  Eéoîic.  ) 

ERYCE , ville  de  Sicile,  ^oye^  Palyces. 

ERYGINE , furnom  de  Vénus.  L es  poètes 
appellent  quelquefois  cette  déeffe,  Erydne  tout 
court.  Elle  a pris  ce  nom  ^du  mont  Èryx , en 
Sîcile,  au  fommst  duquel  Enée  lui  bâtit  un  tem- 
ple , lorfqu’il  aborda  dans  cette  ifle.  Ce  temple 
croit  rempli  de  riches  ornemens , de  coupes , 
de  vafes  , de  caffolettes  d’argent,  que  la  dévo- 
tion des  égelîans  y avoir  accumulés  , dit  Thu- 
cydide. Dédale  avoir  confacré  à Vénus  Erycine 
une  vache  d’or , qui  imitoit  parfaitement  la  na- 
ture. Il  fit  plufieurs  autres  ouvrages  pour  la  dé- 
coration de  ce  temple.  Élien  en  fait  une  bien 
plus  magnifique  defeription.  « Il  ell  riche, dit- 
“ il , en  or  ; l’argent  s’y  trouve  en  une  quantité 
« predigieufe  j tout  y brille  en  joyaux  & bagues 
» de  grand  prix.  Ce  temple,  pourfuit-il,  avoir 
» toujours  été  en  grande  vénération  : on  avoir 
» eu  dans  tous  les  temps  tant  de  relpeâ:  pour 
5=  la  déeffe , que  perfonne  n’avoit  jamais  ofe'  tou- 
M cher  à fes  tréfors.  Amücar  , carthaginois  , le 
==  pilla  enfin , & en  tira  une  groife  fomme  d’or 
» & d'argent,  qu’il  diftribua  aux  foldats  yen.pu-  : 
» nition  de  ce  facrilêge,  la  pefie  fe  mit  d'ans 
M fon  armée  ; il  fut  lui-même  arrêté  par  fes  con- 
« citoyens  ; & après  avoir  fouffert  tous  les  tour- 
» mens  imaginables,  il  fut  pendu.  Sa  patrie 
» même,  qui  jufqu’alors  avoir  été  fioriffance, 

“ tomba  dans  la  fervitude».  Après  cela  Élien, 

% fon  ordinaire  , rapporte  plufiêurs  tBStVsilies  qui 

Jmiiidiés  ^ Tgmt 


E R Y 5^9 

s’epéroient  à ce  temple.  «Le  grand  autel,  dit-il  , 
==  eft  en  plein  air;  on  y fafi  plufieurs  facrifices; 
55  on  y voit  perpétuellement,  mut  & jour,  le 
55  feu  Sc  la  Éamme  , fans  qu’il  y pa  »-  *^“5. 

35  charbons  , ni  cendres  , ni  tifons  à demi  brüie's. 
55  Le  lieu  elt  toujours  plein  de  rofee  & d'neibts' 
3,  vertes  , qui  peu/ïent  toutes  les  nuits.  Lesvic- 

35  rimes  fe  détachent  elles-rnêïTies  des  troupeaux, 

5,  & s’approchent  de  l’autel , pour  erre  offertes  en 
5,  facrifice  : c’efi  un  mouvement  que  leur  infpire  , 
35  tant  la  déeffe , que  la  volonté  de  ceux  qui  onc 
35  la  dévotion  de  facrifier.  Si  vous  voulez  facr:- 
53  fier  , le  mouton  s’approche  d’abord  de  l'autel  ; 
33  le  vafe  pour  le  ficrifice  s’y  trouve  aufi’.  ; la 
35  chèvre  & le  cabri  font  de  même.  Si  vos  fa- 
■ 3,  cultes  vous  permettent  de  faire  un  ficrifice  plus 
35  confidérable  , & fi  vous  voulez  acheter  une 
3,  ou  plufieurs  vaches  pourviétimes  , le  bouvier  ne 
33  vous  furfera  jamais  ; vous  concluerez  amiable-- 
33  ment  votre  marché;  &la  déeffe  qui  aime  l’équirc, 
3,  vous  fera  propice.  Si,  au  contraire  , vous  de- 
35  mandez  un  trop  bon  marché , en  vain  depo- 

' 53  ferez-vousvotre argent,  car  la  bête  s’enfuira, & 
33  vcusn’aurez  rien  pour  facrifier  33. Le  même  aitreur 
trop  crédule  , nous  rapporte  une  autre^  merveillle* 
non  moindreQue!aprécédente33..Ceux  d’Eryx  fons 
33  une  fête,  qu’ils  appellent  \ anagogic ^om  le  départ, 
33  parce  que,  difent-ils,  Vénus  part  en  ce^remps- 
33  là  pour  aller  en  Lybie  ; & la  raifen  qu’ils  ont 
33  de  le  croire  eft  telle  : les  pigeons , qui  font  ici 
33  en  grand  nombre  , difparciffent  alors , pour 
53  efeorter  la  déeffe  à laquelle  ils  font  co.nfacrés. 
33  Après  neuf  jours  d’abfence  , une  colombe , 
33  plus  belle  que  toutes  les  autres,  paroît  la  pre- 
33  mière  fur  la  mer,  venant  de  l’Afrique  elle  ne 
33  reffemble  pas  aux  autres , mais  elle  eftdecou- 
33  leur  pourpre,  & telle  qu’ Anacréon  décrit  Vé- 
33  nus  ,'femblable  à la  pourpre  & à l’or,  telle 
33  aiilïi  que  la  chante  Homère.  Une  nuée  de  pigeons- 
33  la  fuit;  Se  après  leur  arrivée,  ceux  d’Eryx  célè- 
>3  brent  les  catagogies,  ou  la  fête  du  retour 33.. 
Il  y avoit  auffi  à Rome  un  temple  de  Vénus  £.ry- 
cine  au  Capitole  , & un  autre  hors  la  porte  Col- 
latine.  Le  premier  fut  dédié  par  Fabius  Maximus, 
l’an  de  Rome  557  ; & le  fécond  par  L.  Portius  , 
l’an  de  Rome  571. 

ÉRYMANTHE  , montagne  d’Arcadie,  cf^èbre 
paris  fangiier  énorme-  oui  fe  tenoît  oans  fes  environs, 
d’off  il  ravageoit  tout' le  pays  d’alentour.  Hercule 
le  prit  vivant,  1 apporta  aEurifihee,  qui,  en 
le  voyant,  penfa  mourir  de  frayeur.  C’efi  un  des 
douze  travaux  de  ce  héros. 

M.  Rabaud  de  Saint  - Ellienne  a d-onné  de  ce 
travail  d’Hercule  une  explication  mytho-afirono- 
mique  fatisfaifante  ; la  voici  : 

Vers  le  pôle  ant.arélique , & fous  le  figue  d-a 
feor-pion , elt  une  confteîlation  qui  repré.Qmte 
uns  bête  féroce  ; nous  l’appelions  le  ^oup  ; mais 

C Ç c c. 


570  E R Y 

en  vok  dans  les  anciens  qu’elle  eut  divers  noms 
fucceffifs.  ( Bayer  J qui  a recueilli  les  divers  noms 
des  confteliaticiis  5 appelle  celle-ci ^ befiia,  therioTi, 
hofliola  , ^era  , qucdrupes , -pcnthera  , equus  ma  feu- 
las, h&na.  { Bayeri  UranoTnetria^  5;.  B'rès  de  l’autC', 
dit  Arariis  j on  voir  une  bêîe  iéroce  ( Tiiêrion  ) 5 
e’eir  le  nom  que  lui  donnèrent  les  anciens.  Cette 
lÊcf  elt  voisine  gu  cemaure  , & dansles  peintures  ^ 
d’apr-ès  Hygir.  j le  centaure  la  lailît  5 c’elt  ^ d.foit- 
ouj  une  vicîiiT.e  qu’il  immole  fur  i’autei.  Ger- 
manicus-Céfar  dit  à peu  près  la  meme  chofe. 
C’ell  cette  bête  farouche  qui  va  être  l’objet  du 
travail  d’Hercule.  La  réunion  des  circonltances 
prouvera  qu’elle  eft  le  fanglier. 

cc  Les  deux  centaures  tien.nenr  au  milieu  d’eux 
la  bête  fétoce  & i’aurel  ; l’un  elî  le  fagittaire, 
l’autre  le  centaure  Chiron=>. 

Le  fagitîaire  porte  avec  lui  des  circonftances 
remarquables  : lorfque  l’épaule  du  centaure , dit 
Aratus  J fera  également  éloignée  de  t Orient  6?  de. 
l’Occident  ( dans  le  Méridien  )j  elle  fera  couverte 
d’une  petite  nuée  , d’une  Néphélé.  Il  dit  encore  : 
fous  les  pieds  de  devant  du  fagittaire  , 0:1  voit 
tourner  deux  couronnes  circulaires.  Nos  planifphè- 
resn’en  mettent  qu’une.  J’obferverai,  en  pafl’ant, 
que  cette  couronne  ell  nommée  par  quelques- 
uns  Ixion  y en  forte  que  Je  centaure  a fur  fa  tête 
Népkélé , & à fes  pieds  Ixion  ^ qui  tourne  j ce 
qui  rappelle  fur  le  champ  ^ que  la  fable  raconte 
que  les  centaures  étoienc  nés  à’ Ixion  & de  Nè- 
phélé  33. 

« Nos  globes  ne  dépeignerÆ  point  une  fiche , 
qui  etoit  defônée  par  les  anciens  -au  pied  du  cen- 
taure. Germanicus-Céfar  dit  qu’elle  eit  compofée 
de  quatre  étoiles  j & qu’elle  fut  msfe  dans  les 
aih'es  à la  place  que  je  viens  de  d're.  Enfin  j ce 
centaure  elt  nommé  Ckîron , Crotus  ^ ou  Crown, 
Buménés  , Semzvir  , Hippotes 

« L’autre  centaure  eft  nommé  anfli  Chiron  ; 
fes  autres  noms  principaux  font  Pholus , Fer, 
Semifer , Minotaurus.  Il  efi  peint  armé  d’une  hnee 
entourée  de  pampres  j dont  il  fe  fert  pour  immo- 
ler l’animal  qui  ravage  les  vignes  : il  a un  baril 
pendu  au  bras  j & iî  porte  du  gibier  fur  fon 
épaule  33. 

Seu  prœdam  à fylvis portât,  feu  dor.a  propinqua 

Flacatura  deos,  cultor  Jovis  admovet  arcs. 

Hic  erit  ille  pius  Ckiro  , mtifmus  omnes 

Inter  puhigenas,  Cmagni  do3or  AchiUis. 

( Ara  tus  Germ.  ) 

" tableau  aflronomique  font  peints 

ufie  bête  féroce  > le  centauro  Fholus  avec  fa 
lance  3 fon  baril  & fon  gibier  y le  fegktairej  ou  Chi- 
ron  J avec  fo.u  arc  tendu  , fa  nuée  fur  Lépauie  ^ 


E R Y 

& la  Sèche  pofée  près  de  fon  pied.  II  n’y  ^ 
pas  une  de  ces  eirconftances  qui  ne  foit  eflen- 

ti  elle  33. 

« Hercule  reçoit  ordre  d’Euryfthée  d’aller 
cort'bartre  k fanglier.  ( Ce  combat  allégorique 
d’Hercule  lui  eit  preferit  en  automne  , dans  la 
faii'on  des  vendanges  : & voilà  pourquoi  le 
fanglier  ^ qui  ravage  les  vignes  j étoit  auiii  la 
victime  facrifiée  fur  Laurel  par  le  centaure  ^ qui 
la  perce  de  fa  lance.  Hercule,  pour  obéir  à Eu- 
ryiihée  , alla  defeendre  chez  Fholus  le  centaure  : 
celui-ci  le  reçut  fort  bien  j & voulut  d’abord  lui 
préparer  du  gibier , mais  Hercule  preffé  mangea 
les  viandes  toutes  crues.  Ayant  er.fuite  demandé 
_ à boire^  le  centaure  ouvrit  un  dont  l’odeur 
exqiiifs  attira  les  autres  centaures.  Il  s’éleva  un 
grand  combat , durant  lequel  Nuée,  mère  de 
Fholus  , fit  tomber  une  groüé  pluie  pour  iecourir 
fon  fils.  Hercule  battit  les  centaures  ^ & les  pour- 
fuivic  jufqu’au  cap  Malée  ( jufqu’à  la  mer  cù  les 
aftres  fe  couchent.  ) Mais  une  fiche  du  héros 
ayant  atteint  Chiron  au  genou,  celui  - ci  gnêve- 
ment  bleiTé  , fat  fe  cacher  dans  la  grotte.  Hercule 
vainqueur,  étonné  que  fa  fiêehe  air bieflé Chiron, 
veut  la  manier,  elle  lomüs  fur  le piedà.tFkoiüf} 
& cette  avanture  a fait  placer  la  flèche  parmi  les 
aftres  33. 

♦ 

ÉRYMANTHE,  fils  d’Apollon.  Vénus  le 
rendit  aveugle,  pour  l’avoir  vue  entrer  nue  au 
bain,  fortant  des  bras  d'Adonis.  Adonis. 

ÉRYNNIS.  Voyep^  Érinnys. 

ÉRYTHIE,  u.ne  des  quatre  Hefpérides. 

ERYTHPeÆ , Ionie.  ErTQPAlQN  & EPï. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 
RR.  en  bronze. 

R.  en  argent.  . 

O.  en  or. 

On  y voit  ordinaireméîit  la  tête  d’Hercule  & 
une  chouette. 

Cette  ville  a fait  frapper,  fous  l’autorité  de 
fes  préteurs  , des  médailles  impériales . grecques 
en  l’honneur  d’Auguîle,  de  Ttajan  , d'EIagabale, 
dAlix.-Sévêre  , de  iViamée  , d’Octacile,  de  Va- 
léncn,  de  TranquHiine  fans  nom,  de  Claude. 

Erytkræ,  en  Crète.  3 P. 

M.  Combe  attribue  une  médaille  autonome 
de  bronze,  du  cabinet  à’Hunter,  avec  les  deux 
lettres  ci-dcüus,  & un  raifin,  à EçyrÂra  de  Crète- 

Erythræ,  en  Béotie. 

On  avoir  attribué  mai  à propos  à cette  ville  des 


E R Y 

médjiiies  sutonomes  ^ que  Pellerin  a rertkuces  à 
Erytkrd.  d'Ionîe.  Il  s^’ett  appu^/é  fur  les  types  de 
la  tête  fi’Hercule  ^ & des  chouettes  que  i'on  r 
voit  conllammear. 

ERYTHRÉE  3 OU  Ervîhrtcnne  ; c’eft  la  pre- 
mière des  quatre  fibvi'es  d'Eiien  , & ia  c'.nqiitèiire 
des  dix  citees  par  V^arron.  Apoliodore  d’E'V- 
tkrée  rapporte  qu'elle  et  oit  fa  compatriote  (c’elir- 
à-dire,  d’une  ville  d’Ionie  ) qu’elle  prédit  aux 
grecs  J lorfqu’ds  alloient  affièrer  Troye,  que  cette 
vi  le  périroit  . & qu’Homère  écriroit  des  faafle- 
tés.  Voye:^  EIÉROPHILE  , SiBYLLES. 

ÉRYTHRSEN  , furnoi-n  donné  à Hercule , 
d’un  temple  qu’il  avoir  à Érytkrce,  en  Achaïe. 
La  llatue  du  dieu  éroit  placée  fur  une  efpèce  de 
radeau,  à caufe  d’une  tradition  des  érythéens , 
qui  difoient  qu’elle  fut  ainfi  apportée  de  Tyr  par 
mer.  Ils  ajoutent,  dit  paufanias,  ( Ackaic.  ) que 
le  radeau  entré  dans  la  mer  Ionienne  , s’arrêta  au 
promontoire  de  Janon , à moitié  chemin^ d’E/y- 
thrée  , à Chio.  D’aufli  loin  que  ceux  A' Erythrée 
&c  de  Chio  apperçurent  la  ftatue  de  ce  dieu , 
tous  voulurent  avoir  l’honneur  de  la  tirer  à bord  , 
& s’y  employèrent  de  toutes  leurs  forces.  Un 
pêcheur  d’Eryr^A  , nommé  Fkormion,  qui  avoir 
perdu  la  vue,  fur  averti  en  fonge  que,  fi  les 
femmes  érytkréennes  vouloient  couper  leurs  che- 
veux & en  faire  une  corde  , elles  ameneroîent 
le  radeau  fans  peine.  Aucune  des  femmes  A’ Ery- 
thrée , ne  voulut  déférer  au  fonge  ; mais  des 
femmes  thraciennes  , qui  fervoient  à Erythrée , 
quoique  nées  libres  , fâcrifièrent  leur  chevelure  ; 
par  ce  moyen,  les  érytkréer^  eurent  la  ftatue  du* 
dieu  en  leur  poffeiTion;  & pour  récompenfer  le 
zèle  de  ces  thraciennes  , ils  ordonnèrent  qu’elles 
feroient  les  feules  femmes  qui  auroîent  la  Vberté 
d’entrer  dans  le  temple  d’Hercule.  Ceux  de  cette 
ville,  continue  paufanias  , montrent  encore  au- 
jourd’hui cette  corde  faite  de  cheveux , & la 
confervent  foieneufemenr.  A l’égard  du  pêcheur, 
ils  afiurent  qu’il  recouvra  la  vue,  8c  en  jouit  le 
relie  de  fes  jours. 

ÉRYTHRÉUS  ; c’eft  le  nom  d’un  des  chevaux 
du  foleil , félon  Fulgence  le  mythologue.  Ery- 
tkréas , ou  le  Rouee , dit-il  , fon  nî>m  vient  du 
lever  du  foleil,  où  les  rayons  font  rougeâtres. 
Voyz^  Actécn,  Lampos  & Philggéus. 

ÉRYX  , en  Sicile.  EFTKEinN. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RR.RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

RP,,  en  argent. 

Értx  , fils  de  Buîès  & de  Vénus,  fut  roi 


ESB 


571 


d/an  canton  de  la  Sicile,  appelé  de  fon  nom 
Erycie  , ou  étoit  la  ville  de  Drepar.e.  Se  croyat  t 
invincible  au  pugilat , ou  combat  du  celte  , il 
défioit  tout  le  roiondc  à cet  exercice  , & tuoit 
toujours  le  vaincu.  Il  o.'a  s’attaquer  à Hercuie, 
qui  venoit  d’arriver  en  Sicile  avec  les  bœufs  ce 
Gérion.  Les  conditions  du  combat  furent  que , 
fi  Hercule  ét.oit  rerraffé,  fes  bœufs  apparrieii- 
droient  à Eryx;  & fi  celui-ci  étoit  vaincu  , Her-- 
cule  devoir  relier  maître  du  paj's-  Fryx  fut  tué 
dans  le  combat.  On  ne  fait  à quel  t t:e  Virgile 
lui  donne  le  nom  de  dieu  , & lui  fait  oifnt  aes 
facrifices.  ( Æneli.  lib.  y.  ) 

ÉSAQUE  étoit  fils  de  Pria  m & d’Alexirhoè  , 
une  des  nymphes  Aa  mont  Ida  , fille  du  fleuve 
Cédrène  , félon  Ovide  ; ou , fuivant  queiques 
manuferits  de  ce  poète  , du  fleuve  Granique. 
Ce  jeune  prince,  fans  ambition  , hr.iifoit  le  fi  jour 
des  villes  & de  la  cour,  & ne  fe  pladoïc  eu  à 
la  campagne  & dans  les  forêts.  1 ouche  des 
charmes  de  la  belle  Hefpérie,  il  fnupirost  pour 
elle  & la  cherchoit  par  - tout  : l’ayant  un  jour 
rencontrée  fur  les  bords  du  fleuve  Cédrène, ^il 
voulut  l’approcher,  mais  la  nymphe  prit aujïi-tot 
la  fuite  j & fe  fentant  pourfuivie  , elle  hâta  fa 
courfe  : maiheureufement  un  ferpent  l’ayant  pi- 
quée au  pied , elle  peffa  en  même  - temps  de 
courir  & de  vivre.  Eyâçae  défefpéré  de  cet  acci- 
dent , fe  précipita  du  haut  d’un  rocher  dans  la 
mer.  Thétis  , touchée  de  fon  malheur , le  feutinc 
dans  fa  chute  , & le  changea  en  plongeon. 

Apoliodore  raconte  autrement  I hifloire  à’Efa- 
que  : il  lui  donne  pour  mère  ’Aris-ba , fiùe  du 
devin  Métope , & première  femme  de  Priam , 
&:  lui  fait  époufer  Stérope  , qu’il  eut  le  malheur 
de  perdre  fore  jeune  ; il  fut  fi  afflige  de  cette 
perte,  que,  de  défefpoir,  il  fe  précipita  dans 
la  mer.  Priam  ayant  répudié  Arisba , pour  époufe-r 
Hécube  , Éfaque  voyant  fa  beüe-mêre  grofle  de 
fon  fécond  fils,  prédit  à fon  père,  que  cet  en- 
fant cauferoit  un  jour  la  ruine  de  fa  famille  & 
de  fa  panie  ; ce  fut  fur  cette  prédiction  que 
Paris  fut  expofé  au  mont  Ida.  O.n  ajoute  qu’E/â- 
que  avoir  dit  à fon  père,  qu’il  falloh  faire  .mourir 
la  mère  & l’enfanr  qui  venoit  de  naître  ce  jour-là  ; 
& que  Priam  , informé  que  Cilla , femme  de  T hi- 
mætos , étoit  ce  jour-là  accouchée  d’un  fi's , la 
' fit  mourir  avec  fon  enfant  , croyant  rar-  là  pou- 
voir éviter  l’effet  de  la  prédiétion.  Efaqtie  avoir 
appris  de  fon  grand-père  Métope,  à connoîrre 
l’avenir,  dit  le  même  auteur,  & laifia  dans  fa 
famille  les  principes  de  fon  art  , do.nt  Hélènus 
& Caffandre,  fes  frère  & fœùr,  proficèrent  dans 
la  fuite. 

ESB  AA  , dadyle  , travers  de  doigt. 

Mefure  linéaire  Sc  itinéraire  de  i’Aue  Sc  de 
l’Égypte, 


C c c c ij 


572  ESC 

EÜe  valoir  «e  pouces,  snefure  tie France. 

ES3US,  dans  r Arabie.  ScBOTc&ÊcsoT. 

Certe  ville  a fait  frapper  des  médailks  grecques 
en  rh'j.nneur  de  Caracaila. 

ESCAMOTEUPtS.  Foye^  Acetas-blakii. 
ESCAE.BOT.  Foy«;f  Scarabée. 

ESCHYLE. 

Une  pare  antique  de  Sîofch , rapportée  au 
167.  des  7.vo;îa/'72£/îri  de  VVinckeimafiH  J ie  re- 
préiéute  buvant,  pendant  qu^an  aigle  laiile  ton  ber 
fur  fa  tête  chauve  , quViie  prend  pour  un  rocher, 
une  roitue  qu’elle  veut  brifer. 

esclaves.  On  confultera  far  leur  fort  ie 
DiciicK.  de  Ju.rifjpruden.ce. 

Esclaves  grecs. 

Les  auteurs  font  partagés  fur  la  CGeffure  des 
efclaves  grecs;  i’nt-bé  Gédoyn  ( .notes  fur  i^aufa- 
îii.ts,  tom.  IL  fol.  373.  ; , '&  Dacier  ( notes  fur 
Plutarque,  vie  de  1 héfée  ) prétendent  qu’on  leur 
coiipoit  les  cheveux;  félon  V/inckebnann  ( hilto-ire 
de  l’art,  tom.  I.  fol.  ajj  ),  Se  d’autres  auteurs, 
la  tète  rafre  étoit fimpkment  un  ligite  de  deuil; 
or,  ces  deux  ûntimens  ne  font  pas  abfolument 
contrad.’âoircs  : on  pet;t  fuppo.kr  que  drais  des 
circonfiances  malheureufes , dans  des  calamités 
publiques  , ou  '.nême  dans  des  adiiélions  particu-  ' 
lières,  les  grecs,  comme  beaucoup  d’autres  na- 
tions , auront  pu  prendre  les  lignes  extérieurs  de 
Yefcluvage.  Au  refte,  quoiqu’on  Üfe  dans  diffé- 
rens  pafiages  d’EIomère  , qu'on  ne  rafoit  pas  in- 
diftinclenient  tous  les  efclaves , il  parcît  cepen- 
dant que  cela  fe  pratiquoic  d’ordinaire.  Cette 
Kianière  groffière  de  couper  leurs  cheveux,  s’an- 
pelloit  avS'iUTrocpJi’s , palfque PoÜgnote  ( Pau- 
fanias  ) peignant  Etra  , mère  de  Théfée,  l’avoit 
repréfentée  avec  les  cher  eux  coupés , pour  dé- 
£gner  Létar  iJtfcUve,  que  Diodore  lui  attribue 
politivement.  D'autres  veulent  cependant  qu’il 
y ait  eu  deux  Êtra  ,,  &qae  Vefclave  ne  fut  point 
la  mère  de  l'Kéfée. 

Les  efclaves  grecs  avoient  pour  tout  vêtement  ' 
une  tunique  courte,  & dépourvue  démanchés, 
appellée  eIæwjc,  quds  ferrpient  avec  une  ceinture. 
Ils  s’enveloppoient  enfuîte  dans  un  tnanteau  très- 
court,  fait  de  peaux  d’animaux,  garnies  de  laine 
ou  de  poil,  ayant  une  efpèce  de  capuchon  ; ce 
manteau  étoit  appelle  Aipés'ja.  Le  nom  A(pé£{«fut 
i^onne  par  la  fuite  a îa  tunique  même,  quand 
elle  fut  garnie  du  capuchon,  pour  tenir  lieu  de 
manteau.  ( Pollux  VU.  1 3 . ) 

Le  meme  Poiiux  Sc  Suidas  donnent  aufEaux 


ESC 

efclaves  une  tunique  garnie  d’une  feule  manch- 
appeiléc  Foyrç  ce  mot. 

Es  CIA.  VE  s roTnains.. 

-Les  des  romains,  félon  Juvena!  (f.-tyré 

3.  -v.  230.  },  avoic-nt  h tête  rafée , & portôient 
ane_  tmuque  pour  tout  habiileme.nr.  La  termaiicé 
de  raffi-anchilTement  fe  laifoit  devant  le  préteur 
'lii  rcuchûit  Yefclave  d’une  baguette,  Sc  qui  lui 
nnnoit  un  bonnet  de  laine  blanche,  appelle 
pihus , & de  la  forme  de  celui  qu’on  apperçoit 
lur  les  médailles  de  Brutus.  11  n’étoit  pas  dé- 
fendu aux  maîtres  de  donner  aux  efclaves  d’autres 
habJle.T!  ens,  ou  de  leur  lailler  les  cheveux.  Voyer 
Bonnet,  Cheveux. 

Les  femmes  ou  f.lies  efclaves  étoient  habillées 
à peu  de  chofe  près  comme  les  autres  citoyennes, 
c’eit-à-dne,  qu'eiles  portoient  une  ou  deux  tuni- 
ques courtes , mais  fans  manteau.  On  obferv’a 
long-temos  de  ne  p.,s  donner  aux  efclaves  les  ha- 
b:li  ernens  auxquels  étoit  attachée  la  Giitindion  de 
citoyen  romain  ; favoir  , la  toga  pour  les  hom- 
mes, & la  fiola  pour  les  femmes,  Aluratori  {An- 
naù  d‘ lîcLia , tom.  II.  fol.  22.)  cbferve  qu’en 
l'année  229  de  l'ère  chrétienne,  les  habillemens 
étoient  teilrmenr  confondus,  qu'on  ne  diftinguoit 
plus  les  perfonnes  libres  des  efclaves^  & comme 
ces  derniers  étoient  en  plus  grand  norr.bre,  Ul- 
pien , c'éièbrejurifconfulte-,  confeilla  à l’empereur 
Alexandre  , de  ne  point  récubiirla  diitinciion  dans 
les  haoEemens , de  crainte  qu’elle  n’eût  fervi  à 
faire  connoître  Z'à'S.  efclaves  leur  fupériorité  en 
nombre. 

Les  efclaves  romains  portoient  au  IV^.  fîètie 
de  cette  ère,  des  tuniques  rayées  & d'étoftes  à 
fleurs.  Ailc‘nus(/zo,’7Z27.  uà.  ),  pariaiiî  d'une  .femm.e 
qui  fe  deguifa  en  efeiave , pour  fuivre  fon  mari 
rofent  & fugitif  , dit  qu’ede  coupa  fes  cheveux 
_ cet  ertet,  & qa'elie  prit  une  tunique  d’homme, 
faite  d une  etofle  à Êturs.  Ils  mettoient  fur  la 
tunique  ces  manteaux  aufîî  courts  que  cet  habil- 
iemeat , faits  d’étoffes  groflières  , velues,  de 
couîeurs  fombres  ; iis  étoient  aopeilés  lacerna , 
pœnula , btrrus  & garnis  ordinairement  de  capu- 
chons. 

Lorfqu’on  expofoic  en  vente  les  efclaves , on 
fufpendoît  à leur  col  un  éenteau  , fur  lequel  étoit 
énoncé  l’art  ou  la  profeffion  qu’exerçoient  ces 
efclaves.  Prcperce  ( iv.  j-.yi.  ); 

Aut  quorum,  titulus  per  harhara  colla  pepeitdit. 

On  frottoir  avec  de  la  craie  les  pieds  dos 
efclaves  amenés  d’Ahe  à Rome  ; c’étoir  dans  les 
marchés  leur  caractère  diitir.ûif.  Pline  en  fait 

mention  ( XXXV.  17.  } creta pedes  venaliu-in 

transmare  adveüorum.  denotare  infituerunt  majores* 


ESC 


ESC  n3 


Quand  le  tHarchand  A'efdaves  ne  voulcît  pas 
engaranrir  qu'.-lqacs-ans/il  ue  ies  expofoit  pas  en 
vente  ^ la  rc:e  nue  comme  les  autres  ; mais  il  les 
ccetfok  d'un  bjnnet  pour  avertir  les  acheteurs. 

Nous  allons  donner  que’ques  aeperçts  des 
fouîmes  que  coûcoienr  les  efciaves  aux  tontains. 
Ü.i  obferv'era  que  les  monnoicSj  foie  d’or  ^ loir 
d’argentj  n’ayant  qu'une  valeur  précrire  , qui 
dépend  abrolument  du  prix  des  denrées  de  pre- 
ir.ière  néceflitéj  l’on  fe  croit  obligé  de  fure  les 
calculs  & les  appréciations  en  bled,  parce  que 
cette  denrée  eft  !a  plus  précieufe  & la  plus  né- 
ceflaire. 

« Au  rapport  de  Pline  ( lia.  XVIII.  cup.  III.  ) , 
vers  l’an  f02  de  Rome  , c’elî-a-dùe , environ  90 
ans  aV-int  Carofi,  un  modius  de  b'ed  , un  con_e 
de  vin,  tieiite  livres  de  figues  sèches,  d;x  livres 
ou  dix  hémines  d’hjile  d'od-.es,  douze  livres  de 
viande  j toutes  ces  chofes  étoient  de  même  valeur , 
& coûcoient  un  as  chacune 

« Si  les  prix  de  ces  diofts  gardoient  _ encore 
la  même  proportion  au  temps  de  Caton,  ils  s’en- 
fuivra  qu’il  donnoit  à chacun  de  les  ejUaves  ji 
modius  de  bled  ea  nature , 2 f mod  us  e.a  n.î- 
tdte  d’huile,  & 80  modius  en  nature  de  vin  : 
ces  trois  objets  feuls  fe  montent  à la  va  eut  repré- 
fentative  de  133?  modius  de  bl:d , qui  ient 
103  boiiteaux,  ou  8 |-  feticts  mciurede  Paris, 
pour  la  confoiTi.mition  annuelle  d un  efeiave  chez 
les  romains,  fans  y comprendre  les  oiiv'v s,  dont 
la  quantité  n’eù  pas  déterminée  , le  vinaigre  , le 
poiilon,  le  fel,  le  petit  vm  qu’ii  buvoit  durant 
un  quart  de  l’année  1 interet  de  i argent  qii  i- 
avoir  coûté  à fou  ciaître,  les  vêre.r.ens,  ion  lo- 
gement, fes  outils,  &c. , a 20  livres  ie  fecierde 
bled,  les  8f  fstieis  feroienc  déjà  172  liv.». 

“ Nous  avons  dit  que  l’on  devoiî  ajouter  à 

la  fomme  précédente  ce  à quoi  revsnoir,  par  an, 
un  efùave  aux  romains  , à raifon  de  l’intérêt  de 
la  fomme  qu’il  ktir  coûtoiî  d’achat.  Un  efdave 
vigneron  s’achetoit  huit  miiie  felterces , félon 
Columelle  { de  re  riifl.  lih.  III.  cap.  III.  ;;  il 
fuffifoit  pour  cultiver  feptjugères  de  vigne  ; cha- 
que jugère  pouvo’iî  rendre  au  moins  un  culléus 
de  vin,  qui  fe  vendoit  alors  , année  co.mmune , 
trois  cents  fîfterces.  Les  romains,  dans  le  teums 
dont  nous  parlons,  plaçoienc  leur  argent  a ir.terer, 
à raifon  de  fix  peur  cent  de  bénéfice  par  an  , 
luiyant  ie  m-é  r.e  écrivain,  d’où  il  iuir  que  les 
huit  mille  fefterces  dévoient  produire  quatre  cents 
quatre-vingts  fcfterces  par  année  , tomme  répon- 
dant au  prix  de  I y culléus,  çji  ou  3 f muids 
de  via,  mefure  de  Paris.  Nous  avons  parlé  d’une 
époque  où  un  conge  de  vin  valoit  un  modius  de 
bled*j  aujourd’hui  le  conge  de  vin  vaudroit  plus 
que  le  modius  de  bled  : mais  fuppofons  l’égalité 
parfaite,  le  ciiîiéas  contenoic  160  conges,  en 
forte  qiî’un  cuUéas  & f font  236  conges  de  vin. 


correfpondans  à 2 yd  modius  de  bled.  Cette  quan- 
tité de  bled  revient  à 198  boiffcaux,  ou  i<S|  fctiers 
mefure  de  Pans,  .ùioutons  à cette  Quantité  les 
8 y fetiers  ce  l'aune  part.  Se  nous  trouverons 
qu’un  efciuve  vigneron  coùîoit  aux  romains  2y^'jV 
fetiers  de  bied  par  an,  oour  fa  nourriture  feule- 
ment , S;  lêintérèt  de  la  fomme  qu’il  avoir  coûté^à 
Ton  maître.  En  n’e'ùirr.ant  le  ferier  de  bled  qu  à 
20  liv.  tournois  , cet  nomme  coûtoit  co2  Iv.  , & 
cependant  il  ne  cuitivoir  eue  fepi  jugères,  c’cll- 
à d-re  , trois  arpens  & A,y  : on  peut  rcirurquer 
que  dans  ce  temps-là,  qui  étoit  le  iiècie  d’Au- 
guile  , un  efcla-ve  qii’cn  achetoiî  8coo  Icuerces  , 
coùroit  1803  iiv.  de  notre  monneie  ; que  le  niuid 
de  Paris  de  vin  valoit  31  liv.  8 f. , à railon  de 
3CX3  felierces  ie  culléus  j & qu’à  radon  de  icco 
fefterces  , ie  jugère  de  vigne  , I rupent  de  France  , 
auroit  valu  418  liv.  14  f.  >5.  ( Métrologie  ae 
M.  PauBon.  ) 

L’entretien  c’un  efclaye  étoit  fous  le  règne  de 
Néron,  de  Go  modius  de  bled,  & de  60  deniers 
d’argent.  Évaluai;!  ie  modius  à environ  f du  boii- 
feau  de  Paris  , & le  denier  à 18  fois,  nous  aurons 
e.n  argent  34  liv. , & en  bled  48  boilTeaux , ou 
quatre  fetiers  valant  80  liv.,  iorfque  le  feticr 
n’eft  qu’à  20  liv-  L’entretien  annuel  d’un  enclave 
n’ércit  donc  en  tout  que  de  134  üv. 

Sénèque  voulant  peindre  les  airs  affeétés  d’un 
efclave  , à qui  fon  maître  faifoit  jouer  dans  une 
tragédie  le  rôle  d’Atrée  , {^eprfi.  8c).  ) dit  : 
qui  in  feenâ  laxius  Ir.cedii  ^ & h&c  r.j j.piniis  dieu-: 

S'Jperius  Argi  régna  mi  HcpAt  Telops  ; 

Qzsâ  ponio  ab  Hclles  atque  ab  lonio  rniari 

Urgetur  ijthmos 

Serviis  efi , quiaque  modios  acelpit  , & quinqne 
denarios. 

Pour  complettsr  ces  rapproehemens , on  ob- 
fervera  qu’un  journalier  doit  aujourd'hui  g.tgner 
chaque  jour  la  valeur  d'un  boifTeau  de  bled  , 
plus  ou  moins,  félon  la  nature  de  fes  travaux, 
pour  pouvoir  élever  fa  famille. 

Esclaves.  Hercule  étoit  le  dieu  tutélaire  des 
efciaves  , dit  Hérodote  au  livre  fécond  , où  il 
raconte  , qu’on  éleva  en  Égypte  un  temple  à 
Hercule,  pour  être  l’afyle  des  efciaves. 

ESCL^LAFE,  appelié  ASCLEPIIJS  par  iss 
StecSjétoit,  {Homer.kymn.  i y.  ) fuivant  l’opi- 
nion commune,  fiis  d’Aipoilon  & de  Coronis  ; il 
fut  tiré  du  fein  de  fa  mère,  que  ie  dieu  avoir 
tuée  à caufe  de  fon  infidélité  , & allaité  par  une 
c’hèvre.  Comme  le  nom  de  Coronis  fignifie  Cor- 
neille, quelques  mythologues  ont  cru  , au  rapport' 
de  Lucien  , qa  Efcidape  étoit  forti  d’un  œuF  de 
Corneille , fous  la  figure  d’un  ferpent.  II  fat  élevé 


^74  ESC 

ptr  le  centaure  Chiron  éz  qui  ?!  apprit  la 
Â'Iédeeine  fx'  !a  connoiffance  des  plantes  ; iî  y de- 
vint iî  habile  J,  que  non  feulement  ii  gucriîToitîes 
malades  , mais  encore  relTufcitoit  les  morts,  ( E^- 
rivid.  Aie.  ilf.  Piitdar.  Pith.  j.  ) Hippolyte , 
fiîs  de  Théfée  , & Glaiicus , fils  d'Hippolyte. 
Voyc:^  GlAUCUS  , HiPPOLYTE. 

Flüton  fe  plaignit  à Jupiter  , que  Tempire  des 
morts  diminuoit  confidérablement  par  l'art  A'Ef- 
culaye , & couroit  même  rifque  de  fe  voir  en- 
tièrement defert.  Jupiter,  par  complaifance  pour 
fon  frère , tua  Efculape  d'un  coup  de  foudre. 
Apollon  pleura  beaucoup  la  mort  de  fon  fils , fe 
vengea  fur  les  Cyclopes  , qui  avoient  fabriqué 
la  foudre,  Sc  ne  îe  confola  qu’après  que  Jupiter 
lui  eut  accordé  pour  Efcdlare  une  place  dans  le 
ciel , où  il  forme  la  conilellation  du  ferpentaire. 
Voye^  Cyclopes. 

Son  culte  fut  d'abord  établi  à ÉpidAURE  , 
lieu  de  fa  naiffance  , & de  là  il  fe  répandit  dans 
toute  la  Grèce.  On  le  repre'fentoit  quelquefois 
fous  la  figure  d'un  ferpent  ; quelquefois  auffi  avec 
une  figure  humaine  , tenant  un  bâton,  autour 
duquel  un  ferpent  eft  entortillé.  Le  ferpent  eft  le 
fymbola  de  la  fanté , parce  que,  dit  Pline,  cet 
animal  fert  à plufieurs  remèdes  , ou  parce  que 
le  ferpent  eft  le  fymbole  de  la  prudence  , vertu 
& néceffaire  aux  médecins}  ou  peut-être  enfin, 
parce  que , comme  le  ferpent  fe  renouvelle  en 
changeart  de_peau,  l'homme  auffi  eft  renouvellé 
par  la  médecine  , qui  lui  donne  comme  un  corps 
nouveau  par  la  force  des  remèdes.  Le  coq  eft 
auffi  un  des  f^nnbo'es  ô.’Efculape,  à caufe  de  fa 
vigilance.  Ce  coq  fait  fouvenir  des  dernières 
paroles  de  Socrate,  lorfqu'il  aüoit  rendre  l'arne: 
nous  devons  un  coq  a Efculape , donne-^  - le  fans 
délai.  Tous  les  habiles  médecins  de  l’antiquité 
ont  paffé^pour  Tes  fils.  Il  eut  pour  femme  Épione 
ou  Lampécie  , dont  il  eut  entr'autres  enfans  deux 
fils.  Machaon  & Podaürius;  & quatre  filles, 
Eglé  , Panacée , Jafo  & Higiée.  Cette  dernière , 
fiûvant  Orphée,  étoit  fa  femme.  Tous  les  tem.ples 
Efculape  e'toient  hors  des  villes , parce  qu'on 
croyoit  la  demeure  des  champs  plus  faine  que 
celle  des  villes.  Il  y en  avoir  plufieurs  où  il 
rendoit  des  oracles,  comme  ïEpîdaure  zV^r- 
game.  Lucien  dit  qu'on  plaçoit  des  ftatuesd'A/ 
culape  dans  les  bains  ; appardmment  parce  qu'ils 
fervent  à conferver  & à rétablir  la  fanté ‘ 
qu'ils  font  du  reffort  du  dieu  de  la  Âlédecine. 
Ou  a trouvé  une  table  de  cuivre  , gravée 
en  caraéière  grecs  , qui  rapporte  quatre  guérifons 
miracu'eufes  opérées  pOiX Efeidape',  8c  qui  ne  font 
que  l'effet  de  la  fourberie  des  prêtres  de  ce  faux 
dieu , qui  apoftoient , fans  doute  (îes  gens  pour 
feindre  des  maladies  & des  guérifons  miracu- 
îeufes.  Gaius. 

On  donnoît  auffi  pour  fils  à Efculape  le  petit 


ESC 

Telelphcre,  quj  l’acMmpagne  quelquefois  fur 
les  monumens.  Koyep  i élesfhore. 

Le  p'us^  fameux  des  te.mples  de  cette  divinité, 
étoit  àEpidaure,  lieu  de  fa  naiffance  : G ftamè 
étoit  d'or  & d'yvoire  , & portoit  une  srinde 
bar’oed’or.  Denis- le- tyran  enleva  cette  barbe  d'or 
( Ciesro^natur.  deor.  z.  z f.  ) difant  pour  fon  exeufe, 
cu'i!  nTtoit  pas  féant  de  voir  le  fils  b.  rbu  * 
tandis  qii'Apollon,  fon  père  , étoit  fans  barbe! 
Il  etoit  repréfenté  affis  fur  un  trône,  ayant  un 
bâton  à une  main  , & tenant  l'autre  m.’in  fur  la 
tête  d'un  ferpent , avec  un  chien  couché  à fes 
pieds.  ValèrC; Maxime  raconte  la  manière  dont 
Ÿ Efculape  d’Epidaure  fut  tranfporté  à Rorr.e, 
fous  la  figure  d'un  ferpent,  i’an  de  la  fon- 
dation. « Rome  ayant  été  trois  ans  de  fu’te  affli- 
’!>  géê  de  la  pefte  , de  telle  forte  qu'i!  ify  avoit 
” plus  aucun  fecours,  ni  divin  , ni  humain  , les 
” prêtres  allèrent  confulter  les  livres  fibyîlins , & 
” ils  y trouvèrent  qu'il  ne  falloit  pas  efpérer  de 
re.mède.s,  à moins  qu'on  ne  fît  venir  le  dieu  d'Épi- 
” daure.  Onyenvoyades  ambaffadeurs , qui  Airent 
” introduits  dans  le  temple  , & trouvèrent  le  dieu 
” propice  à leurs  prières.  Le  ferpent  que  les  épi- 
” dauriens  honoroient  comme  Efculape,  & qui 
ne  paroiffoit  que  rarement , fonic  de  lui-même, 
” & alla  pendant  trois  jours  dans  les  lieux  les  plus 
” fréquentés  de  la  ville , témoignant  par  fes  doux 
” regards  qu’il  quittoit  volontiers  fa  demeure. 

Il  fe  rendit  enfin  au  vaiffeau  des  romains , & 
” monta  à la  chambre  même  de  l'ambaffadeur , 

” où  il  roula  fon  corps  en  plis  & replis  , comme 
” un  peloton , témoignant  qu'il  vouloir  y demeurer 
” & s'y  repofer.  Les  envoyés  partirent  avec  le 
” ferpent , pour  retourner  à Rome  , & abordè- 
” rent  à Antium.  Le  ferpent  fortit  alors  du  vaif- 
” feau,  Sc  s'en  alla  droit  au  temple  à" Efculape, 
où  ii  s'entortilla  à une  palme  ; ce  qui  fit  craindre 
” aux  romains  qu'il  ne  voulut  établir-!à  fa  de- 
meure. Mais  il  diffipa  bientôt  leur  crainte,  & 

” leur  fit  voir  qu’il  n'y  étoit  ailé  que  pour  prendre 
” un  gîte  convenable.  Il  retourna  donc  au  vaif- 
” feau  ; les  amb.afladeurs  arrivèrent  enfin  à Rome, 

” Sc  abordèrent  à l'une  des  rives  du  Tibre, 
vis-à-vis  de  l'ifle.  Alors  le  ferpent  fe  jetta 
dans  la  rivière,  aborda  à l'ifle,  & s'arrêta  à l’eü- 
” droit  où  l'on  bâtit  depuis  le  temple  di  Efculape, 

Ii  fit  cefter  la  pefie,  pour  laquelle  on  l’avoit 
” fait  venir”.  Depuis  ce  temps-là  on  eut  recours 
1 toutes  les  fois  que  ia  pelle  parut 
dans  Rome. 

^Les  mythologues  trouvent  des  motifs  à toutes  les 
fables  qu'on  a débitées  fur  ce  dieu.  Pairfan’as 
(znAcka'lcis)  croit  cm  Efculape  n'eft  autre  chofe 
que  l'air  , parce  que  la  bonté  de  cet  élément  con- 
tribue beaucoup  à !.a  fanté.  On  le  dit  fils  d'A- 
pollon , parce  que  c'eft  le  foIeO  qui  purifie  l'air  , 

& le  rend  falutaire.  On  a dit  auâ'i  qu'il  reffufeitoit 


ESC 

les  morts , parce  qu’il  avoit  guéri  des  malades 
défefpérés , Scc. 

Les  grecs  donnèrent  !e  nom  à'Efculape ^ à des 
divinités  égyptiennes  , dont  les  fonctions  ctoient 
les  mêmes  que  celles  du  dieu  de  la  Médecme. 
S.  Clément  d’Alexandrie  ( Stromat.  I.  ) parle  de 
YEfcu/ape  de  Memphis./Ammien  Marceliin  ( àè. 
XXII.  ) dit  que  Memphis  étoit  célèbre  par  la 
prélence  ü.‘ Efculape.  C’elt  ce  dieu  que  Ton  doit 
reconnoïcie  avec  Jablonski  ( Pantk.  Ægypti  liv. 
V.  cap.  6.  ) fur  une  médaille  de  Memphis , 
publiée  par  VaiUant  ( Ægypt.Namif.  p.ioç).), 
où  Ton  voit  un  homme  debout  j ayant  de  la 
barbe , & fur  la  tête  un  coq  , oifeau  confacré  à 
Efculape.  Il  tient  une  hafte  & un  fiilre. 

Efmunus  ( voye:[  cc  mot  ) était  auffi  un  Ef 
(iilape.  Les  livres  herméciques des  égyptiens- font 
Efculape  tantôt  n;s  de  Pan^  tantôt  ïe  meme  que 
Pan.  Mais  la  divinité  égyptienne  ^ qui  rehembloit 
le  plus  à VEfculape  des  grecs  , éto't  le  Sérapis 
moderne  qui  opéroit  des  guénions.  Deum  ipfum 
Serapim , dit  Tacite  ( hifl.  lih.  IV . cap.  64.  ) 
multi  Æfculapium  , quod.  medeatur  &gris  corporî- 
hus  y conjecîant.  Cette  identité  eii  annoncée  par 
un  grand  nombre  de  monumens  , fur  lefquels  on 
voit  la  tête  ài  Efculape , chargée  du  boiileau , 
Gomme  l'étoit  celle  de  Sérapis.  D’ailleurs  on 
révéroit  un  grand  ferpent  dans  le  temple  d‘Efcu- 
Iqpe  y à Alexandrie , fous  le  règne  de  Ptolémée 
Évergète  j or  ^ c’étoit  le  même  temple  que  les 
lagides  avoient  éfevé  à Sérapis.  ( Ælian.  de  animal, 
lib.  XVI.  cap.  39.  ) D’ailleurs  les  malades  paf- 
foient  les  nuits  dans  les  temples  de  Sérapis  ( hifi. 
Taciti  lib.  IK.  cap.  8i.)s  y apprendre  en 

fonge  les  recettes  qui  pouvoient  feu'ager  leurs 
maux;  ce  qui  fe  praù-'.uoit  aulh  dans  les  temples 
^Efculape.  Macrobe  aiïuie  que  les  égyptiens  pla- 
çoient  toujours  hors  des  valks  les  temples  de 
Sérapis  ( Saturnal.  I.  c.  7.  ) ; ce  que  nous  avons 
vu  plus  haut  être  obfervé  par  les  grecs  pour  le 
temple  à’ Efculape. 

Efculape  eft  ordinairement  repréfenté  vieux  , 
avec  une  barbe  forte , la  poitrine  nue  , & avec 
une  chauffure  grecque  j appeiiee  par  Lertullian 
crepids,  cretats,. 

On  trouve  à la  vérité  quelquefois  j mais  rare- 
ment, ce  dieu  repréfenté  fans-  barbe.  C eii  ainii 
que  le  moncrent  une  médaille  de  Pergame  » frap- 
pée en  l’honneur  de  Caracaila  & de  Geta , une 
pietre  gravée  du  mufeum  florentin;  & c’eft  ainfi 
que  Pauianias  l’avoit  vu  repréfenté  à Phlius  & 
à Sicyone. 

Ses  cheveux  s’élèvent  au-deffus  du  front  d’une 
manière  affe^  approchante  de  celle  de  Jupiter. 
De  forte  aue„  pour  !a  chevelure  , il  n’y  a pas 
une  grande  üîâetence  entre  le  père  des  dieux 
& fes  petits-fils  > ce  qui  nous  eft  prouvé  par  la 


ESC  J7J 

plus  belle  tête  ài Efculape  y d’une  des  fiatues , plus 
grande  qae  nature  , de  la  villa  Albani,  & par  une 
infinité  d’autres  figures  de  cette  divinité , entre 
autres  par  ceile  qui  efl  en  terre  cuite  au  cabinet 
d’Herculanum.  Cette  grande  reflemblance  du 
petit-fils  avec  le  grand-père,  pourroit  bien  avoir 
pour  principe  la  remarque  faite  jadis  par  les  an- 
ciens, que  le  fils  reffembie  fouvent  moins  au 
père  qu’au  grand-père. 

Efculape  n’eft  pas  toujours  couronné  de  laurier. 
Il  porte  un  diadème  fur  quelques  liatues,  & fur 
un  bas-relief  de  l’inftitut  de  Bologne. 

Sur  une  cornaline  de  la  colleclion  de  Stofeh 
( lE.  clajfe.  240.  ) , on  voit  Minerve  debout  , 
appuyée  contre  une  colonne,  donnant  à Efcu- 
lape y qui  efi  aifis  devant  elle,  le  bâton  autour 
duquel  le  ferpent  eil  entornÜé.  Cette  gravure 
rappelle  l’identité  de  Hygie  , fille  à’Efculape  , 
déeffe  de  la  famé  , & de  Miv.eïye-medica. 

Mgr-  Borgia  pofsède,  à Rome,  une  lame  de 
bronze  votive , fur  laquelle  on  lit  : 

ESCÜLAPIO 
DICTA  ET  FACTA 
ISGCHRISUS. 

Dicia  & facia  eft  mis  là  pour  diElum  & faSum 
fur  le  champ. 

Le  P.  Lupi  a publié  l’amulette  fuivant  de 
bronze  , reconnoiflable  par  la  bélière  pratiquée  à 
l’angle  fupérieur. 


C2 


Escuiafe  , ou  quelqu’un  de  fes  attributs  , 
fert  de  type  aux  médailles  d’Hiérapolis  en 
Phrygie,  de* Menre,  de  Pergame,  de  Philadelphie 
en  Lydie , de  Sala. 

Esculape,  fils  d’Alcippe  & d’Arfinoë. 

Cicéron  compte  trois  Efculapes  : le  premier,  fils 
d’Apollon,  dont  nous  venons^ de  parler.  « Le 
fécond,  fi's  de  Mercure,  c’eft  celui  qui  fut 
» Âappe  de  la  foudre  ; il  fut  enterré  à Cynofure. 
01  Le  troiuème  eft  le  füs  d’A.lcippe  & d'ATwoë  : 
11  c’eft  lui  qui  avoir  trouvé  le  fecret  de  purger 
« le  ventre  '&  d’arracher  les  dents.  On  montre 
11  en  Arcadie,  aftex  près  du  fleuve  Lufius,  fon 
» fépuicre  & fon  bois  facré«= 


Sl6  E S O 

ESMUKUS , IcHMix,  IscHEMtrs,  Smin, 
Smcn  , Chemmis.  Jabionski  ( Panthéon  Agyptiac- 
' lie.  II.  cap.  7.  ) a différens  noms 

déilgnoient  la  même  divinité  phénicienne  , ap- 
pellés  ie  pins  ÇanvtwzEfmunus.  Damafeius  , dans 
la  vie  d^Ili.iore  , ( Pkotii  biblioth.  cod.  242.  ) 
dit  que  l’Efculspe  ^ adoré  à Bérpte , en  Phénicie  ^ 
u'étoit  ni  grec  ^ ni  égyptien  ; mais  que  c’étoit 
un  phénicien.  Sanucus  fut  d’abord  père  des  Diof- 
cures  & des  Cabires  j enfuite  il  engendra  un 
kiiitieme  enfant  3 Efmunus , nom  que  l'on  traduit 
par  celui  d’Efeu’ape.  D’autres  le  traduifent  par 
huitième.  Lejeune  Efmunus  fut  aimé  ardemment, 
& recherché  par  Aftronoë  ( Afiarte')  ; mais  vou- 
lant, à l’aide  d’une  faulx,  fe  mettre  dans  l'im- 
poffibiüîé  de  fatisfaire  des  defirs  qu’il  ne  parta- 
geoir  pas , il  s’ôta  la  vie.  Aflronoè’  appella  Pan 
à fon  aide , rechauffa  le  jeune  Efmanus  , & le 
mit  enfuite  au  nombre  des  dieux.  Son  nom 
phénicien  , Efmunus , étoit  relatif  à la  chaleur 
vitale. 

Malgré  ce  récit  de  Damafeius , on  ne  peut 
douter  qaEfmunus  nq  fût  d’origine  égyptienne. 
Il  y avoir  même  en  Égypte  deux  villes  qui  por- 
toienf  fon  nom,  & que  les  grecs  appelIèrentPa- 
nopolis  Se  Hermopolis.  Son  nom  dans  la  langue 
phénicienne  lîgnifioit  huitième , d’où  on  peut 
conclure  que  ce  fût  une  huitième  divinité, 
ajoutée  aux  fept  primitives , les  fept  planètes. 

Les  grecs  voyant  rendre  à Efmunus , dans  Chem- 
mis 3 ville  de  la  Thebaïde  , un  culte  femblable 
à celui  qu’ils  rendoienr  à Pan  , confondirent  ces 
deux  divinités , & appellèrent  la  ville  Panopolis. 
Ayant  aulfi  vu  rendre  au  même  Efmunus  y dans 
l’Égypte  moyenne,  un  culte  femblable  à celui 
qu’ils  rendoient  à Mercure , ou  Hermès , con- 
fondirent de  nouveau  Efmunus  avec  Mercure, 
& appellèrent  la  ville  Hermopolis. 

ÉSON,  fils  de  Créthéus,  roi  d’iolchos , en 
ThefTalie,  &:  de  Tyro , fdle de  Salmonée.  Voyei^ 
Ai'IPHIARAÜS  3 PeLIAS. 

Éfoji  fut  détrôné  par  fon  frère  Pélias  , & 
obligé  de  vivre  en  fimple  particulier  dans  fa 
capitale.  Il  fut  père  de  Jafon  , & eut  bien  de 
îa  peine  à faever  ce  jeune  prince  des  mains  du 
tyran.  La  fable  dit  que  Jafon , au  retour  de  l’ex- 
pédition des  Argonautes  , touché  de  voir  fon  père 
Efon  accablé  de  vieiileffe  , & déjà  fur  le  bord  : 
du  tombeau,  pria  Médée  , fa  nouvelle  époufe, 
djernpioyer  quelques-uns  des  fecrets  qu’elle  pof-  ^ 
fédoit  , pour  rajeunir  fon  père,  ou  pour  pro-  ■ 
longer  fa  vie.  Médée  auffi-tôt  fait  defeendre  du 
ciel  un  char  , traîné  par  des  dragons  ailés , dit 
Ovide , & y étant  montée , elle  parcourt  di- 
verfcs  régions  , y recueille  des  herbes  de  toutes 
fortes  d’elpèces  , en  cpmpofc  un  breuvage,  puis 
fait  fortir  aes  veines  d Éfan  , le  fang  qui  y couloir,. 


ESP 

& y fait  entrer  en  fa  place  b liqueur  qu’elle  venoît 

de  préparer.  A peine  le  breuvage  s’eft  - 9 inlinué 
dans  le  corps  du  vieillard , que  fa  barbe  Se  fes 
cheveux  commencent  à noircir  , les  rides  drfpi- 
roiifent  de  fon  vifage,  & U reprend  fon  embon- 
point & fa  force. 

Il  y a des  mythologir's  qui  expliquent  cette 
fable  par  la  transfuiîon  du  fang,  remède  qui  a 
été  tenté  quelquefois  , mais  qui  a toujours  très- 
mal  réufii.  D’autres  difent  que  Médée , ayant 
appris  de  fa  mère  la  connoiffance  des  fimples  , en 
avoir  compofé  un  remède  qui  avoir  donné  des 
forces  à fon  beau-père.  Mais  ces  explications  ne 
font  pas  d’accord  avec  les  traditions  hlftoriques  ; 
car  il  eft  certain  qaÉfon  avoir  été  obligé  pat  Pé- 
lias, de  boire  du  fang  de  taureau,  & -étoit  mort 
avant  l’arrivée  de  Jafon  , ainfi  que  fa  femme,  qui 
s’étoit  pendue  de  defefpoir;  & que  Jafon  , à fon 
retour , ayant  appris  la  mort  de  fon  père,  fit  célé- 
brer des  jeux  funèbres  en  fon  honneur  par  les 
Argonautes. 

ESPAGNE  f Ê-re  d’ ). 

Augulle  ayant  achevé  , l’an  715-  de  Rome, 
39®.  avant  Père  vulgaire,  la  conquête  de  l’Ef- 
pagne , cet  événement  donna  naifTance  à une  ère 
nouvelle,  fondée  fur  le  calendrier  Julien,  la- 
quelle commença  au  janvier  de  l’année  fui- 
vante.  Elle  eut  lieu  non-feuieraent  dans  l’Efpa- 
gne  , mais  auffi  dans  l’Afrique  (i),  & dans  nos 
provinces  méridionales  de  France,  qui  furent 
foumifes  aux  vifigoths(2)  : maisdepuis  le  IX.fiècle, 
elle  n’étoit  pas  feule  dans  la  date  de  l’année,  & 
on  lui  joignoit  affez  communément  celle  de  l’in- 
carnation. L’ufage  de  Fère  d’Efpagne  fut  aboli 
dans  b Catalogne  j^I’an  1180,  en  vèrtu  d’un 
canon  du  concile  de  iarragone  , tenu  cette  année, 
par  lequel  il  étoit  ordonné  de  fe  fervir  de  1 ere 
de  Lincarnation.  On  fit  un  femblable  règlement 
dans  le  royaume  de  Valence,  en  1358,  dans 
celui  d’Arragon , en  130,  dans  celui  de  Caftille, 
en  1383,  & enfin  en  Portugal,  l’an  1422,  ou, 
félon  d’autres,  en  1415-.  Dans  notre  Table  Ckrc- 
NozoGiQUE  , nous  faifons  concourir  l’an  59  ce 
cette  période  avec  l’an  premier  de  J.  C.  Tous 
deux  commencent  au  premier  janvier,  parce  que 
lere  à’EJpagne  devance  de  -38  ans  pleins  l’ère 
chrétienne.  ( Art  de  vérifier  les  dates.  ) 

Espagne.  ( Métrologie  de  M.  PauBon.') 

“ L ancienne  Ejpagne  pouvoit  être  comparée 
aux  pays  les  plus  délicieux  de  la  terre,  & aucun 
ne  lus  étoit  préférable  pour  l’abondance  des 


(i)  La  plupart  des  conciles  de  Carthage  font  datés 
de  l’ère  d’Efpagne. 

(1)  Le  concile^  d’Arles,  célébré  l’an  S13  de  J.  C. 
porte  la  date  ds  l’èie  d’Jifpagne , Sjr, 

^.éceltsa 


ESP 

récoltes  en  bîeds , en  vins  & es  fruits  de  toute 
forte.  On  y tfouvoit  toutes  les  chofes  néceiTaires 
a h v:e  ^ comme  celles  qui  ne  font  recherchées 
que  pour  le  iuxe.  II  y avoir  des  mines  d’or  Se 
d argent  j de  grands  vignob'es  , de  valles  plants 
d oliviers.  L’on  n y voyoit point  de  terres  incultes, 
point  de  iîériles  j car  les  cantons  où  le  bled  ne 
rémlilToit  pas,  fournifîbienc  d’excellens  pâtura- 
ges; & s’il  y en  avoir  quelques-uns  qui  ne  fuflent 
propres  à aucune  de  ces  productions,  on  y re- 
cueilloit  des  joncs  marins  , qui  fervoient  à faire 
des  cordages  pour  les  vaiifeaux,  des  nattes  & 
d autres  ouvrages  utiles.  Tel  eft  le  témoignage 
que  Solin  rend  de  la  bonté  des  terres  a Efpagne. 
Pomponius  Mêla  dit  que  YEfpagne  abonde  telle- 
ment en  hommes,  en  chevaux  , en  fer,  en  plomb, 
en  argent  & en  or  ^ que  lî  dans  quelques  en-  . 
«droits  la  difette  d’eau  la  rend  dilTemblable  d’elle- 
meme,il  y croît  cepejidant  du  lin  & du  jonc 
avec  quoi  on  fait  des  cordes  & des  nattes.  Juiiin 
( lib.  XLIV . ) dit  que  YEfpagne  eft  plus  fertile 
que  la  Gaule,  & même  que  l’Afrique;  car,  dit-il, 
cette  région  n’eft  point  brûlée  par  les  ardeurs  du 
foleil , comme  l’Afrique,  ni  fatiguée  par  des  vents 
violens  & continuels,  comme  la  Gaule;  mais.» 
placée  ensre  ces  deux  pays , elle  eft  vivifiée  & 
fécondée  par  des  chaleurs  bienfaifantes , & des 
pluies  modérées,  au  point  qu’elle  procure  abon- 
damment tous  les  fruits  & toutes  les  chofes  né- 
ceflaires  à ia_  fubfîftance , non-feulement  de  fes 
habitans , mais  encore  des  citoyens  de  la  ville 
de  Rome&  de  toute  l’Italie,  auxquels  elle  payoit 
en  tribut  le  vingtième  de  tout  fon  bled.  Elle  ne 
produit  pas  feulement  une  prodigieufe  quantité 
de  froment,  elle  eft  également  fertile  en  vins 
délicieux  , en  miel  & en  huile.  Elle  abonde  en  . 
chevaux  , en  lins  , en  joncs.  Les  entrailles  de  la 
terre  y font  remplies  de  mines  d’or  , d’argent , 
de  fer  & de  vermillon». 

_ « Le  montOrolpeda  abonde  en  mines  d’argent, 
ainfi  que  les  environs  de  la  ville  d’Ilipa  fur  le 
Bétis,  & de  Sifapo , à préfent  Sirnéia , plus  au 
nord,  près  des  bords  duTage  & duGuadalquivir.  , 
Dans  la  Galice  , fouvent  les  laboureurs  enlè- 
vent des  blocs  d’or  avec  leur  charrue.  Il  y en  a. 
également  des  mines  dans  les  Afturies.  Mais  la 
mine  d’argent  la  plus  abondante  étoit  ficuée  à 
deux  tiers  de  lieue  de  Carthagène.  Quarante 
mille  hommes  étoient  employés  à l’exploiter , & 
ils  fournifldient  au  peuple  romain  la  valeur  de 
vingt-cinq  mille  deniers,  ce  qui  revient  à i8,<5i2 
livres  par  jour,  & par  an  à 6,793,^62  livres. 
L’Afturie  , la  Galice  & la  Lufitanie  rendoient 
aux  romains  12,300,000  livres  par  an.  Dans  un 
endroit , appelle  Bebelo  , qu’on  croit  avoir  été 
fitué  près  de  la  ville  d’Ofca  , dans  le  pays  des 
ilergeces , d y avoir  un  puits , commencé  par 
Anniba! , qui  rendoit  au  propriétaire  trois  cents 
poids  d’argent  par  jour , ce  qui  revient  à 8,212,300 
Antiquités  , Tom,  II. 


ESP  y-ry 

par  an.  Enfin  l’agent  étoit  fi  commun  ea  Efpct- 
, qu’on  en  faifoit  des  ancres  pour  les  navires  ^ 
des  tonneaux  pour  mettre  y les  liqueurs,  & des 
lambris  dans  les  appartemens.  Enfofte  que  cette 
contrée  autrefois  fur  pour  les  carthaginois,  & 
pour  les  romains,  ce  qu’eft  aujourd’hui 
l’Amérique  pour  les  efpagnols». 

^ « II  y a en  Efpagne  des  mines  de  fel , des  pierres 
d une  bonne  qualité  & d’une  grande  beauté  pour 
la  conftruétîon  des  maifons  ; il  a auffi  des  pier- 
res^ a chaux  , & û autres  dont  on  tire  un  ciment 
qui  fert  à donner  une  grande  folidité  aux  murs 
des  édifices  J.?, 

« Là,  les  troupeaux  de  bœufs,  de  chevaux, 
de  mourons  font  innombrables  ; les  bois  , les  fo- 
rêts, les  ptairies  & les  plaines  retentiffent  par- 
tout des  miigifi'emens  & des  bêlemens  de-  ces 
animaux.  Les  chevaux  de  ce  pays  font  très-efti- 
més.  Varron  rapporte  qu’on  a vu  en  Lufitanie 
des  porcs  fi  gras  qu’ils  avoient  un  pied  de  lard. 
Les  forêts  & les  montagnes  font  remplies  de 
daims,  de  cerfs,  de  fangliers,  de  lièvres  & de 
lapins;  d’aigles,  de  hérons,  d’éperviers , defai- 
fans  & de  francolins». 

« Les  mers  procurent  de  grands  poiflbns  , des 
^baleines,  des  congres,  des  murènes  , des  thons  , 
des  lamproies  8e  d’autres  ; des  huîtres  , Se  toutes 
fortes  de  poiftons  à coquille.  Les  fleuves  n’y  fonc 
pas  moins  poilfonneux». 

«En  faifant  l’énumération  des  produéiionsde 
l’Efpagne,  on  fe  perfuaderoit  volontiers  çu'on  fait 
la  defcription  de  ces  champs  fortunés  où  les  an- 
ciens avoient  imaginé  que  les  âmes  de  leurs  hères 
alloient  pour  jouir  de  la  féiicité , qui  étoit  le 
prix  & la  récompenfe  de  leurs  vertus.  En  effet  , 
c’étoit  dans  la  Bétique  , partie  méridionale  à'Ef- 
pagne  y 8c  dont  l’Andalouîie  fait  à préfent  la  meil- 
leure partie,  que'  les  mythologues  8e  les  poètes 
plaçoient  leurs  champs  élyfèes , parce  que  ce 
pays  avoir  la  réputation  autrefois  , comme  il  l’a 
encore  aujourd’hui , d’être  le  plus  délicieux  & 
le  plus  heureux  du  monde  ; prééminence  qu’il 
tient  autant  de  la  fertilité  de  fon  fol,  que  de 
la  bonté  & de  la  délicateffe  de  fes  fruits  Regio 
efi  , dit  Mérula,  parlant  de  l’Andaioufie  , qu& 
infigni  rerum  omnium  fertUitate  luxuriat , cuncias 
univerfi  terrarum  orhis  provincias  eo  nomine  facile 
fuperans.  Ce  géographe  moderne  n’eft  que  l’écha 
des  éloges  que  les  géographes  de  l’antiquité  ont 
faits  de  la  Bétique.  On  lit  dans  Pline  ( lib.  III. 
cap.  I.  ) : Bsitica  a flumine  eam  mediam  fecante 
cognominata  ; cuncias  provincias  diviti  cultu,  & 
quodam  fertili ac  ptculiari  nitore prsxedit . Le  même 
auteur  afture  {.lib.  XVIII.  cap.  X.  ) que  les  terres 
dans  toute  la  Bétique  rendoient  cent  pour  un  : 
càm  centefmo  quidem  & Leontini  Sicilia  campé 
funiunt,  aliique,  & iota  B&tica  & imprimis  Ægyptus. 

Sur  ce  pied,  il  ne  faudroic  que  432381  arpens 

D ddd 


57S  ESP 

par  an  en  cuî'nre  «àe  bieci , peur  nourrir  toute  la 
pupu'aîicn  » cui  eft  actireuement  en  t^jpagne  Sc 
en  Portugal  , '&  qui  fe  monte  à 9,300^000  âmes  ; 
car  un  arpent  qui  oreduie  cent  pour  un  , peut 
fournir  à la  lubiîftance  de  vingt-ane  perfonnes , 
en  fuppofant  la  femence  de  fix  bo;fleaux  & demi' 
par  arpent.  Auffi  ^ dit-on  , que  PAndaloufie  eft 
le  grenier , la  ca?e  & récurie  de  YEfpagne  =:>.  ' 

cc  Dans  le  Lexicon-biftorique-géographique  & 
poétique  de  Charles  Étienne  , la  Bétique  forme 
le  tiers  de  YEfpagne  ; mais  fur  Yorbis  romanus  de 
d'Anvüle,  ia  Bétique  contiendroit  feuîement 
dix-neuf  raillions  d’arpens  : or,  enaèrCj 

conjointement  avec  le  Portugal,  comprendroic 
plus  de  cent  treize  millions  d'arpens  fur  la  meme 
carte  ; par  conféqiient  la  Bétique  ne  feroit  guere 
plus  que  la  lîxième  partie  de  YEfpagne  antique , 
c’elt-à-dire , YEfpagr.e  afoueile  & du  Portugal 
Ênfemble.  Un  pays  dhine  îi  petite  étendue  ( s'il 
étoiî  encore  aîsfli  fertile  qu’il  étoit  autrefois_, 
félon  Pline  ) pourroit  nourrir  cent  millions  d habi- 
îahs,  en  ne  mettant  en  culture  de  bled  chaque 
anne'e  que  4,750,000  arpens,  qui  font  le  quart  de  , 
la  Bétique.  Et  fi  les  terres  avo-.ent  été  de^  cette 
qualité  dans  toute  l’étendue  de  YEfpagne  ancienne, 
îa  cinquième  partie  de  fes  terres  auroit  procuré 
la  fub'fiftance  à une  population  de  474,600,^0 
âmes.  Mais  YEfpagne  n’a  jamais  été  par-tout  éga- 
lement fertile  : en  général , ce  pays  eft  rempli 
de  montagnes,  & très-aride  en  beaucoup  d’en- 
droits. Strabon  ( lib.  III.  cap.^  I.  ) dit  que  la 
Turdétanie  & les  bords  du  Bétis , ou  Guadal- 
quivir,  font  très-fertiles  pour  le  froment,  les  vins, 
îes  huiles  de  la  meilleure  qualité  , les  laines  , les 
min.es,  d’or  & d’argent.  Ce  canton  fait  partie  de 
la  Bétique  , & nous  l’y  avons  compris.  La  Lu- 
fitanie  aujourd’hui  le  Portugal  & l’Eltrémadure, 
étoit  également  très-fertile  5 mais  elle  étoit  mal 
cultivée.  Les  ifles  Baléares  produifoient  une  pro- 
digieufe  quantité  de  bleds.  Mais  ce  gét^raphe 
obferve  que  la  partie  feptentrionale  de  YEfpagne 
eil:  sèche,  montueufe  & maigre.  La  Bifcaye,  par 
exemple,  la  Galice,  la- Navarre,  l’Arragon,  la 
Caftille  vieille.,  la  province  de  Murcie  , celle  de 
Valence,  celle  d’entre  le  Doaero  & le  Minho, 
celle  de  Traies  - Montes,  le  Béira  SePAlgarve, 
ne  jouiflént  pas  de  la  réputation  de  produire 
beaucoup  de  bled  ; mais  les  Afeuries  en  produi- 
fent  : l’Efîrémadure,  tant  efpagnole  que  portu- 
gaife,  eil  très-fertile.  Ob  en  peut  dire  autant 
de-la  Caftille  nouvelle,  fur-tout  du  royaume  de 
Léon  , de  celui  de  Grenade , de  la  Catalogne  , 
de  Mayorque  & d’Ivice  , & de  l’AIentéjo  , qa’on 
appelle  le  grenier  du  Portugal”. 

ESPAGNOLES  ( médailles  ) avec  des  carac- 
tères inconnus. 

* 

On  en  a un  grand  nombre.  Laftanofa  a cherché 
à les  expliquer  ; mais  fans  un  fuccès  évident.  Le 


ESP 

P.  Fierez  a été  moins  malheureux.  Pellerin  en  % 
publié  plufieurs  dans  le  premier  volume  de  fon 
recueil  de  peuples  Sc  de  villes. 

Le  Ijmbole  de  YEfpagne  fur  les  médailles  eîl 
un  lapin,  foit  parce  que  cette  contrée,  appellce 
Cuniculofa  par  Catulle  , en  nourrit  beaucoup , 
foit  parce  que  les  romains  appelloient  du  même 
mot  cuniculus  & un  lapin,  Sc  les  fouterreins  des 
mines  dont  YEfpagne  étoit  remplie. 

L’Afpugne  eft  quelquefois  repréfentée  far  les  mé- 
dailles en  habit  militaire , avec  un  petit  bouclier 
& deux  javelots.  Quelquefois  elle  tient  des  épies, 
fymboles  de  ia  fertilité. 

ESPAGNOLS.  Les  celtes  s’établirent  dans  la 
partie  d'Efpagne,  voifine  de  Èbre  ; de  là  vint 
aux  efpagnols  le  nom  de  celtibériens . Les  habitans 
des  ifles  Baléares  éteient  fouvent  confondus  avec 
les  efpagnols. 

Les  efpagâols  (Tit . Liv.  decad.  III.  lib.  II.  ) por- 
toient  des  tuniques  blanches , bordées  ou  rayées 
de  pourpre,  diftinélion  remarquable  fi  on  pou- 
voir l’appliquer  à toute*ia  nation  ; mais  le  pays  , 
qui  comprend  l’Efpagne,  ippellée  Iberia  à caufe 
de  TEbre  , Iberus  ( Plin.  lib.  III.  cap.  III.  ) , 
étoit  habité  par  différens  peuples  , dont  on  trouve 
les  noms  dans  Srrabon  (lib.  III.  ),  & qui'prc- 
bablement  différoient  entre  eux  dans  la  manière 
de  s’habiller.  Diodore  de  Sicile  dit  que  les  ceiti- 
bériens  portoient  un  fagum  noir  & velu , d une 
efpèce  de  laine  qui  reiXembloit  fort  au  poil  de 
chèvre.  Valère- Maxime  ( lib.  K.  cap.  J.  ) , en 
i’appellant  fagulum  efpagnol , paroît  iediltinguer  du 
fagulum  romain , la  différence  confiftoit  fans  doute 
dans  la  matière  ou  dans  la  couleur.  A l’occafion 
de  quelques  foldats  de  la  colonne  trajane,  qui  por- 
tent le  fagum  avec  une  efpèce.de  capuchon,  cucul- 
lus  , pour  s’en  couvrir  la  tête  , Ciaconius  ( not. 
243  , fur  la  colonne  trajane.  ) a remarqué  que 
les  manteaux  avec  des  capuchons  étoienc  efpa- 
gnols ou  iufitaniens.  Quelques  figures  de  l’arc  de 
Septime-Sévère  ( veteres  arcus  auguftorum  , tab.  C.} 
en  portent  de  pareils.  Bellori  ( Colon.  Anton, 
fol.  56.  ) i’appeüe  lacerna  cucullata  y cependant 
des  monumens  égyptiens  , étrufques , '6c  autres 
rapportés  par  le  comte  de  Caylus  ( Recueil 
d’Ântiq.  tom.  V.  pl.  lé.  49.  ) prouvent  que  l'ufage 
des  capuchons  étoit  trop  ancien  & trop  général 
pour  l’attribuer  aux  feuls  efpagnols  ; d’ailleurs, 
félon  Juvejia!  ( fatyra , 8.)  , les  gaulois  - aquita- 
niens  en  faifoienr  auffi  ufage.  Il  eft  vrai  que  Je 
capuchon  fe  trouve  communément  attaché  à la 
tunique , & que  les  figures , dont  parle  Oaco- 
nius , le  portent  at'aché  non  pas  au  pallium , 
ou  à la  P alla  , comme  il  s’explique,  mais  zn  fagum 
ou  à la  lacerna{no\xs  prouverons  à l’article  des 
romains  , que  la  lacerna  avoir  la  même  forme  que 


ESP 


ESP 

le  8c  ia  chhmyde.  ; Attaché  de  cette  façon  , 
le  capuchon  pourroit  dii'tinguer  ies  efpagnoU. 

Juvenal  {fztyra  j , ÿ'.  146.  ) attribue  le  cucullus 
aux  maries  6c  aux  fabins , peuples  auftères , Ôc 
vivant  coritinuellem,ent  expoics  aux  ii;;ures  de 
Tair;  mais  ici  la  peniee  du  poète  n'eic  point  que 
Je  Jagum  cu.cu.LLs.tujn  a;:  été  tellement  partscuiier 
aux  marfes  & aux  fabins , que  dans  d'autres  parties 
de  ritalie  les  matelots  , les  laboureurs  ^ 8c  autres 
gens  du  peuple  vivant  durement  ^ ne  s'ea  toient 
auflî  fervi.  Il  cite  feulement  ies  marfes  & les 
fabins  3 parce  qu'ils  étoient  les  peuples  les  moins 
efféminés  de  i'Itaiie.  Pour  cette  raifon  il  leur  fup- 
pofe  un  habdiement  aulTi  éloigné  du  luxe  générai , 
que  le  fagum  cacullatum  pouvoir  dift'érer  des  ha- 
biüemens  ufités  , non- feulement  à Rome  , mais 
encore  dans  ies  autres  villes  les  plus  opulentes 
de  l'Italie.  L'utilité  de  ce  capuchon  en  a perpétué 
l'ufage  dans  les  pays  orientaux  de  i-'Lurope.  Les 
ordres  religieux  i ont  pris  comme  fymbole  de  ia 
vie  humble  & laborieufe  à iaqueile  ils  fe  confa- 
croient.  Cet  habijlement  ^ qui  paroit  linguher  de 
nos  jours , ne  i’étoit  point  alors  ; tous  ies  ma- 
nœuvres ou  arcifans  le  portoienr  habituellement- 

Sur  une  médaille  qui  a pour  exergue  le  mot 
Jlifpania , - on  trouve  la  repréfentation  d'une 
femme  dont  ia  tête  eil  couverte  d'un  bonnet  ; 
elle  eft  vêtue  d’une  tunique  ferrée  par  des  cein- 
tures fous  le  fein  & fur  ies  hanches  5 elle  eit 
chauffée  de  brodequins;  elle  tient-  d'une  main 
deux  épis , & de  l'autre  un  bouclier  rond  avec 
-deux  javelots. 

Les  efpagnoLs  fe  fervoient  de  barques  faites 
d’un  féal  tronc  d'arbre. 

Les  faabitans  des  ifles  Baléares  ( Straho  ^ lih.  lit. 
fol.  69.  ) , célébrés  dans  l'antiquité  pour  leur 
adreffe  à fe  fervir  de  la  fronde,  font  ies  premiers 
qui  fe  foient  vêtus  du  latklave.  ( Voye^  cet 
article.  ) Ils  combattoient  fans  ceinture , ayant 
trois  frondes  à l’entour  de  la  tête , & le  bau- 
ciier  attaché  au  bras.  Ils  tenoient  auffi  à la  main 
un  dard,  dont  la  pointe  étoit  durcie  au  feu. 

Les  efpagnols  , félon  Diodore , fe  fervoient  de 
cafqacs  de  fer , ornés  de  panaches  de  couleur 
pourpre.  Les  boucliers  de  ces  peuples  étoient 
auffi  longs  & auffi  légers  que  ceux  d^  gaulois , 
au  moins  quant  aux  provinces  limitrophes  des 
Gaules.  Dans  les  autres  c'’étoient  des  boifcliers 
creux  & arrondis',  comme  ceux  des  romains  ou 
des  africains.  ( Lipfius  de  militia  romana  , lih.  III. 
dial.  I.  analeBit.  ) On  ignore  la  forme  particulière 
qu’avoient  les  cafques  «èrféérzenx  ; mais  iine_  mé- 
daillé d’Auguffe,  avec  l’infcription  Hifparàa  re- 
cepta,  offre  un-e  lance  & des  efpagnols , 

qui  étoient  des  feuta.  Ces  peuples  pqrtoient  atifii 
des  bottines  tiffues  de  poil , chauliure  qui  les 
diftinguoit  des  autres  nations  barbares. 


S19 

^es  efpagnoLs  avoient  des  épées  fort  courtes 
( lite-Live,  decad.  III.  liv.  II- ),  pointues  & 
tranchantes  des  deux  côtés  ; ils  fe  feivoient  auffi 
d’un  poignard  d'im  pied  de  long.  Ils  fe  fen'oient 
de  dards  faits  entièrement  de  fer , & à plulîcurs 
crochets  ( Appian.  Adexani.  lib.  V.  f : ce  font 
autant  de  détails  qu'il  ne  faut  pas  rejetter  comme 
minutieux,  puifqu’iis  appartiennent  à une  nation 
plutôt  qu’à  une  autre , & fervent  à caraétérifer 
celles  qui  n’ont  pas  laiffé  d’autres  moHumens. 
Les  luCtaniens  ( Strab.  Lib.  III.  fol.  64.  ) avoient 
des  boucliers  de  deux  pieds  de  largeur , concaves 
en  dehors,  quelquefois  revêtus  de  nerfs,  qu’ils 
attachoient  par  une  courroie  , probablem.ent  à 
l’entour  du  coi , puifque  cette  arme  n'avoit  ni 
anfe  , ni  poignée.  Leurs  cuiraffes  étoient  de  lin  ; 
ils  portoient  des  calques  furmontés  de  hauts 
panaches;  ils  s’armoient  tantôt  d’un  poignard, 
tantôt  d’une  pique  garnie  d’une  pointe  de  cuivre  ; 
en  général  iis  portoient  plusieurs  dards.  Les  mon- 
tagnards de  la  partie  feptentricnale  de  YEfpagnc, 
tels  que  les  afturiens  ; ies  cantabres  , A'c.  fe 
couvroient  d’un  fagum  noir.  Les  tuniques  des 
■femmes  , fuivant  Artémidore , cité  par  Strabon 
Lib.  III.  fol.  68.  ) , étoient  faites  d’étoffes  à 
■eurs;  d'autres  port-cient  des  ernemens  barbares  , 
favoir,  des  colliers  de  fer,  avec  des  branches  qui 
s’élevoient  des  deux  côtés  en  avant  du  front 
au  -deffus  de  la  tête,  8c  qui  fervoient  foiivent  à 
rnpportér  una  efpèce  de  voile,  avec  lequel  on 
faîfoiî  ombre  au  vifage  ; d’autres  s’attachoient  à 
l’entour  du  cou  un  collier  ou  une  bande,  qui, 
remontant  jufqu’à  ia  hauteur  des  oreilles , s’éle- 
voit  enfuite  en  s’élargilTant,  8c  fe  recourboit  en 
dehors. -Il  y en  aveit  qui  fe  déracinoient  les 
cheveux  fur  Se  front  ; d’autres  ies  faifoient  monter 
autour  d’une 'épingle  d’un  pied  de  long,  qu’elles 
attachoient  fur  la  tête,  & les  recouvrojent  en- 
fuite  d’un  voile  noir.  On  croit  reconncître  dans 
tous  ces  ajuftemens  bifarres  l’origine  de  pluffeurs 
modes  qui  ont  eu  lieu  dans  des  temps  poftérieurs. 

On  ne  fait  rien  de  particulier  fur  la  religion 
des  efpagnoLs,  & l’on  croit  qu’ils  adoroient  les 
mêmes  divirdtés  que  ies  gaulois  , 8c  de  plus  quel- 
ques divinités  topiques. 

ESPÉRANCE,  divinité  que  les  grecs  appel- 
loient  la  déeffe  Elpis , & les  romain-s  Spes.  Elle 
avoir  un  temple  à Rome  , au  marené  aux  nerbes  ; 
elle  en  avoir  un  autre  dans  la  fepuème  région 
de  la  ville.  Le  premier  fut  frappé  dé  la  foudre , 
dit  Tite-Live  ( Lib.  XXL  ) , & fut  encore  ruiné 
depuis  par  un  incendie.  Il  y a des  poètes  qui 
font  VEfpérance  fœur  du  fommeii  & de  la  mort  ., 
parce  que  l’un  & l’autre  font  refpoir  des  ir.al- 
heureux.  Pindare  l’appelle  rufavpi'çcs-,  nourrice 
des  vieillards. 

Elle  eft  ordinairement  repréfentée  fur  les  mé- 
dailles romaices  fous  la  forme  d’une  jeune  filk 

D d d d ij 


r 8o 


ESP 


tiebour,  relevant  d’une  main  fa  robej  Sc  de 
l’autre  tenant  une  âeur.  II  exiite  un  bas-relfef 
où  cette  divinité,  debout  Si  couronnée  de  fleurs  , 
a dans  îa  main  gauche  des  pavots  & des  épis , 
îk  s’appuie  de  la  droite  fur  une  colonne  ( Bolffard. 
Antia.  rom.  ) 5 devant  elle  on  voit  une  ruche  d’où 
fortent  des  épis  Si  des  fleurs.  Tous  ces  emblèmes 
nous  fcmbient  très  - ingénieux  ; car  l’homme 
efpère  ou  des  biens , ou  des  plaifirs , & Vefpé- 
rance  lui  fait  oublier  fes  maux  ; or  les  biens 
pouvotent-ils  mieux  être  défîgnés  que  par  un  épi  ? 
les  plaiflrs  que  par  une  fleur  '?  & l’oubli  des  peines 

que  par  un  pavot? La  ruche,  cachant  les 

tréfors  qu’eüe  renferme , tréfors  qui  ne  font  point 
le  produit  du  travail  de  l’homme,  ne  nous  paroît 
pas  moins  heureufement  imaginée. 

IVotjs  apprenons  de  L'ampride  ( in  Anton.  He- 
liogahal.y  qu’on  diflinguoit  à Rome  îa  Spes  an- 
cienne d’avec  la  moderne.  Celle  que  l’on  voit, 
pi.  88  des  p er.  grav.  du  palais  royal , réunit  dgs 
dîtes  a fes  attributs  ordinaires  ; & il  faut  avouer 
que  les  ulos  conviennent  parfaitement  à VEfpé- 
rance j cependant,  comme  cet  attribut  fe  ren- 
contre très  rarement  , Si  fur  les  pierres  & fur  les 
médailles,  on  pourroit,  à l’exemple  de  Boze, 
prendre  cette  figure  pour  une  vicloire  , conftam- 
ment  repréfentée  avec  des  ailes , & dans  les  mains 
de  laquelle  on  voit  auffi  des  épis  & des  pavots  ; 
mais  le  Calatus  ou  îe  Modms  ^ dont  la  tête  de 
ce  camee  efl  ornée  , & qu’on  retrouve  fur  une 
figure  de  VEfsérance  , oui  efl  au  revers  d’une 
médaillé  de  P efeennius  Niger  , détruit  le  fentiment 
de  Boze  , & ne  iaifle  aucun  doute  fur  i’explica 
tion  de  M.  l’abbé  le  Blond. 

On  voit  fur  vint  prime  £ émeraude  de  la  col- 
leélion  de  Stofeh  , V Efpér an.ee  àPoom , tenant  de 
la  main  droite  une  fleur  , fon  fymbole  ordinaire. 
Sur  d’autres  ( Gruter.  infer.  p.  CII.  ) monumens 
elle  porte  auffi  des  épis  de  bled  & des  têtes  de 
pavot. 

Cette  figure,  de  même  que  les  trois  autres 
EJpérances  de  cette  col  leélion , font  habillées  à 
la  manière  des  figures  étrufques  , quoique  les  trois 
gravures  en  total  ne  foient  point  de  la  manière 
de  cette  nation.  I!  fe  pourroit  bien  que  le  genre 
de  draperie  qu’on  leur  voit , & qui  efl  caraélérifé 
par  des  plis  parallèles,  eût  été  particulier  à 
l’Eféranee.  En  effet,  on  obferve  le  même  goût 
dans  les  vêtemens  de  cette  déeffe  fur  une  mé- 
daü'e  de  Claudius  & de  Philippe  l’Arabe  , auflî 
bien  oue  dans  fa  ftat  je  à la  Rome. 

Certe  itatue , haute  de  deux  pieds , méconnue 
autrefois  pour  une  ftatuq  de  VEfpéranee  , parce 
que  1 infeription , gravee  fur  fa  bafe  , étoit  cou 
verte  par  une  croûte  épaiffe  de  terre  endurcie 
& de  moufle  j la  voici  ; 


E S Q 

Q.  AQVILIVS.  DiONYSIVS.  ET. 
NONIA.  FAVSTINA.  SPEM.  RES 
TITYERVNT. 

ESPRIT.  Les  platoniciens  difoîent  qu’ilyavoît 
un  efprit  répandu  dans  l’univers,  qui  animoit  tour, 
qui  éroit  le  principe  de  toute  génération  , qui 
donnoit  la  fécondité  à tous  les  êtres  } que  c'étoit 
une  flamme  pure,  vive  Si  toujours  aélive,  à 
laquelle  ils  donnoient  le  nom  dè  dieu.  Voyez 
Génies.  ^ 

Esprits.  On  trouve  fur  quelques  médailles 
grecques  ces  caraétères  H , 1-  j le  premier  eil 
Vefprit  doux,  le  fécond  Vefprit  fort. 

ESQTJILIN  (le  moht)j'ï  , ^ 

Esqüilies  , ^ ^ une  des  fept  collines 

de  la  ville  de  Rome  ; c’efl  ce  qu’on  appelle 
aujourd’hui  la  montagne  Ste.  Marie  Majeure, 
On  écrit  auffi  en  latin  exquili&i  & l’on  croit  que 
ce  nom  s’efl:  formé,  par  corruprion,  èéexeubia,^ 
Si  qu’il  fut  donné  à cette  hauteur , à caufe  des 
fentinelles  que  Romulus  y mit , de  crainte  d’être 
furpris  par  Tatius,  duquel  il  fe  méfioit.  D’autres 
veulent  qu’il  ait  été  formé  de  quifquilia..^  parce 
que  c’étoit  là  que  ceux  qui  prenoient  des  oifeaux  , 
tendoient  leurs  filets  , & qu’ils  jettoient  des  ordu- 
res, quifquilias  pour  les  attirer  Sc  leur  fervir 
d appas.  ID’autres  enfin  prétendent  qu’il  vient 
àexeolo  ; qu’on  le  donna  à cet  endroit  lorfqu’il 
fut  cultivé  J de  même  que  nous  avons  appeilé 
eultures , coutures^  des  endroits  nouvellement 
aiitiyés , & que  ce  nom  leur  efl  enfaite  relié. 
Quoi  qu’il  en  foit,  Servius  Tullus  l’enferma  dans 
Rome , & s y fit  un  palais  & des  jardins.  Le 
mont  Efquilin  avoir  à l’Orient  les  murailles  de 
ville  , au  Midi , la  voie  lavicane  , à l’Occident, 
la  vallée  qui  étoit  entre  le  mont  Coelius  & le 
mont  Palatin,  & au  Septentrion,  lemontVimi- 
nal.  I!  formoit  la  cinquième  région  ( quartier  ) 
Rome , a laquelle  il  donnoit  fon  nom  , Sc 
qu’on  nommoit  région  , Efquiline. 

La^  porte  Efquiline  étoit  une  porte  de  Rome  , 
qui  etoit  du  côté  du  mont  Efquilin..  La  tribu 
efquiiine  étoit  la  fécondé  des  quatre  tribus  de  la 
cité  de  Rome. 

On  cxécutoit  les  criminels  hors  de  la  porte 
Efquiline.  {Taek.  annal.  IJ.  32.  y.)  C’étoit  là 
auffi  que  1 on  brû'oit  ou  eafévelifîoit  les  corps 
des  efclaves.  ?vlecène  planta  des  jardins  fur  le 
mont  Efquilin.  L empereur  Gaiiien  en  aimoit  le 
féjour,  & il  y fit  bâtir  un  arc  de  triomphe 
qui  porte  fon  nom. 


ESSAYEUR.  li  y avcit  dans  chaqoe  riüe  p’u- 
fieurs , ou  au  moins  un  efftzyeur  des  monnoies  j 
appeüé  chez  les  grecs  iuyoiànis  , Se  chez  les 
romains  libripcus. 

ESSEDARU.  ■)  T.  ^ _ 

ESSED  UM.  5 ^ ^jJ^dun  etoit  une  efpece 

de  chanot  en  uface  chez  les  belges  & chez  d^’aii- 
tres  peuples  des  Gaules  j il  étoic  a deux  roueSj 
& tire  par  deux  chevaux  ou  deux  mulets  j mar- 
chant i un  à la  queue  de  l'autre.  On  s^en  lervoit 
à la  guerre.  Les  combattans , appelles  ejfedarîi , 
etoient  debout  dans  leur  ejfedu.m.  Les  gens  du 
peuple  & les  perfonnes  dillinguées  voyageoient 
dans  cette  voiture  ; on  y mettoit  indiftindtement 
& des  hommes  & des  bagages  ; on  en  conduifoit 
dans  les  triomphes  j on  en  fît  courir  dans  les 
cirques  j on  en  fit  même  monter  par  des  gladia- 
teurs ^ qui  combattoient  fur  Vejfedum,  & qui 
furent  appelles  efedarii. 

ESTIAIA.  Héfychius  donne  ce  nom  à des  fa- 
crifices  folemnels  offerts  à Velîaj  appellée  par 
les  grecs  EsU.  Il  n’étoit  permis  à perfonne  autre 
que  les  ficrificateurs , d'emporter  quelque  partie 
des  vidiimes. 

ESUS  ou  TIESUS , grande  divinité  des  gau- 
lois J que  l’on  croit  être  leur  dieu  de  la  guerre. 
Lorfqu'ils  étoient  fur  le  point  de  donner  bataillie, 
ils  faifoient  vœu  de  lui  confacrer  toutes  les  dé- 
pouilles ^ & de  lui  imm.oler  non  - feulement  les 
chevaux  qu'ils  prendroient  fur  l'ennemi , mais 
encore  tous  les  captifs  : ce  qu'ils  n'exécutoient 
que  trop  fidellenient.  C'eft  par  l'effufion  du  fang 
humain , dit  Lucain  , qu'ils  appaifent  leur  dieu 
Efus.  Ils  portoient  même  quelquefois  leur  inhu-  i 
maine  fuperllition  , jiifqu'à  lui  immoler  leurs 
propres  enfans , & leurs  femmes , pour  fe  le 
rendre  L?wrable. 

On  lit  Héfus  dans  Lucain  ( /.  I.  v.  445.  ), 
Efus  dans  Ladlance  , & même  dans  les  manufcrits 
de  Lucain,  à ce  que  dit  Grotius.  Bochart,  dans 
fon  Chanaan  l.  I.  c.  41  , croit  que  Héfus  lignifie 
proprement  fort,  qu'il  vient  de  l'hébreu,  ou 
phénicien  , Hinui  y que  les  phéniciens  donnè- 
rent ce  nom  à Aiars , & l'appellèrent 
comme  Julien  l'apollat  l'afiTure  , d'après  Jambîi- 
que  , dans  fon  oraifon  fur  le  foleil  , & ailleurs 
encore}  il  dit  que  Héfus,  o\i  A^jd^us , étoit  ho- 
noré par  ceux  d’Edefle  , en  Syrie  } qu'il  fe  joignoit 
au  foleil  ; qu'il  étoit  le  précurfeur  du  Ibl^l. 

Il  aioute  que  Héfus , ou  le  Mars  des  gaulois 
{ C&f.  bell.  gallic.  lib.  HL  ) & des  germains, 
n'étoit  point  comme  chez  les  romains  l'allre  de 
Mars  , mais  Jupiter  ou  Apollon.  De  l'érymologie 
rapportée  ci-delTus,  il  s'enfuit  que  l'Éfus  des 
manufcrits  eil  mieux  que  Héfus.  Sur  l'un  des 
monumens  qui  ont  été  trouvés  dans  les  fondemens  1 


du  nouvel  aiiîe!  de  Notre-Dame  de  Paris  , ü.  y 
a une  figure  dé  Efus-  Il  elt  fans  barbe,  couronné 
de_  laurier , vêtu  d’une  fimple  tunique  qui  n'a 
point  de  manches , & qui  depuis  le  cou  iufqu'à 
la  ceinture , ne  lui  couvre  que  l'épaule  & le  côté 
gauche  5 la  partie  qui  devroit  couvrir  le  côté 
droit , parcît  ramaffée  autour  de  la  ceinture.  II 
a le  bras  droit  nu,  pour  pouvoir  agir  plus  libre- 
ment. La  tunique  ne  defeend  que  jufqu'aux  ge- 
noux. Il  appuie  la  main  gauche  fur  un  arbre  tron- 
qué ; de  la  droite  il  tient  une  hache  élevée, 
& dans  la  pofture  d'un  homme  qui  en  décharge 
un  coup  fur  quelque  chofe.  Au  refte  , fon  Hom 
fur  ce  monument  ell  écrit  Esus.  On  trouve  dans 
les  mémoires  de  l'Académie  des  Infcriptions  Iss 
delEns  de  ces  monumens  gaulois. 

ÉSYMNETE , 

Le  verbe  A’rimpvâii  fjgnifioit  dans  les  anciens 
temps  régner , gouverner.  ( Héfychius.  ) Lorfqu'on 
élifoit  un  prince,  pour  gouverner  une  ville,  on 
l'appelloit  éfymnétey  on  tyran,  £jwca«»»  A’iï-j^vîmi» 
9 rupavsiav,  parce  que  le  prince  rendoit  la  lulfice, 
& la  faifoit  obferver,  r«é  â/nat , « hi,  r«  è'iKsùse, 
tip-ü  on  -Tiifét,  d'où  il  étoit  appellé  AiFug-n-JiTiis  y 
ou  Atcr’jy.v>!rrif.  ( Iliad.  L XXIH.  V.  347.  ) Ho- 
: mère  fait  mention  de  Yéfymnete.  Ce  fouverain  , 
magiilrat  créé  par  éleâion  , étoit  à vie,  ou  feu- 
lement pour  un  temps.  Arîfiot.  polit,  l.  HI.  c. 
XIH.  ) Un  marbre  de  Téos,  en  Ionie , d'une 
grande  antiquité , prouve  que  cette  ville  étoic 
gouvernée  par  un  éfymnete , {Ckiskull.  ant.  afiutic. 
P-  98.  ) & qu'il  commandoit  dans  la  ville  & dans 
fon  territoire  ; AlSïMNiil  EN  têûi  k thi  thi 
THIHI. 

Dans  la  fuite  des  temps  on  donna  le  nom  à’éfym- 
netes  aux  prélîdens  des  jeux  publics  , ou  à leurs 
miniftreS  ,.  AtTvp.ytflv.t  o't  rev  A’ysîyei  TTfoisarts  ç 
La  ville  de  Chalcédoine  , fuivant  un 
marbre , publié  par  le  comte  de  Caylus  ( Rec.  z. 
p.  175.  ) étoit  gouvernée  par  un  fénat  j mais 
elle  avoir  lîx  magillrats  fouverains,  appelles 
nhes , qui  changeoient  tous  les  mois. 

Denys  d'Halicarnaffe  appelle  en  %ttc  éfymiàtes , 
les  dictateurs  romains. 

ÉsYMNETE,  furnom  donné  à Bacchus,  à caufe 
d'une  de  fes  ftatues,  faite  de  la  main  de  Vulcain, 
& donnée  à Dardanus  par  Jupiter  même.  Hoye^ 
Eurypile. 

Ce  furnom  Alavfiu'AjTiis  pouvoir  venir  du  mot 
a!sri<iyifiiiT>!s , de  bon  augure. 

ET.  La  particule  &,  ainfi  formée,  ne  fe 
trouve  ordinairement  que  dans  les  écritures  cur- 
lîves  8c  minufcules  anciennes.  Elle  y eft  non- 
feulement  féparée,  mais  elle  entre  encore  dans 
la  compofition  des  mots , comme  dans  RSciNdc , 


582  E T A 

&IAM  , P&îTE  , pour  retinet  , eticBn  , petite.  Les 
manufcrirs  & les  diplonies  rdurniirent  beaucoup 
d’exemples  de  cette  manière  d’écrire,  qui  cefla 
au  XIP.  fîècle.  Ainfï  j lorfqù’on  rencontre  ia 
conjonction  & ^ faifant  partie  d’un  mot  , c elt 
une  marque  que  !e  manufcrit  a plus  de  cinq 
cens  cinquante  ans  d’antiquité.  On  ne  dira  pas 
avec  Cafley  , plus  de  fîx  cens  ans  , parce  qu’on 
a des  preuves  que  cet  ufage  n’e'toit  point  encore 
aboli , du  moins  dans  les  chartes  en  1197.  iNou- 
velle  Diplouiaîiaae.  ) 

ETA  J ou  ÎTA  J nom  d'une  voyelle  de  la  lan- 
gue grecque  j qui  a cette  forme  H , 7.  -La  pro- 
nonciation de  cette  lettre  a varié  5 on  l’a  pro- 
noncée comme  un  e 8c  comme  un  i.  Térencien 
nia. que  la  première  prononciation  5 mais  les  grecs , 
depuis  pliiiieurs  ficelés  j ne  lui  donnent  plus  que 
la  fécondé.  Cette  lettre  , auflî  bien  que  Vm  , fut 
ajoutée  à l’alphabet  ^ & n’y  étoit  point  dans  ie 
commencement.  On  en  voir  encore  des  preuves 
fur  d’anciens  monumens  ^ tels  que  font  les  colonnes 
des  farnèfes , apportées  à Rome  de  la  voie  ap- 
pienne,  où  l’on  voit  i’E  pour  l’H  , AEMETPOS, 
koFSS  , pour  AHMHTFÔS  & KOFKS.  On  dit' 
que  c’elt  Simonide  qui  l’ajeuta.  ( Bihliand.  de 
ratione  communi  ■ linguarum , p.  40.  ) Les  latins 
rendent  cette  lettre  par  un  e.  Car  pour 

3y,Ta,  , &-/j(rîùs,  Qyjtyiîaoôs  ^ &C.  , &C.  , ÜS 

ont  dît  -Demetrius  ^ Beta  , Hemera  Tkefeus  , 
Thefaurus  , &c. 

ETALÏDES.  Voye^  Ætalides. 

ÉTAGES.  Les  maifons  de  Rome  avoient  plu- 
lîeurs  étages.  F^oye^  Cœnaculum. 

Josephe  c Bell,  judaic.  V^II.  2^.  ) dit  qu’au 
triomphe  deVefpahen,  on  portoit  des  ma'chines 
qui  s’éievoient  jufqu’au  Iroifième  étage.  Augufte 
voulant  arrêter  cette  hauteur  extraordinaire  des  ■ 
maifons»  que  l’avidité  des  propriétaires  portoit 
hors  ^ de  toute  proportion  , le  fixa  à 70  pieds  i 
romains , environ  66 1 pieds  de  France.  Néron 
rappella  ce  réglement  après  l’incendie  de  Rome  5 
mais  Trajan  réduifit  encore  la  hauteur  des  mai- 
fons  à 60  pieds  romains»  environ  57  pieds. 

Le  feul  bâtiment  à deux  étages  qu’on  ait  trouvé, 
depuis  qu’on  travaille  aux  fouilles  près  de  Na- 
ples , eft  à Pompeii , & on  peut  le  voir  à dé-  ■ 
couvert.  En  général,  les  bâtîmens  de  la  maïfon 
de  campagne  d’Herculanum  , ainfi  que  ceux  de 
plufieurs  habitations  de  particuliers,  du  même 
canton  & des  environs , n’ont  jamais  eu  qu’un 
etage^ 

Le  marquis  Çaliani  de  Naples  ^ dît  dans  fa 
traduéiion  de  Vitruve  ( pag.  -6.  tB’.  i.  ) que 
les  maifons  des  perfonnes  riches  , de  même  que 
les  palais a la  campagne  , aiiùi  qu’il  a fans 


ETE 

doute  voulu  dire,  car  on  fait  que  îe  coHtra^^. 
avoir  heu  dans  les  villes)  n’étoient,  en  génér-i 
que  d^n  feul  étage  , fans  avoir  aucune  chamCi 
au-delTus  du  rez-de-chauffée.  Il  a raifon  nou-rl 
qui  regarde  la  defeription  des  maifons  de  câi^ 
î^agne  ds  Pline  5 mais  quant  a la  villa  Hadrienn-' 
Il  paroit  vifiblement  qu’il  y a eu  des  appartemens^ 
les  uns  au-defTus  des  autres;  on  le  voyoit  auflî 
■ aux  bains  d’Antonin  & de  Dioclétien  , tels  qu% 
' étoient  encore  i!_  y a deux  cens  ans.  Quefeues 
parties  de  ces  édifices  furprenans  avoient  jafqu’à 
trois  galeries  ou  corridors  d’appartemens  l’ünau- 
deffus  de  l’autre.  Dans  les  ruines  d’une  très- 
grande^^y/7/a , fous  Fancien  Tufculum,  où  eft 
aujourd’hui  la  villa  des  Jéfiiites  , appellée  la 
Rujfinella  , il  y avoir  des  chambres  aù-deffus  des 
appartemens  ordinaires  : ces  chambres  néanirroins 
étoient  baffes  & vilaines , & femblent  n’avoir 
été  deitinées  que  pour  les  domeftiques. 

ETALON.  Les  grecs  notnmoient  Y étalon  des 
•mefures  jKETCffly  c’eft-à-dire , /e  prorotyye 

des  me  farts.  £" 

Les  romains  le  nommoîent  fimplement  mtn- 
fura  , par  excellence  , comime  étant  la  mefure  à 
laquelle  toutes  les  autres  doivent  être  conformes. 

Les  étalons  des  poids  8c  mefures  ont  toujours 
été  gardés  avec  grande  attention.  Les  hébreux 
les  dépofoient  dans  le  temple , d’où  viennent 
ces  termes  fi  fréquens  dans  les  livres  faints  : le 
poids  du  farMuaire  , la  mefure  du  fanBuaire. 

Les  athéniens  établirent  une  compagnie  de 
quinze  officiers,  appellée  menfurarum 

curatores  , qui  avoir  la  garde  des  étalons  : e’é- 
toient  eux  auflî  qui  régloien't  les  poids  & les 
mefures. 

Les  romains  les  gardoient  dans  îe||^p!e  de 
Jupiter  au  capitole,  comme  une  choie  facrée& 
inviolable;  c’eft  pourquoi  la  mefure  originale 
était  furnommée  capitolina. 

Il  eft  fait  mention  au  mot  Cokge  , d’un  de 
ces  étalons. 

^ Les  empereurs  chrétiens  ordonnèrent  que  les 
étalons  des  poids  Se  mefures  feroient  gardés  par 
le  gouverneur  ou  premier  magiftrar  des  provin- 
ces. Hononus  chargea  le  préfet  du  prétoire  de 
Y étalon  àas  mefures.  Se  confia  celui  des  poids 
au  magiltrat  , appellé  cornes  facrarum  largitionum, 
qui  étoit  alors  ce  qu’eft  aujourd’hui  chez  nous 
le  controleur  général  des  finances. 

Juftinien  rétablit  l’ufage  de  conferver  les  étalons 
dans  les  lieux  faints  ; il  ordonna  que  l’on  veri- 
fieroit  tous  les  poids  Se  toutes  les  mefures  , & 
que  les  étalons  en  feroient  gardés  dans  la  prin- 
cipale églife  de  Conftaatinople  ; il  en  envoya  de 


ETE 


femblables  à Rome , & les  adrefla  au  féuat  comme 
un  (iép8t  digne  de  fon  atcention. 

La  novelle  ii8®.  dit  auflî  que  Ton  en  gardoit 
dans  chaque  églife  j on  y confervoi:  à cer  effer 
des  boifleaux  d^airain  ou  de  pierre , & d'autres 
mefures. 

ÉTA^^AGE.  1 

ÉTAMER.  I Double 

ÉTAPIER.  Les  romains  appeîloient  Copiarzus 
celui  qui  ét&ir  chargé  de  fournir  la  nourriture  , 
du  fel  & du  bois  à ceux  qui  voyageoient  pour 
le  fervice  public. 

ETC.  & c&tera.  Voye:^  ABRÉVIATIONS. 

ÉTJÉ  perfonnifié  chez  les  poètes  & dans  les 
anciens.  C^'eft  un  génie  à demi-nud , couronné 
d'épis  J & qu!  en  touche  d'antres  enraffés  dans 
fa  corne  d'abondance  : il  tient  de  plus  une  faucille 
à la  main  J pour  marquer  la  faifon  des  moüTons. 

ÉTENDARD. 

Etendard  à la  main  des  princes , elî  le  fym- 
bole  du  fouverain  domaine.  On  le  voit  fur  les 
fceaux  de  Charles  - le  - Gros , de  Conrard  I de 
Henri  I,  d'Otton  III,  empereur,  & fur  celui 
dont  Louis-le-Gros  fe  fervit , iorfqu'ii  eut  été 
défigné  roi  de  France  , du  vivant  de  fon  père. 
Aux  XIP.  & XIIP.  lîècles  plufîeurs  feigneurs 
s'attribuèrent  '^étendard,  dont  on  peut  voir  les 
figures  daasHeineccius.  ( Nouvelle  Diplomatique. 

Étendards  des  anciens.  Fbyeç  Enseignes. 

ÉTENNÂ,  dans  la  Pamphyüe.  etenneon. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RP.R.  en  bronze.  Pelkrin. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

On  a des  médailles  impériales  grecques  de  cette 
ville  , frappées  en  l'honneur  de  Géra , de  Sévère 
Alexandre. 

ETEOBUTADES,  famille  facerdotale  parmi 
les  athéniens,  confac’rée  à Minerve.  Le  droit  de 
porter  le  dais  » ou  umbella  , dans  la  procefllon 
qu'on  faifoit  au  Scirrophories  , appartenoit  aux 
Etéobutades . Ces  prêtres  tiroient  leur  nom  de 
Butes , fameux  facrificateur. 

ÉTÉOCLE  , fils  aîné  d'GEdipe  & de  Jocafte, 
après  la  mort  ou  la  retraite  de  fon  père,  con- 
vint avec  fon  frère  Polynice,  qu'ils  régneroient 
alternativement  chacun  leur  année  j & que  pour 


ETE  5§5 

éviter  toutes  contelîations , celui  oui  ne  feroit 
point  fur  le  trône,  s'abfenteroit  de  Thèbes.  Cette 
convention  fut  la  fource  de  leur  haine,  & d'une 
des  "plus  fâcheufes  guerres  qu'il  y ait  eues  parmi 
les  grecs  dans  les  temps  héroïques.  Éréoc/e  régna 
le  premier,  comme  l'aîné  5 mais  ébloui  par  l'éclat  * 
d'une  couronne,  il  ne  voulut  plus  la  quitter. 

« Le  trône  eft  un  bien  fi  cher  à mes  yeux , dif- 
“ il,  dans  Euripide,  que  je  ne  puis  le  céder  à 
« autrui.  Quelle  lâcheté  feroit -ce  de  devenir 

« fujet,  quand  on  s'eft  vu  roi r Équité  tant 

“ qu'on  voudra,  je  la  refpecle  en  toutes  chofes; 

» mais,  fl  l'on  peut  jamais  être  injuile,  i!  eft 
» beau  de  l'être  pour  régner  Polynice , fruftré 
de  fes  efpéranees , eut  recours  aux  argiens  , dont 
Adrafte  , fon  beau  - frère  , était  roi  : il  revînt  avec 
lui  à Thèbes,  à la  tête  d'une  armée,  pourredem-an- 
der  le  fceptre.  Les  deux  frères  ennemis  , voulant 
épargner  le  fang  des  peuples,  demandèrent  à fe 
battre  en  combat  fingulier , en  prefence  des  deux 
armées  5 & s'entretuèrent  l'-un  l'autre.  On  ajoute 
que  leur  divifio.n  avoir  été  fi  grande  pendant 
leur  vie  , & leur  haine  fi  irréconciliable  , qu'elle 
dura  après  leur  mort  ; & l'on  crut  avoir  remarqué 
que  les  âa.mmes  du  bûcher  , fur  lequel  on  faifoit 
brûler  leurs  corps  , fe  féparèrent,  & que  la  même 
chofe  arrivoit  dans  les  facrifices  qu'on  leur  offroit 
en  commun.  Car,  tout  méchans  qu'avoient  été 
ces  deux  frères  , on  ne  laifTa  pas  de  leur  décerner 
les  honneurs  héroïques  dans  la  Grèce.  Mais  Vir- 
gile leur  rend  plus  dejuftice  en  les  plaçant  dans 
le  tartare  avec  Àtré'e  jÉgifte  , Syfiphe  , Tantale  , 
Thvefte , & tous  les  fameux  fcélérats  de  l’anti- 
quité. Créon , qui  leur  fuccéda  , fit  rençire  les 
honneurs  de  la  fépuhure  aux  cendres  à’Étéocle , 
comme  ayant  combattu  contre  les  ennemis  de  la 
patrie  j & ordonna  que  celles  de  Polynice  fe- 
roient  jettées  au  vent,  pour  avoir  attiré  fur  fa 
patrie  une  armée  étrangère.  Noye^  Créon  , 
Polynice,  Thébaïde. 

Étéocle*,  roi  d'Orchomène , dans  i'Andréïde, 
en  Béotie  , fut  appellé  le  père  des  Grâces  , parce 
qu'il  fut  le  premier,  dit  Paufanias,  qui  éleva 
un  temple  & des  autels  aux  Grâces , & qui 
régla  les  cérémonies  de  leur  culte.  V.  Andréus,. 

ÉTEOCLÉES , furnom  des  Grâces , parce 
qu’on  difcit  quelles  étoient  filles  à’Etéocle^  roi 
d’Orchomène. 

ÉTEOCLUS  , fils  dTphîs,  & frère  d'Évadne, 
fut  un  des  fept  chefs  de  l'armée  des  argiens 
contre  Thèbes.  Ce  jeune  héros  , dit  Euripide , 
peu  favorifé  des  biens  de  la  fortune,  mais  comblé 
d’honneur  dans  l'ArgoIide,  tellement  défintéreffé 
dans  les  fervices  qu'il  rendoit  à fa  patrie,  que 
jamais  il  ne  pur  fe  réfoudre  à recevoir  rien  de 
fes  amis  même  , dans  la  crainte  de  corrompre 
tant  foit  peu  fon  intègre  équité,  & de  fe  voir 


5S4'  ETE 

lié  par  les  préfens.  II  haïfioit  les  méchans^  non 
l'étar  & il  dillinguoit  la  république  de  ceux 
qui  la  rendoient  odieufe',  en  la  gouvernant  mal. 
Etéoclus  périt  devant  Thèbes.  Vcye:^  Iphis. 

ÉTERNITÉ,  nom  d'une  déeffe  chez  les 
anciens. 

Ætemitas.  Mart.  Capella,  j.  I,  dit  que  YÈter- 
nké  étoit  fille  de  Jupiter.  Trilmégifte  Platon 
dirent  que  le  temps  eii  l’image  de  V Éternué. 
Claudien  , dans  fon  fécond  livre  de  iaudibus  Stî- 
liconis  ( fur  la  fin  vers  424.  ) nous  a donné  une 
defcription  de  Y Eternité , ou  plutôt  de  l'antre 
de  l Eternité.  Il  dit  qu'il  efi  dans  un  lieu  in- 
connu, ou  notre  efprit  ne  peut  pénétrer,  &oû 
à peine  les  dieux  ont  accès.  Il  appelle  cette 
caverne  la  mere  des  années , toute  hideufe  de 
vieiîeirej  une  caverne  d'une  durée  infinie,  qui 
tait  partir  de  fon  vafle  fein  tous  les  temps , & 
qui  les  ymappeîle  ; il  dit  que  cet  antre  comprend 
tout  ce  qae  lignifie  un  ferpent  recourbé  en  rond , 
qui  mord  fa  queue,  fans  jamais  la  ronger,  ni 
la  confumer,  & qui  efi  toujours  auflîvif&auffi 
»err.  La  nature , cette  vieille  dont  le  vifage  eft 
toujours  plein  de  grâces  , fait  la  garde  à l'entrée 
du  vellibule.  De  tous  fes  membres  il  pend  des 
âmes,  qui  voltigent  autour  d'elle.  Un  vieil- 
lard vénérable  préfide  dans  l'antre , & y donne 
des  îoix  qui  durent  éternellement  : c'eft  lui  qui 
règle  le  nombre  , le  cours  & le  repos  des  aftres , 
par  qui  tout  vit  & tout  périt  félon  des  loix 
irnmuables.  C efi  lui  qui  détermine  ce  que  la 
lévolution  incertaine  de  l'aftre  de  Mars,  & la 
révolution  certairie  de  celui  de  Jupiter  doit  caufer 
dans  le  monde  5 & les  effets  de  la  lune , qui 
achève  fi  vite  fa  carrière  ; ou  du  pareffeux  Sa-  ' 
turne , fi  lent  a fournir  la  fienne  , ceux  que  oro- 
duit  Venus , toujours  féreine  , & Mercure 
compagnon  du  foleil.  Dans  l'antre  font  tous  les 
fiècles  difîmgués  chacun  par  fon  métal,  & tous 
en  différentes  places.  On  y voit  les  fiècles  d'airain 
ramaffés  enfemble.  Les  fiècles  de  fer  y^aroiffent 
ûuîs  & roides.  La  blancheur  de  ceux  d'argent 
y jette  un  éclat  merveilleux  ; mais  ce  qui  y 
brille  le  plus,  c'efl  le  troupeau  des  fiècles  d'or, 
placés  dans  le  plus  bel  endroit  & le  plus  dif- 
tingiié  de  ce  palais  , & qui  portent  un  caraéière 
qui  les  rend  d'un  commerce  difficile  avec  la  terre. 
Telle  efi  à peu  près  la  defcription  que  Claudien 
fait  de  la  demeure  de  YEternité.  Elle  a dans  le 
hdn  des  beautés , auxquelles  , félon  le  favant 
barthius  ( dans  fes  notes  fur  Claudien  ) , Rome , 
toute  féconde  qu'elle  eft  en  génies  éloquens, 
n'a  pu  rien  produire  d'égal  depîiis  ce  poète. 

égyptiens  defignoient  Y Éternité  parle  foleil 
dit  Horus- Apollon  dans  les  hiéroglyphes,  & par 
la  ^lune.  Les  grecs  & les  romains  en  ufoient  de 
meme,  aux  fentimens  de  quelques  auteurs.  I!  y 
a une  médaillé  d Antiochus  Épiphanès , au  revers 


ETE 

de  laquelle,  pour  marquer  YEternité  & l'apothéofé 
du  prince,  on  a mis  une  figure  d'homme*  qui 
tient  le  foleil  dans  fa  main  droite , & qm  a ^ 
lune  fur  la  tète.  De  même  on  voit  fur  les  mé- 
dailles de  Vefpafien , de  Dqmitien,  deTraian 
d'Hadrien,  &c.,  la  déeffe  Érernffé,  vêtue  d'une 
robe  longue , qui  tient  dans  fes  mains  les  têt« 
rayonnantes  du  foleil  & de  la  lune.  C'eft  le  type 
ou  l'effigie  ordinaire  de  cette  divinité , fur  les 
médaillés  latines.  Une  infcriptioîi  rapportée  dans 
Gruter,page  ^2,  réunit  de  même  le  foleil  & 
la  lune  avec  1 Éternité.  La  voici  ; 

æt-ernitati 
s A c R V M 
SOLI  ET  LVNÆ 
P.  NOVELLIVS  P.  F. 
PAL.  V E R V S DD, 
XVIII.  K A L.  1 V L. 

SER  SCIPIONE  ORFITO  ET 
<2-  NONIO  PRISCO  COS  S. 

Sur  une  médaillé  d'Hadrien  , rapportée  par 
Occo  (_  pag.  i^j.  ),  & expliquée  par  Triftan 
{ tom.  L pag.  47 j-,  ),  YEternité  efl  renfermée 
dans  un  cercle,  & tient  un  globe,  fur  lequel  il 
y a un  aigle  arrêté  : la  légende  eft,  pm.  t r. 
P.  C O s.  1 1 1.  s Æ c.  A V R.  -On  la  repré- 
fenteit  auffi  élevant  la  main  vers  le  ciel.  On  dé- 
fignoit  encore  YEternité  par  un  ferpent  qui  mord 
la  queue,  & fajt  un  cercle.  Martianus  Capeila  , 
I.-l , dit  que  I Eternité  eft  fille  de  Jupiter , parce 
que  dieu  n'a  ni  commencement , ni  fin.  Quel- 
quefois elle  eft  repréfentée  comme  une  déeffe,  ' 
debout, 'tenant  un  globe  fur  lequel  il  y a un 
oifeau  arrêté  j & de  l'autre  main  elle  fouiève  Je 
pan  de  fa  robe.  Au  refte,  cette  déeffe-,  placée 
fur  les  médailles  des  empereurs , ne  défigne  fou- 
vent  que  la  perpétuité  de‘  l'empire , & n'on  YÉter- 
Tîfre,  laquelle 5 à proprement  parler,  & auffi  félon 
le  fens  auquel  les  empereurs  l'ufurpèrent  en  leurs 
titres  & qualités , n'étoit  qu'une  longue  & heu- 
reufe  fuite  d'années. 

L oifeau  , pofé  fur  un  globe  , & porté  par 
\ Eternité.,  eft  le  phénix , animal  fabuleux  qui 
cendre.  L'éiéphant,  dont  la  longue 
vie  faifoit  an  proverbe  , étoit  encore  un  fymbole 
de  YEternité.-  ' 

On  doit  obferver  que  l'on  n’a  point  élevé  dans 
l'antiquité  de  templesTii  d'autels  à Y Éternité. 

. aliegoriftes  modernes  ont  regardé  les  em- 
nlemes  de  1 Éternité , rapportés  ci-deffus , comme 
trop  fimples.  Ils  leur  ont  fubftitué  une  imaae  auffi 
effrayante  que  la  penfée  de  YEternité  l'eft  elle- 
memç  pour  la  plupart  des  mortels.  C'eft  un 

monftre 


ETE 

rtionftre  ( Rha  iconoiogia pan.  I.  n°.'  ^3  ) , avsnt 
un  bulle  de  femme , qui  tient  un  giobe  ians 
chaque  main  ; le  relie  du  corps  ell  une  queue 
de  ferpent,  parfemée  d’étoiles  & le  repliant  en 
cercle. 

Étîrnité  , titre  de  grandeur  que  Ton  donnoit 
à l’empereur  Conllantius  ^ qui  fe  faifoit  aufli  ap- 
peüer  Eternel.. 

Æternitas.  Un  des  officiers  de  l’empereur 
Conftar.tius  , demandant  à Lucifer  de  Cagüari , 
fi  le  livre  qu’on  avoit  envoyé  à l’empereur  étoit 
delai,  ajouta,  vous  devez  donc  écrire  ce  qui 
en  _ ell  , & nous  renvoyer  Je  livre  , afin  qu’on  le 
puilfe  préfenter  à fon  Éternité , c’efi-à-dire  , à 
Conftaatius.  Les  catholiques  tournoient  en  ridi- 
cule les  ariens,  qui  refufoient  de  donner  au  verbe 
la  qm\hé  ÉterneJ , &qui  la  donnoientàConftan- 
tîus.  C’eft  peut-être  le  fens  qu’a  le  mot  uternitas, 
au  revers  de  quelques  médailles,  comme  imp. 
CÆs.  VESPAsiANVS  AVG.  & au  revers  Æter- 
NITAS  DIVA  FAVSTINA  , au  revers  ÆTERNITAS.' 

ÉTERNUEMENS.  Les  anciens  adreffoient 

une  pnere  à Jupiter,  lorfqu’üs  éternuoient.  On  la 
trouve  dans  l’Anthologie  ( Ub.IÎ.  cap.  II.  epig.  II.)  ; 
& c’étoit  Z'-i  , Jupiter  , fauvez-moi.  Ceux 
. qui  entendoient  éternuer  quelqu’un,  lui  difoient 
chez  les  grecs,  vivez  j & chez  les  romains, 
falve , je  vous  falue. 

Les  rornains  faifoient  de  ce  compliment , du 
temps  de  Pline  le  naturalifte  , un  des  devoirs  de 
la  vie  civile;  c’ell  lui  qui  nous  l’apprend. 
Chacun , dit-il , falue  ( 28.  z.  ) , quand  quelqu’un 
éternue  , ftemutamentis  falutamur ,-  & il  ajoute 
comme  une  chofe  fingulière,  que  l’empereur 
Tibère  exigeoit  cette  marque  d’attention  & de 
refpect  de  tous  ceux  de  fa  fuite  , même  en  voyage  ! 
& dans  fa  litière  : ce  qui  femble  fuppofer  que  la  ’ 
vie  libre  de  la  campagne,  ou  les  embarras  du 
voyage  , les  difpenfoient  ordinairement  de  cer- 
taines formalités  attachées  à la  vie  citadine. 

Dans  Pétrone  3 Giton  qui  s’étoit  caché  fous 
un  lit  , s’étant  découvert  per . un  éternuement , 
Eumolpus  lui  adreiTe  auffi-tôt  fon  complim.ent 
C c<zp.  j8.  ')-.falvere  Gitona  juhet.  De  même  dans 
Apulée  ( Met.  IX.  ) , femblable  contre  - temps 
étant  arrivé  plufieurs  fois  au  galant  d’une  femme,  qui 
avoit  été  obligé  de  fe  cacher  fous  un  mannequin 
plein  de  vapeurs  fulphureufes , le  mari  , dans  fa 
fimphcicé  , fuppofant  que  c’étoit  fa  femme , Jô/Lo 
fermone  falutem  ei  precatus  e/?,  fit  des  vœux' 
pour  fa  fiinré  fuivant  l’ufage. 

La  luperftiticn  qui  fe  gliffe  par-tout,  ne  man- 
qua pas  de  s emparer  de  ce  phénomène  naturel, 

& d y faire  trouver  de  grands  myftères.  C’étoit 
chez  les  égyptiens,  chez  les  grecs,  chez  les 
xoniatns  uu.e  efpèce  de  divinité  familière,  un 
Antiquités , Terne  II. 


ETE 


oracle  ambulant,  qui,  dans  leur  prévention,  les 


dit  a la  re.'rre  fa  mere  , qu’un  étranger  lui  appnr- 
toit  aes  nouvelles  d’LTyîîe  , « éternua  auffi-tôc 
” après  d’une  fi  grande  force  , que  tout  le  palais  en 
“ retentit;  la  reine  en  marqua  fa  joie  : allez  donc, 
" E^umee , dit-eile,  fattes-moi  venir  cet  étranger, 
n’entendez-vous  pas  que  mon  fils  a éternué 
fur  ce  que  j’ai  dtt  ? Ce  figne  ne  fera  pas  vain  j 
==  la  mort  menace  fans  doure  la  tête  des  pour- 
" fuivans”.  Sur  cela,  madame  Dacier  fait  cette 
remarque  : « nous  voyons  par  ce  .paflage  que  la 
” fupedbtion  venoit  de  ce  que  la  tète  étant  la 
« partie  la  plus  facrée  du  corps , comme  le  fiège 
” de  la  raifon  & du  fentiment , Y éternuement 
” venant  de  la  tête , on  le  prencit  pour  un 
figne  d’approbation  j & non-feulement  on  ref- 
peéloit  ce  figne , mais  on  le  regardoit  comme 
envoyé  par  Jupiter  même , & on  l’adorolt.  En 
” voici  une  preuve  bien  remarquable  , dans  le 
” IIP.  liv.  de  Xénophon , de  l’expédition  de 
« Cyrus.  Xénophon  ayant  fini  un  peth  difcours 
" par  ces  paroles  : nous  avons  plufieurs  rayons 
” d’efpérances  pour  notre  fialut  : W ziontt  : fur  cela 
33  quelquun  éternua,  & tous  les  foldats  ! ayant 
33  entendu , fe  mirent  d adorer  le  dieu  par  un  mou~ 
>3  vem.ent  aujfi  général  que  fiuhit ; & alors  Xérw-- 
33  pkon  , reprenant  la  parole  , leur  dit  : compagnons, 
33  puifquen  parlant  d’efipérance  de  fialut  , cet  augure 
33  de  Jupiter  - fduveur  nous  efl  apparu , <&c.  Cela 
33  explique  fort  bien  l’idée  que  l’on  avoit  des 
33  éternuemensu. 


^ JJ  éternuement  pafToit  pour  être  particuliérement 
decifif  dans  le  commerce  des  amans.  Nouslifons 
dans  Arifténète  ( epifi:.  V.  lib.  II.  ) , que  Parthé- 
nis ,_  jeune  folle  entêtée  de  l’objet  de  fa  paffion, 
fe  détermine  enfin  à expliquer  fes  fentimens, 
par  écrit  , à fon  cher  Sarpédon  : elle  éternue 
dans  l’endroit  de  fa  lettre  le  plus  vif  & le  plus 
tendre  ; c’en  efl  affez  pour  elle  ; cet  incident 
luDient  lieu  de  réponfe,  & lui  fait  juger  qu’au 
même  inflant  fon  cher  amant  répondoit  à fes 
vœux  : com.me  fi  cette  opération  de  la  nature  , 
en  concours  avec  l’idée  des  defirs , étoit  une 
marque  certaine  de  l’union  que  la  fympathic 
établit  entre  les  cœurs.  Par  !a  même  raifon  les 
poètes  grecs  & latins  difoient  des  jolies  perfonnes, 
que  les  amours  avaient  éternué  à leur  naiffance. 
D’après  cela  on  avoit  fait  des  obfervations  qui 
diftinguoient  les  bons  éterrmemens  d’avec  les 
mauvais  ; quand  la  lune  étoit  dans  les  fignes  du 
taureau , du  lion  , de  la  balance  , du  capricorne 
ou  des  poîffons  , \' éternuement  paffoit  pour  être 
de  bon  augure;  dan^  les  autres  confteliations, 
pour  un  mauvais^  préfage.  Le  matin  , depuis  mi- 
nuit iafqiTà  midi  , fâcheux  proncftic  ; favorable 
au  contraire,  depuis  midi  jufqu’à  minuit  : pernicieux 

■ Eeee 


SSS  ETE 


E T H 


en  fortant  du  lit  ou  de  Ta  table  ; iî  fallo!t_  s’y 
reniemej  & tacher  ou  de  dormîr^  ou  de  boire  ^ 
ou  de  manger  quelque  chofe  ^ pour  rompre  les 
Isix  du  mauvais  quart  d’heure. 

On  tiroir  aufli  de  fembiables  induélions  des 
ittmuemens  fîmples  OU  redoublés , de  ceux  qui 
fe  faifoient  à droite  ou  à gauche , au  commen- 
cement ou  au  milieu  de  l’ouvrage , Si  de  plufîeurs 
autres  circonftances  qui  exerçoient  la  crédulité 
populaire,  & dont  les  gens  fenfés  fe  moquoient, 
cornme  on  le  peut  voir  dans  Cicéron  ( de  divin. 
H.  40.  ) , dans  Se'nèque  , & dans  les  pièces  des 
auteurs  comiques. 


ITEP0J4A2XAA02.  y ^ . 

Eteromascala.  I L 
mologique,  Poilux  & Suidas  difent  que  les  efcla- 
ves  portoient  une  tunique  avec  une  feule  manche, 
appellée,  à caufe  de  cela,  Khunius, 

dhns  fes  notes  fur  Poilux  , affure  que  cette  manche 
couvroit  le  bras  gauche  jiifqu’au  coude,  & laiffoit 
nud  le  bras  droit.  Mais  Üranie,  fur  le  farco- 
phage  des  mufes  au  mufcum- capitolin,  feinbie 
porter  une  pareille  tunique , qui  ne  couvre  au 
contraire  que  le  bras  droit.  On  obferve  cette 
manche  unique  à PUranie  de  l'apothéofe  d’Ho- 
mère, & à une  figure  dont  Cuper  donne  le  delTin 
dans  fon  explication  de  ce  marbre  précieux. 


ÉTÉSIENS  ( Vents). 

Les  anciens  donnoient  le  nom  è^étéfiens , du 
terme  grec  ïVéïnos-,  quifignifie  anniverfaire ^ à des 
vents  , dont  le  fouffie  fe  faifoit  fenur  régulière- 
ment chaque  année,  & rafraîchifioit  l’air  pen- 
dant fix  femaines  , depuis  le  folfiice  d’été  jufque 
dans  la  canicule.  Le  règne  des  vents  étéfiens , étoit 
annoncé  par  ceux  que  l’on  nomanoir  prodômes , 
oü  précurjeurs  ^ durant  quelques  jours. 


& de  Tacite.  Arifrote,  ou  l’auteur  grec,  çu'“l 

quil  füit,  du  traité  intitulé,  /e  monde,  dit  for- 
mellement que  les  etefiens  tiennent  également  du 
vent  com.me  de  1 Et  Diodore  de 

Sicile  ( liv.  I.  cap.  XXXIX.  ) étend  la  bande 
des  vents  étéfiens  jufqu’au  couchant  d’été  On 
«ouye  inême  dans  Pline  & dansStrabon  , d’après 
Pofudonius,  que^des  vents  foiifnants  de  rÊft 
font  appelles  étéfiens-,  mais  il  eft  confiant  qu’en 
ceia  ils  s’écartent  de  Pidée  la  plus  générale 
qu‘o_n  doit  avoir  des  vents  étéfiens.  Cette  com- 
munication du  nom  A’étéfiens  à des  vents  étran- 
gers à la_  région  ordinaire  des  étéfiens , ne  peut 
être  admife,  ou  autonfée,  qu’autant  que  la  dé- 
nomination en  eile-même  deviendra  propre  à tout 
vent  qui  fouillera  régulièrement.  Il  en  feroit  de 
mêm.e  du  nom  de  vento/zfié,  quoiqu’il  foit  fpé- 
cialement  employé  à défigner  le  vent  qui  règne 
fur  les  mers  renfermées  entre  les  tropiques , &: 
qui,  dans  la  mer  du  Sud  particulièrement,  con- 
duit les  navigateurs  d’Orient  en  Occident.  ( Cet 
article  efl  de  d AnvilLe  , de  1‘ Académie  royale  des 
Irficriptions  , &c.  ) 

ÉTÉSIPE  , fils  d’Hercuie  & d’Aftydamie  Voye? 
Astydamie. 


E TES  lus  lapis. 

Pline  dit  que  l’on  préféroit  ( 3C  c.  xi.  ) à 
toutes  les  pierres  la  pierre  étéfienne , pour  faire 
des  mortiers  à piler  les  fubltances  médicinales  : 
etefinmque  lapidem  in  kis  pr&îulere  c&teri  , mox  & 
Tkebaicum.  Saumaife  croit  d’après  ce'a  , que 
c’étoit  une  efpèce  de  porphyre.  ( In  fioHnum.  ) 


É 1 HÉRIE , l’une  des  Héxiades. 

ÉTHILIE , fille  de  Jupiter  8c  de  Protoféüe 


Ces  vents  portant  de  la  fraîcheur  dans  Path- 
mofphère  pendant  la  faifon  des  chaleurs,  la  plus 
commune  opirdon  veut  qu’ils  fouffient  de  la  bande 
du  Nord  ; & c’eft  ainfi  que  le  vent  du  Nord 
étant  le  traverfier  des  bouches  du  Nil , dont  le 
cours  en  générai  eft  du  Midi  au  Septentrion , 
Les  anciens  attribuoient  aux  vents  étéfiens , -ptn- 
fiant  juin  & juillet , le  refoulement  des  eaux  du 
■fleuve , qui  pouvoir  contribuer  à fon  déborde- 
ment régulier  dans  la  même  fai fcn.  Lerhiirobde 
ce  vent  n’efi  pas  néanmoins  tellement  fixé  à cette 
r-égion  du  monde , qu’il  ne  participe  deplufieurs 
autres  i & le  nom  dC étéfiens , eil  appliquée  des 
vents  venant  du  Couchant  comme  du  Septentrion. 
C’eft  par  cette  raifon  que  dans  plufieurs  auteurs 
anciens , les  étéfiens  font  déclarés  favorables  fur 
la  Méditerranée , à ceux  qui  font  jroute  d’Occi- 
dept  en  Orient  ; & aceufés  d’être  contraires  pour 
Ja  route  oppofée.  C’eft  atnfî  qu’on  peut  entendre 
les  vents  étéfiens  dans  quelques  endroits  de  Cicéron  i 


ÉTHIOPIENS. 

Les  anciens  connoiffoient  deux  fortes  d'éthio- 
piens, ceux  d’Afie  & ceux  d’Afrique.  Hérodote 
les  diftingue  en  termes  formels  -,  & voilà  pourquoi, 
dans  les  écrits  de  l’antiquité  , le  luom  Ethiopie 
eft  commun  à divers  pays  d’Afie  & d’Afrique  -, 
voilà  pourquoi  ils  ont  donné  fi  fouvent  le  nom 
d'indiens  aux  éthiopiens , 8c  le  nom  d'éthiopiens 
aux  ve'rjtabies  indiens.  Dans  Procope,  par  exem- 
ple , VÉthiopie  eft  spptilée  Y Inde.  Voye-pen  les 
raifions  dans  les  obfervations  de  M.  Frcrcr. 

Les  grecs  appelloient  éthiopiens  tous  les  peu- 
ples qui  avoient  la  peau  noire  ou  bafanée  : 
c’eft  pour  cela  qu’ils  appelloient  les  Colches 
éthiopiens  , & la  Colchide  Ethiopie. 

Quelles  qu’aient  été  les  prétentions  des  éthio- 
piens fur  leur  origine  , on  ne  peut  les  regarder 
que  comme  une  colonie  d’égyptiens  5 iis  ont  eu  , 
comme  ceux-ci,  l’ufage  de  la  circoncifion  & des 


E T H 

embaumemens  ; îes  mêmes  vêteraens  , !es  mêmes 
coutumes  civiles  Sc  religieufesj  les  memes  dieux, 
Hammon  , Pan , Hercule  , Ifis  5 les  mêmes  tor- 
îTies  d'idoies , les  mêmes  hiéroglyphes , les  mê- 
mes principes  , la  diftinélion  du  bien  & du  mal 
moral,  rimmurtalite  de  Tame,  & les  métempfy- 
cofes,  le  même facerdoce  , le  fceptre  eu  forme 
de  foc , 8cc. 

M.  Pav  fait  obferver  que  tous  les  monumens 
anciens  qu^on  découvre  vers  le  Sud,  en  allant  à 
plus  de  deux  cens  lieues  au-delà  des  cataradles  du 
ÏNbl , font  fculptés  dans  le  goût  égyptien , & 
chargés  de  fymboles  égyptiens  , comme  les  ruines 
de  la  ville  royale  d’Axume,  qui  gifîent  un  peu 
au-delà  du  quinzième  -degré  dans  la  latitude  fep- 
tentnonale-  Quand  un  jour  on  parsdendra  à avoir 
une  connoiffance  précife  des  excavations  qu'on 
trouve  en  différens  endroits  de  V Éthiopie , enverra 
que  leurs  caraiflères  hiéroglyphiques  relîemblent 
à ceux  des  grottes  de  la  Thébaide  5 car  les  thé- 
bains  & les  éthiopiens , quoique  gouvernés  par  des 
fouverainstiifférens  , n'étoient  dans  ie  fond  qu'un 
même  peuple,  adonné  à la  même  religion. 

I!  faut  excepter  ici  le  monument  qu'on  dit 
avoir  exiité  à Adulis  j mais  dont  l'exillenCe  paroît 
fort  douteufe. 

Diodore  de  Sicile  a fu  que  les  ftatues  éthio- 
piennes relfembîoienr  exaélement  aux  llatues  de 
l'Egypte;  car  il  s'explique  à cet  égard  en  termes 
fort  clairs , comme  Bochart  l'avoir  déjà  obfervé. 
( In  Pkaleg.  lib.  IV.  cap.  XXVI.  ) 

Dès  le  temps  d'Homère , ces  peuples  étoient 
connus  & refpeélés  des  grecs  , pour  l'innocence 
& la  fïmplicicé  de  leurs  mœurs.  Les  dieux  triême, 
félon  leur  poète , fe  plaifoient  à demeurer  au 
milieu  d’eux. 

Jupiter  s’en  était  allé  cke:^  les  peuples  znnocens 
de  r Éthiopie,  & avec  lui  tous  les  dieux.  {Iliade.  ) 

hes  éthiopiens , félon  Strabon,  revêtus  de  peaux 
de  lion  & de  léopard,  portoient  des  arcs  de  côtes 
de  palmiers  fort  longs , 8c  qui  n'avoient  pas 
moins  de  quatre  coudées.  -Les  flèches  de  cannes 
fort  longues  à proportion  , avoient  au  lieu 
de  fer  des  pierres  pointues,  dont  ils  fe  fervoient 
pour  graver  leurs  fceaux  à fceller  : ils  portoient 
auffi  des  lances,  au  bout  defquéües  croit  une 
pointe  de  corne  de  chevreuil  , faite  comme  un 
fer  de  lance,  & de  maiTiies  ferrées.  Lorfqa’ils  ai- 
loient  au  combat  , ils  fe  frottoient  la  moitié  du 
corps  avec  du  plâtre  mou  ,&  l’autre  mofiéavec 
du  vermiiion.  Les  éthiopiens , quoique  divifés  en 
orientaux  & en  occidentaux  , ne  différoienr  en- 
tr'eux  que  par  la  chevelure  & la  langue.  Les 
orientaux  avoient  les  cheveux  plats  ; & les  occi- 
dentaux de  la  Lybie , les  avoient  naturellement 
plus  frifés  que  tout  le  relie  des  hommes;  (ce 
font  des  nègres.  ) Les  éthiopiens  orientaux,  ou  de 


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5^7 


l'Alîe,  étoient  vêtus  & armés  prefque  comme 
les  indiens  ; ils  portoient  pour  calque  des  peaux 
de  tête  de  cheval,  avec  les  oreilles  h cri- 
nière ; en  forte  que  la  crinière  fervoit  d'aigrette  , 
& que  les  oreilles  étoient  toutes  drelTées.  Au  lieu 
de  boucliers  ils  fe  fervoient  de  peaux  de  grue. 

La  Némé/îs  de  Phidias  tenoit  d’une  main  , au- 
delfas  d’une  patère , quelques  figures  à’ éthio- 
piens. Paufanias  avQuoir  qu'il  en  ignoroit  la  caufe. 
Winckelmann  croit  qu'elles  faifoient  aliulîon  au  fur- 
nom  A’^ti^av,  irréprochables  y que  donne  Homère 
aux  éthiopiens,^  qui  les  devoir  rendre  chers  à 
la  redoutable  Néméifis. 

Leur  caraélère  dillinétif  étoit  un  nez  épaté. 

ETHNARQUE , le  gouverneur  d'une  nation. 

Ce  mot  eft  formé  du  grec  , nation , 
commandement.  II  y a piufieurs  médailles  d'Hé- 
rode,  appelle  le  Grand,  fur  un  côté  defquelies 
on  trouve  HPQAOt  , & de  l'autre  côté  ÉeNAPKOY, 
c’eft-à-dire  , Vérode  V éthnarque.  Après  la  bataille 
de  Philippe , Antoine  pafTant  par  la  Syrie  , éta- 
blit Hérode  & Phafaël  fôn  frère,  térrarques  , 
& en  cette  qualité  leur  confia  l'adminillration 
des  affaires  de  la  Judée.  ( Jofeph.  Ant.  liv.  XIV. 
ckap.  XX!!/.  ) Hérode  eut  donc  le  gouverne- 
ment de  cette  province  avant  que  les  parthes 
entrafTent  en  Syrie,  ou  avant  l'irivafion  d'Anti- 
gone , qni  arriva  environ  cinq  ou  fîx  ans  après 
^ qu'Hérodefuf  fait  commandant  en  Galilée.  C/oE 
liv.  XIV.  ckap.  XXIV.  AXV.  ) Conféquem- 
ment  Hérode  étoit  alors  viaimcm  ethnarque  , car 
on  ne  pouvoir  pas  le  nommer  autrement  ; de 
façon  qu'il  faut  que  ce  foît  dans  cet  efpace  de 
temps  que  les  médailles , qui  lui  donnent  ce  titre, 
aient  été  frappées.  Ces  médailles  font -une  con- 
firmation de  ce  que  nous  lifons  dans  l'hifioire, 
que  ce  prince  fut  chargé  de  ce  gouvernement 
avant  d'être  élevé  à la  dignité  de  roi. 

C'efl  Hérode  Antipas , & non  pas  Hérode- 
le-Grand  , que  Joséphe  a appellé  Tétrarque , 
parce  qu’Antipas  ne  poffédoit  que  la  quatrième 
■partie  du  royaume  de  fon  père.  Les  termes  d'AA- 
j}arqtLe  & de  tétrarque  né  font  peint  fynonimes  pour 
ceux  qui  connoiifent  le  partage  du  royaume 
d'Hérode,  fait  par  Augulle-  I!  déclara  Arché- 
laüs , non  héritier  de  tout  le  royaume  de  fon 
père,  mais  feulement  etknarque  , ou  prince  de 
la  nation  dés  juifs  ; & il  lui  donna  fous  ce  titre 
!a  Judée , l’ïdumée  & la  Samarie  , ce  qui  com- 
pofoit  la  moitié  du  royaume  d’Hérode  le-Grand. 
Augufle  partagea  en  deux  l'autre  moitié  ; i!  donna 
à AntipîS  la  Galilée  & la  Pérée,  oiî  les  pays 
au-delà  du  Jourdain  ; & à Philippe  l'Iturée  , la 
Traconite  & la  Batanée.  Ces  deux  princes  n’ayant 
chacun  que  la  quatrième  partie  du  royaume  de 
leur  père,  furent  nommés  tétrarques  , Sc  leur 
poïtvontétrarchie.  Ceux  qui  ont  entendu  autrement 

E e e e ij 


ÎT  SS  E T O 


ET  a 


ces  termes , fe  font  e'îofgnés  de  leur  Vraie  fîgni- 
fication. 

ÊTHOSÉA  J une  des  fept  filles  de  Niobc,  qui 
périrent  par  les  flèches  de  Diane.  Voye:^  NioôÉ. 

^ÉTHRA , fille  du  fage  Pithéus,  roi  de  Tré- 
zène , fut  mariée  fecreîtement  par  fon  père  à 
Egée  J dont  elle  eut  Théfée.  Pendant  fa  grofieflej 
Pithéus,  qui  avoit  des  raifons^pour  cacher  Tal- 
diance  qufii  avoit  faite  avec  Égée , publia  que 
Neptune,  la  grande  divinité  de  Trézène  , étoit 
devenu  amoareux  de  fa  fille  j ce  qui  fit  palTer , 
dans  la  fuite , Théfée  pour  fils  de  ce  dieu.  La 
fam^feHélène  ayant  été  enlevée  dans  fon  enfance 
par  Ihéfée,  fut  laifiéc  fous  la  garde  dTthra, 
dans^la  ville  d'Aphidnès.  Cafior  & Pollux , irrités 
de  Tenlévement  de  leur  fœur , coururent  aux 
armes,  fe  rendirent  maîtres  d^’Aphidnes,  en  Tab- 
fence  de  Théfée,  & en  ramenèrent  Hélène,  & 
avec  elle  Ethra,  qifils  lui  donnèrent  pour  efcîave. 
Ethra  fui  vit  fa  maîtrelfe  dans  fes  diverfes  aven- 
tures , jufqa’à  la  prife  de  Troyes  , eù  elle  fut 
reconnue  par  fon  petit-fils  Démophoon  , & dé- 
Dvrée  de  Tefclavage.  Voye-^  Démophoon, 

I H É SÉE. 

Éthra  , femme  d’Atlas,  mère  des  Hyades, 
étoit  fille  de  Téthys  & de  l’Océan. 

ÉTIENNE,  fils  de  Romain  1. 

S TEFHANUS  AUGUS TUS. 

Les  médailles  à’Étienne  manquent. 

ETNA , montagne  de  Sicile  , fameufe  par  les 
forges  que  Vulcain  y avoit  établies,  & d’où  Ton 
appelloit  ce  dieu  Etknéus.  Voye:^  Paiices. 

Etna  ( médailles  d’ Voye^  Ætna. 

ÉTOFFES  de  poil.  Uoye:^  Feutre. 

Etoffes  de  foie.  Voye:^  Soie. 

Étoffes  de  laine.  Voye^  Draperies, 
Feutre. 


& ?es  eitemines.  C etoient  le  plus  fouvenr  nVs 
toiles  de  coton.  Mais  les  orientaux  en  faifoient 
un  ufage  general , ^ en  particulier  les  perfes^Se 
les  indiens.  Étoffes  changeantes. 


. EiOFFES  rayées.  Les -barbares  portoient  feuls 

des  tuniques  ou  des  manteaux  étoffes  rayées.  Les 
eunuques  & ks  efclaves  e'tant  pour  la  pluoam 
barbares  d’origine , confervoient  îes  ^tofes  rayées 
comme  leur  caradère  difiinftif.  C’eft  ainfi  que 
paroit  vêtu  , dans  les  peintures  de  Térence 
confervées  au  Vatican,  un  grec  déguifé  en  eu- 
nuque. 


/ 

Etoffes  changeantes. 

Au  fujet  des  étoffes  changeantes  , M.  Lens 
(Cojîumes)  remarque  que  les  anciens  n’en  ont 
pas  généralement  atteint  l’effet , comme  on  l’ap- 
perçoit  fur  différentes  peintures  encore  exiftantes , 
cù  la  partie  éclairée  d’une  étoffe  eft  exprimée 
par  une  couleur , & la  partie  ornbrée  entière- 
ment par  une  autre  5 ce  qui  eft  contre  la  vérité; 
car  une  étoffe  changeante  ne  prend  cette  couleur 
que  fur  les  tcurnans  des  plis,  félon  Lincidence 
& la  réflexion  de  la  lumière , ou  fur  des  parties 
les  plus  éclairées  & les  mieux  difpofées  à réflé- 
chir les  rayons.  Cependant  il  eft  vifible  qu’on  a 
voulu  reprefenter  des  étoffés  de  couleur  changeante ^ 
tiftues  de  fils  de  diverfes  couleurs.  Comme  les 
monumens  atteftent  i’exiftence  des  étoffes  chan- 
geantes avant  la  connoiffance  de  la  foie , on  peut 
donner  ce  nom  aux  tuniques  grecoues,  défîgnées 
Dar  le  mot  w-sMao.;,  fans  prétendre  qu’elles  aient 
été  de  foie  , ou  mêlées  de  foie,  comme  V/inckel- 
man  ( hiftome  de  l’Art,  tom.  I.  fol.  32.  ) l’af- 
fiire  , en  difant  qu’il  n’y  a point  de  couleur  chan- 
geante fans  un  mélange,  de  foie.  Car  il  eft  certain 
que  le  poil  de  chèvre,  le  coton  même,  & le  fin 
hn  ayant  du^luifant,  produiront  des  couleurs 
changeantes , fuifent-elles  d’ailleurs  moins  vives 
que  le  changeant  de  la  foie. 


ElOILES  (les)  fur  les  anciens  mcniimens 
font^des  fymboles  de  la  félicité  , quelquefois  auifi 
de  1 ét-ern!té.  XJ  étoile  qu’on  voit  fur  les  médajiies 
de  Tiles-Céfar,  eft  X étoile  de  Vénus,  dent  il  fe 
difoit  iiTu  ; ou  bien  c’eft  le  fymbole  de  la  déifi- 
cation. Voye-^  Astres  , Nuit. 


Étoffes 


{de  coton.  ") 
de  ByfTus.  3 

Étoffes  de  lin.  Toile. 


Byssus. 


EiOF?€s  a fleurs,  de  différentes  couleurs. 

Les  mots  grecs  peuvent  être 

traduits  de  ces  deux  manières.  Les  étoffes  à fleurs  , 
ou  de  differentes  couleurs  , n etoient  employées 
chez  les  grecs  Se  les  romams  que  par  les  femmes 


Sur  deux  ciftes  de  bronze,  trouvées  à Palef- 
trjne,  Bacchus  ( de  Stofch^IE.  claffe , 

1399.  ) porte  une  longue  tunique  parfemée 
d Étoiles  , fymbole  des  orgies , fes  fêtes  noctur- 
nes , nocturni  trieteria  Baccki.  Les  tuniques  des 
femmes,  gravées  fur  les  monumens  antiques  , 
font  quelquefois  chargées  étoiles  enferme  d’or- 
nemens. 

Junon  porte  une  draperie  flottante,  femée 
étoiles  i fur  une  médaille  de  Samos.  ( Spanhâm, 


E T R 

cif.  in  calllmdck.  hymit.  Dian.  v.  2.04.  ) Sur  une 
«;^éthvile  de  ia  coliedion  de  Stofch , Efculape 
a une  éwice  placée  à fes  cotés  , pour  défîgner 
cu':l  écoic  fiis  d'Apoilon  ou  du  Solcii.  Cette  pla- 
nète efi:  ordinairement  repréfentée  furies  médailles 
i'b’is  la  forme  d^une  étoile  rayonnante. 

h' étoile  fert  de  type  aux  médailles  de  Corcyre , 
des  Opunriens  ^ de  Pitané. 

Elle  y déiîgne  communément  Thorofcope  de 
la  ville  qui  les  a fait  frapper,  exprimé  par 
la  planète , le  ligne  du  zodiaque , ou  par  la  conüei- 
iadon  i laquelle  elle  eft  jointe. 

Elle  repréfente  fur  les  médailles  d’Élagabale, 
le  foleil  dont  cet  empereur  étoit  prêtre. 

ÉTOLIENS.  Fbyey  Ætoliens. 

ÉTOLUS , troifième  fils  d'Endymion  fe  retira 
chez  les  curètes;,  & donna  à leur  pays  le  nom 
àl Etoile,  F^oye^  ÉpÉUS. 

ETRANGLER.  Ce  fupplice  étoit  chez  les  an- 
ciens le  plus  honteux  de  tous.  Les  grecs  le  mirent 
ra’'ement  en  ufage.  Cependant  UlylTe,  dans  1^0- 
dylfée , fit  étrangler  les  femmes  de  Pénélope  , 
qui  avoient  mene  une  vie  impudique  pendant  fon 
abfence.  On  i\  étranglait  jamais  en  public  les  cri- 
minels à Rome  5 c^étoit  .toujours  dans  la  prifon  , 
& dans  fendroic  de  cette  prifon  ^ appellé  tullia- 
num.  ( Salluji.  bell.  Caîil.  de  morte  Lentiili.  ) 

ÉTRENNES. 

On  rapporte  Porigine  des  étrennes  au  temps 
de  Romulus,  & de  Tatius,  roi  des  fabins  , qui 
régnèrent  enfemble  dans  la  ville  de  Rome.  On 
dit  que  Tatius,  ayant  reçu  comme  un  bon  augure  , 
des  branches  coupées  dans  un  bois  confacré  à la 
déeffe  Stren.ua  , déefle  de  la  force  , & qCon  lui 
préfeir.a  le  premier  jour  de  Fan,  aatorifa  cette 
coutume  dans  la  fuite  , & donna  le  nom  de  ftren& 
à ces  préfens,  à caufe  de  cette  déeiîè , qui 
préfida  depuis  à la  cérém.onle  des  étrenne*.  Les 
romains  firent  de  ce  jour  un  jour  de  fête, 
qûhls  dédièrent  au  dieu  Janus , qu’on  repréfentcit 
avec  deux  vifages,  comme  regardant  Pannée  paiiée 
8c  celle  où  Pon  entroit.  Ce  jour-là  on  fe  fouhaitoit 
une  heureufe  année  les  uns  aux  autres.  Les  pré- 
fens ordinaires  étoient  des  figues  , des  dattes  de 
palmier  , & du  miel  5 & chaern  envoyoit  ces  dou- 
ceurs à fes  amis  J,  pour  leur  témoigner  qiPon  leur 
fouhaitoit  une  vie  douce  8c  agréable.  Les  figues 
& les  dattes  étoient  ordinairement  couvertes  de 
feuilles  d’or;  ce  qui  n’étoit  pourtant  que  le  pré- 
fent  des  perfonnes  moins  riches.  Les  cliens,  c’eft- 
3-dire  , ceux  qui  étoient  fous  la  proteét’on  des 
grands  ^ portoienc  ces  fortes  à’ étrennes  à leurs 
patrons , 8c  y joignoient  quelque  pièce  d’argent, 
oous  Auguttsj  le  peuple,  les  chevaliers  & les 


fénateurs  lui  préfenfoienc  des  étrennes  ; & lorf- 
qu’i!  étoit  abfent,  ils  les  portoient  danslecapi- 
toie.  L’argent  des  étrennes  éroit  emplové  à acheter 
des  fiatues  de  quelques  divinités.  T’ibère  défendit 
par  i«ri  édit  les  étrennes , paffé  le  premier  jour 
de  Pan  , parce  que  le  peuple  s’occupoit  de  cette 
cérémonie  pendant  huit  jours.  Caligula  déclara 
au  peuple  qu’il  accepteroit  celles  qu’on  lui  pré- 
Claude  , fon  fucceffeur , défendit  qu’on 
J importunât  de  ces  préfens;  mais  cette  coutume 
fe  conferva  toujours  parmi  le  peuple.  Les  grecs 
empruntèrent  des  ro.mains  Pufage  de  donner  des 
étrennes. 

Fabriles  Marceelæ  æternam 

FELICITATE. 

Cette  înlcription,  peinte  en  rouge  fur  une  am- 
phore, deitinée  à mettre  des  liqueurs , renferme 
une  acclamation  8c  un  fouirait , que  font  les 
ouvriers  en  poterie  à Marceîla  , ieur  parrone  ou 
leur  proteârice,  en  lui  ofeant  ce  vafe  de  terre 
cuire.  Dans  le  dernier  mot  Pm  efi  fupprimée. 
On  a une  infinité  d’exemples  du  retranchement 
de  cette  lettre  à ia  fin  des  mots. 

Ces  fortes  de  preTens,  ou  à' étrennes , auxquels 
on  joignoit  des  vœux-,  fe  faifoient  aufll  aux  fêtes 
faturnales  8c  dans  les  fêtes  publiques.  Le  mot 
fahEiles  ÇigXi'Eeici  vafcularii  , ficliliarii , urnamen- 
tafii.  On  ne  trouve  point/aéri/fa- dans  les  bons  au- 
teurs : il  fent  le  flyle  peu  élégant  du  bas  âge. 
Le  fouhaiî  d’un  bonheur  éternel  nous  por- 
-.CiOit  a croire,  que  les  voeux  de  ces  srtifans  en 
yafes  de  terre  cuite,  s’adreifent  à une  dame  chré- 
tienne. Ainu  il  faut  les  rapporter  zu  lV-.  ou  V«. 
fiècle. 

c=Ce  petit  monument  de  terre  cuite,  dit  le  comte 
de  Caylus  {IV.pl.  87.  n°.  3.),  prouve  Pufage 
de  ce  complùment,  8c  certifie  que  la  manière  de 
s’en  acquitter,  e'toit  accompagnée  d’un  préfent, 
fans  que  perfonne  en  fût  exempt  ; puifqu’en  effet 
Ies_ pauvres  rempldfoient  ce  devoir,  8c  s’en  ac- 
quittoient  d’une  manière  proportionnée  à leur 
fortune  : on  ht  fur  cette  terre  cuite,  dont  la 
forme  8c  la  grandeur  font  exadement  rapportées 
fur  la  planche  : 

ANNVM  NOÜVM  FAVSTVM 
FELICEM  TIBI. 

Je  crois  pouvoir  avancer  qu’on  n’a  point  en- 
core rapporté  de  monumient  de  cette  efgèce  : 
celui  ci  doit  cependant  avoir  été  très-muTtîpIié 
par  Pufage  du  peupla  , 8c  par  l’opération  facile 
de  la  terre  cuite  Sc  du  moule. 

Depuis  que  cette  planche  eft  gravée,  j’ai  reçu 
de  Ro-me  un  monument  du  nrême genre,  8c  delà 


E T R 

mèir.2  matière;  il  eii  un  peu  plus  grand  , Scduicre 
non  - feuleirent  dans  la  diltnbution  des  lîgr.es , 
mais  dans  le  travail  des  lettres , car  elles  font 
de  relief  5 dans  celui  de  ce  11°.  j on  lit  en  lettres 
msiulcuies  : 

ânnVm  nouvm  favstvm 
felicem  mihi  et  FîLIO. 

Cet  ufage  étoit  donc  S étendu , que  l'on  fe 
donnoit  à foi-rr.ênie  des  étrennes , 8ê  que  i on 
failbit . des  ibuhaits  communs  à foi-mêine  ^ mais 
encore  à foji  fils  »• 

ÉTRîERS. 

L’empereur  Maurice,  mort  l’an  ooi,  eit  auteur 
d’un  traité  de  tactique , dans  lequel  il  eft  fait 
mention  des  étriers  pour  la  première  fois.  On 
n’en  trouve  aucune  trace  avant  le  VF.  fîècle 
chez  les  grecs , ni  chez  les  romains.  C’eft  mal- 
à-propos que  plulîeurs  commentateurs  ont  cru  les 
reconnoitre  dans  quelques  paffages  de  Xénophon  , 
de  Lucien  & de  St.  Jérôme,  fuppofés  ou  mal 
interprétés.  Le  dernier,  faufîemenc  cité  par  Ma- 
gias,  a induit  en  erreur  Saumaife,  Voffius,  . 
Cuper,  Ménage  & pluiîeurs  autres , qui  placent 
d’invention  des  étriers  au  fîècle.  Les  anciens 
en  Tgnoroientabfo'umentl’ufagej  car  Kippcciate, 
dans  fon  traité  de  l’air  , de  l’eau  & des  lieux, 
attribue  plulîeurs  incommodités  dent  les  Scythes 
croient  affectés  , à l’ufage  fréquent  qu’ils  faifoient 
du  cheval.  Galien  fait  remarquer  auffi  dans  plu- 
lieurs  endroits  de  Tes  ouvrages,  que  les  cavaliers 
romains  étoient  également  fujets  à plulîeurs  ma- 
ladies des  hanches  & des  jambes , parce  qu’ils 
n’avoient  pas  les  pieds  foutenus  à cheval. 

On  fuppléoit  aux  étriers , en  fautant  fur  le  che- 
val , même  i’épée  nue  ou  la  pique  à la  main. 
C’étoit  un  exercice  des  plus  ordi.naires  de  la 
jeimeffe  romaine.  Un  jafpe  , expliqué  par  le  favant 
Winckelmann  , nous  montre  cependant  un  foidat 
qui  monte  à cheval , mettant  le  pied  droit  fur 
un  crampon  place'  à une  certaine  hauteur  au  bas 
de  fa  pique.  Les  chevaux  d’ailleurs  étoienr  quel- 
quefois dreffés  à plier  les  jarrets , & à fe  baiffer, 
pour  la  commodité  des  cavaliers.  Les  perfonnes 
diiîinguées  & les  vieillards  avoient  des  ferviteurs , 
ma/Bo'hûs,  qui  Ics  mettoicnt  à cheval.  On  vit  des 
rois  vaincus  être  contraints  de  prêter  leur  dos 
aux  viélorieux,  lorfqu’üs  montoient  fur  leurs  che- 
vaux ou  dans  leur  char  ; & Athénée  parle  de 
certaines  femmes  qui  faifoientferviiement  leur  cour 
aux  femmes  des  farrapes  , en  leur  rendant  volon- 
tairement Je  même  fervice.  C’eft  pourquoi  Plu-  ! 
tarque  , dans  hv  vie  des  gracques,  n’oubüe  pas 
de  dire,  que  C.  Gracchus  fit,  à l’exemple  des 
grecs , placer  de  diftance  en  diftance  des  pierres, 
méhaHa,  ie  long  des  grands  cheiriins  , pour  aider 


E T R 

les  cavaliers  à monter  à cheval , fans  avoir  befoin 
de  perfo.'tne.  Ce  tribun  cherchoit  oar  un  etn- 
prefTement  marqué  de  foulager  tous  fes  concitoyens 
à mériter  leur  bienveillance  , & à gagner  leurs 
uinrages. 

Les  modernes  font  étonnés  de  voir  l’ufage  des 
étriers  fi  long-temps  ignoré  ; mais  üs  doivent 
•penier  que  cette  privation  venoit  de  la  manière 
dont  les  chevaux  étoient  autrefois  enharnachés. 
Une  hoüfîe  de  drap  fîmpie,ou  double , les  cou- 
vroit  jufqu’endérement , & étoit  attachée  avec 
trois  fangles  , au  poitrail , à la  queue  & au-ventre 
du  cheval. 

Les  colonnes  Trajane  & Antonine , l’arc  de 
Conftantin , & les  autres  monumens  antérieurs 
aux  empereurs- Honorius  & Arcade,  nous  offrent 
un  grand  nombre  de  chevaux  ainfi  caparaçonnés. 

Quelques  interprètes  ont  rendu  par  le  mot  étriers, 
les  mots  & afiraha.  Mais  Suidas  décrit 

Vafiraba  , de  manière  à le  faire  prendre  pour  un 
arçon  de  la  feile;  c’eff,  dit-i! , un  morceau  de 
bois  qui  tient  à la  feÜe,  & qui  eft  fiifî  parle 
cavalier.  Les  gloffes  dTfidore  appellent  afiraha  , 
une  planche  fur  laquelle  repofoient  les  pieds 
des  cavaliers  : afiraha  tabella  , in  qïia  pedes  requief- 
cunt.  Il  veut  parier  d’un  marche-pied  qui  fervoit 
à monter  à cheval.  V'oye^  AyasoAdr  , AyâSrJfce. 

La  felle  formée  par  des  arçons  fqlides , telle 
que  nous  remployons  , fut  inconnue  jufqu’au 
règne  de  The'cdofe  , qui  en  parle  ie  premier 
dans  une  loi  j & le  premier  monument  où  elle 
paroilTe,  efl  la  colonne  d’Arcadius  à Conffanti- 
nople.  Devenu  plus  folide , le  harnois  put  fup- 
porter  les  étriers  , qui  n’auroient  pas  trouvé  un 
point  de  fufpenfion  fixe  dans  une  pièce  de  drap  , 
ou  une  peau  de  bête. 

/ 

Etriers,  f Diplomatique . ) 

Dans  un  aéle  de  pafTé  entre  le  comité 

de  Beaumont-fur-Oyfe  & Fabbé  de  St.  Martin 
de  Pontoife,  on  voit  ie  fceau  du  comte,  qui  le 
reprélênte  fur  un  cheval  courant  à bride  abattue. 

I!  a des  étriers  en  forme  de  courroie , qui  def- 
cendent  du  deffus  de  la  felle.  Inconnus  aux  anciens, 
difent  les  auteurs  de  la  nouvelle  Diplomatique, 
iis  commencent  V ers  ie  XF.  fîècle.  Au  XIF.  leur 
uf^ge  , quoique  ordinaire , n’etoit  pas  encore 
général. 

ÉTRILLE.  Doye^  Strigix, 

ÉTRUSCILLE,  époufe  de  Trajan-Déce. 

HrnBNKIA  Cupl:EîtKIA  E T KV  SCJhI--A 
A U G U s T A. 


E T R 

Le  nom  de  Cupiennia  n’eft  que  fur  les  médailles 
grecques. 

Ses  médailles  font  : 

R RR.,  en  or. 

C.  en  argent  : le  revers  fceculum  /zovavîeftR. 

RR.  en  médaillons  d'argent  bas  frappés  en 
Syrie. 

C.  en  G.  B.  de  coin  romain. 

C.  en  M.  B.  8c  RR.  au  revers 
avec  trois  figures. 

RR.  en  G.  B.  de  colonies. 

R.  en  M.  & P . B. 

RR.  en  G.  B.  grec  j exceprté  celles  de  Samos. 

Les  autres  RRR.  8c  principalement  celles  où 
elle  eft  app  eSlée  Annia. 

R.  en  M.  B. 

RR.  en  P.  B. 

RR.  en  médailles  de  B.  d’Egypte  j p?.rticiîlié- 
rement  celles  qui  lui  donnent  le  nom  de  Cu- 
piennia. 

Les  médaillons  latins  de  bronze  de  cette  prin- 
ceffe  . font  très-rares,  excepté  celui  au  revers 
duquel  eft  la  figure  de  la  pudicité  affife. 

ETRtiSQÜES.  ( Hifiozre  des  Arts.  ) Nous 
allons  donner  un  extrait  des  favantes  obfervatfons 
que  le  comte  de  Caylus  a inférées  dans  les  deux 
premiers  volumes,  in -4®.,  de  fes  Recueils  des 
Antiquités  égyptiennes  , étrufques  , grecques  & 
romaines.  I!  convient  d'abord  qu'il  elt  très-diffi- 
cile de  trouver  des.fecours,  pour  connoître  l'origine 
des  étrufques  OU  rofcans , parce  qu'aucun  de  leurs 
hiftoriens  n'eft  parvenu  jafqu'à  nous.  Quoique 
ce  peuple  fameux  fe  fût  rendu  maître  deprefque 
toute  ritalie,  avant  la  fondation  de  Rome,  la 
jaloufie  des  romains  a laifté  à peine  fubfifter  quel- 
ques infcriptions  , que  nous  ne  pouvons  pas  tou- 
jours expliquer,  parce  que  nous  ignorons  non- 
feulement  le  fond  de  leur  langue  , mais  encore 
la  plupart  des  lettres  de  leur  alphabet  : i!  paroît 
même  que  les  hiftoriens  romains  ont  affedté  de 
ne  point  parler  des  étrufques  j & nous  ne  pou- 
vons découvrir  leur  goût  8c  quelques-uns  des 
ufages  de  cet  ancien  peuple,  que  par  le  moyen 
des  peintures  8c  des  gravures  qui  ont  échappé 
aux  romains. 

Nous  fivons  en  général  parles  hiftoriens  étran- 
gers , que  pendant  plufteurs  fiècles  les  étrufques 
furent  très-puiiXans  fur  terre  8c  fur  mer  fie  com- 
merce les  enrichit  ; dans  la  fuite  ie  luxe  les  énerva, 
ou  les  rendit  affez  foibles  pour  fe  voir  fubju- 
gués  par  les  gaulois  & par  les  romains , après 


E T R 

avoir  cependant  fcutenu , pendant  deux  ftèdes 
des  guerres  continuelles. 

Les  étrufques  infpirèrent  à leurs  vainqueurs  leu. 
fuperftition  extrême  8c  leur  goût  pour  les  fpcdta- 
cles.  Les  petites  notions  que  les  étrufques  avcient 
fur  la  Fhyfique , les  engagèrent  à croire  qu  ils 
ét-ient  affez  "favans  peur  pénétrer  dans  les  myf- 
tères  des  caufes  premières;  en  conféquence  ils 
s'occupèrent  fins  ceffe  à tacher  de  lire  dans  l'ave- 
' nir  8c  dans  le  livre  des  deftinées,  en  obfervant 
le  vol  8c  le  chant  des  oifeaux  ; 8c  à confuiter  la 
volonté  des  dieux  , en  obfervant  les  aftres  ou  ks 
entrailles  des  viélimes.  Comme  ce  peuple  aimoit 
excefiivement  les  jeux , la  mufique  àc  les  fpefia- 
cles , il  introdiiilit  ces  amufemens  dans  les 
cérémonies  de  la  religion  ; 8c  le  préjugé  popu- 
laire les  fit  enfuite  confidérer  comme  des  parties 
effentielles  du  culte  extérieur.  Ce  même  préjugé 
fubfifte  encore  dans  une  p?.rtie  de  l'Italie. 

Les  étrufques  aimèrent  les  arts  , ils  les  culti- 
vèrent avec  fuccès  : on  préfume  qu'ils  emprun- 
tèrent des  égyptiens  la  théorie  8c  la  pratique  de 
leurs  ufages  : par  exemple  , les  figures  allégori- 
ques ou  hiéroglyphiques  , telles  que  font  les  gtif- 
fons  , les  fphynx,  les  lions  allés,  les  pyramides, 
les  infcriptions  fur  les  ftâtues  , 8c  la  forme  roide 
des  figures  , qui  paroiffent  emmaillottées.  Cepen- 
dant, comme  l'on  ne  trouve  chez  les  étrufques 
aucune  momie  ou  animal  embaumé  , les  auteurs 
préfument  que  ce  peuple  n'eft  pas  une  colonie 
égyptienne.  II  paroit  par  les  monumens  que, 
dans  les  fiècles  fuivans  , k-s  étrufques  prirent  des 
ufages  particuliers  , qui  ne  confervèrent  pref- 
qu'aucun  trait  de  la  manière  ou  du  ftyle  des  an- 
ciens égyptiens  : on  vo'.t  dans  les  ouvragés  de 
leurs  fculpteurs  , cifcleurs  8c  peintres , ie  déve- 
loppement & la  gradation  fenfibies  du  génie  des 
étrufques. 

Les  auteurs  obfervent  que  les  femmes  furent 
admifes  dans  les  collèges  des  prêtres  étrufques^  a peu 
près  comme  les  femmes  font  aujourd’hui  afiocices 
ou  dépofitaires  des  myftères  les  plus  fecrets  de 
la  religion  fingulière  du  peuple  drufe  , qui  habite 
les  plaines  enveloppées  par  la  chaîne  des  mon- 
tagnes du  Liban. 

L’on  fait  que  les  étrufques  inv'entèrent  l’ordre 
tofean,  dans  le  même  teinpsqueles  grecs  imaginèrent 
l'ordre  dorique  & l'ordre  corint.hien  : ce  fait 
démontre  le  goût  particulier  que  ce  peuple  avoit 
pour  l'Architeéture. 

On  voit  i'’.  dans  l’ouvrage  qui  a pour  titre, 
Thome,  Dempfteri  de  etruria  regali  Uhri  C/J.  prr 
miim  ediîi  d i homas  Coke  , 2 vol.  in-fol.  Flo- 
rentin 1725  ; 2°.  dans  les  Recueils  deBuonarotti; 

dans  ceux  de  Gori  ; 4°.  dars  les  Mémoires 
de  r Académie  de  Cortone , quantité  de  monuraens 
qui  démontrent  le  goût  que  les  étrufques  avoient 


ypi  E T R 

pour  la  Sculpture  , TArchiteâure  , la  Peinture  ^ 
& pour  la  dravure.  Pline  le  riaturalifre  convient 
cu’ii  y avoit  deux  mille  Ibtues  dans  la  ville  étraf- 
que,  nommée  Bclfena , & que  Ton  y voyoitune 
ftatue  coIoiTa’e , qui  avoit  cinquante  pieds  deliaur. 
Paulânias  rapporte  qu'Arimnus  J roi  de  Tofcane^ 
fut  le  premier  des  fouverains  étrangers  qui  en- 
voya fcn  magnifique  trône,  pour  le  dépcfer  dans 
le  rnerveilienx  temple  élevé  à Olympie  en  i'hon- 
i;eur  de  Jupiter. 

Le  comte  de  Caylus  obferve  que  les  auteurs , 
dont  nous  venons  dé  parler , auroient  dû  nous 
donner  des  détails  far  les  belles  formes  & fur 
les  ornemens  agréables  des  vafes  mais 

il  y fupplée  en  mettant  fous  les  yeux  du  ieéleur 
fes  obfervations  , & les  pians  exacis  de  plufieurs 
monumens  qu’il  a defïinés  & gravés  en  partie  de 
fa  main , av-ec  toute  Pexaéiitude  que  Ton  peut 
raifonnablementefpérer.  Ce  philofophe  artille  fait 
adirdrer,  dans  les  vafes  étrufques  , la  précifion 
dans  la  forme,  la  juflefié  dans  le  contour,  & 
dans  la  pofition  des  anfes;  fart  de  groupper  les 
figures,  & de  leur  donner  de  rexpreffion,  &c. 
Il  prouve  que  les  anciens  tofcans  abondoîent  en 
fculpteurs  ; il  dit  qu’il  eft  à préfumer  qu’ils  avoient 
grand  nombre  de  bons  peintres;  il  obferve  que 
malgré  leur  fragilité,  il  eft  étonnant  qu’il  nous 
refte  une  fi  grande  quantité  de  vafes  étrufques, 
qui  conftate  la  multiplicité  des  manufasTtures  de 
VEtrurie.  Ce  favant  convient  que  nous  confondons, 
à la  vérité  , feuvent  les  vafes  étrufques  avec  ceux 
de  fabrique  égyptienne , ou  plutôt  avec  ceux  de 
la  fameufe  fabrique  grecque établie  dans  l’iSe  de 
Samos  : mais  i!  ajoute  que  l’on  peut  cependant 
diftinguer  les  vafes  étrufques  par  leur  lé'géreté , 
par  la  délicatefle  de  leurs  ornemens,  & par  plu- 
fieurs autres  circoaftances  que  nous  indiquerons 
plus  bas. 

Nous  ajoutons  que , pour  ne  point  s’y  mé- 
prendre, il  faut  mettre  en  parallèle  les  .vafes  , - 
eu  du  moins  confuîrer  les  fidelles  gravures  de 
Caylus  & d’Hamilton, 

L’hiftoire  nous  apprend  que , pendant  plufieurs 
fiècles , les  manufadlures  de  poterie  étrufque  o.nt 
joui  dans  l’univers  d’une  réputation  égale  à celle 
que  nous  accordons  à la  porcelaine  de  la  Chine.  ; 
L’on  a trouvé  à Vo'laterra , à Rome,  Sec. , plu- 
fieurs petites  montagnes,  formées  par  les  débris 
de  rebuts  des  manufaiftures  de  poterie  étrufque. 

Le  comte  de  Caylus  obferve  que  fouvent  l’on  y 
voit  les  mêmes  formes  & les  mêmes  ornemens 
répétés  dans  les  compofitions  ; mais  cependant,  en 
les  confidérant,  l’on  voit  en  même  - temps  que 
les  étrufques  favoient  bien  varier  leurs  inventions, 
lorfqu’ils  vouloienr.  L’on  y reconnoit  même  les 
époques  des  |>rogrès  de  la  perfection  dans  chaque 
fiècle.  Il  paroît  que  les  étrufques  , dans  leurs  def- 
fi.ns,  ont  été  quelquefois  imitateurs  ; mais  jamais 


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ils  n’ont  été  de-  ferviles  copiftes  des  égyptiens 
& des  grecs  : ils  ont  profité  de  leurs  lumières, 
fans  jamais  s’affujettir  à leur  goût. 

Le  comte  de  Caylus  préfume  , qu'à  force  de 
recherches  & d’obfervations  fur  les  monum'ens 
étrufques , on  pourra  peut-être  un  jour  parvenir 
à éclaircir  la  plupart  des  ufages  civils,  militaires 
& religieux  des  tofcans  , fur-tout  fi  l’on  compare 
les  monumens  avec  les  anecdotes  hiftofiques  de 
ce  peuple  fingulier. 

Les  tofcans,  je  veux  dire  les  étrufques , cher- 
, choient  dans  leurs  tableaux  , ainfi  que  les  fauvages 
de  i’A.mérique , à fe  procurer  un  afpeél  Se  une 
attitude  terrible  ; iis  ajoutoient  à leurs  cafques  de 
grandes  oreilles,  ils  en  hériffoient  le  fommet  par 
de  longues  pointes  de  fer , ou  par  le  moyen  de 
grandes  crêtes  ou  panaches  : ils  réuffiflbient  à fe 
procurer  un  air  féroce  en  crifpant  leurs  mouftaches. 

Le  goût  & le  caraftère  particulier  des  étrufques  ^ 
eft  plus  frappant , plus  varié  dans  les  pierres 
gravées  qui  leur  fervoient  de  cachet , que  dans 
leurs  autres  ouvrages.  Comme  ils  aimoient  à la 
folie  Ylliade  d’Homèrè,  ils  gravoient  prefque 
toujours  des  fujets  tirés  de  ce  poëme  ; & ils 
repréfentoient  très  - fouvent  Achille,  Heéior, 
Hercule,  les  fatyres , les  centaures,  desaftrolc- 
gues  & des  génies  ailés.  Il  paroît  par  leurs  monu- 
mens qu’ils  aimoient  exceflîvement  les  combats 
& la  chaffe  à la  courfe  & au  faucon.  Les  hifte- 
riens  nous  apprennent  qu’ils  regardoierit  la  mii- 
fique  comme  un  préfent  divin  ; c’eft  pourquoi 
dans  leurs  compofitions  on  voit  ordinairement 
des  chaifeurs  , des  combattans , des  muficiens  & 
des  guerriers  couverts  de  cafques  , de  cuiraffes 
& de  bottes  de  fer.  L’on  aiTure  que  les  étrufques 
inventèrent , i°.  les  com’&ats  fanglans  des  gladia- 
teurs; 2°.  la  danfe  ; 3®.  les  têtes  à double  face, 
telle  que  celle  de  Janus  , pour  défigner  allégo- 
riquement le  pafte  & le  préfent , ou  les  diffcrens 
âges  & les  différentes  connoiffances  de  l’homme; 
l’on  croit  auffi  qu’ils  inventèrent  les  cérémonies 
d’expiation  & de  purification  , fur-tout  cehe^qui 
étoit  en  ufage  pour  fe  laver  des  crimes  horribles 
de  beftialité,  Src. , qui  étoient  affez  communs 
parmi  eux.  Ce  m.ême  peuple  repréfentoit  prefque 
toutes  les  divinités  avec  des  aîies , pour  marquer 
leur  aétivité.  Les  tofcans  ornoient  leurs  cruches, 
leurs  foucoupes  , 8c  les  cornes  qui  leur  fervoient , 
ainfi  qu’à  tous  les  peuples  , de  taffes  pour  boire, 
en  y gravant  l’image  des  dieux , des  héros , &c.. 
Le  comte  de  Caylus  obferve  que  l’on  voit  très- 
rarement  des  joueurs  de  flûtes  peints  fur  les 
monumens  des  étrufques.  Dans  les  commencerr.ens 
ils  repréfentoient  leurs  figures  i peu  près  comme 
celles  des  égyptiens  , c’eft-à-dire  , roides  , avec 
les  bras  & les  jambes  accollées , prefque  fans  . 
mouvement.  Leurs  draperies  étoient  fans  plis, 
ou  du  moins  elles  en  avoient  peu.  Leurs  figures  • 

avoiens 


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E T R 


S93 


«voient  les  cheveux  rrefîes  ; mais  dans  la  fuite 
i‘S  détachèrent  les  bras  & les  jambes  de  leurs 
figures  fondues  en  bronze , peintes  on  fculptées  j 
en  un  mot , ils  donnèrent  du  mouvement , de 
la  force  & de  la  grâce  à leurs  comportions. 

Les  vafes  des  étrufques  ont  pour  l'ordinaire 
le  fond  de  leur  couleur  uniforme  ^ noire  ou  roufîe  ; 
ils  font  modelés  à peu  près  avec  autant  de  foin 
que  nos  porcelaines  des  Indes.  Les  n'em- 

ployoient  , pour  peindre  leurs  vafes , que  trois 
ou  quatre  couleurs  îerreufeSj  mifbs  à plat  comme 
ce. les  des  chinois , fans  dégradation  de  coloris  : 
ils  favoient  compofer  des  émaux  de  différentes 
couleurs  , pour  embellir  leurs  vafes  de  terre  cuite. 
Souvent  ils  emportoient  certaines  parties  du  ver- 
ris  ^ ou  de  Temail  , avec  des  inürumens  particu- 
liers,, & iis  ajoutoient  enfuite  le  blanc  j le  rouge 
ou  le  noir , pour  tracer  le  contour  , ou  pour 
diflinguer  leurs  figures  & pour  former  des  orne- 
mens.  Ordinairement  le  vafe  efî  d'une  couleur 
noire,  & routes  les  figures  & tous  les  ornemens 
font  ou  totalement  rouges,,  ou  de  quelqu’autre 
couleur  , rehaufle  avec  de  la  craie  blanche.  Quel- 
quefois la  tête,  les  mains,  les  pieds  font  incar- 
nats; & les  vaftes  manteaux  des  figures  de  leurs 
aftrologues  font  ou  blancs , ou  de  quelqu'autre 
couleur.  Au  centre  du  vafe,  ils  inaprimoient  une 
rofe,  ou  une  marque  de  la  fabrique.  L'on  a 
trouvé  dans  Herculanum  quantité  de  grands  & 
de  petits  tableaux  de  cette  efpèce,  peints  en 
monochromes,  c'eft-à-dire,  en  camayeux , d'une 
feule  couleur,  ou  peints  avec  deux  ou  trois 
couleurs  : mais  ces  camayeux  d'Herculaniim  ont 
été  peints  par  des  grecs.  L'on  y a encore  trouvé 
plufieurs  beaux  vafes  étrufques  ^ & une  grande 
table  de  marbre , pour  les  libations  que  dévoient 
faire  les  juges  avant  que  d'examiner  les  procès. 
Cette  table  porte  une  infcription  étrufque^  dont 
on  trouvera  le  détail  & l'explication  dans  les  lettres 
que  M.  Sci.gneiix  de  Correvon  a fait  imprimer  à 
Yverdon  , fur  les  découvertes  d'Herculanum. 

Nous  croyons  que  les  perfonnes  qui  aiment 
les  beaux  arts  , liront  encore  avec  plailîr,  au  fujet 
des  étrufques , les  obfervations  fuivantes,  que  nous 
avons  extraites  du  très-favant  ouvrage  , qui  a pour 
titre  , Hifloire  de  l’Art  chettq  les  anciens , par 
Winckelmann.  Cet  auteur  a confacré  le  livre  IIP. 
de  fon  ouvrage,  à nous  démontrer  par  des  faits 
ce  qu’étoit  Y art  chez  les  étrufques  & chez  leurs 
vosfîns.  Il  divife  ce  livre  en  trois  feélions  : dans 
la  première,  il  détaille  les  connoiffances  nécef- 
faires  pour  bien  apprécier  l'art  des  étrufques- 
Dans  la  fécondé  feftion , il  traite  de  Y art  chez 
ce  peuple  : il  détaille  fes  caraétères  , leurs  lignes, 
& les  différentes  époques  de  cet  art.  La  troilîème 
Pâ:on  ne  rappelle  que  les  faits  oui  intérelîent 
a-t  des  peuples  voifins  des  étrufques. 

Dans  la  première  feéfion , qui  concerne  les 

Antiquités  ^ Tome  11, 


I connoifTances  néceiTaires  pour  bien  apprécier  l'a-t 
j des  étrufques  , Y/inckelmann  examine  d abord 
les  circonilances  extérieures , & les  caufes  des 
caractères  particuliers  de  l’art  étrufque  ; il  traite 
enfuite  des  images  des  dieux  & des  héros  étmf- 
ques  ,-  enfin  , cet  auteur  indique  les  ouvrages  les 
plus  remarquables  de  ce  peuple  fingulier. 

Dans  l'article  premier,  qui  concerne  les  caufes 
extérieures  qui  ont  contribué  ou  nui  aux  progrès 
de  l'art  étrufque  , \'/inckehT!ann  admet  , pour  la 
première  caufe  qui  ait  favoriié  l'art  de  ce  peuple, 
1°.  la  liberté  : il  o'oferve  très-judicieufemer.t,  que 
la  forme  du  gouvernement  influe  elTentieüemenc 
fur  les  arts  & fur  les  fciences  de  tous  les  peuples  : 
par  exemple,  la  liberté  dont  jouiffoient  ïts  étruf- 
ques , en  vivant  même  fous  leurs  rois  , permit  à 
l’art  & aux  arnftes  de  s'élever  à la  perfeciion  , 
parce  que  les  rois  tofcans  n'étoient  pas  des  def- 
potes  ; le  titre  de  roi  ne  défignoit  chez  eux  qu’un 
Ample  général  d’armée  , ou  bien  un  gouverneur 
particulier  qui  étoit  élu  annuellement  par  les 
états  généraux.  Toute  YÉtrurie  étoit  dîviiée  en 
douze  provinces  : c'étoit  par  conféquent  un  état 
ariftocratique , régi  par  douze  chefs,  ayant  au- 
deffus  d'eux  un  furveillant,  ou  un  cenfeur  amo- 
vible, qui  étoit  auffi  élu  par  le  corps  total  de  la 
nation.  Les  étrufques  étoient  fi  jaloux  de  leur  li- 
berté , & fi  ennemis  de  la  puiflànce  royale  def- 
potique  & inamovible  , qu'ils  méprisèrent  & de- 
vinrent les  ennemis  des  véïens  , lorfqu’au  lieu 
d'un  chef  annuel  ceux-ci  eurent  élu  un  roi.  Dans 
le  IV‘.  fiècle  de  la  fondation  de  Rome , ils  étoient 
par  la  même  raifon  naturellement  ennemis  des 
premiers  habitans  de  Rome;  & le  peuple  romain 
ne  put  empêcher  les  étrufques  de  s'allier  avec  fesL 
voifins , dans  la  guerre  marfique  , qu’en  accor- 
dant aux  tofcans  le  droit  de  citoyen  romain. 

Le  fécondé  caufe  des  progrès  des  arts  chez 
les  étrufques  înt  le  commerce  fur  terre  & fur  mer  , 
Paufanias  dit  que  ce  peuple  s'allia  d'abord  avec 
les  phéniciens  , qui  éroient  pour  lors  le  peuple  le 
plus  ingénieux.  Les  étrufques  leur  fournirent  une 
flotte  pour  combattre  les  phocéens.  Hérodote 
dit  que  les  étrufques  eurent  plus  d'intimité  avec 
les  carthaginois  qu'avec  les  grecs  ; ils_  fournirent 
- aux  carthaginois  une  armée  navale  , qui  fut  battue 
par  Hiéron  , devant  la  ville  de  Syracufe. 

Les  étrufques  eurent  peu  d’affinité  avec  les  égyp- 
tiens, peuple  exceffîvement  fombre  & mélanco- 
lique, ennemi  de  la  mufique  & de  la  poèfîe  , que 
les  étrufques  aimoient  avec  fureur,  parce  qu'elles 
les  guériîfoient  en  partie  de  la  petite  portion  de 
trifteffe  ou  d'atrophie  qui  leur  e'toit  naturelle. 
L’étendue  du  commerce  des  étrufques  réforma  les 
mœurs  , & par  la  comparaifon  des  objets  , il  per- 
fedionna  leurs  talens  naturels  pour  les  arts.  La 
troifiè.me  caufe  extérieure  des  progrès  des  arts  , 
chez  les  étrufques^  futla  gloire  &!es  récompenfês 


W 


^^4  E T R 

'qui  font  néceffairement  affectées  dans  les  républi- 
ques aux  perfonnes  qui  le  diftinguent  dans  leur 
état  par  leurs  talens  ou  par  leur  vertu. 

La  caufe  intérieure  des  progrès  des  étrufques 
dans  les  arts  j fe  trouve  dans  leur  génie  , 
ou  dans  leur  tempérament;  il  fut  la  fource  du 
caraétère  diltinétif  de  leurs  ouvrages.  V/inckei- 
mann  obferve  que  les  étrufques  n^atteigniient  ce- 
pendant jamais  dans  les  arts  le  point  de  perfec- 
tion où  parvinrent  les  grecs  ^ parce  que  les  grecs 
étoient  narureiiement  moins  bilieux  que  les  éeruf- 
ques.  Ardtote  cbferve  que  les  perfonnes  mélan- 
coliques font  ordinairement  rêveufes , propres  aux 
fortes  médications  & aux  recherches  profondes; 
mais  de  tels  homnres  ont  toujours  eu  & auront 
éterrellcment  des  fenrimens  outrés  & exceliifs. 
Le  beau,  c’elt-à-dire , les  douces  émotions  que 
caufent  les  formes  les  plus  naturelles  fur  des  âmes 
délicates  & fenlibles,  ell  pour  eux  fadeur  j inlî- 
pidité  J ba.iinage  d'enfant;  leur  cœur  ne  peut 
•êtie  agité  que  par  explofion  générale  ; ils  mé- 
prifent  le  beau , ils  ne  recherchent  que  le  fu- 
blime.  \JEtrurie  ignorante  fut  bientôt  aufli  éclai- 
rée que  les  peuples  qu  elle  f équentoit;  mais  comme 
la  maffe  des  lumières  étoit  alors  très-peu  confi- 
dérabk  , l'Errurie  donna  dans  la  fuperîb'tion  ou 
plutôt  dans  le  moment  où  elle  devint  pieufe  , 
elle  mérita  d'être  appellée  la  mere  de  la  fuperfti- 
îion.  ^Les  étrufques  fe  livrèrent  enfuite  avec  fureur 
à l'AUroio  gie  judiciaire,  aux  évocations  desef- 
prits  , &c.  L'on  ne  doit  donc  point  être  furpris  , 
lorfqu'on  voit  dans  Denis  d'Haücarnaffe , que 
l'an  de  la  fondation  de  Rome,  ^95),  les  prêtres 
étrufques,  qui  protégeoient  les  tarquins  détrônés,  : 
allèreiit  attaquer  Rome  , arme's  de  ferpens  vivans 
& de  torches  ardentes.  Les  étrufques  inventèrent 
les  combats  fanglans  des  gladiateurs  ; ils  les  ad- 
mirent, non-feulement  dans  les  amphithéâtres, 
mais  encore  à la  fuite  des  enterremens. 

Le  caraCière  des  étrufques  ell  peu  altéré.  Dans 
les  fiècles  derniers  , la  fede  des  flagellans  euro- 
péens a pris  naiffance  dans  la  Tofcane  : lè  vul- 
gaire ne  s'y  plaît  encore  qu'à  lire  les  poèmes 
pleins  de  magie , de  pofTeliîons  du  diable , de 
gigantomachie , de  méramorphofes  & de  prei- 
tiges  de  charlatans  de  place;  il  n'écoute  avec  tranf- 
port  que  la  mufique  qui  peint  les  tempêtes , l'é- 
clair , le  tonnerre , la  foudre  & le  fabat.  Enfin 
l'on  ne  doit  point  être  furpris  de  ce  que  les  an- 
ciennes urnes  fépulcrales  de  la  Tofcane , ne  font  ’ 
chargées  que  de  bas-reliefs,' qui  repréfentent  avec 
énergie  des  combats  fanglans  , ou  des  devins  en 
méditation  ; & de  ce  qu'au  contraire  , les  urnes 
fépulcrales  romaines , travaillées  par  les  grecs  , 
ne  repréfentent  que  des  objets  agréables,  qui  font 
aliulîon  à la  vie  humaine  ; tels  font  les  papillons, 
les  colombes,  les  lièvres.  Iis  guirlandes  de  fleurs 
& de  fruifs , les  nayades  qui'enièvent  le  char- 
mant Hj'las  , &c.  Les  roiïiaiBS  , plus  gais  que  les 


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êtrufquej , eurent,  au  fujetdela  mort,  des  idées 
finguhères.  Scipion  l'africain  exigea  que  fes  amis 
allalfent  boire  fur  fon  tombeau.  A Rome , l'on 
danfüit  ordinairement  devant  le  corps  du  mort 
, que  l'on  portoit  au  bûcher  ; par  ce  moyen , on 
diffrayoit  les  fpeétateurs  du  bruit  déiàgréabie  des 
pleureufes  que  l'on  gageoit  pour  hurler  harmo- 
niquement  au  fon  de  la  flûte.  V/inckelmannobferve 
enfin  que  les  guerres  perpétuelles  ôc  malheureufes 
des  contre  les  romains , & fur-tout  ia  dé- 

cadence de  leur  conflitiiticn  politique  , arrêtèrent 
les  progrès  de  l'art , & le  détruifirtnt  clans  la  fuite. 
Après  la  mort  d'Alexandre-le- Grand  , toute  i'E- 
trurie  fut  fubjuguée  par  la  république  rornaine , Se 
la  langue  étrufque  fut  transformée  e.i  langue  la- 
tine ; en  un  mot , la  langue  étrufque  fe  perdit  en- 
tièrement. Cet  évènement  arriva  quelque  temps 
après  la  mort  d’Æiius  Vulturinus  , dernier  roi  des 
étrufques , qui  fut  tué  dans  la  bataille  donnée 
près  du  iac  Lucumo.  L'Etrurie  fut  alors  changée 
en  pro’.ince  romaine.  L'an  489  de  la  fondation 
de  Rome  , Marcus  Elavius  , général  romam  , fe 
rendit  maître  de  ia  ville  de  Volfinium,  que  l'ca 
nomme  aujourd'hui  i!  fit  tranfporter  de 

cette  feule  ville  dans  celle  de  Rome  , deux  mi'Ie 
Ifatues , à ce  que  rapporte  Pline  ( dans  leXXXlVL 
livre  ).  L'on  croît  que  peu-à-peu  toutes  les  autres 
villes  delà  Tofcane  fubirent  le  même  fort.  Daiis 
l'infla.nt  de  ces  révolutions  , les  arts  commen- 
cèrent à tomber  & à s'avilir  , par  le  joug  que  les 
romains  impofoient  aux  artifies.  Nous  neconnoif- 
fons  le  no.m  d'aucun  des  fameux  anciens  artifies 
étrufques  , û ce  n'efi  celui  de  Mnefarchus , fculp- 
1 teur  en  pierre  , que  l'on  dit  père  du  grand  phi- 
lofophe  , nommé  Pythagore. 

Dans  le  fécond  paragraphe  , qui  traite  des  ima- 
ges des  dieux  & des  héros  'étrufques,  Winckelmann 
fe  borne  à publier  quelques  obfervations  utiles  , 
& qui  n'ont  point  encore  été  faites.  1°.  II  dit 
que  les  étrufques  adoroient  la  plupart  des  divinités 
qui  étoient  honorées  d'un  culte  dans  la  Grèce,; 
parce  que  les  grecs  & lès  étrufques  étoient  une 
colonie  des  pélafges,  à ce  que  croient  quelques 
auteurs  : il  y eut  par  conféquent  une  certaine 
affinité  entre  ces  deux  peuples.  2°.  Les  étrufques  , 
amfi  que  les  grecs  , adoroient  des  figures  bifarres  , 
& qui  étoient  particulières  à chacun  de  ces  peu- 
ples. Paufanias  décrit  les  figures  divines  extraor- 
dinaires , qui  furent  repréfentées  par  les  grecs  , 
furie  coffre  de  Cypfelus.  A.vant  Homère,  le  poète 
Pampho  imagina  un  Jupiter , couvert  de  fiente 
de  cheval.  Les  grecs  inventèrent  encore  un  Jü- 
plttr^pomyos , c'eft  à-dire,  Jupiter  feus  la  fonr^ 
d'une  mouche  ; la  tête  de  la  mouche  formoit  ie 
crâne  & les  cheveux  de  Jupiter:  le  corps  de  la 
mouche  étoit  le  vilage  , & les  ailes  formoient  la 
barbe. 

5®.  A l'égard  des  divinités  particulières  As® 
étrufques  , Winckelmann,  dans  ce  fécond 


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gfapha  î obferve  encore  que  les  étrufques  s’étoient 
fait  des  idées  fublimes  & majeilueufes  des  dieux  fu- 
périeurs  : iis  donnoient  des  ailes  à Jupiter,  à Diane , 
à fes  compagnes  & à Vénus  ; mais  ils  repré- 
fenteient  Minerve  avec  des  ailes  aux  épaules  & 
aux  pieds.  Iis  peignoient  TAraour,  Proferpine  & 
les  autres  furies  , avec  des  ailes  à la  tête  : ds 
repréfentoient  auffi  des  chariots  avec  des  ailes. 
Les  grecs  fuivoient  le  même  ufage  allégorique 
fur  les  médailles  : Cérès  étoit  repréfentée  traînée  . 
par  deux  ferpens  attelés  à un  char  ailé. 

4°.  Pline  nous  dit  que  les  étrufques  armoient 
delà  foudre  la  main  de  neuf  divinités,  qui  font 
Apollon,  Mars,  Bacchus,  Vulcain,  Hercule, 
Pan , Cybèle  , Pallas  & PA-mour. 

Les  payfans  étrufques  portoient  des  chapeaux 
blancs  , abattus  fur  les  épaules  ; & lorfqu’ils  vou- 
loient  défîgner  Apollon  gardant  les  troupeaux 
du  roi  Admette  , ils  le  repré.fentoient  avec  ce  grand  ‘ 
•cliapeaii.  Les  grecs  repréfentoient  de  la  même 
manière  Ariftée,  fils  d'Apollon.  ; 

Les  premiers^  portoient  une  longue 

barbe  , large,  pointue  & recourbée  en  avant.  Ce 
peuple  repréfenta  Mercure  avec  une  barbe  de  ' 
cette  efpèce  : dans  la  fuite , les  étrufques  le  ra- 
sèrent la  barbe;  fouvent  ils  armèrent  Mercure 
d’une  épée  recourbée  en  faucille'  , ou  fabre  , fem- 
blable  à celui  que  tient  Saturne  ou  Pluton , ref- 
femblant  à celui  que  portaient  les  lyciens  & les 
cariens  , dans  Parmée  de  Xercès.  On  voit  fur  un 
camée  Ara/jae  un  Mercure  qui  a la  tête  couverte 
d’une  tortue  entière,  qui  lui  fert  de  chapeau. 
Dans  les  premiers  temps  , les  étrufques  marquoîent 
îes  cheveux  de  leurs  ftatues  en  écailles  de  poiffon  , 
ou  tournés  en  coquilles  de  limaçon.  Ils  rangeoient  ’ 
les  plis  des  habillemens  en  ligne  droite  , paral- 
lèles , comme  cannelés  l’un  fur  l’autre.  Les  étruf 
ques  8c  les  grecs  repréfentoient  quelquefois  Junon 
Martiale,  tenant  entre  fes  mains  une  tenaille , 
qui  faifoit  allulîon  à l’ordre  de  bataille  en  tenaille. 
Cet  ordre  confiftoità  ouvrir  le  centre  de  la  ligne 
pour  engager  l’ennemià  y entrer  ; enfuite  les  deux 
corps  féparés  ferroient  l’ennemi  des  deux  côtés. 
Les  étrufques  & les  grecs  repréfentoient  Venus  : 
drapée , tenant  une  colombe  ou  une  fleur  à la  . 
main.  Ils  repréfentoient  auffi  les  trois  Grâces  dra-  . 
pées  ^ elles  paroifTent  danfer  dans  le  même  goût 
que  les  ftatues  des  premiers  grecs. 

Les  artiftes  étrufques  repréfentoient  peu  dehéros, 
mais  tous  de  nation  grecque,  tels  font  les  cinq  chefs 
qui  marchèrent  contre  Thèbes , je  veux  dire 
Adrafte,  Tydée,  Polynice,  Parthénope  & Am- 
phiaraüs.  Les  dieux  de  ce  peuple  ont  confervé 
leur  nom  étrufque  ; mais  les  héros  confervèrent 
chez  ce  peuple  leur  nom  grec,  tiré  de  Yiliaie, 
qyi  leur  fervoit  de  guide. 

Dans  le  troifième  paragraphe  qui  traits  des  pn'o-  : . 


E T R 


cipaux  monumens  de  l’art  étrufque , notre  auteur 
indique  flmplerr.ent  les  objets , & décrit  hiftori- 
quemsnt  leur  exécution  , leur  matière  & le  temps 
de  leur  produélion.  Dans  la  feclion  fuivante  , il 
les  examine  en  critique  ferupuieux  ; il  fait  voir 
combien  il  eft  difficile  de  diftinguer  les  anciens 
ouvrages  grecs  des  anciens  ouvrages  étrufques  ^ & 
les  monumens  faits  en  Tofeane  dans  le  bon  temps,, 
de  ceux  dn  fiècle  éclairé  , où  vivoient  les  plus 
fameux  artiftes  grecs.  L’auteur  indique,  i°.  les 
petites  figures  étrufques  de  marbre , de  bronze  , 
qui  repréfentent  des  animaux , des  chimères 
2°.  Les  ftatues  de  bronze  , de  grandeur  naturelle  , 
ou  un  peu  moins  grande,  &c.  Il  fait  à ce  fujet 
plufieurs  obfervations  utiles  : par  exemple , il  dit 
que  les  étrufques , dans  une  ftatue  qui  repréfente 
un  pontife , ont  rangé  les  cheveux  fur  le  front , 
en  petites  boucles , en  forme  de  limaçon , tels 
qu’lis  font  ordinairement  fur  les  ftatues  égyp- 
tiennes d’Hermès  ; quatre  longues  treffes  de  che- 
veux tombent  en  ferpentant  fur  le  devant  de 
chaque  épaule  3 les  cheveux  font  noués  par 
derrière  à une  diftance  médiocre  de  la  tête , 
au  deffous  du  ruban  qui  les  attache  ; cinq  bou- 
cles jointes  enfemble  prennent  en  quelque 
forte  la  forme  d’une  bourfe  à cheveux  ; ces  che- 
veux paroifTent  coupés  à leur  extrémité.  La  fta- 
tue , qui  eft  antique  , eft  droite  8c  roide  comme 
celle  des  ftatues  égyptiennes.  Sur  la  tête  d’une 
Diane  étrufque  antique  , on  voit  que  l’ouver- 
ture de  la  bouche  a fes  angles  relevés  , le  men- 
ton eft  rétréci  , les  cheveux  font  comme  à la  pré- 
cédente ftatue  , bouclés  , treffe's  & attachés  par 
derrière  , affez  loin  de  la  tête  : elle  porte  un 
diadème,  en  forme  de  cercle,  il  eft  furmonté 
de  huit  rofes  rouges  & rehauffées , qui  couronnent 
les  cheveux  ; la  draperie  eft  peinte  en  blanc  ; la 
tunique  ou  le  vêtement  de  deffous , a de  larges 
manches  arrangées  en  plis  frifés  ; le  manteau  court, 
a des  plis  apjflatis  Sc  parallèles,  il  en  eft  de  même 
de  la  longue  tunique  : le  bord  du  manteau  eft 
orné  d’une  petite  bande,  rouge  - doré  , qui  eft 
furmontée  immédiatement  d une  autre  bande  de 
couleur  de  lacque;  au-deiTus  de  celle-ci  eft  une 
troifième  bande , de-  même  couleur  & largeur  , 
chargée  d’un  lacis  blanc  qui  repréfente  de  la 
broderie.  Le  bord  de^Thabit.eft  travalhé  de  la 
même  façon  : la  courroie  qui  tient  fur  l’épaide 
le  carquois  de  la  déeffe,  eft  rouge,  de  même 
que  fa  chauffure. 


Winckelmann  donne  enfuite  des  détails  fur 
in  bas-relief  de  forme  ronde,  qui  a pu  éervir^à 
irner  le  bord  d’un  puits  : l’on  y voit,  amliqu’â 
V.hènes  , les  figure.s  des  douze  grands  dieux  ; 
/'ukain,  Jupiter  &Efcu!ape  font  rei-réfintés  fans 
larbe  fur  ce  monument  AraJjtte del’ancien  temps. 
Vinckelmann  dit , que  dans  la  faite  on  b ucla 
a barbe  en  anneaux  courts,  on  recourba l’extre- 
nité  en  pointe,  & qu’enfin  les  artîfles  étrufjaes 


S$6  E T K 

ne  firent  plus  de  barbe  pointue,  mars  ils  la  frisè- 
rent d"une  manière  plus  large. 

A rég.3rd  des  . pierres  gravées  des  étrufques, 
VVinckeimann  obferve  que  la  plupart  font  en 
relief,  taillées  en  efcarbot , ou  fcarabée , per- 
forées parle  milieu,  pour  les  porter  en  amulettes. 
Sur  les  anciennes  gravures  , les  figures  humaines 
n"ont  quelquefois  que  fix  têtes  de  longueur;  & 
dans  les  plus  anciennes  pierres  gravées , les  pieds, 
les  mains  font  très-finis , & les  infcriptions  qui 
font  autour  des  figures,  paroilfent  être  pélafgien- 
nes  , c'ell-à-dire , approcher  plus  de  TaHcienne 
écriture  grecque  que  de  Vétrufque.  Dans  la  fuite 
les  étrufques  marquèrent  exaétement  les  os  & les 
mufcles  de  leurs  figures  gravées  ; mais  Ton  y vit 
toujours  la  dureté  du  ftyle  étrufque. 

Notre  favant  dit  qufi!  n’a  pu  découvrir  que 
deux  médailles  étrufques  : elles  paroilTent  être 
les  premiers  effais  de  ces  peuples  dans  l'art  numif- 
matique.  D’un  côté  Ton  voit  un  animal,  qui  paroît 
être  un  cerf;  de  Tautre  côté  on  voit  deux  fi- 
gures qui  tiennent  un  bâton;  les  jambes  y font 
indiquées  par  deux  lignes  terminées  par  un  point 
arrondi  , qui  marque  chaque  pied  ; le  bras  qui 
ne  tient  rien , ell  une  ligne  à plomb  un  peu 
courbée  depuis  l'épaule , il  defcend  prefque  juf- 
qu’aux  pieds  : les  parties  naturelles  font  un  peu 
plus  courtes  qu’elles  ne  le  font  ordinairement  fur 
les  pierres,  & fur  les  médailles  étrufques  , où  elles 
font  monftrueufem.ent  allongées,  tant  aux  hom- 
naes  qu’aux  animaux;  le  vifage  de  ces  deux  fi- 
gures eft  gravé  comme  la  tête  d’une  mouche.  La 
fécondé  médaille  ^ d’un  côté  une  tête,  & de 
l’autre  un  cheval,  hn  comparant  par  ordre  les  gra- 
vîmes, & fur-tout  les  modèles  des  monumens 
étrufques  qu’indique  Winckelmann  , on  pourra 
fe  former  une  idée  claire  des  époques  de  la  per- 
feétion  de  l’art  chez  les  étrufques. 

Dans  la  fécondé  feétion  , qui  traite  du  ftyle  , 
c’éft-à-dire,  de  la  manière  de  defliner,  graver , 
Sec. , des  artiftes  étrufques , Winckelmann  examine 
en  particulier  les  caradtères  de  l’art  étrufque  , le 
degré  de  perfeétion  de  fes  produdions,  & ce 
qui  conftitue  le  ftyle  étru^ue, 

Winckelmann  obferve  d’abord  en  général  fur 
le  ftyle  étrufque , qu’il  ne  faut  pas  croire  qu’un 
monument  foit  étrufque , parce  que  l’on  v a 
repréfenté  certaines  coutumes,  ou  parce  que'^ies 
figures  ont  tel  habillement , ou  un  cafque  de  telle 
efpèce  : le  cafque  grec,  l’arc  grec,  &*les  petites 
chofes  de  cette  efpèce , ne  décident  pas  que  le 
monument  ioit  grec  ou  étrufque.  Souvent  les 
étrufques  ont  mis  fur  leurs  figures  des  cafques 
grecs , ou  des  armes  grecques  ; c’eft  la  forme 
des  figures  principales,  jointe  aux  acceffoires  de 
la  figure  , qui  diftingue  le  ftyle  grec  du  ftyle 
étrufque. 


E T R 

Dans  le  fécond  paragraphe , Winckelmann  fait 
fouvenir  que  le  ftyle  a beaucoup  varié  chez  les 
étrufques  , en  paffant  du  ftyle  groffier  au  parfait  : 

■ i!  dit  que  plus  les  caradères  des  infcriptions 
reftemblent  à l’écriture  & à la  langue  romaine  , 
plus  les  figures  font  mal  deffinées , & travaillées 
fans  goûr.  Il  obferve  enfin  que  la  décadence  de 
l’art  ne  forme  point  alors  un  ftyle  particulier. 
Notre  illuftre  auteur  ajoute  que  l’on  ne  doit  re- 
connoître  que  trois  efpèces  de  ftyle  parmi  les 
étrufques  , ainfi  que  parmi  les  égyptiens,  ôrc.; 
favoir  le  ftyle  ancien , le  ftyle  moyen  , le  ftyle 
d’imitation  , formé  fur  celui  des  grecs  , &c.  Dans 
chaque  ftyle  on  doit  remarquer  , i°.  lenud;  2°. 
la  draperie  des  figures  ; mais  comme  la  draperie 
des  artiftes  étrufques  ne  diffère  pas  beaucoup  de 
celle  des  artiftes  grecs,  il  fe  borne  à terminer 
chaque  article  par  de  courtes  obfervations  fur 
la  draperie  & fur  les  monumens  de  chaque  efpèce 
de  ftyle. 

Dans  l’article  premier,  qui  concerne  le  ftyle 
ancien  ou  antique  des  étrufques  , Winckelmann 
, dit  que  l’on  reconnoît  le  premier  caradère  du 
ftyle  antique  , en  ce  que  le  deffin  eft  tracé  en 
lignes  droites  ; l’attitude  des  figures  eft  roide , 
leur  adion  eft  gênée.  Le  contour  des  figures  ne 
s’élève  & ne  s’abaifle  point  dans  la  proportion  & 
avec  l’ondulation  requifes , de  forte  qu’il  ne  donne 
aucune  idée  de  chair , ni  de  mufcles  ; ce  qui  eft 
caufe  que  les  figures  font  minces  , parallèles , fem- 
blables  à une  quenouille.  Ce  ftyle  manque  donc 
de  variété  & de  foupleffe.  Les  anciens  étrufques 
étoient  greffiers  : iis  ignoroient  la  forme  , la  poli- 
tion  , & le  jeu  des  m.ufcles  & des  membres  ; ils  ne 
purent  acquérir  la  liberté  du  deffin  que  par  une 
longue  expérience. 

L’on  reconnoît  le  fécond  caradère  du  ftyfe 
antique  , c’eft-à-dire,  du  premier  ftyle,  en  ce  que 
la  touche  imparfaite  des  traits  & de  la  beauté 
du  vifage  diftinguent  les  premiers  ouvrages  fortis 
des  mains  des  étrufques , comme  elle  diftingue  les 
premiers  ouvrages  qui  ont  été  travaillés  par  les 
mains  des  grecs.  La  forme  des  premières  têtes 
des  étrufques  eft  un  ovale  oblong , qui  paroît  ré- 
tréci , parce  que  le  menton  eft  terminé  à l’égyp- 
tienne, c’eft-à-dire,  en  pointe  : les  yeux  font 
tout  plats,  ou  tirés  en  haut,  c’eft-à-dire , tou- 
jours obliquement  à l’os  des  yeux.  Toutes  les 
parties  du  corps  étoient  des  lignes  droites  qui 
portoient  à plomb  fur  la  bafe.  Tous  ces  caradères 
paroiffent  imités  des  figures  faites  par  les  égyp- 
tiens de  la  haute  antiquité.^ Le  premier  quideffina 
une  figure  de  divinité  en  Égypte  , la  fit  comme 
on  vient  de  dire  ; fes  fucceffeurs  le  copièrent  t 
les  étrufques  l’imitèrent  aveuglement  & fcrupuleu- 
fement , de  crainte  de  pafler  pour  novateurs. 

On  trouve  pîufieurs  petites  iîatues  du  premier 
ftyle  étrufque , ou  l’on  voit  les  bras  pendaas  fuï 


E T R 

les  côtés  J les  jambes  liées,  ferrées;  u5e  longue 
draperie , dont  les  plis  paroiffent  faits  avec  un 
peigne  de  fer  ; les  pieds  font  droits  j les  yeux 
creux  , platement  ouverts  & tirés  en  haut  ; le 
deiîin  y eil  plat,  fans  diftinciion  de  parties. 

On  diftingue  le  commencement  du  changement 
du  premier  lîyîe , en  ce  que  la  draperie  couvre 
moins  le  corps  des  figures  : les  étrufques  s'appli- 
quent à deCfiner  le  nud , à l'exception  des  parties 
naturelles  , qui  furent  renfermées  dans  une  bourfe, 
attachée  avec  des  rubans  fur  les  hanches  de  la 
figure. 

Les  premiers  graveurs  étrufques  ne  fachant  pas 
travailler  avec  le  fer  pointu  en  crochet,  ne  fe 
fervant  que  du  rouet,  pour  creufer  leurs  pierres  , 
iis  les  drapèrent  amplement  ; ils  arrondiifoient  au 
contraire  tous  les  traits  de  leurs  figures  , ils  les 
formoient  en  boules , ne  fachant  pas  les  faire 
en  ligne  droite,  comme  leurs  fculpteurs. 

Winckelmann  croît  que  les  ftatuaires  & les  pein- 
tres grecs  corrigèrent  leur  mauvais  llyle  du  temps 
de  Phidias  ; que  la  révolution  ^de  l'art  fut  auifi 
fubite  dans  la  Grèce  & dans  VEtrurie , que  celle 
qui  arriva  fous  Augufte  , fous  Léon  X , & fous 
Louis  XIV.  On  peut  à ce  fujet  confuiter  les 
fages  réflexions  critiques  fur  la  Poéjïe  & fur  la 
Peinture,  par  M.  l'abbé  du  Bos. 

Le  fécond  ftyle  de  l'art  chez  les  étrufques , a 
pour  marque  caradérifiique , i°.  une  expreffion 
forte  dans  les  traits  des  figures  & dans  les  diffé- 
rentes parties  du  corps  : z°.  cette  expreffion 
forte  doit  être  jointe  à une  attitude  & à une 
aéfion  gênées  , & même  quelquefois  finguliére- 
ment  contournées , forcées  & outrées.  A l'égard 
de  la  première  qualité  , nous  obfervons  que  les 
mufcles  font  tellement  gonflés  fur  quelques  figures 
étrufques,  qu'ils  s'élèvent  comme  des  monticules  , 
lès  os  percent  les  chairs  avec  tant  de  force , que 
ce  ftyle  en  devient  d'une  dureté  infoutenable  ; 
les  figures  paroiffent  écorchées.  Cependant  cette 
expreffion  trop  forte  des  mufcles , des  os , ne  fe 
trouve  pas  dans  tous  les  ouvrages  de  ce  ftyle; 
au  moins,  quant  à la  première  partie  , qui  con- 
cerne les  mufcles,  ils  ne  font  prefque  pas  indi- 
qués fur  les  figures  divines  des  étrufques,  qui 
font  les  feules  ftatues  de  marbre  qui  foient  par- 
venues jufqu'à  nous  : il  faut  néanmoins  en  excep- 
ter la  coupe  dure  des  mufcles  au  gras  de  la 
jambe,  qui  eft  très-fubtile  fur  toute  forte  d'ou- 
vrages. On  peut  pofer  pour  règle  générale , que 
les  grecs  s’attachèrent  plus  à i'expreffion  des 
mufcles , & les  étrufques  à celle  des  os  ; par 
conféquent,  fi  une  pierre  fine  8c  bien  gravée 
repréfente  une  figure  fur  laquelle  quelques  os 
paroiffent  trop  marqués,  on  doit  être  tenté  de 
la  confidérer  comme  une  pierre  étrufque , quoi- 
qu’au  refte  elle  pût  faire  honneur  à un  aitifte 
grec. 


E T R 5P7 

Nous  avons  dit  que  le  fécond  caraélère  du 
ftyle  étrufque  , eft;  de  joindre  à une  expreffion  forte 
de  traits,  une  attitude  & une  aéfion  génées,  force'es 
& outrées.  Nous  obfervons  que  la  force  ne  re- 
garde pas  feulement  l’attitude  , l'aclion , l'expref-, 
fion  , mais  encore  le  mouvement  & le  jeu  de 
toutes  les  parties.  Le  terme  gêné  fe  dit  de 
l'attitude  & de  l'aélion  les  plus  contraintes  : le 
gêné  eft  le  contraire  du  naturel  ; le  forcé  eft 
i'oppofé  de  l’aifé,  du  gracieux  & du  moelleux. 
Le  gêné  caraétérife  le  plus  ancien  ftyle;  & le 
forcé  caraélérife  plus  particuliérement  le  fécond 
ftyle  étrufque.  Pour  éviter  l'un  de  ces  deux  dé- 
fauts, l’on  tomba  dans  l'autre;  8c  pour  donner 
une  forte  expreffion  aux  parties , on  donna  aux 
figures  des  attitudes  & des  aérions  qui  favorifent 
ce  goût  outré.  Auffi  l'on  préféra  une  pofition- 
forcée  au  repos  doux  & tranquille  des  parties; 
l’on  exalta  la  fenfation  à l'extrême  , & l’on  pouffa 
le  gonflement  des  mufcles  jufou'où  il  pouvoir 
être  porté.  Le  fécond  ftyle  étrufque  peut  donc 
être  comparé  à un  jeune  homme  mal  éduqué , 
livré  à la  fougue  de  fes  defirs  , au  libertinage  de 
fon  efprit,  & à ces  emportemens  dejeuneffe,  qui 
le  déterminent  à des  aérions  forcées.  Le  ftyle 
grec  du  meilleur  temps  au  contraire , peut  être- 
comparé  à un  adolefcent  bien  fait,  dont  les 
paffions  ont  été  domptées  par  les  foins  d’une 
heureufe  éducation  , & dans  qui  l’infiruérion  & 
la  culture  ont  donné  une  plus  belle  for.me  aux 
qualités  naturelles. 

Le  fécond  ftyle  des  étrufques  a un  grand  dé- 
faut ; les  fujets  différens  n'y  font  point  caraété- 
rffés  en  particulier  ; il  n'a  qu'un  ton  & une 
manière  univerfelle  pour  toutes  les  figures  ; il  eft 
maniéré:  Apollon,  Mars,  Vénus,  Hercule, 
V ulcain , fe  reffemblent  tous  fur  les  ouvrages 
étrufques  fûs  n'ont  aucune  différence  dans  les  def- 
fins , qui  peut  fervir  à les  diftinguer.  Les  tofcans 
d'aujourd'hui  ont  confervé  même  dans  la  littéra- 
ture le  ton  maniéré  ; leur  ftyle  eft  recherché  , ap- 
prêté , il  paroît  maigre  & fec , lorfqu'on  le  met 
en  parallèle  avec  la  grande  pureté  & la  clarté 
de  la  diérion.  Le  ton  maniéré  eft  encoreplus  fen- 
fible  dans  les  peintres  tofcans  les  plus  fameux  : 
que  l’on  jette  les  yeux  fur  les  contorfions  des 
anges  qui  plantent  dans  le  ciel  les  inftrumens  de 
lapaffion,  & dans  les  autres  figures  du  jugement 
univerfel  de  Michel  Ange  Buonarotti,  & l’on 
conviendra  que  l'on  a eu  raifon  de  dire  de  ce 
peintre , que  celui  qui  a vu  une  de  ces  figures 
les  a toutes  vues.  Que  l'on  examine  les  mouve- 
mens  violens  de  toutes  les  figures  employées  dans 
la  defcente  de  croix  de  Daniel  Volterre  : en  un 
mot , que  l'on  réuniffe  tous  les  ouvrages  des 
peintres  de  l'école  tofcane,  & qu'on  les  mette 
en  parallèle  avec  les  meilleurs  artiftes  de  l’école 
romaine,  Raphaël,  &c. , qui  ont  puifé  leuns 
connoiffances  dans  les  mêmes  fources,  & î’on 


E T R 

fe  convaincra  que  Técole  romaine  approche  beau- 
coup du  beau  llyle  des  grecs  par  raifance  & 
par  ie  ton  gracieux  quelle  a donnés  à fes  figures. 

Winckelmann  rapporte  enfuîte  les  preuves  par 
des  fiionumenSj  qui  démontrent  que  le  fécond  liyle 
éîrufque  efi:  forcé  & maniéré  : i?.  il  dit  que  le  Mer- 
cure barba  de  la  villa  - Borghèfe  ^ eft  mufcié 
comme  un  Hercule  : 2°.  que  dans  les  figures  qui 
repréfentent  Tydée  & Pelée  les  clavicules  du 
coi  J les  côtés  J les  cartilages  du  coude  & des 
genoux,  les  articulations  des  mains  & les  che- 
villes des  pieds,  font  indique's  avec  autant  de 
faillant  & de  force  que  les  gros  os  des  bras 
& des  jambes  : toutes  les  figures  fouffrenc  une 
contraétion  égalenienr  violente  dans  les  muf- 
cles,  malgré  Tâge  , le  fexe  , &c.  L'attitude  forcée 
fe  montre  fur  Pautel  rond  du  capitole;  les  pieds 
des  dieux , placés  en  face , font  ferrés  parallè- 
lement 5 les  pieds  de  ceux  qui  font  deffinés  de 
profil , font  en  ligne  droite  , Pun  derrière  Pautre  j 
les  mains  font  mal  deffinées  & contraintes  ; quand 
une  figure  tient  quelque  chofe  avec  les  deux 
premiers  doigts,,  les  autres  doigts  fe  drefient  dure- 
ment en  avant  : les  têtes  font  deffinées  d'après 
la  nature  la  plus,  commune. 

Tfoifihne  fiyle  des  êtrufques  , ou  ftyle  d’imita- 
tion. Pour  diilinguer  avec  le  plus  grand  détail, 
dans  les  figures  des  êtrufques  , le  troifième  ftyle , 
ceft-à-dire,  ce  qui  a été  copié  ou  imité  des 
belles  figures  du  troifième  ftyle  des  arecs , il 
faudroit  faire  un  traité  en  particulier.  Winckel- 
fe  borne  à dire  qu’il  fuffit  de  citer  pour 
troifième  ftyle  des  êtrufques^  c’eft-à-dire,  pour 
ftyle  d imitation  des  grecs  , les  trois  fiatues  de 
bronze  êtrufques , qui  font  dans  la  galerie  de  Flo- 
rence , & les  quatre  urnes  d’albâtre  de  Volla- 
terra , qui  font  dans  la  villa  Aibani , &c. 

Notre  auteur  termine  cette  fécondé  fedion, 
en  faifant  quelques  obfervations  particulières  fur 
la  draperie  étrùfque  ; il  dit  que  le  manteau  des 
figures  en  marbre  n’eft:  point  jetté  librement; 
mais  il  eft  ferré  & toujours  rangé  en  plis  parallèles, 
quHombeht  à plomb,  ou  qui  s’étendent  à travers 
la  figure  qui  le  porte. 

_ Les  manches  des  vêtemens  de  femmes , c’eft-à- 
dire,  les  tuniques  ou  les  vêtemens  de  defîbus, 
font  quelquefois  très  - finement  plifiées,  comme  ' 
celles  des  rochers  des  prêtres  italiens  , ou  comme 
le  papier  de  nos  lanternes  qui  font  rondes  & 
pliantes. 

Les  cheveux  de  la  plupart  des  figures , tant  ■ 
d hommes  que  de  femmes,  font,  comme  nous 
I avons  dît  , partages  , de  manière  que  ceux  qui 
defeendent  du  fommet  de  la  tête  , font  noués 
par  derrière  : ies  autres  tombent  par  treffes  en  > 
devant  lur  ies  epauiss  ^ fuivant  ia  coutume  antique 


E T R 

de  pluîieurs  nations  5 telles  que  les  égyptiens  les 
grecs,  &c.  ‘ 

Comme  la  troifième  fedion  de  "Winckelmann 
traire  uniquement  de  Part  pùtini  les  nations  li- 
mitrophes des  êtrufques  , tels  que  les  famnites 
les  volfques  & les  tampaniens , nous  renvoyons 
le  ledeur  aux  articles  particuliers  de  cet  ouvrage 
qui  concernent  ces  mêmes  peuples.  ° 

Nous  devons  feulement  obferverque  notre  au- 
teur nous  apprend  dans  cette  fedion  , 1°.  que  les 
êtrufques  fubjuguèrent  dans  un  temps  toute  l’I- 
talie, &fur-touî  la  Campanie  ; î°.que  les  beaux 
vafes  antiques  êtrufques  étoient  ceux  d’Arezzo  ; 
3°.  que  le  royaume  de  Naples,  la  Campanie, 
& fur-tout  Noie,  ont  fourni  abondamment  des 
vafes  êtrufques  à la  plupart  des  cabinets  : il  ajoute 
cependant  qu’en  bonne  règle  onde\roit  tâcher, 
s’il  étoit  poffible  , de  diftingueries  vafes  vraimeHt 
êtrufques  ^ des  vafes  travaillés  par  les'eampaniens. 
4°.  Il  ajoute  que  ces  vafes  ont  depuis  un  pouce  juf- 
qu’à  la  hauteur  de  trois  ou  quatre  palmes;  la 
plupart  des  vafes  de  Noie  ont  été  trouvés  dans 
des  fépulcres  ; quelques-uns  ont  fervi  dans  les  fa- 
crifices  , dans  les  bains  ; quelques  autres  ont  pu 
être  la  récompenfe  ou  le  prix  dans  ies  jeux  publics  ; 
les  autres  enfin  ne  fervoient  que  d’ornement  : ce 
fait  fe  démontre  en  ce  qu’ils  n’ont  jamais  eu  de 
fonds. 

Winckelmann  ajoute  qu’un  connoiffeur  qui  fait 
juger  de  l’élégance  du  deffin , & apprécier  les 
compofitions  des  mains  de  maître  , & qui  de  plus 
fait  comment  on  couche  les  couleurs  fur  les 
ouvrages  de  terre  cuite , trouvera  dans  ies  déli- 
catefies  & dans  le  fini  de  ces  vafes  , une  excel- 
lente preuve  de  la  grande  habileté  des  artiftes 
êtrufques  , qui  les  ont  produits.  Il  n’eft  point  de 
deffin  plus  difficile  à exécuter,  parce  qu’il  faut 
une  promptitude  extrême  & une  juftefle  éton- 
nante , car  l’on  ne  peut  pas  corriger  les  défauts. 
Les  vafes  de  terre  peints  font  la  rnérveille  de  l’art 
des  anciens.  Des  têtes,  & quelquefois  des  figures 
entières  efquiflees  d’un  trait  de  plume  dans  les 
premières  études  de  Raphaël , décèlent  aux  yeux 
des  connoifteurs  la  main  d’un  grand  maître , au- 
tant ou  plus  que  fes  tableaux  achevés.  Les  an- 
ciens êtrufques  connoiflbient  , à ce  que  ditCaylus  , 
l’ufage  desponfifs,  ou  deffins  piqués,  & les  deffins 
découpés  fur  une  feuille  de  cuivre. 

Winckelmann  ajoute  que  nous  avons  grand 
nombre  de  pierres  gravées , allez  de  petites  figures 
êtrufques;  mais  que  nous  n’avons  pas  aflez  de 
grandes  ftatues  de  cette  nation  pour  fervir  de  fon-» 
dement  à un  fyftême  raifonné  de  leur  art.  Les 
êtrufques  avoient  leur  carrière  de  marbre  près  de 
Luna  , que  nous  nommons  à préfent  Carrara  ••  elle 
étoit  une  de  leurs  douze  villes  capitales-  Les  fam- 
nites , ies  volfques  & les  campaniens  n'ayant  point 
de  marbre  bleu  dans  leur  pays , furent  obligés 


E T R 


E T R 

de  fa?re  leurs  vafes  en  terre  cufte  ou  en  bronze  ; 
les  premiers  te  font  caffes , Ton  a fondu  Ip  fé- 
conds 5 c'eft  1.1  caufs  de  la  rareté  des  vaies  de 
cette  nation.  Comme  le  itvie  étrufque  refTemble  a 
Tancien  fty'e  grec,  le  iecfeur  fera  bien  de  re!:re 
cet  article  avant  que  d'examiner  fart  chez  les 
grecs.  Notre  auteur  prouve  dans  te  livre  V ou 
il  traite  de  l'art  chez  les  romains  , qif  ü y a appa- 
rence que  dans  les  temps  les  plus  reculés  , les  grecs 
iiTiitèrrnt  l'att  des  étrufqiies  , qu'ils  en  adoptèrent 
beaucoup-, de  chofes , & en  particulier  les  rites 
facrés  ; mïls  dans  les  temps  poÜérieurs  , lorfque 
l'art  fleurilToit  chez  les  grecs,  on  peut  croire  que 
les  artihes  étrufque  s , peu  nombreux,  furent  uif- 
ciples  Se  imitateurs  des  grecs. 

Les  étrufques  peignoient  toujours  les  faunes  avec 
une  queue  de  cheval , quelquefois  avec  les  pieds 
de  cheval,  d'autres  fois  avec  les  pieds  humains. 

La  Tofcane  , c’eft-à-d!re  , le  pays  paniculier 
habité  pat  les  anciens  étrufques  , a produit  abon- 
damment dans  tous  les  temps  de  vrais  grands 
hommes  dans  tous  les  genres.  On  peut , à ce 
fujet  , confulter  les  vies  des  grands  hommes  tof- 
cans , & les  mémoires  des  différentes  académies 
qui  font  établies  dans  la  Tofcane.  Nous  ne  de- 
vons pas  oublier  dans  ce  petit  recueil  d anec- 
dotes , concernant  les  étrufques ^ que  Plutarque 
nous  apprend  que  les  tofcans  envoyèrent  des  co- 
lonies , qui  formèrent  des  étabiiffemens  dans  les 
ifles  de  Lemnos , d'Imbros , & fut  le  promon- 
toire de  Thtnarus  , où  ils  rendirent  de  ü grands 
ferVices  aux  fpartiates  , dans  la  guerre  qu'ils  fou- 
tenoient  contre  les  ilotes  3 que  les  lacedemoniens 
leur  accordèrent  le  droit  de  bourgeon'ie  dans  leur 
ville:  mais  enfuite,  fur  un  foupçon  d infidélité  , 
les  fpartiates  les  firent  tous  emprifonner.  Les  fem- 
mes de  ces  malheureux  allèrent  les  voir  dans  leurs 
cachots,  changèrent  d'habits  avec  eux  , & s ex- 
posèrent toutes  à la  mort  pour  fauver  leurs  maris  : 
Les  tofcans , en  forçant  de  prifon  , allèrent  fe 
mettre  à la  tête  des  troupes  des  ilotes  5 mais  les 
fpartiates  craignant  leur  reffentiment , leur  ren- 
dirent leurs  femmes  & leurs  biens. 

M.  Eckel  craint  avec  raifon  que  l'on  n’aie  voulu 
trop  fcrupiileufe.ment  établir  des  caraélères  diftinc- 
tifs  entre  les  premiers  ouvrages  des  grecs  & ceux 
des  étrufques  j tejs  ont  été  Gori , Caylus  , Winc- 
kelmann  & tant  d’autres , qui  fe  font  efforcé  de 
diftinguer  le  ftyle  de  chaque  nation  ancienne.  Pour 
ne  parler  que  des  pierres  gravées , le  véritable 
caraftère  d'un  ouvrage  étrufque,  feîon  eux,  fe 
fait  connoître  aux  mouvemens  forcés  des  figures, 
aux  mufcles  trop  prononcés  , aux  ailes  ajoutées 
à prefque  toutes  les  divinités  : dans  les  draperies, 
ce  font  des  plis  droits  & parallèles  5 enfin  c'efi 
le  grénetis  oui  fert  de  bordure  , & des  lettres  ré- 
putées étrufques  auffi  bien  que  des  inflexions  des 
mots  grecs.  Malgré  ce  caractère  , M.  Eckel  ell 


S99, 

perfnadé  qu’on  ne  fait  paffer  que  trop  fouvent 
des  ouvrages  tout- à-fait  grecs  , mais  d’un  âge 
fort  reculé,  pour  des  ouvrages  étrufques.  Si  les 
favans,  nommés  plus  haut , .avoienc  confiilté  les 
médailles  les  plus  anciennes  de^illes  de  la  grande 
Grèce  & de  Sicile  , celles  de  Tarente  , de  Cro- 
tone  , de  Sybaris  , de  Caalon,  de  Syracu.G , d'Hi- 
miera  , de  Camarine  & d’autres  ; ils  auroienc  re- 
connu Tans  doute  que  ces  pièces  , tout  grecques 
qu'elles  font,  portent' cependant  les  mêmes  ca- 
raéières  que  nous  venons  d’expofer  , & qu'ils  ont 
eu  la  prévention  d’attribuer  excluiîvementaiixpro- 
duéiions  étrufques.  Mais  ce  n'efl:  pas  le  feul  tore 
qu'ils  aient  fait  aux  grecs  5 ils  ont  encore  méconnu 
leur  langue.  Séduits  par  ces  marques  difti.mSiives., 
ils  ont  hardiment  qualifié  èé étrufques  les  inferip- 
tiors  qu'on  trouve  quelquefois  à côté,  quoique 
les  mots  en  foient  évidemment  grecs,  ainfi  que 
les  lettres  , telles  qu’on  les  voit  fur  les  médailles 
déjà  citées,  fur  les  tables  amycléennes,  fur 
^ celle  de  Sigée  & fur  tant  d'autres  monumens  de 
la  plus  haute  antiquité.  Tout  récemment  encore, 
avec  quel  fondement  a î-on  pu  appeller  étrufque 
une  pierre  qui  repréfente  Paris  dans  un  ityle  grec 
très- ancien,  quand  Ton  nom.n'y  eit  altéré  en  rien  , 
& qu'il  s'y  trouve  écrit  en  lettres  qu'on  rencontre 
fi  fouvent  fur  les  médailles  les  plus  anciennes  de 
la  grande  Grèce  ? ( Nod-qie  fille  antichita  di  .Roma. 
per  r anno  17S5  ,p.  89). 

On  pourroit  encore  alléguer  d’autres  exemples  ; 
maisilfuffira  d'obfefver  qu'en  attribuant  aux  étruf' 
ques  ce  qui  appartient  effesilivement  aux  grecs  , 
on  tire  très-fouvent  de  fauffes  conclufions  pour-, 
l'hiiloire  de  l'art  : c'eft  ainfi  que  V/inckelmann  , 
fe  fondant  fur  de  femblabics  monumens  , prétend 
que  ceux  des  étrufques  l'emportent  fur  les  monii- 
mens  des  grecs.  Quant  à l'antiquité,  ( kifi.  de 
tan.  ) M.  Eckel  penfe  que  fans  recourir  aux  étruf 
ques,  il  ell  bien  plus  naturel  d'attribuer  aux  grecs 
les  monumens  dont  le  ftyle,  la  langue  & les 
lettres  leur  étoient  propres  , ainfi  que  le  prouvent 
leurs  médailles.  Quant  à la  pierre  du  cabinet  im- 
périal , décrite  par  ce  Lavant , fur  laquelle  on  lit 
le  mot  EAINA  , quoiqu’il  s'é-loigne  un  peu  du 
grec  EAENH , quoique  les  formes  de  toutes  les 
lettres  fe  rencontrent  dans  le  plus  ancien  alphabet 
grec  , il  fe  peut  bien  quelle  ait  été  gravée  chez 
une  des  nations  indigènes  de  l'intérieur  de  l’ïtà- 
lie,  iefquelles,  en  imitant  les  grecs,  leurs  voi- 
fins,  dans  les  produâions  de  l'art,  fe  fervoient 
de  leurs  lettres  , & ne  lailfoient  pas  de  faire  quel- 
quefois de  petites,  violences  aux  mots  grecs , pour 
les  plier  à la  prononciation  de  leur  langue  vul- 
’gaire.  Toutefois  il  ne  faudroit  pas  en , conclure 
que  tousdes  monumens  de  ce  genre  doivent  être 
rapportes  exciufivementaux  étrufques  q tant  d'au- 
tres nations  de  l'Italie  pouvant  également  les  ré- 
clamer. Voyei  CxviTA  - Turchino  , pATÉRES  3 
Pierres  gravées. 


6oo  E T R 

• Êtküsquîs  ( cofîume  des). 

Habits  des  femmes.  Les  femmes  étrufques  , re- 
prefentées  fur  les  monumens  , font  ordinairement 
vetues  de  tuniques  & d"un  pal'ium  j telles  font 
les  figures  d'un  autel  triangulaire  de  la  villa 
Borghèfe;,  de  celai  déformé  ronde  de  la  galerie 
du  capîtole;  de  même  que  plufieurs  autres  figures 
fculptées  fur  différens  fépulchres  ( V'oy.  le  re- 
cueil ce  M.  de  Caylus  , le  monumenti  antichi  ine- 
fabbé  Winckelmann,  & \e.  fepolcri  antkki 
di  P.^  S.  Bartoli  ) , habillées  toutes  à la  manière 
des  femmes  grecques  j ces  figures  font  le  plus 
fouvent  exécutées  d'une  manière  monotone , avec 
r^pctition  continuelle  des  mêmes  plis.  La 
csëffure  efi:  diftinguée  parues  treffes  qui  pendent 
de  cote  8c  d'autre,  même  pour  lés  hommes. 
Les  fandales  fe  font  aufîî  remarquer  par  des  rubans 
en  plus  grpid  nombre  , & qui  ordinairefîient  font 
moins  croifés  les  uns  fur  les  autres. 

Habillemens  des  hommes.  Aux  figures  d'hommes^ 
on  remarque  une  variété  infinie  par  rapport  aux 
J dui  font  tantôt  longs,  tantôt  courts, 
meme  trelfés,  fuivant  le  caraâèredes  perfonnes  ; 

1 habillement  efî:  compofé  en  général  du  pallium 
ou  de  là  chlamyde  leule  , comme  on  le  voit  fur 
un  autel  de  la  villa  Albani  ( monumenti  antichi 
inediti  , tom,  i , fig.  6}  j cependant  la  toge  étoit 
en  ufage  chez  les  étrufques  ( Diodore  ).  On  la  re- 
connoit  fur  une  belle  llatue  étrufque  y confervée 
dans  la  galerie  du  grand  duc  ,.à  Florence.  L'abbé 
Winckelmann  (hift.  de  l'art,  chez  lesanc.  r.  i.  fol, 
p8.  ) a pris  cette  fiatue  pourun  arufpice  j mais  fon 
port ,.  fon  gefte,  l'anneau  qu'il  porte  au  doigt,  tout 
annonce  un  fénateur.  Il  a les  cheveux  courts, 
la  barbe  rafée;^du  refte,  fa  tunique,  fa  toge, 
fa  chlamyde  même  , touteft  femblable  au  cofiume 
romain  , la  toge  feulement  ett  plus  courte. 

Des  armes.  Les  figures  qui  repréfentent  des 
dieux  portent  des  armes' femblables  à celles  des 
^recs  ; telle  eft  une  figure  de  Mars  fur  l’autel 
étrufque  ( monumenti  antichi  inediti  y tom.  i , 
fig-  f)y  de  forme  ronde,  de  la  galerie  du  Ca- 
pitole. D'aitfres  monumens  des  étrufques.  nous 
montrent  der  variétés  infinies  , dont  il  feroit  mu- 
tile de  rapporter  les  détails.  Il  eif  certain  que  les  ro- 
mains ont  adopté  la  plupart  de  leurs  ufages  : plu- 
fieurs figures  étrufques  ( recueil  d‘ant.  par  M.  CayluSy 
tom.  1 y pl.  ^ ï y tam.  6.  pl,  y.  . 2.6.  ) , prouvent 
l'origine  de  rarmure  romaine,  à quelque  légère 
différence  près.  Une  urne  fépulchtale  (antichi  fe- 
polcri  romani  & etrufchi  y fol.  92.),  portant  une 
mfcription  étrufque  , eft  ornée  d'un  bas-relief,  fur 
lequel  il  y a deux  combattans,  dont  l'un  efi:  armé 
a un  cafque  afîez  fernblable  à celui  des  grecs  5 
parcit  d une  forme  différente , 
fes  cuiliards  font  à double  rangs , ce  qu'on  trouve 
meme  aux  figures  de  leurs  divinités.  Sur  fon  ar^ 
miire , il  pofcç  la  chlamyde  ou  iç paludamentum'i  la 


E V A 

^ chaulTure  couvre  le  pied  entièrement.  L’an^r. 
figure  efi  armee  exactement  à la  manière  des  orées  ■ 
les  boucliers  étrufques  font  géne'ra’eœent  dê  forme 
ronde  i Caylus  y rec.  d’ant.  tomA,,pl.2%  30  ) 
& très-fouvent  la  crête  de  leurs  cafques  eft  d’unê 
grandeur  démefurée. 

Les  tyrhéniens,  que  les  latins  appelloîent  étruf- 
ques y avoienr,  fuivant  Diodore  , inventé  une  ef- 
pèce  de  trompette  excellence.  Leurs  lirs  étoient 
ornes  d'étoffes  à fleurs.  Iis  ont  inventé  les  portiques 
au  devant  des  maifons  ; & ce  font  eux,  félon  toute 
probabilité,  qui  ont  porté  les  ordres  grecs  en 
Italie.  Ce  fut  Démarate  qui , du  temps  des  Tar- 
quins , amena  avec  lui  beaucoup  de  corinthiens 
en  Tofeane  , & leur  procura  des  artiftes  de  cette 
école  célèbre  jc'eft  pourquoi  on  remarque  fur  leurs 
bas-reliefs,  l'ordre  corinthien:  ils  auront  aulfi 
fans  doute  caradérifé  l'Architedure  par  cet  ef- 
prit  finguHer  qui  diiiingue  encore  les  beaux  édi- 
fices de  Florence. 

/ 

Etrusques  (médailles). 

^ On  a plufieurs  médailles  inconnues  avec  des 
légendes  étrufques, 

ÉTUVE.  Hoyei^  Cheminée.  . 
ETYMOLOGIE.  H.  le  Diciionnaire  de  Gram-^ 

maire  , 6’. 

ÉVA,  en  Arcadie.  ETA. 

Les  m.édailles  autonomes  de  cette  ville  font  i 
RRR.  en  argent. 

O.  en  or. 

O.  en  argent- 

Pelierin  les  croit  delà  Cyrénaïque , en  les  ;u-; 
géant  par  leur  fabrique, 

ÉVADNE,  fille  dTphis,  argien , & femme 
de  Capanée,  ayantappris  la  mort  de  fon  mari, 
s'enfuit  d'Argos  à Éleufîne , où  on  devoir  rendre 
à fon  époux  les  honneurs  funèbres.  Après  s'être 
paree  de  fes  plus  beaux  habits,  comme  fi  elle 
alloit  célébrer  un  nouvel  hyménée  , elle  monta 
fur  un  rocher , au  pied  duquel  on  alloit  brûler 
le  corps  de  Capanée , d'où  elle  fe  précipita  elle- 
même  au  milieu  du  bûcher,  à la  vue  de  fon  père 
& des  argiens , pour  mêler,  difoit-eiie,  fes  cen- 
dres avec  celles  d'un  époux  qui  lui  avoit  toujours 
été  cher. 

ÉVAGES.  Voyetq.  Eubaces. 

EVAGORE,  une  des  cinquante  Néréides. 

EVAN  , furnom  de  Bacchus  , pris  du  cri  que 
fâifoient  ks  bacchantes  , en  célébrant  les  orgies: 

elles  ' 


E V A 

elles  crioient  Évm  ^ Evan , d’où  elles  furent  aufli 
nommées  évantes. 

ÉVANDRE  fut  le  chef  de  la  colonie  des 
arcadiens  ^ qui  vint  s’établir  dans  l’Italie , aux 
environs  du  mont  Aventin.  Ce  prince  7 apporta 
avecl’Agnculturel’ufage  des  lettres  ^ qui  y avoient 
été  jufques-là  inconnues;  & s’attira  par-là,  & 
plus  encore  par  fa  fagelfe  , l’eftime  & le  refpeâ 
des  aborigènes,  qui,  fans  l’avoir  pris  pour  leur 
roi , lui , obéirent  comme  à un  homme  ami  des 
dieux.  Evandre  reçut  chez  lui  Hercule  ; & quand 
il  fut  informé  que  c’étoit  un  fils  de  Jupiter,  & 
que  fes  grandes  aérions  répondoient  à cette  haute 
nailTance , il  voulut  être  le  premier  a l’honorer 
comme  une  divinité,  même  de  fon  vivant;  on 
éleva  à la  hâte  un  autel  devant  Hercule,  Evandre 
immola  en  fon  honneur  un  jeune  taureau.  Dans 
la  fuite  ce  facrifice  fut  renouvellé  tous  les  ans 
furie  mont- Aventin.  On  prétend  qatc  t&Évandre 
qui  apporta  en  Italie  le  culte  de  la  plupart  des 
divinités  des  grecs , qui  infiitua  les  premiers  faliens, 
les  Luperques  & les  Lupercales.  Il  bâtit  le  pre- 
mier temple  de  Gérés  fur  le  mont  Palatin.  Vir- 
gile fuppofe  qu’il  vivoit  encore  du  temps  d’Enée  , 
avec  qui  il  fit  alliance , & qu’il  aida  de  fes  trou- 
pes. Après  fa  mort,  ces  peuples  reconnoiffans  le 
placèrent  au  rang  des  immortels  , & lui  rendirent 
tous  les  honneurs  divins.  Quelques  mythologues 
font  perfuadés  que  c’étoit  Evandre  qu’on  honoroit 
dans  Saturne,  en  Italie;  8c  que  fon  règne  fut 
l’âge  d’or  pour  cette  contrée. 

ÉVANGÉLIDE.  L’oracle  des  êvangélides. 
Evangelidarum  oraculum.  Il  y avoir  à Milet , au- 
jourd’hui Mileto,  un  oracle  qui  palToit  pour  le 
jneilleur  de  toute  la  Grèce  après  celui  de  Del- 
phes. Le  chef  & le  préfident  du  lieu  où  étoit  cet 
oracle , ayant  d’abord  été  un  certain  Branchus  , 
qn  appella  alors  cet  oracle  X oracle  des  branchldes. 
Évangéle  , ou  Evangelus  , ayant  fuccédé  à Bran- 
chus , il  prit  fon  nom  , 8c  fut  nommé  V oracle  des 
évangélldes.  PhotiUS  , bihliotk.  cod.  i8<5. 

ÉvANGEUES  \ éphéjîens  célébroient 

ces  fêtes  en  l’honneur  d’un  berger,  qui  leur  avoir 
indiqué  les  carrières  d’où  l’on  tira  les  marbres 
qui  furent  employés  à la  conftruéiion  du  temple 
de  Diane;  ce  berger  s’appelloit  Pixodore.  On 
changea  Con  nom  en  celui  de  Yévangélijîe,  por- 
teur de  bonnes  nouvelles  ; on  lui  faifoit  tous  les 
mois  des  facrifices  ; on  alloit  en  proceflion  à la 
carrière.  On  dit  que  ce  fût  le  combat  de  deux 
béliers  qui  donna  heu  à la  découverte  de  Pixôdore: 
l’un  de  ces  deux  béliers  ayant  évité  la  rencontre 
de  fon  adverfaire  , celui-ci  alla  fi  rudement  don- 
ner de  la  tête  contre  une  pointe  de  rocher  qui 
fortoit  de  terre , que  cette  pointe  en  fut  brifée  ; 
le  berger  ayant  confidéré  l’éclat  du  rocher , trouva 

Amiqui$és , Tome  II, 


EUE  (foi 

que  c’étoit  un  marbre.  Au  refte , on  appeJoit  ail- 
leurs ou  toutes  lesté  esqa’on 

célébroit  à l’occafîon  de  quelqu.  bom.e  lu  uve-le  ; 
dans  ces  fêtes,  on  faifoit  des  facrifices  aux  .'•■eux; 
on  donnoit  des  repas  à fes  amis  , 8c  l’on  réUiiUloit 
toutes  les  fortes  de  divertiffemens. 

ÉVANTES.  Voyei  ÉVAN. 

EVARNE  , une  des  cinquante  Néréides , félon 
Héfiode. 

EUB AGES , prêtres , doéleurs  des  anciens 
celtes , ou  gaulois. 

Eubages.  Chorier  ( dans  fon  Hift.  du  Dauphiné^ 
1.  II.  n°.  3 . ) fuppofe  que  ies  cubages  forit  les  mêmes 
que  les  druides  8c  que  les  faronides  de  Diodore. 
Quelques-uns  croient  que  les  eubages  font  ceux 
que  Strabon  ( 1.  IV.  p.  197.  de  l’Édit  de  Paris, 
1620.  ) appelle  iaariis , vates.  Peut-être  m.ême 
s’eft-on  perfuadé  qu’il  falloic  lire  oufs7j  5 étant  aifé 
de  prendre  r pour  un  x.  Quoiqu’il  en  foit,  il 
paroît  que  les  eubages  étoient  différens  des  drui- 
des. Ammien  Marcellin  parle  des  eubages  dans 
fon  XV'.  1.  c.  IX , 8c  parce  qu’il  ne  s’agit  là 
que  de  l’ifle  britannique,  quelques  auteurs  ont  cru 
que  les  eubages  n’exiftoient  que  dans  cette  ifle , 
& qu’ils  y rempliffoient  les  mêmes  fondrions  que 
les  druides  dans  la  Gaule.  Mais  les  anciens,  8c 
fur-tout  Strabon  8c  Ammien  lui-même  , dans  ce 
paflage , ne  lailTent  aucun  lieu  de  douter  que  les 
eubages  ne  fuffent  différens  des  druides,  ou  au 
moins  une  efpèce  particulière  de  druides  , 8c  qu’il 
n’y  en  eût  dans  les  Gaules.  Ammien  fait  entendre 
que  c’étoient  les  philofophes  de  ces  contrées  , 
8c  que  leur  occupation  principale  étoit  l’étude  de 
la  nature.  Bouche , dans  fon  Hifl.  de  Provence 
( 1.  II.  c.  IL  Tom.  1.  p.  68.  ) diftingue  les  vates 
de  Strabon  des  tubages  d’Ammien  Marcellin. 

« Les  vates  , dit- il  , étoient  ceux  qui  avoient 
foin  de  faire  des  facrifices  ; eubages,  ceux  qui 
s’occupoient  des  raifons  des  plus  hauts  fecrets  de 
la  nature  ». 

EUBÉA  , fille  du  fleuve  Aftérion , fut  une 
des  nourrices  de  Junon,  avec  fes  fœurs  Por- 
fymna  8c  Acréa.  Fbyep  JuNON. 

EUBÉE , ifle.  EïBOiEi2N  & et. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ifle  font  : 

R.  ea  argent. 

R.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Leurs  types  ordinaires  font  : un  bœuf  ou  fa 
tête.—  Un  raifin. — Un  oifeau  volant. — Ua 
dauphin.— Un  trident. 

Gggg 


<?02  E U D 

EubéEj  une  des  maîtrefles  de  Mercure  ^ dont 
elle  eut  un  fiis,  noramé  P olybe  , pere  deGlauciiSj 
dieu  marin.  D autres  la  font  femme  de  Polybe^, 
donc  elle  eucGIaucus.  Voye:^  Glaucus. 

EUBOüLIE , ou  la  déeffe  du  bon  confei! , 
avoir  un  temple  à Rome , félon  Flucarque.  Son 
norq.  eft  grec^  & compoféds  £«_,  de  oouAÿ, 
conjeil. 

EUBULEUS  ^ un  des  trois  Diofcures^  dit 
Cicéron , de  ceux  qu'on  furnommoit  Anaces , 
fils  de  Jupiter  & de  Proferpine  : ils  étoienc  nés 
à Athènes.  Koye:^  Dioscures. 

EÜCARPîAj  en  Phrygie.  EYKAPHEÎ2N  & 

iEYKAPnEIA. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Cette  ville  a fait  frapper  des-médailIes  impé- 
riales grecques  en  l’honneur  de  Domna  j de  Ma- 
crin  j de  Maximin  J de  Gallus,  d'Antinous. 

EUCHECRATESj  jeune  theffaiien,  étant  venu 
à Delphes , pour  confulter  la  Pythie  ^ la  trouva 
fi  belle  , qu'il  en  devint  amoureux  ^ & l’enleva. 
Depuis  ce  temps  pour  prévenir  de  pareils  acci- 
dens  J on  fit  une  loi  ^ qu'à  l’avenir  la  Pythie 
feroît  toujours  choifie  d’un  âge  au-delfus  de  cin- 
quante ans.  Koye^i  Pythie. 

E UCLABRIS , nom  que  les  prêtres  des  romains 
donnoient  à la  table  fur  laquelle  on  plaçoit  la 
victime  égorgée  j pour  examiner  fes  entrailles. 

EUCR  ATE  J une  des  cinquante  Ne'réïdes , 
félon  Héiiode.  ' 

ÉÜCRATIDES  le  fils,  roi  de  Baétriane. 

XYKPATIAOÏ.  ; 

Ses  médailles  font  : 

RRRR.  en  argent.  \ 

O.  en  or.  ] 

O.  en  arcent.  < 

2 

EUDEMONIE , en  grec  ’S-u-hul^onm. , déefle 
4e  la  félicité.  FoyÊj  Félicité.  , 

EÜDOCIE  J époufe  d'Arcadius,  * 

Æ.IIA  Eusocja  Augüsta.  ' 


EVE 

Ses  médailles  font  : 

RRR.  en  or. 

RRR.  en  argent. 

R.  en  P.  B. 

EUDORE , une  des  Océanides , fille  de  l’Océan 
& de  Téthis 

Eudore,  une  des  feptHyades^  fille  d’Atlas. 

EUElOXIE,  époufe  de  Théodofe  IL 

Ælia  Eudoxia  Aügusta, 

Ses  médailles  font  t 

RRR.  en  or. 

RRR.  en  argent. 

R.  en  P.  B. 

Eudoxie  il  femme  de  Valentinien  îIL 

Licinia  Euboxia  Augusta, 

Ses  médailles  font  i 

RRR.  en  or. 

O.  en  argent  & en  B. 

EVECTIONS,  evecliones  ; c'étolt  une  per» 
miffion  écrite  de  l’empereur,  ou  des  gouverneurs, 
ou  des  premiers  officiers,  fur  laquelle  on  pouvoir 
courir  la  pofte  , fans  bourfe  délier.  On  préfentoit 
cette  permiffion  à toutes  les  fbtions.  Si  le  chemin 
conduifoit  an  lieu  de  la  réfidence  d’un  gouver- 
neur, il  falloir  avoir  l’attention  d'aller  chez  cet 
officier  faire  ratifier  fa  permiffion , qui  marquoit 
& la  durée  du  voyage , & le  nombre  des  chevaux 
accordés  au  voyageur.  Il  y eut  an.  temps  où  les 
gQuver.neurs  même  avoient  befoin  d'un  billet  de 
franchife,  figné  de  l'empereur,  ou  du  préfet  du 
prétoire  , ou  de  l’officier  appeilé  dans  le  palais 
magifler  afficioriim^ 

E VEMÉRION , un  des  dieux  de  la  Médecine 
chez  les  ficyoniens,  qui  rinvoquoient  tous  les 
jours  après  le  foleil  couché.  Son  nom  fignifie  celui 
qui  vit  heureufement  ; mais  il  efi  pris  ici  dans 
une  Êgnification  aélive  , & marque  l’auteur  même 
du  bonheur,  celui  qui  porte  bonheur , celui  qui 
fait  vivre  heureufement.  j^oye;j;TÉLESPHORE.  Sca 
nom  eft  formé  de  A & de  , jour  heureux, 

EVENEMENT  ( bon).  Voye?  Bonüs- 

E V E N T U s. 

ÉVENTAIL  , ftabellum. 


EVE  E U G 


C’efl:  le  fioni  qu^’on  donne  ordinairement  à des 
efpèces  de  feuilles  qu'on  voir  dans  la  main  de  plu- 
fieurs  figures  iurles  monumens  antiques.  Les  chinois 
fe  fervent  encore  à’ éventails  cui  ont  la  forme  d une 
feuille  ( Lamhec,  comment.  hiôL  Vîni.  ). 

Il  ell  confiant  que  les  anciens  connoiffoienî 
l’ufage  de  \ éventail  : Athénée  (^lib.  G , cap,  lé.  ) 
& le  poëce  Nonnus  ( Dionyfiac.  lib.  il  , pag.  345-  ) 
en  font  mention.  Dans  une  comédie  de  1.  érence  , 
Ch&rea  raconte  à Antiphon  comment , apres  s être 
déguifé  en  eunuque , pour  pouvoir  entrer  dans 
l'appartement  de  Thaïs  , les  femmes  de  cette  cour- 
tifanne  lui  ordonnèrent  de  prendre  un  éventail  pour 
agiter  l'air , lorfqu'elle  fe  mit  au  bain  ( Eunnuck. 
a3.  ^ je.  Ovide  , en  parlant  des  foins  & des 
attendons  néceflaires  pour  plaire  aux  femmes  , dit 
qu’on  a fbuvent  obtenu  leurs  bonnes  grâces  pour 
les  avoir  rafraîchies  avec  un  éventail.  Il  eft  en- 
core parlé  de  X éventail  dans  Plaute  , 
tial  J dans  Properce  & dans  Claudien.  L éventail 
des  anciens  était  fait  de  feuilles  d’arbres  ou  de 
plumes  de  paon.  On  voit  dans  les  peintures  d Her- 
culanum  tom.  3.  tav.  29.)  un  jeune  homme  qui 
en  porte  un  de  cette  dernière  efpèce  ; & dans 
le  calendrier  de  Lambeedus  le  mois  d Août , re- 
préfenté  fous  la  forme  d'un  jeune  homme  qui  boit , 
tient auïfi  un  éventail  de  plumes  de éventail 
fervoit  à fe  donner  de  l'air  , à chafîer  les  mouches , 
8e  peut-être  à fe  garantir  du  foleil-  Il  ne  faut  pas 
cependant  le  confondre  avec  l’inftrument  nommé 
par  les  grecs  , & TJmbella  par  les  latins. 
Ce  dernier  avoit  la  forme  de  nos  parafoîs.  U éven- 
tailéioit  regardé  en  général  comme  un  inftrument 
de  molleffe;  il  devenoit  néanmoins  utile  pour  écar- 
ter les  infeéles , quand  on  dormoit  l’après-midi 
dans,  les  pays  chauds  fur  des  lits  expofés  à l'air. 

II  y a beaucoup  d’apparence  que  c'eft  un  éventail 
qu’on  voit  dans  la  main  de  celui  des  Amours  , 
qui  efi  le  plus  voifin  de  l’hermaphrodite , fur  un 
beau  camée  du  palais  royal  ; la  forme  en  eft  affez 
femblabîe  à use  feuille  de  lierre  : cependant , 
il  ne  faut  pas  toujours  prendre  pour  des  éventails 
ces  fortes  de  feuilles  qu’on  voit  dans  la  main  de 
plufieurs  figures  fur  les  moxwimtus.  { pierres  gra- 
vées du  duc  £ Orléans.  I.  p.  112  ). 

ÉVÉNÜS.  Voyei  Idas  & Marpesse. 

ÉVÊREj  père  de  Tiréfias. 

ÉVERGÈTE  , furnom  qui  fignifie  bienfaiteur 
ou  bienfaifant , & qui  a été  donné  à plufieurs 
princes.  Les  anciens  donnèrent  d’abord  cette_  épi- 
thète à leurs  rois  , pour  quelques  bienfaits  infignes 
par  lefquels  ces  princes  avoient  marqué  ou  leur 
bienveillance  pour  leurs  fu^ts  , ou  leur  rcfpecl 
envers  les  dieux.  Dans  la  fuite  quelques  princes 
prirent  ce  furnom  pour  fe  diftinguer  des  autres 
princes  qui  poïtoient  le  même  nom  qu  eux.  Les 


rois  d’Egypte  J par  exemple,  fuccefieurs  d’A- 
lexandre , ont  prefque  tous  porté  le  nom  de  Pto- 
lémée  , ce  fut  le  troifième  d’enrr'eux  qui  prit  le  fur- 
nom  ^éverg'ete^  pour  fe  diftinguer  de  fon  père  & de 
fon  ayeul,  & cela,  dit  S.  Jérôme,  parce  qu'ayant 
fait  une  expédition  militaire  dans  la  Babyionie,  il 
reprit  les  vafes  que  Cambyfe  avoit  autrefois  en- 
levés des  temples  d'Egypte , & les  leur  rendit. 
Son  petit-fils  Ptolémée  Phifeon , prince  cruel  & 
méchant , aft'eéta  auffi  le  furnom  ééévergéte  ; 
mais  fes  fujets  lui  donnèrent  le  nom  àtcakerg'ete  , 
c'eft-à-dire,  malfaifant.  Quelques  rois  de  Syrie, 
quelques  empereurs  romains , après  la  conquête 
l'Egypte , & quelques  fouverains,  ont  été  aufii 
furnommés  évergétes  , comme  il  paroît  par  des  mé- 
dailles & d’autres  monumens. 

ÉVERRIATEUR;  c’eft  ainfi  qu’on  appelloit 
rhéritier  d’un  homme  mort;  ce  nom  lui  venoit 
d’une  cérémonie  qu’il  étoit  obligé  de  faire  après 
les  funérailles , & qui  confiftoit  à balayer  la  mai- 
fon,  s’il  ne  vouloir  pas  y être  tourmenté  par 
des  lémures.  Ce  balaiement  religieux  s’appelloit 
everr&,  mot  compofé  de  la  prépofition  ex  8c  du 
ytiht  verra,  je  balaie. 

EUFÉMIE  , époufe  de  Juftin  I. 

Ælia  Marciaica  Euirmia  Acre  us  T Ai 

Ses  médailles  font  : 

RRRR.  en  or. 

O.  en  argent  & en  B. 

Quoique  tes  antiquaires  aient  attribué  à Eu- 
fémie,  femme  de  Juftin , les  médailies  d’or  qui 
nous  font  parvenues  avec  les  noms  à’Ælia  Mar- 
\ ciana  Eufemia  , il  n’eft  pas  abfolument  certain 
qu’elles  foient  de  la  femme  ce  ce  prince.  On  peut 
les  donner  av^ec  quelque  fondement  à Eufémie  ou 
Eupkémie , fille  de  l’empereur  Marcien  , & femme 
d’Anthémius,  empereur  d’Occident,  laquelle  a 
porté  la  qualité  d’Augufte,  & à qui  on  a fans 
doute  frappé  des  médailLs.  Le  nom  àt.Marciana 
peut  même  faire  fixer  l’opinion  en  fa  faveur. 

EÏFAMIA  , fêtes  ou  jeux  confacrés  à Pluton  , 
en  mémoire  de  fon  mariage  avec  Proferpine.  It 
en  eft  fait  mention  fur  une  m.édaiile  de  Vefpa- 
fien , frappée  en  Égypte. 

EUGÈNE,  tyran  fous  Théedofe  ï. 

Eugenxus  Augustus, 

Ses  médailles  font  : 

RR.  en  or. 

R.  en  argent. 

RRR.  en  P.  B. 


Ggss  n 


EUGÉNIE;  c’eft  le  nom  que  les  grecs  don- 
nent à la  noblefle.  On  ne  trouve  pas  qu  ils  aient 
jamais  déifié  la  nohlejfe , non  plus^que  les  rornams  ; 
mais  il  eil  certain  , par  les  pedaüles  , qu  ils  lui 
ont  donné  une  forme  humaine  : car  on  la  trouve 
déiîgnée  d’une  manière  uniforme  fur  plulxeurs  de 
ces  anciens  monumens  C’eiî  une  femme  debout , 
qui  tient  de  la  main  gauche  une  pique,  & qui 
a fur  la  droite  une  petite  ftatue  de  Minerve.  Il 
n’y  a point  de  fymbole  plus  propre  à défigner 
la  noblclfe , que  Minerve  , puifqa’elîc  eft  née 
du  cerveau  de  Jupiter. 

Eugénie  en  grec  veut  dire  bien  née;  ce  mot  eft 
formé  de  î» , bien  , & de  ylnofeou , naître.  ( DiQion. 
de  Trévoux.  ) 

ÉVID,  mefure  de  capacité  de  l’Afie  & de 
l’Égypte.  Toye^  Log. 

ÉVITERNE.  Ce  n’eft  point  le  nom  d’une 
divinité,  mais  une  épithète  qui  fe  donnoit  aux 
grands  dieux , & qui  fignifie  éternel  , dont  la 
durée  n’a  point  de  fin.  Eviternus.  Ennius  avoit 
donné  cette  épithète  à Jupiter.  Servius  femble 
dire  néanmoins  qu’Ennius  fe  fervoit  non  pas  du 
mot  éiéviterne , mais  du  mot  déévintegre  ; ou 
plutôt  qu’il  avoit  employé  l’un  & l’autre.  Les 
dieux  éviternes  étoient  , au  fentiment  d’Apulée , 
& félon  les  platoniciens,  ceux  qui  n’avoientrien 
de  matériel , ni  d’humain  , qui  étoient  placés  au 
plus  haut  du  ciel,  qui  avoient  toujours  été  , & 
dévoient  toujours  être  dieux.  Pline  dit  que  l’on 
facnfioit  des  bœufs  roux  aux  dieux  éviternes , 
c’eft-à-dire , aux  dieux  conildérés  & honorés 
comme  éviternes , & fous  cette  qualité.  Gyraldi 
cire , dans  fon  hiflor.  deorum  ( fynt.  I.  ) ^ une 
ancienne  infcription,  qui  n’eft  point  dans  Gruter, 
& qui  porte  D.  pot.  et  gen.  ævit.  d.  t que 
Crinitus  & Cϟus  lifent  ainfi  , deis  potentibus 
& Genio  sviterno  dicatum  ; mais  deo  potenti  feroit 
peut-être  mieux. 

Cet  auteur  dit  au  même  endroit , que  les  dieux 
furent  appelles  éviternes  , quod  sxo  fempîtemo 
permaneant;  par  où  il  femble  vouloir  infinuer  que 
ce  mot  éviteme  vient  à" &vumS^  âé sternum^  duree 
éternelle;  mais  s’il  eft  vrai,  comme  d’autres  le 
difent,  q\i  Aternus  s t‘à  Aviternus  , on  ne  peut 
fe  tirer  à’ Ævum  sternum  ^ c\\xi  paroîtroit cependant 
fournir  une  origine  très-vraifemblabîe. 

£ïiiA,Fis.  On  appeiloit  ainfi  un  manteau  fait 
d’une  peau  de  cerf.  Paufanias  dit  qu’on  en  voyoit 
un  pareil  .fiir  une  ftatue  d’Apollon  à Delphes. 
Ulyffe  en  eft  couvert  fur  un  vafe  de  terre  cuite 
du  célèbre  Mengs , publié  par  Wincfcelmann  au 
iî°.  1 59  de  fes  monumenti. 

EUMEDON , fils  de  Bacchus  & d’Ariane  , 
fut  un  des  Argonautes. 


E U M 

EUMEE,  ce  fidèle  ferviteur  d’Ulyfîe,  dont 
il  eft  tant  parlé  dans  l’odylfée , étoit  fils  du  roi 
de  l’ifle  de  Syros  , dans  la  mer  Egée , à quelques 
journées  de  Délos.  Ayant  été  enlevé  dans  fon  en- 
fance par  des  pirates  de  Phénicie  , il  fut  porté 
à Ithaque  , & vendu  comme  efclave  à Laerte  , 
père  d’UlylTe,  qui,  après  l’avoir  fait  élever  dans 
fon  palais  , le  deftina  à la  garde  de  fes  troupeaux. 
Ce  fut  chez  Eumée  qu’UIyfle  alla  defcendre  , lorf- 
qu’il  revint  à Ithaque,  après  vingt  ans  d’abfence , 
& ce  fut  avec  le  fecours  de  ce  ferviteur  fidèle, 
qu’il  vint  à bout  d’exterminer  tous  les  amans  de 
Pénélope.  Toye^  Ulysse. 

Eumée  paroît  fur  un  bas-relief,  publié  par  Wir>c- 
kelmann  ( n°.  i6j  des  monumenti  ) , où  Ulyffe  eft 
reconnu  par  fa  nourrice. 

EUMÉLUS  , fils  d’Admète  & d’Alcefte  , qui 
commandoiî  les  troupes  de  Phéres  au  liège  de 
Troye  , avoit,  dit  Homère  ,.ks  deux  plus  belles 
cavales  de  toute  l’armée  ; elles  étoient  vîtes  comme 
des  oifeaux.  Apollon  lui-même  avoit  pris  foin  de 
les  nourrir  fur  les  montagnes  de  Pièric. 

EUMENÉS , ou  le  héros  pacifique  , étoit  ho- 
noré comme  un  dieu  par  les  habitans  de  Chio. 
Ckft  le  même  que  Drimaqae,  dont  nous  avons 
raconté  l’hiftoire.  Fby.  Drimaque 

EUMENIA , en  Phrygie.  eïaîenecn. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font: 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Eumenia  , dans  la  Lydie,  eymenesh 

AXAIfîN. 

Cette  ville  a fait  frapper , fous  l’autorité  de 
fon  pontife , des  médailles  impériales  grecques  en 
l’honneur  de  Marc-Autèle  , de  Philippe  père  „ 
d'Otacile,  d’Hadrien. 

EUMÉNIDÉES,  fêtes  qu'^Dn  céîébrcît  à 
Athènes , en  l’honneur  des  furies  furnommées 
Euménidées.  On  y immoloit  des  brebis  pleines  ; 
on  y offroit  des  gâteaux  pétris  par  des  jeunes  gens 
de  la  première  naiffance,  du  mielbe  du  vin.  Les 
ciicye.ns  feuls,  & ceux  là  feuls  qui  jeuiflbient 
d’une  bonne  réputation , pouvoient  aflifter  auX- 
facrifices  des  Euménidées. 

EUMENUTHIS.  Toye^  Mekuthis. 

EUMOLFEj  fils  d’Or[.hée , félon  les  uns, 
ou  du  poète  Mufe'e,  félon  d’autres  , étoit  égyp- 
tien d’origine.  Il  fut  une  des  quatre  perfonnes 
que  Cérès  établit  pour  préfider  à fes  mj  ftères. 


E O N 

Voulant  enlever  le  rorsume  d'Athènes  à Erecthée , 
il  lui  fit  la  guerre.  Les  deux  chefs  furent  rués  dans 
Je  combat.  Les,  Athéniens  adjugèrent  la  royauté 
à la  famille  d'Ereéthée  ^ & à celle  à’ Eumolve  , 
la  dignité  d'hiérophante^  ou  de  grand-prêtre  des 
myftères  d'Éleufis.  On  dit  qu'il  apprit  la  mufique 
à Hercule.  Koyei  Boédromies. 

Il  y eut  un  autre  Eumolpe , roi  de  Thrace, 
qui  combattit  contre  les  athéniens  en  faveur  des 
cicufiens.  Son  fils  perdit  la  vie  dans  ce  combat. 

EUMOLPIDES  J premiers  miniftres  des  myftè- 
res de  Gérés  : ce  facerdoce  dura  douze  cens  ans 
dans  leur  famille.  Ils  tiroient  leur  nom  d'Ea- 
molpe  , roi  de  Thrace  j ou  de  VEumolpe  , dont  il 
eft  parlé  dans  l'article  précédent. 

EUMOLUSj  fils  d'Atrée,  & fes  deux  frères  ^ 
Aléon  & Mélampus  , font  appelles  par  Cicéron  , 
Diofcures.  Voyep^^  DiOSCURES. 

EUNÉE , fils  de  Jafon  & d’Hypfiphüe  ^ dut 
fa  nailTance  au  voyage  que  Jafon  fit  à LemnoSj 
GÙ  il  devint  amoureux  de  la  fille  de  Thoas  , roi 
de  Thrace.  Eunée  régna  fur  l'ifle  de  LemnoS;, 
après  fon  grand  - père  , & envoya  des  chevaux 
chargés  de  vins  en  préfent  aux  atrides  ( Iliad. 
VII.  ) pendant  le  fiègede  Troye.  Voye:^  Hyp- 

StPHILE. 

ÉONICE  , nymphe  de  la  mer.  Eunîce.  Kéfiode, 
dans  fa  théogonie , vers  Z47  , dit  (yaEunice  aux 
bras  vermeils  ( c'eft  l’épithète  qu'il  fui  donne  ) ^ 
fcS'à'Tiri^as , étoit  fille  de  Nérée  & de  Doride  , ou 
Doris, 

Eonice  eft  encore  une  nymphe  du  fleuve  M- 
canius  ^ qui  eft  aujourd'hui  l'Acfu  dans  l’Afie  mi- 
neure. Eunice , Eunica.  Celle-ci,  au  rapport  de 
Théocrite  , idylle  treizième  , aidée  de  deux  autres 
nymphes,  ravit  Hylas , favori  d'EIercule,  qui 
îavoit  envoyé  puifer  de  l'eau  au  fleuve  Afca- 
nius.  Ce  qui  a donné  occafion  à cetre  fable, 
e’eft  qu'Hercule  , en  allant  à l'expédition  de  la 
toifon  d'or  , ayant  rompu  fa  raine  , mit  pied  à terre 
fur  les  côtes  d’Afîe , aux  environs  du  fleuve  Af- 
canius , pour  en  couper  une  autre  dans  les  bois. 
Preffé  de  la  foif  & de  la  chaleur,  il  envoya  Hylas 
puifer  de  l'eau  à la  rivière  voifine  , dans  laquelle 
le  jeune  homme  tomba  & fe  noya  ; ■ ou , comme 
le  raconte  Théocrite  , les  argonautes  s'éta;.t  ar- 
rêtés dans  la  Propontide  , fur  la  côte  d'Afie , au 
port  deCyane,  & s'étant  affis  dans  des  prairies 
fort  agréables,  pour  y faire  un  repas  , Hylas  prit 
an  vafe  d'airain , &:  alla  puifer,  de  l'eau  pour  Her- 
cule & pour  i élamon  ; mais  le  poids  du  vafe 
l'emporta  & il  fe  noya. 

Au  refie,  il  ne  faut  point  confondre.ces  nym- 
phes i car  fans  parler  du  scfte  » leurs  noms  tous 


E U N Çc; 

femblabies  en  notre  langue , font  fort  différensea 
grec  ; la  première  s'appelle  qui  eft  compoi'é 

de  SB  bien  , & de  Vuccs , querelle , difpure,  diffé- 
rend , débat,  de  forte  que  ce  nom  fignifie  que- 
relleufe,  opiniâtre  j & en  fe  fervantd'un  mot  po- 
pulaire qui  l'exprime  fort  bien  , kargneufe.  La  fé- 
condé fe  nomme  e’uj/x?  , ou  , comme  parle  Théc- 
crite  dans  fon_  dialedte  dorique  mot 

compofé  de  s»  , bien , & de  , ou  v/k»  , 
victoire, 

EUNOMIE,,  fille  de  Jupiter  6e  de  l’Equité , 
ou  Thémis.  C'étoit  une  des  faifons.  V.  Heures. 

EüNOjfiE , fille  de  l'Océan  , fut  aimée  de 
Jupiter,  8e  devint  mère  des  Grâces.  C'eft  la 
même  qu'Eurynome.  Voyei^  ce  mot. 

EUNOMUS  , muficien  de  Locris  , étant  allé 
à Delphes  avec  Arifton  , muficien  de  Régium  > 
pour  difputer  le  prix  de  leur  art,  il  arriva  en 
chemin  qu'une  corde  de  la  lyre  aEunomus  sé- 
tant  calTée  , on  vit  dans  l'inttant  voler  une  cigale  , 
qui  fe  pofa  fur  fa  lyre.  Elle  fuppléa  fi  bien  au 
défaut  de  la  corde  pat  fon  chant,  cyiEunomus 
remporta  la  viâoire.  On  ajoute  que , quoique 
les  deux  villes  de  Locris  & de  Régium  ne  fuflent 
féparées  que  par  le  fleuve  Alex , les  cigales  chan- 
toient  du  côté  de  Locris  , & reftoient  muettes  du 
côté  de  Régium.  Strabon,  qui  raconte  cette  fable  , 
en  rend  une  raifon  plaufible;  c'eft  , dit-il,  parce 
que  Régium  eft  un  pays  couvert  & humide,  ce 
qui  rend  l’infecle  engourdi , pendant  que  du  coté 
de  Locris  le  terrein  eft  fec  & à découvert.  Les 
habitans  de  Locris  , pour  faire  croire  l'aventure  , 
élevèrent  une  lîatue  à Eunomus  , avec  une  cigale 
fur  fa  lyre. 

EÜNOSTUS,  divinité  des  habitans  de  Ta- 
nagra  , dans  l'Achaïe,  fur  le  fleuve  Afopus.  L'en- 
trée de  fon  temple  étoit  fi  expreffément  défendue 
aux  femmes  , que  quand  il  arrivoit  quelque  malheur 
à la  ville  , on  en  attribuoît  toujours  la  caufe  à la 
viciation  de  cette  loi.  On  faifoit  alors  des  re- 
cherches très-exades  , pour  découvrir  's'il  ne  fe- 
roit  point  entré  dans  le  temple  quelque  femme  , 
ou  exprès,  ou  même  par  mégarde  & par  dif- 
tradion  j & en  ce  cas  , elle  étoit  punie  de  mort 
irrémifllblement. 

Ce  dieu  fe  nommok  auffi  Nofius.  Héfychius 
dorme  ce  nom  à une  ftatue  que  l’on  plaçoit  dans 
les  moulins  , & que  l’on  croyoit  veiller  fur  la  me- 
fure  de  farine  appellée  No'poî  , nofius , d'où  ve- 
noit  le  nom  de  la  divinité. 

EUNUQUES.  Pour  entendre  les  paffages  des 
anciens  écrivains , relatifs  aux  eunuques  , il  en 
faut  diftinguer  deux  efpèces  ; les  uns  que  la  jaloufie 
exceflive  des  époux  priyoît  de  toutes  les  parties 


6o6  E U N 


EU  N 


extérieures  de  h génération  ; les  autres  j que  la 
lubricité  des  femmes  rendoitj  par  l'amputation 
des  tefôcules  feuis^,  incapables. d'êcre  pères,  laaîs 
Bon  de  fervir  à leurs  plaiiirs  déréglés. 

Sémiramis , fi  Ton  en  croit  le  poète  Claudien 
& Ammieii-Marce  îin  ( 14.  6.  ),  fit,  ia  première 
de  l'univers , exécuter  cette  cruelle  opération. 
(^Claiidian.  in.  Eiurop.  i.  339-  ) 

Seu  prima,  Semiramis_  afin 
Affyr'is  mentit  a vîrum,  ne  voeis  acuta; 

Mollities  , levefve  gente  fe  prodêrepojfent, 

Hos  jibi  conjunxit  Jlmiles  : fmperjlca  ferra 
Luxuries  vernit  nafci  lanuginis  umbram, 
Servatoque  diu  puerili  fi.ore  coegit 
Arte  retardatam  veneri  fervare  juventam. 

Les  orientaux,  exceffivement  jaloux , firent  tou- 
jours un  grand  cas  des  eunuques.  Les  princes  non 
contens  de  leur  confier  la  garde  de  leurs  époufes, 
les  chargèrent  de  celle  de  leurs  petfonnes,  ils  en 
firent  leurs  chambellans.  Tels  furent  les  reisper- 
fes , détrônés  par  Alexandre  5 tels  furent  depuis 
îes  iuccefleurs  de  Confiantin.  On  vit  alors  les 
eunuques  jouir  de  la  plus  grande  faveur , comman- 
der les  armées,  ainli  que  Narfés,  devenir  même 
coafuls , ainfi  qu'eutrcpe,  fous  Tempereur  Arcade. 

Les  grecs  eurent  long-temps  en  horreur  les 
eunuques.  Le  poète  Phocylide  ( n«jé«  vahr^vers 
17).)  défend  de  pratiquer  cette  barbare  opéra- 
tion. Phdoftrate  ( Apoll.  Tkyan.  I.  cap.  ai.  ) 
attelle  la  haine  des  grecs,  & la  paflion  des  orien- 
taux pour  les  eunuques-  Cependant  ils  s'introdui- 
Crent  dans  la  Grèce  & dans  l'Italie  fous  les  em-  : 
pereurs  , & ils  y firent  partie  du  luxe  & de  Fat-  1 
tinail  voluptueux  des  femmes  riches. 


Et  ûUOd  ChoT^ivO  ÎIOTI  c(l 
j^Tgofpectatos  , <zc  jujjbs  crefcerepnmum 
Tepcuîos,  pojlquam  cceperunt  eje  hilibres , 
Tonforis  damno  tantàm  tapit  Heliodorus. 

Andramitus , roi  de  Lydie , dégrada  encore 
plus  i'e;pece  humaine  j il  rendit  des  xèmmes  eu.- 
, nuques  pour  garder  fes  concubines  5 8c  leur  fit 
arracher  à ce  Gciieii;  ie  viicère  qui  peut  feul 
nourrir  & conferver  Feniant  jufqu'a  la  nailiance. 

Ce  ne  fut  pas  toujours  avec  l’acier  que  les 
romains  ouiragcrcnt  ia  nature.  Ils  cherchèrent 
à lufpendie  dans  leurs  jeunes  favoris  les  mar- 
ques de  ia  vu-dité,  en  leur  Cifant  boire  des  dé- 
coctions de  certaines  plantes,  & enicurliottant 
ie  menton  & les  parties  fexueiics  avec  ie  fuc  des 
racines  de  jacinthe , iniufécs  dans  le  vin  doux. 
( F lin.  lib,  XAi.  cap, 

C etoit  un  mauvais  augure  que  de  rencontrer 
un  eunuque  en  fortant  de  fa  maiion  -,  §c  dès  qu'oQ 
, Fa  voit  apperçu,  on  retournoic  fur  Tes  pas. 

1 Claudien  le  dit  dans  fes  vers  : 

Cùm  pallida  nudis 

i OJp-bus  horrorem  dominis  prashtret  imago, 

Decolor  & macies  occurfu  Icederet  omnes, 

I Aut  pueris  latura  me  tus  , aut  teedia  menjîs, 

’ Aut  crimenfamuîîs , aut  procedentihus  omen. 

Des  eunuques  jouoient  ordinairement  fur  leî 
théâtres  des  romains  les  rôles  de  femmes. 

Les  grecs  de  FAfîe  mineure  confacroient  les 
jeunes  ecreaçncj  au  fer  vice  de  Cy  bêle  & de  Diane 
d’Ephèfe.  ( Strah.  lib.  XIV.  ) 


l's  veiiloient  auprès  de  leurs  lits , les  pei- 
gnoient,  leur  préfentoient  Feaii  pour  fe  laver, 
les  accompagnoient  dans  les  promenades,  chargés 
d'éventails  & de  parafols.  Claudien  voulant  hu- 
milier Y eunuque  euîrope  , parvenu  au  confulat , 
lui  reproche  les  fonihons  aviliflanres  auxquelles 
il  avoir  été  condamné  autrefois  à caufe  de  fon 
infirmité  ( XVTII.  412.  ); 


Militîa  eurjicti  nunquam  prægrefa  cubile, 

&Î'  1C5 Canfulque  futunts 

TeSebaî  domina  crmes  , Sr  feepe  Iqvarat 
Nudus  in  argenta  lympkam  gejîcibat  alumnee. 

Les  dames  romaines  , fi  l'on  en  croît  JuvemI , 
leur  faifoient  fouvent  partager  leur  couche.  ( Sat. 
} 

Sunî  quos  eutiuchi  îmheîles  j cc  TTioUia  Jemp£r 
OfcüU  dekclmt  J & defperapio  parb<^  ; 


Quelques  figures  de  prêtres  de  Cybèle,  peu 
remarquées  jufqu'à  préfent,  attellent  que  les  an- 
ciens artiftes  indiquoient  la  taille  des  eunuques 
par  des  hanches  de  femme.  Dans  une  ftacue  de 
grandeur  naturelle,  qui  a pafTé  en  Angleterre, 
cette  ampleur  des  hanches  elt  fênfible,  même 
fous  la  drapere.  Elle  repréfente  un  jeune  garçon 
d environ  douze  ans  : la  tunique  courre  & le 
bonnet  phrygien  ont  fait  croire  que  cette  figure 
repréfentoit  un  jeune  Paris , &c  pour  ia  mieux 
caraéténfer,  on  lui  a mis  une  pomme  dans  ia 
main  droite.  Un  flambeau  renverfé  3c  appuyé 
contre  un  arbre  au  pied  de  la  figure , flambeau 
du  nombre  de  ceux  qui  étoient  en  ufage  dans 
les  lacrifices  & dans  les  cérérnonies  religieufes, 
parcît  en  indiquer  la  vraie  fignification.  A un 
autre  prêtre  de  Cybèle  fur  un  bas-relief,  on  voit 
des  hanches  fi  nourries  de  chair  , que  pour  cela 
ce  prêtre  a été  jugé  une  figure  de  femme  par 
ie  plus  habùe  ilatuaire  de  Rome.  Mais  le  fouet 
dans  fa  main  j & fa  pofition  d«yant  un  trépied. 


E V O 


E V O 


5o7 


dcvoilerit  un  prê:re  de  C^'bèle  ; on  fait  que  ces 
eunuqu.es  écoknî  dans  rufage  de  le  flageller. 

ÉVOCATiCN^  cpc.acion  reiigieuie  pour  ap- 
pelisr  les  dieux  ou  les  n.ttnes  des  morts,  il  y avoir 
trois  fortes  a évoeutiens  ; la  première  écoir  celle 
qui  étoïc  employée  pour  évoquer  les  dieux  , qua.nd 
on  croyoit  avoir  befoiii  de  leur  préience  fpecia'e 
dans  un  lieu  ^ (parce  que  c'étoit  Topiraon  des 
anciens , que  les  dieux  ne  pouvoient  pas  exifler 
pat-rout  en  mèirie-te.mps-  Ün  avoic  compoi'é  des 
nymnes  propres  à cette  opération  ; tels  font  la 
pîupair  ce  ceux  qu'on  attribue  à Orphée  ^ ceux 
du  poète  f rociüs  ; ces  hymnes  contenoient  la  priere 
par  laquelle  on  s’efForçoit  d'attirer  les  dieux  ^ &c 
de  les  faire  venir  dans  les  lieux  où  leur  préfence 
étoit  nécelTaire  j lorfque  le  danger  pour  lequel 
en  les  avoit  évoqués  écoir  paffé  , on  leur  permet- 
toit  de  s'enaller ailleurs.  11  y avoic  aulil  des  hymnes 
pour  célébrer  leur  départ.  Les  etrufques  évoquoient 
la  foudre  , dit  Pline  ^ quand  iis  croyoient  pou- 
voir fe  défaire  de  quelque  monftre  ou  de  quel- 
qu'ennemi.  A leur  imitation  ^ le  roi  Numa  '{évoqua 
l’ouver.t  ; mais  Tuilus  Holtiüusj  continue-t-iî  ^ 
Payant  évoqué  fans  fe  fervir  des  rits  néceffaires , 
fut  lui- même  frappé  de  la  foudre  & en  mourut. 

Évocation  des  dieux  tutélaires  Les  romainsj 
eutr'autres  peuples  ^ ne  manquèrent  pas  de  pra- 
tiquer cette  opération  religieafe  & pclitiquej 
avant  la  pnfe  des  villes  ^ & lorfqu'ils  les  voyoie.nt 
réduites  à l'extrémité , ne  croyant  pas  qu'ii  fut 
poliible  de  s'en  rendre  les  maîtres  ^ tant  que  leurs 
dieux  tutélaires  leur  feroient  favorables , 8c  re- 
gardant comme  une  impiété  dangereufe  de  les 
prendre,  pour  ainfi  dire,  prifonniers,  en  s'em- 
parant de  leurs  temples,  & de  leurs  Itatues,  & 
des  lieux  qui  leur  qtoient  confacrés.  Ils  évoquaient 
les  dieux  de  leurs  ennemis , c'eft-à-dire  , qu'ils 
les  invitoient , par  une  formule  religieufe  , à venir 
s'établir  à Rome , où  ils  trouveroient  de^  fervi- 
teurs  plus  empreflés  à leur  rendre  les  honneurs 
qui  leur  étoient  dûs- 

Tite-Live,  livre  V.  décad.  j.  rapporte  {évoca- 
tion que  fit  Camille  des  dieux  véïnes,  en  ces  mots  : 
« C'eft  fous  votre  conduite , ô Apollon  Pythien  , 
^ & par  l'inftigation  de  votre  divinité,  que  je 
==  vais  détruire  la  ville  de  Veïes;  je  vous  offre 
” la  dixième  partie  du  butin  que  j'y  ferai  ; je 
■»  vous  ofee  aufîi , Junon,  qui  demeurez  pré- 
” fentement  à Veïes,  de  nous  fuivre  dans  notre 
« ville , où  l'on  vous  bâtira  un  temple  digne  de 
“ vous  =3. 

Mais  le  nom  facré  des  divinités  tutélaires  de 
chaque  ville,  étoit  prefque  toujours  inconnu  ati 
peuple,  & .révélé  feulement  aux  prêtres,  qui  , 
pour  éviter  ces  évocations  , en  faifoie.Uî  un  grand 
myftère  , & ne  les  proféroient  qu'en  fecret  dans 
les  prières  foiemnelles , aùffi  ne  les  évoquoit-ou 


cifen  terres  généraux , Sa  avec  ademarve  de 
l'un  ou  l'autre  fexe,  ce  peur  de  as  üi»..'.cr  •_  .r: 
un  titre  peii  convenable. 

Macrobe  nous  a confervé  ( csaturn.  ho.  III. 
c.  jx.  la  craiide  formule  de  ces  évocations  , tirée 
duiivre  aesekofes  fecr'etes  deSammonîcus-Sersnus, 
qui  prétendoit  l'avoir  prife  dans  un  aureur  pius 
ancien.  Elle  avoic  été  faite  pour  Cartilage  j 
mais  en  changeant  le  nom , elle  peut  avoir  fervi 
dans  la  fuite  à piufieurs  autres  villes  , tant  de 
l'Italie  que  de  la  Grèce  & des  Gaules  , de^  1 Ef- 
pagne  & de  l'Afrique  , dont  les  romains  ont  évoque 
les  dieux  avant  de  faire  la  conquête  de  ces  pays  ià. 
Voici  cette  formule  curisufe. 


« Dieu  ou  déeffe  tutélaire  du  peuple  & de  la 
M ville  de  Carthage,  divinités  qui  les  avez  pris 
fous  votre  proteétion  , je  vous  fupplie , avec  une 
» vénération  profonde,  & vous  demande  la  faveur 
de  vouloir  bien  abandonner  ce  peuple  & cette 
î'  cité,  dequitter  leurslieux  faints,  leurs  temples, 
” leurs  cérémonies  facrées  , leurs  villes  ; de 
==  vous  éloigner  d'eux  ; de  répandre  l'épouvante  , 
la  confuflon  , la  négligence  parmi  ce  peuple  & 
« dans  cette  ville  -,  8c  puifqu'ils  vous  tra.niiient  , 
» de  vous  rendre  à Rome  auprès  de  nous  5 d’ai- 
« mer  & d'avoir  pour  agréables  nos  lieux  faints  , 
=:>  nos  temples , nos  facrés  myftères , & de  me 
" donner  à moi,  au  peuple  romain  , & à mes 
M foldats  , des  marques  évidentes  8c  fenfibles  de 
« votre  proteélion.  Si  vous  m'accordez  cette 
» grâce , je  fais  vœu  de  vous  bâtir  des  temples  , 
« 8e  de  célébrer  des  jeux  en  votre  honneur  «. 

Après  cette  évocation  , ils  ne  doutoient  point 
de  la  perte  de  leurs  ennemis , perfuadés  que  les 
dieux  qui  les  avoient  foutenus  jafqu'aijors  , aiioient 
les  abandonner , 8c  transférer  leur  empire  ailleurs. 
C'eif  ainfi  que  Virgile  parle  de  la  défercion  des 
dieux  tutélaires  de  'Iroye , lors  de  fon  embrâfe- 
ment. 

Exiàjsêre  omn.es  , adytis , arifque  retiSis  , 

Di  quihus  imperium  hoc  feeterat 

{ Æne'id.  lib.  II.  } 

Cette  opinion  des  grecs , des  romains  , & ds 
quelques  autres  peuples  , paroit  encore  conformé 
à ce*que  rapporte  jofeph  , ïiv.  VI,  àe. La  guerre 
des  juifs , ch.  XXX.,  que  l'on  entendit  dans  le 
temple  de  Jérufalem,  avant  fa  défi  rudion , un 
grand  bruit,  & une  voix  qui  difoit  fartons  d’ici, 
ce  eue  l'on,  prît  pour  la  retraite  des  anges  qui 
gardoient  ce  faint  fieu  , & comme  un  préfage  de 
fa  ruine  prochaine  ; car  les  juifs  reconnoiffoient 
.des  anges  protséieurs  de  leurs  temples  & de  leurs 
villes. 

Voici  un  trait  blfarre  rapporté  par  Quinte- 
Curce,  liv.  IV,  & relatif  aux  évocations.  Les  ty- 
rie.ns , dit-il , vivsfflent  prelfés  par  Alexandre  ,qui 


^oS  E V O 


È V O 


ks  aflîégeok  j s’avisèrent  d’un  moyen  affez  bi- 
farre  pour  empêcher  Apollon  ^ auquel  ils  avoient 
une  dévotion  particulière  , de  les  abandonner.  Un 
de  leurs  citoyens  ayant  déclaré  en  pleine  aflfem- 
falée  qu’il  avoir  vu  en  fonge  ce  dieu  qui  fe  retiroit 
de  leur  ville  , ils  lièrent  fa  llatue  avec  une  chaîne 
d’or  J qu’ils  arrachèrent  à l’autel  d’Hercule  , leur 
dieu  tutélaire  ^ afin  qu’il  retînt  Apollon. 
les  mémoires  de  F acad.  des  inferip.  tom,  V.  {^article 
xiu  chevalier  de  Jaucourt  }. 

Evocation  des  mânes.  C’étoit  la  plus  an- 
cienne , la  plus  folemnelle  des  évocations  , & en 
même-temps  celle  qui  fut  le  plus  fouvent  prati- 
quée. 

Cette  pratique  pafla  de  l’Orient  dans  la  Grèce  ^ 
ou  on  la  voit  établie  du  temps  d’Homère.  Loin 
que  les  payens  aient  regardé  1 évocation  des  ombres 
comme  odieufe  & criminelle  j elle  étoit  exercée 
par  les  miniftres  des  chofes  faintes.  Il  y avoir 
des  temples  confacrés  aux  mânes,  où  on  alloit 
confulter  les  morts  : il  y en  avoir  qui  étoient 
deftinés  pour  la  cérémonie  de  Y évocation.  Paufa- 
nias  alla  lui-même  à Héraclée , enfuite  à Phyga- 
lia,  pour  évoquer  dans  un  de  ces  temples  une 
ombre  , dont  il  étoit  perfécuté.  Périandre , tyran 
de  Corinthe,  fc rendit  dans  un  pareil  temple,  qui 
étoit  chez  les  thefprotes,  pour  confulter  les  mânes 
de  MéliflTe. 


Les  voyages  que  les  poètes  font  faire  à leurs 
héros  dans  les  enfers  , n’ont  peut-être  d’autre 
fondement  que  les  évocations  , auxquelles  eurent 
autrefois  recours  de  grands  hommes  , pour  s’é- 
claircir de  leur.deftinée.  Par  exemple,  lefameux 
voyage  d UiyflTe  au  pays  des  cymmériens , où  il 
alla  peur  confulter  l’ombre  de  Tyréfias  j ce  fa- 
yoyags  , d:s-}e  , qu’Homère  a décrit  dans 
1 odylfee  , a^  tout  l’air  d’une  femblable  évocation. 
Enfin  Orphée  , qui  avoir  été  dans  la  Thefprotie 
pour  évoquer  le  phantôme  de  fa  femme  Euridice  , 
nous  en  parle  comme  d’un  voyage  d’enfér  , & 
prend  de-la  occafion  de  nous  débiter  tous  les 
dogmes  de  la  théologie  payenne  fur  cet  article  j 
exemple  que  les  autres  poètes  ont  fuivi. 

Mais  il  faut  remarquer  ici  que  cette  manière 
de  parler,  évoquer  une  ame  ^ n’eft  pas  exadej 
car  ce  que  les  prêtres  des  temples  des  mânes  , 
& enfuite  les  magiciens  évoquaient , n’étoit  ni 
le  corps  , ni  1 ame  , mais  quelque,chofe  qui  tenoi  ' 
le  milieu  entre  le  corps  & i’âme  , que  les  grecs 
appelloient  ùtaMo , les  \zt\n%fimulacrum , imago  , 
timbra  tenais.  Quand  Patrocle  prie  Achille  de  le 
taire  enterrer  , c’eft  afin  que  les  images  légères 
des  morts,  ne  l’empêchent  pas  de  paffer  le  fleuve 
fatal. 


Ce  n étoit  ni  l'ame  , ni  le  corps  qui  defeen- 
doit  dans  les  champs  élyfées,  mais  ces  idoles. 
UiyflTe  voit  1 omore  d’Hçrcule  dansces  demeures 


fortanees,  pendant  que  ce  héros  eft  lui-même 
avec  les  dieux  immortels  dans  les  cieux , où  il  » 
Hebe  pour  époufe.  C’étoient  donc  ces  ombres 
ces  fpeâres  ou  ces  mânes , comme  on  voudra 
les  appeller , qui  étoient  évoqués. 

Savoir  maintenant  fi  ces  ombres , ces  fpeélres 
ou  ces  mânes  ainfi  évoqués  apparoilToient , ou  fi 
les  gens  trop  crédules  fe  laifîbîent  tromper  par 
l’artifice  des  prêtres,  qui  avoient  en  main  des 
fourbes,  pour  les  fervir  dans  i’occafionj  c’eft  ce 
qu’il  n’eft  pas  difficile  de  décider. 

Ces  évocations  , fi  communes  dans  le  paganifme 
fe  pratiquoient  à deux  fins  principales  , ou  pour 
confoler  les  parens  & les  amis,  en  leur  faifant 
apparoître  les  ombres  de  ceux  qu’ils  regrettoient , 
ou  pour  leur  fahe  connoître  l’avenir.  Enfuite  pa- 
rurent fur  la  fcène  les  magiciens , qui  fe  vantèrent 
auffi  de  tirer , par  leurs  enchantemens,  ces  âmes, 
ces  fpeélres,  ou  cesphantômes  , de  leurs  demeures 
fombres. 

Ces  derniers  , miniftres  d’un  art  frivole  & fu- 
nefte  , vinrent  bientôt  à employer  dans  leurs  évo- 
cations les  pratiques  les  plus  folies  & les  plus 
abominables;  ils  alloient  ordinairement  fur  le  tom- 
beau de  ceux  dont  ils  vouloient  les  mânes , 

ou  plutôt , _ félon  Suidas  , ils  s’y  laiflToient  conduire 
par  un  bélier,  qu’ils  tenoient  par  les  cornes,  & 
qui  ne  manquoit  pas  , dit  cet  auteur  , de  fe  prof- 
terner  dès  qu’il  y étoit  arrivé.  On  faifoitlà  plufieurs 
cérémonies  , que  Lucain  nous  a décrites  en  parlant 
de  la  fameufe^  magicienne  , nommée  Hermonide 
on  fait  ce  qu’il  en  dit  î 

Pour  des  charmes  pareils  elle  garde  en  tous  lieux 
Tout  ce  que  la  nature  enfante  cF odieux, 
plie  mêle  à dufang  qu’elle  puife  en  fes  veines  , 
les  entrailles  d’un  lynx,  &c. 


Dans  les  évocations  de  cette  efpèce  , on  ornoît 
les  autels  de  bandelettes  noires  & de  branches 
de  cyprès  ; on  y facrifioit  des  brebis  noires  j & 
comrne  cet  art  fatal  s’exerçoit  la  nuit,  on  im- 
moloit  un  coq , dont  le  chant  annonce  la  lumière 
du  jour  , fi  contraire  aux  enchantemens.  On  finif- 
foit  ce  lugubre  appareil  par  des  vers  magiques  & 
par  des  prières^,  qu’on  récitoit  avec  beaucoup  de 
contorfions.  C’eft  ainfi  qu’on  vint  à bout  de  per- 
fuader  au  vulgaire  ignorant  & ftupide , que  cette 
magie  avoit  un  pouvoir  abfolu,  non-feulement 
fur  les  hommes,  mais  fur  les  dieux  même,  fut 
les  afires,  fur  le  foleil , fur  la  lune,  en  un  mot, 
fur  toute  la  nature.  ( Article  du  chevalier  de 
Jaucourt  ). 


} 


Le  nom  èéevocatus  étoit  nou* 


ÉVOCATS. 

AVOCATI. 

veau  fous^  les  ernpereurs  ; la  chofe  ne  l’étoit  point. 
Ceux  qu’on  nomma  ainfi  , étoient  les  mêmes 

qu’on 


E U P 

qu'on  appelîoit  auparavant  •volorves  vivcluntanl , 
voiontài;esj  rom.  LIV.  i.  V.  c.  VII.  exempts 
de  fervir , à raifon  de  leur  âge  , ou  parce  que 
* leur  temps  étoit  fini,  ils  continaoient  cependant 
de  fervir.  Augufte  les  Invita  à reprendre  le  l'ervlce, 
en  leur  promettant  une  plus  ample  récorr.penfe. 
Saumaife  croit  que  c'etoient  les  mêmes  que  Ton 
zppelloit  -princes , & qu'on  nomma  enfuice  ordi- 
naires, parce  qu’iis  faifoient  Tavant-garde  , ou  la 
première  ligne  de  l’armée  , & qu’ils  conduifoient 
les  autres  corps  j alios  or  Unes. 

I!  y eut  plus  d’une  forte  de  ces  evocati  ou 
exempts , comme  il  a plu  à Tillemont  de  les  ap- 
peîier.  Galba  donna  ce  nom  à de  jeunes  cheva- 
liers romains  J qu’il  choifit  pour  faire,  à la  place 
des  foijats  , la  garde  autour  de  fa  chambre  i il 
leur  conferva  le  droit  de  porter  l’anneau  d’or  , 
c'efl-à-dire,  qu’il  voulut  que  cette  fonélion  ne 
les  dégradât  point.  On  trouve  fouvent  dans  les 
infcnptions  anciennes  E V o c.  A u Gr  evocati 
augufii,  que  Cafaubon  croit  être  les  mêmes  que 
ceux  qui  furent  inftitués  par  Galba. 

ÉVOHÉ,  cri  d’acclamation  que  faifoient  les 
bacchantes  aux  fêtes  de  Bacclius.  Evohé , Baccke. 

EUPATOR , roi  de  Bofphore.  easia.  ethat- 

oroc. 

Ses  médailles  font  : 

R.  en  or. 

RRR,  en  bronze. 

O.  en  argent. 

EUPATRIA  , dans  la  Lydie. 

Goltzius  feu!  a attribué  des  médailles  impé- 
riales grecques  à cette  ville. 

EüPI  V ME  , nourrice  des  mufes,  & mère 
de  Crocus  , qui  , félon  quelques-uns,  devint  dans 
la  fuite  le  %ne  du  Sagittaire^ 

EUPHÉMUS  , fils  de  Neptune  & de  Macio- 
nifle , fut  un  des  argonautes.  C’eit  lui  qui  prit 
le  gouvernail  du  navire  après  la  mort  du  pilote 
Tiphis. 

EUPHOLME»  Héfychius  donne  ce  nom  à la 
partie  des  flûtes,  qui  étoit  au-defibus  de  la  glotte, 
& à la  glotte  même. 

EUPHORBE,  fils  de  Penthée,  ou  Panthis , 
étoit  un  des  principaux  chefs  des  troyens.  C’efl 
lui  qui  blefla  Patrocie  par  derrièr»  : il  fut  tué 
enfuite  par  Ménélas.  Pythagore  , fuivant  fon 
fyifémedela  Métempfycofe,  précendoit  que  l’ame 
A’ Euphorbe  étoit  pafiee  dans  fon  propre  corps; 
ou , ce  qui  eft  la  même  chofe , il  fe  fouvenoit 

Antiquités  , Tome  II, 


EUR 

û’avoîf  été  Euphorbe.  Voici  la  preuve  qu’il  en 
= appcrtoic;  c’efl  que  voyant  à Argos  le  bouciier 
ài  cet  Euphorbe  , l'-icnéhs  y avoir  fufpen du 
dans  le  temple  de  Junon , li  s’étoit , difo.t  il  , 
fouvenu  de  l’avoir  déjà  vu,  quoique  ce  fût  la 
première  fois  qu’il  fut  venu  à Argos  , Sc  que 
ce  boucher  n’en  fût  pas  fort:.  L’ame  A’ Euphorbe 
n’étoic  pas  venue  immédiatement  dans  le  corps 
du  philofophe  ; elle  avoir  eu  bien  d’autres  tranf- 
migrations,  felen  fon  opinion.  ( Ovia.  Met.  15'. 
léo.  ) 

EUPHORîON , fils  d’Achille  & d’EIéiène. 
Voye^  Achille. 

ÉUPHRADE , génie  ou  divinité  qui  préfidoit 
aux  feftins  ; on  mettoit  fa  ftatue  fur  les  tables, 
lorfqu’on  vouloir  fe  livrer  à la  joie  2c  aux  piaifirs 
de  la  table-  {Héfychius.  ) Son.  nom  exprimoitfes 
fonétions  j ivtp^alyofiai  ^ je  -me  réjouis.. 

EUPHRONE,  déefîe  de  la  nuit. 

Comme  ce  nom  figisfie  bon  confeil , on  l’a 
donné  à la  nuit , parce  que  la  nuit  rend  fage, 
fait  penfer  mûrement  aux  chofcs  , fuivant  le  pro- 
verbe J que  la  nuit  porte  confeil-  { Epickarm.  ) 

EÜPHROSINE,  l’une  des  trois  Grâces  , celle 
^ qui  défigne  layoze,  comme  fon  nom  grec  l’exprime. 
I Voyei^  Grâces. 

EUPHYRUS , un  des  fept  fils  de  Niobé , 
félon  Tzetzès , qui  périt  par  les  flèches  d’ApoI- 
: Ion.  Voyej^  NiOEÉ 

EUPLOEA , furnom  de  Vénus , formé  de 
deux  mots  grecs,  qui  fignifient  à' keureufe  navi- 
gation, & fous  lequel  on  l’in voqu oit  en  s’em- 
barquant. Les  Gnidiens  lui  avoient  élevé  un  temple 
fous  ce  nom  ; elle  en  avoir  un  autre  dans  uaeifle 
aufîi  nommée  Azz/'/oéz: , aujourd’hui  Gaz'^/zz,  dans 
le  golfe  de  Pouzol  , près  de  Naples. 

EUPOMPE,  une  des  cinquante  Néréides. 

EURIGONÉE,  fécondé  femme  d’fSdipe. 

EURîPE , nom  qu’on  donnoit  aux  canaux 
pleins  d’eau  , qui  ceignoient  les  anciens  cirques. 
Tous  ceux  de  la  Grèce  avoient  leurs  euripes  ; 
mais  celui  Cu  cirque  de  Sparte,  formé  par  un  bras 
de  i’Eurotas,  acquit  ce  nom  par  excellence. 
C’étoit-là  que  tous  les  ans  les  ép'nèbes  , c’efl- 
i-dire,  les  jeunes  fpartiares  qui  fortoient  de  leur 
feizième  année,  fe  parrageoient  en  deux  troupes, 
l’une  fous  le  nom  d’-Herezz/e,  l’autre  fous  le  nom 
de  Lycurgue  ; & que  chacune  entrant  dans  le 
cirque  par  deux  ponts  oppofés  , elles  venoient 
fe  livrer  fans  armes  un  combat , où  l’amour  de  la 

Hhhh 


€iq  EUR 

gloire  exciîolt  dans  ce  moment  entre  les  deux  ; 
partis  J une  animoiîté  qui  ne  différoit  guère  de  la 
fureur.  L'acharnement  y étoit  lï  grand  , qu'à  la 
force  des  mains  ils  ajoutoient  celle  des  ongles 
& des  dents , iufqu'à  Ce  mordre,  pour  décider  la 
viâoire;  jamais  ce  combat  ne  fe  terminoit  qu'un 
des  deux  partis  n eût  jetté  l'autre  dans  Veuripe. 

Les  cirques  anciens  avoient  leurs  eu-ipes,  qm 
étoient  des  foifés  creufés  fur  les  deux  côtés  de 
l'arène,  dans  lefquels  il  étoit  dangereux  de  tom- 
ber en  conduifant  les  chars.  Les  romains  don-  , 
noient  en  particulier  ce  nom  à trois  canaux  ou 
foifés , qui  ceignoient  le  cirque  de  trois  côtés  , 
& que  l'on  rempIilToit  d'eau,  quand  on  voulpit 
y reprélenter  un  combat  naval.  Ils  appelloient  auffi 
euripes  les  aqueducs  qui  fervent  à conduire  l'eau 
d'un  lieu  dans  un  autre.  Spartien  dit  qu'Élaga- 
bale  remplit  par  magnificence  des  euripes  devin, 
pour  donner  au  peuple  le  fpeéiacle  d'un  combat 
naval. 

On  appelloit  Nils  ces  canaux  , lorfqu'ils  étoient 
fort  larges. 

EURIPIDE.  On  lit  le  nom  de  ce  poète  fur 
la  bafe  d'une  petite  llatue  de  la  ville  Albani, 
publiée  par  \VînckeImann , dans  fes  monumenti , 
n®.  ié8. 

Euripide  , coup  de  dés  qui  valoir  quarante. 
Cette  dénomination  vient  ou  à' Euripide , qui 
fut  un  des  quarante  magifirats  qui  fuccédèrent 
aux  trente  tyrans,  & qui  le  fit  conncître;  ou  de 
fes  collègues  , qui  , par  afreélion  pour  lui , don- 
nèrent fon  nom  à ce  coup  de  dés  victorieux. 

EURïSES , divinité  gauloife. 

EUROME,  dans  la  Carie.  EYraMEiîN. 

Cette  ville  a fait  frapper  des  médailles  impé- 
riales grecques  en  l'honneur  de  Caracalla. 

EUROPE,  fille  d'Agéaor,  roi  de  Phénicie, 
relevoit  fa  beauté  par  une  fi  grande  blancheur , 
que  l’on  dit  qii'eüe  avoir  dérobé  le  fard  de  Junon. 
Voyes^  Angelo. 

Jupiter,  épris  d’amour  pour  elle,  & la  voyant 
un  jour  jouer  fur  le  bord  de  la  mer  avec  fes 
compagnes,  fe  changea  en  taureau,  s'approcha 
de  la  nymphe  d'un  air  qui  n'avoit  rien  de  farou- 
che, mangea  dans  fa  main.  Se  l’enhardit  de  telle 
forte  , qu'elle  ofa  monter  fur  fon  dos.  Mais  à 
peine  y fut-eile  affife  , que  le  taureau  prit  fa_ 
courfe  vers  la  mer , fe  jetta  dans  les  Hors , & 
fe  mit  à nager.  Europe  étonnée , faifit  de  la  main 
gauche  la  corne  du  taureau,  & de  la  droite  elle 
retint  fon  voile  que  le  vent  emportoir.  « La  mer 
SJ  devint  tranquille  ^ dit  Lucien , les  Cupiderss 


EUR 

35  qui  voloient  tout  autour  avec  des  fiambeaux  J 
55  chantoient  Ihymenée  ; les  Néréides,  montées 
55  fur  des  dauphins  comme  fur  des  courfiers 
55  caracoloient  & donnoient  des  marques  de  ré- 
55  jouiffance;  les  Tritons  danfoient  autour  de 
55  cette  nymphe 55.  Europe  fut-ainfi  tranfportée, 
en  peu  de  temps,  de  la  côte  de  Phénicie  dans 
l'ifle  de  Crète.  Elle  arriva  dans  l'ifle  par  l’embou- 
chure du  fleuve  Léthé , qui  palToit  à Gortyne. 
Les  grecs  voyant  fur  cette  rivière  des  platanes 
toujours  yerds , publièrent  qu’un  de  ces  arbres 
fut  témoin  des  premières  amours  de  Jupiter  avec 
Europe.  Auffi  a-t-on  repréfenté  Europe  trille , 
affife  fous  un  platane,  au  pied  duquel  ell  un 
aigle,  à qui  elle  tourne  le  dos.  L’eau  dans  la- 
quelle eiie  fe  lava , quand  Jupiter  l'eut  quittée  , 
acquit  une  vertu  extraordinaire;  ceux  qui  y en- 
troienr  pendant  la  pluie,  n’étoient  mouillés  , ni 
de  l'eau  qui  les  recevoir , ni  de  celle  quitomboit. 
Europe  eut  de  Jupiter  quatre  fils,  Minos,  Rha- 
damanthé,  Sarpédon  & Camus.  La  compagnie 
d'un  dieu  ne  déshonoroic  pas  une  mortelle.  Af- 
térius  , roi  de  Crète , é^ouCz  Europe.  N'en  ayant 
point  d'enfans , il  adopta  les  quatre  fils  de  Jupiter, 
& laifla  fon  royaume  à Minos.  Europe  , devenue 
mère  de  ces  quatre  princes,  s'attira  l'eftime  8c 
l’amitié  de  tous  les  crétois , qui  l'honorèrent, 
après  fa  mort,  comme  une  divinité;  iis  inftitiiè- 
rent  meme  une  fête  en  fon  honneur , nommée 
heüotia  , d'où  on  appella  Europe  , Nellotes.  Flu- 
fieurs  ont  cru  que  cette  princeffe  , dont  le  nom 
exprime  la  blancheur,  avoir  donné  fon  nom  à 
Y Europe,  dont  les  habitans  font  blancs. 

Au  bruit  de  l'enlèvement  dY Europe , Agénor, 
fon  père,  la  fit  chercher  de  tous  côtés , & ordonna 
à fes  enfans  de  s'embarquer , & de  ne  point 
revenir  fans  elle.  Les  amours  iîEurope  8c  de  Ju- 
piter excitèrent  dans  le  cœur  de  la  jaloufe  Jiinoa 
un  courroux  fi  implacable  , qu'eble  pourfuivit  avec 
acharnement  toute  la  famille  de  Cad-rus,  frère 
de  cette  princeffe.  Voye-^  Ca-dmus  , Hellotès. 

La  fable  de  l'eidévement  YY Europe , efi  racontée 
de  plufieurs  manières  par  les  écrivains. 

Licophron  appelle  fon  raviffeur  Aftérus , Dio- 
dore  ( lih.  V.  ')  Aftérius  , St.  Auguftin  ( Civit. 
Dei,  lib  XVllL  cap.  XIl.  ) Xanthus,  & d'au- 
tres Xuîhus.  Pour  confoler  Agénor  de  la  perte 
à" Europe,  on  mit  fa  fille  au  nombre  des  divinités. 
Le  raviffement  ^Europe  a beaucoup  exercé  les 
mythologues.  Les  uns  difent  qu'un  Jupiter  , roi 
de  Crète  , ayant  fait  une  defeente  en  Phénicie  , 
enleva  plufieurs  perfonnes  , & entr'autres  la  fiüs 
du  roi  du  pays,  nommée  Europe , qu'il  la  tranf- 
porta  en  Crète  fur  un  vaiffeau  nommé  le  tuureait. 
Paléphate  de  Paros  a écrit  qu’elle  fut  enievee 
par  un  gnoffien , nommé  Taurus , dans  une  guerr» 
qu’il  eut. avec  les  phéniciens. 


EUR 

Europe  fut  honorée  par  les  phéniciens  j avec 
Altarce  ou  Aîlharoth  , c’eft-à-dire,  avec  la  lune 
& fous  fon  nom.  Lucien,  dans  fon  Traité  de  la 
déeffe  fyrienne,  dit  qu'Aftarte  étoit  la  lune,  & 
il  ajoute  que  les  prêtres  phéniciens  cropoient 
qu’Allarte  étoit  Europe , 8c  que  lui  même  il  le 
leur  avoir  ouï  alfurer,  cTll-à-dire  , répond  Vof- 
fius  ( idolat.  lib..  VIL  cap.  X.)  , qu'Aftarte, 
phyfiquement  parlant,  & de  fait,  étoit  la  lune, 
que  c'étoit  à elle  que  ce  culte  fc  rendoit  dans 
fon  origine,  & que  depuis  d'Aftarte,  onenavoit 
fait  Europe. 

Les  fydoniens  mirent  Europe  au  revers  des  mé- 
dailles qu’ils  frappèrent  pour  Élagabale,  pour 
Annia  Fauftina,  & pour  Alexandre  Sévère.  Les 
os  à’ Europe  étoient  chez  les  thefpiens  , & iis  les 
portoient  en  cérémonie  aux  hellocies.  Voye^ 
Helloties. 

On  trouve  fur  les  médailles  une  Europe  fur  un 
taureau,  & pour  infcrîption  , ©EA  SIAÛNOS. 
{ Triftan,  tom,  IIL  p.  zié.  227.) 

Une  autre  Europe  eil;  une  nymphe,  fille  de 
rOcéan  & de  Téthys,  comme  on  peut  le  voir 
dans  la  Théogonie  d'Héfiode,  v-  3 5’7.  Lambert 
Barlée , qui  prétend  que  les  noms  des  filles  de 
LOcéan  , rapportés  par  Hélîode  en  cet  endroit  j 
ne  font  que  des  qualités  ou  des  propriétés  de 
l’eau,  ou  de  la  mer,  dit  que  E’og»s-»i,  Europe, 
ell  dit  pour  , qui  voit  fort  loin,  parce 

que  la  vue  s’étend  fort  loin  fur  les  eaux. 

Enfin , Europe  eft  le  nom  de  la  XI°.  fybille. 

EUROPS,  fils  d’Égialée,  régna  à Sycione, 
& donna  fon  nom  à \‘ Europe , félon  Apoiiodore 
& Paufanias.  ( Corinth.  ) 

EUROTAS  , fleuve  du  Péloponnèfe  , quitta 
le  nom  d’Himère  à cette  occafion.  Les  lacédé- 
moniens  étant  en  guerre  contre  les  athéniens , 
attendoient  pour  combattre  la  pleine  lune.  Eu- 
rotus  , leur  général  , traitant  cela  de  fuperftition  , 
dit  Plutarque  le  géographe  , n’y  voulut  avoir 
aucun  égard  , rangea  fon  armée  en  bataille  mal- 
gré la  foudre  & les  éclairs  ; mais  il  perdit  fon 
armée,  &,  de  chagrin,  il  fe  jetta  dans  le  fleuve 
Himère,  qui  depuis  ce  tems-Ià  fut  nommé  Eu- 
rotas. Les  iacédémoniers  honoroient  ce  fleuve  , 
dit  Maxime  de  Tyr,  par  une  loi  expreffe  qui  le 
leur  ordonnoit.  C’étoit  peut-être  à caufe  de  l’uti- 
lité qu’ils  en  retiroient , ce  fleuve  arrofant  le  ter- 
ritoire de  Sparte.  Voye^  HiMÈRE. 

Les  lacédémoniennes  difoientque  Vénus,  après 
avoir  pafie  Y Eurotas , y avoit  jette  fes  bracelets 
& tous  les  ornemens  des  femmes  ; qu’elle  avoit 
pris  enfuke  la  lance,  le  bouclier , pour  fe  mon- 
trer à Lycurgue,  & pour  imiter  le  courage  des 
îacédémoniens.  L’ailégoris  contenue  dans  es  récit 
ett  frappante. 


EUR 

Eurotas,  fleuve  de  ThefTalie , entre  dans  îe 
Pénée  , qui  femble  refufer  de  le  recevoir.  L’eau 
de  YEuroras  fumage  d’abord  comme  de  1 huile 
fur  celle  du  Pénée,  qui  la  rejette  enfeite  comme 
uae  eau  maudite  , & engendrée  par  les  furies 
infernales.  < FEn.  lih.  IV.  cap.  VIII.  ) 

EURUS , nom  d’un  vsnt  qui  fouffle  entre 
l’Orient  8c  le  Midi , & que  nous  appelions  yenc 
du  fud-eft.  Ptine  dit  (lib.  II.  cap.  XLVII.') 
que  ce  nom  ell:  celui  que  les  grecs  lui  donnoient, 
que  les  lacins  l’appelloient  vultarne , vuhurnus. 
Les  latins  confondent  fouvent  ces  deux  vents  , 
parce  qu’ils  foufflent  tons  deux  du  côté  d’Orient , 
l’un  à droite  & l’autre  à gauche  de  l’Orient  équi- 
noxial. Andronique  de  Cyrre  avoit  bâti  à A.the- 
nes  une  tour  oétogone , où  les  huit  vents  que 
l’on  diftinguoit  alors , étoient  marqués.  Elle  fub- 
fîfte  encore,  8cY±.urus  parcît  fous  la  forme  d’un 
jeune  homme.  Sur  l’Océan,  nos  pilotes  appellent 
ce  vent  fud-eff:  ; & firoco  fur  la  Méditerranée. 

EURYALÉ  , une  des  trois  Gorgones,  fille  de 
Phorcys,  & fœur  de  Médufe.  Elle  n’étoit  fu- 
jette,  ni  à la  vieiilefle  , ni  à^la  mort,  dit  Hé- 
fiode.  Voyei  Gorgones.  ( Tkéogon.  v.  1-6.  ) 

Eury ALÉ , reine  des  Amazones , fecourut 
Aètès  , roi  de  Colcbide  , contre  Jafon.  ( Valer. 
Flacc.  Argon,  lib.  V . ) 

Eury  ALÉ  , fille  de  Minos , fe  laifla  féaume  par 
Neptune,  8c  mit  au  monde  Orion.  V . Orion. 

EURYALE,  femblable  aux  dieux , dit  Homère, 
commandoit  les  argiens  au  fiège  de  Troye,  avec 
Diomède  & Sténélus.  I!  étoit  fils  de  Méciftée  , 
8c  petit-fils  du  roi  Talaüs. 

Eury  ALE , le  plus  beau  des  troyens  qui  por- 
toient les  armes,  dit  Virgile  ( Æneid.  IX.  ), 
aimoit  tendrement  Nifus,  autre  jeune  troyen  : 
ils  ne  fe  quiîtoicnt  jamais  dans  les  comnats.  S étant 
ex-pofés  ‘tous  deux  à un  grand  péril,  pour  la 
gloire  de  leur  nation  , Nifus  s’en  nra  heureufe- 
ment  5 mais  Euryale  eut  le  malheur  de  fe  laifTer 
furprendre  par  les  ennemis.  Dès  que  Nifus  vit 
fon  ami  entre  leurs  maïus  , fans  efperancede  1 en 
pouvoir  tirer  , il  le  livra  iui-meme  a eux_,  en 
; offrant  fa  vie,  pour  fauver  celle  de  fon  amij  ils 
y périrent  tous  deux. 

i EURYBATE,  un  des  argonautes,  fe  rendit 
célè’ore  au  jeu  du  palet,  auffi-bien  que  dans  Part 
de  guérir  les  plaies  : c’eft  lui  qui  guérit  celle 
qu’Oilée  3,voit  reçue,  en  donnant  la  ctiafTe  avec 
Hercule  aux  oifeaux  du  lac  Stymphaic. 

EURYBIE,  fille  de  Pontus  & de  la  Terre, 
époufa  Créïus  , & funmère  d’Aftréus  , de  lAifé 
Si  de  Pallas  , félon  Héfiode. 

Hhhh  ^ 


^12  EUR 

EUPxYCLÉE,  nourrice  d’Uîyffe  j fut  la  pre- 
mière qui  reconnut  ce  pnnce  à fcn  retour , à 
une  bielTure  qifil  ' avoir  reçue  autrefois  d"un 
fanglier,  & qifeüe  remarqua  en  lui  lavant  les 
pieds.  Laëi'te/ père  d’UlilTc,  avoir  acheté  cette 
femme  fort  jeune  , dit  Homère , pour  le  prix 
de  vingt  bœufs.  J^oye^  Ulysse. 

EUR.YCLÈS , furnommé  TEngaRrimythe  ^ 
parce  que  l'on  croyoit  qu’il  avoir  un  démon  dans 
les  entrailles , qui  lui  révéloit  l’avenir.  Il  fut 
fameux  à Athènes  ; & les  devins  furent  appelles 
de  ce  nom  Eurydides. 

EURYDICE  étdit  une  nymphe  qu’Orphée 
epoufa.  Fuyant  les  pourfuites  d’Ariilée  le  long 
d’an  fleuve  J eüe  n’apperçut  point  un  ferpent 
redoutable  cathé  fous  l’heibe  5 elle  en  fut  piquée 
au  talon  ^ & perdit  la  vie  peu  de  jours  après  fon 
mariage.  Orphée  fuyant  le  commerce  des  hommes ^ 
tâchoir , par  le  fon  de  fa  lyre  ^ de  foulager  fa 
douleur.  Nuit  & jour^  fur  un  rivage  défert  ^ il 
déploroit  fi  perte.  Enfin , ne  pouvant  plus  fuppor- 
ter  fon  abfence,,  il  ofa , dit  Virgile  ^ pénétrer 
dans  le  fombre  royaume  de  Platon , traverfer 
fes  forêts  rénébrgufes  , où  règne  un  éternel  effroi  j 
s’approcher  du  terrible  monarque  des  morts  , & 
aborder  les  lugubres  divinités , que  les  prières  des 
mortels  n’ont  jamais  fléchies. 

Les  fons  de  fa  lyre  pénétrèrent  dans  les  plus 
profondes  demeures  du  Tartare  , & en  furprirent 
tous  les  pâles  habitans.  Les  oreilles  même  des 
Furies  , dont  les  têtes  font  armées  de  ferpens  , 
en  furent  charmées.  Le  Cerbère  ferm.ant  fes  trois 
gueules  i ceffa  d'aboyer  ^ & le  mouveme.nt  delà 
roue  d’ixion  fut  fufpendu.  Profcrpine  & Piumn  , 
lui-même  en  furent  attendris  : ils  ordonnèrent 
iya  Eurydice  lui  feroit  rendue  , à condition  toute- 
fois qu'il  ne  rourneroit  la  tere  pour  la  voir  , qu’a-  . 
près  qu’il  feroit  forti  des  enfers  j & que  ^ s’il 
contrevenoit  à cetordre^  elle  lui  ftroit  ravie  pour 
toujours.  Orphée  revenoit  donc  fur  la  terre,  fuivi 
de  fa  chère  Eurydice  , qui  marchoic  après  lui 
vers  le  féjoar  des  morts,  iorfque  l'impatience  de 
revoir  fon  époufe,  ou  un  mouvement  fubit , 
dont  il  ne  fur  point  le  maître  , lui  fit  oublier 
la  loi  : il  tourna  la  tête  pour  voir  fa  chère  époufe  , 
& à l’inft.ant  elle  difparut.  Il  lui  tendit  les  bras  , 
mais  il  n’embraffa  qu’une  vapeur  légère.  Eurydice 
foumife  encore  une  fois  à l’empire  de  la  mort, 
ne  fit  aucune  plainte  contre  fon  époux  5 elle  n’au- 
roit  eu  à fe  plaindre  que  d’avoir  été  trop  aimée. 
Orphée  courut  après  elle  pour  la  joindre,  mais 
il  ne  la  revit  plus.  -Le  malheureux  époux  , de 
retour  fur  la  terre,  pafTa  fept  mois  entiers  au 
pied  d’un  rocher  , fur  les  rives  déferres  du  Srry- 
mon  , à pleurer  fans  ceffe  , & à faire  retentir  les 
antres  de  fes  gémiflemens. 

Les  hiûoriens  difent  ■ -^a-Orphée  ayant  perdu 


E U R 

fa  femme  , a. la  dans  un  lieu  de  la  Thefprotîe, 
nommé  Aornos  , où  un  ancien  oracle  rendoit  fes 
réponfes  en  évoquant  les  morts.  Il  revit  fa  chère 
Eurydice;  & croyant  l’avoir  véritablement  re- 
trouvée , il  fe  flatta  qu’elle  le  fuivroit  ; m.ais  ayant 
regardé  derrière  lui  , & ne  la  voyant  plus,  il 
en  fut  fl  affligé,  qu’il  fe  tua  dedéfefpoir.  D’autres 
difent  qu’il  guérit  fa  femme  de  la  morfure  du 
ferpent  ; mais  comme  elle  mourut  peu  de  temps 
après,  de  queîqu’autre  accident , & peut-être  par 
la  faute  d'Orphée  , on  publia  qu’il  l’avoit  retirée 
des  enfers , & qu’elle  y éroit  retombée.  Voyez 
Aristée,  Orfhee. 

Eurydice  , fille  d’Endyraion  & d’Aércdie. 
Voye^  Endymion. 

EURYDICïüM  , dans  l’ÉIide.  etpïAikeîiîî. 

Les  médailles  autonomes  de  cette  ville  font  : 

RRRR.  en  bronze.  Pellerin. 

O.  en  or.  ^ . 

O.  en  argent. 

EURYMÉDON , géant  dont  Junon  étoît  de- 
venue amoureufe  avant  d’avoir  époufe  Jupiter , 

' fut  le  père  de  Prométhée  : il  eut  part  à la  guerre 
des  géans  contre  les  dieux,  & fur  précipité  dans 
les  enfers.  Jupiter  perfécuta  fon  fils  Prométhée  , 
pour  avoir  volé  le  feu  céielle  j mais  c’étoit  peut- 
être  un  prétexte,  & fanaiflance  fut  la  véritable 
caufede  la  haine  du  dieu  contre  le  père  & iefJs. 
Veye^  JuNON. 

EURYNOivIE , un  des  dieux  infernaux,  félon 
Paufanias  , fe  nourriffoit  , difoit-on  , de  la  chair 
des  morts  , ne  laiifant  que  les  os-  Le  célèbre  Po-, 
lighore  avoir  peint  un  tableau  des  enfers , qui 
éroit  dans  le  temple  de  Delphes.  Paufanias,  qui 
avoit  vu  ce  tableau  , die  q\x  Eurynome  y étoic  re- 
préfenté  avec  un  vifage  de  couleur  entre  .noire 
& bleue,  comme  celle  des  grofles  mouches,  qui 
font  attirées  par  l'odeur  de  la  viande  ; il  grinçoit 
des  dents  , & éroit  affis  fur  une  peau  ne  vair-our. 

Paufanias  ( Pkocic.  ) ajoute  qu’aucun  ancien  écri- 
vain , tel  qu’Homère  , oud’auteur  du  roynias  , 
poème  J n' avoit  parlé  dEuryname  , & qu’cji  ne  le 
yoyoit  far  aucun  autre  monument. 

tUR'ÏNOME,  fille  de  l’Océan  , éroit  d’un? 
fi  grande  ’oeauré  que  Jupiter  en  devint  amou- 
reux,- l’époufa  St  la  rendit  mère  des  trois  Grâces. 
Voyei  Jupiter.,  Grâces. 

Elleentsn  temple  dans  l’Arcadie,  près  dePhyga- 
!if,  dans  lequel  fa  îiatue  êtoit'iiée  avec  des  chaînes 
d’or;  elle  avoit  la  figure  d’une  ferime  jufcu’à 
la  ceinture , & tout  le  bas  reiTembioit  a un  poifbr!. 
Son  temple  ne  s’euvroit  cu’iine  fois  ra.n;  & à 
un  certain  jour  on  y faifoit  des  facriôces  pu-* 


EUR 

Wics  & particuliers  ; c’eft  la  même  qu'Eunomie. 
( Hejîod.  theogon.  907.  Paufan.  Arcadie.  ) 

EÜRYPILE  J loî  de  cette  partie  de  la  Lybie  , 
qu^on  appelle  Cyrénaïque  ^ ayant  reçu  chez  lui 
les  argonautes , qu'une  tempête  avoir  jettes  fur 
fes  côtes  J leur  donna  de  bons  avis  pour  éviter 
les  bancs  de  fable  qui  fe  rencontrent  dans  les 
Syrtes  & dans  les  environs  , & leur  prêta  même 
un  vai-Teau  léger  qui  leur  fervit  de'  guide  : ce  fait 
a été  ainli  habillé  en  fable.  Un  vent  de  nord 
ayant  jetté  les  argonautes  furies  côtesde  la  Lybie^ 
ils  fe  trouvèient  engagés  dans  le  lac  Tritonide  ^ 
avant  de  pouvoir  prendre  terre.  Alors  un  i riton 
leur  apparut  fous  une  forme  humaine  ( c'étoic 
Euripyle  ) ^ & leur  dit  que  moyennant  une  ré- 
compenfe,  il  leur  montreroit  un  chemin  pour  fe 
dégager  fans  danger  du  lieu  où  ils  éroient.  Jafon 
lui  fît  préfent  d'un  beau  trépied  de  cuivre  ^ que 
le  Triton  plaça  dans  fon  temple  , en  leur  pré- 
difant  que  quand  quelqu'un  de  leurs  defeendans 
auroir  enlevé  le  trépied , il  étoit  réglé  par  les 
defîins  qu'il  y auroit  cent  villes  grecques  bâties 
fur  le  lac  i ritonide.  Les  argonautes  étant  près 
de  partir , Eurypile  détela  un  des  chevaux  ailés 
du  char  de  Neptune,  qu'il  envoya  devant  eux  , 
en  leur  ordonnant  de  fuivre  exaéiement  fes  traces 
pour  ne  point  s'égarer. 

Eurypile  , fils  d'Évémon , un  ces  capitaines 
grecs  qui  étoient  aufiègedeTroye.  Dans  le  partage 
des  dépouilles  de  cette  ville,  il  eut  dans  fon  lot 
un  coffre,  qui  renfermoit  une  fiatuede  Bacchus  , 
faite,  difoit-on,  par  Vulcain,  & dont  Jupiter 
avoir  fait  préfent  à Dardanus.  Eurypile  ouvrit  le 
coffre,  regarda  la  ftatue,  & en  dépit  de  fa  cu- 
riofîté  devint  furieux.  Le  mal  continua  , les  longs 
accès  de  folie  ne  lui  laiffoient  que  de  petits  in- 
tervalles , où  le  bon  fens  revenoic.  Il  prit  un 
de  ces  bons  raomens  pour  aller  à Delphes,  con- 
fulter  l'oracle  d'Apollon  , qui  lui  répondit  qu'il 
devoir  continuer  fa  route,  & s'arrêter  au  lieu 
où  il  trouveroit  des  gens  qui  alloient  faire  un 
facrifice  barbare  i que  c’étoit-là  qu'il  devoir  dé- 
pofer  le  coffre  & établir  fon  domicile.  Eurypile 
fe  rembarqua,  & alla,  avec  fa  petite  flotte,  au 
gré  des  vents  , qui  le  portèrent  à la  cote  de  Fa- 
tras, Il  y defeendit  à terre  dans  le  temps  qu'on 
ahoit  immoler  un  jeune  garçon  une  jeune  fille 
vierge  à Diane  Triciariaj  il  fe  fouvint  alors  de 
i'oracie.  Ceux  de  Fatras  voyant  arriver  chez  eux 
un  roi  inconnu  avec  ce  coffre , crurent  d’abord 
qu'il  y avoit  quelque  dieu  dedans.  Cette  aventure 
guérit  Eurypile  de  fa  folie  , & fauva  la  vie  aux 
deux  innocentes  viétimes.  Depuis  ce  temps,  ceux 
de  Fatras  , après  la  fête  de  Bacchus,  célébroient 
tous  les  ans  les  funérailles  à’ Eurypile  : ils  rendoient 
auffi  de  grands  honneurs  au  dieu  renfermé  dans 
le  coffre  , qu’ils  appeiièrenr  EJymnete.  Neuf  des 
orincipaux  de  la  ville,  élus  par  le  peuple  , & au- 


E U R 

tant  de  femmes  , préfidoient  à la  cérémonie.  Au 
premier  jour  de  la  fête,  un  prêtre  portoit  ce  coffr< 
en  grande  pompe.  Cette  hifioire  eft  tirée  d« 
Paufanias. 

Eurypile,  petit-fils  d'Hercule , du  côté  de 
fon  pere  Télèphe  , & de  Pnam,  par  fa  mère 
Aftioché,  fut  un  des  plus  tliufires  alliés  des 
troyens , autant  par  fa  valeur  que  par  fa  naiii'ance. 
B n’arriva  au  fiège  de  Troyé  qu'à  la  fin  de  la 
d.xième  année  ; c'ell  lui  qai  tua  , après  un  rude 
combat , Machaon  , fils  d'Efculape.  Homère 
nous  apprend  qu'tléto.'t  un  des  plus  beaux  princes 
ùe  fe^  temps  : il  n’y  avoit , dit-i!  , que  Memnon 
qui  fay  plus  beau  que  lu:.  Il  avoit  conduit  à 
Iroye  les  céthéens,  peuple  deMylIe:  Pyrrhus, 
fils  d' Achille  J ayant  tué  Eurypile  , fes  fujers  , 
de  déiefpoir , fe  firent  tous  tuer  autour  de  fon 
corps. 

tURYPiLE,  roi  de  Cos,  père  de  Calciopé  , 
l'une  des  maîtreffes  d'Hercule,  de  qui  elle  eut 
Theffalus.  Koye:^  Cos,  Hercule. 

EURYSACE,  fils  d'A jax  téîamonien,  & de 
Tecmeffe  , fille  de  Theuthrantès  , prince  phry- 
gien. V oy'.  Tecmesse.  ^ryface  régna  «ians  Sa- 
lamine  après  la  mort  de  lélamon,  père  d’Ajax. 
Les  athéniens  l'honorèrênt,  ainfi  qu'Ajax  fon  père, 
d'un  culte  particulier  ; Paufanias  témoigne  que 
les  honneurs  qu’oa  leur  avoir  décernés  , fubfif- 
toienr  encore  de  fon  temps  , & qu'on  voyoit  à 
Athènes  un  autel  à’Euryface.  Il  eut  un  fils  nommé 
Fhiiceus  , qui  échangea  le  royaume  de  Salaming 
contre  la  bourgeoifie  d’Athènes.  Miidade  def- 
cendoit  de  ce  Philœus. 

EURYSTERNE , furnom  de  la  terre  , ou  de 
la  déeffe  Tellus  , ainfi  appellée  à caufe  de  fa  large 
poitrine.  Elle  avoit  un  temple  fous  ce  nom  auprès 
d’Ægé  , dans  l'Achaïe  , un  des  plus  anciens  de 
la  Grèce.  La  prêtrefle  qu'on  élifoit  pour  le  def- 
fervir  , devoir  n'avoir  eu  qu'un  mari  , & garder 
le  célibat  tout  le  refte  de  fa  vie.  Voy.  Tellus. 

Ce  furnom  efl:  formé  a lu  As  , large  , & de 
A.ivoy  , poitrine. 

EURYSTHEE,  roi  deMycènes.  yoye^  Lhif- 
toire  de  fa  naiiTance  au  mot  Alcmene.  Ce  prince 
politique  , jaloux  de  la  réputation  d'Hercule  , & 
craignant  d’etre  un  jour  détrôné  p.-r  ce  héros  , 
le  perfécuta  fans  relâche  ; il  eut  foin  de  lui  donner 
afi'ez  c'occupatici;  hors  de  fes  e'rats  , pour  lui 
ôter  le  moyen  de  troubler  fon  geuvernemenr.  Il 
exerça  fon  grand  courage  dans  des  enireprifes 
également  délicates  & dangereufes  : c'eft  ce  que 
nous  appelions  les  travaux  d'Hercule.  On  dit  même 
qu’Hercüle  devint  fi  redoutable  à Euryflhée,  que 
malgré  i'empire  qu’il  avoit  fur  ce  héros , il  n'o- 


EUR’ 

foit  paraître  c!e\?ant  lui,  & qu’il  avoir  préparé  ira  ' 
tonneau  d'airain  pour  s’y  aller  cacher  en  cas  de 
befoin.  II  ne  laiffoit  point  entrer  Hercule  dans  fa 
ville  ; les  monftres  qu’il  apportoit  étoient  laiffés 
hors  des  murs  , & Eur^'flkée  lui  envoyoit  fes 
ordres  par  un  héraut.  Non  content  de  voir  Her- 
cule mort  J il  voulut  exterminer  les  relies  d’un 
nom  odieux  pour  lui  : il  pourfuivit  les  enfans 
de  ce  héros  de  climats  en  climats  j & jufques 
dans  le  fein  de  la  Grèce.  Ceux-ci  s’étoient  réfugiés 
à Athènes  J auprès  d’un  autel  de  Jupiter,  dit 
Eurypide,  pour  contrebalancer  Junon  , qui  ani- 
moit  Euryfikée.  Tbéfée  , dont  ils  avoient  imploré 
la  proteâion,  prit  leur  défenfe,  refufa  de  les  ' 
livrer  à leur  ennemi , qui  étoit  venu  les  rede- 
mander les  armes  à la  main  , & qui  périt  avec 
toute  fa  famille  dans  le  combat.  II  fut  tué  par 
Hillus  , fils  d’HercuIe  , qui  lui  coupa  la  tête,  & ■ 
l’envoya  à Alcmène  ; elle  lui  arrachales  yeux.Fby.  j 
Hercule  , Ipkiclus. 

EURYSTHÉE,  roi  d’Argos,  beau-père  d’A- 
trée.  Voye^  Atrée. 

EURYTE,  roi  d’Oéchalie,  enTheffaiie,  fe 
vantoit  d’une  fi  grande  adreffe  à tirer  de  l’arc, 
qu’il  déficit  tout  le  monde.  Voulant  marier  fa 
fille  Joie , il  fit  propofer  un  combat,  promettant 
de  la  donner  à celui  qui  le  vaincroit  dans  cet 
exercice.  Il  ofa  même  entrer  en  lice  contre  les 
dieux  ; voilà  pourquoi , dit  Homère,  il  ne  par- 
vint pas  à une  fi  grande vieilleffe ; car  Apollon, 
irrité  de  ce  qu’il  avoir  ofé  le  défier , lui  ôta  la 
vie.  Hercule  , qui  avoit  appris  à'Euryte  à tirer 
de  l’arc,  le  tua  & enleva  fa  fille.  Cet  enlèvement 
fut  caufe  de  la  mort  d’HercuIe.  Voysr^^  Déjanire, 
Hercule  , Jqle. 

Euryte  fut  auffi  pèredeDryope.  On  lui  rendoît 
un  culte  dans  TOéchalie  ; & la  fête  que  l’on 
célébrait  en  fon  honneur,  fut  iriflituée  par  Spbotas. 

ÉuRYxy^ , un  des  géans  qui  firent  la  guerre 
à Jupiter.  Hercule  étant  venu  au  fecoursdefon 
père , s’attacha  à combattre  Euryte  ^ & l’affomma 
avec  une  branche  de  chêne. 

EURYTHE  , ou  Eürythiok,  centaure,  oc- 
cafionne  la  guerre  des  centaures  contre  les  lapy- 
thes.  Il  étoit  aux  noces  de  Pytithoüs.  Suivant 
Homère , le  vin  lui  ayant  troublé  le  cerveau , il 
devint  furieux , & commit  des  infoîences  contre 
les  lapithes.  Ceux-ci  fe  jettèrent  fur  lui , le  traî^ 
fièrent  hors  de  la  falîe  du  feflin , & lui  coupée 
rent  Iç  nez  &•  les  oreilles  : ainfi  il  porta  le  pre- 
mier la  peine  de  fon  ivrognerie.  Ovide  dit  que 
ce  centaure  donna 'occafion  à la  guerre,  par  i’our. 
trage  qu’il  voulut  faire  à Hippodamie.  Il  fut  tué 
par  Théfée.  Euryte  àvoit  été  un  des  Argonautes. 
Voye:^  Çe.NTAUKEI, 


E X 

' Eurythe,  mère  d'Oënée,  roi  de  Calydotti 
Voyet;^  OÉNEE.  ’ 

EURYTHION  , miniflre  des  cruautés  de  Gé- 
ryon,  fut  mis  à mort,  avec  fon  maître,  na» 
Hercule. 

' EURYTION.  Voye:^  Hellotés^ 
EURYTüS.  E^oye7[^  Molionides. 

EUSÉBIA , en  Cappadoce-i  depuis  Cæfarée» 

EÏSEBEIAS. 

Les  médftilles  autonomes  de  cette  ville  font  ; 
RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

Leur  type  ordinaire  eft  un  aigle  éployé. 
EUSÉBîE , époufe  de  Confiance  IL 

F L A n A E U s s B I A A U G U s T A. 

Ses  médailles  ne  font  connues  que  dans  Ig 
recueil  de  Gohzius. 

EUSEBIE  j c’efl  le  nom  que  les  grecs  don- 
noient  à la  Piété,  qu’ils  avoisnt déifiée.  V'oy&i^ 
Piété.  E’acEfôa,  Piétés 

^EUTERPE.  Aufone  la  fait  inventrice  de  la 
flûte.  Elle  tient  des  flûtes  fur  le  farcophage  du 
Capitole,  où  les  neuf  Mufes  font  repréfentéesi 
ainfi  que  fur  le  marbre  de  l’apothéofe  d’Homère; 
de  même  que  fur  un  beau  farcophage  de  la  villa 
Mattéi.—^  Cette  mufe  porte  ordinairement  l’habit 
des  adeurs  tragiques,  parce  qu’ils  étoient  toujours 
accompagnés  par  des  flûtes.—— 

EUTHENIE.  Les  grecs  appelloient  ainfi 
î’A.bondance,  qu’ils  avoientperfonnifiée,  mais  fans 
aucun  temple,  ni  autel.  Abondance. 

EUTHYME,  fameux  athlète.  Lybas. 

, ÉVYUS  eft  un  nom  fort  ordinaire  de  Bacchus, 
il  ell  pris  de  ce  qu’ayant  une  fois  tué  un  géant, 
Jupiter,  fon  père,  s’écria  : en  grec,  io  âUs,  » 
mon  fils  ! 

ELZARTES  fcutum.  Mtmatori  ( Tkef.  6A%-  r-) 

rapporte  une  infcription  greÆue,  trouvée  à Mégare 
par  Wheler  , dans  laquelle  il  efl  fait  mention  de 
ce  jeu  ou  combat  ( EYZAPTHS  Asnis  ) , inconnii 
d’ailleurs. 

E'K  confale  , ex  prêtore  , &c.,  ancien  confaîj 
ancien  préteur. 


E X A 

EXACTEUR } c^étoit  , i®.  On  doifieftique 
chargé  de  pourfuivre  le  rembourfement  des  dettes 
de  fon  maître.  z°.  Un  autre  domcftique  qui  avoir 
Tceil  fur  les  ouvriers.  3'*.  Un  ofBcier  de  l'empe- 
reur, qui  bâtoit  le  recouvrement  des  droits  ap- 
pelles vecuniarium  fifcalium.  On  le  nommcit  auflî 
(ompulfor.  4°.  Un  autre  oÆcier  qui  fuivoit  les 
patiens  au  fupplice , & qui  veilloit  à ce  que 
î’éxécucion  fe  fît,  ainfi  qu’elle  avoir  été  ordon- 
née par  les  juges.  Celui-ci  s’appelloi:  cxactor 
fupplicU. 

EXAGIUM , poids  romain.  Le  mot  grec  ré- 
pond au  mot  latin  fextula , fixième  partie  de  l’once 
romaine.  Il  eft  dit  dans  une  infciiprion , rapportée 
à l’article  BoüCHERitS  : fub  exagio  potias  ven- 
dere , quàm  digitis  concludentibus  tradere. 

On  voit  dans  le  cabinet  de  Ste.  Géneviève  un 
petit  flan  carré  de  bronze,  du  poids  d’un  gros 
& fix  grains  & demi , qui  porte  pour  légende 
au  revers  d’Honorius,  Exagivm  solidi.  C'étoit 
une  pièce  de  trébucher,  faire  pour  donner  le 
poids  jufle  du  fou  d’or.  M.  de  Romé  de  i’Ifie 
penfe  qu’elle  a perdu  par  l’aCtion  du  temps  , cinq 
gia'ns  & demi  du  poids  qu’elle  avoir  , lorfqu’elle 
pefoit  autant  que  le  fou  d'or 

EXAMILION , f.  m.  Muraille  célèbre  que 
l’empereur  Emrr;anael  fit  élever  fur  Tlfthme , 
de  Corinthe  , l’an  1413  , & qui  fut  ainfi  nommée 
de  ii  , fix , & de  p-lxm  , qui  , en  grec  vulgaire, 
lignifie  un  mille , du  latin  mille.  Cette  muraille 
avoir  fix  milles  , c’eft-à-dire , deux  lieues  de  long. 
Uexamilion  fut  bâti  pour  garantir  le  Péloponèfe 
de  l’incurfion  des  barbares  j il  commençoit  au  port 
Xechée  , à feize  ftades  de  Corinthe  , & finilfoit 
au  port  Cenchrée,  vers  le  golfe  Saronique-  Amu- 
sât IL  ayant  levé  le  liège  de  Conllantinople  en 
Ï424,  fit  àémoWxYexamilion,  quoiqu’il  eût  conclu 
!a  paix  avec  l’empereur  grec.  Les  vénitiens  le 
firent  rétablir  l’an  1463.  En  quinze  jours  l’ouvrage 
fut  achévé  par  trente  mille  ouvriers , couverts 
par  l’armée  commandée  par  Bertoldo  d’Eft  , gé- 
néral des  troupes  de  terre , & par  Louis  Lorédo , 
général  de  la  mer.  Les  infidèles  firent  de  vains 
efforts  pour  détruire  ce  rempart  ; ils  furent  re- 
poulfés  & contraints  de  fe  retrancher  aux  en- 
virons ; mais  Berth’oldo  ayant  été  tué  au  liège 
de  Corinthe , qu’on  fit  enfuite  , Bertino  de  Cal- 
tinato  ayant  pris  le  commandement  de  l’armée , 
abandonna  , à l’approche  du  Begierbey , le  liège 
& la  défenfe  de  la  muraille  pour  laquelle  on  avoir 
fait  tant  de  dépenfe. 

EXARQUE  , vicaire  de  l’empereur  d’Orient , 
eu  préfet  qu’il  envoyoit  en  Italie , pour  la  dé- 
fendre contre  les  lombards  , qui  avoient  conquis 
toute  cette  contrée,  à la  réferve  de  Rome  & 
de  Ravenne^  U exarque  faifoit  fâ  réfidence  ordir 


E X C 

naire  dans  cette  dernière  ville.  Le'premier  exarque 
furie  Patrice  Longin  , envoyé  par  Jullin  le  jeune  , 
en  yéS. 

Les  fubliftèrent  environ  183  ansjjuf- 

qu’à  cc  qu’AltoIphe , roi  des  lombards , prit 
Ravenne  par  force  , l’an  752.  Eutychius  étoît 
pour  lors  exarque  de  Ravenne  , &ce  fur  le  dernier. 

EXAUCTORATIO , licenciement  des  trou- 
pes romaines,  foit  qu’il  fur  fait  avec  honneur, 
foit  qu’il  fût  accompagné  d’infamie-  Lampride 
( in  Alex.  c.  XII.  ) nous  en  a confervé  la  for- 
mule : quirites , dificedite  , atque  arma  deponite. 

EXAUGURARE , terme  du  langage  des  prêtres 
romains.  Il  vouloir  dire  , rendre  profane  un  en- 
droit confacré  ci-devant  à quelque  divinité. 

EXCEDERE , éviter  l’attaque  d’un  adverfaire , 
terme  de  gladiateur. 

EXCEP  TORES , greffiers  - abréviateurs  , qiw 
écrivoient  en  notes  les  aâes  des  tribunaux. 

EXCITARI  y être  renvoyé  d’une  place  que 
l’on  ne  devoir  pas  occuper , terme  d’amphithéâtre. 

EXCOMMUNICATION  Çkifi.  anc.  ) , ré- 
paration de  communication  ou  de  commerce.  En 
ce  fens , tout  homme  exclus  d’une  fociété  ou 
d’un  corps  , & avec  lequel  les  membres  de  ce 
corps  n’ont  plus  de  communication  , peut  être 
appellé  excommunié  ; c’étoit  une  peine  ufitée  en  cer- 
tams  cas  chez  les  anciens  , & quiétoit  infligée  par 
les  prêtres.  On  défendoit  à ceux  qu’on  excommu- 
nioit , d’affifter  aux  facrifices  , d’entrer  dans  les 
temples  ; on  les  livroit  aux  démons  & aux  eumé- 
nides  avec  des  imprécations  terribles  ; c’eft  ce 
qu’on  appelloit  fiacris  interdicere  , diris  devovere  , 
execrari.  La  prêtreffe  Théano , fille  de  Menon , 
fut  louée  de  n’avoir  pas  voulu  dévouer  Alcibiade 
aux  Furies  , quoique  les  athéniens  l’euffent  or- 
donné ; & leseumolpides , qui  en  ce  point  obéirent 
au  peuple , furent  très-blâmés  , parce  qu’on  n’en 
devoir  venir  à cette  peins  qu’aux  dernières  ex- 
trémités. 

excommunication  palfa  chez  les  romains  , mais 
avec  la  même  réferve  ; & nous  n’en  voyons  guère 
d’exemples  que  celui  du  tribun  Afcius  , qui  n'ayant 
pu  empêcher  Craffus  de  porter  la  guerre  chez 
les  parthes  , courut  vers  la  porte  de  la  \il!e  par 
laquelle  ce  général  devoir  fortir  pour  fe  mettre 
à la  tête  des  troupes  5 & là  jettant certaines  herbes 
fur  un  brâfier , î!  prononça  des  imprécations  contre 
Craffus.  La  plus  rigoureufe  punition  qu’infligeafTent 
les  druides  chez  les  gaulois  , c’étoit , dit  Céfar  , 
liv.  y'I . d’interdire  la  communion  de  leurs  myf- 
tères  à ceux  qui  ne  vouloient  point  acquiefeeï 


<riî?  EXE 

à leur  juge'.r.ent.  CeuXj  dit-il,  qm  font  frappes 
de  cette  foudre , paifent  pour  fcéiérats  & pour 
inipîes  ^ chacun  ru't  leur  rencontre  Sc  leur  en- 
tretien» S^iis  ont  quelqu  affaire  , on  ne  leur  fait 
point  juftice  5 ils  font  exclus  des  charges  & des 
dignités,  ils  ineurent  fans  honneur  & fans 
crédit.  On  pouvoit  pourtant , par  le  repentir  & 
après  quelques  épreuves  , être  rétabli  dans  fon 
premier  état  5 cependant , lî  Ton  mouroit  fans 
avoir  été  réhabilité,  les  druides  ne  îaiffoient  pas 
d'offrir  un  facrifice  pour  l’ame  du  défunt.  ( Article 
du  chevalier  de  Jaiicourt  ; . 

EXCUBIÆ.  Voyet^  Gardes. 

EXCUBITORES , cohortes  qui  formoientla 
garde  extérieure  du  palais  des  empereurs. 

EXCULCATORES , troupes  légères  de  fan- 
taffins  , armées  d’arcs  & de  flèches. 

EXCUNEATL  Voyei  Cuneus. 

EXÉCESTUS  , tyran  desphociens , avoir  deux 
bagues  enchantées  , dit  Clément  Alexandrin  , 
dont  il  fe  fervoit  pour  conaoître  l'avenir,  en  les 
frappant  l'une  contre  l'autre  : i!  prétendoit  de- . 
viner  par  le  fon  ce  qu'il  avoir  à faire  , & ce 
qui  lui  devoir  arriver.  Il  fat  pourtant  tué  en  tra- 
hifon  5 les  bagues  admirables  qui  lui  avoient  mar- 
qué, difoit-on,  le  temps  de  fa  mort , ne  lui  four- 
nirent point  le  moyen  de  l'éviter  ( StroKi.  i.  ). 

EXÉCUTEUR,  bourreau. 

Chez  les  grecs , cet  office  n’étoit  point  mé- 
prifé  , puifqu'Ariffote  ( liv.  FJ.  de  fes  politiques , , 
chap.  dernier.  ) le  met  au  nombre  des  offices  dts 
magiftrars.  Il  dit  même  que  pat  rapport  à fa 
néceffité  , on  doit  le  tenir  pour  un  des  princi- 
pau.x  offices. 

Les  magiflrats  romains  avoient  des  miniftres 
011  fatellites,  appellés , lidieurs,  qui  furent 
inflitués  par  Romulus , ou  même,  félon  d’autres , 
par  Janus  j ils  marchoient  devant  les  magiflrats , 
portant  des  haches  enveloppées  dans  des  faifeeaux 
de  verges  ou  de  baguettes.  Les  confuls  en  avoient 
douze  ; les  proconfuls  , préteurs  & autres  ma- 
giilrats , en  avoient  feulement  fix;  ils  faifoient 
tout  à la  fois  l’office  de  fergent  & de  bourreau. 
Ils  furent  nommés  licteurs , parce  qu'ils  lioient 
lesoieds  & les  mains  des  criminels  avant  l’exécution; 
ils  délioient  leurs  faifeeaux  de  verges  , foit  pour  ‘ 
fouetter  les  criminels , foit  pour  tranciaer  la  tête.  : 

On  fe  fervoit  auffi  quelquefois  d'autres  per- 
fonnes  pour  les  exécutions  ; car  Cicéron , dans 
la  feptième  de  fes  verrines  ^ parle  du  portier 
de  la  prifoH , qui  faifok  l’cffice  de  bourreau  , 
pour  exécuter  les  jugemens  du  préteur  ; aderat , 


EXE 

dit-il , janltor  carceris  , carnifex  pntoris  , mors 
terrorque  fociorum  , & civium  licior.  On  fe  fervoit 
même  quelquefois  du  minifière  des  foldats  pour 
V exécution  des  criminels,  non-feulement  à l'armée  , 
mais  dans  la  ville  même  , fans  que  cela  les  désho- 
norât en  aucune  manière. 

Plulîeurs  pafl'ages  de  Cicéron  prouvent  que 
Yexécuteur  qui  mettoit  en  croix,  c’eit-à-dire  , qui 
exécutoit  les  criminels  les  plus  vils,  non-feule- 
ment n'étoit  pas  citoyen,  mais  qu’il  ne  pouvoit 
pas  même  habirer  dans  l'enceinte  de  Rome,  de 
peur  qu’il  ne  fouillât  par  fa  préfence  la  dignité 
; & les  alfemblées  du  peuple  romain.  ( Cicer.  pro 
Rabir.  c.  y.  c.  4.  ) 

EXÈDRES.  C'étoient  chez  les'anciens  des  lieux 
où  difputoient  les  philofophes  , les  rhétori- 
ciens  , &c.  com.me  aujourd’hui  les  clafles  & les 
collèges.  Perrault  dît  que  c’étoient  de  pentes  aca- 
démies , où  les  gens  de  lettres  confcrcient  en- 
femble. 

Ce  mot  eft  tout  grec,  élsfhpo!.  Budee croit  que 
ce  que  les  anciens  appelloient  exedres  , convient 
affez  avec  ce  que  nous  appelions  chapitres  dans 
les  cloîtres  des  moines  ou  des  chanoines.  Xoy, 
Vitruve  , liv.  V.,  ch.  11  & ailleurs. 

EXÉGÈTE,  f.  m.  Exégéte , ce  mot  flgnific 
proprement , qui  explique  , du  grec  , 

) explique.  On  appelloit  exégetes  à Athènes  des 
gens  habiles  dans  les  loix  , des  jurifconfultes , que 
les  juges  avoient  coutume  de  confulter  dans  les 
caufes  capitales. 

Les  exégetes  étoient  encore  chez  les  athéniens 
des  prêtres  inférieurs  à î’hiérophante  , aufli  bien 
que  ceux  qu’ih  appelloient  prophètes. 

EXERCICES  militaires  des  anciens.  X.  le 

Diclion.  de  l’Art  militaire. 

EXERCITA.TOR.  Muratorîf  TA/  85.  y- ) 
rapporte  rinfersption  fuivante,  où  il  croit  cu'il 
eft  fait  mention  d’un  exercitator  faciionis  , le  meme 
que  Vexercitor  faBionis  ; 

PRO  SALUTE 

C.  OPIMII  EXERC.  FAC 
FORTUNÆ  PUGNATOR 
<OPIMIA  NEME 
V O T.  V. 

EXERCITOR,  maître  d'exercices. 

EXERGUE,  f.  m.  fîgnifie  un  mot,une  devife, 
une  date , &c.  qu’on  trouve  quelquefois  dans 
les  médailles  au-deffous  des  figures  qui  ^ y font 

reprefentees. 


EXE 

rêpréfentées.  Ce  mot  eft  dérivé  des  mots  grecs 
1%.  de,'iz  , «Livre  y c’efti’.n  hors  d^œuvre  rela- 
tiveaient  aj  type  & à U légende. 

Lettres  placées  à C exergue  des  médailles  , pour 
indiquer  dans  quelles  villes  elles  ont  été  frappées, 
expliquées  par  quelques  antiquaires. 

ALE.  Alexandrie,  ou  ALE^.  idem. 

A.  M.  B.  Antiockis  moneta  B.  fecunda  o0cina. 
Second  hôtel  des  monnoies,  ou  marque  du  mo- 
nétaire. 

AiNT.  ou  ANT.  B.  Antiochi&  fecunda  officine. 

ANT.  P.  Antiockis  percujfa. 

ANT.  S.  Antiochis  f gneta. 

AQ.  Aquileis.  AQyi''.ét. 

AQ.  OB.  Aquileis  obfignata, 

A.Q.  P.  Aquileis percujfa. 

AQ.  P.  S.  Aquiltie,  pecunia  fignata. 

AQ.  S.  Aquileiâ  fignata. 

A.  SC.  A.  marque  du  monétaire.  Scifch.  Scifda, 
ville  de  Croatie,  à préfent , Sifleg. 

A.  TR.  marque  du  monétaire.  Treviris , 
Trêves. 

AvR.  Arelate.  Arles. 

ARL.  îdem. 

B.  TR.  marque  du  monétaire.  Treviris, 

C.  L.  C.  Cufa  Lugduni.  C.  marque  du  mo- 
nétaire. 

C-  L.  A.  Idem.  A.  marque  du  monétaire. 

C.  ©.  ©.  marque  du  monétaire. 

CO.  M,.  Confantinopolitana  moneta. 

CO.  M.  O B.  Conftantinopoli  moneta  ohf gneta. 
CON.  Conjlantinopoli. 

CON.  03.  Conflantin.  ohfignata 
CON.  M.  Conftantinopoli  moneta, 

CON-  S.  Conftantinopoli  fignata. 

CON.  S.  P.  T . Conftantin.  fignata  pecunia.’Y . 
marque  du  monétaire. 

CON.  S.  P.  Conftantin.  fignata  pecunia. 

CO.  R.  N.  OB.  Conftantinopoli  Roms  novs 
oifignata. 

K.  ou  KART.  Kartagine. 

K.  ou  KONST.  Conftantinopolis. 

L.  eu  LUC.  ou  LUG.  Lueduni  eu  Lugduni, 
Antiquités  , Tom.  II. 


EXE  6n 

L.  P.  S.  Lugduni  pecunia  fignata. 

LÜG.  P.  S.  Idem, 

MET.  DAL.  Metallum  Dalmatîcum. 

METALL.  ULPLAN.  PAN.  MetaUum  Uf 
pianum  Pannonicum.  De  la  Pannonie. 

MET.  NOR.  Metallum  Noricum. 

M.  K-  U.  T.  Moneta  Carthaginis  uriis,  T. 
marque  du  monétaire. 

M.  L.  Moneta  Lagdunenfis. 

M.  LL.  Moneta  Lugdunenjium. 

MON.  Moneta. 

MO.  S.  T.  Moneta  fignata  Treviris. 
îvlD.  P.  S.  Mediolani  pecunia  fignata. 

N.  C.  A.  P.  R.  Nummus  eufus  auBoritate 
populi  romani. 

OFF.  III.  CONST.  Officine  tertia  Conftanti- 
nopoli. 

PAR.  ou  PARL.  Percujfa  arelate. 

P.  AQ.  percujfa  Aquileis. 

P.  CON.  Percujfa  Conftantinopoli. 

PE.  R.  P.  Pecunia  Roms  percujfa. 

P.  K.  Percujfa  Kartkagine. 

P.  L.  Percujfa  Lugduni. 

P.  L.  O.  N.  Percujfa  Lugduni  officine  nova  J 
OU  nona. 

P.  R.  ou  P.  ROM.  Percujfa  Roms,, 

P.  S.  Percujfa  Scifeis. 

P.  T,  OU  P.  TR.  Pereufa  Treviris, 

R.  eu  RO.  ou  ROM.  Roms. 

RA.  Ravenns. 

RO.  P.  S.  Roms  pecunia  fignata, 

R.  P.  P.oms  percujfa. 

R.  S.  Roms  fignata. 

RV.  P.  S.  Revenus  pecunia  fignata, 

S.  Scifeis. 

S.  A.  Signala  Antiockis. 

S.  M.  A.  eu  S.  M.  ANT,  Sîgnata  moneta 

Antiockis. 

S.  CONST.  Signala  Conftantinopoli. 

S.  M.  K.  B.  Sacra  ou  fignata  moneta  Kartka- 
gine , offi.cina  fecunda. 

S M.  A.  Q.  V.  Sacra  moneta  Aquileispereufid, 

liii 


<^18  E X I 

SIR.  ou  SIRM.  Sirmii. 

sise,  ou  sise.  P.  ScifciA  percujfa. 

S.  M.  R.  ou  s.  M.  R.  P.  Sacra  moneta  Rom& 

pêrcuffa. 

S.  M.  sise.  Signala  moneta  ScifciA, 

S.  M.  ÎSÎ.  Signala  moneta  NicomediA^  ou 
'Narhone. 

S.  M.  TR.  Signala  moneta  Treviris. 

S.  M.  T.  S.  B.  Sacra  moneta  Treviris  fgnata. 
B.  marque  du  monétaire. 

S.  T.  Signala  Treviris. 

THbV.  ou  THEV.  P.  TkenvoH percujfa.  C^efl 
Antioche  de  Syrie. 

TR.  ou  TR.  OBS.  Treviris  ohjtgnata, 

TR.  P.  Treviris  percujfa. 

TT.  Treverorum. 

EXIL,  eiiez  les  romains,  le  mot  exil,  exi- 
lium, lîgnifioit  proprement  une  interdiâion , ou 
exclufionde  Veau  & du  feu,  dont  la  conféquence 
, naturelle  étoir  que  la  perfonne  ainlî  condamnée 
étoit  obligée  d'aller  vivre  dans  un  autre  pays , 
ne  pouvant  fe  paffer  de  ces  deux  élemens.  Auffi 
eicéron , ai  lïeren.  ( fuppofé  q'Til  foit  l’auteur 
de_  cet  ouvrage  ) obferve  que  la  fentence  ne  por- 
toit  point  précifément  le  mot  à’exil,  mais  feu- 
lement èV interdiction  de  Veau  & du  feu. 

Le  même  auteur  remarque  que  Vexil  n^étoit 
pas  , à proprement  parler  un  châtiment , mais  une 
efpèce  de  refuge  & d'abri  contre  des  cbâtimens 
plus  ngonrenx  : exilium  non  ejfe  fupplicium ,fed per- 
fugium  portufque  fupplicii  {pro  CAcin.').  11  ajoute 
qu'il  n'y  avoit  point  chez  les  romains  de  crimes 
qu'on  punît  par  Y exil , comme  chez  les  autres  na- 
tions ;'mais  que  Y exil  étoit  une  efpèce  d’abri  fous 
lequel  on  fe  mettoit  volontairement  pouréviterles 
chaînes , l’ignominie  , la  faim , &c. 

Les  athéniens  envoyoîe'nt  fouvent  en  exilicnrs 
généraux  & leurs  grands  hommes  , foit  par  ja- 
loulîe  de  leur  mente  , feit  par  la  crainte  qu'ils 
ne  prilTent  trop  d’autorité-.  Voye^  Ostracisme. 

Exil  fe  dit  auffi  quelquefois  de  la  relégation 
d'une  perfonne  dans  un  lieu  , d’où  il  ne  peut 
fortir  fans  congé.  Toy.  Relégatign. 

Ce  m.ot  eft  dérivé  du  m-ot  latin  exilium  , ou 
de  ex  fui , qui  fgnilie  exilé  : & les  mots  exilium 
ou  exul,  font  formés  probablement  é’extrafolum , 
hors  de  fon  pats  natal. 

Dans  le  ilyie  figuré  , on  appelle  honorable  exil 
une  charge  ou  emploi  qui  obligé  quelqu'un  de 
demeurer  dans  un  pays  éloigné-  & peu  agréable. 
Soas  le  règne-  de  Tibère , les  emplois  dans  les 


E X O 

pays  éloignés  étaient  des  efpèces  a exils  myfté- 
rieux.  ' . 

EXIRE , éviter  les  coups  d’un  adverfaire  j terme 
de  gladiateur. 

EXI 1 ERIES  J fêtes  où  l’on  offroit  aux-djeux 
des  préfens  avant  le  départ,  ou  avant  quelqu’ex- 
pédition , afin  de  fe  les  rendre  favorables. 

EXÜDIAIRE.  ancienne  tragédie,  f.m. 

C’eft  l’une  des  quatre  parties  de  l’ancienne  tra- 
gédie , exoiium.  Atiftote  appelle  exode  ce  qu'on 
difüit  après  que  le  chœur  avoir  ce  (Té  de  chanter 
p'our  ne  plus  reprendre.  Ainfi , Yexode  dans  la  tra- 
gédie grecque,  & félon  le  fentiment  d'Ariitote  , 
ne  peut  être  pris  pour  Y épilogue , comme  bien 
des  gens  l'ont  cru.  ÎI exode  eft  tout  ce  qui  ren- 
ferme le  dénouement  & la  cataftrophede  la  pièce: 
ce  dénouement , dans- les  pièces  bien  compolé-es , 
commence  toujours  après  le  dernier  chant  du 
chœur,  & cela  répond  exaélement  à notre  dernier 
& cinquième  adte.  R'ey.  M.Dacier,  p.  i-ééde  fon. 
coinmentaire  fur  la  poétique  d'Anfiote.  Chez 
les  latins  , Yexode  a été  pris  dans  un  autre  fens  5 
c’éîoit  parmi  eux  à-peu  piès  ce  que  la  farce  eft' 
parmi  nous.  Après  qu'on  avoir  joué  la  tragédie , 
on  faifoit  venir  le  farçeur,  qu'on  appelloit  exo- 
diaire , qui  par  fes  grimaces,  fes  plaifanteries , 
fes  bons  mots  , divertiflbit  le  peuple , féchoit 
les  larmes  que  le  fpeéiacle  tragique  avoit  fait 
verfer.  C’eft  ce  que  dit  le  feholiatte  de  Juvénal , 
ut  quidquii  lacrymarum  ac  triJiitiA  cepijfenî  ex  tra- 
gicis  affeciibus  , kujus  fpeciaculi  rifus  detergeret. 

W exode  c'toit  auffi  compofé  de  vers  bouffons, 
que  la  jeuneffe  récitoit  à la  fin  des  comédies  ate- 
lannes , & qui  répondoient  à nos  farces. 

EXODIARIUS . Gruîer  ( ^37-  i-  Thef.  ) rap- 
porte la  célèbre  épitaphe  d'Urfus  Togatus,  le 
premier  qui  ait  joué  à Rome  avec  une  balle  de 
verre-  On  y trouve  le  mot  Exodiari'us  , relatif 
fans  doute  à celui  àé txodium , exode. 

EXOMIDE  , tunique  , vêtement  des  grecs, 
qui  ferroit  étroitement  le  corps , & laiiToir  les 
épaules  découvertes.  Les  efclaves,  les  domefti- 
ques , & lé  peuple  portèrent  Y exomidé  chez  les 
romains;  ils  y ajoutèrent  feulement  un  manteau; 
elle  fut  auffi  à l’ufage  du  théâtre.  A Lacédé- 
mone J les  hommes , les  femmes  ailleurs , pot" 
toient  Yexomide. 

Poîlux  ( IV.  18.  ) définit  Yexomide  , « un  habit 
d’aélcur  comique , une  tunique  blanche  , fans 
ornemens  , fans  couture  fur  -le-côté  gauche».  Cs 
dernier  caractère  a fait  croire  Q}ke.Y  exomide  n’avoit 
qu'uns  manche,  ou  plutôt  qu’une_  aile  fort  large. 


E X P 

dont  on  s’enveîoppoit  comme  d’un  manteau. 
Pollux  die  en  effet  ailleurs  ( VII.  13.  ) quer«a:o- 
miie  éroit  une  tunique  garnie  d’une  feule  man- 
che. Mais  ces  deux  paffages  pourroient  s’expliquer 
d’une  manière  fort  lîmple , en  difant  que  1 
mide  étoit  une  tunique  , ou  fac  carré  , ayant 
deux  ouvertures  pour  lailTer  fortir  les  bras  ; que 
l’une  de  ces  ouvertures  étoit  pratiquée  dans 
le  côté  gauche  , où  l’étoffe  étoit  entière  & fans 
couture  j que  celle  du  côté  droit  étoit  pratiquée 
dans  la  couture  unique  qui  réuniffoit  les  deux 
bouts  de  l'étoffe  repliée , pour  ferrer  une  tuni- 
que , ou  facj  fans  manches. 

EXONERATOR  Calcariarius . Gruter  ( III7. 
y.  Thef.  infer.  ) rapporte  une  infcription  , dans 
laquelle  il  eil  fait  mention  de  cet  officier  pre- 
pofé  au  fervice  des  fours  à chaux. 

EXOPRJLSIA  , impôt  mis  fur  les  marchan- 
difïs  vendues  à l’étranger. 

EXOSTRA , machine  de  théâtre  chargée  d’un 
liège  fur  lequel  fe  plaçoiî  un  adeur  , pour  ap- 
prendre aux  fpedateurs  les  chofes  qui  fe  paffoient 
dans  l’intérieur  des  maifons. 

Uexofira  étoit  le  nom.  du  pont  volant  que  l’on 
abattoir  du  haut  d’une  tour  fur  les  muis  des 
afliégés.  ( IX.  21.) 

EXPEDITI,  troupes  légères ^ telles  que  les 
vélitcs. 

EXPlATORÿ  on  donnoit  ce  nom  aux  dieux 
en  général;  mais  particuliérement  à Jupiter , parce 
qu’il  étoit  cenfé  expier  les  hommes  des  crimes 
qu’ils  avoient  commis. 

EXPIATION , ade  de  religion  ^ établi  pour 
purifier  les  coupables  & les  lieux  qu’on  croyoït 
fouillés.  Quoique  cette  cérémonie  ne  dût  etre 
employée  que  pour  les  crimes,  cependant  on  en 
faifoit  ufage  dans  plufieurs  autres  occafions.^  La 
crainte  de  calamités  publiques  , l’efpérance  d ap- 
paifer  les  dieux  irrités  , firent  établir  plufieurs  for- 
tes éî expiations  t ainfi  ces  mots  , fi  fouvent  em- 
ployés chex  les  anciens  ; expiare  , luflrare  , purgare^ 
februare,  fignifioient  faire  des  actions  de  religion, 
à deffein  d’effacer  quelque  faute , ou  d’éloigner 
les  malheurs  dont  on  étoit  menacé.  Il  y avoir 
donc  plufieurs  fortes  èt  expiations  , dont  les  prin- 
cipales étoient  celles  qui  fe  faifoîent  pour  les 
prodiges  , pour  l’homicide,  pour  les  villes,  pour 
les  armées , pour  les  temples. 

Expiation  pour  les  prodiges  : c’étoit  une  des 
plus  foîemnelies  chez  les  romains.  A l’apppition 
de  quelque  prodige , le  fénat , après  avoir  fait 
confiilter  les  livres  fibyllins  , ordonnoit  des  jours 


E X P 6 

de  jeûne,  des  fêtes,  des  ledifiernes,  jeux , 
des  prières  publiques , des  facnfices.  Toute  la 
ville  étoit  alors  dans  le  deuil  & dans  la  conffer- 
nation  ; les  temples  ornés,  les  leét.’fternes  pré- 
parés dans  les  places  publiques , les  lacrinces 
expiatoires  réitérés,  pour  détourner  les  raaiheuts 
dont  on  fe  croyoit  menacé.  Xoye:^  Lectisternes. 


Expiation  [homicide.  Cette  forte  d 

piation  étoit  accompagnée  dès  les  fiècles  héroï- 
ques , de  cérémonies  foîemnelies  & fatigantes  ; 
& lorfque  le  coupable  étoit  d’un  haut  rang , les 
rois  eux-mêmes  ne  dédaignoient  pas  d en  faire 
!a cérémonie.  Ainii  Copréus  , qui  avoir  tue  îphife, 
fut  expié  par  Euryfthée  , roi  de  Ivlycène  ; Adrafle 
par  Créfus  , roi  de  Lydie  5 Hercule  par  Céix, 
roi  de  Trachine;  Greffe  par  Démophoon  , roi 
d’Athènes;  Jafon  par  Circé.  On  pourra  juger  de 
la  cérémonie  de  cette  forte  d expiation , par  ceu.- 
qui  fe  fit  à i’occa.fion  du  meurtre  Q’Abfyne, 
frère  de  Médée,  tué  par  Jafon.  Apollonius  de 
Rhodes  la  décrie  dans  le  plus  grand  détail.  « Ce 
« prince,  dit-il,  étant  arrivé  avec  Médée  dans 
..  l’iüe  d’Aéa  , fit  prier  Circé , de  vouloir  raire 
3^  pour  eux  la  ceremonie  de  1 expiation  ,*  8c  ai  ant 
” reçu  la  permiffion  d’aller  au  palais  de  cette 
» princeffe,  ils  s’avancèrent  l’un  & l’autre  , les 
» veux  baiffés,  félon  la  coutume  des  fuppaans, 
=3  jufqu’au  foyer,  ou  Jafon  fi-rha  en  te.re  lepee 
avec  laquelle  il  avoir  tué  fon  beau-lrère.  Leur 
” filence  & leur  fituation  firent  aifément  con- 
„ noître  à Circe  qu  ils  croient  fugitifs,  & cou- 
» pables  de  quelque  homicide  , & elle  fe  prépara 
à \qs  expier.  Elle  fit  d abord  apporter  un  cochon 
» qui  terroir  encore  ; & l’ayant  égorgé  , e..^e  frotta 
» de  fon  fang  les  mains  de  Jafon  & de  Meaee. 
« Hile  fit  enfuite  des  libations  en  l’honneur  de 
« Jupiter  expiateur.  Apres  quoi  , ayant  faitjetter 
« hors  de  la  falle  les  relies  du^  facrifice , elle 
» brûla  fur  l’autel  des  gâteaux  pêtns  de  farine, 
» de  fel  8r  d’eau,  & accompagna  ces  ceremonies 
..  de  prières  propres  à fléchir  la  colère  des  eu- 
méhides , qui  pourfuivent  ordinairement  les 
» coupables.  La  cérémonie  finie,  eJe  regan 
» magnifiquement  fes  hôtes  ”. 


Tontes  les  expiations  pour  meurtre  ne  fe  fai-. 
fient  pas  avec  tant  de  cérémonie.  Il  y en  avoir 
ui , pour  fe  purifier  d’un  meurtre  , fe  conter^- 
fient  de  fe  laver  dans  de  1 eau  courante  : c eit 
infi  ou’ Achille  fut  purifié  apres  avoir  tue  .e  roi 
esLeièges.  Enée,  dans  Virgile,  n ofe  toucher 
»s  dieux  Pénates  qu’il  veut  emporter , )mqu  a 
e cu’il  fe  foit  purifié  dans  quelque  fleuve.  Gvide 
nrle  de  plufieurs  héros  qui  avoient  ete  purifies 
ie  cette  manière  t mais  il  ajoute  ( Faft.  2.  45.  ) 
nffiffe  qu’il  faut  être  bien  crédule  pour  fe  per-^ 
uader  qu’on  piüffe  , à fi  peu  de  frais  , etre  purge 
i'un  homicide.  Les.  romains  avoient  pour  i 
nation  du  msurîrs  des  cérémonies  differentes  de 


<^20  E X P 


E X P 


dvs  grecs.  Denys  ri'HalicârnafTa  raconte 
fOiT.menî  Horace  fut  expié , pour  avoir  tué  fa 
lœur.  « Après  qtf  Horace  fur  abfous  <iu  crime  de 
’’  parricide,  !e  roi  , qui  ne  crut  pas  que,  dans 
=’  une  viüe  qui  fafî'oit  profeflïon  de  craindre  les 
==  dieux  , le  j'ügemcU't  des  hommes  futîlr  pour 
abfoiidre  un  crimnoel,  fit  venir  les  pontifes, 
==  & voulut  qu'ils  appaifaslént  les  dieux  fie  les 


K>  genres , & que  le  coupable  pafaât  par  toutes 
” les  epreuves  qui  étoient  en  ufage  pour  expier 
33  ]q5  crimes  où  la  volonté  iriavoit  point  eu  de 
” part.  Les  pontifes  élevèrent  donc  deux  autels; 

l’un  à Junon,  proîeélrice  des  fœurs  ; l’autre 
” au  génie  du  pays  ; on  offrit  fur  ces  autels  plu- 
” heurs  facrifices  à’ expiation , après  lefquels  on 
» fît  palTer  le  coupable  fous  le  joug  ». 


Expiation  pour  les  villes  pour  les  lieux  par- 
ticuliers. Il  y avoir , dans  le  calendrier  romain  , 
des  jours  marqués  pour  l'expiation  de  la  ville  de 
Rome  J c’étoit  le  cinq  de  février , où  l’on  im- 
moîoit  pour  cela  les  viélimes  amburbiaks.  Outi® 
cette  fête  annuelle , il  y en  avoir  une  qui  reve- 
noit  tous  les  cinq  ans  ; & c’efl  du  mot  lufirare, 
expier , qu  on  donnoïc  le  nom  de  luflre  à un 
efpace  de  cinq  ans.  A îæ  b a R y a l e s , 

CoiîPITALES. 


Expiation  des  armées.  Foyep  Armilustres. 


ExpiAîION  pour  les  temples  d?  pour  les  lieux 
/acres.  Si  quelque  crinnnel  entroit  dans  un  lieu 
profané;  il  falloir  Vexpier. 
t^di^pe  , exilé  de  Ton  pays  , alla  par  hafardVers 
Athènes  , _&  s’arrêta  à Colone,  près  du  temple 
ces  euménides  , dans  un  bois  facré  ; les  habitans 
Tachant  qu’il  étoit  criminel,  l’obligèrent  défaire 
les  expiations  néceffaires.  Ces  expiations  confif- 
roient  à faire  d:s  libations  d’eau  tirée  de  trois 
fburces,  à couronner  des  coupes  facrées  de  ban- 
delettes de  laine  récemment  enlevée  de  la  toifon 
d une  jeune  .brebis , à répandre  de  l’eau  pure  , 
& non  du  vm  à verfer  entièrement  & d’un 
feul  jet  la  dernière  libation , le  tout  en  tournant 
levifage  vers  le  foleil  ; enfin,  il  falloit  offrir  trois 
fois  neuf  branches  d’olivier  (nombre  myflérieux  } , 
en  prononçant  une  prière  aux  euménides.  Œdipe^ 
que  fon^  état  rendoit  incapable  de  faire  une  pa- 
reille cérémonie,  e.n  chargea  Ifmène  fa  fille. 

Outre  ces  expiations  , il  y en  avoir  encore 
pour,  être  initiés  aux  grands  & petits  myltères 
d’Eleufis,  à ceux  deM.vthra,  aux  Orgies  , Scc. 

H y en  avoir  pour  toutes  les  aélions'de  la  vie 
un  peu  importantes  : les'noces,  les  funérailles, 
les  vc^ages  étoient  précédés  ou  fuivis  à’exvià- 
rzo.’z.-  Tout  ce  qui  étoit  réputé  de  mauvais  augure, 
la  rencontre  d’une  belette,  .d’un  corbeau  oa^^d’un 
lievre,  un  orage  imprévu,  un  fonge,  & mille 
autres  accidens  obligeoien:  .de  recourir  aux  cx-o/a- 
tions.,  , . . 


i lOH  des  monumens.  îî  exifte  beau, 
coup  de  morceaux  antiques  , en  marbre  même 
qu’on  ne  peut  expliquer  d’une  manière  fatisfail 
fante,.  ou  parce  qu’ds  font  le  fruit  de  i’im'aX 
nation  bifarre  de  quelque  artifie  , ou  parce  que 
les  faits  & les  traditions  auxquels  ils  étoient  re- 
latifs , font  entièrement  oubliés.  Chez  les  anciens 
pecs  , la^  figüification  de  plufieurs  figures  fym- 
’poiiques  étoit  déjà  perdue.  Paufanias  avoue  qu’il 
ignore  ce  que  vouloient  dire  les  éthiopiens  placés 
fur  la  coupe  de  Néméfis  , cifelée  par  Phidias; 
& pour  quelle  raifon  Théognète  portoit  en  main 
une  grenade  & une  pomme  de  pin.  Ces  exem- 
ples doivent  rendre  très-réfervés  dans  l’explica- 
tion des  anciens  monumens , les  modernes  qui 
manquent  plus  certainement  de  lumière  fur  cet 
objet  que  Paufanias. 

EXPLICIT  de  Pfalmo  LXXX.  Irrcipin-  àe 
Pfaimo  LXXXI.  Ces  formules  en  pleine  capi- 
tale , & qui  annoncent  la  fin  d’une  pièce  ou  d’un 
livre  , & le  commencement  d’un  autre , font 
fréquentes  dans  les  anc-'ens  inanufcrits.  Le  mot 
explicit,  placé  à la  fin  d’un  ouvrage  , eil  peu 
latin  : ce  n’cfl:  que  l’abrégé  explicitas  , pour  dire 
ferma , ou  liber  abfolutus.  Martird  a dit  en  ce 
fen.s  : verfibus  explicitum  efi  omne  duobus  opus.  Le 
même  poète  dit  encore  : explicitum  nobis  ufque 
ad  fua  cornua  lihrum  , & qUaf  perleclum , fep- 
ticiane , refers.  C’étoit  un  ufage  ordinaire  au 
temps  de  St.  Jérôme,  d’employer  les  mots  e^i- 
plicit  onfeliciter , ou  quelqu’autre  mot  fembiable, 
pour  marquer  la  fin  d’un  ouvrage,  & pour  le 
diftioguer  du  fuivant.  On  trouve  dans  les  jurif- 
confultes  : explicitas  efi  articulas.  Cette  formule 
qui  convenoit  aux  livres  en  forme  de  rouleaux  , 
a paffé  en  ufage  pour  les  livres  cempofés  de  cahiers 
reliés  enfemble. 

EXéPLGDERE,  frapper  le  théâtre  avec  les 
pieds  , pour  marquer  la  mefure  du  rythme. 

EXPOSITION  des  enfans.  Cette  coutu.me 
barbare  étoit  répandue  dafis  toure  la  Grèce, 
excepté  à ihèbes , où  une  loi  très-expreffe  l’ avoir 
abolie.  Les  grecs  expofoient  les  enfans  qu’ils  ne 
vouloient  pas  nourrir,  avec  des  marques,  habits, 
joyaux,  &c. , qui  fervoient  à les  faire  connoître 
dans  la  fuite.  C’eit  ordinairement  le  nœud  de 
leurs  comédies. 

Les  grecs  expofoient  leurs  enfans  dan.s  les  car- 
refours. Les  romains-  fur  le- rivage  des  fleuves, 
à l’entrée  des  cloaqaes  , ou  près  de  la  colonne 
laâaria , ou  du  baflln  creufé  dans  le  Vélabre. 
Les  empereurs  chrétiens  défendirent  fous  des  pei* 
nés  très-graves,  d’e-ypti/Jr  les  enfans. 

EXSERTUS , expreiîîon  qui  défignoit  chez  les 
romains  un  homme  fans  tunique,  têtu  de  la  toge 
feule , & ayant  l’épaule  droite  ce  le  bras  droit 
dégagés  de  la  toge. 


EXT 


E X V 


EXSUPIRANTISSIMUS  ( Jupiter  ). 

On  conçoit  une  infcnption  dans  laquelle  Jupiter 
porte  ce  nom. 

I.  O.  M. 
s V M il  O 

BX  'SVPERAN 
T I S S I M O. 

Cette  épithète  a été  imaginée  pour  rendre  toute 
la  force  du  grec  55-«vuîî-£pï-oit«5-.  Ce  Jupiter  eft  re- 
préfenté  fur  une  pierre  gravée  du  duc  d’Orléans  , 
avec  de  la  barbe,  une  robe  longue  , le  modius 
fur  la  tête , une  corne  d’abondance  à la  main 
gauche  , & tenant  de  la  droite  une  patère  , fur 
laquelle  ell  pafé  un  papillon.  La  Chauffe  a pris 
cet  emblème  pour  un  facrince  offert  à l’ame  d'un 
mort.  Mais  il  faut  y reconnoître  Jupiter  fjç/Lpe- 
rantijfimus.  I!  étoit  repréfenté  fur  un  bas-relief 
du  commandeur  dd  Poi-^o , avec  les  mêmes  attri- 
buts 5 mais'fans  modius , & avec  un  diadème  qui 
s elevoit  en  pointer  Spanheim  , dans  les  Céfars 
de  Julien.,  a fait  d'utiles  remarques  fur  l’épi- 
thète à' exfiiperantijfimus . II  eft  très-rare  aurefte, 
de  voir  Jupiter  avec  la  corne  d'abondance. 

EXTISPICES;  on  donnoit  aux  arufpices  ce 
nom,  qui  ell  compofé  de  deux  mots  latins,  exta^ 
entrailles,  & infpicera,  confidérer.  Il  y avoir  en 
Grèce  deux  familles  cé/èbres  dans  V 2xt  àti  Extif- 
pices , lesjamid.es  & les  Clytydes.  Les  étrufques 
reçurent  cet  art  des  pélafges.ou  anciens  grecs, 
& ils  le  tranfmirent  aux  romains. 


On  en  voit  un  repréfenté  fur  un  bas -relief 
de  la  ville  Borghèiè  , publie  par  Winckelmann  , 
dans  monuTTienti  , n°.  83. 

extraordinaire,  f.  m.  Les  romains 

avoient  un  corps  de  troupes , compofé  de  cava- 
lerie & d infanterie,  qu'on  appeüoit  les  extraor- 
d:nci'-es.  Ils  campoient  communément  près  de  la 
tente  du  général,  pour  être  plus  à portée  d'exé- 
cuter fes  ordres.  On  les  nommoit  ainfî,  parce 
QU  ils  campoient  extra  ordinem  du  refte  des  trou- 
pes. C'elt  de  la  que  vinrent  les  prétoriens.  Il  y 
avoir  auffi  dans  le  camp  des  romains  une  porte  ap- 
pellée  la.  porte  extraordinaire.  On  croit  qu’elle  fe 
nommoit  ainfî  , parce  qu’elle  étcit  près  de  l’en- 
droit où  campoient  \t%  extraordinaires  Se  qu’elle 
étoit  la  même  que  la  prétorienne  , voifine  du 
prétoire , ou  de  la  tente  du  général- 

EXVERRÆ.  Voye^  ÉVERRIATEUR. 

EX-VOTO;  on  appelle  les  offrandes  pro- 
mifes  par  un  voeu  ,,des  ex-voto',  expreùSon  latine 
que  Lufage  a fait  paffer  dans  .notre  langue.  Les  an- 
ciens^ nous  ont  en  Te  point  fervi  d’exemple  : ils 
ornoient  leurs  temples  de  tableaux  , qu’ils  appel- 

loient  tahelU.  votîvs,.'. Ces  tableaux  étoient 

àuffi  nommés  parce  que  la  plupart  étoient 

accompagnés  d’une  infeription  qui  finiffoit  par 
ces  mots  , ex  - voto  , pour  marquer  ou  que  le  do- 
nateur s’acquittoit  de  la  promeffe  qu’il  avoir  faite 
à quelque  divinité  dans  un  extrême  danger,' ou 
pour  rendre  public  un  bienfait  reçu  de  la  bonté 
des  dieux  i en  ^néral  ou  en  particulier.  Jacques 
Philippe  ThoriaâfSn  a fait  un  traité  i>s.  Ta-bvlis 
roTivis.  ■ > - 


622 


F. 


_ » Les  auteurs  de  la  nouvelle  Diplomatique 

dïvifent  toutes  les  Fj  recueillies  des  monumens  & 
des  chartes  J en  huit  grandes  fériés  ( tom.  II. 
p.  519.  ). 

Les  r r C î forment  la  première  grande  férié 
de  FF.  La  preraièr.é  des  fous-féries  qu’elle  ren- 
ferme j remonte  aa-deffus  de.  i'ère  chrétienne, 
& fe  ..diftinghe.  par  un  trait  droit , ordinairement 
détache  aè  ïâ  Hafté  jhi®.  même  trait  defc'endant 
fans  défunîdn  ; 3 ®.  mênié  trait , fimplement  eu 
doublemend  courb£.  Eri' fuppofant  celle-ci  fub- 
divifée  eh  deux  , la  fécondé  partie  feroit  renvoyée 
au  moyen  âge,  ou  même  au  bas  temps;  4*.  F 
en,  r;  ys.  eù,C.  ([.)  carrés;  .f  renver- 
fées  , contournées. .depuis  Jarhaute  antiquité  }uf- 
qu  au  moyen  âge.  Ou  entend,  ici  par  la  haute 
antiquité  cel'e.'.qüi  précède. Fétabliflement  de  la 
do.minatîQn:  fpcçoife  , par  moyen  .dgeyles  fiècles 
fuivans  jufqu  au  XI , par  bas  temps , la  durée 
fübféquente  antérieure  à la  renaiffance  des  lettres. 

La  II=.  férié  réunît  diverfes  formes  & pofitions 
deiFélément  primitif  . incliné,  1°.  vers  la  droite; 
z°.  verslagauche.;  3°.  à halle  prolongée  par  leiraut; 
4°.  a traÿerfe  fupérieure  en  T ; y®,  dépourvue 
de  cette  traverfe.  Lés  trois  premières  appartien- 
nent à Ja  haute  antiquité;  les  deux  amMs  au 
moyen  âge. 

Dans  la  IIP.  grande  ferie  de  FF  font  comprifes 
fes  figures  les  plus  communes  : i®.  terminées  par 
des  rondeurs , ou  en  talus , &c.  2®.  Par  des 
bafes  & fommets  quelquefois  avancés  vers  le  côté, 
gauche.  r 

La  IV*.  eft  compofée  d’F  un  peu  irrégulières , 
mais  prefque  toutes  à lignes  droites.  Quelques- 
unes  defcendent  à peine  aux  derniers  temps  du 
moyen  âge.  Les  trois  grandes  fériés  fuivantes 
font  à peu  près  du  même  temps,  fous-férie  : 
une  traverfe  abailTée  ; 2^  toutes  horizontales  non 
tranchées;  3^.  en  parties  obliques  ; 4*.!  à/ trois 
traverfes,  avec  une  extenfion  inférieure  de  la 
halle.  '■  y : ..y 

La  V®.  ne  renferme  pas  des  F moins  irrégu- 
lières; elles  font  toujours  courbées  par  leur  queue 
ou  par  Fune  de  leurs  traverfes.  1°,  Traverfe 
fupérieure , confillant  dans  la  continuation  de  la 
halle 2°.  débordant  vers  la  gauche;  3“.  courbée 
en  s’élevant;  4°.  eh  S couchée;  y°.  F cour- 
bées feulement  dans  la  queue  en  dehors  ; 6°.  en 
dedans  ; 7°.  traverfe  détachée,  &c.  8°.  F à bafe  i 


en  griffe  étendue,  du  moyen  âge;  9'’./minur- 
cules  & curfîves;  10®.  préfqu’en  e ronds. 

Celles  de  la  VT.  fçrie  reffemblent  à certains- 
E majufcu’es  ou  curfifs;  1°.  à plufieurs  traverfes 
eh  S couchées  ; 2°.  traverfe  fnpérieure  droite 
brifée;  3®.  traver.fes  , prefque  toujours  s’élèvent; 
4°.  defcendent  ; y®,  fe  courbent  intérieurement, 
au  moins  en  partie.  * 

Si  l’antiquité  des  F de  la  VF.  férié  ell  incon- 
tellable , fur-tout  dans  fes  trois  premières  fous- 
féries,  elle  Fell  encore  plus  conllamment  daos 
la  VIT.  féne  J qui  contient  des  F prefqu’en  forme 
de  K;  1°.  angle  ouvert  du  côté  droit  ; 2®.  tra- 
verfes courbées;  3°.  bafe  obliquement  élevée; 
4®.  abailfée  en  forme  de  troilîème  traverfe , &c.- 

La  VIII'.  férié  ell  réfervée  aux  F gothiques , 
1°.  prefqu’en  R;  2°.  en  P;  3°.  en  H.  La  IV'. 
fous-iérie  ell  caraélérifée  par  fon  irrégularité , & 
par  la  multitude  de  fes  angles  & de  fes  éperons. 

L’F  pour  le  ^ fe  montre  fur  les  médailles  des 
Fàhfques,  peuple  de  la  grande  Grèce,  voifîn 
du  Latium. 

Spanheim  reconnoît  dans  cette  F le  digamraa 
éolrque , ayant  la  force  de  l’H , & peut-être  de 
FV.  Poyep  Digamma. 

Les  romains,  à l’exemple  des  grecs,  fubllituè- 
renr  fouvent  FF  au  PH;  comme  les  médailles  le 
prouvent.  On  lit  Triümfus  quad.  fur  celles 
deNumérien,  Trivmfator.  gent.  barbar. 
fur  celles  d’Honorius  , Isis  faria.  fur  celles 
d’Hélène,  femme  du  Céfar  Julien.  Dn.  Focas 
fîir  la  plupart  des  médailles  de  l’empereur  Phocas, 
&e.  écc. 

L’F  chez  les  romains  8c  le  O chez  les  grecs , 
étoient  les  caraélères  que  les  maîtres  iraprimoient 
fur  le  front  de  leurs  efclaves,  lorfqu’ils  avoient 
pris  la  fuite.  C’étoient  les  lettres  initiales  des 
mots  /ù^a  8c  çtvyv,  fuite. 

FABARIA  i facrifice  qui  fe  faifoit  a Rome 

fur  le  mont  Caslius , avec  de  la  farine  de  fèves 
& du  lard  , le  premier  jour  de  juin , en  l’honneur 
de  la  deelfe  Carna;  d’où  vient  que  les  calendes 
de  juin  s’appelloient  fabarU.  ( Macrob.  Saturti. 
lib.  I.  cap.  12.)  Voye^  CarnA. 

FABARIUS.  Les  anciens , au  rapport  de  Bou'- 
lenger , appelloient  fabarius  un  chanteur , pto" 


F A B 

bablemsTit  par'e  que  leurs  chanteurs  mangeoient 
beaucoup  de  fèves,  qui,  à ce  qu'on  prétend, 
fuTcifient  la  voix. 


F A B 


62^ 


quon  lit  dans  Platon,  fur  Porus  & Génie,  ou 
fur  les  Richeffes  & la  Pauvreté,  qui  engendrè- 
rent TAmour.  ' * ' 


FA3ATAR1UM , vafe  dans  lequel  on  offroir 
aux  dieux  Lares  la  bouillie  de  farine  de  fèves. 

FABATUS , furnom  de  & famille  Rcscia. 

FABIA , famille  romaine,  dorit  on  a des  mé- 
dailles. 

C.  en  argent. 

R.  en  bronze. 

O-  en  or. 

Les  furnoms  de  cette  famille  font: 

Ambvstvs,Bvteo,  Ebvrnvs,  Hispanien- 
sis,  LabeOj  Licinvs,  Maximvs  , Pictor, 
Servilianvs,  Verrvcosvs. 

Goltzius  en  a publié  quelques  médailles  incon- 
nues depuis  lui. 

FABIENS.  Les  luperces,  ou  prêtres  de  Pan, 
étoient  divifés  à Rome  en  trois  collèges  , celui 
des  Fahiens , celui  des  Quintillier^ , & celui  des 
Juliens.  'Foyei  Luperces. 


Fables  morales  5 ce  fort  celles  qu'on  a in- 
ventées pour  envelopper  quelques  préceptes  pro- 
pres à régler  les  moeurs,  tels  font  tous  les  apo- 
logues , tCiie  eit  celle  ou  Jupiter  envoie  pendant 
»c  jour  les  etoiies  fur  la  terro,  peur  s inforrner 
des  aérions  des  hommes. 

Fables  mixtes , c elt-a-dire , méiees  d'anégorie 
Sc  de  mora.e , 3c  qui  n ont  rien  d'hîitorique, 
ou  qui , a\  ec  un  fond  hiüorique  , font  cependa.nt 
des  alludons  manifeftes  , .ou  à la  Morale  ou  a 
la  Phyfique.  . J , - 

Fables  agronomiques  , c'eR-à-dire , qui  font 
fondées  fur  les  levers , les  couchers  , ou  les  divers 
afpeéts  des  alires.  Al.  L/upins , de  l'académie  des 
Infcriptions , s'occupe,  avec  le  plusbriüant  fuccès, 
de  leur  recherche  5 & ce  dictionnaire  renferme 
plulieurs  de  les  travaux..  . _ 

Fables  inventées  à plaiCr;  ce.font  celles  qui  n'ont 
d'autre  but  que  d'amufer  , comme  celle  de  Ffiché, 
& cenes  qu’on  rïommoît  miléjiennes  3c  fybaritides . 

FABRICENCES.  / Fabriques. 


FABIUS  , fils  d’Hefcule  & d’une  fille  d’Évan- 
dre,  étoit  regardé  comme  la  tige  de  i'iiluilre 
famille  des  Fabius  à Rome. 

FABLE,  ce  mot,  qui  lignifie  en  généra!  une 
narration , s'applique  en  particulier  aux  narra- 
tions feintes  ou  ornées  de  fiéiions.  Ce  diéfion- 
naire  offre  un  recueil  de  toutes  les  fables  qui  ont 
rapport  à la  religion  des  anciens  , à fes  myfières, 
à fes  fêtes  ,à  fes  cérémonies,  au  culte  dont  elle 
honoroit  fes  dieux  & fes  héros.  Les  fables  font 
de  plufieurs  fortes  ; il  y en  a d'hifîoriques,  de 
phyfiques  , d'allégoriques  , de  morales  , de  mix- 
tes ; il  y en  a enfin  , qui  ont  été  inventées  pour 
amufer,  & qui  n’ont  pas  d'autre  but. 


FABRICJA,  famille  romaine , dont  on  a des 
médailles. 

O.  en  or. 

O.  en  argent, 

RRRR.  en  bronze. 

Le  furnom  de  cette  famille  eft  pATniacvs. 

, famille  romaine,  dont  on  a des 

médailles. 

.0.  en  or. 

O.  en  argent. 

RRR.  en  bronze. 


Fables,  hiftoriques;  ce  font  d'anciennes  hif- 
toires  mêlées  avec  plufieurs  fictions  y 3c  ces  fables 
font  en  aifez  grand  nombre. 

Fables  philofophiques  5 ce  font  celles  que  les 
■poètes  ont  inventées  , comme  des  paraboles  pro- 
pres à envelopper  les  myfières  de  la  Philofophie': 
par  exemple  , lorfqu'on  dit  que  l'Océan  efi  le 
père  des  fleuves  ; que  la  Lune  époufa  l'Air , & 
devint  mère  de  la  Rofée. 

Fables  aUég-crlques  j c'étoit  une  efpèce  de  para- 
bole qui  cachoit  'ûri  fens  myftique , co.mme  celle 


FABRIQUES  d'armes  , fabric&.  ( Csfar  de  Bell, 
civil.  I.  94.  ) La  de  l'empire  nous  apprend 
G.e  les  empereurs  en  avoient  établi  cinq  dans 
l’Orient  , trois  dans  Je  Pont  , une  dans  l'Afie  , 
deux  en  Thrace,  fix  dans  l'Italie,  quatre  dans 
la  partie  de  l'Illyrie,  qui  appartenoit  à l'empire 
d’Orient,  cinq  dans  le  refte  de  l'Illyrie,  compris 
dans  l'empire  d'Occident , & huit  dans  les  Gau- 
les. C :s  fabriques  étoient  éta’DÜes  dans  des  villes 
fituées  près  des  chemins  militaires , & des  fron- 
tières de  i'empire.  Les  ouvriers  , fabricenfes  , qui 
y travailloie-at  , étoient  enrôlés  & attachés  à 
chacune  d'elles  fous  l'infpection  des  comtes. 


^24 


F A G 


J^A3i/LIIS^US  , dieu  de  la  parole  , qui  étx)!t 
honoré  chez  les  rôrnairis.'dit  Varron.  On  l^invo- 
Cuo:t  f(ir  les  enfans  , & on  lui  faifoit  des  facri- 
fices  pour  eux  , lorfqu'ils  commençoienc  à parier 
Sr  a bégayer  quelques  mors.  C’étoit  un  des  dieux 
qui  préfiJore:;t  à l'éducation  des  enfans.  ( Non- 
n:us  irlarcellus  c.  XII.  n° . pd.  ) Le  nom  de  Fa- 
huhniLs  etoit  dérivé  "ue  fabulari  ^ converfer. 

FACTIONS;  O , 

FACTIONES  • f ^ Jes  romains 

don.noient  aux  d.fFérentes  troupes-,  ou  quadrilles 
de  combattans  qui  couroient  fur  des  chars  dans 
les- jeux  du  cirque.  li  y en  avoir  quatre  princi- 
pales d’ft-nguées  par  autant  decouleurs  différentes, 
le  verd,  le  bleu,  le  rouge  & le  blanc,  doù  on 
les,  appelloît  la  faction  bleue,  la  faction,  rouge  , &c. 
L empereur  Domitien  y en  ajouta  deux  autres  , 
la  p.-nirpre  & la  dorée;  dénomination  prife  de 
i etoiiC  ou  oe^  rornement  des  tuniques  qu'’e]Ies 
portoient  : mais  elles  ne  fiiblîficrent  pas  plus  d’un 
iiecle.  Le  nombre  des  factions  fut  réduit  enfuite 
aux  quatre  anciennes.  Dans  les  fpecfacles  ia  fa- 
veur des  empereurs  Se  celié-'  du  peuple  fe  parta- 
geo’t  eritre  Jes  faBions  ^ chacune  avoit  fes  parti- 
fans.  Caügula- fut  pour  Iil  faction  vcrtè , & Vi- 
îedius  pour  la  bleue.  I!  ré'fufta  quelquefois  de 
grands  defojrdres  de  rintérêt  trop  vif  que  lesfpec- 
tateuis  prirent  a leurs  faâions.  Sous  Juftinien , 
une  guerre  fanglante  n’eut  pas  plus  fait  de  ravage  ; 
il  y eut  quarante  mille  hommes  de  tués  pour  les 
factions  vertes  & bleues.  Ce  terrible  événement 
Et  iUppritmer  le  nom  é^  faSion  dans  les 'jeux  du 
ctrque. 

li  eir  fai!  fouvent  mention  dans  les  infcriptions 
romaines  de  ces  factions  , de  leurs  chefs , domini 
faciwnum,  des  cochers  qui  les  compofoient,  agi- 
tatores,  des  chevaux  qui  les  avoient  fait'triompher , 
&c.  &c.  On  trouve  dans. Gruter  un  éloge  empha- 
tique ce  ces  cochers,  F^ctioicari us  primus 
SUI  T^MPORIS  ET  SOLUS.  ( Thef  ihfcr.  338.'  3.  ) 

Faction  , roi  de  LyrnefTe.  Xoye:^  BmsÉïs, 

FACTORES  ^ au  jeu  de  balle , étoient  les  joueurs 
qui  !a  renvoyo-ienr  ; & les  datores,  ceux  qui  la 
lançoient,  qui  fen’oient.  Plaute  ( CurcuL  II.  5.18.)  : 

Et  datons  , & faBores  omnes  fubdarn  fub  foluni. 

FADIA , famille  romaine , dont  on  a des  .me-  j 
dailles.  . 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

^ FAG  UTAL  , un  temple  de  Jupiter , qui  fut 
ainlî  nommé  de  l’arbre  que  les  anciens  appelloient 


F A I 

fagus  y hetre  ; cet  arbre  étoit  confacré  à Jup'te- 
& le  hafard  voulut  qu’il  s’en  produilît  un  da?.s 
fon  temple  , qui  en  prit  le  furnora  de  fagutal 
P autres  prétendent  que  h fagutal  fut  un  temple 
de  Jupiter , élevé  dans  le  voiiinage  d’une  forêt 
de  hêtres.  Ils  en  apportoient  pour  preuve  qu- 
ia partie  du  mont  Efquilin  , qu’on  appelloît  au- 
paravant mons  Appius  y s’appeîla  dans  la  fuite 
fagutalis.  Par  la  même  raifon,  il  y en  a qui 
cor.jeâurent  que  Fagutal  eit  le  même  que 

Jupiter  de  Dodone,  dont  la  forêt  , difent-iis 
étoit  plantée  de  hêtres  , fagi.  ^ 

FAIM,  nom  d’une  déeffe  chez  les  an- 
ciens. Ils  la  plaçoient  aux  portes  de  l'enfer 
avec  ia  vieilieffe  , les  foins  , ks  chagrins  , les 
pleurs,  les  maladies,  la  crainte,  la  pauvreté  & 
les  autres  divinités  raaifaifantes.  ( Vojfius  de  idol. 
lib.  V ill.  cap.  V.  d la  fin.  ) Les  lacédétuo- 
niens  avoient  un  tableau  de  la  Faim  dans  le  temple 
de  Minerve  Chalcioëqae.  Elle  étoit  repréfentée 
fous  la  figure  d’une  femme  hâve  & pâle,  d’une  - 
maigreur  affi-eufe,  & qui  avoit  les  mains  liées 
derrière  je  dos.  ( Polyænus  , 1.  IL,  dans  Hippo- 
damas.) Si  les  anciens  n’en  faifoient  pas  une  déelfe, 
les  poètes  au  moins  la  perfonnifioient.  Ovide  ( Mé- 
tam.  liv.  V.  ) la  repréfente  fous  la  figure  d’une 
femme. sèche  , qui  a le  vifage  pâle  & hâve,  les 
yeux  enfoncés,  le  corps  maigre  & décharné.  Vir- 
gile l'appelle  une  maavaife  confei Hère  , malefuada 
famés  , & la  place  à l’entrée  de  i’enfer,  xomme 
on  l’a  dit  plus  haut. 

- FAISAN.  Ifidore  feul  ( XII.  7.  ) a dit  que 
cet  oiCau.-étoît  originaire  d’une  ifle  de  la  Grèce, 
appellée  Fhafis.  Toute  l’antiquité  l’a  fait  venir 
des  bords  du  Phafe  y de  la  Colchide,  &a  répété 
qu’il  en  avoit  été  apporté  par  les  Argonautes. 
Martial  & Manilius  ont  chanté  cette  tradition. 
Martial.  ( XllI.  72.  ) : 

Argiva  pnmum.  fum  tranfportata.  catina. 

Ante  mini  notum  nïl  nifi  Thafis  erat, 

Mahil.  V.  370  : Numida-rum  pafeimur  oris , 

Fhafidos  & damnis  ; arcejjitur  indé  macellum  , 

■ Undè  auratanevo  conveSa  ejt  cequorepellis. 

Ce  que  Manilius  dit  ici  de  rAfnque  , rappelle 
le  foin  avec  lequel  Prolémée  Phyfeon  confervoit 
les  fdifans'cn  Egypte.  Il  alTurBir , dit  Athénée- 
( XIV . ) , qu’il  n’en  avoit  jamais  fait  fervir  fur  fa . 
table,  mais  qu'il  les  confervoit  comme  un  tréfor. 


Capitolin  dit 


que  i. empereur  Fertinax  ne 


fi: 


jamais  fervir  de  faifan  dans  fes  repas  ordinaires, 
& qu’il  n’en  fitiamaisdeprêfent.  Alexandre  Sévère 
ks  réfervoit  atifli  pour  les  jours  folemnels , tek 
que  les.  calendes  de  janvier,  les  hilaires,  les  fêtes 
de  Cvbèle,  les  jeux  d’Apollon.,  ie  repas  de  Ju- 
P'.te-,  & les fati'.rnales.  {lamprid.  cap.  XXXJ^II.} 
Mais  i’infenfé  Caiiguia,  qui  s’ècoit  fait  adorer  du 

peuple 


FAI 

peuple^  romain  j voulut  qu*on  immola  tous  les 
jours  a fa  ftatue , entr'autres  vifiimes  rares  & 
chères  J des  faifans.  (Suecon.  Calig.  ) 

FAISCEAUX  J f.  m.  pl.  faîfceaux  é toient 
compofes  de  branches  d'ormes,  au  milieu  def- 
queiies  ilyavoit  une  hache  ; ie  tout  attaché  & lié 
enfemble  par  des  courroies.  Plutarque,  dans  Tes  pro- 
blèmes^ , donne  des  raifons  de  cet  arrangement , 
qu  il  n'ell  pas  nécelTaire  de  tranfcrire  ici. 

Florus J Silius  Italiens,  & la  plupart  des 
fiiltoriens  nous  apprennent  que  le  vieux  Tarquin 
apporta  îe  premier  de  Tofeane  à Rome^  Tufage 
cts  fazfceaux ^ avec  celui  des- anneaux,  des  chaifes 
d ivoire,  des  habits  de  pourpre^  & des  autres 
fymboles  de  la  grandeur  de  l'empire. 

Quelques  autres  écrivains  prétendent  néanmoins 
que  Romulus  fut  l’auteur  de  cette  inllitution  ; 
qu  il  1 emprunt^  des  étiuriens  ; & que  le  nombre 
de  douze  faifeeaux  qu’il  faifoit  porter  devant  lui  , 
répondo't  au  nombre  des  oifeaux  qui  lui  pre- 
noftiquèrent  fon  règne  ; ou  des  douze  peuples 
d.  Étrurie,  qui,  en  le  créant  roi,  lui  donnèrent 
chacun  un  officier  pour  lui  fervir  de  porte- 
faifeeaux. 

Quoi  qu'il  en  foît , cet  ufage  fubfifta  non- feu- 
lement fous  les  rois , maïs  auffi  fous  les  confu's 
& fous  les  premiers  empereuis.  Horace  appelle 
les  faifeeaux  , faperbos , parce  qu'ils  étoient  les 
marques  de  la  fouveraine  dignité.  Les  çonfuls  fe 
les  arrogèrent  après  l’expuinon  des  rois  ; de  là 
vient  Gfit  fumere  fafees  , prendre  les  faifeeaux, 
Szpoaerefafces y quitter  les  faifeeaux , font  les  ter- 
mes dont  on  fe  fervoit  quand  on  étoit  reçu  dans 
la  charge  de  conful , ou  quand  on  en  fortoit. 
Vingt- quatre  faifeeaux , portés  par  autant  d’hiiif- 
fiers , précédoienr  le  dictateur , & douze  feulement  , 
précédoient  les  confuîs  : les  préteurs  des  provinces 
& les  proconfuls  en  avoient  fix , & les  préteurs 
de  villes  deux  ; mais  les  décemvirs  , peu  de  temps 
après  être  entrés  en  exercices  , prirent  chacun 
douze  faifeeaux  &c  douze  lideurs.  Voye^  DÉ- 
.CEMVIR. 

Des  deux  confuîs  un  feul  faifoit  porter  les  faif- 
eeaux devant  lui  pendant  un  mois;  l'autre  mar- 
choit  pendant  cete.mps  pre'cédé  d’un  üenl^ceenfus , 
& fuivi  de  Iréleurs  armés  defimples  bâtons.  ( Dioayf 
lib.  V.  ) Le  plus  âgé  des  confuîs  étoit  préce'dé 
des  faifeeaux  pendant  le  premier  mois  du  con- 
fulat,  le  plus  jeune  pendant  le  fécond;  & ainfi 
alternativement  de  mois  en  mois.  ( Cafarem , 
dit  Suetone  de  Jules  Célàr , antiquum  retulijfe  mo- 
rem,  ut  quo  menfe  fafees  non  haheret  y aceenfus  ante 
■eum  iret  y liêiores  pane  fequerentur. 

Dans  Rome  , les  faifeeaux  étoient  dégarnis  de 
ïîaehes;  on  ne  las  y reolaçoii  qu’après  être  forti 
Antiquités , T^me  II, 


F A Ij  Va  5" 

des  portes  de  cette  ville.  Valerius  Poplicola  éta- 
blit cette  diftinélion  par  refpecl  pour  le  peuple 
romain.  fDionyf  ^.)  Lorfqne  le  magiftrat,  qui 
avoit  le  droit  de  fe  faire  précéder  par  des  lic- 
teurs charges  de  faifeeaux , étoit  dans  fa  n>aTon  , 
les  î.étèurs  attachoient  les  faifeeaux  à fa  porte. 
Petrone  C cap.  XXX.  ) in  poftibus  triclinii  fafees 
erant  cum  fecuribus  fixi. 

Les  faifeeaux  etOient  appeUés  laureati  , à caule 
des  feuilles  de  laurier  que  l’on  placoit  à leur  extré- 
mité fupérieure,  comme  on  les  voit  fur  l’arc  de 
Titus  , & fur  d’autres  monumens. 

On  a cru  mal-à-propos  que  l’on  y attachoit 
toujours  une  couronne  de  laurier.  Cette  couronne 
paroît  quelquefois  fur  les  médailles.  ( Spankeim. 
de  preji.  num.  tom.  2.  pag.  88.  ) 

Sut  les  monumens,  l’a  colonne  trajane  en  particu- 
lier , les  haches  des  faifeeaux  font  ordinairement  J 
un  feul  tranchant , placé  vers  le  milieu  de  leur 
hauteur,  & non  au  fom.met.  Les  haches  font 
enveloppées  dans  un  fourreau,  qui  eil  très-fen- 
lible  ; car  les  grecs  & les  rom.ains  renfermoient 
tontes  leurs  armes  dans  des  fourreaux , & ne  Ses 
en  tiroient  qu’au  moment  du  combat.  Wmcktl- 
mann  a cru  reconnoître  le  ffiurreaa  des  haches 
fur  un  bas-reitef,  nubije  dans  fes  monumenti  anti- 
eki  178.  Sous  ie^  empereurs  ces  haches  étoient 
d’argent.  {Anthol.  üb.  IV.  cap.  XLII.  pag.  578.) 

FAISULA  , en  Italie.  Fai.  en  lettres  étrufques. 

M.  Combe  attribue  une  médaille  autonome 
de  bronze  du  cabinet  de  iiffi«er,  avec  les  lettres 
ci-delTus  , à la  ville  de  Faifula. 

FALACER  y dieu  des  romains. 

On  ne  fait  pas  trop  quelle  étoit  la  fonélion  de 
ce  dieu.  Il  y en  a qui  croient  qu’il  préfîdoit  aux 
colonnes  du  cirque  , nommées  fal& , & dont  il 
eft  parlé  dans  la  fixième  fatyre  de  Juvena!.  D’au- 
tres ont  dit,  d’après  Varron  ( /iir.  /.  VI.')  y 
que  Falacer  étoit  le  dieu  des  pommiers  ; mais  il 
y a des  critiques  qui  prétendent  que  cet  jendroit 
de  Varron  a été  mal  entendu.  Ce  qu'il  y a de 
certain  , c’eft  qu’entre  lesTlamines  , il  y en  avoir 
un  nommé  Flamine  Falacer. 

FALACRIÆ  de&  Pomons. 

Muratori  ( 100.  é.  Tkef.  ) rapporte  une  înfetip- 
tion,  dans- laquelle  on  lit  : Fajtacr.  deæ  pom. 
Si  Pom  n’eft  pas  mal  lu  pour  Pont  ^ on  peut  croire 
que  ce  furnom  de  Po.mone  ell  relatif  à la  divinité 
apnellée  Falacer  par  Varron.  ( de  Uns.  latin. 

lib.  VL) 

FALÆ,  Veye^  PhAL.Æ. 


Kkkk 


^2$  F A Ïj 

FALARIQUE,  f.  f • , nom  J’mè  ancienne 
arîBe  ^ fal^rlca.  Grégoire  û£  i ouïs  eo 

Hifier.  francor.  lîh.  JX*  cc^-  ),  & U 

fçmbie  que  ce  foit  une  efpèce  de  iance  & d hal 
lebarde^  ou  de  pertuifane-  Au  moîns,  Grégoire 
de  Tours , ea  cet  endroit  ^ fait  falarica  , lyno 
nyme  de  larxea , îance.  li  paroît  encore  par  cet 
auteur  que  cTtoit  une  arme  affez  longue  pour 
percer  un  homrne  d'outre  en  outre.  Nonius 
Ilî-dorê  difer.t  .en  effet-,  que  c'etoit  un^arme  très- 
grande  j-&  Ifidcre,  qu’elle  fe  faifoit  au  tour;  que 
le  fer  dont  elle  étok  armée  , étoit  d’une  coudee 
de  long  5 qu’elle  avoit  à l'autre -bout  une  boule 
de  plomb.  Suipitius,  dans  fes  notes  fur  Lucaiuj 
dit  ’qu  elle  reffembloit  à une  lance  ou  pique  , 
■kafta,  armée  d’un  puiffant  fer;  que  l’on  enduifoit 
fou  bois  de  foufre , de  réfine , de  bitume  ; & 
qu’on l’entouroit  d’étoupes,  fur  lefquelles  on  verfoit 

del’huile,  qu’on  appelloit  incendiaire , oleo^ 

quod  incendiarium  vocant  ^ & qu’on  la  décochoit 
avec  une  balitle.  D’un  autre  côté  , i!  femble  que 
c’étoit  plutôt  une  flèche  que  l’on  lançoit  contre 
les  tours  de  bois  > qu’une  arme  avec  laquelle  on 
les  défendoit  ; car  Tite  - Live  , iiv.  XXXIVj 
chap.  XlV,  dit  que  le  trait  , appelle  falarique, 
étoit  terrible  J quand  même  i!  ne  feroit  entré  que 
dans  le  bouclier , fans  toucher  l’homme.  La  raifon 
qu’il  en  apporte  eft  qu’on  le  lançoit  demi- 
enflammé  ,*&  que  le  feu  s’augmentant^  en  l'air 
par  le  mouvement  ^ on  étoit  obligé  de  jetter  fes 
armes  pour  ia’.être  pas  brûlé,  & de  demeurer 
ainfi  défarmé  & à découvert,  expolé  aux  coups 
que  l’ennemi  voudroit  porter.  On  lit  dansVégèce 
( liv.  IV,  chap.  XVIII.)  que  fouvent  on  mettoit 
le  feu  aux  machines  faites  en  forme  de  tours, 
par  le  moyen  des  falarlques.  Tite  - Live , à 
l’endroit  cité  plus-haut,  parie  des des 
faguntins  : ainfi  on  peut  conclure  des  paroles  de 
cet  auteur  & de  Grégoire  de  lours , que  c’étoit 
une  arme  propre  aux  celtes  ou  gaulois,  & aux 
efpagnols;  peut  être,  ceux-ci  i’avoient-ils  reçue 
des  celtes  qui  s’établirent  le  long  de  l’Ebre. 

On  écrit  auffi  pkalarlque , phalanca  , & quel- 
ques uns  difent  que  c’étoirune  arme  luifante , & 
que  ce  nom  vencdt  de  çaho;  , ou  qui  vient 

de  Çciîü,  Liceo  ,fflendeo.  Dans  ce  cas,  il  feroit 
plus  raifounab'e  de  dire  qu’on  lui  donna  ce  nom, 
parce  que  c’etoit  une  arme  enflammée.  Feftus  va 
encore  plus  loin  : il  écrit  que  les  tours  s’appel- 
loient  fah  à raiidn  de  leur  hauteur , & à c.aufe 
du  mot  falendum  , qui  en  langue  étrufque  figni- 
fioit  le  ciel.  Ruinart , dans  fa  note  fur  Grégoire 
de  Tours  , dit  quç  la  falarique  étoit  proprement 
une  flèche  qui  fe  lançoit , & dont  fe  fervoient 
ceux  qui  défcndoient  des  tours;  que  ce  mot 
■vient  de  pkala  , qui  fignifie  une  tour.  Il  a pris 
cette  note  de  Dadin  de  Hauteferre , dans  fes 
©bfervafions  fur  Grégoire  de  Tours.  Selon  Ser- 
vius,  fur  le  IXL  livre  de  l’Énéïde,  y.  705, 


F A L 

cVtoit  une  arme  avec  laquelle  on  combattait  de 
deiîus  les  tours.  Ftflus  ajo-.ite  même  que  c’étûit 
une  arme  de  jet,  telum  mzjJîU. 

Le  vers  de  Virgile,  expliqué  par  Servius,  & 
un  d’Enif us  , rapporté  par  Nonius,  montrent 
qu’on  lançoit  en  effet  la  falarique  ; & Ifidore 
conclut  auiîi  du  même  vers  de  Virgile,  qu’on 
la  lançoit  avec  la  main.  Mais  un  vers  deLucain, 
lib  Vï.  V.  198  , montre  que  c’étoit  auffi  une  arme 
fort  grande  & fort  groffe  , qu’on  lançoit  par  le 
moyen  des  baiifles,  &il  l’oppofe  aux  flèches  qui 
fe  lanç'oient  avec  la  main.  Détour  ceci  ilréfulte 
que  ie  mot  falarique  étoit  un  mot  générique  qui 
convenoit  à pluiîeufs  fortes  d’arm.es  , ou  qu’il  y 
avoit  des  falariques  de  plufieurs  efpèces. 

FALCAIRE,  Falcariüs.  Les  anciens  appel- 
\é,tXiX.  falcaires  ceux  qui  avoierit  des  épées  cour- 
bées comme  les  cimetères  ou  fabies.  Ce  mot 
vient  de  faix  , falds , une  faux»,  parce  que  ces 
épées  avoienr  la  forme  d’une  faux. 

FALERIA  , dans  l’Etrurie.  Fa. 

Eckel  attribue  à cette  ville  une  médaille  d’ar- 
gent autonome  , avec  un  aigle  déchirant  un  lièvre, 
& les  lettres  ci-deffus. 

FALERNE. 

Fakrne  étoit  entre  Sinueffe  & Galène.  lî  y 
avoit  de  trois  fortes  de  vins  de  Fakme  , de  dur , 
ne  doux-  & de  délicat.  Quelques  - uns  n’appei- 
ioient  vin  de  Fakme , que  celui  qui  croiifoit 
dans  la  partie  la  plus  baffe  de  ces  colhnes.  Iis 
appelloient  vin  de  Gaure,  celui  qui  venoit  au 
haut  de  ces  mêmes  collines  ; & vin  de  Fauflia- 
num , celui  des  vignes  du  milieu.  Le  vin  de  Fa- 
kme étoit  le  fécond  des  bons  vins  d’Italie  ; & 
parmi  ceux  de  Fakrne,  le  plus  eftimé  étoit  celui 
de  Fauftianum.  Tbyeç  PlinE_,  liv.  XIV,  chap.  VL 

FALISCI , efpèce  d’andouil'es,  ou  d’inteflfns 
farcis  (5rar.  Sylv.  IV.  9.  35'.): 

Non  lucanîca  , non  graves  falifci. 

Falisci  , en  Italie.  Paaeion. 

Les  médailles  autonomes  de  ce  peuple  font  : 

R.  en  argent. 

RR.  en  bronze. 

Or  en  or. 

Leurs  types  ordinaires  font  ; 

Un  aigle  qui  déchire  un  lièvre. — Un  rrépiec.-v 
Un  foudre  allé. — 


FALLUS,  Noye^  PHALLUS. 


F A M 


' FALTO  , furnom  de  la  famille  ValeriA. 

FAMILIARES  ( dri  J.  Voye^  Lares. 

FAMILLE  ( médailles  de  ) Voye^  Consu- 
laires ( médailles  ). 

Famille.  ( Hifi.  anc.  ) Le  mot  latin  familla 
ne  répondoit  pas  toujours  à notre  mot  famille. 
Fàmilia  étoît  dérivé  de  famula  ^ & il  embrafToit 
dans  fon  acception  tous  les  domeftiques  d’une 
maifon,  lorfqu’il  y en  avoir  au  moins  quinze. 
On  entendoit  encore.par  familia  , un  corps  d’ou- 
vriers conduits  & commandés  par  le  préfet  des 
eaux.  Il  y avoir  deux  de  ces  corps  j l’un  public  j 
qu’ Agrippa  avoir  inftitué  ; & l’autre  privé  ^ qui 
fut  formé  fous  Claude.  La  t^upe  des  gladiateurs, 
qui  faifoient  leurs  exercices  fous  un  chef  com- 
mun , s’appel'oit  auffi  familia  : leur  chef  portoit 
le  nom  de  Lanifia. 

Les  familles  romaines  , familis. , étoient  des 
divilîons  de  ce  qu’on  appellcit  gens , elles  avoient 
un  ayeul  commun  ; c’étoient  les  différences  bran- 
ches de  ce  que  nous  appelions  en  françcis  une 
famille.  Ainii  Cæculus  fut  le  chef  qui  donna  le 
nom  à la  gens  C&cHia  ; & la  gens  Cs.ciHa  com- 
prit les  familles  des  Balearici  , Calvi  , Caprarii , 
Celeres  , Cretici  , Dalmatici , Dentrices  , Mace- 
donici  , NLetelli  , Nepotes  , Numidici  , Pii , Sci- 
piones , Silani  & Vittati.  Il  y avoît  des  familles 
patriciennes  & des  plébéiennes,  de  même  qu’il 
y avoir  des  gentes  patricis,  , & Atygenies  plebeïéL  ; 
il  y en  avoir  même  qui  étoient'en  partie  patri- 
ciennes , & en  partie  plébéiennes  , panim  no- 
hiles , partimnovA,  félon  qu’elles  avoient  eu  de 
tout  temps  le  jus  imaginum  , ou  qu’elles  l’avoient 
nouvellement  acquis.  On  pouvoir  fortir  d’une 
famille  patricienne,  tomber  dans  une  plébéienne 
par  dégénération,  & monter  d’une  famille  plé- 
béienne dans  une  patricienne , fur-tout  par  adop- 
tion. De  là  cette  confufion  qui  règne  «dans  les 
généalogies  romaines  ; confufion  qui  eft  encore 
augmentée  par  l’identité  des  noms  dans  les  patri- 
ciennes & dans  les  plébéiennes;  ainfi  quand  le 
patricien  Q.  Cœpio  adopta  le  plébéien  M.  Brutiis, 
ce  M.  Brutus  & fes  defcendans  devinrent  patri- 
ciens , & le  refte  de  la  famille  des  Brutus  de- 
meura plébéien.  Au  contraire  , lorfque  le  plébéien 
Q.  Metellus  adopta  le  patricien  P.  Scipio,  celui  ci 
& tous  fes  defcendans  devinrent  plébéiens  ; mais 
le  telle  des  Scipions  demeura  patricien.  Les  af- 
franchis prirent  les  norns  de  leurs  maîtres,  & 
reftèrent  plébéiens  ; autre  fource  d’obfciirité. 
Ajoutez  à cela , que  les  auteurs  ont  fouvent 
employé  indiftinélement  les  mors  gens  & familia  ,- 
les  uns  défianant  par  gens  ce  que  d’autres  dé- 
fignenr  par  familia  , & réciproquement.  Mais  ce 
que  nous  venons  d’obferver,  fuffit  pour  prévenir 


FAN  527 


k lefteur  contre  des  erreurs  dans  lefquelles  il 
feroit  facile  de  tomber. 

FAMULA  Baccki  Cymbalifiria.  Gruter  (318. 
î 2.  Tkef.  infer.  ) rapporte  l’épitaphe  d’une  femme 
qui  psend  les  titres  de  fervante  de  Bacchus,  8e  ce 
joueufe  de  cymbales  dans  fes  fêtes. 


FANATIQUES; 

FANATICIj 


^ c’étoient  des  gens  qui  fe 


tenoient^dans  les  temyles  , 8e  qui,  entrant  dans 
une  efpèce  d’enthoufiafme , comme  animés  8e 
mfpirés  par  la  divinité  qu’ils  feryoient , faifoient 
des  geites  extraordinaires  , & prononçoien.t  des 
oracles.  Les  fanatiques  fe  tenoient  plus  ordinai- 
rement au  temple  de  Bellone.  Juvenal  dit  que 
le  fanatique  eft  piqué  de  l’aiguillon  de  Belione  : 
ces  malheureux  .fe  tailladoient  les  bras  avec  des 
poignards  , 8e  faifoient  ainfi  à la  déefl'e  un/acri- 
fice  de  leur  fang.  Lampride  , dans  la  vie  d’ÉIaga- 
bale  , dit  que  cet  empereur  , qui  aveit  renoncé 
à toute  forte  de  pudeur  8e  de  honte  , poufta  fa 
folie  jufqu’à  fe  joindre  à ces  fanatiques  tailladés, 
8e  à fecoaer  la  tête  comme  eux.  Cette  cérémonie 
de  fecouer  la  têfe’leur  étoit  ordinaire:  elle  leur 
étoic  auffi  Cemmune  avec  les  galles 8e  les  agyrtes, 
gens  de  mêmie  efpèce.  Les  fanatiques  de  Belione 
étoient  furnommés  Bellpnaires.  Mais  il  y avoit, 
encore  des  fanatiques  d’Ifis  , de  Sérapis , de  Bac- 
chus Se  Je  Sylvain  : peut-être  y en  avoît-il  encore 
dans  les  temples  d’autres  dieux.  Le  nom  de/àra^z- 
tique  fe  trouve  pris  en  m.auvaife  part  dans  les 
meilleurs  auteurs  , 8e  dans  le  même  fens  que  nous 
le  prenons  aujourd’hui.  Cicéron  l’entend  ainfi  , 
quand  il  dit,  au  liv.  Il  de  la  divination  , parlant 
de  certains  phiiofephes,  qu’ils  font  fuperftitieux 
8e  prefque  fanatiques. 


Le  nom  de  fanatiques  étoit  formé  de  fanum  y 
temple. 


FANNIA , famille  romaine  dont  on  a des 
médailles. 


RRR.  en  argent. 
O.  en  bronze. 
O.  en  or. 


FANON  de  la  mitre  ou  de  la  tiare , ojfenditt 
chez  les  latins.  On  voit  ces  liens  ou  couvertures 
des  joues , exprimées  fur  les  médailles  des  rois 
perfes  de  la  dynaflie  des  faffanides , fur  les  monu' 
mens  où  eft  gravé  le  bonnet  du  Flamine  de  Jupiter 
à Rome  , &c.  Sec. 

FANUM  étoit  un  terrein  confacré  à quelque 
divinité  par  les  augures  , 8e  fur  lequel  onbatiifoitun 
temple  àcette  même  divinité.  Confacrer  ce  terrein, 
effari  templo  locum  y le  fitappeller  fanum,  a fando. 
Tite-Live  explique  ( lib.  X.  ) avec  précifion  , la 


Kkkk  ij 


Fa  r 


différence  des  mots  fanum  & templum , quand  il 
dit  du  temple  de  Jupiter  - fiator  : in  ea  pugna 
J^vzs  fiatoris  â,dcm  vozam  , uî  Romulus  voverat. 
t’anum  tantum  , id  efs  , locus  tempio  effatus  ^ jam 
fücratus  fuerat. 

Sifiere  fana  ; cette  expreffion  relative  à la 
fondation  des  villes  / exprimoi:  la  délignation  des 
Jreux  réfervés  pour  les  temples. 

Les  h.'ffbîiens  latins  n'ont  pas  toujours  employé 
le  mot  fanum  dans  fon  acception  rigoureufe  5 ils 
J ont  fouvent  mis  indiftinétementpour  celui  êi&des 
ou  àt  templum. 

Cicéron  , inccnfolable  de  la  mort  de  fa  fille 
1 udia , refolut  de  lui  bâtir  un  temple  j un  tem- 
ple , & non  pas  un  tombeau  , parce  qa'il  vou- 
loir que  le  monument  qu'il  lai  érigeoit , s'ap- 
^éi\zt  fanum  dénomination  confacrce  aux  temples 
& depuis  aüxfeuls  monumens  qu'on  éîevoitaux  em- 
pereurs après  leur  apothéofe.  Ses  lettres  que  nous 
aiions  cxtrairê  nous  apprennent  ce  fait  fingulier- 

Quelque  magnifique  qu'un  tombeau  pût  être, 
i!  ne  paroiffoit  point  à Cicéron  digne  d'une  per- 
fonne  telle  que  Xulha , & croyoit  mérîter 
des  honneurs  divins.  C elt  pourquoi , après  avoir 
fait  marche  pour  aes  colonnes  de  marbre  de  Chio. 
un  d»-s  plus  œaux  marbres  de  la  Grèce,  il  iniinue 
bûe  l'emploi  qu'il  en  vouloit  faire  pour  fa  fille  , 
etoit  quelque  chofe  d'extraordinaire.  Il  parle  en 
meme  temps  de  fon  delTein  comme  d’une  foi- 
blefife  qu  il  faut  que  fes  amis  lui  pardonnent; 
mais  il  conclut  que  les  grecs  , de  qui  les  romains 
tenoient  leurs  loix  , ayant  mis  «des  hommes  au 
nombre  des  dieux , il  pouvoît  bien  fuivre  leur 
exemple  , & que  fon  admirable  fille  ne  mériroit 
pas  moins  cet  honneur,  que  les  enfaiis  de  Cadmus, 
d'Amphion  & deTyndare.  En  un  mot , il  compte 
que  les  dieux  la  recevront  avec  plailîr  au  milieu 
d eux  , 8e:  ^qu'ils  approuveront  d'autant  plus  vc- 
iontieiS  fon  apotheofe,  quelle  n'étoit  point  une 
nouveauté. 


Il  eft  vrai  qu'on  trouve  plufieurs  exemples  de 
ces  apotheofes  ou  confécrations  domeftiques  dans 
les  infcripcions  fépulcrales  grecques  , où  les  parens 
ou  mort  ueciarent  que  c’eft  de  leur  propre  autorité 
qu  il  a e:e  mis  au  nombre  des  dieux.  Spon  infcrip. 
cxjv.  p.  368.  Reinefms,  infirip.  cxl.  claffiq. 

On  a lieu  de  ^oire  cependant  que  Cicéron  n'exé- 
cuta pas  le  deffein  dont  il  avoir  paru  fi  fort  oc- 
cupé , parce  qu'il  n'en  parie  plus  dans  fes  ou- 
vrages , 8c  que  les  auteurs  qui  j'ont  fuivi  n'en 
ont  fait  aucune  mention.  La  mort  de  Céfa/  qui 
arriva  dans  cette  conjonélure  , jetta  Cicéron  dans 
d autres  a&aires  , qui  vraifembiablement  ne  lui 
îanserent  pas  le  loifir  de  fonger  à ce  fanum.  Peut- 
etre  auffi  que  lorfque  le  temps  eut  diminué  fa 
Qou.eor,,!!  ouvrit  les  yeux,  & reconnut  que  fi 


far 

DÎsméde  s'yetre  trop  abandonné  on  U 
condamneroit  encore  davantage  d'enl  ailTer  ùn  ” ^ 
numentaufi!  extraordinaire.  Averfurlo  f T 
luU„,  1-abbé  Mo„tg.„l,  darSS.£l:i' 
lettres , g..  Middleton , dans  la  vie  de  Cicé  ^ 
( Article  du  chevalier  de  Jauccun  ).  * 

FANUS.  V Eanüs. 

Ce  dernier  mot,  mal  lu,  a produit  le  premier. 
FARREUM.I  T 

FARRATA.  f farreum  étoit  un  gâteau  , 
félon  Feilus , fait  avec  du  bled.  Le  bled,  far  rôti  * 
entroit  dans  les  cérémonies  religieufes  des  romains* 
C eton  aéie  de  religion  de  rôtir  le  fTl;, 
fetès  des  rornacaha  , eu  ! on  offroit  des  facrifices 

a la  deelTe  Fornax  ; on  le  fai.^oit  rôtir  dans  1 eni 
meme. 

Les  nouvelles  marie'es  offroient  à leurs  époux 
ce  gateau  farreum ^ St  c'eft  de  là  que  vint  le  mot 
de  co.^arreatio  , pour  exprimer  un  mariage  fait 
félon  la  religion  & les  loix. 

FARCE  ( dramatiq.  ),  Voye:^  Atelianes.,  ' 
FARD. 

f.  fard,  , étoit  plus  étendu  autre- 

fois qu  il  ne  ldi  aujourd'hui,  & faifoit  un  art 
^ appella  Commotique  , KauuoTirA, 
celt-a-aire,  \‘art  de  farder , qui  comprenoit  non- 
leulement  toutes  les  efpèces  dejferd.maisencore  tous 
les  medicamçns  qui  fervoient  à Ôter,  à cacher  , à 
reélifier  les  difformités  corporelles  ; & c'eft  cette- 
derniere  partie  de  l’ancienne  Commotique  que  nous 
nommons  Orthopédie  Voy.  Orthopesi£, 


Comme  ^ns  LOrient  les  yeux  noirs,  grands 
& tendus  paffoient,  ainfi  qu’ils  paffent  dans  l'Eu- 
rope aujourd'hui,  pour  les  plus  beaux,  les  femmes 
qui  avoienr  envie  de  plaire  fe  frottoient  le  tour 
de  1 œil  avec  une  aiguille  trempée  dans  àufari 
d antimoine , pour  etendre  fa  paupière  , ou  plutôt 
^uria  replier^  afin  quel  œil  en  parât  plus  grand. 
Auffi  iiaie  ( en.  III.  V.  22.  > faifant  le  dénom- 
brement des  parures  des  filles  de  Sion  , n'eublie 
pas  les  aiguilles  dont  elles  fe  fervoient  pour  peindre 
eurs  yeux  Sc  leurs  paupières.  La  mode  en  étoit 
il  généralement  établie  ( liv.  des  rois  , IV.  ch.  XL 

X"  A ayant  appris  i^’arrivée  de- 

J chu  a bamarie  , fe  mit  tes  yeux  dans  t ami  moine  ^ 
oii  les  plongea  dans  le  fard,  comme  s'exprime  l’é- 
criture , pour  parler  à cet  ufiirpateur,  & pour 
fe  montrer  a lui. 

à Hercuîaniim.  des  pots  de  rouge 
en  erniaî  de  roche  , femblables  à ceux  des  tei- 
iettes  mo.4ernes  , avec  le  vermillon,  fucus,  qui  y 
elt  encore  en  fan  entier. 


FAR 

Nous  toyons  queTertulien  & S.  Cypnen  dé- 
clamèrent a leur  tour  très-vivement  contre  cette 
coutume  ufitee  de  leurs  temps  en  Afrique  , de 
fe  peindre  ies^  yeux  & les  fourcils  avec  du  fard 
d antimoine  : înunge  oculos  tuos , non  fiibio  iiaholi , 
fei  coUyrio  Ckrifil ^ S ecrioit  S.  Cyprien. 

Les  femmes fyriénnes  , babyloniennes  Scarabes, 
je  noirciffent  encore  du  même  fard  le  tour  de 
1 œil  J & les  hommes  en  font  autant  dans  le 
defert  de  1 Arabie  , pour  fe  cohi'crver  les  yeux 
contre  1 ardeur  du  foleil.  ( f^oyîr  Taveriiisr  j 
voyage  de  Perfe  , liv.  IL  c.  Vil  Gabriel  Sio- 
îîita , de  moribus  orient,  ch.  XI.  ).  D’Arvieux 
f dans  fes  voyages  imprimés  a Paris  en  \~jl~j  , liv. 
XII.  P . 27.  ) dit  > en  parlant  des  femmes  arabes  j 
qu  Ciies  bordent  leurs  yeux  d’une  couleur  noire  , 
compofeeavec  de  la  tuthie  j & qu’elles  tirent  une 
ligne  de  ce  noir  en  dehors  du  coin  de  l’œi!  j 
pour  le  faire  paroître  plus  fendu. 

le  voyage  de  d’Arvieux  , le  favant 
Al.  Shaw  a rapporté  dans  ceux  qu’il  a faits  en 
Barbarie , à Toccafion  des  femmes  de  ces  con- 
trées , qu  il  manqueroitj  à leur  avis , quelque  chofe 
d effentie!  a leur  parure  ^ fi  elles  n'a  voient  pas  teiurt 
le  poil  de  leurs  paupières  & leurs  yeux  de  ce 
qu  on  nomme  al-co-kof  qui  cft  la  poudre  de  mine 
de  plomb.  Cette  opération  fe  fait  en  trempant 
dans  , cette  poudre  > un  petit  poinçon  de  bois 
de  la  grofieur  d une  plume  , &en  le  paffantenfufe 
entre  les  paupières  : elles  fe  perfuadent  que  la 
couleur  fombre  , que  l’on  parvient  de  cette  façon 
3 donner  aux  yeux  j ajoute  ub  grand  agrcînent 
2u  vilage  de  toutes  fortes  de  perfonnes.  : 

_ Entr  autres  colifichets  des  femmes  d’Égypte  , 
ajoute  le  voyageur  anglois , j’ai  vu  tirer  des’  ca- 
tacombes de  Sakara  j un  bout  de  rofeau  ordi- 
naire , renfermant  un  poinçon  de  la  même  efpèce 
de^  ceux  des  barbarefques  ^ & une  once  de  la 
même  poudre  dont  on  fe  fert  encore  aéiuelie- 
ment  ( 1740)  dans  ce  pays -là  pour  le  même 
«fage. 

^ Les  femmes  grecques  & romaines , emprun- 
tèrent des  afiatiques , la  coutume  de  fe  peindre 
les  yeux  avec  de  l’antimoine  ; mais  pour  étendre 
encore  plus  loin  l’empire  de  la  beauté  , & ré- 
parer les  couleurs  fl  . -mes  , elles  ’maginèrent  deux 
nouveaux  fards  , inconnus  auparavant  dans  le 
monde , &■  oui  ont  pafle  jufqu’à  nous  ^ 1;  blanc 
& le  rouge.  De-'à  vient  que  les  pnëtes  feignirent 
que  la  blancheur  d’Europe  ne  lui  venoit  que  parce 
qu  une  ces  fii'es  de  Junon  avoir  dérobé  le  petit 
pot  àe  fard  blanc  de  cette  déefle  , & en  avoir 
fait  préfent^a  la  îiile  d’Agénor.  Quand  les  ri- 
cheffes  affluèrent  dans  Rome  , elles  y portèrent 
un  luxe  affreux  ; la  galanterie  iptroduifit  les  re- 
cherches les  plus  ra.finées  dans  ce  genre  j de  la 
corrupaon  générale  y mit  le  fceau. 


FAR 

Ce  que  Jüvénal  dit  des  baptes  d’Athènes , 
de  ces^  prêtres  efféminés  3 qu’il  admet  aux  myf- 
teres  de  la  toilette  , fe  doit  entendre  des  dames 
ro.maines,  à l’exemple  defqueiles  3 ceux  dont  ie 
poète  veut  parl«r3  mettoient  du  blanc  Se  du  rouge  , 
piioient  leurs  longs  cheveux  avec  une  lame  d’or, 
& le  notrciilüient  le  fourcil  j en  le  tournant  eu 
demi-rang  avec  une  aiguille  de  tête. 

Fdefupertdi'um  madidâ  fuliginefaSum  , 

Obliqua  producit  acu  , pingitque  trememes., 
Attollens  oculos {Juven.fat. 

Nos  dames,  dit  Pline  le  naturaîifte,  fe  fardent 
par  air  julqu’aux  yeux  , tanta  efi  decoris  afeciatio^ 
ut  tingantur  oculi  qtioque  y mais  ce  n’étoit  là  qu’un 
léger  crayon  de  leur  moilelfe. 

Elies  palToient  de  leurs  lits  dans  ^des  bains  ma- 
gnifiques j la  3 elles  fe  fervorent  de  pierres  ponces 
pour  polir  & adoucir  leur  peau  j & elles  avoient 
vingt  fortes  d’efclaves  en  titre  pour  cet  ufage. 
A ceîre  propreté  de  luxe  , fuceédèrent  les  par- 
fums d Affyne  : enfin  le  vifage  ne  reçut  pas  moins 
! de  façons  & d’ornemens  que  le  refte  du  corps. 

Nous  avons  dans  Ovide  des  recettes  détaillées 
de  fards  , qu’il  confeilloit  de  fon  temps  aux  dames 
romaines  j car  le  fard  du  blanc  & du  rouge  étoic 
réfervé  aux  femmes  de  qualité,  fous  ie  règne  d’Au- 
gufte;  & les  courtifànes  , ainfi  que  les  affran- 
chies, n’ofoient  point  encore  en  mettre.  Prenez- 
donc  3 leur  difoit-ii , de  l’orge  qu’envoient  ici 
les  laboureurs  de  Lybie  ; ôtez-en  la  paille  & la 
robe  ; prenez  une 'quantité  d’ers  ou  d’orobe,  & 
détrempez  l’un  & l’autre  dans  des  œufs  avec  pro- 
portion j faites  fécher  & broyez  le  tout,  jettez-y  de 
la  poudre  de  corne  de  cerf.,  ajoutez-y  quelques 
oignons  deNarciffe,  pilez  le  tout  dans  ie  mortier  j 
vousy  joindrez  enfin  la  gomme  &Ia  farine  de  fro- 
ment de  Tofeane  J que  le  tout  foit  lié  par  une 
quantité  de  miel  convenable  : celle  qui  fe  fervira 
de  ce  fard^  ajoute- t-il  , aura  le  teint  plus  net  que 
la  glace  de  fon  miroir.  • 

Quæcumque  eficiet  taîi  medicamine  vultum^ 
Futgehit  fpeculo  Iceyior  ipfa  fuo. 

Mais  on  im'enta  bientôt  unerecette  plusUmple 
qiK  celle  d’Qv'ide  & qui  eut  la  plus  grande  vogue  : 
c’étoit  un  fard  compofé  de  la  terre  de  Ch‘o  , 
ou  de  Samos  , que  l’on  faifoit  difioudre  dans  du 
vinaigre.  Horace  l’appelle  creta.  Pline  nous 

apprend  que  les  dames  s’en  fervoient  pour  blan- 
chir leur  peau  , de  même  que  de  la  terre  de  Sé- 
linufe  , qui  efl:  , dit-il,  d’un  blanc  de  lait  , & qui 
fe  diffoüt  promptement  dans  l’eau.  Fabula  , félon 
Martial,  craignoit  la  pluie,  à caufe  de  la  erde 
qui  étoit  fur  fon  vifage  j c’étHt  une  des  terres  donc 
nous  venons  de  parler.  Et  Pétrone,  en  ueigrar.t 
un  effémme  , s exprime  ainfi  '.  cerf  uebant  per  f'or.~ 
j tem  fadantis  acacie  rivi  , ô"  inter rugas  malaTam y. 


6^q  far 

tantîvn  erat  crzts,  , ' ut  put  ares  deîr atlum  parietetn 
nimbo  lahorare.  « Des-  raiffeaux  de-gomme  couloient 
” fur  fon  front  avec-  fa  fueur  , & la  craie  étoit 
» fiépaiffe  dans  les  ri'iésde-fes'joiies  , qu'on  fau- 
» roic  pris  pour  urf  mur  que  !a  pluie  auroit  dé- 
M pouillé  de  fqn  enduit  ». 

Poppée , cette  céfièbre  couftifane,  douée  de 
tous  les  avantages  de  fon  fexe,horsde  la  chaf- 
teté  , ufoit  pour  fon  vifage  d'une  efpèce  de  fard 
onélueux  -j-qui  formoit  une  croûte  durable  ^ & qui 
ne  tomb oit  qir' après  avoir  .éré  lavée  avee  une 
grande  quantité  de  lait , lequel  en  détachoit  les 
parties  & découvroit  une  extrême  blancheur.  Elle 
mit  ce  nouveau  fard  à la  mode , lui  donna  fon 
tiOvn^  pop&dndflnguid  ; elle  s'en  fe’roit  fervi  même 
dans  un  exil,  dit  Juvénal,  ou  elle  auroit  fait 
mener  avec  e^e  un  troupeau  d'âneffes , & elle 
fe  feroit  montrée  avec  ce  cortège  jufqu'au  pôle 
hyperborée. 

Cette  pâte , de  l’invention  de  Poppée  , qui 
couvroit  tout  le  vifage,  formoit  un  mafque,  que  les 
femmes  portoient  toujours  dans  l'intérieur  de  leur 
maifon  ; c'étoit-ià , pour  ainfi  dire  , le  vifage  do- 
meftique,  & le  feul  qui  étoit  connu  du  mari. 
Ses  lèvres,  fî  nous  ; écoutons  Juvénal,  s’y  atta- 
choient  comme  les  oifeaux  à la  glu. 

VLinc  miferi  vifcantur  labra  mariti. 

Le  teint  tout  neuf , la  fleur  de  peau  n'étoit 
faite  que  pour  les  amans;  & fur  ce  pied-là, 
ajoute  l'abbé  Nada! , la  nature  ne  donnoit  rien  ni 
aux  uns  , ni  aux  autres. 

Les  dames  romaines  fe  fervoient  pour  rouge  , 
au  rapport  de  Pline,  d'une  efpèce  de  /àcM,qui 
étoit  une  racine  de  Syrie  , avec  laquelle  on  teignoit 
les  laines.  Mais  Théophrafte  eft  ici  plus  exaét 
que  le  naturalifte  romain  : les  grecs,  félon  lui, 
appelloient  fucus , Çums,  tout  ce-  qui  pouvoir 
peindre  la  chair;  tandis  que  la  fubftance  parti- 
culière , dont  les  femmes  Æ fervoient  pour  peindre 
leurs  joues  en  rouge , étoit  diftinguée  par  le  nom 
de  riizon,  racine  qu’on  apportoit  de  Syrie  en 
Grèce , pour  cet  ufage.  Les  latins  appellèrent  cette 
plante  radicula  ; & Pline  l’a  confondue  avec  la 
racine  employée  pour  la  teinture  des  laines. 

il  eft  fi  vrai  que  le  mot  fucus  étôît  un  terme 
général  pour  défigner  le  fard^  que  les  grecs  & 
les  romains  avoient  \m  fucus  métallique  qu'ils  em- 
ployoient  pour  le  blanc,  & qui  n'étoit  autre 
chofe  que  la  cérufe  ou  le  blanc  de  plomb  de  nos 
parfumeurs.  'L&m  fucus  rouge  fe  tiroit  de  la  racine 
ri[ion , & étoit  uniquement  deftiné  pour  rougir-les 
joues  : ils  fe  fervirent  auffi  dans  la  fuite  pour  le 
blanc  d üx\  fucus , compofe  d'une  efpèce  de  craie 
argentine , appellée  cràk  de  Venife & pour  le 
rouge  du  purpurifum,  préparation  qu'ils  faifoienc 


F A. S 

avec  l'écume  de  la  pourpre  , lotfqaelle  étoit 
encore  toute  chaude. 

PARIA,  ifle.  pAPiAm. 

Les  me'dailles  autonomes  de  cette  ifle  font  ; 

RRRR.  en  argent.,  Pellerin.- 

O.  en  or. 

O.  en  argent. 

FARRÉATION.  Poye^CoNFERRÉATioN. 

FARSULELâ  i famille  romaine  dont  on  a des 
médailles. 

C.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  or. 

PARLEURS,  ^ 

FARTORES , > valets  chargés  d’en- 

ou  Engraisseurs,  j 

grailTer  de  la  volaille.  Il  y en  avoir  auffi  d’em- 
ployés dans  la  cuifine  fous  le  même  nom  ; c'é- 
roient  ceux  qui  faifoient  les  boudins  , les  fiiuffices 
& autres  mets  de  la  même  forte.  On  appelioic 
encore  faneurs  , fartores  , ceux  qui  mieux  connus 
fous  le  nom  de  nomenckteurs  , nomenclatores , 
diraient  à l'oreille  de  leurs-msîtres  , les  noms  des 
citoyens  qu'ils  rencontroient  dans  les  rues , lorf- 
que  leurs  maîtres  briguoient  quelque  place  im- 
oor'ante  , à la  nomination  du  peuple.  Ces  or- 
gueilleux patriciens  étoient  alors  obligés  de  lui 
faire  leur  cour , & ils  s’en  acquitteient  afîez  com- 
* munément  de  la  manière  la  plus  honteufe  & la 
plus  vile.  On  peut  en  donner  pour  preuve  l'infti- 
tution  de  ces  faneurs  , qui  indiquoient  à l’afpirant 
à quelque  dignité  , le  nom  & la  qualité  d'im 
inconnu  qui  fe  trouvoit  fur  fa  route , & qu'il 
alloit  familièrement  appellcr  par  fon  nom , & 
cajoler  baffement,  comme  s'il  eût  été  fon  pro- 
tedieur  de  tout  temips.  On  donnoit  à ces  do- 
meftiques  le  nom  de  fartores  , farteurs  , parce  que 
velut  infercîrent  nomina  in  aurem  candidati  : on  les 
comparoir  par  cette  dénomination  aux  farteurs 
de  cuifine  ; ceux-ci  rempüiToient  des  boudins , 

&■  ceux-là  fembloient  être  gagés  pour  remplir  SC 
farcir  de  noms  l'oreille  de  leur  maître.  ( Chevalier 
de  Jaucourt.  ) 

FAS , nom  d'une  deefle  des  anciens  romains. 
C'éroit  un  nom  qu'ils  dennoient  à la  juilice , 
ou  à Thémis , parce  qu'elle  apprenoit  aux  hom- 
mes à demander  ce  qui  eft  licite  & permis.  Fas 
en  latin  , comme  en  grec  Qî/sis,  lignifie  ce  qui  eft 
permis.  Voye:^  pESTUS  au  mot  Thémis.  Aufone  , 
Technop&gn.  Idyll.  XII.  dediis.  Le  vieux  Gloffaire, 
grec  & latin ,,  traduit  , fas , jufiitia. 


1 


F A s 

FASCIÆ.  Voyei  Bandelettes  & Bordure., 

fascination. 

Les  romains  crurent  qTil  falloir  cppofer  des 
dieux  à ces  puflanccs  malfai fantes  qci  fifcment 
les  hommes  : ils  créèrent  le  dieu  Fûfcinus  , & la 
déeffe  Cunlna.  Nous  apprenons  de  Varron^  que 
les  fymboies  du  dieu  Fafdnus  étoieut  infarr^es , 
& qu'on  les  lufpendoit  au  cou  des  enfans  ^ ce 
qui  tft  confirmé  par  Pline.  ( Hift.  nat.  L XXFIII. 
c.  IF.  J Le  p.  riardoüi.i  ( tom.  II.  pag.  451. 
col.  I . ) a qfé  foutenir  feu!  ^ que  les  amuletres  des 
enfans,  dont  parle  Pime,  n’avo.ent  rien  d’obicène, 
il  a même  reproché  aux  commentateurs  de  s'être 
trompés  iur  cet  objet.  Foye:^  Fascinüs. 

Le  culte  que  les  grecs  rendoient  à Priape , : 
étoit  fans  doute  honteux;  mais  ce  culte  naquit 
peut-être  de  réflexions  profondes.  lis.ravoknt' 
reçu  des  égyptiens,  dont  on  fii:  que  les-hiéro- 
g'iyph-S  prélciitcnt  foavent  les  attributs  de  ce 
dieu.  l;s- étoienf  une  image  feniible  tie  la  fécon- 
dité, & apprenoient  au  peuple  gtoilier,  que  la 
nature  n'eit  qu'une  fuite  de  générations.  Unis 
lur  les  moaumens  égyptiens  , avec  i'œ;l,  fymboie 
de  la  prudence  ( voyez  Pignorius  , menf.  ifiac. 
pag.  32.;,  iiS  inünuoient  aux  hommes,  qu'une 
intelligence  fuprême  reproduit  fans xeffe  l'univers. 

Ces  allégories  furent  perdues  pour  les  grecs  , - 
les  étrufqucs  & les  romains  ; ils  continuèrenc 
néanmoins  à regarder  l'image  de  Priape  comme 
un  puilfant  préfervatif.  Iis  n'y  virent  plus  qu'un 
objet  riairuie  qui  défarmeroit  les  envieux  , & qui 
en  partageant  leur  attention  , atfoiblircit  leurs 
regards  tuneftes.  Gori  , dans  fon  Mufeum.  etrcfc. 
p.  145  , nous  atîure  que  les  cabinets  des  curieux  , 
en  Tcfcare  , renferment  plufieurs  de  ces  amu’et- 
teSj  que  les  femmes  étrufques  porroienrSc  atta- 
choient  au  cou  dé  leurs  enfans.  Thomas  Bartholin 

de  pixerperio  vet.  p.  lél.)  a publié  un  de  ces 
infâmes  amulettes  , après  ceux  que  Pignorius  avoir 
déjà  donnés.  Ceux-ci  repréfentent  feulement  une  ‘ 
main  fermée,  donc  le  pouce  eit  ic.féré  entre  le 
doigt  index  & le  doigt  du  milieu.  Deirio,  Val- 
lefius  & Gutierrius,  cités  par  Fromann  ( 1.  c- 
p.  66.  ) , aüurent  que  Fufage  de  cette  main  fermée 
s'eil  confervé  en  Efpagne  : 00  en  fait,  de  jayet  , 
d'argent , d’ivoire , qu'on  fufpend  au  cou  des 
enfans  , & les  femmes  efpagnoles  obligent  à tou- 
cher cette  main  , ceux  dont  elles  craignent  les 
yeux  malins.  Foye^  les  mémoires  du  chevalier 
d'Arvieux  , tom.  III.  pag,  249. 

Dom  Ramirez  de  Prado  , dans  fon  Pentecon- 
tarche , c.  XXXI.  p.  247.  8.  ajoute  que  l'on 
appelle  cette  main  higa,  & il  en  dre  l'origine  du 
grec  kyl,  qui  fait  à i'areufarif  léyfa.  Il  doit  cette 
•étymologie  au  doéieur  françois  Penna  Cailellon  ; 
mais  ce  médecin  dit  dans  fes  vers  , que  l'iynx  eft 
un  oifeau  qui  garantit  de  la  fafeination  , que  c'eü 


. ié  ' A..S 

le  motacdla  ou-koçhc^qaeue.  f on  opinion  fur  le  mot 
higa  ^ n'a  point  de  iondementsmais  elle  a quelque 
rapport  avec.ee  qü'oh  lit  dans  Suidas,  que  riuyl 
ett  une  petite  machine,  ofyajiA  tî,  dont  les  ma- 
giciennes fe  fervent  pour  rapp’eiler  leurs  amans. 
Bifet  a tranrcrit  te  palTage  de  Suidas , dans  fes 
notes  grecques  fur  le  vers  1112  de  la  lyf.firate 
d'Ariitophaue.  pfeilus  , dans  fes  fcholles' fur  les 
oracles  ckaldaïques..  p.  74,  -donne  la  defeription 
de  ces  naachinés  elle  cit  affez  vague,  & l'on 
pourroit  fort  bien  fcupçonner  qu'il  y avoir  dans 
ces  machines  des  névropaftes,  oupantins dont 
ont  parlé  Hérodote,  Lucien,  &c.  ( Chevalier 
de  Jaucourt.) 

FASClNUS  , divinité  adorée  chez  les  romains. 
Ils  en  fufpendoiçnt  l'image  au  cou-de  leurs  enfans, 
peur  lés  garantir  du  maléfice  qu'ils  appe.ioient 
fafemum.  Cé  dieu  , fuipendu  au. cou  des  petiiS 
enfans  , étoit  repTefenté  fous  la  forme  du  membre 
viril.  Le  don  de  l'amulette  préfervative , éteie 
accompagné  de  quelques  cérémonies,  dont  une 
des  plus  bifarres  coniiiloit  à cracher  trois  fois 
fur  là  poitrine  de  l'enfanr.  Quoique  le  fymboie 
du  dieu  FafeirLus  ne  fût  pas  fort  honnête  é c'éioi: 
cependa.nt  les  veilaies  qui  lui  facrifioient.  ’ 

FASTES-,  f.-  m.  pL  , calendrier  des  romains., 
dans  lequel  étoient  marqués  , jour  par  joéir  , leurs 
fêtes,  leu.-s  je-Lix  , leurs  cérémonies,  &c.  fous 
la  divifion  générale  des  jours  faftes  & néfaftes  , 
permis  & défendus,  c'eit-à-dire,  de  jours  delii- 
nés  aux  affaires , & de  jours  deftinés  au  repos. 

■Var  ron,  dans  un'  endroit,  dérive  le  nom  de 
fafîes,  àtfarî  , parler,  quia  jus  fari  ücebàtÿU 
dans  un  autre  endroit  il  le  fait  venir  de  fas\ 
terme  qui  figiifie  proprement  la  loi  aivine , ôc 
eft  différent  de  Jus  ^ qui  lignifie  feulement  loiAu-^ 
màlnc^ 

Mais  Its  fafles  ^ quelle  qu'en  foit  l'étymologie  , 
& dans  que-ique  fignification  qu'on  les  prenne 
n' étoient  point  connus  des  romains  fous  Romulusî! 
Les  jours  leur  étoient  tous  injifferens , & leur 
année  compofée  de  dix  mois , félon  quelques- 
uns , ou  de  douze,  félon  d'autres,  bien  loin 
d'avoir  aucune  diftindion  certaine  pour  les  jours, 
n'en  .aveit  pas  même-  pour  les  faifons,  pmfqu'il 
devoir  arrrvernéceffairement,plustôt  ou  plus  tard, 
que  les  grandes  chaleurs  fe  fiffent  fentir  au  milieu 
de  mars  , & qu'il  gêiar  à glace  au  milieu  de  juin  ; 
en  un  mot,  Romu.us  écoir  mieux  inftruit  dans 
le  métier  de  la  guerre , que  dans  la  fcience  des 
affres. 

1 out  changea^  fous  Numa  : ce  prince  établit  un 
ordre  confta.nt  oans  les  chofes.  Apres  s'être  con- 
cilié l'autorité  , que  la  grandeur  de  fon  mérite , 
& la  fiéfion  de  fon  commerce  avec  les  dieux 
pouvoient  lui  attirer  , il  fitp  lufieurs  réglemsns, 


6^2 


F A s 


tant  poiïr  la  religion,  que  pour  la  politique j mais 
avant  tout , il  a;uita  fon  annt'e  de  douze  mois 
au  cours  & aux  phafes  de  la  lune;  & des  jours 
qui  campr  foient  chaque  mois  ^ il  deiîina  les  uns 
aux  affaires,  & les  autres  aux  repos.  Les  premiers 
furent  appelles  dksfifli , les  derniers  dUs  uefafii , 
comnic  qu!  d roit  jours  permis  , Sr  jours  défendus. 
.Voilà  la  première  origine  des  fajtes. 

Il  paroit  que  le  delTeîn  de  Numa  fut  ieulemer.t 
dempecher  qu  on^  ne  pût  ^ quand  on  voudrcit, 
convoquer  les  tribus  & les  curies,  pour  établir 
ce  nouvelles  !o;x , ou  pour  fasre  de  nouveaux  ma- 
g'ihaîs^:  ma'S  par  une  pratique  conftamment  ob- 
ferv’ee  tîepiiis  ce  prince  Tufqifà  fempereur  Augulle, 
c elt-a-dire  , pendant  Tefpace  d'environ  d6o  ans, 

Ct^jours  permis^  & défendus  , fafli  & nefafll , furent 
Ciitenaus  des  romams , aufli-bien  pour  radminif- 
tratîon  de  la  juftice  entre  les  particuliers,  que 
pour  se  mahiemeîK  des  affaires  entre  les  magiflrats. 
Quoi  qu  îl  en  fo;t,  Numa  voulut  faire  fentir  à 
fes- peuples,  due  Lobfervation  régulière  de  ces 
jours  permis  & n.on  permis  , étoit  pour  eux  un 
point  de  religion , qu'ils  ne  pouvoient  néglis’er 
fans  cnme  : de  là^  vient  que  fas  & nef  as , dins 
les  bons  auteurs,  îîgnine  ce  qui  eft  conforme  ou 
Contraire  a la  volonté  des  dieux. 

^ On  nt  donc  un  livre  où  tous  les  mois  de  l’année, 
a commencer  par  janvier , furent  placés  dans  leur 
ordre  , ain.fl  eue  les  jours  , avec  la  qualité  que 
^uma  leur  avoir  aflignée.  Ce  livre  fur  appellé/^r/i, 
du  nom  des  principaux  jours  qu'il  contenoic.Dans 
le  meme  livre  fe  trouvoit  une  autre  divifion  des 
^urs  nommes  ftfti  , perfefti  , intercîfî , auxquels 
isrcnt  ajoutes  dsiis  îs  ruits  dzes  Jhantoni  ^ dits 
comitiales  , aies  prœliares  , dîes  faufti  , dïcs  àtri  , 
c'eil-i-dire , des  jours  deftinés  au  culte  religieux 
des  divinités , au  travail  manuel  des  hommes , 
des  jours  partage's  entre  les  uns  & les  autres  ^ 
des  jours  indiqués  pour  les  affçmbiées  du  fénat 
des  jours  pour  i'éleérion  des  magillrats  , des  jours 
propres  à livrer  bataille , des  jours  marqués  par 
quelque  heureux  événement,  ou  par  quelque  ca- 
Jamité  publique.  Mais  toutes  ces  différentes  efpèces 
fe  trouvoienr  dans  la  prernière  fub^ivifion  de  dw 
fafii  Sr  nefafil, 

. Cette^dîviiïon  des  jours  étant  un.  point  de  reli- 
gion , Lxurna  en  dépofa  le  livre  entre  les  mains 
ces  pontifes  , lefquels  jouiffant  d'une  autorité 
fouveraine  dans  ses  chofes  qui  n'avoient  peint 
été  regiees  par  le  monarque  , pouvoient  aiouter 
^üx  fetes  ce  qu'ils  jugeoienr  à propos  x mais  quand 
lis  voumient  apporter  quelque  changement  à ce 
qui  avoir  été  une  fols  établi  & confirmé  par  un 
^ong  uiage , ii  faiLpit  que  leur  projet  fût  autonfé 
par  un^decret  du  fénat  : par.  exemple , le  ijde 
devant  les  ça^enaes  d.u  mois  fextüis , c'eft-à-dire  , 
le  de  juiuec,  etoit  un  jour  de  fête  & de 
/•noiiiliance  dans  Rome  | mais  la  perte  dépiorabk 


fas 

des  trois  cens  Fabius  auprès  du  fleuve  de  Créme'-i 
an  de  Rome  276  & la  défaire  honteuf/d' 

larmee  rcmaine  auprès  du  fleuve  Allia,  par  u! 
gaumis,  lan.  jéj  > fi^nt  convertir  ce  jour  de 
fete  en  jour  de  tnflefle.  ' 

Lis  pontirks  furent  déclarés  ks  dépofi-.lres 
unique  & perpétuels  des  jdfles  ^ & ce  pr^l 
de  pofleuer  le  Ivre  de3/^/«,  à l'exclufic-n  d- 
toutes  autres  perfonnes  , leur  donna  une  autorité 
lingulere.  Ils  pouvoient , fous-  prétexte  dsfa'f.s 
ou  nefafes , avancer  ou  reculer  le  jugement  dès 
aflatres  les  plus  importantes  , & traverferlesdef- 
leins  les  mieux  concertés  des  magiflrats  & des 
particuliers.  Enfin , comme  il  y avoir  parmi  les 
romains  des  fêtes  & des  fériés  fixées  â certains 
jours  , il  y en  avoir  auifi  donc  le  jour  dépendoit 
uniquement  de  la  volonté  des  pontifes. 

S il  eft  vrai  que  le  contenu  du  livre  des  fafles 
étoit -fort  refferré,  lorfqu'il  fut  dépofé  entre'lcs 
mains  des  prêtres  de  la  religion  , il  n'eft  pas  .moins 
vrai  que  d^e  jour  en  jour  Izs  faftes  devinrent  plus 
étendus.  Ce  ne  fut  plus  dans  la  mite  des  temps 
un  fim-ple  calendrier,  ce  fut  un  journal  immenfe 
de  divers  événemens  >,ue  le  hafard  ou  le  cours 
ordinaire  des  chofes  produifoit.  S’il  s’élevoir  u.ne 
nouvelle  guerre,  fi  le  peuple  romain  gagnoit  ou 
perdoïc  une  bataiiie  ; fi  quelque  magiiîrat  recevoit 
un  honneur  extraordinaire , comme  le  triomphe 
ou  le  privilège  de  faire  la  dédicace  d'un  temple  ; 
fi  I on  inftituoit  quelque  fête  ; en  un  mot , quel- 
que nouveauté,  quelque fingulariîé  qu'il  pût  arri- 
ver dans  l'état  en  matière  de  politique  & de  reli- 
gion, tout  s'écrivit  dans  les  faftes',  qui  par-là 
devinrent  les  mémoires  les  plus  fidèles,  fur  lef- 
quels  on  compofa  rhiiloire  de  Rome.  Voyer  dans 
les  Mém.  de  l’J.çad.  des  Belles -Lettres  , le^  Mé- 
nicire  de  M.  l'abbé  Sallier  , fur  les  Monumens 
hifiorïques  des  romains, 

Mais  les  pontifes  qui  dirpofoient  des  fafies  „ 
ne_  les  communiquoient  pas  à tout  le  monde;  ce 
qui  afiîigeost  ceux  qui  n'ètoient  pas  de  leurs  amis, 
ou_  pontifes  eux -mêmes  , & qui  travaüîoient  à 
l'hiftojre  du  peuple  romain.  Cette  autorité  des 
pontires  dum  environ  400  ans,  pendant  lefquels 
ils  triomphèrent  de  la  patience  des  particuliers , 
des  magiftrats , & fur-tout  des  préteurs , qui  ne 
pouvoient  que  fous  leur  bon  plaifir,  marquer  aux 
parties  les  jours  qu'ils  pourroient  leur  faire  droit. 

Enfin  , l an  de  Rome  45^0,  fous  le  confuîat  de 
Publias  Su  pitius  Averrion  , & de  Publius  Sem- 
pronus  Sophus,  les  pontifes  eurent  le  déplaifir 
de^  fe  voir  enlever  ce  précieux  tréfer  , qui  juf- 
,qu  alors  les  avoir  rendu  fi  fiers.  Un  certain  Cnéius 
Eiavius  trouva  le  moyen  de  tranferire  de  leurs 
livres  la  partie  des  fafiss  qui  concernoit  la  jurif- 
prudence  romaine,  & de* s'en  faire  un  mérire 
auprès  du  peuple  , qui  le  réesmpenfa  par  l'emploi 
d'Edile  Çurule  : alors  , pour  donaer  un  nouveau 

luilîS 


F A s 

îuftre  à fon  premier  bienfaic , il  fit  grarer,  pen- 
dant fon  éai.ire  , ces  mêmes  fifies  fur  une  colonne 
d airain , dans  la  place  même  où  la  juiHce  fe 
rsndoit. 

Des  que  les  faftes  de  Nama  furent  rendus  pu- 
bucs  J on  y joignit  de  nouveaux  détails  fur  les 
dieux  J la  religion  & les  magiftrats,  enfaite  on 
y mit  les  empereurs  ^ le  jour  de  leur  nailTance  ^ 
leurs  dignités  , les  jours  qui  leur  écoient  confacrés  ^ 
les  fetes  & les  facrifices  établis  en  leur  honneur  , 
ou  pour  leur  profpénté  : c'’eft,ainfi  que  la  flatterie 
changea  & corrompit  les  faftes  de  l'état.  On  alla 
meme  juîqu  a nommer  ces  àttn'zis  grands  faftes , 
pour  les  Giltinguer  àtsfaftes  purement  calendaires, 
qu  on  appeila  petits  faftes. 

Pour  ce  qui  regarde  les  faftes  mftiques-,  on 
fait  qu’ils  ne  marquoient  que  les  fêtes  des  gens 
de  la  campagne  , qui  étoient  en  m.oindre  nombre 
que  celles  des  habitans  des  villes;  les  cérémoifes 
des  calendes  , des  nones  & des  ides  ; les  figues  du 
Zodiaque  , les  dieux  tutélaires  de  chaque  mois  , 
1 accroÆement  ou  le  décroiflement  des  jours , &c. 
ainfî  c’étoient  proprement  des  efpèces  d’alma- 
naens  ruftiques  , aifez  ferriblables  à ceux  que  nous 
appelions  altnanacks  du  berger , du  laboureur.  Sec. 
Enfin , il  arriva  qu’on  donna  le  nom  de  faftes 
à des  regifires  de  moindre  importance. 

1°.  A de  fimples  éphémérides , où  Tannée  étoit 
diftribuée  en  diverfes  parties  , fuivant  le  cours  du 
foleil  & des  planètes  : ainfi , ce  que  les  grecs  ap- 
pelloienr  , fut  appellé  par  les  latins 

■calendarlum  & fafti.  C’efl  pour  cetre  raifon  qa’O- 
vide  nomme  faftes , fon  ouvrage  qui  contient  les 
caufes  hîftoriques , ou  fabuleufes , de  toutes  4es 
fêtes  qu’il  attribue  à chaque^  mois  , le  lever  & 
le  coucher  de  chaque  conftellafion,  &C.-I1  a trouvé 
îe  moyen  de  répandre  fur  ce  fujet  aride  des  fleurs 
li  belles  , qu’il  fait  regretter  aux  favans  I.t  perte 
des  lîx  derniers  livres  qu’il  avoir  compofés  pour 
completter  fon  année. 

2°.  Toutes  les  hiiloires  faccinéles , où  les  faits 
étoient  rangés  fuivant  Tordre  des  temps  , s’ap- 
peiièrent  auffi  faftes  , fafti  ; c’eft  pourquoi  Servius 
'&  Porphyrion  difent  q\is  fafti  funt  annales  dierum, 
<£■  rerum  indices 

On  nommz  faftes  des  regîftres  publics  , où 
chaque  année  Ton  marqiioît  tout  ce  qui  concer- 
noit  la  police  particulière  de  Rome  ; & ces  années 
étoient  diilinguées  parles  noms  des  ccnîuîs. C’eft 
pour  cela  qu’Horace  dit  à Lycé  : « vous  vieüliifez , 
» Lycé  ; la  richeffe  des  habits  & des  pierreries 
» ne  fauroit  ramener  pour  vous  ces  rapides  années 
» qui  fe  font  écoulées  depuis  le  jour  de  votre 
" naiffance , dont  la  date  n’eft  oas  inconnue.  ( Od. 

xiii.  lih.  ir.  ) 

Tempora 

Koftris  coridita  faftis. 

Jlruiquitis  , Tome  II, 


FAT 

En  effet  , dès  qu’on  favoit  fous  quel  conful 
Lyce  étoit  née  , il  étoit  faci’e  de  connoître 
fon  âge , parce  que  l'on  avoir  coutume  d’inf- 
crire  , dans  les  regiftres  publics , ceux  qui 
nailToient  & ceux  qui  mourroient  : coutume  fort 
ancienne , puifque  nous  voyons  Platon  ordonner 
qu  elle  fok  exécutée  dans  les  petits  temples  de 
chaque  tribu.  ( Liv.  VI.  de  la  république.  ) 

_ Mais  au  lieu  de  pourfuivre  les  abus  d’un  mot, 
je  dois  confeiller  au  ledreur  de  s’inftruire  des  faits  , 
c eft-à-dire  , d’étudier  les  meilleurs  ouvrages  qu’on 
a donnes  fur  les  faftes  des  romains  ; car  de  tant 
de  chofes  curieufes  qu’ils  contiennent,  je  n’ai  pu 
jetter  ici  que  quelques  parcelles,  écrivant  dans 
une  langue  étrangère  à l’érudition.  On  trouvera 
de  grands  details  dans  les  Mémoires  de  V Académie 
des  Belles  - Lettres  , le  corpus  ant.  de  Rofinus  , 
Ultraj.  ijoi  , fre-4°.  ; celui  de  Pitifeus,  in-folio. 
& dans  quelques  auteurs  hoUandois,  tels  que  Ju- 
n.ius  , Siccama  , & fur-tout  Pighius,  qui  méritent 
d’être  nommés  préférablement  à d’autres. 

Jumus  { Adrianus),  né  à Hoorn  en  lyii  , & 
rnort  eii  t yy  y , de  la  douleur  du . pillage  de  fa 
bibliothèque  par  les  eipagnols , a publié  un  livre 
fur  les  faftes,  fous  le  titre  de  Faftorum  calenda- 
rium  , Bdfde&  , i yyy  , 

Siccama  ( Sibrand  Têtard _),  frifon  d’origine, 
a traité  le  même  fujet  en  deux  livres,  imprimés 
à Bt-ifvvert  en  1599,  in-ef. 

Mais  Pighius  (Étienne  Vinant),  néàCam- 
pen  en  irip,  & mort  en  1604,  ett  un  auteur 
tour  autrement  diftingué  dans  ces  matières.  Après 
s’êrre  inftruit  complettement  des  antiquités  romai- 
nes , par  un  long  féjour  fur  les  Leux,  il  fe  fit  la 
plus  haute  réputation  en  publiant  fes  annales  de 
la  ville  de  Rome , & accrut  fa  célébrité  par  fes 
commentaires  fur  Its  faftes.  ( Article  de  M,  le 
chevalier  de  Jaucourt.  ") 

Fastes  consulaires.  Fbyeç Consulaires. 

FATALITÉ  du  deftin;  c’étoitlanéceffité d’un 
événement  dont  on  ignoroit  la  caufe,  & qu’on 
attribucit  à la  deftinée.  Les  anciens  donnoient  tout 
à la  fatalité  i & les  ftoïciens  foumettoient  même 
la  providence  à Xzfatalité  du  deftin.  Voye^^  Destin. 

Fatalités  de  Troye;  c’etoit  une  opinion 
répandue  parmi  les  grecs  & les  troyens,  que  la 
ruine  de  Troye  étoit  attachée  à fat  alités 

qui  dévoient  être  accomplies.  D'abord  la  ville  ne 
pouvoir  être  prife  fans  les  cefeendans  d’Eaque. 
C’ étoit  fondé  fur  ce  qu’Apoiren  & Neptune, 
employés  à bâtir  les  murs  de  Troye,  avoienî 
prié  ce  piince  de  les  aider,  afin  eue  Toavrage 
d’un  homme  mortel  venant  à être  mêlé  avec  celai 
des  dieux,  la  ville  , qui  , fans  cela,  auroit  été 
imprenable,  pût  un  jour  être  prife,  fi  c’étoit  la 


F A T 

vcionîé  du  deftin.  Delà  vint  curies  gr£cs 
tous  ieuïs  efrorts  pour  arrncner  Acii;iie  petit'hls 
d^Éaaue  , d"’entr§  Iss  bras  ds  DeidaiïiiSj  ou  fa 
mère 'i’ayoiî  caché  5 & qu  après  fa  mort  on  en- 
voya  chsrcber  fon  fiiS  Pyrrhas  y c^uoIqu  il  tut 
fort  jeune.  Il  faliok  en  fécond  lieu  avoir  les  Sè- 
ches d’Hercuie.  qui  étoient  entre  les  mains  de 
Phiioftète  , abandonné  par  les  grecs  dans  l’ifle 
de  Lemnes.  Le  befoin  qu’on  crut  avoir  de  ces 
fièches  J obligea  les  grecs  à députer  Üi)  lie , pour 
aller  chercher  Phiîoctète;  & le  mfé  prince  d itha- 
*■  que  réulTit  dans  fon  enîreprïfe.  La  troifième  & 
la  plus  importante  fatalité , etoit  d enlever  le 
palladium  que  les  troyens  gardoient  foigneufe- 
ment  dans  le  temple  de  Minerve.  Diomede  & 
Uiyfle  trouvèrent  le  moyen  d’entrer  de  nuit  dans 
la  atadeile  & d’enlever  ce  précieux  gage  de  la 
sûreté  des  troyens.  Il  falloir , en  quatrième  lieu  ^ 
empêcher  que  les  chevaux  de  Rhéfus,  roi  de 
Thrace , ne  buffent  de  l’eau  du  Xanthe , & ne 
mangeallent  de  l’herbe  des  champs  de  Troye  ; 
mais"  Ulyffe  & Diomède  vinrent  furprendre  ce 
prince  dans  fon  camp  près  de  la  ville,  le  tuèrent , 
& emmenèrent  fes  chevaux.  En  cinquième  heu , 
il  étoit  néceffaire  avant  que  de  presdre  la  viüe  , 
de  faire  mourir  Troïle , fils  de  Priam  , & de  dé- 
truire !é  tombeau  de  Laornédon,  qui  étoit  fur  la 
porte  Scéa.  Achille  tua  ce  jeune  prince  ; & les 
troyens  eux  mêmes  abattirent  le  tombeau  de  Lao- 
médon  , lorfque  , pour  faire  entrer  le  cheval  de 
bois  dans  la  ville,  ils  ouvrirent  une  brèche  dans 
leurs  murailles.  Enfin,  Troye  ne  pouvoir  être 
prife , fans  que  les  grecs  n’eaffent  dans  leur  armée 
Téléphe  , fils  d’Hercule  & d’Augé  : mais  ce 
Téléphe  étoit  allié  des  troyens , & avoir  époufé 
Ailiochéj  fille  de  Priam.  Cependant,  après  un 
combat  contre  les  grecs , dans  lequel  il  avoir  été 
bleffé,  il  quitta  les  troyens,  & fe  jetta  dans  le 
parti  des  grecs.  A.:nfi  furent  exécutées  toutes  les 
fatalités  de  Troye  ; & cette  ville  fe  foutint  juf- 
qu’à  ce  que  fes  deftinées  furent  entièrement  ac- 
complies. Ces  fatalités  étoient  fondées , dit-on  , 
fur  quelques  oracles  obfcurs  qu’on  avoit  ainfiin- 
îerprétés  ; aulfi  les  grecs  ne  s’attachèrent  férieu- 
fement  au  liège  de  la  ville , que  lorfqu’ils  eurent 
vu  l’exécution  de  tous  ces  points.  Voye^  Achille, 
Laomédon,  Palladium,  Fhiloctète, 
Rhésus  Téléphe  , Troïle. 

FATIDIQUE , celle  qui  annonce  les  arrêts  du 
dellin,  une  devinerelTe.  Fauna  fut  appelléeFbn- 
dique , pari  e qu’elle  préfidoit  l’avenir  par  le  vol 
des  oifeaiix.  Fauna. 

FATUAîv^nl^s  la  même  chofe  que  fatidique  , 
2e  a la  même  origine.  On  doiiuoit  ce  furnom  prin- 
eipaleiTient  aux  femmes  des  faunes  &t  des  fylvains  j 
d’où  quelques-uns  ont  prétendu  que  les  fées  de  nos 
ïcmans  avoient  pris  leur  origine. 


F A V 

Fama  eîl  auffi  un  furnom  de  la  bonne  déeffe"' 
on  l’appeiioit  Fataa  de  fatum-^  parce  qu’elle  pa»! 
loir  & renioit  des  oracles. 

FATüEL.  1 F . r 

^ riiune  lUt  aî.nii  noînrnej^ 

dit  Servius , prirce  qu’il  préfidoit  l’avenir  , ou 
parce  qu’il  parloir  par  fes  oracles  beaucoup  plus 
fouvent  que  les  autres  divinités.  ( Inv.  47', 
Ænelios.  ) 

FAÜCIlLf.  Voyet^  Faux. 

FA  F ERE.  Cette  expreiîlon  avoit  plulïeurs 
fens  dans  le  langage  des  pontifes.  1°.  Elieexpri- 
moit  le  flience  abfolu  requis  pour  les  facrifices, 
& commandé  aux  affiilans  par  ces  mots  : faveu 
linguis.  1°.  Le  mot  feul  favere  exprimoit  le  choix 
des  paroles  faintes  ou  de  bonne  augure  ; favert 
enim  y dit  Feüus,  eft  bona  fari. 

FAVEUR , divinité  dont  il  n’eft  fait  aucune 
mention  direéle  dans  les  anciens  auteurs  5 mais 
que  l’on  croiroit  un  dieu  chez  les  latins  , à caufe 
du  genre  grammatical  de  Ion  nom, Apelie 
l’a  voit  peint,  & l’écrivain  qui  a parlé  de  ce  tableau, 
dit  que  les  uns  le  font  fils  de  la  Beaiué , & 
d’autres  de  la  Fortune;  qu’il  naît  par  hafard,. 
félon  les  uns,  Sr  qu’il  ell,  félon  d’autres,  une 
production  de  l’efprit  ; on  place  à fes  côtés  la 
flatterie;  il  eft  fuivi  de  l’envie,  & entouré  de 
l’opulence,  du  fafte,  des  honneurs,  des  ]o;x& 
de  la  volupté  , mère  des  crimes.  11  a des  aîles,' 
parce  qu’il  fe  tient  toujours  fort  haut  élevé  en 
î’air,  & qu'il  ne  fauroit  s’abaiifer.  II  eit  aveugle, 
&m.éconnîot  fes  amis,  quand  il  s’élève.  De  .même 
que  la  Fortune , ce  dieu  eft  appuyé  fur  une  roue , 
& îl  fuit  cette  déeffe  par-tout  où  elle  vole.  Enfin  , 
il  craint  tou|our3,  quoiqu'à  l’extérieur  il  aff'eéle 
une  contenance  alFurée,  & de  grands  airs  : l’allé- 
gorie de  cette  fable  fe  découvre  d’elle-mëme. 


FAVIENS  ; c’étoieht  des  jeunes  gens  de  Rome  ^ 
qui  dans  les  iêtes  & les  facrifices  offerts  au  dieu 
Faune , couroient  par  les  rues  d’une  manière 
indécente , prefque  nuds , & n’ayanr  qu’une  cein- 
ture de  peau.  Ils  étoient  d’une  inftitution  très- 
ancienne  J puifqu’on  nomme  Rémus  & Romulus 
pour  les  auteurs  cle  cette  inftitution,. 

FAVISSÆ y foffe  , ou  plutôt  chambre,  voûte 
fouterraine  , dans  laquelle  on  garde  quelque  chofe 
de  précieux.  C’ctoîr  à peu  près  ce  que  nous 
appello.ns  aujourd’hui  le  tréfor  de  nos  éghfes,  & 
ce  que  les  grecs  & les  romains  appelloieiit  auffi 
©jo-aapaj,  thefaurus y tréfor.  Les  favijfes  du  capi- 
tale étoient  des  lieux  fouterrains,  murés  &voû:és, 
qui  n’avoient  d’entrée.  & de  jour  que  par  uji 
trou  percé  dans  le  haut,  & que  l’on  bouchoiî 


F A U 

avec  une  grande  pierre.  El'.cs  éroient  ainfî  prati- 
quées , pour  y couierver  ies  vieilles  ilatues  ui’ees 
qui  to-'i’.boient  en  ruine.  Ci'  les  autres  vieux  meu- 
bles & uft craies  facrés  , qui  avoient  fervt  à i’ufage 
de  ce  teirp.e,  ^a.it  ics  romains  reipecloient  8c 
confervoient  rdigieufement  ce  qudis  croyoïenc 
facré. 

Catuîns  voulut  abailTer  le  rez-de-chauffée  du 
capito'e  J mais  les  favijfes  Ten  empêchèrent.  Fef- 
îu.s  cioine  des  favijfes  une  autre  idée;  il  dit  que 
c’éîoit  un  lieu  vo.-lin  des  temples,  dans  lequel 
il  y avoir  de  l’eau.  Il  rappoite  aufli  ce  que  nous 
en  a.lons  dire  avec  Vairon  & Au!u  - Geiie.  On 
voyoït  quelque  chofe  de  femblable  à un  des  côtés 
du  temple  de  Delphes.  ( Varron  de  ling.  lat. 
/.  VI.)  Les  grecs  i’appe!loiento^ip«Aos,  nombrü, 
parce  que  c’étoit  un  trou  rond;  8c  Varron  dit 
que  ce  lieu  relTembloit  à un  tréior.  Aulu-Gelîe 
( /.  II.  c.  X.  ) décrit  ces  favijfes.  Il  les  appelle 
citernes , comme  Feftus  , apparemment  parce 
qu’elles  en  avoient  la  figure.  Le  tréfor  dans  les 
temples  des  grecs  étoit  auffi_  une  efpèce  de  ci- 
terne , de  réfervoir  d’eau  , de  bain  , de  faile  voifine 
du  temple , dans  laquelle  il  y avoir  un  réfervoir 
d’eau,  ou  ceux  qui  entroient  alloienc  fe purifier. 

Quelques  favans  croient  que  favijfa  s’eft  dit 
çout  flavijfa,  parce  qu’on  ferroic  dans  les/àvi/Tfi 
l’argent  monnoyé,  flata  fîgnataque  pecunia  .'hi'izis 
flatus  à flavijfa  eil  un  mauvais  rapport , une  mau- 
vaife  convenance;  & l’ufage  des  favijfes  n’étoit 
point  tel , comme  il  paroîc  par  Aulu-Geile.  Aînfi  , 
il  y a plus  d’apparence  que  favijfa  s’eft  dit  pour 
fovijfa,  petite  fofle. 

FAULA,  une  des  maîtrêfiTes  d’HercuIe,  que 
Ladance  compte  parmi  les  divinités  de  Rome. 

I 

FAüLX.  Voyei  Faux. 

FAUNA,  femme  de  Faunus,  pouffa  , dit-on, 
la  pudeur  & la  retenue  à tel  point , qu’elle  ne 
voulut  jamais  regarder  d’autre  homme  que  fon 
mari.  Llle  prédifoit  l’avenir  aux  femmes  feule- 
ment. Ses  vertus  , 8c  principalement  fa  modef- 
tie,  la  firent  mettre,  apres  fa  mort,  au  rang 
des  divinités , fous  le  nom  de  bonne  déeffe.  Les 
femmes  lui  offroient  des  facrifices  dans  des  lieux 
où  il  n’étoit  pas  permis  aux  hommes  d’entrer  , & 
fes  oracles  étoient  muets  j non-feulement  lorfque 
quelqu’ homme  alioit  les  confuiter,  mais  encore 
lorfque  des  femmes  même  les  confultoient'pour 
des.  hommes.  Voyei^  Bonne  Déesse. 

FAUNALES,  fêtes  qui  fe  célébroient  dans 
l’Italie  en  l’honneur  de  Faune  deux  fois  l’année  , 
en  décembre,  en  février.  Dans  l’une  on  fa- 
crifioit  au  dieu  un  chevreuil , & dans  l’autre  une 
eune  brebis  ou  un  bouc.  On  y faifoir  des  liba- 
eons  de  vin , & on  y brûioit  de  l’encens;  c’étoient  , 


F A U 

des  fêtes  de  campagne  qui  fe  paffoisnt  dans  les 
prairies  J Sc  tous  les  villages  étoient  dans  la  joie. 

faune  eto't  un  de  ce«  dieux  qui  paffoient 
i niver  en  un  lieu , 8c  l’été  dans  autre.  Les  ro- 
mains croy'oient  eu  il  venoit  d’Arcadie  en  Italie 
au  commencement  de  février  , 8c  en  conféquence 
on  le  fêtoit  Ie_  ii  , le  i;  & le  15  de  ce'  mois 
dans  t île  du  libre,  Coanïie  on  nroîc  alors  les 
troupeaux  des  étables  où  iis  avoient  été  enfermés 
pendant  ! hiver , on  faifoit  des  facrifices  a ce 
dieu  nouvellement  débarqué,  pour  l’intércffer  à 
leur  confervation.  On  croyoït  qu’il  s’en  retour- 
noit  au  p de  décembre,  où  fuivant  Sruvius, 
le  9 de  novembre,  on  lai  répétoir  alors  ies  mêmes 
facnfices,  pour  o’otenir  la  continuation  de  fa 
bienveillance.  Les  troupeaux  avoient  dans  cette 
faifon  plus  befüin  que  jamais  de  la  faveur  du 
dieu , à caufe  de  l’approche  de  l’hiver , qui  eft 
toujours  fort  à craindre  pour  le  bétail  né  dans 
I automne.  Dailieurs,  toutes  les  fois  cu’un  dieu 
quittoit  une  terre  , une  ville , une  maÙb'n  , c’étoit 
une  coutume  de  le  prier  de  ne  point  laiffer  de 
marques  de  fa  colère  ou  de  fa  haine  dans  les 
lieux  qu’il  abandonnoît.  Horace  , s’eft  prêté  à 
toutes  ces  fotifes  populaires.  , - 

Faune  nympharum  fugientâm  amators 
Per  meos  fines  , & aprica  rusa 
Feras  incedas , abeafque  parvis 
Æquus  alumrds.  . 

» Faur^ , dont  la  tendreffe  caufe  les  alarmes  des 
» timides  nymphes,  je  vous  demande  en  grâce 
« de  traverfer  mes  terres  avec  un  efprit  de"dou- 

ceur  , 8c  de  ne  pas  les  quitter  fans  répandre 
» vos  bienfaits  fur  mes  troupeaux  ».  C’eft  le 
commencement  de  l’hymne  fi  connu  au  dieu 
Faune,  qui  contient  les  prières  du  poète,  les 
bienfaits  du  dieu  , 8c  les  rejcaiffances  du  village. 

FAUNE  étoit  fils  de  Mars , félon  Ovide 
ou  , félon  les  hiftoriens,  de  Ficus,  roi  des  Latins, 
8c  il  fuccéda  à fon  père  -•  c’eft  lui  qui  introduifit 
dans  l’Italie  la  religion  8c  le  cuire  des  dieux 
de  la  Grèce;  c’eft  pourquoi  il  eft  appellé  quel- 
quefois le  père  des  dieux  , 8c  confondu  avec 
Saturne.  Comme  il  s’appliqua,  penéanc  fon  règne, 
à faire  fleurir  i’agricuiture , on  le  mit,  après 
fa  mort  , au  rang  des  divinités  champêtres , 8c 
on  le  repréfenta  avec  tous  les  attributs  des  fa- 
tyres.  On  lui  attribua  aufu  des  onacLs  qu’il  ren- 
doit  dans  une  vafte  forêt , près  de  la  fontaine 
Albunée.  C’eft  à cet  oracle,  dit  Virgile,  que  les 
peuples  d’Italie,  8c tout  le  pays  d’Oénotrie avoient 
recours  dans  leurs  doutes.  Lorfque  le  prêtre 
avoir  immmolé  ces  victimes  auprès  de  la  fon- 
taine , il  en  étendoi:  les  peaux  par  terre  , fe  cou- 

LUI  ij 


^3^  F A U 

choit  deffiis  pendant  la  nuit , & s’y  encormolt. 
Alors  J il  voyoit  mille  phrntômes  voltiger 
autour  de  !ui/ii  entendoit  dilférentes  vo;x , & 
s’encretenoic  avec  les  dieux.  A fon  réveil  i!  dé- 
b'îjitj  avec  enthoufiafirie  & fins  aucune  fuite ^ 
■tout  ce  qu’il  iui  venoit  dans  refpii: , comme 
autant  d’infpiration  de  Faune,  & chacun  des  affif- 
îans  s’appüquoit  à foi-même , ce  qu  i!  cçoyoït 
lui  convenir-  Dès  les  premiers  temps  de  Pvome, 
Faune  eut,  fur  le  mont  Cælius  ^ un  temple  qui 
étoit  rond  & entouré  de  colonnades.  Les  ro- 
mains rendoient  à Faune  le  même  culte  que  les 
grecs  à Pan.  Bonne  Déesse  & Marica. 

FAUNES,  dieux  ruftiques  qui  habitoienr  dans 
les  campagnes , dans  _ les  forêts  ; leur  père  & 
Fauteur  de  leur  race  étoit  Faunes,  fils  de  Fi- 
cus. Quoique  félon  les  poètes  les  Faunes , comme 
les  fatyres  , euffent  les  cornes  8e  les  pieds  de 
chèvre  ou  de  bouc  ( car  Ovide  les  nomme  Fauni 
bicornes  ) la  coutume  s’eîl  introduite  parmi  les 
modernes , de  prendre  pour  Faunes  ceux  que  les 
anciens  monumens  repréfenrent  fans  cornes  8e 
fans  pieds  de  chèvres.  Se  avec  toute  la  for.me 
humaine,  hors  la  queue  8c  les  oreilles  pointues. 
Quoique  les  faunes  pafîaiTent  pour  des  demi- 
dieux  , on  croyoit  cependant  quhls  mourroient 
après  une  longue  vie.  Le  pin  Se  Tolivier  fauvage 
leur  étoient  co.nfacrés  , & ces  arbres  les  ac- 
compagnent quelquefois  fur  les  monumens.  Le 
ftoïcien  Balbus , dans  Cicéron  , {de  natur.  decr. 
îib.  5),  voulant  prouver  l’exiiience  des  dieux, 
difoit  qu’on  avoir  fouvent  entendu  la  voix  des 
Faunes-,  mais  Cotta  l’épicurien  lui  répond  qu’il 
ne  fait  ce  que  c’eft  que  Faunes  , Se  il  nie  qu’on 
ait  jamais  entendu  leur  voix.  Koyei  Ægypans, 
Incubes  , Satyres. 

D ’où  vient  que  les  poètes  ont  dépeint  les 
Faunes  aiafi  que  les  fatyres,  avec  des  cornes  8e 
des  pieds  de  chèvre , Se  que  tous  les  artiftes  ont 
prefque  toujours  repréfentés  les  premiers  avec 
des  formes  entièrement  humaines  ? Quelques  an- 
tiquaires ont  voulu  nous  perfaader  que  les  fculp- 
îeiirs  étoient  partis  de  l’opinion  où  l’on  éteit, 
que  les  Faunes  defeendoient  d’un  roi  des  abo- 
rigènes, appellé  Faunes  ÿ mais  étoit- ce  là  une 
raifon  pour  leur  donner  des  oreilles  pointues  & 
une  queue  î Ne  feroit-ce  pas  plus  raifonnable 
d’avancer  que  les  artiftes  ne  clafsèrent  & ne  ca- 
raélérisèrent  plus  particulièrement  les  branches 
de  cette  monftrueufe  & grotefque  famille , que 
pour  varier  les  repréfentation?  des  perfonnages, 
oui  dans  les  draines  fatyriques  occupoient  pref- 
que toujours  la  fcène. 

Quoi  qifil  en  foit , les  Faunes , dans  les  monu-  i 
mens  qui  nous  relient,  loin  d’avoir  les  parties 
inférieures  de  la  chèvre,  comme  Pan,  le  front 
vbauve  Se  nez  applati  coname  Sîtene  ; des  traits 
hfiçus  & bizarres  comme  ies  fatyres  ^ fts  ibnt  . 


F A ü 

Goues  d une  forte  de  beaut-é  qui  leur  eft  partC 
cuiierej  leurs  puis  beiies  lîatues  nous  les  offrent 
d.ins  1 âge  üe  la  jcunelTe,  mus  d’ure  ieuneffe 
nuire,  dans  cet  âge  ou  le  corps  hiim.ûn  eft  enfin 
parvenu  au  dernier  terme  de  foà  dét  eIoppement«. 

« Le  ptofii  de  leur  tête  n’eft  pas  d’un  grand 
c?.i5.ctere  ^ & la  bouche  eft  le  plus  fouvent  un 
peu  relp’ée  aux  extrémités,  ce  qui  leur  donne 
ce  fourire  doux  , cet  air  gracieux  & enfantin  qui 
nous  enchante  dans  les  têtes  du  Corrège  ». 

_ “L’arnfte  grec  qui  avoir  à fculpter 
s'occupo't  fur-tout  .de  l’agil'té  des  formes  & de 
\z  fyeltcjfe  dc  la  figure;  ces  demi-dieux  étoient 
toujours  en  mouvement.  On  aimoit  auffi  à les  repré- 
fenter  ivres  : il  en  eft  un  aujourd’hui  à Portici, 
dont  toutes  les  parties,  le  vifage , le  dos,  le 
ventre,  les  jambes,  portent  le  caraèlèrederivrefîe; 
plus  on  examine  ce  moniiment,  plus  on  admire 
le  profond  favoir  des  anciens  dans  la  partie  de 
Pexpreftion.  Le  Fcü/îc  formant  du  palais  Barberini 
eft  beau  , mais  noa  d’une  beauté  idéale  ; c’eft  la 
repréfenration  fidelle  de  la  limple  nature  abandon- 
née à elle -même». 

« On  trouve  d,zn%\tmufeum-  ca-pitolinum  , dans 
la  galerie  îuitinienne  , dans  le  mufeum  fiorentinum  , 
dans  le  recueil  d’antiquités  a Herculanum , un  grand 
.nombre  de  très-belles  ftatues  de  Faunes  gravées. 
Iis  ont-  ordinairement  des  oreilles  pointues , une 
queue  au  bas  ces  reins , quelquefois  des  cornes 
naiflantes,  mais  toujours  des  pieds  d’hommes. 
Les  étrufques  cepen.ianr  leur  donnoient  tantôt 
des  pieds  humains  , tantôt  des  pieds  de  .cheval , 
& toujours  une  queue  de  cheval.  On  les  voit  ainft 
1 repréfentés  fur  des  vafes  étrufques  dans  VEtrurJa 
regalis  de  Dempfter  ( tab.  ii.  12.  15.  14-  15. 
17.)  ; & parmi  les  bronzes  du  collège  de  S.  Ignace 
à Rome  ».  ( Fier,  grav-  du  Palais  royal.  I.  page 
^-5S-  ) 

On  voit  fouvent  des  Faunes  qui  jouent  avec' 
des  enfans  , ou  qui  en  portent  fur  les  épaules , 
furies  genoux  , &c.  Ces  repréfentations  font  rela- 
tives à la  proteétion  des  divinités  champêtres, 
fouslaqueiie  les  mères  plaçoient  leurs  enfans.  La  . 
mère  de  Platon  ( Olympiod.  vita  Plat.  ) recom- 
manda fon.  fils  fur  le  mont  Hymète,  au  dieu  Pan, 
aux  nymphes  Se  à Apollon-pafteur. 

G’eft  en  qualité  de  divinités  ruftiques,  ou  cham- 
pêtres , que  les  Faunes  ont  fouvent  les  jambes 
croifées  y attitude  regardée  par  les  anciens  comme 
; la  marque  de  la  ^uftidté  ou  de  la  molleffe.  • 

Les  Faunes  font  ordinairement  repréfentés  jeu- 
nes ; & on  les  appelle  Silènes  quand  ils  fbnc 
vieux. 

Souvent  les  artiftes  anciens  ont  mis  au  vifage 
& au  col  des  Faurus , des  verrues , qui  s’appellent 
en  latin  verucdj  ou  fà,  d’où  eft  venue  l’cpithèt*; 


F AU 


F A ü 

ficarii , qa’on  dcnr.oit  aux  Faunes.  La  plus  belle 
îére^  d un  ;süne  J^aum , en  marbre  , qui  nous  foit 
rciît'e  toute  1 antiouuré , & qu:  efi:  dans  le 
caoinet  ou  cardinal  jllexandre  jllùani  , a de  ces 
verrues  ; & des  deux  cotés  du  etm  fous  la  ma- 
choîre,  on  y en  voir  uns  plus  longue  , comme 
celles  GUI  font  propres  aux  vieux  Fau?ies.  Telles 
en  voit -on  fouvent  aux  boucs  5 entre  ces  animaux  ^ 
ceux  qui  en  étoier.t  chargés , e'toienc  eitimés  de 
la  meiLeare  race  ( de  re  rufl.  l.  c.  F'I.  ) félon 
Columeiie.  ^ 

. bas-relief  du  capitole  deux 

jeunes  faunes  fernehes  , reconnoiffabies  unique- 
ment à leurs  queues.  Elles  font  conduites  par  un 
jeune  Faune  mâle. 

V 

JL  517  J Vitigès  ^ roi  des  geths,  e'tant  venu 
ameger  Romej  fit  donner  un  alTaut  au  château 
St.  Ange  J nommé  alors  Moles  Hadriani  j les 
romains  s y défendirent  vigoureufemer.t , & écar- 
tèrent les  barbares  en  leur  lançant  des  ilatues  du 
haut  des  murailles.  gotk.l.I.  p.  102.  edit. 

Grotiid) 

Le  taune^  endormi  ^ figure  célèbre  de  l’antiquité  , 
& conlervée  au  paiais  Barberinij  eft  ; félon  tou- 
tes les  apparences une  de  ces  Ibtues  : car  elle 
fut  trouv'ée  fans  cuifiej  fans  jambe  & fans  bras 
gauche  , lorfqu’en  fit  l’excavation  du  foffé  de  ce 
chateau  fous  le  pontificat  d’Urbain  VIÎI.  Ainfi  ^ 
Brévai  fe  trompe,  lorfqu’il  dit  que  cette  antique 
fut  trouvée  dans  les  foffés  de  cafid  Gandolfo. 

( Remarks.  ) 

FAVONIUS , vent  qui  fouffie  de  l’Occident 
équinoxial,  c’ell-à-dire , de  i’endroit  oulefoleil 
fe  couche  dans  le  temps  des  équinoxes.  Ce  vent 
a été  nommé  favonius , ou  de  f avéré  , favorifer, 
ou  de  fovere  ^ nourrir , parce  qu’il  favorife  la  naif-  ' 
fance  de  toutes  les  plantes , qu’il  les  anime  & 
leur  donne  de  la  vigueur.  - Pour  la  même  raifoh  , 
les  grecs  l’appellent  zéphyre,  c’eft-à- dire  , porte-  , 
vie  J parce  qu’il  vivifie  & renouvelle  toute  la  na- 
ture au  printemps.  C’ell  auffi.  pour  cela  que  les 
latins  le  coniondent  avec  le  vent  zéphyre , qui 
lui  efi;  voiiîn , & qui  produit  les  mêmes  effets. 

FAUSTE , première  femme  de  Confrantln. 

F L A Y I A M A X I JM  A Fa  U s T a A U G » S T A. 

Ses  médailles  font  : 

RRRR.  en  or. 

^ On  a de  cette  princeffe  un  fameux  médaillon 
d’or,  trouvé  dans  l’Efeaut  ; il  ell  décrit  dans  le 
P.  Banduri.  Il  a pafle  chez  le  roi  d’Efpagne, 
avec  le  cabinet  de  M.  Pabbé  Rotheiin. 

RRR.  en  argent. 

RRR.  en  médaillons  de  bronze. 


557 

O.  en  M.  B. 

C.  en  P.  B. 

Fauste,  II.  du  nom. 

F A ü s T A O B I Z I s S T JA  A J£  J-:  I JT  A, 

Ses  médailles  font  : 

O.  en  or  & en  argent. 

RR.  en  P.  B.  qui  font  les  feules  que  Ton  trouve-^ 

F AUSTINE  , la  mère , femme  d’Antonin. 

G A Z s R I A F A U S T I 17  A A U C U S T A. 

Ses  médailles  font  : 

C.  en  or;  quelques  revers  font  R.  & RR. 

C.  en  argent;  quelques  revers  font  R.  & RR. 
Celui  gÛ  Pon  lit  Puell&  Faufiimane ett  RRR. 

P;.,  en  quinaires  d’argent. 

RR.  en  médaillons  de  Potin  ; au  revers  d’An- 
tonfn. 

On  trouve  la  figure  de  Faufline  dthont  au  revers 
du  même  prince. 

C.  en  G.  B.  de  coin  romain.  Celle  où  i’on  voit 
au  revers  la  tête  d’-Antonin , eft  R.  ; d’autres  revets 
Font  auffi  R. 

C.  en  M.  B.  à quelques  revers  près.  ' 

RRR.  en  G.  B.  de  Colonies. 

^ RRR._  en  M.-  B;  où  l’on  voit  fa  tête  & celle 
d’Antonin. 

Les  deux  têtes  d’Antonin  & de  Faufline  £e 
trouvent  également  en  G.  B.  de  Colonies. 

RP.R.  en  G.  B.  grec.  ^ 

RR.  en  M.  & P.  B. 

R.  en  médailles  de  bronze  d’Égypt-e. 

Il  y A des  médaillons  latins  de  bronze  de  cettg 
princeffe. 

On  dillingue  ordinairement  les  médailles  de 
mère  . de • celles  de  fa  fille,  au  bourrelet 
de  cheveux  qui  eff  fixé  fur  le  fommet  de  fa  tête; 
tandis  qu’il  eff  fixé  derrière  la  tête  far  les  mé- 
dailles de  Faufline 

On  connoîc  une  médaille  très-rare  de  Fauflinsf 
mère  , avec  cette  infeription  : 

PVELLÆ  FAVSTINIANÆ. 

On  y voit  cette  impératrice  , qui , conforme- 
ment à une  de fes fondations,  diffribue  des  fecours 
à de  jeunes  fiUes.  ( Sparûi,  de  prtfl,  num.  t,  IX, 
p.  289.  ) 


F A U 

Cette rnédaiüe,  lorfQu^e! le  fe  trouve  d une  beüe 
cenien/ation  , fe  paie  à Rome  juiou  a cinquante 
écuSj  ifo  liv.  de  France.  Wirckelm.-.n  i ' a c’tee 
dans  fon  hift.  de  Fart  ( ùv.  VI.  chap  ^ f^/1.  ) , 
pour  décrire  à fon  occafion  un  bas-re.iet  de  la 
villa  Albani,  où  il  a cru  voir  repréfante'e  cette 
même  libéralité  de  Fauftine  : on  y remaraue  une 
femme  qu^une  fécondé  accompagne,  placée  fur 
une  ellrade  élevée  , diftribuant  d’une  main  éten- 
due quelque  chofe  à de  jeunes  filles , rangées 
au-deiTous  àda  fuite  l’une  de  l'autre.  C’ell:  à ce 
foin,  pour  l'entret'.ea  des  jeunes  garç.ms  & des 
jeunes  filles  pauvres  , que  fe  rapporte  i’:nfcnption 
faivante,  dans  laquelle'  les  habitans  de  Ficuîneum, 
bourg  non  loin  de  Rome  , témoignèrent  .leur  recon- 
lîoiflance  à i’empereer  Marc-Aurèle.  11  rapporte 
cette  infcription  , parce  qu’elle  n'^âvoit  pas  encore 
été  publiée.  On  la  découvrit  au  mois  de  iuüiet 
1767,  dans  l’éndroit  où  elle  avoit  étédrelFée,  & 
elle  fe  trouve  maintenant  à la  villa  Albani  : 

I M P.  C Æ s A E.  I 
131  VI  ANTONINI.  PII 
FILIO.  DI  VI.  HA  DR  IA  NI 

ÎÎEPOTI.  DIVI.  TRAIANI 
PARTHICI.  PRONEPOTî. 

DIVI.  NERVÆ.  ABNEPOTI. 

M.  A V E.  E E I O.  A V G V S T O.  P.  M. 
TR.  POT.  XVI.  CO  S.  III.  OPTIMO.  ET 
IN  DULG  ENTI  S SIMO.  PRINCIPI 
?VERI.  ET.  PVEELÆ.  ALIMENTARI. 

FICOLNENSIVM. 

Faüstine,  la  jeune,  femme  d’Antohin. 

A s I A Fa  trSTINA-AuGtrSTAt 

C.  en  or. 

RRR.  en  médailles  grecques  d’or. 

C.  en  argent.  Il  y a quelques  revers  rares, 
tels  que  fa  confécration  & matri  Cafirorum^ 

RR.  en  médailles  grecques  d’argent. 

C.  en^  G.  B.  de  coin  romain.  Il  y a'plufieurs 
revers  rares,  entr’autres  parmi  ceux  qui  repréfen- 
tent  fa  confécration.  ‘ 

C.  en  M.  B. 

RRR.  en  P.  B,  de  Colonies» 

R.  en  G-  B,  grec.  - . . 

R.  en  M.  & P-  B. 

Les  médailles  grecques  en  bronze,  avec  le 
prénom  d’ANNiA,ne  font  pas  moins  rares  que 
Eelies  fabriquées  eu  Égypte. 


F A U 

On  trouve  des  méd  ' v r'  -ç  bronze  da 
Favfiine  j on  en  co’ir.-  , ; irecs. 

Gcyep  FAE^STiNH-mè"j , ; a ciftinctiondes 
médadies  oui  appvutiennent  aux à-t\x'aFs.iifiincs. 

Voyer^  CoLLYRA. 

Faüstine  {Anrûa)  , troifième  femme  d’Éla- 
'gabale. 

A N N I A FaUSTIKA  a U g V s T a, 

. Ses  médailles  font  : 

O.  en  or. 

Unique  en  argent  jufqu’à  préfent  dans  le  cabinet 
du  roi  d’Efpagne. 

RRRR.  en  G.  B.  Vaillant  en  a fait  graver  une; 
mais  on  ne  la  connoîî  pas. 

O.  en  M.  B.  II  y a un  coin  faux  , où.  on  voit 
deux  figures  au  revers. 

O.  en  G.  B.  de  Colonies. 

PvRR.  en  M.  & P.  B. 

RRR.  en  M.  B.  grec. 

RR.  en  M.  & P.  B.  d’Égypte. 

La  médaille  de  G.  B.  des  Rhaphaniens , fut 
laquelle  le  P.  Chamillart  a fait  une  differtatron  , 
efi  fauffe , & eft  de  la  fabrique  de  Cogornier. 

FAUSTULUS  , intendant  des  troupeaux  de 
Numitor  , roi  d'Albe,  ayant  vu,  dit -on,  un 
pivert  portant  à fon  bec  de  quoi  manger , & vo- 
lant continuellement  vers  une  caverne , eut  !a 
cuiiolué  de  le  fuivre.  Il  vit  cet  oifeau  donner  la 
becquée  à deux  enfans , qu’une  louve  aliaitoitj 
frappé  d’un  prodige  fi  étonnant , il  ne  douta 
point  qu’il  n’y  eût  quelque  chofe  de  divin  dans 
ces  deux  enfans,  les  emporta  dans  fa  bergerie, 

■ & les  remit  à fa  femme  Acca  Larentia  , pour  les 
nourrir  j e’étoient  Rémus  & Romuius.  Fauftulus  , 
comme  nourricier  de  Romuius  , avoit  une  ilatue 
dans  le  temple  de  ce  dieu  5 il  y étoir  repréfenté 
tenant  fon  bâton  courbé  par  le  bout,  en  forme 
de  bâton  augurai,  & obfervant  le  vol  des  oifeaux, 

' pour  en  tirer  des  préfages.  Voye^  Acca  La- 
RE'NTIA. 

FAUX.  Les  anciens  en  avoient  de  toute  ef- 
. pèce  ;*  les  unes  s’appelloient  arboraris.  , & fet- 
voient  à émonder  les  arbres  ; les  zMXte.s  lumaris, , 
& c’étoit  avec  celle-ci  qu’on  farcloît  les  chardons 
. & les  buifibns  dans  les  champs  j ruÿaria. , avec 
lefqueFes  en  défrichoit  ; firpicuU , ferpette^^  du 
vigneron  5 firameTitafia , qu’on  employoit.  ap'£* 
moifîbn  pour  couper  le  chaume,  ivinitori^ , 
lefquelles  on  tailloit  la  vigne  , ou  i’on  ébranchoit 
le  fauie  & i’olîer  -,  murales  , inilrumenî  de  guerre  , 


F E B 

compoFé  d’une  longue  poutre  j armée  à Ton  estré- 
inrte  d’an  crochet  de  f;r  , qu’on  dxoic  fur  le 
haut  des  murailles  pour  les  renverfer.  On  fe  défen- 
doit  de  cette  machine  avec  de^cordes  dans  ief- 
quelles  on  chercboit  à embarraüer  ie  crochet 
pour  l’enlever  enfuire.  Î1  y avoir  aard  les  fclccs 
navales  i c’étoient  de  longues  faux  emmanchées 
avec  des  perches  ^ & dont  on  fe  fervoit  fur  les 
vaiiîesux  pour  couper  les  cordages  des  bâtsmens 
ennemis.  ; 

La  faux  étoiî  l’attribut  dePriape.j  de  Sylvain 
&:  de  Saturne.  Mais  celle  du  dernier  reifembie 
fouvent  à une  faucille  , &:  taillée  à dents  j comme 
i’inllrument  qiiî  fert  encore  à fcier  les  bîeds  dans 
certains  pays.  C’ell  ainlî  qu’on  la  voit  fur  des 
médailles  confulaires  j & fur  une  lampe  antique 
de  PaiTéri. 

La  faux  eft  l’attribut  ce  Saturne  , parce  qu  il 
avoir  enfeigné  aux  hommes  de  fon  temps  à couper  ^ 
avec  une  faux  , les  bleds  Sc  l’herbe  des  prairies  ; 
ou  peut-être  déugne-t-eüe  ie  crime  qu  il  commit 
envers  Céius  fon  père,  f^oy e^^C'BLV s ■ 

La/aax  eib  quelquefois  olacée  dans  la  main 
d’ Atys  3c  des  prêtres  de  Cybèie  ; & alors  ede  eh 
relative  à l’opérarion  qui  les  avoit  dépomiiés  des 
marques  de  la  virilité.  Quorque  ces  prêtres  em- 
plovaifent  pour  cette  cruelle  opérâiicn  une  pierre 
de  Samos  j cependant  ia  faux  eft  fur  les  monu- 
mens  le  fymboie  de  leur  infirmité. 

Faux  ('chars  armés  de).  Voye:^  Char. 

FÉBRUA,  ou  FÉBPjjATAjfurnom  qu’oh  don- 
noit  à Juncn  , comrne  à la  -déeife  des  purifica- 
tions J ou  qu!  avoïc  le  foin  particulier  de  délivrer 
les  mères  de  i’arrière-faix  après  l’enfantement. 
On  hoiioroii  Junon-Féirua  d’un  culte  particulier 
au  mois  de  février,  d’où  ce  mois  a pris  fon  nom. 
( Cedrenus  lib.  J.  ) 

FÉBRUALES  , ou  Fébrues,  fête  que  les 
romains  célèbroient  au  mois  de  février , pour 
les  mânes  des  morts.  «On  y faifoit  des  facrificés, 
& on  rendoit  les  derniers  devmirs  aux  mânes  des 
défunts  , dit  Macrobe  ( fatum.  I c.  XIiI.  ) 5 & 
e’eft  de  cette  fête  que  le  mois  de  février  a pris  fo'n 
nom.  On  peut  croire  que  ces  facrificés  fe  faifoient 
pour  rendre  les  dieux  infernaux  propices  aux  mort-, 
comme  Pline  lecrit , plutôt  que  pour  appaifer 
les  mânes.  Ces  fêtes  & facrificés  duroient  douze 
jours  ; & l’on  prenoit  ordinairement  ce  te.mps-là 
pou-  faire  les  expiations  , tant  publiques  que  par- 
ticulières. Voyei  Expiation. 

Tout  ce  qui  fervoit  dans  les  facrificés  d’expia- 
tion , étoit  com.pris  fous  le  nom  génenque,  Fébrua 
( Ovid.  fafi,  lî.  i9.  ) : 

Fébrua  romani  dixer'e  piamina  patres  : 

Nunc  quocpue  dant  verho  plurima  figna  fidem. 


F Ê G 


Varron  ( de  Urg.  lat.  l.  V.)  nout  apprend  qu’-l 
venoit  des  Coins.  Ovide  enjiu’ü.  étoit  rornie 
de  l’ancien  nom  de  la  jaine  , l corua  i & que  ce 
nom  fut  don.'.é  aux  facnriêcs  d’expiaticn  , parce 
qu’on  Y eniployoit  des  bandelettes  de  Lune. 

FÉBRUUS,  d ieuqci  pr-éfîdoit  aux  purificiuons, 
dit  Macrobe.  Servius  {in  Géorgie.  I.  v 9;.)  croit 
que  c’eft  le  même,  q'is  Dis,  ou  plutoh,  parce 
que  les  facrificés  februcks  s’ofiroicnt  à Piuton. 
(hedrenus  affure  que  Fèbruus  , en  iangue  étru- 
rienne , lignifie,  qu'  cft  da-is.  les  enrers  : ce  quv 
convient  à Plucon.  ( Cedren.  lib.  1,  ) 

Fébruus  étoit  peut  ême  la  même  divinité  que 
Fébrua  , mais  d’un  fexe  d fférenî,  ainfi  qu’il  étoit 
ordinaire  chez  les  anciens. 

FÉCIAEDf  ^ ^ religion,  qui 

tenoieiit  iieu  de  nos  hérauts  d’armes,  pour 
aller'déchrer  la  guerre  ou  la  paix  : leurs  perfonnes 
étoient  faciées,&  leurs  charges  éroient  regardées 
comme  un  facerdoce.  C’eft  Numa  qui  les  inftitua 
au  nombre  de,  vingt.  {Plut,  in  Nums.  vit.  EzDio-  - 
nifius.  ) On  les  choiiiftbit  dans  les  meilleurs  fa- 
miiies  ; & ils  compofoient  un  collège  fort  confi- 
dérable  à Rome.  Leur  principale  foncron  étoit 
d’empêcher  que  la  république  n’entreprir  aucune 
guerre  iniufte' 5 c’étoit  à eux  que  s’adreflbient  les 
pla'ntes  des  peuples  qui  prétendoient  avoir  été 
léfés  par  les  romains  5 & fi  les  plaintes  étoient 
juftes,  les  féciales  étoient  en  droit  de  pinir  les 
auteurs  de  l’injudice.  Quand  il  falloir  déclarer 
la  euerre , un  d’entr’eux , qu’ils  éfifoient  à la 
pluralité  des  voix  , s’en  alioit  en  habit  de  laine, 
Sc  couronné  de  verveine  ( Æneid.  XII.  120.  ) 
à la  ville , ou  vers  le  peuple  qui  avoit  violé  la 
paix  : là  il  prenoit  à témoin  Jupiter  & lés  au' res 
dieux , comme  il  deœandoit  réparation  de  l’injure 
faîte  au  peuple  romain  ; i!  faifoit  des  imnrécat  o's 
fur  lui- même  & fur  la  ville  de  Rome,  s’il  difoic 
rien  contre  la  vérité.  Après  trente  jours  , fi  l’on 
ne  faifoit  pas  raifon  aux  romains  , il  fe  retiroit  , 
après  avoir  invoqué  les  dieux  du  ciel  & les  mânes 
contre  les  ennemis  , & après  avoir  lancé  un  ja- 
velot dans  leurs  champ  s. 

Dans  un  traité  de  paix,  conclu  félon  l’ancienne 
coutame  , ie  féaal  ( Polybe  , hv.  Iil.  en.  V.  ), 
apiès  avoir  juré  fur  la  foi  publicue  , prercîr  uns 
pierre  entre  fes  mains,  prononçant  des  impréca- 
îio.ns  contre  lui  même , au  cas  que_  fa  pe.nfée  ne 
fût  pas  conforme  à fon  fe-meut  : il  les  finifibit 
par  ces  mots  : que  moi  feul  je  vérijfe  , & tombe 
comme  mainten-ant  cette  pierre  ; 6C  en  même-temps 
il  la  iaiftoit  tomber  de  fes  mains. 

Pline  ( lia.  XXII.  cap.  XXIL  ) fait  menrion 
d’une  perfonne  qu’on  apptLoit  Verkenanus,  à 
caufe  oii’il  poxteit  de  i'herbe  eu  ce  la  'verveins 


6^0  F E C 

à îa  main.  Sa  foniftion  étoiï  d’accompagner  ceux 
Cil!  alloisnt  réclamer  les  chofes  oui  avoisntete 
enievées  eu  fouftraites  aux  romains  & à leurs 
aüiés , réclamant  auflî  les  perfonnes  qui  avoient 
commis  i’;n}ulhce- 

On  voit  par  la  formule  confacrée  ^ confervée . 
dans  les  écrits  de  Tite-Live  , que  ie  roi  n’y  eft 
point  nommé;,  & que  tout  fe  faifoit  au  nom  & 
par  Tautoiité  du  peuple  J c’eft-à-dire,  de  tout 
Je  corps  de  la  nation. 

Les  hiftoriens  ne  s’accordent  point  fur  l’ir.ft;- 
tution  des  féciaux  ; m.ais  foit  qu'on  la  donne  à 
'Numaj  comme  le  prétendent  Denys  d’Halîcar- 
naffe  & Plutarque  , foie  qu'on  aime  mieux  l'at- 
tribuer à Ancus  Marrius , conformément  à l'opi-  ; 
nion  deTîte-LiveSc  d'Aulugelie  , ii  eft  toujours 
îrès-vraifesnblable  que  ’i'un  ou  l'autre  de  ces  deux 
princes  ont  tiré  l'idée  de  cet  établiffement  des 
anciens. peuples  du  Latium^,  ou  de  ceux  d'A.rdce  ; 
& i’on  ne  peut  guère  douter  qu'il  n'ait  été  porté 
en  Italie  par  les  pélafges,  dont  lés  armées  étoient  ; 
précédées  par  des  hommes  facrés , qui  n'avoient 
pour  arme  qu'un  caducée  avec  des  bandelettes. 

Au  refte,  Varron  remarque  que  de  fon  temps 
les  fonctions  des  féciaux  étoient  entièrement  abo- 
lies , comme  celles  des  hérauts  d'armes  le  font 
parmi  nous. 

Feftus'tire  ce  nom  de  ferio , parce  c\xt  ferire 
fœdus  fignife  faire  un  traité;  de  forte  qu'il  faut , 
félon  lui  J qu’on  ait  dit/ctia/ej  pour/erA/«.  D’au- 
tres le  dérivent  de  fsedus  , qui  s’écrivoit  ancien- 
aemént  fedus  , ou  fdes,  foi  J d’où  l'on  aura  fait 
fcdalis , en  changeant  le  d en  t.  C'eft  l’opinion 
de  Varron.  D’autres  veulent  qu'il  vienne  At  facio , 
ftei  , faire  , d'où  s'eft  formé  fecialis , parce  qu’i.s 
îuifoient  1-a  guerre  & la  paix.  Voffius  aime  mieux 
le  faire  defeendre  àefatu , du  verbe  fari , parler 
en  forte  que  faciales  foit  la  même  chofe  qüoraw- 
rss.  II  appuie  fon  opinion  fur  l'autorité  de  Varron, 
qui  dit  qu'on  les  appelloit  également/àc/Æ/ej  sé 
-oratores.  { De  vita  populi , Rom.  lib.  II.  y 

On  voit  fur  des  médailles  de  la  famille  Vemria  , 
S-c  fur  une  pâte  antique  de  la  collection  de  Stofeh 
( claîTe  IV.  n°.  i6o.  ) un /ec/iz/ agenouillé , te- 
nant une  truie , que  touchent  avec  leurs  bâtons 
un  romain  , & un  homme  qui , à fon  coilume  , 
piroît  étranger.  Ainfî  fe  faifoient  les  alliances  du 
peuple  romain  ; îorfque  les  deux  députés  touchoient 
la  truie , le  fécial  prioir  Jupiter  de  traiter  avec 
autant  de  rigueur  les  infraéleurs  du  traité  que  lui, 
fécial,  alloit  traiter  cet  animal.  Alors  ii  l’affom- 
moit  avec  un  caillou. 

FECOxNDITÉ,  divinité  romaine  , qui  n'étoit  | 
autre  que  Junon  ; les  femmes  l'invoquoient  pour 
avoir  des  enfans,  & fe  foumettoient  , pour  en 
obtenir  , à une  pratique  également  ridicule  & 


F E L 

oofeene.  Lorfqu’elies  allo’ent  pour  cela  dans  le 
temple  de  cette  déelTe,  les  prêtres  les  faifoient 
deshab.lier  , & les  irappoknt  d'un  fouet  qui  étoit 
fait  de  lanières  de  peau  de  bouc.  Les  romains 
poufsèrent  la  flatterie,  à l'égard  de  Néron,  juf- 
qu’ù  ériger  un.  temple  à la  fécondité  de  Poppée. 
Quelquefois  on  confond  cette  divinité  avec  la 
déelfe  Tellus , ou  la  Terre  ; & alors  elle  eft  re- 
préfentée  nue  jufqu'à  la  ceinture,  & à demi- 
couchée  par  terre,  s'appuyant  du  bras  gauche 
fur  un  panier  plein  d'épis  8r  d’autres  fruits , au- 
près d'un  arbre , ou  fep  de  vigne  , qui  l'ombrage  ; 
& de  fon  bras  dreit,  elle  embraffe  un  globe  : far 
les  médailles  ; c'eft  une  femme  afllfe  , qui  tient 
de  la  main  gauche  une  corne  d'abondance , 8c 
tend  la  droite  à un  enfant  qui  eft  à fes  genciix. 
Suc'les  médail'es  de  Juiia  Domna  , la/écorri/té  eft 
une  femme  qui  a quatre  enfans , deux  entre  fes 
bras  , & deux  debout  à fes  côtés.  Voilà  le  véri- 
table fymbole  de  la  fécondité. 

FEES,  divinités  modernes  de  nos  romans,  qui 
ont  fuccédé  aux  nymphes  des  anciens  : ce  font 
des  femmes  à qui  l’on  attribue  le  fecret  de  faire 
des  chofes  furprenantes  , & de  prédire  l’avenir  ; 
ce  font  d'honnêtes  magiciennes,  dont  le  nom 
moderne  a été  formé  de  celui  des  anciennes  di- 
vinités appeliées  Fatus. 

FELICE  ( zzjzrc  ).  Fbyeij; Félix  \aqua'y, 

FÉLICITÉ  ; c’étoit  unedéefle  chez  les  romains 
auffi-bien  que  chez  les  grecs,  qui  la  nommoient 
Eudémonie.  Pline  ( 8 f.  12.  ) dit  que  Lucullus, 
au  retour  de  la  guerre  contre  Mithridate,  voulut 
f.iire  fculpter  une  flatue  de  la  Félicité  par  Arché- 
filas  ; -mais  que  tous  deux  moururent  avant  qu’elle 
fût  achevée.  Jules  Céfar  voulut  élever  un  temple 
à cette  d-seife  dans  la  place  du  palais,  devant 
la  curie  Hoftilia  , comme  à une  divinité  à laquelle 
il  croit  beaucoup  redevable;  mais  fa  mort -pré- 
maturée empêcha  fon  deffein,  qui  fut  exécuté  par 
Lépidiis,  fon  général  de  ’ia  cavalerie.  Sous  l’em- 
pire de  Claude  , il  y eut  un  temple  de  la  Félicité 
qui  fut  brûlé.  La  Félicité  eft  fouvent  repréfentéc 
fur  les  médailles , quelquefois  avec  une  figure  hu- 
maine, 8c  d’autrefois  par  des  fynrboles.  C'eft  une 
femme  qui  tient  la  corne  d'abondance  de  la  main 
gauche  , 8c  le  caducée  de  la  droite.  Sesf/mboies 
ordinaires  font  deux  cornes  d'abondance  qui  fs 
croifent,  8c  un  épi  qui  s'élève  entre  deux.  Ün 
facrificaceur  de  Cérès,  promettant  wv^.e.  félicité  fans 
pareille  après  la  mort,  à ceux  qui  fe  faifoient  ini- 
tier dans  les  myftères  de  la  déelfe  Félicité , on  lui 
répondit  : que  ne  te  laifle -tu  donc  mourir  , pour 
aller  jouir  de  \z félicité  que  tu  promets  aux  autres,  j 

Voffius  féal  ( de  idol.  lib.  F'III.  cap.  IKVIII.')^ 
croit  que  la  déelTe  Félicité  étoit  !a  même  divinité 
que  Saius  , le  falut  public.  Le  culte  rendu  à la 
^ ' Félicité. 


F E L 


F E M 


Téücité , eft  prouvé  par  les  deux  tempics  qu'on 
lui  avoir  élevés  à Rome , 8c  par  un  marbre  con- 
fervé  à la  villa  Albanie  fur  lenuelon  lie  : Felici- 
TATi  IN  cAPiTOLio  j à la  FéHcité  don:  le  tem- 
ple elt  placé  fur  le  capirole.  ( Muratori  305-  : 

ICO.  ) 

FELICITER.  Les  romains  exprimoient  la  joie , 
les  heureux  fouhaics,  parce  mot;  c’eft  pourquoi 
il  retentilfoit  dans  les  amphithéâtres  l^Florus 
J.  ) & dans  les  cérémonies  des  mariages.  ( 
pian.  Dell,  civil.  V^.  8c  Suet.  Domic.  c.  15.  n°.  2.) 

La  formule  féliciter  eft  très-ancienne  dans  les 
mataifcritSj  d'où  elle  a paffé  dans  les  dip’ômes 
& autres  ades  publics.  On  la  trouve  à la  fin  de 
la  première  conftitution  des  célèbres  Pand^dees 
de  Florence.  Le  copilte  ignorant  fa  fignification  j 
a fubftitué  lege  féliciter.  Selon  quelques  favans, 
elle  lignifie  que  le  prince,  ou  même  Téenvaîn,  a 
écrit  le  livre,  la  pièce  , le  diplôme  dans  un  temps 
favorable,  jouiflant  de  la  fanté  ,&  dans  une  heu- 
reufe  & floriflànte  fituation.  Peut-être  feroit  - il 
plus  naturel  de  penfer , que  c'efi  une  efpèce 
d’âcclatnation  , qui  marque  la  jo-e  qu'on  a 
de  terminer  ou  de  commencer  un  ouvrage , 
un  diplôme , un  traité , comme  une  entreprife 
defirée.  Dans  le  manuferit  du  rot  , en  écri- 
ture lombardique  de  l'an  81Ô,  nous  avons  remar- 
qué, fol.  5,  qu'on  met  féliciter  pour  exp:Hcit. 
(,  Nouvelle  Diplomatique.  ) 

FELIX, 

FELICISSIMUS  , > en  François , heureux , très- 

FELICITAS,  5 ‘ 

heureux,  &c.  titres  fréquens  dans  les  monumens 
publics  des  romains  , adoptés  d’abord  par  Spîia  , 
prodigués  enfuite  aux  empereurs  5 titres  enfin  que 
les  villes,  les  provinces  & les  colonies  les  plus 
malheureufes,  dépendantes  de  l'empire,  eurent  la 
baffeffe  de^'appîiquer , dans  la  crainte  de  déplaire 
au  fouveram  de  Rome. 

Ajoutons  même  , qu'entre  les  différens  titres 
qui  fe  lifent  fur  les  monumens  antiques , celui 
àz  felix  , on  félicitas  , ell  un  de  ceux  qui  s'y 
trouvent  le  plus  fouvent.  Syîla  , le  barbare  Sylla, 
que  la  fortune  combla  de  bienfaits  jufqu  a la 
mort,  quoique  fa  cruauté  l'en  eût  rendu  tres- 
iadigne,  fut  le  premier  des  romains  qui  prit  le 
nom  de  fdix , heureux. 

"Vlais  à qui,  ou  à quoi  ne  ptodigua-t-onpas 
depuis  ce  glorieux  titre  de  felix  ou  de  félicitas  i 
Il  fut  attribué  au  trille  temps  préfent , félicitas 
temporis  , felix  temporum  reparatio  ,•  au  fiècle  in- 
fortuné , ficuli  félicitas  : au  fenat  abattu , au 
peuple  romain  aïretv'  ; félicitas  populi  romani  y a 
Rome  malheureufe , Roms,  felici à l’empire 
conftemé  fous  Macrin,  ce  vil  gladiateur,  ce  chaf- 
feur  des  bçtes  fauvages  , félicitas  imperii  y à toute 

Antiquités  , Tome  II. 


la  ferre  gémiflante,  félicitas  arôis  ; pus 
aux  plus  infâmes  emnereurs  , depuis  que  Com- 
mode, pii.’.ce  deteftable  , & déiefce  détour  i u.u- 
vers , fe  le  fut  approprié. 


On  donna  même  à fes  fuccelTeurs  le  titre  de 
felicifîmus  , dans  le  bas  empire  y la  mode  s etoii. 
alors  introduite  de  porter  au  fuperiatir  la  piU' 
part  des  titres,  à proportion  qu’ils  etoient  .e 
moins  mérités  , heatiffimus , nohilifimus  , piijamas. 


A l’exemple  de  l'empire  romain  & des  empe- 
reurs , les  colonies  furent  afïez  viles  pour  fe  oire 
heureufes  fur  leurs  monnoies  , pair  adulation  pour 
les  princes  régnans  , dont  elles  vouloient  tacher 
de  gagner  les  bonnes  grâces , en  fe  vantant  de 
jouir  d’une  féhcité'qu’elles  étoient  bien  éloignées 
de  pofTéder.  I!  fuffit , pour  s'en  convaincre  , de 
fe  rappeljer  qu’entre  les  colonies  qui  prirent  le 
titre  de  felix , les  médailles  nomment  Carthage  6e 
Jéruflikra. 


Les  provinces  , à'  l’imitation  des  villes , affec- 
tèrent auffi  fur  leurs  monumens  publies  , de  fe 
protlamer  heureufes.  La  Dace  publie  qu'elle  eft 
keureufe  fous  Marc- Jules  - Philippe  : Daciafebx 
fe  trouve  fur  les  médailles  frappées  fous  le  regns 
de  cet  arabe,  qui  parvint  au  trône  par  le  brigan- 
dage & le  poifon. 

Enfin,  pour  abréger  , l'on  pouffa  îa^bafieffe, 
fous  Commode  , jufcu'à  faire  graver  fur  les  mé- 
dailles de  ce  monftre  , dont  j'ai  deia  parlé  , que 
le  monde  étoit  heureux  d’être  fous  fon  empire. 


C’en  eft  aflez  pour  qu'on  puiffe  apprécier  dans 
l’occafion  les  monumens  de  ce  genre  àleur  juite 
valeur;  car  les  excès  de  la  flatterie  font  Scieront 
toujours  entaifon  de  la  fervitude.  Cicéron  a bien 
connu  cette  vérité  , quand  il  noiisa  peint  les  afia- 
tiques  par  ces  mots  : diuturnâ  fervitute  ad  nimiart 
afentationem  erudiu.  ( Article  du  chevalier  de 
Jaucourt.  ) 


FELIX  ^aqua  ) , fontaine  conftriiite  fur  le  mont 
Quirinal  par  le  pape  Sixte  V.  Elle  eft  appelles 
felix  ou  fdice  du  nom  que  portoît  ce  pape  aseint 
fon  exaltation  au  pontificat.  BacciusX  de  Tkermis 
c.  V.  ) affûte  que  ceme  eau  eft  une  portion  de 
l'ancienne  eau  Appia , qui  depuis  le  v. liage  rie 
Colonne  , eft  amenée  par  un  trajet  de  cinq  lieues 
à la  porte  St.  Laurent  fur  le  mont  Efquilin , d’où 
elle  coule  fur  le  mont  Quirinal. 

femmes.  Voyei  ÉPOUSES,  Cheveux, 

ChaUSSUITE,  FIabitS  des  femmes. 


Femmes  d'Égypte.  Voici  les  réflexions  deM. 
Paw  fur  les  femmes.  Elles  font  tirées  de  fes  Re- 
cherches philofop.  fur  les  égyptiens  Ci  les  chinois  , 
tom.  1.  pag.  44.  45', 

« C’«ft  pour  n'avoir  pas  diftingué  des  chofe* 

M m m m 


^2  F E M 

<5uil  ne  faut  jamais  confondre,  je  veux  dire  îes 
mœurs  du  pedt  peuple  avec  les  mœurs  des  per- 
fonnes  élevées  au-deffus  du  peuple  par  leur  for- 
tune ou  leur  nailTance  , qu  on  a tire^  des  confe- 
quenees  fi  ridicules  d^m  paffage  d Hérodote , 
répété  prefquê  mot  pour  mot  dans  la  Géographie 
de  Mé.a  ( lib.  J*  cap.  IX.  ).  En  Egypte  , dit-il, 
Es  hommes  rtftent  dans  l'intérieur  du  logis , & 
travaillent  à faire  des  toiles,  tandis  que  ]es_/^OT« 
fortentj  vendent,  achètent  & font  les  affaires 
de  dehors.  Comment  eft-il  pcfiibie  qu^’on  ne  fe 
foit  pas  apperçu  qffil  n’eâ  qneftion  ici  que  des 

tifferands  & desbas  ouvriers,  qui,  attachés  comme 

eux  à des  métiers  fédentaires , ne  pouvoient  fe 
charger  des  affaires  de  cehois  ; & qiîi  ne  ren- 
ferment leurs  femmes  ni  en  Turquie , ni  en  Perfe, 
ni  à la  Chine , oii  la  clôture  eft  neanmoins  plus 
révère  eju^en  aucun  pays  du  monde  ? Ces  gens- 
rû  font  trop  pauvres  pour  avoir  des  efclaves,  & 
iis  ne  font  f>as  alfez  riches  pour  être  polygames. 
En  Egypte,  ils  envoyoient  \ç.\xxs  femmes  échan- 
ger des  toiles  contre  de  la  colocale  : car  tout  ce 
négoce  fe  bornoit  aux  fruits  & aux  étoffes,  comme 
les  auteurs  arabes , qui  ont  parlé  de  cet  ancien 
ufage , en  conviennent  généralement.  A mefure 
que  le  mauvais  gouvernement  des  mameiucs , 
& le  gouvernement  encore  plus  mauvais  des  turcs, 
y ont  ruiné  les  fabriques , on  a vu  ce  trafic  ceffer 
par  degré  & enfin  finira. 

« Quant  aux  femmes  dhin  rang  plus  relevé , Plu- 
tarque dit  que  les  égyptiens  ( P'r&cept.  Comuh.  ) 
ne  permettoient  pas  à leurs  femmes  de  porter  des 
fouiiers  : enfuite  ils  avoient  im.aginé  que  c'étoit 
une  indécence  pour  elles  de  paroître  en  public 
à pieds  nuds  j de  forte  quelles  avoient  garde 
d"y  paroître.  Le  kalife  Hakim  , troifième  des  Fa- 
thimires,  & fondateur  de  la  religion  des  drufes  , 
remit  cette  ancienne  coutume  en  vigueur,  & dé- 
fendit, fous  peine  de  mort,  aux  cordonniers  de 
PÉgypte,  de  faire  des  fouiiers  ou  d’autres  chauf- 
fiires  pour  les  femmes  } Sc  c’étoit  bien  connoître 
le  génie  des  orientaux,  que  de  fomenir  un  ufage 
par  une  loi.  Si  je  n’a  vois  pas  trouvé  cette  même 
loi  dans  le  Kital-al-Machaid , bible  des  drufes , 
j'aurois  pu  douter  de  ce  que  Plutarque  rappone} 
mais  ces  deux  faits  fe  confirment  tellement  l’un 
Pautre,  qabl  n’eft  pointpeffible d’en  douter^. 

« Ce  foriî  \ts-  femmes  de  la  îie‘  cTe  lu  nation  , qui 
ont  commis  anciennement  en  Égypte  tous  ces 
excès, dont  il  efftant  parlé  dans Phiftoire  : elles 
danfcient  dans  - fes  orgies  , portoient  le  phalhts 
d’une  manière  prefqueincroyable ; fe  îraveftiiïbieht 
en  Chérabs  , en  s’appliquant  aux  épaules  deux 
grandes  paires  d’aîies  , comme  on  les  voit  dé- 
peintes fur  les  langes  dèsrmcmîes  ( Gorêort  Mu- 
miathec.')  5 ft  Ism.entoient  auX  portes  des  tem- 
ples difis,  ou  pleuroient  dans  le  deiril  dés  parti- 
culie»  pour  de  ratgent,  tout  comme  cefa  fe  pra- 
tique encore  de  nos  jours  : elles  fe  fignaloient  à 


F E M 

la  fête  de  Bubafte,  à la  proceffion  de  Canope, 
infultoient  les  paffans  fur  le  Nil , fe  rendoient 
furieufes  en  prenant  de  fones  dofes  iècrpiten,  gj 
c’eft  vraifemblablement  pendant  ces  accès  de  fu- 
reur qu’elles  fe  proftituoient  en  public  à des  boucs 
au  canton  de  Mendès  ; & c’eit-ià  un  fait  qu’on 
peut,  croire  > mais  quand  Plutarque  a attefté  de  la 
manière  la  plus  pofitive  , qu’on  en  avoir  vu  qui 
couchoient  avec  des  crocodiles  apprivoifés  dans 
la  ville  d’Antée  , on  n’a  pu  le  croire.  Là  deffus 
il  faut  obferver  que  le  favant  Jablonski  s’tft  ima- 
giné que  le  bouc  de  Mendès  reprefentoit  le  même 
dieu,  qu’on  nommoit  Entes  ou  Araes  dans  la  ville 
d’Antée  j & fi  cela  étoit  vrai , on  pourroit  foup- 
çonner  qu’un  de  ces  excès  avoit  été  copié  fur 
l’autre  à caufe  de  la  conformité  du  culte  mais 
on  ne  me  perfuadera  pas  qu’il  foit  fi  facile  d avoit 
commerce  avec  des  crocodiles.  On  a cru  que  tout 
le  fecret  des  égyptiens,  pour  fe  préferver  de  ces 
lézards , confifioir  à fe  frotter  d une  infufion  de 
fafran  , comme  l’on  fe  frotte  de  couperofe  & de 
mufe  contre  les  ours  & de  certains  ferpens  ; mais, 
fuivant  Strabon,  il  y avoit  en  Égypte  des  cro- 
codiles véritablement  apprivoifés , dont  li  n eft  plus 
parlé  dans  Thiitoire  après  le  quatrième  fiecle^de 
notre  ère,  & encore  la  dernière  mention  ne  s en 
trouve-t-elle  que  dans  les  légendes  des  anachorè- 
tes de  la  Thébaïde 

« Quoi  qu’il  en  foit , ce  font  à&s  femmes  perdues 
de  mœurs,  qui  , après  s’être  dépouillées , allaient, 
pendant  les  premiers  jours  de  i inftallation,  fepre- 
fenter  au  bœuf  Apis , auquel  elles  decouvroiert 
les  parties  de  leur  corps,  que  la  pudeur  devoit 
fur-tout  leur  faire  voiler  ». 

trOn  a tiré  des  ruines  d’Herculanum  , de  petits 
tableaux  qui  repréfentent  des  cérémonies  êgyp* 
tiennes , cùj’on  voit  des  perfonnages  nuds  danfer 
autour  d’un  autel.  La  fupertîition  eft  une  choie 
étrange  : on  vouloit  être  pur  dans  la  piefence 

: des  dieux  , & comme  les  _vêtemensî*pouvoîent 

être  fouillés,  on  s’en  dépouiiloit  & on  ^le  raio.t 
‘ tout  le  corps  , comme  le  faÜoieat  auffi  les 
ficateurs,  qui  confervoient  néanmoins  iearshabus 
r dans  les  temples 5 car  les  monumens  qui  prouve^ 

; un  de  ces  faits,  les  prouvent  tous  deux.  Il  a lUffl- 

à des  grecs  qui,  ^fuivant  la  véritable  expre.ian 
des  prêtres  de  l’Égypte,  étoient  toujours eman^ 
de  voir  ces  excès,  pour  s’imaginer  hbert 
du  fexe  n’y  avoit  point  de  bornes  : g èft 
fi  l’on  jugeoir  des  mœurs  des  chinoifss  & 
indiennes  par  la  licence  des  Bonzeffes  , ^ E 
filles  publiques  qui  parcourent  les  fauxoourg 
toutes  les  villes  de  la  Chine , ou  par  vn- 

de  Surate , dont  les  relations  des  indes  00 
taies  ne  ceffent  de  parier  ».  ^ 

« Accorder,  comme  avoient  fait  les  égypt'®”*.’ 
dit  Montefquieu  , le  gouvernement  de  « ^ 

fon  aux  femmes , c’étoit  choquei-à  la  fois  ia  0* 


F E M 


F E M <5’45 


& h rdfon  ; mais  , eo  -difanr  cela , il  ne  téfléchil- 
ü?ic  point  aü  pouvoir  des  eunuQues  <^uî  en  ^uit'-nt 
fouvent  : s'il  y avott  jamais  eu  dans  ce  pays-ia 
une  telle  forme  de  gouvernement , les  eunuques 
n'y  euflent  pas  mêoie  été  tolérés.  Or,-  dans  de 
iêcnblabies  c':S,  les  faits  prouvent  infiniment  plus 
^ue  les  oblërvations  vicieufes  de  quelques  voya- 
geurs grecs  J.  qui  nous  ont  dépeint  les  rnœurs  de 
la  plus  vile  populace , comme  cela  eft  indubita- 
ble- Les  femmes  d’Égypte  n'ont  jamais  pu  d;f- 
purer  le  prix  de  la  beauté  à perfonne  : car_  du 
côté  des  facultés  corporelles,  les  égyptiens  etoient  ' 
un  peuple  mai  cooftitué  : aufli  les  coptes  , qui  en 
defeendent,  en  ont-ils  hér.té  cette  laideur,  qui 
perce  , comme  dit  M.  Pococke  , au  travers  des 
plus  riches  vêremens  dont  ils  fè  couvrent  : de 
forte  qu'il  ne  faut  pas  être  étonné  fi  quelques 
auteurs  de  l’antiouité  , comme  Élien  ( ‘sni- 

Ttial.  lib.  IV^.  cap.  ^IV.  ) , ont  mis  en  fait  qu  il  | 
n'étoit  pas  poflible  de  leur  temps  de  trouver  de 
belles  perfonnes  en  Égypte  parmi  les  indigènes  : 
car  iLn'eft  pas  queftion  ici  des  familles  européen- 
nes, étables  à Alexandrie  & à Naucrate  ‘.outre 
que  les  femmes  indigènes  y étoiert  bafanees , 
& fuiettes  à la  même  excrefeente  que  les  caf- 
reffes  ; un  défaut  dans  les  yeux.,  produit  vra> 
fembliblernent  par  cette  ophtalmie  , fi  com- 
mune en  Égvpte,  les  défigurait  beaucoup  , & on 
foupçonne  ou'elles  avoient  alors,  comme  aujour- 
d’hui, le  même  penchant  à ufer  de  pâtes  & de 
drogues  pour  fe  faire  engraiffer  d une  maniéré 
prefoüe  monftiueufe;  ce  quelles  regardent  comme 
le  plus  haut  degré  de  la  beauté  ; je  crois  bien 
que  les  racines  du  faux  hermodaâyle  , nomine 
en  Arabe  ghamir , 8c  dont  elles  ufent  continuel- 
kment , y contribuent  beaucoup  , comme  Prof- 
per  Alpin  l’affure  ( bib.  III.  cap.  XIV.  ) ; 
fe  cîim.at  & fur-tout  les  eaux  y contribuent  auffi  : 
car  les  anciens  ont  cbferve  la  meme  chofe  dans 
cette  partie  de  J' Ethiopie,  qui  eft  immédiatement 
au-deffus  de  l'Égypte.  Qui  a jamais  ete  furptJS, 
dit  Juvenal,  de  voir  dans  le  Méroë  , le  fein  de  la 
mère  plus  grand  que  le  corps  de  1 enfant  ? 

In  Meroe  craffo  majorem  infante  mamillam  y>. 

Femmes  des  grecs.  Chez  les  grecs  Xz^femm'-s 
vivoient  dans  la  retraite  la  plus  auftère.  Les  rna.- 
fons  en  Grèce  étoient  diviftes  en  deux  parues , 
les  hommes  habiteient  le  devant  , la  portion  au 
bâtiment  qui  étoit  près  de  la  porte , & que  1 on 
àppeüoit  pour  cela  ou  «ycfÆvtnî-  La  parue 

dés  bâtimens  qui  éteit  la  plusèLugnée  de  1 ’ 

fervoit  de  logement  femmes  , & s'a^pelloit  le 
gynécée.  On  voit  dans  Homère  ( lhad.  ^ ^4^-/  ^ 
ks  fils  de  Priam  habiter  une  partie  de  fpn  palais, 
& fes  filles  loger  dans  une  partie  oppofee  &i  dans 
ks  étages  fupérieurs. 


Uberté , li  leurs  maris  p etoicnt 
d'un  ’earadère  jaloux  ; car  ils  avoient  fur  leurs 
femmes  un  empire  abfolu.  Elles  portcient  hors  de 
e'ur  maifon  des  voiles  légers , qui  ne  les^mpe- 
choient  pas  de  voir  ( Euripid.  Ipbig.  in  l auric. 
^72.  ) ; mais  d'être  vues. 

Les  femmes  grecques  s'occupoient  .dans  leur 
naifon  à filer  , à coudre,  à broder , à faire  de  la 
:oiie,  &c. 

Femmes  des  romains.  Les  romains  donnoicnî 
à leurs  femmes  plus  de  liberté  que  les  grecs.  Elles 
afiiftoient  aux  repas  , aux  facrifices  , aux  ttiéàtres  , 
&c.  ; mais  elles  ne  pouvoient  fe  troav-er  dans 
les  afiemblées  )\i.A\cïzv.cs  i Aala-Gelh. 
dans  les  comices  , ni  prendre  part  aux  delibera- 
tions publiques,  ni  voir  combattre  les  athlètes 
( SaetL  Augufi.  cap.XLIV.  f.  8.  ) , ni  fe  baigner, 
dans  les  bains  que  fréquentoient  les  hommes. 

Dans  les  premier^s  temps  de  la  république , les 
romaines  m.angeoient  affifes.  Elles  imitèrent  cepu.-s 
les  hommes , & prirent  leurs  mpas  a demi-cou- 
chées  à côté  de  Lurs  maris.  Dans  les  premiers 
jours  dè  Rome,  les  femmes  ne  buvoient  point  de 
vin  fermenté  , vinum  ; on  ne  leur  permettoit^  que 
le  vin  doux  , temetum.  De  là  vint  eue  tous  leurs 
narens  les  embraffoient  fur  la  bouche  en  les 
dant  , pour  favair  fi  elles  obfervoient  cette  dt- 
i&nte  {Atken.  X.). 

Les  femmes  des  romains , loin  d'être  evclms 
du  faeerdoce,  occupoient  feules,  à rexciulion 
des  hommes,  le  faeerdoce  de  la  bonne  neene,  de 
Vefta  &c.  ' Dans  Ls  calamites  pUDiiques  eues 
fafioient  des  fupplications  foîemneHes  à la  perte 

des  temples,  & en  balaycient les  feusls avec kuis 
cheveux  ( Liiciia.  n“.  3®)* 

JiiS  peSora  dura 

Affixere  folo  : lacerafque  in  limine  faero 
jlttonitiS  fudere  cornus. 

Auaufte  défendit  aux  femmes  d'affifter  aux  fpcc- 
ta-les  dans  les  mêmes  gradins  que  les  hommes. 
Il  leur  alEgna  le  lieu  le 

tiques  ( 5i£er.  in  Aug.cap.  XIAV.  n - d.  ;.  M-  is  , 
fous  Domitien  , .elles  s'cubherent  juiqu  a defeen- 
dre  dans  rarènq,  pour  am.uier  la  mUiiitu- e^par 
des  combats.  Tacite  le  dit  expreilement  cies./e.vi- 
mes  de  fénateurs  & du  rang  le  plus  tltve^  Arm. 
XV.  32.  )•  Alexandre  - Sévere  derendit  ce 

défordre. 

C’  Sal  - itius  Gallis  fit  divorce  avec  Ton  épo.ufe., 

i parce  paru  eu  piütiic 

I ^ ^ - Mmmm  :j 


F E IVÎ 

fans  voile  ( Fa/.  Maxim.  F7.  )’  d’où  Ton 

peut  conclure , que  les  femmes  des  patriciens 
étoient  toujours  voilées  hors  de  leur  maifon.  C« 
n'étoit  pas  fans  doute  avec  un  voile  , partie  dé- 
rachée  de  rhabjllemer.t  ^ co'iime  en  portent  nos 
teligieufes  j & tel  qu'on  n'en  voit  jamais  fur  les 
anciens  monumensj  mais  avec  une  partie  du  man- 
teau même  ramené  fur  la  tête  , couvrant  le  vifage  3 
& tel  qu’on  en  trouve  cent  exemples  fur  les 
marbres  & les  médailles. 

Femmes  ( Wîneke/mann  ).  On  les  voir  rare- 
ment fur  les  monumens  antiques  exerçant  des 
cruautés , ou  placées  dans'  des  attitudes  révol- 
tantes. Les  aniftes  fe  confonnoient  fur  leur  fujet 
au  précepte  d’Ariito-Cj  qui  ne  veut  pas  que  le 
poète  dramatique  leur  fafle  commettre  des  crimes 
fous  les  yeux  des  fpeétateurs. 

Dans  le  deuil  & l’affliction  on  les  repréfentoit 
fans  ceinture  3 avec  des  tuniques  fiottantes. 

On  en  trouve  trois  fur  les  monumens  antiques 
avec  un  chapeau  3 te!  qu'on  voit  ( dans  l’Œdipe 
à Colonne  de  Sophocle  )3  que  le  portoit  Ifitiène  3 
fille  d'Œdipe  j dans  le  ‘trajet  de  Thèbes  à 
Athènes. 

Femme  3 ayant  la  tête  tourelée  , affife  fur  des 
roches  , tenant  une  branche  de  palmier  j eft  un 
type  ordinaire  d'Antioche  en  Syrie. 

— Affife  fur  la  proue  d'un  vailTeau,  d'Iftiæa. 

— Trois  femmes  fe  tenant  par  la  main  , & 
tarifant 3 fur  les  méd-  d'Apoilonie  en  Tbrace. 

— Femme  debout  j tenant  une  patère  & on 
rameaUj  fur  les  méd.  de  Myrina. 

FENESTRALIS porta.  J^oye;^  Porte. 

FENETRES.  ( Wlnckelmann  ArckiteB.  ) 

« Les  temples  quartés  n’avoient  en  généra! 
point  àt.  fenêtres  y & ne  recevoient  de  jour  que 
par  la  porte  , & cela  pour  leur  donner  un  air  plus 
augufie  enjes  éclairant  par  des  lampes.  Lucien 
( de  domo  ) dit  3 d'uae  manière  exprelfe  , que  les 
temples  n'étoient  éclairés  que  par  la  porte.  Les 
plus  anciennes  églifes  chrétiennes  foiu  de  même 
très-foiblement  éclairées;  &3  dans  celle  de  Saint- 
Miniato  3 à Florence  3 il  y a 3 au  lieu  de  vitrages, 
des  tables  d'albâtre  de  diffiérente*  couleurs  3 à 
travers  duquel  paffe  une  foible  lumière.  Quelques 
temples  ronds  3 tels  que  le  Panthéon  3 à Rome  3 
recevoient  le  jour  d'en  haut  par  une  ouverture 
circulaire  3 laquelle  n’y  a pas  été  percée  par  les 
chrétiens,- coname  le  prétendent  quelques  écri- 
vains ignorans  ; car  le  contraire  ell  prouvé  par 
le  rebord  3 ou  l'enchaffure  curieiife  de  métal 
qu’on  y voit  encore  aétuellement , & qui  n’eft 


FEN 

point  un  ouvrage  des  tihnps  barbares.  Lorfque  ’ 
fous  le  pape  Urbain  VIU,  on  pratiqua  une 
grande  cloaque  pour  l’écoulement  des  immon- 
dices jufqu'au  Tibre,  on  trouva,  à quinze  pal- 
mes ( dix  pieds  de  France  ) au-deffeus  du  pavé 
intérieur  de  la  rotonde,  une  grande  ouverture 
circulaire  pour  l’écouiemer-t  des  eaux  qui  pou- 
voient  fe  raffembler  dans  le  temp  e par  l'ouver- 
ture du  comble  j il  y avoir  cepenoant  des  temples 
ronds  qui  n'avoient  pas  cette  ouverture  ». 

» Si  l'on  peut  en  juger  par  lés  anciens  édifices 
qui  nous  retient , & particuliéreinent  par  ceux 
de  la  villa  Hadrienne , à Tivoli , il  eft  à croire 
que  les  anciens  préféroient  les  ténèbres  à la  lu- 
mière ; car  on  n'y  trouve  aucune  voûte , ni  au- 
cune chambre  qui  ait  des  ouvertures  pour  fetvir 
de  fenêtres  ; & il  paroît  que  le  jour  y entroit 
de  même  par  une  ouverture  pratiquée  en  haut 
de  la  voûte  : mais  comme  les  voûtes  fe  font 
écroulées  vers  l’endroit  de  la  clef , ou  du  point 
central,  il  n’eÛ  pas  poffible  àc  s’en  convaincre 
clairement.  Quoi  qu’il  en  foît , il  eft  certâîn  du 
moins  que  de  très -longs  corridors,  ou  de  longues 
galrries  3 à moitié  fous  terres  & qu  on  appehoit 
çrypîoperticiis , de  plus  de  cent  pas  ae  long , 
ne  tiroienî  le  jour  qu’aux  deux  bouts , par  des 
efpèces  d'embrâfures  ou  de  créneaux  , par  lefquels 
la  lumière  tomboit  d'en  haut.  On  a place , à ! exte- 
' rieur 3 devant  ces  ouvertures,  un  morceau  de 
marbre  avec  plufieurs  fentes , par  lefquelles  le 
jour  palfe  maintenant.  C’eft  dans  une^  pareille 
galerie  C Appîan.  bell.  civ.  F . ) , très- peu  éclairée, 
quefe  teno:t , dans  fa  maifon,  M-  Livius  Drufus, 
& qu'il  écoutoit  3 comme  tribun , le  peuple  de 
Rome,  & décidolt  fes  différends.  Les  galeries 
de  cette  efpèce  du  Laurentum  de  Pline  ( ûL  IJ- 
epift.  17.  ) 3 avoient  des  fenêtres  des  deux  côtés, 
La  moilefle  des  romains,  du  temps  des  empe- 
reurs 3 étoit  devenue  fi  grande  , que  , pendant  la 
guerre  , on  formoii  de  femblabîes  galeries  fou- 
terraines  dans  les  camps  ; ce  que  l’empereur 
Hadrien  fit  défendre  ( Spart.  Madr.')^. 

« Dans  les  bains  3 ainfi  que  dans-les  appatte- 
mens , les  fenêtres  étoient  toutes  placées  fmt 
haut  3 comme  elles  le  font  dans  les  atteüers  de 
nos  peintres  & de  nos  fculptears , ainfi  qu  on  1 a 
fur-tout  remarqué  aux  maifons  des  villes  enfe- 
velies  parle  Véfuve.  On  peut  s'en  convaincre 
auffi  par  quelques  bas  - reliefs , & quelques  ta- 
bleaux d'Fderculanum  {tom.  I.  pag.  iji.  Etrg. 
Katic.  n°.  19.).  Les.  maifons  n’avoient  aucune 
fenêtre  qui  donnât  fur  la  rue.  Cette  manière  de 
bâtir  n'étoit  fans  doute  pas  propre  à contenter 
la  curiofité  & l'oifiveté  ; mais  elle  procuroit  un 
bien  meilleur  jour  aux  appartemens  , c'elt-a  dire, 
le  jour  d'en  haut.  Qu’on  fe  figure  combien  cette 
lumière  eft  favorable  à la  beauté  , puifque  L* 
jeunes  files  de  Rome  , qui  ont  étépromifes  en 


î 


FEN 

mariage,  ne  fe  font  voir,  dit- on,  pour  la  pre-  . 
mière  fois  en  public,  à leurs  époux,  que  dans  • 
la  rotonde.  Les  hautes  fcrJtres  de  cette  efpèce  - 
metîoîent  aufli  les  appartemens  à ILbri  du  vent 
& del  air;  voilà  pourquoi  :es  anciens  ne  fermoient 
les  ouvertures  de  leurs  frnétres  qu^’avec  un  rideau. 
Ces  fenéz-rs  ifétoieiit  p^as  , conrme  les  nôtres , 
garnies  ae  barre..ux  ce  fer,  mais  feulenient  d’un 
treüHs  -ppeiL  ùzL-.hrum-,  fait  de  barreaux  de  fonte, 
di_fpc;>.:  c-  cr-eix,  & fufpendus  à ces  gonds, 
Siin  de  po.:  o ;r  I ouvidr  Sc  1;  lermer  à volante. 
O "oit  de  treifhs  à plufeurs  anciens  ou- 

vrages ( Fin.  a ; - pag.  219.  i6i.  );  & il  s'en 
eu  ïroüYc  un  e.  lérer-itnt  coiiferve  à Hercula- 
Büm  A : des  ;eiîip:es  des  bas-reliefs  de  la 

vilia  iNegruid,  doac  nous  avons  parlé  , il  y a des 
barre  oux  au  .leu  de  jenétres  aux  deux  cotés  de 
la  fi  -vre  . deopis  la  corniche  jufqu'à  terre  , de 
la  même  manière  que  cela  fe  tr  ouve  vers  le  haut , 
à an  autre  temple  oebas-reliet  dans  Montlaucon  ». 

Il  y avoir  auiTi  chez  les  anciens  quelques  bâti- 
mens , en  petit  nombre  , dont  les  fenêtres  , gtan- 
des  & h utes  , defeendoient  du  plafond  juiqa  à 
terre  ( Vkruv.  lib.  VI.  cap.  VL). 

ce  Les  maifor.s  d’HercuIanum  n'avoient  point 
de  fenêtres  du  côté  de  la  rue  ; mais  elles  regar- 
doknt  toutes  vers  la  mer  5 de  manière  qu  on 
pouvoic  parcourir  la  ville  entière  fans  voir  per- 
fonne  aux  fenêtres.  C’eft  dans  ce  même  goût  que 
font  bâties  les  maifons  d’Alep , ainfî  que  1 a dit 
un  miflionnaire.  Ce  qu’il  y avoir  encore  de  pius 
défagréable  , c’eft  que . ces  fenêtres  étoisnt  faites 
dans  le  goût  de  celles  des  atteiiers  de  nos  pein- 
tres 8c  de  nos  fcu  pieiirs,  dont  le  travail  demiande 
que  la  lum.ière  y tombe  d'en  haut». 

cc  Flts  fenêtres  placées  à une  fi  grande  hauteur, 
se  permetîoient  guère  de  fatisfaire  la  cmiofîtéj 
( mais  d’où  vient  que  je  parle  ici  iss  fenêtres  au 
nombre  pluriel,  puirqifil  ny  en  avoir  qu  une 
dans  chaque  chimbre  ? ) & lorfqu  on  vo-uieit  voir 
ce  qui  fe  palToit  au  dehors , il  faüoû  grimper 
comme  les  chats  contre  le  mur.  D ailleurs  ces 
fenêtres  avoient  plutôt  une  forme  carrée  que  lon- 
gugj  comme  on  peut  s en  convaincre  par  d an- 
ciens tableaux , principalement  aux  temp'.es  & aux 
palais.  Les  anciens  avoient , ea  généra!  , plus 
en  vue  l'atüe  & le  néceffaire , que  le  commode 
& l’agréable.  Le  peu  de  lumière  qui  par  ces 
fenêtres  tomboit  dans  les  chambres , n’y  donnoit 
encore  qu’un  bien  foible  reflet , les  murs  des  ap- 

Îartemens  étant  peints  d’un  gris  ••eux  ou  rembruni. 

l n’eft  cependant  pas  vraifemblabîe  que  les  mai-  ; 
fons  des  grandes  vdles  n’aient  pas  eu  As  fenêtres 

fur  la  rue.  Piulîeurs  paffages  des  poètes  indiquent 

même  le  contraire,  tei,  par  exemple,  ceiUi-ci.  : 
Et  fienti  domines  patefiunt  noâefenejirep. 


FEN 

Si  toutes  les  fenêtres  avoienc  été  anciennement 
à Rome  de  cette  forme  carrée  , & placées  à une 
pareille  hauteur  , la  jeune  fille  dont  parle  i ibuüe 
( lib.  IJ.  eleg.  7. } , ne  fitroic  pas  tombés  d.irrs 
la  rue , en  regardant  par  la  fenêtre  : 

Qualis  àb  excelsâ  presceps  deîapfa  fenefirà  , 

Ventt  ad  infemos  fangainolenta  lacus. 

Cet  ancien  archirefte  , qui  propofa  à un  romaia 
j de  marque,  de  lui  oâtir  une  maifon  de  manière 
que  p^iibn  '.e  ne  pourroit  regarder  de  dehors  , 
voulüit  fai. s doute  la  c.-  -ilniire  dans  le  goût'dc 
celles  d’Alep  Se  d Heicaianum». 

« Les  chambres  de  Pompeii  à la  ville  Se  à la 
campagne  n’avcicnt  point  de  fenêtres.  Je  ne  parle 
ici  que  des  maifons  de  Pompéii  ; car  nous  avons 
de  preuves  certaines  que  les  autres  maifons  des  an- 
ciens étoient  éclairés  par  des  fenêtres.  Nous  voyons 
par  une  lettre  de  Cicéron  (^Atticus  IL  1.  ) que  ce 
romain  n’étoit  pas  du  même  fentimenc  qa’Atdcus 
.fur  la  largeur  des /èTzcrrei  , qu’un  architeéte  , ap- 
pelé Cyrus,  avoit  faite  à une  maifon  de  campagne, 
qui  appartenoit  probablement  à Cicéron  meme. 
Mais  il  parcîc  que  les  anciens  n’ont  pas  connu  les 
volets  ou  contre-vents  pour  exclure  le  jour  des 
chambres  , qui  font  aujourd’hui  généralement  en 
ulage  en  Italie  ; puifque  , fuivant  Suétone , ( Aug. 
LXXVIIL  ) A-ugulIe  avoit  coutume  de  fe  tenir  la 
main  devant  les  yeux  , lorfqu’ii  vouloit  prendre 
du  repos  dans  l’après  midi;  ce  qui  auroit  été  inutile 
fi  les  fenêtres  avoient  été  garnies  à l’intérieur  de 
volets.  Une  plus  forte  preuve  encore  en  faveur  de 
ce  fentiment , c’eft , je  penfe  , l’ufage  des  chaffe- 
mouches  dont  fe  feryoient  ceux  qui  en  avoient  le 
moyen  , pour  écarter  IcS  mouches  quand  fs  vou- 
ioient  dormir  pendant  le  jour  : car  on  fait  que  ces 
infeâies  fe  tiennent  tranquilles  dans  i’obfcurité. 
Certe  conjtéhire  femble  néanmoins-  être  détruite 
par  une  defcnprio.n  que  fait  Ovide  de  la  lumière 
de  fa  chambre , brfque  Corine  vint  pour  le  voir  : 

Pars  adaperta  futt  ,pars  altéra  claufafenefiræ. 

& c’eft  fans  doute  d’un  rideau  à moitié  tiré  qu’il 
a voulu  parler.  Ce  paffagc  d’üvide  ne  détruit  pas 
les  -preuves  que  nous  avons  citées  j Juvénal  paik 
expreffément  des  rideaux  de  fenêtres. 

Claude  fenefiras , 

vêla  tegant  rimas  , junge  oftia , tollite  lumen. 

( Satyr.  IX.  v.  10 y.  ) 

« Tout  cela  peut  fervir  à éclaircir  un  paflage 
d’Apoî.onius  de  Rhode  , fur  lequel  perfonne  n’a 
encore  fongé  à former  le  rrioindre  doute.  Da-.s  la 
delcriprion  que  ce  poète  fait  au  trouble  8c  d® 
I agitation  de  îviédée  , épri-le  d’amour  iiour  Jafon  , 
il  dît , que  la  nuit  avant  le  jour  fixé  pour  leur 
premier  entretien , elle  fe  lève  plufieurs  fois  de 


F E N 

îôn  !rt  püar  vok  û i’aurore  ne  commençoit  pas  à 
poîîidre  ( Argonaut.  /.  III.  v.  821.  ). 

« C'efi-à-dire  qu’elle  étoit  obligée  d’ouvrir  la 
porte  de  fa  chambre  pour  appercevoir  le  jour, 
parce  qu’il  n’y  avoir  point  de  fenêtres  , non  plus 
qu’aux  maifons  de  Pompéii.  L’endroit. où  cou- 
ch;>ient  fes  femmes  , ne  pouvoir  par  cenfe'quent  pas 
erre  une  anti- chambre  , ainlî  qu’ou  pourroic  le 
croire  j mais  devoit  être  placé  à côté  de  celle 
qu’occupoit  Me'dée  même 

« I'  n’eù  pas  poffible  de  déterminer  exaéte- 
ment  d’après  aucun  tcrivJn , h les  anciens  ont 
fait  ufage  de  carreaux  de  verre  pour  leurs  fenêtres. 
ii  y a des  écrivains  qui  prête. rdent  qu’i!  eit  quef- 
rion  de  carreaux  de  verre  dans  le  paiTaae  fuivant 
de  Piine  Hf.  Üb.  XXXVI.  cap.  'XXVI. 
où  , après  avoir  p^rié  de  !a  viiie  de  Sidnn,  célè- 
bre par  fcs  fabriques  de  verre  , il  ajoute  ; f qià- 
dem  etlam  fpccula  .excogitaverat.  Ssumaifs  lui- 
même  (^Exerc.  P lin.  in.  folinum.  tom.  II.  p.  1095'.), 
eir  dans  ia  perruahon  que  le  mot  fpecnlaris  eil 
génériqi  e , & que  par  ron-'équent  il  peu;  UgniSer 
routes  fortes  de  fertêtres  , hc  entr’autres  cédés  de 
pkengite , ou  de  toute  autre  matière  diaphane  , 
ropre  à laifTer  un  libre  pdTage  à la  lumière, 
luiieuts  p.ifiages  d’anciens  auteuss  prouvent 
que  h pkengite , lapis  fpecularis  ^ a été 'anci.nne- 
ment  en  ufige.  Suétone  ( cap.  XIV.  ) , di:,  en 
par'.int  de  Domitien  •.porticum  , in.  quibus  fpatiari 
confutverat , parûtes pher.gite  Lapide  diftinxh  , êcujus 
fplendore  per  imagines  quicquidatergo  fieret  provide- 
ret.  hhne  dit  aufli  {lih.  XXÏ.  cap.  XIV.  ) , que  pour 
mieux  pouvoir  obferver  le  travail  des  abtÜies, 
on  faifoit  des  rûch  .s  de  pareille  pierre  fpéculaire». 

« Tous  ceux  qui  ont  quelque  connoiffance  de 
l’antiquité,  forrt  pour  la  négative.  J’ai  va  cepen- 
dant , entr’autres  à Portici , de  grands  morceaux 
de  verre  en  feuilles , ou  lames,  qui,  peut-être, 
le  (ont  vitiiiiées  33. 

..  “Il  y a une  lettre  latine  imprimée  D.A.  Nixiorâ  . 
An.gli  , ad  Rodulphmum  Ver.uti , &c.  , laquelle  eli 
un  extrait  de  fa  diiTertation  , de  laminis  quibnf- 
dam  candidi  vitri  e ruderibus  Herculaneis  effoffis  . 
qui  fe  trouve  dans  les  mémoires  de  la  fociété  : 
des  antiquaires  de  Londres.  Cette  lettre  fut  écrite  ! 
le  31  juillet  1/5-9  , Sr  celle  de  M.  Winckelmann 
e'toir  déjà  écrite  le  16  août  1758.  En  1771,  on 
découvrit,  dans  une  muraille  expofée  au  Midi, 
une  fenêtre  avec  un  beau  vitrage  de  trois  palmes 
en  carré  , laquelle  contenoit  un  pareil  nombre  de 
carreaux  de  verre,  en  tous  fens,  dont  chaque 
carreau  étoit  d’environ  un  palme  en  carré.  Il  v 
a tout  lieu  de  croire  que  le  verre  de  ces  carreaux 
avoir  été  fait  à la  manière  angioife,  c’eil -à -dire, 
fan^  plomb  j car  ii  étoit^alfez  épais  & aulTi  tranf- 
parent  que  du  criitaî.  i ous  ces  carreaux  étoient 
entiers  à l’exceprion  de  deux  ; ce  qu'il  faut  fans 

doute  attribuer  à la  direüioa  perpendieukire  dans 


F E R 

! îacfselie  etoit  tombée  la  pluie  dés  pierres  «m 
etoient  fort  petites  , & qui  par  conféquent  n's- 
voient  pas  pu  caurer  un  grand  dommaî^e.  Oeft 
au  célèbre  abbé  dom  Mattia  Zari  lo  meirire 
de  I académie  d’Herculanum,  que  nous  devo.ns 
le  récit  de  tous  ces  faits  ( Note  de  M.  Dafdof.  ) ». 

II  paroît  par  un  grand  nombre  de  bouteilles 
propres  à différens  ufages  , que  i art  de  la  verrerie 
a été  fort  commun  chez  les  romains,  St  que 
le  verre  étoit  chez  eux  à un  prix  modique.  Leurs 
flacons  d’huüe  étoient  faits  de  la  même  manière 
que  ceux  dont  on  fe  fert  pour  le  tranfport  de* 
huiles  de  Provence. 

« Un  favart  de  Tome  me  montra  un  jour  un 
paffage  de  Phiion  , qui  preuvoit,  difoic-il,  que 
le  verre  a été  en  ufage  chez  les  anciens 5 Ôrj’en 
ai  lu  un  autre  , qui  parolffoit  mieux  le  conftater 
encore  , dans  le  livre , .de  legatione  ad  Caium 
( Pkilon.  oper.  tom.  III.  pag.  599.  lib.  VI.  edit. 
Mangey  ) , cû  je  trouvai  exaéiement  le  contraire 
de  ce  que  j’attendois.  Phiion  y parle  d’une  des 
chambres  dans  lefquelles  on  introduifit  le  député 
juif  d’Alexandrie  chez  Caliguia,  & dit  ; 

5r|«5îiirijï(  T«sf  e»  x.-ix.Xf 

Tûis  vàxf  XiVKy,  ê)ct(pa^iin  mtgcfsrX'eAat  xl(sis.  Obam- 
bulanfque  jujfît  circumqimque  feneflras  ohduci  ( ou  , 
ce  qui  vaut  mieux  , lever  & tirer  de  bas  enhaut  ) 
lapidibus  kaud  minus  pellucidis  quamvitro  candiioy>. 

Suivant  le  témoignage  de  Ladance,  les  car- 
reaux de  vitre  pour  fenêtre,  étoient  connus  à la 
fin  du  troiflème  fiècle  j voici  ce  qu’il  dit  à ce 
fujet  : ( Opif.  deis , cap.  V.)  , Manifeftus  efi , 
mentem  ejfe  , qus,  per  oculos  ea  , qus.  funt  appofta, 
tranfpiciat  , quafi  par  feneflras  lucente  vitro  , axut 
fpecularl  lapide  obduüas.  ( Note  de  M.  Dafdorf.  ) 

FENRIS.  Voye^  Obin. 

FER  , l’âge  de  fer , le  dernier  'des  quatre  âges 
que  les  poètes  ont  iTia.rqués  : « ce  fut  dans  cet 
» àee  , dit  Ovide  , qu’on  vit  un  débordement 
33  général  de  tous  les  vices.  La  pudeur  , ia  bonne 
33  foi  Se  la  vérité  bannies  delà  terre,  firent  p ace 
•3  à la  fraude  , à ia  trahifon , à la  violence  & à 

=3  une  avarice  infatiable on  ne  vécut  que 

>3  de  rapines  : l’hofpitalité  ne  fut  plus  un  afyie 
33  aflùré  ; le  beau-père  commença  à redoi  t r fon 
=3  gendre  , & la  paix  ne  régna  que  rarement  entre 
33  les  frères.  Le  mari  attenta  fur  la  vie  de  fa  femme, 
=3  la  femme  fur  celle  de  fon  mari.  La  cruelle  ma- 
’3  râtre  employa  le  poifon  ; les  enfans  abrégèrent 
33  les  jours  de  leurs  pères.  La  piété  fut  méprifee 
33  & abandonnée  de  tout  le  monde  ; '&  de  toutes 
33  les  divinités  , Aftrée  quitta  la  dernière  le  féjour 
33  de  la  terre  , qu’elle  vit  couverte  de  fang33. 

La  fufïon  du  fer  efi:  attribuée  aux  habitanS 
de  l’ifle  de  Ctète  , qui  les  premiers  parvinrent  a 
forger  le  fer  dans  les  cavernes  du  mont  Ida , qua- 


FER 

torz-e  cents  ans  environ  avant  Tère  chrétienne. 
( Héfîode  cité  par  Pline,  lib.  V'U , cap.  LVI. 
— Strabon,  lib.X.  — Diodore  de  Sicile  , bib. 
KV'.  cap.  V,  — Clément  d'Alexandrie , lib.  I. 
pag.  307.  Euiebe  , préparation  évangélique  ). 
Enfin  , dans  les  marbres  d'Oxford , l'invention 
du  fer  eft  rapportée  à l'année  I45-2-  avant  l'ére 
ehrédenne. 

Le  comte  de  Caylus  fait  les  réftexions  fuivantes 
furie  fer  , à l'occafion  d'une  hache  & d’une  ilatue 
de  ce  métal.  « Cette  efpèce  de  hache  , ou  cec 
inllrument,  qui  peut  avoir  fervi  dans  les  faenfi- 
ces  , elî:  fingulier  , parce  qu'il  eft  de/èr:  la  rareté 
de  ce  métal  empêchoit  les  anciens  de  l’employer  ; 
mais  comme  on  a trouvé  ce  petit  couperet  dans 
une  fouille  , faite  au  palais  Borghèfe  , avec  un 
autel  confacré  au  dieu  Mars  ; peut-être  en  faveur 
de  cette  divinité , a-t-on  cherché  une  diftinêtion , 
qui  devoir  être  alors  une  magnificence.  » 

« Le  travail  de  cet  infiniment  ne  peut-être  plus 
groflîer  , & cette  groffièreté  me  confirmeroit 
d'autant  plus  dans  l'idée  de  rareté , & de  fingu- 
lanté  , qu'elle  prouve  une  médiocre  pratique , & 
que  les  inftrumens  de  bronze  , fabriqués  par  les 
Romains , font  ordinairement  travaillés  , & ter- 
néinés  avec  tout  le  foin  & toute  la  propreté  pof- 
fible.  D’un  autre  côté , cette  négligence  , occa- 
lionnée  par  le  peu  d’habitude  d'employer  ce  mé- 
tal -,  eft  devenue  dans  cette  circontlance  , un 
avantage , puifqu’en  effet  on  n'a  point  épargné 
la  matière , pour  la  fabrique  de  cet  inftt  uméne  ; 
elle  a même  été  employée  avec  une  épaüTeur  fi 
confidérable  , que  la  rouille  n'a  pu  achever  fa 
deftrudion.  La  forme  & la  difpofirion  de  cet 
inllrument,  perfuadent  qu’il  n'a  jamais  eu  d'autre 
deftination  , que  ceîie  de  dépecer  les  vidimes. 
« ( Rec.  d‘Aruiq.  3 pages  Zl8.  ) » 

“ Hercule  (Rec.  3 pag.  9(5.  ) eft  fouvént  re- 
préfenté  fur  les  monumens  étruiques  , & la  dif- 
férence de  ces  repréfentations  eft  fi  légère^  que  je 
n'aurois  point  fait  graver  ce  morceau  , où  toutes 
les  parties  de  l'art de  la  convenance  font  très- 
nég’ligées  , fi  la  ungularité  de  fa  matière  ne  méri- 
toit  pas  une  exception.  Cet  Hercule  eft  de  fer 
fondu  , & par  conféquent  très-mal  confervé.  Nous 
fommes  encore  heureux  , que  la  rouille,  dont  il 
eft  rongé  depuis  tant  de  iiecles  , permette  de 
diftinguer  fa  forme  & fes  attributs  ; car  les 
antiquités  de  ce  métal  font  d'autant  plus  r^es  , 
que  le  tems  les  a plus  facilement  détruites.  D'ail- 
leurs J je  n'avüis  point  encore  poffédé  de  monu- 
ment'’de  ce  genre  5 mais  quand  les  figures  de /er 
ferotent  plus  communes , ]ê  verrois  celui-ci  avec 
étonnement  : en  effet,  il  eft  fingulier  de  rencon- 
trer une  figure  àefer,  & d'une  fabrique  aufli  an- 
cienne chez  les  étruiques,  c'eft-à-dire,  dans  un 
tems  où  ce  métal  étoit  fi  peu  connu  dans  la  Grece 
ët^^àuis  i'Afie.  Il  eft  vraifembiable  que  les  gau- 


F E R (?47 

lois  ont  connu  le  fer  , & la  manière  de  le  prépa- 
rer , plutôt  que  les  autres  nations  ; du  moins  on 
peut  l'inférer  ’de  l’abondance  que  la  nature 
en  a répandue  dans  les  Gaules  j & qu’ils  ont 
dû  faire  part  de  cette  découverte  aux  étruf- 
ques  leurs  voifins.  Il  fe  peur  même  que  cec  ou- 
vrage , ridicule  aujourd'hui , conCdéré  fous  toute 
autre  face  que  celle  de  fa  matière  , ait  été  admiré 
anciennement  par  la  raifon  de  fa  rareté  : on  le 
croira  fans  peine  , fi  l’on  fe  rappelle  les  impref- 
fions  que  les  hommes  reçoivent  de  ce  qu'ils  n’ont 
point  encore  vu,»  V.  Épee  des  gaulois.  Sec. 
Bronze 

Fer  ( médailles  de  ).  Je  ne  compte  point  le 
fer  , dit  le  père  Jobert , parmi  les  métaux  dont 
on  trouve  des  médailles.  Ce  n’cft  pas  que  j’ignore 
qu'on  lit  dans  Céfar , que  certains  peuples  de  la 
Grande-Bretagne  fe  fervoient  de  monnoie  de  fer. 
Je  fais  auffî  que  le  même  chofeeft  arrivée  dans 
quelques  villes  de  la  Grece.  De  plus,  Savot  rap- 
porte qu’il  s'eft’  trouvé  des  monneies  romaines 
que  l'aimant  attiroit  ; mais  il  eft  aifé  de  voir  que 
ce  n'étoit'que  des  médailles  fourrées,  telles  qu’il 
nous  en  relient  encore  plufieurs , & du  temps  de 
la  république , & du  temps  des  empereurs  . c’efl* 
à-dire  , du  fer  ou  du  cuivre  couvert  d'une  feuil- 
le d'argent , à qui  l’adrefte  des  faux-monnoyeiirs 
de  ce  fiècle  , donnoit  cours  comme  à la  bonne 
monnaie. 

Fer  de  lance  ( On  voit  un  ) fur  les  médaillé 
de  Polyrrheniiim  , de  Tuder,  des  Ecoliens  , de 
Cume,  des  Oetati. 

Fer  de  cheval.  Toyei  Ferrer. 

Fer  à ftifer  , xaxaftç , calamiflrum.  Les  grecs 
& les  romains  fiifoient  ufage  de  cet  inllrument 
de  toilene.  Varron,  qui  en  parle,  le  diftingue 
foigneufement  de  l’aiguille,  ou  poinçon,  avec 
laquelle  les  femmes  partageoienc  leurs  chevemC 
entreffes,  & qui  s'appeüoit  (J^arr. 

de  lïng.  latir..îV . 29.  ) 

FÉRALES  , fêtes  que  les  anciens  Romains 
céiébroienr  le  21  février  en  l'honneur  des  morts. 
Macrobe  ( Satur.  liv.  i.  cA.  13 . ) en  rapporte  l'o- 
rigine à Nurr.a  Pompilius  , & Ovide  ( Fa  fi.  2, 
V.  253.)  la  fait  remonter  jufqu'à  Enée  , qui  fai- 
foit,  dit-il,  tous  les  ans  des  cft'randes  au  génie  de 
fon  père  : c'eft  de-là  que  les  peuples  d'Italie  ont 
pris*la  pieufe  couruine  d'appaifer  les  mânes  de 
leurs  pères  par  des  offrandes  qu’on  apporroit  fur 
leurs  tombeaux. Pendant  ces  fêtes,  qui  duroient 
onze  jours  , les  temples  n’éroient  point  fréquen- 
tés , on  n'ofrroic  point  de  facrifices  aux  dieux  , il 
étoit  défendu  de  célébrer  des  noces  , 8e  les  gens 
mariés  dévoient  vivre  dans  la  continence.  Le 
poët's  ajoute  que  cetK  fête  ayant  été  dif- 


F E ?v 


(Î4-3  F E H. 

continués  dans  ie  défordre  des  guerres  civiles , 
les  morts  fortîrent  de  leurs  tombeaux  > & pen- 
dant ie  filence  de  la  nuit  > firent  entendre  leurs 
pUintes  , & des  hurlemcns  dans  les  rues  de  Rome 
tk  les  campagnes  j ce  qui  effraya  fi  fort  les  Ro- 
mains , .qu'lis  rétablirent  promptement  les 

& toutes  les  cérémonies  funèbres  ; 8c,  après  ceia> 
on  n’entendit  plus  parler  de  prodiges.  On  dérive 
le  mot  ftrales  de  fera  , porter,  parce  qu  on  por- 
toit  un  lepas  au  fépulcre  des  morts  j d autres  le 
dérivent  de  fera  , cruelle,  furnom  que  les  latins 
donnoient  a la  mort. 

FERCULUM.  Toye^  Services.  1 

FÉREN'TAIRE  , ou  Ferekdaire.  Féren- 
TARIUS  : les  férentaires  étoient  chci  les  ro- 
mains des  troupes  auxiliaires  armees  à la  légère. 
Leurs  armes  étoient  i’épée  , les  fléchés , la  fronde; 
armes  plus  légères  & moins  embari-afTantes  que  le 
bouclier , la  îrache  , la  pique , &c.  Us  n’avaient 
ni  cafques  ni  cuiraifes. 

Le  noni  de  férendaires  vient  de  ce  que  ces  fol- 
dats  étoient  troupes  auxiliaires  , a ferendo^  auxdio. 
Varron  dit  que  ce  nom  leur  fut  donne  , parce 
que  la  fronde  & Us  pierres  ne  s’empoignent  pas; 
feriintar,  non  tenentur.  Il  y avoir  une  autre  efpece 
déférent  aires,  dont  l’emploi  étoit  de  porter  des  ar- 
mes à la  fuite  des  armées , afin  d’en  fournir  aux 
foldats  dans  les  combats.  Jean  Lydius  appelle 
férentaires  des  cavaliers  armés  de  pied-en-cap  , 
armés  pelamment  ; cataphraBi  équités, 

FERETRIUS  , furnom  donné  à Jupiter  chez, 
les  romains , ou  parce  qu’il  Us  avoir  fecourus 
dans  un  combat,  du  latin  ferre  opetn;  ou  parce 
qu’on  portoit  dans  fon  temple  Us  dépouilles  des 
vaincus , de  ferendo  y ou  enfin  , parce  qu  il  avoit 
vaincu  leurs  ennemis  en  les  frappant  de  terreur 
du  mot  ferire  , frapper. 

FERETRUM , nom  comtnun  qui  renfermoît, 
fous  fon  acception , la  leclica  & la  fandapïla , 
deux  efpèces  différentes  de  brancards  ou  de  lits , 
dont  on  fe  fervoit  pour  porter  Us  corps  morts 
au  lieu  de  leurs  fcpultures.  Feretrum  défigHeauSl 
Us  brancards  fur  lefquels  des  hommes  qui  aecom- 
pagnoient  Us  triomphateurs , portoient  par  often- 
tation,  & pour  ajouter  à l’éclat  de  la  pompe, 
des  vafes  d’or  & d’argent,  des  réchauds  ardens, 
'des  ornemens  fomptueux,  les  images  des  rois,  Src. 
Feretra  dicebantur  ea  quibus  fercula  & fpolia  in 
triumphis  & pompis  ferebantur , On  a quelquefois 
étendu  l'aCception  de  ce  mot  à toute  pompe  en 
général  ; & l’oQ  a dit  f , pour  être  conduit 

en  pompe. 

FERI,  frappe.  Les  romains , dans  les  combats, 
.s’exhortoient  l’un  & l’autre  pw  ce  mot  répété  fiau- 


vem.  Oa  le  trouve  aufîi  gravé  fur  les  balles  de 
plomb  que  Us  frondeurs  hnçoient  aux  ennemis. 
Voye:^  Balles  de  plomb. 

FERIES  ; c’étok.nt  chez  les  romains  des  jours 
pendant  lefquels  on  s’abftenok  de  travailler. 

Le  mot  feri&  eft  ordinairement  déiivé  a.  ferett- 
dis  vienmis , parce  que  l’on  tuoit  deS  vittimes 
ce  jour-L.  Martinius  air  que  les  férics , ferit, 
font  aiiili  appeiiées  , veluti  hpxt  , dies  facri, 

jours  de  fêtes.  D'autres  obfetvent  que  Us  ,ours 
en  général,  81  quoiqu'ils  ne  fuffent  point  jouis  de 
fêtes  , ont  été  autrefois  appeilés/c/î^y  ou,  comme 
Voiujs  vent  qu’on  \Fe,  fefi&,  d'où  s ell  forme, 
fuivant  cet  auteur , U mot  feris,. 

Ces  jours-là  étoient  principalement  marqués 
par  le  repos  ; au  lieu  que  Us  jours  de  iètes  étoient; 
célébrés  par  des  facrifices  où  des  jeux  , aufft- 
bien  que  par  la  ccilation  du  trav  il.  H y a ce- 
pendant des  auteurs  qui  confon.iem  Us  jours  de 
fêtés  avec  l s fériés  , feris,.  D’autres  confondent 
Us  férus , feris  , avec  Us  jours  de  vacation,  dits 
nefafli.  Vcye[  FasTES. 

Les  romains  avoient  plufieurs  efpèces  de  fériesé 
Voici  leurs  noms , au  moins  ceux  des  principa- 
les : , on  fériés  d’été;  anniverfaris  , Us 

fériés  anniverfaires  ; compitalitis,  les  compicalices, 
ou  fêtes  8c  fériés  des  rues  , ou  des  carrefours  ; con~ 
ceptivs,  les  /?r/«  votives  que  les  magiihatspro- 
mettoient  chaque  annéé  ; dcnicales  , pour  i ex- 
piation des  familles  polluées  par  un  mort  ; 
imperativs  OU  indiclivs,  celles  que  U iTiagiftmt 
ordonnoit  ; latins  , les  fériés  latines  , inltituees 
par  Tarquin  - le  - Superbe , pour  tous  les  peuples. 
Vgyer  FÉRIÉS  LATINES.  Mejfts  fens  , les  férus 
de  la  moiffon  ; Us  paganaUs  , paganales  fens , ou 
paganalia.  V^yet^  PagANALES,  FrsCidarus,  oyA 
étoit  proprement  ce  que  nous  appelions  la  vigile 
déune  fête  i les  fériés  particulières  ou  propres  , 
vats  on  propris,  celles  qui  étoient  propres  a 
diverfes  familles , comme  à la  famille  Claudienne, 
Æmilienne,  Julienne,  &c.  ; Us  publiques,  pn- 
blics,  cettes  que  tout  le  monde  gard  ut,  ou  que 
l’on  obfervoit  pour  U bien  & U falut  puoiici- 
femerains  , cellês  que  l’on  eélébroit  pour  Us  te- 
mailles;  ftativs  , les  fériés  fixes,  & qui  fe  céje- 
broient  toiilours  au  même  ]ont -,  fatumaUs , les 
faturnales.  Voyei  ce  mot.  Stultorum  féru , oa 
: quirinalia,  les  fériés  des  fous  & des  fois,  qui  le 
célébroient  ie  17  de  février , & qu’on  nommoit 
aufii  quirinales  ; viBoris  feris  , celles  de  la  victoire  , 
au  mois  d’août  ; vindemiales  , celles  des  vendan- 
ges , qui  duroient  depuis  le  lo  août  jufqu  au  i > 
d’edobre;  les  fériés  de  Vnlcain  , feris  Vulcani  , 
qui  tomboient  U 2Z  de  mai  ; Us  fines  mobiles  , 
feris  conceptivs  ; Us  férics  de  commandemens  , 
imperativs. 

. Feris  fe  difoi:  auflû  chez  les  romains  pour  un 


F E Pv 

jour  de  foire parce  qif en  tenoit  les  foires  les 
jours  de  fériés  , ou  jours  de  fetes. 

FERIES  LATINES  J félon  Horace,  ir.diciz 
latin& , tète  publique  fole;r,nel!e  des  peup'es 
du  Latium , imagine'e  politiquement  par  1 ar- 
quin,  & que  les  confuls  de  Rome  qui  y pre- 
lîdoient  de  droit , ne  dévoient  pas  manquer  de 
fêter  fur  le  mont  d’ Albe  un  jour  de  c'naqae  année  à 
leur  choix.  Développons  , d"après  Tabbé  Cou- 
ture ( mémoire  des  belles  lettres  , tom.  V^III  ) , Fart 
de  rinflituîion  de  cette  fête,  & la  fctupuleufe 
exaélitüde  que  les  romains  portèrent  à l.i  célé- 
brer religieufement , & quelquefois  même  extra- 
oidinairement. 

Tarquin-le-Suoerbe  , que  Denis  d’Haùcarnaue 
reprefente  comme  un  adroit  politique  , après  avoir , 
pat  la  plus  inSgne  de  toutes  les  impolfures,  op- 
primé Turnus,  chef  des  latins,  projetta  d'affu- 
jettir  infenîîblement  tous  les  peuples  du  voiinnage, 
en  les  accoutumant  peu-à-peu  à reconnoitre  la 
fuperiotité  des  romains.  Il  commença  par  leur 
envoyer  des  ambaffadeurs , pour  demander  leur 
albance  & leur  amitié.  Il  n'y  eut  que  quelques 
villes  des  voîfques  qui  s'y  refusèrent  ; la  propo- 
rtion fut  agré-ibieinent  reçue  de  toutes  les  autres; 
a.ftn  que  cette  confédération  fût  durable  , Tarquin 
ia  fceiîa  , pour  ainfi  dire , du  fceau  de  la  reii- 
gion.  Il  imagina  une  fête  commune  à tous  ceux 
qui  feroient  entrés  dans  l’alhance.  Ils  dévoient 
tous  les  ans  fe  trouver  au  même  lieu , aflifter 
aux  mêmes  facrifices , & manger  enfemble , en 
-témoignage  d'une  union  parfaite.  La  chofe  ayant 
été  approuvée,  il  afiigna  pour  cette  affemblée, 
ia  haute  montagne  , aujourd'hui  Monte-Calvo  , 
qui  étoit  au  milieu  du  pays , & qui  comman- 
doit  la  ville  d’Aibe. 

La  première  condition  de  ce  traité  fut,  que 
quelque  guerre  qui  put  îTialheureurement  arriver 
à ces  peuples  aifociés,  i!  y aufoir  une  fufpen- 
fion  d'armes  tant  que  dureroit  la  ceremonie  de 
la  fête.  La  deuxième  condition  , que  chaque  ville 
contribueroit  à la  dépenfe,  que  les  unes  fourni- 
roient  des  agneaux,  les  sütres  du  lait , au  fro- 
mage , & de  femblables  efpèces  de  libation , in- 
dépendamment de  ia  liberté  qu’auroit_  chacun 
des  a.dîfîans  d'y  porter  fon  offrande  particulière 
mais  la  principale  vidime  devoir  être  un  bœuf 
dont  chaque  ville  auroit  fa  part.  La  troifième  con- 
dition , que  le  dieu,  en  l'honneur  duquel  on  csiC- 
broir  la  fête,  feroit  principalement  Japker  Losiaris', 
c'eil- à-dire  Jupiter  du  Latium;  & c'eil  ep  partie 
pour  cela  que  les  fériés  furent  appellées  latines  ; on 
demandercit  à ce  dieu  la  confervation  & la  çrof- 
périté  de  tous  les  peuples  confédérés  en  général , 
& celle  de  cliacun  en  particulier  ; toutes  ces  claufo 
parurent  juftes,  & il  fut  pour  ^cet  effet  drene 
une  efpèce  de  rituel  qui  devoir  etre  icrupuleufe- 
ment  obfervé. 

.Antiquités  , Tome  H. 


FER 


6ty 


Quarante-fepî  peuples,  di:  Denis  d'Kaücarr.affe, 
fe  trouvèrent  par  leurs  dépurés  à la  eé;ébrat:on 
des  premières/?Aej  latines  , & tour  fut  égal  entre 
eux,  e.xcepté  que  le  prélîdent  éîoit  romain,  Sc 
le  fut  toujours  depuis. 

Tzs  fériés  latines  étoient  ordinaires  ou  extraordi- 
naires ; les  fériés  ordinaires  étoient  arnueiles  » 
fins  néanmoins  être  fixées  à certains  jours.  Le 
conful  romain  pouvoir  les  pubiier  pour  tel  jour 
qu'il  jugeroit  à propos  ; mais  en  même  temps  il 
ne  pouvoir  y naancuer  fans  qu'on  attribuât  à fa 
négligence  tous  les  malheurs  qui  arrivoient  dans 
fon  armée  ; c’eft  ainfi  qu’après  la  céiahe  des  ro- 
mains au  lac  de  Tralimène,  l’an  de  Rome  5'5(S, 
le  prodiétateur  remontra  que  cen'étoit  point  par 
l'incapacité  de  Flarmniiis  que  la  république  avoir 
reçu  cette  grande  plaie  , mass  feulement  par  le 
mépris  qu'il  avoir  eu  de  la  religion , n'ayant  fait 
ni  les  fériés  latines  fur  le  mont  Albain  , ni  les 
vœux  accoutumés  fur  le  capitale  ; le  prodiâia- 
teur  ajouta  qu'il  falloir  confulter  les  dieu:;  .mêmes 
par  l’infpeétion  des  livres  fybiilins  , pour  favoir 
quelle  réparation  ils  exigeoient.  En  conféquence 
il  fut  arrêté  qu'on  doubleroit  la  dépe.nfe  pour  rem- 
plir avec  plus  ds  folemnité  ce  qui  avoit  été  omis 
par  Flaminius  ; favoir,  des  facrifices,  des  tem- 
ples, des  leRifiernes,  & par-deffuS  tour  cela  un 
printemps  facré , c’eft-à-dice  qu'on  immoleroit  tout 
ce  qui  naîcroit  dans  les  troupeaux,  depuis  le  pre-  , 
mier  mars  jufqu’au  dernier  jour  d'avnl.  Il  eft  aifç 
de  juger  par  ce  feul  trait,  jufqu'à  quel  point  alloit 
le  ferupuie  des  romains  fur  l'omiflion  des  féries- 
latines. 

Je  dis  plus , le  moindre  défaut  dans  les  cir- 
coîillances  étoit  capable  de  troubler  la  fête.  Tite- 
Livenoi’.s  apprend  que,  parce  qu'on  avoit  reconnu 
que  pendant  le  facrifice  d'une  des_  vidimes  le 
magilirat  de  Lanuvium  n'avoit  point  prie  Ju- 
piter pour  le  peuple  romain  , on  en  fut  fi  fean- 
daüfé,  que  ia  chofe  ayant  été  mife  en  délibération 
dans  le  fénat,  & par  le  fénat  renvoyée  au  ju- 
gement des  pontifes  , ceux-ci  ordonnèrent  que 
Tes  fériés  feroient  recommencées  tout  de  nouveau, 
& que  les  lanuviens  feuls  en  feroier^_  les  frais. 
On  fait  qu'on  immoloit  plufieurs  viciim'es  dans 
les  fériés  & qu’il  y avoir  plufieurs  autels  fur  lef- 
quels  on  immoloit  fucceflîvement. 

Au  relie  , fi  l’exacfitude  devoir  être  infinie  pour 
l’exécution,  le  ferupuie  n’aüa  pas  fi  loin  pour 
le  nombre  des  jours , ou  pour  mieux  dire , on 
les  augmenta  par  de  nouveaux  fcrupules;  on  crut 
qu'au  lieu  d’ôffenfer  les  dieux  en  redoublant  les 
offrandes  qu'on  leur  faifoit , on  fe  les  rendroit 
par  ce  moyen  encore  plus  favorables.  Les  férus 
'latines  dans  leurs  infiitutions  n'étoitnt  que  djun 
feul  jour  ; on  y en  ajouta  un  fécond  après  l'ex- 
pulfion  de  Tarquin.  & un  troifième  après  la^  re-* 
coHciliation  des  plébéiens  avec  les  patnetens  : deus 

Nnnn 


•r 


«JO  FER 

événemens  trop  intéreffans  pour  ne  pas  mériter 
les  aérions  de  grâces  les  plus  foleranei.es. 

Enfin , long-temps  après  on  ks  prolongea  juf- 
cu’a  Quatre  jours  5 mais  à pailer  )uiie,  ce  qua- 
î'rième'journ’étoitqu  une  addition  étrangère,  puif- 
eue  la  cérémonie  de  ce  jour  ne  fe  fadoit  point 
dans  le  lieu  marqué  par  la  loi,  & que  c'étcit 
au  capitole  & non  fur  le  moi-.t  Albain  ; cette 
fêt'  du  qu.trieme  jour  confliroit  en  courfes  de 
culdriaes , à la  nn  defquels  le  vainqueur  rece- 
voir'un  prix  aiîez  lingulier  5 on  lui  donnoit  ou 
jus  aVofinthe  à boire;  les  anciens  étant  perfuadés, 
dit  Pline",  que  la  fr.nté  eft  une  des  p,lus  honora- 
bles récor.ipen.  JS  uU  mérite. 

Les  finis  latines , extraordinaires  impératives, 
étidjiu  li  rares,  que  dans  toute  rhifloire  romaine 
o’i  irien  V"  uvc  que  deux  exemples;  i£  premier 
fous  la  dicl-.tuie  de  Valérius  Publicola,  & le  fé- 
cond fous  Q.  Oguimus  GaiUis  , 1 an  de 
Rome  690  : encore  ce  fécond  exemple  nous  fj- 
roit-ü  abfolument  inconnu,  fi  la  mémoire  ne  s’en 
étoit  confervée  d-ns  tes  tables  capitolnscs  . Cc 
îi'^fl:  pas  qu’il  n arriv  ât  de  temps  en  temps  dans 
Pair  & dans  les  autres  élémens , cent  prodiges 
GU!  réveiiloient  la  luperflition , & pour  leiqueis 
prodiges  on  faifoit  des  fupplications  extraordi- 
naires qui  étoient  de  'itx'Xt^ies  fines  ; mais  comme 
elles  fe  paffoienr  dans  Rome,  nous  ne  les  comp- 
tons point  parmi  les  latines , ou  les  peuples^voi- 
fins  s’étoient  obligés  de  fe  trouver,  & ou  ils 
«voient  droit  de  participer  aux  facrifices.  Le  temps 
queduroieut  les  expiations  des  autres  prodiges  étoit 
affez  borné;  un  jour  fuififoit,  & on  y employa 
rarement  un  deuxième  ou  un  troifième  : cepen- 
dant , dans  des  cas  extraordinaires  oU-  les  aruf- 
pices  jugeoient  qu’il  étoit  b e foin  de  grandes  fup- 
plicarons  pour  dét.'urner  le  fléau  dont  on  étoit 
menacé;  alors,  foit  que  les  facrifices  & les  fup- 
plications  fe  fiffent  feulement  dans  la  ville  & emie 
les  citoyens  , foit  qu’il  fallût  aller  fur  le  mem 
d’ Albe  & V aopelkr  les  peuples  qui  étoient  com- 
pris dansl’ancien  traité,  \ts  firies  étoient  im- 
inuablement  de  neuf  jours. 

On  voir  préientement  que  les  fériés  latines  or- 

diuairesétoientdunombre  de  celles  qu  onnonamoit 
indiBs.  eu  conceptivs.,  c’eft-à-dire  mobiles , parce 
qu’on  ne  les  célébroit  qu’au  jour  marqué  par  ie 
conful.  On  voit  aufli  qu’on  pouffa  au  plus  haut 
point  le  ferubuie  fur  leur  omiffion  & leur  riiuel, 
& eus  ce  fut  même  par  principe  de  religion 
qu’on  étendit  leur  durée.  Nous  ajouterons  feule- 
ment que  lorfque  ces  fêtes  vinrent  à fe  célé- 
brer pendant  trois  ou  quatre  jours  , Rome  étoit 
prefque  défe;  te  : c’^ll  pourquoi , de  peur  que  les 
voifins  n’entrepnffem  alors  quÿque  choie  contre 
elle  • on  créoit  un  gouverneur  dans^  cette  ville  , 
i'^ileroent  pour  le  temps  de  la  célébration  des 
fériés  ; nous  en  avons  la  preuve  dans  les  paroles 


FER 

d’une  lettre  qu’Augufte  écrivoit  à Livïe , aufuîet 
de  fou  fils  le  jeune  libéré,  qui  fut  enfuite  em- 
pereur. In  albanum  montem  ire  eum  non  ;placet 
nobis , aut  ejfe  Rom&  laünarum  diebus  : cur  enim 
non  prefichur  nrbi  , fi  potefi  fratrem  fiium  fequi 
in  montem  ? Nous  ne  trouvons  pas  à propos 
» qu’il  aille  au  mont  d’Albe,  ni  qu’il  foit  à Rome 
» pendant  les  fêtes  latines  ; car  pourquoi  ne  le 
5’  fait-on  pas  gouverneur  de  Rome , s’il  ell:  ca- 
5=  pable  de  fuivre  fon  frère  au  mont  d’Albe  pour 
33 cette  folemnité 

On  trouvera  tous  ces  faits  dans  Tite-Live , 
liv.  X,  dec.  V.  Denis  d’Haücarnaffe  Uv  IV. 
Auiugelle,  liv.  IX  & X.  Macrobe , futur . liv.  7, 
ck.  XV^I.  ( Article  du  chevalier  de  Jaucourt  ). 

FERMIER  des  revenus  publics.  V . Publicain. 

FÉRONIE,  Servius  (in  Æneid  VIII,  564) 
& d’après  fui  grand  nombre  de  mythologilles 
aifurent  que  féronie  étoit  un  furnom  de  Junon , 
& ce  fentiment  paroît  autonfé  par  une  infenp- 
tion  que  Fabr^tti  nous  a confervée,  conçue  en 
ces  termes  : Junoni  FÉRONIÆ,  &c.  b^c.  d’au- 
tres ont  penfé  que  Féror.ie  eff  la  même  que  Flore; 
d’autres  enfin  difent  que  ce  n’ètoit  ni  Junon 
ni  Flore,  mais  une  divinité  des  latins  & des 
fabins,  qui  préfidoit  aux  fleurs,  aux  parterres, 
aux  bois,  aux  vergers,  & qui  étoit  la  pattone 
des  affranchis. 

Si  l’on  n’efl  pas  d’accord  fur  la  perfonne  de 
cette  divinité  , on  ne  i’eft  pas  davantage  fur 
fon  culte,  & les  anciens  même  ne  font  qu’em- 
brouiikr  les  idées  fur  un  fait  qui , de  leur  temps  , 
devoir  être  de  notoriété  publique.  Au  pied  du 
mont  Soraéte  , dans  l’Etrune , étoit  un  temple 
fameux  qui,  félon  Virlile  ( Æn.  lib.  1 1 , v.  785 , 
& Si!,  irai.  Iib.  5 ) , étoit  confacré  à Apollon 
dans  le  bois  facré  dé  ce  temple , on  faifoit  fous 
les  ans , difent  ces  poètes , un  facrifice  folem* 
nel  à ce  dieu  pendant  lequel  certaines  perfonnes 
marchoient  pieds  nuds  fur  des  charbons  impuné- 
ment. Fcyer  Hirpes.  Mais  Strabon  nous  aflure 
que  ce  temple  étoit  confacré  à la  déeffe  Féronie  ÿ 
bt  que  ceux  qü’'el!e  infpirpit  de  fon  efprit , pou- 
voient  marcher  pieds  nuds,  fur  des  charbons  ar- 
dens , fans  fe  brûler  & fans  rcffcntir  aucune 
K ccmmodité.  Florace  dit  qu’il  a rendu  fes  hom- 
mages. {Sat.lib.  I.  V.)  à Feronîa,  près  d’Anxur, 
aujourd’hui  Terracine  , en  fe  lavant  le  vifage^dc 
les  mains  dans  la  fontaine  facrée  qui  couloir  à cote 
de  fon  temple.  Ovide  raconte  qu'un  bois  facre 
de  cette  déeffe  ayant  été  confumé  par  le  feu  , on 
vou'ut  tranfporter  ailleurs  la  flarue  de  la  deeffe  ; 
niais  le  bois  ayant  paru  aufTi-iôr  c .uverr  de  feuilles , 
on  changea  de  deffein,  & on  laifia  la  ftatue  ou 
elle  étoit.  Virgile  dit  que  Féronie  prend  plaint 
à demeurer  dans  des  bois  agréables  , & qu  elle 
eut  un  fils  appeilé  Hérilus.  ( Voye^  ce  mot  )« 


T 


FER 

Denys  d’Halicarnaffe  , parlant  du  roi  Tujlus 
HolliHüs  J & de  fes  guerres  contre  les  fabtns, 
d:c  que  les  grecs  appetioient  Féronie  anthépore, 
ou  porte  fleurs  , 8c  philoitéphane , ou  qui  aime 
les  couronnes. 

FERRER  les  bêtes  de  fomme. 

Un  paffige  qui  fe  trouve  dans  le  traite  de 
Xénophon , de  re  equeflri  , & qui  enfe'gne  les 
sr.oyens  de  donner  à l'ongle  du  cheval  une  con- 
fillance  dure  & compacte  a fait  conclure  que 
la  ferrure  des  bêtes  de  fomme  n’étoit  point  en 
ufage  chez  les  grecs.  Appien  parle  cependart 
d’un  fer  à che-.  al  dans  fon  livre  de  bello  mithn- 
datico.  La  conféquence  que  l’on  a tirée  du  texte 
de  Xénophon  , paroît  donc  très-hafardée.  On 
pourroit  dbe  en  effet  que  Zénophon  ne  prefcrit 
une  recette  pour  durcir  & refferrer  le  fabot^ 
que  dans  le  cas  où  les  chevaux  auroient  les 
pieds  extrêmement  mous  8e  foioles.  Des-iors 
celte  opmion  que  les  chevaux  n’étoient  pas/érres- 
de  fon  temps , s’évanouit  avec  d autant  plus  oe 
raifon  5 que,  quoique  nous  nous  fervions  nous- 
mêmes  de  topiques  aftringens  dans  de  lempiabies 
circonftances , il  n’en  eit  pas  moins  certain  que 
la  ferrure  etl  en  ufaie  parmi  nous.  On  ne  fait  fi 
l’ufaae  de  ferrer  httts  de  fomiyie  etoir  gc-ne- 
ra!  chez  les  romains.  Fabie.ti , qui  prétend  avoir 
examiné  tous  les  chevaux  repréfentés  fur  les  an- 
ciens monumens,  fur  les  colonnes  8t  fur  les  mar- 
bres , déclare  n’en  avoir  jamais  vu  qu  un  qui 
foit  ferré.  Quant  aux  mules  & aux  mulets,  nous 
ne  pouvons  avoir  aucun  doute  à cet  égard.  Sue- 
tone.  ( 2/2  Nerone  , cap.  XXX),  affure  que  le 
luxe  de  Néron  étoit  tel , qu’il  ne  voyageoit  ja- 
mais fans  avoir  à fa  fuite  mille  voitures  au  rnmns  , 
dont  les  mules  etoient  ferrées  d’argent.  Pline 
dit  que  les  fers  de  celles  de  Poppee  , femme  de 
cet  empereur , étoient  d or  ; 8t  CatuUe  compare 
un  homme  indoUnt  & pareffeux  , a une^ 
dont  les  fers  font  retenus  dans  une  boue  épaiil^ 
Br  profonde  , en  forte  qu’elle  ne  peut  en  fortir. 
Or , fi  l’ufage  de  ferrer  étoit  ordinaire  pour^  les 
mules,  pourquoi  ne  rauroic-il  pas  ete  relative- 
ment aux  chevaux,  & pourquoi  s’élévercit-on 
contre  ceux  qui  feroient  remorter  cette  opera- 
tion jufqu’à  des  fiecîes  tres-recules  ? 

Fabretti  a cru  ant-què  le  pied  ferre  d un  che- 
val que  l’on  voit  au  palais  Mattel  à Rome  fur 
un  bas-relief  qui  repréfente  une  chaffe  de  I em- 
pereur Gallien.  Mais  Winckelmann  foutient  que 
cette  jambe  de  cheval  eft  une  reftauration  mo-_ 
derne.  Scaliger  fe  fondant  fur  le  mot  folea , qui 

exprime  dans' Catulle  les /ers-  des  mulets  , & fur 
celai  d’oVo'hî^o»  qui  exprime  les  fers  des  che- 
vaux dans  Appien  , croit  qu’on  lioit  ces  fers  aux 
pieds  3 8t  C|U^on  ne  les  ciouoit  pss  coniîRC  le  piâ" 
tiquent  les  modernes- 


FER  J 

FERTILITÉ  des  terres  comiues  des  aticiens. 
Cet  article  efi;  tiré  delà  Métrologie  de  M-  PauCton. 

=3  Si  la  Béotie  ne  produifoit  pas  de  bled  en 
grande  quantité,  au  moins  avoit-elle  i aiantage 
( Phne  XVIII,  c.  VII.l  de  pro  iir.re  le  plus  beau, 
le  plus  péfant  qui  fût  connu  des  anciens  =>■ 

3,  La  Thrace  étoit  un  pays  très-iencmmé  pour 
l’abondance  du  bled.  La  Cherfonnefe  en  pro- 
duifoit beaucoup.  Démoliher.e  r.O'.s  apprend 
( in  orat.  cont.  Icpt.  p.  yqé  , id.  in  Pkorm.  p.c)j^6\ 
que  la  ville  d’Athènes  tnoit  tous  les  ans  de  By- 
zance feule , quatre  cents  mille  med  mnes  de  blea 
qui  valent  1 1 éyoo  fetiers  , mefure  de  Pans  ; c é- 
toit  la  fubfiftarxe  annueile  pour  46680  hommes , 
à trente  boiîTeaux  par  tète.  Mais  les  Athéniens 
n’étoient  pas  les  feuls  fans  doute  qui  tir.'iTcnt  des 
bleds  de  ce  pays.  Varron  {de  re  rujl.  lib.  i , c. 
XLVII)  écrit,  furie  témoignage  d’autrui,  que 
les  terres  de  la  ville  d’Olyntne  font  retbiblcs  , Se 
qu’on  les  enfemence  tous  les  ans , en  ob&rvant 
cependant  qu’on  ne  les  mettoit  en  bied  que  de 
trois  ans  en  trois  ans;  les  deux  années  fuivantes 
on  ne  leur  faifoit  produire  que  de  menus  grains. 
Je  ne  ferois -pas  même  éloigne  de  croire  ^que  le 
mot  de  Sithorùe , qui  étoit  le  nom  du  lérntoire 
d’OIynrbe,  ne  dût  s'écrire Sitozitr , comme  venant 
du  m.ot  grec  fitos , qui  fignihe^  du  froment , quoi- 
que des  étvmoiogilbes  le  dérivent  du  uom  du 
mont  Sithon , qui  peut  avoir  aull'i  la  mente  ori- 
gine. Philippe  Ciuvier  , dans  Ion  iniroduéfion 
à la  géographie , prétend  que  les^  grecs  & les 
romains  ont  appelles  grenier  de  Ceres , la  N œfie, 
aujourd’hui  la’ Servie,  fituée  entre  lalhra<.e  8c 
le  Danube,  mais  il  fe  trompe  j ces  arciens  ont 
prétendu  appliquer  cet  éloge  à la  Mifie,  pr^ 
vînee  ds  KAïÎc  rnineure  y qui  comprenoit  cufli 
la  Troade  8c  i’Eolide.  Les  vabées  de  la  Myfie, 
au  pied  du  mont  Ida  , dont  la  face  qui  regar- 
doit  les  plaines  vers  le  midi,  s’appelloit  Gargara, 
étoient  très- fertiles  , comme  ces  deux  vers  de 
Virgile  ( Géorg.  I.  ) en  font  foi  ; 

jpiuUo  tantum  fe  Myfa  cultu 

JaSat  , & tpfafuas  mitanmr  Gargara  mejfes^ 

Tout  ce  pays  produ  foi:  d’abondantes  récoltes, 
auffi  bien  que  les  plaines  de  Sardes  , des  b<  rds 
de  i'Hermus  St  du  Caïftre  en  Lydie,  comme 
on  le  voit  dans  Strabon  ho.  XTlî  , p.  43^ 
Les  moifTons  étoient  fi  prodigieuf  s , que  Icrf- 
qu’on  vouloic  défignerun  nombre  infiniment  grand, 
les  poètes  tiroient  leur  con  paraiibn  des  grains 
de  bled  qui  naiffoient  dans  la  M . fie , &:  des 
grains  de  raifin  qui  croiffoient  cirrs  1 ifle  de  Lef- 
bos , qui  en  elï  voifine  , St  où  eft  la  v lie  de 
Méthymne  ; c’eft  ce  qu’on  voit  dans  Ovide,  ^ho.  I, 
de  Arte  amandi). 

Gargara  quot  fegetes , quoi  habet  Methymnaracemos  f 
Æauore  quot  pifees , fronde  tegumur  ares. 

N an n 


6'5'2  FER 

jLe  vin  ds  Lesbos  étoît  fort  célébré  parmi 
les  anciens  , ce  qui  iai.t  dire  à Sdius  Itancus , 
( iiè.  VU). 

Ac  Methymna.  ferax  îatlis  ccjfere  faternis. 

5j>  L’ifle  de  Cy pre  éà  fertile  en  raifins  & en  olives  ; 
« elle  ne  tire  point  de  froment  d^aülcurs 

Les  grecs  ont  beaucoup  vanté  les  bleds  de 
la  province  du  Pont;  mais  j ditpbne  ( lib.  VIII  ^ 
c.  VII),  ils  ne  furent  pas  connus  en  Italie  j 
c'eft  de  la  ville  de  Cérafonte  que  nous  font  venues 
les  cetifes  ; c'eiL  LueuÜus  qui  les  apporta  en 
Italie.  La  Méfopotamie  eil  Cin’xutiérsrr.cntfirtiiifée 
par  l’Euphrate  J qui,  fe  débordant  ^ y charrie 
tous  les  ans  un  limon  gras,  qu!  en  couvre  les  plaines 
■ & en  fait  comme  des  terres  neuves  ». 

L'Aiménie  produit  des  aromates  , & prin- 
cipalement de  l'amome  j c’eft  de  ce  pays  que 
les  abricotiers,  appeüés  en  latin  anmniaeœ  , ont 
été  tranfpiantés  en  Europe  ». 

L’Hyrcanie  , fuivar.t  le  témoignage  de  Stra- 
bon  , étoît  très-peuplée.  Sa  fertilité  pafToit  pour 
un  prodige.  Un  féal  pied  de  vigne  y rendoit  un 
métrétès  de  vin,  c’eii- à-dire,  trente-cinq  pintes , 
mefure  de  Paris  ; un  figuier  produifoit  foixante 
ώdimnes  de  figues  , ou  deux  cents  dix  boiffeaux 
deParis.  Les  terres  s’y  trouvcîentenfemencéesdes 
grains  qui  tombeient  des  épis  lors  de  la  récolte.  Les 
abeilles  y étabiiffent  leurs  magafins  fur  les  arbres, 
& y dépofent  leurs  rayons  & leur  miel  qui  y 
découle  far  les  feuilles.  La  mê.me  chofe  arrive 
dans  la  Matiane  de  Médie,  dans  la  Sacafene  & 
PAraxene  en  Arménie  33. 

33  L’Afie  produit  d’excellent  vin,  qui  fe  garde 
durant  trois  générations , quoiqu’on  le  ferre  dans 
des  vafes  non  enduits  de  poix  33. 

33  Anîiochus  Soter  ayant  vu  les  terres  de  la 
Margiane,  tut  fi  étonné  de  leur  fertilité , qu’il 
les  fit  cirtonferire  d’un  mur  circulaire  de  oriinze 
cens  fis  des  , au  milieu  duquel  il  fit  bâtir  une 
'ville  qu’il  appellî  A.ntîoche  de  fo3  nom.  Ce  pays 
abonde  également  en  'tms.  On  y rencontre  fouvent 
des  pied.s  de  vignes  dont  le  tronc ’eft  -fi  gros, 
que  deux  hommes  ont  de  h peine  à l’embraifer. 
Pline  parle  aufTi  .avec  éloge  ( lib.  VI  cap.  XVI) 
de  la  beauté  & de  la  bonté  des  terres  de  la 
Margiane  , & des  autres  cantons  voifins  des 
portes  Cafpiennes.  La  -Baéîtisne  eîi  également 
fertile  en  tout,  excepté  en  olives  33. 

33  Dans  l’Albanie  , aip’ouri’hui  le  Chirvan  & 
Dageftan  , près  & à l’occident  de  la  mer  Cal- 
pienne  , les  ..rbres  font  toujours  verds  ; la  terre 
y ptf  duit  fa.ns  eufiure  tout  ce  qui  eft  néce'Taire 
à la  vie.  La  femence  du  bled  rend  cinquante 
j)our  un,  &J’cn  fait  ia  récoke  jufq-a’à  deux  ou 
trois  fois.  Le  terrein  eft  tendre  & 'meuble  , 6e 


Pw  E R 

01?  le  laboure  avec  -une  charrue  de  bois  far.s 
Il  y a d’exceliens  pâturages.  On  n’v  bêche  ja- 
mais la  Vigne,  Se  on  ne_  la  taille  tous  les 
Cinq  ans  ; les  nouvelles  vignes  portent  du  fruit 
des  la  fcconde  année  ». 

_ 33  Le  Bofphore  cimmérien  eft  environné  à l’o- 
rient .&  à l’occident  de  rerreins  fertiles  ; mais 
quoiqu’il  ne  foit  firué  eue  par  quarante-cî.nq  de- 
grés de  ianfude;  "hiver  y eft  rigoureux  ; & Srra- 
Don  nous  apprend  que  les  habitans  couvrent  de 
terre  ies  vignes  , durant  cette  .faifon  . pour  les 
garantir  de  la  gelée.  On  lit  dans  Quinte-Curce 
( lib.  VU.  cap.  III.  ) que  les  paropamilladiens  , 
peu-ples  fitiîés  entre  ia  Baétriane  & l’Arachofie  , 
par  environ  trente-cinq  degrés  de  latitude  , pra- 
tiqiioient  la  même  méthode  33. 

« Les  terres  de  la  Cherfonnèfe  Taurique,  au- 
jourd'hui laCnmte,  produiroient  ( Strab.  ïib.  VII, 
pag.  ZI  f.  ) trente  pour  un  de  femence  ; e;ies  font 
égaiemenc  fertiles  ëc  faciles  à cultiver  par-tout  ; 
U n’e;]  fiat  excepter  que  la  chaîne  des  monta- 
gnes , qui  s’étend  depuis  le  promontoire  de  Crin- 
Métopon,  jufqu’à  ia  ville  de  Théedofie.  Cette 
: prefqu’iile  peut  contenir  cinq  millions  d’arpens. 
Ayant  égard  à la  laiitude  du  pais,  on  trouve 
hui:  boiiieaux  de  .'err.ence  par  arpent  ; sinfi  un 
arpent  de  bled  fournira  la  fub'Mance  à 8 hommes: 
enferte  que  fuppo.^ant  un  million  d’arpens  feule- 
ment de  l’étendue  totak  en  culture  de  froment, 
la  population  de  la  Taurique  pourra  être  de  huit 
millions  d’hommes.  Les  habitans  de  ce  pays  ayant 
été  obligés  de  fecouer  le  joug  des  barbares , 
qui  vouloient  leur  impofer  un  tribut  exorbitant, 
fe  mirent  fous  la  proteétion  de  Mithridate  Eupa- 
ter-,  a qui  ils  payoie.nt , chaque  année,  deux 
ce.nts  talens  d’argent  ( i,2CO,coo  Jiv.  ) & cent 
miiie  fept  cents  médimnes  de  bled  (29,380  fétiers  ). 
Les  grecs  en  tiro  eut  beaucoup  de  falaifons  de 
poîlfon  & du  bled.  Leucon  envoya  une  fois  de 
rhéodoiîe  aux  athéniens  jufcu’à  cent  cinquante' 
mihe  médimnes  ce  froment  ( 45,760  fétie'S  ) 33. 

33  L’Illyrie  eft  _/èm/e  en  grains;  les  vignes  & les 
oliviers  y réuftdîent  parfaitement  bien , iî  on 
excepte  quelques  cantons  tout-â-fait  impropres 
à la  culture33. 

, 33  Héron  d’Alexandrie  nous  apprend  qu’en 
Egypte  on  enfemençoit  un  modios  , ou  une  aroure 
de  terre,  avec  un  modios  de  bled.  Dans  ce  pays 
& dans  rA-.fie  , les  mefares  de  fuperfiefés  , autre- 
ment les  mefures  géodttiques  , ou  grorratiques  , 
étoient  appropriées  à des  mefures  folides , ou  de 
capacité,  qui  régloient  Ja  quantité  de  femence, 
fuit  de  bled  , foit  n’orge  , qu’il  étoit  ccnvenable 
de  leur  confier- Chez  les  juifs  , l’étendue  de  ter- 
rein,  zppt'lé  betkcor  , confommoit  un  cor  ou  coros 
de  bled  ou  d’orge;  le  bethiethec-,  un  lethec  de 
.bled  ; le  modios  de  terre  ou  l’aroure,  un  modios 
oa  faton  de  bled,  6ec.  Les  peuples  de  la  Grèce 


FER 

lîîcîto’ent  us  médimne  de  fenience  par  méÆmne  . 
di  Terre 

■«  On  sème  quatre  modius  de  fèves  par  jugère , 
dit  Varron  ( de  re  rnftic.  lïh.  I.  ccp.  XlJV^ 
cinq  de  froment  ^ fix  d'orge  ^ dix  ce  riz  ; ma;s 
dans  quelques  îieux  , on  en  met  tentô:  pies  ; 
tantôt  moins  : fi.  le  terroir  eit  graSj  on  en  mer  ; 
plus  ; s'il  eft  maigre  , on  en  met  moins  ( )e  penie 
que  c’cft  le  contraire  ) ; c'elî  pourquoi  vous  obfer- 
veiez  quelle  eli  la  quantité  de  femence  cu'ot:  a 
coutume  d'employer  dans  le  pays  que  vous  habitez, 
afin  de  vous  y conforrnein  Dans  quelques  endroits 
la  terre  rend  dix  pour  un  en  d'autres  quinze  , 
comme  en  Étrurie(  enTofcane),  & en  quelques 
cantons  de  riralie.  On  dit  que  d-ans  !e  territoire 
de  Sybaiis  ( partie  delà  Calabre,  fituée  au  rond 
du  golfe  de  Tarente  ),  ’a  terre  rend  ordinaire- 
ment cent  pour  un  ; que  dans  la  Syrie  aux  envi- 
rons de  Garada  ( ou  peut-être  Gadara , ^ians  i an- 
cienne Baranée,  au  midi  du  larde  Généfaret), 
& dans  les  camp.ignes  de  Bj'zacium  en  Âtrique 
■(  au  fond  de  la  pet'te  Syrte , ou  goite  des  Cabes, 
dins  le  royaume  de  Tunis),  la  terre  produit 
egalement  cent  pour  un  de  lemence.  Les  diffe- 
• rences  dans  la  nature  des  terres  eu  apportent 
auflî  dans  la  quantité  de  la  femence.  Il  y a des 
terres  neuves , ou  qui  n'ont  pas  encore  été  en 
culture;  il  y en  a de  reftibles,  ou  qa'on  enfe- 
mence  tous  ies  ans;  il  y en  a d'autres  qu'on 
laiiTe  en  jachères , pour  les  faire  repofer  une  ou 
deux  années.  Les  terres  font  refiibles  dans  le 
territoire  d'Oîynthe  ( aujourd’hui  Agiomama , 
au  fond  du  golfe  dé  Caiiandre  , & près  de  celui 
de  Salonique , dans  le  R.omüii  ) ; mais  de  manière 
que  la  première  année  on  leur  fait  produire  du 
froment , & des  menus  grains  les  deux  autres 
fuivantes.  Il  faut,  ajoute  Varron, piailler  repofer 
les  terres  de  deux"aniiées  une , ou  les-enfemencer 
la  fécondé  année  de  quelques  menus  grains  , qui 
les  épuifent  moins  que  le  froment». 

et  Un  jugère  de  terre  gra.fie,  dit  Cclumelle 
( üb.  II.  cap.  IX.:) , doit  être  enfemencé  pour 
l’ordinaire  de  quatre  modius  de  b!eJ  ; dans  une 
terre  médiocre  , il  en  faut  cinq.  Dans  une  Donne 
terre,  il  faut  neuf  modius  de  riz  , & dix  dans 
une  terre  médiocre  ; car  , quoique^  les  auteurs  ne 
Dient  point  d’accord  fur  la  quantité  de  la  fe.mence, 
c-epeiKiant  i’ufage &l'expérience  nous  ont  appris 
que  ceüe-c!  étmt  la  plus  convenabje.  S'il  fe  ren- 
controit  quelqu’un  qui  balançât  à s'y  conformer  , 
il  pourroit  fuivre  la  coutume  de  ceux  qui  sèment 
cinq  modius  de  bled  & huit  de  riz  dans  un  jugère 
de  bonne  terre  , & qui  penfent  qa'ii  en  faut  la 
même  cuaiifté  dans  ies  fonds  de  médiocre  qua- 
lité. D’ailleurs  , nous  ne  nous  fommes  pas  pro- 
pofe  d'ebrerver  firidlement  la  règle  que  nous  ve- 
nons d'établir,  d’autant  que  la  quantité  de  la 
femence  doit  varier  comme  la  ccnlîituuo.n  des 
îiéux  J la  température  des  faifons , & la  difpo.fi- 


F E R 5^3 

tien  du  ciel.  La  ccniiitunon  des  iieux , comn  e 
IciiGu’i!  s'agit  ü’enfemencer  u.ne  plaine  ou  une 
colline,  dans  ces  deux  cas  ies  terres  peuvent 
être  graues  , ou  rrédiocres , ou  maigres.  La  tem- 
péraîare  des  laifor-s,  comme  ji.nqu’ii  s’agit  de 
femer  dans  rautom.ne  ou  au  corrauencement  cia 
printemps  : dans  l'automne  il  faut  moins  de  fc- 
menc'-e , il  en  faut  davantage  au  printemps.  La 
difpofition  du  ciel,  comme  lorfqii’ii  tait  de  la 
pluie,  ou  qu'il  fait  fec  ; car,  quand  le  temps 
efi  pluvieux  , il  faut  femer  p'us  clair  ; S:  quand 
ii  efl  fec,  il  taut.femer  plus  dru. Tcb:  bled baibu 
fe  plaît  far-îoat  dans  une  terre  c.i  plaine  décou- 
verte, expoféeaux  rayons  dufoleil,  & bien'ameu- 
blie  : car,  quoique  les  collines  produifenc  fouvent 
un  grain  vigoureux , elles  rendent  cependant  moins 
de  bled.  Une  tcrie  forte,  crayeufe  & humide' 
de  fa  nature  , efi:  propre  à recevoir  le  bled  nort' 
barbu  &:  ie  riz  ; il  faut  pour  c-es  gr?.ins  une  terre 
très  - fertile  , bien  iabo'orée , & lepoiee  de 

deux  années  une  : ces  grains  ne  craignent  ni  les 
pluies  continues , ni  les  beux  humides  & maré- 
cageux. L'orge  , au  contraii'e  , ne  vient  que  dans 
im  terroir  meuble , fec  & de  médiocre  qiia  ité  : 
fi  la  terre  elt  très-grafie  , ou  fi  elieefr  très-mugre.,  j 
il  y périt  également;  il  ne  réuilit  pas  mie-ux  dans 
un  e.ndroit  ha.Tiide  Se  marécageux.  Or  , par  rap- 
port aux  ceux  fortes  de  bleds,  le  barbu  &:  le 
non-barbu  , fi  la  tene  efi  un  peu  crayeufe  & 
naturellemenr  humiie , ii  faut  plus  de  cinq  modiirs 
de  femence;  mais  ii  elle  eft  sèche  & meuble, 
foit  qu'elle  foit  graife  , foit  qu'elle  foit  maigre^ 
il  ne  faut  que  quatre  modius  ; car  dans  ce  cas  la 
terre  maigre  veut  autant  de  femence  que  la  terre 
graife  ; fans  cela  , l'épi  feroiî  mince  & infécond-i; 
mais  lorfqiie  le  grain  s'elt  multiplié  en  _pouîTanc 
plufieurs  tiges  , alors  le  bled  fe  trouve  afiez  garnL 
Nous  ne  devons  pas  ignorer  encore,  qu  un  champ 
planté  d'arbrilfeaux , doit  confommer  une  ciit- 
qaième  partie  de  femence  de  plus  qu'un  champ 
ciécouvirc  & en  plein  air.  Se  nous  entendo'is 
toujours  parler  de  la  femence  d automne , car 
c’eft  celle  que  nous  eftimons  la  meilleure.  Mais 
i!  V en  a une  autre  occafionnée  par  la  cécefilté;; 
c'elf  celleque  lès  laboureurs  appellent  des  trlmejires-t 
elle  eft  de  reffource  dans  les  pays  froids  Se  fujets 
à iaheiae,  eù  l'été  eft  hurrdde  & faas  chaleurs- 
II  eft  tres-rare  que  ia  récolte  de  ces  grains  fqit 
abondante.  Cette  femail^e  doit  être  achevée  de 
bonne  heure,  & toujours  avant  l'équinoxe  du 
printemps  ; & a-otant  que  la  conftitution  des  lieux 
& ia  température  de  l'air  peuverit  le  permettre,, 
il  faudra -l'avancer  : de  cette  manière  elle  réulfira 
mieux;  car  il  ne  faut  pas  s'imaginer  cu’ii  y arc 
aiicune  femence  qui  foit  trimeftre  de  .fa  nature, 
(^ojxrme  pl'iiiieurs  1 ont  cru.  fL.out  grain  feme  en 
automne  vient  toujours  mieux;  cependaiit  ii  va 
certaines  fortes  de  grains  qu:  réfiftent  mieux  a'Oic 
chaleurs  du  printem'ps , comme  ie  bled  fans  baroe, 
l'orge  Galàïique  , le  riz  ordinaire , & la  ieve 


FER 

Marfique  ; car  , pour  les  autres  frotnens  d une 
complexion  plus  forte  ^ ils  do;venî  toujours  être 
femés  avant  Thiver  dans  les  régions  tempérées». 

cc  II  fuiSt , dit  P'me  ( lih.  XF'III.  cap.  XXIX . 
de  fetner  par  jugère,  dans  un  climat  tempéré, 
cinq  modios  de  bled  barbu  , ou  fans  barbe  , dix 
mo  jios  de  riz  d'hiver , ou  de  nz  trimeftre  , lix 
modios  d'orge  ou  d'oroba , fix  modios  de  fèves, 
douze  de  vefce,  trois  de  po:s  chiches,  de  geffe, 
de  pois  communs  ou  de  lentilles  , dix  de  lupins  , 
fîx  de  fénu  grec  , quatre  de  haricots  ou  févetoles, 
^ngt  de  foin,  quatre  fétiers  de  rriiilet  ou  de 
panis.  li  faut  plus  de  femence  dans  une  terre 
gralfe  ; il  en  faut  moins  durs  une  terre  maigre. 
On  fait  encore  une  autre  d'ftir.ction  : dans  une 
terre  forte,  crayeufe  Sc  d'une  nature  humide,  il 
faut  fix  modios  de  bled  , fait  barbu , foit  fans 
barbe  ; il  n'en  faut  que  quatre  dans  une  terre 
mcubie  & légère,  découverte,  sèche  & fertile. 
Lorfque  le  bled  n'elf  pas  femé  clair  dans  une 
terre  maigre  , l'épi  ell  mince  & fans  grain;  mais 
dans  une  terre  gralfe,  le  bled  talle,  & d'un  feul 
grain,  il  pouffe  plulîeurs  tiges,  d'où  il  arrive  , 
que  d'une  petite  quantité  de  fcmence  on  récolte 
une  abondante  modfon  ; c'efi  pour  cela  qu'il  y 
a des  perfonnes  qui  veulent  que  pour  enfemencer 
un  iugère  , on  emploie  entre  quatre  & fix  modios 
de  bled  J fuivant  la  qualité  du  terroir;  d'autres, 
en  plus  grand  nombre,  prefcrivent  qu'on  n'en 
sème  pas  moins  de  cinq  modios,  foit  que  la  terre 
foit  gralfe  ou  maigre,  foit  qu'elle  foit  en  plaine  , 
eu  fur  le  penchant  d'un  côtesu». 

cc  Dans  le  pays  des  léontins  en  Sicile,  on  sème 
ordinairement  , dit  Cicéron  ^ in  frumentaria  ) , 
environ  un  médimne  de  bled  par  jugère.  Lorfque 
la  terre  rend  huit  pour  un , on  fe  trouve  bien 
partagé  : fi  elle  rend  dix  qutlguefo’is , c’eft  q>ar 
une  faveur  fpéciale  des  dieux  ».  Xoye:^  Aprique  , 
Athènes,  Babylonie,  Egypte,  Gaules, 
Grèce  , Italie,  Judée,  Laconie,  Sicile. 

FERTORIUM , ou  fertoria  Jc/èz , chaife  por- 
tative, fauteuil  garni  de  brancards. 

FERTUM  ou  Fsrctum , efpècç  de  gâteau  que 
l'on  olfroit  à Jupiter  dans  les  facrifices.  ( Cato 
de  re  rnfiie.  c.  ijy-  ) 

FERULE.  Proméîhée  vola  le  feu  du  ciel  , ' 
l'emporta  dans  une  férule  , & apprit  aux  hommes 
à le  conferver  dans  les  tiges  de  cette  plante.  La 
tige  de  Is.  férule  , que  les  grecs  nommo^ent  Nartex, 
eft  haute  de  cinq  à fix  pieds,  fon  écorce  eft  aifez 
dure  , 8c  le  dedans  eft  rempli  d’une  efpèce  de 
moë'îe,  que  le  feu  neconfumeque  très-lentemer.r. 
Dio  jore  dit  que  Bacchus  , l’un  des  plus  grands 
lég  llareurs  de  l’antiquité,  ordonna  aux  premiers 
hommes  qui  burent  du  vin,  de  fe  feivir  de  cannes 
ào  férule , parce  que  fcuveiit  J dans  la  chaleur  du 


F E S 

rtn  , ils  fe  caflbient  la  tète  avec  des  bâtons  ord-'- 
naires,  au-!ieu  que  les  tiges  ic  férulè  font  alfc'z 
fortes  pour  fervir  d’appui,  mais  trop  légères 
pour  bieffer  ceux  que  l'on  en  frapperoit. 

Fiine  dit  que  les  ânes  aiment  fort  Rs  férules  • 
mats  qu  elles  font  un  puifon  pour  toute  autre 
bète  de  charge;  & que  pour  cette  rarfon des  ânes 
furent  confatrés  à Bacchus,  à qui  \os férules  éout 
dédiées.  Comme  !e  boiS  de  ia  férule  eit  trèc-ieger 
&;  néanmoins  ferme,  L ine  oit  { lih.  XUl"cap\ 
XXIl.  ) , que  les  vieillards  s’en  fervoisnt  ordt- 
nairtment  pour  bâton.  On  en  faifoit  un  attribut 
de  P.uton  , apparem  ment  dit  Triftan  , parce  qu’il 
co'îduit  les  morts,  ou  parce  qu'd  étoit  toujours 
repréfenté  fous  la  figuie  d'un  vieillard. 

Ce  mot  ferula  vient,  à ce  rue  l’cn  prétend, 
de  ferire  , frapper  : car  anciennement  on  châtioic 
les  enfans  avec  les  tiges  de  ces  .ortes  de  plantes. 

La  férule  , dans  le  bas-empire,  étoit  le  feeptre 
des  empereurs  ; comme  on  peut  le  remarquer 
fur  les  médailles.  C'eft  une  tige  alfez  haute,  dont 
le  haut  eft  plat  & carré-  L'ufage  en  eft  fort 
ancien  parmiies  grecs  , qui  appelioient  leurs  princes 
c'eft-à-dire,  porte-férules. 

FESCENNINS  (verj)  fefcennlnî  verfus  , vers 
libres  & grolîiers  qu'on  cha.itoit  à Rome  dans  les 
fêtes , dans  les  divertilfemens  ordinaires , Seprin- 
cipaiement  dans  les  noces. 

Les  vers  fefeenins  ou  fatumins  ( car  on  leur  a 
donné  cette  fécondé  épithète  ) , étoient  rudes , 
fans  aucune  mefure  jufte  , & tenoient  plus  de  R 
prr.fe  cadencée  que  des  vers  , comme  étant  nés 
fur  le  champ  8c  faits  pour  un  peuple  encore  fau- 
vage  , qui  ne  connoiflbit  d’autres  maîtres  que  la 
jjie  8c  les  vapeurs  du  vin.  Ces  vers  e'roient  fou- 
vent  remplis  de  railleries  grolfières  , & accompa- 
gnés de  poftures  libres  & de  danfes  deshonnê- 
:es.  On  n'a  qu'à  fe  repréfenter  des  payfans  qui 
danfent  lourdement , qui  fe  raillent  par  des  im- 
promptus ruftiques  ; 8c  dans  ces  momens  , où 
ai  ec  une  malignité  naturelle  à l’homme  &de  plus 
aiguifée  par  le  vin , on  les  voit  fe  reprocher  tour- 
à-toiir  tout  ce  qu’ils  favent  les  uns  des  autres  : 
c’eft  ce  qu 'Horace  nous  apprend  dans  une  épître 
qu'il  adrelfe  à Augufte  : 

Fefcennina  per  hune  inventa  licentia  morem 

Verjlbus  altemis,  opprohria  rujiica  fudit. 

(^Epifl.  I.  lih.  11.  V.  14 J-  ) 

Les  vers  libres  & obfcènes  prirent  le  nom  de 
fefeennins  , parce  cu'ils  furent  inventés  par  les  ha- 
bitans  de  Fefcennie , ville  de  Tofeane  , dont  les 
ruines  fe  voyoienc  encore  à un  bon  quart  de  lieue- 
de  Galèfe. 


F E s 

Les  peuples  de  Fefcennie  accompagnoient  leurs 
fêtes  & leurs  réjouiifa.xês  publiques,  de  repré- 
fe  rtations  champêtres  où  des  baladins  déclamoier.t 
des  efpèces  de  vers  fort  groflîers , & faifoietrt 
mille  boafibnneries  dans  le  même  goHt.  Ls  gar- 
doient  encore  moins  de  raefures  dans  la  célébra- 
tion des  noces , où  ils  ne  rougiîfoient  point  de 
falir  leurs  poélies  par  la  licence  des  expreîfions  : 
c'ait  delà  que  les  îacins  ont  Ht , fefcennina  licen- 
tia  , & fifcennina  locutio  , pour  marquer  princi- 
palement les  vers  fales  & deshonnêtes  que  l'on 
chancoit  aux  noces. 

Ces  fortes  de  vers  parurent  fur  le  théâtre , & 
tinrent -l  eu  aux  Romains  de  drame  régulier  pen- 
dant près  c’e  hx  vingt  ans.  La  fatvre  mordante  à 
laquelle  on  les  employa  , les  décrédita  encore  plus 
que  leur  groiriéreté  primitive  ; & pour  lors  ils 
devinrent  vraiment  redoutables.  On  rapporte 
qii'Auguile  , pendant  le  triumvirat  , ht  des  vers 
fifcenrâns  contre  Poilion  , mais  que  celui  ci , avec 
tout  l'efprit  propre  pour  y bien  répondre,  eut 
la  prudente  de  n'en  rien  ra  re  ; parce  que  difoit 
il  , il  y avoir  trop  à rifquer  d écrire  contre  un 
homme  qui  pouvoir  profciire.  » 

Enfin  Catulle  voyant  eue  les  vers  fefeennins 
employés  pour  la  fatyre  croient  proferits  par 
l'autorité  publique,  & que  leur  groffiéreté  dans 
les  épithalames  n'étoit  plus  du  goût  de  fon  fiècle  , 
les  perfeêfionna  , & les  châtia,  en  apparence 
du  côté  de  l'expreffion  : mais  s'il  les  rend  t plus 
chaftes  par  le  ftyle,  en  proferi vain  les  termes  grof- 
Sers  , iis  ne  furent,  pas  moins  obfcènes  pour  le 
fens , & bien  plus  dangereux  pour  les  mœurs. 
( Chevalier  de  Jeauc&urt.  ) 

FESSONIA  , ou  FESSORiA,  Déefle  qui  pré- 
fidoit  au  repos  que  procuroit  l'éloignement  des 
ennemis  , après  les  farigues  qu’ils  avoient  don- 
nées. Les  gers  de  guerre  l'invoquoient  fouvent 
dans  les  travaux  de  leur  metier.  Son  nom  vient 
du  mot  latin  fejfas  , las.  St.  Auguftin  en  parle 
dans  la  cité  de  Dieu.  ( liv.  iv.  ch.  zx.) 

FESTINS  facrés,  ou  feftins  de  religion.  C'é- 
toient  des  feftins  qui  n'étoient  que  pour  les  dieux  , 
& fur- tout  pour  Jupiter  , Apollon  , Latone  , 
Diane,  Hercule,  Mercure  & Neptune.  On  fer- 
voit  à ces  dieux  un  repas  magnifique  dans  leurs 
temoles  en  certaines  occafions  , aux  dépens  du 
public  , Sc  leurs  prêtres  en  profitoient.  Koye:^ 
Lectisterkes-  Il  y avoir  un  Dieu  pour  préfi- 
der  aux  feîlins.  f^-oyei  CoMUS. 

F.ES  TUCA , baguette  du  préteur,  avec  laquelle 
il  fiifoi''  toucher,  par  fon  liéteur  , l'efclave  qu'il 
voaioit  affrinchir.  Les  grecs  l’appe'loient  x.âfÇos. 

{Fluut.  Mil.  IK.  1 15.  ) 

£an’  ingenua,  an  ftfmca  faSa  è ferva  libéra  eftl 


F E T 6$^ 

FÊTES  : les  Grecs  , ies  P^omains  , les  Egvp- 
tiens  & les  autres  peuples  , avoient  un  très- 
grand  nombre  fèces  qui  faifoient  partie  de 
leur  religion. 

Nous  ne  ferons  ici  que  les  nommer  j on  en 
trouvera  l’explication  dans  leurs  articles  parti- 
culiers. 

Numa  partagea  les  jours  de  l'année  en  fcfd 
profefti  , & inzercifi  : les  premiers  étoient  confa- 
cres  aux  dieux  ; les  féconds  étoieiit  accordés  aux 
hommes  pour  s'acuer  à leurs  atraires  , & les  der- 
niers étoient  partagés  entre  ies  uieux  & les  hox- 
mes. 

Les  jours  de  fêtes,  aies  fefti , étoient  encore 
divifés  , fuivant  Macrobe  , ( Saturn.  c.  X'v'I.  ) 
en  facnfices  , epula  ou  banquets  , ludi  ou  jeux, 
& feris.  , fériés.  Voye'^  Feries.  Les  dits  pro- 
fefti étoient  partagés  en  fafti  , comitiales  , com- 
perendini  , fafti  , & pr&liares.  Voyez^  AnNAlES  , 
Fastes  , tk.c. 

Les  jours  de  fêtes  on  ne  rendort  point  la  jüf- 
tice  , c’eil-à-dire  que  les  tribunaux  étoient  fer- 
més ; ii  négoce  & le  travail  des  mains  cefloit, 
& ie  peuple  ies  paffoit  en  réjouiflance.  On  of- 
froit  des  facrifices  ; on  faifoit  des  feftins  , & 
l’on  célébroit  des  jeux.  Il  y avoir  des  fêtes  fixes  , 
appellées  annales  ou  ftativi  , & de  mobiles.  Les 
premières  fêtes  chez  les  grecs  avoient  été  ces 
afiemblées  folemnelles  de  toute  la  nation  où  l'on 
célébroit  des  jeux  , comme  les  olympiques  , les 
pythiens  , les  ifthmiens  , & les  néméens.  A l'imi- 
tation des  grecs  les  romains  donnoient  les  jours 
de  fêtes  des  jeux  , ou  dans  le  cirque  , ludi  cir- 
cenfes,  ou  des  fpeftacles  fur  le  théâtre,  ludi  feenini; 
c'étoit  aux  dépens  de  i'etat  pour  l'ordiiiah-'c , & 
le  foin  en  rouloit  fur  les  principaux  magiftrats  , 
qui  dans  certaines  occafions  en  faifoient  eux-mê- 
rnes  ies  frais.  Parmi  les  fêtes  , ii  y en  avoir  de 
fixes  çui  revenoient  tous  les  mois  comme  ies 
néoménies  chez  'es  grecs  , c’eft-â-dire  , les  jours 
de  ia  nouvelle  lune  ; c'étoient  chez  ies  latins  les 
calendes  , ou  le  premier  jour  du  mois.  Les  nones 
fe  célébroient  le  5 ou  le  7 du  mois  , & les  ides 
le  î 3 ou  le  I f.  Ces  fêtes  étoient  ccnfacrées  à Ju- 
piter & à Junon. 

Sans  entrer  ici  dans  un  détail  inutile  du  nom 
& des  cérémonies  propres  à chacune  des  fêtes 
qu’on  trouvera  dans  ce  diclionnaire  chacunes  à 
' leur  article  , qu’il  nous  fuffife  de  remarquer  que 
ces  fêtes  paroifta-.t  à la  vérité  occuper  h plus  con- 
fidéraÿe  partie  de  l'année  , il  ne  faut  cependant 
pas  s'imaginer  que  tous  les  jours  fuffent  employés 
en  folemnités  qui  empêchaffent  perfonne  de  tra- 
vailler , ou  de  vaquer  à fes  affaires.  De  ces  fêtes 
un  très-petit  nombre  obiigeoit  généralet^nt  tout 
le  monde  ; la  plupart  des  autres  n'étoient , s’il 
eft  permis  de  s’exprimer  ainiî  , que  des  dévo- 


F E T 

îions-  pattictiiîèi'eî  affectées  à certaines  comsnii- 
na-cés  ou  fociétés  ^ tantôt  aux  prêtres  de  Jupiter , 
îautôt  à ceux  de  Mars  , un  jour  aux  facrifica- 
teurs  de  Minerve  , un  autre  aux  veilaies  ; ainfî 
le  public  n'y  étoit  pas  régul  èreminc  obligé  ; dans 
la  plupart , on  ne  s'abstenôit  m de  travailler  ni 
<ie  rendre  la  julbce  dans  les  tribunaux;  S:  Jules 
Capitolin  remarque  que  l'empereur  Antonin  régla 
qu'ii-y  auroit  trois  cents  trente  jours  dans  l'année 
où  l'on  pourroit  vaquer  librement  à fes  affaires  : 
en  forte  qu'il  n'en  reftoit  plus  que  trente-cinq 
qui  fuiïent  univerfelknient  fêtés. 

II  y avoir  outre  cela  des  fétss  qui  ne  revenoient 
qu' après  un  certain  nombre  d'armées  révolues , 
comme  les  jeux  capitolins  qui  ne  fe  cclébroient 
que  tous  les  cinq  ans  , les  jeux  féculaires  qu'on 
ne  renouveiloit  qu'au  bout  de  cent  ans  ^ & d'au- 
tres_/?rcà  qui  recommençoienttous  leseix;,  vingt, 
ou  trente  ans  , & qui  étoient  généraiement  ob- 
fervées.  f Ckevalhr  de  Jaucourt.  ) 

FÊTES  des  Egyptiens  : ils  avoient  pluiieurs 
grandes  fêtes  qui  les  afîembioient.  Les  hifeoriens 
en  ont  remarqué  fix  principales  ; la  première  célé- 
brée à Bubaite , en  l’honneur  «le  Diane  ; la  fécon- 
dé à Buiîris  , en  l'honneur  d'Iîîs  ; la  troifième  à 
Sais , en  l'honneur  de  Minerve  ; la  quatrième  à 
Héliopolis,  c'étoit  la  fête  du  foieil  ; la  cinquième 
à Butis  , droit  pour  Latone  ; & la  fixième  à Pa- 
prémis  , en  l'honneur  de  Mars. 

Ces  fêtes  étoient  fixées  au  renouvellement  de 
chaque  farfon  pour  honorer  le  foieil  , aux  pleines 
St  aux  nouvelies  lunes  pour  honorer  Ifis. 

FETES  des  Grecs  ; les  noms  des  principales 
font , Achilées  , Aciiaques  , Adonies  , Agra- 
nies,  Agraulies,  Agraunies  , Agrianies , Agrc- 
tères,  Ajaxties,  Alchathées,  Alces,  Aiies,  Aioés, 
Ambrofies  J Amphiatées,  Anacalypréries  , Ana- 
cées  , Anaclétéries  , Anagogtes , Androgénies , 
Anthephories  , Antinoïes  , Apaturies  , Aphro- 
difies,  Apobomies,  Apoiîonies,  Ararées,  Adria- 
nées  , Arréphories , Arthémifies  , ATclépies , Af- 
colies  , Bendidies , Boëdromies  , Boréafmes  , Bra- 
fidées  J Buphor.ies  , Cabiries  , Calaoidies  , Cal- 
lyntéries,  Caüyftes,  Carnées  , Caria  , Cérami- 
eia,  Chalcies  , Chaiciæcies , Chaonies,  Charües, 
Charifies,  Gharmofines -Chiroponies , Chitonies, 
Chloies , Chtonies  , Ciiïbromies  , Choës , ou 
Choü , Chytras  , Cladeuréries  , Connidies , 
Corées  , Corybantiques  , Cotyties  , Cronies  , 
Cybernéiies  , Cynophontis  , Daidies  , Dédales  , 
Dauh's  , Daphnéphories  , Delphinies  , Délies , 
Demétries,  DiamaRigofe  , Diafies  , Diftynnies  , 
Diipolies  , Diociies , Dionyfies , ou.Dionyfiaques, 
Dryopies  , Eife^éries  , Eedufies , Eiaphéboües  , . 
Elénophories  , Eleufinies  , Eleuthéries  , Ematu- 
ries,  Emploeies,  Encénies,  Epries  , Epheftriss , 


F E T 

Epidauries  > Epithricadies  , Epiciidies  , Epicré- 
nts  , Epifcaphits  , EpUcciîes  , Ergaties  , Èroti- 
dies^,  Euuiéiîîdies,  Exîihéries  , Galaxies,  Galin- 
thiadies  , Gamehes  , Gér-tfuts  , Géroarries  , Hé- 
caleîîcs  , Hécatéfies  , Hécatombées  , Hccatotn- 
phonies  , Héraclées  , Ht  rccs  ^ i-i£tmc£s , Fierti- 
ces  , Hépbeities  , Horces  , Hyacinthées  , Hy- 
brùt.'qaes  , Eiydraphories  , Hvitéries  , Ithomées, 
Inadues,  Idées,  lichémies,  Ifée.s,  Lagénophories , 
fêtes  des  Lmpes,  Lampcéries,  Lapfcnes  , Lénées, 
Léonidées  , Léotitiques  , Lernées  , Limnatidies  , 
Ltnées  , Lithebolies  , Ly'cées  , Lyciirgies  , Mé- 
mactérics  , Ménalipp'es  , Ménélates  , Métagit- 
nies  , Myniées  , îilynichiées  , Matées  , Myfies , 
Néiéidies  , Nécifies  , Néméfées  , Néoprolémée^, 
Nephilies  J Neftées,  iNéoménies  ,oü  Numénies , 
OèVidtérie  , Olyrapies  , Gmopagies  , Oncefiies  , 
Ofehophories  , Panathénée«,  Pambéethes,  Pam- 
b:es  , Panheliénies  , Panionies  , Paufanies  , Pé- 
lopies  , Péiories  , Phagéfies  , ou  Phagéiipofies  , 
Phamaftries  , l'hétéphalties  , Phofphories,  Plyn- 
téries  , Poiiées  , Pofidonies  , Proarofîes  , Pro- 
méthées  , Proréiiolées , Protigées  , Pyanepfîes  , 
Pythies  , Sabafies  , Saronies  , Scieries  , Scues , 
Sifachtinies  , Sporties  , Sténies , Srophies  , Stym- 
phaües  , Syrmées  , Syftéiies  , Tauries , l'au- 
ropol.'es  , Thalyfies  , Thargélies  , Théænies  , 
Théogamies  , Théophanîes,  'Ihéoxénies^  Térap- 
natidies,  Therteries,  Tefmophorjes  , Ihéfées, 
Thyes , Thylles,  Tynnées  , Trtanies  , iithé- 
nsdies  , Tiépolémies,  Tonies  , Toxartdies  , Tri- 
claties , Triéte'riques Tmeyes  , Triopies , Tti- 
topatériés,  Trophanies , iyrbe. 

FÊTES  des  Romains.  Les  noms  des  principa- 
les font  Agonales  , Angé'ronales  , Apollinaires, 
Armilurtre  , Bacchanaks  , Cariflhies  , Carmenta- 
les  , Céréales  , Compitales  , Confualcs  , Crapo- 
tines , Eqiiiries  , Faunales  , Férales  , Fontinaîes  , 
Fordicales  , ou  Fordicidies  , Fornacales  j Furi- 
nales  , Hilaries , Latines  , ou  I atiar  , Laitrea- 
tales  , ou  Larentales  , Lémurales  , eu  Lému- 
ries  , Libérales  , Lucaries  Luperca'es  , Maju- 
mes  , "Matrales  , Matronaies  , Lléridinanaies 
Mégaléfies  , Opalies , PoürPs  , PopuliEg'-fis  ,, 
Quinquatries  , ou  Quinquatres  , Quirinales , Ré- 
gifüges  , Robigaies  , Rornanenfes  , Suturnajes  , 
Septimontium  , Terminales,  Tubiiuftres  , Vina- 
!es  , Vortumnaies , ou  Vertumnales  , & Vulca- 
naies. 

FEU  , le  culte  du  feu.  fuivir  de  près  celui  qu  on 
rendit  au  foieil , par  qui  i’idolatrie  a commence 
dans  le  monde  : comme  le  feu  paffoir  pour  le 
plus  noble  des  élémens  , & une  vive  image  du 
foieil , toutes  les  nations  fe  font  accordées  à 1 a- 
dorer.  Chez  les  chaîdéens  la  ville  d’Ür  fut  ainu 
appellée  à caufe  qu'on  y adoroit  le  feu.  Mais  le  lieu 
du  monde  où  i’on  révéroit  davantage  cet  éiC- 
naeîK , étoit  la  Perfe.  Il  y avoir  des  enclos  fer- 


I 


F Ê Ü 

Sîés  àti  murailles  & fans  toit , où  t^dn  faifoit  , 
aflidument  du  feu  . & où  le  peuple  dévot  veno:t  | 
en  foule  a certaines)  heures  pour  prier.  Les  per-  j 
ibnnes  qualifiées  fe  rainoienr , en  y jettant  avec 
profufio.i  des  elTences  précieufes  , & des  fleurs 
odorirérantes  , ce  qu'elles  regardoient  comme  un 
des  plus  beaux  droits  de  la  nobleffe.  Ces  enclos. 
Ou  ces  temples  découverts , ont  été  connus  des 
Grecs,  fous  le  nom  deFyrem  , ou  Pyrateïa.  ,•  les 
voyageurs  modernes  en  parient  auflî  comme  des 
plus  anciens  monumens  de  f idolâtrie  du  feu.  Quand 
les  Perfes  favoient  un  de  leurs  rois  près  de  mou- 
rir , ils  éteignoient  le  feu  dans  toutes  les  villes 
principales;  Se  ^pour  le  rallumer  , il  falloir  que 
fon  fuccefîeur  fût  couronné.  On  s'ima^inoit  que 
ie  feu  avoir  été  apporté  du  ciel , Se  rais  fur 
premier  temple  que  Zoroaftre  avoir 
bâti  dans  l.i  ville  de  Xis  , en  îvlédie.  On  n'y 
jettoir  rien  de  gras  ni  d'impur  , on  n’ofo.t  pas 
pas  même  le  regarder  fixement.  Pour  en  impo- 
fer  davantage  , les  prêtres  toujours  fourb  s & 
impofteu  s , entretenoient  ce  feu  fecrettemeat  , 
& failoient  accroire  au  peuple  qu'il  étoic  inalté- 
jrabie,  & fe  nourrilToit  de  lui-même. 

Cette  erreur  avoir  aulTi  lieu  à Athènes , dans 
le  temple  de  Minerve , à Delphes  dans  celui  d'A- 
pollon , & à Rome  dans  celui  de  Vefta.  Car 
les  Romains  , qui  adoptèrent  les  idolâtries  les 
plus  groflîères  , n'oublièrent  pas  cellesîii  feu. 
V'.  Vesta.  Pourquoi  ne  voyoit-onjautrefoîs  aucun 
facnfice  , ni  aucune  cérémonie  religieufe  dans 
lefquels  il  n'entrât  du  feu  , & pourquoi  celui  qui 
fervoit  à parer  les  autels  & à confumer  les"  victi- 
mes , étoit-l  traité  avec  refped:  ; fi  ce  n'étoit 
pas  une  fuite  du  premier  culte  qu’on  a tendu/à 
cet  élément  ? PiLUieurs  temples  & plufieurs  villes 
ont  été  célèbres  par  le  feu  miraculeux  qui  s'y 
formoit , quand  on  en  avoir  befoin  pour  les  fa- 
crifices.  Outre  celui  dont  on  a parlé  à l'article 
Gnatia-,  il  y avoir,  dans  la  Sicile,  proche  Agri- 
gente  , une  colhne  ; fur  cette  coiLne  étoit  un 
autel,  fur  lequel  il  étoic  inutile  d’apporter  du 
feu  : quand  le  facrifice  étoit  agréable  au  D;eu  à 
qui  on  vouloir  l'offrir,  il  fuffifoit  d’y  allumer  dvs 
farmens  ; quelque  verds  qu'ijs  fuffcnt,  la  flim- 
me  y prenoit  d'elle  même.  Elle  s'écarcoit  de  part 
& d’autre , comme  pour  fe  jetter  fur  ceux  qu; 
faifoient  le  repas  du  facrifice  , 8e  n’incommcdoK 
nullement  ceux  qu'e’le  touclioit.  Paufantas  ra- 
conte , comme  témoin  oculaire  , une  choie  allez 
furprenante.  Deux  villes  de  Lydie  avoient  cha- 
cune un  temple,;  ( Puufan.  Aeüa  , c.  I.  in  fine.  ) 
Sur  l’autel  de  ce  temple  , étoient  d:s  cendres 
d'une  odeur  toute  particul’ère.  Un  magicien  la 
tiare  fur  la  tête , meîtoit  du  bois  fec  fur  le  foyer, 
récitoît  quelques  prières  qu'il  lifoit  dans  un  livre; 
& du  fover  , l’on  voyoit  fur  le  champ  fornr  un.e 
flamme  très-briilante  , fans  qu'on  eût  mîs  le  feu 
fU  bois. 

Araïquités  , Torn.  Il, 


F Ê Ü 


^57 


Le  feu  allumé  fubitement  fur  un  autel  ^ étoit 
quelquefois  unheureux  préfage.  Suétone  rapporte 
que  ce  fut  un  de  ceux  qui  annoncèrent  la  grar- 
deur  de  Tibère  ; Séléucus  connut  à un  pareil 
figne  fa  future  élévation.  Le  confulat  de  Cicérca 
fut  précédé  d’un  femblable  préfage. 

Ce  fut  Proméfnée  , dit-on,  qui  déroba  le  feu  du 
ciel,  &en  fit  préfentaux  hommes  : ce  n’eftpas  à djre 
qu'il  leur  en  ait  appris  i'ufage  ; car  y a-t-ii  appa- 
rence que  cet  ufage  ait  été  ignoré  , jufqu’au  temps 
de  Prométhée.  L'ufage  du  feu  eft  fans  doute  auflt 
ancien  que  le  monde  , foit  que  la  foudre  l'ait  porté 
fur  la  terre  , foit  qu'on  ait  fait  du  feu  par  ha- 
fard  , en  frappant  des  cailloux.  Mais  ce  que  Pro- 
méthée a pu  apprendre  aux  hommes  ; c'eft  à 
combien  d'uiages  devoir  s’appliquer  le  feu  , pour 
les  opérations  des  ans  ; c’eil  peut-être  l’art  de 
rendre  lès  métaux  ductiles  8c  malléables , par  le 
moyen  du  feu.  DIodore  attribue  l'invention  & 
les  progrès  de  cet  art , non  à Prométhée  , mais 
à V ulcain  , Roi  d'Egypte  , qui , pour  ces  heu- 
reufes  inventions  , fut  appelé  ie  dieu  du  feu  , & 
le  dieu  des  arts.  Voyez  Vukain. 

Feu.  Le  comte  de  Caylus  annonce  dans  plu- 
fieurs endroits  de  fes  recueils  d’antiquités,  l’éton- 
nement dont  il  étoit  faifi  en  voyant  les  petites 
Üatues  de  porce'aine  groffière  b'eue  , ou  verte  , 
qui  ont  été  fabriquées  ,par  les  égyptiens.  Ce  favant 
n'ignoroit  pas  que  l’Egypte  & l’Arabie  n'étant 
pas  des  pays  hoifés , on  n’y  employoit  d’autres 
combufiibles  que  la  fiente  defféche'e  des  bœufs  , 
des  chevaux  , des  chameaux  8c  des  bruyères. Dans 
l’Europe  , au  contraire  , les  fours  à cuire  la  por- 
celaine , font  chauffés  avec  du  gros  bois  ; 8c  iis 
en  confemment  une  quantité  énorme. 

L'étonnement  du  comte  de  Caylus  aurolt  cefle  j 
s'il  eût  pu  connoître  les  expériences  qu'a  faites 
M.  le  baron  de  la  Tour  d’Aigues,  préfident  au 
parlement  d’Aix,  pour  cuire  des  briques  Sc  des 
tuiles  avec  de  la  paille,  des  bruyères  Sc  des  fago- 
tins.  Une  fournée  de  ces  poteries  , cuites  dans 
un  four  chaiiffé  avec  du  gros  bris,  a coûté  au 
village  de  la  i our  d' Aigues,  près  d'Aix  en  Pro- 
vence, la  fomme  de  liv,  lé  fols;  8c  le  feu  a 
duré  viuEî-quatre  heures.  Cette  même  fournée  , 
échauffée  avec  de  la  paille,  des  fago-tins  , ou  des 
arbriffeaux  , n’a  coûté  que  ïi  üv.  y fois;  Sf  le 
feu  n'a  duré  que  douze  'heures.  Que  l’on  ju^ge  par 
cette  comparaLbon  des  connoiffaiiccs  étendues  que 
ncÈédoîeat  les  anciens  fur  l’art  de  conduire  le/èa 
8c  de  le  graduer! 

Feu  de  joie  , illumination  noéiurne  donnée 
au  peuple  pour  fpeéfacle  public  dans  des  occa> 
fions  de  réjcuiffances  rcelLs  ou  fuppofées. 

C’en  une  queftion  encore  indécife , de  favoir 
fi  les  anciens  , dans  les  fêtes  publiques  , a!!u- 
moient  des  feux  par  un  autre  motif  que  par  efprû; 
de  religion.  Ün  membre  de  l'académie  des  bclts* 

Oooo 


É-jS  FEU 

lettres  de  Paris  , Mâîiudel  a foutenu  îà  negativei 
ce  n’eit  pas  qu’il  nie  que  les  anciens  ne  fiffent 
comme  nous  des  re]ouïiTances  de  publication  de 
paix , aux  nouvelles  des  viétoires  remportées  fur 
les  ennemis  , aux  jours  de  naiiTance  de  procla- 
mation de  mariage  de  leurs  princes  , & dans  leur 
convaîefcence- après  des  maladies  dangereufes  ; 
mais  , félon  Mahudel  ^ le  feu  dans  toutes  ces 
occafîons  ne  fervoit  qu’à  brûler  les  victimes  ou 
i’eacens  5 & comme  la  plupart  de  ces  facnfices 
fe  faifoient  la  nuit , les  illuminations  n’étoient 
emp'ove'es  que  pour  éclairer  la  cérémonie  & non 
pour  divertir  le  peuple. 

Quant  aux  bûchers  qu’on  élevoît  apres  la  mort 
des  eraper-.uîs  , quelque  magnmcues  qu  ils  fuf- 
fent  , on  conçoit  bien  que  ce  fpectacle  ^lugubre 
n’a'oit  aucun  rapport  avec  des  frux  de  joie  ; d un 
aut''e  côté  , eu  nique  la  pompe  de  la  marche  des 
triomph-.s  fe  terminât  toujours  par  un  facrifice  au 
cap’toie  , où  un  feu  .allumé  pour  la  confecration 
de  la  vi(5l:rne  i’attenCqrt  >.  ce  feu  ne  peut  point 
paffer  pour  un  feu  de  joie  : enfin  par  rapport  aux 
feux  d'avifices  qui  écoisnt  en  ufage  parmi  les  an- 
ciens , & qu’on  pourroit  pvéfumer  avoir  fait  par- 
tie des  réjoüîffances  publiques  , ?>'iahudeî  pretena 
c'i’on  n’en  voit  d’autre  emploi  que  dans  les  ieules 
machines  de  guerre  , propres  à porter  1 incendie 
dans  les  villes  & dans  les  bâtimens  ennemis. 

Mais  toutes  ces  raifons  ne  prouvent  point  que 
les  anciens  îi’aiiu.maflcnt  au3l  àts  feux  de  joie  en 
ligne  de  réjouiflances  publiques.  En  effet  , 
diScile  de  fe  perfuader  que  dans  toutes  les  lêces 
des  grecs  & des  romains  , & dans  toutes  les  célé- 
brations de  leurs  jeux  ; les  feux  & les  liluminations 
publiques  fe  rappcrtaiîenr  toujours  uniquement  à la 
eÜgion  , fans  que  le  peuple  n y prit  part  à-peu- 
près  comme  parmi  nous. 

Dans  les  'ampadophones  des  grecs  , eu  I on  fe 
fervoit  des  lampes  pour  les  facrifîces,  on  y celebioit 
pour  le  peuple  diiférens  jeux  à la  lueur  des  lampes; 
fv  comme  ces  jeux  étoient  accomp-ignes  de  dai  fes 
8c  de  divertifiemens  ; on  voicqiie  ces  lortes  d ii.u- 
Riinatiôns  étoient  en  meme  temps  provih.rnes  & na- 
crées. L’aonareil  d’une  autre  fête  no.nmee  hurptc- 
ries  -,  qui  fe  faifoit  à Pallene  , & qin  étoit  dediée  à 
BacchuSj  confiffoit  en  une  grande  illuminuion  noc- 
turne & dans  une  profuiîon  de  vin  qu’on  ver-oit 
aux  palTans. 

Il  faut  dire  h même  chofe  des  ilhiminanons  qui 
eniroient  dans  If  folemnicé  de  .plniiiiirs  fêtes  des 
romains  , Se  entr’auires  dans  celle  d-.s  -eux  l'écu- 
laires  qid  duroient  trois  niiiis  , pend  in:  Dêqueles 
i\  ftmôloh  que  les  empereurs  de  les  édiles  cui  eu 
fa  foient  la  de'penfe,  voululfent  par  un  excès  de 
fomptuonté  , dédommager  le  peup'e  de  la  rareté 
de  'eur  célébration.  C.apito!in  obferve.que  rillLirtv- 
'nation  doanéâ  par  Philippe,  dans  les  jeux  qu’il  cé- 


f Ê V 

lébra  à ce  fiijet  , fut  fi  magnifique  , que  ces  trois 
nuits  n’eurent  point  d’obfcurité. 

On  n’a  pas  d’exemp’e  èiz  fende  joie  plus  remar- 
quable que  celui  que  Paul  Emile  j après  la  con- 
quête de  la  Macédoine  , alluma  lui-même  à Am- 
phipolis  , en  préience  de  tous  les  princes  de  la 
Grèce  qu’il  y avoir  invités-  La  décoration  lui  coûta 
une  année  entière  de  préparatifs  ; & quoique  l’ap- 
pareil en  eût  été  compofé  pour  rendre  hommage  aux 
dieux  qui  préfîdoient  à la  viétoire  , cette  fête  fut 
accompagnée  de  tous  les  fpeâacles  auxquels  le  peu- 
ple elt  fenfibk  ( chevalier  de  Jaucourt.  ) 

FEVES.  Les  Egyptiens  s’abftenoient  de  manger 
àts fèves-,  ils  n’en  femoient  poiRt  ^ & s’ils  en 
trouvoient  qui  fuifent  crues  fans  avoir  été  femées, 
iis  n’y  touchoient-  pas.  Leurs  prêtres  pouiloient 
plus  loin  la  fuperltnion  : iis  n’ofoient  pas  même 
jetter  les  yeux  fur  ce  légume  ; ils  le  tehoient  pour 
immonde  , & ils  eulfeni  plutôt  mangé  la  chair  de 
leurs  pères  Pythagore  , qui  avoit  été  inftruit  par 
les  Egyptiens , défendoit  auffi  à fes  difciples  de 
manger  des  fèves  ; & l’on  dit  qu’d  aima  mieux  fe 
iailier  tuer  par  ceux  qui  le  pourfuivoient , que  de 
fe  fauver  à'  travers  un  champ  de  fèves.  Cicéron 
'rfînue  au  premier  livre  de  la  divinanon  , ( ckap. 
XXX.  ) que  l’interdiaion  des  fèves-  étoit  fondée 
far  ce  qa’elîes  empêcheient  de  faire  des  fonges 
divinatoires  , car  elles  eçhauffent  trop  ; & par  cette 
irrit^P^deS  efprits  , "el'.es  ne  permettent  pas  à 
l’ame^  pofféder  la  quiétude  qui  ert  néctiTairê 
pour  la  recherche  de  la  vérité-  Ariftote  donne 
p'ufietes  belles  raifons  de  cette  défenfe  , dont  la 
moins  mauvaile  eft  que  c etoit  un  precepte  moral., 
oar  lequel  le  phdofophe  défendoit  à fes  difciples 
de  fe  mêler  du  gouvernement  ; ce  qui  eft  fondé 
fur  ce  qu’en  certaines  villes  on  donnoit  fon  fut- 
frage  avec  àe fèves  pour  l’éleftion  des  magiftrats. 
Un  autre  raueur  a prétendu  qu’elles  furent  inter- 
dites par  un  crincipe  de  chattete  , comme  fi  ce 
légume  y étoit  contraire.  D’autres  ûifent^enfin, 
eue  ce  fut  pour  des  raifons  faintes  & myfténeu- 
fes  , que  les  Pyth.agoriciens  ne  difoienr  à per- 
fjnne.’  Quelques-uns  d’eux  aimèrent  mieux  mou- 
rir , dit  Jambüqae  , que  de  récëler  un  fi  grand 
f-'crrî.  Une  Pythagoricienne  fe  conpa  la  langue 
■OUI-  n’avoir  aucun  fujet  de  craindre  que  h li- 
gueur des  îourmens  ne  la  fit  parler.  L’éco.e  de 
balerne  a dépendu  dans  les  tempsmoderr.es  de  man- 
ger des  fèves  ; mais  elle  en  donne  une  raifon  dié- 
tétique ; c’eft  qu’elles  caufert  h goutte  ; manducare^ 
fabam  caveas  fscit , ilia  vodegram  : ce  qui  porte  r 
"croire  que  ';  i défenfe  de  manger  âè s fèves  , n étoit 
autre  chofe  chez  les  anciers  qu’un  precepte  cie 
fanré,  dans  lidée,  où  Von  étoit  alors,  que  ce 
légume  ercit  malfain. 

Le  chevalier  de  Jaucourt  ( Xicydop.^ 
pEVhs)  a cherché  un  autre  mouf  à la  üeien.e  ae 
Pythagore.  Le  : 


F E V 

Pvthagore  enfelgnoit  que  la  flve  étoît  née  en 
mêrne  - temps  que  rhamme  ; & formée  de  la 
même  corruption  : or  comme  il  trouvoic  dans  la 
fève  , je  ne  fais  quelle  relfemblance  avec  les  corps 
animés  3 il  ne  doutoit  pas  qu^’efe  n'eut  auÿi  uiie 
âme  fujette  comme  les  autres  aux  viciflitudes  oe 
la  tranfmigradon  , par  conféquent  que  quelques- 
uns  de  fes  parens  ne  fuffent  devenus  ; de- 
là le  refpeà:  qu’il  avoir  pour  ce  légume  , & 1 m- 
diâron  de  fon  ufage  à tous  fes  difciples. 

Cette  opinion  de  Pythagd^e  que  nous  venons 
d’expofer  , n’eii:  point  un  fentiment  qu  on  lui 
prête  J elle  fe  trouve  détaillée  dans  la  vie  de  ce 
philofophe  que  Porphyre  a écrite.  Auflà  Horace, 
qui  long-temps  avant  Porphyre  ne  doutoit  point 
que  cette  idée  de  tranfmigration  ne  fût  celle  dePy- 
thagore , s’en  eft  moqué  plaifamment  dans  une  de 
fes  fatyres  ; 

O quandofaba  Tythagorce  cognata , fimulque 
Un3a  fatis  pingui  ponentur  olufcula.  lardo  ? 

( Sat.  VI.  lih.  IL  V.  63.  ) 

» Quand  pourrai-je  , dit-i!  , dans  mes  repas  rufti- 
« ques  , en  dépit  de  Pythagdre^,  me  régaler  d’un 
M plat  de  fèves  , & manger  à difcrétion  de  mes 
»>  légumes,  nourris  de  petit  lard.  ” 

■ Çts  recherches  philo fophiques  furies  égyptiens 

& les  Chinois  , M.  de  PaW  affure  que  l'odeur  des 
fèves  étoit  la  véritable  caafe  de  l’averlîon  des 
pythagoriciens  pour  ce  légume.  ( Tome  I.pag.  ) 

cc  II  eil  bien  étonnant  qu  après  tant  d’opinions 
propotées  avec  un  fi  grand  appareil  de  favoir  , & 
par  des  favans  fi  célébrés , fur  le  ventaole  motif 
de  rav-rfios!  qu’avoienc  les  Egyptiens  & fur-tout 
les  prêtres  pour  les  fèves  , on  foit  encore  fi  peu 
inftruit.  Mi;s  il  n’y  a qu’à  bien  réfléchir  a une 
avenrure  qu’on  prête  à Pytnagore  , ce  ferviie 
imitateur  des  philofophes  orientaux  , pour  fe 
convaincre  que  c’eft  la  forte  exhalaifon  , que  ré- 
pand h fiba  vulgaris  , Icrfqmede  eu  en  fleur , 
qui  a paru  pernicieufe  aux  Egyptiens.  Et  voila 
pourquoi  ils  ne  la  cultivoient  dans  aucun  canton 
de  leur  pays  : quoique  rejettee  de  la  table  des 
hommes  , elle  eût  pu  fervir  a nourrir  les  betes  ; n 
eft  radicule  de  dire  qu’ils  ne  pouvoient  en  loutenir 
la  vue , au  lieu  de  dire  qu’ils  ne  pouvoient  en  fou- 
tenir  l’odeur , qui  eft  extrême  pendant  la  Aorai- 
fon  de  ce  légume  , qu’on  feme  aujourd  hui  en 
Egypte  fans  fe  foucier  des  effets  qui  peuvent  en 
résulter  , & oui  tendent  à produire  une^  efpece 
d’ivreffe  , fuivant  l’opinion  populaire  , répandue 
même  en  Europe  parmi  les  gens  de  là  campagne  , 
qui  n’ont  jamais  ouï  parler  de  la  diverfite  des  cu- 


F E V* 


qui 

mats 


=c  Théophrafte,  auquel  on  doit  reprocher  dV 
voir  embrouillé  d’une  manière inconcevab.e  i nii 


toire  des  plantes  de  l’Egypte  , rapporte  entre 
autres  choies  . que  , dans  ce  pays-là  , toutes  les 
fleurs  font  fans  odeur  , fi  l’on  en  excepte  celles 
du  myrrhe.  ( kift.  Plantarum  lih.  VI.  cap.  7.  De 
caiif.  plantarum  lih.  VI.  cap.  27.  } IciaiS  il  n’y  a 
point  , & i!  n’y  a jamais  eu  la  moindre  vérité 
dans  cette  affertion  £ frivole  ; puifque  les  neps  des 
Arabes  ou  les  violettes  du  Caire  , & les  rofes 
pâles  du  Féium  font  les  plus  odorantes  qu’il  y 
ai:  au  monde  , & toute  l’eau  de  rofe  , qu’on  con- 
funie  dans  les  ferrails  de  l’Orient  & dans  une. 
grande  partie  de  l’Italie  , vient  de  l’Egypte  : auffi 
Maillet  parle-t-il  comme  d’une  chofe  extraordi- 
naire , de  i’exhaîaifon  qui  s’élève  le  long  du  Nil , 
des  champs  enfemencés  de  cette  efpèce  de  fève  , 
dont  la  Reur  efi  mille  fois  plus  odoriférante  , dit-il  , 
quen  Europe.  ( Defcription  de  l'Egypte,  partie  II. 
pag.  13.  de  rédition  in-q®.  ) Ce  font  ces  champs- 
là  que  Pytbagore  n’eût  jamais  traverfés,  dès  qu’il 
fut  circoncis.  C’étoit  faute  d’avoir  acquis  des 
connoiftances  affez  exaéles  fur  l’Egypte  & l'In- 
douftan  , que  les  auteurs  anciens  ont  tant  varié 
en  parlant  de  la  diete  des  Pythagoriciens  , & on 
voit  par  ce  qu’en  difent  Auîugelle  ( IV.  ii.  } & 
Athénée  , qu’ils  ne  favoient  pas  eux-mêmes  ce 
qu’il  falioit  *en  penfer.  Au  refte  poür  qu’on  ne 
forme  point  de  doute  fur  1 eipece  ae  legume 
dont  il  peut  être  ici  queftion  , je  dirai  qu  elle  eft 
déterminée  par  un  paffage  de  Varron,  qui  affure 
que  les  Flamines  de  Rome  ne  pouvojent  manger 
des  fèves  -,  parce  que  leurs  fleurs  contiennent  des 
lettres  infernales.  Or  ces  lettres  infernales  font 
les  deux  taches  noires  , peintes  fur  les  ailes  qui 
enveloppem  immédiatement  la  caréné  dans  la 
fève  de  marais , dont  le  caractère  fe  trouve  par- 
la auffi-bien  fixé  , que  fi  le  botanifte  l’eût  défini. 
Et  il  en  réfulte  toujours  que  c ctcit  dans  la 
fleur  qu’exiltoii  la  première  caufe  de  l’averflon 
que  les  Prêtres  avoient  poui"  cette  plante , dont 
i’s  connoiflbie.nt  d’ailleurs  très-bien  le  fruit  , qui 
de  tous  les  farineux  eft  le  plus  contraire  aux 
tempéramens  mélancoliques  , & il  n y eut  ja- 
mais  au  monde  une  nation  plus  portée  vers  la 
f'fteffe  que  les  Egyptiens  5 on  les  egayoit  bien 
de  temps  en  temps  par  des  fêtes  ; mais  ils  reve- 
noient  toujours  à leur  caractère  fombre  , qui  les 

rendoit  encore  opiniâtres- & emportes  , ad  fngu- 
los  motus  excandefetntes  , d:t  ^immien  Marcel- 
lin qui  me  patoit  avoir  allez  exactement  connu 
leu’  ccmplexion.  ( Vomiras  Ægypfii  , iù'i-'R. ^p.en- 
que  fubfufculi  funt  & atrati  , magzfque  mceft-ojrcs  , 
arac'lentiid  aridi  , ad  fir.gulos  motus  excanaejeen- 

us.  Lib.  XXII.  vers  “la  fin) 

M.  Paufton  s’eft  fort  étendu  fur  l’efpéce  8c 
la  culture  des  fèves  chez  les  anciens.  Voici  ce 
aue  nous  avons  extrait  fur  ce  fujet'de  fon  ou- 
vrage  précieux  , intitulé  Métrologie. 

ce  Après  la  culture  des  bleds  , celle  des  légu- 
mes eft  la  plus  néceffaire  à Fi^mn-ie  y & entre 

CojO  I] 


F Ë V! 


les  légüffiss , les  anciens  donnoîent  lé  premier 
rang  à la  fève , faba  , Kaatio;.  Cette  prééminence 
étoit  fondée  fur  ce  qu’on  avoir  trouvé  le  moyen 
de  faire  avec  fa  pulpe  une  farine  qu’on  appeioit 
lomentum , & qu’on  poavoit  employer  pour  faire 
ûu  pain.  Cette  farine  J il  eft  vrai , îorfqu’eile  étoit 
employée  feule  j produifoit  un  pain  pefant  , 
comme^  celui  qu’on  feroit  de  la  farine  de  tout 
autre  légume  ; mais  on  corrigeoit  ce  défaut  en  y 
rfiêiant  de  la  fanne  de  froment,  fur-tout  du  pa- 
nis,  & plüfieurs  peuples  fe  nourrifibient  de  cette 
forte  de  pain.  Il  paroit  cependant  que  la  plus 
grande  confommation  de  ce  légume  ne  fe  faifoit 
pas  de  cette  manière  ; on  le  préparoit  à la  cui- 
Sne  ; & en  l’afTaifonnant  diverfement  , on  en 
faifoit  pour  l’homme  un  mets  agréable  & fain. 
L avantage  que  l’on  trouvoit  à cultiver  Ats  fèves 
ne  fe  bornoit  pas-là  encore  j on  en  nourriffbit 
les  Bell laux , qui  en  mangeoient  également , & 
les  coffes  & les  fabales  pu  pailles.  « 

” La/èvêefl  celui  deslégumes  que  l’on  metle  pre- 
mier en  terre.On  la  feme  (en  Italie}  avant  le  coucher 
des  Pleiades  & avant  l’hiver.  Cependant  l’opi- 
nion de  Virgile  eft  qu’on  la  feme  au  printemps, 
comme  cela  fe  pratique  aux  environs  du  Pô. 
Mais  les  fèves  fgmées  de  bonne-heure  , c’eft-à- 
dire , en  automne  , réulïiffent  toujours  mieux 
que  celles  qu  on  ne  féme  qu’au  printemps  j le 
bétail  en  mange  plus  volontiers  les  coffes  & les 
tiges.  Il  ell  nécenaiFe  d’arrofer  cette  plante  lorf- 
qu’eile  eil  en  fleur  ; elle  a mcâns  befoin  d’eau 
après  la  floraifon.  On  eff  dans  la  perCafion 
cii^file  amélioré  !a  terre  où  on  I^’a  femee  ^ & 
qu’elle  lui  tient  lieu  d’engrais.  C’eit  par  cette 
raifon  qu’en  Macédoine  & en  Thelfalie  , lorfque 
la  fève  étoit  en  fleur  , on  retournoit  la  terre  , 
& qn  l’enfouilfoit  fous  les  mottes  pour  feryir  de 
fumier.  » 

« La  demeure  quinze  ou  vingt  jours  en 
terré  fans  Jever.  Elle  commence  par  pouffer  des 
feuilles^,  d’oiï  il  s’élève  enfuite  une  tige  ou  un 
îu}”aa  far«  nœuds  ; cette  tige  eft  feule  & unique 
dans  la  fève  , comme  dans  le  lupin.  Tous  les  au- 
tres légumes  produifent  pîufîeurs  tiges  , & quel- 
ques- uns  comme  le  cicer  , Yervum  & la  lentille  , 
ont  leur  tige  rameafe  & branchue  : la  fève  feule 
jette  un  bouquet  de  racines.  Les  autres  légumes , 
fans  en  excepter  le  lupin  qui  a le  .plus  de  rapport 
avec  !a  fève  , ne  produifent  qu’une  radnè  fuf- 
culeufe  en  forme  d'un  long  pivot , -Se  c’eft  dans 
le  cicer  que  cette  racine  eft  la  plus  profonde. 
La  fève  eft  en  fleur  durant  ouatante  joifrs , & 
beaiieoup  plus  long-temps  qu’aucun  autre  légume. 

La  gouffe  de  la  fève  eft  greffe  & charnue  , & de 
plus  les  lobes  de  la  femence  font  enfermées  dans 
une  membrane  forte  & épaiffe  , ce  qui  eft.  caufe 
qu  elles  s ecuauffent  faciiement.  =:x 

Lorfque  la  fevs  & les  autres  légumes  fe  fcm 


Fl^ 

élevés  de  terre  à la  hauteur  de  quatre  doigts 
eft  temps  den  extirper  les  mauvaifes  herbes  av»c 
le  ürc loK._  On  excepte  le  iupm  auquel  cette  ml! 
niere^de  larc.er  eft  nuifible  , parce  que  n’ayant 
^ racine  , la  plante  meurt  aufli-tât 
quon  la  coupee^,  ou  qu’on  l’a  feulement  offen- 
ee;  & quand  meme  cet  accident  n’arriveroit  pas 
le  larclage  ne  feroit  pas  moins  inutile  au  lupin  * 
parce  qu'il  eft  le  feul  d’entre  les  légumes  qui  ‘ 
oin  d etre  incommodé  des  mauvaifes  herbes 
ks  raîc  périr-  Beaucoup  de  perfonnes  penfent  qu'il 
ne  ne  faut  pas  farder  les /eW,  parce  que- quand' 
elles  font  parvenues  à leur  maturité  , on  les  ar- 
nche  avec  la  main  , & que  de  cette  manière  ou 
les  fépare  facilement  des  mavaifes  herbes  que  l’on 
^upe  enfuite  pour  faire  du  foin.  Pour  moi , dit 
Cqiumelle  , je  penfe  qu’un  laboureur  eft  îrès- 
blâraabie  de  fouffrir  que  les  herbes  nuifibles  croif- 
fent  dans  fes  grains  ; je  fuis  donc  d’avis  qu’il  far- 
cie les  fèves , & même  jufqu’à  trois  fois  j,  car 
l’expénence  nous  a appris  que  traitées  de  cette- 
manière  , elles  produifent  beaucoup  plus  de  grai- 
nes , que  les  coffes  font  plus  maigres  & plus  min- 
ces , & le  fruit  plus  nourri , & qu’enfin  un  rno- 
dius  de  fèves  écoffées  rempüffent  encore  prefque 
le  modius  après  qu’on  les  a dérobées  & dé,- 
barraffées  de  leurs  peaux»  « 

“ Virgile  veut  quTvant  que  de  femer  Xtsfèvesl 
on  les  faffe  tremper  dans  de  la  lie  d’hmle 
imprégnée  de  nicre  ; il  prétend  que  cette  prépa- 
ration fait  grandir  la  plante  & groflîr  le  fruit  j 
d autres , pour  le  meme  effet , preferivent  de  les 
faire  tremper  durant  trois  jours  dans  de  l’urine; 
C’eft  vers  ie  foiftice  d’été  qu’on  fait  la  récolté 
àts  fèves.  Ce  légume  eft  très-fécond  j on  en  » 
vu  une  tige  chargée  de  cent  graines.  Le  modius 
àt  fèves  pefe  io  livres  ( 15  ) hvres  le  boiffeau  ) ,, 
Sc  rend  trois  motiius  de  farine»  On  dit  que  les 
fèves  & les  autres  légumes  enfermés  avec  de  la 
cendre  dans  des  vafes  de  l’efpèce  de  ceux  qui  fer- 
vent à mettre  de  l’huile , fe  confervent  très-long- 
tensps.  On  a garde  àesfeves  de  cette  manière’ du- 
rant cent  vingt  ans  , qui  étoient  très  bonnes.  ’On 
prétend  au  flî  que  ft  Lon  introduit  dans  là  palpe  des 
fèves  des  graines  de  poireau , de  roquette , de' 
laitue , de  perfti , de  chicorée  ou  de  nafitor 
& qu’on  les  sème  en  cet  état  dans  le  fumier  de 
chevre , ces  plantes,  en  fenourriffant  de  la  fubC-  ' 
t^ce  de  h fève  , viennent  d’une  grandeur  pro- 
digieufe.  Nous  abandonnons  à l’expérience  la 
vérification  de  toutes  ees  irrerveilles  vantées 
par  les  anciens  as  fujet  de  h.  fève,  & nous 
ne  psrlezoïis  point  des  ufages  myliiques  & fu- 
perftitieax  qu  on  en  faifoit  dans  quelques  cé- 
rémonies de  la^  religion  payenne.  Nous  ne  nous 
fommes  propiofés  ici  que  de  faire  voir  que  lî‘ 
fava  des  Romains  , eft  la  fèbe  commune  que  l’on 
connoit  fous  cette  dénomination  fimple'  dans  la 
plupart  despïo.ïin€es,,  & qu’en  appelle  à Park^ 


FEU 

de  marais.  Ge  n"eft  pas  Topinion  du  père 
Hardouin  ^ ni  de  !a  plupart  des  critiques  ; ies 
raiforis  qudis  en  apportent  font,  i°.  que,  fui- 
vant  ie  témoignage  de  quelques  anciens  écrivains , 
îa  fève  des  Romains  étoit  ronde  & très-petite  , 
au  iieu  que  la  nôtre  eft  un  peu  longue  & 
groffe  j 1°.  que  les  anciens  procédoient  aux  fuf- 
frages  avec  la  fève  grecque  ; que  cette  fève  étoit 
naturellement  blancHe  ou  noire  ; que  la  blanche 
fervoît  pour  approuver  ou  pour  abfoudre  , & 
la  noire  pour  exclure  ou  pour  condamner.  » 

_ “ Quant  a la  forme  de  la  fève  des  anciens  ^ 
je  n en  dirai  rien  , n’ayant  pas  vu  lès  autorités 
fur  lefqueües  on  fe  fonde.  A l’égard  de  îa  cou- 
leur , il  ne  faut  que  voir  faire  une  récolte  de 
feves-it-maxzis  pour  s’affurcr  qu’il  y en  a de 
blanches  & de  purpurines  ou  violettes , & que 
ce  font  ces  dernières  que  les  anciens  ont  pu  ap- 
peiler  noires-  La  grolfeur  de  ces  fèves  antiques 
eft  une  queftion  un  peu  plus  embaraffante.  J’ai 
eu  occafion  , en  traitant  des  poids , d’obferver 
que  la  fève  grecque  pefoit  un  fcrupule  ou  vingt- 
quatre  grains  de  bled  , ôc  par  conféquent  environ 
21  grains  du  poids  de  Pans-  Mais  qu’eft-ce  que 
la  fève  grecque  î Pline  ( lib.  XVI,  cap.  50  ; & 
iîb.  XXlV , cap.  2.  ) appelle  faha  grs.ca  le  lotos  , 
dont  le  fruit  à noyau , femblabie  a la  cerife  , & 
délicieux  à manger  , eft  aftringent.  Nous  avons 
également  obfervé  que  la  fève  d'Egypte  & de 
Syrie  étoit  égale  en  poids  à la  drachme  Afia- 
tique  J c’eft- à-dire  ^ à environ  44  grains  du 
poids  de  Paris  , & que  notre  fève  de  marais 
fans  être  choifie  ^ étoit  de  41  grains.  Ces  deux 
poids  diffèrent  peu  l’un  de  l’autre.  Mais  par 
fève  d’Egypte  & de  Syrie  on  entend  une  autre 
produâion  : voyons  ce  que  c’eft.  Pline  ( îib. 
XIII,  cap.  17.  y S}  lia.  XVIII  , cap.  î2.  ) dit 
que  l’Egypte  produit  une  efpèce  de  feve  qui  a îa 
tige  -molle  , groffe  & épineufe  , fans  noeuds  , 
haute  de  quatre  coudées  j elle  eft  furmontée  d’un 
fruit  de  couleur  de  rofe  , femblabie  à celui  du 
pavot  J mais  découpé  différemment , dans  leq'uel 
il  y a au  plus  trente  grains  fembiables  à des 
grains  de  millet.  L’auteur  dit  d’abord  qu’on  fait 
pourrir  ces  fèves  par  monceaux  , ëc  qu’enfuite 
on  en  fépare  par  des  lotions  , les  graines  dont 
en  fait  du  pain , puis  il  dit  ailleurs  que  ce  fruit 
eft  amer  , même  à l’odeur , & femble  infinuer  que 
fes  graines  ne  font  point  bonnes  à manger  j mais 
que  fa  racine , qui  reffembie  à celle  du  refeau  , 
eft  fort  bonne  , crue  , & encore  meilleure,  cuite. 
Peut-on  croire  que  les  Médecins  anciens  ayant 
choifi  cette  efpèce  de  putamen  petur  régler  leurs 
poids  ? N’auroient-ife  pas  dû  préférer  les  graines 
eu’iis  contenoit  , &qui  devoieat  être  plus  égales? 
Au  refte  , je  parle  d’une  chofe  que  je  ne  connois 
que  fur  le  rapport  d’autrui  , & je  puis  me  trom- 
per ; mais  la  deferiptioa  de  la  fève  commune  des 
ancieivs  , telis  que  je  l’ai  expoféç  d’après  leurs 


feu  ssi 

témoignages  , me  paroît  fuîSfante  pour  prouver 
que  c’étoic  notre  Jéve  ie  marais.  » 

Fivr  d'Egypte  , ancien  poids  de  l’Afîe  & de 
® Egypte.  Voyez  ci-dtffus  & l’article  sRyscujcs  „ 
& l'article  lotus. 

: , FEUILLE  à la  main  de  quelques  figures.  Voyeur 
Eventail.  ^ 

Feuille  ( donner  la  ) aux  pierres  précieufes. 

Winckelmann  parle  dans  fa  defeription  des  pier- 
: res  gravées  de  Stofeh,  d’une  belle  tête  de  Pom- 
pée , gravée  fur  une  cornaline.  La  tranfparence 
& le  feu  de  cette  pierre  la  faifoient  prendre  pour 
un  rubis.  Elle  étoit  montée  dans  un  anneau  d’or  ; 
& ronobftant  fa  beauté  on  y avoir  mis  la  feuilla 
qui  étoit  d or  pur.  Les  anciens  mettoient  \a.feuilLe 
à plufieurs  pierres,  comme  ledit  Pline  : Funda. 
includuntur  perfpicu&j  cateris  fubjicitur  aurickalcum- 
( lib.  XXXVII,  CUp.  12.) 

Feuille  ( Numifm  ).  On  voit  pour  type  une 
feuille  fur  les  médailles  de  Maronée  du  Pélopoa- 
néfe. 

Feuilles  ( diplomatiques  ). 

Qu’on  ait  autrefois  écrit  fur  les  feuilles  de 
palmier  , & meme  de  certaines  mauves  ; nous 
en  avons  pour  garans  Pline  Thiftorien  & faine 
Ifidore  de  Seville  , qui  uonne  à fon  tour  pour  le 
ften  , Ciana  , dont  il  rapporte  ces  deux  vers  ; 

Levis  in  ariduîo  malvcs  deferipta  libella 
Trufiacâ  vexi  munera  naviculd. 

Tout  le  monde  fait  en  quels  termes  Virgile 
parle  des  feuilles  , fur  lefquelles  L Sybille  arran- 
geoit  fes  vers.  Les  Syraeufains  & les  Athéniens 
remarquoient-ils  parmi  leurs  concitoyens  quel- 
qu’un , dont  la  puiffance  pouveit  alarmer  leur 
liberté  , iis  ne  baiançoient  pas  à la  facrifier  à leur 
jaloufie  : ils  condamnoier.t  à l’exil  , en  mettant  fon 
nom  par  écrit , les  p-i-emiers  fur  des  feuilles  d’o- 
livier , 8c  les  féconds  fur  des  écailles  d’huirre. 
De  là  rOftracifme  lî  fameux  dans  Thiftoue.  Les 
feuilles  d’arbres  , dont  les  anciens  fe  fervoienr 
pour  écrire  , n’ont  rien  de  conaparable  avec  cel- 
les du  Macarequeau  , dent  on  ufe  en  guife  de 
papier , dans  quelques  contrées  des  Indes  Orien- 
tales. Celles  ci  ont  plus  d’une  toife  de  long  , fur 
un  pied  de  large. 

« L’examen  attentif  des  recueils  de  Reinafios 
33  & de  Fabretti  a convaincu  l’abbé  Lebeuf,  eue 
r>  les  feuilles  ( qui  fe  voie.nt  à côré  desügnes  dans 
» les  anciennes  épitaphes),  doivent  être  pufes^ 
33  pour  (les  omemens  employés  par  les  graveurs. 
33  c’étoient  les  feuilles  de  quelque  arbriffeau  , qva 


« 


■662  F E V 

» avoit  rapport  à la  fépulture.  Fabrefti  a donné 
« des  coDies  d’infcnptions , ou  1 on  voit  cl^ire- 

ment  lîn  branche  oe  palm'.er  ou  cl  oiivier  avec 
« le  fruit  & les  fiuUles  , lynibole  de  1 immorta- 
» iité  que  les  chrétiens  attendent.  Grégoire  ue 
» Tours  obferve  que  queiqueîois  on  couvroit 
M de  feuilles  de  lauriers  ie  fond  des  cercueils. 
» Celles  des  autres  arbriffeaux  ^ qui  conleiverit 
» auflî  leur  verdure  , comme  les  palmiers  , i o- 
« Ibier,  !e  cvDrès,  ie  iièreontpu  fervir.au  me- 
« me  ufage  , & dès-iors  être  repreientees  a 1 ex- 
35  téi-i^  ur  du  tombeau.  ” L lafcription  iepulcraie 
ce  Gordien  , mort  pour  la  for  , eit  renmnee 
par  une  branche  de  palmier  , fymboie  ce  la  vic- 
toire se  de  la  faiiireté.  Ün  commençoir  a:  i oa 
termrnoit  afléz  fouvent  les  épirapnes  par  des 
croix,  en  mémoire  de  J.  C.  crutiiié  pour  notre 
faiut.  Si  toutes  ces  marques  font  des  ornemens  ; 
ce  -font  auiil  de  véritables  points  employés  par 
les  artiites  pour  termine:  U difcom^s.  Dans  la 
tapiiietie  deBayeux  ^ où  la  conquête  d Angleterre 
par  le  Duc  de  Normandie  eit  repiélentee  , 
cc  une  partie  elt  feparée  de  la  fuivante  p^r  de 
33,  grandes  branches. , qui  s’élèvent  du  .bas  juf- 
33  qu'en  haut , & qui  marquent  qu’une  aCcion  va 
33  commencer.  Cela*  s’obferve  aufü  dans  les  co- 
33  lones  Trajane  & Anconine , Ôc  dans  c autres 
33  grands  bas-reüefs  ou  quand  une  action  a fini , 
•3  & qu'on  en  va  recommencer  une  autre , un 
33  arbre  qui  s'élève  au  milieu  fait  la  feparation 
5»  des  deux.  » ( Nouvelle  Diplomatique.  ) 

FÉVPJER.  Les  anciens,  qui  perfonniSoient  tout, 
ont  auffi  perfonnifié  les  mois,  thner  eft  repréfenté 
dans  Tancien  calendrier , publie  par  Lamoecius , 
par  une  femme  vêtue  d'une  feule  tunique  , 
relevée  par  une  ceinture.  Elle  rient  entre  fes 
mains  une  canne  : cet  oifeau  aquatique  mar- 
que que  c'eft  un  mois  pluvieux  j ce  ^qui  eft 
aulïi  défigné  par  une  urne  repréfemée  en  l'air  au- 
près d'elle , qui  verfe  de  l’eau  en  abondance.  Aux 
pieds  de  la  femme  elf  d'an  côté  un  héron^,  oi- 
feaa  qui  aime  les  eaux  & 'es  marais  ; &'de  l'autre 
un  poifibn.  Tout-cela  revient  au  même- ^C.’eil:  le 
mois  des  pluies , fur-tout  à Pmme  , où  l'hiver  ell 
plus  court  qU'en  nos  climats.  Aufonne  a fait  1er 
cette  image  quatre  vers  , dont  le  fens  efi:  tel  : 
c'eil:  ce  mois  vêtu  de  bleu,  dont  l’habit  elt  relevé 
par  une  ceinture  , où  l'on  prend  ces  oifeaax  qui 
aiment  les  lacs  & les  lieux  marécageux  , où  la 
p>iuie  tombe  en  abondance  , & ou  1 on  fiait  les 
expiations  qu'on  appelle  fehrua.  L'abondance  des 
eaux  qui  tombent  pendant  ce  mois  , l'avoit  fait 
confacrer  à Neptune. 

En  ce  mois,  on  célébroit  les  jeux  génialiques, 
le  II  ; les  lupercales  , le  ly  ; les  quirinaîes , le 
ly  ; les  fornacales  & les  céréales  , le  i8  & le 
ZI  ; les  carifiies,  le  z'z  ; les  terminales,  le  Z3  ; 
i-es  fugales , Is  2,4  j & les  équiries  , le  zy.  Mais 


PEU 


on  n’ofoit  célébrer  les  noces  pendant  le  mois  dç 
février,  ce  peur  de  les  rendre  malheurcules  ; cat 
ce  mois  etoit  remarquable  par  le  facritice  d'ex- 
oiation  februalia  que  l'on  oftroit  aux  maires.  Ovide 
a chanté  cette  opinio.n  dans  fes  taftes  (II.  yj;.) 
& il  ajoute  : 

Conde  tuas  hymenæe  faces  , & at  igrâhus  atris 
Aufer , habent  alias  mœftafep niera facest 

FEUTRE.  Pline  le  naturaldle  tious  apprend 
( dans  le  livre  Yiil  T chap.  48.  ) que  ks  anciens 
favüient  préparer  le  feutre , pour  en  faire  divers 
meubles  ; ils  y erapioyoïenr  la  lame  courte  : il 
ajoute  que  dans  la  fabrication  1 ouvrier  imbiba 
fes  feutres  de  vinaigre  , pour  lors  iis  devien- 
nent très -dors  ' & impénétrables,  aux  coups 
d’épée.  Dans  les  peintures  d'Hérculanum , on 
voit  des  hommes  qui  portent  fur  la  tête  des  cha- 
peaux qui  paroiflent  être  de  feutre  , & fembiabies 
aux  nôtres. 

Céfar  ( Bell,  civil.  III.M-  ) manteaux 

dt  feutre,  ex  fuécoaciis  ^ que  portoient  ks  fo.dats 
pour  fe  garantir  des  traits,  & il.  ks  joint  aux 
manteaux 'de'"  cuir  & d autre  lubftance  p.us  dure 
que  les  étoftts’  ordinaires.  Les  tartares  portent 
encore  des  manteaux  de  feutre  impénétrables  a 
Leau  ; ils  enveloppent  leurs  tentes  ou  cabanes 
avec  des  couvertures  de  lemblabie  matière. 

Les  romains  appelloient  les  manteaux  dt  feutre , 
coaciilia.  Il  eft  fait  mention  dans  Capitolin  ( P ertin. 
c.  3.  ),  d'une  manufacture  de  feutre  , taberna 
coaéhiliaria.  Les  ouvriers  de  ces  manuiaûtures 
étoient  appelles  coachliarii  , & les  ancieiines^inf- 
criptions  nous  ont  confetvé  le  nom  d’un  d'en-, 
tr'euxj  M.  L Lariscüs  lanarius  coacti- 

LIARIUS. 

Ferrari  ( de  re  vefî.  anal.  cap.  XIII.  ) penfe  que 
la  tunique  fans  couture,  dont  il  eft  parlé  dans  les 
évangéiiftes  , étoic  de  /eiiz-re.— -Cafaubon  ( exerc. 
ai  annal.  Baron.  XVI.  84.  ) croit  que  le  des 
grecs  doit  être  toujours  traduit  par  bonnet  ou 
chapeau  de  feutre  5 les  ouvriers  qui  les  fabri- 
quoient  en  avoiear  pris  leur  nom,  'nixordti.. 


FEUX  de  Caftor  & Pollux.  On  appeîlort  amfî 
mtrefois  ces/^ex  électriques  qui  paroiflent  fou- 
lent fur  la  mer  dans  les  temps  d'orage.  On  dit 
me  les  Argonautes  , dans  leur  voyage  en  Loi- 
;hide  , effuyèrent  une  tempête  , penaapt^la. 
nielle  on  vit  deax  feux  vokig.er  autour  de  la  tere 
les  deux  diofeures  un  moment  apres  '“if" 
-elfa.  On  resarda  depuis  ces  feux , comme  -s 
viiv-  de  Cafto^r  & Pollux.  Lorfqu'ou  en  voyoi 
ieux  à la  fois , c'étoit  une  marque  ck  beau  t ■ u • 
Lorfau'il  n'en  paroifiott  qu'un , 
termin  d'une  prochaine  tempete  ; & amr 
voquûk  le  recours  de  ces  deux  héros.  Les  ma... 


I B 

lots  or.t  encore  la  même  opln'oa  fur  îe  préfage 
de  ces  deux  feux  ; & tout  ce  qu"on  a fait  en 
faveur  de  la  religion  chrétienne  , c’elt-  qu’on  a 
changé  leurs  noms , & nu’ on  les  aopelle  auiour- 
d’hui  les  feux  de  faine  Èlme  & de  faint  jSicolas. 

FEUX  de  joie.  Voyeii^  Feu. 

FIANÇAILLES  , promeffe  réciproque  de  ma- 
riage futur. 

Les  latins  ont  employé  ces  mots^  fpondeo  , 
fponfalia.  Plaute  s’en  eft  fervi  plufieurs  t^is.  Cn 
lit  dans  l'aululaire  : 

M.  Quid  nunc  etiam  defpondes  miki  filiam  ? 

E.  mis  legzbus  J cum  ilia  dote  quam  tibi  dixi. 

M.  Spondere  ergo. 

£.  Spondeo. 

De  même,  Térence , dans  fa  première  fcène 
de  l’ Ahdrienne  : 

Hâc  famâ  impulfus  chremes 

TJltro  ad  me  venu  , unîcam  gnatam  fuam 

Cum  dote  fimmâ  filio  uxorem  ut  daret  : 

Vlacuit  , defpondi  , hic  nuptiis  diSus  efl  dits. 

■ FIBULE.  Les  antiquaires  ont  fait  pafTer  ce  mot 
dans  notre  langue , pour  défigner  un  bouton  , 
une  boucle , ou  une  agraffe.  On  en  trouve  dans 
les  colkétions  des  miJiers  qui  font  prefque  toutes 
travaillées  fur  un  deflin  différent.  Ces  deffins  , 
comme  ceux  de  tous  les  meubles  ou  uilenfiles  des 
anciens  , repréfentent  toujours  quelques  animaux , 
ou  quelques  parties  du  corps  des  animaux  , ou  des 
lyres  ou  enfin  quelque  objet  étranger  à la  def- 
tination  àss  fibules. 

* La  plupart  des  fibules  ont  fervi  à agraffer  les 
chlamydes  , les  paiudamentiim , les  ceintures  & 
les  baudriers  des  hommes,  ou  les  tuniques  des 
femmes , les  palla  des  femmes , des  comédiens 
& des  mufîciens.  Ce  font  les  propres  paroles 

\ XXIX.  p.)  d’Hîdore Quod  pecias 

feminarum  ornât  , vel  pallium,  virorum  in  kumeris  , 
chigulam  in  lumbis  firmat.  I!  y avoir  Aca  fibules 
d’un  ufage  p'us  ordinaire  que  les  autres  j c’étoisnt 
celles  avec  lefque'ies  les  femmes  ho.ent  rnn  à 
r.iutre  , fur  les  épaules  auprès  du  ccL  le  devant 
8e  1;  derrière  de  leur  tunique.  Lerfque  les  deux 
fibules  ou  boutons  affujettiiToient  les  deux  parties 
de  la  tunique  , le  fein  éroit  entièrement  couvert  ; 
& l’on  n’en  pouvoit  lailTer  appercevo  r une  partie 
qu’en  n’atti^hant  qu’une  feule  fijul:.  On  peut 
s’en  convaincre  en  ietrant  un  coup  d’œil  fur  les 
ftatues  de  femmes  habillées  ,&  en' particaher  fur 
la  Flore  Farnèfe,  fur  les  amazones  du  caoitole, 
fur  la  orétendue  Ciêopatre  -ue  la  'viüa  Aiattéi» 


Fie 

^c.  Lorfque  les  côtés  de  la  tunique  , ou  de 
l’habit  de  defîus , defeendent  fur  les  braS,  fans 
former  <Ls  manches  proprement  dires,  ces  côtés 
font  ( Jtlian.  Var.  ï i8.  ) affemblés  fur  le  bras 
par  pluùeurs  boutons  , ou  fibules  , comme  on  peut 
le  voir  à la  Flore  du  capitole. 

Il  n eft  plus  étonnant  après  cela,  de  voir  un  lî 
grand  r.ombre  àtf.suhs  At  route  force  de  m..inè- 
rcs.  Les  plus  ordinaires  font  de  bronze.  Il  ei't  rare 
d en  voir  d argent.  Le  cabinet  des  médaiiirs  du 
roi renferme  la  fibule  trouvée  dans  le  tombeau 
deChilpéric  à Tournai  ; elle  eft  d’or,  & fa  gran- 
deur (de  fix  à fept  pouces  ) prouve  qu’elle fervoit 
à agraffer  le  manteau  du  prince.  Cette /da/e  d’oc 
rappelle  celles  du  même  métal  que  portoiejit  des 
chevaliers,  des  tribuns,  & qui  éroient  des  lé- 
compenfes  militaires  accordées  par  les  généraux 
(LA.  17.  19.  & 59.  31.  ScPlin.  33,  3"'.) 

La  Chlamyde  d’un  Mercure , que  l’on  voit  à 
Rome  chez  Jenkins  , eft  attachée  avec  nnt  fibule, 
fur  laquelle  paroît  une  tete  de  bélier  gravée. 
Cet  ufage  de  porter  Aes  fibules,  ornées  de  pierres 
gravées  , peut  fervir  à expliquer  le  grand  nombre 
de  ces  pierres  que  l'on  trouve  dans  les  colleétions 
d’antiques. 

_ Le  comte  de  Caylus  a publié  les  defîlns  de 
plufieurs  fabules  dans  fes  recueils  d’a.nt-quités.  On 
en  voit  qui  font  ornées  de  m.édaiilons,  ou  deoor- 
traits  en  relief  d’empereur  & d’impératrices.  Ç’é- 
toient  fans  doute  des  préfens  faits  par  ces  r^r- 
fonnages  auguftes,-  & dont  on  tiroir  vanité. — Dans- 
fon  IV'. Recueil (7/.  iio.  n°.  4.  T,  il  en  a publié 
une  gauloife  extraordinaire  , à l’occafion  de  la- 
quelle il  dit,  ce  malgré  la  quantité  At  fibules  que  l’on 
trouve  dans  les  Gaules,  & dans  les  pays  habités 
par  les  romains  , j’en  ai  peu  rencontré  qui  fuftent 
defiinées , comme  celle  de  ce  numéro , à un 
double,  ufage  ; elle  fervoit  à la  fois  de  fibule  Sc 
de  clef.  Les  deux  afpeéfs  de  ce  petit  monument 
rendent  ces  vérités  fer.fibles  : ce. meuble  n’en  érôic 
pas  plus  lourd  j & la  pecitefte  de  fon  volume 
augmente  lé  mérite  de  fa  confervation  », 

FIBULES  des  chanteurs-.  Imeibuxer, 

Ÿm'uS  Ç Quelques  éci-ivains  ne  faifant  pas 

réflexion  que  le  mot  fie  ne  caraciérife  aucun  genre, 
ni  aucune  efpèce  parcicidîère  de  rumeur,  & que 
c’eft  fimplement  un  nom  de  fimiiitude,  ont  cru 
trouver  dans  une  épigramœe  de  Mania! , une 
preuve  oue  h maladie  vénérienne  exifteit  dans 
l’ancienne  Rome  : 

Cùm  dixi  fiieus  , rides  quaf.  Barbara  reria^ 

Ht  dici  ficos,  Cæciliar.e  , piles. 

Tdictrmis  ficus  quas  feimus  in  arbore  ruifcl ; 
Jùitemusjicos,  Cædlianej  tuos. 


îî  y a apparence  que  ce  Cadlianus  avoît  îe  , 
vifage  défiguré  pat  de  greffes  verrues  ; car  il  n y 
ruroit  eu  aucun  lieu  à la  plaifanterie  fi  ces  tuber- 
cules, euffent  été  dans  une  partie  cachée. 

FICARII.  Foyei  Faunes, 

FICTOR,  ouvrier  qui  fabrique  des  ftatues  & 
des  bas-reliefs  en  terre  cuite , en  grec  îî-Acsrw.  On 
donna  par  extenficn  le  même  nom  à des  boulan- 
gers &c  à des  pâriffiers  qui  faifoient  avec  des  pâtes 
ou  des  gâteaux  des  repréfentations  d'animaux  j 
bœufs  J moutons  J &c,  Varron  ( de  ling.  latin. 
FI.  î.)  dit  exprefféaient,  que  les  faifeurs  de 
gâteaux  étoient  auiïl  appelles  ficlores  , dicii  a fin- 
gendis  libls.  Çette  explication  a fervn  au  dodtc 
Gouthières  , ou  GutheriuSj  à expliquer  ( devet. 
jur  '.  Pontif.  1 1 . 14.  ) p'.ufieurs  inferiptians^  dans 
iefquejies  il  eft  fait  mention  des  Fi  c.tores 
PoNTiFi  eu  M.  Il  y reconnoît  ces  pâtififiers 
qui  fourniffoient  des  vi.climes  fiétives  aux  pauvres. 
Ne  pouvant  offrir  aux  dieux  un  taureau  , les  ci- 
toyens de  la  dernière  ciaffé  leur  offroient  un 
gâteaiirepréfentant  cet  animal.  Servius.,  expliquant 
jcç  vers  du  IV°.  liv.  de  i'Enéïde^ 

Spa'fsrat  &.  latices  fimulatos  fontfs  Avemi. 

ditque  dans  les  facrifices  & dans  le  jargon  ( bizarre  ) 
des  pontifes  ^ .on  donnoit  à des  repréfentations 
les  noms  des'  objets  réels.  C'efi  ainfi  qu'on  lit 
dans  Fcftus  , tauri  ver.bens,qu.e  in  çommentario 
pacrorum  fignificantfida  farinacea.'hAzis  Jufte  Lipfe 
■(  II.  lift.  cap.  X.  ) de  Grævius  penfent,  que  CeS 
ficlores  étoient  ceux  qui  ornoient  les  ftatues  deS 
dieux les  mêmes  peut-être  que  les  exornatqres. 

FIDEj  femme  d'Orion.  Foye-^  Orion. 

FIDELIA , vafe  de  la  fabrique  de  Samos  ( Plaut. 

'AuIllL  If.  X.  I fi)  •. 

Mulfi  conpalern  plenam  tihi  façiam  fideliam. 

FIDÉLITÉ,  Fides,  déeffe  des  romains,  qui 
prëfidpi.t  à' la  bonne  foi  dans  le  commerce  delà 
vie,  & à la 'sûreté  dans  les  promeffes.  Le  fer- 
ment qu'pn  faifoit  par'  eÜp , en  la  prenant  à té- 
moin des  engagemens  qu'on  contracloit  , étoit 
le  plus  inviolable  de  tous  les 'fermens.  C'eft  Numa 
qui  le  premier  bâtit  un  temple  & des  autels  à 
îa  Fidélité.  On  ne  répandoit  point  du  fang  -,  oa 
pe  tuoit  point  d'animaux  dans  fès  ficiifices.  Les 
prêtres  qui  les  célébroient , étoient  en  habits 
blancs,  & on  les  conduToit  avec  beaucoup  de 
pompe  au  lie^  du  faciiSce,  dans  un  char  rond  , 
ayant  tout  le  corps  & les  mains  enveloppés  dans 
îeatsvaftes manteaux.  On  repréfentoirlaPidé/irépar 
deux  mains  qui  fe  joignoienr,  telles  qu’on  les  voit 
fur  pîulleurs  médaiiks , par  exemple , dans  Antpine^ 


dans  Vitellius,  dans  Vefpafien  ,•  Sfc.  avecFzBri- 
EXEB.CITUUM , daiis  Antoine  avec  Fides  præto- 
' RiAXoRuja  , & dans  Hoftilie.n  , avec  Fiozs 
sEtt-iTus.  On  la  repréfentoit  encore  par  une 
figure  debout , tenant  de  la  main  une  patère  , & 
quelquefois  de  l'autre  une  corne  d’abondance; 
comme  dans  V^efpafien,  avec  Fin  es  public  a; 
quelquefois  un  caducée  , fouvent  une  ou  pîufieurs 
aigles  romaines , &ç  pîufieurs  autres  fymboles  ou 
attributs,  comme  on  peut  voir  fur  un  nombre 
infini  dç  médailles , qui  ont  pour  infcriptionfiDz^, 
ou  fidei  Aug.  mutua  , publica  , ou  eautt.  exerciti , 
exercitus  , exercitum  , militum  , prs-torianorum  ^ 
cohortium , legionam.  Quelquefois  avec  ces  inf- 
criptions , on  trouve  deux  figures  qui  joignent  la 
. main  enfemble, 

La  Fidélité  étoit  une  divinité  différente  du  diea 
Fidius.  La  Fidélité  avoir  un  temple  furie  capitole, 
près  de  celui  de  Jupiter.  Silius  Italiçus  dit  quelle 
étoit  au  monde  avant  Jupiter.  Denys  d'FIalicar- 
naffe  (Hb.  II.  ),  Tite  Live  & Pliitarque.difenc 
que  ce  fut  Numa  qui  lui  érigea  le  temple  dont 
nous  avons  parlé  : mais,  Cicéron  au  IP.  liv, 

. de  nat.  deor.  affure  qu'il  lui  fut  dédié  par  Atti- 
lius  Calatinus  , c'eil-à-dire  qu'il  le  rétablît.  Mais 
l’hiftorien  de  Cyfique,  Agathocle  , remontoit 
plus  haut,  & prétepdoit  au  rapport  de ^Fefius 
Pompéius  , que  c'étoit  Roma  , fi. le  d’Enée  , qui 
la  première  bâtit  un  temple  à la  Fidélité ^ 
l'établiffement  de  fon  père  en  Italie. 

FIDES  , dea.  Foyei  FïCÉLîtÉ. 

Fihes  , & au  génitifErn.’-^,  étoit , fuivant  Fefius,. 
une  efpcce  de  cithare  , ainfi  nommée  , parce  que 
tantum  inter  fe  chqrds.  ejus  , quantum  inter  fides 
homines , conçordabant.  S tl  faut  juger  ess  temps 
reculés  par  les  nôtres , cet  inftrament  devoir  être 
( bien  difeordant. 

• 

EIDICUEÆ,  nom  générique  de  l'infirument 
‘ de  fupphce  appelle  autrement  equuleus  , & nom 
particulier  des  cordes  qui  fervoient  à y tourmenter 
la  criminel,  en  lui  étendant  les  membres  avec 
violenc.e,  comme  font  tendues  les  cordes, &' 
fidiculd.,  d'un  inftr.um.ent. 

FIDIUS  , dieu  dg  la  bonne- foi , ou  de  la  fide- 
lité, par  lequel  on  juroit  chez,  les  romains,  en 
difanî  me  deus  Fidius  , & e'n  fous-entgndant  edr 
juvet  : que  le  dieu  Fidus  me  foit  fayorable. 

L’abbé  Maffieu  ( Mém.  de  ï Acad,  des  Belles-^ 
Fettres , tpm.  I,  ) a recueil!’!  des  détails  inftrue- 
tifs  fur'  le  dieu  Fidius,  que  nous  allons  extraire 
ici.  Tout  ce  eu' oH  fait  de  plus  certa;;!  [px  Fidius , 
c'eft  qu'il  préfidoit  à la  religion  des  contrats  & 
des  fermens  : du  refte  on  lencre  fa  véritable  ^gé- 
néalogie , la  force  de  ces  différens  noms  , &:  meme 
S mmiés  fe  doi.M. 


F î D 


FIE 


â^Halfcarnsffe  femble  confondre  le  dieu  F:dius 
avec  Jupiter  ; car  en  plufieurs  endroits  où  il  eir 
obligé  de  traduire  le  dieu  Fidius  des  romains  , li 
îe  rend  par  le  ^vjs  des  grecs.  Mais  il  ell 

abandonné  fur  ce  point  par  tout  ce  qubl  y a de 
meilleurs  critiques, 

La  plupart  croient  que  ce  dieu  étoit  le  même 
qu'Hercu'.e,  & que  ces  deux  mots,  dius  Fidius, 
ne  lignifient  autre  chofe  que  Jovis  films.  Nos  an- 
ciens , dit  Feftus , fe  fervoient  fcuvent  de  la  let- 
tre d au  lieu  de  la  lettre  /,  & difoient  Fidzus  au 
lieu  dejî/faj  c'étoit  auflî  le  fentiment  d’Élius, 
au  rapport  de  Varron. 

Quelques-uns  prennent  ce  dieu  pour  Janus, 
d'autres  pour  Sylvain  , dieu  des  forêts  : ceux^qui 
prétendent  avoir  le  plus  approfondi  cette  matière, 
foutiennent  après  Laétance , que  c'étott  un  dieu 

étranger,  & que  les  romains  l’avoient  emprunté 

des  fabins.  Ils  lui  donnent  une  naiffance  miracu-  ‘ 
leufe,  qui,  dès  ce  temps  même  de  fuperftiîion , 
parut  fort  équivoque  & fort  fufpeâie. 

Les  fentimens  ne  font  pas  moins  partages  fur 
les  noms  de  ce  dieu  que  fur  fon  origine.  Les 
trois  noms  qu'on  lui  donnoit  le  plus  commu- 
nément J étoient  ceux  de  Sancus  , de  Filius  , & 
de  Fidius  , & de  femi-vater. 

C’til:  encore  un  nouveau  fujet  de  difpute  entre 
les  favans,  que  de  déterminer  la  manière  dont 
en  doit  lire  ces  trois  noms  ; car  ils  ne  s'accor- 
dent que  touchant  Fidius  , & font  très  - divifés 
au  fujet  de  Sancus  & de  [emi-pater.  En  effet  , à 
l’égard  du  premier  nom  , les  uns  tiennent  pour 
Sancus  , les  autres  pour  Sangus  , & d’autres  pour 
SanBus , & ceux  ci  concluent  que  ce  dieu  étoit 
le  même  qu’Hercule.  Quant  au  dernier^  nom , 
les  uns  lifent  femi-pater , & par  ce  mot  n enten- 
dent autre  chofe  que  demi-dieu  j les  autres  femi- 
caper , dans  la  perfuafion  où  ils  font  que  dius 
droit  le  même  que  Sylvain,  qui,  comme  tou- 
tes les  divinités  champêtres,  avoir  des  p'^eds  de  chè- 
vre : enfin,  la  plupart  \'&x\Kfiemo-pater,  c eft-a-dire, 
dieu  mitoyen , dieu  qui  faifoit  fon  féjour  dans 
l’air,  n’étant  pas  affez  éminent  pour  être  dieu  du 
ciel , & l’étant  trop  pour  être  fimple  dieu  de  la 
terre. 

Mais  ce  qui  rend  le  choix  difficile  entre  tant 
d’opinions,  c’eft  que  chacun  des  auteurs  qui  les 
foutiennent  a fes  autorités,  & que  dans  ce  grand 
nombre  de  diverfes  leçons,  il  n’y  en  a point  qui 
ne  foit  fondée  fur  de  vieux  manuferits , fur  d’an- 
ciennes inferiptions. 

Au  refte,  fi  nous  en  croyons  des  critiques  dignes 
de  foi , la  reffembiance  qui  fe  trouve  entre  les  mots 
femo  & fimo  , fît  tomber  S.  Juftin  ie  martyr  dans 
une  grande  erreur;  ce  père  grec,  mal  irftruit  de 
ce  qui  regardoit  la  langue  & les  nfages  ces  ro-. 
îaains,  s’imagina  fur  quelques  infcnpticns  deyr/stt- 

Aniiquïtés  , Tome  11» 


fancus , qu’il  s’agiiToit  dans  c?s  fo'tes  ae  monu- 
mens  de  Simon  ïe  magicien  : de  forte  que  , dans 
cette  idée  , il  aceufa  les  romains  de  n avo-r  point 
ce  honte  d’admett-e  narnu  leurs  dieux  un  impof- 
teur  avéré  ; & cette  méprife  de  Jullin,  martyr, 
paffa  dans  les  écrits  de  plufieurs  autres  peres  de 
i’égiife,  dit  l abbé  Maffieu. 


Si  jamais  un  dieu  mérita  des  temp'es  , c efi;  .e 
dieu  Fidius  fi-aXiSi  en  avoit-il  plufieurs  à Rome  : 
i’un  dans  la  treizième  région  de  la  ville  ; un  autre 
qui  étoit  appeîié  sdes  dii  Fidn  fponfons  , temp.e 
du  dieu  Fidius  fponfor  , c’eÜ-a-dire  , garant  des 
promejfes  ; & un  troilieme  fitue  fur  le  mort  Qu.- 
rinal , où  l’on  célébroit  la  fête  de  ce  dieu  , le 
P Juin  dî  chaque  année.  Ovide  du  au  imet  ue 
ce  dentier  temple  , qu’il  étoit  l’ouvrage  dc-sfibit^. 
CFaft  lib.  IV.  v.ziy.)  Denys  d'Halvcamaffe 
atTure  au  contraire  pofitiveir.ent , que^  J arquin- 
le-Superbe  l’avoit  bâti  ; & qu’enyiron  quarante 
ans  après  la  mort  de  ce  roi  , SpuriusEoü-numius 
étant  conful , en  fit  la  dédicace. 


Mais  , fans  examiner  cui  a raifon  du  poete  ou 
de  l’hiftorien  , & fans  chercher  à les  concilier, 
il  eft  toujours  certain  que  quel  que  fût  le  dieu 
Fidius  , ou  Jupiter  , vengeur  des  faux  fermées  , 
ou  Hercule  fon  fils  , ou  tout  autre  , & de  que  eue 
manière  qu’on  l’appeliât,  ce  dieu  préfi doit  a la 
fainteté  des  engagemens.  Cn  kii  dennotr  par 
cette  raifon , pour  compagnie I hrnneur  & la 
vérité.  Un  ancien  marbre,  qui  ex-fle  encore  a 
Rome  , en  fait  foi;  il  repréfente  d’un  cote  , fous 
une  efpèce  de  pavillon  , un  homme  vetu  a la 
romaine,  auprès  duquel  eft  écrit ^honor,  de 
l’autre  côté  une  femme  couronnée  de  Luner  , 
avec  cette  inferiptien  , veritas  ; ces  deux  figures 
fe  touchent  dans  la  main;  au  milieu  dclks  eft 
repréfenté  un  jeune  garçon  d’une  belle  figure 
au-deffous  on  lit,  dius  Fidius.  \ oila  une  idee 
bien  noble  & bien  jufte  ! ne  feroit-elle  gravee 
que  fur  le  marbre? 

Au  refte , la  Fidélité  étoit  une  divinité  diffe'- 
rente  du  dieu  Fidius , ou  , pour  mieux  dire  ,, 
les  romains  avoient  un  dieu  & une  cleefie  cm 
oréfidoient  à la  bonne  Roi  , à b surete  ces  enpa- 
gemens  & des  promtiTïS.  V oye^  Fii^blite.  {Art. 
du  chevalier  de  Jaucourt.') 

FIEL.  Plutarque  ( de  vrscept.  conjug.  ) nov.% 
apprend  eue  dans  les  facrifices  offerts  par  les 
nouveaux  époux  à 3 -ancrx  P ronuha  , on  arracoO;, 
lejîc/.dcs  viélimes,  & qu’on  le  jettoit  loin  dna 
temple  , pour  apprendre  aux  jeunes  epeux ou  il 
ne  devoir  y avoir  jamais  de  colère , ni  d’aigreur 
entr’eux. 


VRE  , Febris.  Les  romains  firent  de  h 
jne  dlelTe  , & l’honorèrent  pour  l’engager 
L'gili  iGOÛiS  , cc-ouiiv  dit  Valère-L,  -xime. 


666 


FIG 


(I  11  c V n.^  6-)  Il  y avoit  à Rome  pîufieurs  tem-  ' 
p'es  dédiéU  & au  temps  de  cet  auteur  , 

c’eil-à-diie.  fous  Auguite  & Tsuere  . troîs  .ubff- 
îoient  encore A'un  fur  le  mont  Paiatm,  l autre  d^< 
la  olace  des  monumens  deivlarius,  & le  troifieii.e 
au  haut  de  la  rue  longue.  On  y portoit  les  reme- 
des  qui  dévoient  être  appliqués  lur  ;es  corps  - 
malades.  Au  relie,  cela  1er  voir  plus fclon  la 
remarque  de  Va^ère  lui 'tr.ême  . à guenr  1 e.put 
& rinquiétude.  quà  guénr  le  corps;  & ces  an- 
ciens romains , qui  mirent  Ufievre  entre  les  dieux, 
durent  leur  fanté  bien  plus  à leur  frugajite  . qu  a 
îa  protection  de  la  déelTe  Fâvre.  Cicéron  ( de 
nJura  aeor.  L III.  p.  63.)  parle  du  premier  de 
pes  temples.  & trouve  une  erreur  intoierau.e_  a 
'mettre  'des  chofes  pernicieiues  su  nombre  oes 
d'eux.  Voyez  encore  fur  ce  fu;et  lune.  1.  üi- 
c -VIT.  Él  en  , 1.  XII.  c.  XI.  St.  Auguftin  de  la 
cité  de  Disu.i.IV.  c.XXIII.pn  htdans  Gruter 
une  infcription  trouvée  en  Traniylvanie.  qui  dt>nne 
à la  fievre  les  noms  de  déeffe . de  fainte  & de 
grande  : 

PEBRI  I>IV  Æ.  F E B B.  I 
SANCTÆ.  îEBRI  MAGKÆ 

cakii^ba  amata  pro 
FIEIO  K A LE  AFPE  CTO  P. 

Les  anciens  difoient  que  la  Fievre  quarte  étoit 
fille  de  Saturne  . parce  que  la  planète  de  Saturne 
paffoiî  pour  être  fro!de_  & seche  ; parce  qu  us 
croyoient  quelle  dominoit  fur  la  bile  & la  mélan- 
colie , quils  regardoient  comme  les  cauies  de 
cette  fievre. 

FIGUES . caries..  Voyei  ÉtreNNSS. 

FIGUIER.  Paufanias  rapporte  que  Gérés  vou- 
lant récompenfer  Ph-,  talus,  athénien  > de  ce  qu  il 
avoit  exercé  envers  elle  Ihofpûalité . Im  fit  prefenr 
d’un  dont  on  fe  Servit  pour  faire  toutes 

les  plantations  de  Tx^ttique.  Les  anciens  gre^-s 
difoient  par  piété  : « la  jigue  etl  chez  nous  un 
préfenï  des  dieux  , l’on  ne  don  pas  etre^torne 
quelle  y Gît  excellente , & quelle  y puuie  tenir 
lieu  de  toute  autre  efpcce  d’aliment  ».  Les  anciens 
îiourrilToier;t  leurs  aih'èies  avec  da figues  seches. 
Le  figuier  étsît  confacré  à Mercure.  Les  cyre- 
neeus  . pendant  les  jours  de  fête,  couronnoient 
de  figues  nnchts  les  ftatues  des  dieux,  fur-tcut 
celle  de  Saturne  , parce  qu’il  leur  avoir  enleigne 
rAarirulture  . i’art  de  greffer  , en  un  mot . tous 
Ls  arts  qui  faifoient  la  richeiie  de  leur  pays.  Le^ 
îaeédémoniens  feutenoient  que  Bacchus 
planté  le  ptemhi  figuier  de  \tnt  territoire.  Lai  S 
P fie  de  Naxos , on  faifoiî  les  ftatues  oe  Bacchus 
d’un  fep  de  vigne,  ou  d’un  tronc  de  figuier  : 
il  paroît  cependant  par  deux  vers  d’Horace , que 


FIL 

le  bols  de  figuier  étoit  méprifé  de  fon  temps . & 
que  l’on  ne  s’en  lsrv,it  que  pour  fane  des  bancs 
ou  des  ftatues  de  Pnape.  Il  eil  peu  de  perfonnes 
qui  ignoieut  l’allégorie  fatyrique  des  vers  fuivans; 

Clim  trancus  eram  ficulnus  inutile  lignum , ^ 

Cutn  fû-her  incertuftie  deurn.  Jacerettio  Pviapuîïi 


Horus  Apollo.  prêtre  égyptien.  & Piénus 
Vslérian  , dans  fes  hiéroglyphes,  nous  donnent  de 
longs  détails  fur  l’ufage  allégorique  du  figuier 
parmi  les  anciens  : par  exemple , lorfeue  Ton  fe 
prép«roit  à ua  voyage  on  mettoit  au  devant  uS 
fa  porte  des  branciies  de  figuier  ^ on  les  regar- 
doi’-  même  comme  un  préfage  de  l'heureux  retour. 
Dans  les  myllèves  dlfis  & ûOfivis.  Gs  perfonnes 
qui  dévoient  porter  fur  leur  tete  les  vaies  p.euiS 
d'eau , ou  les  corbeilles  facrées . croient  obligées 
de  fe  faire  une  couronne  de  feuilles  de  f-guzer , 
entortillées  pour  fupporter  ks  vates-  Les  teudles 
du  fi.guier  éto’lenc  î'embiême  des  termes  aeA?  ioG 
qui  cachent  & couvrent  le  îruit . c eit-a  dire  , 
l’eu  rit  : elles  étoient  également  1 hierogiypne  . 
ou  l’emblème  de  la  génération  prompte  & abon- 
dante : elles  défignoient  uu  roi  , eu  le  cumat 
mindiorral,  ou  le  pôle  arctique . ou  là  volupté, 
& ia  vie  douce  & oifive.  Les  etrufques  difoient 
que  voir  en  fonge  un  figuier  . c’étoit  un  préfage 
des  biens  qui  devoient  arriver. 

On  en  portoit  dans' des  corbeilles  aux  fêtes  ds 
Bacchus. 

- Elis  étoient  offertes  en  facrifice  d’expiation  par 
les  villes  affligées  de  la  pefte . ou  d autres 
maladies  épidémiques. 

Figuier  de  Natius;  jîguier  que  Téarquin- 
le-Vieux  fit  planter  à Rome  dans  ie  comice  , ou 
1 augure  Accius  Navius  avoit  coupe  en  deux  une 
P erre  à aiguifer  avec  un  rafoir-  U v avoir  un 
préjugé  populaire  . que  le  deftin  de  Rome  etoïc 
attaché  à cet  arbre.  & que  la  vihe  durero  t 
autant  que  le  figuier.  Quelques-uns  confonaeju  le 
f^cus  l^vii . on  figuier  d'Accius  iNavms.  avec  le 

ficus  ruminalis,  oü  figuier  ruminai  ; mais  celu 

étoit  l’arbre  fous  lequel  on  d^ouvm  ^ \ . 

allaitoit  Rémus  X’  Romulus.  Cet  arbre  fut  fac  e , 
il  dura  très-long-temps . & ion  prit  fa  cbui 
pour  un  mauvais  augure. 

FIGULINA.  Voyei  Potier  ( l’art  du). 

FIGULUS  J furnom  de  la  famille  MarciA. 

FILÉPIQUE  Sardanes. 

Fizepicus  Aucustüs  Bardanss, 

Ses  médailles  font  : 

RR.  en  or. 

O.  en  argent . X en  B. 


F I L 

On  Ht  fur  fes  médailles  le  nom  de  Filepicus , 
Zc  non  pas  Pkilzppicus  ^ comme  les  auteurs  mo- 
dernes rappellent. 

FILER.  Tertu'Hen  ( depallio , cap.  III.  ) femble 
attribuer  à Mercure  [ invention  de  l’art  de  filer 
la  laine. 

FILET,  coëffure. 

Cette  coëffure,  la  rite  en  italien,  & le  réfil  en 
efpagnol,  eft  encore  en  ufage  en  Italie,  en  Ef- 
pagne , en  Provence.  On  la  trouve  fur  des  mé- 
dailles de  Syracufe,  ou  de  Corinthe,  fur  celles 
de  Lesbos  , Sec.  Les  grecs  rappejloienr  u'paaios-. 
Ce  mot  veut  dire  proprement  le  fac  , on  le  fond 
àn  filet,  qui  ctoit  une  partie  de  la  coëffure  , & 
qui  renfermoit  les  cheveux  de  derrière , comme 
dans  une  bourfe. 

Le  filet  dans  lequel  eft  enveloppé , ou  plutôt 
emmanloté  ITiarpocrate  d’une  pierre  gravée  de 
Stofch  ( clajf.  I.  n°.  8i.),  défigne  la  délicateffe 
de  Ton  âge  , de  l’enfance  , félon  Plutarque.  Après 
ce  monument  , la  table  Iliaque  eft  le  feul  fur  le- 
quel on  voie  ce  dieu  égyptien  ainfî  repréfentéj 
& Kircher  l’y  a pris  pour  lô  dieu  Orus. 

Winckelmann  fait  cbferver  comme  une  lîngu- 
larité  remarquable,  le  torfe  d’une  ftatue  de  la 
vdla  du  comte  de  Fede , où  étoit  la  fameufe 
villa  Adriana  de  Tibur,  qui  a par-deftùs  fon 
manteau,  attaché  fur  la  poitrine,  de  même  qu’à 
rifîs  du  Capitole  , une  efpèce  de  voile  tiffu  comme 
un  réfeâu.  Ce  réfeau  eft  apparemment  la  forte  de 
voile  qui  s’appeEoit  C’étoit  une  mode  que 

fuivoient  les  perfonnes  qui  célébroîen.t  les  orgies 
de  Bacchus  ( Héfiyckius  ) , & c’étoit  aufîî  un 
aiuftetnent  des  figures  de  Tiréfias  & des  autres 
devins.  ( Poil.  Onom.  L IV.  feg.  iié.  ) 

Filet.  Voyei  Bride. 

FILLES.  Fbyep  Cheveux  , Femmes. 

Un  paffage  de  Calümaque  (.  kymn.  in  Dian. 

13.  ) a fait  conjeclurer  que  les  fJles  grecaues 
ne  potîoient  point  de  ceinture  avant  que  d’être 
nubiles  ; il  les  appelle  âfiirpsss.  Elles  s’engageoierst 
à les  dépofer  aorès  leur  mariage  dans  le  temple 
de  Diane  , en  la  priant  de  leur  faire  trouver  des 
époux.  Agdth.  fcholiafi.  VIII.')  ATrezenes, 
c’étoît  Pallas  qui  recevoir  sette  offrande.  ( Paufan.) 
'Les  filles  zioleCcemes  confacroîent  à.  Vénus  les 
jouets  de  leur  enfance  ( Vcrr.  fefquîal.  ) : 

; Veneri. 

Ilarinas  puas,  reticula , at  Jîropkiola. 

Ovide  nous  apprend  dans  fes  faftes  ( JV . 147.  ) 
que  les  fi.lks  de  Rome  allaient  fe  préfsnter  nues 


FIS  <s^7 

à la  fortune-virile,  pour  obtenir  d’eîîe  , que  leurs 
marîs  futurs  ignoraflent  toujours  les  défeéraofités 
qui  pouvoient  fe  trouver  dans  leurs  perfonnes  : 

Aceipii  Ole  locus  pofito  velamine  cun3as , 

Et  yitiiiw.  nudi  corporis  omne  videt. 

Ut  légat  hoc  , ceîelûue  yiros  fortuna.  ririlis  , 
Prcefiat  hoc  , & parvo  tkure  Togatafacit. 

FILS  des  dieux.  Voye^  Enfa ns  des  dieux. 

FIMBRIA,  furnom  de  la  famille  Flavia. 

FIMBRIÆ.  Voye^  Bordures  & Franges. 

FÏRMIÜS  {Marcus). 

Marcus  Firmivs  Augustup. 

Il  ne  paroît  pas  qu’il  y ait  des  médailles  de 
ce  tyran. 

FISC,  tréfor  public,  en  latin  fifcus , ararium. 
Le  premier  mot  fe  dit  proprement  du  tréfor  du 
prince,  parce  qu’on  le  inetcoit  autrefois  dans  des 
paniers  d’ofier  ou  de  jonc  , fifcus  -,  Se  le  fécond 
du  tréfor  de  l’état. 

A Rome , fous  les  premiers  empereurs , on 
appelîoit  étrarium , les  revenus  publics,  ceux  de 
l’épargne  deftinés  aux  befoins  & aux  charges  de 
i’écac  ; Se  on  nommoit  fifcus , ceux  qui  ne  regar- 
doient  que  l’entretien  du  prince  en  particulier; 
mais  bientôt  après,  ces  deux  mots  furent  con- 
fondus chez  les  romains,  8e  nous  avons  fuivi 
leur  exemple. 

Du  mot  fifc  , on  a fait  confifquer,  èona  fifco 
addicere , par  la  raifon  que  tous  les  biens  que  les 
empereurs  confifquoient  , appartenoient  à ^ leur 
fifc\  Se  non  point  au  publx.  Les  biens  de  Se'jar  , 
dit  Tacite  ( annal.  L V.  ) furent  iranfportés  du 
tréfor  public  dans  le  fifc  de  l’empereur.  L’ufage 
des  confifcations  devint^ fi  fréquent',  qu’on  eft 
fatigué  de  lire  dans  l’huroire  de  ce  temps -là, 
la  lifte  du  nombre  infini  de  gens  dont  les  fuc- 
ceffeurs  de  Tibère  confifquèrenc  F’S  biens. 

Le  fifc  des  pontifes  s’appe’îyit  area;  8c  celui 
eu!  en  avoit  la  game  j^eU-it  nonore-  du  titre 
aarcarius  , comme  il  paroît  parplafieurs  infcrip- 
tions  du  Tkefaurus  de  Gruter. 

Liscvs  judaicus  , tribut  eue  payeient  îfs  juifs 
aux  romains  dans  toute  1 étencu;.  ce.eUi  er.pit... 
Suétone  (Don-h.  c.'XII.  tF.  5.)  , Appien  (dyr.) 
Scplufieurs  autres  écrivains  en  prt  fan  mennon  ; 
mais  D’on  feul  nous  en  a appris  la  quonté  : elle 
étoit  d’une  double  dmehme,  eu  d’un  didraebme 
par  tete.  ( Lié.  XVI.  ) 


PpFP  ij 


^<^8'  F t S 


F L A 


FISSICULATIO , terme  de  Tidiome  particuL’er 
des  pontifes  rcrrainr.  II  dédgiicit  réparpiliement 
des  eniraiiies  des  victimes. 

FISSUM , terme  de  Tidième  particulier  des 
pontifes  romains,  ii  déngnoit  deux  lobes  du  foie 
réunis  en  un  feul,  réunion  que  ion  difoit  offrir 
oeux  moyens  contraires  d'augurer,  mais  à laquelle 
Cicérc-n  ne  err-yoit  pas.  ( de  nat.  deor.  III.  6.  ) 
QAs  invtnit  fijfum  jecoris  ? 

FISTUCA.  Voye^  î^IoUTON. 

FiS i ULA,  fiiîte.  V ayej  Flûte. 

FIo  i ÜLiC  lacrymale, 

^ La  maniéré  de  traiter  la  fiftule  lacrymale , dont 
va  cure  eft  délicate  & dirScile , empioye'e  de  tïos 
jours , eft  préciiement  celle  des  anciens  j à l exctp- 
tion  de  la  canule  que  Lbériciitj  y a ajouté,  pour 
favenfer  le  cautère. 

FLACCUS , furnom  des  familles  Fvl7ia_, 

NoRSASA  ^ FojiîFONlA  , TaLBRIA. 

FLACIi-LE,  femme  de  THéedofe  I. 

JElia  Flacilla  Augusta, 

Ses  médailks  font  ; 


pim  Pline  rapporte  que  de  fon  temps  en  emplor^o?*- 
aufli  a c«  ulage  le  ciiene  , & le  co^dde:* 

bans  je  kptieme  livre  de  rEneide , ii  eit  oark 

dü^jiamicau  de  pin;  & Servusr  marque  fb  ce 
paiiage  , que  i on  en  raüoit  auffi  de  corne-uilk'- 

^oyei  CltRGE,  CANDELABRE. 


autres  fiambeaux  étoient  formés  par  de  lonçs 
tuDes  cyfnâriques  , ou  conicues,  remplis  de  m-- 
tieres  combultibles.  Les  coniques  paroifTtnt  îe 
plus  fouvent  furies  monumens  J cû  leur  nauceat 
excède  fouvent  telle  des  hommes  & des  femmes 
qui  les  portent. 


Les  romains  conduifoient  les  nouvelles  mariées 

à leurs  époux  , en  portant  cinq  fiambeaux  faits 
du  bois  d'aubépine.  V^oye:^  Épine  - blanche. 

On  portoit  aux  funérailles  une  grande  quantité 
de/u;7zô£4a^,commc  on  le  voitfurpluueurs  marbres. 


FLAMEN  auguflahs.  On  trouve  dans  les  mar- 
bres un  fiaraen  en  l’honneur  de  l'empereur  Au- 
gufte  ; & il  lui  fut  donné,  de  fon  vivant  même , 
lorfqu  on  lui  éleva  des  temples  & des  autels. 

^ Fj-aj4bs  Falacer.  Il  prenoiî  le  nom  de  l’ancien 
dieu  Falacer,  dont  on  ne  connoifloit  déjà  plus 
que  le  nom  au  tem.ps  de  Varron. 


HRR.  en  or. 

RRR.  en  argent. 

E.  en  M.  & P.  B. 

FLAGELLATION.  La  flagellation  fut  cou 
mime  aux  grecs  & aux  romains.  C'eccic  un  fup 
ÿçe^  plus  cruel  que  la  fuftigation.  On  flagdlôi 
d abord  ceux  qui  dévoient  être  crucifiés  5 mai 
ne  crucifiojt  pas  tous  ceux  qui  ézàtnt  jiagdlés 
yn  attachoit^à  une  colonne  dans  les  palais  de  1; 
jutticc',  ou  l’on  promenoit  dans  les  cirques , lé, 
patiens  qui  étoient  condamnés  à la  fl.ar^ellation 
Il  etoit  pIus__  honteux  d’être  fl.agdlé  que*" battu  d( 
verges.  Les  fouets  étoient  queiquefois  armés  d'o' 
de  pieds^  de  mouton  ; alcrs  le  patient  expiroii 
communément  feus  ks  coups.  On  appellou  ce' 
fouets  flagella  talaria. 

FLAMBEAU.  Dans  les  anciens  mohumens. 
un  flambeait  qu’on  élève  , eft  k marque  du  fole!^ 
levant  j &uü/Weurrquon  éteint,  eftiamarcue 
eu  folîil  couenant.  Sur  les  tombeaux,  un  üîm- 
l’embiême  de  la  mort.  Voye^ 

I.Ç.  flambeau  eft  le  fymbole  de  Diane,  d’Hé- 
cate , de  1 Amour , &c. 

étoient  üifférens  des 
i bois  fechésau  feu  ou  au 

fo.eil  . ils  y ,en  empuiyoïent  de  différentes  fortes  ; 
celui  dont  on  fe  fetvost  ordiniirc-mert,  étoitle 


Flambn  dialis  ce  prêtre  de  Jupiter  jeuif- 
, foit  d’une^  grande  confideration  à Rome  , 
étoit  révéré  de  tout  le  monde  , de  fufer  à certai- 
nes loix  qui  le  diftmguoient  des  autres  j^rêtres  , 
& qu  Aulugelle_  ( Ub.  X.  c.  ly.  ) nous  a confer- 
vees.  1°.  ce  XI  lui  etoit  défendu  d'aher  a cheval; 
» z°.  de  voir  une  armée  hors  de  k ville  , ou 
” une  armée  range'e  en  bataille.  C’eft  pour  cette 
’’  raifon  qu  il  n etoïc  jamais  élu  confu!  , au  temps 
“ ou  les  confuls  commandoient  les  armées  y 3®.  il' 
» ne  lui  étoit  jamais  permis  de  faire  un  ferment  ; 
» 4°.  ii  ne  pouvoir  fe  fervir  que  d’une  forte  d’an-  ' 
'>2  neau , percé  d’une  certaine  manière  ; y®,  il 
n étoi^t  permis  à perfonne  d’emporter  du  feu  de 
” ia  maifbn  de  ce  Flamine , hors  le  feu  facré  y 
6°.  fi  quelque  homme  lié  ou  garroté  entroit 
» dans  fa  maifon , ii  falloir  d’abord  lui  ôter  ks 
» lie.ns  J les  faire  porter  par  k cour  intérieure  de 
« k maifon  jufques  fur  les  tuiles  , ks  jetter  du 
toit  dans  les  rues,  & renvoyer  libre  le  prifon- 
« nier  ; 7°.  il  ne  po'uvoit  avoir  aucun  nœud , ni  à 
» fon  bonnet  facerdotal  , ni  à fa  ceinture  , ni  au- 
» tre  part  ; 8°.  fi  l’on  con-duifoic  un  criminel  pour 
» le  fouetter  , & qui  fe  jettât  à fes  pieds  pour  de- 
” mander  grâce , c’eût  été  un  crime  de  le  fciiet- 
« ter  ce  jour- là  ; 9®.  ii  n’étoit  permis  qu’à  un 
” homme  libre  de  couper  ks  cheveux  de  ce 
» Flamine  ; 10°.  il  ne  lui  étoit  pas  permis  de 
» toucher  ni  chèvre  , ni  chair  crue  , nijièvre  , 

>■>  ni  fève  , ni  iTi-eme  de  [ roférer  le  nom  -d  aii- 
» cime  de  ces  chofes  ; 11°.  il  lui  étoit  défenau 
» de  couper  les  branches  de  vigne  qui  s’ékvcient 


F L A 

^ trop  hîutj  T2*.  îes  pieds  du  lit  où  H couchoit; 

de  voient  être  enduits  d'une  boue  liquide  ; il 
SJ  ne  pouvoit  coucher  -dans  une  autre  I;t  trois  nuits 
JJ  ue  -.uite  J & i!  n éto;t  pernds  à aucun  autre  de 
JJ  co-ucr.er  dans  ce  ht  ^ au  pied  duquel  il  ne  fidioit 
=j  mettre  r.i  coffre  ^ ni  hardes  , ri  fer  j 15®.  ce 
j-j  qu  on  coupait  de  fes  ongles  ou  de  fcs  cheveux  ^ 
üevcit  être  enterré  fous' un  chêne  verd  j 14°. 
» tous  Ics  jours  éî-oien:  des  jours  de  fête  pour 
JJ  ie  Flamen  d:alis  : il  ne  lui  étoit  pas  permis  de 
35  fortir  a i air , fans  fon  bonnet  facerclocal  ; mais 
« il  pouvoir  le  quitter  dans  fa  mrifon  , pour  fa 
JJ  commodité  ; cela  lui  avoir  été  accordé  depu:s 
» peu  J d.t  Sabinus  ^ par  les  pontifes  , qui  lai 
» avoient  encore  fait  grâce  fur  d'autres  points  ^ 
” & 1^ avoient  difpenfe  de  quelqu'autre  cérémonies 
JJ  15 il  ne  lui  étoit  pas  permis  de  toucher  de 
JJ  la  fanne  levée  5 i<5°.  il  ne  pouvoir  ôter  fa  tuiii- 
JJ  que  intérieure  qu'en  un  heu  couvert , de  peur 
JJ  qu  il  ne  parut  nui  fous  le  ciel  ^ & comme  fous 
“ les  ^yeux  de  Jupiter  5-  17°.  dans  les  feftins  j 
JJ  penonne  n avoit  féance  devant  ie  tLamine 
« DzaU  ^ excepté  ie  roi  facridcateur  5 î.8°.  fi  fa 
JJ  femede  yenoit  à mourir , il  perdoit  fa  dignité 
» de  fiamine  s 19°.  il  ne  pouvûit  faire  divorce 
j°  avec  Ci  femme  s il  n'y  avoir  que  l'a  moit  qui 
» les  feparà:  ; 20°.  il  lui  étoit  défendu  ri'en 
JJ  trer  dins  un  heu  où  il  y eut  un  bucher- 
jj  a-brûler  les  morts  5 21°.  il  ne  lui  étoit  pas 
JJ  permis  de  toucher  un  mort  : il  pouvoit  cepen- 
jj  dant  airifter  à ua  convoi.  . . . Voici  les  paroles 
JJ  du  prêteur  qui  coniiennent  un  édit  perpé- 
JJ  tuel  ; Je  nohli gérai  jamais  h jurer  ^ dans  ma 
^ jurifs.i3i.on  le  jîamine  Diale.  Varron^  dans  fon 
JJ  deuxieme  livre  des  chofes  divines  ^ parie  du 
« flamine  Uiale  , en  ces  termes.  Lui  feui  doit 
porter  l'aroogalérus  , ou  le  bonnet  blanc  s foit 
JJ  parce  qu'i.  eft  le  plus  grand  de  tous  , foie  parce 
JJ  qu  ii  faut  immoler  à Jupiter  une  viétirae  bian- 
Jj  cne.  JJ 


F E A 

leur  étoit  pas  permis  ^ comme  à d’autres  prêtres, 
ne  terdr  pluüeurs  lacerdoces  à ii  îois.  Leurs 
hh-s  éto-.ent  exemptes  d’étre  choilies  pour  vef- 
rales.  L c.ection  c^s  uns  de  des  autres  fe  fa  foit 
P<ii.  le  peuple  aiiembie  par  curies  , 1 inaiiEura- 

tio.i  par  le  focv’erain  poutife  5 1 inauguration  veut 
di.-e  xi  ceré.monie  de  certains  augures  , qu'on  pré- 
nom loriqa'ea  les  mertoit  e.i  p^iieidoiLde  cette 
digni:£._  Quoiqu'ils  futfent  p-erpetuels  , iis  pou- 
voient  être  depofés  pour  des  cai.fes  psrncaiières  5 
& cela  s'appe;ioîr/û/72fLo  ahire  ^ depofer  le  mi- 
niiière  àe  famine. 

. f-ds font  nommes,  avec  la  denomint-* 
non  du  dieu  qu'iis  fervoient.  Les  veid  ; FLimen 
DiaLs  . Martial  s , Quirinaiis  , AugrdLlis,  Car- 
mer.tahs,  Falacer ^ f Icralis  , Furmai's,  Hadiiar.a- 
hs  J Fiamen  Jiiîi  Cæfaris,  Laurentahs  , Lucina- 
us,  PdJatualis,  Pomonahs,  Virbiaiis,  Voicana- 
hs  , & Voiturna’is-  L'empereur  Commode  avoir 
Ciée  un  fiamine  , fous  le  t.tre  de  famen  tlercu- 
luneus  Ccmzmodianus  ; mais  ce  prl.ee  étoit  trop 
hai  pourquece  facerdoce  fubfiftât  après  fa  niorr. 
x\ous  ne  parlerons  ici  que  du  flffmen  Aiîgdtaie, 
viU  flamen  Liiads  , ôc  du  flamen  faiacer  i le^  autres 
font  placés  à leur  rang. 

Les  munic’pes  qui  imi. oient  tous  les  étabüfTe- 
mens  de  la  viiie  de  Rome,  fe  errèrent  aufli  des 
jiamines.  Il  en  eft  fait  iouve.nt  n.ertion  dans  jes 
inicnptions  trouvées  dans  les  municipes.  Cicero.'i 
( lÆilon.  ch.  JH,  } parle  d'un  famine  de  Laau- 
Vium. 

Les  famines  portoient  des  br/nners  , que  les 
Grecs appelloienr  Fùos  ( flutarque , vie  de  Luima, 
hommes  ihuitres  );  comme  fuivanc  l'uiage  , ces 
prêtres  ne  paroiiioient  jamais  tête  nue  , bdtus  & 
Varron  fubftituent  au  bonnet  un  filet  de  i.aine. 
Denis  d Fiaiicarnafre  fuppofe  eue  ies  famines  ont 
pr, s leurs  noms  du  bonnet  ou  vofe  nom.mé  Flsm- 


Le  famine  Diale  portoit  la  robe  prétexte  , 
& avoitdroit  de  s afieoir  dans  la  chaife  curule. 

( liv.  XVII.  } 

en  latin  famen  , c'étoir  le  nom  ■ 
O une  certaine  clafife  de  pierres  chez  les  Romains, 
cm  avoir  e'té  inftituée  par  Romuius , feionfLlur 
tarque_,  & par  Numa  Porapilius , félon  Tite- 
Lîve.  Les  flammes  n'éroient  que  trois  au  corh- 
niencement  : ceiui  de  jurnzev  i famen  Diahs  : ce- 
hli  de  Mars  , famen  Martialis  : & celui  ce  Ou;- 
rmus , famen  Quîrinalis . Dans  la  fuite  , ils  fu- 
rent multipliés  jufqu'à  quinze  ; dont  les  trois  pre- 
miers, qui.ètoienr  tirés  du  féiut  , étoienr  auffi 
Q un  rang  8c  d'une  confl  it  ration  d'flinguée  des 
sutres  -,  c'eft  peur  cela  qu'on  les  appelioir  fami- 
nes majeurs  j & les  douze  autres  nommés  fami- 
nes mineurs , ctT'ent  choifis  d’ertrre  le  peuple. 

Q '-^e;ae  famine  v>  i-Kijit  qU'»  p 'ur  un  diéu  : :I  ;ie  i 


meum  J iite-Live  ( decad.  III,  lih,  7.  ^ i'appci.e 
flaminium  , nom  qui  , feion  Dacier  ( L.r  Fiùiar- 
que  , tora.^I,  fol.  ^21  ),  défigr.e  le  bonnet  donc 
_ la  pointe  étoit  environnée  d'une  houppe  de  Liite. 

Mais  ce  bonnet  eit  nommé  Apex  par  Servies 
( inverf  lyo  , lià.  X.  ÆrXdos  ).  Midi -1- Ange 
de  la  CnauITe  ( grand  cabinet  romain  , art.  II.  pan:, 
ùg;  L ) appelle  le  .bonnet  àn  famen. 

Dzalis  , qu'on  trouve  fur  i.n  mrrceau  de  frite 
du  temple  de  Jaeirer  cq/fuv.-:  Ce  bonn  t ne  diffe- 
roit  probablement  que  par  fes  ornemens  de  celui 
des  autres  famines.  Ii  étort  de  couleur  blanche 
( Appien  a Alexandrie  , guerres  civiles  ) , & is 
Diaiis  avoir  feui  le  droit  de  le  porter  en  t ut 
temps  ;-Ies  autres  étant  retlreints  à ne  pouvoir 
s’en  couvrir  que  da,“s  les  mome.vs  où  ils  rempirf- 
ibienties  fonctions  dedeitr  miniilère  { Tite-Live  , 
decaa.  L i:v.  i.  ).  Le  Diahs  jouiiîvtt  fed  du 
dro  r de  porter  la  prétexte  d’ttfcrdé  ,a  t:  ame 
eurUxC.  Les  autres  ferrânes  Cnt  gcnerjrcnrenj 


6jii  F;L  A 


F LA 


rcpréfentJs  habîüés  de  la  toge , comme  Tur  ane 
médaille  de  Lentulus  , avec  la  légende  fiamen 
Martialis.  Au  lieu  du  bonnet,  ce  prêtre  a Lm- 
plem.ent  la  tête  couverte  de  la  toge  ; il  tieut  de- 
vant lui  un  bouclier , & derrière  lui  parcit  un 
augure.  On  trouve  fur  un  beau  bas-relief  de 
la  ViWd.  Js'léûicis  Admir.  Rom.  antiq.  f.  42.  ) des 
figures  habillées  de  la  toge  ; elles  portent  des 
bonnets  faits  en  forme  de  cafque  plat  , garni  de 
lîens  , Sr  d^une  longue  pointe.  BeJiori  les  a pris 
pour  des  prêtres  Saîiens  ; mais  il  efi  plus  proba- 
ble que  ce  font  des  fiamines.  On  les  voit  fur  ce 
bas-reltef  , fuivis  d^une  troupe  d'hommes  , de 
femmes  & d'enfans  , qui  paroiflent  m.archer  vers 
le  lieu'  de  quelque  facrifîce.  Pietro  Sanélo-Bar- 
tolî  GU!  a vu  ce  monument  moins  endommagé  j 
fans  doute  , qu’il  ne  l’efi:  à préfent  repréfente 
lês  hommes  qui  portent  les  bonnets  tenant  à la 
main,  l’un  une  baguette,  & l’autre  une  haci:e. 

ne  refie  rien  de  tout  cela  j mais  'on  n’en  a 
pas  beloin  pour  caraâérifer  ces  figures  , ou  pour 
réfuter  Bellori , qui  n’a  pas  fait  attention  que  les 
pretres  Sa'iers  font  toujours  caradcérifés  par  la 
cuîrafTe  & le  bouelier.  Les  prêtres  du  bas-re-- 
liefs  font  donc  des  fiamînts  , que  les  monumens 
offrent  confiamment  vêtus  de  la  toge , fans  que 
nous  puifïions  cependant  rendre  raîfon  de  i’omif- 
fion  prefque  générale  de  leur  bonnet. 


FLAMINIA,  famille  romaine  dont  on  a des 
médaillés. 

R.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Le  furnom  de  cette  famille  eft  Cizo. 

Goltzias  en  a publié  quelques  me'dailies , in- 
connues depuis  lui, 

F L A M I N I IN  i/S  J furnom  de  la  famiî'e 
Quinctia. 


ir  LAMINIQUE , FLAMTKic.^  5'c’efi  ainfî  ou’on 
^pelloit  la  femme  û'unfi^mzne.  Celle  du  fiaW.e 
Claie  s nabiiîoit  de  couleur  de  fiamme  , & por- 
to'.t  fur  fes  habits  l’image  de  la  foudre , de  mê- 
me co'ulear.  _Ii  étoit  défendu  à li  flaminique  d’a- 
voir ^des  fouliers  faits  du  cuir  d’une  bête  qui  n’eût 
ptiS  et..  îuec.  ^11  ne  rui  Cioit  pas  permis  de  mon- 
ter des  eche.ies,  plus  haut  que  trois  échellons, 
Lorfqu'eiie  alloit  aux  argées  , elle  ne  devoit  ni 
orner  fa  tête  .ni  peigner  fes  cheveux.  Voye:> 
4\?-geSs.  Lie  portoit  dans  fa  ccêfture  un  rameau 
de  cnene  verd.  Le  divorce  lui  étoit  interdit,  & 
fan  iacerdoce_  cefioit  par  la  mort  de  fbn  mari  ; 
t.udn,  e^ue  etoit  a-fireinte,  dit  ilulugelle  , aux  mê- 
mes obiervances  que  for.  mari  AulaeeUe 

IJ,  ~'^a.crob,  Satiirn,  i,  1^.^ 


On  trouve  dans  les  Recueils  de  Gniter  & d» 
-Oti  5 pamimca  de^gnata  ....  facerdc-s  muni- 
civii.  .....  Div&  Flotin&. 

FLA.MMANT,  oifeau  remarquable  qar  Lj 
plumes  rouges  de  fes  ailes  . qui  l’ont  fait  appellër 

en  latin  pkœnicop:erus,mx-?i\s<;pourptts.Cet:iccu. 

leur  .flambante  l’avoir  déjà  fait  confacrer  au  foleil 
par  les  romains,  ils  en  mangeoiert  la  chair.  Mais 
ce  qui  le  rendit  plus  précieux  peur  les  riches 
gourm.-nds,  ce.  fer  fa  l'.ngut  à lacuelle  ils  trou- 
voient  un  merveilleux  goût.  Marrial  nous  apprend 
ces  détails  fur  le  jlammant.  ( XIlî.  66.  ) : 

Dat  mihi  pennzi  miens  nomen  : fed  lingua  gulojîs 
TSoJina  fapit 

Pline  d^t  que  ce  rafinement  de  luxe  8e  de 
geurmandife  avoir  pour  auteur  l’infâm.e  .Apicius. 
( X.  4S.  ) Id hœnzcopteri  Iznguam  prs,cîpA  faporis 
ejfe  Apicius  docuit  , nepoîum  omnmm  altijpmus 
gurges.  On  trouve  dans  le  traité  de  la  cuifine 
( de  re  coquin,  FJ.  7.  ) d’un  Apicius  l’affaifonne- 
ment  des  langues  de  jlammants. 

^ Cz  ragoût  étoit  fort  cher , parce  que  l’oifeau 
l’étoir  lui-même  en  Italie.  Sa  cherté  le  fit  choifir 
par  Caligula  , pour  une  des  victimes  qu’il  vouloir 
, être  offertes  à fes  images.  ( Suéton.  in  Caii  vita.  ) 

FLAMME.  Dans  la  milice  grecque  , du  temps 
du  bas-empire  , c’étoit  un  ornement  & une  marque 
' oui  fervoiî  à difiinguer  les  compagnies  , les  ba- 
taillons , &*c.  flamala  , en  grec  La 

flamme  fe  meîtoît  quelquefois  fur  le  cafaue  , quel- 
quefois fur  la  cuiraffe,  quelquefois  au  bout  d’une 
pique.  Quand  la  flamme  n’étoit  qu’un  ornement, 
les  foidats  la  quirtoient  ayantlecom.bat,  de  peur 
qu  elle  ne  les  embarrafiat.  L’empereur  Maurice 
avoir  ordonne  que  les  flammes  de  chaque  divifion 
fiiffent  d’une  couleur  particulière  qui  les  diftin- 
guat  d’un  autre  bataillon  ou  des  autres  brigades. 

Les  cavaliers  mettoient  aufîi  fur  leurs  chevaux 
des  flammes  qui  fervoieiit  à difeinsuer  de  quel 
corps  de  troupes  étoient  ces  cavaliers. 

Fla2cmearius  , teinturier  en  pourpre-orangée, 
ou  en  couleur  de  flammes.  Flammearii  , dit  Fef- 
ras  , infeciores  fiammei  coloris. 

Fl  A JA  7,îEu  jü  .vQii  Z de  couleur  de  pourpre-orangef 
que  perte, it  ordinairement  la  fiaminiciie  diale , 
& que  porcoient  le  jenr  du  mariage  feulement 
les  nouvelles  époiifées.  Cette  pretreue  ne  pouvoir 
pas  fe  ieparer  de  fot>  mari  .par  le  divorce  ; c’efi 
pourquoi  on  cenvroit  de  fon  voile  les  épeufes  , 
comme  pour  "rendre  un  bon  nuciire.  I!  paroir  d a- 
pi'ès  un  pafage  de  Pline  ( XXI.  8-  ) que  le/^æ- 
meum  tdst  autrefois  en  pourpre-orangé  , ne  l’é- 


F L A 

toit  'plus  qu'en  pourpre  de  fon  temps  ; Lutei  co- 

Ijris' honorem  £ruiqui;jlmum  in  nitpti‘:iiihus  flammeis 
totum  femims  conc&Jfum, 

Lucain  dit  qa'on  coavroit  la  tête 

des  jeunes  fîLes  le  jour  de  leur  noce  ^ pour  dé- 
rober aux  fpeCtateurs  les  tnouvemens  de  joie 
qu'un  prochain  changement  d'état  pouvoit  occa- 
{ionner  dans  leurs  yeux  6ë  fur  leur  vilage.  ( Tharfal. 
IL  ^6i.)\ 

Von  timetidum  nuptis  teinter  teSura  pudorem 

Luiea  demijfos  velarunt  flummea  vuhus. 

Le  fcholialte  de  Juvenal  ^ qui  vivoit  au  plutôt 
vers  !e  temps  de  Pline  j cité  plus  haut^  dit 
( SchoL  Jwven.  PT.  22  f.  ) j que  \q  fiammtum  étolt 
de  couleur  rouge , ou  de  lang  ^ par  analogie  au 
colons  de  la  pudeur  : efi  erdm  fanguineum , propter 
ruborem  eufiodiendum. 

Nsnnius  (XIV.  3 1 ) nous  donne  à entendre^,  que 
le  fiaw-meum  toit  ^ non  un  voile  proprement  dit  , 
mais  un  habit  que  l'on  ramenoit  fur  la  tête , Ôc 
que  la  couleur  feule  caraderifoit  : c'étoit  le 
pallium  des  femmes  , leur  manteau  : flammeum 
vejiis  J vcl  tegmen , quo  capzta  matron&  tegunî. 
On  voit  en  effet  fur  le  bas-relief  du  palais  Jufli- 
niani  ^ que  l'on  croit  repréfenter  un  mariage  ^ 
i'époufe  ayant  ia  tête  couverte  du  manteau  ordi- 
naire, qui  efi  ramené  fur  fa  tète,  comme  il  étoit 
d'ufage  dans  les  cérémonies  de  religion. 

FLAMMEIS  ( iz).  Muratori  { 951.  8-  Tkef.  ) 
ïapporte  i'infeription  fuiyante,  où  i'efeiave  3 dont 
ia  profeiTion  efi  défignée  par  ces  mots , eii  fans 
doute  le  même  que  Je  flammearius , i'artifan  j 
faifeur  àtfiummeum  5 dont  il  eif  parlé  plus  haut  : 

EULYCHXJS  VIX.IC 
A P L U M B O 

EVAGOGUS  A FBAM 
EECERÜNT  SIBI  ET  SUIS. 

IL^mÀRIUS,  } fondeur  de^m.étaux,  Se 

en  particulier  fondeur  des  monnoies.  On  lit  fur 
les  anciens  marbres  : fiaturarlus  auri  & argenti 

monetar fiaturarius  JigUuarius  ( fondeur  de 

ftatues) &c. 

I LATIA  LIDA.  Matraies. 

F L AV  IA  3 famille  romaine  dont  en  a des 
me'daiîles. 

RRR-  en  argent. 

RRR.  en  bronze. 

O.  en  or. 


F L E 571 

Les  furnoms  de  cette  famille  font  Fiiabkza, 
Hemictczvs , Sævjizvs. 

Gokzias  en  a publié  quelques  médailles  ^ in- 
connues depuis  lui. 

F LA  VIOPOLIS , dans  la  Cilicie.  a>AAoTlo- 
nOAEITÛN. 

Cette  vif  e a fait  frapper  des  méda'lles  impé- 
riales greccues  , avec  fon  époque  , en  l'honneur 
de  Trajan  J d'Ànî'''r.in , de  Marc-AurèlCj  de 
Commode^  de  Diadumérrrenj  d'Llagabale,  d'Alex. 
Sévère  3 de  Valérieii  l'ancien,  de  Domitien  3 de 
Domna. 

Fzaviopozis  , dans  la  Blthynie. 

On  a quelques  médailles  impériales  grecques 
de  cette  ville,  félon  le  P.  Hafdouin. 

FLÈCHES  d'Hercuie.  Ce  héros  trempa  fes 
flèches  da.ns  le  fang  de  l'hydre  de  Lerne  , & les 
empoifonna  ; en  forte  que  toutes  les  bleffures 
qu'elles  faifoienr , etoient  incurables.  C'efi  avec 
ces  flèches  quM  tua  le  centaure  Nefîus.  En  mou- 
rant , i!  les  laifTa  à fon  ami  Phiiodete , comme 
ce  qu'il  avoir  de  plus  précieux  fur  la  teire.  Elles 
furent  fatales'  à Philodtète  5 car  ayant  voulu  en 
faire  ufage  dans  l'ifle  de  Lemnos,  il  iaiffa  tomber 
par  mégarde  une  flAcke  fur  fon  pied  , & fe  fit 
une  horrible  blelTure,  dont  il  fut  dix  ans  à guérir. 
Une  des  fatalités  de  Troye,  étoit  que  les  grecs 
ne  pouvoient  prendre  ia  ville  fans  avoir  \e.sflJckes 
d'Hercuie  : après  bien  des  difÉculrés  , Philodfète 
vint  au  fiège , & y apporta  ces  redoutabIes_/ecA«. 
Toye^  Pkiloctète. 

Flèche  fur  les  médailles. 

Elle  fert  de  type  aux  médailles  de  Cæfarée  ea 
Bithynie. 

FLEUR.  Sur  plufîeurs  monumens  Vénus  tient 
une.  fleur  i la  main,  & n'a  pas  d'autre  attribut. 
Teye:i  VÉNUS. 

L'Efpérance  tient  aufû  une  fleur  fur  plafieurs 
monumens. 

Fleurs.  Les  Grecs  aimoient  beaucoup  les 
flleurs  ; fouvent  c'étoient  des  guirlandes  de  rofes 
qu'on  mettoit  autour  de  ia  poitrine  ou  de  la  tête  5 
à défaut  de  fleurs  , on  prenoit  des  feuilles  : des 
couronnes  de  lierre  autour  des  tempes  , étoient 
regardées  comme  un  fpe'cifîque  contre  les  fumées 
du  vin.  L'ufage  de  fe  couronner  de  fl-curs  étoit  fî 
généra!  , que  dans  les  fêtes  ou  réjouiiTances  pu- 
blicues , au  défaut  de  fleurs  ou  de  feuilles  verres 
( Xénophon,  retraite  des  dix  mil'e,  ; on  fe  cou- 
ronnoit  d’herbes  fèches  ; celui  qui  portoit  quelque 
bonne  nouvelle  étoit  couronné  de  fl.eurs  ( So- 
phocle dans  les  Trachiniennes , ade  L ) Cela  sVp» 


<^72  F L E 

eUoir  porfer  cîes  chapeaux  de  ( Pîutatijue , l 
ommes  : î;-.ft.  ) On  des  jïeitrs  liir  le  padage 

des  pe-fonnes  q»jr.  vouloic honorer.  Ariih-mè.'e  j 
gér.éral  des  MeîTé:  iens  j de  retour  à Aiadanie, 
fü:  riçi.i  avec  des  acciamitions  repérées  ; les  ftm- 
inrs  jetto  enr  ces  guir.ances  de  f.eurs  fur  fon' 
paiî'îge.  Les  amans  orneient  de  Vêlions  & de 
couronnes  Ics-maifons  de  leurs  mnîrreffes.  Si  les 
fleurs  fe  d^achoient  de  la  couror.ne  qu’on  por- 
toît  J lÊS  ictrecs  en  tiroient  un  indice  d’amour. 

L ui.ige  general  etort  de  couvrir  de  fleurs  les 
coips  que  1 on  portoir  au  bûcher,  d’en  orner  les 
tombeaux.  On  pratiquoît  cet  ufage  tous  les  ans 
au  jour  annivenaire  des  funérailles  du  mort,  qui 
fouvent  légiioit  une  fomme  delinée  à l’achat  de 
CSS  fleurs  , & exprimée  dans  fon  épitaphe.  On 
ht  a Ravenne  ces  mots  fur  un  marbre  fcpulchral  ; 

Ut.  QiUOTANNIS.  R_OSAS.  AD,  MONIMENTüM. 

EJUS.  DEFERANT.  ET.  IBI.  EPULENTUR. 

DUNTAXATi  IN.  .V.  ID.  JULIAS. 

Fleurs  ( étolFes  à ).  F'oye:^  Etoffes. 

FLEUVES.  Ils  eurent  part  aux  honneurs  de 
la  divinité  : les  temples  des  Grecs  & des  Ro- 
imains  rcnfermoîent  les  ftafues  de  Isnrsfleuves  : 
il  y avoit^peu  de  rivières,  fur- tout  dans  la  Grèce 
& dans  l’Italie,,  auprès  defquelles  on  ne  trouvât 
des  ftatues  & des  autels  confacrés  au  dieu  du 
fïeune  , on  n’allât  faire  des  libations  , & ofFdr 
meme  des  facrilices.  ce  Les  egvptiens,  dît  Aiaxime 
de  Tyr,  honorent  le  Nil,  à caufe  de  fa  beauté  ; 

>3  les  feythes  , le  Danube,  pour  la  vaffe  étendue 
=5  de  fes  eaux  ; les  étoüens , l’Achélofs  , à caufe 
de  fon  cojnbat  avec  Hercule;  les  iace'démo- 
« niens,  l’Eurotas,  par  une  Ici  exnreGe  qui  le 
leur  ordonnoiî  ; les  athéniens  , rilhTi  s . par 
=:>  un  fratat  de  religi-cn  ’u  A ce  détail  ncus^pôu- 
vons  ajourer  le  Gange,  pour  lequel  les  indiens 
avoîent  une  vénéraii-on  tonte  partfcul'ère:  le  Rhin, 
qu’on  trouve  repréfenté  fur  les  médailles,  avec 
ces  mots,  dsus  Rheaus ; le  lybre,  qui  e'toit  la 
divinité^protecirice  de  Rome  ; le  Panufe,  à qui 
les  meiféniens  ofrroient  tous  les  ans  des  facrif  ces  : 

^ enfin,  le  Cütomne , fleuve  d’Ombrie  , qui  non- 
feUiement  pal.oit  pour  meu,  mais  ■ même  tendoit 
des  oracles.  C’eft  le  feu!  des  fleuves  qui  ait  eu 
ce  privilège  ( fi  ce  n’eiii  pas  plutôt  Jupiter  - Cü- 
tomne  ) ; car  la  îvcytlioiogie , ni  rhiiloire  ancienne 
_e  parlent  d-’aucun  autre  oracle  de  fleuve  ou  de 
rivière.  _ Voici  comme  Fhne  le  jeune  parle  de  ce 
dieu  Ciitomne.-  « A la  fource  de  ce  ieuve  eii  un 
” ^ refpeaé.  Clitomne  efl 

romaine.  Les  forts  marquent 
»?  la  prefence  & le  pouvoir  de  La  divinité.  II  y 
s>  a a lenteur  plufieurs  petites  chapelles,  dont 
» QueiQues-uues  ont  des  fontaines  & des  fources  : 


F L E 

car  Chtomne  eft  comme  le  père  de  plufieart 
petits  Leuves,  qui  viennent  fd  joindre  à luj 
il  y a un  po.nt  qui  fait  la  réparation  de  la 
par  ie  fterte  de  fes  eau.x  d’avec  la  profane! 
Au-deiius  de  ce  pent,  on  ne  peut  aller  ou’en 
bateau;  au-deffous  ü eft  permis  Vie  fe  baigner!?. 
Héfio  Je  dit  que  les  fleuves  font  enfans  de  l’Océan 
8f  de  Thrt.s,  pour  nous  marquer  qu’ils  viennert 
de  la  mer  , comme  ils  y rentrent.  li  ajoute  qu’H 
y en  a trois  mille  fur  la  terre. 

On  confacro  t chez  les  grecs  aux  fleuves  la 
première  chevelure  des  adoïefeens  : Orefte  con- 
fiera la  fienne  au  fleuve  Inachiis  , Leucippe  , fils 
d’Eumaiis , à Aiphée  , Pélée  celle  de  fon  fils 
Achille  au  même  Aiphée,  &c. 

" Les  fleuves  , dit  M.  Rabaud  de  S.  Étienne 
pères  & fouverains  des  pays  fur  lefquels  fis 
étendoient  leur  empire  , & qu’ils  fécondoient  ce 
leurs  eaux , ayant  été  peints  fous  des  ernblêmes 
relatifs  à leur  puilTance,  furent  regardés  depuis 
comme  des  rois  réels.  Il  y a plufieurs  de  ces 
rois  dans  les  annales  grecques  , je  va‘s  en  citer 
quelques-uns.  En  Béotie  , Veux  des  plus  anciens 
ro.'s  du  pays  font  le  mont  Cythéron  , & J flore  , 
principal  fleuve  de  la  contrée.  On  donne  à Jflo^\ 
deux  nymphes  pour  filles  , Tkébé  & Ckalcïs , 
qui  fondèrent  Ckalcls  & Thehes.  Un  des  premiers 
rois  de  Laconie  fut  Eurotas , qui  étoit  aufli  un 
f.euve  du  V'Zys.,  Augzas  en  tXiàs  ,Jnackus  Pko~ 

• reliée  en  Argolide , Ackéloüs  en  Etoiie , Alfoiz  en 
Ihefîaiie;  tous  ces  rois,  fils  de  Jupiter  ou  de 
Neptune,  étoîent  Ass  fleuves  dans  chacune  de 
ces  contrées.  Pour  donner  à ces  fables  un  air 
de  vérité  , on  raconta  que  ces  fleuves  avoient  pris 
leurs  noms  des  rois  qui  s’y  étoient  nove's , qui 
y m/oient  été-a.ftafflnés  , ou  qui  avoient  fubi  cette 
métamorphofe  merveiileufe  ??. 

On  .^ait  qu’à  toute  rigueur , un  roi  peut  donnef 
fon  nom  à un  fleuve  ; & fi  je  n’avo-ls  que  cette 
preuve  des  métamorphofes  de  ftyle  , oui  font  h 
clef  des  métamorphofes  mythologiques  , je  ne 
perdrois  pas  mon  temps  à m’occuper  de  ces 
objets.  Je  ne  me  borne  pas  à cette  obfervction, 
qui  feroît  inutile  lî  elle  e'toit  ifolée  ; mais  fe  fais 
remarquer  quM  y eut  des  princes  qui  pafsèrent 
pour  avoir  donné  leur  nom  à des  plantes  , crimme 
un  certain  Ajax,  comme  Narcljfc , Hyacinthe, 
Amaraus  , Acanthe  , Cypariffe  ; à des  oifeaux, 
comme  Terée,  roi  de  THrace  ; Pkilomele  & Progné, 
fdles  d’t?n  ro!  d’Athènes;  Alédon,  qui  époufa 
Zétus , frère  à' Ampkion , fameux  m.uficien  , & 
qui  fut  changée  en  chardonneret  ; comme  Aleàor, 
Afcalaphe  , NyBimene  , qui  furent  changés  ea 
coq,  en  hibou,  & chouette.  Je  remarque  que 
ces  changemens  de  figures  en  perfonnages  rem- 
pliffent  toutes  la  Mythologie , qu’on  ne  peut  en 
féparer  quelques-uns  fans  ébranler  i’exiftencede 
leurs  pères , de  leurs  mères , de  leurs  femmes, 

«k 


F L E 

lesfs  marfs  , & que  toutes  ces  hiHoires  font 
écrites  du  même  ftyle.  Je  conviens  qu"un_  roi 
peut  avoir  donné  fon  nom  à un  fieuve,  quoique 
ce  ne  foit  plus  i'ufage;  mais  que  prefque  tous 
ies  rois  en  aient  fait  autant,  eue  leurs  fi:s  aient 
donné  leurs  noms  aux  montagnes  voiîines  , d'au- 
tres aux  plantes  de  leurs  jardins  , ou  aux  arbres 
de  leurs  forêts  , d'autres  aux  oifeaux  du  pays; 
que  leurs  filles  ruent  donné  les  leurs  à des  fleuves^ 
à des  oifeaux , à des  infeSes , à des  fonçâmes  , 
à des  rivières  , à des  prairies,  à des  viil«,  à 
des  ifles  ; franchement , c'cil  ce  qu'il  m'elt  im- 
poifible  de  croire.  Mais  j'ai  indiqué  la  caufe  de 
l'erreur,  & je  vais  en  accumuler  les  preuves, 
afin  de  n'être  plus  obligé  d'y  revenir  «. 

« Pour  fe  bien  convaincre  que  ces  tois-f.euves 
n'ont  point  exifté , il  ne  faut  que  ^détailler 
rhiiloire  de  quelques-uns  d^eux,  & l'on  verra 
que  ce  n’eu;  que  de  la  Géographie  & de  la  Phy- 
fique.  L'Argolide  eft  un  pays  aifez  aride , & la 
plupart  de  ces  fieuves  fameux,  Sr  dont  le  nom 
Ibnore  remplit  li-bien  la  Poéfîe  harmonieufs  des 
grecs  , ne  font  que  des  ruilfeaux  qui  reftent  pref- 
que à fec  dans  feté.  Les  quatre  plus  confidéra- 
bles  font  VInackas  , le  Pkoronée , le  Céphijfc  Si 
VAftérion.  Voici  cette  circonflance  phyiique  ra- 
contée dans  le  ftyle  du  temps,  fieru  , onJunon, 
Ja  principale  divinité  des  argiens  , difputoit  a 
Neptune  la  poffeirion  du  pays.  Ils  prirent  pour 
arbitre  de  leur  différend  le  roi  Pkoronée , qui, 
dans  cette  grande  affaire,  s’aiTocia  Ajîé- 

rion  & Cépkîjfe.  Ils  jugèrent  en  faveur  de  Héra, 
ce  qui  étoit  naturel  ; car  ils  ne  dévoient  pas  fouf- 
frir  que  Neptune  s'emparât  du  pays.  Le  dieu  en 
fut  fi  irrité,  qu'il  priva  fes  juges  du  tribut  de  fes 
eaux.  J'obferverai’  en  paffant,  que  cet  Afiénon , 
dont  il  eft  ici  queftion  , eut  trois  filles  très- 
confidérées  dans  la  contrée  , nommées  _ Euiœa  , 
Porjymna  8c  Heræa ; 8i  que  ces  trois  fides  font 
trois  montagnes  voifines.  Qui  pourra  croire  à ces 
généalogies 

» C'étoit  fi  bien  Pufage  de  ces  temps  de 
transformer  les  fleuves  en  rois  , que  nous  trouvons 
les  mêmes  origines  dans  les  pays  fitués  ^rs  de 
la  Grèce.  Scamander  fut  le  premier  roi  de  i roye  : 
Æfopus  & Pedufus,  deux  des  fleuves  de  la  Troade, 
étoient  deux  des  cinquante  fils  de  Priam  ; le 
dernier  eut  le  malheur  d'être  changé  en  plongeon. 
Le  fleuve  Abfyrtke  en  Colchide , étoit  un  jeune 
prince,  fils  <p(Eetas^  fils  du  Soleil.  Æfls  , fleuve 
d'Ombrie , prit  fon  nom  du  roi  ÆJis.  UAnio , 
rivière  d'Italie  , prit  le  fien  du  roi  Anius  , qui , 
pourfuivant  le  raviffeur  de  fa  fille  , fe  jetta  dans 
cette  rivière  , & s'y  noya.  Le  Tibre  lui  - même 
dut  fon  nom  au  roi  Tiberinus  , qui  s'y  noya , ■ 
ou  bien  au  tyran  Tibris  , qui  fut  tué  fur  fes 
bords.  Le  PAizyè,  qui  csuloit  en  Colciûde  , dans 
îe  pays  d'Æa,  étoit  un  roi,  fils  du  Soleil  &de  1 
k nymphe  Ocyrrhoé  ( courant  rapide  ) > il  devint  J 

Jbstiÿuîtés , Terne  II, 


f L iüi  6^75 

I amoufetix  à'Æd  , fa  propre  fille  , 8c  la  pourfui- 
vant  à travers  les  champs , il  l’enveloppa  de  fes 
ondes.  Les  indiens  font  encore  pms  emphatiques 
dans  leurs  origines  : ils  dhbicnt , félon  Bérofe  , 
que  le  Gange  étoit  un  géant  qui  avoir  dix  coudées 
de  haut,  &qui,  par  fes  vertus,  avo.'t  ménté  d'être 
roi  de  l’Inde.  ( Af.  Kahaud  de  St.  Etienne,  } »» 

Comment  les  anciens  tepréfentoient  - ils  les 
fleuves  ? Nous  conncifîbns  la  nature  & le  cours 
des  fleuves  , dit  Éîien  , 8c  cependant  parmi  ceux  - 
qui  leur  rendent  un  culte , & qui  leur  confacrent 
desftatues,  les  uns  les  repréfentent  fous  la  figure 
d'un  homme , les  autres  fous  celle  d'un  bœuf. 
C’eft  de  cette  dernière  manière,  ajoute  l’auteur, 
que  les  ftymphaliens  figurent  ŸÈrafme  & la  Mé- 
tope ; les  lacédémoniens  V Eurotas  ,•  ies  ficyoniens 
8c  les  phlafiens  ŸAfope , & les  argrens  le  Céphlfe. 
UÉrimanthe  chez  les  pfophidiens  , a la  figure 
d’un  homme , ainfî  que  VAiphée  chez  ies  héréens 
Scies  cherronéfiens  de  Cnide.  Les  athéniens  re- 
préfentent aufti  le  Céphife  ious  la  forme  d us 
homme,  mais  avec  des  cornes. 


D'après  le  paffage  d'Élîen,  il  .y  avoit  donc  au 
moins  deux  manières  de  repréfenter  les  fleuves. 
Les  auteurs  8c  ies  monumens  font  d’accord  fur 
la  première  , dont  voici  quelques  détails.  On  les 
voit  ordinairement  à moitié  couchés,  le  coude 
appuyé  fur  une  urne , avec  des  cheveux  ondés  , 
8c  la  tête  couronnée  de  rofeaux , quelquefois  ils 
en  tiennent  un  à la  main;  c'eft  ainfi  que  le  pré- 
fentent  le  Danube  8c  le  Rhin  au  revers  de  deux 
médailles  de  Trajan  ; c'eft  ainfi  que  Virgile  dé- 
peint le  Tibre,  8c Ovide Ackéloüs.  Acecoftume 
général  Si  qui  convenoit  à tous  ies  fleuves,  on 
joignoit  fouvent  certains  attributs  qui  fervoîent  à 
les  défigner.  Ainfi,  par  exemple, l'Hippopotame, 
ou  l’Ibis,  indique  le  Nié;  on  ne  peut  mécon- 
noître  le  Tibre  au  fymbole  de  la  louve  allaitant 
deux  enfans.  D’autres  fleuves  étoient  encore  dé- 
fignés  par  les  plantes  qui  croiftbient  fur  leurs' 
bords  ; à.  la  plante  d'Ache  , on  reconnoiffoic 
YHimhe  en  Sicile,  ou  le  Sélinus  en  Troade. 
Enfin  , fous  quelques-uns  leur  nom  eft  écrit. 


Quant  à l'autre  manière  de  repréfenter  les  fieu-c 
ves  , les  auteurs  n'en  parlent^  pas'aufli  clairemient 
que  de  la  première.  LorfGu'Elien  nous  dit  que 
certains  peuples  les  figuroient  comme  des  bœufs  ; 
lorfque  nous  lifons  dans  Srrabon,  qu'on  leu- 
donnoit  quelquefois  une  tête  de  taureau;  enfif, 
quand  les  auteurs  donnent  aux  fl.euves  des  épi- 
thètes relatives  aux  cornes  qu'on  leur  fupypfoir,- 
cela  veut-il  dire,  ou  qu'ils  étoient -tou'~ a-- fait 
reoréfentés  feus  la  forme  qu'il» 


F L E 


F L O 


on  reconnu  que  c^’étoit  là  des  fleuves  f Voye^ 
Boeuî  à face  humaine. 


Les  cornes  font  un  attribut  des  fl-euves  , 8z  ctA 
pour  cela  que  plufieurs  d’entr'eux  ont  reçu  f épi- 
thète de  comigeri  & de  tauriflormes  , tels  que  le 
UiL,  le  BJiin,  le  Tibre,  VEridan,  le  Numicius  , 
VAufidus  & la  Moflelle  elle-même  -,  mais  pourquoi 
leur  a-t-on  donné  cet  attribut  fingulier  ? Prefque 
tous  ceux  qui  ont  approfondi  cette  queftion , ont 
prétendu  que  c'étoit  parce  que  le  bruit  de  leurs 
eaux  imite  le  mugiffement  des  taureaux  , & fur- 
tout  à caufe  des  finuolîtés  de  leur  cours , ou 
plutôt  des  différentes  branches  de  leur  embouchure- 
Homère  dit , en  parlant  du  Xanth'e , qu^il  mugit 
comme  un  taureau;  &celafeul,  dit  Eufthate  , 
engagea  les  anciens  à immoler  des  taureaux  à la 
mer  & aux  fleuves.  Ailleurs  le  même  commenta- 
teur donne  le  nom  de  cornes  aux  lits  àtsfl.euves. 
Ils  portent  quelquefois  des  ferres  d^écrevilfe  fur 
les  tempes  J comme  les  deux  bouts  d’une  cou- 
ronne : l’Océan  & Amphitrite  portent  cet  attribut 
fingulier.  On  en  trouvera  Texplication  à Tarticle 
Amphitrite. 

Lorfque  les  fleuves  font  couverts  de  draperies  , 
elles  font  ordinairement  de  couleur  verte.  ( Ovid. 
de  arte  Am.  lib.  I.  2Z4.  ') 

Quelques  écrivains  avoicnt  avancé  que  les  an- 
ciens artides  établiffoient  une  diftinétion  entre  les 
proprement  dits,  c’eft- à-dire,  ceux  qui 
portent  leurs  eaux  à la  mer , & les  rivières.  Ils 
plaçoient  l’attribut  diftinélif  dans  la  barbe,  qu’ils 
refufoient  aux  fleuves  qui  ne  portent  pas  immédia- 
tement leurs  eaux  à l’Océan.  Mais  cette  remar- 
que eft  fauffe;  car  on  voit  le  Pô  fans  barbe 
fur  le  bas-relief  de  Phaëton  à la  villa  Borghèfe. 
Le  fleuve  d’Agrigente  étoit  repréfenté  de  même  ; 
ainn  qu’un  grand  nombre  d’autres  fleuves  propre- 
ment dits. 


Lorfqu’on  les  repréfentoit  fous  des  formes  hu- 
maines, ils  regardoient  ordinairement  du  côté  vers 
lequel  couloient  leurs  eaux.  C’eft  ainfî  que  fur  la 
colonne  Trajane  le  Danube  tourne  le  vifage  du 
côté  droit,  & étend  le  bras  droit  dans  les  ondes, 
pour  marquer  qu’il  prenoit  fon  cours  vers  l’Orient. 
Car  ce  point  de  l’horizon  étoit  exprimé  par  le 
côté  droit,  de  même  que  le  gauche  défignoit 
l’Occident. 


Vaillant  affuroit  que  \ts  fleuves  ne.  {ont  xtpté 
leués  couchés  , que  quand  iis  en  reçoivent  d ai 
treS'sui  les  grofliflent,  & qu’alors  le  fleuve  qt 
porte  «es  eaux  dans  un  autre  , eft  repréfenté  de 
'mut.  (-..tte  remarque4e  Vaillant  eft  détruite  pa 
puneurs  li^dailles.  jiqus  nous  contenterons  d’e 
cit^  deux,  .a  premit..^  j p- 

a eteq:appee  les  faitiCl;  , , y 

on  y vot  au  reve.-  jeux  figui-  ^ 

■ ■ " ’ y-Qj^ouchees,  avei 

•X  rivières 


XJXi  J » U 441.*  * — 

4es  joncs  & des  ut^gs.  Ce 


dont  l’une  qui  eft  le  Padole , ou  THylîus , fe  jeta 
dans  1 Hermus.  Sur  la  fécondé  médaille,  qui  eft 
d’Apamée , on  voit  le  Méandre  & le  Marfyas, 
tous  deux  couches  , quoique  le  IMarfyas  fe  jette 
dans  le  Méandre.  Ces  deux  médailles'  font  citées 
par  Spanheim  dans  une  de  fes  lettres  à Morel. 
(SpaTzkeim.  epift.  IV.  ad  Morel,  p.  2^7.  2j8.  ) 
Le  P.  Jobert  en  donne  d’autres  exemples  dans 
fa  onzième  inftruétion. 

Fleuves  d’enfer.  Toutes  les  eaux  qui avoienî 
quelque  mauvaife  qualité,  étoient  regardées  comme 
des  fleuves  d’enfer  : tels  étoient  l’Achéron , le 
Cocyte  , le  Phlégeton , le  Pyriphlegeton , le  Styx , 
le  Léthé,  le  lac  d’Averne.  leurs  articles. 

FLïNTZ  étoit  une  idole  des  anciens  vandales 
obedrites.  Elle  repréfentoit  Vifilaüs  , ancien  roi 
des  ©bodrites  , appellés  par  fucceffion  de  temps, 
Vlitzaüs  & Viintz  , que  les  écrivains  ont  changé 
en  Elint:^.  Ce  Vifilaüs  étoit  repréfenté  fous  la 
forme  de  la  mort , en  long  manteau , avec  un 
bâton  8c  une  velïie  de  cochon  à la  main  , & le 
côté  gauche  appuyé  fur  un  lion.  La  ftatue  étoit 
pofée  fur  un  caillou. 

FLOCON  de  cheveux  d’Harpocrate.  Voye^ 
Harpocrate. 

FLORALES , fêtes  qui  fe  célébroient  à Rome, 
en  l’honneur  de  la  déefîe  flore ÿ on  les  appelioit 
autrement  Antkiftefles  : elles  duroient  fix  jours , & 
fe  terminoient  aux  calendes  de  mai,  félon  Ovide. 
C’eft  durant  cette  fête  que  les  jeux  floraux  avoknt 
lieu.  Voye^  Flore  , Floraux. 

FLORAUX.  Les  jeux  floraux  furent  inftitués 
en  l’honneur  de  la  déefle  des  fleurs.  Iis  commen- 
cèrent du  temps  de  Romuîus,  félon  Varron  , 
( ling.  lat.  4. 10.)  & furent  fouvent  interrompus  : 
on  ne  les  renouvelloit  que  lorfque  l’intempérie  de 
l’air  annonçoit , ou  faifoit  crairidre  la  ftérilité,  ou 
que  les  livres  |des  fibylles  les  ordonnoient.  Ce  ne 
fut  que  l’an  de  Rome  580  , que  ces  jeux  devinrent 
annuels  , à l’occafîon  d’une  ftérilité  qui  dura  plu- 
fieurs  années , & qui  avoir  été  annoncée  par  des 
printemps  froids  & pluvieux.  Le  fénat , pour 
fléchir  la  déefîe  Flore  , & pour  obtenir  de  meil- 
leures récoltes , ordonna  que  les  jeux  floraux  fe- 
roient  célébrés  tous  les  ans  régulièrement  à .'afin 
d’avril;  ce  qui  s’exécuta  jufqu’au  temps  où  ils 
furent  entièrement  proferits.  On  les  célébroit  la 
nuit  aux  flambeaux,  dans  la  rue  Patricienne , où 
étoit  un  cirque  aflez  vafte.  Il  s’y  commettoit 
des  débauches  effroyables  : on  ne  fe  contentoît 
pas  des  difeours  les  plus  difîolus  ; on  aflembloit 
au  fon  d’une  trompette  , dit  Juvenal  ( VJE  v, 
249.  ) les  court.’fanes  qui  donnoient  au  peuple  des 
fpeêtacles  abominables , & qui  y paroilToienî 
dépouillées  de  tout,  vêtement.  Cette  fête  étois 


F L O 

proprement  ceHe  des  courtifanes.  Caton  s’étant 
trouvé  un  jour  à la  célébration  des  itux floraux  , 
le  peuple  plein  de  confidératipn  & de  refpeél  pour 
un  homiTie  ( V^aler.  Max.  U.  lo.  8.  ) ^ 

& fi  févèîe , eut  honte  de  demander,  en  fa  pre- 
fence , que  les  femmes , félon  la  coutume  , fe 
proftituaflent  publiquement.  Favonius , fon  ami , 
l'ayant  averti  des  égards  qu'on  avoit  pour  lui,  il 
prit  le  parti  de  fe  retirer , pour  ne  point  troubler 
la  fête  , & ne  point  fouiller  fes  regards  par  la 
vue  des  défordres  qui  fe  commettoient  à ce  fpec- 
tacie  : le  peuple,  qui  s'apperçut  de  cette  com- 
piaifance , donna  mille  louanges  à Caton.  Sur 
quoi  Martial  dit,  en  s'adreffant au  fage Romain, 

« pourquoi  paroiffiez-vous  aux  jeux  , puifque  vous 
» en  connoifliez  la  licence  ? ou  n'étiez-vous  venu 
» au  théâtre  que  pour  en  fortir  ” ? Il  ne  voulut 
pas  priver  le  peuple  d'un  plaifîr  ordinaire. 

FLORE  étoît  une  nymphe  des  illes  fortunées, 
dit  Ovide  ( faft.  V.  105.  ) , dont  le  nom  grec 
étoit  Ckloris  , que  les  latins  changèrent  en  celui 
de  Sa  beauté  lui  ayant  attiré  les  regards  de 

Zéphyre , elle  en  fut  auffi-tôt  aimée  ; elle  voulut 
éviter  fes  pourfuites ; mais  Zéphyre,  plus  léger 
qu'elle , l'atteignit  , & l'enleva  pour  en  faire  fon 
époufe.  Il  lui  donna  pour  douaire  l'empire  fur 
toutes  les  fleurs  , & la  fit  jouir  d'un  éternel  prin- 
temps. Le  culte  de  cette  déeffe  étoit  établi  chez 
les  fabins  , & on  lui  confacra  un  temple  à Rome. 
Juftin  nous  apprend  que  les  phocéens,  qui  bâti- 
rent Marfeiüe,  honoroient  la  même  déeiTe  ; & 
Pline  parle  d'une  ftatue  de  cette  déeffe  de  la  main 
de  Praxitèle  : ce  qui  prouve  que  fon  culte  avoir 
été  auffi  célèbre  dans  la  Grèce  , d'où  il  avoir  paffé 
dans  lltaüe.  Dans  la  fuite , une  courrifane  du 
nom  ieFlore , ou^  félon  quelques  auteurs,  appel- 
lée  Larentia , qui  avoit  gagné  beaucoup  de  bien  , 
ayant  inflitué  le  peuple  romain  fon  héritier , fut 
mife , par  reconnoiffance , au  rang  des  divinités 
de  Rome , & fon  culte  fut  confondu  avec  celui 
de  l'ancienne  Flore,  On  célébra  en  fon  honneur 
des  jeux  floraux,  & l'on  joignit  aux  jeux  inno- 
cens  de  l'ancienne  fête,  des  infamies  dignes  de 
la  nouvelle  Flore.  La  dépenfe  de  ces  jeux  fut 
prife , dans  les  commencemens,  fur  le  bien  qu  avoit 
laiffé  la  courrifane  ; & dans  la  fuite  on  y employa 
les  amendes  & les  confifcations  auxquelles  on 
condamnoit  ceux  qui  étoient  convaincus  de  pé- 
c\Àzt.  Flore  eut  un  temple  à Rome,  vis-à-vis  le 
capitoîe,  ou  du  moins  fur  le  mont  Aventin.  Cicé- 
ron & Ovide  l'appellent  la  Mère-F/ore.  On  la 
repréfente  couronnée  de  fleurs,  tenant  de  la 
main  gauche  une  corne  d'abondance  pleine  de 
fleurs  de  toute  efpèce.  F'oye^  Acca,  Larentia. 

Winckeîmann  {Hifl.  de  l’Art,  liv.  IV,  ckap. 
IL  B.  ) ^dit  «que  le  caraélère  & l’attitude^ ordi- 
naire d'Erato  & de  Terpfichore  auroient  dû  don- 
ner d'autres  idées  à ceux  qui  ont  fait  une  déeffe 


F L O 


61S 


des  fleurs  de  la  fameufe  ftatue  qui  eft  dans  la  cour 
du  palais  Farnèfe  , & qui  relève  de  la  mam  droite 
fon  vêtement  de  deffous  a la  maniéré  des  jeunes 
danfcufes  : induits  en  erreur  par  I addition  mo- 
derne d'une  guirlande  de  fleurs  qu  elle  tient  dans 
fa  main  gauche , ils  en  ont  fait  une  Flore , & 
elle  n'efl  connue  que  fous  ce  nom.  Sans  ^utre 
examen,  cette  dénomination  a fervi  enfuite  a 
faire  donner  le  nom  de  Flore  à toute  figure  de 
femme  dont  la  tête  eft  couronnée  de  fleurs.  Je 
fais  bien  que  les  romains  avoient  une  déeffeF/ore,* 
mais  cette  divinité  étoit  inconnue  aux  grecs, 
de  qui  nous  admirons  Fart  dans  ces  fortes  de 
ftatues.  Or , com.me  il  fe  trouve  plufieurs  Mufes 
beaucoup  plus  grandes  que  le  naturel , parmi  lef- 
quelles  une  qui  a été  métamorphofée  en  Uranie  , 
fe  voit  aufll  au  Palais  Farnefe,  je  fuis  auure 
que  cette  prétendue  Flore  repréfente  ou  Erato, 
ou  Terofichore.  Pour  ce  qui  regarde  la  F/ore  du 
Capitole,  dont  la  tête  eft  couronnée  de  fleurs, 
je  n'y  trouve  pas  le  caraélère  d une  beaute  ideale  } 
je  penfe  donc  que  cette  figure  défigne  l'image 
d'une  belle  perfonne , qui  nous  offre  par  cette 
xouronne  une  des  déeffes  des  faifons , fans  doute 
celle  du  printemps.  Dans  la  defcriprion  des  ftatues 
du  cabinet  du  Capitole,  on  n'auroit  pas  du  dire, 
au  fujet  de  cette  figure , qu'elle  tient  un  bou- 
quet à la  main , attendu  que  la  main  & le  bouquet 
font  des  additions  modernes  ». 

FLORIDUS  color.  Pline  ( XXXV.  6.  ) dé- 
figne par  cette  épithète  une  couleur  éclatante, 
par  oppofition  aux  couleurs  fombres  & foncées  : 
colores  funt  aufleri  , aut  floridi. 

FLORIEN,  frère  de  Tacite. 

Marcus  Assias  Floriasus  Aügust¥s. 

Ses  médailles  font  : 

RRR.  en  or. 

O.  en  argent. 

R.  en  médaillons  de  bronze. 

R.  en  M-  B. 

C.  en  P.  B. 

O.  de  la  fabrique  d’Égypte. 

FLORUS , furnom  de  la  famille  Aquilia. 

-FLOTES  des  Romains.  Il  y en  avoit  qui 
étoient  conftamment  deftinées  aux  mêmes  ufages, 
aux  mêmes  tranfports , ou  à defendre  les  memes 
parages.—  Lr flore  d'Afrique  tranfportoit  a Rome 
les  bleds  de  l'Afrique.  Plutarque  ( m Csfare  ) 
eftime  ce  tranfport  à 800  medimnes  de  bied,  & 
à a 0,000,000  liv.  d'huile.—  Lz  flote  d Alexan- 
drie tranfportoit  à Rome  les  bleds  & les  lep- 
mes  d’Egypte.  Amelius  Viaor  { epift.  i.  6.  ) 

A / Cl  Ci  U « I 


F LU 


F L Ü 


eftimoitce  coTivoïau  temps  d'Augufte  à îOjOOC^Ceo 
boiffeaux  de  bleJ.  Conftandn  avant  rranfporté  le 
Cège  de  i'empire  à Conftantinopkjafieda  àcette 
ville  la  flore  & les  bleds  dAAlexandrie  5 ne  iailTant 
pins  à Rome  que  la  fore  d’Afrique. — Lzfore 
des  Gaules,  eLablie  par  AuguÜe,  protégeoit  les 
côtes  des  Gaules,  de  rEfpagae  , & fe  tenoic  à 
Fréjus.' — La  fore  de  Misène  , dans  la  Campanie, 
garJo  t la  mer  Thvrrénienne,  & awit  été  établie 
par  A^iigufte. — Le  même  empereur  ttabIitla_/?o£e 
de  Ravenne,  pour  protéger  la  mer  Hadriatique. — 
L’entrée  de  la  Méditerranée  pax  Byzance , étoi: 
gardée  par  in  fore  du'î^ont.  ( Tacit.  kiji.  1 1.  83.  ) 


ï mentien  dans  quelques  autea<-3 

de  hfiure  hermiope,  quAnacrécrr  appelle  rendre  ^ 
de  la  lybade,  de  ra  cytharlftrie;  its  flûtes  pré- 
centonennes  , coryntlnennes  , éRvptiennes  vir- 
ginales, milvines,  & de  tant  d'autres  don/ nous 
ne  pouvons  nous  former  d’idée  iaÜe,  & ' qu’il 
faudroit  avoir  vues  pour  en  parler  pertinemnrentv 
On  fait  que  le  favant  Lefevre  defefpérant  de 
pouvoir  débrouillerce  cahos,  couronna  fes  veilles 
pénibles  fur  cette  matière,  en  f-iifant  des  vers 
latins,  pour  louer  Minerve  de  ce  qu’elle  avoir 
jetté.  k fiûre  dans  l’eau  , & pour  maudire  ceux 
qui  l’en  avoient  retirée. 


II  y avoir  enfin  dans  les  grands  fleuv'es  des 
fares.^  pour  en  affurer  l'entrée  aux  romains.  La 
1“’.  étoit  dans  le  Rhin,  la  2*.  dans  le  Danube, 
& la  3'.  dans  l’Euphrate.  ( Lips.  de  Magn.  Rom. 
I.  5.; 

FLU ONIA , furnom  que  l’on  donnoit  à Junon, 
par  rapport  au  ftrvice  que  les  femmes  atten- 
doient  d elle  dans  leurs  accouchemensj  comme 
jü.Hî  pour  arrêter  le  faag,  foit  dans  la  concep- 
tion , foie  dans  les  écoulemens  ordinaires.  ( Arnob. 
Ub.  IL) 

FLUlE-  L’inventîon  de  la^i^re,  que  les  poètes 
attribuent  à Apollon  , à Pailas,  à Mercure,  à 
Pan,  a Minerve,  fa.t  aflez  voir  que  On  ufage 
eft  de  la  plus  haute  antiquité.  Alexandre  Po- 
lihyftor  afîure  que  Kyagnis  fat  le  plus  ancien 
joueur  de  fiûre , & qu’il  rut  remplacé  dans  cet 
ÿt  par  Marfyas  , ic  par  Oiympe  , leqtt;!  apprit 
aufli  aux  grecs  l’art  de  toucheY  les  iniirumens  à 
cordes.  Selon  Athénée,  un  certain  Seiritès, 
numide  , inventa  la  fiûre  à une  feule  tige  , Silène 
celle  qui  en  a piufieurs  , & Mar.^yas  la  fAte  de 
icfeau,  qui  s’u.nit  avec  la  lyre. 

Quoiqu’il  en  foit,  la  paffion  pour  la  mufîque, 
innée  chez  tous  les  peuples,  fut  caufe  qu’on 
goûra  beaucoup  le  jeu  de  la  fiûre, -Sc  de  plus 
qu'on  en  multiplia  fingulitrement  la  forme.  Il  y 
en  avoir  de  courbes,  de  longues,  de  petites,  de 
moyennes,  de  fimplts,  dédoublés,  de  gauches, 
de'droite_s,  d’égales  , d inégales,  &c.  On  en  fit 
de  foute  forte  de  bois  & de  toute  matière.  Rnfin, 
les  mêmes  fiâtes  eurent  difréreas  noms  chez  divers 
[peuples.  Par  exemple,  la  fiûre  courbe  de  Phrygie 
croît  la  même  que  le  tityrlon  des  grecs  d’Italie, 
ou  que  îe  pheutwn  des  égyptiens , qu’on  appel- 
Icit  anfil  mor.aule. 

Lesfii-tes  courbes  font  au  rang  des  plus  anciennes  ; 
telles  font  celles  de  la  table  d liîs  : la  gyngrine 
lugubre  , eu  la  phénicienne  , longue  d’une  palme 
me.furée  dans  toute  fon  étendue,  étoic  encore 
de  ce  ge.are.  Parmi  les  fiûres  moyennes  , Ariftide 
le  muficK.n  met  la  pythique  & ksfiûtes  de  chœur 
Paufanias  parle  des  fûtes  argknns  Se  béoîie.ane. 


^ Mais  , loin  d’imiter  Lefevre,  on  doit  au  moins 
tâcher  d’expliquer  ce  que  les  anciens  entendoient 
par  les  fAtes  égales  & inégales,  les /érea droites 
& gauclies  , _ks  fûtes  farranes  , pbr)  giennes  , ly- 
diennes , tibzA  j.ares  & irrperes  , tibia  dextra  <S 
finifira  , tibia  farrana  , phrygia  , /ydka  , Sec.  dont 
il  eft  fouvent  fait  mention  dans  les  auteurs  comi- 
ques 3 parce  que  la  co.nnoifîance  de  ce  point  de 
littératiue  tft  néceiTaire  pour  entendre  les  titres 
des  pièces  dramatiques  qui  fe  jouoient  à Roms. 
Voici  donc  ce  cu’or.  a dit  peut  être  de  plus 
vraifemblable  & de  plus  ingénieux  pour  éclaircir 
ce  point  d’antiquité. 

Dans  les  comédies  romaines  qu’on  repréfentoit 
■fur  le  théâcie  public,  les  joueurs  dejfére  jouoient 
totijouis  de  àtux  fûtes  à la  fois.  Celle  qu’ils 
tcuchoient  de  la  main  droite , étoit  appeliée 
droite  par  cette  raifon  ÿ & celle  qu’ils  touchoient 
de  la  ga^uche  , croit  appeilée  gauche  par  la  même 
raifon.  La  première  n’avoit  que  peu  de  trous , 
&rendoit  un  fon  grave;  la  gauche  en  avoir  plu- 
fieurs,  & rendoit  un  fon  plus  clair  & plus  aigu. 
Quand  les  muficiers  jouoient.de  ces  âtux  fûtes 
cle  d fférent  fen  , en  difoit  que  la  pièce  avoir  été 
jouée  tibiis  imparibus , avec  les  fAtes  inégales-, 
ou  tibiis  dextris  b finifitis  , avec  its  fAtes  droites 
& g-auches  : & quand  ils  jouoient  de  àz\ix  fAtes 
de  même  fon-,  de  deux  droites  ou  de  deux  gau- 
ches , comme  cela  arrivoit  fouvent  , on  difoit  que 
la  pièce  avoir  été  jouée  tibiis  paribus  dextris 
avec  des  fûtes  égales  droiies,  fi  c’étoit  avec 
celles  du  ion  grave  ; ou  tibiis  paribus  finifirls  y 
avec  des  fiâtes  égales  gauches,  üc’etoit  avec  des 
fiâtes  de  fon  aigu. 

Une  meme  pièce  n’étoit  pas  toujours  jouée 
avec  les  Tv,èn\cs  flûtes , ni  avec  les  mêmes  modes;, 
cela  ch.tr.geoit  fort  fouvent.  Il  arrivoit  peut-être 
aufl'i  que  ce  changement  fe  faifoit  quelquefois  dans 
la  n eme  repréientation  , & qu’à  chaque  inter- 
mède on  changeoit  de  fiûte;  qu’à  l’un  on  pre- 
noit  les  fûtes  droites,  & à l’autre  les  gauche» 
fucceffiveir.ent.  Donat  prétend  que  quand  le  fujet 
de  la  pièce  étoit  grave  Se  férieux,  on  ne  fe  ferveit 
que^  des  flûtes  égales  droites  , que  l’on  appelloit 
auüi  lydiennes , & qui  avoiect  le  fon  grave  qtie 


F L ü 

^uand  le  fujet  éteit  fort  enjouée  on  ne  fe  ferv’olt 
que  des  fûtes  égales  gauches^  qui  étoient  appel- 
!ées  tyriennes  o'i  farranes , qui  avoient  !e  fon  aigu^ 
& par  conféqueat  plus  propre  à la  joie  -,  enfin  , 
quand  le  fujet  étoit  mêlé  de  Teajoué  & du  furieux , 
qu"on  prenoit  les  fûtes  inégales  ^ c°eit-à-dire  , la 
droite  & -la  gauche  ^ appellées  phrygiennes. 

Madame  Dacier  eft  au  contraire  perfuadée 
que  ce  n^’étoit  point  du  tout  le  fujet  des  pièces 
qui  régloit  la  mufique , mais  Toccafion  où  elles 
étoient  repréfentées.  En  effet ^ lî  auroit  été  im- 
pertinent qu'une  pièce  faite  pour  honorer  des 
funérailles  , eût*  eu  une  mufique  enrouée  ; c’cff 
pourquoi  J quand  les  adelphes  de  Térènce  furent 
joués  la  première  fois  J ifS  le  î'dizt'X  tlhiis  liàUs  , 
avec  les  lydiennes , c'eft-à- dire  , avec  deux 

fûtes  droites;  & quand  iis  furent  joués  pour  des 
occafions  de  joie  & de  divertilfement,  ce  fut 
îihiis [arranïs  , avec  les  deux  flûtes  gauches.  Ainfij 
quand  une  pièce  éroit  jouée  pendant  les  grandes 
fêtes  , comme  la  joie  & la  religion  s‘y  trouvqient 
mêlées  J c’étoir  ordinairement  avec  \ts  flûtes \né- 
gaieSj  ou  une  fois  avec  deux  droites,  & enfuite 
avec  deux  gauches  , ou  bien  en  les  prenant  aher- 
native.ment  à chaque  intermède. 

Au  refte  ^ ceux  qui  jouoient  de  la  flûte  pour  le 
théâtre,  fe  mettoient  autour  de  la  bouche  une 
efpèce  de  ligature  ou  bandage  compofé  de  p!u- 
fieurs  courroies  qu'ils  lioient  derrière  la  tète, 
afin  que  leurs  joues  ne  paruffent  pas  enfiées , & 
qu'ils  pufTent  mieux  gouverner  leur  haleine  & 
li  rendre  plus  douce.  C'eff  cette  ligature  que  les 
grecs  appelioienc  pofos.-s?  & s-^utor.  Sophocle  en 
parle,  quand  il  dit: 

“ Il  ne  foufle  plus  dans  de  petjtes/drf^,mais 
» dans  des  fouflets  épouvantables,  & fans  ban- 
a,  dage».  Ce  que  Cicéron  appliquoit  heureufe- 
ment  à Pompée,  pour  marquer  qu'il  ne  gardoit 
plus  de  mefures  , & qu'il  ne  fongeoit  plus  à mo-  ■ 
dérer  fon  ambition.  Il  eft  p.tïlé  du  b.indage  dans 
Plutarque,  dans  le  fcholiafte  d' Ariltcphane  & 
ailleurs;  & l'on  en  voit  la  figure*  fur  quelques 
anciens  monumens. 

L'ufage  de  la  flûte  n'étoit  pas  borné  au  théâtre 
feul  : elle  faifoit  partie  de  la  plupart  des  fpec- 
tacles  & des  cérémonies  publiques  grecques  & 
romaines  ; des  noces , des  expiations , des  facri- 
fices , 8e:  fur-tour  des  funérailles.  Accouipagnée  ■ 
des  finglots  de  ces  femmes  gagées  , qui  poflé- 
doient  l'art  de  pleurer  fans  aïfiiélion,  la,^r«ne 
pouvoir  m.inquer  de  former  la  principale  mufique 
d,es  pompes  funèbres.  A celle  du  jeune  Arché- 
more  , fils  de  Lycurgue  , c'étoit  h flûte  qui  don- 
noit  le  fignal , & le  ton  des  lamentations.  ' 
Dan_$  les  fêtes  d'Adonis,  on  fe  fervoir  aufli  de 
la  flûte , Sc  l'on  y ajoutoic  ces  mois  lugubres  : 
hélas , hélas , Adonis  1 mots  qui  conveuoient  par- 
faitement à la  triiîeffs  de  ces  fêtes. 


F . L ü . d’77 

Les  renîatns  , én  vertu  d’une  loi  très-ancienne, 
& que  Cice'ron  nous  a confervée  , emplorèrent  la 
flûte  au  même  ufage.  Elle  fe  faifoit  "entendre 
dans  les  pompes  funèbres  des  empereurs,  des 
grands,  & des  particuliers  de  quelque  âge  & de 
quelque  qualité  qu'ils  fullent  ; car  dans  toutes 
leuis  funérailles  on  chantoic  des  poèmes  lugut- 
bres , appelles  nœni& , qui  demandoienr  néceÇ 
fairement  l'accompagnement  des  flûtes  j c'eft  en- 
core par  la  même  raifon  qu’on  difoit  en  proverbe, 
jum  lltet  ad  tibidnes  rrdttas  , envoyez  chercher 
les  joueurs  dt  f.ûte,  pour  marquer  qu’un  malade 
éto;t  4é:''efpéré,  & quLI  n’aveit  pîï^  qu’un  mo- 
ment à vivre  ; expreiiîon  proverbiale  que  Circé 
emploie  dans  Pétrone,  aflez  plaifamment  dans  les 
reproches  qu'elle  fait  à Polyénos  fur  fen  hî>- 
paiûance.  ' ^ 

La  flûte  fervant  à des  cérémonies  'de  différentes 
fortes  , il  faiîoïc  bien  qu'on  eût  trouvé  l’art  d'en 
ajufier  les  ’fons  à ces  diverfes  cérémonies,  & 
cet  art  fut  imaginé  de  très-bonne  heure.  Nous 
iifcns  dans  Plutarque , que  Clonas  étoit  le  pre^ 
mier  auteur  des  nomes  ou  des  airs  de  flûte.  Les 
principaux  qu’il  inventa , & qui  furent  extrême- 
ment perfeélionnés  après  lui , étoient  l’apothétos  , 
le  fchoénion  , le  trimélès , Léiégiaque  , le  comar- 
chics  , le  cépionien  & le  déios.  Expliquons 
brièvement  ces  mots , qu’on  trouve  fi  fouveot 
dans  les  anciens  auteurs- 

L'air  apothétos  étoit  un  air  majeftueux  , re- 
fervé  pour  les  grandes  fêtes  & les  cérémonies 
d'éclat. 

U 3.ÏT  fchoénion  , dont  Pollux  & Eléfych.'us  par- 
lent  beaucoup , devoir  ce  nom  au  caractère*  de 
mufique  & de  poéfie,  dans  lequel  il  étoit  com- 
pefé  ; caradtère  qui  , félon  Cafaubon  , avoir 
quelque  çhofe  de  mou  , de  fiexible  , & , pour 
ainfi  dire , d'effeminé. 

■ L'air  trimélès  étoît  partagé  en  trois  ftrophes 
ou  couplets  : la  prem'ère  ftrorhe  fe  jouoit  fur 
le  mode  dorien;  la  fécondé,  fur  le  phrygien  y 
la  troifième  , fur  le  lymien  , & c'eft  de  ces  trois 
changemens  de  modes  que  cit  air  droit  fon  nom, 
comme  qui  diroit  air  a trois  modes  : c’eft  à quoi 
répondroit  prccifément  dans  notre  mufique  un 
air  à trois  couplets,  dont  le  premier  feroic  com- 
pofé  en  c fùl  uîf\e  feco.nd  en  d la  re  , le  trot- 
fième  en  e fl  mi. 

L’air  élégiaque  ou  pl.iintif  fe  comprend  aSfez. 

L'air  comarckios  ou  bacchique  vqo\t  le  premier 
rang  parmi  ceux  que  l’on  jouoit  dans  les  fefiins, 
& dans  les  affemblées  de  débauches  auxquelles 
prélîdoit  le  dieu  Cornus. 

L'air  cépion  empruntoit  fbn-  nom  de  fon  au- 
teur, élève  de  ^Terpandre  , qui  s'éîoit  fignalé 
dans  les  airs  pour  h flûte  & pour  la  cithassy 


' F'LV 

mais  on  ignore  quel  étoit  îe  caraSèrr  diflinâif 
de  i'air  cépion;en- 

L'air  déios  femble  lignifier  un  air  craintif  & 
umide. 

Outre  les  airs  àsjlûte  que  nous  venons  de  citer, 
■Olympe , phrygien  d'origine , compofa  fur  cet 
inftramentjà  l'honneur  d'Apoilon,  l'air  appelle 
yàl'Jifhale  ou  z -plufieurs  têtes.  Pindare  en  fait 
Paflas  rinventnce  pour  imiter  ks  gémiffemens 
des  fœurs  de  Médufe,  qui  étoient  cenfées  liffler 
fur  dsfférens  tons  ; ia  fàu  imitoit  cette  variété 
de  fifflemens. 

Les  auteurs  parlent  auffi  de  l'air  harmatios  , 
c'eft-à-dire  du.  char.  Héfychius  prétend  que  cet 
air  prit  fon  nom  de  fon  jeu,  qui  lui  faifoit  imiter 
la  rapidité , ou  le  fon  aigu  du  mouvement  des 
roues  d’un  char. 

U z\r  orthien  célèbre  dans  Homère  , dans 
Arifiophane  , dans  Hérodote,  dans  Plutarque  & 
autres--  La  modulation  en  étoit  élevée,  & le 
rythme  plein  de  vivacité , ce  qui  le  rendoit  d'un 
grand  ufage  dans  la  guerre  pour  encourager  les 
troupes.  C’ell  fur  ce  haut  ton  que  crie  la  Dif- 
côrde- dans  Homère,  pour  exciter  les  grecs  au 
combat.  G’étoit,  comme  nousledirons  bientôt, 
en  jouant  ce  même  air  fur  la  flûte  , , que  Timo- 
thée le  t’nébain  faifoit  courir  Alexandre  aux  ar- 
mes. C'étoit , au  rapport  d’Hérodote  , le  nome 
orthien  que  cbantoit  Arion  fur  la  poupe  du  vaif- 
fcau , d’où  il  fe  précipita  dans  ia  mer. 

Enfin , l'en  met  au  nombre  des  principaux  airs 

flûte  le  cradias  , c’eft-à-dire  , V air  du  figuier , 
qu'on  jouoit  -pendant  la  marche  des  victimes 
expiatoires  dans  les  thargélies  d'Athènes  ; il  y 
avoit  dans  ces  fêtes  deux  viâimes  expiatoires 
qu'on  frappoit  pendant  ia  marche  avec  des  bran- 
ches de  figuier  fauvage.  Ainfi,  le  nom  de  cradias 
,€tî  tirù  du  mot  grec  qui  figriifie  branche  de  figuier. 

Comme  il  n’étoit  plus  permis  de  rien  changer 
au  jeu  des  airs  de  flAte  , foit  pour  l'harmonie, 
foit  pour  la  cadence',  & que  les  muficiens  avoient 
grand  foin  de  conferver  à chacun  de  ces  airs 
le  ton  qui  lui  étoit  propre  j de  là  vint  qu’on 
appella  leurs  chants  nomes  ^ c’eft-à-dire , en  grec, 
/or,  modèle,  parce  qu’ils  avoient  tous  différens 
tons , qui  leur  étoient  affeéiés  , & qui  fervoient 
de  règles  invariables  , dont  on  ne  devoir  point 
s'écarter. 

On  eut  d'autant  plus  de  foin  de  s'y  confor- 
mer , qu’on  ne  manqua  pas  d'attribuer  à l’excel- 
lence de  quelques-uns  de  ces  airs  4es  effets  fur- 
prenans,  pour  animer  ou  calmer  les  paffions  des 
hommes.  L'hiftoire  nous  en  fournit  quelques 
«xgmpks  , dont  nous  difeuterons  la  valeur. 


F L ü 

Pythagore,  félon  le  témoignage  de  Beè'ce  ' 
voyant  un  jeune  étranger , échauffé  dès  vapeurs 
du  vm,  iranfporté  de  colère,  & fur  le  point  de 
mettre  Je  feu  à la  majfon  defamaîtreffe,  àcaufe 
d^un  rival  préféré,  animé  de  plus  par  le  fon 
d une  flûte , dont  on  jouoit  fur  le  mode  phry- 
gien ; Pythagore  , dis- je , rendit  à ce  jeu.ne  homme 
ia  tranquillité  & fon  bon  fens , en  ordonnant 
feulement  au  mufîcien  de  changer  de  mode  , & 
de  jouer  gravem.ent,  fuivant  la  cadence  marquée 
par  le  p:ed,  z^çtWé  fp ondée  , comme  qui  diroit 
aujourd'hui  fur  la  mefure  dont  on  compofe  dans 
nos  opéra  les  fymphonies  connue?  fous  le  nom  de 
fommeils , fi  propies  à tranquiilifer  & à endormir. 

Galien  raconte  une  hiftoire  prefque  toute  pa- 
reille , à l'honneur  d'un  muficien  de  Mikt  i 
nommé  Damon.  Ce  font  de  jeunes  gens  ivres i 
qu'une  joueufe  de  flûte  a rendus  furieux  en 
jouant  fur  le  mode  phrygien , & qu’elle  radoucit 
par  l’avis  de  ce  Damon , en  paffant  du  mode 
phrygien  au  mode  dorien. 

Nous  apprenons  de  St.  Chryfoftôme,  que 
Timothée  jouant  un  jour  de  la  flûte  devant 
Alexandre  - le  - Grand , fur  le  modî  orthien, ce 
prince  courut  aux  armes  aufli-tôt.  Plutarque  dit 
prefque  la  même  chofe  du  joueur  àc flAte  Anti” 
génide , qui  , dans  un  repas , agita  de  telle  ma- 
nière ce  même  prince,  que  s’étant  levé  de  tab'e 
comme  un  forcené  , il  fe  jetta  fur  fes  armes  , 
& mêlant  leur  cliquetis,  au  fon  de  la  flûte , peu 
s’en  fallut  lju’il  ne  chargeât  les  convives. 

Voilà  ce  que  l’hiftoire  nous  a confervé  de  plus 
mémorable  e.n  faveur  de  ia  flAte  des  anciens,; 
mais  J fans  vouloir  ternir  fa  gioire , comme  ce 
n’eft  que  fur  des  gens  agités  par  les  fumées  de 
vin  que  roulent  prefque  tous  les  exemples  qu'on 
allègue  deXes  effets,  ils  fcmblent par-!à  déroger 
beaucoup  au  merveilleux  qu'on  voudroit  y trou- 
ver. Il  ne  faut  aujourd’hui  que  le  fon  aigu  & la 
cadence  animée  d'un  mauvais  hautbois,  foutenu 
d’un  tambour  de  bafque,  pour  achever  de  rendre 
furieux  des  gens  ivres,  & qui  commencent  à fe 
harceler.  Cependant , lorfque  leur  premier  feu  eft 
paffé , pour  peu  que  les  hautbois  jouent  fur  un 
ton  plus  grave  , & raîentiffent  la  mefure , on  les 
verra  tomber  infenfiblement  dans  le  fommei! , 
auquel  les  vapeurs  du  vin  ne  les  ont  que  trop 
difpofés.  Quelqu’un  s’aviferoit-i! , polir  un  fem- 
blable  effet , de  fe  récrier  fur  le  charme  & fut 
la  perfection  d'une  telle  mufique  ? On  nous  per* 
mettra  de  ne  concevoir  pas  une  idée  beaucoup 
plus  avantageufe  de  la  flûte , ou  , fi  l’on  veut , 
du  hautbois , dont  Pythagore  & Danton  fe  fet" 
virent  en  pareils  cas. 

Les  effets  de  la  flûte  de  Timothée,  ou  de 
celle  d'Antigénide  , fur  Alexandre , qu  ont-i  ^ 
de  fi  furprenant  k N'eft  - il  pas  ■'^^turel  quun 


prince  jeune  & belliqueux,  extrêmement  fenfible 
à l'harmonie , Sc  que  le  vin  commence  à échauf- 
fer, fe  lève  brufquement  de  table,  entendant 
fonner  un  bruit  de  guerre,  prenne  fes  armes  & 
fe  mette  à danferla  pyrrhique,  quiétoitune  danfe 
impétueufe,  où  Ton  faifoit  tous  les  mouvemens 
militaires,  foit  pour  l'attaque,  foit  pour  la  dé- 
fenfe  ? Elî-il  néceffaire  pour  cela  de  fuppofer  dans 
ces  mulîciens  un  art  extraordinaire , ou  dansJeur 
fû:e  un  fi  haut  degré  de  perfection  ? On  voit 
dans  le  feflin  de  Seuthe,  prince  de  Thrace , 
décrit  par  Xénophon , des  cérafontins  fonner  la 
charge  avec  des  fiâtes  & des  trompettes  de  cuir 
de  bœuf  crud  ; & Seuthe  lui-même  fortir  de 
table  en  pouffant  un  cri  de  guerre,  & danfer 
avec  autant  de  vîteffe  & de  légéreté,  que  s'il 
eût  été  queftion  d'éviter  un  dard.  Jugera-t  on 
de  là  que  les  céfarontins  étoient  d’exccllens  maî- 
tres en  mufique  ? 

L'hiftoire  parle  d'un  joueur  de  harpe  , qui  vivoit 
fous  Ëric  II,  roi  de  Danemarck,  &c  qui,  au 
rapport  de  Saxon  le  Grammairien , conduifoit  fes 
auditeurs  par  degré  jufqu'à  la  fureur.  Il  s'agit 
dans  ce  trait  d'an  fiècle  d’ignorance  & de  bar- 
barie , où  la  mufique  extrêmement  dégénérée  , 
ne  laiffoit  pas  néanmoins,  tout  imparfaite  qu'elle 
ctoit,  d'exciter  les  pallions  avec  la  même  viva- 
cité que  dans  le  fiècle  d’Alexandre.  Concluons 
que  les  effets  attribués  à la  fiâte  des  anciens , ne 
prouvent  point  feuîs  l’extrême  fu'périoritë  de  fon 
jeu,  parce- que  la  mufique  la  plus  fimpk , la  plus 
intorme  & la  plus  barbare,  comme  la  plus  com- 
pofée,  la  plus  régulière  & la  mieux  concertée, 
peut  opérer  dans  certaines  conjeélures  les  pré- 
tendues merveilles  dont  il  s'agit  ici.  ( Article  du 
chevalier  de  Jaucourt,') 

Joignons  ici  les  favantes  ohfervations  que  nous 
fournit  le  fupplémenî  de  V encyclopédie. 

Pour  qu'une  fiûte  produire  un  fon , il  faut 
qu'elle  ait  une  embouchure  comme  nosfAtes  tra- 
verfières,  un  bocal  comme  nos  cornets,  un  bi- 
lèau  comme  nos  fiâtes  douces,  ou  enfin  une 
anche  comme  nos  hautbois.  De  tous  ceux  qui  fe 
font  occupés  des  fiâtes  des  anciens , aucun  , que 
je  fâche,  n’a  recherché  s'il  avoient  toutes  ces 
différentes  efpèces  de  fiâtes  ^ ou  s'ils  n'en  con- 
iioiffoient  que  quelques  unes,  de  lefquelles  ? Il 
eft  vrai  que  d'habiles  antiquaires  modernes  rap- 

fortent  que  quelques-unes  des  fiâtes  trouvées  à 
lerculanum , ont  des  anches , & que  les  anciens 
érigèrent  une  ftatue  à Pronome  le  thébain , parce 
<}u'il  avoit_  inventé  cette  partie  de  la  fiâte.,-  mais 
iis  ne  nous  apprenne?. t rien  de  plus.  II  eft  vrai 
encore , que  l'anche  eft  manifefte  dans  lesdeffins 
de  quelques  fiâtes  anciennes;  mais  il  y en  a d’au- 
tres qui  fe  terminent  en  haut  par  une  efpèce  de 
bocal  ; on  en  trouve  même  une  à bifeau.  Enfin  , 
le  P . Hardouin , dans  les  notes  Si  les  correéÜons 


qu’il  a jointes  à là  belle  édition  de  Pline  , parle 
bien  des  anches  des  anciens  ; mais  il  n’explique 
pas  pofitivement  fi  les  anciens  avoient  uniquement 
des  fiâtes  à anches , ou  s'ils  en  avoient  aufll 
d'autres;  il  me  femble  cependant  que  cette  ma- 
tière mérite  d'être  éclaircie.  Je  vais  tâcher  de  le 
faire,  & je  me  flatte  de  pouvoir  montrer  que 
les  anciens  n'avoient  que  des  fiâtes  à anches  , 
mais  qu'elles  étoient  de  deux  fortes  ; l’une  ayant 
l’anche  à de'couvert  comme  nos  hautbois  ; l’autre 
ayant  l’anche  cachée  à peu  près  comnae  les  trom- 
pettes d'enfans. 

Avant  d’entrer  en  matière , il  ne  fera  pas  hors 
de  propos  de  remarquer  que,  fuivant  le  témoi- 
gnage de  tous  les  auteurs  grecs  & latins  , les 
anciens  appellorent  fiâte  un  tuyau  percé  de  plu- 
fleurs  trous  latéraux  , qu’on  bouchoit  avec  les 
doigts,  ou  autrement,  & qui  ferv oient  à pro- 
duire les  différens  tons  ; les  autres  inftfumens  à 
vent  s’appelloient  cor  , trompette  , buccine,  lituus  i 
je  ne  connois  qu’une  feule  exception  à cette  règle, 
c'eft  la  fyringe  , ou  le  fiffletde  Pan,  inftrument 
compofé  de  plufieurs-  tuyaux  inégaux  , & dont 
chacun  donne  un  ton  différent  ; encore  peat-on 
dire  avec  raifon , que  les  tuyaux  inégaux  de  la 
fyringe  tenoient  lieu  des  trous  latéraux  des  autres 
fiâtes. 

La  flûte  traverfière  ne  paroît  pas  avoir  été  con- 
nue des  anciens;  au  moins  aueun  auteur  n’en 
parle-  Ils  avoient , à la  vérité , une  fiâte  furnom- 
. mée  plagiaule , c'eft-  à-dire , oblique  j mais  Servius, 
dans  fes  remarques  fur  Virgile,  dit  à l’occafion 
de  ce  vers  : 

Aut  tihi  curva  chorus  indixit  tibia  Sàccki  , 
Uanc  tïbiam  gr&ci  vacant  5rXstyi«'jXa»  , 

Les  grecs  appellent  cette  flûte  ( curva  tibia  ) 
plagiaule  : or,  les  anciens  ajoutoient  au  bout  de 
leurs  fiâtes  une  corne  de  veau  pour  en  augmenter 
le  fon  ; cette  corne  étoit  naturellement  recourbée, 
Screndoît  par  conféquent  la;^K«  même  courbe, 
& voilà  la  curva  tibia  de  Virgile,  fie  \z plagiaule 
des  grecs.  On  voit  de  ces  courbes  fur  plii- 
; fleurs  monumens  anciens. 

La  vérité  m’oblige  d'ajouter,  que  j’ai  trouvé 
des  efpèces  de  fiâtes  traverfières,  eu  plutôt  de 
vrais  fifres  , fur  deux  bas-reliefs  qui  fe  trouvent 
l’un  & l'autre  dans  V antiquité  expliquée  de  Mont- 
faucon;  le  premier  Se  ces  bas-reliefs  repréfente, 
fuivant  le  fiyanr  Bénédiéiin  , l’Amour  & Pfyché  ; 
tous  deux  font  portés  par  des  centaures.  L’Amour 
tient  à fa  bouche  un  bâton  qui  femble  être  un 
fifre , & il  éft  dans  l'attitude  de  quelqu’un  qui 
joué  de  cet  infiniment  : entre  les  deux  ceiitaures 
eft  un  Cupiden  , ou  génie  aîlé  debout , josant 
auffi  du  fifre.  Je  foupçonne  ce  bas  ®«lief  d'être 
mal  copié.  _ . ' 


5So  F L U 

î'*.  Pârca  que  Montfaucon  dii  ^/ofitivetnerit , 
que  le  Cupidon  debout , entre  les  centaures  , 
tient  un  vale  : or , rinftrument  que  tient  TAmour 
à cheval , reflembie  exactement  au  premier  , & 
fi  l’un  eft  un  vafe  ^ l’autre  auS'i  eu  elt  un. 

Parce  que  je  n’ai  vu  fur  aucun  monument 
l’Amour  jouant  d’aucune  efpèce  de  flûtes  l’on 
trouve  bien  des  génies  ailés  jouant  de  cetinftru- 
ment , nuis  non  l’Amour.  i 

Le  {ëcond  de  ces  bas-reliefs , que  Montfau- 
con a tirés  de  Boiffardj  refiemblE  beaucoup  au 
premier  ^ & je  le  foupçonne  de  n’étre  que  le 
premier  altéré  par  les  deflinateurs. ; au  moins  fi 
ce  foupçon  n’eit  pas  fondé , il  eft  très-probable 
que  ces  centaures  & ces  Cupidons  font  une  al- 
légorie i & que  l’un  de  ces  bas-reliefs  eft  imité 
de  l’autre. 

Au  relie  qu’on  ne  foit  pas  étonné  fi  j’accufe 
fi  facilement^  ici  & ailleurs  > ceux  qui  ont  copié 
les  bas-reliefs  antiques  j de  les  avoir  altérés: 
j'ai  des  preuves  indubitables  qu’ils  fe  font  tromï 
pés  en  plulkurs  occafions,  & j’en  rapporterai 
deux  des  plus  fortes. 

L’on  trouve  dans  le  tome  I , de  l’antiquité 
expliquée  de  Montfaucon , une  fyringe  compofée 
de  huit  tuyaux  à bifeau.  Chaque  tuyau  eft  percé 
de  trous  latéraux  ; les  deux  premiers  en  ont  cha- 
cun quatre  5 les  quatre  fuivans  en  ont  chacun 
trois  ; l’avant-dernier  deux  j & le  dernier  un.  Je  : 
ne  ferai  point  remarquer  que  jamais  on  ne  trouve 
de  fyringe  dont  les  tuyaux  foient  à bifeau , & 
percé  de  trous  latéraux  ; je  demanderai  feulement 
comment  avec  huit  doigts  on  jouera  d’un  inftru- 
menrà  vingt-trois  trous?  Me  répondra  - 1 - on 
qu’on  ne  joue  que  d’un  tuyau  à ia  fois  , & 
qu’alors  il  ne  faut  au  plus  que  quatre  doigts. 

Je  demande  alors  comment  un-  muficien  tranf- 
portera  dans  le  même  inllant  fon  infirument  d’un 
coté  à l’autre  J & fes  doigts  d’un  tuyau  i l’autre 
fans  fe  tromper  ? 

On  trouve  djns  le  traité  de  tihüs  veterumàc 
Barthoiiit,  pl.  II,  fig.  i , un  joueur  de  flûte, 
tenant  deux  flûtes- , dont  chacune  a deux  trous 
latéraux  , 8c  à côté  deux  petites  éminences  cubi- 
ques J ou  chevilles  j cette  même  figure  fe  trouve 
dans  Boiffard,  mais  les  flûtes  n’ont  ni  trous  laté- 
raux , ni  chevilles  ; bien  loin  de  là^  elles  font 
entourées  d’anneaux.  Que  ce  foit  Barrholin,  ou 
que  ce  foit  BoilTard  qui  ait  repréfenté  l’antique  , 
l’un  des  deux  s’eft  trompé  dans  cette  occafîon: 
on  peut  avoir  de  même  mal  copié  le  bas-relief 
ou^font  les  fifres , & je  fuis  fondé  à dire  que 
les  anciens  n'avoient  point  àz  flûtes  traverfières  ^ 
jufqu  a ce  que  j’aie  de  bonnes  preuves  du  con- 
traire. 

Les  flutes  'ï  bocal , où  les  cornets  font  diffi- 
ciles à emboucher,  êe  il  eft  prefqu’impoffibie  de 


F LU 

jouer  de  deux  de  ces  jlûtes  à la  fois  ; cfeft 
pendant  ce  que  faifoient  les  anciens  habltuefe- 
menr.  D ailleurs,  une  flûte  à bocal  n’a  rien  cuî 
reiTembla  à une  glotre  . ou  languette  ( c’cit-à-dîre 
à une  anche,  comme  nous  le  verrons);  cepen- 
dant il  paroît  par  quantité'  de  palîages  des  auteurs 
anciens,  que  la  glotte  ou  languette  étoit  indsf- 
' penfable  à Iz  flûte.  Voici  quelques-uns  de  ces 
pafTages. 

Porphyre . dans  fes  Commentaires  fur  le  ckap. 

’ J^III  du  livre  premier  des  Harmoniques  de  Pto- 
lomée . édition  de  Walîs  . dit.  ^ fi  l’on  prend  deux 

; » flûtes  . foit  de  rofeau,  foit  d’airain 

■ » & qu’on  fouffle  dans  ces  flûtes  par  les  lan- 
^ ” guettes  qui  s’y  rtcuveat  ( per  cas  que,  funt  in 
: » illis  lingulas  ». 

i St.  Chryfoftome  dit . Homélie  45  . « fi  vous 
» ôtez  la  languette  ( Unguia  ) à une  jlûte,  l’inf- 
« trament  devient  inurue».  II  eft  cîa!r  que  ni 
Porphyre,  ni  Sr.  Chryfoftome  ne  parlent  d’une 
feule  efpèce  de  fl.âte  j ils  parlent  des  flûtes  eu 
général. 

Suivant  Pollux , chap.  IX.  liv.  IH.  de  fon^ 
Onomaflicon , une  mauvaife  fl.ûte , Sc  fans  lan- 
guette ( glotta  ) , enfin  . fans  fon  , n’eft  bonne 
à rien  ( inepta  ).  Le  meme  auteur  mer  un  peu 
plus  haut  Tanche  ( glotta  ) au  nombre  des  parties 
de  ]z  flûte..  Au  refte.  tout  ce  que  Ton  vient  de 
dire  par  rapport  aux  flûtes  à bocal,  ou  cornets, 
peut  a U {fi  très  - bien  s’appliquer  aux  flûtes  tra- 
verfières. 

Les  flûtes  à bifeau  , ou  douces  . parlent  aifé- 
mentj  & plus  elles  font  longues,  plus  il  faut 
y fouâîer  doucement  j à quoi  ben  alors  le  phor- 
béïon,  ou  bandage,  dont  les  anciens  muficiens 
s’entouroient  la  tête,  pour  mieux  gouverner  leur 
haleine  ? Quand  on  n’eft  pas  obligé  de  fouffier 
avec  véhémence,  on  en-  eft  toujours  le  maître. 
Si  les  flûtes  des  anciens  étoient  des  jfarej  douces, 
pourquoi  les  ftatues , qui  repréfenrent  des  mufî- 
ciens  en  adion  , ont-elles  toutes  les  joues  en- 
flées ? Comment  Ovide  auroit-il  pu  faire  dire  à 
' Minerve,  à qui  il  attribue  l’invention  de  la  flûte  , 

Vidi  virgineas-  iatumuiffe  gênas. 

Fafl.  lib.  ir. 

Je  vis  mes  joues  vierges  enflées  ? Comment 
Plutarque  auroit-il  pu  rapporter  dans  la  vie  d’Al- 
cibiade , que  ce  jeune  grec  ne  voulut  pas  ap- 
prendre à jouer  de  la  flûte,  alléguant  entr’autres 
raîfons , qu’à  peine  ceux  qui  étoient  indmément 
liés  avec  un  homme  pouvoient-ils  le  reconnoitm 
» quand  il  jouoit  de  De  pins.  Anfo 

tote . dans  le  ekap.  HL  du  liv.  HHL  de  fla.  Fo. 

I litique  , nous  apprend  que  « h flûte  eft  plus  propre, 
i w à snjfoer  les  efprits,  êc  à les  porœf  a la  coiere 


F L U 

» qu’à  les  concilier  » -,  ce  qui  certainement  ne 
convient  pas  plus  eue  tour  ce  que  nous  venons 
de  dire,  ni  zmx flûtes  douces,  ni  aux  jlûtes  tra- 
YsrUères. 

Puifque  donc  !es  flûtes  des  anciens  n’éroient 
point  des  cornets  , ni  des  flûtes  traverfières  , ni 
des  fliûtes  douces , ii  faut  néceffairement  qu’elles 
aient  été  des  hautbois  , ou  que  leurs  glottes  en 
languettes  fufient  de  véritables  anches.  Confirmons 
cette  idée  par  quelques  paffages  de  plufieurs  au- 
teurs. Hffychius  dit  que  la  glotte  écs  flûtes  n’ert 
autre  chofe,  qu’une  languette  agitée  par  le  foufïle 
du  joueur , ce  qui  convient  parfaitement  à l’an- 
che d'un  hautbois  -,  d’ailleurs  le  mot  glotte  même 
conftrme  cette  opinion  , la  partie  du  corps  hu- 
main, aopsllée  glotte  J ayant  de  l’affinité  avec  une 
anche.  Pcolomée,  dans  le  ckap.  III.  du  liv.  I. 
des  Harmoniques , dit  ; « la  trachée  artère  eft  une 
»5  fl,ûte  naturelle  ; mais  la  trachée-artère,  comme 
l’on  fait,  fe  termine  par  i’épiglotte,  efpèce  de 
fsupape  qui  s’ouvre  & fe  ferme  à peu  près  com- 
me la  languette  d’un  chalumeau.  Pollux , dans 
le  chapitre  déjà  cité  de  fon  Onomafticon , rap- 
porte qu’on  peut  dire  en  parlant  d’un  joueur  de 
f.âte , «qu’il  a les  joues  pleines,  gonflées , bouf- 
» fies  , élevées , étendues , adhérentes , pleines 

» de  vent,  les  yeux  irrités fanguinolens^s 

il  dit  encore  plus  bas  : « les  anciens  difent  des 
M glottes  ufées  par  le  chant  ».  I!  nous  eft  relié 
iin  traité,  prefque  entier  d’Ariftote,  fur  les  objets 
qui  font  du  reflbrr  de  l’ouie  ( de  audibilihus  ) 5 on 
trouve  ce  traité  dans  les  Commentaires  de  Por- 
phyre , fur  le  cha-p.  III.  du  liv.  I.  des  Harmoniques 
de  Ptolomée,  & entr’aiitres  paffages  , il  renferme 
les  trois  fuivans.  “ Si  quelqu’un  ferre  les  lèvres 
« & comprime'la  glotte  d’une/ére,  le  fon  devient 
» plus  dur,  plus  défagréable  & plus  éclatant  «. 
» Si  l’on  mouille  le  fommet  de  la -glotte,  ou 
» qu’on  l’imbibe  de  falive , l’inlirument  raifonne 
» mieux;  & au  contraire,  quand  la  glotte  eft 
» sèche».  Si  l’on  comprime  la  glotte,  le  fon  de- 
» vient  plus  aigu  & plus  clair».  Tout  cela  con- 
vient parfaitement  aux  fliûtes  à anches  , auffi- 
bien  que  ce  que  dit  Apollonius  de  Thyane  ( eh. 
XXL  liv.  V'.  de  fa  vie , par  Philoftrate  ) , « qu’une 
» des  qualités  néceffaires  à un  muficien,  eftcelle 
» de  bien  embraffer  la  glotte  de  fa  f.ûte  avec  les 
» lèvres  , fans  cependant  y employer  affez  de 
» force  pour  en  devenir  rouge  ». 

Pline  , dans  le  ckap.  XXK.  du  liv.  XVI.  de 
fon  Hijioire  naturelle  , rapporte  « qu’avant  le  mu- 
» ficien  Antigénide , on  coupoit  dans  le  mois  de 
>•>  feptembre  les  rofeaux  dont  on  vouloir  faire  des 
» fiâtes , & qu’on  ne  commençoit  à s’en  fervîr  i 
» qu’après  quelques  années  ; qu’alors  même  le 
>■>  muficien  étoit  obligé , pour  ainfi  dire , de  domp- 
» ter  fon  infiniment,  & d’apprendre  à fa  flûte  \ 
» même  à chanter , les  languettes  étant  trop  peu 
» ouvertes»;  c’eft-à-dire,  probable.ment , q'ue 
Antiquités.  Tome  II, 


F L U crsi 

! Comme  oft  avoir  cueilli  le  rcfeau  quand  il  étoit 
déjà  trop  mûr  , les  languettes  étoient  dures , 
fe  comprimoient  réciproqueme.nt  ; car  il  dit , 
comprimentibus  fle  lingulis  , & ne  fe  laiffoietît  pas 
gouverner  à la  volonté  du  joueur.  « Mais  après , 
» continue  Pline , on  les  coupa  ava.nt  le  folitice 
» ( au  mois  de  juin  ) , & on  s’en  fervit  au  bout 
» de  trois  ans,  les  languettes  étant  plus  ouvertes 
» pour  fléchir  les  fons,  c’eft-à-dire,  qu’on  cou- 
» poit  les  rofeaux  avant  leur  pleine  maturité , 
» qu’alors  ils  étoient  plus  fouples  , que  les  lan- 
» guettes  ne  fe  comprimoient  plus  il  fort  réci- 
» proquement,  & que  par  conféquent  les  fons 
» étoient  plus  faciles  à varier  ».  On  trouve  dans 
les  notes  d’Hardouin , fur  les  endroits  ■.  de  Pline 
. que  nous  venons  de  citer , un  paffage  de  1 héo- 
phrafte,  où  il  eft  dit  ,«  que  les  anciens  faifoiert 
» d’abord  leurs  flûtes  toutes  de  rofeaux  , & qu’ils 
» croyoient  que  les  anches  ( glottes)  devoient- 
» être  prifes  dans  l’entre-deux  des  nœuds  de  h 
» même  plante  dont  on  avoir  fait  !aj?ére,  parce 
» que  fans  cela  l’inftrument  ne  raiionnoit  pas 
» bien».  Ce  paffage  feul  prouve  que  les  f.ites 
des  anciens  étoient  à anches  ; encore  aujourd'hui 
00  préfère  celles  de  rofeau  à toutes  les  autres. 

Je  crois  avoir  fuffifamment  prouvé  que  les  an- 
ciens n’avoient  que  des  flûtes  à anches.  De  ces 
flûtes  les  unes  avoient  l’anche  à découvert  comme 
nos  hautbois;  les  trois  paffages  d’ Al iftote , cités 
ci-deffus,  le  prouvent  fans  réplique.  Les  autres 
avoient  l’anche  cachée  comme  les  trompettes 
d’enfans.  Voici  ce  qui  me  femble  l’indiquer. 
D’abord  on  voit  fur  des  bas-reliefs  des /érej  fans 
l’apparence  de  bifeau,  ni  d'anche  ; ces  font 
ordinairement  terminées  en  haut  par  un  bocal  ; 
donc  leur  anche  eft  cachée  dans  le  corps  de  l'inf- 
trument  ; car  nous  avons  déjà  vu  que  l’anche 
eft  indifpenfable  aux  fl.ûtes  des  anciens.  \.t%f.ûtes 
terminées  par  un  bocal  en  haut , font  ordinaire- 
ment les  plus  grandes , & quelques  joueurs  de 
flûte,  qui  tiennent  des  inftrumens  de  cette  efpèce , 
n’ont  point  de  phorbéion  , ou  de  bandage  , v. 
Phorbeïok  ; parce  qu’on  ne  pouvoir  paffer  qu’un 
petit  corps  mince  , tel  qu'une  anche  au  travers  de 
la  fente  du  phorbéïon  ; parce  qu’encore  le  phor- 
béïon  étoit  très-utile  au  muficien;  un  des  plus 
grands  défauts  qu’ont  même  aujourd’hui  nos 
joueurs  d’inftrumenS  à anches  , c’eft  de  laiffer 
échapper  le  vent , ce  qui  provient  de  la  tenfion 
continuelle  des  joues , & qui  caufe  un  fifflement 
très-défagréable , au  lieu  que  celui  qui  fouffle 
dans  un  bocal,  ne  peut  guère  laiffer  échapper 
le  vent. 

Pollux,  dans  le  chap.  IX.  du  liv.  IV.  de  fon 
Onomafticon  , dit  que  la  flûte  , appellée  bombyx , 
a deux  parties  outre  la  glotte , & les  trous  laté- 
raux, l’une  appellée  ( olmos  ) , l’autre, 

aquxuiùs  {eupkolmion)-,  l’olmos  peut,  je  crois, 
très-bien  indiquer  ici  un  pavillon  femblable  à 

Rr  rr 


<?82  F L Ü 

celui  des  cors- de-chaffe  & des  trompettes,  & 
eupholmion  une  embouchure  taire  comme  un 
bocai  j & à quoi  bon  cette  efpèce  d'embou.hure  , 
fi  ia  fiûte  avoir  une  anche  placée  comme  ceile 
de  nos  hautbois?  Ariltore,  dans  fon  traité  de 
audihilibus  , que  nous  avons  déjà  cité , dit  c'  qubi 
=3  eiî  difficiie  de  jouer  de  la  j?ére  , appeÜée  bom- 
» byx  ^ à caufe  de  la  longueur,  ce  qui  joint  à 
:>3  ce  nous  venons  de  dire  , femble  prouver  ef- 
==  feciivement  ^ que  les  fiâtes  les  plus  grandes 
des  anciens  avoient  un  bocai,  une  anche  ren- 
fermée  dans  le  corps  de Finilrument  qu’on 
en  jouoit  fans  phorbéion  3:1.  Cette  dernière 
chofe  eit  conbrmée  par  un  pasTage  de  Sophocle , 
qu’il  explique  en  même-temps;  le  voici.  « Il 
» ne  fouâîe  plus  dans  de  petites  fûtes , mais 
^ dans  des  foutSers  épouvantables  fans  ban- 
dage  ( phorbéion  ) Enfin  ^ je  rapporterai  encore 
ce  que  dit  Feùus,  en  donnant  une  étymologie 
GU  mot  Unguia  ( languette'),^  lingula  per  diminu- 
tionem  lingus,  dicia  , alias  à Jimilitudme  lingue, 
exerte  ut  in  calceis  inferte , id  efl  infra,  dentes 
coerciîe  , ut  in.  tibiis.  ce  Languette  , diminutif  de 
=5  langue  ^ tantôt  à cauie  de  ïk  reffemblaiice  avec 
une  langue  expofee  ( ou  tirée^ , comme  dans 
” les  caauflüies,  tantôt  à caille  de  fa  reifem- 
” blance  avec  une  langue  cachée , ou  retenue 
defious  les  dents  ; ce  qui  ne  fembie  convenir 
qu’à  une  anche  cachée  dans  finflrumeiit. 

' nulle  envie  d’imiter  les  gens 

a fylïême  , qui  écartent  de  ia  meilleure  foi  du 
monde  tout  ce  qui  peut  endommager  leurs  édi- 
fices J je  vais  rapporter  ce  que  je  crois  qu’on 
peut  m oppofer  raifonnablemenr,  au  moins  je 
rapporterai  ce  que  j’ai  trouvé  de  rufpeét  dans  le 
œurs  de  mon  travail.  Bartholin,  dans  le  ckap. 
V^.  du  liv.  I.  de  fon  traité  de  tib.  veter.  raconte 
comme  un  miracle  ^ d’après  le  fcholiafîe  de  Piiir  ■ 
dare^  que  les  languettes,  glottes,  ou  anches, 
étant  tombées  dans  un  combat  ou  concours  de 
rnuiique,  le  joueur  de continua  fa  pièce  avec 
^nfyaux  feuls.  Cette  hiltoire  peut  fournir  trois 
objtélions  1°.  Si  \d.fûte  n’avoic  d'autre  principe 
de  fon  que  l’anche,  comment  le  muiici-n  a-t-il 
pu  continuer  à jouer  après  que  celle  - ci  étoit 
probable  que  fa  fûte  étoit  en 
même^- temps  a bifeau  & à anche,  c’efl-à-dire , 
que  c’étoit  une  fiûte  douce  , à laquelle  on  avoir 
adapte  une  anche.  2°.  Eft-il  probable  que  l’anche 
d un  nautbois  puiiTe  tomber  fans  la  volonté  de 
celui  qui  tient  imrrrume.nt  ? Et  n’eft-il  pif  plus 
naturel^  de  fuppofer  que  c’etoie  une  charlatanerie 
Q.U  muiicien,  qui,  s étant  apperçu  qu’on pouveit 
jouer  iefz  flûte  fans  anche,  vouloit  s’en  faire 
honneur  r 3 . Enfin  , quoi  qui!  eh  foit  „ ptjifqiîé 
je  muuaen  pu _ jouer  une  fois  fans  anche,  ne 
peut-ii  pas  l’avoir  fait  plufîears  fois , gc  meme 
s en  etre  faiL  une  coutume  , Sc  l’avoir  enfeisné 
a d autres  ? Quant  à la  première  objsûion  7 je 


F L U 

réponds  que  fi  la  flûte  avoir  un  autre  principe  de 
fon  que  l'anche  , Je  feholiafte  de  Pindaren’auroit 
pas  rapporté  ce  fait  comme  un  prodige  ; déplus 
elt-il  vraifemblabie  que  les  anciens  aient  com- 
biné enfemble  le  bifeau  & 1-anche , & qu'aucun 
de  leurs  auteurs  ne  parie  du  bifeau,  tandis  que' 
tous  parlent  de  1 anche  non  équivoque;  Quant 
à la  fécondé  objeéli.on , je  réponds  qu’elie  ne 
prouve  rien  autre,  finen  que  la  fiûte  en  queflion 
étoit  à bocai,  & avoir  fon  anche  cachée;  alors 
celle-ci  pouvoir  très  bien  tomber  pr.r  accident, 
& le  .muficien  pou, oit  continuer  fa  pièce,  en 
embouchant  fa  flûte  comme  un  cornet,  La  troi- 
fième  objection  clt  certainement  la  pius  forte, 
èi  je  n'y  peux  répondre  autre  chofe  , finon  qu’il 
me  fembie  très-peu  probable  que,  fi  cette  aven- 
ture avo!t  donné  lieu  d’inventer  une  nouvelle 

• forte  de  flûte , le  feholiafte  de  Pindare,  ni  aucun 
autre  auteur  n’eu  enflent  dit  mot  ; ma  réponfc 
deviendra  plus  forte , fi  l'on  fait  attention  que 
l’aventure  étoit  réellement  fingulière  , & devoir 
natureHement  intérefîer  tous  les  fpeétateurs. 
J'ajeuterai  de  plus  que  Pollux  diilingue  fort  bien 
ia  flûte  de  ia  f>  ringe  , dont  le  fon  a un  principe 
différent , & qu’ainfi  il  auroit  bien  parlé  d’une 
autre  forte  àt  flûte , fi  elle  avoir  exifié.  Koye^ 
Poil.  Onom.  lib.  I.  chap.  IX. 

Ordinairement  l’on  dérive  le  nom  latin  de  la 
fiûte  { tibia  ) de  tibia  , l’os  de  la  jambe  , parce- 
que  J dit-on , les  premières  flûtes  étoient  faites 
d’os  , matière  peu  propre  à faire  des  anches  , 
d’où  l'on  conclut  qu’elles  n’en  avoient  point.  A 
cela  je  réponds  : i".  qu’on  peut  très-bien  faire 
une  anche  d’os  , en  le  choififfant  & l’aminciffanî 
convenablement  ; Pollux  parlant  delà  trompette, 
dit  qu’on  ia  faifoit  d’airain  ou  de  fer , & fon 
anche  ( glotta')  d’os,  ckap.  II.  liv.  IV^.  Ono- 
maflicon.  z°.  Barthoün  , ckap.  II.  liv.  I.  de  tib. 
veter.  afiiirc  qu’un  auteur  , nommé  Coldingus  , 
donne  d’après  d'anciens  gîcffaires  une  autre 
'étymologie  au  mot  tibia ^ & le  fait  venir  de 
tybin  , c’eft- à-dire  , 7072c  ou  rofeau  , matière  dont 
on  a fut  les  premières  flûtes,  fuivant  la  plus 
grande  partie  des  auteurs  5 loin  donc  que  tihia 
(flûte  ) vienne  de  tibia  ( os  de  la  jambe  ) , c’efl 
peut-être  ce  dernier  qui  vient  de  l’autre  à caufe 
; de  fa  refîembhnce. 

Remarquons  encore,  qu’aucune  des  flûtes  qui 

• fe  trouvent  dans  les  Antiquités  romaines  de  Boif* 
fard,  & dans  les  deffins  des  peintures  anneues 

. d‘ Herculanum  , n’ont  de  bifeau.  On  voit  dans 
le  Mufeum  romanum  de  la.Chaufie  , tome  II.  mt 
flûte  faite  d’os,  à ce  que  prétend  l’auteur, 
.comme  elle  le  parpît  effeétiVement  ; ceitt flûte,, 
cnii  ell  auffi  dans  le  liv.  XIII.  du  tom.  III-  du 

j'upplément  à 1 antiquité  expliquée  I^ioi'tT&üCOn  , 

a le  bifeau  bie.n  marq-aé.  Ce  dernier  auteur  ait 
qu  elle  a été  copiée  d’un  bas-relief  qui  eit  a 


F L U 

Naples  J le  palais  du  prince  Diomède  Cz- 
latts.  Ce  bas-relief  J s'il  exifte  tel  qu'on  le  rap- 
porte , femble  renve.fer  de  fonds  en  comble 
mon  édifice  ; mais  je  demande  à tout  leéteui  impar- 
tial, fi  une  feule  figure  peut  détruire  le  témoi- 
gnage unanime  de  tant  d'écrivains,  fur-tout lorf- 
qu'on  n'indique  pas  de  quelle  antiquité  eft  le  bas- 
relief  dont  on  fa  tiré , & iorfqu'on  a des  preu- 
ves convaincantes  que  fouvent  les  deffinateurs 
copient  mal  les  antiquités.  Ne  fe  peut -il  pas 
même  qu'un  auteur  voyant  un  inltrumenc  p-u 
différent  des  nôtres,  mais  manquant  d'une  partie 
effentieüe , à fon  avis , y ait  ajouté  cette  partie 
de  fon  chef?  Cette  conjecture  paroîtra  plus  que 
probable  à ceux  qui  conr.oilTant  la  fa(5£ure  des 
iriftrumens  de  mufique  , auront  lu  quelque  traité 
des  modernes  à ce  fujet,  ils  y auront  fans  douce 
trouvé  , comme  moi,  une  quantité  de  bévues  , 
provenant  uniquement  du  peu  de  connoiffance 
pratique  de  la  mufique.  Je  terminerai  cet  article 
en  tâchant  d'éclaircir  quelques  difficultés  qui 
regardent  les  fûtes  des  anciens. 

On  voit  far  la  plus  grande  partie  de  ces  inftru- 
mens  de  petites  éminences  folides,  les  unes  de 
figure  cubique  , les  autres  de  figure  cylindrique  , 
& même  terminées  par  un  bouton.  Barrholin 
( ckap.  V.  liv.  I.  de  tib.  veter.  ) rapporte  que  , 
fuivant  l'avis  de  plufieurs  auteurs,  ces  elpèces 
de  chevilles  tiennent  lieu  de  clef,  & fervent  à 
fermer  les  trous  latéraux.  Je  crois  la  même 
chofe;  j'ajouterai  feulement  que  , comme  les  airs 
ou  nomes  de  fAte  éteienr  réglés , on  bou- 
choit  avec  des  chevillés  les  trous  latéraux  qui 
n'enrroient  pour  rien  dans  le  nome  qu'on  alloit 
exécuter,  parce  qu'il  auroit  été  fort  incommode 
de  tenir  un  ou  deux  trous  bouchés  pendant  tout 
un  airs  cette  idée  fe  fonde  , i°.  fin»  ce  que  les 
anciens  avoient  d'abord  wtfiûte  particulière  pour 
chaque  nome  , & que  Pronome  le  thébain  fut  le 
premier  à faire  des  fiâtes  fur  lefquelks  on  pou- 
voir exécuter  plufieurs  nomes,  comme  le  rap- 
porte Paufsnias  au  lîv.  IX  de  fa  defeription  de 
la  Grece.  z°.  Sur  ce  que  les  fiâtes  qui  ont  plu- 
fieurs de  ces  chevilles  en  ont  ordinairement  deux 
ou  trois  petites , & trois  ou  quatre  plus  grandes  , 
diflférence  qui  me  paroît  faîte  exprès  pour  que 
le  muficien  ne  fe  trompât  pas,  &:  pour  qu'il 
débouchât  fulement  les  trous  qui  appartenoient 
au  même  nome  ; trous  qui  font  indiqués  par  les 
chevilles  de  même  figure. 

Un  tableau  qui  fe  trouve  dans  le  tome  III. 
des  peintures  antiques  d’ Herculanum , pag.  lOI  , 
femble  nous  indiquer  en  même-rems,  & que  les 
chevilles  fervoient  cffectîvement  à boucher  les 
trous  latéraux,  & que  les  anciens  commençoient 
par  enfeigner  à leurs  élèves  à donner  d'abord  le 
ton  fur  une  ftâte  , tous  les  trous  étant  bouchés  5 
puis  fur  deux  ; puis  enfin  à pofer  les  doigts  fur 
les  trous  après  avoir  enlevé  les  chevilles.  Ce 


F LU  6%^ 

- même  tableau  femble  encore  confirmer*  que  les 
fiâtes  étoient  à anches  ; car  on  n'a  guère  plus  de 
peine  à taire  raifonner  àcnx fiâtes  douces  , qu  une  5 
mais  il  en  eft  tout  autrement  de  deux  hautbois.  Le 
tableau  dont  je  parle  , repréfente  Marfyas  don- 
nant leçon  à Olympe  encore  enfant.  Le  difciple 
tient  deux  fiâtes  qui  paroiflent  égales  ; celle  de 
la  main  gauche  il  la  porte  à la  bouche  , 8e  Mar- 
f;as  l'aide  en  lui  tenant  le  bras  ; quant  à la 
flûte  de  là  main  droite,  l'enfant  paroît  vouloir 
la  porter  auffi  à la  bouche  j mais  fon  maître  l'ett 
empêche.  Ces  deux  fiâtes  ont  chacune  deux  che- 
villes , & point  d'autres  trous  latéraux. 

On  trouve  encore  àcs  fiâtes  entourées  d an- 
neaux fur  les  :anciens  monumeas  , Se  alors  en 
n’y  apperçoit  point  de  trous  latéraux  : comme 
cts  fiâtes  font  toutes  coniques  , iî  m'étoitvenu 
dans  refprit  que  ces  anneaux  couvroient  chacun 
fon  trou , 8c  tenoient  par  conféquent  lieu  des 
chevilles  5 la  figure  de  l'inftrument  les  obligeant 
-à  fe  pofer  toujours  au  même  endroit;  mais  en 
comparant  la  diftance  des  anneaux  à la  longueur 
de  \zfiute , 8c  celle  ci  à la  hauteur  du  muficien  , 
il  m'a  paru  que  ces  anneaux  étoient  trop  écartés 
les  uns  des  autres,  pour  que  les  doigts  d un 
homme  puffent  couvrir  les  trous  que  je  fiippc- 
fois  deffous  , en  forte  que  mon  idée  ne  me  paroît 
vraifemblable  qu'en  fuppofant  qu'on  air  mal 
obfervé  les  proportions  en  copiant  les  flûtes. 

Dans  le  Mufmm  romanum  de  la  Chauffe  , on 
rapporte  qu'on  déterra  , il  y a plufieurs  années , 
à Rome  J des  morceaux  de  jÆare  d'ivoire , revêtus 
d’une  plaque  d'argent  ; cela  explique  clairement 
ce  morceau  de  l'art  poétique  d'Horace  , que 
les  commentateurs  ont  tant  tourné  8c  retourné. 

Tibia  non  ut  nunc  orichàlco  vinSa,  tubtgque 
' Æmula , &e. 

Car  effeéfivement  un  hautbois  qu’on  garnîroît 
de  cuivre,  approcheroit  beaucoup  du  fon  delà 
trompette  : il  en  approcheroit  davantage  encore 
fî  on  le  doubloit  de  ce  métal. 

On  eft  auifi  très-embaraffé  du  grand  nombre 
de  fiâtes  des  anciens  , je  crois  que  cela  vient  uni- 
quement de  ce  qu'on  a pris  pour  des  noms,  ce 
qui  n'éîoit  que  des  épithètes  données  par  les 
auteurs  : ainfi  , par  exemple  , on  parle  d'une/zîre  , 
appellée  plagiaule , d'une  fécondé  , ncmmée/;Ao- 
tinge , èc  d’une  troifième,  défignée  par  le  mot 
latine  ; toutes  trois  ne  font  qu'une  feule  8c  même 
fiâte  , appellée  photinge , furnomimée  plagiaule 
( oblique  ) , parce  qu'elle  fe  teiminoit  par  une 
corne  de  veau  recourbée  , comme  nous  l'avons 
déjà  di:  ; 8c  lotine , parce  qu'on  la  faifoit  de 
bois  de  lotos  ; de  même  encore  on  a fait  de  i'élé- 
phantine  une  f.âte  pardeuimre , & ce  n’eft  pro- 
1 bablement  qu'un  épithète  donné  aux  fiâtes  d'ivoire. 

Rrrr  4 


F L ü 


FOI 


Enfin  Ton  fegarde  la  monaule  comme  une  forte 
à&  f.âte  ^ & c eil  le  nom  général  des  flûtes  fim- 
ples^  ou  d’une  feule  tige,  comme  dzizaZe  eft  celui 
des  fiâtes  doublas. 

Au  refte,  je  ne  crois  pas  impoffible  qu’un  bon 
littérateur,  vcrfé  dans  la  faétiire  des  inlîrumens 
à vent,  ne  pût  retrouver  entièrement  les  flûtes 
des  anciens,  en  comparant  continuediment  les 
difFérens  auteurs  entr’eux,  avec  les  monumens 
& avec  la  nature  des  initrumens  à vent.  Mais, 
vu  le  peu  de  fond  qu’on  peut  faire  fur  les  copies  , 
il  faudroit  qu’il  pût  lui-même  examiner  les  anti- 
quités. ( Article  du  fupplément  de  V Encyclopédie  ^ 
figné  F.  D.  C. 

Les  flûtes  des  anciens,  comme  nous  l’avons 
déjà  dit , étoient  faites  d’os,  d’ivoire,  & même  de 
métal  , & elles  étoient  compofées  , ainli  que  les 
nôtres,  de  plufîeurs  pièces  j mais  avec  cette  dif- 
tcrence  , que  ces  pièces  féparées  qui  ne  s’alTem- 
bloient  point  à ramures  ou  à entailles,  recou- 
vroient  un  tuyau  intérieur,  qui  étoit  ordinaire- 
ment de  bois  , & délicatement  creufé  auteur, 
comme  ©n  le  voit  à Porcici  , par  deux  pièces  de  : 
fAte  de  métal',  dans  lefquelles  le  bois  eft  demeuré 
en  dedans,  mais  pétrifié.  On  voit  auffi  dans  le 
cabinet  de  l’académie  de  Cortone , une  flûte 
d ivoire,  établie  fur  un  tuyau  d’argent. 

voyoit  dans  une  peinture  des  Thermes 
de  litus,  publiée  par  Winckelmann  ( Monam. 
zned.  ^ n°.^  I ) , Minerve  jettant  les  flûtes  qu’elle 
venoit d’inventer,  parce  qu’elle  fe  trouvoit  défi- 
gurée par  1 enflure  des  joues  qu’occafionne  leur 
jeu.  On  y voyou  auffi  le  fatyre  Marlyas  qui  les 
ramaffoit  pour  fon  ufage. 

Flûte  traverflere. 

^ Le  comte  de  Cayliis  ( Rec.  IIÎ.  pi.  88.  n°.  y.  ) 
dit  : « ce  petit  bronze  paroît  repréfenter  un  joueur 
de  flûte  i mais  cet  inftrument  éft  ici  très-différent 
de  celui  dont  les  romains  faifoient  un  fi  grand 
ufage.  La  parure  & la  coéifare  de  plumes  que 
1 on  voit  fur  cette  figure  , ne  font  pas  ordinaires 
aux  monumens  romains.  Il  ell  vrai  que  les  égyp- 
tieni^n  ont  fait  un  grand  ufage  : le  genre  "du 
travail  eft  très-médiocre  j & je  dois  convenir  que 
la  dirpofition  de  la  draperie  a beaucoup  de  rap- 
port avec  celle  de  quelques-uns  des  baladins  de 
î ancienne  Rome.  Je  crois  ce  monument  gaulois 
& fort  poftérieur  aux  monumens  précédens  j ce- 
pendant je  fuis  bien  éloigné  de  le  garantir  pour 
tel  ».  ^ 

Flûte  tyrrkénienne. 


“ ( que  pour  la  fyringe  1 -,  mais  le  fon  en  efl 
- fort  a çaufe  de  l’eau  qu’il  fait  bouilioimer 
==  f,ette  flûte  donne  plufieurs  fons,  & le  métal 
» en  augmente  la  force  Les  mots  en  paren- 
thefe  ont  été  ajoutés  pour  éclaircir  cette  deferip- 
tîon,  qui  paroît  convenir  très-bien  à l’efpèced.e 
flûte  d’enfant  qu’en  nomme  rojpgnol,  Merfenne 
femble  auffi  être  de  cet  avis. 

FOCALE , efpècc  de  mouchoir  de  cou , dont 
fe  fervoient  chez  les  romains  les  malades  6c  les 
efféminés.  Quintilien  nous  l’apprend  ( HL  XL 
c.  LIL.  ) : Palliolum  peut  fafe  ias  quibus  cruraveflïun- 
tuT  & focalia  & aurium  ligamenta  fola  excujare 
poteft  valemdo. 

FOCASaUS  , 5 cuifiniere,  cuifinier. 

FOCULUS.  Voyei  Réchaud. 

FOCUS.  Voyei  Cheminée. 


F(ENERATOR.ES , urgentarii. 

C’étoient  à Rome  des  efpèces  d’ufuriers  qui 
prêtoient  fur  gages  & à un  gros  intérêt.  Ils  s’af- 
fembloient  autour  de  la  liatne  de  Janus,  aux 
environs  de  l’arc  Fabien  8c  du  putéal  de  Libon. 
Ce  commerce  odieux  fut  défendu  ; mais  on  ne 
tarda  pas  à fentir  la  néceffite  des  emprunts  & 
l’impoffibilité  de  trouver  des  gens  qui  prêtaiTenî 
fans  avoir  des  sûretés.  On  réduifit  donc  l’intérêt 
de  l’argent  à une  fomme  modique,  & on  en  per- 
mit le  trafic  fous  la  forme  ordinaire.  F.  Intérêt 
& Usure. 


FOI,  divîhité  romaine.  Foye^  Fidélité. 

FOIE.  Les  anciens  pîaçoient  Je  liège  des  par- 
lions dans  ce  vifeère.  C’eft  pourquoi  Anacréon 
dit  : l’Amour  tendit  fon  arc,  & me  frappa  as 
milieu  du  foie. 

L’infpeâion  du  foie  des  viélimes  faifoit  une' 
granc'e  partie  de  la  fcience  des  arufpices.  Foye^ 
Fîepatoscopie. 


Pline  ( FLII.  yi.  ) dit qu’Apicius inventa  l’art 
d’engrailTerles  volailles,  & fur-tout  les  oies,  avec 
des  figues , pour  faire  acquérir  à leur  foie  une 
grofleur  monfirueufe  , qui  llattoit  les  riches  goar- 
mands  de  Rome.  Cette  grolfeur  égaloir  prefque 
celle  du  relie  du  corps  de  l’animal,  félon  l’expref- 
fion  de  Martial.  ( XIIL  y8.  ) : 


- Pollux  C Onomaft.  liv.  LF.  ckap.  IX.  ) décrit 
ainli  flûte  tyrrkénienne  : « elle  ell  femblable  à 
» unq  fyringe  de  Pan)  renverfée  ; mais  fon 
uyau  ell  de  métal  j on  fouffle  par  en  bas  dans 
» celte  flûte  ^ & on  y emploie  moins  de  vent 


Afpice , quam  tutneat,  magtio  jecur  anfere  majus 
ISliratus  dices , hoc , rogo  , crevit  ubi  ? 

FOIN.  Les  romains  avoient  coutume  d attacher 
du  fom  aux  cornes  des  boeufs  méchans  j afin 


F O N 

qu^’on  pût  les  reconnoîrre  de  loin.  Horace  fait  . 
^ilullon  à cette  pratique.  ( Sat.  i.  4.  54.  ) : 

Fanum  hahet  in  cornu  : longumfuge. 

FOLLIS  J mdnnoie  des  empereurs  grecs.  Voyeri^ 

pHOLLIS. 

FONDATEUR , ktisths. 

On  trouve  affez  fouvent  des  médailles  grecques, 
fur  lefquelles  le  titre  de  K7-(s->!r  , ou  de  fondateur, 
eft  donné  à des  empereurs  & à d’autres  princes 
par  des  villes  qu’ils  ne  fondirent  pas  ; car  on  a 
des  preuves  très-certaines  qu’elles  exiftoient  avant 
eux.  Pellerin  a publié,  par  exemple,  une  mé- 
daille frappée  à Clazomènes , en  l’honneur  de 
Liv:e  & d’Augufte  , fur  laquelle  cet  empereur 
cIl  appellé  Knrîfr , quoique  Clazomène  cxiftât 
plulieurs  fècles  avant  Augufte. 

Cette  coutume  irrégulière  ne  fut  pas  un  effet  . 
de  la  flatterie  des  grecs  j mais  on  doit  la  regarder 
comme  la  fuite  de  l’ufage  ancien,  qui  faifoit  don- 
ner le  nom  de  fondateurs  à ceux  qui  conduifoient 
de  nouvelles  colonies  dans  des  villes  ancienne- 
ment habitées,  où  les  nouveaux  colons  fe  mêloient 
quelquefois  avec  les  habitans  primitifs  , foie  que 
les  auteurs  de  ces  colonies  augmentaflent  les  vil 
les  anciennes,  pour  les  placer  plus  commodé- 
ment j foit  que  par  quelqu’autre  bienfait  on  pût 
îes  confidérer  comme  les  refiltuteurs  , ou  les  bien- 
faiteurs de  ces  villes  , celles-ci  leur  donnèrent  le 
titre  àe.  fondateurs , pour  témoigner  la  reconnoif- 
fance  qu’elles  confervoient  de  leurs  bienfaits. 

FONDATEURS.  «Dansleftyle  allégorique, 
dit  M.  Rabaud  de  Saint-Étienne,  les  villes  elles- 
mêmes  étoient  perfonnifiées , & nous  avons  con- 
fervé  cet  ufage  dans  nos  médailles  & dans  nos 
tableaux  allégoriques.  On  affocioit  une  figure  de 
héros  ou  d’héroïne,  aux  armoiries  de  cette  ville; 
dès-lors,  nommer  la  ville,  eu  nommer  le  héros  , 
étoit  la  même  chofe.  De  cette  habitude  de  lier 
la  ville  au  héros , & du  génie  allégorique  qui 
Gonnoit  de  i’ame  & de  la  vie  à celui-ci;  naquit 
l’erreur,  qui  porta  les  peuples  poftérieurs  à lai 
fuppofer  une  exiftence  réelle.  Ils  ne  firent  pas 
attention  que  les  villes  ne  fe  fondent  point  ainfi  ; 
qu’elles  ne  doivent  pas  leur  exiftence  à des  prin- 
ces & à des  princefles  ; que  toutes  les  villes  , 
dans  les  premiers  tems,  ent  commencé  par  n’être 
que  des  cabanes  ou  des  hameaux  ; que  comme 
ils  faifoient  remonter  la  naiftance  des  villes  & 
de  leurs  fondateurs  aux  tems  voi/îns  de  Deucalion 
& FOgyges i c’eft  à dire,  du  déluge,  ü étoit 
împoffible  qu’il  y eût,  à cette  époque , un  li  grand 
nombre  d’habitans  pour  les  peupler,  & tant  'tle 
princes  pour  les  bâtir.  Les  premiers  hiftoriens 
de  l’âge  alphabétique  trouvèrent  ces  noms;  ilâ 


F O N 6%s 

les  gardèrent  & les  enregiftrèrent  dans  leurs  an- 
nales 

« Mais  ils  furent  fi  fidèles  à retenir  tout  ce 
qu’on  leur  avoir  rranfmis , qu’ils  alFocièrent  à ces 
perfonnages  ceux  dont  ils  étoient  entourés,  leurs 
pères  , leurs  mères  , leurs  parens  ; & ils  nous  ont 
ainfi  laififé  les  moyens  de  reconnoîrre  la  non- 
exittence  de  ces  princes  divers.  Tous  ces  fon- 
dateurs prétendus  des  villes , defquelles  l’origine 
eft  nécefiairement  inconnue  , font  fils,  ou  d’un 
fleuve,  ou  d’une  fontaine,  ou  d’une  conftella- 
tion,  ou  d’un  dieu,  ou  d’une  amazone , ou  pour 
le  moins  d’un  roi.  Quelques-uns  ent  plufieurs 
pères , parce  que  réellement  ils  n’en  avoient  au- 
cun. Ainfi  , Tkebes  f.  z fondée  par  Thébé  ; Argos  , 
par  Argus  i Sicyone  , Sicyon^  & fous  le  nom 

Æglalée  par  Ægîalus-,  Corinthe  par  Corlntkus ^ 
Coronée , par  Coronus,  &c.  &c. 

Je  ne  finirois  pas,  fi  je  citois  toutes  les  villes 
qui  fe  difoient  fondées  par  ces  princes  imaginaires. 
J’ajoute  qu’en  général , celles  qui  font  du  genre 
mafculin  ont  été  fondées  par  un  prince , comme 
celles  du  genre  féminin  l’ont  été  par  des  prin- 
ceffes;  erreur  fondée  fur  le  fexe  .du  perfonnage 
allégorique,  qui  avoir  fervi  à figurer  la  ville  «, 

« Il  feroît  aufil  aifé  de  prouver  que  la  plupart 
des  villes  de  la  Grèce  durent  leur  nom  à des  cir- 
conftances  purement  phyfiques,  plutôt  qu’à  des 
fondateurs  chimériques  j mais  il  faudroit  entrer 
dans  un  détail  d’étymologies  qui  feroient  ou  faf- 
tidieufes  ou  fufpecles;  & la  vérité,  que  j’expofe 
ici , n’a  pas  befoin  de  ces  preuves  auxiliaires.  Il 
y auroît  cependant  des  étymologies  qu’il  feroit 
impoffible  de  nier  : Si  je  difois  , par  exemple , 
qn  Aflypal&a , fignifie  vieux  fort  ; Ægyalée  , ri- 
vage ; Aciiké , rivage  encore,  on  penferoir  que 
ces  villes  ont  pris  leur  nom  de  leur  pofirion  , plu- 
tôt que  de  croire  au  héros  Aftypal&us  , au  roi 
Ægyalus , à 1,3  princefie  Aéiiké,  ou  bien  à.  Ac- 
teeus , premier  roi  de  l’ Aérique.  Ainfi,  quand  je 
iis  dans  Strabon,  que  la  ville  de  Câline  en  Afie 
mineure  a pris  fon  nom  de  la  pierre  noire  & 
brûlée,  dont  elle  eft  bâtie;  étymologie  que  je 
trouve  dans  le  mot  cal,  qui  fignifie  feu  , cha- 
leur, & qui  m’eft  confirmée  par  les  volcans  qu’il 
y avoir  dans  le  voilinage  de  çette  ville  ; & quand 
je  lis  dans  les  mythologues , qu’elle  dut  fon  nom 
à Kalénus , fils  de  Neptune  & de  Kéléno,  je  pré- 
fère l’étymologie  phyfique  , & je  raie  le  héros 
Caîénus  de  mon  catalogue.  De  même , perfonne 
n’ignore  que  la  ville  en  Languedoc,  eft 

bâtie  avec  une  pierre  pareille,  & qu’il  y a des 
volcans  éteints  dans  fon  voifinage  ». 

- œ Mais , fi  en  examinant  de  plus  près  ces  fon- 
dateurs prétendus  de  villes , je  trouve  qu’ils  font 
fils  d’un  père  ou  d’une  mère  chimérique  ; s’ils 
font  nés  d’une  fontaine  voifine , ou  d’une  mon- 


S8S  F O N 

tagne,  ou  d’un  port  de  mer,  j’en  conclurai  que 
c’eii  encore  ici  ce  que  je  difois  , & que  cette 
parenté  imaginaire  n’eft  autre  chofe  que  la  re- 
lation phyfique  de  cette  ville  avec  la  montagne , 
avec  la  fontaine,  avec  ia  mer,  & je  me  rappel- 
lerai tout  ce  que  j’ai  vu  du  génie  allégorique, 
qui  perfonnifioit  ces  objets  ’v 

« Les  exemples  de  ces  rapports  phyfiques, 
convertis  en  hilloire,  ne  feroieac  pas  difEciles 
a trouver  : obligé  d’en  citer  quelques-uns,  pour 
appuyer  mon  alfertion  , je  le  ferai  avec  briè- 
veté 33, 

“ Le  royaume  de  Corinthe  ayoit  pour  villes 
principales,  Corinthe,  capitale  ; jÉpojjce , fa  cita- 
delle ;_Crom/o;z  & Léchés,  près  de  la  mer,  & le 
port  de  Cenchrées  : on  y voyoit  auffi  la  fontaine 
Pirene  o?. 

3»  On  raconta  que  Corinthe  avoit  été  bâtie  ' 
par  Corintkiis  Epopée  par  Epopvs  ; Cromion  par 
Cromus  ; Leckes  par  Léchés  & Cenchrées , par  Cen- 
ckreus  ; avec  cette  méthode  on  avoit  bientôt 
fait  des  annales.  Cromion  étoit  près  de  la  nier  : 
on  dit  que  Cromus  , fon  fondateur , était  fils  de 
Neptune  & delà  belle  Pirène  j elle  eut  encoÏÏ 
de_ Neptune  un  autre  fils,  ce  même  Cenckréus 
qui  avoit  bâti  Cenchrées.  Diane  ayant  tué  ce  jeune 
homme  a la  chaffe , Pirène  , fa  mère , en  verfa 
tant  de  pleurs  , qu’elle  devint  fontaine.  On  voit 
aifément  que  la  Géographie  de  ces  lieux  en  fait 
toute  1 hilîoire,  & dévoile  l’origine  des  fondateurs  ‘ 
chimériques  >3. 

FONDATION  des  villes.  Voye^  Villes. 
FONDS  ( vafe  à deux  ).  Voyet^  Amphicu- 

EELLUM. 

FONIONI.  Muratori  t loi,  2.  Thef.  ) rap- 
porte l’infcription  fuivante , où  Mars  peur  être 
défigné  fous  le  nom  Fonio  , dérivé  de  Çaycs , 
carnage.  Peut-être  auffi  Fonio  eft  la  Renommée^ 
ainlî  appelle’e  de  (pa?,  bruit  : 

F O N I O N I 
S A C R 

SEIA.  lONIS 
MAC 

D.  D. 

FONTAINES.  Chez  les  anciens  les  fontaines , 
les  fources  des  rivières  étoient  facrées , & des 
efpèces  de  divinités  que  l’on  honoroit  d’un  culte 
particulier.  C Sénèque,  dans  fa  lettre  41.)  Cicéron 
dit  ( hb.  111.  de  natura  deor.  cap.  XK.  ) que  les 

dans  leur  priere  , invoquoient  les  noms 
du  libre  & des  autres  rlyieres  voifines de  Roüie. 


fon 

La  feptièmc  infcriptiondelap.XCIV.deGrut-p 

porte  : . 

Font!  divino  et  geniq 
' NUMINIS  FONTIS. 

, , On  fe  faifoit  un  fcrupule  de  troubler  leurs  eaux 
; en  s’y  baignant  ou  en  s’y  lavant.  Tacite  en  rap- 
porte pour  exemple  un  traie  de  Néron.  ( Annal 
lib.  IF.  cap.  XXII.  ) 

On  voit  fur  les  monumens  les  fontaines  repré- 
fontées  par  des  gueules  de  lion  , par  des  coqmîles, 
& par  des  vafes  renverfés  pofés  fur  des  cippes. 

On  croyoit  que  chaque  fontaine  avoit  fa  divi- 
nité ou  fa  nymphe  particulière , que  l’on  repré- 
fentoit  appuyée  fur  une  urne  d’eau  courante. 

Fontaine  d'ÉGÉRiE.  Égérie. 

Fontaine  de  Mercure  à Rome.  /^.Aqueducs. 

FONTE  Ç art  de  la  ).  Foye:^  Bronze  , 
Colosse. 

Pour  rendre  complettes  les  connoiffance's  que 
nous  avons  de  la  fonte  des  anciens,  j’ajouterai 
ici  le  paflage  fuivant  de  Winckelmann. 

t « Les  ftatues  & les  buftes  de  bronze  d’Her- 
: culanum , font  pour  la  plupart  médiocres , ou 
mauvais  j de  cette  dernière  efpèce  font  entr’autres 
les  ftatues  des  empereurs , de  grandeur  plus  que 
naturelle , qui  nous  prouvent  que  les  anciens 
artiftes  n’étoient  pas  auffi  habiles  à travailler  le 
bronze  que  le  marbre.  Les  deux  plus  grands  ou- 
vrages de  bronze  qu’il  y ait  à Rome,  font  la 
ftatue  équeftre  de  Marc- Aarèle  , fur  la  place  du 
Capitole,  & la  ftatue  pédeftre  de  Septime- 
Sévère , dans  la  galerie  du  palais  Barberini.  La 
première  a plufieurs  défauts,  qu’on  doit  peut- 
être  attribuer- aux  injures  du  temps,  & à ce 
qu’elle  a fouffert  fous  les  ruines.  Il  fe  peut  auffi 
qu’au  fiècle  où  elle  a été  faite  , l’art  n’eût  pas 
encore  atteint  un  certain  degré  de  perfedion.  La 
fécondé  ftatue  nous  prouve  la  décadence  de  l’art 
du  temps  de  Sévère , quoique  cependant  le  tra- 
vail en  foit  beaucoup  meilleur  que  celui  des  por- 
tes triomphales  de  ce  même  empereur,  au  pied 
du  Capitole.  Pline  dit  que  l’art  de  jetter  des  fta- 
tuesen  bronze,  s’ étoit  tout- à- fait  perdu  du  temps 
de  Néron.  Il  doit  donc  avoir  repris  naiffance 
fous  le  règne  d’Hadrien.  Paufanias  ( liv.  II.  chap. 
XVII.  où  il  eft  parlé  de  l’artifte  Léarque  ) , en 
parlant  d’une  ftatue  de  bronze  de  Jupiter,  exé- 
cutée par  un  difcîple  de  Dipænus  & de  Scylüs , 
les  plus  anciens  & les  plus  célèbres  ftatuaires 
dcÿït  il  foit  fait  mention , dit  qu’elle  étoft  faite 
de  plufieurs  pièces  fi  bien  enchalTées,  n bien 
jointes  enfemble  avec  des  clous , qu’elles  for- 
moient  un  tout  folide.  'Toutes  les  ftatues  de 


FOR 

bronze  a’Herculanum ^ font^  au  refie,  faites 
ainfi  de  pièces  rapportées,  quoiqu’on  ne  puiffe 
plus  en  appercevoir  les  foudures  depuis  qu’elles 
ont  été  reltaurées.  Les  pièces  ne  font  pas  fou- 
dées  esfembiej  mais  à certaines  marques  on  pour- 
roit  foupçonntr  Qu’eiles  ont  été  réunies  par  ie 
moyen  d'un  métal  fondu.  Le  grand  nombre  de 
pièces  enchàiTées  après  coup  , qu’il  eit  faci  e de 
remarquer  à ces  ftatues  , & qui  n’ont  pas  encore 
été  polies  , fervcient  à remplir  les  vuides  qui 
reftoient  après  que  les  différentes  parties  de  la 
fiatne  avoient  été  jointes  enfemble-  Il  efi  néan- 
moins néceffaire  de  faire  de  nouvelles  recherches 
& de  nouvelles  obfervations , avant  de  pouvoir 
prononcer  avec  quelque  certitude , fi  les  Itaruaires 
grecs  ont  toujours  fuivi  le  même  procède'  dans 
leur  travail , ou  fi  cette  réunion  des  parties  des 
ftatues  de  bronze  n’a  été  que  la  pratique  des  pre- 
miers artiltes  ayant  la  célèbre  époque  de  l’art,  ou  la 
méthode  des  artiftes  fuivans,  c’eft-à-dire,  lorfque 
l’art  fut  déjà  déchu.  Les  uftenfiles  dèménage_&  les 
vafes  de  bronze  font  d’un  travail  très-fini  ; les 
vafes  facrés  font  fur-tout  précieufcment  exécutés 
au  tour. 

Un  artifte  a renouvellé  à Drefde , vers  le  milieu 
de  notre  fiècle  , les  procédés  des  anciens , & a 
fait  de  piufieurs  pièces  de  fonce  une  ftatue  équeftre 
aufti  grande  que  nature. 

FONTEIA  , famille  romaine  dont  on  a des 
médailles. 

C.  en  argent. 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Le  furnom  de  cette  famille  eft 

Goltzius  en  a publié  quelques  médailles  , in- 
connues depuis  lui. 

FONTINALES , fêtes  que  les  romains  céié- 
broient  à l’honneur  des  nymphes  qui  préncfoient 
fontaines  & aux  fources.  Fontinalia  , fonta- 
nalia.  Voye\  Festus  & Varron  ( de  llng.  lat. 
lib.  V.  ).  Ce  dernier  dit  qu’on  avoir  ceiuume 
de  couronner  les  puits  ce  jour-là,  & de  jetter 
des  couronnes  dans  les  fontaines-  Scaliger , dans 
fes  conjectures  fur  Vairon,  croît  que  ce  n eft 
point  la  fête  des  fontaines  , comme  dit  reftus, 
mais  de  la  fontaine  qui  avoir  un  temple  à Rome , 
proche  de  la  porte  Capène , appellée  f cauie 
de  cela  potte  fontinale  ,*  5e  que  c eft  de  cette 
fontaine  dont  parle  Cicéron  au  Hv.  II-  des  loix. 
Les  fominaks  fe  célébroienc  le  13  octobre,  qui 
étoit  le  troifième  jour  de  devant  les  ides. 

FORARIA  , femme  de  campagne  , qui  venoit 
vendre  à la  ville  les  productions  de  la  terre. 


FOR  ^87 

FORCE , divinité  qu’on  difoit  être  fille  de 
Thémis,  foear  de  la  Tempérance  & de  la 
Juftice  j mais  en  ce  fens  elle  fe  prend  pour  cou- 
rage 3 vertu. 

FORCEPS  Sz  forfex , dans  Aulugelle  ( X.  ÿ-L 
bataillon  difpcfé  en  tenaille,  pour  embrafter  un 
bataillon  ennemi  difpofe  en  coin. 

FORCIPES  de  Vitruve.  i^oye^  Louve. 

FORCULUS  ; c’eft  un  des  dieux  qui  prefi- 
doient  à la  garde  des  portes,  avec  Cardéa  5e 
Limentinizs  : le  département  particulier  de  Forcu- 
Ills  étoit  Ics  batrans  des  portes  qui  s’appeiioiert 
proprement  Fores.  ( Augujï.  de  civit.  Dei,  Lib. 
IV.  cap.  VIII.  5e  Tertull.  de  idol.  c.  XV. 

FORDICIDIES , nom  d’une  fête  des  romains. 
Fordicidia.  Elle  fe  célébroit  le  ly^des  calendes 
de  mai , c’ell-à  dire  , le  15  d’avril,  -bile  s’appelioit 
fordicidies  , du  mot  latin  forda  , vache  pieme,  5e 
de  c&do  , j'immole,  parce  qu’on  nnmoioir  ce  jeur- 
là  des  vaches  pleines  à la  Terre.  Forda,  vache 
pleine , vient  de  fera  je  porte , félon  Ovide 
{fall.  lib.  IV.  V éiq.  ),  ou,. comme  ont  penfé 
Scaliger  5c  Saumaife,  du  grec,  qui 

lignifie  la  même  chofe-  Varron  dit  qu’ormmmoioit 
pluifieurs  vaches  pleines  dans  les  curies.  1 ite-Live 
5e  Denis  d’Fîahcarnaffe  écrivent  qu’on  en  immo- 
loit  une  dans  chaque  curie  , & par  ccnféqiient 
trente , comme  le  dit  en  effet  Ovide.  ( Faflor  lib. 
IV.  V.  635.  ) C’eft  Numa  qui,  dans  le  temps 
d’une  ftéiiüté  commune  aux  campagnes  & ^aux 
beftiaux,  inftitua  les  fordicidies.  Ovide  les  décrit 
à l’endroit  que  l’on  a cité.  Il  dit  qu’on  immoloit 
aufS  ce  jour-ià  une  partie  de  ces  vaches  pleines 
dans  le  temple  de  Jupiter,  c’eft-^-dire,  au  Ca- 
pitole. 

FORENSIA  veflimenta , habits  que  les 
romains  prenoient  lorfqu’ils  fortoient  de  leurs 
maifons,  & qu’ils  alloient  à la  place  publi- 
que, ad  forum  ; telle  étoit  la  toge  dontNonnius 
Marcellus  dit  ( i.  3.)  : toga , feut  in  confuetudine 
habetur  y vefiimentum  efi  quo  in  foro  utimur.  Les 
habits  forenfia  étoient  oppofés  aux  domefiica  , 
vêtemens  que  l’on  portoit  dans  les  maifons. 

FORÊTS.  Voye^  Eaux  & forêts. 

FORI , gradins  ou  bancs  fur  lefquels  fe  pla- 
çoient  les  fpeclateurs  dans  le  cirque.  V.  Cirque. 

^ R y avoitdans  le  forum  & dans 

FOR-ICARII.  5 ^ . 

les  autres  endroits  publics  de  Rome  , des  lieux 
d’aifance , forica  , où  l’on  pouvoir  entrer  en 
payant,  petite  fomme  , appellée  elle -même 


^8  s 


FOR 


forica.  Les  empereurs  fe  rendirent  propriétaires 
de  cette  modtque  rétribution  , & ils  chargè- 
rent !esyôrze/2m  da  foin  de  fexiger.  Juvenal  peint 
ces  fermiers  publics  avec  toute  l’énergie  de  fon 
mâle  pinceau  (/âr.  III.  38.  ): 

Con.ducv.nt  foricas , & curnonomnia  ? cùm Jînt 
Quales  ex  hutnili  magnv  a.dfajlî^ii  rerutn 
MxtoUît  ) quoties  voluit  fottunu  jocuri. 

FORICÜLUS  , la  même  divinité  que  Forcu 
lus.  Koye:^  ce  mot. 

FORINA.  On  lit  dans  une  infeription  recueillie 

par  GruterC^û^.  333.^2°.  i.  ): 

■A  D.  A R.  F O R I N.  ad  aram  Forintt, 

C efl  la  .même  divinité  que  Purina.  V.  ce  mot. 

FORMA  Trajana , aqueduc  de  Traian. 
^ar/Tza  croît  le  nom  d’un  canal  en  briques^  deüiné 
a conduire  des  eaux. 

FORMIDO  , inftrument  de  chaiTeur.  Cétoit 
une  corde  teinte  en  rouge,  ou  chargée  de  plu- 
mes deaifferentes  couleurs,  dellinée  à effrayer  les 
fang^ers  les  loups  , &c.  Virgile  en  parle  dans 
fes  Georgiques  (III.  37a.): 

Fumceesve  agitant  timidos  fürmîdine  pennte. 

Cet  inftrument  eft  appellé  lima  dans  Némefîus. 

C Cineg,  303.  ) 

Lima  quin  eliam  magnos  circumdare  fAtus 
Quæ  poffet , volucrefque  mttu  concludere  preedas 
HtgCiUt  innexas  non  jino  ex  alite  pinnas..,, 

FORNACALES,  ou  Fornicales,  fê'-»>-o- 

mame  en  l’honneur  de  la  déelfe  Fornax  ; on 
taifoit  alors  des  facnfices  devant  le  four,  où  on 
avoir  coutume  de  rôtir  le  bled  & de  cuire  le  pain. 

Nuîm  avoir  inftitué  les  fornacales  , & le 
grand  Curion  indiquoit  tous  les  ans  le  17  de 
février  pour  leur  célébration.  Les  Quirinaks  {voyez 
ce  mot  ) etoient  inftituées  en  faveur  de  ceux  qui 
n avoient  pas  célébré  les  fornacales.  ( V'arron 
hng.  lat.  V.  Ovid.  Faft.  6.  v.  314.  Feftus  . <S>c.) 

FORNAX,  mot  latin  qui  fignifie /car  ou  four- 
naije  On  perfonniha  ce  four,  on  en  fît  une 
deelle,  a laquelle  on  avoir  confacré  un  jour  de 
calendes  de  mars.  Cette 
la  cuiffon  du  pain  J & le  jour 
d..  fa  fete,_on  jettoit  dans  le  four  de  la  farine 
qu  en  iaiffoit  confumer  en  l’honneur  da 
îsama  elU mftituteur  de  la  fête,  & peut-être 


F O R 

auiTi  Fauteur  de  cerne  divin, vx  ■ j 

«„=  origine  (fe/  il' 

FaSadea  ef  fornax  : Iccti  Fomace  coloni 
Orant  , ut  fruges  temperet  illafuas. 

FORNICARIA.'i  , 

FORNIX.  f courtifanes  de  Roi*c 
habitoient  des  chambres  baffes,  voûtées  & obfcu- 
res,  appe!lées/or;2forj,-  d’eù  leur  vint  le  furnom 
dtjormeanA, 


FORSETE.  Voye'^  Oein. 

fors  FORTUNA,  dénomination  particulière 
de  la  Fortune,  fous  laquelle  Servius  Tullius  lui 
bâtit  un  temple  au  bord  du  Tibre  hors  de  Rome. 
Fors  etoit  alors  fynonime  de  fortis.  Ceux  qui 
n exerçoient  aucune  profeflion  dans  Rome,  hono- 
Fortune  fous  cette  dénomination  par- 
ticulière, qui  fip.e  arte  aliqua  vivant , dit  Donat 
fur  le  Phormioa  de  Térence  ( V.  6.  i.  ) Ovide 
en  parle  dans  fes  Fartes  ( VI.  773.  ) : 

Quàm  cito  vénérant  Fortunes  , fortis  honores  l 
P ojifeptem  luces  Junius  aSus  erit. 

Ite , dcam  lætè  Fortem  celebrate , quirites  : 

In  Tiberis  ripa  munera  regis  habet. 

FORTUNE;  cette  divinité.  Elle  de  Jupiter, 
ou  , félon  Homère  , dans  fon  hymne  à Cérès 
cite  par  Paufanias  ( in  Meffen.  ) fille  de  l’Océan 
accompagnée  ce  fes  fœurs  , jouoit  avec  Pro- 
ferpine  dans  de  belles  prairies.  Il  n’y  avoit  point 
de  divinité  plus  célébré  que  la  Fortum  , ni  qui  eut 

^ honorée  fous  tant  de 

diftérentes  formes.  Les  grecs  eurent  des  idées  par- 
ticulières fur  la  Fortune.  Pindare  difoit  qu’elle 
croît  une  des  Parques,  plus  puiffante  que  fes 
fœurs.  Paufanias  dit  qu’il  y avoir  à Égine  une 
itatue  de  la  Fortune,  qui  portoit  la  corne  d’Amal- 
thee;  & qu  auprès  d’elle  étoit  un  Cupidon  ailé, 
pour  fignifier , ajoute- t-il , qu’en  amour  la  Fortune 
reuffit  mieux  que  la  bonne  mine.  Les  Phréates, 
dit  le  meme  auteur,  avoient  un  temple  & une 
ftatue  antique  de  la  Fortune , qui  fourenoit  le 
pôle  fur  fa  tete.  A Ihèbes,  la  Fortune  étoit 
reprefentée  portant  Plutus  enfant,  pour  fignifier 
qu  elle  etoit  comme  la  mère  Sr  la  nourrice  du 
dieu  des  richeifes.  On  trouve  encore  la  Fortune 
repréfentée  avec  un  foleil  & un  croiffant  fur  la  ^ 
tete,  pour  exprimer  qu’elle  préfide , comme  ces 
deux  aftres,  à tout  ce  qui  fe  parte  fur  la  terre, 
nlie  porte  du  bras  gauche  deux  cornes  d’abon- 
dance, pour  marquer  qu’elle  eft  la  di.fpenfatrice 
des  biens  de  ce  monde  : le  gouvernail  qu’elle  tient 
de  l’autre  main , veut  dire  que  c’elt  elle  qui  gou- 
verne tout  l’univers.  Quelquefois,  au  lieu  de 
gouvernail , elle  a un  pied  fur  une  proue  de 

navire  , 


FOR 

naTire,  parce  qu’elle  pre'fide  également  fur  la 
mer  Scfur  b terre  ; elle  rient  quelquefois  une  roue 
à fa  main  3 comme  Néméfis  3 avec  qui  on  l’a  con- 
fondue fouvent. 

Les  romains  reçurent  des  grecs  le  culte  de  la 
Fortune  J fous  le  règne  de  Servies  Tullius,  qui 
lui  bâtit  le  premier  temple  au  marché  romain, 
dont  la  ftatue  de  bois  relia  entière  , dit  - on , 
apres  un  incendiequi  conlumatout  Tédifice.  Dans 

inite , la  Fortune  devint  la  divinité  la  plus 
fetée  a Rome  : elle  eut  à elle  feule,  fous  diffé- 
rens  noms , plus  de  temples  que  toutes  les  autres 
divinités  enfemble  j tels  ètoient  ceux  de  la  For- 
tune favorable , de  la  Fortune  féminine , de  la 
Fortune^  Virile,  &c.  Tous  les  ans,  le  premier 
filles  romaines  prêtes  à marier, 
ofrroient  un  facrifice  à la  Fortune  vTile , avec  un 
peu  de  parfums  & d’encens.  Elles  fe  déshabil- 
ioient  & ofFroient  aux  regards  de  la  déeflè  tous 
les  defauts  de  leur  corps  , ia  priant  d’en  dérober 
b connoilTance  aux  maris  qu’elles  dévoient  avoir, 
^lativement  à ces  vœux , elle  étoit  nommée 
Viriplaca.  On  lui  donnoit  encore  les  noms  de 
fortune  publique  , & Fortune  privée,  Fortune  de  j 
, redux  , Fortune- hhrt  t Fortune  affermie, 
Tci«a;î«equefire,  Fortune  aux  mam.elles,  mammofa , 
bonne  ^ Fortune , Fortune  appellée  primigenia , 
feia  , vifcofa  , obfequens  , refpiciens  , manens  , For- 
tune nouvelle,  grande  & Fortune , Fortune 

douteufe  , & jufqu’à  la  mauvaife  Fortune.  Il  ne 
faut  pas  s’étonner  de  ce  grand  nombre  de  tem- 
ples dédiés  à b Fortune  , fous  différens  attributs  , 
chez  un  peuple  qui  ia  regardoit  comme  la  dif- 
penfatrice  des  biens  & des  grâces.  Chacun  defîroit 
fe  la  rendre  propice  5 on  lui  érigeoit  des  autels  , 
& on  lui  élevoit  des  temples  fous  différons  noms, 
félon  les  différens  befoins  de  ceux  qui  î’invo- 
quoient.  Néron  lui  fit  bâtir  un  temple  magni- 
fique. Mais  un  des  temples  de  b Fortune  le  plus 
renommé  de  l’antiquité,  fut  celui  de  Prénefle, 
qui  n’avoit  rien  de  commun  avec  les  autres 
temples  j car  ce  bâtiment  avoic  plutôt  l’air  d’un 
théâtre  que  d’un  édifice  facré.  Ce  n’étoit  peut- 
être  pas  fans  deffein  j ia  Fortune  , en  effet , n’eft- 
elle  pas  un  théâtre  ou  un  fpeéfacle  perpétuel  ? 
Et  n’eft-ce  pas  fur  les  divers  événemens  de  la 
Fortune  que  font  fondées  toutes  les  fcènes  qu’on 
repréfente  fur  les  théâtres.  Il  p avoit  encore  un  ' 
célèbre  temple  de  la  Fortune  à Anrium , fur  le 
bord  de  b mer  : on  l’appelloit  même  le  temple 
des  Fortunes , ou  des  Sœurs  Antiatines. 

L’abbé  Bellep  a prouvé  que  la  Fortune  étoit 
regardée  comme  la  divinité  tutélaire  de  plufîeurs 
villes  ; & il  s’eft  borné  à deux  exemples , l’an 
lui  a été  fourni  par  une  médaille  de  la  ville 
à'Attéui  en  Phrygie  : au  revers  paroit  une  tête  de 
femme,  couronnée  de  tours,  avec  l’infcripdon, 
ttxh  noAEûS.  Le  fécond  eft  une  médaille  de 
Tarfe,  au  revers  de  laquelle  une  famme  , la 

Antit^uités  , Tom.  II. 


FOR  «g, 

tête  ornée  de  tours , eft  aflîfe  fur  des  rochers  , 
tenant  de  b main  droite  des  épis,  & ayant  àfes 
pieds  l’image  d’un  fleuve,  avec  l’infcription , 
TTXH  MHTPOnOAECS. 

Dion  Cferm.  34.  ) a fait  voT  que  la  Fortune  & 
Neméfis  n’étoient  qu’une  feule  & même  divi- 
nité. C’eft  pourquoi  elle  paroît  fur  un  jafpe  de 
Stofch  ( IF.  clajfe,  n°.  1819.  ) avec  les  aî'ôs  & 
la  roue  , attributs  ordinaires  de  Némélîs. 

Les  étrufques  donnoîent  auifi  des  ailes  à la 
Fortune,  mais  des  aî’es  de  papillon  ; comme  il 
paroît  par  une  pâte  antique  de  Stofch  ( ibid. 
rc°.  1820.  ),  qui  eft  de  travail  étrufque.  Cette 
divini'é  y porte  un  caducée  j de  la  main  droite 
elle  foulève , comme  Néméfis  , la  draperie  qui 
lui  couvre  le  fein.  Le  cafque  en  tête , elle  eft 
debout  fur  un  globe  , qu’elle  touche  à peine  ce 
la  pointe  des  pieds  , fufpenjîs  pedihus. 

Sur  une  cornaline  de  la  même  cclleélion,  oa 
voit  deux  Viéloires  préfenter  chacune  une  cou- 
ronne à la  Fortune. 

La  Fortune  feie.  V^oye^  SeiA. 

Les  Fortunes  antiates.  Voye-:^  ANTItfM. 

La  Fortune  barbue.  Voye-r^  BarbATA. 

La  Fortune  équeftre.  Voye^  EqUESTRE. 

La  Fortune  de  Prenefte.  Voye^^  PAEESTE.INE. 

La  Fortune  virîplaca.  Voye-^  ViRIPEACA. 

La  Fortune  d’or,  ou  royale,  étoit  une  ftatue  d’or 
de  cetre  divinité  , que  les  empereurs  pîaçoient 
dans  but  chambre  , & que  l’on  remettoit  à leur 
fucceffeur , lorfque  la  maladie  du  prince  étoit 
déclarée  mortelle.  C’eft  ainfî  qu’Antonin  ( Capî- 
tolm.  c.  XII.  ) , fe  voyant  près  de  mourir  , remit 
à fon  fucceffeur  Marc-Aurèle  la  Fortune  d’or, 
ou  royale , comme  l’appelle  Spartien.  C Sever. 
c.  XXIII.  ) 

La  bonne  Fortune,  en  grec  'Évri-gpi  ou  àyaii 
5 avoir  dans  le  Capitole  fa  ftatue , ouvrage 
de  Praxitèle.  ( Pim.  XXXVI.  5.) 

La  Fortune  chauve  étoit  fans  doute  repréfentée 
de  ia  forte  par  analogie  avec  l’Occafion. 

La  Fortune  qui  tourne  , ou  qui  renverfe  , en  grec 

gyp/^05’. 

La  Fortune  douteufe  avoit  donné  fon  nom  à 
une  rue  de  Rome  , placée  fur  le  mont  Aveaiin  , 
dans  la  15'.  région.  ( P.  Victor.  ) 

La  Fortune  de  ce  jour  avoit  un  petit  temple 
dans  la  10*.  région.  ( P.  Victor.  ) Pline  en  fait 
mention  (34-  8-  ) Plutarque  ( in  Mario  ) dit  que 
Q.  Catulus  facrifia  le  premier  à la  , fous 

cette  dénomination,  dans  la  guerre  contre  les 
ambrons. 


S f ff 


6po  FOR 

La  rnaavaire  Fortune  éto:t  honores  d un  cu;te 
particulier  fur  les  Efquîlies.  \_Plir..  II.  7.  ) 

La  Fortune  aux  groffes  mammelhs,  mammofu  j 
avoir  donné  Ion  nom  à une  rue  de  la  i z . ré- 
gion de  Rome  ; où  éto:r  placée  fa  Itatue  ( P . 
Victor')  y qui  reflembiok  probablement  à celles  de 
Diane  d'Éphèfe. 

La  Fortune  des  femmes  avoir  un  temple  place 
dans  rendroir  où  Corician  s^’étcit  laiaé  fléchir 
par  fa  mère  & fa  femme.  ( Fit.  Uv.  II.  40.  ) 
On  Y ofrroit  tous  les  ans  des  facriflces  à pareil 
jour;  & une  dams  romaine,  choifie  parles  autres 
dames,  préfidoir  à la  cérémonie. 

La  Fortune  itable  , manens , parolt  fur  une 
médr-iile  de  Commode , où  elle  tient  un  cheval 
par  la  bride. 

L a Fortune  obéiffante  , ohfequens  , eft  honorée 
fur  pliiiîeurs  monumens. 

La  Fortune  primigenia  , c’elt-à-dire  , première 
divinité  honorée  d"un  culte  public  dans  R.ome. 
Il  en  efl  fait  mention  fur  piulîeurs  monumens. 

La  Fortune  des  particuliers,  privata,  étoit  ho- 
norée dans  le  palais  des  empereurs.  ( Plutarck. 
73.  qus.jf.  rom,  ) 

La  Fortune  publique  étoit  honorée  d’un  culte  ■ 
parïicuher  dans  ia  vallée  de  Quitinus,  entre  les  " 
Efquîlies  & le  mont  Quirinal.  ( Ovid.  faft.  IV.  \ 
375=  ) 

Qui  dîcet , qnondam  fa-erata  ejl  colle  quirint 
KacFortuna  diepublica  , veruserit. 

La  Fortune  redux , qui  préfide  au  retour  des 
voyageurs,  Fortuna  redux  vzatorum  confervatrix  , 
parok  fouvent  fur  les  monumens. 

La  Fortune  propice  , refpiciens  , avoit-une  ftatue 
dans  une  rue  de  la  lo*".  région,  à laquelle  elle 
donnoit  fon  nom.  ( P.  Victor.  ) 

La  Fortune  virile;  fes  fêtes  fe  cé'ébfoient  aux 
calendes  d’avnî.  ( IV.  14  j.)  Fbjep  Virile. 

La  Fortune  fixée  avec  de  la  glu , vifeata , 
Plutarch.  qu&fi,  rom.  c.  73.) 

Fortune  Çh)  fert  de  type  aux  médailles  de 
Smyme. 

FORULI,  armoires  ou  tablettes  à placer  des 
livres.  ( Suet.  Eug.  c.  XXXI.  n°.  i.jHoscon- 
didic  duobus  forulis  auratis. 

FORULVS,  le  même  dieu  que  Forcolus. 
Voye^  ce  mot. 

FORUS  8c  Fort  , baftÎBguçs  en  ufage  dansJes 
ïauîeaux  non  pontés. 


F O S 

POPL'M.  Ce  mot,  très-commun  dansipsa'-. 
teurs,  défigne  plufieurs  chofss  qu’il  eft  bon  de 
' diftinguer  il  fignifie  , 1°.  les  places  publiques  ^ 
dans  lefqueiles  fe  tenoient  les  divers  marchés  à 
Rome  pour  la  fubfiftan.ce  de  cette  ville  ,•  z°.  les 
places  ou  le  peuple  s’affembloit  pour  les  affaires  , 
pour  les  éleélions  , 8:c.  3°.  les  places  où  l’on 
plaidoit , & qui  étoient  au  nombre  de  trois  prÎR- 
cipales;  4'’.  enfin,  une  ville  delà  dépendance 
de  l’empire  romain,  & dans  laquelle  l’on  tenoit 
des  foires  : tels  étoient  , forum  Livii  , forum 
lulii , &c.  Comme  il  fe  trouvoit  un  grand  con- 
cours de  négocians  qui  venoient  perpétuellement 
à ces  foires  , on  fut  obligé  d’y  conftruire  plu- 
lieurs  maifons  & bâtimens  , pour  la  commodité 
du  public  ; & dans  la  fuite  des  tems , ces  lieux 
s’agrandirent,  fe  peuplèrent  & devinrent  des  villes 
affez  confîdérabies. 

FOSSÆ  y canaux  navigables  ^ ou  d’irrigation. 
Voye^i  Canaux. 

FOSSETTE. 

« Les  artiftes  Grecs,  dit  Wînckelmann,  (Az}?. 
de  [Art.  Uv.  IV y ch.  4 , üf . ) dans  leurs  figures 
du  beau  ftyle  , n’interrompoient  pas  le  menton 
par  ce  creux  qu’on  nomme  fojfette.  La  beauté 
du  menton  confîfte  dans  la  plénitude  de  fa  forme 
arrondie.  La  fojfette , étant  individuelle  & accef- 
foire  dans  la  nature  , ne'  fut  jamais  regardée 
comme  une  qualité  de  la  beauté  univerfelie  par 
les  artiftes  anciens  , ainfi  qu’elle  l’a  été  par  les 
' écrivains  modernes.  C Franco  , dial,  délia  Relief 
p.  1.  p.  24.  Rolli  Rime.  p.  13.)  C’eft  pourquoi 
on  ne  voit  point  la  fojfette , ni  à Niobé , ni  à 
fes  filles,  ni  à la  Pallas  de  la  villa  Albani,  ni 
: à Cérès  fur  les  médailles  de  Métaponte  , ni  3 
Proferpine  fur  celles  de  Syrâcufe  , qui  font  les 
figures  de  femmes  de  la  plus  haute  beauté.  II 
en  eft  de  même  des  plus  belles  fiâmes  d’hom- 
.mes  : la  fojfette  n’eft  vifible  ni  à l’Apollon  diî 
Vatican  , ni  au  Méléagre  ( Antinoiis  ) du  Bel- 
védère, ni  au  Bacc^us  de  la  vigne  Méciieis  , nî 
aux  autres  belles  têtes  idéales,  parvenues  iufcu’à 
nous.  La  feule  tête  d’un  Apollon  de  bionze,  de 
grandeur  naturelle,  confervée  au  cabinet  du  col- 
lège romain,  & la  Vêtus  de  Florence  ont  cette 
fojfette  , plutôt  comme  un  agrément  particulier  , 
que  comme  un  charme  appartenant  à la  beauté 
de  la  conformation;  & Varron  ne  dit  rien  de 
contraire  à mon  opinion,  lorfqu’il  appefle  cette 
fojfette  un  agrément  imprimé  avec  le  doigt  de 
l’amour.  Comnîc  la  grandeur  completrc  d.u  men- 
ton eft  un  caraétère  de  fa  beauté,  reconnu  géné- 
ralement & imprimé  à toutes  les  figures  antiques 
du  premier  rang  , on  feut  conclure  avec  affu- 
rance , lorfque  -e  deffin  d’une  figure  nous  offre 
le  menton  creufé  en  fojfette  ,■  que  ce  creux  eft 
une  preuve  de  l’ignoxanee  du  deâînateur.  Ainfi  a 


FOU  ^ 

toutes  le?  fois  que  nous  trouvons  des  têtes  idéa- 
ks,  antiques,  avec  un  menton ainlî interrompu, 
nous  pouvons  conjedurer , avec  raifon , que  c'eft 
un  raffinement  d'une  main  ignorante,  moderne. 
D'après  cela,  je  doute  que  le  beau  Mercure 
de  bronze , du  cabinet  d'Herculanum  , ait  eu 
eriginairement  une  pareille  fojfette  au  menton  ; 
d'autant  plus  que  l'on  affure  que  la  tête  de 
cette  figure  a été  trouvée  brifée  en  pluflenrs 
morceaux  =>3. 


FOSS OR , efclave  condamné  aux  travaux  de 
la  campagne , qu'il  exécuto'it  chargé  de  chaînes 
( Jiiven.  fatir,  XI.  75.  ) : 


Ipfe  focis  irevihus  ponebat  olufcula , qum  PMnc 

Squalidus  in  magna  fajiidit  compede  fojjbr. 

FOU.  Nous  voyons  dans  un  pafTage  de  Sénè- 
que { epifi.  yo  ) , que  les  romains  fe  pkifoient 
a avoir  auprès  d eux  des  fous  , pour  las  amufer, 
comme  des  boufrons.  Cet  écrivain  dit  qu'Han- 
pafté,/o/k  de  fa  femme  , étoit  demeurée  dans  fa 
maifon  comme  une  charge  d'héritier,  Harpafien 
uxoris  mes.  fatuam  foie  hsrediiariiLm  onus  in  domo 
mea  remanf  jfe. 

FOUDRfc , fubft.  fém.  en  phylique , & mafc, 
dans  les  arts  & les  antiquités.  Célus,  père  de 
Saturne,  ayant  été  délivré  par  Jupiter,  foupet;t- 
fi!s,  de  la  prifon  où  le  tenoit  Saturne,  & vou- 
lant récom.penfer  fon  libérateur,  lui  fit  préfent 
ét  Iz.  foudre  ^ qui  le  rendit  maître  des  dieux  & 
des  hommes.  Ce  font  les  cyclopes  qui  foraent 
les  foudres  que  le  père  des  dieux  lance  fouvent 
far  la  terre,  dît' Virgile  : (.  Æneid.  VIII.  4. 
31.  ) Chaque  foudre  renferme  trois  rayons  de 
grêle , trois  de  pl^iie,  trois  de  feu  & trois  de 
vent.  Dans  la  trempe  des  foudres  , ils  mêlent 
les  terribles  éclairs  , le  bruit  affreux,  les  traî- 
nées de  flammes  , la  colère  de  Jupiter , & la 
frayeur  des  mortels.  La  foudre  étoit  la  marque 
de  la  fouveraine  puiffance  : c'eil  pourquoi  Apelies 
peignit  autrefois  Alexandre  dans  le  temple  de 
Diane  d'Ephèfe  , tenant  la  foudre  à la  main , 
pour  défîgner  une  puiffance  à laquelle  on  ne  pou- 
voir réfîiler. 

Le  foudre  de  Jupiter  eft  figuré  en  deux  ma- 
Hières;  l'un  eft  une  efpèce  de  tifon  flamboyant 
par  les  deux  bouts,  qui,  en  certaines  images  , 
ne  montre  qu’une  flamme  5 l'autre  une  machine 
pointue  des  deux#)ats,  armée  de  deux  flèches. 
Lucien,  qui  dit  que  le  foudre  de  Jupher  avoir 
dix 'pieds  de  long , femble  auffi  lui  donner  cette 
forme , lorfqa'il  nous  repréfente  fort  plaifamment 
Jupiter  fe  plaignant  de  ce  qu'ayant  depuis  peu 
lancé  fon  foudre  contre  Anaxagore  , qui  nioit 
i'exiftence  des  dieux,  Périclès  avoir  détourné  le 
coup,  qui  avoir  porté  fur  le  temple  de  Cailor 


F O U 


6^  î 


& PoHux,  lequel  en  avoir  été  réduit  en  cendres; 
\c  foudre  s'étoit  prefque  brifé  contre  la  pierre  , 
& fes  deux  principales  pointes  émouffées  , en 
forte  qu'il  ne  pouvoir  plus  s’en  fervir  fans  le 
raccommoder. 

La  principale  divinité  de  Séléucie  en  Syuie  , 
étoi:  la  foudre  qu'on  honoroit  avec  des  hymnes 
& des  cérémonies  toutes  particulières  ; on  la 
voit  fur  fes  médailles  : peut-être  étoit-ce  Jupiter 
même  qu'on  vculoit  honorer  fous  le  fymbole  de 
la  foudre.  Servms  affure  , fur  l’autorité  des  livres 
étrufques , où  tout  le  cérémonial  des  dieux  étoit 
réglé,  qu'il  n'y  avoir  que  Jupiter,  Vulcain  Sc 
Minerve  , qui  puffeBt  la  lancer;  mais  Servius  s’eft; 
trompé;  car,  Pline  dit  ( Lib.  IL  cap.  52.  ) que, 
fuivant  les  livres  des  Etrufques,  il  y avoir  neuf 
dieux  qui  étoient  en  pofleiÊon  de  lancer  la  fou- 
dre, Sc  qu'il  7 avoir  onze  fortes  de  foudres,  donc 
trois  étoient  propres  à Jupiter.  II  y a plus,  Pon- 
tahiis,  & les  auteurs  qu’il  cire,  fur  le  vers  4<S 
du  livre  premier  de  rEnéids  , atrefient  que  cha- 
que dieu  & chaque  déeffe  avoir  io'ô  foudre , mats 
différent  de  celui  de  Jupiter,  en  couleur  , e.n 
poids,  en  forme,  &c.  Auffi  Stace,  en  parlant 
de  Junon  , d'Argos  , dit  qu'eiie  lançoit  le 
tonnerre  ; & fi  Paiias  emprunta  le  foudre  de 
Jupiter  pour  foudroyer  Ajax-Oilée,  c'efi  que  le 
fiea  n'étoit  pas  affez.  fort  pour  exécuter  fon 
proisî. 

Les  Etrufques  armotent  du  foudre  neuf  divi- 
nités , ainfi  que  Pline,  nous  l'apprend  ; ( kifi.  nat. 
l.  2.  c.  y 5 j mais  ni  Pline  , ni  aucun  auteur, 
ne  nous  dit  quelles  étoient  ces  divinités.  Cepets- 
dant  , lorfque  nous  faifons  des  recherches  fur 
les  dieux  de  la  Grèce  ainfi  figurés,  nous  y trou- 
vons le  même  nombre.  Parmi  les  dieux  , fans  7 
comprendre  Jupiter  , on  donna  cet  attribut  â 
Apollon,  révéré  à Héüopoîis  eh  Affyrie;  {Ma- 
crob.  Saturn.  L i.  c.  24.  ) 8e  ce  dieu  eft 
rspréfenté  de  la  même  manière  fur  une  mé- 
daille de  la  ville  de  Thyrria  en  Arcadie.  ( Go/y. 
Grsc.  tab.  éi.)  Mars,  combattant  les  Titans, 
eft  armé  de  même  fur  une  pâte  de  verre  , 
( Defeript.  des  pzerr.  gr.  du  cabinet  de  Stock. 
p.  yi  , n°.  116  ) ainfi  que  Bacchus  fur  une 

pierre  gravée  C p.-  234.  n°.  i4y9.  ),  toutes 
les  deux  antiques  & du  cabinet  de  Stofeh.  On 
voit  auffi  Bacchus  armé  du  foudre  fur  un  patère 
étrufque.  ( Demfi.  etrur.  tab.  3.  ) Vuicam  ( Serv. 
ad  Æn.  I.  p.  177.  Jî.  ) & Ikn , deux  pentes 
figures  de  bronze  , confervées  au  cabinet  du  col- 
lège romain  , 8c  Hercule  fur  une  iT;éd..ille  de  la 
ville  de  Naxos,  font  repréfentés  avec  le  même 
attribut.  Parmi  les  déeffes  aimées  du  foudre , on 
connoît  Cybèle  ( Bellori  imag.  & du  Choul-dclla 
relig.  deRom.  p.  92.)  & P allas  ( Apollon.  Argon. 
L IV.  V.  671.  Servius  l.  c.  ) , comme  on  les 
voit  fur  les  médailles  de  Pyrrhus  & fur  d'autres. 
{ Go/y.  gr&c.  tab,  36.  n°.  y.  Conf.  Span.  deFr&ft, 

S f 1 f ij 


é^2  FOU 

Num.  t.  L 43i.  ) Ofi  prurroît  encore  citer  TAmour 
tenant  le  foudre , reprcienté  fnr  le  bouclier  d'Al- 
cibiade. {_Atken.  Deip.  l.  XII.  ) 

On  voit  aufil  fur  une  calcédoine  du  baron  de 
■ Stofch , Anubis  debout  tenant  de  la  main  droite 
un  foudre  fSc  un  fceptre  de  la  gauche.  Lt  foudre 
eft  gravé  à la  manière  des  grecs , & cet  attribut 
aura  été  donné  à Anubis  par  les  romains  ; car 
les  égyptiens  ayant  un  ciel  toujours  ferein,  n'étant 
par  conféquent  pas  expofés  au  tonnerre  & aux 
éclairs  j n'en  avoient  peut  - être  aucune  idée  ; & 
l'on  fait  que  leurs  attributs  étoient  toujours  tracés 
d'après  des  objets  réels  & fenfibles.  ( I‘.  claffe, 

71°.  111.) 

Le  foudre  dans  la  main  d’une  figure , ou  à côté, 
ou  àu-delfous  d'un  bufte , lorfque  ce  ii'eft  pas 
la  tête  d'un  empereur , marque  la  tête  du  Xe- 
Jove,  c'eft-à-dire  , àelufitex-jvudroyantdi  irrité; 
car  î y a quelques  empereurs  que  l'on  a flattés 
jufcu'à  leur  m.ettre  le  foudre  dans  la  main  ^ comme 
à Jupiter.  ■ ~ 

Le  comte  de  Caylus  a publié  ( Hec.  d'ant.  3.  : 
p.  1 57.  } un  foudre  de  bronze  ^ très-bien  confervé^ 
& tel  que  les  modernes  font  dans  l'habitude  de 
le  repréfenter.  Il  ne  doutoît  pas  qu'il  n'e.ûc  été 
î’attrLut  de  quelqu'anciénne  îlatue. 

Sur  les  monumens  J plufieurs  boucliers  portent 
peur  ornement  un  foudre  aîlé  ; c'étoit  de-là  qu'é- 
îoic  venu  à la  XII‘=.  légion  le  furuom  à.e  fulmi- 
nante. { Dio  LV.  ) Valerics  Flaccus  décrit  une 
phalange  grecque , armée  de  femblables  boucliers. 

(VI.  33 . ) 

CunBa  phdtanx,  infigne  Jovis  , ccelataque  gefat 
Tegmlna,  difperfos  trifidis  ardoribus  ignés  % 

TSec  prirp.us  radios,  miles  romane  , corufei 
Fulminis , & rutilas  feutis  diffuderis  alas. 

Foudre.  Les  furprenans  effets  que  produit  la 
foudre  , ont  fourni  de  tout  temps  une  am- 
ple matière  à la  fupeiibtion  des  peuples.  Les  ro- 
mains diftinguoient  deux  fortes  de  foudre , ceJts 
du  jour  & celles  de  la  nu:t  ; ils  donnoier.t  les 
premières  à Jupiter  ^ & les  fécondés  au  d'eu  Sum- 
mar.us  ou  Pkicon  ; & û ia  foudre  grondoit  entre 
le  jour  & la  nuit , iis  l'appc-Hoient  fulgur  pro- 
vorfum , & i'attribuoitnt  conjointement  à Jupiter 
& à Suiritnanus. 

Non  contens  de  cette  diilLniftion  générale  j 
î’s  tiroient  toutes  furies  de  préfa^^e  de  la 
QuancN  par  eiemple^  elle  éroit  partie 
de  L wr-CUi  3 5c  eue  n ayam  . ait  ou.  triîeurerquel- 
GU-.n  ,_ciL  retcurnuu  cil!  n-è;;ie'ccréj  c'étoitle 
flgae  d’un  bor-heur  parf.4it , fmmafUcitads  pra- 
fagfm,  comme  i-jine  k rac.mtc  a l occafion  de 
bcjlia.  Les  foudres  quifaifoieut  plus  de  bruit  qe 


FOU 

de  mal  celles  qui  ne  fignifioient  r’en  ^ étoient 
nommées  vana  & bruta  fulmina  y & la  plupart  des 
foudres  ce  cette  efpece^  étoient  prifes  pour'ure 
marque  de  la  colère  des  dieux  ; telle  fut  foudre 
qui  tomba  dans  le  camp  de  CralTus  ^ elle  fut 
■ regardée  comme  un  avant-coureur  de  fa  défaite; 

& telle  encore  J félon  Ammien  Marcellin,,  fut 
; celle  qui  précéda  la  mort  de  l'empereur  Valen- 
tinien. De  ces  foudres  de  mauvaife  augure,  il  y 
en  avoir  dont  en  ne  pouvoir  éviter  le  préfage  par 
aucune  expiation  , inexpiabile  filmen  j 8c  d'autres 
dont  le  malheur  pouvoir  être  détourné  par  des 
cérémonies  religieufès , piabile  fulmen. 

La  langue  latine  s'enrichit  de  la  fotte  con- 
fiance qu'on  donnoit  aux  augures  tirés  ées  foudres. 
On  appella  conciliaria  fulmma  celles  qui  arrivoient, 
lorfqu'on  délibéroit  pour  quelque  affaire  publique  5 
autorativa  fulmina  , celles  qui  tomboient  après  les 
délibérations  prifes  , comm.e  pour  les  autorifer  j 
monitoria  fulmina , celles  qui  avertiffoient  de  ce 
‘ qu'il  falloir  éviter  ; deprecanea  fulmina  , celles  qui 
avoient  apparence  de  danger,  fans  qu'il  y en  eût 
pourtant  effeétivement  ; pofiulatoria  fulmina , cel- 
les qui  demandoientle  rétabliffement  desfacrifices 
interrompus,  fantlliaria  fulmina  , ce&es  qui  pré- 
fageoient  le  mal  qui  devoir  arriver  à quelque  fa- 
mille; publica  fulmina.,  celles  dont  on  tiroitdes 
préd’i étions  générales  pour  trois  cents  ans  ; & pri- 
’ vata  fulmina,  celles  dont  les  prédiétiens  parti- 
culières ne  s’étendoient  qu’au  terme  de  dix  années. 

Ainfî  les  romains  portèrent  au  plus  haut  comble 
d'exrravagance  ces  folies  ; ils  vinrent  jufqu'à  croire 
que  le  tonnerre  étoit  un  bon  augure,  quand  on 
l'entendoit  du  côté  droit , & qu'il  étoit  au  con- 
traire un  ligne  fatal,  quand  on  l'entendoit  du  côté 
gauche  ; il  n’étoit  pas  même  permis , fuivant  le 
rapport  de  Cicéron,  de  teni*des  afTemb’ées  pu-> 
bfiques  lorfquil  tonnoit,  love  tordante,  fulgu- 
rante , comitia  populi  habere  nefas. 

Les  endroits  frappés  de  la  foudre  , étoient  ré- 
putés facrés;  & comme  fi  Jupiter  eût  voulu  fe 
les  approprier,  il  n'éroit  plus  permis  d'en  faire 
des  ufages  profanes.  On  y élevoiî  des  autels  au 
dieu  tonnant,  avec  cette  infeription  : 

Deo  fulminatori. 

_ Les  arufpices  purifîoient  tout  lieu  fans  excep- 
tion, fur  leqütlli foudre  étoit  tombée,  & le  con- 
facrpient  par  le  facnfice  d'une  brebis  appeîlée 
bidens , c'efl-à- dire , à qui  leï^ients  avoiertpeuffé 
en  haut  & en  bas  ; ce  lieu  , féparé  de  tout  autre, 
s'appeiloic  bidental,  du  nom  de  l.i  brebis  qu’on 
avoir  immolée  ; & on  tenoit  p.cui  impies  & pont 
facnièges  ceux  qui  le  profanoien-  ou  en  remuoient 
les  bornes  ; c’til -la  ce  qr.’Horace  a;  pelle  œovcrç 
bidental.  Tout  ce  qui  avoir  été  b.i'i  é ou  no  rci 
par  la  foudre,  étoit  placé  fous  un  autel  couvcitj 


F O Ü 

& les  augures  étoient  chargés  de  ce  foin.  On 
emp'oyoir  en  particulier  certains  prêtres,  nommés 
par  Fettus  ftufertarii  , pour  purifier  les  arbres  fou- 
droyés. Ils  laifoient  à ce  .^ujet  un  facrifice  avec 
de  la  pâte  cuite  fia^s  la  cendre , comme  nous  Fap- 
prend  Finfcription  tirée  d’une  table  de  bronze 
antique,  trouvée  à Rome,  & citée  par  Gruter 
& d’autres  antiquaires. 

Avant  cette  purification  , les  arbres  frappés  de 
\z  foudre  paîfoient  pour  être  funeftes,  & perfonne 
s’ofoit  en  approcher.  Aulïî  dans  le  Trinummus 
de-  Plaute  ( aci.  II.  fc.  IV.  ) , un  efclave  vou- 
lant détourner  un  vieillard  d’aller  à une  maifon 
de  campagne , lui  du  : gardez-vous  en  bien  5 car 
les  arbres  y ont  été  frappés  de  \ifoudre  ,■  les  pour- 
ceaux y meurent  ; les  brebis  y deviennent  gaieu- 
fes,  &c. 

Pline  rapporte  qu’il  n’étoit  pas  permis  de  brûler 
le  corps  de  ceux  que  h foudre  avoir  tués,  & qu’il 
falloir  fimplement  les  inhumer  , fuiyant  l’ordon- 
nance ce  Numa.  En  effet,  Feftus,  zn  mot  occifum, 
cite  deux  loix  à ce  fujet  : homofi fulmine  occifus 
tf  , ei  jufla  nulla  fieri  oportet  ; l’autre  efi:  conçue 
en  ces  termes  : fi  hominem  fulminihus  occifit , ne 
fuprà  genua  toilito  ; au  lieu  que  Fufage  contraire 
fe  pratiquoit  dans  les  funérailles  ordinaires  , ou 
l’on  raettoit  les  corps  fur  les  genoux,  pour  les 
bai  fer  & les  laver,  comme  il  paroît  par  ces  vers 
d’Albinovanus  : 

77izjera.nda  parens  Jupremaneque  ojculajïxit , 
Frigzda  nec  movit  membra  3 t remente  Jznu, 

Il  faut  que  ce  point  de  religion  n’en  fut  pas  un 
chez  les  grecs,  puifque  Capanée,  après  avoir 
été  frappé  du  feu  de  Jupiter,  reçut  les  honneurs 
du  bûch-r  , & qu’Evadné,  fa  femime  , s’élança 
dans  les  flammes , pour  confondre  fes  cendres 
avec  cel'es  oe  fon  cher  époux.  Mais  les  romains 
s’éloignèrent  de  cette  idée,  & en  prirent  une 
autre , dans  la  pen'uafion  que  les  perfonnes  mortes 
d’un  coup  de  foudre,  avoient  été  fufEfamment 
purifiées  par  le  feu  , qui  les  avoir  privées  de  la  vie. 

E^fin  , on  regardoit  généralement  tous  ceux 
qui  avosent  eu  le  malheur  de  périr  par  la  foudre 
comme  des  fcélérats  & des  impies , qui  avoient 
reçu  leur  châtiment  du  ciel  ; & c’eft  par  cette 
raubn  que  l’empereur  Carus,  qui  fut  plein  de 
courage  & de  vertus  , eft  mis  au  rang  des  mau- 
vais princes  par  quelques  auteurs. 

Ce  détail  fuffit,  fans  doute,  pour  faire  con- 
noïtre  les  égaremens  de  la  fvperftition  des  anciens 
?ar  laquelle  Sénèque  obferve  judicieafement , 
que  c’eif  une  rriarque  d'un  efprit  foible  que  d’ajou- 
ter fc-  à de  pareilles  fottifss  , & de  s’imaginer 
que  Jupiter  lance  les  foudres-^  qu’il  renverfe  les 


FOU 

colonnes,  les  arbres,  les  fiatues,  & même  les 
images  ; ou  que  laiifant  les  lacrüèges  impunis  , 
il  s’amufe  à brûler  fes  propres  autels,  & à fou- 
droyer des  animaux  innccens.  ( Art.  du  chevalier, 
de  Jaucourt.  ) 

Foudre  fur  les  médailles  de  la  Cyrénaïque  i 
de  Carane  , de  Centuripæ,  des  Fajifques,  de 
Lacédérr.one  , des  locriens  d’Italie  , des  macédo- 
niens , de  Myndus  , d’Grra  , de  Panormus , de 
Paros , de  Philadelphie  en  Lydie , de  Pracfus, 
de  Séleucie  en  Syrie  , de  Séieucie  dans  la  Pam- 
philie  , AAEAOCN  AHMQN  ; de  Syracufe , des 
Locriens- ozoles. 

•Foudre  dans  une  couronne  de  chêne , fur  les 
médailles  d’^JJaraOT  eh  Myfie  5 d’Epire.— Dans 
une  couronne  de  laurier , far  les  médailles  à.’A~ 
mantes  en  l'lyrie. 

FOUET.  Horaère  donne  un  fouet  à Jupiter 
en  deux  endroits  de  l’Iiiade.  Mars  porte  deux: 
fouets , félon  Efchyle  ( Agamem.  v.  6^1  ).  Vir- 
gile & Lucain  peignent  Belipne  armée  fouet. 

Les  Furies,  le  Soleil  portent  fouvent  un  fouet. 
Ce  dernier  paroît  fouvent  fur  les  médailles  avec 
\t  fouet,  qui  rappelle  fon  char  & fes  couifiers. 

Sur  une  pâte  antique  du  baron  de  Stofch  ( II". 

[ clajfe  n°.  510.  ),  on  voit  à côté  de  Cérèsaffife, 
Diane  debout  entre  deux  bœufs , tenant  de  la 
main  gauche  deux  épis  de  bled , & un  fouet  de 
la  main  droite.  On  y reconnoît  Diane  Taurique. 
Le  fouet  tfl  relatif  aux  coups  que  l’on  donnoit 
aux  jeunes  lacédémonie.ns  devant  les  autels  de 
Diane  5 car  fon  culte  demandoit  du  fang. 

Ofiris  porte  un  prétendu  fouet , dont  on  trou- 
vera l’explication  au  mot  Charrue. 

Les  prêtres  de  Cibèle  fe  Frappoient,  en  invo- 
quant leur  divinité,  avec  un /ùaer  de  courroie , 
auxquelles  étoient  enfilés  des  aflragales  , c’eft-à- 
dire,  des  oflelets  de  chevreau.  Apulée"  fait  men- 
tion de  ce  cruel  ialLument  ( Meta.  lib.  VIII,  pag. 
léi-  ) 5 & on  le  voit  fcolpté  aux  côtés  de  l Archi- 
Gaiie  fur  un  bas  - relief,  publié  par  Wi.uckel- 
mann.  ( Monum.  inédit.  n°.  7.  ) 

Le  comte  de  C.iylus  ( B.zc.  t.  pi.  94.  r°.  4.  ) 
a publié  le  deSa  d’un  morceau  de  bronze,  qui 
formoit  un  fouet  terrible  , lorfqu’î!  étoit  placé  à 
l’extrémité  d’une  torde;  il  fervoit  à la  punition 
des  efeiaves. 

il  y en  a un  pareil  dans  le  cabinet  de  Ste. 
i Geneviève. 

FOULER  aux  pieds.  Chez  les  anciens,  comme 
aujourd  hai  chez  iss  orientaux , les  rois  vain- 


6s^4  fou 


FOU 


qus'dzs  fou/ozent  aux  pieds  les  rois  vaincus.  Ceî 
ulage  ell  chanté  dans  FÉnéide  ( X.  489.  ) : 

Et  terram  hcfiilem  rr.onens  petit  ore  cniento. 
Quem  Tumiis  fuper  ajpjîens 

& V.  756 

Tum  fuper  aijeaum  poftopede  : nixus  & haflu. 

Claudien  Ta  chanté  auiE  ( Honor,  Confulat. 

Colla  triumphati  proculeat  Eonorius  IJîri. 

Ils  les  foulozent  en  appuyant  le  pied  droit  fur 
le  col  du  vaincu  profterné. 


apres  1 on  creufa  des  bancs  d’araille , BcVoz 
Y Et  Ats  fours  à une  feule  pièce.  Cet  ufagefubfîfte 
encore  aans  quelques  provinces  de  la  France. 
L en  i.pagma  dans  la  fuite  les  fours  totalement 
comtruits  en  briques  cuites  5 on  tenta  d y fubfti- 
tuer  des  pierres  meuheres  ou  fableufes , telles 
que  le  grès , le  granit  ^ & Ton  en  fit  la  voûte 
& rentableinent.  Dans  des  temps  poftérieurs 
Fon  a imaginé  de  conftruire  ia  voûte  àt&  fours  e.-î 
' riques  crues  ^ durcies  au  foieil  ^ Sc  liées  avec  de 


la  terre  g 


;laife  qui  fert  de  rriortier. 


Les  anciens  connoiffoient  autemps  de  St-  Jérôme 
les  fours  de  c?.mpagne  ( in  Orat.  Hierem.  ) , comme 
on  I apprend  de  ces  paroles  : Clibanus  efi  coquendis 
panibus  snei  vsfculi  cbzduclarotunditas  , qzis,  fub  ar- 
dent ibus  flammis  ardet  intrinfecus. 


^ FOULON.  Les  anciens  n’employant  pas  le 
linge  J 8c  s’habillant  ordinairement  d’étofres  de 
laine , occupoient  un  grand  nombre  de  foulons. 
Les  travaux  de  ces  artifans  fixèrent  les  yeux  des 
légiflareurs  romains,  eom.me  on  le  voit  par  la 
loi  Metelia  de  fullonibus.  Nous  trouvons  dans 
Nonius  ( IV.  34.  ) trois  vers  qui  rerifer.ment  tou- 
tes les  pratiques  des  fouLoriS  : 

Terra  hcsc  ejl , non  aqua, 

Ubi  tu  foîitus  argutarier  pedibus , 

Cretam  dum  compefeis  ,yejlimentaque  lavas. 

On  y trouve  le  lavage  dans  une  eau  courante , 
\t  foulage  avec  les  pieds  pour  dégraiffer,  & le 
mélange  d’argile  bla.nche  ou  de  terre  bolaire,  ap- 
pellée  ici  improprement  creta  ^ pour  donner  de 
l’éclat  Sc  un  plus  haut'  degré  de  blancheur.  Les 
foulons  employoient  auffi  le  foufre  pour  obtenir 
ce  dernier  citer. 

_ Pline  ( VIL  ^6.  & XXXV.  17.  ) attribue 
rinyentton  de  l’art  des  foulons  à Nicias , fils 
« iriÊrîiiiss* 

FOUR  à cuire  le  pain. 

Dans  les  premiers  âges  du  monde,  on  faifoît 
nfloler  les  épis  du  froment,  & l’on  en  mangeoit 
e^fuite  le  grain  pur  : quelque  temps  après  on 
pila  le  grain,  demele  avec  de  leau,  on  le  fit 
cuire  3 on  le  luangea  en  bouillie.  Quelques  oer- 
fonnes  imaginèrent  de  piler  le  grain  avec  très- 
peu  d’eau , 8c  d’en  faire  cuire  la  pâte  fur  la  cendre 
chaude  : on  rafina  fur  cette  découverte  j on  elLaya 
de  faire  cuire  la  pâte  fur  des  pierres  échauffées  : 
on  creufa  ks  pierres,  & l’on  y fit  cuire  des  gâ- 
teaux. “ 


Four  à chaux.  On  condamnoit  fous  les  em- 
pereurs certains  criminels  au  fervice  dangereux 
des  fours  à chaux  : in  calcariam  quoque  vel  Julphu- 
riam  damnari  f oient.  ( Ulpian.  leg.  8.  §.  10  f, 
de  P oenis.  ) 

FOURCHE.  Pluton  tient  quelquefois  une 
fourche  au  lieu  de  feeptre. 

Les  mirmîllons  com.battant  contre  les  rétiaires, 
[ portoient  une  fourche  à deux  pointes  pour  fe  dé- 
I fendre. 

; Les/oarc&j  caudines  font  célèbres  dans  rhifioire 
: romaine;  c’é^it  une  lance  mife  en  travers  fur 
deux  lances  droites  ^ formant  une  efpèce  d’arc 
de  triomphe  , ou  de  joug,  fous  lequel  on  faifoit 
pailer  les  vair.cus. 

On  voit  amTi  dans  plufieurs  écrivains  latins , 
qu  il  etoit  d ufage  à Rome  d’attacher  aux  bras 
d’une  fourche  les  efelayes  que  l’on  battoir  de 
verges,  8c  que  l’on  traînoit  dans  les  rues  8c  les 
marchés. 

FOURCHETTE.  Dans  les  ruines  d’Hercu- 
lanum^  on  a trouvé  quantité  de  cuîlüers  ; mais 
^n  n a point  encore  pu  découvrir  de  fourchettes. 
On  préfume^que  les  anciens  romains  nes’enfer- 
'^ojent  pas  : I ufage  Atsfourckettes  parole  moderne, 
même  en  Europe.  Les  chinois , au  lieu  de  four- 
chettes , emploient  dans  leurs  repas  deux  petits 
bâtons  ronds , dont  les  bouts  font  recouverts 
d’une  lame  d’argent.  Les  européens  font  prefque 
eacore  les  feuls  qui  fe  fervent  de  fourchettes  dans 
leurs  repas. 

Le  comte  de  Caylus  ( Rec.  d’Ant . 3.  pl.  84. 
S-  f être  plus  heureux,  8c  il  a publié 
deffin  d’une  fourchette  antique  , accompagné 
ces  réflexions. 


de 


_ Smdas  dit  qii  un  égyptien,  nomme'  Annos  , 
imagina  de  faire  de  petits}èa/-^  .•  on  préfume  qu’ils 
etoicnt  quarres , apparem.ment  parce  que  le*:  egvn- 

ttens  ont  ignore  pendant  plufieurs  fiècks  A'uY y-s-*-  '-t-  ‘-7- 

faire  des  voûtes  il  v a ^ confervation  j mais  plus  encore 

a.s  vou.es.  ii  j a grande  apparence  que  | k beauté  de  fon  travail  Le  pied  de  biche 


« Cette  fourchette  d’argent  efi:  recom 

Oï*  'r'i  /-s  m Æ 


tmanda] 
encore i 


FOU 

la  termine  J Bc  les  filets  dont  elle  eft  ornée  ^ font 
agréablement  difpofe's  & de  la  plus  belle  exé- 
cution. Je  voudrois  avoir  le  fervice  complet  de 
la  même  main  , non  certainement  pour  la  ma- 
tière ^ n^s  pour  le  bon  goût  de  Torfèvre  qui  a 
travailléWberre  vaiffeile  , & pour  fatisfaire  non- 
feulement  ma  curiofité  fur  les  différentes  parties 
du  fervice  romain  ; mais  pour  jouir  de  la  variété 
& de  la  beauté  des  formes  que  préfentoit  la 
multiplicité  des  plats  8e  des  vafes.  Cette four- 
ckette , qui  n'a  que  deux  pointes  ^ a été  trouvée  ^ 
avec  plufieurs  autres  petits  meubles , dans  une 
ruine  fur  la  Via  Appia.  Elle  a de  longueur  cinq 
pouces  fix  lignes 

FOURMIS.  Les  theffaliens  bonoroient  ces 
infeétes  ^ dont  ils  croyoient  tirer  leur  origine  -, 
& tous  les  grecs  en  général  ne  faîfoient  pas  dif- 
ficulté de  rapporter  leur  origine  aux  fourmis  de 
la  forêt  d'Egine,  plutôt  que  de  fe  reconnoître 
pour  des  colonies  des  peuples  étrangers.  Voye^ 
Myrmidons. 

Fourmis.  Ces  infeéles  fournifibient  matière 
d'obfervation  à ceux  qui  prenoient  des  augures. 
Un  facrificateur  prédit  à Ciraon  l'athénien  fa 
mort  prochaine  j parce  qu'une  troupe  de  fourmis 
étoienr  venues  boire  le  fang  des  vidfimes.  Elles 
donnèrent  un  meilleur  augure  en  faveur  de  Midas^ 
roi  de  Phrygie.  On  rapporte  que  des  fourmis 
s’étant  raffembiées  en  grand  nombre  autour  de 
lui  s remplirent  fa  bouche  de  bled  5 ce  qui  fit  pré- 
dire au  devin , que  ce  prince  auroit  un  jour  des 
richeffes  immenfes.  ( Cic.  de  divin.  I,  36.  ) 

La  fourmi  eft  fur  les  monumens  un  attribut  de 
Cérès.  On  la  voit  placée  auprès  de  cette  déeffe 
fur  deux  pierres  gravées  de  Stofch.  ( //<=.  claffe , 
nos.  227.  2z8.  ) 

FOURREAU  des  armes. 

Les  grecs  & les  romains  en  mettoient  à toutes 
leurs  armes.  Le  cafque  lui-même  en  avoir  ua  ap- 
pelle Celui  de  l'épéé  étoit  nommé 

Les  haches  desliéleurs,  qui  étoient  placées  à la 
moitié  de  la  hauteur  des  faifceaux,  avoienc  auffi 
un  fourreau  , dans  lequel  elles  étoient  ordinaire- 
ment renfermées.  Car  les  anciens  ne  portoient  des 
ar.mes  nues , qu'au  moment  de  la  charge. 

FOURRÉES  C médailles  ). 

Les  médailles  d'or  & d'argent  qu’on  appelle 
fourrées  , paroiffent  devoir  être  hors  de  Pour  foup- 
çon  de  conrrefaéiion  moderne  ; ce  font  des  pièces 
de  fauflcs  monnoies  que  i'on  qontrefaifoit  chez 
les  anciens , & qu'on  fa;foit  paffer  pour  de  la 
Hionnoie  légitime.  On  n'aura  pas  de  peine  à croire 
qu'il  y ait  eu  de  faux  monnoyeurs.  auffi-tôt  qu'o'n 
a établi  chez  les  peuples  policés  l'afage  de  la 


FOU 


îr.onr.oie  d’or  & d'argent.  Cette  fourberie  s'cft 
multipliée  jufqu'à  notre  temps & ne  finira  vra:- 
femblablement  qu'avec  le  m.onde  ; mais  il  faut 
convenir  eue  chez  les  romains  les  faux  momoyeurs 
étoient  d’nabiles  fourbes ^ Sc  fur-tout  d'exctikns 
graveurs.  Comme  les  monnoies  de  l'empire  ^ foit 
d'or  J foit  d'argent,  étoient  d'une  fabrique  par- 
faites il  falloit  de  néceffité  les  imiter  , pour  faire 
pafler  dans  le  public  les  pièces  contrefaites  ; aufii 
le  font-elles  à un  point,  que  nous  fomimes  obligés 
de  les  piquer,  quand  elles  ne  font  point  enta- 
mées, peur  reconnoître  fi  elles  font  fourrées  ^ 
c'eft-à-ùire,  fi  elles  font  de  cuivre  en  dedans. 


La  fabiique  des  médailles  contrefaites,  éroiî 
extrêmement  difficile  à pratiquer;  il  ne  s’agiffeit 
pas,  comme  aujourd'hui , d'allier  un  peir  d’or 
avec  du  cuivre , ou  de  blanchir  fimplemenr  une 
pièce  de  bilion.  Les  faux  monnoyeurs  romains 
couvroient  leurs  pièces' d'une  feuille  d’or  ou  d'ar- 
gent, affez  épaifie  pour  ne  fe  découvrir  qu’après 
un  grand  ufage  dans  le  commerce  , & qui  îé  com- 
primoit  tellement  avec  le  cuivre  du  dedans  , quand 
on  les  fabriquoit,  qu’il  étoit  impoflibie  de  lesap- 
percevoir,  à moins  de  les  entamer  avec  le  burin 
ou  un  autre  inftrumenr.  Voye^  Doublé  . 

Cette  circonftance  nous  fait  bien  connoître 
que  l'argent  étoit  rare  dans  l'empire  romain  , 
puiiqu’un  ouvrier  rifquoit  d’être  puni  pour  contre- 
faire une  médaille  d’argent , qui  vaut  à peine 
quinze  fols.  Se  qui  étoit  alors  d'un  prix  bien 
plus  bas. 

On  doit  donc  être  affuré  qu’une  médaille  eft  in- 
dubitablement antique  & frappée,  dès  qu’elle  eft 
fourrée.  Comme  ces  pièces  fe  fabnquoient  à la 
hâte  , & toujours  dans  des  lieux  fouterrains,, 
elles  font  fujettes  à avoir  des  défauts  dans  les 
légendes  / qui  les  rendent  pour  la  plupart  fingu- 
lières , foit  par  la  tranfpofition  des  lettres , ou 
par  d’autres  défauts.  Il  faut  les  examiner  avec 
attention,  8c  i’on  en  trouvera  peu , fur-tout  sa 
argent , qui  n’entrent  dans  une  fuite. 

L’épaifteur  8c  le  relief  des  médailles  d’or  & 
d’argent , ayant  donné  lieu  aux  faux  monnoyeurs 
de  les /barrer  plus  aifémenr,  il  s’en  trouva  à la 
fin  un  fi  grand  nombre,  que  lorfqu’on  rétablir, 
fous  le  règne  des  enfans  de  Conftantin,  uns 
fabrique  de  m.onnoies  d’argent  pur  ; qu:  n’avoic 
été  prefque  que  de  bilion  depuis  le  règne  de 
Caracalla).  'On  prit  pour  la  sûreté  pubbque,  le 
parti  de  la  diminuer  de  la  mo.tié  du  poids , ou 
environ,  8c  de  la  faire  fi  mince,  qn’il  ne  fut 
pas  pofiible  de  la  falfificr  ; cftft  ce.  qu’on  ju?ea 
de  plus  efficace  pour  empêcher  la  foi  rhe. 
On  a cependant  vu  un  Valentinien  d’or  fourré 
dans  le  cabinet  de  Mahadel.  ( Le  duc  Carufr.Is  àa 
de  Naples  pofsède  une  mcdeiH-  d'-.r  fourrée  ^ 
avec  la  tête  & le  nom  d’AIexândrê'le-Gra,.d.) 


6^6  F R A 

Les  médii'Ies  d'argent  fourrées  font  donc  sûre- 
ment antiques  s on  ne  peut  en  refaire  les  lettres 
comme  for  celles  qui  font  de  bon  aloi , parce  ouïe 
la  médaille  n'étant  couverte  que  d'une  feuille 
d’argent;,  elle  ne  peut  foutenir  d'être  travaillée  j 
on  s'elf  cependant  avifé^  pour  pouffer  le  dégui- 
fement  jufqu'où  i;  pouvoir  a'ier  ^ de  percer  des 
médailles  d'argent  fauffes^  mais  bien  contre 
faites  5 avec  une  aiguille  de  fer  rougie,  & dont 
le  fen  noircit  & rougit  la  médaille  en-dedans  j 
pour  la  faire  croire  fourrée  à ceux  qui  n'exami- 
nent pas  la  chcfe  de  près.  I!  faut  y quand  on  voit 
ces  fortes  de  médailles  ainlî  percées , & qu'on 
croit  fourrées , fi  on  n'eft  pas  affez  habile  pour 
reconnoîrre  la  fauffeté  de  la  médaille  ^ la  piquer  ^ 
ou  dans  le  champ , ou  aux  rebords , & s'affurer 
par-là  fi  elle  eft  efreétivement /barrée,  & par 
confëquent  antique.  ( Art.  de  Beauvais.  ) 

FRAMEA,  efpèce  de  javelot  ou  d’épieu, 
dont  fe  fervoient  autrefois  les  germains.  Il  étoit 
fi  court  & fi  aiguifé  , qu'ils  s'en  fervoient  de  loin 
comme  d'une  arme  de  jet,  & de  près  comme 
d'une  arme  de  haft.  Tacite  nous  apprend  ces 
détails  ( de  morib.  German.  cap.  FI.  ) ; rarlgladiis  , 
eut  majoribus  lanceis  utuntur.  Haflas  , vel  ipforum 
vocabulo  y frameas  gerunt , angufio  & hrevi  ferroÿ 
fsd  ita  acri  & ad  ufum  hahili  ut  eodem  telo , 
prout  ratio  pofcit , vel  cominus  , vel  eminus pugnent. 
C'étoit  le  même  javelot,  armé  d'une  pointe  de 
fer  courte  & aigue , que  les  romains  appelloienî 
contas;  car  Dion  ( XXXVIII.  ),  décrivant  le 
combat  de  Céfar  co.ntre  Ariovilïe,  défigne  les 
framea  des  marcomans  par  le  mot  r.o'/rig. 

FRANCION , ou  Francus  , eft  un  nom 
■qu'un  impofteur  donne  à Allyanax,  fils  d'Heélor, 
dans  un  morceau  qu'il  a ajouté  à Manéthon.  Il 
dit  que  Francus  s'étant  retiré  dans  les  Gaules, 
après  la  ruine  de  Troye,  s’y  fit  tellementaimer 
du  roi,  qu'il  en  épouf.i  la  fille,  & fuccéda  à fa 
couronne  ; & que  de-là  font  defcendus  les  rois 
de  France.  D'autres  ont  d t qu'Heélor  eut  deux 
fils  , Aîlyanax,  qui  périt  à Troye,  & Lardamas  , 
ou  Francion,  qui  s’enfuit,  avec  nombre  de  troyens, 
en  la  Pannonie.  Il  s'arrêta  fur  les  frontières  de 
Scythie , & y bâtit  la  ville  de  Sicambrk  , & lui  ■ 
& fa  poftérité  régnèrent  jufqu'au  temps  du  roi 
Anténor  , cui  fut  tué  par  les  goths , 410  ans 
avant  Jefus-Chnfi.  Les  goths  forcè>-ent  les  troyens, 
ou  iicambriens,  à fe  retirer  en  Allemagne;  ils 
fe  divisèrent e.n  deux  branches,  dont ’l'ifeie fonda 
en -fin  la  monarchie  françoifei  &r  l'autre  relia  en" 
Allemagne,  & y fonda  la  Franconie,ou  la  FraEce 
onentaie. 


franges.  Les  habits  des  femmes  gre-'-quea, 
dit  VV'inckelmann  ( Blf.  de  l’Art.,  liv.  Iv.  ckap. 
F.  ) ne  font  jamais  garnis  de  franges  , ni  à la 
PGraure  d en  bas , ni  ailleursi  es.  que  j'obferve 


F R E 

I ici , pour  fèrvir  d explication  à ce  que  CV'- 
maciue,  en  parlant  de  h robe  de  Diane,  appelle 
Myværoy  Les  intei.-rêtes  anciens  & modernes  fe 
foDi.  egaLment  trompes  en  rendant  ce  terme  pat 
ee\\i\  dt  franges  ; le  feul  Spanheim  a r^icontré 
plus  juîle , en  l’expliquant  par  le  mot  c^^andes 
brochées  dans  leur  longueur.  Callimaque  intro- 
duit ceite  déefle,  qui  fupplie  Jupiter  de  lui  ac- 
corder entr’autres  chofes  la  permiffion  de  porter 
fa  robe  retrouflee  jufqu'aux  genoux.  ( Hymn. 
Dian.  V.  II.  »a:  es  ysiiu 

XiyVâùTO'J,  ) 

Les  peintures  & les  fculptures  antiques  ne  nous 
offrent  nulle  part  la  robe  de  Diane  , garnie  de 
bandes  ou  de  franges  dirigées  de  haut  en  bas  ; 
tout  ce  qu'on  y voit , c'ell  que  la  bordure  eft 
indiquée  par  une  large  garniture  brochée,  qui 
ne  fe  remarque  nulle  part  plus  diftin  élément  qu'à 
la  ftatue  de  cette  déeffe,  confervée  au  cabinet 
d'FIerculanum  , & décrite  au  fécond  chapitre  de 
l’art  des  étrufques.  Je  fuis  donc  d'opinion  que  le 
mot  Asyyfflrov  défigne  la  bordure  garnie , ou  l'or- 
nement de  la  robe , & non  des  franges. 

On  peut  affurer  que  fur  les  monumens  les  fran~ 
ges  y bien  differentes  des  bordures  fohdes , carac- 
térifent  ks  nations  barbares.  C'eft  pourquoi  ©n 
en  voit  aux  deux  rois  captifs  du  Capitole , au 
gaufapum  ( ou  manteau  noué  fur  la  poitrine  ) des 
Ifis  grecques  du  Capitole , divinités  étrangères 
aux  grecs  & aux  romains  J &c.  Foye[  Arxe  & 
CiRRATÆ. 

FRAUDE  ; elle  eft  mife  par  Bocace  au  rang 
des  divinités  romaines,  quoiqu'aucun  auteur  an- 
cien n’en  faffe  mention.  Fléfiode  feul  la  compte 
parmi  les  nombreux  enfans  de  la  nuit  & des 
ténèbres.  Voici  le  portrait  allégorique  que  fait 
Bocace  de  cette  divinité  malfaifante.  Elle  a la 
phyfionomie  d'un  homme  de  bien,  le  corps  d'un 
ferpent,  dont  la  peau  laiffe  voir  différences  cou- 
leurs agréables , pendant  que  la  partie  inférieure 
fe  termine  en  queue  de  poiffon  ; elle  nage  dans 
les  eaux  du  Cocyte , dont  elle  tire  tout  fon  venin  , 
8c  ne  laiffe  appercevoir  que  fa  tête. 

FRÉE , ou  Frey  , ouFréa  , nom  d’une  deeffe 
des  faxons.  C'eft  de  Paulin  Warneftidus  , ou 
Paul  Diacre,  chancelier  du  roi  Didier  ( de  geftis 
Longobard.  lib.  7.)  de  Mathieu  de  Weftminlîer, 
de  Guillaume  de  Maimesbiry,  du  grammairien 
faxon(  lib.  I.  & F.  ) y ëx.  d'Odericus  Vitaüs  ( lib. 
IF . ) que  nous  apprenons  le  peu  que  nous  favons 
de  cette  divinité.  Frée,  ou  Trqy  étoit  femme  de 
Wo  dan,  c'eft- à-dire , du  fouverain  des  dieux  chez 
les  faxons.  Quelques  auteurs  veulent  cependant 
que  Wodan  fut  le  Mercure  des  romains  & des 
grecs  ; mais  ce  featiment  n'a  rien  de  vraifembla- 
ble.  D’autres  difenc  que  c'étoit  Mars  j & en  ce 
cas,  Frée  feroît  Vénus. 


F R O 


En  effet  ^frau , encore  aujourd'hui  en  allemand, 
fîgnifie  femme.  Quoi  qu’i!  en  foie,  on  avoir  donné 
fon  nom  au  fixième  jour  de  la  femaine  , que  les 
allemands  nomment  encore  freytag , le  jour  de  Frey, 
comme  les  romains  le  nomm  ient  jour  de  Venus  5 
ce  qui  pourroit  confirmer  le  fentiment  que  Ton 
a embraffé.  Brynolf  & Sréphrnus , qui  croient 
que  Frée  étoic  îa  Vénus  du  Septentrion  , rappor- 
tent qu'il  en  penfa  coûter  la  vie  à un  poète , 
pour  Bavoir  comparée  à une  chienne,  ou  à un 
renard,  tant  ces  peuples  avoient  de  vénération 
pour  cette  divinité.  Ils  prétendent  aufïî,  que  c'eft 
de  fon  nom  que  les  dames,  ou  les  femmes  de 
condition,  s'appellent/fiter  en  danois,  & que fryd, 
voluptas , & fro , femen  , viennent  encore  du  nom 
de  cette  déeffe.  Voyer  Wormius  Fafli  Daniel , 
lib.  I.  cap.  XV. 

FREIN.  Voyei^  Bride,  Lüpata. 

FRÈRE 5 ce  nom  étoit  donné  à des  empereurs 
collègues.  C'ell  ainfi  que  Marc-Aurèle  & Lucius 
Aureüus  Verus  font  appelles /fèrej  , dîvi  fratres  , 
& qu'ils  font  repréfentés  dans  leurs  médailles,  fe 
donnant  la  main  pour  marque  de  leur  union  fra- 
ternelle . dans  l'adminiftration  de  Fempire.  C’efr 
ainfi  que  Dioclctien,  Maximien  & Hercule  qui 
ont  régné  enfembie,  font  nommés /fèr«  par  Lac- 
tance.  Cette  coutume  fe  pranquoit  de  tous  temps 
entre  des  rois  de  divers  royaumes,  comme  on  peut 
le  confirmer  par  les  auteurs  facrés  & profanes  -, 
elle  avoir  lieu  en  particülier  entre  les  empereurs 
romains  & les  rois  de  Eerfe , témoins  les  lettres  de 
Confiance  à Sapor  dans  Eusèbe,  & du  même 
Sapor  à Confiance. 

Les  empereurs  defeendus  de  Conftantin,appel- 
loient  frère , /rerrer,  les  comtes  & gouverneurs 
de  province , dans  les  loix  & les  referits. 

Frères  ( les  dieux  ) ; cVtoient  les  diofeures 
que  l'on  défignoic  par  ces  mots  ( Ovid.  Faft.  i. 
707.  ; : 

Fratribiis  ilia  deis  fratres  de  gente  deorum 
Circajutumee  compofuere  latus. 

Frères  (les  deux)  emportant  leur  père  &leur 
mère  furies  médailles  deCatane.  Cat ane. 

Frères  Arvales.  Voye^  Arvale5. 

FRIGGA.  Voyet^  Frée. 

FRIGIDARIUM,  falle  des  bains  où  Ion  fe 
baignoit  dans  de  l'eau  froide , après  s'être  baigné 
dans  une  eau  tiède. 

FR,0  , nom  d’un  dieu  des  anciens  peuples  du 
Nord.  Le  Grammairien  Saxon  ( Hifi.  Danic^  , 

Antiquités  , Tome  II, 


Fro  gpj 

lib.  I.  pag.  16.,  de  l’édition  de  Stephanius  à 
Coppenhague,  1644.)  d.tqueHadingue,  huitième 
roi  nés  danois,  ayant  été  battu  d'u.:e  tuneuie 
tempête,  & ayant  fait  des  pertes  conhdérabks  , 
ne  trous  a point  de  remède  à de  fi  grands  maux, 
qu'après  qu’il  eut  offert  un  facrifice  au  dieu  Fro  , 
dans  lequel  il  lui  i.nmola  des  viâimes  noires  î 
que  dans  la  fuite  cela  paffa  en  coutume,  Sê  que 
tous  les  ans  on  offroit  un  facrifice  rembiable , 
appelle  par  les  fuéons  ou  fuédois  Froblotk.  Ce 
Fro  , dit  Stephanius  dans  fes  notes,  éto'îtledieu 
des  tempêtes  & de  l'air.  Il  en  tire  la  preuve  de 
fon  nom  j car  fro  , en  allemand , fignîfie  ie  matin  , 
& freiren , avoir  froid  , d'où  s’efi  formé  en  da- 
nois  frijfe  & froft , qui  fignifie  froid.  C'eft  pour 
cela  que  Hadingue  lui  offroir  un  facrifice  après 
une  tempête , pour  l'appaifer.  Froblotk  fignifie 
facrifice  à l'honneur  de  Fro  ; car,  dit  Stephanius, 
en  ancien  danois  , fignifie  facrifice,  obla- 

tion, & b Iota  , facrifier.  Le  Grammairien  Saxon 
( l-  III.  p.  42.)  l'appelle  le  Satrape  des  dieux, 
Fro  deorum  Satrapa  , fur  quoi  Stephanius obferve 
qu'il  étoit  encore  dieu  lui-même , & le  dieu  des 
tempêtes.  L'hifiorien  danois  raconte  que  Fro  avoir 
un  temple  près  d'Upfal , où  on  lui  offrit  long- 
temps le  facrifice  dont  nous  avons  parlé  ; mais 
que  fous  le  règne  de  Hothérus , Baldérus  le 
changea  en  un  facrifice  abominable , & lui  facrifia 
des  hommes.  I!  ne  fut  pas  cependant  l'auteur  de 
cette  cruauté.  Othin  l'avoit  infticuée  avant  lui 
dans  le  Septentrion,  comme  le  penfe  Stepha- 
nius. Voye^  les  notes  de  cet  auteur  , pag.  9Z. 

FROMAGE  des  anciens. 

Ceux  de  l’ifle  de  Cythnus  étoient  très-célèbres 
chez  les  grecs  : aufli  les  habitans  en  ont-ils  fait 
graver  fur  leurs  médailles. 

Le  fromage  étoit  la  nourriture  ordinaire  des 
bergers  : hoc pulmentarium  , dit  V arron  ( de  ling. 
lat.  IV^  22.  ),  primam  debuit  pefioribus  cafeus. 
La  nourriture  des  foldats  romains  n'étoit  compo- 
fée  que  de  lard  , de  fromage , & d'un  mélange 
d'eau  & de  vinaigre.  Sparden  dit  qu’Hadrien  s'en 
contentoit  ; cibis  caftrenfîbus  in  propatulo  libenter 
utens , hoc  efi  larido , cafeo  & pofea. 

FROMENT  des  égyptiens. 

On  pourroit  foupçonner  que  les  anciens  égyp- 
tiens ne  faifoient  pas  beaucoup  d'ufage  de  leur 
froment  indigène,  parce  qu’il  n'étoit  pas  de  la 
meilleure  efpèce  ; ils  n'en  ont  eu  d’une  bonne 
efpèce  que  fous  le  règne  de  Ptole'mée,  fils  de 
Lagus , qui  en  fit  venir  de  l’ifle  de  Calymus , 
qu'on  fait  être  une  des  Sporades.  C'eft  ce  bled- 
là  5 indiqué  dans  Théophrafte  fous  ie  nom  de 
bled  alexandrin,  que  les  grecs  ont  cultivé  fous  la 
dynaftie  des  Lagides , & dont  ils  ont  fait  diffé- 
I rentes  préparations  qui  ont  joui  de  beaucoup  de 

Tttt 


F R O 

célébrité  dans  le  commerce  ces^nciens.  Le  fro- 
ment qa’on  sème  de  nos  jours^eniigyptej  provient 
encore  de  celui  qui  fut  donne  z cette  contrée  psr 
le  premier  desPtoléméeSj  roi  ( dît  M.  Paw  ) qui 
aima  ceux  que  les  autres  rois  if  aiment  ordinai- 
rement pas  ^ je  veux  dire  fes  fujets.  Des  hom- 
mes dignes  du  dernier  fupplice  j^lui  avoient  con- 
feillé  de  mettre  beaucoup  d’impôts  fur  le  peuple  -, 
Sc  ce  qu’il  y eut  d’admirable  ^ il  ne  fuivit  pas  leur 
avis. 

Froment  des  grecs , des  romains  ^ des  Gaulois , 
des  efpagnols  J &c.  Koye:^  Bled. 

FRONdIÙRS.  },  rinvention 

de  la  fronde  a>  X phéniciens  ( lih.  VIL  cap.  LVI.  ). 
Véaèce  ( ae  re  milit.  lib.  I.  cap.  XVI.  ) 1 attribue 
aux  habitans  des  ifles  Baléares. 

Florus  & Strabon  difent  qu’ils  avoient  trois 
fortes  de  frondes  , les  unes  grandes,  & les 
autres  courtes,  dontils  fe  fervoient  fuivant  qu’ils 
ctoient  proches  ou  éloignés  de  leurs  ennemis. 
Diodore  ajoute  que  la  première  leur  fervoit  de 
bandeau  ; la  fécondé  de  ceinture  , & qu’ils  por- 
toient  à la  main  la  troifième.  Les  mières  ne  don- 
noient  à m.inger  à leurs  enfans  que  du  gibier 
qu’ils  avoient  abattu  avec  leur  fronde. 

Ovide  {Met.  II  717.  ) parle  de  leur  habileté 
à lancer  des  balles  de  plomb  avec  la  fronde. 

Non  fecùs  exarjlt,  qnàm  cum  Balearica  plomtum 
’Funda  jacit  : volât  illud,  & incandefcit  eundà. 

^l'xncktimzv.'n  (.  Hift.  de  C Art.  liv.  IV.  ckap.I.  • 
B.  ) fait  mention  d'une  belle  ftatue  nue,  mais 
mutilée  , repréfentant  un  frondeur  , comme  l’in- 
dique la  fronde,  avec  une  pierre  qui  defcend  le 
long  de  la  cuilTe  droite.  11  n’eft  pas  aifé  de  dire 
pour  quelle  raifon  on  a érigé  une  ftatue  à un 
pareil  perfonnage  : les  poètes  n’ont  jamais  donné 
àe:  fronde  à aucun  héros , <èc\cs  frondeurs  étoient 
très-rares  dans  les  armées  grecques.  Les  écrivains 
en  font  rarement  mention  ( Tkucyd.  lib.  IV.  pag. 
153. VI.  pag.  133.  lib.  XLII.  Eurip.  Phcenijf. 

V.  1149.  );  c’étoient  les  moindres  foidats,  8c 
ils  ne  portoient  point  d’armes  détenfives  de  même 
que  les  archers.  Il  en  étoit  de  même  chez  les 
romains  J quand  on  vouloir  punir  & dégradrr  un 
foldat  qui  fervoit  dans  la  cavalerie  ou  dans  L--. 
légions  , on  le  mettoit  parmi  les  frondeurs.  ( Val. 
Max.  lib.  II.  cap.  II.  n°^.  8 b£  1 3 - ) Mais  comme 
la  ftatue  en  queftion  ferrible  figurer  un  perfonnage 
de  l’antiquité  , & non  un  fimple  frondeur , i-n  [ 
pourroit  conjeéturer  qu’elle  repréfente  1 Éndita 
Fyrethmès , qui , au  retour  des  hérachdes  dans 
le  Péloponèfe,  fe  chargea  d’un  combat  f nguHer, 
pour  décider  la  poffeffion  de  i’Elide.  T outei’a'dreiié  | 


F R O 

de  ce  guerrier  con.fiftoit  dans  \z  fronde, 
ê'sê'icd'yp.îÿiis.  ( Paufan.  lib.  V.  ) 

La  fronde  étoit  un  des  attributs  de  Néméfis  , 
pour  exprimer  que  la  juftice  des  dieux  atteint  les 
coupables  de  loin  comme  de  près.  Sur  un  jafpe 
rouge  de  Stofeh  ( IP.  clajfe  n°.  1814.  ) on  voit 
deux  Némélîs  , dont  l’une  tient  un  bâton  de  la 
main  droite,  un  poignard  de  la  gauche,  une  roue 
eft  à fes  pieds  j l’autre  tient  une/roTz^e  déployée. 

Winckelmann  cblerve  qu’une  pierre  montée 
en  bague , eft  nomme'e  par  Euripide  & par  Platon, 

, une  fronde.  ( Eurip.  Hippol.  p.  S6z  Plat. 
Republ.  l.  IL  p.  382..  XLIII.  edit.  Bafil.  ) Il  ne 
connoiffeit  perfonne  qui  eût  encore  remarqué  le 
principe  de  cette  dénomination  , ni  la  relfem- 
i blance  qui  fe  trouve  entre  une  bague  & unt fronde. 

C’eft  que  le  cercle  de  la  bague  reffembie  au  cuir 
: : qui  renferme  la  pierre  de  la  fronde  , & aux  deux 
cordes  qui  l’aifujettiffenî , & qui  fervent  à lancer 
la  pierre.  De  là  vient  que  les  romains  nommèrent 
à leur  tour,  une  bague  montée,  fonda,  une  fronde. 
{Pline,  lih.  37.  cap.  37.  42.  ) PoyÊ^^S^ENAONH, 

Frondosiæ  (Deo).  Muratori  (107.  p.  Tkef.  ) 
rapporte  l’infcription  fuivante , gravée  en  l’hon- 
neur de  Pan  ou  de  Silvaln  : 

DEO  PRONDOSIÆ 
EX  VOTO  FELICITER. 

■ FRONT.  Il  rélîde,  dit  Winckelmann  C if/jf. 
de  P Art.  lib.  IV.  chap.  IV.  B.)  dans  le  font 
un  des  principaux  caraétères  d’une  belle  confor- 
mation. Les  recherches  que  nous  avons  faites  fur 
cet  objet  & celles  qui  nous  viennent  des  anciens 
écrivains , nous  apprennent  que  le  front , pour 
être  beau  , doit  être  court  C Lucian.  Amor.  ) : 
de  forte  qu’un  font  très-découvert  paftbit  chez 
les  anciens  pour  une  difformité.  {Id.  Dial,  meretr.  L} 
Comme  dans  la  fleur  de  la  jeûneffe  le  front  eft 
ordinairement  court , & qu’il  refte  te!  jufqu’à  ce 
qu’il  foit  dégarni  par  la  chute  des  cheveux , il 
ferrib'e  que  la  nature  ait  imprimé  elle-même  à 
l’âge  de  la  beauté  ce  caratière , dont  la  privation 
ne  peut  être  que  préjudiciable  à la  beauté. 

Peur  fe  convaincre  de  la  jufteffe  de  cette  obfer- 
vaticn,  on  n’a  qu'à  faire  l’expérience  f>  ivante  fur 
ima  perfonne  qui  zh  le  front  petit.  En  lui  couvrant 
les  cheveux  du  toupet  avec  les  doigts,  on  fe 
figurera  le /'(/«r  d’autant  plus  découvert  j aès  lors 
on  fera  frappé  d’une  certaine  difconvenance  de 
proportioî: , Sc  on  fentira  combien  un  font  trop 
découvert  peut  être  préjudiciable  à la  beauté. 
C’eft  d’apîés  cette  maxime  que  les  circaffiennes, 
pour  faire  prroitre  lent  front  plus  petit,  ramènent 
les  ch-:, eux  .lu  tcupei  en  avant;  de  manière^que 
leurs  cheveux  defce.ndenc  prefque  jufqw  aux 
fourciis. 


F Pv  O 

FRONTAIL.  Veysi  Casques. 

FrontAil  , partie  du  harnois  d’un  cheval. 
Pline  C 37-  4a.  ) dit  en  parlant  d’une  pierre  pré- 
c.^ufe  appeiiée  eoclys  , que  les  rois  de  l’Orient 
en  failoient  quelquefois  des  frontails  pour  leurs 
chevaux  : quandoque  tanta,  magnztadinis  fecere  ut 
equis  regum  in  Oriente  frontalia  ^ atque  pro  pha- 
leris  pen.fdia  facerent. 

FRONTE(  in  ')veies  dscem^  &c.  Ces  mots  gra- 
vés fur  les  pierres  fépulcrales  des  romams,  expri- 
moientia  largeur  qu’ avoir , le  long  d’un  chemin, 
le  terrein  confacré  à la  fépukure  du  défunt , & 
qui  ne  devoir  jamais  être  remué  , de  même  que 
les  mots  in  agrum  en  défignoient  la  longueur. 

FRONTON  égyptien. 

Sur  les  frontons  des  temples  égyptiens  on  voit 
fouvent  un  globe  avec  des  ailes  &,deux  ferpens  qui 
Cil  fortent.  Ce  fymboie,  qu’on  ne  peut  e.xpliquer 
aujourd’hui,  ef|  placé  auili  fur  des  monumens  de 
fculpture  égyptienne,qui  repréfentent  des  temples. 
C’eft  peut-être  de  ces  aîles  qu’ÉIien  a voulu  parler, 
lorfqu’il  a dit  que  les  égyptiens  ornoient  de  plu- 
mes les  façades  de  leurs  portiques.  On  voit  auffi 
cet  ancien  fymboie  fur  les  monumens  de  Perfé- 
polis,  & ce  n’eÜ  pas  une  des  moindres  preuves 
du  goût  égyptien  qui  les  a fait  élever. 

« Dès  les  plus  anciens  temps , dit  Winckel- 
mann,  on  plaçait,  & dans  Rome  même,  des 
ftatues  fur  le  fronton  des  temples  ; & Tarquin 
l’ancien  ( P lin.  lib.  XXXIIL  cap.  XLV.  ) fit 
couronner  le  fronton  Am.  temple  de  Jupiter  Olym- 
pien, à Rome,  par  un  quadrige  de  terre  cuite, 
à la  place  duquel  on  en  mit  enfuite  un  d’or  ( id. 
lib.  XXIX.  cap.  XXXKIII.  ) , ou  peut-être  doré 
feulement.  Sur  le  haut  du  fronton  du  temple  de 
Jupiter  Olympien , à Élis  { Paufan.  lib.  V.p.  398. 
l.  y.  ) , il  y avoir  une  Vidtoire  dorée  j & de 
chaque  côté,  c’eft-à-dire,  fur  les  acrotères  ou 
amortiiTemens  du  fronton , étoit  placé  un  vafe 
pareillement  doré.  Macrobe  ( Saturn.  lib.  I.  cap. 

pag.  184.  edit.  Lugd.  ijgy.  ) parle  d’un 
temple  de  Saturne,  fur  le  comble  duquel  il  y 
avoir  des  Tritons  qui  fonnoient  d’une  conque 
marine.  Sur  les  acrotères  du  fronton  du  temple 
de  Jupiter  Capitolin,  on  avoir  placé  des  Vic- 
toires volantes  {Rick  de  Capit.cap.  V.p  éo. )». 

« Les  corniches  des  toits  qui  s’amortiffent  en 
pointe  , étoient  décorées  de  petits  ornemens  qui 
reflemblent  aux  boucliers  des  amazones , comme 
on  le  voit  à un  temple  dans  le  Virgile  (n°.  44.  ) 
du  Vatican  ; & fouvent  d’une  efpèce  de  feuillage 
avec  des  fruits , ainfi  que  nous  en  préfentent  des 
bas-reliefs.  Ces  ornemens  étoient  communément 
de  terre  cuite  j ©n  en  a confervé  quelques  mor- 


F R U 6-ci? 

ceaux  ; quelquefois  le  comble  éto’t  CL-ré.  ( PLf. 
Irijcript.  fol.  '6.  n°.  7.) 

« Les  combles  même  étoient  déjà , dès  les  pre- 
miers temps  de  Rome  , ornés  d’ouvrages  en  bas- 
relief  (Plin.  lib.  cit.  cap.-XLP^I.  & lié.  XXXV. 
cap.  XII.  ) , pareillement  de  terre  cuite.  Aux 
temples  grecs  & aux  édifices  publics , il  y avoit 
des  _ ouvrages  riches  en  figures.  Au  temple  de 
Jupiter , à Élis  , dont  nous  venons  de  parler  , on 
voyoït  la  courfedes  chevaux  de  Pélops  & d’CE-no- 
maus  ( Lucian.  de  domo  , pag.  igy.  ■ . Paufan. 
lib.  cit.  pag.  399.  l.  10.').  Le  fronton  de  la  façade 
du  temple  de  Pallas  ( Paufan.  lib.  I.vag.  jy.  l.  28.), 
à Athènes,  étoit  orné  de  la  naiîîance  de  cette 
déeffe  j & fur  celui  de  derrière  étoit  repréfentée 
la  difpute  de  cette  même  déeife  avec  Neptune. 
Sur  le  fronton  du  tréfor  de  la  ville  de  Me'gare  , 
en  Eiide  , en  voyoit  le  combat  des  dieux  contre 
les  géans  ( id.  lib.  VI.  pag.  500.  /.  22.  ) , & fa 
pointe  étoit  couroniiée  par  un  bouclier.  Les  plus 
grands  artiltes  ont  cherché  à fe  diftinguer  par 
cette  efpèce  d’ouvrage,  & Praxitèle  ( faf /A.  IX. 
pag.  732.  /.  31.)  repréfenta  les  douze  travaux 
d'Hercule  fur  le  fronton  d’un  temple  de  ce  dieu  , 
à Thèbes.  C’èlî:  ce  que  n’ont  compris , ni  le 
traducteur  latin  , ni  le  tradudleur  français  de  Pau- 
fanias  5 car  ils  ont  penfé  que  cet  ouvrage  en  bas- 
relief,  ornoit  une  coupole  qu’ils  ont  imaginé  de 
placer  fur  ce  jemple.  Cependant  , Paufanias  dit 
exprefîement  h toi;  ân ois,  fur  h fronton.  Swv  mu. 
tenmle  d’Athènes , probablement  confacré  à Cafter 
&■  Pollux , il  y avoit  des  vafes  ( Callim.  Fragm. 
CXXII.  edit.  Spankem.  pag.  366.  ),  iefquels 
avoieat  fans  doute  pour  objet  les  athlètes;  car, 
dans  les  premiers  temps  , le  prix  qu’on  aCcordoit 
à Athènes  aux  athlètes,  vainqueurs  au  pugilat 
( defeript.  des  pierres  gravées  du  cabinet  deStofeh  , 
pag.  460.  ) , confiftoit  en  des  vafes  remplis  de 
l’huile  facrée  qu’on  recueiîloit  des  oliviers  plantés 
dans  l’Acropole  d’Athènes;  de  même  qu’on  voit 
ces  vafes , comme  un  emblème  de  la  latte  ( Span~ 
hem.  deprafi.  num.  t.  I.  p.  1 34.  ) , fur  les  médailles 
& les  pierres  gravées , où  font  repréfentés  des 
lutteurs  35.  Voye:^  Comble. 

FRUCTÉSÉE,  ou  Fructusée,  déeffe  qui 
préfidoit  aux.  fruits;  on  l’invoquoit  pour  avoir 
d’abondantes  récoltes.  ( S.  Augufi.  de  civit.  Dei, 
lib.  IV.  cap.  XXI,  ) j 

FRUGI,  furnom  de  la  famille  Calpurnia. 
Il  avoit  été  denné  pour  la  première  fois  à L. 
Calpurnius  Pifo , à caufs  de  la  pureté  de  fes 
mœurs. 

FRUGINAL  , ou  Frutinal  , étoit  un  temple 
dédié  à Vénus  fruta  , ou  frugi  , c’eft-à-dire  ^ 
Vénus  la  pudique.  Les  opinions  font  partagées  fui: 
cet  objet.  Vcyeqytn.  l’expofition  au  mot  FrvxïS» 

T 1 1 1 ij 


yco 


F R U 


F U F 


FRUITS.  Dans  la  temps  que  les  hommes  ne 
fe  nourrilToienc  que  des  fruits  de  la  terre  , ris 
n'ciFroient  aux  dieux  que  des  fruits  en  facrifice , 
îk  le  facrifice  fanglant  leur  ctoi:  inconnu.  Numa 
PotTipilius  ( Plin.  i8.  2.  peur  rappeller  les  hom- 
mes à cet  ancien  ufage  , ordonna  que  \ts  fruits 
delà  terre  feroiei'.t  la  feule  m-ttière  des  facriheesj 
mais  les  romains  n’eurent  pas  long  temps  e'garJ 
à cette  loi. 

Fruits  artificiels. 


Le  comte  de  Cayir.s 

( Ili.  162.  ) K Je  me  contente  de  dire  que  !a 
grenade  de  terre  ciute  ^ que  je  tfat  point  faif 
deiSnar  (la  forme  de  ce  fruit  étant  fi  connue) 
eit  de  gr.mdeur  natureüe , qu’elle  peut  avoir  été 
m''ulée  fur  le  fruit  rrême  , dont  elle  efi:  une  par- 
faire imitation  , & qu’enfin  elle  me  rappelle  les 
fruits  aitficiels  do'.t  P^-ne  fait  merui  n.  Voici 
fes  paro'es  ( Ub  XXXV.  car.  XII  ) : Varro 
tradit  fibi  cogattum  Koms,  Pofm  nom  'ne , à quo 
faoha  foma  & uvas  , ut  non  pojfes  afpecia  difeer- 

ne^e  a veris Varro  dit  qu  il  a connu  à 

Rome  un  nommé  Pofis , eu:  faifoit  des  fruits 
, & des  radins  dans  une  fi  grande  perfection, 

qu’on  ne  pouvoir  ies  diftingucr  des  véritables. .... 
En  effet , il  ne  manque  à cette  grenade  que  la 
couleur,  pour  être  confondue  avec  la  nature  ». 

FRUMENTANTES.lj  ■ . 

FRUMENTATIO.  romains  appelloient 

frumentatlones  , es  diftributions  de  bled  que  les 
édiles  faifeent  aux  pauvres  citoyens,  appellés  par 
cette  raifon  frumentantes . Voyeq^  Bled. 


FRUMENTAIRES , 
FRUMENTARII, 


elpèce  de  milice  dé- 


truire par  Dioclétien  , & remplacée  par  les 
CuRiosi.  Voyei  ce  mot. 


I!  y avoir  des  frumentaires  dès  le  temps  d’Fîa- 
drien.  Spartien  dit,  dans  la  vie  de  cet  empereur, 
qu’il  s’en  fervon  pour  s’inftruiie  curieufement  de 
tout.  C’eil  la  première  fois  qu’il  eft  fait  mention 
de  ces  officiers  ; car , avant  ce  temps  , frumen- 
taires ne  fe  difoit  que  des  marchands  de  bled  , 
ou  des  mefureurs  de  bled.  Les  frumentaires  , 
dont  nous  parlons , ne  faifoient  point  un  coros 
dift  ngué  des  autres  troupes  ; mais  il  y en  avoir 
un  certain  nombre  dans  chaque  légion  , comme 
nous  avons  une  compagnie  de  grenadiers  dans 
chaque  régiment.  Ainfi,  dans  les  anciennes  inferip- 
t.'ons  on  trouve  les  frumentaires  d’une  telle  ou 
d’une  telle  lég-on.  On  çro't  que  ce  furent  d’abord 
des  jeunes  hommes , difpofés  par  Augufte  da.ns 
les  pro-ipces  fur  tous  'es  grands  chemins,  pour 
ave  ur  lenperenr  t ès-vîte  de  tout  ce  qui  fe 
Çaffoit.  Pour  cela , ils  avoient  une  efpèce  d’inten- 
dance fur  toutes  les  voitures  j c’elt  pourquoi  ils 


croient  charges  de  fane  porter  \th\tii,frumenv,m 
aux  armées  ,_  & c’eft  de  là  que  leur  vint  le  non^ 
de  frumentaires.  Enfuue  on  les  incorpora  dans 
les  troupes  , où  iis  retinrent  toaiours  leur  nom 
àt  frumentaires  ; & leur  fonction' de  donner  aux 
princes  avis  cie  tout  ; comire  ceux  qu’on  nommoit 
carieux,  curiof,  & auxquels  on  les  joint  cuel- 
quelois. 

FRUSTE  5 ceil  un  terme  des  antiquaire-;.  Ils 
appellent  une  médaille  frufte , celle  qui  et:  telle- 
ment effacée  qu’on  n’en  peut  lire  la  légende. 

On  appelle  zn&frufle  une  pierre  antique  ufée, 
ou  gâtée  par  le  temps  j de  forte  qu’on  n’en  peut 
conncîrre  ies  figures,  ni  lire  les  inferiptions. 

FRUTIS  , furnom  que  les  anciens  donnqienî 
à Vénus  Fruîis.  Solin  ( cap.  II.  < dit  qu’Énée 
arrivant  de  Sicile,  confacra,  dans  le  territoire  de 
Laurent.ium  , à Vénus,  furnommée  Frutis , une 
llacue  qu’il  avoir  apportée.  Quelques-uns  la  con- 
fond nt  avec  la  déelfe  fruchéfée  , dont  St.  Au-^ 
guftm  parie  dans  fon  IV%  livre  de  la  Cité  de 
Dieu,  chap.  XXL  Dans  l’abréviateur  deFellus, 
ie  temple  de  la  déefle  Frutis  efi:  nommée 
frutinal. 

Scaüger  croît  que  Frutis  a été  fait  par  corrup- 
tion du  grec  nom  de  Vénus.  Mais  Sau- 

maife  renyêife  toutes  ces  conjeâures.  Il  prétend 
qu’on  n’a  jamais  donné  le  nom  de  Frutis  à Vénus  ; 
que  ckft  celui  a’ErarA^qu’on  lit  furies  médailles  : 
Eruc;  qu’au  lieu  à’ Erutis , on  a lu  mal-à- 
propos  Frutis  dans  Solin,  & Frutinal àznh  Feftus, 
au  lieu  de  Erucinal ; 8c  que  dans  St.  Auguftin, 
au  lieu  de  Fruâefea  , il  faut  lire Frugifec^.'^ Voyer 
cet  auteur  fur  Solin,  pag.  69  Qc  70. 

FUeiXO.  Muratori  ( 88.  y.  Tkef.  ) rapporte 
l’infcription  fuivanre,  gravée  en  l’honneur  de  la 
divinité  du  lac  Fucin  : 

C.  , G A V î U s M.  F. 

C.  V E R E D U S.  C.  nF. 

M E S S A L A 
r U C I N O.  V.  S-  1.  M. 

FUCUS.  Voye[  Varech. 

F UFIA , famille  romaine  dont  on  a des 
médailles. 

RRRR.  en  or. 

RRR.  en  argent. 

RRR.  en  bronze. 

Le  furnom  de  cette  famille  eft  Calssus. 


F U G 

Goîtzms  en  a publié  quelques  médailles  , in- 
eonnues  depuis  lui. 

FUGALES  5 nom  d’une  fere  qui  fe  célébroit 

c. nez  les  romains.  Fugaiia.  Hoffinan  croit  que  les 
fugales  font  la  même  chofe  que  le  regifugium , 
têtes  qui  fe  célébroient  au  mois  de  févner,  acres 
les  terminales  , en  mémoire  de  ce  que  les  rois 
ayoient  été  chaffés  & le  gouvernement  monar- 
chique abaii.  Celles-ci  fe  célébroient  le  6 des 
kale.ides  de  mars,  c'eft-i-dire , le  24  de  févr'et. 
C’ell  Fefrus  qui  nous  l’apprend.  Mais  cet  auteur 

d. itmgue  [ts  fugales  àn  regifugium  , & doute  même 
fi  le  regifugium  fe  célébroit  à caufe  ries  rois  c.haAés, 
ou  parce  que  le  roi  des  ch'ofes  facrées  , rex  facro- 
raw,  après  avoir  fait  le  facrifîce  , ’ s’er.fuyoit  de 
la  place  publique  & des  comices.  qn’il  en 
foitj  il  n’y  a que  St.  Auguftin  qui  parle  àts  fu- 
gales au  liv.  Il 'de  la  Cité  de  Dieu,  chap.  VI. 
félon  la  remarque  de  Vives  fur  cet  endroit.  Cet 
auteur  pencheroit  même  fort  à coin^te  fugalia  ^ 
fi  St.  Augudin  n’ajoutoit  que  ces  fetes  étoient 
de  vrajes  fugales , qui  chalToient  la  pudeur  & 
l’honnêteté , pour  marquer  les  infamies  qui  s’y 
faifoient. 

Ce  favant  homme  conjeélure  que  les  fuga- 
les font  la  même  cho.^e  que  les  populifuges, 
populifugia,  c’eft-à-dire,  la  fête  de  la  déeffe 
F ugia , qui  étoit  la  déelTe  de  la  joie  caufée  par 
une  déroute  d’ernemis  -,  & que  c’ell  pour  cela 
que  le  peupje  s’y  abandonnoit  à toutes  fortes  de 
çlaifirs  , même  les  plus  honteux  ; que  cette  fête 
fut  inttituée  à l'ocCafiofi  de  !â  vîéloiie  remportée 
fur  Jes  ficulnéares,  les  fidenates  & les  peuples 
voiiins,  iorfqu’ils  voulurent  s’emparer  de  Rome,  le 
lendemain  que  le  peuple  s’en  fut  retiré,  amfi  que 
V.mron  le  rapporte.  ( lil  V.  ling.  lat.  ) Mais 
Varron  dit  que  les  populifugia  , qui  tomboientau 
irio's  de  juin,  fe  célébroient  en  mémoire  de  la 
fuite  ou  retraite  du  peuple  dans  la  fédition  qu’il 
excita  : i!  ell  vrai  qu'il  ajoute , que  ce  jour 
fuiv  t de  près  la  retraite  des  gaulois  , & l’époque 
où.  les  peuples  voifins  conjurèrent  contre  Rome  5 
celi  ne  par  ît  point  avoir,  félon  lui,  de  rapport 
^m-kpopulifugia,  mais  marquer  feulement  le  tcm;.  s 
où  arriva  cette  fédition  & certe  fuite  du  peuple  i 
romain.  I!  ajoute  qu’il  y a dms  les  cérémonies 
des  populifugia  des  vefliges  de  cette  fuite  du 
peuple.  Au  relie,  quoique  les  populifugia  fuffent 
établis  pour  la  fuite  du  peuple  & non  pour  cebe 
des  ennemis,  cela  n’empêche  point  que  les  fugales 
de  St.  Auguftin  ne  puiffent  être  les  populifugia 
de  Varron,  fuivant  la  conjeclure  de  Vivès. 

FUGITIFS.  ■) 

FVGITIVARIUS.  termes  de  droit,  on 
appellnit  un  cfclave  fugitif,  celui  qui  étoit  fujet 
à s’enfuir  de  la  maifon  de  fon  maître.  Quand  on 
Ycndoit  un  efclave  , il  falloir  déclarer  s’il  étoit 


F U G 


70 1 


fugitif,  c’eff-â-dire,  s’il  étoit  fujet  à s’enfuir,  Sc 
s’il  avoir  été  repris  par  les  fugitivarii.  . 

Lorfqu’un  efclave  avoir  fui  une  première  fois 
on  lai  metcoît  un  collier  fur  lequel  on  gravoit! 
demeure , ou  le  nom.  de  fon  maître  , afin  qu’on 
pût  le  ramener , s’il  fuyoit  encore.  On  trouve 
dans  les  recueils  d’Antiquitésplufieurs  infcriptions 
de  colliers  deflinés  aux  efdaves  fugitifs.  En  voici 
quelques-unes  : 


Fahretti  irfcrht.  pag.  j22. 


Mahîllon,  itin,  Ital.  II 

TENE  ME  QUIA  FUGIO 
ET  REVOCA  ME  IN  VIAM  LATAM 
Ad  FLAVIVM  D.  M.  Dominum  tneum, 

Pignorius  de  fervis. 

TENE  ME  QUIA  EVGI 
ET  REBOCA  ME  IN  BASILICA 
PAVLIAD  LEONE. 

Barherinîs  ex  fckedis. 

TENE  ME  NE  FVGIAM[ 

ET  REVOCA  ME  INFORO  T RA I A N I 
IN  PVRPVRETICA  AD  PASCA 
5 I V M D O M I N V M M E V M. 


^ rj 


702  F U G 

Fènis  Claudium  Menetriuml 
TE NE  ME  QVIA  FVGI  ET 
T-EVOCA  ME  DOMINO  ME 
O BONIFATIO  LINARIO 
SERVVS.  SVM 
LEONTIS.  SCRINI 
TENE.  ME.  NE  FVGIA 
ET  REVOCA.  INCLIV 

0 TRIARIO 

Penès  Achillem  Majfeum. 

lANVARlVS  DIC 
OR.  SERVVS.  SVM.  DEX 
TRI.  BXCEPTORIS.  SENA 
T VS.  QVI.  MANET.  IN.  RE 
GIONE.  QVI  N TA  IN.  A 
R E A.  M A C A R I. 

TENE  M E.  Q 
VIA  FVG.  ET  REB 
OCA  ME  VIC  TOR 
I A C O L I T 
O A D O M I N 

1 C V C I,  E M 

E NT  I S P 
X 

Aû  revers. 

FVGI  EVPL 
O G I O EX 
P R F.  V R B 

In  Mufeo  Bellori. 

'pTRONlA  TENE  ME  QViA  FVGI 
BIS  ET  REVOCA  ME  AD  DOMV 
A TH  EODOTENIS 
AD  DOMINVM  MEVM  VITALIONE 
Ex  Sponio. 

TENE  ME  NE  FVGI AM 
ET  REVOCA  ME  AD  DOMINVM 
EVVrVENTIVM  IN  ARA  CALISTI. 
T.  M.  Q.  F.  E.  REV.  ME.  P.  RVBRIO 
L A T.  DOM.  M E O. 


F U M 

_ FUITE  ; cene  déeffe^  étoit  coœpagne  de  la 
Terreur.  On  n en  connoit  ni  defcription,  ni  mo- 
nument. 

FUITES.  F'oye^  Fugaees. 

FULCRA.  Voye:^  Pieds. 

FULGORA^  divinité  qui  prélîdoit  aux  éclairs,' 
aux  foudres  & aux  tonnerres.  Sénèque  en  fait  une 
déeffe  veuve , fans  nous  en  apprendre  davan- 
tage. On  croit  pourtant  qudl  ne  faut  pas  diftln- 
guer  cette  divinité  de  Jupiter,  qu^’on  invoquoit 
fous  !e  nom  de  Fuigur,  pour  préferver  du  ton- 
nerre. ( St.  Aug.  de  civit,  Dei.  FI.  lo.  ) 

FULGURAL,  nom  d’un  temple  dédié  à Ja- 
' piterj  ce  mot  vient  à&  fulgur , écWn -.le.  foudre 
du  maître  des  dieux  produit  les  éclairs. 

' FULGURATEÜR-  Parmi  les  devins  étruG 
ques,  les  plus  eîiimés  étoient  ceux  qui  expü- 
quoient  pourquoi  la  foudre  étoit  tombée  en  tel 
endroit,  & qui  prefcrivoient  ce  qu’il  falloit  faire 
pour  prévenir  les  fuites.  Selon  une  ancienne  inf- 
cription , ces  devins  s’appelloient  fulgurauurs , & 
le  dieu  qui  préfidoit  à la  foudre,  eil  appelié  dans 
une  autre  infcription  , dieu  fulgurateur.  ( Dijfert. 
de  lAcad.  de  Cortone.  ) 

FULGURITUM.  On  appelloit  ainfî  chez  les 
romains  un  lieu , ou  un  objet  frappé  de  la  foudre  : 
quajî  fulgure  zBum.  Ces  lieux  & ces  objets  deve- 
noient  facrés;  il  n’éroit  plus  permis  d’en  faire 
des  ufages  profanes.  On  y élevoit  un  autel , Sc 
on  y offroit  en  facrifice  une  brebis  de  deux  ans  j 
ce  qui  faifoit  appeiler  ces  lieux  bidentales , blden- 
talia.  Les  grecs  plaçoient  fous  cet  autel  une  urne 
couverte,  dans  laquelle  ils  mettoient  les  relies 
des  chofes  qui  avoient  été  brûlées  , ou  noircies 
par  le  tonnerre  : ce  que  les  romains  imitèrent. 
Les  Augures  étoient  chargés  de  cette  fondios. 

F FL  FIA  , famille  romaine  dont  on  a des 
médailles. 

RRR.  en  argent. 

R.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Les  furnoms  de  cette  famille  font  Centv- 
MAEvs,  Flaccvs,  Nobilior,  Pætinvs, 
Pætvs. 

Goltzius  en  a publié  quelques  médailles,  in- 
connues depuis  lui. 

FUMEE;  il  y avoit  une  forte  de  divination 
qui  confidéroit  l’épailTeur,  les  évolutions  & tous 
les  accidens  de  la  fumée,  Homère  fait  mention 


F U N 

des  devins  qui  prédifoient  Tavenir  par  h fumée 
de  Tencens.  F'oyei  Capnomantie. 

Ovide  décrit  cette  ‘divination  dans  les  Triites. 

i V.6.  ) 

FUNAMBULES.  J^oyei  Danseurs  de  corde. 

FUKDA,  défigne  dans  Macrobe  ( Saturnal. 
JI.  4.  ) une  bourfe  qui  renferme  des  pièces  de 
monnoie  ^ fans  doute  à caufe  de  fa  reffemblance 
avec  la  fronde  funda  , fortifiée  d’une  poche  de 
cuir,  pour  mieux  alfujettir  la  pierre  à lancer. 

FFNDANIA , famille  romaine  dont  on  a des 
siédailles. 

R.  en  argent. 

O.  en  bronze. 

O.  en  or. 

FUNÈBRES.  La  coutume  de  faire  des  oraifons 
funèbres  eft  très-ancienne  ; les  romains  Tavoîent 
adoptée  , & c'étoit  un  des  plus  proches  parens 
du  mort  qui  la  prononçoit.  Augufte  fit  Loraifon 
funèbre  de  fon  aïeule  Julia  à l’âge  de  douze  ans. 
( Suet.  Aug.  c.  VIII.  ) Cette  coutume  commença 
prefque  avec  la  république;  au  m.oins  la  pre- 
mière harangue  funèbre  qu’on  fâche  avoir  été  faite 
à Rome,  fut  celle  de  Brutus,  celui  qui  chaffa 
les  rois,  qui  fut  !e  premier  conful,  & qui  ayant 
été  tué  dans  un  combat  contre  les  étrufques, 
fut  loué  dans  la  place  publique  par 'V^alerius  Pu- 
biicola  fon  collègue  ; ainfî  que  le  racontent 
Poiybe  & Plutarque  dans  la  vie  de  Publicola. 
Quelques  auteurs  prétendent  que  cet  ufage  étoît 
plus  ancien  chez  les  grecs  ; oue  Solon  , légiflrteur 
( félon  Aulu-Gelle,  liv.  XVIÎI.  chap.  XXL  ) 
des  athéniens  au  temps  que  Tarqum  l’ancien 
régnoit  à Rome , en  fut  l’auteur  , ce  que  l’ora- 
teur Anaximénès  a affuré  dans  fes  écrits.  ( Po- 
lydore  V irgiie  , de  Invent,  rer.  iib.  III.  chap.  X.) 

Les  jeux  funèbres  étoient  une  cérémonie  des 
funérailles  chez  les  anciens.  C’etoient  des  com- 
bats de  gladiateurs  ; & cette  coutume  étoit  très- 
ancienne,  quoiqu’elle  n’eût  pas  toujours  été  la' 
même;  car  d’abord  on  égorgeoit  des  captifs  de- 
vant le  bûcher  , comme  des  viélimes  , pour  ap- 
pa'ifer  les  mânes.  Achille  le  pratique  dans  Homère 
Plliad  Ijv.  XXI  ) pour  les  funérailles  ce  Patrocle  ; 
Enée  (^Énéide , liv.  XI.  ) , pour  celles  de  Palias , 
fils  d’Évandre.  Céfar  rapporte  dans  fes  commen- 
taires ; liv.  VIF.  de  la  guerre  des  Gaules)  que 
les  gaulois  avoienc  le  mê.me  ufage.  Dans  la  fuite 
il  parut  barbare  d’égorger  des  hommes  ; & pour  : 
s'épargner  l’horreur  de  ce  fpeétscle,  fans  que  , 
les  morts  y perdilfent  rien , on  fit  combattre 
entre  elles  les  miiérables  viétimes , qui  pou- 
voient  ainfi  défendre  & conferver  leur  vie  , fi  elles 


F U N 

J J 

- étoient  vainqueurs.  Cette  coutume  paffa  des 
grecs  aux  ro.mains , chez  qui  ce  cruel  jeu  fe 
; nomma  un  préfent , rhunus.  Le  premier  qui  in- 
troduifiî  à Rome  ce  barbare  exercice , fut  Junius 
5 Brutus  aux  obsèques  de  fon  père  , ou  , 
félon  d’autres , Appius  Claudius  & M.  Fulvius 
f pendant  leur  confulat.  Les  magiltrats  & les  par- 
ticuliers donnoient  des  jeux/I';:è^fef  ils  étoient 
quelquefois  joints  à des  pièces  de  théâtre.  L’em- 
pereur Claude  ordonna  qiie  l’on  céiébreroit  ces 
iriftes  jeux  à des  jours  fixés  tous  les  ans  aux  frais 
i de  l’état,  & que  les  édiles  en  prendroient  foin. 
Mais  il  en  eut  horreur  lui-même  ; & peu  de  temps 
après  il  les  abolit.  Il  fat  néanmoins  toujours 
permis  aux  particuliers  d’en  faire  repréfenter, 
pourvu  qu’ils  euiTent  quarante  mille  fefterces  de 
rente.  Ce  ne  fut  que  Théodoric,  roidesgoths, 
qui  les  abolit  à la  fin  du  "V'.  fiècle. 

FUNERA.  Voye^  Funère. 

FUNÉRAILLES  des  égyptiens.  Les  égyptiens 
font  les  premiers  de  tous  les  peuples  qui  aient 
montré  un  grand  refpeéi:  pour  les  morts,  en 
leur  érigeant  des  moaumens  facrés  , propres  à 
porter  aux  fiècles  futurs  la  mémoire  des  vertus 
qu’ils  avoient  cultivées  pendant  leur  vie.  "Voici 
le  détail  àts  funérailles  pour  les  particuliers. 

Quand  quelqu’un  étoit  mort  dans  une  famille  , 
les  parens  & les  amis  commençoient  par  prendre 
des  habits  lugubres  , s’abftenoient  du  bain,  & fe 
privoient  de  tous  les  plaifirs  de  la  bonne  chère.  Ce 
deuil  duroit  jufqu’à  quarante  & foixante-dix  jouis. 
Pendant  ce  temps-là  on  embaumoit  le  corps  avec 
plus  ou  moins  de  dépenfe.  Dès  que  le  corps  étoit 
embaumé  , on  le  rendoit  aux  parens  qui  i'enfer- 
moient  dans  une  efpèce  d’armoire  ouverte , où 
ils  le  plaçoient  debout  & droit  contre  la  muraille, 
foit  dans  leurs  maifons,  foit  dans  les  tom.beaux 
de  la  famille.  C’eit  par  ce  moyen  que  la  recon» 
noilïance  des  égyptiens  envers  leurs  parens  fe 
perpétuoit  d’âge  en  âge.  Les  enfans , en  voyant 
le  corps  de  leurs  ancêtres , fe  fouvenoient  de  leurs 
vertus  que  le  public  avoit  reconnues,  & s’exci- 
toient  à aimer  les  préceptes  qu’ils  leur  avoient 
lailfés.  On  dit  des  vertus  que  le  public  avoit  re- 
connues , parce  que  les  morts  avant  d’être  admis 
dans  l’afyfe  facré  des  tombeaux , dévoient  fubir 
un  jugement  foiemnel  ; & cette  circonitance  des 
funérailles  chez  les  égyptiens , offre  un  fait  des 
plus  remarquables  de  i’hiftoire  de  ce  peuple. 

C’eft  une  confolation  en  mourant  de  laiffer  un 
nom  qui  foit  en  eftime  ; & de  tous  les  biens 
humains  , c’eft  le  feiil  que  le  trépas  ne  peut  ravir  ; 
mais  il  falloit  en  Égypte  mériter  cet  honneur  par 
la  décifion  des  juges  : car  aufn-rot  qu’un  heinme 
étoit  privé  du  jour  , on  l’amenoit  en  jugement , 
8c  tout  aceufateur  pu’nlic  étoit  écouté.  Sal  prou- 
voi:  que  la'  conduite  du  mor:  avîitété  mauvaifej 


704  F ü N 


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on  en  condamnoîr  la  mémoire  ^ & il  étoit  privé 
de  la  fcpukure  ; iî  le  more  n^étoîr  convaincu  d'au- 
cune faute  capitale  ^ on  renfeveliffbit  ^honora- 
biement. 


Les  rois  n'étolent  pas  exempts  du  jugement 
qu'il  fallok  fubir  après  la  mort  j & en  confé- 
cuence  d’un  jugement  défavorable,  quelques-uns 
ont  été  privés  de  la  fépalture. 

Lorfque  le  jugement  qu!  avoit  été  prononcé 
fe  troüvo't  à l'avantage  du  mort , on  procédoit 
aux  cérémonies  de  l’inhumation  ; enfuite  on  faifoit 
fon  panégvnque,  Sc  l’on  ne  comptoit  pour  objets 
de  vraies  louanges  J que  ceux  qui  émanoient  du 
mente  perfonnel  du  mort.  Les  titres,  la  grandeur, 
la  naiilance,  les  biens  , les  dignités  n’y  entroient 
pour  rien,  parce  que  ce  font  des  préfens  du 
hafard  & de  la  fortune  : mais  on  louoit  le  mort 
de  ce  qu’il  avoit  cultivé  la  piété  à l’égard  des 
dieux  , la  juftice  envers  fes  égaux  , & toutes  les 
vertus  qui  font  l'homme  de  bien  ; alors  l'affem- 
blée  prioit  les  d:eux  de  recevoir  le  mort  dans  la 
compagnie  des  julles  , & de  l’afTocier  à leur 
bonheur. 

On  gardoit  quelquefois  les  corps  dans  les  mai- 
fons;  il  étoit  cependant  ordinaire  de  les  dépofer 
dans  des  fépuicres  fouterrains  , faits  en  forme 
de  petites  chambres  ( voye^  Pietro  délia  Valle  ) , 
dans  lefquelles  on  defeendoit  par  des  ouvertures 
quarrées,  fermées  par  une  pierre.taii!ée  en  forme 
de  colonne.  Muret  ( cérémonies  funèbres  de 
toutes  les  nations  ) dit  que  ces  chambres  étoient 
voutees.  Il  e!t  vrai  que  quelques  voyageurs  en 
ont  vu  qu!  l’étoient  ; mais  cet  ufage  n'étoir  pas 
général.  Il  feroit  fuperflu  de  rappelier  ce  que 
Diodore  & d’autres  auteurs  ont  écrit  fur  la  rnagnî- 
ficence  des  fépultures  égyptiennes.  Oh  fait  que 
les  pyramides  ont  été  conliruites  pour  fervir  de 
tombeaux  & dé  mq.numens  éternels  de  la  fomptuo- 
fité  des  rois  de  l’Egypte.  Fojc’;  Pyramides, 

Funérailles  des  grecs. 


On  trouve  dans  Homère  une  defeription  ma- 
gnifique de  h cérémonie  des  funérailles  : ce  le  bois 
déchargé  à l’endroit  qu’ Achille  avoit  indiqué , 
Achille  fait  ligne  à fes  troupes  de  prendre  les 
armes  , & de  monter  fur  leurs  chars.  Dans  île  mo- 
ment les  chars  marchent  à la  tête  du  convoi, 
ils  Jont  fuivis  d’une  nombreufe  infanterie , & au 
milieu  le  corps  de  Patrocle  ell  porté  par  fes  com- 
pagnons , tout  couvert  de  cheveux , qu’ils  fe  font 
coupés  pour  marque  de  lenr  deuil.  Achille  mar- 
che imm.édiatement  après,  il  eft  triilement  penche 
fur  le  corps  de  fon  ami , dont  il  foutient  la  tête , 
& pouffe  de  longs  foupirs;  car  il  conduit  au 
tombeau  le  plus  cher  de  fes  compagnons.  En 
arrivant  auprès  du  bûcher , ils  depo.fent  le  corps 
furlenvage,  & Achille  s’éloignant  un  peu,  coupe 
fes  beaux  cheveux  blonds , qu’il  avoiî  iailTé  croîcVë 


pour  les  oftrir  un  jour  au  fleuve  Sperchius  j & les 
yeux  attacnes  fur  la  mer,  il  prononce  à haure 
VOIX  fes  paroles  : divin  Sperchius , c’eft  en  vain 
que  mon  père  vous  a promis , par  un  vœu  fo_ 
lemnel , que  lorfque  je  feiois  de  retour  dans  ma 
patrie,  je  vous  confacrerois  mes  cheveux  , & que 
cette  offrande  feroit  accompagnée  d’un  hécatombe 
facré.  C’étoit  là  le  vœu  de  mon  père,  il  eft  vrai} 
mais  vous  n’avez  pas  accompli  fes  defirs , puifque 
je  ne  dois  jamais  revoir  ma  patrie  : j’effrirai  donc 
mes  cheveux  à Patrocle , afin  qu’il  les  emporte 
au  bûcher.  En  finiffant  ces  paroles,  il  met  fes 
cheveux  entre  les  bras  de  fon  cher  ami,  & fond 
de  nouveau  en  larmes 

" On  entaffele  bois,  & on  élève  un  prodigieux 
bûcher  de  cent  pieïs  en  quarré  j on  place  le  corps 
au  plus  haut  étage;  on  égorge  un  nombre  infini 
de  moutons  & de  taureaux  ; & Achille  frotte  de 
leur  graiffe  tout  le  corps  de  Patrocle,  depuis  les 
pieds  jufqu’à  la  tête  ; il  place  enfuite  aux  deux 
côtés  des  urnes  pleines  d’huile  & de  miel,  & en 
pouffant  de  grands  foupirs  , il  jette  fur  les  bords 
quatre  de  fes  plus  beaux  chevaux  : il  avoit  neuf 
chiens  domefliques  qu’il  nourrilfcit  pour  la  garde 
de  fon  camp  ; il  choific  les  deux  meilleurs  , les 
égorge  & les  jette  avec  fes  chevaux  : enfin  , pour 
appaifer  l’ombre  de  fon  ami  , il  immole  douze 
jeunes  troyens  des  plus  vailians  & des  meilleurs 
familles  ; car  l’excès  de  fa  douleur , & un  defir 
outré  de  vengeance,  ne  lui  permèttoient  pas  de 
garder  aucune  modération.  Les  facri.fices  finis , 
il  met  le  feu  au  bûcher  , & en  pouffant  de  grands 

cris,  il  appelle  plufieurs  fois  Ibn  ami 

Pendant  que  le  bâcher  brûloir  , Achille  puifant 
du' vin  dans  une  urne  d’or,  avec  une  double 
coupe , le  verfe  continuellement , & en  arrofe  la 
terre,  appellant  à haute  voix  l’ame  du  malheureux 

Patrocle Cependant  tous  les  chefs  s’af- 

fembleac  autour  d’Agamemnon  , & le  bruit  qu’ils 
font  en  marchant,  réveille  Achille,  accablé  dç 
fommeil  & de  lafiitude,  qui  fe  leva  auffi-tôt , & 
leur  dit  : fils  d’Atrée,  & vous , généreux  chefs 
dss  troupes  grecques,  éteignez  le  bûcher  avec 
du  vin , dans  tous  les  endroits  où  vous  remar- 
querez des  vefiiges  de  fiammes  ; nous  recueille- 
rons enfuite  les  os  de  Patrocle  fans  les  confondre; 
ils  feront  très-reconnoiffables , car  il  étoit  au  mi- 
lieu du  bûcher Quand  nous  aurons 

recueilli  fes  os  , nous  les  mettrons  dans  une  urne 

d’or  avec  une  double  enveloppe  de  graiffe 

Iis  dépofent  cette  urne  dans  la  tente  d’Achille, 
& la  couvrent  d’an  voile  précieux  ; ils  marquent 
enfuite  l’enceinte  du  tombeau,  ils  en  jettent  les 
fondemens  autour  du  bûcher,  & y élèvent  un 
monceau  de  terre  «. 

Am  funérailles  de  Misène,  que  Virgile  a tra- 
cées conformément  aux  ufages  des  grecs  , Cor- 
méus , pour  purifier  fes  compagnons , afpergea 
d’eau  pure  avec  une  branche  d’olivier  C Enéide, 

liv. 


F U N 


F U N 


70; 


ÎIv.  VI.  ) , ufage  qui  s'étoit  peut-être  introduit 
depuis  le  fiècie  d'Homère.  Pour  honorer  hsfuné- 
railles  de  Paîrocie  ^ Achi'ie  propofe  des  prix.  Les 
rois  & les  capitaines  grecs  ne  dédaignèrent  pas  de 
fe  mettre  fur  les  rangs  pour  les  difputer.  « Le 
premier  prix  de  la  courfe  des  chars  , fut  une 
belle  captive  bien  élevée  , qui  travailloit  admira- 
blement à toutes  fortes  de  beaux  ouvrages  & 
un  trépied  d’or  à deux  anfes  ; pour  le  fécond 
prix  J u.ne  cavale  de  fix  ans  j pour  le  troilième 
une  belle  cuvette  qui  tenoit  quatre  siefures  j & 
qui  n'étoit  point  faire  pour  être  mife  fur  le  feu  ^ 
mais  paur  orner  un  palais  magnifiques  le  qua- 
trième étoit  deux  ralens  d'or  -,  le  cinquième  , une 
coupe  à deux  fonds  admirablement  travaillée. 
Pour  le  combat  du  celle  il  propofe  une  mule, 
& pour  le  vaincu  une  coupe  à deux  fonds.  Le 
vaillant  Diomède  arme  lui-même  Euriale  ; d’abord, 
pour  couvrir  là  nudité  , il  lui  met  un  voile  au- 
tour des  reins,  & arme  fes  bras  de  deux  gantelets 
de  cuir  rie  bœuf  fauvage  , plus  dur  que  le  fer. 
Pour  le  troifième  combat,  qui  étoit  la  lutte, 
un  trépied  propre  à mettre  fur  le  feu,  & que  les 
grecs  ellimoienc  la  valeur  de  douze  boeufs  j 
pour  le  vaincu  une  belle  captive,  habile  en  beaux 
ouvrages.  Pour  la  courfe , Achille  donna  une 
urne  d'argent  admirablement  bien  travaillée,  elle 
tenoit  fix  mefurss , elle  étoit  d'une  beauté  fi 
parfaite  , qu’il  n’y  en  avoir  point  fur  la  terre  qui 
pût  l’égaler.  Le  fécond  prix  étoit  un  taureau 
fauvage  qui  avoir  été  engraififé,  & qui  étoit  d’une 
beauté  furprenaate.  Le  troilîeme  prix  étoit  un 
talent  d’or.  Alors  Achille  propofe,  pour  un  com- 
bat fingulier,  à celui  qui  auroit  le  premier  teinr 
les  armes  de  fon  adverfaire  de  fon  fang , une 
belle  épée  de  Thrace , 8c  à partager  les  armes 
de  Sarpédoii,  que  Patrocle  avoir  enlevées.  Ce 
combat  fini,  Achille-  fit  porter  au  milieu  de  l’af- 
femble'e  une  prodigieufe  maîTe  de  fer , ronde , 
rude^  & groffière  , dont  le  roi  Eéiion  avoir  accou- 
tumé de  fe  fervir  dans  fes  exercices , & qu’il 
lançoic  comme  un  difque;  elle  étoit  deftinée  à 
celui  qui  la  lanceroit  le  plus  loin.  Achille  invite 
auffi  à tirer  de  l’arc,  8r  met  pour  prix  dix  haches 
8c  dix  demi  haches  j il  fait  dreffer  un  mât , il 
attache  une  colombe  par  les  pieds  au  bout  d’un 
long  cordon,  la  pend  au  haut  du  mât , & l’affigne 
pour  but  à ceux  qui  fe  préfentoient  pour  don- 
ner des  preuves  de  leur  adrelTe.  Achille  propofe 
aufll  de  lancer  le  javelot , pour  prix  d’une  belle 
lance  & d'un  trépied». 

On  a cru  devoir  rapporter  le  texte  même  , 
d’après  la  tradud^ion  de  madame  Dacier.  Ces  fu- 
nérailles de  Patrocle  offrent  aux  peintres  des  dé- 
tails précieux,  Sc  un  champ  valle  d’images  8r  de 
tableaux.  Rien,  à la  vérité,  n'eîl  plus  inhumain 
que  d’immoler  des  captifs  aux  mânes  d’un  héros  ; 
mais  Homère  nous  prévient  que  ce  fut  un  cas 
extraordinaire , un  abus  de  vengeance  immodérée 
Antiqidtés  , Tonu  II, 


(l’Achiüe  : auffi  l’hiftoire  des  grecs  ne  renfenne- 
t-elle  aucun  trait  de  cette  efpèce. 

V'ers  la4(S=.  olympiade,  dans  laquelle  Solo.n 
donna  des  loix  à Athènes  , le  luxe  des  tombeaux 
&c  des  fzinéraiUes  y étoit  porté  à un  fi  haut  degré  , 
qu’il  crut  néceifaire  rie  l’arrêter.  Il  refireignit  à 
trois  habits  ceux  cu’on  pouvoir  enteAer  avec 
les  morts  : cette  reitiicfion  fait  voir  qu’avant 
ce  temps  les  grecs  comme  les  peuples  du'Norci  , 
avoient  coutume  d’enterrer  avec*eux  la  plupart 
des  effets  que  de  leur  vivant  ils  avoient  poffédés. 
Avant  les  loix  de  Solon , en  faifoit  de  grandes 
dépenfes  pour  les  tombeaux  ; c’étoient  des  efpè- 
ces  de  nia^fons  , qu’il  défendit  expreffément , en 
ftstuant  qu’on  n’y  confiruiroit  plus  de  voûtes  , 
& qu’on  n’y  employeroit  que  le  travail  dont  dix 
hommes  étoient  capables  en  trois  jours.  Dès  lors 
les  fculptures  des  pierres  fépulcrales,  auxquclies- 
un  feul  homme  pouvoir  travailler  pendant  trois 
jours  feulement,  ne  peuvent  être  que  des  ouvra- 
ges faits  à la  hâte  par  des  artiiîes  très-communs. 
Par  les  vœux  en  marbre  qui  nous  relient , 8c  qui 
font  à peu  près  du  même  travail  que  la  piupart- 
de  ces  tombeaux , on  juge  qu'ils  furent  exécutes 
par  des  artiûes  du  même  genre.  Ceci  nous  donne 
la  raifon  pour  laquelle  les  ouvrages  des  uns  8e  des 
autres  femblent  montrer  infiniment  moins  de  con- 
noiffance  & de  pratique  de  l’art , que  ne  le  font 
ces  bas-reliefs  qui  fe  voient  dans  les  frifes  & le 
fronton  des  temples  du  Parthenon  & deThéfée, 
faits  à Athènes  à peu  près  vers  la  même  époque. 
Cette  obfervation  très-importante  à l’hiûoire  de 
l'art , détruit  ce  que  des  auteurs  modernes  ont 
avancé  fur  l’état  de  la  Sculpture  des  temps  où 
furent  faits  ces  tombeaux  ic  ces  vœux  ; ils  ont 
jugé  de  l’art  de  Phidias  & de  Polyéfète  fur  des 
morceaux  exécutés  par  des  artilles  très-communs. 
Ces  derniers,  même  avec  beaucoup  plus  de  fa- 
voir  qu'ils  n'en  avoient , n'eulTent  jamais  rien  pu 
faire  de  bon,  dans  le  court  efpace  de  temps 
où  la  loi  les  contraignoit  à terminer  leurs  ouvra- 
ges. ( M.  d’Hancarville.  ) Voye[  ChARON,  éi 
Funérailles  des  Romains. 

Nous  paffons  aux  funérailles  des  grecs,  c'eft- 
à-dire  de  ceux  qui  fuivirent  l'ufage  de  la  répu- 
blique d'Athènes.  Ce  fut  la  première  année  de 
la  guerre  du  Péloponèfe,  que  les  athéniens  firent 
des  funérailles  publiques  à ceux  qui  avoient  été 
tués  dans  cette  campagne , Se  ils  pratiquèrent 
depuis  cette  cérémonie  , tant  que  la  guerre  fub-^ 
fifla.  Pour  cela  on  dreffeit,  trois  jours  aupara- 
vant, une  tente  où  l'on  expofoitles  ofTemens  des 
morts , & chacun  jettoir  fur  les  cfTemens  des 
fleurs,  de  l’encens,  des  parfums  & autres  chofes 
femblables  5 puis  on  les  mettoit  fur  des  chariors 
dans  des  cercueils  de  cyprès,  chaque  tribu  .ayant 
fon  cercueil  8e  fon  chariot  féparé  5 mais  il  y avoir 
un  chariot  qui  portoit  un  grand  cercueil  vuide, 
pour  ceux  dont  onn’avoitpu  trouver  les  corps: 


70^  F U N 

c’eft  ce  qu’on  appelioit  ccKota-phe.  La  marche  fe 
faifoic  avec  une  pompe  grave  & religieufe  5 
un  grand  nombre  d’habitans  , citoyens  Se  étran- 
gers afïîftoient  avec  les  parens  à cette  lugubre 
cérémonie.  On  portoît  ces  olTemens  dans  un  mo- 
nument public,  au  plus  beau  fauxbourg  de  la 
ville  , appellé  le  céramique  , où  l'on  renfertnoit  de 
tout  temps  ceux  qui  étoient  morts  à la  guerre, 
excepté  ceux  de  Marathon,  qui , pour  leur  rare 
valeur,  furent  enterrés  fur  le  champ  de  bataille. 
Enfuite  on  les  couvroit  de  terre,  & Tun  des 
citoyens  des. plus  conlîdérab'es  de  la  ville  faifoit 
l’oraifon  funèbre. 

Après  qu’on  avoit  ainfl  payé  foiemnellement 
ce  double  tribut  de  pleurs  & de  louanges,  à la 
mémoire  des  braves  gens  qui  avoient  facrifié  leur 
vie  pour  la  défenfe  de  la  liberté  commune  , le 
public  qui  ne  bornoit  pas  fa  reconnoiffance  à 
des  cérémonies  , ni  à des  larmes  ftériies  , prenoit 
foin  de  la  fublillance  de  leurs  veuves  & des  or- 
phelins qui  étoi.nt  reliés  en  bas  âge  : puilTant 
aiguillon  , dit  Thucydide  , pour  exciter  la  vertu 
parmi  les  hommes  ; car  elle  fe  trouve  toujours 
où  le  mérite  ell  le  mieux  récompenfé. 

Les  grecs  ne  connurent  la  magnificence  des 
funérailles  q'àc  par  celles  d’Alexandre  le  - Grand , 
dont  Diodore  de  Sicile  nous  a la  ifé  la  defcrip- 
tion  ; & comme  de  toutes  les  pompes  funèbres 
mentionnées  dans  l’hîiloire,  aucune  n’eil:  compa- 
rable à celles  de  ce  prince,  nous  en  joindrons  ici  le 
précis,  on  verra  jufqu’où  la  vanité  porta  le  luxe 
de  cet  appareil  lugubre. 

Aridée,  frère  naturel  d'Alexandre  , ayant  été 
chargé  du  foin  de  ce  convoi,  employa  deux  ans 
pour  difpofer  tout  ce  oui  pouvoit  le  rendre  le 
plus  riche  & le  plus  éclata  it  qu’on  eût  encore 
vu.  La  marche  fut  précédée  par  un  grand  nom- 
bre de  pionniers  , afin  de  rendre  praticab’es  les 
chemins  par  cù  l’on  devoir  paiTer.  Après  qu’ils 
eurent  été  applanis  , on  vit  partir  de  Baby'ooe  le 
magnifique  chariot  fur  lequel  éto;t  le  corps  d’A- 
lexandre. L’invention  Se  le  deffin  de  ce  chariot 
fe  faifoient  autant  adnsi.'cr , que  les  richeffes  im- 
menfes  dont  il  étoit  décore'.  Le  corps  de  la 
machine  pertoit  fur  deux  efneux  qui  e.ntroient 
dans  quatre  roues  , dont  les  moyeux  & les  rayons 
étoient  dorés  , & les  jantes  revêtues  de  fer. 
Les  extrémités  des  effieux  étoient  d’or , repré- 
fentant  des  mufles  de  lions  q^ui  mordoient  u.n 
dard.  Le  chariot  avoir  quatre  rimons , à chaque 
timon  étoient  attelés  feize  mulets  , qui  formoient 
quatrera.ngs  : c’étolten  tour  feize  rangs  & foixante- 
quatre  mulets.  On  avoir  choîfi  les  plus  forts  & 
de  la  plus  haute  taille  j ils  avoient  des  couronnes 
d'or , & des  colliers  enrichis  de  pierres  précieufts  , 
avec  aes  fonnettes  d’or.  Sur  ce  chariot  s’élevoic 
un  pavillon  d’or  maftif , qui  avoit  douze  pieds 
de  largj.  fur  dix-huit  de  long,  fouteKu  par  des 


F U N 

colonnes  d or  mnique,  embellies  ce  feuilles  d’a- 
canthe.  Il  etoit^  orné  au  dedans  de  pierres  pré- 
cieufes,  aifpoiees  en  forme  d écailks.  Tout  au- 
tour regnoit  une  frange  d’or  à refeau  , dont  les 
filets  avoient  un  doigt  d’épaiiTur,  où  étoient 
attachées  de  grofies  fonneites,  qui  fe  faifoient 
entendre  de  tort  loin. 

Dans  la  décoration  du  dehors  on  voyoit  quatre 
bas-reliefs.  Le  premier  reprélentoit  Alexandre 
affis  dans  un  char,  tenant  un  feeptre,  environné 
d un  côté  dune  troupe  de  macédoniîïis,  & de 
l’autre  d’une  pareille  troupe  de  perfans  , tous  ar- 
més à leur  manière.  Devant  eux  marchoient  les 
écuyers  du  roi.  Dans  le  fécond  bas-relief  on 
voyoit  des  éléphars  enharnachés  de  toutes  pièces  , 
portant  fur  le  devant  des  indiens  , & fur  ie  der- 
rière des  macédoniens  armés  cemme  dans  un  jour 
d’aèlion.  Dans  le  troifième  étoient  repréfentés 
des  efeadrons  de  cavilerie  en  ordre  de  bataflie. 
Le  quatrième  montroit  des  vaiffeaux  tout  prêts  à 
combattre.  A l’entrée  du  pavillon  étoient  ces  lions 
d’or,  qui  fembloient  le  garder.  Aux  quatre  coins 
étoient  pofées  des  flatues  d’or  rr.aüîf,  repré- 
fentant  des  viéloires  portant  des-  trophées  d’armes. 
Sous  ce  dernier  pavillon  on  avoit  placé  un  trône 
d’or  d’une  figure  quarrée  , orné  de  têtes  d’ani- 
maux J qui  avoient  i'ous  leur  cou  des  cercles  d’or 
d’un  pied  & demi  de  largeur,  d’où  pendqient  des 
couronnes  brillantes  des  plus  vives  couleurs  , telles 
qu’on  en  portoit  dans  les  pompes  facrées. 

Au  pied  de  ce  trône  étoit  pofé  le  cercueil 
d’Alexandre,  tout  d'or  & travaillé  au  marteau. 
On  l’avoit  rempli  à demi  d’aromates  & de  par- 
fums, tant  afin  qu’il  exha'ât  une  bonne  odeur, 
que  pour  la  conLrvarion  du  cadavre.  Il  y avoit 
fur  ce  cercueil  une  étoffe  de  pourpre  brochée 
d’or  : entre  le  trône  & le  cercueil  étoient  les 
armes  du  prince  , telles  qu’ii  les  portoit  pendant 
fa  vie.  Le  pavillon  en  dehors  étoit  aiiffî  couvert 
d’une  étoffe  de  pourpre  à fleurs  d’or  ; le  haut 
étoit  terminé  par  une  très  grande  couronne  d or  , 
formée  de  branches  d’oliviers.  ■ 

On  conçoit  aifément  que  dans  une  longue 
marche  le  mouvement  d’un  chariot  aufiî  lourd  que 
celui-ci , devoi;  être  fujet  à de  grands  inconvé- 
niens.  Afin  donc  que  le  pavillon  & tous  les  ac- 
compagnemefis  , foit  que  le  chariot  defeendît  ou 
montât , demeuraffenc  toujours  dans  la  même 
fituation  J malgré  l’inégalité  des  lieux  & les  vio- 
lentes fecouifes  qui  en  étoient  inféparables,  du 
milieu  de  chacun  des  deux  eiTieux  s’ékvoit 
un  axe  qui  foutenoit  le  milieu  du  pavillon.  Se 
tenoit  toute  la  machine  en  état. 

Le  corps  d’Alexandre , fuivant  les  dernières 
difpofitions  de  ce  prince , devoir  être  porté  au 
temple  de  .Jupiter- Ammon  ; mais  Ptoléinée , gou- 
verneur d’Égypte,  le  fit  conduire  à Alexandrie, 
où  il  fut  inhumé.  Ce  prince  lui  érigea  un  tempie 


F U N 

ma^^niSque  , & îui  reaàit  tous  les  honneurs  que 
l'on  avoir  coutume  de  rendre  aux  demi-dieux. 
On  ne  voit  plus  aujourd'hui  que  les  ruines  de  ce 
temple. 

Funéraixles  des  germains.  Les  germains  brû- 
loient  les  corps  C Tacit.  German.  ) des  perfonnes 
d'un  rang  élevé  > Ü y avoir  une  efpèce  de  bois 
confacré  fpécialement  à cet  ufage.  On  n'offrok 
dans  ct%  funérailles  ni  parfums  j ni  victimes  ; mais 
on  jetroît  dans  le  bdcher  les  armes  du  mort^ 
& quelquefois  fon  cheval. 

Funéraiiles  des  gaulois.  Les  gaulois  brû- 
loientdu  temps  de  Céiar  {de  bello  gallico  lib.  Vld) 
les  morts  avec  leurs  effets  les  plus  précieux.  Us 
célébroienr  les  funérailles  de  leurs  chefs  avec  une 
grande  pompe. 

Funérailles  des  hébreux.  Hébreux. 

Funérailles  des  romains.  Les  romains  ont 
e'téj  fans  contredit , un  des  peuples  les  plus  reli- 
gieux & les  plus  exadls  à rendre  les  derniers 
devoirs  à leurs  parens  & à leurs  amis.  On  fait 
ou'ils  n’oublioient  rien  de  ce  qui  pouvoir  mar- 
quer combien  la  mémoire  leur  en  étoit  chère  , 
& de  ce  qui  pouvoir  en  même-temps  contribuer 
à la  rendre  précieufe.  C'étoit  aufll  un  hommage 
qu'on  accordoit  à la  vertu,  pour  exciter  dans 
les  citoyens  la  noble  paffionde  mériter  un  jour  de 
pareils  honneurs.  En  un  mot , Pline  dit  que  les 
funérailles  chez,  les  romains  étoientune  cérémonie 
facrée  : les  détails  en  font  fort  étendus. 

Elle  commençoit  cette  cérémonie  facrée  dès 
le  moment  que  la  mort  approchoic.  Il  falloir  dans 
cet  inftant  que  le  plus  proche  parent , & pour  des 
gens  mariés , que  le  furvivant  du  mari  ou  de  la 
femme  donnât  au  mourant  le  dernier  baifet , 
comme  pour  en  recevoir  lame , & qu'il  lui  fer- 
mât les  yeux.  On  les  lui  ouvroit  lorfqu'il  étoit 
fur  le  bûcher , afin  qu'il  parût  regarder  le  ciel. 
On  obfervoit  en  lui  fermant  les  yeux  de  fermer 
fa  bouche  , pour  le  rendre  moins  effrayant  , & 
le  faire  paroître  comme  une  perfonne  dormante. 
On  ôtoit  l'anneau  du  doigt  du  défunt,  qu'on  lui 
remettoit  lorfqu’on  portoit  le  corps  fur  le  bûcher. 
On  l’appelloit  plufieurs  fois  par  fon  nom  à haute 
voix , pour  connoître  s’il  étoit  véritablement 
mort , ou  feulement  tombé  en  léthargie.  On  nom- 
moit  cet  ufage  conclamatio  , conclamation  5 & fui- 
vant  l'explication  qu’un  célèbre  antiquaire  a donnée 
d’un  b as-reiief  ( il  croit  y reconnoître  un  mou- 
rant; mais  d’autres  y reconnoiffent  un  mort  & 
les  joueurs  de  flûte  des  convois)  qui  eft  au  Louvre 
dans  la  falle  des  antiques  ; on  ne  fe  csntentoit 
pas  de  la  Ample  voix  pour  les  perfonnes  de  qua- 
lité , on  y employoit  le  fon  des  buccines  & des 
trompettes,  ainiî  qu’on  peut  juger  par  ce  bas- 


F U N 707 

relief.  L’on  y voit  des  gens  qui  Tonnent  de  la 
trompette  près  du  corps  d’une  perfonne  qui  pa- 
roît  vern'r  de  rendre  les  derniers  ioupirs , & que 
félon  qu’on  peut  conjecturer  par  les  apprêts  qui 
y font  repréfentés  , on  va  mettre  entre  les  mams 
desibitinaires  ; les  fons  bruyans  de  ces  inûrumens 
frappant  les  organes  d’une  manière  beaucoup  plus 
éclatante  que  !a  voix,  dounoient  des  preuves  p.as 
certaines  que  la  perfonne  étoit  yéruablcmcnt 
morte. 

Enfuite  on  s'adrelToit  aux  îibitinaires  pour  pro- 
céder znx  funéraiiles  fuivant  la  volonté  du  défunt, 
s’il  en  avoir  ordonné,  ou  celle  des  parens  & des 
héritiers,  avec  le  plus  eu  le  moins  de  dépenfe 
qu’on  y vouloit  faire.  Ces  Iibitinaires  étoient  des 
gens  qui  vendoienr&fcurnifloient  tout  ce  qui  étoit 
néceffaire  pour  la  cérémonie  des  convois  : on  les 
appeüoit  a'infi,  parce  qu'ils  avoient  leur  magafin 
au  temp'e  de  Vénus- Libitine.  On  gardait  dans 
ce  tempie  les  regiftres  qu'on  tenon  à Rome  de  ceux 
qui  mouroient  ; & c’efl  de  ces  regiftres  qu'-nn  avoir 
tiré  le  nombre  des  perfonnes  que  la  pelle  y enleva 
pendant  un  automne  du  temps  de  Néron. 

Les  Iibitinaires  avoient  fous  eux  des  gens  qu'on 
nommeit  pollincîores  , polüncteurs  : c'étoit  entré 
leurs  mains  qu’on  mectoit  d'abord  le  cadavre  ; 
ils  le  lavoieiit  dans  l'eau  chaude , & i’embau- 
moient  avec  des  parfums.  Il  paroît  qu'ils  poiîé- 
doient  la  manière  d'embaumer  les  corps  à un  plus 
haut  degré  de  perffcébon  que  ne  faifoientles  égyp- 
tiens, fi  l'on  en  croit  les  rélations  de  quelques 
découvertes  ( faites  à Rome  depuis  deux  cens  ans) 
de  tombeaux  , où  l’on  a trouvé  des  corps  fi  bien 
confervés,  qu’on  les  auroit  pris  peur  des  perfon- 
nes plutôt  dormantes  que  mortes  ; l’cdeur  qui  for- 
toit  de  ces  tombeaux,  étoit  encore  fi  forte  qu’elle 
étourdiffoit. 

Après  que  le  corps  étoit  ainfi  embaumé , on 
le  révêtoit  d'un  habit  blanc  ordinaire,  c’eft-à- 
dire  , de  la  toge.  Si  c'étoit  une  perfonne  qui  eût 
paffé  par  les  charges  de  la  république,  on  lui 
mettoit  l'habit  diftinélif  de  la  plus  haute  dignité 
qu'il  eût  poiTédée,  & on  le  gardoit  ainfi  fept  jours, 
pendant  lefquels  en  préparoit  tout  ce  qm  étoit 
néceflaire  pour  la  pompe  àts  funérailles.  On  l'expci- 
foit  fous  le  vellibule , ou  à l'entrée  de  fa  maifon, 
couché  fur  un  lit  de  parade,  les  pieds  tournés 
vers  la  porte , où  l'on  mettoit  un  rameau  de  cyprès 
pour  les  riches  , & peuples  autres  feulement  des 
branches  de  pin,  qui  marquoîent  également  qu'il 
y avoir  là  un  mort  dans  la  maifon.  Il  reftoit 
toujours  un  homme  auprès  au  corps,  pour  em- 
pêcher qu'on  ne  vo'ât  quelque  chofe  de  ce  qui 
étoit  autour  de  lui  : mais  lorfque  c'étoit  une  per- 
fonne du  premier  rang , il  y avoir  à i'entour  de 
jeunes  garçons  occupés  à chaffer  les  mouches. 

Les  fept  jours  étant  expirés  , un  héraut  publie 
annonçoit  le  convoi,  en  criant  ; exequias  L.  (tel  ) 

Vyvv  IJ 


7û8  F U N 

L.  fini  J qiiihiLS  eft  commoium  ire , tempus  eft  j 
eUus  ( c^eil-  à dire  ille  ) ex  e.dihus  efferturÿ  ceux 
cui  voudront  ajfifier  aux  ohs'eques  d’un  tel,  fils 
d’un  tel,  font  avertis  qu’il  efi  temps  d’y  aller  pre- 
fentement  , on  emporte  le  corps  de  la  maifon.  Il  n^’y 
avoir  néanmoins  que  les  parens  ou  les  amis  qui  y 
affiftaffent  ^ à moins  que  le  défunt  n^eûc  rendu 
des  fervrces  confidérables  à la  république  j alors 
le  peuple  s^y  trouvoit  ; & s^il  avoir  commandé 
les  armées  ^ les  foldats  rendoienr  auflî  j por- 
tant leurs  armes  renverfées.Les  iiéieurs  renverfoient 
pareillement  leurs  faifceaux. 

Le  corps  étoic  porté  fur  un  petit  lit,  qu^’on 
nommoit  exaphore , quand  il  n'y  avoit  que  fix 
porteurs;  & oSophore , s'il  s'en  trouvoit  huit. 
C'étoient  ordinairement  les  parens  qui , par  hon- 
neur , en  faifoienc  l’office,  ou  les  fils  du  défunt. 
Pour  un  empereur  , le  lit  étoit  porté  par  des  fé- 
nateurs  ; pour  un  général  d'armée,  par  des  officiers 
Sx.  des  foldâis.  A l'égard  des  gens  de  condition 
commune,  c’étoit  dans  une  efpèce  de  bierre 
découverte  , qu'ils  étoient  portés  par  quatre  hom- 
mes , de  ceuxqui  gagnoieiu  leur  vie  à ce  métier. 
On  les  appelloit  vefpilones  , parce  que  , pendant 
un  très-long  temps , on  obferva  de  ne  faire  les 
convois  que  vers  le  foir  > mais  dans  la  fuite  on 
les  fit  autant  de  jour  que  de  nuit.  Le  défunt 
paroiflbit  ayant  fur  la  tête  une  couronne  de  fleurs , 
& le  vifage  découvert,  à moins  que  la  maladie 
ne  l'eût  entièrement  défiguré  ; dans  ce  cas  , on 
avoit  foin  de  le  couvrir. 

Après  que  les  maîtres  de  cérémonies  du  convoi 
avoient  marqué  à chacun  fon  rang  , la  marche 
commençait  par  un  trempette  & par  les  joueurs 
de  flûte,  qui  jouoier.t  d'une  manière  lugubre.  Ils 
étoient  fuivis  de  plus  eu  de  moins  de  gens,  qui 
porîoient  des  torches  allumées.  Proche  du  lit 
étoit  un  archiinine  qui  contrefaifoit  toutes  les 
manières  du  défunt  ; & Ton  portoit  devant  le  lit 
couvert  de  pourpre , toutes  les  marques  des 
dignités  dont  il  avoir  été  revêtu  ; s'il  s'étoit 
fignalé  à la  guerre  , on  y faifoit  paroître  les 
préfens  & les  couronnes  qu'il  avoir  reçus  pour 
les  belles  actions  , les  étendards  & les  dépouilles 
qu'il  avoir  enlevés  aux  ennemis.  On  y portoit  en 
particulier  fon  ’oufte  en  cire , avec  ceux  de  fes 
ayeux  & de  fes  parens,  montés  fur  des  bois  de 
javelines  , ou  place's  dans  des  chariots  ; mais  on 
n'accordoit  point  cette  diftinction  à ceux  qu’on 
nommoit  novi hommes , c'eft- à-dire  , gens  qui  com- 
mençoient  leur  nobieffe  , & dont  les  ayeux  n'au- 
xoient  pu  leur  faire  honneur.  Cn  obfervoit  aufii 
de  ne  pcinr  porter  les  buftes  de  ceux  qui  avoient 
été  condamnés  pour  crimes  quoiqu'ils  euiTent 
pofiédé  des  dignités  ; la  loi  le  défendoit.  Toutes 
ces  figures  fe  replaçoient  enfuite  dans  le  lieu  où 
elles  étoient  gardées.  A.u  convoi  des  empereurs , 
en  faifoit  encore  porter  fer  des  eharîoîs  ks  images 


- F U N 

& les  fymboles  des  provinces  & des  villes  fub- 
juguees. 

Les  affranchis  du  défunt  fuivoîent  cette 
pompe  , portant  le  pileus  , bonnet  , qui  étoit  la 
marque  de  leur  liberté  : enfuite  marchoient  les 
enfans , les  parens  & les  amis  atrati  , c'eft-à-dire, 
en  deuil,  vêtus  de  noir;  les  fils  du  défunt  avoient 
un  voile  fur  la  tête  : les  filles  vêtues  de  blanc  , 
avoient  les  cheveux  épars  fans  coëffure , & mar- 
chant nuds  pieds.  Après  ce  cortège  venoient  les 
pleureufes  , pr&fice.  : c’étoient  des  femmes  dont  le 
métier  étoit  de  faire  des  lamentations  fur  la 
mort  du  défunt;  & en  pleurant  elles  chaatoient 
fes  louanges  fur  des  airs  lugubres , & donnoient 
le  ton  à tous  les  autres.- 

Lorfque  le  défunt  étoit  une  perfonne  illuftre , 
on  portoit  fon  corps  air  roftra  dans  le  forum  , ou 
la  place  romaine,  où  la  pompe s'arrêtoir,  pendant 
que  quelqu'un  de  fes  enfans , ou  des  plus  pro- 
ches parens , faifoit  fon  oraifon  funèbre  ; & 
c'étoit  ce  qu'on  appelloû  laudare  pro  rofiris  : cela 
ne  fe  pratiquoit  pas  feulement  pour  les  hommes 
qui  s’étoient  difiingués  dans  les  emplois,  mais 
encore  pour  les  femmes  d'une  condition  relevée  j 
la  république  avoit  permis  de  les  louer  publique- 
ment , depuis  que  For  ayant  manqué  dans  le  trqfor 
public  , pour  acquitter  le  vœu  que  Camille  avoit 
: fait  de  donner  une  coupe  d'or  à Apollon -Del- 
I phien,  après  la  prife  de  la  ville  de  Veïes,  les 
; dames  romaines  y avoient  volontairement  contri- 
bué par  le  facrifice  de  leurs  bagues  & de  leurs 
; bijoux. 

' Du  forum  on  alloit  au  lieu  où  l'on  devoir  en- 

terrer le  corps  , ou  le  brûler  ÿ on  fe  rendoit  donc 
au  champ  de  Mars  , qui  étoit  le  lieu  où  fe  faifoit 
ordinairement  cette  cérémonie  : car  on  ne  brûloit 
point  les  corps  dans  la  ville.  On  avoit  eu  foin 
d'avance  de  drefler  un  bûcher  d'if,  de  pin,  de 
melèze,  on  d'autres  pièces  de  bois  aifé  à s’en- 
fiamaner,  arrangées  les  unes  fur  les  autres  en 
forme  d’autel , fur  lequel  on  pofoit  le  corps  vêtu 
de  fa  robe  ; on  l'anoCoit  de  liqueurs  propres  à 
répandre  une  bonne  odeur  ; on  lui  coupoit  un 
doigt  pour  l’enterrer;  on  lui  tournoit  le  vifage 
vers  le  ciel;  on  lui  mettoit  dans  la  bouche  une 
pièce  d'argent,  qui  étoit  ordinairement  une  obole, 
pour  payer  le  droit  de  paffage  à Charon. 

Tout  le  bûcher  étoit  environné  de  cyprès  ; 
alors  le  plus  proche  parent  tournant  le  dos  pen- 
dant que  le  feu  s'allumoit,  jettoit  dans  le 
bûcher  les  habits,  iesannes,  & quelques  autres 
effets  du  défunt , quelquefois  meme  de  l'or  & 
de  l’argent;  mais  cela  fut  défendu  par  la  loi  des 
douze  tables.  A'ax  funérailles  ce  Jules- Céfar, 
les  foldats  vétérans  jettèrent  leurs  armes  fur  fop 
bûcher , pour  lui  faire  hoaneur.  On  immoloit 
aafiî  des  bœufs , des  taureaux  & des  moutons  , 
qu'on  jettoit  fer  le  bûcher» 


F U N 

On  donnoit  tout  aùprès  des  combafs  de  gla- 
diateurs pour  appaifer  les  mânes  du  défunt  j cet 
ufa-ae  s'étoit  introduit  pour  fuppléer  à la  barbare 
coutume  anciennement  pratiquée  à la  guerre  ^ 
d'immoler  les  prifonniers  auprès  du  bûcher  de 
ceux  qui  ttoient  morts  en  combattant , comme 
pour  les  venger.  Le  combat  des  gladiateurs 
n'étoit  pas  le  feu!  fpecfacle  qu’on  y donnoit; 
on  faifok  aufu  quelquefois  des  courfes  de  chariots 
autour  du  bûcher  ; on  y repréfentoit  même  des 
pièces  de  théâtre , & par  un  excès  de  fomptuofitéj 
on  y a vu  donner  des  fellins  aux  affiilans  & au 
peuple. 

Dès  que  !e  corps  étoit  brûlé  , on  en  ramalToît 
les  cendres  avec  les  os  que  le  feu  n’avoit  pas  en- 
tièrement confumés.  C'étoient  les  plus  proches 
parens  ou  les  héritiers  qui  en  prenoient  foin. 
Afin  que  les  cendres  du  mort  ne  fafferst  pas  con- 
fondues avec  celles  du  bûcher  ^ on  avoir  quel- 
quefois la  précaution  en  mettant  fur  le  bûcher 
le  corps  du  défunt , de  l’envelopper  d’une  totle 
d’amianthej  fubftance  incombuîtible  ; on  lavott 
enfuite  ces  cendres  & ces  os  avec  du  lait  & du 
vin  J & pour  les  placer  dans  le  tombeau  de  la 
famille  J on  les  enfermoic  dans  une  urne  d’une  ' 
matière  plus  ou  moins  précieufe,  félon  l’opu- 
lence ou  la  qualité  du  défunt  5 les  plus  com- 
munes étoient  de  terre  cuite. 


F ü N 70? 

Lon  Qonnoit  aux  parens  & aux  amis  5 quelquefois 
même  on  diflribuoit  de  la  viande  au  peuple  ; 82 
neuf  jours  après  on  faifoit  un  autre  feftin  qu’on 
appeiloit  le  grand  fouper , la  novendiale  , c’eft-à- 
dire  ^ la  neuvaine  j on  obfervoit  dans  ce  deruier 
repas  ^ de  quitter  les  habits  noirs  5 & d’en  pren^ 
dre  de  blancs. 

C’en  eft  affez  fur  ce  fujet,  ou  l’on  n’a  em- 
ployé que  les  traits  hilioriques  qui  pouvoienc 
convenir  ici , en  élaguant  toutes  les  citations 
fans  nombre  qui  auroient  mené  trop  loin  j mais 
le  leéceur  curieux  de  plus  grands  détails , & d’une 
érudition  recherchée , peut  confulter  l’ouvrage 
latin  de  funeribus  romanorum , publié  par  Jean 
Kirchman , dont  la  première  édition  parut  à 
Lubec  en  1Û04.  Cet  ouvrage  acquit  de  la  célé- 
brité à fon  auteur  ^ & contribua  à lui  procurer 
un  bon  mariage.  ( Article  du  chevalier  de  Jaucowtd) 

Dans  Xts  funérailles  des  magiftrats , eu  des  gens 
de  guerre  j les  romains  avoienr  coutume  de  porter- 
ies faifeeaux  & les  armes  renverfées. 

Servius  expliquant  ces  vers  de  l’Énéide  ( XI. 
92.  ) : 

Varfis  ducunt  infignibus  ipjî 

Graj agents  reges 


Enfuite  le  facrificateur  qui  avoir  affidé  à la 
cérémonie,  jettoit  par  trois  fois  fur  les  affifians , 
pour  les  purifier , de  l’eau  avec  un  afperfoir  fait 
avec  une  branche  d’ol  vier.  Enfuite  une  pleureufe 
congédioit  la  compagnie  par  ces  mots:  I ,licet , 
e’ell-à-dire  , vous  pouveg_  vous  en  aller  5 alors  les 
parens  & amis  du  défunt  lai  difoient  par  trois 
fois , en  l’appeüant  par  fon  nom  , & à haute 
voix  : vale  , vale  , vais  : nos  te  ordine  quo  natura 
voluerit  ftquemur ; adieu,  adieu,  adieu,  nous  te 
fuivrons  quand  notre  rang  marqué  par  la  nature 
arrivera.  On  portoit  Lurne  où  étoient  les  cendres 
dans  fépulcre  , devant  leqmel  il  y avait  un 
petit  autel  où  l’on  brûloir  de  l’encens  & d’autres 
parfums  : cérémonie  qui  éto:t  rcnonveiiée  de 
temps  en  temps  , de  même  que  celle  de  jetter 
des  fleurs  fur  la  ronjbe. 

A l’égard  de  ceux  dont  on  ne  brûloir  point 
les  corps,  on  les  mettoit  ordinairement  dans  les 
bières  de  terre  cuite  ; ou  fi  c’ étoient  des  per- 
fennes  de  d'ftincrion , dans  un  tombeau  de  mar- 
bre ; on  plaçoit  dans  ce  tombeau  une  lampe , 
mal-â-nropos  nommée  ,&  quelquefois 

de  petites  figures  de  divinités , avec  des  fioles 
appeilées  depuis  lacrimatoires.  On  a trouvé  tlans 
quelques  tombeaux  des  bijoux  qu’on  y avoit  mis 
avec  le  corps,  parce  qu’aoparemment  le  défunt 
les  avoit  chéris  d’une  manière  affectée. 

La  cérémonie  des  funérailles  fe  terrainoît  par 
an  feftin  , qui  ésoiî  ordinairement  un  fouper  que 


où  'Virgile  parle  de  l’ufage  qu’avoient  les  grecs 
de  porter  aux  funérailles  les  enfeignes  renverfées, 
dit  : Lugentium  more  mucronem  , non  cufpidem  kafitt, 
contra  terram  tenentes  : feuta  etiam  invertentes  , 
propter  numina  illic  depicla , ne  eorum  fimulacra 
cadaveris  polluerentur  adjpeciu.  Servius  attefie  isi  , 
que  les  romains  avoient  auffi  l’ufage  de  porter  aux 
funérailles , non-feulemenî  les  lances  avec  la  pointe 
inférieure  en  l’air  ; mais  encore  de  préfenter  le 
côté  intérieur  de  leurs  boucliers,  de  crainte  de 
fouiller,  parla  vue  d’un  cadavre , les  images  des 
divinités  qui  y étoient  tracées.  Stace  fait  mention 
du  même  ufage  dans  la  Thébaïde  ( VI.  214.  ) : 

Tum  mafia  phalanx,  Teucrique  fequuntttr 

Thyrreni  duces , & verjîs  arcades  amüs. 

Non-feulement  on  portoit  dans  les  funérailles 
militaires  les  enfe-gnes  renverfées , mais  on  les 
dépouilioit  encore  de  tous  les  ornemens  qui  pou- 
voient  en  être  détachés,  tels  que  flammes  , ban- 
dero'les  , couronnes,  &c.,  & alors  on  les  ap- 
pelloit  figna  incomtta.  TaCîte  dit  ces  funérailles 

de  Germanietîs  f Annal.  III.  2.  2.  ) Tribu- 

norum  centurionumque  kumeris  cineres  Germmici 
portas antur , pr&cedebant  incompta  figna. 

Les  romatns  fe  difpenfotent quelquefois  d’em- 
ployer le  miîiiùère  des  prêtres,  pour  accomplir 
les  cérémoîv’es  des  funérailles  : & aloi';  ils  en 
foîlicitoient  la  penniffiondes  empereurs  qui  éteienî 


■lO 


F ü N 


fouveruins  pondres.  Nous  apprenons  ce  fait  de 
Fepitaphe  fui  van  te  : 

Dûs  manibas,  Tito  Ælio  Augufii  liherto,  Tiiiano 
Froxzmo  , à libris  facerdotalibiis  , defuniio  Car- 
nunîi  annos  XLII.  menfes  III.  dies  XIX.  narito 
virgirà  dulcijîimo  & incomvarabili  benequs  merito  : 
quem  faneravit  Fiavia  Ampelis  conjux  cariqima  ^ & 
reliquias  ejus  permijfu.  imperatoris  ipfa  pertulit  con.- 
fecravitque.  Cum  quo  vixit  annos  XII.  menfes  III. 
dûs  XXI.  fine  ullâ  querellâ.  Dans  cette  belle  épi- 
taphe du  premier  fiècie^  publiée  par  Papenbroc, 
les  extrémités  de  quelques  lettres  Sont  terminées 
en  croiffantj  & les  E & les  L un  peu  courbées. 
Nous  "expliquons  arnli  en  notre  langue  « aux 
=3  dieux  Mânes.  A Titus  Ælius  , affranchi  d'Au- 
» gufte  , 8c  farnommé  Titianus  Proximus.  I!  eut 
” la  garde  des  livres  facerdotaux^  & mourut  à 
Carnonte  J après  quarante-deux  ans  trois  mois^ 
=»  dix-neuf  jours  de  vie.  Ce  fut  un  mari  incompa- 
>5  rable  & d'une  extrême  douceur  envers  fa  jeune 
« & très-chère  époufe  Flavia  Ampelis.  Après 
» l’avoir  enfeveli , elle  a conduit  fa  pompe  funè- 
’’  bre  : elle  a porté  elle-même  fes  es  & fts  cendres^ 

V avec  la  permiflîon  de  l’empereur  , & les  a con- 
“ facrés  aux  mânes.  Elle  a vécu  avec  Ton  digne 
« époux  douze  ans , trois  mois  8e  vingt  8e  un 
“ jours  J fans  aucun  fujet  de  plainte  ».  Depuis 

§ue  les  empereurs  romains  eurent  emporté  par 
rigues  le  fouverain  pontificat;  ils  eurent  à leur 
difpofition  les  livres  facerdotaux  , où  étoient  ren- 
fermés les  myllères  du  paganifme.  Augulle  , en 
qualité  de  fouverain  pontife , permet  à Ampelis 
de  faire  elle-même  ^ & fans  le  miniitère  des  prê- 
tres 5 la  confécration  des  os  de  fon  mari  j quoi- 
que ce  fût  une  cérémonie  religieufe.  On  peut 
voir  fur  cette  infeription  Papenbroc , les  mélanges 
de  d’Oryiile  ( T.  III.  p.  izo.  ) 8e  la  4^.  difTert. 
d’Adrien  Relandj  de  numm.  famarit.  ( pag.  131.  ) 
Voyei  Funus  j Apothéose  , Sarcophages  ^ 
Sec.  J Sec. 

FUNERAIRE  ( facrifice  ).  Les  romains  avolent 
coutume  d’offrir  aux  dieux  des  facrifices  à la 
mort  de  leurs  parens  êe  de  leurs  amis  ; rhiftoire 
en  fait  mention  ^ 8e  les  raonumens  de  Scuipu’.re 
©U  de  Gravure,  qui  repréfentent  ces  marques  de 
la  piété  8e  de  la  tendrelFe  des  vivans  envers  les 
morts,  ne  font  pas  rares  dans  les  cabinets  des 
curieux.  Le  roi  de  France  pofsède  une  agathe 
Onyx , dont  la  Gravure  peut  en  augmenter  le 
nombre  : on  y voit  fous  le  toit  d’un  bâtiment 
ruftique  , 8e  tel  qu’on  les  confrruifoit  dans  l’en- 
fance de  i’Architedure , une  femme  nue  vis-à- 
vis  d’un  autel  , fur  lequel  eft  allumé  le  feu  facré. 
Elle  paroîc  occupée  d’un  facrifice  qu’elle  offre 
.-.ux  dieux  infernaux  , avant  que  de  placer  dans 
h tombe  l’urne  qu’elle  porte,  8e  qui , fans  doute  , 
e_ù  remplie  des  cendres  de  cuelqu’un  qu’elle  a 
^>tne.  Derrière  elle  , eil  pofe  fur  une  colonne 


F U N 

un  vafe  rempli  de  fleurs  ; car  c’étoit  une  pratique 
ufîtee  & meme  une  pratique  religieufe,  efeu 
répandre  fur  les  tomoeaux  ; parpureos  fpargam. 
pores,  dit  Va-gik  au  fujet  de  La  mort  de  àW 
CCiiUS  5 w f(2lt€îTi  jiiîzgar  ificzui  muTicrc, 

FUNERE  ; r , , 

FUNERAi;  ^ quelques  critiques  , c’étoit 

le  nom  que  les  romains  donnoient  dans  les  céré- 
monies  tunebres  à la  pius  proche  parente  du  mort. 
Ceik-ci  renfermée  dans  la  maifbn  avec  les  autres 
pare.ntes  , faifoit  les  lamentations  & les  autres 
regrets^  ufitels  en  pareille  occanon  j une  autre  , 
appellée  Prœfica,  qui  n’éroit  pas  parente,  mais 
pleareufe  à gage,  s’acquittoit  du  même  devoir 
dans  la  rue. 

^L’explication  qu’on  donna  ici  du  mot  fanera, 
d’après  quelques  dictionnaires  latins , eft  très- 
douteiîfe  ; e:le  n’eft  fondée  que  fur  ces  mots  de 
Virgile,  au  IX'.  livre  de  l’Enéide  : 


Nec  te  tuafunera  mater 


Freduxi. 


Servîus  afliire  que  fanera  eft  au  nominatif  fîn- 
gulier;  mais  d’autres  philologues  croient  avec 
plus  de  raiion  que  c’eft  l’aceufatif  plurier  de 
finits. 

FUNUS.  Voye^^  Funérailles. 

Funus  acerbum  fe  difoit  des  funérailles  de  ceux 
qui  mouroient  avant  d’avoir  pris  la  robe  virile. 
( Juvenal.  fat.  XI.  44,  ) ; 

Non  prtsmaturi  cineres , non  funus  seerbum 
LuxurieP";  fed  morte  mugis  metuenda  feneSus. 

Funus  cenforium  , funérailles  ordonnées  par  les 
cenfeurs  pour  ceux  qui  avoient  bien  mérité  du 
peuple  romain. 

Funus  coUativum  , ou  funus  publtcum  , funérail- 
les faites  aux  frais  de  chaque  particulier,  telles 
que  celles  de  Valerius  Poplicola,  de  Menenius 
Agrippa,  ou  aux  frais  du  public,  par  l’ordre  du 
fénat. 

Funus  commune , ou  îranflatitîum  , ou  îaekutn  , 
ou  plebeium  , ou  vulgare  , funérailles  fimples  èc 
dépourvues  de  toute  fplendeur. 

Funus  familiare,  convoi  funèbre  compofé  de 
la  feule  famille  du  mort, 

Funus  imaginarium  , convoi  orné  des  images 
de  tous  les  ancêtres  du  mort. 

Funus  indiaivum  , convoi  auquel  on  étoit  ap- 
pellé  par  un  cneur,  8e  qui  étoit  ordinaire.ment 
accomptgpé  de  jeux  funèbres,  8e  des  cavaiiers- 
défultcurs. 


FUR 


FUR 


Funus  laeerum  . ou  tumultuarlum  , funérailles 
faites  à la  hâte  3è  fans  pompes. 

F anus  larvatum,  funérad'.es  de  perfonnes  écra- 
fées  par  la  chute  de  quelque  bâtimentj  & dont 
on  couvroic  les  vifages  meurtris  avec  des  maf- 
ques-  I:  en  eft  fait  mention  dans  l'épitaphe  de 
deux  nouveaux  mariés  qui  éprouvèrent  ce  cruel 
fort  la  première  nuit  de  leurs  noces  ; cari  -parentes  , 
y ed-ii  dit  J iuBu  nec  lacrimis  mi  fera  ac  larvata 
nofira  de^eatis  fanera  ^ ne  rtddatis  infeliciora.  On 
voit  ce  moaunient  à Rome  ( Camerar.  oper. 
fubeis.  I.  Ç)6.) 

Funus  militare.  V.  FUNÉRAILLES  des  romains. 

Funus  phheiam.  V^.  FüNüS  commune. 

Funus  publicum.  V.Y'V'ÜVsindiéiivum. 

Ftmus  fimpludiareum  étoit  diftîngué  An  funus  in- 
diciivum , eh  ce  qu’il  n’y  avoir  que  des  jeux  dans 
le  fimpludiareum  y d'où  venoit  fori  nom,  comme 
fi  l'on  eût  dit  fimpliludiarium. 

Funus  tacitum. 

Funus  tranfiatiîium. 

FUREUR  , divinité  allégorique  , que  Virgile 
( Æneid.  I.  598.  ) repréfente  la  tête  teinte  de 
fâng,  le  vifage  déchiré  de  mille  plaies  , & couverte 
d'un  cafque  tout  fanglant  5 elle  eft  enchaînée  pen- 
dant la  paix  J les  mains  liées  derrière  le  dos  , 
affife  fur  un  amas  d'armes , frémiftant  de  rage  : 
& pendant  la  guerre  , elle  ravage  tout  après  avoir 
rompu  fes  chaînes.  Pétrone  ( c.  84.  ) a décrit 
auflî  cette  divinité,  à laquelle  les  latins  don- 
Hoient  le  genre  mafeulin  , à caufe  da  mot  furor. 

FURIA , famille  romaine  dont  on  a des  mé- 
dailles. 

R.  en  argent. 

RR.  en  bronze. 

O.  en  or. 

Les  furnoms  de  cette  famille  font  Camizlus , 

CrA-SSIPES  , PbILVS  y PuRFUR-EOy  BrOCCHUS, 

Goitzius  en  a publié  quelques  médailles,  in- 
connues depuis  lai. 

FURIES.  îl  n'y  a eu  dans  la  Mythologie  au- 
cune di  iniîé  auffi  redouteeque  les  déeiTes  appel- 
lées  ( I/kig.  in  Tauris.  ) par  Orelte  anrAa^ss  , 
divinités  fjiisnom.  Telle  étoit  l’idée  affieufeque 
les  grecs  s'en  étoien;  formée.  On  n'ofoir  mê.-ne 
prononcer  ieur  nom  à" Euménides , malgré  fon 
origine  douce  & confolante.  Nous  devons  ce- 
pendant reftrein  he  cerre  ouGhanimité  au  vulgaire 
feul  & aux  crirnir  eis  p.-rérutés  par  les  reoiords. 
Car  Komère  , Sopiiocie,  Ei  ripide,  Efchyle  & 
les  autres  poètes  en  ont  parié  ouvertement  & 


V.  Funus  commune. 


dans  le  plus  grand  détail.  L'auteur  des  hymnes 
d'Orphée  n'a  pas  été  plus  craintif,  comme  on 
va  l’apprendre  des  deux  poèmes  qu'il  a confa- 
crés  aux  louanges  àt%  furies. 


Hymne  I.  « Prêtez  une  oreüle  attentive  à mes 
« chants  : Tift phone,  Aleéton  divine  Mégèrejdéef- 
” fes  honorées  dans  tous  les  climats , occupées  de 
^ travaux  perpétuels , & redoutables  par  vos 
=>=  rugjfTemens  terribles.  Vous  habitez  une  retraite 
” fombre  fur  les  bords  facrés  du  Styx.  Tantôt 
” vous  n'exaucez  qu'avec  lenteur  les  vœux  des 
» humains;  tantôt  vous  faites  éclater  fubitement 
« votre  pouvoir  dans  les  entreprifes  les  plus 
>?  dangereufes  : fouvenc  couve-rres  de  peaux 
” de  bêtes  , animées  par  la  fureur  , vous 
” faites  fubir  aux  coupables  les  plus  affieux  tour- 
" mens.  Vierges  terribles,  invifîbles  comme  l'air, 
plus  légères  que  le  v^ent,  & auffi  promptes  que 
» la  penfée,  vous  portez  la  terreur  fur  la  terre 
» & dans  les  enfers.  En  vain  les  mortels  p'ace- 
5=  roient-ils  leur  félicité  dans  la  jouiffance  des 
=3  jours  purs  & des  nuits  paiftbles,  dans  la  pratique 
» de  quelques  vertus  , dans  les  exploits  belli- 
=3  queux  , ou  même  dans  les  grâces  de  la  jeuneffe 
M & de  la  beauté  : ces  plaiftrs  ne  feront  parfaits 
» que  de  votre  aveu.  Car  vous  êtes  établies  de 
» tous  les  temps  pour  juger  les  humains , & rien 
» n'échappe  à vos  regards  perçants.  Arbitres  du 
» fort , divinités  redoutables  par  les  ferpens  qui 
3=  flottent  dans  votre  chevelure,  & par  les  formes 
3.'  terribles  fous  lefqueües  vous  pourfuivez  les 
33  criminels,  écoutez  les  prières  de  votre  poète, 
33  & ne  permettez  pas  que  les  envieux  de  fa  gloire 
33  puiffent  troubler  fa  vie  tranquille  =3. 


Hymne  îl.  « Écoutez-moi  favorablement,  6 
vous  Euménides!  célèbres  dans  tout  l'univers, 
chaftes  filles  de  Jupiter  - terrefire  & de  l'aima- 
ble Perféphone  aux  beaux  cheveux;  cette 
déeffe  qui  examine  fans  ceffe  les  aébons  des 
mortels  coupables.  Douées  de  l'immortalité, 
dépofitaire  du  poinmir  de  Perféphone  , bril- 
lantes de  l'éclat  quelle  répand  fur  tout  ce  qui 
l’environne , vous  exécutez  fous  fes  yeux , 
toujours  ouverts,  les  arrêts  du  fort , & veus  pu- 
niffez  les  impies.  Le  feu  que  lancent  vos  re* 
gards , embrâfe  & dévore  les  ombres  facrüèges, 
dans  la  nuit  épsiiîe  où  vous  exercez  de  tant 
de  manières  différentes  vos  fureurs  vengereiïès. 
Je  vous  adreffie  des  vœux  ardens,  divinités 
redoutables  par  les  ténèbres  qui  vous  envi- 
ronnent, S:  les  ferpens  qui  fifflent  dans  vos 
cheveux  , je  vous  en  conjure , exaucez  votre 
poète  >=. 


La  muîtituce  d'épirhètes  & d'idées  acceftbires 
dont  chaque  phrafe  de  ces  poèmes  eft  furchargée  , 
y fait  reconnoïtre  îe  génie  orientai.  Cette  fécon- 
dité n'a  été  reftreinte  que  par  le  goût  Sc  le  difeer- 
nemeiît  des  bons  auteurs  de  la  Crète.  Hafarderoit- 


FUR 


FUR 


on  beaucoup  d'avancer  que  ces  hymnes  étolent 
chantés  dans  les  myitères  & les  initiations  ? 
L'ufage  des  cérémonies  fecrettes  avoir  été  apporté 
d'Egypte  en  Occident  ; fans  doute  qu'une  partie 
des  chants  facrés  avoit  la  même  origine.  Ces 
conjeétures  nous  font  regarder  les  hymnes  du 
prétendu  Orphée  comme  une  production  des 
premiers  grecs,  & une  imitation  des  chants  égyp- 
tiens. Cette  idée  avcit  déjà  été  préfentée  par  le 
favant  & le  laborieux  Jablonski. 

Les  deux  hymnes  que  nous  avons  traduits  ci- 
deffus,  éno.ncent  clairement  l’origine  des  Eumé- 
nides. Ils  leur  donnent  pour  père  Pluton  ( kymn. 
in  Perfephon.) , & Proferpine  pour  mère.  Ils 
appellent  encore  dans  un  autre  endroit  cette  déeffe 
mère  des  Euménides.  Cependant  aucun  poète  r/a 
fuiv!  cette  ancienne  tradition.  Héiîode  qui  paroît 
ü verfé  dans  la  Théologie  ancienne , a varié 
( Tkeogon.  V.  i8f.  dies , v.  42.  ) fur  ce  point, 
î!  raconte  dans  fa  Théogonie  ^ que  les  furies 
naquirent  des  gouttes  de  fang  répandues  par 
Cœius,  lors  de  fa  mutilation;  & dans  (tsjours , 
il  leur  donne  pour  mère  la  Difpute,  pour 
former  fans  doute  Pétymologie  aE/ynnis.  Lyco- 
phron  ( dans  Caffdndre')  les  dit  filles  de  la  Is'uit , 
tradition  qt/ii  avoit  puifée  dans  Euripide  ( Jîe/-- 
cules  furens  ,v.  854.  ),  & dans  Efchyle  {ÆfckyL 
Eumenides.)  D’autres  auteurs  donnent  à la  Nuit 
tin  coopérateur  ( Servius  in  Virgil.  ) ; & c'eft 
PAchéron  : Saturne  & Evonyme  les  engendrè- 
rent , félon  Epiménides , poète  crétois.  Dans 
Œdipe  à Colone  enfin,  Sophocle  afiiire  que 
les/üri£^  étoient  filles  de  la  Terre  & des  Ténèbres  ; 
& Hygin  a fubftitué  FAir  aux  Ténèbres.  Il  eft 
difficile  de  prendre  un  parti  dans  une  li  grande 
wariété  d’opinions. 

Le  jour  de  leur  naififance  a été  fixé  pîusuna- 
ninaement  chez  les  grecs  & les  romains.  Héfiode 
( dies  V.  59.  ) défend  à l’agriculteur  d’entreprendre 
quelque  ouvrage  le  cinquième  jour  des  lunes, 
parce  qu’il  étoit  confacré  aux  Euménides.  Virgile 
i Géorgie.  I.  v.  278.  ) qui  a imité  le  vieillard 
d’Afcra , explique  ainfi  fa  penfée  ; 


dans  Suidas.  De-Ià  naît  la  difficulté  que  trouv- 
Servius  a expliquer  ce  vers  de  Virgile  : 

....  Ferreique  Ewnenidum  thalami. . . .furis.,  d'^-il 
numquam  nupferunt.  Apollon  , dans  EfchyL  {Eu- 
ménides V.  82.  ) , leur  reproche  cette  iterilité 
corrime  un  vice;  il  les  appelle  vierges  abomi- 
nables , vieilles  ^filles.  Il  alfure  qu’aucun  dieu 
aucun  mortel  même,  aucun  être  animé  n’avoit 
recherché  les  faveurs  des  Euménides , parce 
qu’elles  avoient  toujours  été  un  objet  d’horreur 
pour  les  immortels  & pour  les  hommes.  Ovide 
( Metam.  X.},  & Sîaee  ( Théhaïd.  8.  ) cepen- 
dant les  ont  traitées  avec  moins  de  rigueur.  Ils 
avouent  tous  les  deux  que  les^  fons  de  la  lyre 
leur  avoient  arraché  des  larmes  , lorfque  le  mal- 
heureux Orphée  pé.nétra  dans  les  enfers  pour 
demander  fon  époufe  à Pluton. 


,,  Teilia  âicentem,  nervofquead  verhamoventem, 

„ Exangues  fleiant  animes 

Vidiegomet  Uanda  inter  ‘•armifiafarpes 

,,  Eumenidumlaprymas  ) iterataque penfafoTorum 

Photius  a confervé  un  fragment  de  Ménandre, 
qui  ne  s’accorde  pas  mieux  avec  l’inflexibilité 
qu’on  leur  fuppofe.  Il  nous  apprend  que  le  cœur 
: de  Tifiphone  ne  fut  pas  à l’abri  des  traits  de 
i amour.  Ayant  vu  dans  fes  courfes  le  jeune 
Cythéron  endormi  auprès  du  mont  A ftère , cette 
Furie  en  devint  amoureufe.  Elle  lui  déclara  fa 
palîion  , mais  fans  fuccès.  Irritée  d’un  refus  auffi 
humiliant,  Tifiphone  détacha  un  ferpent  de  fa 
chevelure  , & le  jetta  à la  tête  de  l’infortuné 
Cythéron.  Ce  reptile  s’entortilla  au  cou  de  la 
viâime  , & 1 étrangla.  Les  dieux  n’approuvèrent 
pas  la  vengeance  de  la  Furie  ; mais  ils  ne  relTuf- 
citèrent  pas  Cythéron.  Ils  fe  contentèrent  de  don- 
ner fon  nom  à la  montagne  voifine. 

« Ménandre , ajoute  froidement  l’abbé  Banier 
» ( Mém.  acad.  infiript.  IX.  Fioué.  ) auroît  pu 
M épargner  aux  dieux  les  frais  de  cette  méta- 
“ morphofe,  puifque  la  vue  feule  de  Tifiphone 
« auroit  fuffi  pour  pétrifier  l’homme  le  plus  paf- 
» fionné». 


,,  Ipfa.  dies  alios  alio  dédit  ordine  luna 
„ Felices  operum.  Quint amfuge  : paUidus  Orcus, 

,,  Eumenidefque  fatis  ; tum  partu  terra  nefando 
,,  Cceumque , japeiumque  créât , fcevumqüe  Typhaa , 
„ Et  coniuratos  cœlum  dfeinderefratrès 

Le  nombre  cinq,  félon  Servius , étant  confacré 
à Minerve  qui  n’avoit  point  engendré,  on  avoit 
placé  au  cinquiè.Tie  jour  des  lunes  la  naüTance 
des  erres  itérües , tels  que  les  géants,  les  furies  , &c. 

_ On  conçoit  en  effet  qu’elles  étoient  toujours 
vierges,  teiixusihfss  ^ comme  elles  font  appeHéss 


Tifiphone  relTentît  feule  le  pouvoir  de  l’amour, 
quoiqu’elle  eût  plufieurs  fœurs.  On  en  compte 
ordinairement  trois,  Tifiphone,  Aleétori,  Mé- 
gère. Les  hymnes  d’Orphée  n’en  leconnpifiTent 
pas  un  plus  grand  nombre,  & ils  ont  été  fuivîs 
en  cela  par  tous  les  écrivains.  Sophocle  feul 
( Hercules  furens  ) ai  nomme  une  quatrième.  C’eft 
ABSTTis,  qui  fignifie  rage , ou  colère.  Cette  licence 
poétique  ne  peut  être  jufiifiée  que  par  les  pri- 
vilèges des  allégoriftes.  Platon  ( De  ferâ  numiais 
vïndiBâ  ) a befoin  d’une  femblable  juftificatîon  , 
lorfqu’i!  réduit  les  trois furies  à une  feule,  Adraftia, 
fille  de  Jupiter  & de  la  Nécefiité.  Il  don.ne^  à 
elle  feule  ie  pouvoir  de  paurfuivre  Sc  de  raffembler 

les 


t?  TT  13 

r U il 

les  âmes  erranîesSc  vagabondes,  & de  les  entraîner 
dans  les  fonabres  prifons  du  i r.rnre.  Adrafiia 
n’étoit  cependant  qi'iin  furnom  dcnne  a iMé;; -..iis, 
après  h conllruclion  du  temple  élevé  par  i^drails 
à"  cette  redoutabie  di--inité.  Quelques  auteurs 
enùn  en  petit  nombre  n^en  ont  compte  eue  deux  , 
à caufe  des  deux  dacucs  d'Euméindis , qu’avoir 
fait  à Athènes  le  célèbre  Scepas.  Elles  étoient 
d’une  pierre  tranfparente  , appeüee  xav;-,!-;;?, 
qui  eîi  le  gppfe  derni-tranfparent , ou  ï alaoafintes 
des  romains. 

La  première  place  eft  toujours  accordée  a Ti- 
fiphone  J peut-être  à caufe  de  l’étymoiogie  du 
nom  qa’eile  Dorte  ; itcnç  & ipas>fî  , ultio  c&Hs. 
On  la  croyoit  prépofée  en  particulier  à la  puni- 
tien  des  meurtriers , dont  le  enme  a toujours 
été  regardé  comme  le  plus  grand  de  ceux  eue 
les  hommes  commettent.  Lorfqii’EunDide(ipA/^. 
in  Taur.  v.  963.)  parie  de  l’aînée  àts furies,  un  com- 
mentateur l’entend  de  Tiiîphone.  Servius  {Æneid. 
6.  60 3.}  a expliqué  de  même  le  vers  de  Virgile, 
où  elle  .eu:  appeliée  fnriarum  maxima.  Fulgence 
le  mythologue  ( Mythol.  lih.  I.  furia..  ) a rapporté 
une  autre  étymologie  du  nom  de  Tifiphone , 
quajl  TisTm  , zd  efl  ifiarum  vox.  Des  explica- 
: rions  auilî  maiheureufes  font  très-propres  à e'tein- 
dre  le  g.oût  pour  les  recherches  érymclcgiques. 

Cet  éenvaia  a fait  plus  fagement , de  rapporter 
l’ancienne  étymologie  d’Akéton  : a privatif  & 

, quiefeo  ; ennemie  du  repos  , c’ett  en  effet 
un  nom  bien  expreîEf  pour  une  furie.  Mais  nous 
doutons  qa’ii  ait  été  aufli  heureux  pour  célui  de 
Megère  , quaf  [Uiyâxy,  , id  ejî , magna  con- 
tentzo  : voici  la  liaiion  extraordinaire  qu’il  do.nne 
à ces  trois  racines  ; vrimum  efl  ergo  non  paufando 
furiam  concipere  y fecundurri  efl  , iit  vocem  erumpere  y 
tertio  , jurgium  proteïare. 

Avec  plus  de'  retenue  que  Fulgence , nous 
aurons  de  la  peine  à découvrir  pourquoi  Orphée 
& l’auteur-  des  Argonautes  ont  appelle  Mégère  , 
A7«,  déeffe,  ou  divine  j quoique  fes  fœurs  puffent 
jevendiquer  ce  titre  avec  le  même  droit.  Ce  n’eft 
fans  doute  qu’une  fîmple  épithète , & l’on  per- 
drott  à y chercher  un  fens  propre  , un  temps 
que  des  recherches  plus  importantes  doivent 
remplir. 

Ee  nom  d’Epo^uV  , furiofa  , eft  le  plus  ancien 
a’ aient  porté  les  furies  : il  fut  changé  en  celui 
’E'j«£yiihs  paries  athéniens,  lorfque  ces  divinités 
eurent  pardonné  au  malheureux  Orefte.  EupîEnTs-, 
bienveillant , propice  , exprima  la  reconnoilTance 
des  athéniens.  ( Suidas.  ) Mais  les  grammairiens 
cnr  trouvé  cette  origine  trop  fimple , & ont  eu 
recours  a l antîphrafe  , figure  qui  ne  peut  être 
d ufage  que  dans  le  farcafme  , ou  dans  l’ironie. 
L euphemifme  qu’ils  ont  encore  appliqué  au  mot 
d Euménides , n’eft  pas  mieux  employé.  On  cher- 
choit difoient-iis,  à fe  les  rendre  propices  en  les 

Antiquités , Tome  II, 


FUR  71? 

appeilant  divinités  douces  & bienfaifantes.  Le 
changement  de  nom  fait  par  les  athéniens,  après 
l’expiation  du  meurtre  de  Clytemneftre,  n’ofrroit- 
il  pas  une  étymologie  fîmpie  & naturelle  ? Ces 
deux  qualités  ne  devroient-elles  pas  fixer  les  éty- 
mologîftes , fl  leur  fcience  vaine  & futile  mé- 
ritoit  d’avoir  des  principes  ! Au  refte , quelque 
redoutable  que  fût  le  nom  d’Euménides , il  a ' 
fourni  un  jeu  de  mots  au  poète  Aufoue  fur  la- 
morc  d’Hylas.  ( Eprgram.  93.  ) 

,,  Afpice  quamhlandcB  neds  amhiüone  fruatzir , 

,,  Lethifern  expeiiens  gaudia  pulcher  Hyîas. 

„ Of Cilla,  ù infejîos  inter  moritzims  amores  , 

„ Ar.cipltespathuT'tiaiada.3  'Eumtnidas. 

Plus  refpeéîueux,  les  athéniens  ( Suidas.  ) n’o- 
foient  encore  prononcer  ce  nom  , malgré  l’euphé- 
mifme  prétendu  qui  i’evoit  fait  naître  5 iis  don- 
nèrent aux  furies  le  nom  de  déefies  févères  ou 
vénérables,  SqKïcJi.  Phiiémon  , auteur  comique, 
a cru  que  ce  nom  convenoit  à d’autres  divinités, 
mais  fans  aucun  fondement,  & il  n’a  étéfuivide 
perfonne.  Ariftophane  {Ran&,  v.  471 . ) les  appelle 
les  chiens  du  Cocyte^  Sophocle,  les  chiens  inévi- 
tables{Elearû,  v.  1405-.)  , & Apollonius  , les  chiens 
de  Jupiter.  ( Argonaut.  ) Ce  mot  de  chiens  étoit 
générique  chez  les  grecs  , & fervoit  à exprimer 
tout  ce  qui  étoit  redoutable.  Lucain  , à leur  exem- 
ple , !’a  employé  dans  le  même  fens  , en  parlant 
des  Euménides  : Stygiafque  canes  in  lace  fupernâ 
defihuem.  Servius  ( Æneid.  Ub.  III.  de  harpiis-') 
dit  à ce  fujet , que  ces  divinités  vengerefTes 
portoient  des  noms  différens,  félon  les  diverfes 
contrées  qui  étoient  fouinifes  à leur  puiiTar.ee. 
On  les  appelloit  dans  l’air  dira  & aves  y harpia 
fur  la  terre  , & dans  Içs  enfers  canes  Se  furi&. 

• Quelques  grammairiens  font  venir  ce  dernier  nom 
du  mot  furva.,  qui  défigne  les  couleurs  fembres 
avec  lefquelles  on  les  peignoir  ordinairement. 

N’ofant  pas  articuler  le  nom  des  furies , les 
grecs  y fuppléoient,  comme  nous  I avons  vu,  par 
des  épithètes  honorables,  eu  relatives  à leur 
culte  & à leur  forme.  Tantôt  on  les  appelloit 
«5501,  abftèmes,  parce  que  le  vin  étoit  proferiî 
de  leurs  facritices  ; ( Sopkocl.  EleBr.  Euripid. 
Oreffi.  ) ovoZuîTK?  , -noXnyp-t^  , multipedes  , multi- 
manus  , TtrtçoÇosdt  , -x-iaya-nis  , alas  gefiantes  , cœ- 
ruleo  afpectu,  à caufe  des  traits  fous  iefqaels  on 
les repréfenroit  : tantôt  enfin  xajoôwîfî-fî,  îiAj^iOK-ooss-, 
Q'jfioeùfcs ^ maiefuada  , fontes  punientes  , animum 
votantes & xaXr-ùTrohs , areis  pedibus  , parce 
que  telles  étoient  leurs  redoutables  fonctions , & 
que  la  lenteur  avec  laquelle  la  juftice  divine  punit 
les  coupVoles,  lui  a faitfuppofer  des  pieds  d’airain. 

Les  anciens  grecs  ne  donnoient  pas  aux  furies 
une  forme  aufli  hideufe.  Paufanias  ( Aiuca  j en 
eft  téiïivia.  Il  nous  affure  que  les  ftatues  des 

Xxxx 


divinités  infernales  , & des  Eumenides^en  parti- 
culier , élevées  daxns  l'aréopage  , _ n'cffroienr 
r-en  de  repoinTant  ^ & que  le  poète  Efchyie 
imagina  le  premier  d'enrrelafler  des  ferpens  dans 
ieu's  cneveiîx.  Uae  ancienne  tradition  nous  a 
confervé  le  fouvenir  de  l’eftet  étonnant  que  pro- 
duilît  far  le  peuple  > & même  fur  les  rnagiftrats 
d'AîhèneSj  Tapparition  fubite  des  furies  intro- 
duites dans  les  trage'dies  de  ce  poète.  Quelques 
femmes  moururent  de  frayeur  j 2c  d'autres  accou- 
chèrent avant  terme. 

Quoi  -de  plus  alfreux  en  que  les  portraits 
drs/ttr/cj  tirés  des  poètes.  Tous  ( Virgilius,  Tibul. 
Eleg.  III.  lib.  I.  Stat  Theb.  lib.  I.  Rapt.  Prof, 
lis,  I.  ) s’accordent  à leur  donner  des  ferpens 
pour  coèffüre  j ou  au  moins  a les  mêler  a leurs 
cheveux. 

,,  Ctstuleofque  amplexes  crînihus  angues. 

,,  TifiphoneqTie  irapexa  feras  pro  crinibus  argues. 

,y  Centum  illi  famés  ohumbrant  ora  ceraflee. 

,, Crinitaquefomibushydris. 

Le  vifage  que  ces  animaux  ombrageoiens  étoit 
Eoir  avec  des  yeux  enflammés. 

,, Sedet  ititus  abaais 

,i  Ferrea  luz  oculis  ; quaUs  pat  nuhila,  Phœbes 
,,  A Thracia  rubet  arte  labor.  Suffit  fa  venen.o 
,,  Teriditur , ac  fanie  glif ch  cutis  ; igneus  atro 
,,  Ore  vapor  quo  longa  fitis , morhique  , famefque, 

,,  Et  populis  mors  una  venit 

Un  collier  formé  par  des  couleuvres  ferroit  ' 
leurs  coHS , & pendoit  fur  leur  fein  livide  & 
décharné.  Torquata  colubris  ^ dit  Ovide  ( i epift.  \ 
119.  ) C'ètoic  ainfi  que  les  repréfentoit  le  mafque  , 
tragique,  appellé  ropyévsj^?. 

Virgile  ( Æneid.  7.  fdi.)  a donné  des  ailes 
de  dragon  aux  furies.  « Aleââs  ftridentes  anguibus 
«/£«,  8î  c'étoit  l'opinion  de  quelques  anciens 
poèt.s.  Mais  Efchyie , dans  les  Euménides , ■ 
n'eft  pas  du  même  avis.  11  fait  dire  à la  Pythie 
quelle  a ma!-à-prop;s  confondu  ces  divinités  avec 
les  Gorgones  qui  étoient  repréfentées  avec  des 
aîlesè  On  n'ell  pas  plus  d'accord  fur  le  nombre;  , 
ce  leurs  mains  & de  leurs  pieds  , que  tes  pein- 
tres ont  fagemenî  réduits  à deux.  Cependant  nous 
avons  vu  plus  haut  que  Sophocle , dans  Eleétre 
< V.  490.  ) , leur  en  donne  un  grand  nombre , 
& qu'il  chante  leurs  pieds  d'airain.  Ces  mains 
redoutables  étoient  armées  de  ferpens  & de  tor- 
chas enflammées.  C'étoit  ainfi  qu'elles  étoient 
repréfentées  ( Suidas  Tpainfia,  ) dans  le's  tra^^é- 
ches  , & dans  Electre  ( EleSra  1345')  en  parti- 
culier. La  pâleur  Sc  la  maigreur  d’une  vieille  la  . 
font  prendre  dans  Ariftophane  ( Plutus  ^zz.) 


pouf  une  furie  de  tragédie , & Ion  n'eft  de'- 
trompe  qu  en  n<w  lui  voyant  point  de  tcrch^' 
Cl.rpdien  {Rapt.  Prof.  lib.  I.  49.)  en  parle  ûml 
fa  deicnption  de  l ifiphone,  quatkus  infcfio  Lumivet 
pinum,  de  dans  fon  poeme  contre  Rutha  , drJlci 
facibus  atris. 

Rien  d’auffi  connu  chez  les  poètes  grecs  & 
iatms,  que  la  robe  des  Euménides.  Eiie  croit 
Kofr^e,  ou  roufle  , c'eft-à-dire,  de  couleur  fombre^ 
& faifok  proverbe  dans  la  Grèce.  La  robe  des 
furies  dit  Lycophron  , pour  exprimer  un  vête- 
ment noir  & lugubre.  Des  taches  de  fang  étoient 
femées  !ur  cette  tunique,  & des  ferpens  en  for- 

moient  la  ceinture P alla  fuccinEta: 

cruenta  , dans  Virgile  ; & dans  Stace  riget  korrida 
' tergo  palla , & cœrulei  redeunt  in.  petlora  p.odi.. 

; ( Thebaid.  lib.  I.  ) 

* Voilà  les  traits  affreux  fous  lefquelsles  anciens 

• ont  peint  les  Euménides.  Ils  ont  quelquefois 
abufé  de  leurs  mafques  pour  commettre  des  en- 

i mes.  Paafanias  {Laconica  pag.  199.  ) nous  a cen- 
i fervé  la  mémoire  de  l'un  d'eux  , en  racontant 
la  mort  de  la  fameufe  Elélène.  Cette  femme  que 
fa  beauté  & la  guerre  de  Troye  ont  rendu  fi  cé- 
; lèbre,  fe  retira  après  la  rrort  de  Ménéias,  à 
Rhodes,  oùcommandoit  Polixo  fa  parente.  Ceile- 
ci  voulant  alTouvir  une  vengea.nce  perfonnelie  , 
fit  déguifer  fes  efclaves  en  furies  , Sê  les  envoya 
pour  tuer  la  veuve  de  Ménéias.  Elle  étoit  dans 
le  bain  lorfquc  cet  ordre  crue!  lut  exécuié.  Elle 
en  fut  arrachée'  & pendue  à un  arbre.  Le  diCla- 
teur  Camille  fe  tira  plus  heureufement  d'uns 
pareille  embufeade.  Les  femmes  des  Fidénates 
affiégées  par  ce  général , voyant  que  leur  vidé 
alicit  paner  fous  la  domination  d.-s  romains , 
eflayèrent  de  jetter  la  terreur  dans  leur  armée  en 
fe  déguifant  en  furies.  Elles  parurent  armées  de 
torches , & entourées  de  bandelettes  de  divers 
couleurs.  Mais  , dit  Fiorus  ( de  geftis  roman,  l.  I, 
c.  XII.  ) , e.n  rapportant  ce  ftraîagême  , habitus  ille 
fcralis  everfonis  omen  fuit. 

Diogène  Laërce  raconte  du  einique  Ménédème, 
qu'il  fe  plauoit  à paroître  fous  l'h-ibiliement  des 
.Furies,  c'eft-à-dire , avec  une  robe  traînante  & 
d’une  couleur  obfçure.  Si  nous  en  croyons  Stra- 
. bon  {lib.  II.),  une  nation  entière  poitoit  le 
même  habillement,  c'étoient  les  habitans  des  îles 
Cafiltérides.  Nous  omettons  plufîeurs  pafTages  des 
anciens,  relatifs  a la  robe  des  Furies  , ma!S  nous 
devons  citer  au  moins  les  trônes' que  leur  donne 
Efchyie  ( Eumen.  ).  Il  eft  le  feul  écrivarn 

qui  en  ait  parlé,  à moins  qu’on  e.ntende  de  ces 
trônes  les  Tkaianii  Eumenidum.  Nous  croyons , 
Tans  vouloir  déprimer  Servius  & fon  interpréta- 
tion , qu’on  î'expliqueroit  ai  fli  bien  des  fiéges  ou 
demeures  afflétées  aux  Euménides.  Dbdieurs  le 
fer  qui  en  fa't  L matière,  annonce  affez  par  fa 
copieur  fombre,  des  divinités  ledouiai^i^®* 


FUR 


FUR  11$ 


Les  médailles  offrent  fouvent  les 
diierens  collâmes,  M.  Pelle ûn  en  a C 

luTÆdt  Gordien  Pie.  On  y voit  trois  femmes 
groacpées  debout,  ayant  chacune  un  boifleau  .ut 
fa  tête . & tenant,  dans  leurs  mains  des  Oipens 
avec  dés  torche^umées.  Une  fécondé  d Æza- 
n's  en  Phrvgie,  eil  conforme  au  texte  ü Efchyie , 
qui  appelle  les/tcrici  En  efiet  la  figure  qui 

y eft  gravée  II  pi  8 rto.  7.)  a fix  br  s 

Lnt  Quatre  tiennent  des  torches  allumées;  le  cm- 
cuièmé  tient  une  patère,  & le  fixieme  un  ferpait. 
Cette  fkr-ie  eft  debout,  vêtue  d une  longue  robe  , 
bordés  de  lerpens.  Sa  chevelure  en  eil  rempli... 

Les  trois  Euménides  adoffées  debout,  coeffées 
des  voiles  & des  boiffeaux , paroiilent  fur 


avec  ac5  vuiit.3  wt  w-v.-*-- J r r 

une  médaille  du  jeune  {^Spanheim.  Cefars  de  Julien. 
H.)  Gordien,  deLyrba,  dans  PAfie mineure,  de 
Lr  une  autre  de  Phiiipps  frappee  a Antioche  de 

5yrie.  Elles  font  accompagnées^  de  deux  chiens 

qui  aboient.  Sur  b première  medau!e,  i une  des 
furies  rient  des  TerpenSj  1 iuîite  des  poignards  & 
il  troifième  des  torches.  On  voit  fur  k fécondé 
inédailie , des  torches  dans  les  mains  de  1 une  , 
un  poignard  & un  fouet  dans  les  mains  de  1 au- 
tre , & la  troifième  tient  une  clef  & un  ferpent. 
Dans  le  même  ouvrage  de  Spanheim,  on  trouve 
une  médaille  de  Mallaura  en  Licte , fur  laquelle 
\t$  furies  font  debout,  vêtues  de  longues  robes, 
fans  voiles  ; mais  coiffées  avec  le  lotus.  La  pre- 
mière tient  des  torches,  la  fécondé  des  poignards, 
& la  troifième  une  clef  & un  ferpent.  Une  mé- 
ciaille  d'Otacille  Sevère,  publiée  par  Séguin  , & 
depuis  par  Haym  {tom.  IL  tah.  XXI\.  n°.  i.)  , 
frappée  à Liodicée , nous  montre  les  Euménides 
debout,  vêtues  de  longues  robes,  adoflées,  voi- 
lées , portant  des  boiffeaux  & tenant  des  torches. 


:>5  Une  médaille  de  Sabine,  dit  le  comte  de  Cay- 
5’  lus  (rom.  IV.  p.  205.)  , inconnue  à Vaillant, 
M offre  les  trois  furies  repréfentées  par  trois  têtes 
« pofées  fur  un  feuî  corps , d"où  fortent  de  chaque 
» tête  trois  bras  armes  de  flambeaux.  Ce  corps 
33  eft  terminé  en  gaîne , & chacune  de  ces  trois 
33  têtes  efl  ornée  du  boiffeau.  La  légende  porte 
s»  APFEION  , & les  Euménides  d'Efchyie  appren- 
33  nent  que  ces  redoutables  divinités  étoient  parti- 
33  culiè'çement  adorées  à Argos.  « Cet  antiquaire 
décrit  enfuite  une  plaque  d'or  trouvée  dans  un 
tombeau  hors  de  Rome,  fut  laquelle  efl  gravée 
une  feule  tête  , avec  trois  vifages  , portée  par  un 
corps  drapé , dont  fortent  trois  jambes  & fix  bras. 
Chaque  bras  tient  un  flambeau,  & la  tête  ellcbu- 
ronne'e  par  un  boiffeau.  On  ne  peut  méconnoître 
les  Euménides  dans  cette  defeription,  & encore 
moins  dans  deux  abraxas  publiés  par  Macarius 
( Tah.  XIV.  n°.  ïj.  ).  Ils  portent  chacun  une 
furie,  l'une  ceinte  deux  fois  avec  la  robe  relevée 
aux  genoux , l'autre  une  feule  fois  avec  une  lon- 
gue i^pbe  üétroaîTée  Elle  a trois  vifages,  trois  boif- 


feaux & fix  bras.  Quatre  de  ces  bras , da.ns  le 
premier  abraxas,  tiennent  des  torches  , les  deux 
autres  des  ferpens.  Mais  les  deux  derniers  bras 
de  la  fécondé  figure  font  armés  de  fouets.  Eber- 
mayer  ( Gemma,,  pag.  210.  ) , donne  le  nom  d Eie- 
cate  à une  femblabie  figure , dont  la  robe  efl  dé- 
trouffée,  & les  fix  bras  armés  deux  à deux  de  tor- 
ches , de  poignards  & de  fouets. 

ChiîHet  attribue  wx  furies  trois  têtes  coiffées  de 
ferpens,  qui  font  pendues  à un  arbre,  fur  un 
abraxas.  On  pourroit  les  donner  aux  Gorgones 
avec  autant  de  vraifemblance  , pu'fqu’elies  ne  por- 
tent point  de  boiUeaa;  car  cet  .attribut  efl  pref- 
cue  toujours  placé  fur  les  têtes  ces  Eumenuies. 
Il  nous  apprend  que  ces  divinités  etoient  foumiles 
à Plutonj  & qu'elles  exécutoient  fes  ordres.  On 
fah  en  effet  que  le  boiiTeau  devenu  pat  la  fuite 
commun  à tous  les  dieux,  appartint  dans  le  corr:- 
mencement  à Sérapis  feul , le  Pluton  des  Egyp- 
tiens. 

Les  Etrufques , dont  les  monumens  tiennent  aux 
premiers  temps  de  la  Grèce , & des-lois  a 1 épo- 
que de  fes  communications  avec  i Egypte , ont 
confervé  relig’eufement  cet  attribut  de  Serapis- 
Pluton  aux  Euménides.  Nous  en  vovons  une  pu 
plutôt  la  réunion  des  trois  dans  la  déefTe  Furina 
(Mus.  Etrufe.  Gori.  pug.  Ips*  ptil 

; le  poire  fur  la  tête.  Elle  a des  ailes , un  collier 
‘ avec  des  bracelets,  & elle  tient  des  deux  mains 
; une  torche  allumée  qu'elle  eft  près  de  lancer'.  Les 
: Etrufques  out  fouvent  repréfenté  les  furies  dans 
leurs  monuir.ens , mais  leurs  peintures  varient  à 
l’infini.  Tantôt  elles  portent  des  lampes,  des  flam- 
beaux , des  lances , des  épées , des  haches , des 
marteaux  même.  Tantôt  elles  tiennent  la  lance 
armée  d'un  croc,  (ihid.  tah.  84.  n°.  2-), 

. qu'ils  attri’ouoient  à Peifee.  Souvent  ils  leur  don- 
nent des  habits  courts  ou  retrouiTés  avec  des  cein- 
tures & fans  manches  ; fouvent  auffi  une  longue 
robe  bariolée  de  différentes  couleurs^,  telle  que 
l'a  obfervée  & dépeinte  Bu^narotei.  Les  Eume- 
' nides  paroiffent  encore  fur  les  monumens  étruf- 
quesj-ies  cheveux  épars  ou  liés,  avec  un  dia- 
dème, portant  des  ailes  aux  épaulés  ou  a latete. 
. Elles  ont  enfin  quelquefois  les  pieds  nuds  comme 
. chez  les  Grecs  ; quelquefois  auffi , elles  portent 
' des  fouliers  & même  des  cothurnes. 


Les  fondions  des  Euménides  étoient  auffi  va- 
riées que  les  traits  fous  lefquels  eut  les  peignoir. 
Leur  pouvoir  s^’écendoît  fur  tout  l^Univers?  ie:cn 
Efchvle  (Euménides  0.3.  ) , dans  1 oiytnpe,  fur  -.3. 
terre  & dans  les  enfos-  C'étoit  \c,funes  -qui 
femoient  la  difeorde  parmi  les  humains  , .p  qui 
allumoient  dans  le  cœur  des  princes  la  foii  de 
la  guerre  & des  vengeances.  Dans  Virgne  ( £.neid. 
üb.  F'II.  )Junon  charge  Aleclon  de  repand_^  -e 
trouble  & l'effroi  dans  le  pala-s  d Ama'e,  lîi- 
phoae  .eft  'employée  par  la  meme  E^eefte  a C-- 
^ Xxxxjj 


7i6  F U R 

abominable  ufage  dans  les  îiiétamorphofes  & la 
Thébaide  ( Metam.  lia.  IK.  lia.  I.  ).  i'^îon- 

nus  dans  les  Dionyfiaqüss  {Hb.  XXXII.  v.  loo. 
lib.  CXLiy'.  V.  255-.  ) les  mec  deux  fois  fur  la 
fcène,  &les  repréfente  occupées  tantôt  à traver- 
fcr  les  deîTeins  de  Baccbus , tantôt  à allumer  la 
rage  & la  fureur  dans  le  cœur  d’Agave'.  Cet 
emplçi  les  a fouv'ent  fait  confondre  avec  Bel- 
lone  -,  car  on  croyolt  que  les  Euménides  préf- 
doienr  aux  . combats  ^ comme  Tapprend  ce  vers 
d’un  poète  latin. 

« Dant  alios  fiiri&  torvo  fpeélaciila  marti.  » 

Long-temps  avant  lui  Pindare  avoit  attribué  la 
îpôrc  des  d’ux  fils  d’CEdipe  z-sx  furies  vengereiTes 
f \ Ùlymp.  II.  V.  72.). 

Minerve,  dans  Efchyie  (Euménides  805.)  j 'es 
prie  de  ne  point  fe  courroucer  contre  jes  Athé- 
niens & l'Attique,  & fur-tout  de  ne  point  aiüi- 
ger  cette  contrée  par  la  difette  & la  ftérüité. 
Une  furie  ajfiîile  au  facrifice  de  Polyxène  { Mus. 
Etrus.  Gori.  tab.  141.)  fur  un  tombeau  Etrufquej 
mais  elle  détourne  les  yeux  peur  ne  pas  voir 
une  fi  horrible  offrande.  Efchyie , dans  Agamem- 
non  ( V.  465.  ) , dit  que  les  d’sux  veillent  .^ur 
les  meurtriers;  mais  que  \tt  furies  font  plus  atten- 
tives encore  à précipiter  dans  l’obrcurité  les  mor- 
tels préfomptaeux  ^ que  les  caprices  de  la  fortune 
ont  élevés  contre  toute  vraifemblance.  C^efl 
pourquoi  ceux  qui  mouroient  inruftement,  eu 
avant  le  terme  preferit  par  la  nature,  leur  adref 
foient  des  vœux , & leur  remettoîe.ni  le  foin  c’e 
venger  leurs  mânes.  Nous  voyons  dans  Piliade 
( IHad.  lib.  'X.  ) , le  père  de  Phænix  invoquer 
les  furies  contre  fon  fils,  fouhaiter  qu’il  ne  puifîe 
jamais  avoir  de  profpérité,  & les  divinités  Tn- 
ferna!e_^  exaucer  fon  vœu.  Dans  TOdylTée  ( lib. 
il.  ) , Télé.maque  refufe  de  renvoyer  Pénélope 
chez  fes  pare.ns  , de  crainte  qif  Ulyife  ne  l’ên 
puniffe  un  jour,  & que  les  /hricj  invoquées  par 
fa  mère,  ne  le  tourmentent  impitoyablement. 

Aiax  près  de  fe  donner  la  mort  , dans  Sophocle 
( Aiax  flagel.  v.  84Ô.  ) , & dans  Quintus  de 
Srr.yr.ne  ( Faralip.  lib.  X.  v.  470.  ) , aJreffe  fes 
derniers  vœux  aux  Euménides;  ii  implore  Lut 
vengeance  contre  les  Atrides , le  fils  de  Laërre, 

& rout  le  camp  des  grecs.  La  mal.heureufe  Didon 
termine  fes  imprécations  contre  Énée , en  ap- 
piellanc  les /itriex  & les  mânes  à fon  aide  : & dira, 
ultrices , & dii  moriehtis  Elifa.  ( Æneid.  lib.  IX.  ) 
C’efl: 'ainfi  que  s’exprime  la  mère  de  Méléasre, 
su  moment  où  elle  va  plonger  dans  le  feu  le 
tifon  fatal. 

» Anre  fepulchrales  infelix  afiitit  aras  , 

» P œr.arumque  dea  triplices  furîalihus  , inquit , 

« tsamenides  , facris  vultus  adverîite  veflros  , 


FUR 

Cicéron  dit  deTrebelnus,  nam  ouidde  TrekelHo 
dicam  ( III.  Pkilipp.  7:0.  25.9.  ) , çiem  ulta  -videraur 
furia  dehitorum  ? 

Les  parricides  étoient  de  tous  les  crimi.ntls 
ceux  que  les  Euménides  pourtuivoie.-it  avec  je 
plus  d’atharnement.  Les  théâtres  grecs,  romains 
ik  françois  ont  retenti  mille  fois  du  récit  de  leurs 
vengeances.  C’eif  pourquoi  Tibulle  les  appelle 
trajica  Erinnyes.  ( Eleg.  XX.  lib.  II.  ) Le  fifs 
d’Agamemr.op.  eff  celui  dont  les  malheurs  ont 
été  chantés  le  plus  fouvent.  Ayant  vengé  h mort 
de  fon  père  par  la  moit  de  Clytemneftre , les 
furies  le  pourfuivirent  en  tout  lieu.  Il  croyoit  les 
voir  fécouer  .^ur  fa  tête  leurs  ferpens  & leurs 
flambeaux.  Il  méconnoiffoit  tout  ce  qui  lui 
avo  t été  cher.  Inanem.  mentis  Oreftem 

( Tkebaid.  I.  ) oppofito  rahidem  Pylade  vitcjfe  Me- 
geram.  Un  préjugé  favorable  à 1 humanité  Lifoit 
croire  aux  grecs , que  le  fang  répandu  ne  pou- 
vc  it  être  expié  que  par  du  fang.  Car  , dit  Efchyie 
' ( Ckæphora  598.  ) , furies  menacent  la  vie  du 
meurtrier,  8c  vengent  le  crime  par  fa  mort.  Ortfte, 
pour  mettre  fin  à fes  tourmens  , réfbiut  de  fe 
pun.fier  par  l’expiation.  Ai.niî  l’avoient  pratiqué 
les  héros  de  la  Grèce,  Amphytrion  , Heicule, 
CSdipe,  Pelée  3c  Télamcn;  Les  pontifes  n’avoient 
p.îs  le  pouvoir  de  purifier  les  meurtriers  ; en  ne  le 
croyoit  accordé  qu’à  des  princes  renommes  par 
leur  jiùtiçe.  Ce  .^ut  de  Ihéfee  , le  Séau  des  bri- 
gands & dès  pirates,  qu’Orefte implora  ra.fiüfance. 
Il  commença  par  fe  couper  un  doigt , afin  d’offrif 
du  fang  aux  redoutables /cries.  Depuis  cet  initant 
ii  l-'s  Vit  encore  d-rns  fes  fonges,  mais  ayant 
quitté  leurs  habits  lugubres  pour  en  revêtir  de 
blancs  ; ii  continua  fa  route  & vint  à Athènes. 
Là  Théiée  le  purifia  par  des  ablutions  & des 
facrifices  multipliés.  . , 

Les  poèmes  des  anciens  font  prefque  les  feuls 
monumens  qui  nous  aient  conferve'  la  mémoire  de 
cette  expiation.  Cependant  o.n  voit  dans  la  col- 
lection de  îvl.  Hamilton’v  vol.  II.  pi.  & 41.) 
deux  vafes  étrufques;  donfles  deflins  font  relatifs 
aux  fureurs  d’OrelIe.  Il  eft  à genoux  dans  le 
premier  fur  une  pierre  tirant  une  épée  du  fourreau, 
peux  furies , avec  des  coèffures  de  ferpens  & de 
tongufS  robes  , fecouent  fur  ce  malheureux  prince  , 
lune  un  grand  flambeau,  & l’autre  deux  petites 
torches.  Le  fécond  defiln  nous  l’offre  afîis  fur  un 
autel,  les  mains  derrière  le  dos,  & dans  une 
attitude  fort  extraordinaire.  Une  furie  vêtue  de  . 
noir , avec  d^es  ailes  8é  des  ferpens  dans  fa  che- 
velure, paroît  à mi-corps  au  bas  de  raiitel.  Elle 
regarde  îz  viélime  , & la  menace  avec  un  ferpent 
qu  e.le  tient  de  la  main  droite.  On  voit  devant 
1 auKl  un  diofcure,  un  roi  tenant  un  feeptre  Sc 
une  jeune  fille.  Ce  n’eff  pas  ici  le  lieu  de  chet- 
cher  fi  ces  deux  perfonnes  font  Éieélre  8c 
neias , parce  que  cette  clifcufïic-rj  arpartient  aits 
commentaires  iur  i’Orefte  d'Eujipick. 


TT 

U 


R 


T 4’cméon  ne  fur  pas  moins  célébré 

s'-’cs.  C'^eft  pourcüoi  ies  roriKims  con- 

nèrenvto  L„  'moias  & l-’S 

loifflu’a  CTI  tn=  fa  rr.m-  La  ti 

craintes  de  1 empereur  ^egaiereOL  i-s^  r 

fils  d’Amplrtaraus  & û 

Néron.)  ainfi  que  les  a cecrit  SuetOxaC  . t ? 

« tamenfcekris  confcientiam  . quanquamf  miUt  ■ 

« &renatus  popuHque  gfatulatiomhus  conprmare^r 

53  autftatim,  aut  unqiiam  ferre potait  ^f&peconfejf 

53  exaUtari  fe  maternâ  fpeâe  , verheribus  furiarum, 

=3  ac  udis  ardendhus:  Quin  & fado  per  Magos^ 
53  facro , evocare  mânes  & exorare 
» grinatione  quidem  Gr&as.  , Eleufinns  jacr.s  , 
55  quorum  imhatione  impii  &fcelerati  ■voce^pr^onis 
53  fuhmoverentur , interejfe  non  uufus^  linhardi, 
par  rinnocence  de  fa  vie  , Antonm  le  pieux  le 
préfenta  à ces  redoutables  myftères  5 Sr  ’ 

Capitolin  , il  entra  feul  dans  le  temple  de  Ceres. 
Pour  la  confolation  de  1 humanité  cutragee  par 
les  parricides  J ajourons  au  récitée  Suétone  quel- 
ques traits  de  Xiphilin.  ( Epitome  Dionif.)  « Eero 

55  noclurno  tempore  tanto  metuconturbabutur  ^ ut  dt- 
35  leBo  repente  profiliret  j interdiu  perterrefaciehant 
sr  eum  tihicitits  auditi  hcllicum  cdîterc  ciltti  tnûxiTno 
53  tumuliu,  quo  in  loco  Agrippine,  ojfa  fepulta  crant  ; 
53  quamobrem  alio  migrahat^^. 


Axinfi  les  ombres  de  Septime  - Sévère  ( Xipkil. 
epitome  Dionif.)  & de  Tinfortuné  Géra  , armées 
de  poignards,  pourfuivoient  le  farouche  Caracalla, 
meuitrier  de  fon  frère  , lorlqudî  offroit  en  vain 
des  fâcrifices  aux  mânes  de  fen  père  & de  Com- 
mode. Aind  , GalJus,  frère  de  Tempereur  Julien 
( Amm.  Marcel.  14.  ) voyoit  dans  les  intervalles 
que  lui  lailfoit  une  maladie  aiguë , les  ombres 
de  ceux  qu’il  avoir  fait  périr  en  fi  grand  nombre, 
lefaifir  & le  livrer  au  fouet  des  Euménides.  Pline 
l’ancien  ( tib.  XIN.  cap.  XXXIII.  ) a comparé 
le  fommeil  troublé  que  Tivrognerie  occafionne  , 
à ces  fonges  effroyables  des  crimLnels  ; il  l’appelle 
éiégaimment/f^.'-w/ca  fammi.  Un  volume  entier  ne 
füfnroit  pas  pour  rapporter  tous  les  traits  de  i’hif- 
to’.re  ancienne  ( Dion.  Haly.  lih.  V.  & VUE  ) 
dans  laquelle  on  voit  ies vengereffes  pour- 
fuivre  les  coupables  fur  la  terre , ou  empêcher 
des  attentats  & de*  trahifons  par  des  appatitiens 
fübkes,  & des  menaces  effrayantes. 


Quelque  terribles  que  fulTent  cependant  Ier 
• fonélions  fur  la  terre,  elles  en  exerçaient  da 
les  enfers  déplus  redoutables  encore.  Elles  étoîe 
chargées  de  purifier  les  âmes  des  mortels 
l’infiant  où  par  l’ordre  de  Proferpine  elles  qc 
toie.nt  leur  pn fon.  Stace,  parlant  d’Amohiara 
qu!  etoit  defeendu  vivant  fur  les  fombres^bord 
dit  de  ce  devin  célébré  ( Tkebaid.  lib.  VUE 


53  Necium  illum  aut  trur.ca  lufiraverat  obvia  taxa 
53  Eumenis,  aut  ferra  Proferpina  pojie  notarat 
» Coetibus  ad  famptum  funciis  a. 


FUR  717 

Gori  nous  en  donne  un  exemple  daps  fonikfrr- 
feum  etrujeum.  ( Tab.  lyj.  ) On  voit  lut  un  mar- 
bre des  furies  qui  tiennent  des  torches,  & ont 
un  regard  menaçant.  D’autres portent  des 
lampes  & les  élèvent  au-deffus  des  tombeaux  , 
pour  purifier  les  âmes  des  corps  qui  y étoieut 
renfermés. 

Les  âmes  leur  étoient  enfuite  remsfes  par  Mer- 
cure après  le  jugement  irrévocable , s’d  n’avoit 
pas  été  favorable  à ces  ombres.  ( Muf.  etruf 
pag.  jqi.  tab.  81.)  Elles  les  préc;pitoîent  fur-le- 
champ  dans  les  gouffres  du  Tartare,  où  elles 
employoient , pour  les  tourmenter,  les  plus  durs 
& les  plus  cruels  fuppiiees.  L’imag:r.acif>n  des. 
poètes  s’eil  èpuifée  à les  décrire  ; mais  ûs  lout  fi 
connus,  que  nous  n’ofons  leste'ptrer. 

Théfée  & Pirithoüs  furent  livrés  à .leur  ref- 
fentiment , & elles  ies  tourmemèreni  jtirqu’à 
l’arrivée  d’Hercule.  L’une  d’el  es  eft  fans  ceife 
occupée  à effrayer  Tantale.  Par  fes  ens  & fes 
menaces  eüe  l’empêche  de  toucher  aux  mets  qui 
font  placés  devant  kd.  ( Æneid.  6-  ) 

35  Furianim  maxima  fxta 

» Accubat  & manibus prokibet'contingere  mer.faSj 
>5  Exurgitque  facem  atîollens  arque  hitonat  ore. 

Si  l’on  étudie  les  monumens  étrufques , on  verra 
les  dieux  Gabires  fe  joindre  aux/ùAes  pour  tour- 
menter les  criminels,  ©empiler  nous  a confervé 
le  defiîn  d’un  tombeau  ( Etruria  regalis  tab.  88.  ) 
fait  da.ns  l’Étrurie  , fur  lequel  on  voit  pluf  eurs 
coupables  déchirés  & brûlés  par  les  Euménides. 
Auprès  d’elles  eft  placé  un  Cabire  armé  d’un 
couteau  & d’un  crochet  à plufieurs  branches.  Il 
s’approche  avec  ces  terribles  inilrumens  d’un 
malheureux  qui  eft  pendu  par  ies  mains. 

Chargées  de  purifier  les  morts,  & de  les  con- 
duire au  féjour  qui  leur  étoic  deffiné , \es  furies 
dévoient  natureHement  conduire  les  chars  d'flm- 
phiaraüs  defeendant  aux  enfers,  & de  Piuron 
enlevant  Proferpine.  C’eft  pourquoi  Claudien  a 
remis  à Aiecten  le  foin  de  fane  paître  les  che- 
vaux de  ce  dieu , de  les  atteler  à fon  char  8c 
de  les  guider  dans  leur  courfe.  {Rapt.  Prof.  LL) 

33  Jamque  viamP lato  fuperas  molitus  ad  aras  , 

,53  Germani  mopitu  : torvos  invifa  jugales 
35  Alecîo  temone  ligat , qui  pafeua  mandunt 
55  Cocyti  ,pratifque  Ertbi  nigrantïbus  errant, 

33  Stagnaque  tranquille  patentes  marcida  Lethss  , 
33  Ægra  foporatis  fpumant  ohlivia  linguis. 

Elle  paro'it  fur  des  vafes  étrufques,  tantôt  en 
conduifant  les  chevaux  du  raviffeur  de  Profe.ypine  ; 
Mfltôtceux  d'Amphiataiis , dent  efte  entraîneies 


7iS  FUR 

courners.  ( Muf.  Guarnacd , tah.  III.  n^.  i , & 
tab.  Xil.)  Or.  ne  peut  méconnoîcre  dans  ie  fécond 
deffin  une  Euménide,  car  elle  eft  repréfentée 
avec  une  torche  & des  ailes  étendues. 

Les  habitans  de  i’Etrurie  gravoient  encore  fur 
leurs  monuinens  ces  divinités  devant  les  chevaux 
qui  trainorent  ( Muf.  etrufc.  pag.  & 192.) 
les  nouveaux  marrés,  & la  pompe  nuptiale.  Ils 
croyoïent  que  les  Euménides  aflllloient  à la  célé- 
brsinsn  du  mariage,  pour  punir  celui  des  deux 
ép>oux  qui  briferoit  ces  nœuds  facrés.  C’efi:  pour- 
quoi ils  les  plaçoient  à la  tête  du  cortège,  ar- 
mées de  torches  , de  poignards  , &c.  On  en  voit 
une  dans  Dempfter  tenant  Tharpé  & debout,  pré- 
Edant  à des  noces  qui  fe  célèbrent  ( Etrur.  Reg. 
tab.  LXXXIP^.  n°  2.  ) devant  la  porte  d'un  mai- 
fon  , fuivant  l'ufage  desétrufques.Iis  avoientpuifé 
cette  tradition  dans  les  mêmes  fources  que  les 
premiers  grecs.  Car  nous  en  trouvons  des  traces  ; 
dans  Efchtde  & dans  Sophocle.  Le  premier  attri- 
bue aux/an-es  ( Eumenid.  83  é.  ) une  in.^pection 
fpéciaie  fur  les  noces  & les  enfans  qui  en  font  les 
fruits.  Eliélre  dans  le  fécond  implorant  le  fecours 
des  divinités  infernales , pour  aider  Orefte  à punir 
le  meurtre  Q'Agamemnon&  l'adultère  d'Égyfte  , 
affurc  que  les  Euménides  veillent  fur  les  alialTins, 
& fur  ceux  qui  foudlent  la  couche  nuptiale. 
Quir.tas  de  Smyrne  ( Raralip.  lib.  XII.  ^.‘539.  ) 
fait  dire  à CalTandre , dans  fes  lamentations  fur 
la  pr;fe  de  Troye , qu'elle  voit  courir  dans  cette 
ville  livrée  au  pillage  , les  furies  irritées  du  ma- 
riage criminel  d'Eîêlène.  Ovide  & Juvenal,  chez 
les  latins , ont  fui^i  cette  tradition.  Le  premier 
dit  des  noces  de  1 crée  & de  Progné  ( Metam. 
lib.  VU.)-. 

” Non  pronuba  Juno 

yy  Non  hymen&us  adefc , illi  non  gratia  lecîo,  , 
>3  Eumtnides  tevMerefaçes  de  funere  raptas. 

33  Eumenides  firavere  torum.  , 

_ Et  le  fatyrique  fe  déchaînant  contre  les  ma.- 
riages  qui  de  fon  temps  étoient  prefque  tous 
malheureux.  ( Satyr.  6.  ) 

” Uxorem  pojikume,  4^uçis  ? 

33  Die  quâ  Tif phone  , quibns  exagitare  colabris  ? 

_ Lesmonumens  desétrufaiieg  que  nous  venons  de 
citer,  nous  obligent  d'expofer  ici  en  détail,  d'après 
le  fayant  Goù{Muf.  etrufc.  190.)  , leur  opinion  fur 
les  furies  , parce  qu'elle  nous  aidera  à découvrir  la 
véritable  origine  de  ces  divinités.  Les  Euménides,  : 
félon  eux  , prélîdoient  à toutes  les  aftions  des 
hommes,  bonnes  ou  mauvaifes,  pour  récom- 
penfer  les  premières  & punir  les  fécondes,  Nous 
les  voyons  fur  les  monumens  de  l'Étrurie  , pré- 
fenter  des  paiines  aux  combatcans  ^ étendre  les 


FUR 

mains  fur  leurs  fêtes  , les  exhorter  Sc  ks  encots- 
rager.  Elles  fe  préfenrent  avec  un  afpeét  me- 
naçant à Ceux  qui  font  près  de  comrii;.ttte  des 
aûions  criminelles , & leur  lancent  des  flambeaux 
allumes.  El.es  afiikent  aux  expiations-,  aux  noces 
& aux  jeux.  Ces^  divinités  enfin  etoient  aux  or^ 
dres  de  Jupiter,  étoient  les  miniftres  de  fa  colère, 
les  auteurs  des  bonnes  actions  , les  vengeurs  des 
mauvaifes.^  Les  égyptiens  croyoier.t  de  même, 
que  ûes  génies  cékftes  veiiioient  fur  les  âmes  des 
hommes,  ne  ceffosent  d'exciter  leur  volonté  par 
de  douces  infpirations  , ou  de  les  effrayer  par  la 
crainte  des  fupplices. 

Les  étrufques  & les  anciens  grecs  reçurent  ces 
notions  par  le  moyen  des  colonies  & des  voya- 
geurs. Mais  les  premiers  les  confervèrent  dans 
leur-fimplicité  primitive.  Les  iccoiids  les  furchar- 
ge.mt  d'ornemens  fabuleux , fruits  de  leur  bril- 
: lante  im.agination  , remplacèrent  les  gériies  par  les 
Euménides.  Ce  n'eft  donc  pas  aux  grecs  qu'il 
^ faut  recour.r  pour  découvrir  les  fources  de  la 
Mythologie  , mais  aux  étrufques  ât  aux  égyptiens., 
Thémillius,  orateur  grec  du  IV‘.  fiècle,  nous 
i a confervé  cette  prérieufe  tradition  dans  fa  ha- 
' tangue  àj'empereur  Valens.  ( Orat.-j.) 

33  Ce  que  je  vais  vous  raconter,  dit-il,  eft 
» de  la  plus  grande  véiité  ; il  eft  extrait  de  la 

33  doétrine  des  anciens  Philofophes 

33  A des  temps  marqués  par  les  deftins , des  fubf- 
33  tances  divines  & éternelles,  defeenuirent  fur 
33  la  terre  pour  futilité  des  hommes.  Revêtues 
>3  de  corps  fembiables  aux  nôtres,  & non  en- 
33  veloppées  de  ténèbres  , comme  dit  Héfiode  , 
33  elles  fe  rabaifsèrent  au-deffous  de  leur  dignité  , 

>3  pour  fe  rapprocher  de  nous  & de  'notre  fociété, 
33  Au  même  inftant  des  êtres  d'une  nature  fem- 
33  blable,  mais  d’un  caracière  lâche  8e  méchant, 

33  engendrés  & formés  par  le  Cocyte  & les 
33  furies , pour  le  malheur  des  mortels , fe  ré- 
33  pandirent  fur  la  terre.  Ces  génies  malfaifans 
33  ne  fe  plaifent  que  dans  les  fanglots  & la  dé- 
33  folation , ne  fe  raffafient  jamais  de  foupirs, 

33  & fe  nourriffent  de  larmes.  Iis  font  esnti- 
33  nueliement  occupés  à produire  les  tempêtes  , 

>3  la  pefte  & les  inondations  , mutes  les  fois  que 
33  la  fertilité  & l'abondance  enriçhiffent  les  hu- 
3»  mains  33. 

Ne  reconnoît-on  pas  dans  ce  paffage  de  l'ora- 
teur grec  la  docirine  des  égyptiens  furies  génies  ? 
Ne  poffédant  aucun  écrit  de  cette  nation,  nous 
ne  pouvons  confulter  que  d«s  témoins  muets  , 
les  ftatues.  Noys  les  voyons  fouvent  armées  de 
fo’aets  & d'inftruavens  de  fupplice.  Harpocrate  , 
c'eft-à-dire  , le  foleil  du  printemps  , s'eri  fert 
pour  c’naffer  le  redoutable  Typhon  , 011  le  génie 
malfaifant.  C'eft  ce  que  nous  apprenons  d'un  mor- 
ceau de  Proclus  , que  Fabriciiis(  vol.  %.p-  i ^o.  )a 
inféré  dans  fa  bibliothèque  grecqite.  S'adreffant  au 


FUR 

Soleil  jil  dit  que  j fi  le  feue: , dont  il  eft  armé  ^ peut 
menacer  quelqu'un  J les  mauvais  génies,  ces  en- 
nemis occupés  fans  ceuc  à nous  nuire,  peuvent 
Sc  doivent  feuls  le  redouter.  Iis  adoroient  d'ail- 
leurs Hécate,  pu  î'emblême  d'Ilîs  irritée,  fous 
une  figure  à trois  vifages,  armée  de  fouet  5 teile 
enfin  que  les  gnolliqucs  font  fait  revivre  dans 
les  Abraxas.  Les  grecs  ne  s’attachèrent  qu'au 
fym’noie  de  cette  divinité  emblématique,  & des 
génies.  Ils  ignorèrent  -oü.  firent  difparoïcre  , feus 
une  mulritade  de  fidiions  irjgénieufes , le  vrai 
fens  & la  doctrine  fecretre  des  ég|'ptien5.  De  là 
fsrtit  le  culte  des  Euménides  , qui  devint  un  des 
premiers  dogmes  de  la  Théologie  grecque  , après 
avoir  fait  une  partie  de  la  fcience  facrée  des  ha- 
bicans  de  Thêbes  & de  Memphis.  De  là  enfin 
découle  naturellement  l'explication  de  la  médaille 
de  Maftaura  en  Lycie , rapportée  plus  haut  , fur 
laquelle  les  Euménides  font  coëSfées  avec  le 
lotus. 

Quoique  cette  origine  des  furies  ait  été  pré- 
fencée  par  Gori , elle  n’a  jamais  éié  développée 
avec  autant  d*  foin  & d’evidence  que  dans  cet 
article.  On  ne  l’avoit  cherchée  jui^u’ici  que  dans 
des  êtres  moraux  & intellectuels.  C'*eir  air.fi  qu’ont 
agi  les  latins  & les  écrivains  pofiérieurs.  Voici  les 
paroles  de  Cicéron  ( de  kg'îhus  llb.  1.  29.  ) : 

33  Scclerum  in  komines  , atque  impietatum  nulla 
j3  expiatio  eft.  Itaque  pœnes  luunt  non  tam judicii 
=3  qu£,  quondam  nufquam  erant  ^ kodie  multifuriam 
>3  nuUa  funt  , ut  fini  tamen  , perfspè  fulfa  funt  : 
» ut  eos  agitent  , infeclenturque  furie,  , non.  arden- 
» tibus  t&dis  , ficut  in  fabulis , fed  angore  confeien- 
»3  tie  , fraud'rfque  cruciatun.  % 

Ladtance  s’exprime  ainfî  fur  !e  même  fujet 
(^divini  inftltut.  lih.  IX.  cap.  XIX.)  : (tlTres  funt 
=3  igitur  affecîus  qui  komines  in  omnia  facinora 
33  pr&cipitos  agant  } ira  ^ cupiditas  , libido.  Prop- 
33  terea  poets  très  furias  ejfe  dixerunt , que  mentes 
33  kominum  exagitant  : ita  ultionem  defderat , cu- 
33  piditas  , opes  , libido  , voluptates  33.  ( Ifdorr 
iih.  VIII.  orig.  cap.  de  furiis.  ) Ifidcre  n’a  fait 
que  commenter  ce  texte  de  Ladtance , & il  a 
été  Cl  pié  partons  les  mythologues  fuivans,fans 
en  excepter  l’abbé  Barder. 

Ils  ont  mieux  îéuiu  à rafTembler  tout  ce  que 
l’antiquité  noirs' a iailTé  fur  le  cirlte  àss  furies. 
Ces  divinités  avoient  des  temples,  des  facrifices  , 
des  vidtimes  , des  prêtres  & des  rires  particuliers. 
Le  plus  célèbre  de  leurs  temples,  étoir  celui 
qu’on  avoir  bâti  dans  l’enceinte  de  l’aréopage, 
( Paufan.  Attic.  ) &:  dans  lequel  on  obiigeoit  de 
facrifier  tous  ceux  qui  étoient  renvoyés  a'bfcus 
après  avoir  été  aceufés  de  crimes  dignes^demort. 
Dans  cet  édmee  étoient  placées  les  fiarues  des 
Eurnénides,  dont  Paufardas  dit  que  leur  afped 
n’avoit  rien  de  repoufl'anc.  Il  offroic  an  contraire 
aux  coupables  & aux  malheureux  un  afyle  facré 


FUR 


dont  i's  ne  pouveient  être  arrachés.  Les  lacédé- 
moniens  , qui  avoient  pénétré  dans  Athènes  , 
efpérant  furprendre  cette  ville,  furent  trop  heu- 
reux de  pouvoir  s’y  réfugier  , après  que  le  dé- 
vouement de  Godrus  eut  erdevé  la  vidtoire  aux 
fpardates. 

On  trouvoit  un  fécond  temple  & un  bois 
dédiés  aux  mê.mes  divinités  dans  les  environs 
d’Athènes.  CEiipe  & fa  fille- Antigone  les  onc 
rendu  affez  célèbres  par  leur  facrilège  ignoratvee. 
( Paufan.  Attic.  pug.  J9.  Œdip.  Colon.'iz<j.l  ^2. 
Eumenides  505.  'éoz.  Panfan.  Corintk.  pag.io^. 
Paufan.  Achaica^  P‘^g-  447-  ) Les  ficyoniens  leur 
en  avoient  confacré  un  autre  fur  les  bords  du 
fleuve  Afopus.  Dans  la  ville  de  Céryné  en  Ac’naie  , 
Orefte  avoit  élevé  aux  Euménides  un  mopu.mens 
de  fa  reconnoiffiince.  Le  facerdoce  de  ce  temple 
étoi:  confié  à des  femmes  5 & l’on  avoit  placé 
dans  le  veiEbule  des  iratues  de  marbre  faites  avec 
beai-coup  d’art.  Les  habitans  les  prenoient  porir 
les  llatues  des  prêcreffes.  ün  redouîoit  l’entrée 
de  ce  temple,  parce  que,  félon  l’opmion  com- 
mune-, la  fureur  & la  crainte  s’emparoient  de 
ceux  qui  , étant  coupables  de  meurtre  , d’incefte, 
ou  d’autres  crimes  , ofoient  y enrrer , même  par 
curiofité.  Les  Euménides  étoient  honorées  parti- 
culiérement en  Épire  , cette  région  dans  laquelle 
on  plaçoit  les  portes  & les  fleuves  de  I enfer. 
Ovide  fait  menticn  de  ce  tennple  dans  un  vers 
qui  a donné  affez  long-temps  la  torture  aux  com- 
mentateurs. 

K Sepe  Palefiinas  jurât  adejfe  deas.  33 

Il  étoît  bâti  à Palefts,  & non  dans  laPa'eftîne. 
( Eafi.  lib.  IV.  ')  Lucain  a parié  de  cette  ville 
( Pkarfal.  5.  J , lorfqn’il  dit  que  Céfar  marchar.C 
contre  Pompée  , aborda  en  Epire.  33  Palefiinas 
uncis  corfxiî  arenas.  33 

L’Arcadie  o^roit  encore^  aux  voyageurs  reli- 
gieux deux  temples  confacrés  aux  furies.  Orefie 
les  avoit  rendus  fameux.  Le  premier  étoit  bâti 
auprès  de  Mrgalopolis , & étoit  entorré  d’un 
champ  confacré  aux  mêmes  divinités.  On  croyoïc 
qu’Orefle  avoit  reffenti  dans  cet  endroit  les  pre- 
mières atteintes  de  fes  fureurs  après  le  meurtre 
de  Clytenmeftre  ; U c’ étoit  dans  le  voifinage  qu’on 
voyoït  fur  un  tertre , appelle  Ace , un  doigt  de 
nierre , monument  de  l’expiation  du  héros.  Près 
d’Acé,  un  feco.nd  temple  d’Euménides  rappeUoic 
cette  rigoureufe  purification,  & la  vifiondufi's 
d’Asamemnon  , où  elles  lui  ap-parurent  vêtues  de 
blanc.  Ce  temple  portoit  un  nem  analogue  à 
l’aéfion  d’Orefle,  lorfcu’il  y coupa  fa  chevelure, 
& roffrit  aux  dieux.  Les  habitins  de  l’Arcadie 
confervoient  encore  treize  fiècles  après,  du  temps 
de  Paufanias  C Arc'ad.  pag.  509.  ) le  culte  des 
Euménides,  & faciificienî  aux  diejfes  blanches, 
& aux  Grâces, 


720  FUR 

A Tüphoufe^  cans  la  meme  contrée  , des 
prêtres  , appelles  Héfychides  , éroient  chargés  du 
culte  des  Euménides.  Leur  temple  ^ bâti  dans 
i'Aréopagej  étoiî  auflî  deffervi  par  des  prêtres 
dont  oneitimoit  la  nailTince  & les  vertus.  Nous 
î'apurenons  de  Demofthene.  Cet  orateur  ( Oratio 
ia  Med.  )j  faifantfon  apologie^  trouve  fort  extraor- 
dinrü-rre  qu’on  ofe  intenter  une  aceufation  contre 
un  homme  à qui  la  république  avoir  co.nfié  une 
fonction  fi  redoutable  & fi  importante.  Car 
Efcliyk  voulant  flatter  fa  ^\vàç.{,Eu.menides  103  pE 
chante  dans  les  Euménides  les  malheurs  d’Orefte , 
la  ùinteté  des  prêtres  > & la  célébrité  du  temple 
qu  elle  devoir  confacrer  au  culte  des  furies. 
( (Sdip.  Colon,  ija.  ) Sophocle  parle  d’un  bois 
facre  qui  en  éteit  voifin^  &qu’arroidit  un  ruiiTeau 
pur  & limpide. 

Ce  temple  & ce  bois  étoient  fi  refpeélés , 
qu’on  n’ofoit  en  approcher,  ni  les  regarder  en 
pifianr.  Qn  fe  gardoit  même  de  penfer  aux  re- 
doutables divinités,  & de  les  nommer.  A peine 
fe  permettoir-on  de  prononcer  à leur  occafion 
quelques  paroles  de  favorable  augure.  De  là  vint 
l’horreur  quinfpira  aux  habitans  du  bourg  de 
Colcne,  dans  l’Attique,  la  vue  du  malheureux 
GS  -i  pe  , affis  dans  le  bois  des  Euménides  avec 
fa  fiiie  Antigone.  Ils  ne  fe  crurent  en  sûreté , 
qu’ap-ès  lui  avoir  fait  expier  ce  facriiège  par  un 
ficrifice  fo'emnel.  ( (Edip.  Colon.  qSL  jcf.  ) 
« Allez  ^ lui  difent-lls,  apportez  de  l’eâu  de  cette 
fource  intarriiTable , puifez-la  dans  des  vafes 
=3  précieux , dont  vous  ornerez  les  anfes  de  ban- 

53  delettes  de  laine 

» Tournez  vers  l’Orient  3 faites  en  trois  libations. 

« Mêiez-y  auparavant  du  miel  5 

M niais  gardez-vous  de  toucher  au  fruit  de  la 

=3  vigne._. Tenant  enfuite  un  rameau 

:>:>  d’olivier  3 adreffez  vos  vœux  aux  redoutables 

» déefies ^ Suppliez-les  vous-même  , ou 

55  employez  i’organe  d’un  autre  fuppliant  ; don- 
5->  nez -leur  Je  nom  confolant  d’Euménides,  & 
rendez  vous-îes  favorables  par  des  prières  cour- 
» tes,  prononcées  à bafie  voix . Pourfuivez  après 
cela  votre  route  fans  aucune  crainte».  Sénèque 
2 décrit  dans  fon  CEd;pe , un  facrifice  offert  aux 
memes  divinités.  Il  femble  être  copié  littérale- 
ment du  poeme  des  Argonautes , où  Médée  fait 
des  vœux  & des  offrandes  pour  Ja  profpérité  de 
Jafon  fon  amant. 

M Kle  ut  facerdos  intuüî  fenior  gradum . 

» Haud  efi  moralus , pr&Jliiit  nociem  locus  ^ 

» Tune  fojf a ttllus  , 6?  fuper  rapti  rogis 
» Jaciuntur  ignés  , ipfe  funefto  inîegit 
Toutes  ujTiiclu  corpus  y ^ frondem  (^uutit  ,* 

» Luguhris  imos  palla  perfundit  pedes. 


FUR 

M coquakente  cuitu  moeftu:  ■‘■.gredltur fenex, 

» Mortifera  canam  ta;..,,  ufringit  comam  : 

Nigro  hidentes  ■vilkre , ataue  airs,  hoves 
».  Rétro  trahuntur 

Tout  etoit  noir  & lugubre  dans  les  facriiîces 
furies.  On  choiiifioit  le  temps  de  la  nuit  Se 
des  lieux  fouterrains  ( Eumenides  IC3  f.  1028.), 
pour  les  offrir,  parce  qu’on  croyoit  que  ces  divi- 
nités aimoient  les  flambeaux.  On  gardoit  un  pro- 
rond filence  ; on  ne  fe  ' permettoit  qu’un  chant 
trille  & plaintif  ( Euménides  329,  ) , appelle 
l'hymne  des  furies  , qui  portoit  la  t.-rreur  dans  les 
âmes  : maïs  on  rejettoit  avec  fêvérité  les  inûru- 
mens  & la  lyre.  Le  vin  étoir  proferit  de  ces  trilles 
cérémonies,  qui  en  avoientpr:s  le  nom  de 
ainfi  que  les  furies  celui  de  asivs;,  abftèmes , 
ou  fobres.  Elles  n’agréoient  pour  libations  que 
le  miel , le  lait  & Teau.  Lesfacrificateurs  {Suidas,') 
étoient  vêtus  de  robes  noires.  Les  licyoniens  leur 
offroienr  des  brébis  pleines  & noires  , & des  fleurs 
au  lieu  de  couronnes.  ( Paufin.  Corintk.  icf.) 
Dans  les  fêtes  appeliées  ’Etip.ivioict , j<  urs  confacrés 
aux  Euménides,  on  n’admettoit  pour  les  cérémo- 
nies que  d-as  hommes  & des  femmes  libres  ^ & 
d’une  vie  fans  reproche.  Des  jeunes  gens,  dit 
Ehilon  , des  familles  les  plus  diilinyuées  diltri- 
buoient  au  peuple  des  friandifes,  r^uyy,p,u.ra. 

Les  feules  viéllmes  agréables  aux  Eumé;  ides  , 
étoient  les  brébis  noires  , &,  fekn  Elicn  ( de 
animal,  lih.  X.  cap.  XXXIII.  ) , Ls  tourterelles 
blanches.  Nous  n’avons  pu  tromrer  la  r lif  n p.our 
laquelle  ces  oifeaux  leur  étoient  cct  faaéSj  ainfi 
que  la  plante  appellée  Conyze  (Pzi/iWic  ).  Mais 
l’ufage  où  étoient  les  anciens , de  .taire  des  tor- 
ches avec  des  branches  d’arbres  réfineux,  aura 
fait  confacrer  aux  furies  le  cèd'  e & le  genévrier 
( Juniperus  ) , comparé  au  cèdre  parF!;ne.  (Plin. 
lié.  XXlK.  cap.  VIII.  ) La  liènlité  prétendue 
de  l’aulne,  dont  Arillote  dit  faufiement,  'que  la 
Crète  feule  en  avoir  vu  produire  des  fruits  , lui 
aura  mérité  le  même  honneur.  ( Ruellius  de fiirp. 
natur.  pag.  1 6 y.  ) Infelices , dit  Pline  ( P Uni. 
lib.  XVI.  cap.  XXVI.  ),  en  parlant  de  l’aulne, 
du  peu  plier,  &C.  , exiflimanîur  J damnat&que  relV 
gioîie  , qu&  neque  feruntur  unquam  , neque  frucium 
afferunt.  Le  chardon-béni , la  buglofe,  iefafran, 

1 le  nerprun  & le  narciffe  étoient  auiîi  confacrés 
aux  redoutables  déelTes.  Eufthate  nous  apprend  , 
dans  fon  commentaire  fur  le  premier  livre  de 
l’Iliade , que  le  nom  de  narciffe  dérivé , a-xo  txc 
d torpore , étoit  analogue  à la  ftupeur 
^ dans  laquelle  étoient  plongés  les  coupables  à la 
vue  des  Euménides.  C’eft  pourquoi  on  couron-r 
. noir  de  narciffe  ceux  qui  leur  offroient  des 
' facrifices.  Le  fafran  ne  trouvoit  fa  place  que  dans 

ces 


P U K 

èeâ  ’tïlêmSS  cérémonies.  Infa^n  j ^it  de  cetfé 
plante  ( fag.  389.  ) Ruellius  , d'après  tous  les 
anciens  , facris  omnibus  & coronis  ^ quoniam  fit 
iuguhris  propter  Croci  métamorpkofim.  Le  fang  que 
Semblent  répandre  à Tinilant  où  on  les  brife  j le 
chardon  béni  ( enicus  ) , & la  buglofe  ( anchufa  ) 
des  z'voit  {ibid.  pag.  13.  ) peut-être  fait  joindre 
au  fafran.  Quant  au  nerprun  rhamnus) , fon 
autre  nom  de  Perfepkonia  , analogue  à la  Junon 
des  enfers  i a pu  le  faire  confacrer  aux  divinités 
infernales.  Peut-être  auflî  ne  leur  a-t-il  été  ccn- 
facré  ( Ruellius  pag.  322.  ) qu’à  caufe  de  l’ufage 
où  étoient  les  anciens  d’en  attacher  des  branches 
aux  portes  8e  aux  fenêtres  ^ pour  empêcher  reiFet 
des  enchantemens  : rien  n’eit  auffj  confus  & auflî 
fabuleux  que  les  connoiffances  botaniques  des 
grecs  8e  des  romains  : c’eil:  pourquoi  aucune 
partie  de  cet  article  n’a  demandé  autant  de  re- 
cherches 8e  de  travail. 

Les  latins  rendirent  des  hommages  iL'iX  furies , 
jnais  fous  le  nom  de  la  déefle  furina.  ( Cicero  de 
jiatur.  deor.  lib.  III.  n°.  32. — Feftus. — Varro 
de  linguâ  latinâ.  ) Cette  divinité  étoit  d’origine 
-étrufquej  8e  repréfentoit  les  trois  ^ Euménides 
îéunies  en  un  feul  emblème.  Les  étrtifques  lui 
donnoient  encore  le  nom  A’ Ancharia.  Fondés  par 
les  premiers  habitans  de  Fltahe,  les  romains  en 
confervèrent  le  culte.  Ils  confacrèrent  à Furina 
iin  temple  Se  un  bois  dans  la  quatorzième  région 
■au-delà  du  Tybre.  Ceboisneput  fervir  d’afyleau 
jeune  Gracchus.  Ils’y  retira  (Rlutar.  vita  Graechi) 
pour  éviter  la  fureur  du  peuple  qui  venoit  d’immo- 
ler fon  frère  j mais  il  en  fuL  arraché  8e  facrifié  au 
xelfentiment  de  fes  concitoyens.  Nous  voyons  par 
ce  trait  combien  le  culte  de  Furina  étoit  affoibh  dès 
le  temps  de  ces  malheureux  tribuns.  Elle  avo.'t  eu 
cependant  des  fêtes  8e  des  facrifices^  appeiïés 
furinalia  , qui  fe  célébroient  dans  le  mois  d’août , 
comme  nous  l’apprenons  d’un  calendrier  gravé 
ié'ur  les  anciens  marbres.  Un  des  quinze  Flamines 
avoir  même  été  attaché  à fon  temple,  Seportoit 
ie  nom  de  Flam.cn  furinalis.  Mais^  dit  Varron 
( qui  écrivoit  fur  la  fin  de  la  répubitque  ) 8e  la 
décile  Se  le  prêtre  étoient  iî  négligés  , que  peu 
de  perfonaes  en  connoiffoient  même  lenoni_,  nmc 
vite  nomen  notum  paucis. 

On  trouve  dans  le  Mufeumetrufcum  ( pag.  40.  ) 
piufieurs  infcriprions  latines , 8e  plufîeurs  autels 
qui  font  mention  des  déeffes  Furina  8e  Anckaria. 
La  divinité  adorée  fous  ces  deux  noms , Se  fans 
doute  auiîi  fous  celui  de  Bellone , voyoit  couler 
le  fang  humain  fur  fes  autels  chez  les  étrufques. 

On  trouve  fur  les  marbres  de  cette  ninon 
\ibid.  194. ) des  prêtres  furieux,  appeiïés 
narii,  qui  fe  battent,  fe  bleffent  Se  s'égorgent 
au  pied  des  autels  8e  des  liatues  àAAmckana. 
Piuiieurs  anciens  écriva'us  ^ S-srvs'.ss  f JEudà,  8. 


FUS  72% 

§■5  9.)  & Arnobe  en  particulier , parlent  des  facri-^ 
fices  fanglants  offerts  par  les  étrufques  aux  Eu- 
ménides 8e  aux  mânes.  Ils  les  appelloient  yàcrÆ 
Acheruntia , 8e  rapportoient  leur  inftitution  à 
Tagès,  qu’ds  faifoient  auteur  de  la  fcience  des 
Arufpices.  C’eft  des  étrufques  que  les  romaifsS 
avoient  appris  cette  fcience.  Elle  fuivit  fans  doute 
leurs  armes  viélorieufes  dans  fout  Funivers , car 
Mithridate  ayant  brûlé  le  bois  confacré  zva  furies 
près  d’Athènes,  confuita  les  Arufpices  fur  ce  fa- 
crilège.  Ils  lui  ordonnèrent  d’immoler  une  vierge 
aux  divinités  cffenfées.  ( Julius  okfequens  de  pro^ 
digiis.')  Cet  adroit  politique  leur  obéit  avec  1» 
foumiflion  d’un  prince  religieux. 

Tels  furent  chez  les  grecs , les  étrufques 
les  romains  Forigine  , le  culte  & les  attributs  des 
Euménides.  La  fiqjerftition  des  égyptiens  leur 
donria  la  naiflànce  5 leur  divinité  fut  reconnue 
enfuite  de  proche  en  proche  , 8c  adorée  par  touC^^ 
l’univets. 

FURINA  J divinité  des  voleurs  chez  les  ro- 
mains, qui  avoient  établi  en  fon  honneur  une 
fête  nommée  les  furmales  , furinalia , dont  la 
célébration  étoit  marquée  au  fixième  jour  avant  les 
calendes  de  feptem'ore. , c’eft-à-dire,  le  26  août  :■ 
quelques  ' uns  cependant  les  placent  au  huit  des 
calendes  d’août,  c’eft--à-dire , le  zy  juillet.  Cette 
déeffe  avoir  un  temple  dans  la  quatorzième  ré-' 
gion  de  Rome  ,•  8c  pour  ie  deffervir , un  prêtre 

garticulier  qui  étoit  un  des  quinze  Flamines  de 
.ome  ; c’étôit  le  Flamen  furinalis.  Près  du  tem- 
ple étoit  un  bois  facré , dans  lequel  Caius 
Gracchus  fut  tué.  Son  nom  vient  du  mot  latin 
fur,  un  voleur.  Cicéron  ( de  natur.-  deor.  iir^ 
18.)  croit  pourtant  que  cette  divinité  efl  la  même 
que  les  furies  ; d’aatant  plus  qu’il  eft  parlé  quel- 
quefois des  Furincs  au  pluriel. 

D’ailleurs  , le  bois  où  fut  tué  Cs'i’as  GTacchiis, 
eft  appelle  par  Cicéron , cité  plus  haut  , lucus 
Furina.  , bois  de  Furina  ; & par  Plutarque , dans- 
la  vie  des  Gracches , le  bois  des  furies , a'azs/ 
E’çiyvy*».  Veye^  FïJRIES. 

FURINALES.  Voyei  Fûrina. 

FURINALIS  Flamen.  Noye^  FURINA. 

FURNIA , famille  romaine,  dont  on  n’a  dêS 
médailles  que  dans  Goltzius- 

FUSTIBALE. 

Le  fuflibale  étoit  un  bâton  long  de^  quatre 
pieds,  au  naiheu  duquel  étoit  attachée 
fronde  de  cuir  : on  s’en  fervoit  avec  les  deux 
mains , 8c  il  iüîsoit  les  pierres  prefque  comme 
i’enagre. 


jïS  FUS 

FUSTUâRIUM.  Voye^  BatOîT.' 


FUTILE;  c'étoit  un  vafe  fai*  en  forme  de 
cône  renverfé  , très  - large  par  en  haut  ^ & fè 
terminant  en  pointe  par  en  bas , dans  lequel  on 
tnettoit  l’eau  qui  devoir  fervir  aux  facrifices_  de 
yeik=  Çooims  c’écoiî  une  irréligion  de  iâifîer  l 


F Y E 

toucher  ce^Vafe  â terre,  on  favoit  fait  de  telk 
façon,  qail  ne  pouvoir  s>  pofer  , fans  oui 
1 eau  ne  fut  renverfee.  ( Serviusad  Æn,  U!,, 

V.  55S.  ) 


FYLLA»  Foyei  OcinJ 


F'ii  du 


* V ; 


V-. 


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